Chapter

Résumé analytique

Author(s):
International Monetary Fund. African Dept.
Published Date:
October 2016
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Une croissance à plusieurs vitesses

Le taux de croissance économique de l’Afrique subsaharienne devrait descendre à son plus bas niveau depuis plus de vingt ans. En effet, affaiblie par la baisse des cours des produits de base et un environnement économique mondial globalement moins porteur, la croissance moyenne de la région devrait fortement ralentir, d’après les prévisions, et s’établir à 1½ % cette année — rythme qui est bien inférieur à celui de la croissance démographique et marque une nette rupture par rapport à ces quinze dernières années. Les projections laissent entrevoir une reprise modeste pour l’année prochaine (avec une croissance proche de 3 %), mais celle-ci suppose que les pouvoirs publics prennent sans tarder des mesures pour remédier aux déséquilibres macroéconomiques prononcés et à la forte incertitude qui entoure les politiques publiques dans certains des plus grands pays de la région.

Ce panorama général masque toutefois une hétérogénéité considérable des trajectoires économiques dans la région.

  • La plupart des pays peu tributaires des exportations de ressources naturelles — c’est-à-dire la moitié des pays de la région — continuent d’afficher de bons résultats, car ils bénéficient de la baisse des prix des importations de pétrole, de l’amélioration du climat des affaires et de la poursuite d’investissements massifs dans les infrastructures. D’après les prévisions, des pays tels que la Côte d’Ivoire, l’Éthiopie, le Kenya et le Sénégal devraient continuer d’enregistrer des taux de croissance supérieurs à 6 %.

  • En revanche, les pays exportateurs de produits de base connaissent de graves tensions économiques. C’est le cas notamment des trois plus grands pays de la région : l’Afrique du Sud, l’Angola et le Nigéria. Les perspectives à court terme des pays exportateurs de pétrole en particulier se sont dégradées, malgré le léger redressement des cours du pétrole, et le ralentissement de l’activité se pérennise — l’activité de ces pays devrait se contracter de 1¼ % cette année. Les autres pays riches en ressources naturelles, notamment l’Afrique du Sud, la République démocratique du Congo, le Ghana, la Zambie et le Zimbabwe, ont vu leur activité économique ralentir considérablement, ou continuent à n’enregistrer qu’une croissance molle.

Dans les pays les plus touchés, l’ajustement des politiques publiques doit avoir lieu sans tarder pour permettre un rebond de la croissance économique.

  • Il est préoccupant de constater que, face aux fortes pressions financières et économiques, les autorités de beaucoup des pays les plus touchés n’ont réagi qu’avec lenteur et de façon parcellaire, en recourant le plus souvent à des palliatifs tels que le financement de la banque centrale et l’accumulation d’arriérés, entraînant une augmentation rapide de la dette publique. Dans les pays exportateurs de pétrole à régime de change flexible, les autorités n’ont laissé le taux de change s’ajuster qu’avec réticence, ce qui a provoqué de fortes tensions sur les dépôts et les réserve de change. En conséquence, le retard de l’ajustement et l’incertitude qui en est résulté au sujet des politiques publiques découragent l’investissement et empêchent de nouvelles sources de croissance de se développer — ce qui complique d’autant le retour à des taux de croissance élevés.

  • Pourtant, un effort d’ajustement soutenu s’impose, qui doit être fondé sur un ensemble complet de politiques publiques formant un tout cohérent sur le plan interne. Cela suppose de laisser le taux de change absorber complètement les pressions extérieures dans les pays qui n’appartiennent pas à une union monétaire, de rétablir la stabilité macroéconomique — notamment en resserrant la politique monétaire pour contrer de fortes hausses de l’inflation — et de donner autant que possible la priorité aux éléments de l’assainissement budgétaire propices à la croissance économique. Étant donné que les amortisseurs sont limités à ce stade, la marge de manœuvre pour alléger le poids de l’ajustement dépendra de façon déterminante de l’accès à de nouveaux financements, assortis dans l’idéal de conditions concessionnelles.

Les pays où la croissance est encore vigoureuse devraient reconstituer leurs amortisseurs lorsque la conjoncture est relativement favorable pour freiner l’augmentation de la dette publique. Dans un environnement caractérisé par des marchés financiers plus tendus et plus volatils, il reste primordial de trouver le juste milieu entre les dépenses de développement dont les pays ont tant besoin et le souci de préserver la viabilité de la dette obtenue au prix de beaucoup d’efforts. Même s’il n’est pas aussi urgent de prendre des mesures dans ces pays que dans les pays les plus touchés, la dette suit néanmoins une tendance à la hausse dans beaucoup d’entre eux, et un assainissement budgétaire s’avérera nécessaire pendant la période à venir.

Régimes de change en afrique subsaharienne : expériences et enseignements

Le deuxième chapitre se penche sur l’évolution des régimes de change dans la région depuis 1980 et examine l’influence qu’ils ont eue sur les résultats macroéconomiques, à savoir sur l’inflation, la croissance économique et sa volatilité, ainsi que sur les résultats budgétaires, en les comparant à ceux d’autres pays émergents et en développement.

Comme ailleurs, les régimes de change en Afrique subsaharienne varient considérablement, même si la région se distingue par la nette prépondérance des régimes d’ancrage du taux de change, qu’appliquaient près de 60 % des pays subsahariens en 2014. Au fil du temps, comme dans les autres pays émergents et en développement, certains pays qui appliquaient des régimes plus flexibles ont eu tendance à évoluer vers des régimes moins flexibles, en particulier après la crise financière mondiale de 2008. Dans le cas des pays d’Afrique subsaharienne, cela semble tenir au fait qu’un grand nombre de pays exportateurs de produits de base se sont efforcés de contrer l’appréciation nominale de leur monnaie face à l’afflux de devises lorsque les cours de ces produits étaient élevés.

Comme l’ancrage de la monnaie va de pair avec la discipline monétaire et la crédibilité qui en découle, les pays d’Afrique subsaharienne à régime de change fixe ont connu une inflation plus modérée que les pays ayant des régimes plus flexibles. De surcroît, les régimes d’ancrage du taux de change ont servi à assurer une certaine discipline en matière de politique budgétaire. Mais, sur la période la plus récente, les taux de croissance des pays qui appliquent ce régime ont aussi été inférieurs de 1 à 2 points de pourcentage à ceux des pays appliquant des régimes plus flexibles. Des politiques d’accompagnement sont donc nécessaires pour tirer profit au maximum de chaque régime. Il convient notamment de procéder à des réformes structurelles pour renforcer la croissance et la compétitivité dans les pays à régime d’ancrage du taux de change, et à un ajustement budgétaire qui ne nuise pas à la croissance dans plusieurs de ces pays où, à l’heure actuelle, le bas niveau des cours des produits de base a sensiblement amputé les recettes d’exportation et les recettes budgétaires. Dans les pays à régime de change plus flexible, la mise en place de cadres de politique monétaire reposant expressément sur un mandat de stabilité des prix peut soutenir le régime de change, de même que l’application de politiques budgétaire et monétaire suffisamment restrictives pour contenir les tensions inflationnistes engendrées par la dépréciation de la monnaie.

Renforcer la résilience face aux catastrophes naturelles en afrique subsaharienne

Le troisième chapitre montre que l’Afrique subsaharienne est très vulnérable aux catastrophes naturelles — comme en témoigne la grave sécheresse qui a récemment sévi dans la plus grande partie de l’Afrique australe et orientale. Les facteurs structurels — notamment la forte dépendance à l’égard de l’agriculture pluviale, les contraintes de capacité pour se préparer aux catastrophes et pour y réagir, ainsi que l’accès limité aux assurances — amplifient grandement cette vulnérabilité. En particulier, les catastrophes naturelles provoquent des dommages économiques sur le long terme dans les pays de la région en raison de leurs effets négatifs sur le capital humain et les infrastructures. L’Afrique subsaharienne abritant 40 % de la population pauvre du monde, les catastrophes naturelles y ont un impact social considérable qui se traduit par un accroissement de l’insécurité alimentaire, de la pauvreté et des inégalités.

Pendant la période à venir, le changement climatique aggravera ces vulnérabilités, car les hausses de température et l’irrégularité des pluies devraient amplifier les effets des sécheresses et des inondations, notamment en diminuant la productivité agricole, en accentuant les pénuries d’eau et en perturbant la production d’hydroélectricité. La montée du niveau des mers contribuera à l’inondation des zones côtières et entraînera des coûts de déplacement élevés.

Dans ce contexte, le chapitre examine diverses politiques de gestion des risques propres à accroître la résilience des pays de la région face aux catastrophes naturelles, en particulier la mise en place de systèmes d’alerte précoce, l’adoption de mesures pour rendre le secteur agricole plus résistant aux effets de la sécheresse et du changement climatique, la promotion de la diversification économique, l’adaptation des infrastructures physiques et un accès plus large à des systèmes d’assurances offrant un bon rapport coût–efficacité. Là où la marge de réduction et de transfert des risques est restreinte, les pays devront vraisemblablement recourir à leurs amortisseurs, aux dispositifs de protection sociale et à l’aide extérieure pour atténuer les effets des catastrophes naturelles. La communauté internationale peut apporter son concours en renforçant la coordination de l’aide en cas de catastrophe afin qu’elle soit dispensée plus rapidement et de manière mieux ciblée. De son côté, le FMI adapte de plus en plus ses prêts et ses conseils pour aider les pays qui subissent des catastrophes naturelles.

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