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3. Renforcer la résilience face aux catastrophes naturelles en Afrique subsaharienne

Author(s):
International Monetary Fund. African Dept.
Published Date:
October 2016
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L’épidémie d’Ébola qui a sévi en Afrique de l’Ouest en 2014–15 et les sécheresses qu’El Niño a provoquées en 2016 dans certaines parties de l’Afrique orientale et australe ont mis en évidence les coûts économiques et sociaux des catastrophes naturelles en Afrique subsaharienne. Les gouvernants ont eu du mal à gérer l’impact de ces crises qui ont eu des effets négatifs sur les résultats macroéconomiques. L’importance des répercussions internationales et l’ampleur des besoins humanitaires font clairement apparaître la portée régionale et mondiale des défis posés par les catastrophes naturelles.

Dans ce contexte, le présent chapitre analyse les implications économiques et sociales des catastrophes naturelles pour l’Afrique subsaharienne et évalue les réactions des pouvoirs publics1. Les catastrophes naturelles sont définies comme des événements d’origine naturelle qui provoquent des dégâts, des bouleversements ou des pertes humaines. Ces événements peuvent être météorologiques (inondation, sécheresse, tempête), géophysiques (séisme, éruption volcanique) ou biologiques (épidémie). L’Afrique subsaharienne est beaucoup plus touchée par certains types de catastrophes naturelles que d’autres régions. Elle est notamment beaucoup plus exposée aux sécheresses et aux épidémies (graphique 3.1). Sa vulnérabilité relative aux catastrophes semble toutefois globalement en rapport avec sa superficie et la part de la population mondiale qu’elle abrite.

Graphique 3.1.Afrique subsaharienne : poids relatif de divers indicateurs, 2014

Sources : base de données sur l’incidence des catastrophes naturelles, EM–DAT; Banque mondiale, Indicateurs du développement dans le monde; calculs des services du FMI.

Notre analyse conclut que l’impact des catastrophes naturelles en Afrique subsaharienne est amplifié par des facteurs structurels qui limitent la capacité des pays à réagir comme il convient et à développer leur résilience au fil du temps. L’impact des catastrophes météorologiques est notamment intensifié par la forte dépendance de la production et de l’emploi à l’égard de l’agriculture pluviale. L’Afrique subsaharienne abritant 40 % de la population pauvre dans le monde, les catastrophes naturelles y ont un fort impact social qui se traduit par un net accroissement de l’insécurité alimentaire, de la pauvreté et des inégalités. Sous l’effet combiné des catastrophes naturelles et des facteurs structurels, la plupart des pays de cette région sont considérés comme les pays du monde les plus vulnérables aux catastrophes naturelles (World Risk Report 2016; graphique 3.2)2.

Graphique 3.2.Afrique subsaharienne : vulnérabilité aux catastrophes naturelles

Source : Institut pour l’environnement et la sécurité humaine de l’Université des Nations Unies, Rapport 2016 sur les risques dans le monde.

Les changements climatiques vont amplifier ces problèmes en provoquant des événements météorologiques extrêmes plus graves et en faisant monter les températures et le niveau des mers (IPCC, 2012). L’agriculture devrait pâtir d’une baisse des rendements et d’une diminution des terres arables; la production d’hydroélectricité pourrait être aussi perturbée. Par ailleurs, la montée du niveau des mers et des océans et la détérioration de l’environnement induiront probablement des coûts de déplacement importants et freineront le tourisme. Les défis à relever par la région s’intensifieront avec le doublement attendu de sa population d’ici à 2050 et l’accélération de l’urbanisation qui l’accompagnera (FMI, 2015a).

Étant donné les conséquences économiques et sociales en jeu, le renforcement de la résilience face aux catastrophes naturelles et aux changements climatiques retient de plus en plus l’attention et joue un rôle essentiel dans les objectifs de développement durable (ODD). Ces objectifs visent notamment à rendre les infrastructures et les villes plus résilientes face aux catastrophes naturelles et à lutter contre les effets des changements climatiques3.

Le chapitre s’ouvre sur un inventaire des types de catastrophes qui affectent la région avant de considérer les facteurs structurels qui amplifient leur impact. Il évalue ensuite leurs effets économiques et sociaux en combinant plusieurs approches (présentation schématique des faits, études d’événement et estimations empiriques), puis il examine les implications des changements climatiques pour la résilience, notamment les effets potentiels du réchauffement. Il s’achève par un examen des mesures que des pays aux capacités et vulnérabilités variées peuvent prendre pour renforcer la résilience4.

Ses principales constatations sont les suivantes :

  • En Afrique subsaharienne, les catastrophes naturelles tendent à avoir des effets variables sur la situation macroéconomique à court terme. Dans l’ensemble, leur impact sur la croissance est contrasté, sauf dans le cas des sécheresses qui ont un effet clairement négatif dans les petits pays. L’effet global sur les situations budgétaires des pays semble être un accroissement des dépenses courantes et une détérioration des soldes budgétaires. On observe aussi un fort impact négatif sur les balances extérieures et un faible impact sur la solidité des secteurs financiers. Ces résultats reflètent la diversité des effets des catastrophes, des situations initiales et des réactions des pouvoirs publics, ces dernières compensant souvent dans une large mesure l’impact négatif sur la croissance à court terme. Les catastrophes naturelles peuvent facilement déborder les frontières, comme l’a montré la crise de l’Ébola en 2014.

  • On constate, en revanche, un net effet négatif sur la croissance à long terme et les indicateurs sociaux en Afrique subsaharienne, surtout dans le cas des grandes catastrophes. Cet effet tient principalement aux dommages subis en termes d’infrastructures et de capital humain.

  • Les changements climatiques vont accroître les vulnérabilités, avec, en l’absence d’adaptation efficace, de possibles effets prononcés sur la croissance et les indicateurs sociaux. Le réchauffement et l’irrégularité des précipitations devraient accroître la fréquence et la sévérité des sécheresses et des inondations et affaiblir ainsi la productivité agricole. La croissance dans la région a été sensible dans le passé aux hausses de température.

  • Pour se protéger des effets négatifs à court terme des catastrophes naturelles, les pays d’Afrique subsaharienne qui disposent de ressources limitées devraient commencer par mettre en œuvre des mesures d’adaptation ayant un bon rapport efficacité-coût pour réduire le risque. En fait, alors qu’ils devraient rechercher les meilleures solutions à long terme pour transférer le risque et constituer des amortisseurs, la plupart des pays manquent de ressources et de moyens pour appliquer efficacement ces solutions à court terme.

  • La communauté internationale peut aider l’Afrique subsaharienne non seulement à faire face aux effets des catastrophes, mais aussi à développer les mécanismes de réduction et de transfert des risques. Les partenaires du développement peuvent mieux coordonner les efforts d’aide pour les rendre plus rapides et mieux ciblés. Le FMI s’efforce d’adapter de mieux en mieux ses prêts et ses conseils pour aider les pays à affronter les catastrophes naturelles.

Les catastrophes naturelles en afrique subsaharienne

Les catastrophes naturelles en Afrique subsaharienne sont examinées ici en considérant leur fréquence, leur localisation, leur nature et le pourcentage des habitants affectés.

L’Afrique subsaharienne a subi 1.603 catastrophes déclarées, soit environ 18 % du total mondial (graphique 3.3). Les épidémies et les inondations ont dominé avec des parts respectives de 39 et 37 %5. Les sécheresses y ont représenté 8 % des catastrophes, soit le double du pourcentage observé dans le monde.

Graphique 3.3.Monde et Afrique subsaharienne : fréquence des catastrophes, 1990–2014

Sources : base de données sur l’incidence des catastrophes naturelles, EM–DAT; calculs des services du FMI.

Les pays d’Afrique subsaharienne ne sont pas tous aussi vulnérables aux sécheresses, épidémies, inondations et tempêtes. Le graphique 3.4 montre la fréquence à laquelle les pays ont été touchés par des sécheresses et des épidémies et le pourcentage des populations affectées. Le coût humain varie, mais dans la plupart des cas il existe une forte corrélation entre la fréquence des catastrophes et le nombre de personnes affectées.

Graphique 3.4.Afrique subsaharienne : fréquence et coût humain des sécheresses et des épidémies, 1990–2014

Sources : base de données sur l’incidence des catastrophes naturelles, EM–DAT; calculs des services du FMI.

  • Les sécheresses sont plus fréquentes dans la région du Sahel et en Afrique orientale et australe. Une douzaine de pays environ ont déclaré au moins six sécheresses depuis 1990, l’Éthiopie, le Kenya et le Mozambique étant fréquemment touchés. Les sécheresses sont fortement corrélées avec El Niño. En écho à la fréquence élevée des sécheresses qu’elles subissent, la région du Sahel et l’Afrique orientale et australe enregistrent le plus fort pourcentage d’habitants affectés. Bien qu’ils ne soient pas aussi souvent touchés, le Lesotho et le Swaziland présentent un pourcentage élevé de population affectée. Les épidémies se concentrent dans l’ensemble autour de l’équateur. Dix pays ont déclaré plus d’une épidémie par an. Les plus fréquentes sont celles transmises par les moustiques ou l’eau.

  • Les inondations frappent l’ensemble du continent, avec neuf pays subissant en moyenne un événement par an. Les pays enregistrant le coût humain le plus élevé sont également répartis sur tout le continent.

  • Les tempêtes sont plus fréquentes au Sud-Est du continent du fait de la prédominance des cyclones tropicaux dans cette partie de l’océan Indien. Sept pays en ont déclaré au moins six.

Certains pays subissent de nombreuses catastrophes. Par exemple, le Mozambique apparaît vulnérable aux quatre types de catastrophes. Le Kenya montre une forte vulnérabilité aux sécheresses et aux épidémies tant en termes de fréquence que de coût humain. Les Comores et les Seychelles ont de tout temps été frappées par des cyclones et des épidémies. Les différentes catastrophes sont plus souvent corrélées en Afrique subsaharienne qu’ailleurs. On observe notamment une plus forte corrélation entre les inondations et les épidémies en Afrique subsaharienne que dans le reste du monde (graphique 3.5).

Graphique 3.5.Afrique subsaharienne : inondations et épidémies par pays, 1990–2014

Sources : base de données sur l’incidence des catastrophes naturelles, EM–DAT; calculs des services du FMI.

L’impact des catastrophes peut être amplifié par la présence de faiblesses structurelles. Nous allons nous intéresser maintenant à celles qui concernent plus particulièrement l’Afrique subsaharienne.

Facteurs structurels affectant l’impact des catastrophes naturelles

L’impact des catastrophes naturelles est déterminé par les interactions entre leur gravité, leur fréquence et leur durée, d’une part, et le contexte initial, d’autre part (notamment la superficie des terres émergées et la taille des populations exposées ainsi que le degré auquel le pays concerné est prêt et apte à faire face aux catastrophes). La réaction après la survenue de la catastrophe joue aussi un rôle important dans la détermination de ses effets nets.

Le type de catastrophe interagit avec les facteurs structurels pour déterminer l’ampleur de l’impact. Si les inondations et les tempêtes sont généralement de courte durée, elles provoquent immédiatement d’importants dégâts pour la production ainsi que pour le capital physique et humain. Les épidémies et les sécheresses durent, par contre, plus longtemps dans l’ensemble et, alors que les dommages infligés au capital physique sont généralement faibles, leur impact en termes de pertes de production et de capital humain se fait sentir dans la durée. Les sécheresses se traduisent par une réduction des disponibilités alimentaires pouvant conduire à la malnutrition et à la pauvreté (avec des conséquences durables) ainsi que par des perturbations dans la production d’hydroélectricité.

L’Afrique subsaharienne présente des caractéristiques structurelles qui exacerbent les vulnérabilités dans quatre principaux domaines :

  • Faible capacité d’adaptation. Les pays d’Afrique subsaharienne ont fait preuve d’une capacité financière et institutionnelle limitée pour prendre des mesures d’adaptation efficaces permettant de réduire leur niveau de risque et de vulnérabilité. Beaucoup d’entre eux figurent, de ce fait, parmi les pays les plus exposés et les plus vulnérables du monde (graphique 3.2). Noy (2009) constate qu’un plus fort taux d’alphabétisation, de meilleures institutions, un revenu plus élevé par habitant, une plus large ouverture aux échanges et de plus hauts niveaux de dépenses publiques sont autant de facteurs qui augmentent l’aptitude des pouvoirs publics et du secteur privé à mobiliser des ressources pour la reconstruction et à limiter les répercussions macroéconomiques. La diversification économique et l’espace budgétaire nécessaire pour mener une politique anticyclique peuvent aussi avoir un impact sur les mesures prises pour faire face aux catastrophes et le coût économique global de celles-ci.

  • Importance de la part de l’agriculture pluviale dans le PIB. L’importance de la part de l’agriculture dans le PIB (graphique 3.6) et l’emploi, tout comme celle des autres activités sensibles aux conditions météorologiques telles que l’élevage et la pêche, accroît la vulnérabilité d’un pays. S’élevant à 95 % du PIB, la part de l’agriculture pluviale en Afrique subsaharienne est la plus élevée du monde (graphique 3.7). Ces vulnérabilités contribuent à des pertes de revenu à court terme et à une plus grande insécurité alimentaire.

  • Niveaux élevés de pauvreté absolue. L’Afrique subsaharienne abrite le plus fort pourcentage mondial d’habitants vivant avec moins de 1,90 dollar et moins de 3,10 dollars par jour (graphique 3.8). Ces segments de population sont en général très vulnérables puisque même un faible choc peut provoquer un accroissement du nombre de personnes vivant en dessous du seuil de pauvreté et incapables de satisfaire leurs besoins essentiels.

  • Développement limité des secteurs financiers. Les faibles niveaux d’accès au crédit et surtout aux assurances, tant pour les populations que pour les États, réduisent les possibilités de transfert de risques et de financement des secours et de la reconstruction après une catastrophe. L’Afrique subsaharienne accuse un retard par rapport aux autres régions pour les assurances agricoles puisqu’elle ne contribue qu’à hauteur de 0,5 % au montant total des primes d’assurance agricole acquittées dans le monde (graphique 3.9). Il en va de même pour l’assurance privée. Dans les pays plus développés, les assurances du secteur privé peuvent notablement compenser l’impact macroéconomique des catastrophes, même lorsqu’elles sont graves (Goetz, von Dahlen et Saxena, 2012).

Graphique 3.6.Afrique subsaharienne : part de l’agriculture et PIB par habitant, 2014

Sources : Banque mondiale, Indicateurs du développement dans le monde; calculs des services du FMI.

Note : PPA = parité de pouvoir d’achat.

Graphique 3.7.Échantillon de régions : pourcentage des zones d’agriculture pluviale, moyenne 2005–13

Sources : Nations Unies, base de données statistiques de l’Organisation pour l’alimentation et l’agriculture; calculs des services du FMI.

Graphique 3.8.Échantillon de régions : taux de pauvreté, 2012

Sources : Banque mondiale, Indicateurs du développement dans le monde; calculs des services du FMI.

Note : PPA = parité de pouvoir d’achat

Graphique 3.9.Échantillon de régions : prime d’assurance agricole, 2011

(En pourcentage du total)

Source : Swiss Re, 2013.

Globalement, ces vulnérabilités exacerbent l’impact des catastrophes naturelles en Afrique subsaharienne par rapport aux autres régions. Nous allons maintenant examiner les coûts économiques et sociaux de ces catastrophes.

Les effets économiques et sociaux des catastrophes naturelles

Pour définir les mesures permettant aux pouvoirs publics de remédier à ces vulnérabilités, il est important de déterminer les effets économiques et sociaux des catastrophes naturelles. Nous examinons, dans cette section, les voies de transmission de ces effets et leur ampleur par secteur en considérant non seulement les effets macroéconomiques à court terme, mais aussi les répercussions à plus long terme sur la croissance et les indicateurs sociaux. Bien qu’il ne soit pas facile de démêler des effets complexes, nous concluons que les effets macroéconomiques à court terme tendent à varier selon les types de catastrophes et les secteurs touchés et que, dans l’ensemble, ils sont rarement considérables. Les effets sur la croissance à long terme et les indicateurs sociaux sont, en revanche, plus évidents et importants.

Les voies de transmission des effets

Pour examiner les effets économiques et sociaux des catastrophes naturelles, nous commençons par déterminer leurs voies de transmission :

  • Premièrement, les dommages subis par le capital (physique et humain) et les perturbations affectant les activités économiques risquent d’avoir des effets négatifs sur la production et la croissance à court comme à long terme. Cet effet négatif peut toutefois être compensé à très court terme, jusqu’à un certain point, par des mesures visant, par exemple, à intensifier les activités de reconstruction. À plus longue échéance, la quantité et la qualité des infrastructures et du capital humain seront atteintes.

  • Deuxièmement, la diminution de la capacité d’exportation et la hausse de la demande d’importations peuvent avoir un effet négatif sur les soldes extérieurs. Les dommages subis par la capacité de production et les infrastructures diminuent les exportations, alors que les besoins de reconstruction et les baisses de production se traduisent par un accroissement de la demande de produits importés. Les exportations agricoles sont, semble-t-il, les plus vulnérables aux sécheresses, inondations et tempêtes.

  • Troisièmement, la baisse des recettes fiscales et l’accroissement des besoins de dépenses publiques peuvent conduire à une détérioration des indicateurs budgétaires. En effet, la matière imposable diminue alors même que les efforts d’aide et la reconstruction augmentent les besoins de dépenses. Cependant, les décalages des effets dans le temps (les impôts sur les sociétés sont, par exemple, perçus sur les bénéfices des années antérieures) et la réorientation des dépenses — remplacement à la fois des dépenses courantes par des dépenses en capital et des dépenses en capital planifiées par des dépenses de reconstruction — peuvent atténuer, voire masquer, ces effets.

  • Quatrièmement, les pertes subies par les entreprises et les ménages peuvent provoquer une dégradation des indicateurs du secteur financier.

  • Enfin, les populations pauvres sont en général touchées de façon disproportionnée du fait qu’elles ont tendance à vivre dans des zones vulnérables et qu’elles disposent de moins de ressources pour faire face aux catastrophes. Les baisses de production agricole peuvent entraîner une diminution des possibilités d’emploi. Cela peut aggraver l’insécurité alimentaire, la pauvreté et les inégalités et réduire ainsi l’accumulation de capital humain et le potentiel de croissance à long terme.

Évaluation des effets

Il peut être difficile de chiffrer les effets des catastrophes puisqu’ils sont parfois flous, masqués par d’autres facteurs ou compensés par les mesures prises. De plus, alors que les données macroéconomiques utilisées pour l’analyse dans les pays à faible revenu sont établies sur une base annuelle, les catastrophes naturelles sont généralement plus localisées et sont de durées très variables — quelques jours pour les tempêtes et les inondations et des mois, parfois, pour les sécheresses et les épidémies. C’est la raison pour laquelle nous combinons plusieurs méthodes pour analyser les effets à court et à long terme. Premièrement, nous utilisons des études d’événement pour disposer de «faits stylisés» sur l’évolution de certaines variables économiques et sociales importantes après les catastrophes. Nous concentrons l’analyse d’événement sur les grandes catastrophes (les 20 % de catastrophes les plus importantes sur la base du pourcentage d’habitants affectés). Nous consacrons aussi des études de cas aux grandes catastrophes qu’ont été l’épidémie d’Ébola de 2014–15 et la sécheresse qui a sévi en Afrique australe à partir de 2014 (encadrés 3.1 et 3.2). Deuxièmement, pour mieux prendre en compte d’autres facteurs contemporains, nous complétons les études d’événement par des estimations empiriques en ayant recours à diverses méthodes adaptées aux questions posées. L’impact pouvant varier selon le type de catastrophe, nous considérons séparément les quatre catégories de catastrophes les plus fréquentes, lorsque les données le permettent : les sécheresses, épidémies, inondations et tempêtes, qui représentent près de 90 % de l’ensemble des catastrophes subies par la région.

Effets macroéconomiques à court terme

Importants dégâts déclarés

Les coûts économiques des 20 % de catastrophes les plus importantes ayant frappé l’Afrique subsaharienne ont été élevés, notamment par rapport aux autres régions (graphique 3.10). Les coûts économiques moyens déclarés sont plus élevés en Afrique subsaharienne, sauf pour les tempêtes. À l’exception de ces dernières également, le nombre moyen de personnes déclarées touchées y est plus ou moins le même, ou plus élevé, que dans les autres régions (graphique 3.11). Les tempêtes provoquent en général plus de dégâts dans les pays plus riches, où les biens de valeur sont concentrés le long des côtes et autour des fleuves. Les grandes sécheresses affectent en moyenne 35 % de la population d’un pays. Quant au pourcentage de la population d’Afrique subsaharienne touchée par les épidémies, il est près de deux fois plus élevé qu’ailleurs.

Graphique 3.10.Afrique subsaharienne : coût économique moyen de certains types de catastrophe1, 1990–2014

Sources : base de données sur l’incidence des catastrophes naturelles, EM–DAT; calculs des services du FMI.

1 Les catastrophes retenues ici sont les 20 % de catastrophes au coût humain le plus élevé.

Graphique 3.11.Coût humain moyen de certains types de catastrophe1, 1990–2014

Sources : base de données sur l’incidence des catastrophes naturelles, EM–DAT; calculs des services du FMI.

1 Les catastrophes retenues ici sont les 20 % de catastrophes au coût humain le plus élevé.

Léger impact sur la croissance à court terme

L’impact des catastrophes naturelles sur la croissance à court terme est contrasté en Afrique subsaharienne. Cela peut s’expliquer en partie par les mesures qui compensent les effets négatifs et le léger impact positif de certaines catastrophes en termes nets.

  • Analyse d’événement. Le graphique 3.12 montre comment l’évolution de la croissance du PIB pendant et après les grandes catastrophes (les 20 % de catastrophes les plus importantes) a varié sur la période 1990–2014. Seules les épidémies sont associées à un net ralentissement de la croissance par rapport à l’année immédiatement antérieure à l’événement, et cette tendance s’inverse l’année suivante. L’impact global mesuré sur le PIB est faible pendant l’année d’une sécheresse, et une accélération est observée l’année suivante (sous l’effet peut-être d’un rebond du secteur agricole ou de l’accroissement des flux d’aide). L’impact des tempêtes sur la croissance est minime pendant les deux années. Les inondations sont associées à une plus forte croissance (en raison sans doute des effets positifs des précipitations qui les accompagnent). Si l’analyse d’événement n’aboutit pas à des résultats convaincants, c’est peut-être parce qu’elle ne tient pas compte d’autres facteurs.

  • Analyse empirique. Pour remédier à cette déficience, nous suivons une approche empirique liant la croissance du PIB par habitant aux diverses catastrophes naturelles et prenant en compte les déterminants de la croissance généralement utilisés6. Pour tenir compte des rejaillissements potentiels de l’impact sur la croissance, nous considérons l’impact pendant l’année de la catastrophe et l’année suivante. Les résultats obtenus (récapitulés dans le tableau 3.1) sont contrastés et parfois contraires à ce à quoi on pouvait s’attendre. Les petits pays d’Afrique subsaharienne sont dans l’ensemble plus vulnérables, les sécheresses y étant associées à une contraction d’environ 0,4 point de la croissance du revenu par habitant. On observe, dans les pays à faible revenu, un effet positif l’année de la catastrophe. Les inondations, par ailleurs, ont en général un impact légèrement positif sur la croissance. Cela pourrait tenir au fait qu’elles sont généralement bénéfiques pour l’agriculture pluviale dans les régions avoisinantes. Les épidémies ont globalement un impact marginal, mais positif, en Afrique subsaharienne, et un impact négatif dans les pays à faible revenu. Les tempêtes ne semblent pas avoir d’effet notable à court terme. L’impact positif des catastrophes pourrait s’expliquer par le nouvel élan qui suit certaines d’entre elles.

Graphique 3.12.Afrique subsaharienne : analyse événementielle, impact de certains types de catastrophe1 sur la croissance du PIB réel, 1990–2014

Sources : base de données sur l’incidence des catastrophes naturelles, EM–DAT; calculs des services du FMI.

1 Les catastrophes retenues ici sont les 20 % de catastrophes au coût humain le plus élevé.

Tableau 3.1.Échantillon de groupes de pays : estimations économétriques, impact moyen de certaines catastrophes sur la croissance du revenu par habitant à court terme, 1990–2014
ImpactAfSSPFR d’AfSSPetits ÉtatsPetits États d’AfSS
globalGlobalInteractionGlobalInteractionGlobalInteractionGlobalInteraction
Sécheresse
Année de l’impact0,0480,0000,068−0,0450,159*0,071−0,230,064−0,366***
Année après l’impact−0,011−0,0940,114−0,0840,1240,013−0,250*0,006−0,404*
Épidémie
Année de l’impact0,0400,105*−0,10,144***−0,197***0,042−0,0840,042−0,084
Année après l’impact0,0380,079−0,0640,112**−0,148**0,0360,0490,0360,049
Inondation
Année de l’impact0,044*0,059**−0,0470,063**−0,0780,046*−0,0550,045*−0,065
Année après l’impact0,0330,036−0,010,041−0,0330,034−0,1180,033
Tempête
Année de l’impact−0,015−0,0210,045−0,0270,104−0,01−0,074−0,009−0,195
Année après l’impact0,002−0,0030,0330,0010,0020,0010,013−0,0020,239
Source : calculs des services du FMI.Note : AfSS = Afrique subsaharienne; PFR = pays à faible revenu. *** p < 0,01; ** p < 0,05; * p < 0,1.
Source : calculs des services du FMI.Note : AfSS = Afrique subsaharienne; PFR = pays à faible revenu. *** p < 0,01; ** p < 0,05; * p < 0,1.

Affaiblissement des balances extérieures

Il est en revanche manifeste que la plupart des types de catastrophes se soldent par une nette détérioration des balances extérieures qui peut contribuer à des vulnérabilités extérieures.

  • L’analyse d’événement montre que les sécheresses et les épidémies s’accompagnent d’une détérioration durable et importante des balances commerciales (graphique 3.13). Celles-ci fléchissent l’année d’une inondation et se redressent l’année suivante. Elles connaissent une amélioration en cas de tempêtes.

  • Les résultats empiriques concernant la balance courante et tenant compte d’autres facteurs7 confirment que les balances extérieures sont sensiblement affaiblies par les catastrophes en Afrique subsaharienne. La balance courante est plus durement touchée dans les pays à faible revenu, les petits pays (surtout ceux de la région subsaharienne) (graphique 3.14) qu’ailleurs dans le monde.

Graphique 3.13.Afrique subsaharienne : analyse événementielle, impact de certains types de catastrophe1 sur le solde commercial, 1990–2014

Sources : base de données sur l’incidence des catastrophes naturelles, EM–DAT; calculs des services du FMI.

1 Les catastrophes retenues ici sont les 20 % de catastrophes au coût humain le plus élevé.

Graphique 3.14.Afrique subsaharienne : estimations économétriques, impact de certains types de catastrophe1 sur le solde extérieur courant

Sources : base de données sur l’incidence des catastrophes naturelles, EM–DAT; calculs des services du FMI.

Note : Seuls les résultats statistiquement significatifs sont indiqués.

1 Les catastrophes retenues ici sont les 20 % de catastrophes au coût humain le plus élevé.

Affaiblissement des situations budgétaires dans certains cas

Les catastrophes n’ont, dans l’ensemble, pas d’effets nets sur les variables budgétaires. Comme on l’a indiqué plus haut, certains effets peuvent se faire sentir avec un décalage dans le temps (recettes publiques ou reconstruction, par exemple), être masqués par une réorientation des dépenses, ou compensés par une aide budgétaire extérieure (sous forme de l’octroi de dons et/ou de moyens de financement). Ces mesures prises sur le coup peuvent souvent compromettre un redressement rapide (retard dans la reconstruction, par exemple) ou le développement à long terme (réduction de dépenses en capital antérieurement prévues notamment). Dans l’ensemble, ces constatations concordent avec celles de Gerling, Moreno Badia et Toffano (à paraître).

  • L’analyse d’événement fait apparaître une détérioration notable du solde budgétaire pendant l’année d’une catastrophe uniquement dans le cas des sécheresses, suivie par un redressement partiel (graphique 3.15). Les autres effets sont marginaux.

  • L’analyse empirique8 qui essaie de tenir compte d’autres facteurs produit peu de résultats statistiquement significatifs en ce qui concerne l’impact d’une catastrophe. Suivant la spécification du modèle utilisé, les dépenses courantes ont tendance à augmenter de 0,2 % du PIB tandis que le solde primaire se détériore de 0,7 % du PIB après les catastrophes. Aucun impact n’a été discerné sur la dynamique de la dette, mais cela pourrait tenir aux allégements de dette publique dont beaucoup de pays d’Afrique subsaharienne ont bénéficié pendant la période considérée.

Graphique 3.15.Afrique subsaharienne : analyse événementielle, impact de certains types de catastrophe1 sur le solde budgétaire hors dons, 1990–2014

Sources : base de données sur l’incidence des catastrophes naturelles, EM–DAT; calculs des services du FMI.

1 Les catastrophes retenues ici sont les 20 % de catastrophes au coût humain le plus élevé.

Plus grande fragilité des secteurs financiers

La solidité des secteurs financiers se détériore en général légèrement dans les pays d’Afrique subsaharienne après une catastrophe du fait que le volume des prêts improductifs a tendance à augmenter.

L’analyse d’événement indique que les prêts improductifs augmentent dans les pays d’Afrique subsaharienne touchés par des catastrophes alors qu’ils ont tendance à diminuer dans tous les autres groupes de pays en pareil cas (graphique 3.16).

Graphique 3.16.Échantillon de groupes de pays : analyse événementielle, impact des catastrophes naturelles sur les créances improductives

Sources : Banque mondiale, base de données sur le développement financier dans le monde; calculs des services du FMI.

Note : Sont considérées ici les catastrophes qui sont survenues entre 1997 et 2014 et qui ont causé des dommages équivalant à plus de 0,5 % du PIB.

  • Les résultats empiriques confirment que tous les types de catastrophes naturelles contribuent à aggraver la situation en ce qui concerne les prêts improductifs dans la région9. C’est pour les tempêtes, suivies par les sécheresses, les épidémies et les inondations, que cette aggravation est le plus marquée avec un accroissement de ces prêts compris entre 0,1 et 1 point de pourcentage (graphique 3.17).

Graphique 3.17.Afrique subsaharienne : estimations économétriques, impact des catastrophes naturelles sur les créances improductives

Sources : Banque mondiale, base de données sur le développement financier dans le monde; calculs des services du FMI.

Ces résultats semblent indiquer que le plus faible niveau de développement financier et les restrictions de crédit qui l’accompagnent en Afrique subsaharienne augmentent les vulnérabilités aux catastrophes. L’accès limité aux assurances et au crédit peut aussi empêcher les entreprises de reprendre leurs activités et d’assurer le service de leur dette après une catastrophe.

Effets à long terme

Alors qu’elles ont des effets limités à court terme, les catastrophes semblent avoir de forts impacts sur la croissance et les indicateurs sociaux à long terme. Ces impacts négatifs à long terme pourraient tenir aux effets dans le temps des catastrophes et des mesures prises pour y faire face.

Les catastrophes semblent affecter le développement à plus long terme à cause des dommages répétés subis par le capital physique et humain. Ceux-ci réduisent le niveau global et l’efficience du capital et, par conséquent, le potentiel de croissance.

  • Pour évaluer cet impact, la première approche économétrique que nous avons suivie10 permet d’examiner les divers types de catastrophes et de conclure à l’existence d’un effet négatif durable sur la croissance dans le cas des sécheresses (–0,4 % du PIB globalement et −0,5 % du PIB pour les graves catastrophes qui ont frappé l’Afrique subsaharienne) et dans celui des tempêtes (–0,2 % du PIB environ). Les résultats sont résumés dans le tableau 3.2.

  • La seconde approche adoptée, qui se focalise sur certains pays d’Afrique subsaharienne, fait apparaître que les catastrophes naturelles réduisent à long terme le PIB réel d’environ 0,9 %. Cet effet est aggravé par les dégâts infligés aux infrastructures physiques et par les pertes de capital humain. Des précisions sont apportées à l’annexe 3.1.

Tableau 3.2.Afrique subsaharienne : estimations économétriques, impact de certains types de catastrophe naturelle sur la croissance du PIB réel(Variation moyenne du PIB réel sur 10 ans, en pourcentage, 1990–2014)
SécheressesTempêtesInondationsEpidémies
Impact global−0,361*−0,197**−0,081−0,076
Afrique subsaharienneGlobal−0,222−0,160*−0,109−0,219
Interaction−0,257−0,4450,1240,188
Pays à faible revenu d’Afrique subsaharienneGlobal−0,222−0,160*−0,109−0,187
Interaction−0,257−0,4450,1240,155
20 % supérieursGlobal−0,441**−0,204**−0,108−0,071
Interaction0,4400,0570,196−0,027
20 % supérieurs et Afrique subsaharienneGlobal−0,441**−0,183**−0,080−0,082
Interaction0,440−0,524−0,0180,076
Source : calculs des services du FMI.Note : *** p < 0,01; ** p < 0,05; * p < 0,1.
Source : calculs des services du FMI.Note : *** p < 0,01; ** p < 0,05; * p < 0,1.

Coûts sociaux

Pour évaluer l’impact social des catastrophes, nous examinons l’évolution de la sécurité alimentaire, de la pauvreté et des inégalités et constatons que les catastrophes entraînent, dans la plupart des cas, une détérioration de la situation dans ces trois domaines.

  • L’analyse d’événement semble indiquer que les catastrophes naturelles aggravent la situation sociale à tous égards. L’accessibilité physique et financière aux produits alimentaires ainsi que la qualité de ceux-ci diminuent fortement après une catastrophe; cela se traduit par un net recul de la sécurité alimentaire (graphique 3.18). Ces évolutions affectent de manière disproportionnée les populations pauvres qui consacrent une part plus importante de leur revenu à l’alimentation. La pauvreté et les inégalités sont en outre généralement plus marquées dans les pays qui sont touchés par des catastrophes (graphique 3.19).

  • L’analyse empirique11 fait ressortir une importante aggravation de la pauvreté, allant de 0,2 à 0,5 %, après les quatre types de catastrophes considérés (voir Mills et al., à paraître; graphique 3.20). Cette aggravation est souvent plus marquée dans les pays d’Afrique subsaharienne ou les pays à faible revenu que dans le reste du monde.

Graphique 3.18.Afrique subsaharienne : analyse événementielle, indice de sécurité alimentaire, 2011–14

Source : base de données de l’indice global de sécurité alimentaire.

Note : Une période de catastrophe est une période durant laquelle une catastrophe (inondation, sécheresse, épidémie, tempête) a causé des dommages équivalant à plus de 0,5 % du PIB.

Graphique 3.19.Échantillon de groupes de pays : analyse événementielle, pauvreté et inégalité, 2011–13

Sources : Banque mondiale, Indicateurs du développement dans le monde; Solt (2014).

Note : Une période de catastrophe est une période durant laquelle une catastrophe (inondation, sécheresse, épidémie, tempête) a causé des dommages équivalant à plus de 0,5 % du PIB. PPA = parité de pouvoir d’achat.

Graphique 3.20.Afrique subsaharienne : estimations économétriques, impact des catastrophes naturelles sur la pauvreté, 2011–13

Sources : Banque mondiale, Indicateurs du développement dans le monde.

Note : PPA = parité de pouvoir d’achat.

Plusieurs facteurs expliquent pourquoi les conditions sociales se détériorent plus nettement dans ces pays après une catastrophe. L’absence de filets de protection sociale efficaces peut rendre plus vulnérables les ménages pauvres frappés par la baisse de production de leurs moyens de subsistance et des salaires. Les pauvres s’établissent en outre généralement dans les zones les plus vulnérables où les normes en matière d’habitation laissent à désirer (Banque mondiale, 2003). L’accès limité au crédit et aux assurances réduit par ailleurs les options envisageables pour faire face aux effets des catastrophes (FMI, 2003). Les pressions sociales qui résultent des catastrophes naturelles peuvent, à leur tour, renforcer les incitations à la migration et avoir ainsi des répercussions régionales et mondiales.

En résumé, les résultats font apparaître un faible impact pour la croissance à court terme et les variables budgétaires, mais de nets effets à court terme sur les secteurs extérieurs et financiers qui peuvent contribuer à la vulnérabilité. Nous observons aussi un ralentissement de la croissance à plus long terme et une nette détérioration des indicateurs sociaux.

Les défis posés par les changements climatiques

Les changements climatiques vont sans doute accroître les difficultés créées par les catastrophes naturelles. L’Afrique subsaharienne sera affectée de façon disproportionnée par le réchauffement ainsi que par une augmentation de la fréquence et de l’intensité des sécheresses et des inondations (IPCC, 2012). Elle est en même temps l’une des régions les moins aptes à s’adapter aux changements climatiques (en plus des catastrophes naturelles). Elle a déjà vu les températures augmenter en moyenne d’environ ½º C au cours des dernières décennies, ce qui correspond plus ou moins à la hausse observée au niveau mondial. À l’avenir, le réchauffement devrait y être supérieur à la moyenne, surtout dans les régions les plus arides (IPCC, 2014). Les changements climatiques contribuent déjà à des cycles de hausses des températures et de précipitations inférieures à la moyenne, ponctués d’épisodes plus fréquents de pluviosité extrême (graphiques 3.21 et 3.22).

Graphique 3.21.Afrique subsaharienne : températures, 1980–2012

Sources : Banque mondiale, Climate Change Knowledge Portal; calculs des services du FMI.

1 Nombre de pays-mois où la température moyenne est éloignée de plus de deux écarts-types de la moyenne de la période 1901–2012.

Graphique 3.22.Afrique subsaharienne : pluviosité, 1980–2012

Sources : Banque mondiale, Climate Change Knowledge Portal; calculs des services du FMI.

1 Nombre de pays-mois où le total des précipitations est éloigné de plus de deux écarts-types de la moyenne de la période 1901–2012.

Les changements climatiques auront probablement un impact négatif sur l’Afrique subsaharienne à différents niveaux :

  • Réduction de la production agricole sous l’effet du réchauffement et de la variabilité de l’approvisionnement en eau. Un réchauffement de 1,5° à 2° C pourrait se traduire par une réduction de 40 à 80 % des superficies actuellement cultivées en maïs, millet et sorgho en Afrique (Banque mondiale, 2013a). Les changements climatiques toucheront les ménages pauvres de façon disproportionnée.

  • Contribution de l’aggravation du stress hydrique à la désertification et à la réduction des superficies cultivées. Toutes les régions devront faire face à une plus grande variabilité des précipitations, mais celles-ci pourraient augmenter globalement dans certaines régions, comme l’Afrique de l’Est. La modification des régimes de pluie rendra aussi plus incertaine la production d’hydroélectricité, compliquant encore un problème critique pour la région.

  • Montée du niveau des mers et des océans. Elle entraînera une érosion des zones côtières, surtout pour les petites îles, et contribuera à des inondations et à des intrusions d’eau salée (Banque mondiale, 2013a).

  • Détérioration de l’environnement — telle que le blanchissement des coraux provoqué par El Niño. Elle peut, à son tour, augmenter les coûts économiques et la vulnérabilité des pays. Par exemple, les variations de la composition de l’eau du lac Tanganyika, observées récemment, pourraient compromettre la pêche, qui constitue une source d’alimentation majeure pour l’importante population environnante.

  • Réchauffement : Il devrait favoriser la propagation des maladies, notamment vers les altitudes plus élevées et les régions plus tempérées (Banque mondiale, 2016b).

  • Coûts budgétaires et perturbations financières (Farid et al., 2016). Les dégâts provoqués par le changement climatique et la nécessité de mettre en œuvre des mesures d’adaptation pèseront sur les budgets. Les perturbations et les coûts seront plus élevés pour les villes des zones côtières. En même temps, la modification des conditions météorologiques pourrait désorganiser les modèles économiques, perturber les activités et entraîner le délaissement d’actifs tels que des routes, ponts et barrages.

Les coûts des changements climatiques seront probablement élevés, même si leur ampleur est incertaine. L’impact dépendra en grande partie de l’importance du réchauffement mondial et de la mesure dans laquelle celui-ci pourra être limité à 1,5°–2° C. Les études placent généralement les coûts relatifs pour l’Afrique subsaharienne au-dessus de la moyenne mondiale en raison de son plus faible niveau de revenu par habitant, de ses températures plus élevées au départ et d’une plus grande dépendance à l’égard des activités tributaires des conditions météorologiques comme l’agriculture (Farid et al., 2016).

Les estimations empiriques effectuées pour cette étude ont considéré l’impact des précipitations et des températures sur la croissance du PIB réel. Les résultats semblent indiquer que l’élévation des températures associée aux changements climatiques pourrait réduire la croissance économique annuelle d’environ ½ point (tableau 3.3)12. Il n’a pas été constaté d’effet notable, dans le passé, des précipitations (au niveau national) sur le PIB total, mais un certain impact sur l’agriculture a été observé. Les résultats des régressions indiquent que les précipitations ont une incidence positive sur le PIB agricole, une hausse de leur niveau de 1 centimètre se traduisant par une augmentation de 0,08 % de la croissance au niveau du secteur. De plus, l’effet négatif du réchauffement est aussi beaucoup plus important pour le PIB agricole que pour le PIB total, ce qui témoigne de sa sensibilité aux variations météorologiques.

Tableau 3.3.Impact des conditions météorologiques sur la croissance du PIB réel1
Variable dépendante : PIB totalVariable dépendante : PIB agricole
(1)(2)(3)(1)(2)(3)
Température
Effet simultané−0,541 ***−0,564 ***−1,522 **−1,324 *
(0,186)(0,190)(0,691)(0,687)
Avec trois retards2−0,461 ***−0,559
(0,176)(0,631)
Épisodes extrêmes0,065−0,461
(0,112)(0,403)
Pluies
Effet simultané0,0060,0060,081 **0,081 **
(0,007)(0,007)(0,033)(0,032)
Avec trois retards20,012−0,013
(0,010)(0,042)
Épisodes extrêmes0,623−0,214
(1,614)(5,027)
Nombre d’observations1.9811.8861.981952952952
R20,130,140,130,080,080,08
Source : calculs des services du FMI.Note : Régression de panel couvrant 43 pays d’Afrique subsaharienne sur la période 1963–2012. La température (en °C) et les pluies (en cm) sont les premières différences des moyennes annuelles sur la base de données mensuelles, les années étant ajustées de manière à se terminer en juin dans le cas des pays de l’hémisphère austral. Les épisodes extrêmes sont le nombre de mois pendant lesquels la variable des conditions météorologiques est éloignée de plus de deux écarts-types de la moyenne à long terme pour le pays concerné. Toutes les spécifications comprennent des effets fixes par pays et par période. Erreurs-types robustes indiquées entre parenthèses.*** p < 0,01; ** p < 0,05; * p < 0,1.

Variables dépendantes : 100 x Δlog (PIB à prix constants en monnaie locale).

Moyenne de tous les coefficients.

Source : calculs des services du FMI.Note : Régression de panel couvrant 43 pays d’Afrique subsaharienne sur la période 1963–2012. La température (en °C) et les pluies (en cm) sont les premières différences des moyennes annuelles sur la base de données mensuelles, les années étant ajustées de manière à se terminer en juin dans le cas des pays de l’hémisphère austral. Les épisodes extrêmes sont le nombre de mois pendant lesquels la variable des conditions météorologiques est éloignée de plus de deux écarts-types de la moyenne à long terme pour le pays concerné. Toutes les spécifications comprennent des effets fixes par pays et par période. Erreurs-types robustes indiquées entre parenthèses.*** p < 0,01; ** p < 0,05; * p < 0,1.

Variables dépendantes : 100 x Δlog (PIB à prix constants en monnaie locale).

Moyenne de tous les coefficients.

Après avoir quantifié l’impact des catastrophes naturelles et le risque posé par les changements climatiques, nous allons maintenant nous intéresser aux mesures que les pays pourraient mettre en œuvre pour faire face aux catastrophes naturelles et renforcer leur résilience.

Mesures à prendre pour faire face aux catastrophes naturelles et aux changements climatiques

Les catastrophes naturelles ont des effets économiques et sociaux néfastes qui sont particulièrement évidents à long terme. Ces effets dépendent de plusieurs facteurs, dont certains sont profondément enracinés (comme la pauvreté) ou échappent au contrôle des autorités nationales (comme les changements climatiques), mais l’efficacité de la préparation et des réactions aux catastrophes peut faire une différence. Étant donné la diversité des effets des catastrophes, l’adoption d’une stratégie intégrée reposant sur plusieurs piliers et mettant l’accent sur la réduction, le transfert et la rétention des risques s’impose (IPCC, 2012). Certaines approches, y compris celles impliquant l’aide internationale, peuvent couvrir ces trois aspects.

Dans l’idéal, l’ensemble de mesures associera une réduction des risques grâce à une plus grande résilience, un transfert des risques à l’aide d’instruments financiers et une part de risque résiduel pour les événements très fréquents à faible impact (Banque mondiale, 2014; FMI, 2016c, à paraître).

La stratégie de gestion des risques devrait refléter les résultats d’une analyse coûts–avantages de l’impact attendu des catastrophes et de l’intérêt d’intervenir. L’intensité en ressources des mesures prises variera, certaines se traduisant par de légers ajustements et d’autres créant d’importants besoins en ressources.

Étant donné les contraintes qui pèsent à court terme sur leurs ressources et leurs capacités, beaucoup de pays d’Afrique subsaharienne devront tabler surtout sur des mesures d’adaptation et de rétention des risques peu coûteuses. De ce fait, ils devront probablement mettre progressivement en œuvre les dispositions prises, tout en veillant à ce qu’elles soient efficaces par rapport à leur coût13. Il reste cependant urgent d’intégrer la résilience dans les stratégies de développement et de passer à l’action — des interventions effectuées en temps utile pouvant être à la fois moins coûteuses et plus efficaces.

Nous revenons dans cette section à un ensemble de mesures pouvant étayer la gestion des risques. Le FMI intervient déjà directement dans plusieurs de ces domaines au titre de ses programmes de surveillance ou d’aide financière, ou il collabore étroitement avec d’autres partenaires du développement dans le cadre d’initiatives internationales plus vastes.

Réduction des risques

La réduction des risques vise à atténuer l’impact des catastrophes en intégrant la planification des mesures à prendre en cas de catastrophes dans les stratégies de développement. Les mesures généralement applicables incluent les aspects suivants :

  • Évaluation des risques et diffusion de l’information. La première étape dans la préparation aux catastrophes consiste à investir suffisamment dans la détermination des risques et la diffusion de l’information. Les systèmes d’alerte précoce (SAP) incluant des services météorologiques et de santé publique adéquats et des moyens efficaces de diffusion de l’information peuvent notablement améliorer l’état de préparation aux catastrophes et réduire l’impact de celles-ci sur les populations; il est estimé que chaque dollar investi dans les SAP se traduit par une réduction du montant des pertes de 4 dollars (Banque mondiale, 2016a). Les progrès technologiques facilitent la mise en œuvre, encore limitée, des SAP dans la région.

    • Le partage de l’information entre les pays affectés par les tempêtes dans l’océan Indien permet de mieux en prévoir la trajectoire et facilite les évacuations éventuellement nécessaires.

    • Le Rwanda informe les agriculteurs, par téléphone portable, du moment où des précipitations sont attendues, ce qui optimise les plantations.

  • Renforcement de la résilience de l’agriculture. Renforcer la résilience du secteur permettra d’atténuer l’impact des catastrophes sur l’instabilité des revenus, l’insécurité alimentaire et la pauvreté. Les changements climatiques augmenteront encore probablement les effets positifs de la résilience. Les investissements dans le stockage de l’eau, l’irrigation et l’accroissement de la productivité agricole (développement, par exemple, de cultures plus résilientes face aux pénuries d’eau) renforceront la résilience. L’encadré 3.4 commente les expériences tentées dans trois pays d’Afrique subsaharienne pour rendre l’agriculture plus résiliente.

    • La Banque mondiale (2016a) estime que les interventions visant à améliorer la productivité des ménages dans les régions sèches pourraient permettre de rendre beaucoup d’entre eux moins vulnérables à la sécheresse pour un montant de 160 dollars par ménage14. Au Burkina Faso, de grandes citernes installées dans les champs de canne à sucre récupèrent l’eau qui est ensuite distribuée à l’aide de méthodes d’irrigation efficientes (FMI, 2015c).

  • Encouragement de la diversification économique. Diversifier l’économie au profit d’activités manufacturières et de services non liés à l’agriculture renforcera la résilience face aux catastrophes météorologiques. Les mesures en faveur de la diversification doivent s’attaquer aux facteurs qui freinent l’apparition d’entreprises susceptibles de favoriser les exportations de produits autres que les produits de base (FMI, 2015b).

  • Adaptation des infrastructures physiques. En dépit des insuffisances des infrastructures existantes, les programmes de développement des infrastructures doivent être adaptés à la montée des risques liés aux catastrophes naturelles et aux changements climatiques. Il est urgent notamment de renforcer les normes de construction et d’anticiper l’impact attendu des changements climatiques. Des infrastructures résilientes sont certes généralement plus coûteuses à court terme, mais elles sont rentables à long terme dans la mesure où elles survivent aux catastrophes. Les entretenir correctement est aussi indispensable pour leur résilience. Citons les exemples suivants de mesures prises pour renforcer la résilience des infrastructures :

    • Amélioration des normes de construction pour renforcer la résilience face aux tempêtes à Madagascar, au Malawi et à Maurice (ces deux derniers pays ont axé, au départ, leurs efforts sur les écoles) et développement d’infrastructures de transport résistantes aux intempéries à Madagascar et au Mozambique (Ebinger et Vandycke, 2015).

    • Réduction du recours à la production d’hydroélectricité vulnérable aux sécheresses et plus large recours au gaz et à la géothermie au Kenya.

    • Planification tenant compte des risques, comme à São Tomé-et-Príncipe et en Zambie : par exemple, en déplaçant les habitants des zones vulnérables aux inondations vers des zones plus sûres. Le Lesotho a planifié la construction de routes de manière à réduire l’impact des inondations (Banque mondiale, 2015a).

  • Renforcement des infrastructures financières. Des systèmes de paiement résilients protègent les opérations financières après une catastrophe naturelle : cela permet de limiter les réactions en chaîne. Des progrès dans la mise en place de systèmes modernes de paiement pourraient aussi contribuer à la résilience en améliorant l’accès aux moyens de financement après les catastrophes. La banque mobile pourrait appuyer un système de paiement résilient.

Transfert des risques

Le transfert des risques, pour l’indemnisation en cas de catastrophe, peut être envisagé au niveau des ménages, des entreprises ou des nations. Pour les nations, il s’effectue par l’intermédiaire d’assurances privées ou étatiques et de mécanismes régionaux ou multilatéraux de gestion des risques.

  • Élargissement de l’accès des ménages et des entreprises aux moyens de financement et aux assurances. Il peut permettre d’atténuer les difficultés financières, y compris pour les plus vulnérables. Cette adaptation sera facilitée par l’approfondissement du secteur financier et la généralisation de l’accès aux services financiers. Au Kenya, la possibilité de contracter une assurance-récolte par téléphone portable a commencé à élargir l’accès aux assurances, avec l’aide de la Banque mondiale.

  • Amélioration de l’aide et de la coordination internationales. Des pays fragiles et à faible revenu disposant d’un espace budgétaire limité comptent sur l’aide internationale pour faire face aux catastrophes naturelles. Lorsqu’elles surviennent, les donateurs jouent un rôle essentiel en apportant une assistance à court terme. Ils devraient donc s’efforcer d’améliorer leur coordination et leur état de préparation afin de réagir rapidement et de dissiper les inquiétudes formulées à propos de l’adéquation, la répartition et l’apport en temps voulu de l’aide après les catastrophes (Clarke et Dercon, 2016). L’option de tirage différé pour les risques liés aux catastrophes de la Banque mondiale (CAT-DDO) offre un accès rapide aux financements tout en favorisant la réduction des risques. Les donateurs peuvent aussi aider à préserver la viabilité de la dette après les catastrophes, et plusieurs initiatives internationales ont été conçues pour aider les pays à faire face aux catastrophes. La «clause ouragan» introduite dans le rééchelonnement de la dette de Grenade offre un exemple de solution adaptée aux circonstances particulières d’un pays très vulnérable aux catastrophes naturelles.

  • Fourniture d’assurances ayant un bon rapport coût–efficacité. Les assurances souveraines contre les risques de catastrophe ne sont pas encore très développées, mais constituent un instrument très prometteur parce qu’efficace par rapport à son coût au regard des pratiques actuelles de financement post-catastrophe discrétionnaire. En 2014, l’Union africaine a établi, avec l’aide des donateurs, la Capacité africaine de gestion des risques (ARC) destinée à fournir une aide rapide en cas de grave sécheresse; 26 millions de dollars ont ainsi été décaissés en 2015. Pour transférer vers les marchés mondiaux les risques importants de l’assurance contre les catastrophes, ce mécanisme est associé à des titres indexés comme les obligations catastrophes ou «cat bonds».

Rétention des risques

En principe, la rétention des risques devrait concerner les risques résiduels et les événements très fréquents à faible impact. En même temps, les pays peuvent être contraints d’assumer des risques résiduels plus importants parce qu’il ne leur est guère possible de réduire ou de transférer ces risques. Les principales façons d’assumer ces risques sont notamment les suivantes :

  • Maintenir des réserves et des volants budgétaires plus importants. Un niveau plus élevé de réserves internationales pourrait permettre d’amortir les déficits éventuels de balance des paiements, tandis que des volants budgétaires plus étoffés permettront de disposer de davantage de ressources pour faire face aux catastrophes naturelles (FMI, 2016a, 2016c). La nature et la taille appropriées de ces volants dépendront avant tout de l’évaluation de leur efficacité par rapport à leur coût. Pour cela seront notamment prises en compte la situation budgétaire du pays, l’estimation du coût des catastrophes naturelles et la capacité d’emprunt du pays au niveau national ou international. Le graphique 3.23 fait ressortir certaines de ces considérations. Le maintien de ces marges de manœuvre implique de difficiles compromis pour beaucoup de pays d’Afrique subsaharienne qui pâtissent d’importants déficits d’infrastructure et de coûts d’opportunité élevés. Dans ces conditions, il est souvent sensé de compter davantage sur l’aide extérieure postcatastrophe. Un accroissement du volume des envois de fonds a parfois fourni des ressources après les catastrophes et permis d’améliorer l’état de préparation (Mohapatra, Joseph et Ratha, 2012).

  • Renforcer les filets de protection sociale et les systèmes de santé publique. Des filets modulables et bien ciblés permettent aux autorités d’atténuer l’impact social des catastrophes en proposant une protection, essentiellement à destination des segments les plus vulnérables des populations. Pourtant, beaucoup reste à faire en la matière, car les filets existant dans plusieurs pays aux moyens limités sont inadaptés. Étant donné l’impact social des catastrophes naturelles et des changements climatiques, l’élargissement de l’accès aux soins de santé primaire est considéré comme un objectif prioritaire (Banque mondiale, 2016b). Le développement des systèmes de santé constitue une riposte rentable aux risques de pandémies (Commission sur les risques pour la santé mondiale à l’avenir, 2016).

  • Le programme de protection de la production agricole «Productive Safety Net Program (PSNP)» mis en œuvre en Éthiopie constitue un exemple de programme de travaux publics qui a été élargi pendant les sécheresses et qui soutient une amélioration de la productivité agricole par la construction de biens communautaires.

  • Le Rwanda a, de fait, rendu universelle la couverture des soins de santé primaires en augmentant le niveau des cotisations en fonction du revenu des ménages.

Graphique 3.23.Éléments à prendre en considération pour déterminer la taille des volants budgétaires

Source : FMI (2016b, à paraître).

Note : BdP = balance des paiements.

Riposte aux catastrophes

Quel que soit le degré de préparation d’un pays, une riposte rapide et vigoureuse à une catastrophe peut en atténuer l’impact. Les mesures prises après les catastrophes devraient principalement viser à protéger les populations touchées, à rétablir la croissance et à améliorer la résilience. Plusieurs options s’offrent aux autorités :

  • Un accroissement rapide de l’échelle de la protection sociale, y compris des programmes d’aide alimentaire et de distribution de fournitures d’urgence, réduit l’impact social des catastrophes.

  • Une flexibilité des dépenses et un processus budgétaire réactif peuvent faciliter les secours et la reconstruction des infrastructures après une catastrophe. Le budget peut inclure des postes de dépenses pour imprévus qui ne sont activés qu’en cas de catastrophe (une forme de volant budgétaire).

  • Le financement national du redressement devrait être assuré à condition qu’il ne gêne, ni n’exclut, les efforts du secteur privé. S’il n’est pas envisageable et si la dette extérieure est élevée, les donateurs devraient considérer la possibilité de consentir des dons ou un rééchelonnement de dette.

  • Une politique monétaire accommodante peut être envisagée si la stabilité des prix et de la monnaie le permet. Les autorités monétaires devraient en outre veiller à ce qu’il y ait suffisamment de liquidités sur le marché pour que le système de paiements reste opérationnel.

  • Dans la mesure où les catastrophes naturelles ont des effets durables sur la croissance tendancielle et engendrent des tensions considérables sur la balance des paiements, la souplesse du taux de change peut faciliter le processus d’ajustement. Le montant d’aide étrangère déterminera aussi l’ampleur de l’ajustement nécessaire. En même temps, une dépréciation trop rapide de la monnaie peut aussi avoir l’effet indésirable d’accentuer à court terme les tensions sur la balance des paiements, surtout lorsque la reconstruction du pays nécessite des importations massives. Si les pays concernés ont suffisamment de réserves, ils peuvent s’en servir pour rendre plus supportable le rythme de l’ajustement. À l’échelle mondiale, on constate que la production se redresse plus rapidement après une catastrophe naturelle lorsque le taux de change est souple (Ramcharan, 2007).

Le rôle du FMI

Le FMI aide à améliorer la résilience grâce aux conseils qu’il prodigue, au renforcement des capacités qu’il soutient et aux moyens de financement qu’il accorde. Sa facilité de crédit rapide (FCR) et son instrument de financement rapide (IFR), en particulier, permettent de venir rapidement en aide aux pays qui se heurtent à des problèmes immédiats de balance des paiements (tableau 3.4). Ils sont accessibles sous certaines conditions précises et assortis d’une conditionnalité limitée, mais avec un faible niveau d’accès par rapport aux autres facilités du FMI. Un décaissement du FMI en faveur d’un pays peut rendre plus crédible son cadre d’action macroéconomique après une catastrophe et stimuler ainsi l’aide extérieure. Les pays ayant des programmes du FMI en cours d’application peuvent aussi demander leur accroissement, ce qui s’est produit dans cinq cas au moins depuis 2014, et le FMI a participé à l’allégement de dette postcatastrophe consenti au titre du fonds fiduciaire d’assistance et de riposte aux catastrophes (CCRT), qui a été utilisé avec succès dans les trois pays d’Afrique de l’Ouest (Guinée, Libéria et Sierra Leone) qui luttaient contre l’épidémie d’Ébola.

Tableau 3.4.Assistance post-catastrophe accordée par le FMI à des pays d’Afrique subsaharienne, 2014–161
Achats
PaysAnnéeÉvénementMillions de DTS% de la quote-partInstrument utilisé 2, 3
Malawi2016Sécheresse34,725,0Augmentation de FEC
Gambie2015Épidémie d’Ébola7,825,0FCR
Guinée2015Épidémie d’Ébola21,420,0Allég. de dette fonds ARC
Sierra Leone2015Épidémie d’Ébola20,720,0Allég. de dette fonds ARC
Libéria2015Épidémie d’Ébola25,820,0Allég. de dette fonds ARC
Guinée2015Épidémie d’Ébola45,142,1Augmentation de FEC
Sierra Leone2015Épidémie d’Ébola51,950,0Augmentation de FEC
Libéria2015Épidémie d’Ébola32,325,0FCR
Guinée Bissau2014Post-conflit; prix alimentaires3,625,0FCR
Guinée2014Épidémie d’Ébola26,825,0FCR
Libéria2014Épidémie d’Ébola32,325,0Augmentation de FEC
Sierra Leone2014Épidémie d’Ébola25,925,0Augmentation de FEC
Source : calculs des services du FMI.

Dans le cadre de la réforme de 2009 des prêts en faveur des pays à faible revenu, la FCR a assumé le rôle de fournisseur de prêts d’urgence bonifiés en faveur de ces pays. En 2011, l’IFR a été créé en remplacement de la politique qui avait régi jusqu’alors les prêts d’urgence relevant du CRG.

CRG = compte des ressources générales; FCR = facilité de crédit rapide; FEC = facilité élargie de crédit; fonds fiduciaire ARC = fonds fiduciaire d’assistance et de riposte aux catastrophes; IFR = instrument de financement rapide; PFR = pays à faible revenu.

Au lendemain du tremblement de terre dévastateur survenu en janvier 2010 en Haïti, le FMI avait créé le fonds fiduciaire pour l’allégement de la dette après une catastrophe, qui lui permettait de s’associer aux initiatives internationales d’allégement de la dette en faveur des pays très pauvres frappés par de grandes catastrophes naturelles. En février 2015, après l’épidémie d’Ébola en Guinée, au Libéria et en Sierra Leone, le FMI a remplacé ce mécanisme par le fonds fiduciaire d’assistance et de riposte aux catastrophes (fonds fiduciaire ARC), qui lui permet d’accorder des dons en vue de l’allégement de la dette des pays les plus pauvres et les plus vulnérables subissant des catastrophes naturelles ou de santé publique de grande envergure.

Source : calculs des services du FMI.

Dans le cadre de la réforme de 2009 des prêts en faveur des pays à faible revenu, la FCR a assumé le rôle de fournisseur de prêts d’urgence bonifiés en faveur de ces pays. En 2011, l’IFR a été créé en remplacement de la politique qui avait régi jusqu’alors les prêts d’urgence relevant du CRG.

CRG = compte des ressources générales; FCR = facilité de crédit rapide; FEC = facilité élargie de crédit; fonds fiduciaire ARC = fonds fiduciaire d’assistance et de riposte aux catastrophes; IFR = instrument de financement rapide; PFR = pays à faible revenu.

Au lendemain du tremblement de terre dévastateur survenu en janvier 2010 en Haïti, le FMI avait créé le fonds fiduciaire pour l’allégement de la dette après une catastrophe, qui lui permettait de s’associer aux initiatives internationales d’allégement de la dette en faveur des pays très pauvres frappés par de grandes catastrophes naturelles. En février 2015, après l’épidémie d’Ébola en Guinée, au Libéria et en Sierra Leone, le FMI a remplacé ce mécanisme par le fonds fiduciaire d’assistance et de riposte aux catastrophes (fonds fiduciaire ARC), qui lui permet d’accorder des dons en vue de l’allégement de la dette des pays les plus pauvres et les plus vulnérables subissant des catastrophes naturelles ou de santé publique de grande envergure.

Adaptation aux changements climatiques et atténuation de leurs effets

L’adaptation aux changements climatiques et l’atténuation de leurs effets doivent être intégrées dans la planification du développement et le renforcement de la résilience. Beaucoup des mesures à prendre face aux catastrophes naturelles sont aussi applicables pour remédier aux effets des changements climatiques. Les infrastructures doivent être conçues en tenant compte de la modification de la pluviosité, de la montée du niveau des mers et des océans et de l’augmentation de la fréquence et de l’intensité des événements météorologiques. D’autres mesures visent à renforcer les sols, à préserver les ressources en eau et à mieux protéger les barrières naturelles, comme la réhabilitation des mangroves pour amortir les effets des hautes vagues. Il doit aussi être tenu compte dans la planification du risque de «délaissement d’actifs» (qui pourrait aussi jouer un rôle dans la solidité des secteurs financiers). Plus ces facteurs seront rapidement pris en compte, moins l’adaptation sera coûteuse. Bien que les changements climatiques s’opèrent lentement, il est urgent de prendre les mesures qui s’imposent pour y faire face.

Les pays d’Afrique subsaharienne se sont engagés à limiter leurs émissions de carbone dans le cadre de l’effort mondial visant à réduire les niveaux de CO2. Ils devront souvent pour cela prendre de nouvelles mesures fiscales et notamment envisager d’introduire une taxe carbone (encadré 3.5). Celle-ci pourrait faciliter la mobilisation des recettes fiscales pour financer le développement et renforcer la résilience face aux catastrophes et aux changements climatiques. En outre, les 100 milliards de dollars promis par les pays avancés aux pays en développement dans le cadre de la COP21 pourraient constituer une source de financement pour les mesures d’adaptation dans les pays à faible revenu. L’architecture du financement de l’adaptation aux changements climatiques est complexe, mais elle évolue rapidement, et les pays d’Afrique subsaharienne aux moyens limités bénéficieront probablement de l’appui des institutions financières internationales pour mobiliser cette aide.

Conclusions

L’Afrique subsaharienne est l’une des régions du monde les plus vulnérables aux catastrophes naturelles du fait notamment de sa faible capacité d’adaptation. Les changements climatiques vont accroître cette vulnérabilité. Les catastrophes naturelles affectent négativement les indicateurs économiques et sociaux, surtout à plus long terme; si leur impact à court terme est souvent contrasté, elles peuvent malgré tout contribuer à la vulnérabilité et compliquer la gestion macroéconomique. Il est donc impératif d’intégrer le plus rapidement possible le renforcement de la résilience dans les stratégies de développement. Les pays doivent déterminer l’ensemble de mesures le mieux adapté à leurs besoins et à leurs capacités de développement et définir notamment comment équilibrer et mettre en œuvre les trois grandes stratégies de réduction, transfert et rétention des risques. Un certain nombre de mesures générales seraient applicables dans la plupart des pays de la région et pour la plupart des types de catastrophes qui les frappent. Il est indispensable pour la sécurité alimentaire et économique d’investir davantage dans l’agriculture. Il est aussi impératif d’investir dans la résilience des infrastructures face aux catastrophes naturelles et aux changements climatiques, malgré le surcoût que cela implique au départ. Plus généralement, améliorer l’état de préparation et la planification spatiale est une façon rentable de réduire les pertes. En particulier, mettre en place des filets de protection sociale bien ciblés et renforcer les systèmes de soins de santé primaires sont des mesures efficaces par rapport à leur coût pour réduire l’impact des catastrophes.

Cet impact est proportionnellement plus fort pour les pays à faible revenu et les ménages pauvres. Cela tient dans une large mesure à leur inaptitude à s’adapter aux chocs météorologiques et climatiques et à s’en protéger. De ce fait, l’élargissement de l’accès à des instruments financiers performants devrait favoriser le transfert des risques. Il est important de développer des instruments financiers dans ces domaines et de se préoccuper de leur efficacité par rapport à leur coût. Ceci dit, les pays à faible revenu et les petits États n’auront guère d’autre choix que de supporter les risques pendant un certain temps. Des mécanismes permettant que l’aide internationale soit mieux ciblée et fournie plus rapidement après les catastrophes pourraient réduire l’impact de celles-ci. Si les pays peuvent se protéger eux-mêmes en se ménageant des marges de manœuvre, le coût d’opportunité est une considération importante, surtout quand le champ d’action est sérieusement limité, comme c’est le cas dans beaucoup de pays de la région.

Encadré 3.1.Épidémie d’Ébola : étude de cas sur les vulnérabilités nationales, les coûts globaux

Après avoir éclaté en décembre 2013 en Guinée, l’épidémie d’Ébola a rapidement gagné la Sierra Leone et le Libéria voisins. Fin 2014, elle avait atteint sept autres pays (l’Espagne, les États-Unis, l’Italie, le Mali, le Nigéria, le Royaume-Uni et le Sénégal) et était devenue une «urgence de santé publique de portée internationale» d’après l’Organisation mondiale de la santé (OMS, 2015). Elle a infecté 28.500 personnes et fait plus de 11.300 morts, presque uniquement dans les trois pays d’Afrique de l’Ouest; cela en a fait l’une des flambées d’Ébola les plus meurtrières jamais enregistrées. La déforestation liée à la croissance démographique, les modifications de l’utilisation des terres et les changements climatiques sont autant de facteurs qui peuvent avoir favorisé la transmission du virus des animaux sauvages à l’homme. Les conditions régnant au départ en Guinée, au Libéria et en Sierra Leone ont rendu ces pays extrêmement vulnérables à l’introduction d’une maladie peu connue. La pauvreté, s’ajoutant aux séquelles de conflits et d’une instabilité prolongés, à la faiblesse des systèmes de santé (graphique 3.1.1), à la porosité des frontières et à certaines pratiques culturelles, a compliqué l’endiguement de la maladie.

Graphique 3.1.1.Échantillon de pays d’Afrique subsaharienne : nombre de médecins pour 1.000 habitants, 2010

Source : Organisation mondiale de la santé (OMS).

Les effets économiques et sociaux ont été profonds dans les trois pays les plus touchés. En dehors des morts et des contaminations, le choc a été amplifié par la fermeture des frontières, les quarantaines imposées à l’intérieur des pays, les fermetures d’écoles et d’administrations, les perturbations enregistrées à l’échelon international, la forte réduction des échanges commerciaux aux niveaux national et international et les effets significatifs sur la confiance des consommateurs et des entreprises. La croissance a fortement chuté (de jusqu’à 12 % au Libéria, graphique 3.1.2) sous l’effet essentiellement du choc infligé au stock de capital humain et de la baisse de confiance des entreprises et des consommateurs (Banque mondiale, 2015b; FMI, 2016b, à paraître). La balance courante et les soldes budgétaires se sont détériorés à des degrés divers (graphiques 3.1.3 et 3.1.4). L’inflation, le chômage, la pauvreté et l’insécurité alimentaire ont augmenté. Deux millions de personnes au Libéria et en Sierra Leone ont eu besoin d’une aide alimentaire (FAO, 2015). La communauté internationale a déboursé 5,9 milliards de dollars pour financer la riposte et les efforts de redressement. Environ 25 % des fonds ont été directement versés aux institutions gouvernementales, y compris par le FMI. L’aide que ce dernier a apportée aux pays les plus touchés a atteint un total de 430 millions de dollars, dont 100 millions d’allégement de la dette par l’intermédiaire du fonds fiduciaire d’assistance et de riposte aux catastrophes.

Graphique 3.1.2.Échantillon de pays d’Afrique subsaharienne : croissance du PIB réel

Source : FMI, base de données des Perspectives de l’économie mondiale.

Graphique 3.1.3.Échantillon de pays d’Afrique subsaharienne : solde extérieur courant

Source : FMI, base de données des Perspectives de l’économie mondiale.

Graphique 3.1.4.Échantillon de pays d’Afrique subsaharienne : solde budgétaire global

Source : FMI, base de données des Perspectives de l’économie mondiale.

Encadré 3.2.Sécheresses : étude de cas sur la sécheresse causée par El Niño en Afrique australe

La plus dure sécheresse causée par El Niño depuis 1990 a affecté plus de 30 millions de personnes en Afrique australe et risque de provoquer une crise alimentaire dans l’ensemble de la région. L’insécurité alimentaire a augmenté, surtout pour les populations rurales (graphique 3.2.1). En dehors des mauvaises récoltes, le cheptel bovin a été décimé, et le revenu disponible des ménages a aussi été affecté par la diminution des possibilités d’emploi occasionnel. D’après le Programme alimentaire mondial, le nombre des personnes touchées devrait atteindre 40 millions en 2016–17.

Graphique 3.2.1.Afrique australe : population rurale touchée par la sécheresse, 2016

(Pourcentage de la population rurale totale)

Source : Communauté du développement de l’Afrique australe (SADC), Appel humanitaire régional, juin 2016.

La sécheresse a réduit la croissance et favorisé l’inflation alimentaire. La croissance a pâti (graphique 3.2.2) à la fois de la diminution de la production agricole et de la baisse de la production d’hydroélectricité. Le Zimbabwe est l’un des pays les plus durement touchés : on estime que la sécheresse a amputé la production végétale de 9,9 %, et le barrage de Kariba (qui satisfait à hauteur d’environ 60 % la demande d’électricité aux périodes de pointe) a frôlé la fermeture totale suite à la baisse des niveaux d’eau. Les pénuries d’électricité ont freiné les activités minières et manufacturières, qui consomment beaucoup d’énergie, dans plusieurs pays.

Graphique 3.2.2.Afrique subsaharienne : croissance du PIB réel en 2016; écart entre octobre 2016 et projections d’octobre 2015

Source : FMI, base de données des Perspectives de l’économie mondiale.

Le besoin d’importer des produits alimentaires et de l’énergie et la protection sociale ont réduit les soldes budgétaires et extérieurs courants; les coûts encourus vont de 1 % du PIB au Swaziland et en Zambie à plus de 2 % au Zimbabwe. Les partenaires internationaux ont certes quelque peu augmenté leur aide, mais les besoins de financement restent importants. En même temps, beaucoup de pays ont aussi été touchés par la baisse des prix et de la demande pour leurs exportations de produits de base (Madagascar, Mozambique, Zambie et Zimbabwe notamment), ce qui a encore aggravé leurs positions extérieures.

Encadré 3.3.Catastrophes naturelles et adaptation à Madagascar

Madagascar est l’un des pays d’Afrique subsaharienne les plus vulnérables aux catastrophes naturelles du fait de sa très forte exposition aux aléas météorologiques conjuguée aux déficiences initiales liées à la faiblesse de son niveau de revenu, un manque de capacités et une croissance démographique rapide. Plus de la moitié de l’ensemble des décès et des dommages économiques dus aux tempêtes en Afrique subsaharienne, qui s’élèvent au total à plus de 2 milliards de dollars depuis 1967, sont survenus sur son territoire (base de données EM-DAT).

Malgré sa faible capacité d’adaptation, Madagascar prend des mesures pour réduire les risques de catastrophe et s’adapter aux changements climatiques avec l’appui de partenaires internationaux comme la Facilité mondiale pour la prévention des risques de catastrophe et le relèvement (GFDRR), gérée par la Banque mondiale. Parmi ces mesures :

  • L’octroi d’une assistance technique aux producteurs de riz pour renforcer la résilience grâce notamment à la conservation des sols, à la production d’engrais naturels et au reboisement.

  • La construction de bâtiments publics résilients (écoles, centres sanitaires, par exemple). Entre 2004 et 2006, 2.041 écoles et 311 centres sanitaires pouvant résister à des vents atteignant 250 kilomètres à l’heure ont été construits.

  • Le développement d’une base de données sur les risques régionaux visant à évaluer les possibilités de financement des risques régionaux et nationaux, et la création d’un centre technique pour la réduction des risques de catastrophe.

Encadré 3.4.Expériences contrastées pour le renforcement de la résilience face aux sécheresses

L’Éthiopie, la Gambie et le Niger ont pris toute une série de mesures, plus ou moins fructueuses, pour renforcer leur résilience face aux sécheresses. Deux principaux facteurs expliquent les différences observées dans ces expériences : 1) l’état des systèmes de gestion de l’eau et des autres infrastructures; et 2) l’efficacité des systèmes d’alerte précoce et des filets de protection sociale.

Les systèmes de gestion de l’eau et autres infrastructures

L’Éthiopie a pris des dispositions pour développer des systèmes d’irrigation d’échelles différentes dans plusieurs parties du pays depuis le début du millénaire. Des investissements judicieux dans de petits réseaux d’irrigation, la remise en état de captages d’eau et le reboisement de zones rurales ont renforcé la résilience. La longueur des réseaux routiers reliant les agriculteurs aux marchés et les intervenants d’urgence aux villages a doublé au cours de la dernière décennie. Ces mesures ont amélioré la résilience du secteur agricole face aux sécheresses.

En Gambie, des efforts ont été entrepris dans le cadre de la gestion gouvernementale intégrée des ressources en eau, mais l’irrigation pourrait être encore largement améliorée pour soutenir l’agriculture. Au Niger, les possibilités d’irrigation sont limitées, de même que le recours à celle-ci (Banque mondiale, 2013b). Le barrage de Kandadji, dont la construction doit s’achever en 2017, stimulera probablement l’irrigation, les autres activités agricoles et la production d’hydroélectricité.

Les mécanismes d’alerte précoce et les filets de protection sociale

Des mécanismes d’alerte précoce sont nécessaires pour communiquer aux agriculteurs les prévisions météorologiques et leur permettre d’adapter leurs activités et de mieux les planifier.

L’Éthiopie a élaboré le programme LEAP («Livelihoods–Early Assessment–Protection», en français «moyens de subsistance, évaluation précoce et protection»), qui combine évaluation précoce, alerte précoce, plans d’intervention et renforcement des capacités avec des moyens de financement pour imprévus dans le cadre de systèmes informatiques. Le système d’alerte précoce de l’Éthiopie fournit en outre des informations cruciales pour la protection sociale et la distribution de vivres après les sécheresses. D’une manière générale, lorsqu’il est réalisable, le renforcement des systèmes de protection sociale existants peut permettre de réduire notablement le risque d’exposition des ménages pauvres aux sécheresses. Le programme PSNP de l’Éthiopie («Productive Safety Net Program», programme de protection des moyens de production) permet de fournir une aide alimentaire d’urgence pendant les sécheresses.

La Gambie et le Niger ont pris des initiatives comparables, mais le manque de capacités humaines et d’infrastructures pour collecter et observer les données sur le climat et les changements climatiques ainsi que le développement limité des mises en garde ont réduit l’efficacité des systèmes d’alerte précoce.

Encadré 3.5.Les recettes fiscales potentielles de la taxation du carbone

Taxer le carbone implique de prélever sur le charbon, les produits pétroliers et le gaz naturel consommés dans un pays une taxe proportionnelle à leur teneur en carbone. C’est une extension pure et simple des taxes sur les carburants, qui sont bien établies dans la plupart des pays d’Afrique subsaharienne et qui font partie des taxes les plus faciles à gérer.

Les taxes carbone (ou les dispositifs du même ordre) constituent le moyen d’action le plus efficace pour réduire les émissions de dyoxide de carbone (CO2) liées à l’énergie. Répercutées sur les prix des combustibles fossiles, de l’électricité, etc., elles favorisent l’atténuation de la pollution (notamment par l’utilisation de combustibles moins polluants ou l’adoption de technologies économes en énergie) dans tous les secteurs de l’économie. Bien qu’à l’échelle internationale, il soit beaucoup plus urgent que les grands pays prennent des mesures pour réduire leurs émissions (Farid et al., 2016), la justification budgétaire de la taxe carbone ne manque pas d’attrait pour les pays d’Afrique subsaharienne, dont les recettes publiques tirées de dispositifs fiscaux plus généraux peuvent être fortement amputées par l’importance du secteur informel.

Les taxes carbone sont susceptibles de produire des recettes importantes dans les pays d’Afrique subsaharienne; par exemple, si une taxe de 20 dollars par tonne de CO2 avait été appliquée en 2013 (ou plus ou moins à cette époque), les recettes qu’elle aurait produites auraient représenté plus de 0,5 % du PIB dans la moitié environ des pays figurant dans le graphique 3.5.1 et plus de 1 % du PIB dans un quart d’entre eux1. Les recettes perçues sont évidemment plus importantes dans des pays à fortes émissions de CO2 qui, comme l’Afrique du Sud, consomment beaucoup de charbon. Elles ont aussi des chances d’augmenter au fil du temps étant donné le prix élevé que devra souvent atteindre le carbone (plus de 50 dollars la tonne en 2030), pour que les pays respectent les engagements de réduction des émissions qu’ils ont pris dans le cadre de l’Accord de Paris de 2015 sur le climat2.

Graphique 3.5.1.Échantillon de pays d’Afrique subsaharienne : produit potentiel des taxes sur le carbone, 2013 ou dernière année dont les données sont disponibles

Source : calculs des services du FMI.

Note : Ce graphique illustre les recettes qui auraient pu être obtenues si une taxe sur le carbone avait été en place en 2013 ou pendant l’année la plus récente pour laquelle on dispose de données, sachant que, par hypothèse, toute augmentation de 10 dollars/tonne de la taxe sur le carbone se traduit par une réduction de 3,3 % des émissions de CO2.

Il est toutefois important que ces sources de recettes soient utilisées de façon productive, par exemple pour réduire d’autres taxes pesantes ou financer des investissements publics à haute valeur sociale. Il pourrait être problématique d’affecter ces recettes au financement de dépenses environnementales (par exemple des investissements pour améliorer la résilience face aux changements climatiques) du fait qu’il n’y a pas de rapport entre un niveau efficient de ce type de dépenses et les recettes tirées d’une tarification du carbone correspondant aux objectifs d’atténuation.

Cet encadré a été rédigé par Ian Parry (FMI, Département des finances publiques).1 À titre de comparaison, l’application d’une taxe de 20 dollars par tonne de CO2 en Afrique du Sud en 2014 aurait entraîné une hausse des prix des combustibles d’environ 4 % pour l’essence, 50 % pour le charbon et 10 % pour le gaz naturel.2 Voir, par exemple, https://blog-imfdirect.imf.org/2016/04/21/countries-are-signing-up-for-sizeable-carbon-prices. Beaucoup de pays parmi lesquels figurent des pays d’Afrique subsaharienne se sont engagés à réduire leurs émissions d’environ 20 à 30 % par rapport aux niveaux actuels d’ici à 2030.
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Annexe 3.1. Impact à long terme des catastrophes naturelles sur le PIB

Pour estimer l’impact des catastrophes naturelles sur la croissance économique à long terme, nous utilisons un modèle autorégressif à retards échelonnés (ARDL). Les modèles ARDL sont des modèles de régressions classiques par la méthode des moindres carrés qui peuvent être utilisés pour examiner des relations de long terme et cointégrantes entre des variables (Pesaran et Shin, 1999). Nous estimons ce modèle à l’aide de données de panel concernant 22 pays d’Afrique subsaharienne sur la période 1985–20141. La spécification, qui est la même que celle utilisée dans Cabezon et al. (2015), est exprimée comme suit :

PIB réel = f(stock de capital, population, catastrophe naturelle)

La variable dépendante est le PIB réel (exprimé sous forme logarithmique), et les variables explicatives sont la population, les stocks de capital (exprimés tous les deux sous forme logarithmique) et les dommages provoqués par la catastrophe naturelle (en pourcentage de la population affectée). La série relative au stock de capital est construite en appliquant la méthode de l’inventaire permanent aux données sur la formation brute de capital fixe. Les données sur les catastrophes naturelles proviennent de la base de données EM-DAT, et celles concernant les autres variables sont tirées de la base de données des Perspectives de l’économie mondiale (PEM) du FMI.

Les résultats confirment l’effet négatif à long terme des catastrophes naturelles sur la croissance économique. Pour les catastrophes naturelles qui affectent plus de 1 % de la population, le PIB réel est réduit à long terme de 0,92 %2.

Tableau A3.1.1.Modèle de panel autorégressif à retards échelonnés, effets fixes
PIB réel
Long terme
Catastrophe naturelle−0,0092 ***
Stock de capital0,52 *
Population1,81 *
Court terme
Terme de correction d’erreur−0.05 *
Catastrophe naturelle
Première différence1,02
Deuxième différence−0,05 **
Stock de capital
Première différence0,16 *
Deuxième différence0,08 *
Population
Première différence0,77 *
Deuxième différence0,13
Constante0,06 **
Source : calculs des services du FMI.Note : ***, ** et * indiquent des niveaux de significativité de 1 %, 5 % et 10 %, respectivement.
Source : calculs des services du FMI.Note : ***, ** et * indiquent des niveaux de significativité de 1 %, 5 % et 10 %, respectivement.

Ce chapitre a été préparé par une équipe dirigée par Marshall Mills et Vimal Thakoor sous la supervision générale de David Owen. Il a été principalement rédigé par Mounir Bari, Marlon Francisco, Ermal Hitaj, Tobias Rasmussen et Arina Viseth avec le concours de Luisa Charry, Kerstin Gerling, Farayi Gwenhamo, Mumtaz Hussain, Yun Liu, Fan Yang et Mustafa Yenice.

Les auteurs s’appuient sur la base de données EM-DAT sur les catastrophes (http://www.emdat.be/), y compris pour la définition des événements. Cette base de données inclut toutes les catastrophes satisfaisant à l’un des critères suivants : 10 morts, 100 personnes affectées (blessées, sans abri ou ayant besoin d’une assistance immédiate sous forme de vivres, d’eau, d’installations sanitaires et de soins médicaux), une déclaration d’état d’urgence, ou un appel à l’aide internationale.

L’indice mondial de risque (World Risk Index) mesure la vulnérabilité d’un pays aux catastrophes naturelles en fonction de son degré de susceptibilité (infrastructures publiques, conditions de logement, nutrition, pauvreté, capacité économique et répartition du revenu), de son aptitude à faire face (gouvernance et perception de la corruption, préparation aux catastrophes, systèmes d’alerte précoce, services médicaux et réseaux sociaux) et de ses capacités d’adaptation (enseignement et recherche, équité entre les sexes, état de l’environnement/protection des écosystèmes et stratégies d’adaptation et investissements).

Plus généralement, plusieurs ODD font une large place à la lutte contre les effets des catastrophes naturelles et des changements climatiques et visent, entre autres, à renforcer la résilience des populations pauvres face aux événements climatiques et autres catastrophes, mettre fin à diverses épidémies répandues en Afrique, renforcer les moyens en matière de santé publique ainsi que la résilience et la capacité d’adaptation face aux aléas climatiques et aux catastrophes naturelles dans tous les pays.

Ce chapitre complète les travaux entrepris dans le cadre de la publication du FMI intitulée «Small States Resilience to Natural Disasters and Climate Change: Role of the IMF» (FMI, 2016c, à paraître), qui, au stade actuel, est axée sur les petits États.

Ce chapitre porte essentiellement sur les catastrophes naturelles qui ont sévi à partir de 1990 pour des raisons de comparabilité des données. Il utilise principalement le nombre de personnes affectées comme indicateur de la gravité des catastrophes.

Nous élargissons le modèle de Barro (2003) en y incluant les catastrophes naturelles comme déterminant de la croissance. En utilisant des données annuelles pour un ensemble de 136 pays sur la période 1984–2014, nous appliquons la méthode des moindres carrés en trois étapes pour évaluer l’effet à court terme des catastrophes sur la croissance. Le modèle inclut les autres variables suivantes : PIB initial, ouverture commerciale, espérance de vie, fertilité, consommation publique, investissement public, niveau d’instruction, qualité des institutions et inflation.

Nous élargissons le modèle de Chinn et Prasad (2003) en y incluant les catastrophes naturelles comme déterminant de la balance courante. Nous appliquons la méthode simple des moindres carrés ordinaires et utilisons un ensemble de 177 pays sur la période 1990–2014. Le modèle inclut les autres variables suivantes : solde budgétaire gouvernemental, taux de change effectif réel, masse monétaire au sens large, investissement direct et réserves internationales, ainsi qu’une variable indicatrice si le pays considéré est riche en ressources.

Nous utilisons une version modifiée de Cabezon et al. (2015) pour évaluer l’impact des catastrophes naturelles sur les principales variables budgétaires. Nous estimons un modèle vectoriel autorégressif sur données de panel (PVAR) couvrant 45 pays sur la période 1990–2014. La spécification de base prend en compte : le solde budgétaire primaire, les recettes fiscales, les dépenses courantes gouvernementales, la croissance du PIB réel et l’intensité des catastrophes naturelles. Une autre spécification prend en compte : le solde budgétaire primaire, le coefficient d’efficience C (recettes de TVA/consommation) divisé par le taux normal, les dépenses publiques totales, la croissance du PIB réel et l’intensité des catastrophes naturelles.

Nous élargissons le modèle de Ebeke, Loko et Viseth (2014) en y incluant les catastrophes naturelles comme déterminant du volume des prêts improductifs. Nous utilisons un modèle logit fractionnaire pour évaluer l’impact des catastrophes naturelles à l’aide d’un échantillon couvrant 176 pays sur la période 1997–2014. Le modèle inclut les autres variables suivantes : croissance du PIB réel, PIB par habitant, ouverture commerciale et indicateur de la gouvernance.

Nous utilisons le même modèle que pour l’impact sur la croissance à court terme (Barro, 2003) avec des données de panel sur dix ans couvrant 95 pays sur la période 1984–2014. Les autres variables explicatives restent inchangées (voir la note 6).

Nous étoffons les modèles de Ravallion (1997) et Ravallion et Chen (1997) en y incluant les catastrophes naturelles comme déterminant de la pauvreté. Nous recourons, pour les estimations, à un modèle logit fractionnaire en utilisant un échantillon de 176 pays couvrant la période 1997–2014. Les autres variables du modèle incluent le PIB par habitant et le coefficient de Gini.

Dell, Jones et Olken (2012) observent un effet similaire, mais plus élevé (1 point) dans les pays à faible revenu.

L’encadré 3.3 examine les initiatives prises à Madagascar, pays à faible revenu et faible capacité.

Les interventions effectuées avant les catastrophes peuvent être efficaces par rapport à leurs coûts pour renforcer la résilience. La diffusion de techniques d’agriculture et d’élevage résilientes et plus productives coûterait environ 1 milliard de dollars au Sahel et dans la corne de l’Afrique alors que l’aide humanitaire accordée à la région s’est élevée au total à 4 milliards de dollars en 2013 (Banque mondiale, 2016a).

L’échantillon comprend les pays suivants : Afrique du Sud, Botswana, Cameroun, Cabo Verde, Comores, République démocratique du Congo, Éthiopie, Gambie, Lesotho, Madagascar, Malawi, Maurice, Mozambique, Namibie, Niger, Sénégal, Seychelles, Swaziland, Tchad et Zimbabwe.

La variable des catastrophes naturelles étant exprimée en pourcentage du PIB, on obtient le chiffre de 0,92 en multipliant par 100 le coefficient à long terme de −0,0092.

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