Chapter

1. Une croissance à plusieurs vitesses

Author(s):
International Monetary Fund. African Dept.
Published Date:
October 2016
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Affaiblie par la baisse des cours des produits de base et un environnement mondial moins porteur, l’activité économique de l’Afrique subsaharienne a fortement ralenti. La production de la région ne devrait progresser que de 1,4 % en 2016, ce qui représente la plus faible performance depuis plus de vingt ans; de surcroît, la perte de dynamisme observée ces deux dernières années est comparable aux périodes de profond ralentissement des décennies précédentes (graphique 1.1). Une reprise modeste, avec une croissance d’un peu moins de 3 %, se profile pour l’année prochaine, mais même cette légère embellie ne sera possible que si des mesures sont prises sans tarder pour remédier aux déséquilibres macroéconomiques prononcés et à la forte incertitude qui entoure les politiques publiques dans plusieurs des plus grands pays de la région.

Graphique 1.1.Afrique subsaharienne : croissance du PIB réel pendant les épisodes de ralentissement économique actuel et passés

Source : FMI, base de données des Perspectives de l’économie mondiae.

1 Les taux de croissance du PIB sont des moyennes calculées pour les années correspondantes des épisodes précédents de fort ralentissement centrés sur 1977, 1983, 1992 et 2009. Le ralentissement actuel est centré sur 2016.

Cela dit, plus que jamais, cette moyenne régionale masque une hétérogénéité considérable entre pays. D’une manière générale, l’image qui se dégage est celle de deux Afriques qui se côtoient : d’une part, 23 pays exportateurs de produits de base, dont les trois plus grands pays de la région (Afrique du Sud, Angola, Nigéria), qui connaissent de fortes tensions économiques et tirent vers le bas la moyenne régionale; d’autre part, les 22 autres pays subsahariens, qui, pour la plupart, continuent de jouir d’une croissance économique raisonnablement soutenue (graphique 1.2). Plus précisément :

Graphique 1.2.Afrique subsaharienne : croissance du PIB réel

Source : FMI, base de données des Perspectives de l’économie mondiale.

Note : La taille de la bulle indique la contribution au PIB régional. Voir à la page 94 la liste des abréviations de pays.

  • Ces derniers mois, les perspectives à court terme des pays exportateurs de pétrole en particulier se sont dégradées, en dépit d’une légère remontée des cours. Les effets négatifs de la baisse de 2014–15 des cours du pétrole, qui dans un premier temps se sont surtout fait sentir dans les secteurs liés au pétrole, se sont étendus à l’ensemble de l’économie, ce qui a eu pour effet de renforcer le ralentissement de l’activité. En conséquence, la production des pays exportateurs de pétrole devrait diminuer de 1,3 % cette année, sous l’effet d’une forte contraction au Nigéria, mais aussi en Guinée équatoriale, au Soudan du Sud et au Tchad, tandis que l’Angola échappera de justesse à la récession.

  • Les autres pays riches en ressources naturelles traversent aussi une passe difficile. En Afrique du Sud, l’expansion de la production a marqué le pas en début d’année, à cause de la faiblesse des cours des produits de base et du manque de confiance. De la même manière, des pays tels que la République démocratique du Congo, le Ghana, la Zambie et le Zimbabwe ont vu leur activité ralentir considérablement, ou continuent à n’enregistrer qu’une croissance molle.

  • En revanche, les pays peu tributaires des exportations de ressources naturelles continuent d’afficher de bons résultats. Pour l’ensemble de ce groupe, la croissance économique devrait atteindre 5½ % cette année — à peine moins que la moyenne de 6 % enregistrée sur la période 2000–14 — grâce à la diminution de leur facture pétrolière et à l’amélioration du climat des affaires, ainsi qu’au niveau élevé des investissements d’infrastructure, qui continuent d’entretenir la dynamique de croissance. Pour des pays tels que la Côte d’Ivoire et le Sénégal en Afrique de l’Ouest, ou l’Éthiopie et le Kenya en Afrique de l’Est, les prévisions laissent encore entrevoir une croissance économique de l’ordre de 6 % à 8 % pendant les deux prochaines années. Cependant, il est peu probable que ces bons résultats aient des retombées positives sur les pays les plus touchés de la région, dans la mesure ou les liens économiques et financiers intrarégionaux restent en général peu développés.

Il est préoccupant de constater que, face aux fortes pressions financières et économiques, les autorités d’un grand nombre de pays exportateurs de produits de base — surtout parmi les pays exportateurs de pétrole — n’ont réagi le plus souvent qu’avec lenteur et de façon parcellaire. Lorsqu’il a eu lieu, l’ajustement budgétaire s’est effectué par manque de financement et a pris essentiellement la forme d’une compression généralisée des dépenses plutôt que de réductions ciblées et/ou de mesures visant à accroître durablement les recettes. Cela s’est accompagné de fortes pressions sur les dépôts publics et les réserves de change, de politiques insoutenables telles que l’accumulation d’arriérés intérieurs et le recours au financement de la banque centrale, ainsi que d’un accroissement rapide de la dette publique dans certains cas. Sur le plan extérieur, les pays exportateurs de pétrole dotés d’un régime de change flexible n’ont laissé leur taux de change s’ajuster qu’avec réticence et dans des proportions insuffisantes, tout en recourant à des restrictions quantitatives. L’orientation globale des politiques publiques étant ainsi devenue très incertaine, l’ajustement longtemps différé a eu pour effet de décourager l’investissement et d’empêcher de nouvelles sources de croissance de se développer. De manière plus générale, le plus préoccupant aujourd’hui est que les dégâts causés à l’économie de ces pays ont acquis un caractère plus permanent — prolongeant l’effet d’un choc qui sévit déjà depuis longtemps et éloignant d’autant plus la perspective d’un retour à des taux de croissance élevés.

Par conséquent, dans les pays les plus durement touchés, surtout les pays exportateurs de pétrole, il convient de procéder à un ajustement qui soit à la mesure de l’urgence de la situation et qui soit fondé sur un ensemble complet de politiques publiques cohérentes au plan interne. Cela suppose de laisser le taux de change absorber complètement les pressions extérieures dans les pays qui n’appartiennent pas à une union monétaire, de rétablir la stabilité macroéconomique — notamment en resserrant la politique monétaire lorsque la dépréciation de la monnaie a engendré de fortes hausses de l’inflation qui produisent des effets de second tour — et de donner autant que possible la priorité aux éléments de l’assainissement budgétaire propices à la croissance économique.

Existe-t-il une marge de manœuvre pour alléger le poids de l’ajustement dans ces pays? Une orientation anticyclique soutenant la croissance serait bien sûr idéale. Mais, étant donné que les réserves de change et les dépôts publics sont limités, que les déficits budgétaires sont déjà prononcés et que la dette publique s’accroît rapidement, la marge de manœuvre pour alléger le poids de l’ajustement dépendra de façon déterminante de l’accès à de nouveaux financements, assortis dans l’idéal de conditions concessionnelles. Conjugués à des mesures d’ajustement crédibles à moyen terme, ces financements pourraient contribuer à atténuer l’effet de freinage à court terme sur la croissance et réduire l’incertitude qui fait actuellement obstacle à l’investissement privé.

Quant aux pays qui affichent de bons résultats, pendant que la conjoncture est encore relativement favorable, ils devraient mettre à profit leur croissance vigoureuse pour reconstituer leurs amortisseurs. En particulier, dans un environnement caractérisé par des marchés financiers plus tendus et plus volatils, il reste primordial de trouver le juste milieu entre des dépenses de développement dont les pays ont tant besoin et le souci de préserver la viabilité de la dette obtenue au prix de beaucoup d’efforts. Même s’il n’est pas aussi urgent de prendre des mesures que dans les pays les plus touchés, la dette suit néanmoins une tendance à la hausse dans un grand nombre d’entre eux, et un assainissement budgétaire s’avérera nécessaire pendant la période à venir.

Enfin, dans toute la région, des réformes structurelles s’imposent pour compléter les politiques macroéconomiques, de manière à assurer la viabilité de la croissance économique et à préserver la compétitivité. En particulier, des mesures visant à garantir des sources durables de recettes budgétaires et des dépenses publiques efficientes contribueraient largement à prévenir une hausse intenable de la dette publique. La priorité devrait être donnée à la mobilisation de recettes intérieures pour réduire la dépendance à l’égard des recettes provenant des produits de base. En outre, un ajustement et une rationalisation des dépenses seront nécessaires dans une certaine mesure — et ont déjà eu lieu dans certains pays —, mais il convient d’éviter une réduction trop brutale des dépenses d’investissement productives pour permettre la diversification indispensable au rebond de la croissance économique là où l’activité a le plus ralenti. Il convient aussi de poursuivre les efforts pour améliorer l’efficience des dépenses en général et réduire les subventions non ciblées en particulier, tout en préservant les dispositifs de protection sociale conçus pour les couches les plus vulnérables de la population.

Dans le reste du chapitre 1, nous passons d’abord en revue les puissants vents contraires qui continuent de sévir sur les plans intérieur et extérieur. Nous examinons ensuite plus en détail les divergences croissantes entre les trajectoires économiques des pays de la région, en montrant en particulier que les difficultés auxquelles sont confrontés les pays les plus durement touchés se pérennisent, alors que, dans l’ensemble, le dynamisme de la croissance reste solide dans les pays pauvres en ressources naturelles. Dans les sections suivantes, nous expliquons comment les difficultés de financement croissantes forcent un ajustement des politiques publiques dans les pays où les tensions sont les plus prononcées, même s’il a jusqu’à présent été retardé. Enfin, dans la dernière section, nous présentons les perspectives à court terme et les risques qui pèsent sur les prévisions.

Avec en arrière plan la baisse des cours des produits de base et la détérioration des termes de l’échange qu’elle a engendrée dans beaucoup de pays, le chapitre 2 se penche sur l’évolution des régimes de change en Afrique subsaharienne au cours de ces 35 dernières années et examine l’influence qu’ils ont eue sur les résultats économiques. Il en ressort que les régimes de change fixes s’accompagnent systématiquement d’un meilleur ancrage de l’inflation, mais que les pays dotés de régimes de change plus flexibles ont bénéficié d’une croissance économique plus forte sur longue période. L’analyse met ainsi en évidence la nécessité de mener des politiques d’accompagnement pour limiter autant que possible ces arbitrages potentiels — politiques qui vont des réformes structurelles pour renforcer la croissance et la compétitivité dans les pays à parité fixe à des cadres de politique monétaire mieux à même d’assurer la stabilité des prix dans les pays dotés d’un régime de change flexible.

Consacré à des problématiques de plus long terme, le chapitre 3 montre que l’Afrique subsaharienne est très vulnérable aux catastrophes naturelles — comme en témoigne la grave sécheresse qui a récemment sévi dans la plus grande partie de l’Afrique orientale et australe —, qui causent des dégâts économiques profonds sur le long terme, amplifiés par les faibles niveaux de revenu et le manque de capacités, ainsi que par la place prépondérante de l’agriculture dans les sources de revenu de la plupart des pays. Étant donné que les pays de la région ressentent déjà les effets du changement climatique et qu’ils devraient en pâtir de façon disproportionnée au cours des décennies à venir, ce chapitre examine les politiques publiques qui pourraient être mises en œuvre pour accroître leur résilience et atténuer les effets des catastrophes naturelles.

Un environnement qui reste globalement défavorable

Des conditions extérieures encore peu porteuses

Comme cela est expliqué dans l’édition d’octobre 2016 des Perspectives de l’économie mondiale, la croissance économique mondiale devrait rester modeste, s’affichant en légère baisse à 3,1 % cette année avant de remonter à 3,4 % l’année prochaine. En particulier, parmi les partenaires commerciaux avancés de l’Afrique subsaharienne, la reprise économique des États-Unis — pays où elle avait été la plus robuste — a récemment perdu un peu de son dynamisme, et l’incertitude entourant les perspectives de l’Europe s’est accentuée après le vote du Royaume-Uni en faveur de la sortie de l’Union européenne. En même temps, la Chine, où l’expansion reste vigoureuse, est en train de passer à une économie fondée sur les services et la consommation qui est moins dépendante de l’importation massive de matières premières.

Pour l’Afrique subsaharienne, cet environnement mondial peu porteur continue de produire ses effets essentiellement en maintenant les cours des produits de base à un niveau bas. Comme cela est expliqué plus en détail dans l’édition d’avril 2016 de ce rapport1, le réalignement des cours des produits de base constitue un choc considérable pour les termes de l’échange des pays exportateurs de pétrole de la région — qui a amputé les recettes nationales dans des proportions allant de 15 % à 50 % du PIB depuis le milieu de l’année 2014 — et a aussi gravement touché d’autres pays exportateurs de produits de base, parmi lesquels la République démocratique du Congo, le Libéria et la Zambie, ainsi que, dans une moindre mesure, le Niger et la Sierra Leone (graphique 1.3). Si cette évolution a été favorable aux pays importateurs de pétrole dont les exportations ne sont guère tributaires des ressources non renouvelables, surtout en Afrique orientale et occidentale, beaucoup de ces pays ont aussi été confrontés au durcissement des conditions financières mondiales qui a coïncidé avec la chute des cours des produits de base.

Graphique 1.3.Pays riches en ressources naturelles d’Afrique subsaharienne : variation cumulative des termes de l’échange des produits de base depuis 2011

Source : calculs des services du FMI.

Note : Le calcul des termes de l’échange des produits de base est expliqué en détails au chapitre 2 de l’édition d’avril 2016 des Perspectives économiques régionales : Afrique subsaharienne.

De fait, à la suite de l’effondrement des cours enclenché au milieu de l’année 2014, et malgré le léger redressement observé plus récemment, les cours des produits de base sont restés à des niveaux bas en raison de l’atonie de la demande, de l’accroissement de l’offre et du niveau élevé des stocks. Étant donné que, d’après les projections, l’indice des cours des produits de base n’atteindra en 2021 que 60 % de son niveau record de 2011, les cours de la plupart des ressources naturelles produites par la région devraient rester à des niveaux relativement faibles dans l’avenir envisageable (graphique 1.4).

Graphique 1.4.Variation des cours d’un échantillon de produits de base depuis 2013

Sources : FMI, hypothèses mondiales; FMI, système des cours des produits de base.

Note : Outre le pétrole, les principaux produits de base exportés par les pays de la région sont, entre autres, le cuivre (République démocratique du Congo et Zambie), le minerai de fer (Afrique du Sud, Libéria et Sierra Leone), le charbon (Afrique du Sud et Mozambique), l’or (Afrique du Sud, Burkina Faso, Ghana, Mali et Tanzanie) et le platine (Afrique du Sud).

Cet environnement de prix faibles devenant la nouvelle réalité, la forte diminution qu’il engendre pour les exportations de l’Afrique subsaharienne vers la Chine — aujourd’hui premier partenaire commercial de la région — illustre parfaitement ce réalignement des cours des ressources naturelles et de la demande dont elles font l’objet (voir Kolerus, N’Diaye et Saborowski, 2016). Pour les 23 pays de la région riches en ressources naturelles, la valeur des exportations vers ce pays a accusé une chute de l’ordre de 40 % à 50 % en 2015 après être montée en flèche au début de la décennie 2010 en raison de l’appétit croissant de la Chine pour les produits de base à l’époque (graphique 1.5). La baisse des cours des produits de base a aussi entraîné une réduction de la valeur des exportations des pays riches en ressources naturelles vers les autres régions du monde, dans des proportions toutefois moindres.

Graphique 1.5.Afrique subsaharienne : croissance annuelle des exportations vers la Chine, 2010–13 par rapport à 2015

Source : FMI, Direction of Trade Statistics.

Note : voir à la page 92 le tableau des groupes de pays.

1 Données jusqu’à fin mai 2016.

Des vents contraires aussi à l’intérieur de la région

Les effets de ces évolutions extérieures défavorables ont été amplifiés par les chocs exogènes négatifs que la région a subis sur le plan intérieur :

  • Sous l’effet d’un système El Niño particulièrement puissant, certaines régions d’Afrique orientale et australe subissent la pire sécheresse de ces 35 dernières années, qui a fortement réduit la production agricole et placé des millions de personnes en situation d’insécurité alimentaire. Les pays les plus touchés sont l’Afrique du Sud, l’Éthiopie, le Lesotho, le Malawi, le Mozambique et le Zimbabwe — pour certains, les conséquences macroéconomiques sont considérables — et, dans une moindre mesure, le Burundi et le Rwanda. En outre, la sécheresse a profondément perturbé la production hydroélectrique en Zambie. Les conditions météorologiques défavorables ont aussi pénalisé d’autres pays de la région, dont l’Angola et la Côte d’Ivoire, tandis que la Guinée, le Libéria et la Sierra Leone sont confrontés aux défis du redressement économique après la pandémie d’Ébola. Ces événements illustrent la grande vulnérabilité de la région aux catastrophes naturelles, comme cela est expliqué plus en détail au chapitre 3.

  • L’insécurité s’est aggravée dans certains pays. Après des actions coordonnées des autorités nationales, les attentats de Boko Haram ont diminué par rapport au niveau record du début de 2015, mais ils continuent de causer des pertes considérables en vies humaines et de peser sur l’activité économique et les finances publiques des pays concernés (Cameroun, Niger, Nigéria et Tchad). Les activités des rebelles dans la région du Delta du Niger ont aussi fortement perturbé la production de pétrole au Nigéria. En même temps, la sécurité demeure précaire au Burundi et en République centrafricaine; elle s’est considérablement dégradée au Soudan du Sud, où le fragile accord de paix est menacé; et le climat politique est de plus en plus tendu au Zimbabwe. Les attentats terroristes ont refait leur apparition au Mali et menacent maintenant d’autres pays d’Afrique de l’Ouest, notamment la Côte d’Ivoire, en pesant sur les finances publiques. Il convient toutefois de rappeler que les conflits civils restent beaucoup moins répandus dans la région que pendant les décennies antérieures.

Deux afriques se côtoient

Changement de modèles de croissance

Le nouvel environnement extérieur a eu des effets différents sur les pays de la région en fonction de la structure de leur économie (pays exportateurs ou importateurs de pétrole, pays riches ou pauvres en ressources naturelles), ce qui s’est traduit par des trajectoires économiques de plus en plus divergentes au sein de l’Afrique subsaharienne. Si la dynamique positive de la période 2010–14 a bénéficié dans l’ensemble à tous les types de pays, on observe désormais une dichotomie des modèles de croissance (graphique 1.6). D’une part, la croissance économique vigoureuse des pays pauvres en ressources naturelles — la Côte d’Ivoire, le Kenya ou le Sénégal, pour n’en citer que quelques-uns — se poursuit sans faiblir. D’autre part, les taux de croissance économique des pays exportateurs de ressources non renouvelables ont accusé un très net recul : le pays médian de ce groupe a vu sa croissance économique tomber de 6,2 % sur la période 2010–14 à 3,2 % seulement cette année.

Graphique 1.6.Afrique subsaharienne : taux de croissance, moyenne 2010–14 et 2016

(Densité par la méthode du noyau)

Sources : FMI, base de données des Perspectives de l’économie mondiale; calculs des services du FMI.

Note : La région compte 23 pays riches en ressources naturelles et 22 pays pauvres en ressources naturelles. Les lignes en pointillé correspondent à la croissance moyenne pondérée pour chaque période. Voir à la page 92 le tableau des groupes de pays.

Cette évolution contrastée a commencé avec l’accélération de la chute des cours des produits de base au second semestre de 2014, mais elle s’est amplifiée à mesure que le choc initial touchait toutes les sources de demande dans les pays concernés (graphique 1.7).

Graphique 1.7.Afrique subsaharienne : contribution à la croissance des différentes sources de demande, moyennes 2010–14 et 2015–16

Source : FMI, base de données des Perspectives de l’économie mondiale.

Note : voir à la page 92 le tableau des groupes de pays.

1 Ne comprend pas l’Angola, car il n’existe pas pour ce pays de données sur la décomposition de la croissance par sources de demande.

  • Dans les pays exportateurs de pétrole, la baisse des cours du brut et des revenus pétroliers a entraîné un déficit considérable des recettes budgétaires provenant de ce secteur et provoqué une compression des dépenses publiques. Ces coupes budgétaires ont à leur tour entraîné un aflaiblissement de la demande, amputant les taux de croissance de non moins de 1¼ point en 2015–16. Mais les effets négatifs ne se sont pas arrêtés là et ont été en réalité beaucoup plus profonds : la politique de restrictions budgétaires, la baisse des recettes d’exportation et la hausse de l’inflation sont autant de facteurs qui ont pesé lourdement sur la consommation privée. Ainsi, sa contribution à la croissance de près de 7 points de pourcentage sur la période 2010–14 tombera à 2¼ points de pourcentage en 2015–16, diminution qui explique en fait quatre cinquièmes de la décélération de la croissance du PIB. Le seul facteur qui ait joué en sens inverse a été la forte compression des importations induite par l’évolution des taux de change et la baisse de la demande intérieure, surtout des investissements publics à forte intensité d’importations — l’effet de freinage des exportations nettes a ainsi diminué de 1½ point de pourcentage depuis le choc pétrolier.

  • Des tendances similaires, avec des fluctuations toutefois moins spectaculaires, sont à l’œuvre dans d’autres pays riches en ressources naturelles, et sont exacerbées dans certains cas par les goulets d’étranglement structurels et l’incertitude entourant l’action des pouvoirs publics (Afrique du Sud) ou les effets modérateurs de l’assainissement budgétaire (Ghana). Notamment, l’investissement privé a contribué à raison de 1¼ point de pourcentage à la croissance économique jusqu’en 2014, en particulier du fait que les installations minières continuaient à se développer, mais cet effet moteur s’est presque complètement dissipé depuis. En revanche, les dépenses publiques ont fait preuve d’une plus grande résilience.

  • Inversement, les modèles de croissance observés pendant la période 2010–14 dans les pays pauvres en ressources naturelles se sont renforcés, en s’appuyant sur la vigueur de l’investissement public (liée aux grands projets d’infrastructure), le dynamisme de la consommation privée et, en contrepartie, un effet de freinage plus marqué des exportations nettes (l’accroissement rapide de la demande intérieure stimulant aussi les importations). Cela dit, il est important de se rappeler que l’effondrement des cours des produits de base a en fait constitué une aubaine pour ces pays dans la mesure où il a fait diminuer leur facture pétrolière — sans cette impulsion positive, il est probable que la croissance économique de ces pays aurait légèrement ralenti (graphique 1.8). Leur modèle de croissance s’est aussi accompagné de déficits budgétaires et extérieurs prononcés, comme cela est expliqué plus loin.

Graphique 1.8.Afrique subsaharienne : variation des termes de l’échange des produits de base et de la croissance du PIB réel, 2016 par rapport à 2013

Sources : FMI, base de données des Perspectives de l’économie mondiale; calculs des services du FMI.

Note : voir à la page 92 le tableau des groupes de pays.

Les effets négatifs se propagent dans les pays les plus touchés

Dans les pays les plus durement touchés, aucun secteur d’activité n’a été épargné (graphique 1.9).

Graphique 1.9.Afrique subsaharienne : contributions par secteur à la croissance du PIB réel, 2010–16

Source : FMI, base de données du (Département Afrique. Note : voir à la page 92 le table au des groupes de pays.

  • Dans les pays exportateurs de pétrole, la production pétrolière était déjà légèrement en baisse avant 2014, car les champs pétroliers matures arrivaient à la fin de leur cycle de vie en Guinée équatoriale et au Nigéria. En 2015, cette tendance a été en partie atténuée par la stratégie de certains pays exportateurs de pétrole, comme le Cameroun, qui ont décidé d’accroître la production pour compenser la chute des cours. Cependant, le choc historique sur le revenu que la chute des cours du pétrole a représenté pour ces pays a de plus en plus mis à mal les autres secteurs de l’économie. Des secteurs de la construction qui étaient jusque-là en pleine expansion se sont effondrés sous l’effet conjugué de la réduction des projets publics et de la perte de confiance du secteur privé. Les effets indirects ont fini par toucher le secteur manufacturier naissant, surtout lorsque la pénurie de devises a freiné les importations d’intrants et alourdi les coûts (Angola, Nigéria). Enfin, la diminution du pouvoir d’achat des ménages et de la rentabilité des entreprises est venue alimenter une décélération prononcée de l’activité dans le secteur des services, dont la contribution à la croissance économique devrait tomber à environ ½ point de pourcentage en 2016 après avoir été de 3 points en moyenne sur la période 2010–14. Il est probable que ces évolutions auront des effets durables : en règle générale, les entreprises ont plus de mal à redémarrer quand elles sont arrivées au bord de la faillite, ce qui laisse entrevoir une période de croissance économique bien inférieure au potentiel au cours des années à venir.

  • Les effets modérateurs de la baisse des cours des produits de base se sont aussi fait sentir dans tous les secteurs de l’économie des autres pays riches en ressources naturelles. Le ralentissement de l’activité a toutefois été moindre, car les secteurs de l’industrie et des services ont fait preuve d’une plus grande résilience face un choc qui a été, en termes relatifs, bien moins considérable.

  • Dans les pays pauvres en ressources naturelles, la forte baisse de la contribution du secteur agricole à la croissance économique prévue en 2016 est imputable aux graves conséquences de la sécheresse dans les pays concernés, en particulier en Éthiopie. Cependant, les autres secteurs ont continué sur leur lancée, et il semblerait même que le secteur manufacturier ainsi que ceux de la construction et des services d’utilité publique jouent un rôle croissant dans l’économie, signe encourageant d’une diversification en cours.

À mesure que les effets des chocs se font sentir dans l’ensemble de l’économie dans les pays les plus touchés, d’autres indicateurs macroéconomiques, qui ont généralement tendance à réagir avec retard, commencent eux aussi à se dégrader.

Tout d’abord, la hausse de l’inflation dans beaucoup de pays en difficulté érode les revenus réels, ayant désormais atteint des niveaux à deux chiffres que l’on n’avait plus vus dans certains pays depuis le début de la décennie 2000 (graphique 1.10). Dans bien des cas, cette hausse est le résultat d’une forte dépréciation de la monnaie (Mozambique, Soudan du Sud, Zambie), conjuguée à une pénurie de devises (Nigéria), à une hausse des prix intérieurs des carburants à la suite de la réforme des subventions aux carburants et au caractère accommodant de la politique monétaire (Angola), ou encore à une augmentation des prix réglementés et à l’orientation laxiste de la politique budgétaire dans le passé (Ghana). S’il est presque inévitable que l’inflation s’accentue lorsque la monnaie se déprécie, il est essentiel d’éviter que des effets de second tour ne mènent au désancrage de l’inflation, surtout là où des déséquilibres macroéconomiques persistent et où les prix ont le plus augmenté. L’accélération a été particulièrement marquée dans les pays exportateurs de pétrole. En Angola, l’inflation a bondi à 38 %, alors qu’elle était presque deux fois moins élevée il y a six mois et s’élevait à 7½ % fin 2014. De même, au Nigéria, l’inflation dépasse aujourd’hui 17 %, contre 9 % en 2015. Inversement, en Afrique orientale, la réaction déterminée des autorités monétaires face aux pressions inflationnistes l’année dernière a contribué à faire revenir l’inflation à l’intérieur de la fourchette-objectif, et l’inflation reste modérée dans les unions monétaires d’Afrique occidentale et centrale (UEMOA et CEMAC).

Graphique 1.10.Échantillon de pays d’Afrique subsaharienne : inflation

Sources : autorités nationales; FMI, International Financial Statistics.

Note : Pour le Mozambique, les données se rapportent à juillet 2016.

1 Il s’agit de l’inflation mesurée par l’indice des prix à la consommation pour toutes les zones urbaines, qui est la mesure retenue comme cible par la Banque de réserve d’Afrique du Sud.

Dans ce contexte de perspectives de croissance moins favorables, de hausse de l’inflation et de difficultés croissantes pour les secteurs bancaires, le crédit au secteur privé augmente aussi beaucoup moins vite là où les perspectives économiques se sont le plus dégradées — et il diminue même en termes réels dans des pays tels que l’Angola, le Gabon, le Ghana, le Nigéria et la Zambie (graphique 1.11). En outre, il convient de surveiller de près les risques de retombées sur les secteurs bancaires du reste de la région là où les banques panafricaines sont très présentes, comme, par exemple, au Nigéria. Les créances improductives sont aussi en augmentation, surtout dans les pays exportateurs de pétrole (République du Congo, Nigéria) et dans d’autres pays riches en ressources naturelles (Ghana, Tanzanie). Par ailleurs, et cela est expliqué plus loin de façon plus détaillée, plusieurs pays, dont l’Angola, ont été confrontés au retrait des relations de banque correspondante, ce qui menace la stabilité des systèmes financiers nationaux dans les pays les plus affectés et complique gravement les échanges commerciaux.

Graphique 1.11.Afrique subsaharienne : croissance du crédit réel au secteur privé

Source : FMI, International Financial Statistics.

Globalement, c’est l’évolution du PIB par habitant qui résume le mieux les réalités économiques contrastées de la région. Le pays médian de la région enregistrera encore une augmentation de 1¾ % du PIB par habitant cette année. Cependant, plombé par 15 pays où la croissance économique par habitant sera négative, dont les trois plus grands (Afrique du Sud, Angola et Nigéria), le PIB moyen par habitant de la région va se contracter, de 0,9 %, pour la première fois depuis 22 ans (graphique 1.12). La faiblesse des perspectives économiques pèse aussi sur la création d’emplois, de sorte que le chômage reste obstinément au-dessus de 25 % en Afrique du Sud et atteint aujourd’hui 13 % au Nigéria, contre 7½ % au début de 2015. Au-delà des conséquences macroéconomiques profondes du ralentissement de l’activité, ces évolutions auront aussi des effets négatifs sur le plan social, en risquant d’annuler l’amélioration du niveau de vie d’une grande partie de la population enregistrée au cours des années passées, ce qui rend d’autant plus urgent de remédier aux difficultés économiques actuelles.

Graphique 1.12.Afrique subsaharienne : croissance du PIB réel par habitant

(Pourcentage)

Source : FMI, base de données des Perspectives de l’économie mondiale.

Autre aspect de cette propagation des effets économiques négatifs dans les pays les plus touchés : elle se produit là où la diversification a le moins avancé. C’est dans les pays exportateurs de pétrole que cet aspect est le plus marqué, où les secteurs des industries extractives et de l’agriculture représentent encore environ 40 % du PIB, le secteur manufacturier demeure sous-développé, et les autres activités sont concentrées surtout dans les secteurs à faible productivité que sont la construction, les transports et le commerce de détail (graphique 1.13). Ainsi, étant donné que tous les secteurs de l’économie sont mal en point, il faudra encore plus de temps pour que l’économie rebondisse en s’appuyant sur de nouvelles sources de croissance. Cela ne veut pas dire qu’il faut renoncer à redoubler d’efforts pour arriver à une plus grande diversification, bien au contraire — et c’est d’ailleurs l’un des principaux objectifs des autorités de pays tels que l’Angola et le Nigéria. La diversification doit compléter l’ensemble de politiques publiques visant à rétablir la stabilité macroéconomique, car c’est la meilleure police d’assurance contre les chocs négatifs et un puissant instrument pour les surmonter, surtout lorsqu’elle se traduit par un éventail plus large d’exportations (encadré 1.1).

Graphique 1.13.Afrique subsaharienne : répartition sectorielle du PIB réel, moyenne 2005–14

Sources : Statistiques des Nations Unies; calculs des services du FMI.

Note : Les secteurs à faible productivité sont les transports, le stockage, les communications, ainsi que le commerce de gros et de détail, la restauration et l’hôtellerie. Voir à la page 92 le tableau des groupes de pays.

En quête de financement

Dans beaucoup de pays, les conséquences de cette détérioration rapide des perspectives économiques se manifestent en particulier par des besoins de financement croissants compte tenu de la baisse des recettes provenant des exportations de produits de base. De fait, pour l’ensemble de la région, le déficit extérieur courant a atteint 5,9 % en 2015, son plus haut niveau depuis le début des années 80, alors qu’il n’était que de 2,1 % en 2013. Les pays exportateurs de pétrole sont même passés d’un excédent de 3¾ % du PIB en 2013 à un déficit de 4¾ % du PIB en 2015. En même temps, les financements se sont faits plus rares, et les pays qui en ont le plus besoin ont eu recours à des expédients qui ne seront pas tenables à plus long terme.

En particulier, les pays exportateurs de pétrole ont financé près de deux tiers de leur déficit extérieur courant en puisant dans leurs réserves internationales à hauteur de 1½ % du PIB chaque année depuis 2014 (graphique 1.14). Les réserves internationales de la CEMAC ont ainsi diminué de près de 9 points de pourcentage du PIB entre la fin de 2013 et juin 2016. De même, en Angola et au Nigéria, elles ont baissé respectivement d’environ 3 % et 1¼ % du PIB chaque année depuis 2014. Elles ont aussi diminué dans la moitié des pays riches en ressources naturelles, parmi lesquels l’Afrique du Sud, la République démocratique du Congo et la Guinée. Au Mozambique, les réserves ont chuté d’environ 40 % depuis le milieu de 2014 à la suite du tassement des recettes d’exportation et de l’investissement direct étranger, des interventions massives de la banque centrale et du retrait du soutien de donateurs après que fut révélée l’existence jusque-là passée sous silence d’emprunts extérieurs équivalant à plus de 10 % du PIB. Enfin, dans certains pays, la contraction des volants de réserves internationales a été atténuée par des échanges de devises entre la banque centrale et des partenaires commerciaux ou bilatéraux, des contrats à terme sur devises, ou l’utilisation de dépôts en devises détenus à l’étranger.

Graphique 1.14.Afrique subsciharienne : déficit extérieur courant et sources de financement, 2011–16

Source : FMI, base de données des Perspectives de l’économie mondiale.

Note : La catégorie «Autres» comprend, notamment, le financement extérieur par les banques commerciales et les décaissements de prêts à l’État. Voir à la page 92 le tableau des groupes de pays.

Dans le même temps, il semble aujourd’hui plus difficile d’accéder à certaines sources de financement extérieur qui avaient gagné en importance depuis le début de la décennie 2010, même si les envois de fonds des travailleurs expatriés ont fait preuve d’une certaine résilience.

  • A contrario de la forte tendance à la hausse observée depuis la fin de la décennie 2000 et des émissions record d’euro-obligations dans la région ces deux dernières années, le Ghana est le seul de tous les pays préémergents d’Afrique subsaharienne à avoir eu recours jusqu’à présent aux marchés internationaux cette année (graphique 1.15)2. Dans un contexte de volatilité accrue sur les marchés financiers mondiaux, les investisseurs exigent désormais des rendements plus élevés et tiennent de plus en plus compte de l’aggravation des paramètres fondamentaux intérieurs, ce qui rend d’autant plus difficile (et coûteux) pour les États qui en ont le plus besoin de se financer à l’extérieur (encadré 1.2)3. En conséquence, si les rendements ont en général baissé par rapport aux pics de plus de 10 % atteints au début de 2016, ils restent relativement élevés. Par exemple, sur les marchés secondaires, ils ont augmenté de 170 points de base au Ghana et de 310 points de base en Zambie depuis octobre 2014, pour s’établir autour de 9 % en août 2016; ils sont passés de 5½ % à 7½ % au Gabon sur la même période. En revanche, ils sont restés à peu près stables, entre 5½ % et 7 %, dans les pays où les perspectives de croissance sont jugées meilleures, comme la Côte d’Ivoire, le Kenya ou le Sénégal (graphique 1.16).

  • Il ressort aussi des données préliminaires dont on dispose que, après avoir culminé en 2013, les engagements de prêts de la Chine ont diminué, et ce de façon prononcée en 2015 — même s’il reste probable que les chiffres de cette année soient révisés à la hausse (graphique 1.17). En République du Congo et au Mozambique, les prêts officiels décaissés par la Chine ont diminué de plus de deux tiers en 2015 par rapport à 20144. En revanche, ils ont connu une expansion considérable dans les pays de la Communauté de l’Afrique de l’Est (Kenya, Rwanda, Tanzanie). Ces évolutions corroborent la réorientation des financements en faveur des infrastructures et de l’industrialisation engagée lors du 6e Forum sur la coopération entre la Chine et l’Afrique (FOCAC) de décembre 2015. Si cette tendance se confirme, elle pourrait compliquer encore plus la tâche des pays riches en ressources naturelles et accentuer la dichotomie des rythmes de croissance économique observée actuellement dans la région.

  • Inversement, les envois de fonds des travailleurs expatriés ont été une source de financement stable pour la région. Ils se maintiennent à peu près autour de 1½ % du PIB de l’Afrique subsaharienne depuis 2010. Pour des pays tels que les Comores, la Gambie, le Lesotho, le Libéria et le Sénégal, leur montant global (y compris les flux en provenance d’autres pays d’Afrique subsaharienne) est en réalité beaucoup plus élevé, à plus de 10 % du PIB, car ces pays ont en général de grandes diasporas (encadré 1.3). De même, les envois de fonds des travailleurs expatriés auraient augmenté de plus de 25 % en Éthiopie au cours du dernier exercice budgétaire, en raison en partie de la grave sécheresse que connaissait le pays. Outre qu’ils sont une source de devises, les envois de fonds aident à compléter les revenus de membres de la famille dans le pays d’origine, à lisser la consommation et à réaliser des investissements, notamment dans de petites entreprises et dans l’éducation.

  • Cependant, la tendance récente à la suppression des relations de banque correspondante — par lesquelles les grandes banques internationales assurent des services de paiement et de dépôt pour le compte d’autres banques — a réduit la capacité de certains pays de la région, dont l’Angola, la Guinée et le Libéria, à effectuer des transactions transfrontalières de cette nature, entre autres (Erbenová et al., à paraître), ce qui menace la stabilité de ces importantes sources de financement.

Graphique 1.15.Pays préémergents d’Afrique subsaharienne : émissions d’obligations souveraines internationales

Source : Bloomberg, L.P.

1 Jusqu’à la mi-septembre 2016.

Graphique 1.16.Afrique subsaharienne et échantillon de pays de comparaison : rendements obligataires, 2014–16

Source : J.P. Morgan.

Note : Les seuils sont définis d’après les quatre quartiles de la distribution des rendements de janvier 2014 à août 2016 pour les pays d’Afrique subsaharienne.

Graphique 1.17.Prêts de la Chine à l’Afrique subsaharienne, 2000–15

Sources : China Africa Research Initiative; Brautigam et Hwang (2016).

Note : prêts engagés et/ou décaissés en juin 2016. Il est probable que les chiffres de 2015 seront révisés à la hausse. Voir à la page 92 le tableau des groupes de pays.

Dans certains pays, ces évolutions défavorables sur le front extérieur ont aussi entraîné le recours accru à des modes temporaires de financement intérieur qu’il sera difficile de maintenir durablement5. Dans la Communauté économique et monétaire de l’Afrique centrale (CEMAC), en moins d’un an, tous les États membres à l’exception du Cameroun ont atteint leur plafond d’avances statutaires auprès de la banque centrale régionale (Banque des États de l’Afrique centrale) — et ce en dépit du fait que ces plafonds ont été relevés en août 2015 et que des avances additionnelles égales à 50 % du plafond ont été accordées à la République centrafricaine et au Tchad. Le stock de financement de la Banque des États de l’Afrique centrale atteint aujourd’hui 7 % du PIB de la CEMAC, et les États ont aussi recours à des emprunts intérieurs à échéances de plus en plus courtes, ce qui accroît les risques de refinancement. Dans le même ordre d’idée, le gouvernement du Soudan du Sud a accumulé du crédit de la banque centrale équivalant à environ 9 % du PIB au cours de l’exercice écoulé. Dans l’Union économique et monétaire ouest-africaine (UEMOA), l’écart positif entre le principal taux de refinancement et les taux des bons et obligations du Trésor a encouragé les banques à emprunter à la banque centrale pour investir dans la dette publique. En outre, le stock d’arriérés intérieurs est désormais considérable dans des pays tels que le Gabon, la Guinée équatoriale, le Nigéria, le Tchad et la Zambie. Enfin, un petit nombre de pays ont eu recours à des dispositifs d’emprunt peu orthodoxes pour financer des projets d’infrastructure et des entreprises d’État (Bénin, Guinée, Togo).

Un ajustement des politiques publiques qui s’effectue avec retard

Dans cet environnement difficile, le resserrement des conditions financières alors que les besoins de financement s’accroissent a obligé les gouvernements à procéder à un ajustement, même s’il a tardé à être mis en œuvre6. En outre, ces conditions financières plus tendues ont davantage mis en exergue les déficits budgétaires prononcés qui perdurent dans certains pays à forte croissance.

L’ajustement budgétaire doit être poursuivi à la fois dans les pays durement touchés et les pays à forte croissance

Compte tenu de leur dépendance considérable à l’égard du secteur pétrolier pour leurs recettes budgétaires, les pays exportateurs de pétrole ont dû réagir sur le plan des finances publiques — mais leur réaction a été lente et parcellaire.

  • À l’exception de la Guinée équatoriale (dont le déficit budgétaire s’était déjà dégradé antérieurement), tous les pays exportateurs de pétrole d’Afrique subsaharienne auront vu leur déficit budgétaire se détériorer considérablement sur la période 2013–16, de 2⅔ points de pourcentage du PIB au Nigéria et de non moins de 4½ à 5¾ points de pourcentage du PIB en Angola, en République du Congo et au Gabon. En fait, à ce stade, il faudrait que l’augmentation des cours du pétrole soit bien plus prononcée que celle qui est actuellement prévue pour 2016 et à moyen terme pour que les soldes budgétaires retrouvent leur niveau d’avant le choc pétrolier (graphique 1.18). Si la position budgétaire d’avant le choc n’est pas à considérer nécessairement comme l’objectif à atteindre à moyen terme, il n’en reste pas moins que cet exercice illustratif montre que l’ajustement budgétaire n’est pas encore terminé dans ces pays.

  • En soi, ces évolutions ne détonnent pas par rapport à ce que l’on a observé dans le reste du monde7. Cela dit, la nature de l’ajustement diffère pour les pays exportateurs de pétrole d’Afrique subsaharienne (graphique 1.19). À l’exception de la République du Congo et contrairement à beaucoup de pays exportateurs de pétrole du reste du monde, ils n’ont pas été en mesure d’accroître les sources de recettes non pétrolières pour compenser la baisse des recettes budgétaires, en optant plutôt pour une réduction générale des dépenses — surtout des dépenses d’investissement —, ce qui a eu en matière de croissance économique les conséquences décrites plus haut. Rien qu’en Angola, la baisse des recettes pétrolières d’environ 20 points de pourcentage du PIB a été en partie compensée par une réduction des dépenses courantes et d’investissement atteignant jusqu’à 15 points de pourcentage, pour parvenir à un ajustement marqué de la position budgétaire hors pétrole.

Graphique 1.18.Pays exportateurs de pétrole d’Afrique subsaharienne : cours indicatif du pétrole qui permettrait de retrouver en 2016 la position budgétaire moyenne de la période 2011–13

Sources : FMI, base de données des Perspectives de l’économie mondiale; calculs des services du FMI.

1 Le cours indicatif du pétrole est le cours qui permettrait de retrouver en 2016 le solde budgétaire moyen de la période 2011–13 sans modification du niveau des dépenses et des recettes hors produits de base.

Graphique 1.19.Pays exportateurs de pétrole d’Afrique subsaharienne et pays de comparaison : variation du solde budgétaire global, 2016 par rapport à 2013

Source : FMI, base de données des Perspectives de l’économie mondiale.

Note : Une augmentation (diminution) des recettes contribue de manière positive (négative) à la variation de la position budgétaire. Une augmentation (diminution) des dépenses contribue de manière négative (positive) à la variation de la situation budgétaire.

Les autres pays riches en ressources naturelles, où les recettes provenant des produits de base constituent une part bien plus faible des recettes totales que dans les pays exportateurs de pétrole, ont en général mieux géré les retombées budgétaires de la chute des cours des produits de base, en exploitant notamment le potentiel considérable de mobilisation des recettes intérieures8. En conséquence, l’ajustement budgétaire au choc — qui, il est vrai, a été bien moins considérable que pour les pays exportateurs de pétrole — est en général plus avancé. De plus, dans la mesure où ces pays ont pu trouver des recettes budgétaires additionnelles, ils ont eu une plus grande latitude pour effectuer des investissements d’infrastructure fort nécessaires, comme au Libéria, au Mali, au Niger, en République centrafricaine, en Sierra Leone et en Tanzanie, ce qui a atténué les effets du choc sur la croissance économique (graphique 1.20).

Graphique 1.20.Pays d’Afrique subsaharienne riches en ressources naturelles autres que le pétrole et pays de comparaison : variation du solde budgétaire global, 2016 par rapport à 2013

Source : FMI, base de données des Perspectives de l’économie mondiale.

Note : Une augmentation (diminution) des recettes contribue de manière positive (négative) à la variation de la position budgétaire. Une augmentation (diminution) des dépenses contribue de manière négative (positive) à la variation de la position budgétaire. Du fait du manque de données, pour l’Afrique du Sud, la Malaisie, la Tanzanie et le Zimbabwe, les recettes hors produits de base sont égales au total des recettes.

Dans le même temps, les pays pauvres en ressources naturelles ont vu leur position budgétaire se dégrader ces dernières années, alors même qu’ils continuent d’afficher une croissance économique vigoureuse. De ce fait, le risque existe que leur politique budgétaire prenne désormais un tour procyclique et qu’ils ne constituent pas suffisamment d’amortisseurs pendant cette période favorable (graphique 1.21). Dans ce groupe de pays, le déficit budgétaire médian passera de 2½ % du PIB en 2013 à 4½ % du PIB en 2016, alors que le taux de croissance médian se maintient fermement à 4½ %.

Graphique 1.21.Afrique subsaharienne : solde budgétaire, 2010–16

Source : FMI, base de données des Perspectives de l’économie mondiale.

Note : voir à la page 92 le tableau des groupes de pays.

Compte tenu de ces évolutions, la dette publique est restée sur sa trajectoire ascendante dans l’ensemble de la région (graphique 1.22). Elle s’est fortement accrue dans les pays exportateurs de pétrole, à raison de 20 points de pourcentage du PIB pour le pays médian depuis 2013 — même s’il est vrai que, pour certains pays comme le Nigéria, le niveau de départ était bas. Cela dit, l’ampleur de l’augmentation a été à peu près la même dans les autres groupes, y compris parmi les pays pauvres en ressources naturelles, où le ratio médian dette/PIB a augmenté de non moins de 13 % de pourcentage depuis 2013. Si le niveau d’endettement de certains de ces pays est encore bas, 16 sur 22 avaient un ratio dette/PIB supérieur à 40 % à la fin de 2015.

Graphique 1.22.Afrique subsaharienne : dette du secteur public, 2010–16

Source : FMI, base de données des Perspectives de l’économie mondiale.

Note : voir à la page 92 le tableau des groupes de pays.

Cela tient au fait, entre autres, que les pays préémergents de la région ont opté en particulier pour un financement par l’endettement — dans une large mesure, il faut le reconnaître, pour procéder à des investissements d’infrastructure nécessaires. En définitive, cela s’est traduit par une augmentation plus rapide de la dette publique que dans les pays comparables du reste du monde, alors que les pays préémergents d’Afrique subsaharienne enregistraient des taux de croissance plus élevés (graphique 1.23).

Graphique 1.23.Pays préémergents d’Afrique subsaharienne et pays de comparaison : croissance du PIB réel et dette publique

Source : FMI, base de données des Perspectives de l’économie mondiale.

Note : Les lignes rouges en pointillé correspondent aux médianes de chaque variable pour les pays préémergents d’Afrique subsaharienne; les lignes bleues en pointillé indiquent les médianes de chaque variable pour les autres pays préémergents.

Il est inévitable que l’ajustement budgétaire ait des effets négatifs sur la croissance à court terme. Cependant, lorsque cet ajustement est nécessaire, les responsables devraient s’efforcer de mettre en place des mesures qui permettent d’atténuer au maximum ses effets négatifs en veillant à ce que l’assainissement budgétaire nuise le moins possible à la croissance, tout en préservant les programmes sociaux conçus pour les populations pauvres et les plus vulnérables. Dans cette optique, les pouvoirs publics se doivent d’agir sur plusieurs fronts : assurer une meilleure mobilisation des recettes intérieures à la fois en élargissant la base de recettes et en améliorant l’administration fiscale; rationaliser les dépenses, et en améliorer l’efficience, en particulier en renforçant la gestion des investissements publics (FMI, 2015).

Ajustement du taux de change, parfois à contrecœur

Parallèlement à l’ajustement budgétaire, les pays riches en ressources naturelles de la région ont laissé leur monnaie se déprécier, parfois à contrecœur, pour faire face à l’évolution défavorable des termes de l’échange des produits de base.

  • Dans l’ensemble, l’ampleur de la dépréciation (en termes effectifs) a relativement bien reflété celle du choc (graphique 1.24). En fait, par rapport aux autres pays exportateurs de produits de base, en particulier ceux du Moyen-Orient, l’ajustement du taux de change a été plus marqué dans les pays d’Afrique subsaharienne dont le taux de change n’est pas fixe9. Par exemple, la dépréciation en termes effectifs depuis fin 2013 est aujourd’hui de l’ordre de 30 % à 40 % en Angola, au Nigéria et en Zambie.

  • Cependant, pour certains pays (Angola, Nigéria), ces ajustements ont été hésitants, ce qui a retardé la découverte du prix par confrontation de l’offre et de la demande et forcé les banques centrales à utiliser des réserves en baisse pour soutenir la monnaie et à prendre des mesures administratives pour freiner les achats de dollars. Cette évolution et l’absence de confiance dans l’attachement des autorités au nouveau régime de change plus flexible ont à leur tour engendré une suraccumulation néfaste de demande insatisfaite de devises, ajoutant encore aux difficultés économiques. La décision prise en juin par le Nigéria d’appliquer un régime de change flexible est une étape importante et va dans le bon sens, mais les restrictions mises en place en mars 2015 sont toujours en vigueur pour les 41 articles pour lesquels l’achat de devises n’est pas permis. De surcroît, en août 2016, une nouvelle directive a été adoptée, qui fait obligation à toutes les banques et tous les agents agréés d’allouer 60 % des ventes de devises aux importations de matières premières, d’usines et de machines-outils. En Angola, une liste d’accès prioritaire aux devises au taux officiel a aussi été établie. Enfin, la persistance fin août 2016 d’écarts prononcés par rapport aux taux de change du marché parallèle en Angola et au Nigéria, d’environ 240 % et 25 % respectivement, indique que les marchés des changes de ces pays restent déséquilibrés. De fait, les investisseurs hésitent encore à revenir sur ces marchés, préoccupés qu’ils sont du manque de liquidité, des restrictions sur la mobilité des capitaux et du risque perçu que les autorités ne reviennent sur les décisions récentes en matière de politiques publiques. Dans la CEMAC, la dépréciation a été minime en termes effectifs compte tenu de l’ancrage à l’euro — ce qui fait ressortir encore plus la nécessité d’un ajustement sur les plans budgétaire et structurel.

  • Pour ce qui est du reste de la région, la stabilité relative des monnaies de la majorité des autres pays riches en ressources naturelles depuis le début de l’année semble indiquer que l’ajustement consécutif à l’effondrement des cours des produits de base a été pour l’essentiel mené à bien — à quelques exceptions près, les monnaies de la République démocratique du Congo, de la Guinée, du Libéria et de la Sierra Leone étant encore soumises à des tensions.

Graphique 1.24.Échantillon de pays d’Afrique subsaharienne riches en ressources naturelles et pays de comparaison : variation des termes de l’échange des produits de base et des taux de change effectifs nominaux, 2016 par rapport à 2013

Sources : FMI, base de données des Perspectives de l’économie mondiale; FMI, système des avis d’information; Nations Unies, base de données COMTRADE.

Note : Les pays représentés ici ont tous subi une détérioration d’au moins 4 % du PIB des termes de l’échange des produits de base entre 2013 et 2016. Voir à la page 94 la liste des abréviations de pays.

Une politique monétaire inadéquate dans les pays exportateurs de pétrole

La forte dépréciation de la monnaie de certains pays exportateurs de produits de base s’est traduite par une forte augmentation de l’inflation. Dans une certaine mesure, cela est inévitable, mais le risque est que, si l’inflation reste durablement élevée, des effets de second tour ne commencent à se matérialiser et que l’ancrage des anticipations inflationnistes ne s’affaiblisse. Dans ce contexte, la hausse de l’inflation a généralement suscité un relèvement des taux directeurs — dans des proportions allant de 125 points de base en Afrique du Sud depuis octobre 2014 à non moins de 700 points de base au Ghana et 725 points de base en Angola fin août 2016 (graphique 1.25). Cela dit, l’ajustement reste nettement en deçà de ce qui serait nécessaire en Angola et au Nigéria. Dans ces deux pays, les taux directeurs réels sont maintenant négatifs, et ils sont inférieurs d’environ 7 à 20 points de pourcentage à leur niveau au début du choc. Dans le cas de la Zambie, les taux directeurs réels sont aussi négatifs, mais cette situation est atténuée par le fait que, fin août 2016, le taux interbancaire au jour le jour reste supérieur d’environ 250 points de base au taux directeur et que le coefficient de réserves obligatoires a été porté de 14 % à 18 % en avril 2015 — de fait, l’inflation mensuelle a déjà sensiblement ralenti depuis le début de 2016. Enfin, la politique monétaire accommodante de la CEMAC — qui prend la forme de financements de la banque centrale, mais aussi d’une baisse des taux de refinancement, d’un relèvement des plafonds de refinancement des effets publics pour les banques commerciales et d’une réduction de moitié des coefficients de réserves obligatoires — a aussi atteint ses limites et contribué à la perte de précieuses réserves.

Graphique 1.25.Afrique subsaharienne : variation du taux directeur et taux directeur réel depuis octobre 2014

Sources : Haver Analytics; FMI, International Financial Statistics.

Note : Le taux directeur réel est le taux nominal corrigé du taux d’inflation en glissement annuel. Compte tenu des données disponibles, le taux directeur de la CEMAC est corrigé en fonction de l’inflation qui prévalait au mois de juin 2016. CEMAC = Communauté économique et monétaire de l’Afrique centrale.

Baisse prolongée de la croissance, accentuation des risques

Rebond modeste attendu en 2017…

Compte tenu de cet ajustement progressif des politiques publiques et de la reprise modérée de l’activité mondiale, les prévisions laissent entrevoir un certain rebond de l’activité dans la région l’année prochaine, mais cette reprise restera modeste au regard des résultats enregistrés au cours de la dernière décennie. L’activité en Afrique subsaharienne devrait remonter de 1,4 % en 2016 à 2,9 % en 2017 (tableau 1.1). À ce rythme, la croissance du revenu par habitant redeviendra à peine positive l’année prochaine, ce qui marque une nette rupture par rapport à ces quinze dernières années, durant lesquelles les niveaux de vie se sont considérablement améliorés dans toute la région.

Tableau 1.1.Afrique subsaharienne : croissance du PIB réel(Variation en pourcentage)
2004–08200920102011201220132014201520162017
Afrique subsaharienne6,63,97,05,04,35,25,13,41,42,9
Dont :
Pays exportateurs de pétrole8,76,79,24,73,95,75,92,6−1,30,9
Dont : Nigéria7,78,411,34,94,35,46,32,7−1,70,6
Pays à revenu intermédiaire6,73,66,94,64,34,74,62,70,42,0
Dont : Afrique du Sud4,8−1,53,03,32,22,31,61,30,10,8
Pays à faible revenu6,25,17,06,64,57,16,65,64,75,4
Pour mémoire :
Croissance économique mondiale4,9−0,15,44,23,53,33,43,23,13,4
Pays d’Afrique subsaharienne riches en autres ressources naturelles14,90,64,85,24,14,23,42,52,13,0
Pays d’Afrique subsaharienne pauvres en ressources naturelles26,04,86,45,45,86,36,56,55,66,2
Pays émergents et préémergents d’Afrique subsaharienne36,84,27,35,14,55,15,13,61,32,8
Source : FMI, base de données des Perspectives de l’économie mondiale.

Comprend les pays suivants : Afrique du Sud, Botswana, Burkina Faso, Ghana, Guinée, Libéria, Mali, Namibie, Niger, République centrafricaine, République démocratique du Congo, Sierra Leone, Tanzanie, Zambie et Zimbabwe.

Comprend les pays suivants : Bénin, Burundi, Cabo Verde, Comores, Côte d’Ivoire, Érythrée, Éthiopie, Gambie, Guinée Bissau, Kenya, Lesotho, Madagascar, Malawi, Maurice, Mozambique, Ouganda, Rwanda, São Tomé-et-Príncipe, Sénégal, Seychelles, Swaziland et Togo.

Comprend les pays suivants : Afrique du Sud, Angola, Cameroun, Côte d’Ivoire, Éthiopie, Gabon, Ghana, Kenya, Maurice, Mozambique, Nigéria, Ouganda, Rwanda, Sénégal, Tanzanie et Zambie.

Source : FMI, base de données des Perspectives de l’économie mondiale.

Comprend les pays suivants : Afrique du Sud, Botswana, Burkina Faso, Ghana, Guinée, Libéria, Mali, Namibie, Niger, République centrafricaine, République démocratique du Congo, Sierra Leone, Tanzanie, Zambie et Zimbabwe.

Comprend les pays suivants : Bénin, Burundi, Cabo Verde, Comores, Côte d’Ivoire, Érythrée, Éthiopie, Gambie, Guinée Bissau, Kenya, Lesotho, Madagascar, Malawi, Maurice, Mozambique, Ouganda, Rwanda, São Tomé-et-Príncipe, Sénégal, Seychelles, Swaziland et Togo.

Comprend les pays suivants : Afrique du Sud, Angola, Cameroun, Côte d’Ivoire, Éthiopie, Gabon, Ghana, Kenya, Maurice, Mozambique, Nigéria, Ouganda, Rwanda, Sénégal, Tanzanie et Zambie.

Cependant, ces chiffres globaux masquent une fois de plus des différences considérables de dynamique au sein de la région, qui connaîtra en fait une croissance économique à plusieurs vitesses (graphique 1.26). En effet, les plus grands pays, qui ont connu de graves difficultés cette année, devraient retrouver, au mieux, des taux de croissance positifs très modestes, et les autres pays riches en ressources naturelles ne devraient voir leurs perspectives s’améliorer que de façon marginale; en revanche, les autres pays continueront d’enregistrer une forte croissance à la faveur d’ambitieux projets d’infrastructure publics et de secteurs privés dynamiques.

Graphique 1.26.Afrique subsaharienne : croissance du PIB réel

Source : FMI, base de données des Perspectives de l’économie mondiale.

Note : voir à la page 92 le tableau des groupes de pays. AfSS = Afrique subsaharienne.

  • Dans les pays exportateurs de pétrole, la croissance économique devrait redevenir positive — après s’être contractée de 1¼ % cette année — et atteindre à peine 1 % en 2017, grâce a une légère remontée des cours du pétrole. Ce résultat resterait quand même nettement inférieur au rythme moyen de près de 6 % enregistré sur la période 2010–14, car ces pays continueront de connaître de profondes difficultés économiques. Au Nigéria, le rebond de la croissance économique, qui atteindra ½ % l’année prochaine après une forte contraction de l’activité cette année, dépendra de la capacité des autorités d’exécuter les dépenses d’équipement (notamment en menant à bien les projets d’infrastructure en voie d’accomplissement), de l’efficacité de la réforme récente du taux de change, de l’augmentation de la capacité de production pétrolière offshore et d’une amélioration de la sécurité dans le Delta du Niger. De la même manière, après avoir marqué le pas cette année, la croissance économique de l’Angola devrait atteindre 1½ % en 2017, grâce à la légère amélioration des cours du pétrole et à l’augmentation des dépenses publiques à l’approche des élections présidentielles.

  • Dans les autres pays riches en ressources naturelles, l’économie devrait continuer de tourner à bas régime et afficher une croissance de 3 %, en légère progression par rapport aux 2 % de cette année. Après une contraction au premier trimestre de 2016 et une croissance proche de zéro projetée pour l’ensemble de l’année, l’Afrique du Sud devrait enregistrer une croissance de ¾ % en 2017, grâce à la dissipation attendue des effets de la chute des cours des produits de base et de la sécheresse ainsi qu’à l’amélioration de la production d’électricité. Cela dit, l’incertitude qui entoure les politiques publiques et les fortes contraintes structurelles continueront de freiner la croissance. En Zambie, la croissance économique devrait accélérer et atteindre 4 %, contre 3 % cette année, en bénéficiant de la disparition de l’effet négatif de la sécheresse sur la production d’électricité, de l’entrée en service de nouvelles capacités et de l’expansion de certains projets miniers. La croissance économique du Ghana devrait recevoir un coup de pouce de l’entrée en service d’un nouveau champ pétrolier qui devrait accroître la production de pétrole d’environ 50 % et faire monter la croissance du PIB à 7½ %. Cependant, les autres secteurs de l’économie continueront de se développer à un rythme beaucoup plus lent. La Guinée, le Libéria et la Sierra Leone se remettent de l’épidémie d’Ébola, mais leurs perspectives demeurent assombries par le bas niveau des cours du minerai de fer. D’après les prévisions, leurs taux de croissance atteindraient entre 4 % et 5 %, ce qui représente des niveaux généralement inférieurs aux taux enregistrés avant la pandémie. Au Zimbabwe, le climat politique devrait restreindre le champ d’action des autorités en matière de politiques publiques et, en l’absence de financements extérieurs, la contraction de l’activité économique devrait s’aggraver en 2017.

  • Inversement, les pays pauvres en ressources naturelles devraient se maintenir en 2017 sur la trajectoire de croissance de plus de 6 % qu’ils suivent déjà depuis une dizaine d’années. Les grands projets d’infrastructures continueront de contribuer dans une large mesure à la croissance économique en Côte d’Ivoire, en Éthiopie, au Kenya, au Rwanda et au Sénégal — qui devraient tous enregistrer des taux de croissance compris entre 6 % et 8 % l’année prochaine. D’autres pays, parmi lesquels le Bénin et le Togo, devraient continuer à bénéficier du bas niveau des cours du pétrole et connaître une croissance supérieure à 5 %.

Tandis que les pays touchés poursuivent leur ajustement progressif, la région devrait connaître une amélioration tout aussi progressive de ses positions budgétaire et extérieure après avoir enregistré des déficits sans précédent dans les années récentes (tableau 1.2). Le solde budgétaire global (dons compris) devrait se creuser et s’établir à −4½ % cette année sous l’effet de la détérioration dans les pays exportateurs de pétrole, avant de remonter à −4 % en 2017. En particulier, le déficit budgétaire devrait rester prononcé en Zambie, à 8¼ % du PIB en 2017, en raison du montant élevé des subventions; en Angola, à 5½ % du PIB pendant cette année électorale; et au Nigéria, qui va intensifier ses investissements publics pour mener à bien son programme de diversification. Certains pays d’Afrique australe (Lesotho, Namibie, Swaziland), durement touchés par le manque de dynamisme des recettes provenant des échanges commerciaux au sein de l’Union douanière d’Afrique australe, seront confrontés à la détérioration persistante de leur position budgétaire. Par ailleurs, au Kenya, les prévisions font encore état, malgré un certain assainissement des finances publiques, d’un déficit budgétaire élevé, de 6½ % du PIB en 2017, alors même que ce pays reste l’un des plus dynamiques de la région. De même, le déficit extérieur courant de la région devrait s’amenuiser progressivement et s’établir à 4½ % 2016, puis 4 % en 2017, contre 6 % l’année dernière, grâce surtout à une forte compression des importations opérée par les pays exportateurs de pétrole.

Tableau 1.2.Afrique subsaharienne : autres indicateurs macroéconomiques
2004–082008200920102011201220132014201520162017
(Variation en pourcentage)
Inflation, moyenne8,812,99,88,29,49,36,66,37,011,310,8
(Pourcentage du PIB)
Solde budgétaire1,71,3−4,5−3,4−1,3−1,9−2,9−3,2−4,3−4,6−4,0
Dont : hors pays exportateurs de pétrole−0,5−1,5−4,1−4,2−3,6−3,7−3,8−4,0−4,3−4,4−3,8
Solde des transactions courantes2,10,3−2,6−0,7−0,5−1,5−2,1−3,7−5,9−4,5−3,9
Dont : hors pays exportateurs de pétrole−4,3−6,5−4,9−3,9−4,7−7,0−7,1−6,5−6,8−6,2−5,4
(Mois d’importations)
Couverture par les réserves5,17,05,24,24,65,34,95,35,44,64,3
Source : FMI, base de données des Perspectives de l’économie mondiale.
Source : FMI, base de données des Perspectives de l’économie mondiale.

Parallèlement, l’inflation à l’échelle régionale restera supérieure à 10 %, en raison surtout de l’accélération marquée de la hausse des prix dans quelques grands pays (Angola, Nigéria, Zambie); l’inflation médiane, cependant, devrait se maintenir autour de 5 % en 2016–17, ce qui est conforme à l’évolution passée. Dans les pays où l’inflation a été particulièrement élevée ces derniers temps, elle devrait redescendre à 10 % en 2017 au Ghana, contre environ 17 % actuellement dans un contexte de politique monétaire restrictive, et à 9 % en Zambie, contre 19 % actuellement, en raison des effets de base. En revanche, l’inflation resterait à des niveaux obstinément élevés en 2017 en Angola (38 %) et au Nigéria (plus de 15 %), la dépréciation de la monnaie et la pénurie de devises se reflétant sur les prix dans un contexte de politique monétaire excessivement accommodante.

… mais avec des risques élevés pesant sur la mise en œuvre des politiques publiques

Comme on l’a vu en détail plus haut, les mesures d’ajustement prises par les pays les plus touchés, en particulier les pays exportateurs de pétrole — qui contribuent pour moitié environ au PIB de la région —, l’ont été sous la contrainte d’une situation financière difficile, et non à titre anticipatoire dans le cadre d’un programme de mesures formant un tout cohérent sur le plan interne. Le fait que l’ajustement ait lieu est en soi une bonne chose, mais il demeure incomplet. Dans le scénario de référence retenu ici, les difficultés de financement continueront de dicter l’ajustement, mais il n’est pas anticipé qu’elles s’aggravent.

Cependant, le risque existe bel et bien que, si les perspectives économiques devaient se détériorer, les gouvernements aient encore plus de mal à prendre des mesures impopulaires et que s’ensuive un ralentissement de l’ajustement. Cette situation aurait pour effet de perpétuer et, dans certains cas, d’exacerber les difficultés économiques de ces pays, d’autant plus que les mesures temporaires (recours aux réserves ou au financement de la banque centrale) atteindraient leurs limites et que les investisseurs étrangers deviendraient encore moins enclins à les financer. Cette évolution pourrait conduire à un arrêt brutal, provoquer des défauts de paiement et obliger à procéder à un ajustement bien plus draconien, ce qui entraînerait un recul prononcé de la croissance économique dans toute la région avec potentiellement des retombées négatives, même dans les pays où la croissance est encore vigoureuse.

Dans certains pays, l’incertitude politique pourrait aussi compliquer la mise en œuvre de l’ajustement nécessaire. Les transitions contestées, comme on l’a vu récemment au Gabon, pourraient restreindre la marge de manœuvre du nouveau gouvernement pour s’attaquer aux difficultés économiques, et le risque existe que les élections prochaines retardent l’application des programmes d’assainissement budgétaire (Ghana, Kenya, Libéria, Sierra Leone), ou fassent obstacle à l’ajustement (Angola, République démocratique du Congo).

Ces risques pourraient s’amplifier si l’environnement mondial devenait encore moins porteur; or on distingue déjà plusieurs sources de risque dans le monde qui pourraient avoir des conséquences négatives pour la région.

  • La croissance mondiale reste exposée à des risques considérables, l’Afrique subsaharienne étant concernée au premier chef par ce qu’ils impliquent pour l’évolution des cours des produits de base. En particulier, un rééquilibrage plus rapide des sources de croissance, ou un ralentissement marqué de l’activité, en Chine réduirait encore davantage la demande en produits de base émanant de la région et ferait baisser les cours mondiaux de ces produits.

  • Un nouvel accès de volatilité sur les marchés financiers mondiaux — comme au mois de janvier de cette année — pourrait raviver l’aversion pour le risque et compliquer l’obtention de financements par les pays préémergents de la région, dont certains n’auraient ainsi plus de solutions pour se financer. Les décisions de politique monétaire dans les pays avancés, liées à la normalisation aux États-Unis et à des mesures additionnelles de stimulation dans la zone euro et au Japon, influeraient tout particulièrement sur l’attitude des investisseurs.

  • Un risque supplémentaire a trait aux événements qui se déroulent dans l’Union européenne, laquelle reste l’un des principaux partenaires et pourvoyeurs de capitaux et d’aide pour la région, et où la décision du Royaume-Uni de quitter l’Union européenne a ajouté à l’incertitude. De mauvaises surprises sur le plan de la croissance économique en Europe auraient un effet direct et négatif sur la région par le jeu des échanges commerciaux et des canaux financiers.

Encadré 1.1.Mettre à profit la diversification des exportations

À l’heure où un grand nombre de pays de la région continuent de subir les effets de l’effondrement des cours des produits de base, la diversification — en particulier celle des produits d’exportation — apparaît comme un moyen important de renforcer la croissance et d’accroître la résilience de l’économie. La modernisation des infrastructures, les mesures visant à améliorer la compétitivité–prix et l’ouverture commerciale, mais aussi à promouvoir l’égalité des chances, sont autant de leviers qui peuvent contribuer puissamment à la diversification des exportations.

Les études consacrées à cette question ont établi de longue date que la diversification et la transformation structurelle, c’est-à-dire la réallocation continue et dynamique des ressources en faveur des secteurs et des activités les plus productifs, s’accompagnent d’un surcroît de croissance économique, surtout pendant les premières phases de développement (FMI, 2014; Papageorgiou et Spatafora, 2012). La diversification des exportations, en particulier, est associée à une volatilité nettement moindre de l’activité (graphique 1.1.1). L’inverse est aussi vrai, comme en font actuellement l’expérience beaucoup de pays d’Afrique subsaharienne riches en ressources naturelles, qui subissent une profonde modification de leur modèle de croissance économique après la chute des cours des produits de base et ne peuvent espérer voir les exportations d’autres produits et de services progresser fortement à court terme, en raison de leur faible diversification.

Graphique 1.1.1.Diversification des exportations et volatilité de la production, 1990–2010

Sources : FMI (2014); FMI, base de données des Perspectives de l’économie mondiale.

Note : voir à la page 92 la liste des abréviations de pays.

Dans ce contexte, la diversification des exportations suscite un regain d’intérêt, et nous examinons ici les mesures spécifiques qui, en Afrique subsaharienne et ailleurs, ont été associées à des progrès dans ce domaine. Pour ce faire, nous examinons le lien entre la diversification des exportations et un ensemble de facteurs structurels et de mesures économiques, en suivant Kazandjian et al. (2016), pour un échantillon mondial sur la période 1990–2010 utilisant des données annuelles :

  • où la diversification des exportations pour le pays i au moment t est mesurée par l’indice de Theil des exportations de biens, j étant l’indice des produits et N le nombre total de produits. Plus l’indice de Theil est bas, plus la diversification des produits d’exportation est élevée1 :

  • les facteurs structurels sont la taille de la population, le niveau de développement économique et le degré de dépendance à l’égard des ressources naturelles;

  • les facteurs cycliques, tels que les termes de l’échange, rendent compte de l’environnement macroéconomique;

  • les leviers économiques recouvrent les éléments suivants : niveau du capital humain, qualité des institutions, des infrastructures et du climat des affaires; degré d’ouverture commerciale; inégalité entre les femmes et les hommes (pour tenir compte des inefficiences du marché du travail et de la mauvaise allocation du capital humain due à l’inégalité des chances au détriment des femmes); niveau du taux de change effectif réel (pour mesurer une surévaluation ou sous-évaluation potentielle); et d’autres facteurs comme contrôles de la robustesse;

  • et μi et θt représentent les effets fixes par pays et par période.

Toutes les variables, hormis le PIB réel par habitant, sont appliquées aussi à une variable indicatrice spécifiques aux pays en développement et à faible revenu pour laisser ouverte la possibilité que les effets diffèrent pendant les premières phases de développement.

Les caractéristiques structurelles jouent effectivement un grand rôle, mais les résultats indiquent que l’intervention des pouvoirs publics peut aussi fortement encourager la diversification des exportations. Étant donné qu’un niveau élevé de l’indice de Theil traduit des niveaux bas de diversification des exportations, un signe négatif dans la régression indique que le facteur en question est associé à une meilleure diversification (tableau 1.1.1).

Tableau 1.1.1.Explication de la diversification des exportations
(1)(2)(3)(4)(5)(6)
Facteurs structurels
Log(Population)−0,558 ***−0,557 ***−0,583 ***−0,354 ***−0,712 ***0,591 ***
(0,0905)(0,0902)(0,0918)(0,0884)(0,0927)(0,163)
− dans PDFR0,379 ***0,0186−0,0285−0,885 ***0,721 ***−2,280 ***
(0,123)(0,131)(0,131)(0,142)(0,131)(0,302)
Log(PIB réel par habitant)−1,947 ***−2,773 ***−2,59 ***−2,416 ***−1,908 ***−1,765 ***
(0,176)(0,186)(0,197)(0,205)(0,210)(0,326)
− au carré0,124 ***0,167 ***0,156 ***0,146 ***0,117 ***0,0932 ***
(0,0111)(0,0113)(0,0119)(0,0123)(0,0128)(0,0189)
Extraction minière en part du PIB0,003620,0104 ***0,0118 ***0,00478 *0,0096 ***0,0247 ***
(0,00294)(0,00314)(0,00332)(0,00272)(0,00309)(0,00503)
− dans PDFR0,0295 ***0,00893 **0,00923 **0,0364 ***0,0189 ***−0,0597 ***
(0,00404)(0,00433)(0,00444)(0,00503)(0,00432)(0,0119)
Capital humain
Indice retardé du capital humain−0,353 ***−0,173 **−0,226 ***−0,229 ***−0,234 ***−0,17 *
(0,0832)(0,0763)(0,0785)(0,0762)(0,0817)(0,0996)
− dans PDFR−0,277 *0,484 ***0,412 ***0,663 ***−0,542 ***2,863 ***
(0,153)(0,164)(0,155)(0,161)(0,164)(0,329)
Institutions
Indice composite Fraser Institute−0,0235 *−0,0035
(0,0124)(0,0191)
− dans PDFR−0,202 ***−0,128 ***
(0,0213)(0,0431)
Ouverture
Liberté du commerce−0,0324 ***−0,0357 ***
(0,00663)(0,0117)
− dans PDFR−0,0593 ***−0,0512 **
(0,0117)(0,0249)
Infrastructures
Longueur du réseau routier−0,0626 ***−0,0643 ***
(0,0169)(0,0159)
− dans PDFR0,058 ***−0,0335
(0,0217)(0,0264)
Facteurs macro/cycliques
Termes de l’échange0,0027 ***0,0043 ***
(0,0004)(0,0005)
− dans PDFR0,0002220,0038 ***
(0,0005)(0,001)
Log(TCER)0,183 ***
(0,0518)
− dans PDFR0,213 *
(0,119)
Inégalités de genre
IIG1,18 ***
(0,272)
− dans PDFR−0,760
(0,543)
Constantes12,36 ***16,08 ***15,31 ***14,14 ***12,21 ***7,824 ***
(0,676)(0,739)(0,776)(0,852)(0,830)(1,453)
Nombres d’observations3.5383.0593.1242.9993.2631.583
Pays1071011019010184
R20,1630,2800,2540,2730,2220,353
R2 ajusté0,1260,2440,2170,2390,1860,298
Source : calculs des services du FMI.Note : Toutes les spécifications comprennent les effets fixes par pays et par période. Erreurs-types entre parenthèses. L’effet d’une variable sur la diversification des exportations dans les pays en développement et à faible revenu (PDFR) est la somme du coefficient de l’échantillon global et du coefficient du terme d’interaction pour les PFRD. IIG = indice d’inégalités de genre; TCER = taux de change effectif réel. *** p < 0,01, ** p < 0,05, * p < 0,1.
Source : calculs des services du FMI.Note : Toutes les spécifications comprennent les effets fixes par pays et par période. Erreurs-types entre parenthèses. L’effet d’une variable sur la diversification des exportations dans les pays en développement et à faible revenu (PDFR) est la somme du coefficient de l’échantillon global et du coefficient du terme d’interaction pour les PFRD. IIG = indice d’inégalités de genre; TCER = taux de change effectif réel. *** p < 0,01, ** p < 0,05, * p < 0,1.
  • Facteurs structurels et cycliques — Les résultats confirment la relation en U entre la diversification des exportations et le développement (Dabla-Norris et al., 2013), selon laquelle les pays se diversifient initialement, jusqu’à ce qu’ils atteignent un certain niveau de développement, puis recommencent à concentrer leurs exportations. Une plus forte proportion de produits miniers est associée à une moindre diversification de la base d’exportation, de même qu’une évolution favorable des termes de l’échange, car ces facteurs ont tendance à conduire au syndrome hollandais, processus par lequel le niveau élevé des cours des produits de base, par exemple, a pour effet de «vider» les autres secteurs de l’économie parce que, en raison des augmentations de prix induites, ils sont incapables de faire face à la concurrence du reste du monde. Dans la mesure où elle dénote la possibilité d’économies d’échelle et la présence d’une grande réserve de talents, une population nombreuse est généralement associée à une plus grande diversification.

  • Mesures économiques — Le capital humain et l’existence d’institutions plus solides sont associés à une plus grande diversification de la base d’exportation dans tous les pays, mais l’effet est relativement moins prononcé dans les pays en développement et à faible revenu pour le premier facteur et plus prononcé pour le second. Ces résultats mettent en évidence la nécessité de continuer à œuvrer pour améliorer ces facteurs à évolution relativement lente sur le moyen et le long terme. De la même manière, une meilleure qualité des infrastructures, variable représentée ici par la longueur du réseau routier, est associée à un plus haut degré de diversification des exportations dans tous les pays. Une plus grande ouverture au commerce international accroît aussi le nombre de partenaires commerciaux possibles et la demande d’exportations, et les résultats confirment l’existence d’une relation positive significative de ce facteur avec la diversification des exportations, en particulier dans les pays à faible revenu2. Une inégalité relativement plus prononcée entre les femmes et les hommes, mesurée par une version élargie de l’indice d’inégalités de genre des Nations Unies, est fermement associée à une diversification moindre des exportations, ce qui souligne la contribution que l’égalité des chances des femmes peut apporter à l’ensemble de l’économie, par deux canaux au moins : premièrement, la suppression des inégalités entre les femmes et les hommes dans le domaine de l’éducation peut concourir à une accumulation plus prononcée de capital humain; deuxièmement, la réduction des différences systématiques entre les taux d’activité des hommes et des femmes élargit la réserve globale de talents sur le marché du travail. Enfin, un taux de change effectif réel plus fort est associé à une moindre diversification, ce qui met en évidence l’importance de préserver la compétitivité pour promouvoir la diversification.

Les mesures visant à créer des sources d’exportation plus diversifiées, comme celles qui sont détaillées, devraient aussi être accompagnées d’efforts pour améliorer la qualité des produits d’exportation actuels, en particulier dans le secteur agricole, surtout dans le cas des petits pays et de ceux qui disposent d’un avantage comparatif pour l’exportation de produits de base (FMI, 2014).

Cet encadré a été préparé par Romina Kazandjian, Lisa Kolovich et Monique Newiak.1 À titre de contrôle de la robustesse, la même analyse est réalisée avec un indice similaire de diversification portant cette fois-ci sur la production réelle, construit à l’aide des sous-secteurs réels d’après la base de données sectorielle des Nations Unies (FMI, 2014). Cette analyse donne des résultats à peu près semblables, mais, pour certains pays, le classement en fonction du degré de diversification change considérablement.2 Cependant, il ne faut pas oublier que le lien de causalité est à double sens, car une plus grande diversification peut aussi accroître l’ouverture du pays aux échanges commerciaux ou sa propension à améliorer ses infrastructures.

Encadré 1.2.Les marges en Afrique subsaharienne : changement d’attitude?

Après avoir examiné les facteurs qui déterminent les marges souveraines pour 62 pays émergents et préémergents, nous constatons dans cet encadré que l’attitude des investisseurs a changé depuis octobre 2014, date à laquelle les cours du pétrole ont commencé à chuter. En particulier, la baisse des cours du pétrole a eu pour effet d’accroître de façon disproportionnée les marges souveraines pour les pays exportateurs de pétrole du monde entier après cette date, et les investisseurs semblent depuis tenir compte davantage des fondamentaux d’un pays lorsqu’ils prennent leurs décisions d’investissement. Les autorités tant des pays exportateurs de produits de base et que des pays pauvres en ressources naturelles de la région y verront la confirmation que la détérioration des fondamentaux continuera d’influer sur leur capacité de se financer à l’extérieur.

Nous revenons ici à l’analyse des marges souveraines dans la région et dans les autres pays préémergents présentée dans l’édition d’avril 2015 des Perspectives économiques régionales : Afrique subsaharienne (encadré 1.3) pour voir si les facteurs qui déterminaient ces marges ont continué à évoluer depuis octobre 2014, date à laquelle les cours des produits de base ont commencé à chuter et les perspectives de la région à se dégrader. Nous complétons aussi l’analyse en examinant l’effet des fluctuations des cours des produits de base autres que le pétrole, ainsi que celui des institutions, des notes des agences de notation et des programmes du FMI. La relation estimée — qui s’appuie sur des données mensuelles se rapportant à la période janvier 2009–juin 2016 pour 62 pays émergents et préémergents1 — est la suivante :

dans laquelle marget est le logarithme de la marge entre le rendement des obligations souveraines des pays émergents et préémergents et le rendement des bons du Trésor à dix ans au moment t; mondialt comprend l’indice de volatilité VIX Chicago Board Options Exchange décalé d’un mois2, la prime de liquidité aux États-Unis et l’écart entre le taux interbancaire offert à Londres (LIBOR) et l’OIS (Overnight Indexed Swap), comme valeur représentative de la volatilité mondiale et des coûts de financement; produitst rassemble la variation en pourcentage de l’indice des prix des combustibles fossiles (pétrole brut, gaz naturel et charbon) ainsi que celle des cours de l’or et du cuivre, et leurs interactions avec les variables indicatrices respectives des pays exportant ces produits; fondamentauxt−1 inclut le taux d’inflation et le taux de croissance du PIB par habitant du pays ainsi que son solde extérieur courant, sa dette publique brute, son solde primaire en pourcentage du PIB et la qualité de ses institutions. Pour rendre compte des décisions d’acheter et de vendre en fonction de la qualitédes actifs, nous incluons dans les régressions les notes souveraines de Standard and Poor’s3. Toutes les variables sont aussi appliquées à une variable indicatrice (post-oct 2014) qui permet de voir si la sensibilité des marges à divers déterminants a changé de façon significative depuis l’effondrement des cours du pétrole. Enfin, θt, μt, et εt. sont respectivement les effets fixes par période, les effets fixes par pays et le terme d’erreur.

Au vu de nos résultats, il apparaît que les investisseurs attribuent un plus grand poids aux fondamentaux économiques intérieurs depuis 2014 (tableau 1.2.1) :

  • Les résultats pour la période antérieure à octobre 2014 confirment les conclusions de l’encadré d’avril 2015 : l’évolution des marges souveraines des pays émergents et préémergents au cours de la période concernée s’explique à la fois par des facteurs mondiaux, dont les fluctuations des cours des produits de base, et les fondamentaux du pays en question. En particulier, les valeurs élevées de l’indice VIX, de la prime de liquidité aux États-Unis et de l’écart LIBOR-OIS sont toutes associées à une augmentation des marges, ce qui confirme que l’attitude qui prévalait à l’échelle mondiale a aussi influé sur les marges de la région. La hausse des cours du pétrole s’est traduite par un rétrécissement des marges tant pour les pays exportateurs que pour les pays importateurs de pétrole, reflétant vraisemblablement la vigueur de la demande mondiale à l’époque. De même, la hausse des cours de l’or est associée à une augmentation des marges en moyenne, ce qui tient probablement au fait que l’or est utilisé comme valeur refuge. Des fondamentaux intérieurs plus solides (à savoir un niveau plus élevé du PIB par habitant, des soldes extérieurs courants, des réserves et du solde primaire, ou encore un niveau plus bas de la dette publique et de l’inflation) ainsi que la présence d’un programme soutenu par le FMI sont associés à des marges plus faibles.

  • Après le choc pétrolier, l’impact de plusieurs de ces facteurs a changé. En particulier, le rôle des cours des produits de base varie désormais selon le statut de l’exportateur : la baisse des cours du pétrole et du cuivre se traduit par des marges encore plus hautes pour les pays qui exportent ces produits — amplifiant ainsi l’effet de la forte dégradation des termes de l’échange — tandis que l’impact sur les pays importateurs de pétrole est nettement moins marqué, les investisseurs prenant en compte les effets bénéfiques qu’a procurés à leur économie la chute des cours du pétrole. En outre, les investisseurs semblent désormais attacher une plus grande importance aux fondamentaux intérieurs; en effet, la sensibilité des marges souveraines à la hausse des soldes extérieurs courants, des réserves internationales et de l’inflation s’est fortement accentuée après octobre 2014, ce qui traduit les préoccupations croissantes des investisseurs face au retard d’ajustement observé dans certains pays de la région.

Tableau 1.2.1.Déterminants des marges souveraines
Logarithme de la margeLogarithme de la marge (suite)
VariablesDéterminant * Variable indicatrice après oct. 20141
Logarithme de la marge (–1)0,433 **
(0,169)
VIX (–1)0,008 **−0,005 **
(0,004)(0,002)
Prime de liquidité aux États-Unis (–1)0,035 ***0,140 ***
(0,012)(0,028)
LIBOR-OIS (–1)0,369 ***−1,905 ***
(0,088)(0,410)
Choc sur les cours du pétrole−0,416 ***0,086
(0,078)(0,105)
Exportateur de pétrole * choc pétrolier−0,069−0,374 *
(0,144)(0,194)
Choc sur les cours du cuivre−0,263 ***0,319 *
(0,083)(0,178)
Exportateur de cuivre * choc sur les cours du cuivre−0,204−0,807 *
(0,188)(0,467)
Choc sur les cours de l’or0,568 ***−0,162
(0,105)(0,189)
Exportateur d’or * choc sur les cours de l’or0,1440,515
(0,256)(0,518)
Croissance du PIB par habitant (–1)−0,016 ***−0,002
(–0,004)(–0,004)
Solde extérieur courant (–1)−0,004 ***−0,005 ***
(–0,001)−0,002
Réserves (–1)−0,005 ***−0,002 **
−0,002−0,001
Dette publique brute (–1)0,005 ***0,000
(0,002)(0,000)
Solde primaire (–1)−0,006 **0,006 *
−0,003(0,004)
Inflation (–1)0,002 ***0,003 **
(0,001)(0,001)
ICRG, par rapport au niveau mondial−1,855 ***−0,180
(0,546)(0,202)
Notation en catégorie investissement−0,049 **−0,001
(0,025)(0,022)
Effet de l’annonce d’un accord avec le FMI−0,0320,099
(0,029)(0,067)
Effet permanent d’un accord avec le FMI−0,044 ***0,013
(0,015)(0,014)
Pays62
Effets fixes par paysOUI
Effets fixes par annéeOUI
Observations4.190
R20,947
Statistique LM16,19
F -stat16,78
Source : estimations des services du FMI.Note : erreurs-types robustes entre parenthèses;

*** p < 0,01; ** p < 0,05; * p < 0,1; ICRG = note selon l’indice International Country Risk Guide; LIBOR–OIS = London interbank offered rate–overnight indexed swap; VIX= indice de volatilité du Chicago Board Options Exchange.

L’impact pour la période postérieure à octobre 2014 est la somme des coefficients des deux colonnes.

Source : estimations des services du FMI.Note : erreurs-types robustes entre parenthèses;

*** p < 0,01; ** p < 0,05; * p < 0,1; ICRG = note selon l’indice International Country Risk Guide; LIBOR–OIS = London interbank offered rate–overnight indexed swap; VIX= indice de volatilité du Chicago Board Options Exchange.

L’impact pour la période postérieure à octobre 2014 est la somme des coefficients des deux colonnes.

Une analyse pays par pays montre que la dégradation de divers fondamentaux a fait augmenter les marges dans tous les groupes de pays préémergents d’Afrique subsaharienne (graphique 1.2.1). C’est dans les pays exportateurs de pétrole que la hausse des marges due à la dégradation des fondamentaux a été le plus marquée depuis octobre 2014, sous l’effet combiné de la baisse des réserves, de l’apparition d’un déficit à la place de l’excédent extérieur courant substantiel des années passées, et d’un accroissement rapide de la dette publique. Pour les pays exportateurs d’autres produits de base, l’alourdissement de la dette, la détérioration des perspectives de croissance et la hausse de l’inflation ont aussi contribué à l’augmentation des marges subies par ces pays. Quant aux pays pauvres en ressources naturelles, ils ont aussi ressenti les effets de la réévaluation des fondamentaux par les investisseurs, suscitée à la fois par le creusement prononcé de leur déficit extérieur courant et l’accroissement de leur dette publique.

Graphique 1.2.1.Afrique subsaharienne : contribution des fondamentaux nationaux aux marges souveraines

Source : calculs des services du FMI.

Note : voir à la page 92 le tableau des groupes de pays.

Cet encadré a été préparé par Samir Jahjah, Monique Newiak et Jing Wang.1 Les pays émergents et préémergents d’Afrique subsaharienne inclus dans cette analyse sont les suivants : Afrique du Sud, Angola, Côte d’Ivoire, Éthiopie, Gabon, Ghana, Kenya, Mozambique, Namibie, Nigéria, Sénégal, Tanzanie et Zambie.2 Pour corriger un potentiel problème d’endogénéité lié au fait que la variable retardée du VIX ainsi que des effets fixes sont inclus dans la spécification, le second retard du VIX est utilisé comme variable instrumentale.3 Étant donné que les indices de la qualité des institutions et des notes souveraines comportent tous les deux certaines informations sur les fondamentaux macroéconomiques, ces variables sont d’abord purgées de cette information dans une régression distincte pour éviter la colinéarité. Les résultats sont robustes par rapport aux autres notes souveraines, par exemple celles de Fitch et Moody’s.

Encadré 1.3.Flux migratoires et envois de fonds en Afrique subsaharienne1

Les flux migratoires sont essentiellement de nature intrarégionale

Sur fond de croissance démographique rapide, les flux migratoires se sont considérablement intensifiés en Afrique subsaharienne durant ces dernières décennies. En 1990, 10 millions de ressortissants d’Afrique subsaharienne vivaient en dehors de leur pays. En 2013, ce chiffre était passé à 20 millions. Durant cette période, les migrations pour raisons économiques ont fortement augmenté, tandis que la proportion de réfugiés, qui représentait initialement la moitié des flux migratoires, n’en représentait plus qu’un dixième à la fin de cette même période, du fait de la nette diminution du nombre de conflits armés dans la région.

Bien que les pays avancés ne le perçoivent pas ainsi, les migrations restent pour l’essentiel de nature intra-africaine. Sur les 20 millions de ressortissants d’Afrique subsaharienne qui vivaient en dehors de leur pays d’origine en 2013, 13 millions résidaient dans la région. Les flux de migration intrarégionaux s’expliquent par la recherche constante de meilleurs débouchés professionnels et s’appuient sur les affinités culturelles. Ainsi, l’Afrique du Sud et la Côte d’Ivoire sont d’importants pôles d’immigration pour les pays voisins. Par exemple, en 2013, la communauté burkinabè établie en Côte d’Ivoire équivalait à 9 % de la population du Burkina Faso, et la communauté malienne, à 3 % de la population du Mali, et ces deux groupes constituaient ensemble 8 % de la population ivoirienne. Dans le même ordre d’idées, les émigrants du Lesotho en Afrique du Sud représentaient 16 % de la population de leur pays d’origine, les émigrants du Swaziland, 8 %, et les émigrants du Zimbabwe et de la Namibie, 5 % à 6 % (graphique 1.3.1). Quant aux flux migratoires en dehors de la région, ils s’orientent principalement vers les pays avancés : 85 % des émigrants qui quittent le continent s’établissent dans les pays membres de l’Organisation de développement et de coopération économiques (OCDE). Les États-Unis, la France et le Royaume-Uni accueillent la moitié de ces émigrants (graphique 1.3.2).

Graphique 1.3.1.Afrique subsaharienne : principaux couloirs de migration interne, 2013

Source : Banque mondiale, base de données sur les migrations et les envois de fonds.

Graphique 1.3.2.Afrique subsaharienne : migrations externes par destination

Source : Banque mondiale, base de données sur les migrations et les envois de fonds.

Note : OCDE = Organisation de coopération et de développement économiques.

Les envois de fonds, un important amortisseur des chocs

Il est difficile d’établir l’impact économique exact des migrations. D’une part, dans le pays d’origine, la population active diminue, ce qui tend à réduire la production potentielle. En outre, en règle générale, la productivité moyenne a tendance à baisser, car les migrants ont le plus souvent reçu une meilleure instruction et viennent juste d’entrer dans la population active, cela étant notamment le cas de ceux qui quittent la région. Les recettes budgétaires diminuent aussi, en raison de la perte de production. Cependant, d’autre part, les migrants envoient des fonds chez eux, fournissant un appoint de revenu aux familles qui sont restées dans le pays et contribuent ainsi à réduire la pauvreté, voire à investir dans de petits projets et dans l’éducation des membres de la famille. Il ressort également des données que pour quelques pays d’Afrique subsaharienne, les possibilités d’émigration tendent à encourager l’acquisition de capital humain dans le pays d’origine.

Les envois de fonds sont effectivement une source relativement stable de financement extérieur pour les pays d’Afrique subsaharienne. Si les flux d’investissement direct étranger et d’aide suivent une tendance baissière depuis la crise financière mondiale, les envois de fonds provenant du reste du monde tiennent bon, et représentent environ 1½ % du PIB depuis 2010 (graphique 1.3.3). Ces apports sont particulièrement importants pour le Cabo Verde, les Comores, la Gambie et le Libéria, où ils représentent au moins 10 % du PIB.

Graphique 1.3.3.Afrique subsaharienne : entrées de fonds, 2010–14

Sources : données de la Banque mondiale; calculs des services du FMI.

Note : IDE = investissement direct étranger.

Les envois de fonds en provenance de la région sont également très importants pour certains pays et peuvent transmettre des chocs issus des pays où résident les migrants (graphique 1.3.4). Par exemple, le Lesotho, qui reçoit des envois de fonds de l’Afrique du Sud représentant environ 18 % de son PIB, pourrait voir ces flux diminuer en raison de la modération de la croissance du PIB dans ce pays. Par ailleurs, la contraction de l’économie nigériane pourrait porter atteinte aux envois de fonds vers le Bénin, la Gambie, le Libéria et le Togo.

Graphique 1.3.4.Afrique subsaharienne : envois de fonds des travailleurs expatriés, 2013–15

Sources : données de la Banque mondiale; calculs des services du FMI.

Les migrations vers les pays avancés devraient s’intensifier fortement dans un contexte de forte transition démographique en Afrique

Pour apprécier les perspectives des migrations en Afrique subsaharienne durant les prochaines décennies, il importe d’abord de définir les paramètres qui y contribuent. Nous avons ainsi établi dans un modèle économétrique les facteurs qui déterminent les flux migratoires des pays en développement vers les pays de l’OCDE, les associant aux niveaux de développement économique et à d’autres facteurs structurels2. Nous avons ensuite vérifié si ces facteurs s’appliquaient également à la région et utilisé les résultats de l’analyse pour en dégager les perspectives des flux à venir.

Les principaux déterminants des flux migratoires en provenance des pays en développement semblent effectivement être les différentiels de niveau de revenu et les pressions démographiques, mesurées au travers du ratio rapportant la population en âge de travailler du pays d’origine à celle du pays d’accueil (tableau 1.3.1). Ces facteurs semblent jouer un rôle relativement comparable dans le cas de l’émigration africaine. Par ailleurs, le rôle des diasporas dans le pays d’accueil semble être particulièrement important pour les migrants d’Afrique subsaharienne, car ils semblent s’appuyer davantage sur ces réseaux d’accompagnement. Les vastes étendues de territoire et le caractère enclavé de beaucoup de pays de la région, qui rendent les transports difficiles et coûteux, tendent à freiner les flux d’émigration en Afrique subsaharienne. L’existence d’une langue commune facilite l’émigration subsaharienne plus que dans le cas d’autres pays en développement, mais cela n’est pas le cas des liens dus au passé colonial. En effet, les États-Unis restent le principal pays d’immigration en dehors de la région.

Tableau 1.3.1.Déterminants des flux migratoires des pays en développement vers les pays de l’OCDE
Revenu relatif0,000021 ***
Revenu relatif * AfSS0,000003
PAT relative0,048 ***
PAT relative * AfSS−0,031 **
Diaspora0,637 ***
Diaspora * AfSS0,102 ***
Distance−0,150 ***
Distance * AfSS−0,283 ***
Dép. pub. de santé dans pays de dest.−0,052 **
Dép. pub. de santé dans pays de dest. * AfSS0,183 ***
Guerre−0,025
Guerre * AfSS−0,173
Langue commune0,040
Langue commune * AfSS0,387 ***
Relations coloniales0,256 **
Relations coloniales * AfSS−0,666 ***
Pays d’origine enclavé0,345 ***
Pays d’origine enclavé * AfSS−0,643 ***
Pays de destination enclavé−1,197 ***
Pays de destination enclavé * AfSS0,204
Nombre d’observations49.108
Source : calculs des services du FMI.Note : *** et ** indiquent des niveaux de significativité de 5 % et de 1 %, respectivement. AfSS = Afrique subsaharienne; OCDE = Organisation de coopération et de développement économiques; PAT = population en âge de travailler.
Source : calculs des services du FMI.Note : *** et ** indiquent des niveaux de significativité de 5 % et de 1 %, respectivement. AfSS = Afrique subsaharienne; OCDE = Organisation de coopération et de développement économiques; PAT = population en âge de travailler.

Que nous permet de conclure l’analyse au sujet de l’avenir des flux migratoires? Les écarts de revenu avec les pays de l’OCDE persisteront durant les décennies à venir. De même, les pressions démographiques sont appelées à s’intensifier en raison de la profonde transition démographique à l’œuvre en Afrique subsaharienne3. Cette transition se manifeste, non seulement par une forte croissance de la population en général, mais aussi par une progression encore plus forte de la population en âge de travailler, qui constitue en règle générale le vivier d’émigrants : en Afrique subsaharienne, la population en âge de travailler devrait presque tripler durant les 35 prochaines années, de 480 millions à 1,3 milliard.

Dans ce contexte, les flux migratoires vont vraisemblablement s’intensifier, d’autant qu’il se produira un vieillissement de la population dans les pays de l’OCDE durant la même période. Il est certes très difficile d’établir des projections de flux migratoires, mais à partir de notre modèle, nous pouvons avoir une idée de l’ordre de grandeur, à supposer que les politiques migratoires soient globalement les mêmes que par le passé. Calculés à partir des projections de croissance des Perspectives de l’économie mondiale pour les pays de l’OCDE et l’Afrique subsaharienne (extrapolées sur les prochaines décennies) et des projections démographiques des Perspectives démographiques mondiales des Nations Unies, nos résultats montrent que le nombre de ressortissants d’Afrique subsaharienne vivant dans les pays de l’OCDE pourrait atteindre 34 millions à l’horizon 2050, soit 1,7 % de la population d’Afrique subsaharienne, contre 0,6 % en 2010. La part des migrants d’Afrique subsaharienne dans les pays de l’OCDE augmenterait aussi pour atteindre 2,4 % en 2050, contre 0,4 % aujourd’hui.

Le présent encadré a été préparé par Jesús González-García et Montfort Mlachila.

1 Le présent encadré s’inspire de González-García, Hitaj, Mlachila, Viseth et Yenice (2016).2 De manière plus précise, les estimations s’obtiennent à partir d’un modèle de gravité pour les flux migratoires faisant intervenir 117 pays en développement sur la période 1977–2013, à partir d’une régression de type Poisson. Les déterminants des migrations vers les pays de l’OCDE sont les valeurs relatives de revenu par habitant et de population en âge de travailler, la diaspora présente dans les pays de l’OCDE, la distance entre pays, les dépenses de santé dans les pays de l’OCDE et les indicateurs correspondant à une langue commune, à l’existence d’un passé colonial, à l’existence de guerres en Afrique subsaharienne et au caractère enclavé des pays (d’origine et d’accueil). Ces spécifications sont semblables à celles utilisées dans les travaux existants sur ce sujet (voir, par exemple, Beine, Docquier et Ozden (2011); Flowerdew (2010); Lewer et Van den Berg (2008).3 Pour une analyse détaillée de la transition démographique dans la région, voir le chapitre 2 de l’édition d’avril 2015 des Perspectives économiques régionales : Afrique subsaharienne.
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Ce chapitre a été rédigé par une équipe dirigée par Céline Allard et composée de Francisco Arizala, Jesus Gonzalez-Garcia, Cleary Haines et Monique Newiak.

Voir le chapitre 2 du rapport d’avril 2016 sur les Perspectives économiques régionales : Afrique subsaharienne, intitulé «Faire face à l’effondrement des cours des produits de base».

L’Afrique du Sud, qui a le statut de pays émergent et dont les marchés financiers sont plus liquides, a aussi émis cette année une obligation internationale à 10 ans avec un rendement de 4,9 %. L’émission de 700 millions de dollars d’euro-obligations par le Mozambique en avril 2016 n’est pas prise en compte dans les calculs, car elle a servi à restructurer une partie de la dette existante de la société publique de pêche au thon.

Les euro-obligations représentent aujourd’hui une part non négligeable du stock total de dette publique de certains pays préémergents d’Afrique subsaharienne, tels que le Gabon (48 %), la Namibie (32 %), la Côte d’Ivoire (26 %), la Zambie (24 %), le Ghana (16 %), le Sénégal (15 %) et le Rwanda (13 %).

Dans le cas du Mozambique, la baisse de 2015 tient au fait que l’exécution des prêts-projets signés antérieurement a culminé en 2014.

Un financement intérieur accru du budget conduit aussi à l’éviction du secteur privé des sources de financement.

Un grand nombre d’études, dans la lignée d’Alesina et Drazen (1991), Alesina et al. (2006) et Fernandez et Rodrick (1991), examinent pourquoi, à la suite d’un choc négatif, les autorités tardent généralement à réagir. La raison en est que les coûts de l’ajustement doivent être répartis entre différents groupes économiques, chacun essayant en général d’être mis le moins possible à contribution et de retarder le processus — jusqu’à ce que l’ajustement devienne inévitable.

En fait, un grand nombre d’États membres du Conseil de coopération du Golfe qui ont subi une chute comparable de leurs recettes provenant des produits de base ont laissé leur position budgétaire se dégrader dans des proportions bien plus importantes et, pour la plupart, ont même accru leurs dépenses publiques pour atténuer les effets du choc sur l’économie — même si, sur la période la plus récente, la plupart d’entre eux s’efforcent d’entamer un assainissement de leurs finances publiques. Ces pays ont pu recourir à des amortisseurs budgétaires considérables en puisant dans leurs fonds souverains, possibilité qui, dans la plupart des cas, n’existait pas pour les pays exportateurs de pétrole d’Afrique subsaharienne (voir l’édition d’octobre 2016 des Perspectives économiques régionales : Moyen-Orient et Asie centrale).

On trouvera de plus amples détails sur les possibilités d’améliorer la mobilisation des recettes intérieures dans la région au chapitre 1 de l’édition d’octobre 2015 des Perspectives économiques régionales : Afrique subsaharienne.

Il est important de noter qu’en 2014 les pays de la région étaient peu nombreux à avoir reconstitué les amortisseurs qu’ils avaient utilisés pendant la crise financière mondiale et qu’ils avaient donc moins de marge de manœuvre que les autres pays pour atténuer les effets du choc. Ainsi, les réserves internationales du Nigéria et du Tchad étaient équivalentes à 8–9 % du PIB fin 2013, alors qu’elles étaient trois fois plus élevées en Iran et cinq fois plus élevées en Bolivie — pays où l’évolution défavorable des termes de l’échange avait été d’une ampleur comparable.

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