Chapter

3. Développement financier et croissance durable

Author(s):
International Monetary Fund. African Dept.
Published Date:
May 2016
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Le développement financier, qui est important pour promouvoir une croissance économique forte et durable en Afrique subsaharienne, entraîne une utilisation plus large des instruments financiers existants, mais aussi la création et l’adoption de nouveaux instruments d’intermédiation des fonds et de gestion des risques (Chami, Fullenkamp et Sharma 2010). Alors que la demande extérieure et les conditions de financement se dégradent sensiblement et que les perspectives de croissance en Afrique subsaharienne s’assombrissent significativement, il est d’autant plus urgent d’identifier les sources de croissance inexploitées ou sous-utilisées et de la rendre moins volatile. Des études théoriques mais aussi empiriques ont parfaitement établi que le développement financier était en général bon pour la croissance. Qu’il en soit un moteur ou un simple facilitateur—les avis restent partagés—, tous les facteurs susceptibles d’améliorer notablement les perspectives de croissance de la région méritent un examen approfondi.

En théorie, le développement financier influe favorablement sur la croissance par le biais de plusieurs canaux importants pour l’Afrique subsaharienne. En premier lieu, il stimule la constitution d’une épargne plus facilement mobilisable et favorise une répartition efficiente des capitaux, tout en rehaussant la productivité totale des facteurs (PTF). Deuxièmement, il soutient la diversification et la gestion des risques. Troisièmement, il diminue les asymétries d’information et les coûts de transaction et de surveillance. Quatrièmement, il peut réduire la volatilité de l’économie en offrant aux ménages et aux entreprises toute une panoplie d’instruments et d’informations utiles pour faire face à des chocs défavorables en lissant la consommation et l’investissement. Levine (2005), qui a passé en revue les publications sur le sujet, constate que développement financier et croissance sont étroitement liés.

Ce chapitre tente de répondre à trois questions afin de déterminer le rôle du développement financier dans la croissance durable en Afrique subsaharienne :

  • Comment le secteur financier subsaharien s’est-il développé durant les dernières décennies par rapport à celui d’autres régions?

  • Compte tenu des évolutions observées au cours des dernières décennies, le secteur financier peut-il désormais mieux contribuer à créer de la croissance et réduire sa volatilité?

  • Que faut-il faire pour qu’il produise plus d’effets bénéfiques et quel rôle les politiques économiques peuvent-elles jouer à cet égard?

Nos principales conclusions sont les suivantes :

  • Bien que les pays d’Afrique subsaharienne aient considérablement progressé en termes de développement financier ces dix dernières années, la marge d’amélioration supplémentaire est encore très importante, surtout par rapport à d’autres régions du monde. En effet, il y a encore une dizaine d’années, un grand nombre de pays avaient en fait régressé sur le plan de leur développement financier par rapport au début des années 80. Sauf dans les pays d’Afrique subsaharienne à revenu intermédiaire, tant la profondeur des marchés financiers que le développement institutionnel sont à la traîne par rapport à d’autres régions en développement.

  • La région a été à la pointe en matière de services financiers innovants liés à la téléphonie mobile, mais l’inclusion financière peut encore y être améliorée. L’essor de systèmes associés au téléphone portable a permis à une fraction plus importante de la population de participer au système financier, notamment en Afrique de l’Est. Néanmoins, leur potentiel est encore largement inexploité dans d’autres pays et ces nouveaux systèmes peuvent pallier certaines des carences (infrastructures, etc.) observées dans la plupart des pays. Dans le même temps, la microfinance s’est développée rapidement, proposant des services aux clients situés au bas de l’échelle des revenus. Mais toutes les évolutions financières qui se font jour et se multiplient à un rythme élevé comportent aussi des risques pour la stabilité financière.

  • Les banques panafricaines ont été un moteur local du développement financier tout en apportant quelques défis. Leur essor a favorisé l’intégration économique et contribué aux progrès de la concurrence et de l’inclusion financière. Elles ont progressivement occupé le créneau laissé par les banques européennes et américaines qui dominaient traditionnellement le paysage financier africain avant la crise financière mondiale. Mais leur expansion rapide comporte également des risques, dont le plus important d’entre eux est lié à l’insuffisance du contrôle prudentiel sur une base consolidée et à la relative médiocrité des cadres de gouvernance interne. Il faut remédier à ces points faibles afin d’atténuer les risques systémiques qui pourraient compromettre le développement financier.

  • D’après des estimations empiriques et bien qu’il soit inférieur à son niveau de référence, le développement financier semble avoir soutenu la croissance en Afrique subsaharienne et l’avoir rendue moins volatile. Il a aidé à la mobilisation et la répartition des ressources financières et facilité la mise en œuvre d’autres politiques économiques en renforçant la croissance et stabilisant l’économie. Même si des études sur le sujet évoquent un seuil au-delà duquel le développement financier peut avoir des effets négatifs sur la croissance et sa stabilité (Sahay et al., 2015b), la grande majorité des pays d’Afrique subsaharienne s’en trouvent très en deçà. Comme le développement financier de la région est inférieur au niveau de référence, amener l’indice de développement financier médian à ce niveau pourrait se traduire par un gain de croissance d’environ 1½ point de pourcentage. Les résultats confirment les effets salutaires liés à l’atténuation de la volatilité de la croissance et d’autres variables macroéconomiques. Les pays concernés doivent toutefois être attentifs aux risques macrofinanciers naissants pour pouvoir gérer efficacement les risques inhérents au développement financier.

  • Les progrès de la région en matière de développement financier, qui reposent en grande partie sur l’amélioration des paramètres macroéconomiques fondamentaux, ont été freinés par la médiocrité des institutions. Les pays d’Afrique subsaharienne pourront récolter les fruits éventuels du développement financier, notamment en améliorant leur cadre juridique et la gouvernance d’entreprise.

Comment le secteur financier subsaharien s’est-il développé durant les dernières décennies?

Dans la plupart des pays de la région, le développement financier a progressé au cours des quatre dernières décennies. Néanmoins, hormis dans les pays à revenu intermédiaire, les marchés financiers et les établissements financiers sont moins développés en Afrique subsaharienne que dans d’autres régions en développement. Dans plusieurs pays, des innovations telles que les systèmes de paiement mobiles ont permis à une population plus nombreuse d’avoir accès à des services financiers, mais on peut encore améliorer l’inclusion financière, surtout dans les pays à faible revenu et fragiles.

Le développement financier a progressé dans la région, mais des lacunes importantes subsistent …

L’approfondissement financier s’est accru en Afrique subsaharienne, mais le retard sur d’autres régions en développement n’est pas comblé, car les niveaux de revenu moyens sont plus bas (graphique 3.1). Dans la région, le ratio médian crédit au secteur privé/PIB a augmenté de près de 10 points de pourcentage depuis 1995, pour atteindre environ 21 % en 2014. Mais il reste inférieur environ de moitié au ratio mesuré au Moyen-Orient et en Afrique du Nord, en Asie de l’Est, en Amérique latine et aux Caraïbes, sous l’effet du nombre relativement important de pays d’Afrique subsaharienne à faible revenu où le niveau médian du crédit au secteur privé est comparable à celui observé dans d’autres pays à faible revenu. Les tendances relatives à la profondeur du secteur bancaire suggèrent à peu près la même chose, puisque les actifs bancaires, qui représentaient en moyenne 57 % du PIB en 2014, sont deux fois moins importants que dans d’autres régions.

Graphique 3.1.Afrique subsaharienne : indicateurs standards de la profondeur financière

Sources : Banque mondiale, FinStats 2016; FMI, base de données des Perspectives de l’économie mondiale; FMI, International Financial Statistics. Note : Voir à la page 84 la liste des abréviations de pays.

Dans la plupart des pays, le système bancaire domine le paysage financier (graphique 3.2). Il représente une part prépondérante des actifs dans la majorité des pays, sauf les pays à revenu intermédiaire. Ainsi, les actifs non bancaires représentent plus de 50 % des actifs du secteur financier uniquement en Afrique du Sud, au Lesotho, en Namibie et au Swaziland. Au sein du système bancaire, les filiales sous contrôle étranger représentent la majorité des actifs dans tous les groupes de pays, en particulier dans certains États fragiles (Guinée, Guinée Bissau, Madagascar), tandis que la contribution des succursales étrangères est minime. Dans plusieurs pays, les actifs des banques d’État sont considérables (Éthiopie, Rwanda, Seychelles, Sierra Leone). Dans le secteur financier non bancaire, les fonds de pension détiennent une part significative des actifs du système, mais les places boursières sont sous-développées et peu liquides (présentes dans moins de 60 % des pays de la région).

Graphique 3.2.Afrique subsaharienne : actifs sectoriels, 2012

Source : FMI, Profils du secteur financier du Département Afrique.

L’essor rapide des banques panafricaines est un moteur important du développement financier. Globalement, leurs activités en Afrique se déploient à une plus grande échelle que celles des banques européennes et américaines traditionnelles. À l’heure actuelle, sept banques panafricaines sont présentes dans au moins dix pays. Bien souvent, elles font partie des trois premières banques du pays. Dans un certain nombre de pays comme le Bénin, la Guinée Bissau, le Niger ou le Togo, elles représentent également l’essentiel des capitaux étrangers. Leur expansion s’est faite principalement par le biais de filiales créées dans les pays d’accueil et soumises à la réglementation et aux normes de surveillance de ces pays. Certaines banques panafricaines se sont toutefois lancées dans des activités allant au-delà de l’intermédiation bancaire traditionnelle : opérations sur les marchés de capitaux, assurance, pensions, transferts d’argent, microfinance, crédit-bail et même non financières.

L’échelle de leurs activités dans la région augmente rapidement, ce qui contribue à doper la concurrence pour les prêts et les dépôts. Leurs clients ne sont pas seulement de grandes entités nationales et internationales établies, mais aussi, de plus en plus, des PME ou des particuliers mal desservis. De nombreuses banques veulent déployer des services bancaires mobiles et des technologies en ligne. Elles participent à un nombre croissant de montages de prêts consortiaux pour des projets d’infrastructure, sachant que, dans ce domaine, les besoins de la région augmentent (Enoch, Mathieu et Mecagni, 2015; Mecagni, Marchettini et Maino, 2015). Il a fallu se tourner vers de nouvelles sources de financement, comme les financements à plus long terme (émissions obligataires, augmentations de capital) voire les financements proposés par des établissements financiers internationaux; pour les banques panafricaines, cela s’est traduit par une rentabilité accrue et de meilleurs ratios coût/revenu (Stijns, 2015).

… laissant une grande marge d’amélioration à l’inclusion financière.

Malgré ces progrès, l’accès aux services financiers traditionnels demeure très limité en Afrique subsaharienne, en particulier pour certains groupes démographiques (graphique 3.3). La part de la population ayant ouvert un compte ou contracté un prêt auprès d’un établissement financier y est plus faible que dans d’autres régions; seuls les pays à revenu intermédiaire s’approchent des niveaux de référence. Le manque d’information sur les emprunteurs (antécédents, risque d’insolvabilité, etc.), l’absence de registres des garanties et les difficultés d’application des contrats sont souvent un obstacle à l’octroi de crédits bancaires au secteur privé.

Graphique 3.3.Afrique subsaharienne : indicateurs de l’inclusion financière

Source : Banque mondiale, Global Findex 2014.

Note : AfSS = Afrique subsaharienne; ALC = Amérique latine et Caraïbes; MOAN = Moyen-Orient et Afrique du Nord; PED d’Asie = Pays émergents et en développement d’Asie; PFR = pays à faible revenu; PRI = pays à revenu intermédiaire.

Dans les États fragiles, l’accès aux services financiers est particulièrement limité, car les infrastructures financières sont très insuffisantes : moins de sept guichets automatiques bancaires (GAB) et moins de trois succursales financières pour 100.000 habitants (Comores, Guinée Bissau, République centrafricaine). Dans tous les groupes de pays de la région, la population instruite, les 60 % les plus riches et les hommes bénéficient d’un accès bien plus large aux services financiers. L’accès est particulièrement limité en zone rurale, car les agences se concentrent surtout dans les centres urbains (Mlachila, Park et Yabara, 2013).

La région souffre aussi d’inégalités considérables entre les hommes et les femmes, qui touchent à divers aspects de l’inclusion financière et sont associées à des inégalités de revenus plus importantes. L’encadré 3.1 montre qu’une meilleure inclusion financière des femmes va de pair avec une moindre inégalité des revenus (voir également Sahay et al., 2015a), en dopant notamment les taux d’activité féminine. Les résultats empiriques doivent toutefois être interprétés avec prudence : les associations entre différents écarts hommes–femmes et entre ces écarts et les résultats économiques sont complexes. Il faudrait ainsi mener de nouvelles études et collecter plus de données sur l’évolution de l’inclusion financière avant de formuler des conclusions définitives sur les liens de causalité au niveau macroéconomique.

Des services financiers novateurs ont commencé à pallier certains de ces manques dans plusieurs pays. L’essor des systèmes de paiement mobile a permis à des pans plus importants de la population de participer au système financier, en particulier en Afrique de l’Est (graphique 3.4). Au Kenya, le développement rapide de systèmes tels que M-Pesa, M-Shwari et M-Kesho a contribué à réduire les coûts de transaction, facilité les transactions personnelles et favorisé le recours aux services d’intermédiation financière (FMI, 2012b). L’expérience très positive de l’Afrique de l’Est fournit un modèle utile, transposable dans d’autres pays de la région (encadré 3.2). L’un des grands enseignements à en tirer est qu’il faut avoir un cadre réglementaire favorable et souple sans pour autant négliger les défis liés à la surveillance.

Graphique 3.4.Pays d’Afrique subsaharienne : l’inclusion financière

(Pourcentage de la population adulte utilisant les services financiers)

Source : Finmark Trust, Finscope Survey.

Note : Formel = accès aux services financiers formels : les particuliers d’au moins 16 ans détiennent des produits/utilisent des services financiers fournis par des établissements réglementés ou faisant l’objet d’un contrôle officiel. Informel = accès aux services financiers informels : les particuliers d’au moins 16 ans utilisent des mécanismes financiers qui ne sont pas fournis par un établissement financier réglementé ou faisant l’objet d’un contrôle officiel. Exclu = sans accès aux services financiers : les particuliers d’au moins 16 ans n’ont accès à aucun mécanisme financier et s’organisent eux-mêmes ou avec l’aide de proches ou d’amis pour épargner, emprunter et envoyer des fonds; les transactions se font en liquide ou en nature.

La microfinance offre des possibilités appréciables de compléter la banque mobile et de favoriser l’inclusion financière. En croissance rapide, elle fournit des services aux clients les plus modestes (encadré 3.3). C’est une solution qui convient particulièrement aux clients pauvres, y compris en zone rurale, qui ont, au mieux, des garanties très limitées; elle contribue donc notablement à améliorer l’inclusion financière, par la mobilisation de l’épargne et, dans une moindre mesure, l’offre de crédits. Bien que les services individuels de paiement mobile et de microfinance se développent, ces deux types de services financiers ont été jusqu’à présent complémentaires : les systèmes mobiles facilitent essentiellement les opérations de paiement, tandis que la microfinance permet aux ménages modestes de se financer à meilleur compte.

Conjuguer les différentes dimensions du développement financier

Un indice élaboré dernièrement permet de dresser un tableau plus complet du développement financier (encadré 3.4). Pour mesurer les progrès du développement financier en Afrique subsaharienne, ce chapitre s’appuie sur l’indice mis au point par Sahay et al. (2015b).

  • L’indice en question combine une évaluation des établissements financiers du pays (banques, assurances, fonds communs de placement et fonds de pension) et des marchés financiers (marchés boursier et obligataire). Il reflète donc le fait que des services financiers sont proposés par une multitude d’établissements financiers et que des marchés se sont développés pour permettre aux particuliers et aux entreprises de diversifier leur épargne, et aux secondes de lever des capitaux sans se limiter aux prêts bancaires. Comme, dans de nombreux pays de la région, les marchés sont relativement sous-développés et le dispositif institutionnel est dominé par les banques, cet indice rend mieux compte de l’insuffisance des services financiers qu’une mesure unidimensionnelle telle que le ratio crédit privé/PIB.

  • L’évaluation des établissements et des marchés financiers se fait sur : la profondeur (taille et liquidité des marchés), l’accès (capacité des particuliers et des entreprises à faire usage des services financiers) et l’efficience (capacité des établissements financiers à fournir des services financiers à faible coût en s’assurant des revenus durables et niveaux d’activité des marchés de capitaux). La dimension «efficience» de l’indice, qui inclut des indicateurs de rentabilité, montre que, malgré la forte croissance des actifs, le système financier subsaharien est moins concurrentiel que celui d’autres régions (Banque mondiale, 2012). Cette dimension, combinée avec celle de l’accès, donne donc une idée de la qualité du secteur financier.

D’après cet indice composite, le développement financier en Afrique subsaharienne est assez atone depuis trois décennies malgré l’accélération modérée observée au cours des 15 dernières années. Le graphique 3.5 illustre le niveau de développement financier dans différents groupes de pays. Si certains pays à revenu intermédiaire (Afrique du Sud, Maurice, Namibie et Seychelles) ont connu un développement financier rapide à partir des années 80, les progrès ont été plus lents dans d’autres groupes de la région. Certains pays (Cameroun, République centrafricaine, Sierra Leone et Tchad) sont même moins développés sur le plan financier qu’ils ne l’étaient dans les années 80, notamment en raison de guerres civiles et autres conflits. Dans ce domaine, la plupart des pays d’Afrique subsaharienne sont très à la traîne d’autres régions en développement.

Graphique 3.5.Afrique subsaharienne : indice du développement financier, 1980–2013

(1 = développement maximal; 0 = développement minimal)

Sources : Sahay et al. (2015b); calculs des services du FMI.

Note : AfSS = Afrique subsaharienne; ALC = Amérique latine et Caraïbes; MOAN = Moyen-Orient et Afrique du Nord; PED d’Asie = pays émergents et en développement d’Asie.

12000 pour l’Angola; 1990 pour la Guinée équatoriale.

21990 pour la Guinée et la Namibie.

32000 pour l’Érythrée; 1990 pour le Mozambique et São Tomé-et-Príncipe.

Dans les pays où le développement financier a été rapide, ce sont à la fois les institutions et les marchés financiers qui ont évolué (graphique 3.6), s’appuyant simultanément sur les secteurs bancaire et non bancaire. Au Botswana, par exemple, il existe une multitude d’établissements financiers et le poids de la Bourse du Botswana et des investisseurs institutionnels dans le système financier s’est accru rapidement dans la première décennie du nouveau millénaire (Banque mondiale et FMI, 2008). En Namibie aussi, tant le secteur bancaire que les institutions non financières se sont considérablement développés au cours des deux dernières années : la part combinée des fonds de pension et des compagnies d’assurance dans le total des actifs est supérieure à celle des banques commerciales (Marchettini, 2015; FMI, 2007). En outre, comme l’expliquait la section précédente, la montée en puissance des banques panafricaines a sensiblement modifié le paysage financier dans la région.

Graphique 3.6.Afrique subsaharienne : aspects du développement financier

(1 = développement maximal)

Sources : Sahay et al. (2015b); calculs des services du FMI.

Note : AfSS = Afrique subsaharienne.

En résumé, le développement financier a bien progressé en Afrique subsaharienne, mais pas autant que dans d’autres régions en développement. L’inclusion financière s’est également améliorée grâce à des services financiers innovants comme les systèmes de paiement mobile, mais il est possible de faire encore mieux. La poursuite du développement financier dépend toutefois du maintien de la stabilité financière : il s’agit en particulier d’éviter les crises financières. C’est pourquoi la section suivante examine les tendances de la stabilité financière et l’environnement réglementaire.

Stabilité financière et réformes de la réglementation

Les indicateurs clés de la stabilité financière, bien qu’ils se soient améliorés par rapport au passé, ont fléchi dernièrement, annonçant peut-être un ralentissement prochain du développement financier. Les progrès dans le domaine des normes de supervision bancaire sont très disparates selon les pays et des difficultés de mise en œuvre subsistent. Les banques panafricaines offrent de nouvelles possibilités et constituent un levier important du développement financier, mais posent également des problèmes de surveillance et pourraient accentuer le risque systémique.

Dans la région, les crises bancaires sont désormais plus rares et les indicateurs de solidité financière progressent depuis quelques décennies, quoiqu’en léger recul depuis peu (graphiques 3.7 et 3.8). Depuis le début des années 2000, les crises bancaires sont moins fréquentes, une tendance qui évolue parallèlement à l’amélioration des conditions macroéconomiques et du cadre réglementaire et a sans doute contribué au développement financier. En outre, les effets de la crise financière mondiale sur la stabilité du secteur financier ont été modérés dans la plupart des pays d’Afrique subsaharienne (Mlachila, Park et Yabara, 2013), reflétant peut-être aussi l’intégration financière relativement faible de la région. En fait, les principaux indicateurs de solidité financière sont en hausse par rapport à la décennie précédente (Mecagni, Marchettini et Maino, 2015). Cependant, au cours des cinq dernières années, les indicateurs de solidité financière se sont quelque peu détériorés, les ratios de fonds propres au mieux demeurant stables, et les prêts improductifs continuant d’augmenter. Plus récemment, la baisse des cours des produits de base, le durcissement des conditions de financement extérieur et les dépréciations de taux de change ont exercé de nouvelles pressions sur différentes dimensions de la solidité financière, en particulier dans les pays exportateurs de produits de base (chapitre 1), ce qui pourrait présager un ralentissement du développement financier à moyen terme.

Graphique 3.7.Crises bancaires systémiques, 1976–2010

Graphique 3.8.Afrique subsaharienne : indicateurs de solidité financière, 2006–14

(Pourcentage)

Sources : autorités nationales; estimations des services du FMI.

Les progrès relatifs aux normes prudentielles et à la mise en œuvre des systèmes de garantie des dépôts sont très variables selon les pays de la région (Enoch, Mathieu et Mecagni, 2015; Mecagni, Marchettini et Maino, 2015; tableau 3.1). La plupart ont déjà adopté des normes d’information internationales ou envisagent de le faire à brève échéance, et six pays seulement conservent encore leurs normes nationales (dont l’Angola, la Guinée et le Soudan du Sud). À ce jour, en revanche, seuls quelques pays et une union monétaire ont mis en place des systèmes de garantie des dépôts (Communauté économique et monétaire de l’Afrique centrale—CEMAC, Kenya, Nigéria, Ouganda, Tanzanie et Zimbabwe). Les normes de Bâle II n’ont été mises en œuvre qu’en Afrique du Sud, au Malawi, à Maurice et au Mozambique.

Tableau 3.1.Afrique subsaharienne : normes de supervision du secteur financier
Normes comptablesNorme de fonds propres1Assurance des dépôtsClassification des actifs2
AngolaNationalesPas encore Bâle IINon< 90 jours
BotswanaIFRSAdoption de Bâle II en coursNon90 jours
BurundiIFRS envisagéesAdoption de Bâle II en coursNon> 90 jours
Cabo VerdeIFRSAdoption de Bâle II en coursNon< 90 jours
CEMACIFRS envisagéesPas encore Bâle IIEn place> 90 jours
ComoresNationalesAdoption de Bâle II en coursNons.o.
Congo, Rép. dém. duNationalesPas encore Bâle IINon90 jours
Érythrées.o.s.o.Nons.o.
ÉthiopieIFRS envisagéesPas encore Bâle IINon90 jours
GambieIFRS envisagéesPas encore Bâle IINon90 jours
GhanaIFRSPas encore Bâle IINon90 jours
GuinéeNationalesPas encore Bâle IINons.o.
KenyaIFRSParties de Bâle II/IIIEn place90 jours
LesothoIFRSPas encore Bâle IINon90 jours
LibériaIFRSAdoption de Bâle II en coursNon90 jours
MadagascarNationalesPas encore Bâle IINon90 jours
MalawiIFRSBâle IINon90 jours
MauriceIFRSBâle IINon90 jours
MozambiqueIFRSBâle IINon> 90 jours
NamibieIFRSParties de Bâle IINon90 jours
NigériaIFRSAdoption de Bâle II en coursEn place90 jours
RwandaIFRSAdoption de Bâle II en coursNon90 jours
São Tomé-et-PríncipeIFRS envisagéesAdoption de Bâle II en coursNons.o.
SeychellesIFRS envisagéesPas encore Bâle IINon90 jours
Sierra LeoneIFRSPas encore Bâle IINon90 jours
Afrique du SudIFRSBâle IIINon90 jours
Soudan du SudNationalesPas encore Bâle IINons.o.
SwazilandIFRSPas encore Bâle IINon90 jours
OugandaIFRSPas encore Bâle IIEn place90 jours
TanzanieIFRSPas encore Bâle IIEn place90 jours
UEMOAIFRS envisagéesPas encore Bâle IINon> 90 jours
ZambieIFRSPas encore Bâle IINon90 jours
ZimbabweIFRSAdoption de Bâle II en coursEn place91 jours
Sources : Enoch, Mathieu et Mecagni (2015); Mecagni, Marchettini et Maino (2015).Note : CEMAC = Communauté économique et monétaire de l’Afrique centrale; IFRS = International Financial Reporting Standards (normes internationales d’information financière); s.o. = sans objet; UEMOA = Union économique et monétaire ouest-africaine.

De même, les normes prudentielles sont parfois assez médiocrement respectées et l’adoption future de normes financières plus strictes pourrait se heurter à des problèmes de mise en œuvre. Dans de nombreux pays de la région, les normes prudentielles ne sont pas assez appliquées. Par exemple, alors que la commission bancaire de l’Union économique et monétaire ouest-africaine (UEMOA) a consacré ces dernières années une énergie considérable à renforcer les capacités de mise en œuvre et le contrôle bancaire, la moitié des pays membres de l’UEMOA ne respectent pas le ratio de fonds propres réglementaires de 8 % (Bâle I) exigé au niveau régional (FMI, 2015f). Cela montre bien que l’application à l’avenir de normes plus ambitieuses risque de se heurter à un manque de capacités.

L’expansion rapide des banques panafricaines offre de nouvelles possibilités mais entraîne aussi plus de risques. Ces banques sont essentielles pour renforcer l’intermédiation financière, promouvoir une intégration économique plus poussée et favoriser l’innovation. Mais leur importance systémique et leurs interconnexions sont aussi des facteurs de risque, le premier d’entre eux étant l’insuffisance de la surveillance prudentielle sur une base consolidée. Par ailleurs, le cadre de gouvernance interne de certaines banques est fragile. Il faut remédier à ces problèmes pour atténuer les risques systémiques qui pourraient menacer le développement financier.

Dans la section suivante, nous examinons les possibilités pour la région de poursuivre son développement financier et ce qu’elles signifient pour la croissance économique et sa stabilité.

Dans quelle mesure le développement financier a-t-il dopé la croissance et atténué sa volatilité?

D’après des estimations empiriques, le développement financier a soutenu la croissance en Afrique subsaharienne et réduit sa volatilité. Il a facilité d’autres politiques économiques en raffermissant la croissance et stabilisant l’économie. Le développement financier de la région reste néanmoins au-dessous du niveau de référence. Amener l’indice de développement financier médian à sa valeur de référence pourrait se traduire par un gain de croissance d’environ 1½ point de pourcentage. Les résultats confirment les effets salutaires en termes de réduction de la volatilité de la croissance et d’autres variables macroéconomiques. Les pays concernés doivent toutefois être attentifs aux risques macrofinanciers naissants pour pouvoir gérer efficacement les risques inhérents au développement financier.

Combler le retard de développement financier par rapport au niveau de référence structurel

Dans bon nombre de pays d’Afrique subsaharienne, le développement financier est inférieur à son niveau de référence statistique (graphique 3.9).

  • Une analyse empirique portant sur 152 pays entre 1980 et 2013 permet de fixer des repères de développement financier correspondant aux caractéristiques structurelles de chaque pays1. Ces paramètres fondamentaux ne tiennent pas compte des capacités ou politiques institutionnelles et pourraient donc être interprétés comme un niveau potentiellement atteint par les pays présentant des caractéristiques comparables. La section suivante étudie les facteurs susceptibles d’expliquer les différences d’écarts.

  • Les résultats semblent indiquer que, dans cette région, le développement financier est généralement inférieur au niveau de référence. Un développement financier relativement rapide au cours des dix dernières années n’a permis de rattraper voire de dépasser le repère que dans les pays à revenu intermédiaire ayant développé leurs établissements financiers au-delà du secteur bancaire (Afrique du Sud, Cabo Verde, Maurice), en Côte d’Ivoire et dans de grands pays exportateurs de pétrole (Angola, Nigéria). Pour ces derniers, les niveaux de référence sont généralement assez faibles, car la production de pétrole est souvent autofinancée ou s’appuie sur des financements extérieurs. De ce fait, le secteur du pétrole contribue moins au développement financier que d’autres secteurs. L’Angola fait partie des pays où le développement a été particulièrement rapide, avec une hausse des dépôts et des prêts bancaires de respectivement 21 % à 49 % et de 5 % à 24 % du PIB entre 2005 et 2013, et a donc dépassé le niveau de référence (Takebe, 2015). Un exercice similaire fixant un repère pour la composante institutionnelle de l’indice donne des résultats très comparables.

Graphique 3.9.Afrique subsaharienne : développement financier effectif et prévu, 2013

(1 = développement maximal; 0 = développement minimal)

Sources : Sahay et al. (2015b); estimations des services du FMI.

Le développement financier a soutenu la croissance et l’a rendue moins instable …

Au vu des données empiriques, le développement financier soutient la croissance en Afrique subsaharienne, en particulier quand il est à un stade relativement peu avancé. Encore que l’effet sur l’instabilité de la croissance est moins robuste. De nombreuses études constatent des effets bénéfiques mais semblent pointer un seuil au-delà duquel le développement financier nuit à la croissance (Arcand, Berkes et Panizza, 2012; Ceccheti et Kharoubi, 2015; Sahay et al., 2015b). Néanmoins, la plupart des pays de la région sont trop en deçà du seuil pour que l’effet préjudiciable se manifeste2. Divers auteurs ont également montré que le développement financier aide à amortir l’impact des chocs négatifs en facilitant l’emprunt des ménages et des entreprises (Caballero et Krishnamurty, 2001) et en promouvant la diversification et la gestion du risque (Acemoglu et Zilibotti, 1997). Toutefois, dans un environnement de marchés du crédit imparfaits, le mécanisme de l’accélérateur financier peut propager et amplifier l’impact des chocs réels (Bernanke, Gertler et Gilchrist, 1999).

En Afrique subsaharienne, un développement financier plus profond va de pair avec une croissance plus forte dans des proportions qui varient d’un pays à l’autre. La présente section évalue l’influence du développement financier sur la croissance3 dans cette région du monde, comme l’ont fait Sahay et al. (2015b), et considère des facteurs régionaux spécifiques tels que l’effet des flux d’aide et de la part du secteur agricole comme indicateur approximatif des secteurs primaire et informel. Il en ressort que le développement financier est bon pour la croissance (tableau 3.2) et il est donc possible d’approfondir encore les marchés financiers de la région pour mieux soutenir la croissance, étant donné que la plupart des pays d’Afrique subsaharienne sont très au-dessous du point d’inflexion où les effets néfastes apparaissent. L’augmentation de l’indice médian de développement financier jusqu’à son niveau de référence, en particulier, s’accompagne d’un gain de croissance d’environ 1½ point de pourcentage.

Tableau 3.2.Afrique subsaharienne: résultats de l’estimation MMG de l’effet du développement financier sur la croissance économique
Modèle 1Modèle 2
Indice de développement financier27,00 **
(11,6)
Indice de développement financier (au carré)–33,83 *
(19,9)
Indice des établissements financiers9,956 ***
(3,51)
Indice des marchés financiers0,794
(19,19)
Indice des établissements financiers *–19,590
indice des marchés financiers(24,82)
Observations216216
Nombre de pays3939
Source : estimations des services du FMI.Note : La variable dépendante est la croissance du PIB réel calculée en moyenne sur des périodes de cinq ans sans chevauchement. Les données se rapportent à plus de 43 pays d’Afrique subsaharienne (AfSS), mais la disponibilité des données diffère d’un pays à l’autre selon la variable considérée. Comme dans Sahay et al. (2015b), les variables de contrôle additionnelles sont le PIB par habitant initial, le taux de scolarisation et la part de la consommation publique dans le PIB. La part de l’agriculture dans le PIB est ajoutée pour mieux rendre compte de son importance relative en AfSS. Étant donné que le coefficient des termes au carré est faible et que la plupart des pays d’AfSS se situent à un niveau de développement financier relativement trop bas en dessous du seuil à partir duquel l’effet négatif sur la croissance se fait sentir, comme cela est expliqué dans le texte, le modèle, qui est basé sur des composantes de l’indice de développement financier, est estimé en termes de niveaux uniquement, par souci de clarté. Le modèle 1 représente l’effet global du développement financier; le modèle 2 représente l’effet de certains aspects du développement financier. MMG = méthode des moments généralisée. Erreurs-types robustes entre parenthèses; *** p<0,01; ** <0,05;* p<0,1.

L’incidence sur la croissance tend à être plus prononcée quand le pays se trouve à un stade peu avancé de développement financier. Pour les pays à faible revenu, dont l’écart estimé avec le niveau de référence est plus important, le gain de croissance potentiel est de près de 2 points de pourcentage, contre environ ½ point pour les exportateurs de pétrole. Autrement dit, si l’indice du Niger (0,08) rejoint celui du Kenya (0,18), sa croissance augmente de deux points de pourcentage et elle gagne un point supplémentaire si l’indice atteint celui de la Namibie (0,28)4. Les résultats montrent également que, pour un pays subsaharien médian, l’essentiel du gain de croissance est lié aux établissements financiers, tandis que l’effet des marchés financiers est positif mais pas significatif, probablement amoindri par l’absence d’infrastructure financière et de concurrence. Ces résultats indicatifs sont à interpréter avec prudence sachant que le développement des marchés financiers en dehors du secteur bancaire est très récent dans la plupart de ces pays.

Les conclusions d’études récentes aux fondements microéconomiques confirment que l’assouplissement des contraintes financières structurelles est bon pour la croissance. L’édition d’octobre 2015 du rapport sur les Perspectives économiques régionales pour l’Afrique subsaharienne récapitule les effets positifs sur le PIB, la PTF et les inégalités qui sont associés à la suppression des obstacles les plus contraignants à l’inclusion financière dans une série de pays (Kenya, Mozambique, Nigéria, Ouganda et Zambie) et dans deux unions monétaires, en utilisant le modèle d’équilibre général de Dabla-Norris et al. (2015). Selon l’étude, les contraintes pesant sur les emprunteurs (respect médiocre des contrats et asymétries d’information qui se traduisent par l’exigence de garanties plus élevées et des ratios de capitalisation plus faibles) constituent les principaux obstacles à l’accès des entreprises au financement. Leur assouplissement permettrait de relever de 8 à 20 % les niveaux de PIB, grâce à une amélioration considérable de la PTF à long terme (graphique 3.10). Abaisser les coûts de participation (facteurs qui limitent l’accès au crédit tels que l’éloignement des banques ou des GAB et les dossiers à constituer pour demander un prêt) contribuerait aussi un peu à la croissance.

Graphique 3.10.Impact à long terme sur le PIB du relâchement des contraintes financières

Sources : Dabla-Norris et al. (2015); Rapports du FMI sur les pays; calculs des services du FMI.

Note : CEMAC = Communauté économique et monétaire de l’Afrique centrale; UEMOA = Union économique et monétaire ouest-africaine.

Dans la grande majorité des pays de la région, la relation entre développement financier et instabilité de la croissance semble ne pas être linéaire. En suivant Sahay et al. (2015b) et en incluant des variables de contrôle propres à la région, nous constatons que cette relation est non linéaire dans les pays d’Afrique subsaharienne (tableau 3.3), comme dans d’autres régions. Au départ, le développement financier lisse la volatilité en assouplissant les obstacles au crédit rencontrés par les entreprises et les ménages et en leur offrant une panoplie d’instruments pour résister aux chocs négatifs. Mais, à mesure de son approfondissement, la contribution du secteur financier au recul de la volatilité diminue, parce qu’un secteur financier plus profond a pour effet de propager et d’amplifier les chocs. Cela dit, la majorité des pays de la région sont au-dessous du seuil (estimé à environ 0,4; graphique 3.11) au-delà duquel le développement financier commence à accentuer la volatilité de la croissance. L’analyse empirique semble indiquer que, compte tenu du cadre institutionnel et des caractéristiques structurelles actuels, ce seuil est plus bas en Afrique subsaharienne qu’ailleurs. Cela reflète sans doute le fait que les carences des cadres juridiques et institutionnels de la région empêchent de profiter pleinement des avantages associés à l’approfondissement des systèmes financiers. De surcroît, la région tend à subir des chocs plus fréquents et plus violents que les autres régions, en particulier quand il s’agit de chocs liés aux cours mondiaux des produits de base (chapitre 2).

Tableau 3.3.Afrique subsaharienne : résultats de l’estimation de l’effet du développement financier sur la volatilité de la croissance économique
Variable dépendante—volatilité …… de la croissance du PIB… du ratio investissement/croissance du PIB
Indice du développement financier–7,589 ***157,1 ***
(1,118)(2,741)
Indice du développement financier3,739 ***–280,1 ***
(terme au carré)(1,318)(3,519)
Indice des établissements financiers–5,236 ***–24,67 ***
(0,664)(0,768)
Indice des établissements financiers5,03 ***
(terme au carré)(0,910)
Indice des marchés financiers–2,967 *

(1,529)
–38,80 ***

(1,024)
Indice des marchés financiers–0,106
(terme au carré)(1,688)
AfSS * indice du développement financier–9,706 ***–246,3 ***
(1,963)(10,06)
AfSS * indice du développement financier16,31 ***404,6 ***
(terme au carré)(2,679)(51,59)
AfSS * indice des établissements financiers–4,592

*** (1,265)
–9,052

*** (3,253)
AfSS * indice des établissements financiers7,187 ***
(terme au carré)(1,970)
AfSS * indice des marchés financiers–2,290

(4,228)
32,65 ***

(8,731)
AfSS * indice des marchés financiers2,373
(terme au carré)(7,077)
Observations1.1731.1731.0831.083
Nombre de pays95958989
Sources : Sahay et al. (2015b); estimations des services du FMI.Note : Variable dépendante : écart-type glissant sur cinq ans de la croissance du PIB réel et de la croissance du ratio investissement/PIB. Autres variables de contrôle : valeurs décalées de cinq ans du PIB par habitant, ouverture commerciale et financière, exportations d’énergie (pourcentage du PIB), volatilité de la croissance étrangère, entrées brutes de capitaux dans la région hormis le pays considéré, variation des termes de l’échange, indice d’organisation politique (indice Polity), croissance du PIB par habitant, solde public, et volatilité de la croissance du ratio aide/PIB sur la période 1995–2013. Le niveau élevé des coefficients de volatilité de l’investissement pour les variables du développement financier pourrait être expliqué par la forte volatilité de l’investissement d’un pays à l’autre et au fil du temps. En outre, bien que le coefficient global soit positif pour l’échantillon mondial, le coefficient de développement financier pour l’Afrique subsaharienne (FD + FDxSSA) est statistiquement significatif et négatif alors que le coefficient du terme au carré est statistiquement significatif et positif au niveau de 5 %. Erreurs-types robustes entre parenthèses; *** p<0,01; ** p<0,05;* p<0,1.

Graphique 3.11.Afrique subsaharienne : effet du développement financier sur la volatilité de la croissance économique

Source : calculs des services du FMI.

Note : Voir à la page 84 la liste des abréviations de pays. Basé sur les coefficients de régression, ce graphique illustre l’effet marginal simulé d’une augmentation de 10 % de l’indice du développement financier d’un pays sur l’écart-type du taux de croissance du PIB réel (écarttype glissant sur cinq ans). La courbe en U indique que la baisse de volatilité est plus prononcée dans les pays pour lesquels l’indice est plus faible et reste favorable quoique moins prononcée dans les pays dont le développement financier a déjà atteint un niveau relativement élevé (zone bleutée). Au-delà d’un certain seuil de développement financier, une augmentation de l’indice accentuerait la volatilité de la croissance (zone rosée). Ce graphique a trait en outre à des pays pilotes qui font l’objet d’une surveillance macrofinancière intensive du FMI (Namibie, Malawi, Ouganda) et dont le secteur financier est relativement plus développé (Kenya et Nigéria).

L’analyse a également été étendue à la volatilité de l’investissement et à différentes composantes du développement financier. Il en ressort que le développement financier stabilise la croissance de l’investissement dans les pays d’Afrique subsaharienne, mais seulement jusqu’à un certain point, tandis qu’il accentue les fluctuations de l’investissement dans d’autres régions du monde (tableau 3.3). La réduction sensible de la volatilité de l’investissement résulte peut-être du meilleur accès au crédit dont bénéficient les grandes entreprises, qui représentent l’essentiel de l’investissement dans les pays d’Afrique subsaharienne. On constate aussi que les établissements financiers tout comme les marchés financiers rendent la croissance moins instable, mais les premières jouent un rôle capital, ce qui est logique compte tenu de leur niveau de développement dans les pays d’Afrique subsaharienne, comme nous l’avons vu plus haut. Cette relation se vérifie également pour la croissance de l’investissement, mais de façon linéaire.

… mais requiert une vigilance accrue à l’égard des risques macrofinanciers

Des études nationales réalisées dernièrement dans la région mettent en évidence l’apparition d’un certain nombre de risques macrofinanciers. Dans l’UEMOA, par exemple, la conjugaison de déficits budgétaires croissants et d’une politique monétaire accommodante voulue par la banque centrale régionale (BCEAO) a permis aux banques d’étoffer considérablement leurs portefeuilles de titres publics en vue d’exploiter la marge d’intérêt entre les obligations d’État et le faible taux de refinancement de la BCEAO, accentuant ainsi le risque financier souverain (FMI, 2015f; chapitre 1)5. Au Malawi, un ajustement budgétaire insuffisant a conduit à accumuler des arriérés de paiement intérieurs et à recourir davantage au financement intérieur, ce qui a entraîné une augmentation des prêts improductifs, une exposition accrue du secteur financier à l’État et une plus grande incertitude économique (FMI, 2015c). En Namibie, l’effervescence du marché du logement constitue un risque majeur pour les banques et pourrait aussi engendrer des risques budgétaires. Dans la CEMAC, en Namibie et en Ouganda, l’essor du crédit bancaire s’est accompagné d’une concentration notable des risques (FMI, 2015b, 2015d, 2015e). De plus, en Ouganda, la forte dollarisation des prêts et des dépôts crée des risques de crédit potentiels en raison de l’asymétrie possible des devises dans les bilans des emprunteurs. Ces évolutions pourraient être à l’origine d’interactions négatives entre risque bancaire et risque souverain. Le cas échéant, le phénomène serait facilement amplifié par le non-respect des règles prudentielles, les carences des appareils judiciaires et l’inefficacité des cadres de résolution des crises dans la région.

En résumé, la présente section a constaté que le développement financier avait soutenu la croissance en Afrique subsaharienne et l’avait rendue moins volatile. Mais le niveau de développement financier de la région reste généralement inférieur au niveau de référence. Si la région voyait son indice de développement financier médian atteindre ce niveau, elle pourrait enregistrer un gain de croissance. La section suivante examine de quelle manière la région peut s’en rapprocher.

Qu’est-ce qui stimule ou freine le développement financier en afrique subsaharienne?

Cette section montre que des fondamentaux macroéconomiques sains soutiennent le développement financier en Afrique subsaharienne, mais que la médiocrité des institutions le freine dans de nombreux pays. Dans ce contexte, l’amélioration des cadres juridiques et de la gouvernance d’entreprise semble être la piste la plus prometteuse pour doper le développement financier.

Les fondamentaux macroéconomiques soutiennent le développement financier dans la région …

Les fondamentaux macroéconomiques sont les principaux moteurs du développement financier en Afrique subsaharienne. À partir des travaux déjà publiés sur le sujet, la présente section analyse les moteurs du développement financier dans les pays en développement, et plus particulièrement les pays d’Afrique subsaharienne. Suivant l’exemple d’autres auteurs (tels que Kose, Prasad et Terrones, 2006), nous étudions notamment les effets de deux aspects essentiels de la mondialisation : l’intégration commerciale et l’intégration financière6. Nos conclusions sont principalement les suivantes (tableau 3.4) :

  • Les fondamentaux macroéconomiques influent de manière positive sur le développement financier dans les pays en développement en général et ceux de la région en particulier. Une inflation forte (indicateur approximatif de l’instabilité macroéconomique) a des effets négatifs sur le développement financier7. En outre, l’effet de revenu est lui aussi significatif, ce qui indique que l’émergence d’une classe moyenne dans les pays d’Afrique subsaharienne devrait sans doute permettre d’approfondir le développement financier.

  • L’intégration commerciale internationale, mesurée par la part du total des exportations et des importations de biens et de services dans le PIB, a un effet positif sur le développement financier dans les pays en développement, mais cet effet disparaît quasiment en Afrique subsaharienne (contrairement à la théorie du développement financier de Rajan et Zingales, 2003)8. Il convient toutefois de noter que l’intégration commerciale a des effets bien plus sensibles que l’intégration financière dans les pays en développement en général, ce qui donne à penser que les pays d’Afrique subsaharienne ont peut-être manqué des opportunités considérables.

  • De même, l’intégration financière internationale, mesurée par la part des actifs et passifs internationaux dans le PIB (qui reflète le degré effectif d’ouverture du compte de capital), favorise le développement financier dans les pays en développement et cet effet est plus marqué encore dans les pays d’Afrique subsaharienne.

  • Un risque-pays plus faible semble propice au développement financier dans les pays en développement, mais l’effet bénéfique diminue dans la région, indiquant peut-être que les participants aux marchés financiers exigent une prime de risque plus élevée dans les pays d’Afrique subsaharienne, même à notation de risque-pays égale. Par conséquent, il est possible de stimuler encore le développement financier en poursuivant les réformes institutionnelles afin de remédier aux goulets d’étranglement propres à chaque pays dans les infrastructures d’information sur les marchés financiers.

Tableau 3.4.Afrique subsaharienne : déterminants du développement financier
MMG
Indice du développement financier (t-1)0,549 ***
[0,017]
Ouverture du compte de capital0,005 **
(indice de facto, t−1)[0,002]
Indice d’ouverture commerciale0,044 ***
(commerce total/PIB, t−1)[0,006]
PIB réel par habitant (t−1)0,087 ***
[0,007]
Taux d’inflation (t−1)–0,021 ***
[0,003]
Risque-pays selon ICRG0,123 ***
[0,016]
AfSS * ouverture du compte de capital (t−1)0,009 ***
[0,003]
AfSS * ouverture commerciale (t−1)–0,042 ***
[0,009]
AfSS * taux d’inflation (t−1)–0,017
[0,014]
AfSS * risque-pays selon ICRG–0,105 ***
[0,033]
Constante–0,714 ***
[0,046]
Observations1.809
Nombre de pays82
Source : estimations des services du FMI.Note : Basé sur des régressions de panel de données portant sur la période 1980–2013 pour environ 90 pays en développement (non compris les pays exportateurs de pétrole), mais le nombre d’observations varie selon la variable considérée. Les termes d’interaction avec l’Afrique subsaharienne (AfSS) ne montrent que l’effet marginal pour les pays de la région. Autrement dit, l’effet global sur les pays d’Afrique subsaharienne doit être évalué en faisant la somme des coefficients pour tous les pays en développement et des coefficients appliqués aux termes d’interaction. L’inclusion des pays exportateurs de pétrole ne modifie pas fondamentalement les résultats du point de vue qualitatif. ICRG = guide international des risques-pays; MMG = méthode des moments généralisée. Erreurs-types robustes entre crochets. *** p<0,01; ** p<0,05; * p<0,1.

En résumé, le développement financier est relativement peu avancé en Afrique subsaharienne et ne bénéficie pas suffisamment de l’intégration commerciale internationale, contrairement à ce qu’on l’observe dans d’autres régions. Nous nous intéressons donc plus loin aux raisons de la contre-performance des pays d’Afrique subsaharienne dans ce domaine, en tentant d’identifier des modèles systématiques.

… mais la médiocrité des institutions a freiné le développement financier dans de nombreux pays

D’après les données récentes, le degré de développement financier des pays d’Afrique subsaharienne pourrait se rapprocher du niveau de référence s’ils amélioraient leurs institutions. La majorité des études précédentes ont montré que la qualité des institutions est un des principaux facteurs explicatifs du sous-développement financier dans les pays de la région. À l’aide de données récentes, nous examinons donc le lien entre qualité institutionnelle et développement financier9.

D’après le graphique 3.12, certains types d’indicateurs institutionnels sont associés à l’indice de développement financier, laissant à penser qu’en améliorant leurs institutions, les pays pourraient rattraper leur retard en matière de développement financier. Mais d’autres facteurs entrent en jeu aussi. Ainsi, certains des pays exportateurs de pétrole (Angola, Nigéria) dépassent les niveaux de référence, car les recettes pétrolières dont ils disposent ont sans doute pallié la relative médiocrité des institutions et favorisé le développement financier.

Graphique 3.12.Afrique subsaharienne : développement financier et qualité des institutions en 2013

Source : estimations des services du FMI.

Note : Voir à la page 84 la liste des abréviations de pays. CEMAC = Communauté économique et monétaire de l’Afrique centrale; UEMOA = Union économique et monétaire ouest-africaine.

Certaines institutions semblent plus importantes que d’autres

En s’attachant en priorité à améliorer leur cadre juridique et le gouvernement d’entreprise, les pays d’Afrique subsaharienne pourraient récolter les fruits du développement financier. Pour arriver à des conclusions plus précises du point de vue des politiques publiques, nous nous livrons à une étude empirique approfondie de l’effet de différents indicateurs institutionnels10. Les résultats montrent que de nombreux indicateurs de la qualité institutionnelle peuvent aider à réduire l’écart avec le niveau de référence du développement financier (tableau 3.5). En ce qui concerne le cadre juridique, il apparaît en particulier que la protection des intérêts des actionnaires minoritaires, le renforcement de l’indépendance de la justice et une meilleure protection des investisseurs sont importants pour atteindre le niveau de référence. S’agissant de la gouvernance d’entreprise, le renforcement des normes d’audit et d’information semble essentiel. Dans le même ordre d’idée, des études nationales (voir, par exemple, Alter et Yontcheva, 2015; Cui, Dieterich et Maino, 2016; Newiak et Awad, 2015) concluent à la présence de certains obstacles liés aux infrastructures de marchés financiers (exigence de garanties solides, absence d’information sur le crédit et de registre des titres, etc.) qui entravent l’inclusion et l’approfondissement financiers en Afrique centrale et de l’Ouest. S’appuyant sur toutes ces conclusions, la section qui suit présente un certain nombre de recommandations.

Tableau 3.5.Afrique subsaharienne : classement des coefficients dénotant l’écart par rapport au niveau de référence pour certains aspects de la qualité institutionnelle
Aspects de la qualité institutionnelleCoefficient d’écart par rapport au niveau de référenceR2Classement des coefficients1
Protection des intérêts des actionnaires minoritaires0,0614 **0,1531
Solidité des normes d’audit et d’information0,0468 **0,1582
Efficacité du cadre juridique pour contester les règles0,04240,0733
Efficacité du cadre juridique pour régler les litiges0,04000,0794
Transparence de l’action des pouvoirs publics0,03850,0445
Efficacité des conseils d’administration des entreprises0,03790,0406
Droits de propriété0,03460,0727
Indépendance de la justice0,0343 **0,1198
Protection de la propriété intellectuelle0,03260,0649
Paiements illicites et pots-de-vin0,03260,0799
Conduite éthique des entreprises0,03090,03211
Solidité de la protection des investisseurs0,0251 *0,11812
Source : estimations des services du FMI.

Recommandations

Le développement financier a contribué à la croissance en Afrique subsaharienne et l’a rendue moins volatile, mais il est très inférieur à son niveau de référence. Pour bénéficier pleinement de ce développement, il faudrait, en plus de préserver la stabilité macroéconomique, formuler et mettre en œuvre des politiques appropriées pour le secteur financier, visant surtout à renforcer les institutions, promouvoir des cadres juridiques et réglementaires solides et améliorer l’inclusion financière. Les responsables de l’élaboration des politiques doivent toutefois être conscients que ce processus prend du temps et que promouvoir le développement financier nécessite de la dextérité et une gestion rigoureuse, en particulier dans un contexte de libéralisation financière, d’intégration régionale et d’adoption d’innovations technologiques (banque mobile, par exemple). Compte tenu de l’évolution des systèmes financiers, il faut adapter les règles et réglementations pour faire face aux nouveaux risques.

Les mesures à prendre, adaptées au contexte subsaharien, pourraient être les suivantes :

  • Mettre en place des cadres juridiques et institutionnels solides et promouvoir une bonne gouvernance d’entreprise (Gulde et al., 2006). Renforcer les cadres juridiques et institutionnels, y compris en protégeant les intérêts des actionnaires minoritaires et en favorisant le respect des contrats et l’indépendance de la justice, est indispensable pour créer un environnement propice au développement et à la prospérité du secteur financier. Renforcer les systèmes d’information sur le crédit et réduire les coûts parfois prohibitifs des garanties exigées supprimerait certains obstacles à l’essor du crédit et faciliterait l’inclusion financière. Améliorer la gouvernance d’entreprise et la divulgation des informations, en particulier en alignant les normes de comptabilité, d’audit et d’information financière sur les meilleures pratiques internationales, contribuerait à réduire l’écart avec le niveau de référence du développement financier.

  • Renforcer le contrôle, y compris la supervision bancaire transfrontalière, sur une base consolidée. Comme les normes prudentielles continuent d’être peu respectées dans certains pays, étendre les pouvoirs coercitifs des autorités de contrôle et renforcer les capacités des organismes de contrôle devrait être une priorité. L’essor rapide des banques panafricaines exige de renforcer la surveillance internationale et cela sur une base consolidée, ce qui devrait passer par une collaboration plus étroite entre les autorités de contrôle des pays du siège et des pays d’accueil de ces banques, et par une coopération interinstitutionnelle au sein de chaque pays. Accélérer l’harmonisation des réglementations et des procédures de contrôle et réduire les disparités en matière de gestion des crises sont deux autres questions qu’il conviendrait de régler rapidement. Créer un mécanisme approprié d’assainissement des institutions non viables (régime spécial de résolution, par exemple) et garantir le bon fonctionnement des systèmes d’assurance des dépôts serait essentiel pour atténuer les risques de contagion.

  • Adopter un cadre réglementaire facilitant une inclusion financière plus large. Comme en témoignent diverses évolutions récentes, en particulier dans le secteur de la banque mobile, des coûts de transaction peu élevés et des innovations technologiques ont amplement contribué à ce qu’une grande partie de la population participe au système financier, notamment en Afrique de l’Est. Dans le même temps, les risques associés au développement rapide des transactions mobiles et à leur complexité croissante devraient faire l’objet d’une surveillance étroite de la part des autorités de contrôle. Comme les transactions monétaires par téléphone portable rencontrent de plus en plus de succès dans les populations aux revenus modestes, il est important de renforcer la protection de ces ressources limitées.

  • Soutenir la concurrence bancaire est capital aussi pour aller vers des services financiers plus abordables et contribuer efficacement à l’inclusion financière et à une efficience accrue du système financier. Comme les principaux leviers de la concurrence sont les règles relatives à l’entrée (licences) et à la sortie (régimes de résolution) des entreprises, introduire des mesures permettant l’entrée d’établissements bien capitalisés et la sortie rapide des établissements insolvables est un préalable important pour créer un environnement concurrentiel dans le secteur (Banque mondiale, 2012). Comme l’ont montré diverses études empiriques, pour favoriser la concurrence, il faut peut-être en réalité plus de réglementation, notamment aux stades précoces du développement financier (Chami, Fullenkamp et Sharma, 2010).

Encadré 3.1.Inégalités entre les sexes en matière d’accès aux services financiers et résultats macroéconomiques

L’Afrique subsaharienne est devancée par d’autres régions en développement en ce qui concerne l’accès aux services financiers de manière générale et l’égalité femmes–hommes face à l’inclusion financière (graphique 3.1.1). L’accès aux services financiers est généralement plus restreint en Afrique subsaharienne que dans d’autres régions en développement, en particulier dans les États fragiles et les pays à faible revenu de la région. En outre, l’accès est particulièrement restreint pour les femmes, avec des différences entre les sexes plus importantes dans la plupart des groupes de pays d’Afrique subsaharienne que dans les pays émergents et en développement asiatiques ou latino-américains et aux Caraïbes. Les États fragiles de la région font exception, mais simplement du fait que l’accès aux services financiers y est restreint pour les hommes et pour les femmes dans la même mesure. L’écart entre les sexes est moindre en ce qui concerne les activités informelles : plus de femmes que d’hommes placent leur épargne dans le cadre d’un groupe d’épargne ou auprès d’une personne extérieure à la famille, et les hommes et les femmes semblent se tourner dans les mêmes proportions vers des membres de leur famille ou des amis pour emprunter.

Graphique 3.1.1.Afrique subsaharienne : indicateurs de l’inclusion financière, 2014

Source : Banque mondiale, Global Findex 2014.

Note : AfSS = Afrique subsaharienne; ALC = Amérique latine et Caraïbes; MOAN = Moyen-Orient et Afrique du Nord; PED d’Asie = pays émergents et en développement d’Asie; PFR = pays à faible revenu; PRE = pays à revenu élevé; PRI = pays à revenu intermédiaire.

Une inégalité femmes–hommes moindre en matière d’inclusion financière va de pair avec un développement financier plus poussé et une répartition plus équitable des revenus (graphique 3.1.2).

  • Un accès plus égal des femmes et des hommes aux services financiers (ici, avoir un compte dans un établissement financier officiel) est associé à un développement économique plus important, mesuré par un PIB par habitant plus élevé ou des taux de pauvreté plus bas.

  • Cela implique une meilleure égalité des chances entre femmes et hommes et, par conséquent, une répartition plus égale des revenus (coefficient de Gini net plus faible).

  • Enfin, l’accès plus égal aux services financiers s’accompagne de taux d’activité plus proches pour les femmes et les hommes, que divers auteurs associent à une croissance plus vigoureuse (Cuberes et Teignier, à paraître) et une répartition moins inégale des revenus (Gonzalez et al., 2015b).

Graphique 3.1.2.Égalité femmes–hommes en matière d’inclusion financière en fonction de critères macroéconomiques

Sources : Solt (2014); Banque mondiale, Global Findex 2014; base de données des Indicateurs du développement dans le monde.

Note : AfSS = Afrique subsaharienne.

On observe un lien significatif entre une inclusion financière moins inégale des femmes et des hommes et une moindre inégalité des revenus (tableau 3.1.1). L’accès plus restreint aux services financiers de différents groupes de la population a un effet de distorsion de la répartition des ressources, car il limite les investissements dans le capital humain et physique aux catégories les plus aisées (Galor et Zeira, 1993). Si nous utilisons un indice plus large d’inclusion financière formelle dans un échantillon de pays, nous constatons qu’une plus grande égalité femmes–hommes en matière d’inclusion financière est associée à une moindre inégalité de revenu. Cet effet s’ajoute aux principaux facteurs habituels d’inégalité des revenus, comme la structure de l’économie, les dépenses publiques, la profondeur des marchés financiers et le niveau de développement.

Tableau 3.1.1.Déterminants de l’inégalité de revenu
Variables(1)(2)(3)(4)(5)
Inclusion financière inégale–16,038 ***–15,874 ***–12,577 **–12,628 **–9,828 **
(5,52)(5,56)(5,02)(4,96)(4,81)
PIB par habitant–4,065 ***–5,043 ***–3,801 ***–6,923 ***–7,994 ***
(0,75)(1,18)(1,1)(2,22)(2,14)
Profondeur financière4,44915,149 ***14,029 ***14,461 ***
(4,77)(4,96)(4,95)(4,7)
Profondeur financière * pays avancés–13.615 ***–11.488 ***–7.248 **
(3,24)(3,46)(3,62)
Part de l’agriculture dans le PIB−0.359−0.529 **
(0,22)(0,22)
Dépenses publiques de consommation−0.524 ***
(0,19)
Constante89,459 ***96,596 ***80,421 ***113,097 ***129,694 ***
(7,58)(10,04)(9,75)(22,45)(22,12)
Observations7069696969
R20,420,430,550,570,62
Source : estimations des services du FMI.Erreurs-types entre parenthèses. *** p<0,01; ** p<0,05; * p<0,1.

Une égalité femmes–hommes en matière d’inclusion financière peut influer sur l’égalité des revenus par le biais du taux d’activité des femmes. Théoriquement, l’inclusion financière peut permettre aux femmes de s’émanciper sur le plan économique et donc de participer davantage au marché du travail. Ouvrir un compte dans un établissement financier permet aux femmes de mettre de l’argent en lieu sûr ailleurs que chez elles (CGAP, 2015) et l’accès au crédit peut permettre de démarrer une affaire et donc stimuler l’entrepreneuriat et le travail indépendant. Ces canaux sont particulièrement importants en Afrique subsaharienne, où les femmes sont surreprésentées dans le secteur informel et où une grande partie de la population n’est pas salariée.

De fait, d’après les résultats d’une analyse empirique multinationale, il existe une corrélation significative et positive entre inclusion financière et égalité des taux d’activité (tableau 3.1.2), qui reste valable après neutralisation de déterminants déjà identifiés du taux d’activité des femmes, tels que le stade de développement (Duflo, 2011; Tsani et al., 2012), les disparités femmes–hommes en termes d’éducation (Eckstein et Lifshitz, 2011; Steinberg et Nakane, 2012), le taux de fécondité (Mishra et Smyth, 2010), l’écart d’âge entre les sexes au premier mariage et un indice des droits des femmes (Gonzales et al., 2015a). Le résultat est particulièrement solide pour l’Afrique subsaharienne, où une baisse de 10 % de l’inégalité femmes–hommes en matière d’inclusion financière est associée à une réduction de plus de 4 points de pourcentage de l’écart entre les taux d’activité.

Tableau 3.1.2.Déterminants du taux d’activité des femmes
Variables(1)(2)(3)(4)(5)(6)(7)(8)
Inclusion financière inégale0,491 ***0,399 ***0,319 ***0,220 ***0,235 ***0,241 ***0,260 ***0,211 ***
(0,068)(0,075)(0,078)(0,077)(0,078)(0,078)(0,07)(0,075)
PIB par habitant–0,483 ***–0,67 ***–0,489 ***–0,708 ***–0,736 ***–0,678 ***–0,468 ***–0,529 ***
(0,15)(0,159)(0,157)(0,166)(0,171)(0,191)(0,177)(0,188)
PIB par habitant au carré0,03 ***0,03 ***0,02 ***0,04 ***0,04 ***0,03 ***0,02 **0,03 ***
(0,008)(0,009)(0,009)(0,009)(0,009)(0,01)(0,01)(0,01)
Inégalité en termes d’éducation0,32 ***0,170,22 **0,20 *0,21 **0,010,09
(0,1)(0,104)(0,101)(0,102)(0,103)(0,101)(0,105)
Écart d’àge au premier mariage–0,044 ***–0,022–0,031 **–0,033 **–0,042 ***–0,04 ***
(0,013)(0,014)(0,014)(0,015)(0,013)(0,014)
Égalité de droits d’accès à l’emploi0,18 ***
(0,047)
Indice des droits des femmes0,05 ***0,05 ***0,03 **0,04 **
(0,013)(0,014)(0,013)(0,014)
Taux de fécondité0,01–0,05 **–0,029 **
(0,02)(0,022)(0,023)
AfSS (variable muette)0,27 ***
0,00
AfSS * inclusion financière inégale0,22 ***
(0,071)
Constante2,56 ***3,34 ***3,00 ***3,72 ***3,66 ***3,29 ***2,77 ***2,94 ***
(0,662)(0,7)(0,692)(0,713)(0,72)(0,902)(0,816)(0,868)
Observations137,00122,00107,0099,0099,0099,0099,0099,00
R20,340,400,400,440,430,430,540,49
Source : estimations des services du FMI.Note : AfSS = Afrique subsaharienne. Erreurs-types entre parenthèses. *** p<0,01; ** p<0,05; * p<0,1.
Cet encadré a été préparé par Corinne Delechat, Monique Newiak et Fan Yang.

Encadré 3.2.Paiements et services bancaires mobiles à l’appui de l’inclusion et du développement financiers

L’Afrique subsaharienne fait figure de chef de file pour l’adoption des services de banque mobile. Dans le cas des populations essentiellement rurales, les intermédiaires bancaires traditionnels ne sont pas présents dans les zones faiblement peuplées et le coût de leurs services est souvent prohibitif pour les ménages modestes et les petites entreprises. La percée de l’argent mobile observée récemment dans de nombreux pays d’Afrique subsaharienne a été facilitée par des coûts de transaction modiques, la multiplication des innovations et la forte progression des abonnements de téléphonie mobile. En 2014, 11 % de la population d’Afrique subsaharienne détenait un compte bancaire mobile, un chiffre presque deux fois plus élevé que partout ailleurs (graphique 3.2.1).

Graphique 3.2.1.Comptes bancaires mobiles, 1999–2004

Source : Banque mondiale, base de données des Indicateurs du développement dans le monde.

La réussite des opérateurs mobiles au Kenya fournit des pistes sur les moyens de mettre les technologiques mobiles au service de l’inclusion financière (Mbiti et Weil, 2011) (FMI, 2012a). En 2007, M-Pesa a lancé sa première application de téléphonie mobile destinée à faciliter le remboursement des microcrédits. Alors qu’elle faisait ses premiers pas dans la microfinance, cette société a élaboré un cadre pour les paiements et l’épargne. Le nombre de transactions mobiles a augmenté rapidement et vite dépassé le total des transactions effectuées par Western Union et par carte de paiement. Le succès de M-Pesa a aidé au lancement de produits inédits, comme M-Shwari et M-Kesho, qui utilisent la plateforme M-Pesa1. Bien que le montant moyen des paiements mobiles effectués au Kenya demeure relativement modeste (24 dollars; graphique 3.2.2), le système permet des envois et des retraits de fonds auprès de 123.700 agents. À titre de comparaison, on ne recense dans le pays que 1.440 agences bancaires et 2.700 GAB environ. Fin 2014, la valeur des transactions monétaires mobiles était supérieure (62 % du PIB) à l’encours des dépôts dans les banques commerciales (60 % du PIB).

Graphique 3.2.2.Kenya : évolution des paiements par téléphone mobile, 2007–15

Source : Banque mondiale, Global Findex.

Au Kenya, l’offre croissante de services de paiements mobile proposée à la population pas encore bancarisée a eu des retombées positives dans des domaines connexes. Un certain nombre de facteurs ont facilité l’essor des services proposés par M-Pesa, notamment le faible coût d’utilisation des technologies et les mesures gouvernementales prises pour autoriser le fonctionnement de ce système de paiement parallèle. Le cadre juridique ménage la possibilité d’autoriser l’introduction de nouveaux produits, tout en limitant les risques liés à la sécurité des dépôts. Les innovations technologiques successives ont aussi facilité l’accès à des produits d’assurance maladie, d’épargne et de prêt auxquels les ménages modestes ne pouvaient jusqu’alors prétendre.

Il est largement possible de transposer l’expérience kényane dans le reste de l’Afrique subsaharienne. Les progrès de l’argent mobile favorisent l’inclusion financière (Mbiti et Weil, 2011), en complément des services bancaires traditionnels (graphique 3.2.3) (GSMA, 2014). Dans six des 28 pays d’Afrique subsaharienne pour lesquels des données étaient disponibles, plus de 20 % de la population adulte détenait un compte mobile. Le Kenya arrive en tête des pays de la région, avec une part de presque 60 %. Mais les transactions monétaires mobiles se multiplient aussi très rapidement en Ouganda et en Tanzanie, où elles ont plus que doublé ces trois dernières années (en termes de monnaie au sens large), avoisinant 30 % à la mi-2015. Dans plusieurs pays d’Afrique (Côte d’Ivoire, Kenya, Niger, Ouganda, Tanzanie et Zimbabwe) le nombre de comptes mobiles dépasse déjà le nombre de comptes bancaires traditionnels (Banque mondiale, 2014). Toutefois, l’accès à la banque mobile reste inégal dans le reste de la région, puisque moins de 5 % de la population en bénéficie dans plusieurs pays2.

Graphique 3.2.3.Comptes bancaires mobiles en Afrique subsaharienne, 2014

Source : GSMA Mobile Money Programme.

L’importance et la diversité des produits financiers mobiles ont considérablement augmenté. En Afrique subsaharienne, le nombre d’opérations bancaires transitant par des dispositifs mobiles a presque doublé au cours des deux dernières années (graphique 3.2.4). L’Afrique de l’Est a été à la pointe de cette tendance, mais la banque mobile se développe aussi dans d’autres régions du continent. En Afrique de l’Ouest, le niveau de départ était certes bas, mais les paiements mobiles ont été multipliés par six. Les prestataires de services et de produits financiers mobiles ont élargi leur gamme, car les comptes courants ont servi de passerelles vers d’autres services : règlement des factures des services publics et des impôts, instruments d’épargne ainsi que crédits et produits d’assurance gagnent en importance sur le marché mobile en Côte d’Ivoire, à Maurice, au Nigéria, en Ouganda et en Tanzanie. Certains produits visent une clientèle mobile spécifique : en Ouganda, par exemple, Orange Money a mis au point une application permettant aux agriculteurs d’acheter des intrants et d’encaisser le paiement de leurs récoltes. En Côte d’Ivoire, Orange, MTN, Moov et Celpaid sont à l’origine d’une application facilitant le paiement des frais de scolarité (pour 1,5 million d’élèves du secondaire). De plus en plus de clients peuvent aussi effectuer des virements de fonds internationaux.

Graphique 3.2.4.Nombre mensuel de transactions monétaires par téléphone mobile

Source : GSMA Mobile Money Programme.

Un environnement réglementaire adapté est indispensable pour soutenir la croissance des services financiers mobiles et l’inclusion financière (FMI, 2012a; Klein et Mayer, 2011). Mais il existe aussi des risques associés à l’essor des transactions financières mobiles, car elles ajoutent encore à la complexité et peuvent conduire à des abus de la part d’opérateurs non autorisés. Les autorités de contrôle doivent s’attaquer à cinq domaines clés en matière de risques : le cadre juridique, l’intégrité financière, la sauvegarde des fonds, la continuité opérationnelle et les risques de paiement (Khiaonarong, 2014). Elles devraient également surveiller de près la valeur des transactions mobiles et garantir une protection suffisante des fonds détenus par les clients.

1 M-Shwari est un produit d’épargne et de prêt adapté aux pauvres qui, en un an d’activité, a attiré 7 millions de clients. M-Kesho est un ensemble de services financiers proposés aux clients de Safaricom; cet opérateur n’impose pas de solde minimal, ne facture pas de frais mensuels, mais rémunère en revanche les comptes et propose des crédits d’urgence et des assurances.2 On a identifié un certain nombre de facteurs pouvant freiner le développement des services financiers mobiles : coûts d’utilisation des paiements électroniques, en particulier pour les opérations de faible montant, cadre de politique générale exigeant une intermédiation bancaire, absence d’interopérabilité entre les fournisseurs, etc.

Encadré 3.3.Rôles de la microfinance dans la promotion de l’inclusion financière

La microfinance connaît une croissance rapide en Afrique subsaharienne. Les institutions de microfinance (IMF) proposent généralement des prêts de faible montant et des services d’épargne aux personnes pauvres ou au seuil de la pauvreté; certaines fournissent aussi des services de microassurance et de transfert de fonds. Après avoir augmenté d’en moyenne 20 % par an depuis 2005 (nombre d’emprunteurs et de déposants), la microfinance compte aujourd’hui environ 45 millions de clients dans la région (graphiques 3.3.1 et 3.3.2)1, et c’est en Afrique de l’Est et en Afrique australe que les actifs liés à la microfinance ont le plus augmenté (graphique 3.3.3). En 2015–16, le marché régional de la microfinance devrait s’accroître de 15–20 %, devancé seulement par le marché asiatique, ce qui permettra aux 350 millions d’adultes non bancarisés de la région d’avoir accès à des financements (ResponsAbility, 2014; Demirgüç-Kunt et al., 2015).

Graphique 3.3.1.Croissance du nombre d’emprunteurs

Sources : base de données MIX; calculs des services du FMI.

Note : AfSS = Afrique subsaharienne; ALC = Amérique latine et Caraïbes.

Graphique 3.3.2.Croissance du nombre de déposants

Sources : base de données MIX; calculs des services du FMI.

Note : AfSS = Afrique subsaharienne; ALC = Amérique latine et Caraïbes.

Graphique 3.3.3.Microcrédits par rapport aux dépôts

La microfinance a eu des effets positifs sur divers indicateurs de développement2. Bien que les activités de microfinancement restent globalement très inférieures à celles des banques, elles sont plus accessibles aux pauvres qui disposent au mieux de garanties très limitées, y compris dans les zones rurales, et ont donc considérablement amélioré l’inclusion financière. La microfinance a également été bénéfique aux pauvres, y compris sur le plan de l’épargne et du crédit (Ghana, Ouganda), de l’investissement dans les microentreprises (Kenya, Malawi), des revenus et de la consommation (Kenya, Madagascar et Malawi), même si rien ne permet de conclure avec certitude qu’elle réduit durablement la pauvreté. Les IMF contribuent aussi à une meilleure égalité femmes–hommes, car les microcrédits reposent souvent sur des garanties collectives apportées par des femmes pour pallier l’absence de sûretés et d’infrastructure de marché financier. En 2014, environ 60 % des Subsahariens qui avaient contracté des emprunts auprès d’IMF étaient des femmes, un chiffre presque deux fois supérieur à la part de femmes parmi les titulaires de comptes bancaires formels. À cet égard, l’Afrique subsaharienne fait encore moins bien que l’Asie, région la plus performante, et l’on observe des disparités entre les sous-régions, la mieux classée étant l’Afrique de l’Est. Des études montrent également que les microcrédits contractés par des femmes ont plus d’effets positifs.

La mobilisation de l’épargne est passée devant les services de crédit des IMF. Durant la dernière décennie, le nombre des déposants a augmenté plus vite que celui des emprunteurs. En 2013–14, les premiers étaient quatre fois plus nombreux que les seconds et le volume total des dépôts dépassait également l’encours de prêts brut dans toutes les sous-régions (graphique 3.3.3), réduisant le besoin des IMF de se financer par l’emprunt (moins de 10 % dans la région). Par contre, dans d’autres régions, les emprunteurs sont en moyenne aussi nombreux que les déposants et le volume de prêts brut dépasse celui des dépots. En outre, les emprunts y sont bien plus importants, représentant environ un quart du passif total contre la moitié pour les dôpôts. Malgré des coûts de financement attrayants, les IMF d’Afrique subsaharienne font face à des dépenses opérationnelles plus élevées (graphique 3.3.4), dues essentiellement au manque d’infrastructures physiques et d’infrastructures de marchés financiers.

Graphique 3.3.4.Coûts financiers par rapport aux coûts opérationnels

Sources : base de données MIX; calculs des services du FMI.

Note : AfSS = Afrique subsaharienne; ALC = Amérique latine et Caraïbes; CAE = Communauté de l’Afrique de l’Est; CEMAC = Communauté économique et monétaire de l’Afrique centrale; MOAN = Moyen-Orient et Afrique du Nord; SADC = Communauté du développement de l’Afrique australe; UEMOA = Union économique et monétaire ouest-africaine.

La baisse de qualité des portefeuilles d’IMF pointe les nouveaux défis qui se profilent. Alors qu’elles prélèvent des taux d’intérêt plus élevés (graphique 3.3.5), les IMF subsahariennes ont des portefeuilles de qualité équivalente à la moyenne mondiale. Par rapport à d’autres régions, l’Afrique subsaharienne enregistre plus de pertes sur prêts; celles-ci avoisinaient 5 % sur la période 2012–14, le niveau le plus élevé de toutes les régions. Bien que la part des prêts menacés soit très sensiblement identique à la moyenne mondiale, elle ne cesse de croître (graphique 3.3.6). Malgré leur contribution importante à l’inclusion financière, les IMF suivent aussi des cycles d’expansion et de contraction de l’activité. Or, leurs clients sont pour la plupart pauvres et peu instruits, et le secteur est donc particulièrement vulnérable aux catastrophes naturelles (en Inde et au Nicaragua, par exemple) et aux systèmes de Ponzi (Bénin). Même si la petite taille des IMF limite généralement le risque budgétaire éventuel, un choc significatif peut avoir des effets préjudiciables sur la confiance, l’approfondissement financier et surtout les populations pauvres. Plusieurs épisodes critiques récents ont montré qu’il fallait donc prendre des mesures énergiques pour faire face aux risques.

Graphique 3.3.5.Taux d’intérêt nominaux des IMF

Graphique 3.3.6.Indicateurs de qualité des portefeuilles

Il est fondamental d’améliorer la culture financière et l’infrastructure de marché financier pour renforcer les IMF. Ces mesures contribuent à résoudre des problèmes d’information critiques qui gênent l’accès au financement. Elles rendent aussi la microfinance plus efficiente et permettent une transition plus harmonieuse vers les financements bancaires quand les microentreprises se développent (CGAP et MIX, 2011). Ces mesures aident en outre à prévenir le surendettement des emprunteurs qui a contribué aux crises de remboursement survenues dans certains pays d’Asie et d’Amérique latine. L’innovation technologique et la diversification des produits, en particulier, peuvent redynamiser la microfinance et renforcer son impact sur la croissance et la pauvreté. Les avantages de la banque mobile, liés à la réduction des coûts opérationnels consécutive au développement et à la pénétration rapides du réseau de téléphonie mobile, expliquent qu’elle soit devenue une activité à forte croissance pour les IMF (Côte d’Ivoire, Kenya).

Renforcer le contrôle est essentiel pour remédier aux problèmes de protection des consommateurs et de stabilité financière tout en améliorant l’inclusion financière. Certes, la méthode de «l’apprentissage par l’essai» a soutenu une croissance rapide du secteur dans de nombreux pays de la région, mais il est crucial de renforcer le contrôle en fonction des risques ainsi que son application afin de supprimer les IMF à problèmes au profit de la stabilité et de l’efficience (BRI, 2010; CGAP et MIX, 2011; Cui, Dieterich et Maino, 2016). Certains pays ont progressé sur cette voie et réglementent les IMF par activité (Kenya, République démocratique du Congo, Rwanda, Ouganda et Union économique et monétaire ouest-africaine). Cependant, pour réglementer efficacement des IMF certes de petite taille, mais souvent plus nombreuses, il faut un engagement plus ferme des autorités de contrôle et leur assurer des moyens à la mesure de le leur mission. En plus de la surveillance assurée par ces autorités, il est important de renforcer le professionnalisme du secteur de la microfinance pour atténuer les risques de mauvaise gouvernance. Enfin, au vu du nombre important d’IMF qui prennent des dépôts dans la région, il faut aussi une collaboration efficace entre les autorités chargées, respectivement, de contrôler les établissements non bancaires et les banques.

1 Les données proviennent des rapports versés par les institutions de microfinance à la base de données MIX; elles n’assurent qu’une couverture incomplète et sont donc plus utiles pour analyser la tendance que le niveau absolu.2 Pour plus de détails sur l’ensemble des résultats, voir, entre autres, Beck et Maimbo (2013), Cull, Ehrbeck et Holle (2014), Roodman (2012), van Rooyen, Stewart et De Wet (2012) et Demirgüç-Kunt et al. (2015).

Encadré 3.4.Indicateurs de l’inclusion et du développement financiers

L’indice de développement financier (Sahay et al., 2015b; Svirydzenka, 2016) combine des sous-indices relatifs aux marchés et aux établissements financiers considérés sous trois angles : profondeur, accès et efficience.

Établissements financiers

Profondeur : ratios crédit au secteur privé/PIB, actifs des fonds de pensions/PIB, actifs des fonds communs de placement/PIB, primes des assurances vie et non-vie/PIB.

Accès : nombre de succursales de banques commerciales pour 100.000 adultes et nombre de GAB pour 100.000 adultes.

Efficience : marge d’intérêt nette, écart de taux entre prêts et dépôts, revenu hors intérêts/revenu total, coûts fixes/total des actifs, rendement de l’actif et rendement des capitaux propres.

Marchés financiers

Profondeur : ratios capitalisation boursière/PIB, volume des transactions boursières/PIB, encours des titres de créance publics internationaux/PIB et encours total des titres de créance des sociétés non financières privées/PIB.

Accès : pourcentage de la capitalisation boursière en dehors des dix plus grandes sociétés, nombre total des émetteurs de titres de créance (intérieurs et extérieurs, sociétés non financières, sociétés financières).

Efficience : taux de rotation des valeurs mobilières (volume des transactions boursières/capitalisation).

Les séries et indices sous-jacents sont combinés de façon linéaire, avec des pondérations qui sont déterminées par une analyse en composantes principales. La profondeur financière est affectée d’une pondération relativement forte dans les sous-indices des établissements et des marchés financiers. Cependant, pour l’indice global, les marchés et les établissements financiers ont des pondérations égales.

Ce chapitre a été préparé par une équipe dirigée par Montfort Mlachila et composée de Larry Qiang Cui, Ahmat Jidoud, Monique Newiak, Bozena Radzewicz-Bak, Misa Takebe, Yanmin Ye et Jiayi Zhang, sous la supervision d’Anne-Marie Gulde Wolf.

Un indice de développement financier est pris comme variable dépendante. Les caractéristiques structurelles incluent le log du PIB réel par habitant et sa valeur au carré pour rendre compte des non-linéarités, la taille et la densité de la population, le taux de dépendance des personnes âgées pour rendre compte des différents comportements d’épargne selon les groupes de revenu, des variables muettes pour les exportateurs de pétrole et l’origine légale, et des variables muettes temporelles pour refléter l’environnement macroéconomique mondial. Le FMI (2015a) suit une méthode similaire avec un indice de développement financier différent. Barajas et al. (2013) se sont servis d’une régression structurée de la même manière pour établir le niveau de référence du ratio crédit au secteur privé/PIB des pays. Cette méthode de détermination de références statistiques a été appliquée à des groupes de pays particuliers dans divers cas (voir par exemple, Alter et Yontcheva, 2015; Newiak et Awad, 2015). Des résultats comparables ont été obtenus en examinant séparément les institutions financières et les marchés financiers.

Arcand, Berkes et Panizza (2012) trouvent des éléments démontrant les effets néfastes de la finance sur la croissance quand le ratio crédit au secteur privé/PIB dépasse 100 %, un seuil que les pays d’Afrique subsaharienne sont encore très loin d’atteindre.

Ainsi que l’ont identifié les auteurs de travaux sur la finance et la croissance (par exemple, Levine, 2005 et Beck, 2008), l’analyse empirique se heurte à des problèmes d’endogénéité non négligeables. Comme dans d’autres publications, notre analyse se sert d’une estimation sur données de panel par la méthode des moments généralisée, qui utilise des variables retardées comme instruments afin de réduire le problème autant que possible.

Pour obtenir le gain de croissance associé au passage d’un stade de développement financier de base au stade supérieur, toutes conditions égales par ailleurs, un nouveau taux de croissance est calculé à l’aide du nouvel indice et des coefficients du tableau 3.2, tandis que le taux de croissance de base est calculé au moyen de l’indice existant. Par conséquent, l’écart entre les deux taux de croissance peut être considéré comme un effet exceptionnel dû à l’augmentation de l’indice de développement financier. Les estimations pour chaque groupe de pays se fondent sur l’indice médian du groupe correspondant.

Dans l’UEMOA, la dette publique est passée de 18 % à 22 % du total des actifs bancaires entre 2011 et 2014.

La méthode d’estimation dite méthode des moments généralisée a été utilisée pour atténuer les problèmes liés à l’endogénéité des variables. Néanmoins, l’absence de consensus autour de la théorie des moteurs du développement financier semble indiquer une relative incertitude dans la spécification du modèle, raison pour laquelle il convient d’interpréter avec prudence les résultats de cette analyse exploratoire.

Même s’il existe de nombreuses autres variables représentatives de la stabilité macroéconomique, l’inflation est la mesure la plus couramment utilisée.

Pour Rajan et Zingales (2003), les groupes d’intérêts en place s’opposent au développement financier, car l’intensification de la concurrence ampute leurs rentes. Ces auteurs considéraient que l’ouverture commerciale et financière affaiblissait le pouvoir en place et l’opposition à la réforme financière. De leur côté, Svaleryd et Vlachos (2002) estimaient que l’intégration financière internationale pourrait accroître la liquidité et réduire le coût du capital et donc favoriser le développement financier. Baltagi, Demetriades et Law (2009) de même que Klein et Olivei (2008) ont apporté une confirmation empirique à cette théorie pour les pays avancés et en développement.

L’indice de qualité institutionnelle est issu du premier pilier de l’Indice mondial de compétitivité (Institutions) élaboré par le Forum économique mondial. D’autres indicateurs institutionnels tels que l’Indicateur national de performance des politiques et des institutions (INPI) de la Banque mondiale produisent des résultats comparables.

Le même exercice a été effectué avec les indicateurs Doing Business de la Banque mondiale et les indices institutionnels de Polity IV. Les résultats sont comparables mais moins solides qu’avec l’Indice mondial de compétitivité.

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