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2. Faire face à l’effondrement des cours des produits de base

Author(s):
International Monetary Fund. African Dept.
Published Date:
May 2016
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Leur dépendance à l’égard des exportations de ressources naturelles a rendu près de la moitié des pays d’Afrique subsaharienne vulnérables, d’une façon ou d’une autre, à la baisse actuelle des cours des produits de base. Il reste toutefois à déterminer dans quelle mesure et jusqu’à quel point ces pays seront affectés. Pour permettre d’y voir plus clair, trois séries de questions sont considérées dans ce chapitre :

  • Quelle est l’importance des produits des industries extractives (produits énergétiques et métaux) dans la région? Quels pays précisément sont affectés? Quelle importance ces produits revêtent-ils pour ces pays par rapport aux autres pays du monde qui exportent des produits de base?

  • Comment les épisodes de flambée et de chute des cours des produits de base ont-ils affecté les résultats macroéconomiques en Afrique subsaharienne, et quel enseignement peut-on en tirer pour évaluer l’impact de l’effondrement actuel des cours de ces produits?

  • Quelles mesures peuvent permettre d’atténuer les effets macroéconomiques de chocs négatifs des termes de l’échange?

Les principales conclusions sont les suivantes :

  • La moitié environ des pays d’Afrique subsaharienne sont exportateurs nets de produits de base et, contrairement à ce qui s’est passé ailleurs, les exportations de produits des industries extractives ont vu leur importance augmenter depuis les années 90, ce qui a fait de cette région l’une des parties du monde les plus fortement tributaires des produits de base, plus ou moins à égalité avec la région Moyen-Orient et Afrique du Nord. De ce fait, même si la hausse des cours des produits des industries extractives a soutenu en partie la forte croissance des quelque dix dernières années, la vulnérabilité de la région à la volatilité des cours des produits de base a aussi augmenté, une évolution dont ces pays paient maintenant le prix.

  • Les pays exportateurs de pétrole sont, de loin, les plus exposés. Le choc des termes de l’échange des produits de base, qui reflète la perte de revenu résultant des fluctuations des cours en termes de PIB, a été particulièrement marqué pour eux depuis le milieu de l’année 2014. L’indice des termes de l’échange des produits de base a chuté, en moyenne, de 20 % du PIB en quelques années après avoir assez régulièrement progressé d’environ 45 % sur la période 2000–14. Il n’est donc pas étonnant que l’effet macroéconomique constaté soit important. Les analyses donnent à penser qu’un choc négatif des termes de l’échange de cette ampleur se traduit généralement par un ralentissement de la croissance annuelle de 3 à 3½ points pendant plusieurs années. C’est effectivement l’ordre de grandeur observé dans les pays d’Afrique subsaharienne exportateurs de pétrole, dont le taux de croissance moyen devrait tomber de 5,9 % en 2014 à 2,4 % en 2015–16, d’après les projections.

  • Les pays exportateurs de métaux de la région ont dans l’ensemble été relativement moins affectés. Cela tient au fait qu’ils exportent un plus large éventail de produits de base et que ceux-ci jouent un rôle moins important dans leur économie. De plus, beaucoup de ces pays étant importateurs de pétrole, l’impact de l’effondrement des cours des produits de base a été en partie compensé pour eux par la baisse de la facture énergétique. Cela ne veut toutefois pas dire qu’ils ne seront pas affectés; au-delà de certains seuils, la baisse des prix des exportations de produits de base entraîne la fermeture de mines et des pertes d’emplois, comme cela s’est déjà produit dans quelques pays, avec un effet préjudiciable non négligeable sur l’activité économique.

  • Sur les 45 pays que compte l’Afrique subsaharienne, les 25 pays qui ne sont pas de gros exportateurs de pétrole ou de métaux ont été dans l’ensemble moins affectés par les fluctuations des cours des produits de base. En fait, beaucoup d’entre eux ont enregistré une croissance solide pendant le «supercycle» de la première décennie 2000 pour les matières premières en dépit d’une détérioration des termes de l’échange des produits de base due en partie au niveau relativement élevé de leur facture pétrolière.

  • Les politiques macroéconomiques ont un rôle crucial à jouer en renforçant la résilience des économies d’Afrique subsaharienne face à la chute des cours des produits de base, surtout dans le cas des pays très dépendants des exportations pétrolières. Les précédentes phases de baisse des cours ont montré que la flexibilité du taux de change jouait un rôle important en amortissant le choc dans les pays non membres d’une union monétaire. Une politique budgétaire contracyclique peut aussi contribuer notablement à réduire l’impact du choc, mais à condition que les pays disposent de la marge de manœuvre nécessaire pour mettre en œuvre ce type de mesure de relance.

  • Les pays exportateurs de produits de base de la région ont, de fait, laissé leurs déficits budgétaires se creuser ces dernières années en continuant de mettre en œuvre des projets d’investissement public destinés à remédier à leurs déficits d’infrastructures alors que les recettes fiscales tirées du secteur extractif diminuaient. Mais beaucoup de ces pays voient leur marge de manœuvre budgétaire s’amenuiser rapidement sous l’effet de l’accroissement de leur endettement, de l’alourdissement de leurs charges d’emprunt et de la forte diminution de leurs recettes, ce qui appelle un ajustement de leur part puisque les cours des produits de base doivent rester durablement bas.

  • Pour les pays exportateurs de produits de base qui sont membres d’une union monétaire, l’ajustement repose entièrement sur la politique budgétaire. Une meilleure mobilisation des recettes intérieures peut permettre d’améliorer sensiblement le solde budgétaire, et la rationalisation des dépenses doit aussi être un objectif prioritaire. Ces pays devront notamment s’efforcer de mieux hiérarchiser les nombreux projets d’investissement dans les infrastructures qu’ils envisageaient d’entreprendre. Pour limiter les effets négatifs sur leurs perspectives de croissance à moyen terme, ils devront privilégier les projets les plus rentables à condition que leur financement soit assuré.

  • Les pays d’Afrique subsaharienne exportateurs de produits de base devront, à moyen terme, non seulement reconstituer leur marge de manœuvre et leurs amortisseurs à mesure que les cours des matières premières se redresseront, mais aussi veiller plus activement à améliorer la qualité et l’efficience de l’investissement public, continuer de s’efforcer de mobiliser les recettes intérieures et poursuivre la diversification de leurs activités économiques pour renforcer la résilience face aux chocs des cours des produits de base, notamment en améliorant le climat des affaires.

Cycle des termes de l’échange des produits de base en Afrique subsaharienne

Le rôle joué par les produits de base a régulièrement progressé au cours des trente dernières années en Afrique subsaharienne. Contrairement à ce qui s’est passé dans d’autres régions en développement comme l’Amérique latine et l’Asie, les exportations nettes (exportations moins importations) de produits de base sont passées, pour l’ensemble de la région, de 2 % du PIB dans les années 80 à 6 % sur la période 2010–14, sous l’effet principalement de l’expansion des exportations des produits des industries extractives (pétrole et métaux) (graphique 2.1). De fait, les exportations de produits de base ont constitué près de la moitié de l’ensemble des exportations de la région entre 2010 et 2014, alors qu’elles en représentaient moins d’un quart dans les années 80. La région est ainsi devenue, plus ou moins à égalité avec le Moyen-Orient et l’Afrique du Nord, l’une des régions les plus tributaires des exportations de produits de base.

Graphique 2.1.Échantillon de régions : exportations nettes de produits de base/PIB

Sources : FMI, base de données des Perspectives de l’économie mondiale; Nations Unies, base de données COMTRADE; calculs des services du FMI.

Note : moyenne simple de tous les pays par région.

Les exportations de ressources naturelles sont fortement concentrées dans la moitié environ des pays de la région, et ce sont, de loin, les pays exportateurs de pétrole qui sont les plus tributaires des exportations.

  • Nous conformant à l’usage qui prévaut dans les études économiques, nous considérons qu’un pays est exportateur net de produits de base si ses exportations de pétrole, métaux, produits alimentaires et matières premières constituent plus du quart de ses exportations de marchandises, et ses exportations nettes de produits de base représentent plus de 5 % de ses échanges de marchandises (exportations plus importations)1. Sur cette base, 22 des 45 pays que compte l’Afrique subsaharienne sont classés comme exportateurs nets de produits de base pour la période 2010–14 (graphique 2.2).

  • Si le rôle joué par les produits de base en Afrique subsaharienne a progressivement augmenté, c’est grâce à l’accroissement des exportations des produits des industries extractives. On compte, de ce fait, aujourd’hui, 20 pays exportateurs de ces produits alors que l’on n’en dénombrait que 14 dans les années 90.

  • La dépendance à l’égard des produits de base varie aussi fortement entre les pays qui en exportent. C’est de loin dans les pays exportateurs de pétrole que les produits de base jouent le rôle le plus important avec des exportations nettes qui représentent entre 45 % et 85 % du PIB dans des pays comme l’Angola, la République du Congo, le Gabon et la Guinée équatoriale, ce qui dépasse de beaucoup la moyenne observée dans les pays exportateurs d’énergie extérieurs à la région. Même au Nigéria, dont l’économie est beaucoup plus diversifiée, les exportations nettes de produits de base contribuent à 15 % du PIB. Bien qu’encore importante, la dépendance à l’égard des produits de base est moindre dans les pays exportateurs de métaux, où les exportations nettes de produits de base représentent entre 5 et 30 % du PIB du fait non seulement que les exportations de ces produits pèsent moins dans le PIB, mais aussi que les pays en question sont importateurs de pétrole. Dans plusieurs pays, comme l’Afrique du Sud, le Burkina Faso, la Guinée, le Niger et le Zimbabwe, le niveau de dépendance à l’égard des produits de base est comparable ou inférieur à la moyenne observée pour les pays exportateurs de métaux en dehors de la région (graphique 2.3).

Graphique 2.2.Afrique subsaharienne : pays exportateurs de produits de base par décennie

Sources : FMI, base de données des Perspectives de l’économie mondiale; Nations Unies, base de données COMTRADE; calculs des services du FMI.

Note : Un pays est classé parmi les pays exportateurs de produits de base si ses exportations de produits de base constituent au moins 25 % de ses exportations totales de marchandises et si ses exportations nettes de produits de base sont égales à au moins 5 % des échanges de marchandises (exportations de marchandises plus importations de marchandises) pendant chaque décennie. Voir «Classification des produits de base» à l’annexe 2.1.

Graphique 2.3.Exportateurs d’énergie et de métaux d’Afrique subsaharienne : exportations nettes de produits de base/PIB, moyenne sur 2010–14

Sources : FMI, basededonnées des Perspectives de l’économie mondiale; Nations Unies, base de données COMTRADE; calculs des services du FMI.

Note : AfSS = Afrique subsaharienne.

Implications des fluctuations des termes de l’échange des produits de base

La moitié environ des pays de la région étant fortement, et de plus en plus, tributaires des produits de base, il est légitime de s’interroger sur l’effet des précédents cycles des cours de ces produits et de leur effondrement récent. En effet, après avoir connu pendant les dix premières années 2000 une hausse soutenue, qui a incité beaucoup de pays de la région à exploiter leurs ressources extractives, les prix de l’énergie, des métaux et, dans une moindre mesure, des produits alimentaires ont amorcé une baisse en 2011, qui s’est accélérée à partir du milieu de l’année 2014 (graphique 2.4). Les cours du pétrole brut ont chuté de quelque 70 % entre juin 2014 et février 2016, et l’indice des prix des métaux a fléchi de 35 % depuis le début de 2011.

Graphique 2.4.Cours mondiaux des produits de base, 1971–2015

Sources : FMI, système des cours des produits de base; calculs des services du FMI.

Pour comprendre les implications des fluctuations des cours des produits de base pour chaque pays et établir des comparaisons avec les autres pays émergents et en développement, nous appuyons notre analyse sur des indicateurs par pays des termes de l’échange des produits de base qui tiennent compte de la composition, en pourcentage du PIB, des paniers d’exportation et d’importation de chaque pays (encadré 2.1). Dans cette formulation, une hausse du cours d’un produit de base implique une progression de l’indice des termes de l’échange, si le pays est exportateur net du produit en question, et une baisse de l’indice, s’il en est importateur net. De plus, comme les exportations nettes sont mesurées par rapport au PIB, les variations de l’indice mettent directement en évidence les gains ou les pertes de revenu provoqués par un choc.

Étant généralement beaucoup plus tributaires des produits de base, comme on l’a vu plus haut, les pays exportateurs d’énergie d’Afrique subsaharienne ont bénéficié d’améliorations exceptionnelles des termes de l’échange pendant la phase de flambée de la première décennie 2000, et la correction à la baisse qu’ils subissent depuis 2014 est elle aussi exceptionnellement forte, comme le montre ce qui suit :

  • Ces fluctuations ont été plus prononcées que celles observées par les pays exportateurs d’énergie dans le reste du monde, ce qui souligne encore davantage la très grande sensibilité des pays exportateurs de pétrole d’Afrique subsaharienne à l’évolution des cours du pétrole (graphique 2.5).

  • La détérioration des termes de l’échange a touché tous les pays exportateurs de pétrole, mais a en général été plus marquée pour les pays dont l’activité économique est plus spécialement axée sur la production pétrolière, comme l’Angola, la République du Congo, le Gabon et la Guinée équatoriale (graphique 2.6). La détérioration cumulée des termes de l’échange des produits de base depuis 2011, et donc la baisse de revenu subie par ces pays, s’est située entre 25 et 45 points du PIB.

  • L’amélioration substantielle des termes de l’échange des produits de base observée pendant la première décennie des années 2000 est allée de pair avec de meilleurs résultats en matière de croissance pour les pays exportateurs de pétrole, les solides flux de revenus résultant de la hausse des cours du pétrole et de l’accroissement de leur production pétrolière leur ayant permis de financer des investissements et la consommation intérieure (graphique 2.7 et encadré 2.2). Cette observation n’est pas très encourageante pour ces pays puisque l’évolution des termes de l’échange s’est maintenant nettement inversée.

Graphique 2.5.Afrique subsaharienne et pays de comparaison : termes de l’échange des produits de base

(Indice, 100 = moyenne sur 1990–2000, médiane)

Source : calculs des services du FMI.

Note : voir la «Classification des produits de base» à l’annexe 2.1.

Graphique 2.6.Exportateurs de produits miniers d’Afrique subsaharienne : termes de l’échange des produits de base, 2000–15

(Chiffres cumulés depuis 2000; points de pourcentage du PIB)

Source : calculs des services du FMI.

Note : variation cumulée des termes de l’échange des produits de base entre 2000 et 1) fin 2011, lorsque les cours des produits de base ont atteint leur maximum (losange bleu), et 2) fin 2015, après la chute des cours des produits de base (point rouge). L’écart entre le losange bleu et le point rouge indique donc l’ampleur de la variation des termes de l’échange des produits concernés entre 2011 et 2015.

Graphique 2.7.Afrique subsaharienne : termes de l’échange des produits de base et croissance du PIB, 2000–11

Sources : FMI, base de données des Perspectives de l’économie mondiale; calculs des services du FMI.

Note : AfSS = Afrique subsaharienne.

Les variations des termes de l’échange ont été beaucoup moins marquées pour les pays exportateurs de métaux de la région, même par rapport aux pays exportateurs de métaux du reste du monde.

  • Cela tient à deux facteurs. Premièrement, ces pays sont souvent tributaires d’une plus large gamme de métaux (cuivre, minerai de fer, diamants, or, notamment) dont l’évolution des prix varie, et leur dépendance à l’égard des exportations de chacun d’eux est généralement moins importante par rapport à la taille de l’économie. Deuxièmement, la hausse des cours des métaux est allée de pair, pendant la première décennie 2000, avec une montée des cours du pétrole qui a alourdi la facture énergétique de ces pays et atténué l’effet net de la hausse des cours des métaux sur leurs termes de l’échange pour les produits de base. Maintenant que les prix de ces produits évoluent à la baisse, la réduction de la facture pétrolière amortit le choc.

  • Les pays exportateurs de métaux ont néanmoins, dans l’ensemble, accusé des pertes depuis 2011, mais avec de fortes variations entre eux. Parmi les pays les plus touchés, la République démocratique du Congo, la Sierra Leone et la Zambie ont vu, depuis cette année-là, leurs termes de l’échange pour les produits de base diminuer de quelque 5 à 10 points du PIB, la baisse des cours du minerai de fer et du cuivre ayant largement neutralisé l’effet bénéfique de la chute des cours du pétrole sur leur facture d’importation. L’évolution des cours des métaux et du pétrole ont aussi eu un effet net négatif sur les termes de l’échange des produits de base pour des pays comme l’Afrique du Sud, la Guinée et le Niger, mais à un moindre degré. Le Botswana et la Namibie constituent deux exceptions notables puisqu’ils ont enregistré une amélioration des termes de l’échange des produits de base entre 2011 et 2015, sous l’effet de la hausse des cours du diamant observée entre 2009 et 2014.

  • Dans le cas des pays exportateurs de métaux, la période 2000–11 s’est caractérisée par une forte croissance et de faibles modifications des termes de l’échange des produits de base du fait que la hausse du prix de leurs exportations de ces produits est allée de pair avec l’enchérissement de leurs importations de pétrole, ce qui s’est traduit pour eux par une absence apparente de corrélation entre la croissance et les termes de l’échange, comme le montre le graphique 2.7. On ne peut toutefois pas exclure la possibilité qu’une détérioration relativement faible des termes de l’échange des produits de base (ou des prix à l’exportation) ait des effets macroéconomiques importants dans ces pays. Ce serait notamment le cas si des événements ponctuels tels que la fermeture de mines se traduisaient par d’importantes suppressions d’emplois, comme cela s’est déjà produit en Afrique du Sud, en République démocratique du Congo, en Sierra Leone et en Zambie.

Sur les 25 pays restants d’Afrique subsaharienne (qui incluent les pays exportateurs de produits alimentaires et de matières premières), 20 ont eu à déplorer une détérioration cumulée des termes de l’échange des produits de base entre 2000 et 2014 du fait surtout d’un alourdissement de leur facture pétrolière. Mais, malgré l’évolution défavorable des termes de l’échange à laquelle ces pays ont été confrontés, beaucoup d’entre eux ont maintenu une croissance solide de 4 % en moyenne pendant cette période.

Fluctuations des cours des produits de base et performances macroéconomiques

De fortes fluctuations des cours des produits de base compliquent considérablement la gestion macroéconomique. La production comme les recettes budgétaires et les comptes extérieurs ont été fortement soutenus par les produits de base pendant les années de hausse des cours. Nous allons évaluer maintenant les effets macroéconomiques du choc actuel de prix des produits de base sur les pays d’Afrique subsaharienne en nous appuyant sur les constatations faites lors des précédentes fluctuations des cours de ces produits et considérer ce que cela implique pour les perspectives de croissance des pays exportateurs de produits de base de la région.

Ce que nous apprennent les études d’événements

Une première approche consiste à examiner, à l’aide d’études d’événements, les effets macroéconomiques des précédents épisodes de fluctuations des cours des produits de base observés entre 1962 et 2014 en Afrique subsaharienne et dans d’autres pays émergents et en développement. Plus précisément, l’analyse compare le comportement de variables macroéconomiques clés avant et après les pics enregistrés dans les termes de l’échange des produits de base, mais sans tenir compte de facteurs susceptibles d’avoir aussi une incidence sur la croissance de la production et d’autres variables macroéconomiques comme la situation financière mondiale, l’ampleur et la durée du choc, ou des facteurs intérieurs tels que la survenue de conflits armés ou des changements de régime politique. Les études d’événements sont, de ce fait, simplement destinées à éclairer des faits simplifiés et à détecter des points communs entre les épisodes et les régions.

Pour optimiser la similarité entre les événements étudiés et la phase actuelle de baisse des cours des produits de base, les épisodes étudiés incluent au moins deux ans d’amélioration des termes de l’échange des produits de base suivis par au moins trois années consécutives de détérioration de manière à identifier les chocs négatifs persistants2. La baisse cumulée des termes de l’échange doit, en outre, atteindre au moins 1 % du PIB pendant les trois premières années du choc3. Sur la base de ces critères, on obtient 201 épisodes pour 105 pays, dont 75 épisodes concernant l’Afrique subsaharienne (voir le graphique 2.1.2 de l’annexe 2.1).

La plupart des pays d’Afrique subsaharienne ont traversé au moins deux cycles au cours des cinquante dernières années. Le tableau 2.1 montre les 10 épisodes marqués par les plus fortes baisses des termes de l’échange de produits de base entre le pic et le creux du cycle et pendant les trois premières années sur les 37 épisodes retenus pour les pays d’Afrique subsaharienne exportateurs de produits de base. La plupart des épisodes sont survenus dans les années 80 et 90, ont duré en moyenne cinq ans, ont eu d’importants effets sur les revenus et ont affecté des pays aussi divers que la Côte d’Ivoire, la Guinée, le Nigéria et la Zambie4.

Tableau 2.1.Exportateurs de produits de base d’Afrique subsaharienne : plus fortes baisses des termes de l’échange des produits de base
1. Dix plus grandes chutes entre pic et creux sur 37 épisodes2. Dix plus grandes chutes pendant les trois premières années sur 37 épisodes
PaysÉpisodeDuréeVariation cumuléePaysÉpisodeDuréeVariation cumulée
(Nombre d’années)(Pourcentage du PIB)(Nombre d’années)(Pourcentage du PIB)
Gabon1981–866−44,6Zambie1970–723−34,8
Zambie1970–723−34,8Côte d’Ivoire1978–814−16,4
Nigéria1981–866−29,2Guinée1989–935−14,3
Côte d’Ivoire1978–814−22,0Libéria2012–143−12,1
Congo, Rép.1981–866−20,0Nigéria1991–944−9,9
Guinée1989–935−15,8Botswana2006–083−9,6
Libéria1995–017−14,1Congo, Rép.1991–955−9,0
Nigéria1991–944−13,0Guinée1971–744−8,3
Congo, Rép.1991–955−12,2Gabon1981–866−7,8
Libéria2012–143−12,1Guinée2007–093−7,6
Source : calculs des services du FMI.
Source : calculs des services du FMI.

Bien que la croissance n’ait été que légèrement affectée dans l’ensemble pendant ces épisodes de détérioration des termes de l’échange des produits de base, les pays exportateurs d’énergie ont en général connu un ralentissement de croissance beaucoup plus marqué (graphique 2.8). Plus précisément :

  • Le ralentissement moyen observé pour les 75 épisodes considérés pour l’Afrique subsaharienne a été de 1 point environ. C’est en gros le ralentissement moyen constaté pour l’ensemble de l’échantillon de pays émergents et en développement5.

  • La décélération de la croissance a cependant été beaucoup plus prononcée lorsque sont uniquement considérés les épisodes survenus dans les pays exportateurs de pétrole d’Afrique subsaharienne. Le taux de croissance est en moyenne tombé d’environ 6 %, avant le choc, aux alentours de 3 % pendant les trois années suivant une baisse des cours du pétrole. En fait, le dernier épisode suit d’assez près ce schéma puisque le taux de croissance des pays exportateurs de pétrole est passé de 5,9 % en 2014 (l’année du pic pétrolier) à 2,6 % en 2015 et qu’il devrait, d’après les projections, fléchir encore pour s’établir à 2,2 % en 2016. Cela souligne une fois de plus que les pays exportateurs de pétrole d’Afrique subsaharienne sont vulnérables aux changements d’orientation des prix.

  • Le fait que les pays exportateurs de pétrole d’Afrique subsaharienne sont plus affectés par les chocs se vérifie avec toutes les variables macroéconomiques (graphique 2.9). Les soldes extérieurs courants ont tendance à passer de gros excédents à de gros déficits, et ces fortes variations s’accompagnent généralement de baisses des réserves internationales. De plus, les petits excédents budgétaires observés avant le choc se muent en général en déficits de plus de 5 % du PIB.

Graphique 2.8.Échantillon de groupes de pays : croissance du PIB réel pendant les périodes de hausse et de baisse des cours de produits de base

(Moyennes sur trois ans)

Sources : FMI, base de données des Perspectives de l’économie mondiale; calculs des services du FMI.

Note : Les échantillons sont composés de cycles ayant culminé avant 2012. Les barres représentent les moyennes simples des variables sur la période de trois ans ayant immédiatement précédé le pic (période de hausse) et la période de trois ans ayant immédiatement suivi le pic (période de baisse).

Graphique 2.9.Exportateurs de produits énergétiques d’Afrique subsaharienne : principales variables macroéconomiques pendant les périodes de hausse et de baisse des cours des produits de base

(Moyennes sur trois ans)

Sources : FMI, base de données des Perspectives de l’économie mondiale; calculs des services du FMI.

Il est plus facile de faire face à des chocs durables avec un taux de change flexible et un faible endettement public

Les études d’événements permettent aussi de se faire une première idée de l’effet de certaines politiques sur la résilience des pays touchés par des chocs de prix des produits de base. Pour cela, nous divisons les pays d’Afrique subsaharienne en deux groupes selon la façon dont ils ont fait face aux précédents épisodes d’effondrement des termes de l’échange des produits de base : le groupe des pays «très résilients», dont la production a été affectée moins négativement que celle du pays médian, et le groupe des pays «peu résilients», dont la production a été affectée plus négativement.

  • D’une manière générale, les pays très résilients étaient plus systématiquement dotés d’un régime de change flexible6 au moment où le choc négatif de prix des produits de base a commencé à se faire sentir, ce qui a permis au taux de change d’en amortir l’effet sur l’activité réelle (graphique 2.10, panneau 1). En outre, si ces pays enregistraient dans l’ensemble une inflation plus forte que les pays à régime de change fixe, ils ont en général réussi à la maîtriser pendant les phases de baisse, lorsque celle-ci a été déclenchée par la répercussion de la dépréciation du taux de change sur les prix intérieurs (graphique 2.11).

  • Le ratio dette/PIB était aussi dans l’ensemble plus bas avant le choc dans les pays très résilients (graphique 2.10, panneau 2). Toutes choses égales par ailleurs, cela assurait à ces pays une plus large marge de manœuvre budgétaire leur permettant de recourir davantage à l’emprunt et d’atténuer l’effet du choc après sa survenue, tout en préservant la viabilité de la dette.

Graphique 2.10.Afrique subsaharienne : flexibilité du taux de change et dette publique pendant les épisodes de faible et forte résilience de la croissance de la production

Sources : FMI, base de données des Perspectives de l’économie mondiale; calculs des services du FMI.

Note : Les barres représentent les valeurs moyennes des variables de politique économique pendant les trois années qui ont immédiatement précédé le choc. La variable du taux de change est une variable muette d’une valeur de 1 pour un pays doté d’un régime de facto de change flexible pendant l’année ayant immédiatement précédé le choc. La classification des régimes de change est celle de llzetzki, Reinhart et Rogoff (2010). Un épisode est considéré à «forte résilience» lorsque l’écart de croissance de la production entre les périodes de hausse et les périodes de baisse est inférieur à la médiane de l’échantillon.

Graphique 2.11.Afrique subsaharienne : inflation pendant les périodes de hausse et de baisse des cours des produits de base, par type de régime de change

Sources : FMI, base de données des Perspectives de l’économie mondiale; calculs des services du FMI.

Note : Les barres représentent l’inflation moyenne pendant les trois années qui ont immédiatement précédé le pic (périodes de hausse) et les trois années qui ont immédiatement suivi le pic (période de baisse) pour les pays à régime de change flottant et à régime de change fixe selon la classification de Ilzetzki, Reinhart et Rogoff (2010).

La faiblesse attendue des prix de l’énergie constitue un obstacle considérable pour les pays exportateurs de pétrole d’Afrique subsaharienne

Comme on l’a indiqué plus haut, les études d’événements ne tiennent pas compte d’autres facteurs qui pourraient aussi affecter les performances économiques au moment de l’effondrement des cours des produits de base. Pour prendre en compte ces facteurs, on complète l’étude d’événements par une étude économétrique utilisant la méthode des projections locales de Jordà (2005). Celle-ci permet de mieux isoler la réaction précise des variables macroéconomiques aux chocs de prix des produits de base. On trouvera à l’annexe 2.1 une description détaillée du modèle utilisé.

Quand ces facteurs sont pris en compte, l’effet négatif des baisses des cours des produits de base sur les pays d’Afrique subsaharienne qui sont exportateurs nets de ces produits apparaît plus clairement que dans les études d’événements. Alors que, dans les autres pays de la région, ce type de choc ne semble pas avoir d’impact notable7, l’effet sur le PIB réel d’une baisse de 1 % des termes de l’échange des pays exportateurs de produits des industries extractives est sensible dès l’année du choc et finit par se solder par un recul du PIB d’environ 0,7 point au bout de quatre ans (graphique 2.12, panneaux 1 et 2). Il apparaît aussi que cet effet est plus important que pour les autres pays émergents et en développement qui exportent les mêmes produits. Pour les pays exportateurs de pétrole d’Afrique subsaharienne, qui ont, en moyenne, subi une dégradation des termes de l’échange des produits de base d’environ 20 % depuis le milieu de l’année 2014, cela se traduit par une réduction cumulée du PIB d’environ 13 % sur quatre ans, ou, autrement dit, une baisse de croissance d’environ 3½ points pendant quatre années de suite, ce qui est loin d’être négligeable. Le récent ralentissement de la croissance observé dans les pays exportateurs de pétrole d’Afrique subsaharienne est effectivement de cet ordre de grandeur puisque le taux de croissance devrait y tomber, d’après les projections, d’environ 6 % en 2014 à moins de 2½ % sur la période 2015–16.

Graphique 2.12.Afrique subsaharienne : effets des chocs affectant les termes de l’échange des produits de base

(Points de pourcentage)

Source : calculs des services du FMI.

Note : t = 1 est l’année du choc; les zones grisées dénotent des intervalles de confiance de 90 %. Les courbes rouges représentent la réaction de la variable considérée à une dégradation exogène de 1 % des termes de l’échange des produits concernés. Voir «Méthode des projections locales» à l’annexe 2.1. L’échantillon des pays exportateurs de produits énergétiques et de métaux est composé des pays suivants : Angola, Cameroun, Ghana, Mali, Niger, Nigéria, Ouganda, République démocratique du Congo et Zambie. Les autres pays d’Afrique subsaharienne sont les suivants : Guinée Bissau, Kenya, Madagascar, Maurice, Rwanda, Tanzanie et Togo.

Les effets sur la balance commerciale sont aussi immédiats et importants (graphique 2.12, panneau 3). Une détérioration de 1 % des termes de l’échange des produits de base se traduit par une dégradation de la balance commerciale d’environ 0,6 point du PIB l’année du choc. L’effet de celui-ci se dissipe toutefois en général au bout de deux ans grâce sans doute à un ajustement extérieur rapide permis par la dépréciation du taux de change et la compression des importations8.

L’effet sur les recettes budgétaires apparaît, en revanche, beaucoup plus durable (graphique 2.12, panneau 5). D’après les estimations, une baisse de 1 % des termes de l’échange des produits de base les ferait fléchir de 0,2 point de PIB l’année suivant le choc et jusqu’à 0,4 point de PIB cinq ans plus tard. Cet effet n’est pas constaté dans d’autres pays d’Afrique subsaharienne, ce qui souligne la forte dépendance des pays exportateurs d’énergie et de métaux à l’égard des secteurs extractifs pour leurs recettes budgétaires9.

Il ressort de ces résultats que des chocs persistants des termes de l’échange des produits de base peuvent avoir des effets importants et prolongés sur la croissance. Ils ont aussi des conséquences pour la stabilité macroéconomique puisque tant les recettes budgétaires que les balances commerciales des pays exportateurs de produits des industries extractives sont très fortement touchées. Globalement, ces observations suggèrent que les politiques macroéconomiques doivent avant tout viser à éliminer les déséquilibres macroéconomiques plutôt qu’à limiter les pertes de production.

Mesures permettant de mieux résister aux chocs

La résilience de la production dépend des mesures prises face aux chocs

Si les études d’événements montrent que la flexibilité du taux de change et un faible endettement atténuent les effets de l’effondrement des cours des produits de base, il n’en reste pas moins nécessaire d’adopter une approche plus globale pour déterminer comment les pays peuvent le mieux se préparer à des chocs de ce type et le mieux réagir quand ils sont frappés par eux, comme c’est le cas actuellement pour de nombreux pays exportateurs de produits de base de la région, notamment ceux qui exportent du pétrole10. C’est l’analyse qui est entreprise ici à partir d’une régression liant les performances relatives en matière de croissance suite à un choc des termes de l’échange (différence de croissance du PIB réel entre les trois années précédant et suivant le choc) à la marge de manœuvre dont disposent les pays et aux mesures prises par leurs dirigeants.

La marge de manœuvre dont disposent les gouvernants et les conditions de leur action incluent les amortisseurs budgétaires et extérieurs existant au moment du choc (utilisés pour mettre en œuvre des politiques contracycliques afin d’atténuer l’effet du choc), les politiques de change (la flexibilité du taux de change pouvant aussi amortir le choc) et la portée des mesures budgétaires et monétaires appliquées après le choc. En tentant d’établir le rôle joué par ces facteurs, les estimations économétriques prennent aussi en compte : 1) l’ampleur du choc de prix des produits de base, surtout lorsque les chocs sont induits par une baisse des prix à l’exportation (pour faire la part des effets asymétriques de l’évolution des prix à l’exportation et à l’importation), et 2) le contexte économique mondial (c’est-à-dire la vigueur de la croissance des partenaires commerciaux et les taux d’intérêt mondiaux). L’analyse de régression s’appuie sur les épisodes retenus plus haut pour l’échantillon de pays émergents et de pays en développement ainsi que sur des études empiriques existantes (Adler et Sosa, 2011; Céspedes et Velasco, 2012; voir l’annexe 2.1 pour plus de détails).

Le tableau 2.2 expose les principaux résultats obtenus. La variable expliquée étant l’écart de croissance entre la période qui a précédé le choc et celle qui l’a suivi, l’obtention d’un coefficient positif pour une variable explicative indique que la variable atténue l’effet négatif du choc des produits de base sur la croissance économique. Les principaux résultats obtenus sont les suivants :

Tableau 2.2.Impact sur la croissance du PIB réel de l’évolution défavorable des cours des produits de base : résultats des régressions
Variable dépendante : écart de croissance (moyenne) du PIB réel entre les trois années suivant immédiatement le choc et les trois années précédant immédiatement le choc(1)(2)
Ampleur et type de choc
Ampleur du choc sur les termes de l’échange : trois ans (durée cumulée)−0,270***−0,228***
(0,073)(0,070)
Chocs causés par la baisse des prix d’exportation (variable muette)−2,994**−4,096***
(1,269)(1,191)
Conditions de départ
Réserves internationales supérieures à la médiane au point t0 (% du PIB)0,335***0,367***
(0,121)(0,138)
Dette extérieure élevée avant le choc (au moins 40 % du PIB)1,1500,381
(1,289)(1,442)
Régime de change flexible (de facto) au point t03,215**
(1,253)
Réaction des pouvoirs publics
Croissance de la consommation publique réelle pendant le choc (moyenne)0,356***0,279**
(0,133)(0,135)
Croissance de la consommation publique réelle x dette extérieure élevée au point t0−0,283*−0,245
(0,164)(0,183)
Croissance de la masse monétaire M2 pendant le choc0,057*0,006
(0,033)(0,030)
Dépréciation du taux de change nominal0,138***
(0,042)
Effondrement du taux de change : dépréciation d’au moins 45 %−0,097***−0,161***
(0,035)(0,040)
Observations (chocs sur les termes de l’échange)119119
Pays7676
R20,500,51
Source : calculs des services du FMI.Note : La méthode utilisée pour identifier les événements est décrite à l’annexe 2.1. Toutes les régressions incluent des effets fixes par pays et neutralisent l’évolution de la croissance économique chez les partenaires commerciaux d’un pays (prise comme variable de substitution pour les conditions économiques mondiales).Erreurs standards robustes entre parenthèses; niveaux de signification : ***p<0,01, **p<0,05, *p<0,10.
Source : calculs des services du FMI.Note : La méthode utilisée pour identifier les événements est décrite à l’annexe 2.1. Toutes les régressions incluent des effets fixes par pays et neutralisent l’évolution de la croissance économique chez les partenaires commerciaux d’un pays (prise comme variable de substitution pour les conditions économiques mondiales).Erreurs standards robustes entre parenthèses; niveaux de signification : ***p<0,01, **p<0,05, *p<0,10.

L’ampleur du choc des termes de l’échange importe, et son impact est plus fort en cas d’effondrement des prix à l’exportation. Dans l’ensemble, une baisse de 1 % des termes de l’échange des produits de base s’accompagne d’une perte de croissance d’un quart de point environ pendant chacune des trois années suivant le choc11. Cette estimation saisit les effets directs des chocs des produits de base sur les secteurs liés à ces produits ainsi que leurs effets indirects sur les autres secteurs dans le cas, par exemple, d’une baisse des cours du pétrole. Bien que les chocs des termes de l’échange des produits de base touchent à la fois les exportateurs et les importateurs de ces produits (comme le choc de prix des produits alimentaires et des combustibles de 2007–09), les chocs induits par des baisses des prix à l’exportation pour les exportateurs de produits de base ont un plus fort effet négatif sur la croissance du fait de leur impact asymétrique sur la production intérieure et l’activité du secteur privé; en effet, l’investissement étant affecté, des mines ou des gisements de pétrole peuvent être fermés en cas de très fortes baisses des cours, ce qui se traduit par des pertes d’emplois.

Les amortisseurs extérieurs permettent d’atténuer l’impact des chocs. Il a été constaté que l’existence, avant un choc, de réserves supérieures d’un point du PIB au niveau moyen des réserves permet d’en réduire l’impact sur la croissance d’un tiers de point. Le recours à ces réserves peut atténuer, temporairement, la force des pressions que le choc fait peser sur la position extérieure et le taux de change. D’autres indicateurs de la marge de manœuvre gouvernementale, comme un faible endettement extérieur et une faible inflation initiale, n’ont pas semblé atténuer systématiquement l’impact des chocs12.

Le taux de change se révèle être un puissant amortisseur des chocs à condition qu’il soit utilisé avant que les déséquilibres macroéconomiques provoqués par ceux-ci se soient installés.

  • L’existence préalable d’une plus grande flexibilité du taux de change permet de modérer les pertes de croissance accusées après un choc. Les pays dotés de facto d’un régime de change flexible subissent, dans l’ensemble, des pertes de croissance nettement moindres que les autres, toutes choses égales par ailleurs (modèle 1 dans le tableau 2.2).

  • La dépréciation du taux de change nominal pendant les deux années suivant un choc a aussi un fort effet modérateur sur la perte de croissance—une dépréciation de 10 % est associée à une croissance inférieure de plus de 1¼ de point pendant la période du choc (modèle 2 dans le tableau 2.2), ce qui concorde avec les observations d’Edwards et Levy-Yeyati (2005), Céspedes et Velasco (2012) et Adler et Sosa (2011)13.

  • Cependant, de très fortes dépréciations (supérieures à 45 %) du taux de change survenant après les crises des produits de base ont un impact négatif sur la croissance. Dans les trois quarts des épisodes concernés, les importantes dépréciations de plus de 45 % observées dans les deux ans suivant un choc ont tenu à l’impossibilité de maintenir des régimes de change fixe (d’après le classement établi par Ilzetzki, Reinhart et Rogoff, 2010). Dans ces conditions, l’effet négatif sur la croissance de l’effondrement du taux de change est estimé à 4 points en raison de la montée de l’inflation et de la forte contraction des importations qu’il provoque. On peut en déduire que l’instrument du taux de change doit être utilisé assez tôt pour modérer les conséquences macroéconomiques du choc des termes de l’échange, car il ne peut pas jouer son rôle d’amortisseur une fois que l’économie est en proie à de profonds déséquilibres.

  • Cela veut dire non pas que la fixité du taux de change ne peut avoir d’effet bénéfique pour les pays d’Afrique subsaharienne, mais que les autres mesures macroéconomiques doivent être compatibles avec le maintien de la parité fixe pendant toute la durée du cycle des cours des produits de base. En conséquence, pour que les pays exportateurs de produits de base qui font partie d’une union monétaire—comme c’est le cas de la plupart des pays membres de la Communauté économique et monétaire de l’Afrique centrale (CEMAC)—tirent le maximum d’avantages du cadre d’action stable et crédible qu’assure l’ancrage monétaire, ils doivent accorder une attention particulière aux autres politiques macroéconomiques, notamment à la politique budgétaire, dans les ajustements auxquels ils procèdent face aux chocs des termes de l’échange des produits de base.

Le soutien des politiques budgétaires et monétaires peut être utile, mais seulement si une marge de manœuvre suffisante a été ménagée. Un accroissement des dépenses publiques courantes en termes réels pendant les années qui suivent immédiatement un choc est clairement associé à de moindres pertes de production, mais uniquement quand le ratio dette extérieure/PIB est inférieur à 40 %14. En cas de fort endettement, une relance par voie budgétaire ne permet guère en général d’atténuer les pertes de croissance pendant la durée du choc du fait sans doute que davantage de ressources doivent être consacrées au remboursement de la dette plus importante et que l’investissement privé risque d’être freiné par la crainte d’un alourdissement à venir de la fiscalité (voir aussi Pattillo, Poirson et Ricci (2002), qui fixent un seuil du même ordre). Il apparaît également qu’un assouplissement de la politique monétaire, représenté par un accroissement de la masse monétaire, atténue les pertes de production, mais, les périodes postérieures aux chocs étant souvent associées à des sorties de capitaux et des pressions poussant à la dépréciation, les banques centrales risquent de ne pas disposer de la marge de manœuvre nécessaire pour se lancer dans un assouplissement de la politique monétaire face aux chocs, ce qui fait que ce résultat empirique doit être interprété avec précaution.

Implications pour les pays exportateurs de produits de base d’Afrique subsaharienne

Quelles sont les implications pour l’action gouvernementale dans les pays d’Afrique subsaharienne exportateurs nets de produits de base qui ont été affectés à des degrés divers par la fin du supercycle des produits de base? Plus précisément, le choc persistant, quelle est la meilleure ligne d’action à adopter? Comme toujours, les conseils prodigués doivent être adaptés à chaque pays et chaque contexte, mais, à la lumière de l’analyse qui précède, un certain nombre de principes généraux se font jour, notamment :

  • Pour les pays qui ne font pas partie d’une union monétaire, la flexibilité du taux de change soutenue par les politiques monétaires et budgétaires devrait être la première ligne de défense pour limiter les pertes de production, mais l’effet de la dépréciation du taux de change sur les bilans des banques et du secteur public devrait être aussi surveillé de près (comme cela est exposé au chapitre 1). L’introduction de la flexibilité ne devrait en outre pas être différée trop longtemps, surtout si le choc risque d’être durable, du fait que la montée des pressions pesant sur la balance des paiements doit être compensée par la vente des maigres réserves en devises ou des restrictions de change qui nuisent à l’activité. Les réserves sont limitées, et une marge de sécurité doit être préservée pour pouvoir faire face à d’autres chocs. Les restrictions aux opérations extérieures courantes ne sont pas idéales parce qu’elles affectent l’activité économique, sont génératrices de distorsions et pourraient conduire à un ajustement désordonné du secteur extérieur. À cet égard, l’apparition de primes de change importantes sur les marchés parallèles dans des pays comme l’Angola et le Nigéria suggère l’existence de profonds déséquilibres sur les marchés des changes et la nécessité d’adopter sans tarder des politiques macroéconomiques viables.

  • Les réserves de change ont permis d’amortir les effets du choc, mais le rôle qu’elles peuvent jouer s’amenuise. Les réserves internationales étaient déjà plus faibles que celles des pays exportateurs de produits de base dans d’autres pays émergents et en développement, sous l’effet en partie des efforts d’investissement dans les infrastructures entrepris par ces pays pour répondre à leurs besoins de développement à plus long terme. Les pays exportateurs de pétrole d’Afrique subsaharienne ont toutefois abordé la période de baisse des cours du pétrole avec des réserves relativement plus importantes que d’autres pays de la région et plus étoffées qu’au début des chocs précédents. Cela leur a permis d’amortir le choc de l’effondrement des cours du pétrole, mais ils doivent veiller à ne pas trop puiser dans ces réserves du fait notamment que le choc pétrolier devrait être durable (graphique 2.13).

  • Bien qu’en principe un soutien puisse être apporté par la politique budgétaire, un ajustement budgétaire s’impose de plus en plus dans les pays exportateurs de produits de base de la région étant donné la persistance attendue des chocs de prix. Les pays exportateurs de pétrole en particulier ont laissé leur déficit se creuser alors que leurs recettes budgétaires diminuaient, et celui-ci devrait atteindre, d’après les projections, 5,5 % du PIB en 2016, contre environ 3 % en 2014. Mais la dette publique augmentant de même que les charges d’emprunt, la marge de manœuvre budgétaire disparaît rapidement, comme il est longuement exposé au chapitre 1. C’est surtout le cas pour les pays qui ont abordé cette période de baisse des cours des produits de base avec des situations budgétaires déjà précaires, comme le Ghana et la Zambie. D’une manière plus générale, la baisse des cours des produits de base devant être durable, l’attention doit se focaliser à court terme sur l’ajustement budgétaire pour préserver la stabilité macroéconomique dans un nombre croissant de ces pays. Cela deviendra de plus en plus important à mesure que leur dette extérieure dépassera le seuil au-delà duquel la relance par voie budgétaire ne semble plus renforcer la résilience de la production (graphique 2.14).

  • Dans le cas des pays qui font partie d’une union monétaire, comme la CEMAC, dont cinq des six membres sont des pays exportateurs de pétrole, la politique budgétaire constitue le principal moyen d’action pour réaliser l’ajustement nécessaire. Ils devraient eux aussi fermement centrer leurs efforts sur l’ajustement budgétaire puisqu’ils ont déjà puisé dans leurs amortisseurs :

    • Une meilleure mobilisation des recettes intérieures, surtout là où les recettes des activités non pétrolières sont particulièrement faibles, offre une nette possibilité de combler le déficit de financement créé par la baisse des recettes budgétaires tirées du pétrole (voir, par exemple, le chapitre 1 de l’édition d’octobre 2015 des Perspectives économiques régionales : Afrique subsaharienne).

    • D’importantes économies doivent être réalisées en rationalisant les dépenses publiques, notamment en réformant les subventions universelles et en améliorant la sélection et l’exécution des projets d’investissement public.

  • Le taux d’inflation était tombé à moins de 10 % dans la plupart des pays exportateurs de produits de base d’Afrique subsaharienne, avec un niveau moyen d’environ 6 % sur la période 2010–14 (graphique 2.15). Il a toutefois eu tendance à augmenter en 2015, car la dépréciation des taux de change, associée à la baisse des cours des produits de base et à la montée de l’aversion pour le risque au niveau mondial s’est répercutée sur l’inflation, bien que les hausses des prix alimentaires liées aux conditions météorologiques aient peut-être aussi joué un rôle. Les politiques monétaires et budgétaires devraient viser à éviter de contribuer à une inflation plus généralisée, notamment pour atteindre le niveau de dépréciation réelle nécessaire pour limiter les pertes de production résultant des chocs des termes de l’échange en cours.

Graphique 2.13.Afrique subsaharienne et autres pays : réserves internationales totales

Source : FMI, International Financial Statistics.

Graphique 2.14.Afrique subsaharienne et autres pays : dette extérieure

Source : FMI, base de données des Perspectives de l’économie mondiale.

Graphique 2.15.Afrique subsaharienne et autres pays : inflation

Source : FMI, International Financial Statistics.

En dehors des mesures à court terme, l’action des pouvoirs publics devrait être à nouveau nettement axée sur la diversification économique. Même s’ils ont été quelque peu ralentis par les contraintes de financement, les efforts entrepris pour améliorer les infrastructures et les compétences en matière d’éducation doivent être poursuivis pour soutenir l’émergence de nouvelles sources de croissance et créer ainsi une protection naturelle contre la dépendance à l’égard des ressources naturelles. Une intensification des efforts visant à améliorer le climat des affaires, l’efficience des dépenses publiques et la mobilisation des recettes intérieures permettra aussi de libérer le potentiel du secteur privé en dehors des activités extractives.

Conclusions

La dépendance de nombreux pays d’Afrique subsaharienne à l’égard des exportations des produits des industries extractives a augmenté pendant les dernières décennies, la moitié environ des pays de la région étant aujourd’hui considérés comme des exportateurs nets de produits de base. Tant que la hausse des cours de ces produits amorcée au début du nouveau millénaire s’est poursuivie, elle a constitué une aubaine pour ces pays sous forme d’un accroissement de leurs recettes en devises, de leurs recettes budgétaires et des entrées d’investissement direct étranger qui a soutenu la très forte dynamique de croissance observée alors. Cependant, la baisse généralisée des cours des produits de base, commencée avec les cours des métaux en 2011 et se poursuivant avec celle des cours du pétrole depuis le milieu de l’année 2014, a provoqué d’importantes détériorations des termes de l’échange pour beaucoup de ces pays exportateurs de produits de base. Ce sont ceux qui exportent du pétrole qui ont été de loin les plus touchés.

L’analyse présentée ici montre que les baisses persistantes des cours des produits des industries extractives ont un fort impact macroéconomique, et ce, surtout, pour les pays exportateurs de pétrole. Cela devrait encore être le cas cette fois-ci de sorte que les perspectives d’avenir des pays exportateurs de pétrole d’Afrique subsaharienne sont particulièrement assombries. Bien qu’à un moindre degré, la croissance des pays exportateurs de métaux sera elle aussi probablement affectée, surtout là où la baisse des cours provoque également un recul de la production des industries extractives sous l’effet de la fermeture de mines et des pertes d’emplois qui en résultent.

L’action publique a toutefois un rôle important à jouer pour aider ces pays à faire face à l’effondrement des cours des produits de base étant donné que le choc devrait être durable. Pour les pays qui ne font pas partie d’une union monétaire, la flexibilité du taux de change complétée par des mesures d’accompagnement devrait être la première ligne de défense. Face à un important choc durable des termes de l’échange des produits de base impliquant une réduction prolongée des recettes budgétaires tirées du secteur extractif, les pays n’ont pas d’autre choix que d’entreprendre un ajustement budgétaire pour remédier aux déséquilibres macroéconomiques. Les amortisseurs budgétaires et extérieurs existants peuvent être utilisés, et le sont actuellement, pour modérer le rythme de l’ajustement, mais, à mesure qu’ils diminueront, les déficits budgétaires pourront devenir insoutenables et les pressions s’exerçant sur les balances des paiements imposer des ajustements désordonnés. Les efforts d’ajustement budgétaire devraient viser à mobiliser des recettes publiques en dehors des secteurs extractifs et à rationaliser les dépenses récurrentes pour préserver les investissements productifs favorables à la croissance.

Il faudrait non seulement reconstituer progressivement les marges de manœuvre et continuer de s’efforcer de consolider les actions publiques menées quand les prix des produits de base se redresseront, mais aussi concentrer les efforts sur les réformes structurelles destinées à diversifier les activités économiques. Cela impose de mieux mobiliser les recettes intérieures, d’améliorer la qualité de l’investissement public et de rendre le climat des affaires plus porteur pour favoriser le développement du secteur privé et diversifier les exportations au-delà des produits de base.

Encadré 2.1.Termes de l’échange des produits de base

L’indice des termes de l’échange des produits de base pondère les variations des cours mondiaux de chaque produit de base en fonction de la part dans le PIB des exportations nettes de ce produit dans chaque pays. L’indice est calculé pour chaque pays en suivant l’approche adoptée dans Gruss (2014), l’édition d’octobre 2015 des Perspectives de l’économie mondiale et Spatafora et Tytell (2009); voir l’annexe 2.1. L’indice est construit de manière à remédier à certains défauts d’autres indices des termes de l’échange fréquemment utilisés. Il a, par exemple, été constaté que les indicateurs globaux couramment employés ne rendaient pas bien compte du comportement des cours des produits de base (Deaton et Laroque, 1992; Cashin, Céspedes et Sahay, 2004). En même temps, analyser les variations des prix d’un produit de base ou deux ne permettrait pas d’examiner globalement l’impact de chocs affectant un pays qui est exportateur net de plus d’un produit de base. L’indice utilisé ici présente, entre autres, les avantages suivants :

  • La variation de l’indice montre l’ampleur du choc sur les revenus des effets de prix en termes de PIB.

  • Les effets des variations des cours des produits de base dépendent du volume des exportations nettes de produits de base de chaque pays. C’est important quand les pays sont importateurs nets d’un produit de base comme le pétrole et exportateurs nets d’autres produits de base comme des métaux, des produits alimentaires ou des matières premières. C’est le cas de 11 des 12 pays de la région qui exportent des ressources extractives autres que le pétrole et qui importent du pétrole.

  • Les pondérations utilisées pour calculer l’indicateur des termes de l’échange sont actualisées chaque année, à l’aide des données COMTRADE et du FMI, sur la base de la structure des échanges observée au cours des trois années précédentes. Cela est important pour saisir l’évolution du rôle joué par les produits de base dans les exportations d’un pays. Par exemple, les exportations d’énergie, qui représentaient 2 % des exportations de l’Angola pendant les années 90, constituent maintenant plus de 95 % de l’ensemble de ses exportations. Les variations des cours de l’énergie ont, de ce fait, un effet beaucoup plus important aujourd’hui que dans le passé.

  • L’indice inclut un plus large éventail de métaux (y compris des pierres précieuses), comme l’or, le platine et les diamants, que les études précédentes. C’est aussi important pour saisir les particularités de l’évolution des termes de l’échange de produits de base dans plusieurs pays d’Afrique subsaharienne qui exportent ces produits tels que l’Afrique du Sud, le Botswana, le Burkina Faso, le Mali et la Namibie.

Encadré 2.2.Les fortes chutes des cours des produits de base freinent l’activité économique : le cas du Nigéria et de la République du Congo

Le Nigéria et la République du Congo, qui occupent, respectivement, la première et la quatrième place parmi les pays exportateurs de pétrole d’Afrique subsaharienne, ont subi une très forte instabilité des termes de l’échange. Le présent encadré examine l’effet des cycles des cours du pétrole sur les deux économies sur la période 1980–2015. La gestion macroéconomique de ces deux pays est rendue difficile par leur forte dépendance à l’égard des recettes pétrolières qui sont instables. Dans les deux cas, les recettes tirées du pétrole et du gaz ont représenté plus de 70 % de l’ensemble des recettes publiques sur la période 2011–13. Les graphiques 2.2.1 et 2.2.2 montrent comment l’évolution des termes de l’échange des produits de base suit de près, pour ces deux pays, l’évolution des cours mondiaux du pétrole, et ils attirent l’attention sur deux précédents épisodes de baisse prolongée1.

Graphique 2.2.1.Nigéria : indices des termes de l’échange des produits de base et des cours du pétrole

Sources : FMI, base de données des Perspectives de l’économie mondiale; calculs des services du FMI.

Graphique 2.2.2.République du Congo : indices des termes de l’échange des produits de base et des cours du pétrole

Sources : FMI, base de données des Perspectives de l’économie mondiale; calculs des services du FMI.

Les fluctuations des cours du pétrole avant les années 2000 ont eu de graves effets macroéconomiques pour le Nigéria. La croissance du PIB s’est nettement ralentie pendant les phases de baisse des termes de l’échange (graphique 2.2.3), une contraction économique de jusqu’à 10 % étant observée pendant la forte chute des cours du pétrole survenue entre le début et le milieu des années 80. L’inflation a été forte et instable en raison de la dépréciation substantielle de la monnaie (graphique 2.2.4). Le naira s’est déprécié chaque année de 28 % en moyenne pendant la baisse prolongée des cours du pétrole observée entre 1980 et 1987. La croissance et l’inflation se sont toutefois stabilisées considérablement à partir du début des années 2000, sous l’effet en partie de l’amélioration du cadre de l’action gouvernementale et d’un environnement extérieur plus porteur.

Graphique 2.2.3.Croissance du PIB réel

Source : FMI, base de données des Perspectives de l’économie mondiale.

Graphique 2.2.4.Inflation

Source : FMI, base de données des Perspectives de l’économie mondiale.

En revanche, la République du Congo a continué d’enregistrer une croissance plus instable du PIB. Les baisses des cours du pétrole (de 1990 et 2008, par exemple) y ont eu un impact négatif sur la croissance plus marqué qu’au Nigéria. La guerre civile a en outre contribué à une instabilité de la croissance pendant les années 90 qui a perduré même après le retour au calme au début des années 2000. Au niveau des prix, toutefois, la République du Congo a dans l’ensemble connu une inflation plus faible et moins instable que le Nigéria en raison notamment de son régime de change (elle est membre de l’union monétaire de la Communauté économique et monétaire de l’Afrique centrale—CEMAC), même immédiatement après la dévaluation du franc CFA de 1994 (graphique 2.2.4).

Entre 2004 et 2008, les autorités nigérianes ont essayé d’améliorer la gestion des recettes pétrolières et gazières. En 2004, elles ont établi une règle budgétaire axée sur le cours du pétrole parallèlement à la création du fonds de stabilisation ECA (Excess Crude Account), destiné à dissocier les dépenses des recettes pétrolières. La banque centrale a, en même temps, fait preuve de flexibilité dans sa gestion du taux de change et accumulé d’importantes réserves internationales (graphique 2.2.5). Toutes ces mesures ont contribué à atténuer l’impact des chocs sur les recettes pétrolières en 2008. En outre, des rachats de dettes financés en partie par l’ECA et un allégement de la dette ont notablement réduit l’endettement extérieur du pays (graphique 2.2.6). La stabilité macroéconomique a été rétablie entre 2003 et 2008, et la procyclicalité des dépenses par rapport à l’évolution des cours du pétrole a été réduite (graphique 2.2.7). D’importants excédents budgétaires ont été générés, ce qui a permis d’accumuler des avoirs non négligeables dans le fonds ECA. La politique budgétaire contracyclique a été complétée par une politique monétaire nettement anti-inflationniste qui a ramené l’inflation sous la barre des 10 %.

Graphique 2.2.5.Réserves internationales

Source : FMI, International Financial Statistics.

Graphique 2.2.6.Dette publique totale

Source : FMI, base de données des Perspectives de l’économie mondiale.

Graphique 2.2.7.Nigéria : volatilité des recettes et des dépenses avant et après la création du fonds de stabilisation

Sources : FMI, base de données des Perspectives de l’économie mondiale; calculs des services du FMI.

Une politique budgétaire procyclique a toutefois été rétablie après la crise financière mondiale : un accroissement substantiel des dépenses publiques a accompagné la forte hausse des cours du pétrole observée entre 2010 et 2014. Cela, conjugué à de fortes ponctions sur l’épargne accumulée dans le fonds ECA—qui est tombée de 11 à 3,1 milliards de dollars entre 2012 et 2014—, a laissé le Nigéria avec de très faibles amortisseurs budgétaires pour atténuer les effets de la baisse récente des cours du pétrole. Dans ce contexte, la banque centrale a imposé des restrictions à l’accès aux devises étrangères pour essayer de préserver les réserves internationales et contenir les pressions sur la monnaie. Il en est résulté d’importantes distorsions économiques, un écart non négligeable entre le taux de change interbancaire officiel et les taux pratiqués sur les autres marchés des changes et des effets négatifs sur l’activité économique.

De son côté, la République du Congo, doit se doter d’un cadre budgétaire solide pour faire face aux chocs pétroliers. Les dépenses publiques ont été très procycliques sur l’ensemble de la période 1990–2014. Elles ont doublé en termes absolus ces dernières années pour atteindre 50 % du PIB en 2014 (graphique 2.2.8). Les efforts entrepris dans le passé, et plus récemment en 2013, pour introduire une règle budgétaire n’ont rien donné. L’effondrement actuel des cours du pétrole pourrait fournir l’impulsion nécessaire à l’adoption de règles budgétaires efficaces pour étaler dans le temps le profil d’évolution des dépenses pendant les périodes d’envolée et de chute des cours du pétrole.

Graphique 2.2.8.République du Congo : recettes et dépenses publiques

Sources : FMI, base de données des Perspectives de l’économie mondiale; calculs des services du FMI.

Comme au Nigéria, la chute brutale des cours du pétrole observée depuis le milieu de 2014 s’est traduite, en République du Congo, par une nette contraction des amortisseurs budgétaires et extérieurs et un ralentissement de la croissance économique. Une fois la paix rétablie au début des années 2000, la reconstitution de réserves et d’amortisseurs budgétaires a été une nette préoccupation des autorités nationales. Elles ont été soutenues à cet égard par une série de programmes appuyés par le FMI qui ont culminé dans l’allégement de dette accordé en 2010 au titre de l’initiative en faveur des pays pauvres très endettés. De ce fait, à la fin du premier semestre de 2014, la République du Congo disposait des réserves les plus importantes au sein de la CEMAC outre les dépôts publics effectués à l’étranger et la constitution d’une épargne budgétaire à la banque centrale. Suite à l’effondrement actuel des cours du pétrole, les réserves et dépôts publics ont fortement diminué en 2015 du fait que l’accroissement des dépenses d’investissement public a été poursuivi alors que les recettes pétrolières diminuaient. Les réserves internationales sont tombées à environ 5,5 mois d’importations en 2015, niveau le plus bas enregistré depuis 2007. La dette publique a, en même temps, sensiblement augmenté et atteint 64 % du PIB en 2015, soit près de trois fois le niveau enregistré immédiatement après l’allégement de dette consenti en 2010, ce qui limite l’espace budgétaire disponible pour mettre en œuvre des mesures contracycliques.

1Pour la République du Congo, notre analyse couvre la période commençant en 1990, principalement pour des raisons tenant à la disponibilité et la qualité des données avant cette date.
Annexe 2.1. Termes de l’échange des produits de base : construction des variables et méthodes utilisées

Cette annexe apporte des précisions sur la classification des pays exportateurs de produits de base, la construction de l’indice des termes de l’échange des produits de base, la méthode employée pour dater les épisodes de chocs de prix des produits de base ainsi que les autres méthodes économétriques et données utilisées dans le présent chapitre.

Classification des produits de base

Un pays est classé dans la catégorie des exportateurs de produits de base pendant une décennie donnée s’il remplit les deux conditions suivantes (décennies : 1962–79, 1980–89, 1990–99, 2000–09 et 2010–14) :

  • 1. Les produits de base ont constitué, en moyenne, au moins 25 % de ses exportations totales de marchandises pendant une décennie donnée.

  • 2. Les exportations nettes de produits de base ont constitué, en moyenne, au moins 5 % de ses échanges bruts (exportations plus importations) de marchandises.

Indice des termes de l’échange des produits de base

Suivant l’approche utilisée dans Gruss (2014), l’évolution de l’indice des termes de l’échange des produits de base correspond, pour chaque pays, à la somme pondérée des variations annuelles des cours mondiaux de ces produits, pondérée par la part dans le PIB de ses exportations nettes de chacun d’eux. La variation des termes de l’échange des produits de base pour un pays i l’année t est donnée par la formule :

  • dans laquelle Pj,t est le logarithme du prix du produit de base pendant la période considérée (en dollars et divisé par le déflateur des prix du FMI pour les exportations de produits manufacturés dans les pays avancés);

  • Δ indique les différences premières;

  • xi,j,t (mi,j,t) indique la valeur des exportations (importations) du produit de base j par le pays i (en dollars, sur la base des données COMTRADE des Nations Unies et des données du FMI) au moment considéré t;

  • GDPi,t indique le PIB nominal du pays i en dollars au moment considéré t; et

  • les coefficients de pondération ωi,j,t sont préalablement déterminés par rapport à la variation des prix pendant chaque période, mais peuvent varier dans le temps sous l’effet de la modification du panier de produits effectivement échangés. Cela implique qu’à chaque moment donné, les variations des termes de l’échange des produits de base reflètent uniquement les variations des prix, et non des volumes échangés. Si un coefficient de pondération fait défaut pour un pays une année donnée, nous utilisons le dernier coefficient de pondération disponible.

Nous utilisons les cours des produits de base en vigueur à partir de 1960 et répartissons les produits de base en quatre grandes catégories:

  • Énergie: charbon, gaz naturel et pétrole brut.

  • Métaux: aluminium, cobalt, cuivre, étain, diamant, de fer, nickel, or, platine, plomb, titane, uranium et zinc.

  • Alimentation : agneau, arachides, bananes, blé, bœuf, cacao, café, crevettes, farine de poisson, farine de soja, huile de colza, huile de noix de coco, huile d’olive, huile de palme, huile de soja, huile de tournesol, maïs, oranges, orge, poissons, porc, riz, soja, sucre, thé et volaille.

  • Matières premières : bois dur et bois dur scié, bois tendre et bois tendre scié, caoutchouc, coton, cuir et laine.

Méthode utilisée pour dater les cycles des prix des produits de base et définir les épisodes

Les cycles des indices des termes de l’échange des produits de base sont mis en lumière à l’aide de l’algorithme de Bry-Boschan, qui fait référence dans les études consacrées aux cycles de l’activité économique (Harding et Pagan, 2002). Les cycles sont définis comme des épisodes pendant lesquels l’indice des termes de l’échange des produits de base augmente pendant au moins deux années de suite avant de diminuer pendant au moins trois années de suite en accusant une baisse cumulée d’au moins 1 % (graphique 2.1.1. de l’annexe). Par définition, les phases de hausse sont comprises entre le creux et le pic des cycles (en excluant l’année du creux, mais incluant celle du pic), tandis que les phases de baisse sont comprises entre le pic et le creux des cycles (en excluant l’année du pic, mais incluant celle du creux). L’analyse des études d’événements limite encore les épisodes aux phases de baisse induites par le fléchissement des cours des exportations de produits de base. Cela implique l’exclusion des épisodes pendant lesquels l’évolution des prix des importations entraîne une détérioration des termes de l’échange des produits de base et qui peuvent ne pas avoir le même impact économique.

Graphique A.2.1.1.Phases de hausse et de baisse des cycles des termes de l’échange

Sur cette base, 201 épisodes sont recensés pour 105 pays, et, sur ce total, 75 épisodes concernent l’Afrique subsaharienne. Le graphique 2.1.2 montre les épisodes discernés pour les pays exportateurs de produits de base d’Afrique subsaharienne et un certain nombre d’autres pays.

Graphique A.2.1.2.Pays exportateurs de produits de base d’Afrique subsaharienne et d’autres pays : épisodes de dégradation des termes de l’échange des produits de base

(Durée de chaque épisode)

Source : calculs des services du FMI.

Note : Un pays est classé parmi les pays exportateurs de produits de base si ses exportations de produits de base constituent au moins 25 % de ses exportations totales de marchandises en moyenne pendant la décennie considérée, et si ses exportations nettes de produits de base sont égales à au moins 5 % des échanges de marchandises (exportations de marchandises plus importations de marchandises) en moyenne pendant la décennie considérée. Les épisodes de dégradation des termes de l’échange des produits de base ont pour caractéristiques une baisse pendant au moins trois années consécutives de l’indice des termes de l’échange des produits de base et une baisse cumulée d’au moins 1 point de pourcentage du PIB dans les trois années suivant immédiatement le pic.

Méthode des projections locales

Les effets des chocs des termes de l’échange des produits de base sur les agrégats macroéconomiques sont évalués au moyen de la méthode des projections locales de Jordà (2005), qui a ensuite été perfectionnée par Teulings et Zubanov (2014). Cette méthode permet d’estimer les effets dynamiques d’un choc des termes de l’échange des produits de base à l’aide de fonctions de réaction aux impulsions qui sont obtenues à partir de régressions par les moindres carrés ordinaires. À la différence des réactions aux impulsions obtenues à partir d’une autorégression vectorielle (VAR), les réactions aux impulsions obtenues à l’aide de projections locales ne requièrent pas la formulation d’hypothèses sur la structure de transmission des chocs dans le système, ce qui pose souvent un problème dans les modèles d’autorégression vectorielle.

Les modèles utilisés pour estimer les effets d’un choc contemporain des termes de l’échange des produits de base sur la variable considérée (production, balance commerciale et recettes budgétaires) prennent en compte d’autres déterminants des performances économiques tels que la croissance du PIB des partenaires commerciaux, un indicateur de la situation financière dans le monde et des indicateurs de guerre, de conflits armés ou de changements de régime politique dans chaque pays.

L’équation utilisée pour estimer l’effet des chocs des termes de l’échange des produits de base est reproduite ci-dessous. Dans cette formulation, les deux premiers termes représentent les effets pays et les effets temporels. Le troisième terme contient la variable du choc, représentée par Δsi,t, qui correspond à la variation du logarithme naturel des termes de l’échange de produits de base du pays à l’instant t. L’effet cumulé sur la variable considérée est représenté par l’estimation βh, dans laquelle h indique l’horizon temporel. Les autres termes sont les variables de contrôle. Les quatrième et cinquième termes contrôlent les chocs des termes de l’échange des produits de base et d’autres déterminants qui se manifestent avant l’instant t, mais

peuvent quand même affecter le résultat de la variable dépendante. Le sixième terme contrôle les effets sur la variable dépendante qui résultent de ses propres variations décalées. Les deux derniers termes, introduits par Teulings et Zubanov (2014), contrôlent les effets des chocs des termes de l’échange des produits de base et d’autres déterminants qui se manifestent entre les instants t et t+h et peuvent influer sur le résultat de la variable dépendante à l’instant t+h. Il est nécessaire d’estimer une équation différente pour chaque horizon h pour lequel on estime l’effet des termes de l’échange des produits de base. Les réactions cumulées sont obtenues à partir de β pour différentes valeurs de h. Les équations sont estimées en utilisant des données de panel équilibrées pour la période 1962–2015 et des erreurs-types robustes (White, 1982).

Méthode d’évaluation de l’effet de l’action publique menée sur la résilience des pays après un choc de prix négatif des produits de base

Il est procédé, selon la méthode des moindres carrés ordinaires, à une analyse de régression multivariée qui lie les résultats relatifs obtenus pour la croissance du PIB réel après un choc des termes de l’échange à des variables reflétant la marge de manœuvre dont disposent les pays et les réactions des pouvoirs publics. L’analyse de régression s’appuie sur les épisodes précédemment identifiés pour l’échantillon de pays émergents et en développement et sur les études empiriques existantes (Adler et Sosa, 2011; Céspedes et Velasco, 2012).

Bien que les chocs des termes de l’échange puissent être de durée variable, les analyses sont axées sur les trois premières années suivant la survenue d’un choc dans un pays. Pour évaluer dans quelle mesure la marge de manœuvre dont disposent les gouvernants et leurs réactions atténuent l’effet d’un choc sur la croissance économique réelle, nous devons élaborer des indicateurs appropriés de l’impact. Nous utilisons un indicateur de l’écart de croissance pour saisir la différence entre le taux de croissance économique réel pendant les trois premières années d’un choc et le taux de croissance moyen observé pendant les trois années qui l’ont précédé (comme mesure indirecte de ce que la croissance aurait pu être en l’absence du choc). Les trajectoires de croissance des pays après les chocs varient en fonction de plusieurs facteurs—certains pays résistent mieux aux chocs que d’autres comme le montre l’illustration ci-dessous. Les variables utilisées dans l’analyse de régression sont précisées dans le tableau 2.1 de l’annexe.

Graphique A.2.1.3.Réaction stylisée de la croissance à une dégradation des termes de l’échange des produits de base

Source : calculs des services du FMI.

Tableau A2.1.1.Description des variables
VariableDescriptionSource
Croissance du PIB réel et écart de croissanceCroissance annuelle du PIB réel, écart de croissance mesuré comme la croissance moyenne du PIB réel pendant les trois premières années d’un choc moins la croissance moyenne du PIB réel pendant les trois années précédentes.Penn World Tables et base de données des Perspectives de l’économie mondiale du FMI.
Consommation privéeTermes réels, monnaie nationale, croissance en pourcentage.FMI, base de données des Perspectives de l’économie mondiale.
Solde extérieur courantPourcentage du PIB.FMI, base de données des Perspectives de l’économie mondiale.
Réserves internationalesMontant brut, en pourcentage du PIB.FMI, International Financial Statistics et base de données des Perspectives de l’économie mondiale.
Solde budgétaireEnsemble des administrations publiques, monnaie nationale, en pourcentage du PIB.FMI, base de données des Perspectives de l’économie mondiale.
Dette publique totaleDette brute de l’ensemble des administrations publiques, monnaie nationale, en pourcentage du PIB.FMI, base de données des Perspectives de l’économie mondiale.
Indice des prix à la consommationCroissance annuelle en pourcentage.FMI, International Financial Statistics.
Ampleur du choc des termes de l’échangeVariation cumulée en pourcentage des termes de l’échange des produits de base pendant les trois premières années suivant un choc.Calculs des services du FMI.
Chocs provoqués par une baisse des prix à l’exportationVariable indicatrice égale à 1 si un choc sur les termes de l’échange des produits de base est lié à une baisse des prix à l’exportation.Calculs des services du FMI.
Réserves internationales supérieures à la médiane à l’instant t0Amortisseurs extérieurs supérieurs à la moyenne calculés comme les réserves effectives (en pourcentage du PIB) moins le niveau médian des réserves pour chaque régime de change (taux de change fixe ou flexible) de l’ensemble des pays émergents et en développement pendant l’année précédant immédiatement un choc.Calculs effectués par les services du FMI à partir des données des International Financial Statistics du FMI.
Endettement extérieur élevé avant le chocVariable indicatrice prenant la valeur 1 quand le ratio dette extérieur/PIB est égal ou supérieur à 40 %.FMI, base de données des Perspectives de l’économie mondiale.
Régime de change flexible à l’instant t0Variable indicatrice prenant la valeur 1 quand le régime de change de facto est flexible pendant l’année précédant immédiatement le choc des termes de l’échange.Base de données d’Ilzetzki, Reinhart et Rogoff (2010).
Dépréciation du taux de change nominal (en pourcentage)Dépréciation cumulée du taux de change nominal (dollar EU par unité de monnaie nationale) pendant les deux premières années d’un choc utilisée pour représenter la flexibilité du taux de change.Calculs effectués par les services du FMI à partir des données des International Financial Statistic du FMI.
Variations importantes du taux de change : dépréciation d’au moins 45 %Dépréciation cumulée (en pourcentage), ces événements étant définis comme des baisses d’au moins 45 % de la valeur de la monnaie nationale pendant les deux premières années d’un choc.Calculs effectués par les services du FMI à partir des données des International Financial Statistics du FMI.
Croissance de la consommation publique réelleVariation annuelle moyenne en pourcentage de la consommation publique réelle pendant les trois premières années du choc.Penn World Tables et base de données des Perspectives de l’économie mondiale du FMI.
Interaction entre la croissance de la consommation publique réelle et une forte dette extérieureTerme d’interaction entre la variation moyenne en pourcentage de la consommation publique réelle et une variable indicatrice d’un ratio dette extérieure/PIB égal ou supérieur à 40 % pendant l’année précédant le choc.Penn World Tables et base de données des Perspectives de l’économie mondiale du FMI.
Croissance de M2 pendant le chocVariation annuelle moyenne en pourcentage de la masse monétaire (M2) pendant les trois premières années suivant le choc.FMI, International Financial Statistics.
Guerre ou conflit arméVariable indicatrice égale à l’unité si le nombre de décès liés à des conflits atteint le millier.Banque mondiale, Indicateurs du développement dans le monde.
Changement de régime politiqueVariable indicatrice égale à l’unité pendant les quatre années suivant un changement de régime politique.Center for Systemic Peace, Polity IV dataset.
Conditions financièresPente de la courbe de rendement des obligations américaines. Différence entre les taux des obligations à 10 ans et à 3 ans.Réserve fédérale des États-Unis.
Demande extérieureIndicateur de la demande extérieure. Indice-chaîne reposant sur la somme pondérée des taux de croissance du PIB des partenaires commerciaux, pondérée par la part des exportations vers chaque partenaire.FMI, base de données des Perspectives de l’économie mondiale.

Pays couverts

Suivant les données disponibles, les études d’événements et les analyses de régression utilisées dans le présent chapitre ont inclus les pays suivants :

Pays d’Afrique subsaharienne : Afrique du Sud, Angola, Bénin, Botswana, Burkina Faso, Comores, Côte d’Ivoire, Éthiopie, Gabon, Gambie, Ghana, Guinée, Guinée Bissau, Kenya, Libéria, Madagascar, Malawi, Mali, Maurice, Niger, Nigéria, Ouganda, Rwanda, République centrafricaine, République du Congo, São Tomé-et-Príncipe, Sénégal, Seychelles, Sierra Leone, Swaziland, Tanzanie, Togo, Zambie et Zimbabwe.

Autres pays : Albanie, Algérie, Arabie saoudite, Argentine, Arménie, Azerbaïdjan, Bahreïn, Bangladesh, Belize, Bhoutan, Bolivie, Bosnie-Herzégovine, Brésil, Brunei Darussalam, Chili, Colombie, Costa Rica, Dominique, El Salvador, Émirats arabes unis, Équateur, Fidji, Géorgie, Grenade, Guatemala, Guyana, Haïti, Honduras, îles Salomon, Inde, Indonésie, Iran, Iraq, Kazakhstan, Kiribati, Koweït, Libye, ex-République yougoslave de Macédoine, Malaisie, Maldives, Mauritanie, Mexique, Moldova, Mongolie, Myanmar, Nicaragua, Oman, Papouasie-Nouvelle-Guinée, Paraguay, Pérou, Philippines, Qatar, République dominicaine, République kirghize, Russie, Samoa, Sri Lanka, Saint-Kitts-et-Nevis, Saint-Vincent-et-les Grenadines, Sainte-Lucie, Soudan, Suriname, Syrie, Tadjikistan, Thaïlande, Trinité-et-Tobago, Turkménistan, Uruguay, Vanuatu, Venezuela et Viet Nam.

Ce chapitre a été rédigé par une équipe dirigée par Dalia Hakura et composée de Francisco Arizala, Wenjie Chen, Jesus Gonzalez-Garcia, Mumtaz Hussain et Mustafa Yenice. Nous remercions en outre Aqib Aslam, Oya Celasun, Bertrand Gruss et Zsóka Kóczán d’avoir bien voulu partager leurs données et programmes pour construire l’indice des termes de l’échange des produits de base.

Le classement des exportateurs de produits de base reprend celui adopté dans de précédentes éditions des Perspectives économiques régionales : Afrique subsaharienne et dans l’édition d’octobre 2015 des Perspectives de l’économie mondiale. Mis à part le Zimbabwe qui ne figurait plus parmi les exportateurs de produits de base pendant les années 90, le classement résiste dans l’ensemble à un relèvement à 35 % du seuil utilisé pour la part des exportations de produits de base dans l’ensemble des exportations (voir la classification des produits de base à l’annexe 2.1).

Les épisodes sont limités à ceux pour lesquels le point culminant a été atteint avant 2012 pour permettre d’examiner les trois premières années d’une dégradation des termes de l’échange des produits de base.

C’est une approche comparable à celle suivie par Adler et Sosa (2011). Le seuil fixé d’une baisse de 1 % du PIB permet d’isoler les fléchissements supérieurs à la moyenne dans l’échantillon global de pays émergents et en développement tout en conservant un nombre raisonnable d’épisodes. Les résultats obtenus subsistent lorsque l’on utilise 1) un critère plus rigoureux pour la baisse cumulée d’au moins 2 points du PIB sur les trois premières années, et 2) une amélioration des termes de l’échange pendant au moins un an, suivie par une détérioration pendant au moins trois années de suite et une perte cumulée de 1 ou 2 % du PIB sur cette période (voir à l’annexe 2.1 l’exposé de la méthode utilisée pour dater les cycles des cours des produits de base).

Les critères utilisés pour isoler les épisodes de baisse exigeant au moins trois années de détérioration des termes de l’échange des produits de base, des événements éphémères comme le fléchissement des cours des produits de base lié à la crise financière mondiale de 2008–09 ont été exclus de l’analyse. Il en est allé de même pour la dégradation récente des termes de l’échange des produits de base subie par les pays exportateurs de pétrole de la région du fait qu’elle ne remonte qu’à 2015.

L’attention se porte principalement ici sur l’effet du choc pendant les trois premières années, mais l’effet global a pu être encore plus important lorsque les chocs ont été plus durables.

Le classement des pays dotés de facto d’un régime de change flexible utilisé ici repose sur celui établi par Ilzetzki, Reinhart et Rogoff (2010).

Cela concorde avec les résultats obtenus par Aslam et al. (2016) pour un plus large échantillon de pays émergents et en développement qui n’exportent pas de produits des industries extractives.

Un phénomène comparable est aussi décrit pour un groupe de pays d’Amérique latine au chapitre 3 de l’édition d’avril 2015 des Études économiques régionales : Hémisphère occidental (FMI, 2015a) ainsi que dans Caceres et Gruss (à paraître).

Les estimations ont été effectuées sans faire de distinction entre les pays d’Afrique subsaharienne qui exportent du pétrole et ceux qui exportent des métaux de manière à disposer d’un plus grand nombre de pays, mais l’impact est probablement beaucoup plus fort sur les premiers que sur les seconds du fait qu’ils sont nettement plus dépendants qu’eux des activités extractives pour leurs recettes budgétaires.

L’analyse est axée sur l’impact des chocs de prix des produits de base sur la production effective et sur le rôle que les politiques macroéconomiques peuvent jouer pour faciliter l’ajustement face à ces chocs et rapprocher la production de son niveau potentiel. Il est aussi possible que ces chocs affectent la production potentielle en réduisant l’investissement et l’accumulation de capital (comme le montrent Aslam et al., 2016), auquel cas l’affaissement de la demande globale serait moindre et les mesures macroéconomiques pourraient être moins à même de stimuler l’économie. Il faudrait alors mettre davantage l’accent sur les réformes structurelles pour diversifier l’économie et renforcer le potentiel de production.

Une baisse cumulée de ¾ % sur les trois années suivant le choc se situe dans l’intervalle de confiance de 90 % associé à la réaction à un choc du même ordre estimé dans la précédente section (graphique 2.13, panneau 1).

La constatation de l’existence d’une faible corrélation entre un bas niveau d’inflation et une croissance résiliente cadre dans l’ensemble avec les conclusions d’études existantes; par exemple, Abiad et al. (2015) indiquent que, bien qu’un taux d’inflation inférieur à 10 % permette de prolonger l’expansion de la croissance, il ne joue pas un rôle notable dans le redressement de la croissance après un choc.

La dépréciation du taux de change peut ne pas toujours atténuer les pertes de croissance quand les élasticités–prix des exportations et des importations sont relativement faibles en raison, par exemple, d’un manque de diversification économique ou de l’existence d’importants engagements libellés en dollars.

On utilise le ratio dette extérieure/PIB pour représenter la marge de manœuvre budgétaire en l’absence de longues séries temporelles sur la dette publique. Les résultats obtenus subsistent lorsque l’on utilise, pour la dette extérieure, d’autres seuils (supérieurs à 40 %) au-delà desquels l’efficacité de la politique budgétaire comme moyen d’action anticyclique s’amenuise.

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