Chapter

1. Un changement de cap s’impose

Author(s):
International Monetary Fund. African Dept.
Published Date:
May 2016
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L’activité économique en Afrique subsaharienne est tombée en 2015 à son plus bas niveau depuis environ quinze ans. La production a augmenté de 3,4 %, c’est-à-dire à un rythme à peine plus rapide que la croissance démographique, et en recul par rapport à la progression de 5 % enregistrée en 2014 et aux taux de croissance encore plus élevés auxquels on s’était habitué ces dernières années. Ce ralentissement s’explique essentiellement par la forte baisse des cours des produits de base, qui a durement ébranlé plusieurs des grands pays de la région et a eu de ce fait des effets prononcés sur les agrégats régionaux.

De la même manière, cette année s’annonce elle aussi difficile. D’après nos projections, la croissance économique sera encore plus faible, à 3 %, car de nombreux pays auront à faire face à la dégradation de l’environnement extérieur. Au-delà, la sécheresse (en particulier en Afrique australe et orientale) ajoutera aux difficultés économiques de plusieurs pays.

Cela dit, les taux de croissance sur la période 2015–16 varient considérablement au sein de la région, comme en témoigne l’émergence de trois grands groupes de pays (graphique 1.1) :

  • Dans près de la moitié des 45 pays de la région, la croissance économique s’est écartée de la trajectoire qu’elle suivait avant que l’environnement extérieur ne devienne plus difficile, parfois de façon très marquée. Figurent dans ce groupe les pays exportateurs de pétrole de la région (Angola, la plupart des pays de la CEMAC1 et le Nigéria) ainsi que plusieurs pays exportateurs de ressources naturelles non pétrolières (Afrique du Sud, Ghana et Zambie). Cette catégorie comprend aussi le Libéria et la Sierra Leone, qui avaient été durement touchés par la récente épidémie d’Ébola et souffrent maintenant de la chute des cours des produits de base, ainsi que plusieurs pays d’Afrique australe et orientale qui pâtissent de la sécheresse.

  • Dans un tiers des pays de la région, tous importateurs de pétrole et, pour la plupart, peu tributaires des exportations de produits de base, la croissance devrait se maintenir à peu près au même niveau que ces dernières années2. De fait, pour un grand nombre de ces pays, en particulier les pays à faible revenu, cela représente la poursuite de la tendance de ces dernières années, marquée par une croissance forte, stimulée par la vigueur de l’investissement et soutenue par les prix bas du pétrole. Pour un petit nombre de pays, toutefois, cela représente la persistance d’une croissance atone.

  • Dans un troisième groupe (beaucoup plus restreint) de pays, les perspectives de croissance économique pour 2015–16 se sont améliorées sous l’effet de facteurs tels que : 1) un rebond de l’activité après des chocs majeurs, ou l’atténuation des conflits (comme en République centrafricaine); 2) le niveau élevé des investissements publics d’infrastructure, une bonne campagne agricole et l’amélioration du climat des affaires (comme en Côte d’Ivoire et au Sénégal); ainsi que 3) les retombées positives de la chute des cours du pétrole.

Graphique 1.1.Afrique subsaharienne : variation de la croissance du PIB réel, moyenne 2010–14/moyenne 2015–16

Source : FMI, base de données des Perspectives de l’économie mondiale.

Note : voir à la page 84 la liste des abréviations de pays.

La dégradation au niveau régional des résultats économiques pousse à se demander si la dynamique de croissance observée récemment en Afrique subsaharienne s’est arrêtée à cause d’un environnement extérieur devenu moins favorable. Nous restons toutefois optimistes quant aux perspectives de croissance à moyen terme de la région. En premier lieu, on l’a vu, la situation globale masque des taux de croissance très disparates d’un pays à l’autre. En second lieu, et cela est peut-être plus important, les moteurs fondamentaux de la croissance à moyen terme (notamment l’évolution démographique favorable) n’ont pas disparu. Le ralentissement actuel montre juste que la région n’est pas à l’abri des transitions multiples à l’œuvre dans l’économie mondiale. La croissance vigoureuse observée pendant la décennie écoulée a été rendue possible par les réformes économiques et les politiques saines menées au plan intérieur et par l’existence simultanée d’un environnement extérieur très favorable, caractérisé notamment par le niveau élevé des cours des produits de base et de substantielles entrées de capitaux peu coûteux3. Or, maintenant que l’environnement extérieur est nettement moins favorable, un recalibrage des politiques publiques s’impose pour raviver la dynamique de croissance.

Au sens le plus large, le recalibrage requis est le suivant :

  • Dans les pays exportateurs de ressources naturelles, les autorités doivent réagir au plus vite et avec détermination à la perspective d’une période prolongée de cours très bas pour les produits de base. Jusqu’à présent, en particulier parmi les pays exportateurs de pétrole, la réaction des autorités à la détérioration sans précédent des termes de l’échange (graphique 1.2) a été plutôt hésitante et insuffisante. Or, les amortisseurs budgétaires et les volants de réserves de change sont limités, de même que les options de financement, mais l’ajustement requis devra s’opérer d’une manière ou d’une autre : en fait, les autorités ont à choisir entre un ajustement ordonné ou désordonné. Un processus d’ajustement ordonné est de loin le meilleur moyen de créer les conditions d’un redressement de l’économie plus rapide, durable et profitant à tous. Par conséquent, pour les pays qui n’appartiennent pas à une union monétaire, la flexibilité du taux de change, conjuguée à des politiques d’accompagnement, devrait être la première ligne de défense. Étant donné que les recettes fiscales générées par les industries extractives devraient rester durablement basses, les pays se doivent de contenir leur déficit budgétaire, l’urgence de l’ajustement devant être déterminée par le degré de vulnérabilité sur le plan macroéconomique et de l’endettement, ainsi que par les amortisseurs extérieurs et budgétaires existants. Dans la mesure du possible, cet ajustement devrait porter sur les recettes, car, dans beaucoup de pays, il y a là une large marge d’action (voir l’édition d’octobre 2015 des Perspectives économiques régionales : Afrique subsaharienne). Cela dit, des mesures seront aussi nécessaires du côté des dépenses dans les pays où l’ajustement est urgent et où les mesures touchant aux recettes mettront du temps à produire leurs effets.

  • Dans les pays de la région qui ont accès aux marchés financiers, il est aussi nécessaire de procéder à un recalibrage adéquat des politiques publiques qui tienne compte du durcissement des conditions financières extérieures. Profitant essentiellement des conditions financières extérieures favorables de ces dernières années, beaucoup de pays préémergents de la région ont enregistré des déficits extérieur et budgétaire élevés en cherchant à répondre à leurs besoins considérables en matière d’infrastructures. Or, les conditions financières extérieures se sont maintenant sensiblement durcies : la hausse des coûts de financement pour les emprunteurs d’Afrique subsaharienne a été beaucoup plus prononcée que pour la plupart des pays émergents (graphique 1.3). Dans ces conditions, il importe de maîtriser les déficits budgétaires en définissant mieux les priorités de dépenses et/ou en améliorant la mobilisation des recettes, en fonction de la situation particulière de chaque pays. Faute de maîtriser leurs déficits, ces pays pourraient se retrouver dépourvus d’amortisseurs et, pire encore, rester vulnérables à une crise financière (si les conditions financières extérieures devenaient encore plus défavorables).

Graphique 1.2.Épisodes pendant lesquels la baisse des cours du pétrole brut a été la plus marquée sur 18 mois, 1970–2015

Source : FMI, système des cours des produits de base.

Graphique 1.3.Marges souveraines des pays émergents : 2014–16

Source : Bloomberg, L.P.

Note : données au 25 mars 2016.

1La moyenne pour les pays émergents porte sur les marges EMBIG (Emerging Market Bond Index Global) de l’Afrique du Sud, de l’Argentine, du Brésil, de la Bulgarie, du Chili, de la Colombie, de la Hongrie, de la Malaisie, du Mexique, du Pérou, des Philippines, de la Pologne, de la Russie, de la Turquie et de l’Ukraine.

2La moyenne pour les pays préémergents porte sur les marges de la Côte d’Ivoire, du Gabon, du Ghana, du Kenya, du Nigéria, du Sénégal, de la Tanzanie et de la Zambie.

Dans le reste du chapitre 1, nous décrivons les puissants vents contraires auxquels la région est confrontée, mettons en évidence leurs effets sur la croissance économique dans les différents groupes de pays, et faisons un tour d’horizon des politiques publiques adoptées par les pays pour contrer cet environnement défavorable. Nous présentons ensuite les perspectives pour la région et les risques auxquels elle pourrait être confrontée, et concluons avec quelques recommandations de politiques économiques.

Dans le chapitre 2, nous complétons cette analyse par une étude approfondie des fluctuations passées des cours des produits de base en Afrique subsaharienne, dont il ressort que les cycles de ces cours ont des effets durables sur les principales variables macroéconomiques. Ce chapitre met aussi en évidence le rôle essentiel joué par les politiques macroéconomiques, en particulier en matière de flexibilité du taux de change, qui, quand elles sont appropriées, permettent d’atténuer sensiblement les effets d’une évolution défavorable des cours des produits de base.

Consacré à des questions concernant davantage le moyen terme, le chapitre 3 établit que les secteurs financiers de la région se sont considérablement développés au cours de ces dernières décennies. Cependant, en s’appuyant sur une analyse des caractéristiques structurelles de l’Afrique subsaharienne et une comparaison avec d’autres régions en développement, nous faisons valoir qu’il est possible d’aller encore plus loin dans le développement des secteurs financiers de la région. Un développement plus poussé des établissements et des marchés financiers pourrait, à son tour, stimuler la croissance économique de la région et la rendre moins volatile. La solidité des fondements macroéconomiques apparaît comme l’une des principales conditions du développement financier de la région, tandis que la faiblesse des institutions l’a plutôt entravé dans le passé.

Anatomie d’un ralentissement

Un monde de chocs multiples

La croissance économique mondiale a été de 3,1 % en 2015 et devrait rester modeste en 2016, avec un taux de 3,2 %, avant de remonter progressivement à 3,6 % en 2017. La croissance mondiale reste globalement inchangée, mais sa composition est devenue moins favorable à l’Afrique subsaharienne. En particulier, le rééquilibrage et le ralentissement de l’économie chinoise sont en partie à l’origine du niveau faible des cours des produits de base. Conjuguée à la baisse des cours du pétrole—due aussi à l’augmentation de l’offre mondiale—et au resserrement des conditions financières mondiales, cette situation nuit à la croissance et complique grandement l’action des pouvoirs publics dans beaucoup de pays d’Afrique subsaharienne (voir l’édition d’avril 2016 des Perspectives de l’économie mondiale).

  • La Chine est devenue le premier partenaire commercial de la région et, de plus en plus, une source d’investissement direct étranger et d’autres flux de financement. Depuis près de quinze ans, la région affichait un excédent commercial avec la Chine, qui s’était accru fortement depuis la crise financière mondiale. Cependant, sous l’effet de la transition en cours en Chine, la balance commerciale est récemment devenue déficitaire. Cela tient surtout à l’effondrement des exportations de la région, qui est dû essentiellement à la baisse des prix et de la demande de produits de base émanant de la Chine. Mais, comme le montre le graphique 1.4, le déficit commercial des pays de la région qui ne sont exportateurs ni de pétrole ni d’autres ressources naturelles s’est aussi creusé dernièrement. La diminution des exportations de la région vers la Chine a été bien plus prononcée que la baisse—modérée—des exportations de la Chine vers la région. Il est probable que ces évolutions continueront de peser sur la croissance économique à moyen terme.

  • Pendant la période de 18 mois qui s’est terminée fin 2015, les cours du pétrole brut ont diminué davantage que pendant toute autre période de 18 mois depuis 1970 (graphique 1.2). Les prix d’autres produits de base ont aussi considérablement chuté depuis 2013 et devraient même rester inférieurs en 2016 à leur niveau de 2015 et leur progression devrait rester modérée à moyen terme (graphique 1.5). Ainsi, d’après les projections actuelles, les prix de l’énergie et de certains métaux ne devraient remonter, à l’horizon 2020, qu’à environ la moitié de leurs niveaux records de 2013. Le choc est amplifié par le fait que, pour la plupart des pays exportateurs de produits de base de la région, la part de ces produits dans les exportations s’est accrue au cours de ces quinze dernières années (voir chapitre 2). En outre, ce choc pourrait aussi peser sur l’investissement dans les pays qui envisagent l’exploration de nouveaux gisements de pétrole et d’autres ressources naturelles.

  • Les conditions financières mondiales se sont considérablement durcies pour la plupart des pays préémergents de la région. Cette évolution résulte en partie du resserrement progressif de la politique monétaire qui a commencé aux États-Unis et du climat généralisé de volatilité financière qui règne parmi les pays émergents en raison des perspectives de croissance incertaines. Cependant, les marges souveraines des pays préémergents de la région ont augmenté beaucoup plus que celles du groupe des pays émergents à l’échelle mondiale, peut-être à cause des vulnérabilités plus prononcées de certains pays de la région (graphique 1.3)4. Parallèlement, certaines formes de flux de capitaux vers la région, notamment les prêts bancaires transnationaux, dont est tributaire un plus grand groupe de pays que celui des pays préémergents, ont fortement diminué par rapport à 2014.

Graphique 1.4.Afrique subsaharienne : balance commerciale avec la Chine, 2005–15

Source : FMI, Direction of Trade Statistics.

Graphique 1.5.Variation des cours moyens d’un échantillon de produits de base depuis 2013

Sources : FMI, système des cours des produits de base et hypothèses mondiales.

Note : Outre le pétrole, les principaux produits d’exportation de la région sont, entre autres, le cuivre (République démocratique du Congo et Zambie), le minerai de fer (Libéria et Sierra Leone), le charbon (Afrique du Sud et Mozambique), l’or (Afrique du Sud, Burkina Faso, Ghana, Mali et Tanzanie) et le platine (Afrique du Sud).

De vastes zones d’Afrique australe et orientale pâtissent d’une grave sécheresse qui expose des millions de personnes à l’insécurité alimentaire et pèse sur l’activité macroéconomique (encadré 1.1). La croissance économique de plusieurs pays (Éthiopie, Malawi, Zambie) devrait s’en ressentir durement, et l’inflation des prix alimentaires s’accélère dans un grand nombre de pays. Les positions budgétaires et extérieures sont aussi mises à mal dans plusieurs pays qui ont besoin d’un surcroît d’aide humanitaire.

De graves retombées économiques

La croissance économique de la région a déjà nettement ralenti. D’après les estimations, elle est descendue à 3,4 % en 2015, contre 5,1 % en 2014.

Les pays exportateurs de pétrole ont durement souffert de la baisse plus marquée que prévu des cours du brut5. Selon les estimations, leurs taux de croissance ont diminué de plus de moitié pour s’établir à 2,6 % en 2015, contre 5,9 % l’année précédente, et leurs soldes budgétaires ainsi que leurs soldes extérieurs courants se sont nettement détériorés.

Dans le même temps, les gains pour les pays importateurs de pétrole ont été moins importants qu’on aurait pu l’attendre. En principe, la baisse des cours du pétrole aurait dû se traduire par une augmentation des revenus disponibles réels et une hausse de la demande au niveau national. Or, abstraction faite des facteurs propres aux pays concernés, deux éléments semblent avoir empêché que ces gains ne se matérialisent complètement :

  • La chute des cours des produits de base a pesé en 2015 sur les exportations des quinze principaux pays exportateurs de ressources non renouvelables autres que le pétrole. Dans certains cas, cela a plus que compensé l’amélioration du solde pétrolier et creusé le déficit des transactions courantes.

  • Un grand nombre de monnaies de la région se sont fortement dépréciées par rapport à un dollar fort (graphique 1.6), ce qui a limité la baisse des prix du pétrole exprimés en monnaie locale et accéléré l’inflation (graphique 1.7). En outre, dans certains pays, les prix administrés de l’énergie n’ont pas été ajustés pour répercuter la totalité de la baisse des prix des carburants sur les consommateurs finals6.

Graphique 1.6.Afrique subsaharienne : variation du solde extérieur courant et du taux de change nominal, 2014–15

Source : FMI, base de données des Perspectives de l’économie mondiale.

Note : voir à la page 84 la liste des abréviations de pays.

Graphique 1.7.Afrique subsaharienne : inflation en fin de période, comparaison entre 2014 et 2015

Source : FMI, base de données des Perspectives de l’économie mondiale.

Note : voir à la page 84 la liste des abréviations de pays.

La croissance économique est toutefois restée vigoureuse dans un grand nombre de pays importateurs de pétrole : en particulier, les pays à faible revenu non fragiles de la région ont enregistré une croissance de 7,2 %, grâce dans bien des cas à l’ampleur des dépenses d’infrastructure en cours (c’est le cas, par exemple, de certains pays de l’Union économique et monétaire ouest-africaine—UEMOA).

La politique budgétaire s’est adaptée, mais pas encore dans des proportions suffisantes…

Dans la plupart des pays riches en ressources naturelles, le manque à gagner de recettes a été particulièrement prononcé, à tel point que les soldes budgétaires se sont détériorés malgré un certain ajustement des dépenses.

  • Les pays exportateurs de pétrole, qui sont plus tributaires des recettes provenant de leurs ressources naturelles que les exportateurs d’autres produits de base, ont presque tous subi une diminution sensible de ce type de recettes (et de leurs recettes totales) par rapport à la période 2010–13, c’est-à-dire avant l’effondrement des cours du pétrole (graphique 1.8). En même temps, les dépenses se sont fortement accrues au Cameroun et en République du Congo, tandis que d’autres pays ont procédé à des coupes budgétaires dans des proportions allant de drastiques (Angola, Tchad) à modestes (Nigéria). L’ajustement budgétaire ou les financements ayant tardé, les retards de paiement intérieurs se sont accentués dans plusieurs pays (dont, entre autres, l’Angola, le Nigéria et le Tchad).

  • Certains pays exportateurs de ressources non énergétiques ont aussi enregistré une forte diminution de leurs recettes (Libéria, République centrafricaine, Sierra Leone et Zambie), qui n’a pas été entièrement compensée par un ajustement budgétaire. De fait, dans certains cas, les dépenses ont même augmenté. C’est ce qui s’est passé en Zambie, où la baisse des cours du cuivre et les pénuries d’électricité ont engendré un choc particulièrement sensible pour l’activité économique, ainsi qu’au Niger, où le programme d’investissements publics a été renforcé. En revanche, la situation budgétaire du Ghana s’est améliorée en 2015, mais, compte tenu du niveau élevé du déficit et de la dette, la poursuite de l’assainissement des finances publiques reste éminemment souhaitable.

Graphique 1.8.Afrique subsaharienne : variation des dépenses et des recettes, moyenne 2010–13 par rapport à 2015

Source : FMI, base de données des Perspectives de l’économie mondiale.

Note : voir à la page 84 la liste des abréviations de pays.

Dans plusieurs autres pays, la politique budgétaire n’a pas été adaptée de façon adéquate. Ainsi, au Kenya, un effort de consolidation budgétaire pourrait aider à alléger la contribution de la politique monétaire et faciliter l’adaptation de l’économie à un environnement extérieur caractérisé par une diminution des entrées de capitaux. La Côte d’Ivoire, qui effectue des investissements massifs, pourrait aussi profiter de la vigueur actuelle de sa croissance économique pour commencer à améliorer sa position budgétaire.

… ce qui a entraîné un recours accru à l’emprunt alors même que les conditions du marché se durcissaient

Dans un contexte de croissance faible et de déficits élevés, le niveau d’endettement de la région est en augmentation (graphique 1.9, panneau 1). Même avant 2014, la dette était déjà en hausse malgré des taux de croissance économique relativement élevés. Entre 2014 et 2015, avec l’affaiblissement de la croissance, l’accentuation des déficits budgétaires et la dépréciation des monnaies, la dette publique s’est accrue de façon encore plus marquée (le ratio médian dette publique/PIB a ainsi augmenté de 5¼ points de pourcentage pour s’établir à environ 43 %).

  • Dans la plupart des pays exportateurs de pétrole et des autres pays riches en ressources naturelles, la dynamique de la dette a été déterminée par la baisse des recettes provenant des produits de base et la politique budgétaire expansionniste qui en a résulté, car les déficits budgétaires ont été de plus en plus comblés par des flux créateurs de dette (graphique 1.9, panneau 2). La hausse de l’endettement a été particulièrement marquée dans les pays exportateurs de pétrole tels que l’Angola, le Cameroun, le Gabon et la République du Congo (de 17 à 33 points de pourcentage entre la moyenne des années 2010–13 et 2015), où le taux d’endettement a parfois atteint 65 % du PIB. À quelques exceptions près (Ghana, Zambie), l’augmentation de la dette a été moins prononcée dans les autres pays riches en ressources naturelles. Dans certains pays, la dépréciation de la monnaie a aussi contribué à alourdir la dette (Angola, Tanzanie).

  • Hormis quelques exceptions (Cabo Verde, Gambie, Mozambique et Seychelles), l’augmentation de la dette a été beaucoup plus faible dans la plupart des pays non exportateurs de ressources naturelles. Les raisons de l’augmentation varient d’un pays à l’autre, mais il semble que l’investissement public dans les infrastructures soit un dénominateur commun (Cabo Verde, Mozambique, São Tomé-et-Príncipe), même si l’atonie de la croissance et la dépréciation de la monnaie (Cabo Verde), l’application de politiques irréalistes (Gambie) et la faiblesse des recettes budgétaires (Lesotho) ont aussi joué un rôle.

  • La dette extérieure et la dette intérieure ont toutes deux contribué à l’augmentation de la dette publique, et les évaluations de viabilité de la dette font apparaître une évolution négative dans plusieurs pays (graphique 1.9, panneaux 3 et 4). En outre, dans un contexte d’accroissement de la dette intérieure, les banques commerciales sont désormais plus exposées vis-à-vis de l’État, surtout dans les pays exportateurs de pétrole et d’autres ressources naturelles, dont en particulier l’Angola et le Gabon. Inversement, le Ghana et la Zambie ont levé un volume considérable de fonds en procédant récemment à des émissions d’euro-obligations.

Graphique 1.9.Afrique subsaharienne : tendances de la dette publique et des coûts d’emprunt

Sources : Bloomberg, L.P.; autorités nationales; FMI, base de données des analyses de viabilité de la dette, International Financial Statistics et base de données des Perspectives de l’économie mondiale; calculs des services du FMI.

Note : voir à la page 84 la liste des abréviations de pays.

1Le Lesotho et le Soudan du Sud ne sont pas compris en raison du manque de données. La catégorie «Autres» comprend les allégements de dette (PPTE et autres), recettes de privatisation, reconnaissance des engagements conditionnels ou implicites, autres facteurs propres au pays concerné (par exemple recapitalisation des banques), revalorisation des actifs, et d’autres flux créateurs de dette non identifiés au sens du cadre de viabilité de la dette du FMI et de la Banque mondiale.

2Pour le Soudan du Sud, il s’agit d’une moyenne sur la période 2012–13 comparée à 2015.

3L’Angola et le Nigéria ne sont pas pris en compte parce que ces pays ne font plus partie des pays à faible revenu. La classification du risque pour Cabo Verde commence en 2014 et pour le Soudan du Sud en 2015.

4Données au 25 mars 2016.

5Données au 25 mars 2016. EMBIG = JP Morgan Emerging Market Bond Index Global.

En outre, les coûts d’emprunt ont généralement augmenté (graphique 1.9, panneaux 5 et 6). Le coût de la dette extérieure s’est sensiblement alourdi depuis la fin de 2014 sous l’effet de la baisse continue des cours des produits de base, de la volatilité des cours du pétrole et de l’aversion accrue des investisseurs étrangers pour le risque. Les rendements des euro-obligations dépassent aujourd’hui 10 %, ou s’approchent de ce niveau, dans plusieurs pays préémergents de la région, alors qu’ils variaient de 4½ % à 8 % à la fin de 2013. L’augmentation des taux des bons du Trésor a aussi dépassé celle de l’inflation, surtout dans les pays où le déficit budgétaire est élevé ou s’accroît, et certains pays n’ont pas réussi à mobiliser le financement dont ils avaient besoin, car les adjudications de bons du Trésor ont parfois été insuffisamment souscrites (Gambie, Ghana, Kenya, Tanzanie, Zambie). Pendant la période à venir, étant donné que, d’après les projections, l’environnement extérieur restera probablement défavorable, il pourrait devenir de plus en plus difficile de mobiliser suffisamment de financement.

Pour atténuer le choc, les autorités ont essayé de jouer sur les leviers des politiques de change et monétaire

Le choc extérieur très substantiel a provoqué des tensions sur les taux de change auxquelles les autorités monétaires ont réagi de diverses manières.

  • Dans certains cas, l’évolution défavorable des termes de l’échange a été amplifiée par la baisse des entrées nettes de capitaux de sources publiques et privées, elle-même suscitée, entre autres causes, par les incertitudes entourant les politiques publiques (Afrique du Sud, Zambie) ou le report du resserrement monétaire (Mozambique).

  • En général, les pays ont laissé leur monnaie s’ajuster, mais beaucoup ont essayé d’étaler dans le temps la dépréciation du taux de change en puisant dans des réserves internationales déjà raréfiées (graphique 1.10). Dans la CEMAC, dont le franc CFA a une parité fixe par rapport à l’euro, les réserves internationales se sont considérablement amenuisées malgré la dépréciation de l’euro vis-à-vis du dollar.

  • En outre, la répercussion de la dépréciation nominale de la monnaie et les effets de la sécheresse sur l’offre de produits alimentaires (par exemple en Afrique du Sud, au Lesotho et en Zambie; encadré 1.1) ont provoqué une poussée d’inflation dans certains pays. Pour atténuer ces tensions, les autorités monétaires ont été nombreuses à freiner la croissance des agrégats monétaires (hormis à Madagascar), ou à relever leurs taux directeurs. Le Nigéria a abaissé son taux directeur dans un premier temps, mais a inversé en partie sa position fin mars (graphiques 1.11 et 1.12).

  • Cependant, dans certains cas, les banques centrales se sont efforcées de préserver leurs amortisseurs extérieurs en appliquant des restrictions administratives, formelles ou informelles, sur le marché des changes (Angola, Nigéria). Ces mesures ont conduit à l’apparition, puis à l’accentuation d’écarts de taux de change par rapport au marché parallèle. Elles ont aussi provoqué des tensions sur les positions en avoirs de change nettes des banques commerciales, dans la mesure où certaines d’entre elles s’efforcent de répondre à la demande de devises en puisant dans leurs avoirs extérieurs ou en augmentant leurs engagements à l’égard de contreparties étrangères. Là où ils existent, le creusement des écarts de taux de change par rapport au marché parallèle et les pressions qui s’exercent sur les réserves internationales laissent à penser qu’une dépréciation plus importante serait vraisemblablement nécessaire.

Graphique 1.10.Afrique subsaharienne : solde extérieur courant et variation des réserves, 2015

Source : FMI, base de données des Perspectives de l’économie mondiale.

Note : Les réserves internationales sont mises en commun au sein de l’UEMOA et de la CEMAC; les réserves régionales sont donc disponibles pour tous les pays membres de chaque union monétaire. Cependant, ce graphique fait ressortir la variation des réserves internationales pour les différents pays membres de l’UEMOA et de la CEMAC, car cette information permet d’évaluer les pressions qui s’exercent sur leurs balances des paiements respectives. CEMAC = Communauté économique et monétaire de l’Afrique centrale; UEMOA = Union économique et monétaire ouest-africaine. Voir à la page 84 la liste des abréviations de pays.

Graphique 1.11.Afrique subsaharienne : évolution du taux directeur depuis décembre 2014

Source : Haver Analytics.

Graphique 1.12.Afrique subsaharienne : évolution de la croissance de la base monétaire, 2014–15

Source : FMI, International Financial Statistics.

Le resserrement des politiques monétaires et le recours accru au financement intérieur par le secteur public ont pu amplifier les effets du choc sur les activités d’emprunt du secteur privé. En effet, le creusement des déficits budgétaires et le durcissement des politiques monétaires font monter les coûts d’emprunt pour le secteur privé. En outre, les mesures administratives sur le marché des changes, qui, on l’a vu, ont accentué les écarts de taux sur le marché parallèle et freiné les importations d’intrants essentiels (Angola, Nigéria), ont perturbé les activités du secteur privé. En conséquence, le crédit au secteur privé s’accroît désormais moins vite dans la plupart des pays, et parfois même diminue (graphique 1.13). Ce fléchissement s’inscrit aussi dans un contexte marqué par un ralentissement de l’approfondissement financier dans certains cas et par la correction de la croissance peut-être excessive du crédit dans d’autres (encadré 1.2).

Graphique 1.13.Afrique subsaharienne : croissance du crédit au secteur privé

Source : FMI, International Financial Statistics.

Note : voir à la page 84 la liste des abréviations de pays.

Parallèlement, les indicateurs de solidité financière se sont détériorés. Les créances improductives ont fortement augmenté dans certains pays exportateurs de pétrole (Angola, Guinée équatoriale) et dans certains petits pays et États fragiles (Cabo Verde, Gambie, Malawi, São Tomé-et-Príncipe, Sierra Leone, Zimbabwe) (graphique 1.14), faisant apparaître des besoins de recapitalisation (Angola, Gambie). Dans près de la moitié des pays de la région riche en ressources naturelles, les ratios de fonds propres se sont détériorés. De même, la rentabilité du secteur bancaire a diminué dans deux tiers des pays pour lesquels on dispose de données, en particulier dans les pays exportateurs de pétrole (République du Congo, Tchad), mais aussi dans certains pays à revenu intermédiaire qui ne sont pas exportateurs de ressources naturelles (Lesotho, Maurice, Sénégal) et États fragiles (Burundi, Libéria). Compte tenu des chocs auxquels est confrontée la région, la dégradation des conditions macroéconomiques pourraient s’accentuer et, partant, celle de ces indicateurs financiers (encadré 1.2; voir au chapitre 3 l’examen des tendances à long terme en matière de stabilité et de développement financiers).

Graphique 1.14.Afrique subsaharienne : créances improductives, moyenne sur la période 2010–13 par rapport à 2015

Sources : autorités nationales; estimations des services du FMI.

Note : voir à la page 84 la liste des abréviations de pays.

En outre, le risque existe qu’il devienne de plus en plus difficile de concilier les objectifs budgétaires et monétaires. Selon une analyse des pays qui se sont fixé un objectif d’inflation, l’ampleur du déficit budgétaire de certains d’entre eux pourrait ne pas être compatible avec l’objectif d’inflation et certaines notions stylisées de la dette viable (encadré 1.3). Cet exercice illustratif montre que les pays concernés doivent remédier à leurs vulnérabilités budgétaires s’ils veulent éviter que les tensions entre politique budgétaire et politique monétaire ne s’accentuent, notamment celles qui sont liées à un recours au financement monétaire—qui risquerait de relancer l’inflation.

De fait, il ressort des données les plus récentes que le financement direct de la banque centrale a augmenté dans un grand nombre de pays (graphique 1.15). Dans la CEMAC, les plafonds des avances statutaires à l’État ont été relevés en août 2015 (ils sont passés de 20 % des recettes budgétaires de 2008 à 20 % des recettes budgétaires de 2014, ce qui représente une hausse atteignant jusqu’à 1¼ % du PIB de 2015 dans certains pays). Cependant, la plupart des pays de l’union ont déjà atteint leur nouveau plafond pour le financement direct de la banque centrale (et ce, dans le cas du Tchad, même après un relèvement exceptionnel du plafond). Le financement direct de l’État par la banque centrale s’est aussi accru dans d’autres pays par rapport à 2014, notamment en Tanzanie (dans le cadre des plafonds légaux existants), en Guinée et en Sierra Leone (en raison surtout de l’épidémie d’Ébola), et en Éthiopie. En Gambie, les avances en retard de remboursement ont été titrisées sous forme de prêts à long terme, mais elles restent inscrites au bilan de la banque centrale. Dans la plupart des cas, le financement direct a été accordé à des taux inférieurs à ceux du marché (par exemple en Éthiopie, en Gambie et en Zambie). Faisant exception à cet égard, le Ghana a supprimé en 2015 l’important volume d’avances antérieures dans le cadre du programme d’ajustement du gouvernement.

Graphique 1.15.Échantillon de pays d’Afrique subsaharienne : avances de la banque centrale, moyenne 2010–13 et 2015

Sources : autorités nationales; estimations des services du FMI.

Note : Les données pour 2015 sont celles du dernier mois disponible. CEMAC = Communauté économique et monétaire de l’Afrique centrale; CAE = Communauté de l’Afrique de l’Est. Voir à la page 84 la liste des abréviations de pays.

Dans certains autres pays, l’apport de financement au système bancaire par la banque centrale a facilité le placement d’instruments de dette intérieure de l’État (graphique 1.16). Dans l’UEMOA en particulier, l’écart positif entre le principal taux de refinancement de la Banque centrale des États de l’Afrique de l’Ouest (BCEAO) et les taux des effets et bons du Trésor a incité davantage les banques à emprunter auprès de la banque centrale pour investir dans la dette publique, ce qui a accentué l’asymétrie des échéances dans les bilans des banques (FMI, 2015f). En même temps, la banque centrale régionale de la CEMAC a injecté 660 millions de dollars dans la banque de développement régionale, la Banque de développement des États de l’Afrique centrale (BDEAC), en janvier pour l’aider à financer des projets d’investissement régionaux publics et privés, effaçant ainsi la démarcation entre le rôle traditionnel d’une banque centrale et le financement du développement.

Graphique 1.16.Zone franc : financement de la banque centrale par rapport à l’exposition des banques commerciales vis-à-vis de l’État, moyenne 2010–13 comparée à 2015

Source : FMI, International Financial Statistics.

Note : Les flèches vont de la moyenne pour 2010–13 à 2015. CEMAC = Communauté économique et monétaire de l’Afrique centrale; UEMOA = Union économique et monétaire ouest-africaine. Voir à la page 84 la liste des abréviations de pays.

Perspectives et risques

Des perspectives macroéconomiques en demi-teintes…

Compte tenu de l’environnement décrit dans la section précédente, l’Afrique subsaharienne devrait rester sur une trajectoire de croissance inférieure aux tendances passées en 2016 (tableaux 1.1 et 1.2). Les chocs extérieurs majeurs continuant de faire sentir leurs effets, la croissance moyenne de la région devrait atteindre à peine 3 % en 2016, ce qui représente une révision en baisse de 1¼ point de pourcentage par rapport à l’édition d’octobre 2015 des Perspectives économiques régionales, et le taux le plus bas depuis 1999. Cependant, les taux de croissance des pays de la région devraient rester très hétérogènes en 2016. En 2017, grâce à un léger redressement des cours des produits de base et à une mise en œuvre rapide des politiques publiques, en particulier dans les pays qui ont été le plus touchés par le choc, la croissance devrait remonter à 4 %.

Tableau 1.1.Afrique subsaharienne : croissance du PIB réel(Variation en pourcentage)
2004-08200920102011201220132014201520162017
Afrique subsaharienne6,84,06,65,04,35,25,13,43,04,0
Dont :
Pays exportateurs de pétrole9,27,08,54,63,85,75,92,62,23,4
Dont : Nigéria8,69,010,04,94,35,46,32,72,33,5
Pays à revenu intermédiaire6,93,86,54,54,24,64,62,62,53,4
Dont : Afrique du Sud4,8−1,53,03,22,22,21,51,30,61,2
Pays à faible revenu17,76,37,67,66,27,07,27,25,66,5
États fragiles3,53,35,63,13,47,26,13,94,25,2
Pour memoire :
Croissance économique mondiale4,90,05,44,23,53,33,43,13,23,5
Pays d’Afrique subsaharienne riches en ressources naturelles27,03,96,74,93,95,04,72,62,43,4
Pays émergents et préémergents d’Afrique subsaharienne37,14,46,85,04,55,15,03,53,03,9
Source : FMI, base de données des Perspectives de l’économie mondiale.
Tableau 1.2.Afrique subsaharienne : autres indicateurs macroéconomiques
2004-08200920102011201220132014201520162017
(Variation en pourcentage)
Inflation, moyenne8,89,88,29,59,36,66,47,09,08,3
(Pourcentage du PIB)
Solde budgétaire1,7−4,6−3,4−1,2−1,8−3,1−3,6−4,1−4,6−4,1
Dont : hors pays exportateurs de pétrole−0,6−4,1−4,3−3,7−3,7−4,0−4,1−4,1−3,9−3,5
Solde des transactions courantes2,1−2,8−0,8−0,6−1,8−2,4−4,1−5,9−6,2−5,5
Dont : hors pays exportateurs de pétrole−4,3−4,8−3,9−4,8−7,1−7,6−7,3−7,6−7,6−7,8
(Mois d’importations)
Couverture par les réserves5,15,24,24,65,35,05,65,14,23,9
Source : FMI, base de données des Perspectives de l’économie mondiale.

Les perspectives pour 2016 demeurent sombres pour les pays exportateurs de pétrole et plusieurs pays exportateurs d’autres produits de base.

  • La croissance économique des pays exportateurs de pétrole devrait tomber à 2,2 %. En particulier, la croissance devrait ralentir encore en Angola, à cause, entre autres facteurs, de l’insuffisante disponibilité de devises et de la diminution du niveau des dépenses publiques, et au Nigéria, où les restrictions de change amplifient les effets négatifs de l’effondrement des cours du pétrole en perturbant l’activité du secteur privé. En République du Congo, toutefois, la croissance devrait s’accélérer sous l’effet de l’augmentation prévue de la production de pétrole.

  • Dans plusieurs grands pays exportateurs de produits de base autres que le pétrole, la croissance devrait aussi rester atone. Ainsi, elle devrait continuer de ralentir en Zambie en raison de la faiblesse des cours du cuivre, des pénuries d’électricité et du manque de dynamisme de la demande intérieure, et diminuer de moitié pour s’établir à 0,6 % en Afrique du Sud à cause de la défiance des investisseurs, du resserrement des politiques publiques, de la baisse des cours des produits de base et des effets de la sécheresse. Au Ghana, la croissance de l’activité hors pétrole devrait être stable, à un niveau toutefois peu élevé, mais la croissance du PIB global devrait s’accélérer légèrement grâce à l’augmentation de la production de pétrole.

  • Dans les pays touchés par l’épidémie d’Ébola, la croissance économique devrait rester faible en 2016. Avec le reflux de l’épidémie, elle devrait toutefois s’accélérer en Guinée et au Libéria (en progressant de plus de 3 points de pourcentage dans les deux pays pour s’établir à 4,1 % dans le premier et à 2,5 % dans le second), et atteindre 5,3 % en Sierra Leone, après une contraction de plus de 20 points en 2015.

Dans la plupart des autres pays, la croissance économique devrait rester relativement vigoureuse. Stimulée par la vitalité de l’investissement intérieur et la baisse des cours du pétrole, la croissance des pays importateurs de pétrole (hors Afrique du Sud) devrait s’établir à 5,2 % en 2016 (contre 5,4 % en 2015). Plus précisément, la croissance devrait atteindre 6 % au Kenya, grâce à l’investissement dans le secteur des transports, au développement de la production d’électricité et au redressement du secteur du tourisme. De même, le Sénégal devrait enregistrer une croissance à peu près inchangée, de 6,6 %, soutenue par l’amélioration de la productivité agricole et le dynamisme du secteur privé. Le niveau élevé des cours du cacao et la bonne campagne agricole, ainsi que l’augmentation anticipée de l’investissement à la suite de la récente élection présidentielle, devraient également alimenter une croissance vigoureuse en Côte d’Ivoire, que les projections chiffrent à 8,5 %.

La sécheresse qui sévit à l’échelle régionale fait peser de lourdes menaces sur l’Afrique australe et orientale (encadré 1.1). La croissance économique de l’Éthiopie et du Malawi devrait s’en ressentir de façon particulièrement sensible. En outre, l’inflation des produits alimentaires est en hausse, et la nécessité d’importer de la nourriture et de l’électricité devrait entraîner une dégradation de la balance des transactions courantes, surtout en Zambie. Les effets de la sécheresse varient d’un pays à l’autre, mais son coût humain est élevé, car elle crée une situation d’insécurité alimentaire qui va sans doute s’aggraver considérablement par rapport à 2015 et toucher de 40 à 50 millions de personnes d’ici la fin de 2016. De plus, comme les conditions climatiques actuelles devraient perdurer pendant la période 2016–17, la proportion de la population touchée par la sécheresse pourrait doubler.

… avec des aléas négatifs considérables

Sur le plan extérieur, l’incertitude persiste, en particulier pour ce qui est de la trajectoire et des conséquences du rééquilibrage en Chine, du resserrement monétaire aux États-Unis, de la croissance économique des pays avancés et des interactions de ces différents facteurs.

Une dégradation de l’environnent financier et géopolitique en l’Europe pourrait affaiblir encore la demande d’exportations africaines ainsi que les apports de capitaux et d’aide au développement en provenance de cette région.

La volatilité accrue des marchés financiers mondiaux pendant les premières semaines de 2016 a fortement pesé sur les marges souveraines des pays préémergents de la région, ce qui souligne la gravité des préoccupations des investisseurs (encadré 1.4). En outre, les cours des produits énergétiques et des autres produits de base pourraient aussi rester volatils. Les cours des produits de base se sont redressés vers la fin du premier trimestre, mais cette hausse pourrait s’avérer temporaire si la demande chinoise de produits de base n’augmente pas et si l’offre mondiale de pétrole continue de surprendre en se maintenant à un niveau élevé.

Aux plans intérieur et régional, le principal risque serait que les ajustements nécessaires des politiques publiques ne soient pas mis en œuvre à temps, ce qui risquerait de créer des difficultés de financement et de précipiter un ajustement encore plus brutal. Ce risque pourrait être accru là où les incertitudes entourant l’action des pouvoirs publics s’intensifient (comme dans les pays où des élections cruciales sont prévues en 2016). Si la sécheresse se prolonge et s’étend à d’autres régions en Afrique australe et orientale, la croissance agricole pourrait en souffrir, et une partie considérable de la population pourrait être exposée à l’insécurité alimentaire, ce qui déclencherait des déplacements de population et des migrations.

En outre, la menace terroriste s’accentue en Afrique centrale et dans la région du Sahel, comme l’ont montré les attentats récents au Burkina Faso, en Côte d’Ivoire et au Mali (encadré 1.5). Enfin, les retombées du marasme économique qui sévit dans certains pays sur les autres pays de la région, tant par le biais du commerce que sur le système financier par le jeu des opérations transnationales, constituent aussi un risque potentiel.

Les politiques doivent s’adapter à un rythme plus rapide

Les sections qui précèdent mettent en évidence un certain nombre de tendances préoccupantes.

  • Le creusement des déficits budgétaires et le renchérissement des financements extérieurs et intérieurs accentuent les vulnérabilités macroéconomiques et, dans certains cas, compromettent l’action des banques centrales dans la mise en œuvre de leurs missions primordiales, telles que le maintien de la stabilité des prix.

  • Cette situation s’ajoute aux tensions qui s’exercent sur les taux de change, et nombreuses sont les banques centrales qui ont réagi en relevant les taux d’intérêt. Si l’on tient compte par ailleurs du niveau élevé de l’endettement public, les coûts d’emprunt du secteur privé se sont accrus, compromettant ainsi la croissance.

  • Les pays de la région ont généralement entamé cet épisode de tensions avec des marges de manœuvre amoindries par rapport au début de la crise financière mondiale (voir l’édition d’octobre 2015 des Perspectives économiques régionales : Afrique subsaharienne). Ayant désormais réduit considérablement ces marges de manœuvre pour amortir les chocs, beaucoup de ces pays se trouvent maintenant dans une situation où de nouvelles mesures anticycliques sont difficilement envisageables.

  • Les risques souverains liés aux considérables engagements des banques commerciales en dette publique et les risques connexes de refinancement des États se sont parfois intensifiés au point de menacer la stabilité financière.

Compte tenu de ces tendances, les gouvernements devraient envisager des politiques d’ajustement dont l’urgence doit être proportionnelle à l’ampleur des vulnérabilités intérieures. Les cours des produits de base ont considérablement chuté, le rythme ayant été sans précédent dans le cas des produits énergétiques. Les exportateurs de pétrole et d’autres produits de base ont entrepris de s’adapter, mais, vu l’ampleur du choc en présence, il leur reste encore beaucoup de chemin à parcourir. Comme le choc risque de perdurer et que les marges de manœuvre se sont épuisées, l’ajustement est inévitable.

  • Les pays qui n’appartiennent pas à une union monétaire devraient laisser leurs taux de change s’ajuster pour absorber le choc. Les interventions des banques centrales devraient se limiter à atténuer les fluctuations désordonnées du marché, et, de manière plus générale, les mesures administratives sur le marché des changes devraient être évitées. Les banques centrales pourraient être amenées à durcir leur politique monétaire lorsqu’une dépréciation du taux de change entraîne des tensions inflationnistes durables, lorsque les poussées d’inflation des prix alimentaires imputables aux épisodes de sécheresses ont des effets inflationnistes de second tour, ou lorsque les considérations macroprudentielles le justifient. Ces politiques seront vraisemblablement nécessaires pour préserver la stabilité macroéconomique, en dépit des effets néfastes que le durcissement des politiques monétaires pourrait avoir sur le secteur privé en raison du renchérissement des coûts d’emprunt.

  • L’ajustement budgétaire s’impose de manière urgente pour préserver la stabilité macroéconomique, notamment dans les pays exportateurs de pétrole de la région. Au sein de la CEMAC, l’instrument du taux de change n’est pas disponible, et l’appui direct des banques centrales à l’État atteint ses limites. Bien qu’il convienne que ces pays utilisent leurs réserves internationales pour atténuer le choc, compte tenu de l’ampleur de ce dernier et des anticipations d’une réduction durable des recettes fiscales générées par le secteur des ressources naturelles, un profond rééquilibrage des finances publiques est inévitable (FMI, 2015b), même au prix d’une activité moindre à court terme. De manière plus générale, le rythme de la consolidation budgétaire au sein de la région devrait tenir compte des marges de manœuvre de chaque pays, des vulnérabilités nationales et des contraintes de financement. Dans leur travail de rééquilibrage, les pays devraient s’efforcer de mobiliser des recettes et de préserver les dépenses prioritaires, telles que les dépenses sociales, de manière à ne pas remettre en question leurs objectifs de développement à plus long terme.

  • Plusieurs pays qui ne sont pas de gros exportateurs de produits de base non renouvelables sont mieux à même de surmonter les chocs et, jusqu’à présent, ont continué à enregistrer des performances relativement satisfaisantes. Cependant, certains d’entre eux se sont efforcés de répondre à des besoins urgents de dépenses, notamment pour combler les déficits d’infrastructure, et ont ainsi creusé leurs déficits et accru leur niveau d’endettement. Ces pays devraient mettre à profit leur vigueur actuelle pour constituer des marges de manœuvre et réduire leur vulnérabilité à un soudain retournement de conjoncture.

  • Les banques centrales devraient limiter les avances à l’État au niveau nécessaire pour atténuer les contraintes de financement à court terme et devraient éviter de relaxer les contraintes de liquidité des banques commerciales pour faciliter les prêts à l’État. Les banques centrales devraient en outre s’abstenir, de manière générale, de fournir un financement structurel à l’appui du développement.

  • Les pays doivent rester attentifs aux signes de recrudescence des tensions financières et, dans cette perspective, mettre en place des systèmes d’alerte avancée et des dispositifs de coopération transfrontalière en matière de supervision.

  • Outre que les difficultés actuelles appellent une riposte immédiate, elles rappellent de manière explicite la nécessité de faire avancer les programmes de diversification économique.

Encadré 1.1.Impact de la sécheresse en Afrique australe et orientale

De vastes zones de l’Afrique australe et orientale pâtissent d’une grave sécheresse qui pourrait menacer la sécurité alimentaire de 40 à 50 millions de personnes. Liée au phénomène climatique El Niño, elle touche l’activité économique des différents pays au travers de deux canaux de transmission : en réduisant la production agricole et, dans certains cas, en compromettant la production d’énergie hydroélectrique. La croissance devrait ainsi ralentir sensiblement en Éthiopie, au Malawi et en Zambie, et l’inflation des produits alimentaires s’accélère pratiquement partout dans la sous-région. Plusieurs pays doivent en outre faire face à des tensions budgétaires et extérieures. La sécheresse pourrait s’intensifier durant l’année, et la situation macroéconomique se détériorer davantage.

Durant l’année, la sécheresse qui sévit actuellement sur l’Afrique australe et orientale, devrait s’accentuer, touchant des millions de personnes et provoquer potentiellement une crise alimentaire d’envergure régionale. La pluviométrie est jusqu’à présent la plus faible des 35 dernières années : elle se situe en dessous de 40 % de la moyenne à long terme et s’inscrit dans le sillage d’une saison des pluies déjà insuffisante l’année dernière. L’Éthiopie, le Lesotho, le Malawi et le Zimbabwe ont déjà lancé un appel à l’aide humanitaire, tandis que plusieurs autres pays ont déclaré des situations d’urgence. L’Afrique du Sud, le Botswana, la Namibie et le Swaziland limitent la consommation d’eau en raison des faibles niveaux de leurs réservoirs. L’étiage influe en outre sur la production d’énergie hydroélectrique en Zambie et au Zimbabwe, en provoquant des délestages massifs. Les prévisions font état de précipitations qui resteraient inférieures à la moyenne et d’une autre année de mauvaises récoltes en 2016.

Selon le Programme alimentaire mondial et l’Agence des États-Unis pour le développement international, de 40 à 50 millions de personnes risquent de manquer de nourriture d’ici la fin de 2016, dont 2,5 millions qui souffrent d’ores et déjà d’une crise alimentaire aigüe, les conséquences variant d’un pays à l’autre1. Si les conditions exceptionnelles de chaleur et de sécheresse persistent, la région tout entière pourrait souffrir d’une crise alimentaire en 2016 et au début de 2017, et la population extrêmement vulnérable pourrait augmenter sensiblement. Les précipitations auraient beau revenir à la normale, les réserves agricoles et les banques de semences sont pratiquement épuisées, et les agriculteurs seront donc de toute façon démunis face à la prochaine campagne de semis. Selon le réseau des systèmes d’alerte avancée contre les famines, une grande part des récoltes futures sera perdue en raison d’une mauvaise qualité de l’ensemencement (notamment dans le cas du maïs). La sécheresse frappera de manière particulièrement sévère les populations rurales les plus vulnérables qui dépendent de la production agricole. En milieu urbain, les pauvres seront frappés par le renchérissement des denrées alimentaires.

Les retombées macroéconomiques de la sécheresse devraient être particulièrement importantes dans certains des pays les plus vulnérables de la région :

  • Croissance. Selon les services du FMI, en 2016 la croissance du PIB sera particulièrement touchée en Éthiopie, et elle devrait perdre 2,3 points de pourcentage au Malawi du fait de la sécheresse, principalement en raison d’une maigre production agricole. Outre ses effets sur l’agriculture, la sécheresse paralyse la distribution d’eau et la production d’électricité. Plusieurs réservoirs se sont pratiquement évaporés ou présentent un très faible niveau, et les pénuries d’eau touchent la production hydroélectrique, notamment en Zambie, où la croissance perd 1,2 point à cause de la sécheresse, et au Zimbabwe, où les délestages prolongés sont devenus la norme. Dans la plupart des autres pays touchés de la sous-région, la sécheresse pourrait faire perdre jusqu’à 0,5 point de croissance.

  • Inflation. L’inflation alimentaire est orientée à la hausse dans plusieurs pays, encore que l’impact sur l’inflation globale ait été jusqu’à présent amorti par une baisse des prix d’autres produits entrant dans le panier du calcul de l’IPC, notamment ceux des carburants. Par exemple, malgré le faible niveau des prix alimentaires mondiaux, les prix de gros du maïs en Afrique du Sud et dans d’autres pays voisins dépassent de plus de 50 % ceux de l’année dernière, tandis que les prix de détail du maïs ont doublé au Malawi et au Mozambique.

  • Budget. La sécheresse met à rude épreuve le budget de l’État en Éthiopie, qui a récemment adopté un collectif budgétaire, au Swaziland, où les coûts des plans d’urgence s’élèvent à 1 % du PIB, et en Zambie, où les importations d’électricité d’urgence sont estimées à 1½ % du PIB. D’autres pays envisagent des dépenses supplémentaires liées à la sécheresse d’un montant pouvant aller jusqu’à ½ % du PIB, principalement pour les activités de soutien à la population.

  • Situation extérieure. De fortes tensions risquent de peser sur la situation extérieure. Les importations d’aliments et, dans certains pays, d’électricité devraient s’accroître et détériorer sensiblement le solde des transactions courantes, notamment en Zambie (1½–2 % du PIB), tandis que d’autres pays sont aux prises avec des besoins humanitaires, principalement liés aux importations alimentaires, qui représentent environ ½ % du PIB.

Jusqu’à présent, la riposte à la crise a été inégale. Au Zimbabwe, le financement du plan de riposte à la sécheresse serait inférieur à 50 % des besoins, contre plus de 90 % au Malawi. De manière plus générale, les organismes de secours font état d’un considérable déficit de financement et, selon les organisations internationales telles que le Programme alimentaire mondial, la plupart des pays de la région ne sont pas suffisamment bien préparés pour gérer les conséquences humanitaires éventuelles. Qui plus est, peu de progrès ont été enregistrés dans la mise en place d’une infrastructure agricole capable de résister aux variations climatiques, notamment avec l’adoption de semences résistantes à la sécheresse, de nouvelles techniques agricoles, de pratiques de récupération de l’eau et de l’agriculture de conservation.

Cet encadré a été préparé par Geremia Palomba, Aidar Abdychev et Monique Newiak.1Classement du cadre intégré de classification de la sécurité alimentaire (IPC) Phase 3. L’IPC sert à mesurer la nature et la gravité d’une crise de sécurité alimentaire (par exemple, IPC 4 : urgence humanitaire, et IPC 5 : famine/catastrophe humanitaire).

Encadré 1.2.Croissance du crédit au secteur privé en Afrique subsaharienne

La croissance du crédit au secteur privé a ralenti dans la plupart des pays d’Afrique subsaharienne (graphique 1.2.1). Ce phénomène récent est examiné par rapport à la rapide croissance qu’a connue le crédit sur la période 2010–13, lorsque les cours des matières premières étaient orientés à la hausse et que les conditions de financement étaient favorables.

Graphique 1.2.1.Afrique subsaharienne : croissance du crédit au secteur privé

Sources : autorités nationales; FMI, International Financial Statistics; estimations des services du FMI.

Note : voir à la page 84 la liste des abréviations de pays.

À l’époque, la conjoncture de conditions financières favorables et de montée des prix des produits de base avait coÏncidé avec une croissance du crédit aux secteurs public et privé, ce qui a permis à de nombreux pays de poursuive leur approfondissement financier, parfois par rapport à de faibles niveaux de départ1. Le fort dynamisme des cours des matières premières ayant pris fin, la croissance du crédit se ralentit désormais, surtout dans les pays exportateurs de produits énergétiques. Cette situation appelle plusieurs questions :

  • Les pays de la région, et notamment les exportateurs de matières premières, avaient-ils enregistré une poussée exceptionnelle (ou «bulle») du crédit lors de l’envolée des cours, ou bien avaient-ils connu un approfondissement financier salutaire?

  • Quelles sont les conséquences de ce ralentissement au regard des risques pour la stabilité financière, en particulier en ce qui a trait aux créances improductives?

Pour répondre à ces questions, nous avons réalisé une analyse comparative de l’évolution du crédit permettant d’évaluer les risques éventuels liés au récent épisode de croissance rapide du crédit. En nous appuyant sur Marchettini et Maino (2015), nous avons défini les pays où la croissance du crédit au secteur privé 1) avait été plus rapide qu’une tendance à long terme («écart tendanciel»), et 2) avait dépassé un niveau dicté par les caractéristiques structurelles propres à chaque pays («écart référentiel»—graphique 1.2.2). L’analyse aboutit aux conclusions suivantes2 :

  • Plusieurs pays qui ne sont pas exportateurs de ressources naturelles (Kenya, Mozambique, Sénégal, Togo) présentent des risques liés à la croissance rapide du crédit (et supérieure à ce que les considérations structurelles sembleraient justifier); ces risques pourraient à terme peser sur la stabilité financière3.

  • En revanche, dans la plupart des pays exportateurs de ressources naturelles, la croissance rapide du crédit était liée à un processus de rattrapage et, dans deux d’entre eux seulement (Mali, Niger), elle était supérieure à ce qu’auraient justifié les caractéristiques structurelles.

  • Il reste un certain nombre de pays où les progrès sont insuffisants en matière d’approfondissement financier. Dans ces pays, la croissance du crédit est inférieure à la tendance et au niveau que sembleraient recommander les caractéristiques structurelles (Gambie, Nigéria, Sierra Leone).

Graphique 1.2.2.Crédit au secteur privé : écart tendanciel et écart référentiel, moyenne pour 2010–13 comparée à 2014

Sources : Banque mondiale, FinStats 2016; calculs des services du FMI.

Note : voir à la page 84 la liste des abréviations de pays.

Notre analyse fait ressortir que, dans la plupart des pays où les risques pour la stabilité financière seraient en train de s’accentuer en raison de la baisse marquée des cours des matières premières, une correction par rapport aux tendances de croissance excessive du crédit des années récentes ne devrait toutefois pas avoir pour effet de les accentuer davantage.

  • Les créances improductives imputables au ralentissement de l’activité économique augmentent dans un certain nombre de pays de la région, exportateurs de ressources naturelles (Angola, Guinée équatoriale, Sierra Leone, Tchad) ou non (Bénin, Cabo Verde, Gambie, Malawi, São Tomé-et-Príncipe) (voir graphique 1.14).

  • Seuls certains des pays qui affichent une augmentation des créances improductives présentent, selon notre analyse, une croissance du crédit sur les années récentes pouvant être jugée excessive, et l’on ne saurait y exclure une augmentation encore plus forte de ces créances. Il faudrait certes procéder à une étude plus approfondie pour être plus catégorique, mais les autorités devraient toutefois rester vigilantes face à tout indice de poussée des créances douteuses.

  • D’après notre analyse, la croissance du crédit dans la plupart des exportateurs de ressources naturelles n’a pas atteint des niveaux que l’on pourrait juger excessifs. Cela réduit quelque peu le risque d’une instabilité financière lié au repli du cours des matières premières aggravée par une augmentation des créances improductives.

  • De plus, dans le cas des pays riches en ressources naturelles, la croissance rapide du crédit a souvent été le fait de l’exploitation des matières premières, y compris par des entreprises publiques4. En conséquence, la probabilité d’une recrudescence (reconnue) des créances improductives sera étroitement liée à l’évolution des finances publiques dans ces pays.

1Dans les pays riches en ressources naturelles, les niveaux de crédit au secteur privé sont souvent faibles, car la mise en valeur des ressources naturelles est souvent financée par des ressources publiques ou par l’investissement direct étranger.2L’écart tendanciel pour un pays donné est l’écart moyen du ratio crédit au secteur privé/PIB de ce pays pour la période 2010–13 par rapport à une tendance à long terme calculée à l’aide d’un filtre Hodrick-Prescott rétrospectif. L’écart référentiel est l’écart moyen, sur la période 2010–13, du ratio crédit au secteur privé/PIB par rapport à une référence statistique, obtenue sur la base d’une régression quantile du ratio crédit au secteur privé/PIB sur les caractéristiques structurelles du pays et certains facteurs conjoncturels. Les caractéristiques comprennent la population et la densité démographique, le PIB par habitant et son carré, les ratios de dépendance démographique et des variables indicatrices pour les pays préémergents, les exportateurs de pétrole, les centres financiers et les pays enclavés (voir Feyen, Kibuuka et Sourrouille, 2016).3La croissance du crédit et les ratios crédit/PIB constituent des indicateurs importants pour évaluer la stabilité financière. Cela étant, même si leur valeur est plus élevée, ils pourraient tout de même coexister avec un accès insuffisant au crédit et aux services financiers dans de vastes groupes de la population. Le chapitre 3 examine de manière plus approfondie ces dimensions importantes du développement des secteurs financiers, telles que l’inclusion financière, du point de vue de l’accès tant au crédit qu’aux services financiers.4Les valeurs de crédit au secteur privé représentées au graphique 1.2.1 incluent le crédit aux entreprises publiques.

Encadré 1.3.Prépondérance budgétaire—Un exercice illustratif

Le contexte actuel de déficits budgétaires considérables ou en forte hausse dans certains pays, sur fond de durcissement des conditions de financement, pourrait compromettre la réalisation des objectifs de politique monétaire des banques centrales si elle aboutissait à une monétisation des déficits. Cette situation reçoit l’appellation de «prépondérance budgétaire». L’analyse qui suit s’efforce d’évaluer la cohérence des objectifs de politique monétaire et budgétaire sous des hypothèses d’objectifs d’endettement en régime permanent. Il convient de préciser qu’il s’agit d’un exercice purement illustratif. En particulier, il ne veut pas dire que nous avons en tête une trajectoire spécifique d’inflation future (dans la mesure où les pays pourraient s’écarter des hypothèses ici retenues en matière de financement par la dette), et ne doit pas être lu comme synonyme de recommandation particulière en matière de politique publique pour quelque pays que ce soit.

Pour illustrer les compromis entre objectifs budgétaires et cibles d’inflation dans la région, le présent encadré s’appuie sur le cadre comptable mis au point par Anand et Van Wijnbergen (1989). Ce cadre comptable part du constat qu’un déficit budgétaire donné peut être financé 1) en émettant des titres de dette intérieure ou extérieure assortis d’intérêts, ou 2) en ayant recours au financement monétaire («seigneuriage»). En conséquence, le déficit finançable (FD) peut être formulé comme suit :

FD = emprunts intérieurs faisables + emprunts extérieurs faisables + seigneuriage.

Le cadre de viabilité de la dette élaboré par le FMI pour les pays à faible revenu (FMI, 2013) définit des seuils propres à chaque pays pour des ratios dette/PIB viables1. Dans le cadre de cet exercice illustratif, le présent encadré établit des objectifs de ratio de dette/PIB pour les pays à faible revenu de la région, comme suit :

pour les pays présentant un faible risque de surendettement :

pour les pays présentant un risque de surendettement modéré :

pour les pays présentant un risque élevé de surendettement :

Dans ces équations, les coefficients 0,5 et 0,75 sont des hypothèses retenues à titre illustratif. Sous ces hypothèses, les pays présentant un risque de surendettement faible et modéré peuvent accroître leur ratio dette/PIB pour s’approcher du seuil (les pays présentant un faible risque de surendettement ont une marge d’endettement plus large que celle des pays dont le risque est modéré et ils peuvent donc emprunter davantage). Pour les pays dont le risque de surendettement est élevé (qui présentent tous un ratio dette/PIB supérieur au seuil de risque modéré), l’hypothèse qui est faite est qu’ils visent une réduction de leur ratio dette/PIB pour se rapprocher du seuil, c’est-à-dire pour ramener leur risque de surendettement à un niveau modéré. S’agissant des pays de la région ayant accès aux marchés, une cible de dette/PIB de 70 % est retenue, conformément aux analyses de viabilité de la dette du FMI applicables aux pays ayant accès aux marchés.

Sur la base de ces hypothèses, nous calculons le niveau de déficit budgétaire qui permet de maintenir un ratio dette/PIB au niveau visé en régime permanent. Par voie de conséquence, en régime permanent, l’écart entre ce niveau de déficit budgétaire stabilisateur de dette et le déficit finançable doit être financé par le seigneuriage, lequel dépend du taux de croissance nominale et du taux d’inflation de l’économie considérée :

g est le taux de croissance du PIB réel, π estletauxd’inflation etm est le stock de base monétaire par rapport au PIB nominal. L’adoption d’un objectif d’inflation (dénommé π*) limite donc les montants qui peuvent être mobilisés par le biais du seigneuriage.

L’analyse tient également compte du fait que la demande de monnaie réelle est elle-même influencée par le niveau de l’inflation. De manière plus précise, des taux plus élevés d’inflation tendent à la réduire et, partant, à restreindre l’assiette fiscale de l’impôt inflation (à savoir la base monétaire détenue par le secteur privé). En prenant cela en considération, nous calculons le montant de seigneuriage qu’un pays devrait pouvoir générer lorsque l’objectif d’inflation π* est atteint. En ajoutant ce montant au déficit budgétaire stabilisateur d’endettement, nous obtenons le «déficit finançable» lorsque l’inflation est au niveau de l’objectif d’inflation.

Nous comparons ensuite le «déficit finançable» et le déficit observé dans les pays dotés d’un objectif d’inflation. Sur la base de cet exercice, il apparaît qu’il existe des tensions entre les objectifs budgétaires et monétaires dans un certain nombre de pays de la région. Le tableau 1.3.1 montre les résultats pour neuf pays d’Afrique subsaharienne et une union monétaire ayant établi un objectif d’inflation2. Il ressort de ces résultats que les politiques actuelles du Kenya, du Malawi et de la Zambie pourraient aller à l’encontre des objectifs monétaires sous nos hypothèses d’accumulation de dette faisable, dans la mesure où l’amélioration requise du solde budgétaire (RBI) correspondant à leur objectif d’inflation dépasse 1½ % du PIB. Ces résultats reposent sur des hypothèses très schématiques et sont donc, par nature, illustratifs, mais ils corroborent l’argument selon lequel, dans ces pays, la politique budgétaire gagnerait à être ajustée pour éviter les tensions liées à une augmentation de la dette au-delà des niveaux jugés sûrs ou à la non-réalisation des objectifs monétaires.

Tableau 1.3.1.Amélioration requise du solde budgétaire (RBI) pour les pays ayant un objectif d’inflation déclaré
Dette 2015 (% du PIB)Solde budgétaire 2015 (% du PIB)Déficit finançable correspondant à l’objectif d’inflation (% du PIB)RBI correspondant à l’objectif d’inflation (% du PIB)
Zambie52,9−8,1−3,84,3
Malawi83,4−5,9−4,01,9
Kenya52,7−8,4−6,81,6
Afrique du Sud50,1−4,0−3,40,6
Nigéria11,5−4,0−3,50,5
Tanzanie40,5−3,7−3,40,3
UEMOA41,2−4,2−3,90,3
Ghana73,3−5,0−4,80,2
Mozambique74,8−6,0−6,2
Ouganda35,4−2,9−4,1
Sources : FMI, base de données des analyses de viabilité de la dette et base de données des Perspectives de l’économie mondiale; estimations et calculs des services du FMI.Note : Le calcul du déficit finançable s’appuie sur des données relatives à la dette en monnaie locale et en devises tirées de la base de données des analyses de viabilité de la dette. UEMOA = Union économique et monétaire ouest-africaine.
1Ces seuils, qui dépendent de la capacité de chaque pays (élevée, moyenne ou faible), établissent un lien entre le niveau d’endettement et le risque de surendettement (élevé, modéré ou faible), les niveaux d’endettement élevés allant généralement de pair avec des risques de surendettement supérieurs. Les seuils sont établis à partir d’estimations économétriques basées sur une régression de la probabilité qu’un pays se trouve dans une situation de surendettement par rapport au niveau d’endettement et d’autres variables. Les seuils sont ensuite étalonnés, de sorte que la probabilité de surendettement est de l’ordre de 20 % (FMI, 2012c).2Ces pays ont vraisemblablement les cadres de politiques monétaires les plus crédibles, d’où une moindre probabilité de prédominance budgétaire. Le présent encadré se contente donc de repérer d’éventuelles tensions entre cibles monétaires et cibles budgétaires.

Encadré 1.4.Retombées régionales en Afrique subsaharienne

L’édition d’avril 2012 des Perspectives économiques régionales : Afrique subsaharienne signalait que l’évolution de la situation économique en Afrique du Sud et au Nigéria ne tendait pas à avoir de répercussions sur l’ensemble de l’Afrique subsaharienne. D’autres études ont, depuis, confirmé ces résultats (Canales-Kriljenko et al., 2013, Basdevant et al., 2014, et Banque mondiale, 2016), et l’extension aux dernières données disponibles de l’analyse conduite en 2012 à l’aide d’une méthodologie d’autorégression vectorielle corrobore également ces résultats1. Elle signale en outre que l’évolution de la situation économique au Ghana et en Zambie n’a pas d’incidence notable sur les prix et la production des pays voisins. Une importante mise en garde s’impose toutefois, parce qu’il est possible que ces retombées existent, mais que les données officielles ne parviennent pas à en rendre compte, car elles pourraient se manifester par le jeu d’échanges transfrontaliers informels. En outre, à l’avenir, de nombreux pays d’Afrique subsaharienne pourraient être touchés par le ralentissement de l’économie sud-africaine, l’Afrique du Sud étant depuis ces dernières années une source importante d’investissement direct étranger (IDE) dans la région.

Les retombées économiques qui n’apparaissent pas dans les données du secteur réel et l’impact que pourraient avoir les investissements directs étrangers sud-africains et nigérians sur la croissance des pays destinataires pourraient apparaître dans les marges souveraines d’obligations libellées en dollars. Le présent encadré se penche donc sur cette question et examine en quoi les variations des marges souveraines nigérianes et sud-africaines agissent sur celles d’autres pays préémergents d’Afrique subsaharienne2.

À partir de données hebdomadaires, nous estimons l’équation suivante pour chaque pays préémergent en utilisant la méthode des moindres carrés :

st est la marge souveraine d’un pays donné à la semaine t («ZAF/NGA» et «Global» désignant les marges souveraines sud-africaines/nigérianes et EMBIG, respectivement). Les autres variables sont les taux des bons du Trésor américain à trois mois, l’indice VIX et la variation des cours du pétrole entre la semaine t1 et la semaine t3.

Les résultats des estimations dans les différents pays révèlent un profil systématique. Premièrement, les marges souveraines manifestent un degré important de persistance. Deuxièmement, les augmentations des marges au niveau mondial, du taux des bons du Trésor américain et de l’indice VIX tendent tous à provoquer une augmentation des marges souveraines dans les pays préémergents de la région, ce qui montre à quel point les évolutions à l’échelle mondiale influencent les niveaux des marges souveraines des pays préémergents d’Afrique subsaharienne. Enfin, pour tous les pays, excepté la Côte d’Ivoire, les cours du pétrole ont un effet négatif statistiquement significatif sur les marges souveraines. Il est intéressant de constater que cela vaut à la fois pour les pays exportateurs de pétrole (Angola, Gabon et Nigéria) et pour les importateurs, sans doute parce que l’évolution des cours du brut approxime relativement bien l’activité économique mondiale ou la croissance pour la région d’Afrique subsaharienne. Ces conclusions rejoignent des résultats établis précédemment4.

Le graphique 1.4.1 présente les estimations pour le coefficient qui nous intéresse le plus : l’effet sur chaque pays préémergent d’une augmentation de la marge souveraine en Afrique du Sud. Cet effet tend à être significatif et positif dans la plupart des cas; autrement dit, les inquiétudes à l’égard de la solvabilité de l’Afrique du Sud se traduiraient généralement par des inquiétudes grandissantes à l’égard de la solvabilité des pays préémergents de la région (notamment en Afrique orientale). Une analyse analogue fait apparaître que l’évolution des marges souveraines au Nigéria n’a pas de retombées notables sur les autres pays préémergents de la région (hormis au Gabon, où l’estimation s’élève à 0,2 avec une valeur p de 0,0008).

Graphique 1.4.1.Estimation de β2 (Afrique du Sud) et intervalle de confiance de 95 %

Source : calculs des services du FMI.

Il existe d’autres mécanismes de transmission potentiels. Le partage des recettes au sein de la SACU5 a traditionnellement constitué un lien important entre l’économie de l’Afrique du Sud et celle du Botswana, du Lesotho, de la Namibie et du Swaziland (BLNS); en effet, les recettes budgétaires de ces derniers baissent lorsque les importations de la région (principalement impulsées par les importations destinées à la consommation finale en Afrique du Sud) diminuent. De là une grande volatilité des recettes publiques des BLNS. Ceux-ci s’efforcent de se protéger contre ces retombées en créant des marges de manœuvre lorsque la conjoncture est favorable, mais, à l’exception du Botswana, ils n’y ont que partiellement réussi. En particulier, le Swaziland—le pays pour lequel les transferts de la SACU sont les plus élevés en pourcentage des recettes publiques totales—a eu des difficultés à équilibrer son budget en présence d’une diminution des recettes de la SACU6.

L’émergence récente de banques panafricaines a créé un autre mécanisme de transmission éventuel de retombées économiques à l’échelle transnationale7. De récents travaux font apparaître que la plupart des banques panafricaines sont bien capitalisées et qu’elles font principalement appel à des sources de financement locales. Bien que le modèle de financement semble atténuer les risques de contagion par les circuits financiers, l’activité transfrontalière grandissante de ces banques soulève des défis en matière de réglementation et de supervision. Vu l’ampleur des chocs auxquels est soumise la région, il importe donc de rester vigilant à l’égard des risques éventuels qui pourraient émaner de ce mécanisme de transmission.

1Le Bénin pourrait constituer une exception. Ce pays semble en effet subir de retombées du Nigéria : les services du FMI estiment qu’une réduction de 1 point de pourcentage de la croissance nigériane va de pair avec une réduction de 0,3 point de la croissance béninoise (FMI, 2015f). Sur le passé très récent, les restrictions de change au Nigéria sembleraient avoir une incidence sur les exportateurs des partenaires commerciaux tels que l’Afrique du Sud.2Étant donné que cette étude utilise des données financières, elle ne soulève pas les difficultés susmentionnées liées à la qualité des données.3Les marges souveraines proviennent de la base de données de l’indice Emerging Market Bond Index—Global (EMBIG) de JP Morgan. Nous suivons la démarche des études en la matière en procédant à des estimations à partir de variables log transformées, mais les estimations de notre équation sur la base de variables en niveau donnent des résultats fort similaires. Le niveau des marges souveraines au niveau mondial est une moyenne pondérée de toutes les marges souveraines des pays émergents inclus dans la base de données EMBIG. L’indice VIX est l’indice de volatilité implicite du Chicago Board Options Exchange (basé sur les options de l’indice S&P 500); il mesure les anticipations de volatilité future des marchés. Il est jugé comme une bonne approximation de l’incertitude sur les marchés financiers.4Voir encadré 1.3, édition d’avril 2015 des Perspectives économiques régionales : Afrique subsaharienne.5Les droits d’importation perçus sur les marchandises entrant dans l’Union par l’Afrique du Sud sont perçus par les autorités sud-africaines, puis redistribués entre les membres de l’Union douanière d’Afrique australe (SACU).6Par exemple, les problèmes budgétaires de 2010–11 étaient imputables à des recettes décevantes en provenance de la SACU : durant ces exercices, les recettes ont chuté à 7 % du PIB, contre une moyenne de plus de 19 % du PIB en 2005–09.7Comme le montrent les études de Popov et Udell (2012) et De Haas et Van Lelyveld (2014), les banques transfrontalières transmettent des chocs du pays d’origine aux pays d’accueil. Lorsque les cycles économiques sous-jacents ne sont pas parfaitement synchronisés (ou lorsqu’un pays accueille des banques étrangères originaires de pays différents), ce circuit de transmission a en fait un effet stabilisateur. Il ressort des données empiriques que l’activité bancaire transfrontalière contribue à atténuer les effets des chocs financiers locaux, mais qu’elle amplifie les effets des chocs mondiaux (car ils augmentent de manière générale les corrélations entre cycles économiques; voir FMI, 2014).

Encadré 1.5.La menace du terrorisme

Le nombre de conflits armés a diminué durant la dernière décennie, mais le terrorisme représente désormais une menace grave et grandissante pour plusieurs pays d’Afrique subsaharienne. Cette menace s’est intensifiée sensiblement ces dernières années, au vu du nombre de civils et d’agents de sécurité victimes d’attentats terroristes, auquel s’ajoute la considérable destruction matérielle. Depuis 2011, et surtout en 2014 et 2015, le nombre d’attentats et leur gravité se sont considérablement accrus, la violence se concentrant notamment au Nigéria, en relation avec les attentats perpétrés par Boko Haram, et dans trois des pays voisins (Cameroun, Niger et Tchad), au Kenya, ainsi que dans des pays qui traversent ou ont récemment traversé une guerre civile ou d’autres conflits internes. Les récents attentats au Burkina Faso, en Côte d’Ivoire et au Mali liés aux insurrections dans le Sahel montrent que les menaces s’étendent à d’autres pays de la région.

Au Nigéria, le plus grand pays de la région, le nombre d’attentats terroristes et leur virulence ont augmenté depuis 2011 et se sont étendus aux trois pays voisins. Selon la base de données sur le terrorisme mondial (Global Terrorism Database), le Nigéria compte un tiers des victimes mortelles de tous les pays d’Afrique subsaharienne depuis 1989 et près de 70 % des victimes mortelles en 2011. En 2014, le Nigéria représentait 23 % de toutes les victimes du terrorisme dans le monde, en troisième position derrière l’Iraq et l’Afghanistan. Le Cameroun a également subi de nombreux attentats, et, de même qu’au Niger et au Tchad, a subi les effets indirects de l’insécurité en termes d’échanges internationaux et d’afflux conséquents de refugiés. L’action militaire combinée des pays participants avec l’Union africaine a, semble-t-il, réussi jusqu’à un certain point à contenir la propagation du terrorisme et à récupérer des territoires qui étaient tombés sous le contrôle de terroristes, de même qu’à réaliser d’importantes opérations de libération d’otages. Le gouvernement du Président Buhari a fait de l’amélioration de la sécurité une priorité, et a annoncé que les risques pour la sécurité avaient déjà diminué.

La violence terroriste s’est aussi accentuée au Kenya depuis 2011. Entre 2011 et 2014, près de 167 personnes ont été tuées chaque année en moyenne dans des attentats terroristes. Les terroristes ont frappé des cibles très sensibles de la capitale du pays et proches des zones touristiques, ce qui a eu pour effet d’amplifier l’impact économique et politique des attentats.

L’impact macroéconomique du terrorisme est difficile à quantifier; il dépend de la nature des attentats, de la taille du pays et de la diversification de son économie, mais, en règle générale, il freine les échanges et l’investissement. La base de données des indicateurs de compétitivité dans le monde (Global Competitiveness Indicators) signale un renchérissement des coôts de la pratique des affaires imputable au terrorisme dans les pays touchés (graphique 1.5.1). Le coût économique du terrorisme s’est notamment accru au Nigéria et au Tchad depuis 2011, et il y dépasse désormais la moyenne de l’Afrique subsaharienne et des pays à faible revenu. Il a également augmenté au Cameroun et au Kenya au cours des cinq dernières années. Il ressort des données que le terrorisme porte également atteinte aux recettes, aux dépenses, au tourisme et à l’investissement direct étranger.

Graphique 1.5.1.Indice du coût économique du terrorisme, 2006-15

Source : Forum économique mondial.

De manière plus précise, outre les conséquences tragiques du terrorisme sur le plan humanitaire et social :

  • Son impact sur l’ensemble de l’économie nigériane semble avoir été comparativement modeste, à l’exception des régions plus directement touchées par le problème.

  • Au Cameroun, la menace du terrorisme se concentre également dans les régions rurales et pauvres, mais elle a provoqué une augmentation des dépenses de sécurité dont l’impact budgétaire se situe aux alentours de 1 à 2 % du PIB.

  • Au Tchad, l’impact budgétaire du terrorisme est estimé à près de 1½ % du PIB non pétrolier; il s’explique pour moitié par un manque à percevoir (principalement issu du ralentissement du commerce extérieur) et pour moitié par une augmentation des dépenses sécuritaires.

  • Au Niger, les crédits budgétaires destinés à la sécurité ont augmenté de 3,6 à 5,2 % du PIB entre 2012 et 2015.

  • Au Kenya, l’impact le plus visible sur le plan économique s’est limité à ce jour au repli des arrivées de touristes (en baisse de 17 % durant les trois premiers trimestres de 2015 par rapport à la même période de 2014).

Ce chapitre a été rédigé par une équipe dirigée par Bhaswar Mukhopadyay et composée de Francisco Arizala, Cleary Haines, Monique Newiak, Marco Pani et Tim Willems.

La Communauté économique et monétaire de l’Afrique centrale regroupe le Cameroun, le Gabon, la Guinée équatoriale, la République centrafricaine, la République du Congo et le Tchad.

Dans ces pays, la croissance économique resterait dans une marge de 1 % autour de la moyenne enregistrée sur la période 2010–14, avant les chocs.

Naturellement, si les cours élevés des produits de base ont bénéficié aux exportateurs de ressources naturelles, ils ont aussi eu un impact négatif sur le revenu national de la majorité des pays de la région, qui ne sont guère tributaires des exportations de minéraux.

Pour une analyse des déterminants généraux des marges souveraines, voir l’édition d’avril 2015 des Perspectives économiques régionales : Afrique subsaharienne et l’encadré 1.4 pour ce qui en est plus particulièrement des retombées émanant des grandes économies de la région.

Voir au tableau 1.1 la liste des pays exportateurs de pétrole et des pays exportateurs de ressources non renouvelables. Tout pays qui n’est pas classé comme exportateur de pétrole est réputé importateur de pétrole.

Dans l’encadré 1.2 de l’édition d’avril 2015 des Perspectives économiques régionales : Afrique subsaharienne, il est noté que 35 % seulement des pays de la région permettent un ajustement automatique des prix des carburants, tandis que les autres les fixent par voie administrative.

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