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3. Inégalités et résultats économiques en Afrique subsaharienne

Author(s):
International Monetary Fund
Published Date:
October 2015
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L’Afrique subsaharienne est l’une des régions du monde où les inégalités—de revenu et entre femmes et hommes—sont parmi les plus fortes, même en tenant compte de ses niveaux plus faibles de revenu par habitant. L’expérience enregistrée à l’échelle mondiale met de plus en plus en évidence que ces inégalités peuvent nuire à la croissance et à la stabilité macroéconomique (encadré 3.1), c’est pourquoi ce chapitre examine les facteurs responsables des niveaux d’inégalités élevés en les comparant à la réalité d’autres régions du monde, et analyse les politiques envisageables pour réduire les inégalités et nourrir une croissance durable.

Les principales conclusions sont les suivantes:

  • Les inégalités de revenu sont plus importantes en Afrique subsaharienne que dans les autres régions (à la seule exception de l’Amérique latine et des Caraïbes). Les inégalités femmes–hommes sont aussi plus élevées en Afrique subsaharienne qu’ailleurs.

  • Les quinze dernières années de forte croissance en Afrique subsaharienne ont vu un léger recul des inégalités femmes–hommes, mais les inégalités de revenu sont restées globalement inchangées.

  • Fait intéressant, la relation entre les inégalités de revenu et le niveau du revenu par habitant en Afrique subsaharienne est assez différente de celle observée dans une bonne partie du reste du monde. Les inégalités semblent y être nettement plus marquées à tous les niveaux de revenu et, d’après les conclusions, les inégalités femmes–hommes ne semblent pas en être la cause principale.

  • Davantage de progrès dans la réduction des inégalités de revenu et entre femmes et hommes pourraient produire des dividendes importants de croissance. D’après l’analyse, la croissance économique annuelle des pays d’Afrique subsaharienne pourrait gagner près de 1 point de pourcentage si les inégalités étaient abaissées aux niveaux enregistrés dans l’Association des nations de l’Asie du Sud-Est (ASEAN), région en forte croissance, mais avec des différences entre groupes de pays:

    • ◊ Par rapport aux pays de l’ASEAN, dans les États fragiles et à faible revenu de la région, les freins à la croissance sont davantage dus au manque d’infrastructures et au faible niveau d’instruction et, dans une moindre mesure, aux plus grandes inégalités femmes–hommes. On peut donc penser qu’il reste pertinent de centrer les politiques de croissance sur la correction des déficits d’infrastructure et de capital humain.

    • ◊ Dans les pays à revenu intermédiaire de la région, nos recherches semblent indiquer que les mesures directement ciblées sur les inégalités pourraient se traduire par des gains de croissance. Nous constatons d’ailleurs que ces gains seraient plus importants si l’on ramènait les inégalités de revenu et entre femmes et hommes aux niveaux observés dans les pays de l’ASEAN que si l’on comblait le déficit d’infrastructure par rapport à ce même groupe de pays.

    • ◊ Pour les exportateurs de pétrole de la région, les restrictions légales liées au genre apparaissent comme le facteur qui explique le plus le différentiel de croissance avec l’ASEAN derrière l’infrastructure.

  • Bien que les niveaux élevés d’inégalité de revenu dans la région apparaissent dus en partie à des caractéristiques structurelles des pays d’Afrique subsaharienne telles que la dépendance de certains d’entre eux à l’égard des exportations pétrolières, il semble que les politiques qui agissent sur l’accès des femmes et des ménages à faible revenu à des atouts comme l’éducation et la santé exercent également une grande influence.

  • Des initiatives budgétaires et financières bien adaptées et la suppression des restrictions légales fondées sur le sexe pourraient réduire les inégalités. Les politiques budgétaires doivent viser à éliminer la régressivité des prélèvements fiscaux et des dépenses, tout en augmentant les dépenses de santé et d’éducation bien ciblées. Pour accroître l’efficience des dépenses sociales, les subventions universelles doivent être remplacées par des dispositifs de transferts sociaux ciblés. S’agissant du secteur financier, il faut s’attacher davantage à compléter le développement des circuits financiers par des mesures propres à améliorer l’inclusion financière, notamment pour les femmes. La suppression des restrictions légales limitant la participation des femmes aux activités économiques contribuerait au développement et à la croissance économiques.

Évolution des inégalités en Afrique subsaharienne

Une pauvreté en recul, mais des inégalités persistantes de revenu et entre femmes et hommes

Les taux de pauvreté et les inégalités de revenu et entre femmes et hommes restent en Afrique subsaharienne parmi les plus élevés de la planète. Bien que la pauvreté ait reculé durant les quinze dernières années, l’Afrique subsaharienne continue d’afficher les taux de pauvreté les plus élevés au monde (graphique 3.1)1. Outre cela, elle occupe la deuxième place pour les inégalités de revenu, après l’Amérique latine et les Caraïbes (graphique 3.2)2, 3. En Afrique subsaharienne, les inégalités de revenu sont les plus fortes dans les pays à revenu intermédiaire et les pays exportateurs de pétrole, comme l’Afrique du Sud et l’Angola. L’Afrique subsaharienne demeure également l’une des régions du monde où les inégalités femmes–hommes, telles que mesurées par l’indice d’inégalité de genre (IIG) des Nations Unies, sont les plus fortes, juste après le Moyen-Orient et l’Afrique du Nord, avec des niveaux très élevés observés au Niger, au Mali et au Tchad (graphique 3.3)4.

Graphique 3.1.Échantillon de régions: taux de pauvreté

Source: Banque mondiale, base de données des Indicateurs du développement dans le monde.

Note: L’indice global pour une région est la moyenne pondérée par la population des indices des pays de cette région. PPA = parité de pouvoir d’achat.

Graphique 3.2.Échantillon de régions: inégalité de revenu mesurée par le coefficient de Gini, 1980–2011

Source: Solt (2014).

Graphique 3.3.Échantillon de régions: indice d’inégalité entre femmes et hommes, moyenne 1990–94 et 2010

Sources: Programme des Nations Unies pour le développement; Gonzales et al. (à paraître).

L’évolution des inégalités de revenu durant les récentes années de forte croissance dans la région n’est pas particulièrement encourageante. Globalement, elles sont restées à peu près au même point, encore que la situation varie sensiblement d’un pays à l’autre (graphique 3.4)5,6. Dans des pays comme la Sierra Leone, le Niger et le Lesotho, les inégalités de revenu ont considérablement diminué. Mais dans un tiers des pays pour lesquels on possède des données, comme le Rwanda, l’Ouganda et le Ghana, les épisodes de croissance ont été corrélés à des hausses des inégalités de revenu mesurées par le coefficient de Gini net entre 1995 et 2011. Bien que les données disponibles donnent une indication des tendances dans la région, elles doivent être interprétées avec prudence, car souvent les enquêtes auprès des ménages réalisées en Afrique subsaharienne ne sont pas comparables7.

Graphique 3.4.Échantillon de pays: évolution du coefficient de Gini et croissance du PIB réel par habitant, 1995–2011

Sources: Banque mondiale, base de données des Indicateurs du développement dans le monde;Solt (2014).

Note: L’évolution porte sur la période 1995 (ou la première année postérieure pour laquelle on dispose de données) et 2011 (ou l’année la plus tardive pour laquelle on dispose de données). Voir à la page 78 la liste des abréviations de pays.

AfSS = Afrique subsaharienne.

Les inégalités femmes–hommes ont aussi diminué plus lentement que dans les autres régions, malgré une amélioration ces dernières années grâce au net recul des inégalités femmes–hommes dans l’éducation, à de meilleurs résultats en matière de santé et à des progrès importants dans l’élimination des restrictions aux droits économiques des femmes.

Face au niveau élevé des inégalités de revenu en Afrique subsaharienne, on peut s’interroger sur le rôle que jouent le niveau généralement inférieur des revenus et le niveau généralement supérieur des inégalités femmes–hommes. Il apparaît cependant que, outre ces considérations, d’autres facteurs entrent en jeu, comme le décrivent les paragraphes qui suivent.

  • Face au lien entre les niveaux de revenu et les inégalités de revenu, Simon Kuznets (1955) a formulé la célèbre hypothèse d’une relation en «U» inversé entre les deux variables, selon laquelle les niveaux d’inégalité sont faibles aux premiers stades du développement, les inégalités s’accentuent à mesure que les pays d’industrialisent et que les revenus augmentent rapidement, et les inégalités diminuent lorsque les pays atteignent des niveaux de revenu supérieurs. En Afrique subsaharienne, on observe globalement des niveaux nettement plus élevés d’inégalité de revenu à tous les niveaux de revenu par habitant par rapport aux pays de niveaux de revenu similaires d’autres régions (graphique 3.5). À titre de comparaison, la forte croissance des pays de l’ASEAN a été attribuée en partie aux niveaux initiaux inférieurs d’inégalité de revenu (Balakrishnan, Steinberg et Syed, 2013).

  • Des études empiriques récentes indiquent que les inégalités femmes–hommes au niveau mondial sont une importante source d’inégalité de revenu, les écarts des indicateurs d’éducation et de santé étant les principaux déterminants dans les pays émergents et dans les pays à faible revenu (Gonzales et al., à paraître). Néanmoins, bien que les deux indicateurs soient élevés par rapport aux autres régions, la corrélation entre les inégalités femmes–hommes et les inégalités de revenu semble être beaucoup plus faible en Afrique subsaharienne qu’ailleurs dans le monde, ce qui prouve que d’autres facteurs interviennent dans les inégalités de revenu observées dans la région (graphique 3.6).

Graphique 3.5.Afrique subsaharienne: courbe de Kuznets, PIB par habitant et coefficient de Gini

Sources: Solt (2014); calculs des services du FMI.

Note: Les pays de l’ASEAN-5 sont l’Indonésie, la Malaisie, les Philippines, la Thaïlande et le Viet Nam.

Graphique 3.6.Afrique subsaharienne: inégalité de revenu et inégalité femmes–hommes, 1990–2010

Sources: Solt (2014); Programme de développement des Nations Unies; Gonzales et al. (à paraître).

À partir de ces considérations, les deux sections ciaprès examinent:

  • si les niveaux élevés d’inégalité de revenu et entre femmes et hommes ont eu un impact sur la croissance de l’Afrique subsaharienne par rapport aux autres régions;

  • ce qui pourrait avoir influé sur l’évolution des inégalités de revenu dans la région au cours des deux dernières décennies.

Inégalités et croissance dans la région

La réduction des inégalités peut stimuler la croissance

Cette section examine de manière empirique si la persistance de niveaux d’inégalité élevés a eu un effet sur la croissance de la région. Une analyse économétrique est réalisée pour mettre en relation la croissance du PIB par habitant dans un échantillon de 115 pays avancés, émergents et en développement et différents indicateurs d’inégalité ainsi que des déterminants de la croissance couramment utilisés8. Ces derniers comprennent le revenu initial—des niveaux de revenu faibles étant généralement associés à une croissance plus forte à mesure que les pays rattrapent leur retard—, le niveau initial des infrastructures, les années de scolarisation, le ratio des investissements sur le PIB—qui rend compte de la qualité du capital et de la main-d’œuvre—, l’inflation et des indicateurs de qualité des institutions—mesurant indirectement la qualité de la gestion macroéconomique et politique—, et l’évolution des termes de l’échange pour intégrer les chocs exogènes (pour plus de détails, se reporter à l’annexe 3.1). Les inégalités sont restituées sous différentes dimensions, notamment plusieurs mesures des inégalités de revenu, l’indice d’inégalité de genre et un indicateur des restrictions légales fondées sur le sexe9.

Enfin, l’analyse permet de vérifier si la relation croissance—inégalité varie entre les pays à faible revenu, fragiles, à revenu intermédiaire et exportateurs de pétrole en Afrique subsaharienne.

Dans le prolongement des conclusions d’Ostry, Berg et Tsangarides (2014), de Dabla-Norris et al. (2015a), et de Gonzales et al. (à paraître), les résultats montrent que le niveau élevé des inégalités a eu des effets défavorables sur la croissance, principalement dans les pays à faible revenu (tableau 3.1). Effectivement, ainsi que l’indiquent de récentes études, la relation croissance–inégalité est probablement non linéaire à des stades différents de développement (Castello, 2010), et les précédents travaux empiriques ont tendance à trouver une corrélation négative entre croissance et inégalité de revenu seulement en dessous d’un certain seuil de revenu par habitant (Neves et Silva, 2013). Pour tenir compte de cette éventuelle non-linéarité, la relation peut être différente entre les pays à faible revenu et les autres pays de l’échantillon10,11. Les principaux résultats de l’analyse sont les suivants:

  • La corrélation négative entre croissance et inégalité de revenu dans les pays à faible revenu tient pour différents indicateurs indirects des inégalités: le coefficient de Gini, l’écart de revenu entre les 20 % les plus riches et les 40 % les plus pauvres de la population, ou la part des revenus de la classe moyenne (telle que mesurée indirectement par les 40e à 80e centiles de la population dans la distribution des revenus), comme on le voit sur les modèles 1 à 3 du tableau 3.1. Par exemple, une réduction de 1 point de pourcentage du coefficient de Gini initial dans les pays à faible revenu est associée à une hausse cumulée de 0,15 point de pourcentage de la croissance sur une période de cinq ans.

  • La croissance est aussi corrélée négativement à l’inégalité femmes—hommes dans les pays à faible revenu et aux restrictions légales fondées sur le sexe dans tous les pays, comme le montrent les modèles 4 à 6 du tableau 3.1. Une réduction de 1 point de pourcentage des inégalités femmes–hommes dans les pays à faible revenu est associée à une croissance cumulée sur cinq ans plus élevée de 0,2 point de pourcentage dans les pays à faible revenu, résultat conforme aux estimations précédentes (Amin et al., 2015)12.

  • Le constat que les deux variables d’inégalité influent sensiblement sur la croissance semble montrer que l’inégalité femmes—hommes agit sur la croissance par d’autres mécanismes que celui de l’inégalité de revenu. Par exemple, une inégalité femmes—hommes plus forte peut avoir des répercussions négatives sur le niveau d’études et donc sur la croissance. De même, d’autres aspects de l’inégalité de revenu des ménages sans rapport avec l’inégalité femmes—hommes peuvent toucher la croissance, par exemple l’inégalité de revenu entre les villes et les campagnes.

  • Une analyse de décomposition de la croissance laisse penser que la correction des fortes inégalités pourrait avoir d’importantes retombées sur la croissance en Afrique subsaharienne (graphique 3.7). Par rapport à un groupe de pays de l’ASEAN (Indonésie, Malaisie, Philippines, Thaïlande et Viet Nam) ayant affiché des taux de croissance élevés, l’augmentation annuelle moyenne du PIB réel par habitant en Afrique subsaharienne a été inférieure d’environ 1½ point de pourcentage ces dernières années. Ce résultat s’explique principalement par des infrastructures moins développées, un moindre niveau d’investissement dans le capital fixe et humain, des ratios de dépendance supérieurs et des institutions de moins bonne qualité. Mais les inégalités y ont aussi beaucoup contribué. Plus précisément, en ramenant les trois indicateurs d’inégalités aux niveaux actuellement observés dans les pays de l’ASEAN, la croissance annuelle du PIB par habitant de la région pourrait gagner en moyenne environ 0,9 point de pourcentage, soit un effet comparable à celui du rattrapage du retard d’infrastructures par rapport à l’ASEAN.

Tableau 3.1.Croissance, inégalité de revenu et inégalité femmes–hommes: résultats des régressions1
(1)(2)(3)(4)(5)(6)
Mesures de l’inégalité
Ratio revenu initial 20 supérieurs/40 inférieurs0.006−0,188 ***
Ratio revenu initial 20 supérieurs/40 inférieurs x PFR−0,207 ***
Inégalité de revenu initiale (Gini net)−0.009
Inégalité de revenu initiale (Gini net) x PFR−0,030 ***
Part de revenu initiale de la classe moyenne20,081 **
Inégalité femmes-hommes (retardée)−0.0170.005
Inégalité femmes-hommes x PFR (retardée)−0,029 ***−0,020 **
Égalité juridique des femmes (indice)0,256 **0,296 **
Égalité juridique des femmes (indice) x PFR
Autres variables de contrôle
Revenu initial par habitant (log)−1,234 ***−1,347 ***−1,081 ***−1,746 ***−1,184 ***−1,608 ***
Investissements en capital fixe (% du PIB)0,134*0,184 ***−0.0140,093 *0.1130.028
Scolarité (années)0.1190.0680,159*0.0450.1020,154*
Croissance de la population dépendante (%)−0,356 **−0,293 **−0,539 ***−0.224−0,303 **−0,286 **
Indice des infrastructures0,238 *0.1940,270 *0,294 *0.2410,334 **
Variable muette pour l’inflation élevée−1,583 ***−1,627 ***−1,621 ***−1,228 ***−1,549 ***−1,552 ***
Termes de l’échange (variation en pourcentage)0,068 **0,076 ***0,091 ***0,098 ***0,063 **0,094 ***
Qualité des institutions (indice)0,047 ***0,063 ***0,040 **0,080 ***0,064 ***0,054 ***
Constante4,117*4,087 **3.1717,889 **1.3026.840
Nombre d’instruments151514151417
Corrélation sérielle (valeur p)0,0710,0250,2020,2090,1670,274
Test de Hansen (valeur p)0,2100,3350,3190,4450,9630,700
Effets fixes par paysOuiOuiOuiOuiOuiOui
Effets fixes par périodeOuiOuiOuiOuiOuiOui
Observations344384237419304240
Nombre de pays1101061041157878
Source: calculs des services du FMI.Note: PFR = pays à faible revenu.

Graphique 3.7.Afrique subsaharienne: écart de croissance par rapport aux pays de l’ASEAN

(Points de pourcentage)

Sources: FMI, base de données des Perspectives de l’économie mondiale; PRS Group; Banque mondiale, base de données des Indicateurs du développement dans le monde; estimations des services du FMI.

Note: Les coefficients de régression estimés du modèle 6 du tableau 3.1 sont appliqués aux écarts entre les valeurs moyennes des facteurs associés à la croissance pendant les dix dernières années pour l’Afrique subsaharienne et celles des pays de comparaison (ASEAN-5). Les barres vertes représentent les trois indicateurs d’inégalité inclus dans les régressions. Une barre à valeur négative indique la part du recul de la croissance en Afrique subsaharienne qui est imputable à la variable correspondante. Les pays de l’ASEAN-5 sont l’Indonésie, la Malaisie, les Philippines, la Thaïlande et le Viet Nam.

Quelques variations selon les pays

L’impact des inégalités de revenu et entre femmes et hommes varie selon les groupes de pays d’Afrique subsaharienne (graphique 3.8). En utilisant la même méthode que pour l’ensemble de la région, on obtient les résultats suivants avec l’analyse de décomposition de la croissance pour les groupes de pays:

  • Dans les pays à faible revenu, un revenu initial faible par rapport aux pays de l’ASEAN contribue pour environ 2½ points de pourcentage à la croissance du PIB réel par habitant. Néanmoins, cet effet de rattrapage est largement compensé par la faiblesse des infrastructures, la moindre accumulation de capital humain et la forte dépendance démographique. De même, pour les États fragiles, la qualité inférieure des infrastructures et des institutions explique pour l’essentiel le différentiel de croissance. Dans les deux groupes de pays, la réduction des inégalités femmes–hommes pourrait faire gagner deux tiers de point de pourcentage de croissance de PIB par habitant, tandis que l’effet potentiel d’une réduction des inégalités de revenu et des restrictions légales fondées sur le sexe serait plus faible selon les estimations.

  • Pour les pays à revenu intermédiaire—où le retard est généralement plus faible en matière d’infrastructures et de niveau d’instruction—et les pays exportateurs de pétrole, l’abaissement des inégalités de revenu aux niveaux observés dans les pays de l’ASEAN est un facteur important de relèvement de la croissance. Les gains de croissance issus de l’élimination des restrictions légales fondées sur le sexe s’avèrent aussi particulièrement élevés pour les pays d’Afrique subsaharienne exportateurs de pétrole13.

Graphique 3.8.Afrique subsaharienne: écart de croissance par rapport aux pays de l’ASEAN

(Points de pourcentage)

Sources: FMI, base de données des Perspectives de l’économie mondiale; PRS Group; Banque mondiale, base de données des Indicateurs du développement dans le monde; estimations des services du FMI.

Note: Les coefficients de régression estimés du modèle 6 du tableau 3.1 sont appliqués aux écarts entre les valeurs moyennes des facteurs associés avec la croissance pendant les dix dernières années pour l’Afrique subsaharienne et les valeurs correspondantes des pays de comparaison (ASEAN-5). Les barres vertes représentent les indicateurs d’inégalité pris en compte dans les régressions. Une barre à valeur négative indique dans quelle mesure la variable correspondante a contribué au recul de la croissance en Afrique subsaharienne. Les pays de l’ASEAN-5 sont l’Indonésie, la Malaisie, les Philippines, la Thaïlande et le Viet Nam.

Facteurs responsables des inégalités de Revenu

Puisque les inégalités de revenu semblent avoir eu un impact négatif sur la croissance dans les pays d’Afrique subsaharienne, il importe de comprendre les facteurs susceptibles de favoriser ces inégalités dans la région.

Inégalité des chances: état des lieux

Les études ont établi une corrélation entre inégalité de revenu et inégalité des chances, y compris entre femmes et hommes (Dabla-Norris et al., 2015b; Gonzales et al., à paraître). En Afrique subsaharienne, des améliorations se sont produites au regard de l’égalité des chances de manière générale, mais beaucoup de pays ne sont pas à la hauteur des pays à revenu équivalent d’autres régions.

  • Globalement, le niveau d’instruction a augmenté grâce aux progrès réalisés en matière de scolarisation primaire des filles et des garçons dans le cadre des objectifs du Millénaire pour le développement depuis le début du siècle. Les inégalités dans le domaine de l’éducation ont reculé, et les indicateurs de santé se sont améliorés en règle générale. Malgré cela, le niveau d’instruction moyen reste bas par rapport aux autres régions (graphique 3.9), et l’accès à l’éducation et aux soins de santé demeure limité pour certains groupes démographiques par le manque de moyens pour payer ces services, les difficultés d’accès géographique (en particulier dans les zones rurales), les restrictions légales et les normes sociales.

  • Le manque d’infrastructures reste considérable. À titre d’exemple, la production d’électricité dans les autres pays en développement a été près de huit fois plus élevée que la moyenne de 200 kWh par habitant de l’Afrique subsaharienne en 2010 (Perspectives économiques régionales: Afrique subsaharienne d’octobre 2014). L’accès insuffisant aux infrastructures de base et aux services d’utilité publique comme la distribution d’eau propre et d’électricité peut réduire le temps pouvant être consacré à l’éducation et aux activités productives dans les ménages pauvres, en particulier dans les zones rurales et dans le cas des femmes (Banque mondiale, 2012).

  • L’inclusion financière a globalement progressé. Le pourcentage de la population possédant un compte dans un établissement financier a augmenté ces dernières années, mais davantage chez les hommes que chez les femmes. Dans certains pays comme le Kenya, l’argent mobile a dépassé l’accès aux comptes bancaires traditionnels, contribuant ainsi à réduire les inégalités d’accès aux services financiers entre groupes de revenu. Toutefois, les écarts entre hommes et femmes pour l’accès à l’argent mobile sont en général plus importants que pour les comptes bancaires traditionnels. Ces écarts au regard de l’accès aux services financiers sont identiques à ceux observés dans les autres régions, mais les écarts entre groupes de revenu sont plus grands (graphique 3.10). L’encadré 3.2 montre en quoi l’accès des entreprises aux services financiers permet de relever la croissance et de réduire les inégalités dans différents pays de la région.

  • Les restrictions légales à l’activité économique des femmes restent les plus élevées du monde (graphique 3.11). Ces restrictions dissuadent les femmes d’épargner dans un établissement formel et d’emprunter pour des activités professionnelles. Selon les estimations, elles représenteraient pas moins de 5 points de pourcentage dans l’écart entre le taux d’activité des hommes et celui des femmes dans certains pays de la région (Hallward-Driemeier et Hasan, 2013; Demirguc-Kunt et al., 2013; Gonzales et al, 2015).

Graphique 3.9.Afrique subsaharienne: nombre moyen d’années d’études achevées par les personnes d’au moins 25 ans, 2010

Source: Barro et Lee, données sur les niveaux d’études (Education Attainment dataset).

Note: AfSS = Afrique subsaharienne.

Graphique 3.10.Afrique subsaharienne: comptes auprès d’un établissement financier, 2014

Source: Findex 2014.

Note: AfSS = Afrique subsaharienne.

Graphique 3.11.Afrique subsaharienne: restrictions légales fondées sur le sexe de l’intéressé(e), 1990 et 2010

Sources: Banque mondiale, Women, Business and the Law (2014); Gonzales et al. (2015).

Note: AfSS = Afrique subsaharienne.

Les inégalités des chances entre femmes et hommes évoquées ci-dessus contrastent avec l’écart relativement faible en ce qui concerne leurs taux de participation au marché du travail. Cet écart, qui sert d’indicateur de substitution pour l’emploi en raison du manque de données directes dans les pays à faible revenu, est en moyenne inférieur de 15 points de pourcentage en Afrique subsaharienne par rapport au reste du monde. Cette situation s’explique principalement par l’écart généralement modeste du taux d’activité des femmes dans les pays à faible revenu et les pays fragiles, lui-même attribuable en grande partie au fait que les femmes doivent travailler pour assurer leur subsistance, souvent dans les activités agricoles à faible productivité. Aux niveaux de revenu plus élevés, l’écart augmente, les femmes pouvant être amenées à choisir entre rester au foyer et avoir un emploi (graphique 3.12). Les scores médiocres des pays d’Afrique subsaharienne à faible revenu sur le plan de l’indice d’inégalité de genre, malgré des différences relativement faibles entre taux d’activité des hommes et des femmes, laissent penser que d’autres aspects de l’inégalité femmes—hommes dans l’éducation, la santé et l’accès au pouvoir jouent un rôle important.

Graphique 3.12.Afrique subsaharienne: taux d’activité des femmes et développement

Sources: FMI, base de données des Perspectives de l’économie mondiale; Banque mondiale, base de données des Indicateurs du développement dans le monde.

Politiques et caractéristiques structurelles contribuant aux inégalités de revenu

Une analyse empirique a été réalisée sur un échantillon de 135 pays avancés, émergents et en développement pour mieux saisir les facteurs qui contribuent aux inégalités de revenu. Elle examine si l’évolution des inégalités peut s’expliquer par différentes caractéristiques nationales, dont les facteurs démographiques, diverses autres dimensions des inégalités, la dépendance à l’égard du commerce des ressources naturelles, des variables relatives à la politique budgétaire comme le degré de redistribution du revenu et l’importance des dépenses publiques d’éducation, et d’autres déterminants macroéconomiques mis en évidence dans les travaux de recherche (voir les annexes 3.1 et 3.2 pour plus de détails)14. Le lien entre les variations de l’inégalité et chacun de ces facteurs fait l’objet d’une régression particulière dont les résultats apparaissent dans chaque ligne du tableau 3.2. La démarche vise à fournir des indications générales sur les facteurs liés à l’évolution des inégalités plutôt qu’à décrire les mécanismes par lesquels les divers facteurs influent sur les inégalités de revenu, ne serait-ce que parce que beaucoup des variables sont endogènes. Pour l’essentiel, l’analyse consiste à mettre en rapport l’évolution des inégalités sur cinq ans et les valeurs des déterminants des inégalités en début de période afin d’atténuer les éventuels effets de causalité inverse. Les régressions font en outre la part du niveau initial d’inégalité15.

Tableau 3.2.Diverses régressions des déterminants du changement de l’inégalité (coefficient de Gini net)1
Variable explicative (VE)VEVE*PFRVE*AfSS
Croissance
1. Croissance du PIB par habitant−0,1010***0,0994
2. Croissance du PIB par habitant−0,0991 ***0,3500 ***
Facteurs structurels
3. Part de l’agriculture0,0515 ***−0,0544 ***
4. Proportion de la population en âge de travailler−0,0585 *−0,0084
5. Inégalité d’éducation0,0168−0,0113
6. Inégalité d’éducation0,0240 **−0,0349 ***
7. Indice d’inégalité femmes-hommes0,0301 **−0,0150*
8. Indice d’inégalité femmes-hommes0,0308 ***−0,0251 ***
9. Droit des femmes d’ouvrir un compte bancaire (variable muette)1,3330 *−0,0213
10. Droit des femmes d’ouvrir un compte bancaire (variable muette)1,4530 *−0,6840
11. Variation de la part des exportations de ressources naturelles2−0,02750,0978 **
12. Variation de la part des exportations de ressources naturelles2−0,03350,1060 ***
Politique budgétaire
13. Redistribution budgétaire−0,0842 ***−0,3280 **
14. Dépenses d’éducation−0,1830 *−0,2000
15. Dépenses d’éducation−0,1400−0,2060 **
Autres facteurs macroéconomiques
16. Profondeur financière (M2/PIB)−0,0014−0,0018
17. Stock de capital public−0,0003−0,0055
18. Stock de capital privé−0,0056 ***−0,0051 *
19. Ouverture commerciale0,00080,0031
Source: calculs des services du FMI.Note: AfSS = Afrique subsaharienne; PFR = pays à faible revenu.

Parmi le large éventail de facteurs analysés, les facteurs suivants semblent être positivement corrélés à la réduction des inégalités: croissance du PIB par habitant, stock de capital privé, dépenses d’éducation, pourcentage de la population en âge de travailler et redistribution budgétaire, mesurée comme étant l’écart entre les coefficients de Gini net et du marché. À l’inverse, des inégalités femmes–hommes plus marquées en début de période tendent à accroître les inégalités de revenu net. Les résultats vont dans le sens de l’existence d’un effet de convergence par lequel les pays qui partent avec un niveau d’inégalité supérieur affichent généralement une diminution plus importante des inégalités de revenu.

L’effet du développement des circuits financiers ne semble pas jouer sur les inégalités. Ce résultat concorde avec les conclusions d’études récentes selon lesquelles, aux premiers stades de développement, la financiarisation de l’économie peut aggraver les inégalités en profitant principalement aux groupes de revenus supérieurs qui ont déjà accès au secteur financier (voir, par exemple, Roine et al., 2009). Dans le groupe des pays où les inégalités ont beaucoup reculé (non signalés au tableau 3.2), il semble que l’amélioration de l’accès des femmes aux services financiers ait contribué à réduire les inégalités de revenu. Enfin, il importe de noter que, dans certains cas, les effets de plusieurs déterminants des variations des inégalités semblent être différents en Afrique subsaharienne.

Les principaux messages à retenir pour l’Afrique subsaharienne sont les suivants:

  • Ces dernières années, la croissance du revenu par habitant n’a pas suffi à réduire les inégalités de revenu en Afrique subsaharienne. De fait, en moyenne pour la région et contrairement à ce qui s’est produit ailleurs, l’augmentation de la croissance du PIB par habitant semble s’être accompagnée d’une progression des inégalités. Compte tenu du niveau déjà élevé des inégalités de revenu dans la région, cette situation est très préoccupante.

  • Les mécanismes reliant la croissance aux inégalités peuvent être différents de ceux qui sont à l’œuvre dans les autres pays en développement en raison de l’impact important que la flambée des prix des produits de base a eu sur la croissance dans plusieurs pays d’Afrique subsaharienne. De fait, la plus grande dépendance à l’égard des échanges de ressources naturelles, et notamment du pétrole, apparaît comme étant liée à un creusement des inégalités économiques pendant la même période. Ce résultat va dans le sens de Buccellato et Alessandrini (2009), qui constatent que, lorsque les ressources naturelles et leur processus d’extraction sont contrôlés par un nombre limité de ménages, l’augmentation de la dépendance à l’égard des échanges de ressources naturelles peut aggraver les inégalités de revenu.

  • D’autres caractéristiques structurelles des pays d’Afrique subsaharienne semblent être également corrélées à des inégalités plus fortes. Le taux de fécondité de la région qui reste élevé limite le pourcentage de la population en âge de travailler, ce qui retarde le «dividende démographique» attendu qui devrait faire reculer les inégalités. Cela souligne combien il importe d’accélérer la transition démographique en augmentant les investissements dans le capital humain (Perspectives économiques régionales: Afrique subsaharienne d’avril 2015).

  • La politique budgétaire peut servir à réduire les inégalités: la redistribution (par des prélèvements fiscaux et des transferts) et les dépenses publiques d’éducation semblent être corrélées à des réductions des inégalités plus importantes que celles observées dans d’autres pays.

  • La diminution des inégalités femmes–hommes semble être liée à des réductions ultérieures des inégalités économiques, bien que l’effet soit plus faible que pour d’autres pays.

Politiques pour Réduire les inégalités

Bien que cette section porte sur les politiques pouvant contribuer à réduire les inégalités dans la région, il importe de souligner que le lien entre ces mesures, la diminution des inégalités et la croissance demeure complexe. Différentes études signalent certes que la redistribution du revenu, de manière générale, ne freine pas la croissance, mais certaines mesures redistributives visant à réduire les inégalités de revenu peuvent créer des distorsions et dissuader de participer au marché du travail. Les mesures redistributives doivent donc être conçues avec prudence sans perdre de vue ces considérations. Les recommandations énoncées dans cette section s’appuisent sur les analyses des sections précédentes et les conclusions des études consultées, et ne doivent pas être considérées comme exhaustives. Par exemple, il a été démontré que la stabilité des prix a d’importants effets redistributifs (Bulir, 2001), mais cette dimension n’est pas explorée ici.

Améliorer la politique budgétaire

Comme le souligne la section précédente, les mesures redistributives sous forme de prélèvements fiscaux et de transferts peuvent être extrêmement pertinentes pour réduire les inégalités dans les pays à faible revenu. De plus, Ostry, Berg et Tsangarides (2014) fournissent des données empiriques internationales montrant que ces mesures n’ont pas d’effets pervers sur la croissance16.

La fiscalité dans la région est devenue plus progressive, mais en partie au prix d’exonérations. La région s’appuie de plus en plus sur les recettes de la TVA (graphique 3.13). La TVA est par nature un impôt régressif, mais cette régressivité est atténuée dans beaucoup de pays par le recours important aux exonérations de TVA et à des taux réduits pour les biens de base17. Cette méthode de redistribution est néanmoins mal ciblée, car le gros du manque à percevoir profite essentiellement aux plus riches. En effet, même si les pauvres dépensent un pourcentage important de leur revenu à l’achat de denrées de base, les riches dépensent probablement plus en valeur absolue (Keen, 2013).

Graphique 3.13.Afrique subsaharienne: recettes fiscales, 1990–2011

Source: FMI, base de données du Département des finances publiques.

Sur le plan des dépenses, les politiques redistributives restent souvent très peu ciblées. De manière plus précise, les subventions universelles aux carburants, censées aider les couches plus pauvres de la population, tendent à profiter surtout aux ménages plus aisés (Arze del Granado, Coady et Gillingham, 2012). Les enquêtes auprès des ménages montrent aussi que, même les dépenses de santé et d’éducation, considérées habituellement comme des «dépenses sociales», profitent principalement aux riches au lieu de faciliter l’accès à des moyens qui revêtent une importance vitale pour réduire les inégalités (graphique 3.14).

Graphique 3.14.Afrique subsaharienne: plus haut niveau d’études atteint

Sources: enquêtes nationales auprès des ménages.

Note: Les pays sont classés en allant du plus bas au plus élevé PIB réel par habitant en dollars de 2005. Les enquêtes ont été effectuées pendant les années suivantes: Rwanda 2009; Ouganda 2009; Tanzanie 2009; Ghana 2005; Sénégal 2005; Cameroun 2007; Afrique du Sud 2013.

Les initiatives mises en œuvre seraient plus efficaces si elles se centraient sur les populations visées via les dépenses, en réduisant par ailleurs les exonérations fiscales.

  • La progressivité de mesures fiscales particulières doit être évaluée en tenant compte de la répartition des avantages procurés par les dépenses supplémentaires qu’elles financent. Par exemple, dans certains cas, un impôt régressif peut être la façon la plus efficiente de financer des dépenses fortement progressives.

  • Les mesures de dépense redistributives doivent être appliquées par des outils plus ciblés. Certains pays (par exemple le Burkina Faso, la République du Congo, le Libéria, le Malawi, le Niger, la Tanzanie, le Togo et Madagascar) ont engagé des projets pilotes pour élaborer les cadres institutionnels et les dispositifs d’exécution et de suivi nécessaires à la mise en place de transferts monétaires ciblés. Les dépenses de santé et d’éducation auraient aussi besoin d’être mieux ciblées pour réduire leur régressivité et les éventuels biais sexistes.

Supprimer les restrictions légales

L’élimination des restrictions légales fondées sur le sexe dans la région peut profiter à la croissance et réduire les inégalités en encourageant l’activité économique des femmes. La suppression des dispositions limitant le droit de posséder et d’hériter des biens permettrait aux femmes de disposer de garanties pour emprunter. Cette amélioration, conjuguée à la suppression des restrictions sur l’ouverture d’un compte en banque par les femmes mariées, favoriserait l’inclusion des femmes dans le système financier et la création d’entreprise (encadré 3.3). Pour les pays à revenu intermédiaire, la suppression des restrictions limitant le droit des femmes à exercer librement une activité professionnelle faciliterait et encouragerait leur participation au secteur formel. En appelant à l’égalité des chances pour les femmes, ce chapitre ne porte pas de jugement sur les normes culturelles ou religieuses ayant largement cours dans les différents pays.

Faciliter l’accès aux services du secteur financier

L’analyse de ce chapitre montre que le seul développement des circuits financiers peut aggraver les inégalités. C’est pourquoi il doit être accompagné de réformes visant à faciliter l’accès aux services financiers, notamment pour les femmes (encadré 3.3). Les nouvelles technologies telles que la banque mobile peuvent faciliter cet accès et doivent être complétées par d’autres mesures réduisant les coûts et amenant des gains d’efficacité, comme la mise en place ou le renforcement de registres de crédit ou de garanties qui diminuent les coûts d’information des banques.

Conclusions

Malgré quelques progrès observés en Afrique subsaharienne dans la réduction des inégalités de revenu et entre femmes et hommes ces vingt dernières années, la région continue d’afficher des niveaux d’inégalité comparativement élevés. L’analyse dont rend compte le présent chapitre montre que la correction de ces inégalités élevées pourrait se traduire par des gains importants de croissance. Comme les inégalités varient d’un pays à l’autre et que les facteurs qui interviennent sont multiples, les politiques doivent s’adapter aux particularités de chaque pays et tenir compte des capacités administratives et des éventuels choix à faire. Dans le cadre des actions menées pour atteindre les objectifs du Millénaire pour le développement, des progrès sensibles ont été accomplis dans la réduction de la pauvreté et le renforcement de la scolarisation primaire des filles et des garçons. Forte de ces avancées, l’Afrique subsaharienne doit redoubler d’efforts pour réduire les inégalités à l’appui d’un développement plus rapide et inclusif dans le contexte des objectifs de développement durable de l’après-2015.

Des politiques avisées sont indispensables pour continuer à réduire les inégalités et améliorer l’inclusion dans la région. La politique budgétaire doit ainsi s’employer à rendre la fiscalité plus progressive, à supprimer les subventions aux carburants régressives, à accroître la progressivité des dépenses de santé et d’éducation et à assurer l’égalité des chances pour les femmes. Dans le même ordre d’idées, les initiatives dans le secteur financier et sur le marché du travail doivent viser à renforcer les cadres législatif, réglementaire et institutionnel qui influent sur la capacité des femmes à participer pleinement et de manière productive aux activités économiques.

Encadré 3.1.Pourquoi s’intéresser aux inégalités de revenu et entre femmes et hommes? Constats empiriques au niveau mondial et mécanismes macroéconomiques

L’expérience enregistrée au niveau mondial montre de plus en plus que les inégalités de revenu et entre femmes et hommes nuisent à la croissance:

  • Un niveau inférieur d’inégalité de revenu net (mesurée par le coefficient de Gini après prise en compte des effets des impôts et des programmes redistributifs de l’État) a été solidement corrélé à une croissance plus rapide et à des épisodes de croissance plus longs pour un grand nombre de pays avancés et en développement (Berg et Ostry, 2011; Ostry et al., 2014). D’autres données semblent indiquer que les inégalités de revenu freinent la croissance dans les pays à faible revenu, mais qu’elles la favorisent dans les pays à revenu élevé (Barro, 2000).

  • L’augmentation de la part des revenus des 20 % les plus riches de la population a été corrélée à une croissance du PIB plus faible pour un large éventail de pays avancés, émergents et en développement, tandis qu’une hausse de la part des revenus des 10 % les plus pauvres a été corrélée à une croissance plus forte (Dabla-Norris et al., 2015a).

  • Il apparaît que les écarts entre femmes et hommes dans la participation à l’économie entraînent des pertes importantes de PIB dans les pays de tous les niveaux de revenu (Cuberes et Teigner, 2015; Stotsky, 2006).

Les effets négatifs des inégalités de revenu et entre femmes et hommes sur la croissance sont transmis par différents mécanismes. Certains peuvent avoir un impact plus important dans les étapes initiales du développement et s’affaiblir à mesure que l’économie se développe.

Inégalités de revenu

Dans un contexte de marchés du crédit imparfaits, les inégalités de revenu empêchent l’affectation efficiente des ressources en réduisant la capacité des ménages modestes à investir dans l’éducation et le capital physique, et limitent la mobilité des revenus (Galor et Zeira, 1993; Corak, 2013).

Les fortes inégalités de revenu et de richesse peuvent être une source d’instabilité sociopolitique et de mauvaise gouvernance et, partant, avoir un effet dissuasif sur l’investissement privé (Bardhan, 2005).

Inégalités femmes–hommes

Les écarts de participation économique entre les genres réduisent le vivier d’aptitudes sur le marché du travail, d’où une affectation des ressources moins efficiente et une moindre productivité totale des facteurs (Cuberes et Teigner, 2015).

Les femmes ayant davantage tendance que les hommes à investir un pourcentage important du revenu de leur ménage dans l’éducation des enfants et petits-enfants, la réduction de l’écart de revenu entre les hommes et les femmes pourrait se traduire par une augmentation des dépenses de scolarisation des enfants (Duflo, 2003; Heintz, 2006; Miller, 2008; Rubalcava et al., 2004; Thomas, 1990).

Encadré 3.2.Inclusion financière, croissance et inégalités en Afrique subsaharienne

L’accélération du développement des circuits financiers dans beaucoup de pays d’Afrique subsaharienne depuis vingt ans ne s’est pas encore traduite par un accès généralisé aux services financiers. Pour illustrer l’impact de l’inclusion financière sur la croissance, la productivité et les inégalités dans la région, cet encadré reprend les conclusions de l’application d’un modèle d’équilibre général microéconomique récemment mis au point par Dabla-Norris, Townsend et Unsal (2015b), afin de quantifier les effets de la suppression des obstacles financiers les plus contraignants à l’inclusion financière des entreprises dans un ensemble de pays et d’unions monétaires (Kenya, Mozambique, Nigéria, Ouganda, Zambie, Communauté économique et monétaire de l’Afrique centrale (CEMAC) et Union économique et monétaire ouest-africaine (UEMOA)).

Spécifications du modèle

Le modèle permet d’évaluer les effets qu’aurait un relâchement de trois contraintes financières sur le PIB, la productivité, les écarts de taux d’intérêt, les inégalités de revenu, le pourcentage d’entreprises ayant accès au crédit et le ratio de créances improductives:

Niveau élevé des garanties demandées en raison de la difficulté à faire respecter les contrats. Le manque de protection des droits de propriété et des droits des créanciers imputable aux déficiences des cadres législatifs, réglementaires et institutionnels conduit à des exigences plus élevées de garanties et, par conséquent, à un moindre effet de levier des garanties et à un niveau globalement plus faible des prêts bancaires.

Coûts de participation élevés. Ils concernent les facteurs tels que la distance à parcourir pour se rendre à une banque ou à un guichet automatique bancaire (GAB), les documents à fournir pour ouvrir ou conserver un compte ou demander un prêt, et l’utilisation de paiements électroniques et de nouvelles technologies.

Coûts d’intermédiation élevés. Ils s’expliquent souvent par un manque d’informations publiques sur les emprunteurs, par exemple via des centrales des risques ou des registres de crédit. Le manque de concurrence bancaire peut aussi favoriser les inefficiences et accroître les coûts d’intermédiation.

L’impact d’un meilleur accès financier sur la croissance et les inégalités s’exerce par deux mécanismes différents. Premièrement, un accès plus ample au crédit permet aux entreprises d’emprunter et d’investir plus facilement, d’où une augmentation du capital, de la production et de la productivité, car les entreprises peuvent travailler à une plus grande échelle. Ce mécanisme peut accroître les inégalités si le crédit est réaffecté principalement aux entreprises qui sont déjà dans le système financier et dont le revenu est relativement plus élevé. Deuxièmement, la réduction des coûts de participation permet à de nouvelles entreprises d’accéder au marché, d’emprunter et d’investir, et d’augmenter la production. Ce mécanisme peut réduire les inégalités, car un plus grand nombre d’entreprises ont la possibilité d’accéder à des crédits.

Résultats du modèle

La réduction des contraintes de garanties est le moyen le plus efficace de stimuler la croissance et la productivité, même si l’impact sur les inégalités est moins clair. La valeur des garanties à fournir pour un prêt est élevée dans la région—en moyenne supérieure à 160 % de la valeur du prêt—à l’exception du Kenya, du Mozambique et du Nigéria, et elle correspond globalement à la moyenne des pays émergents et en développement (graphique 3.2.1). Les gains de PIB attribuables au relâchement des exigences de garanties vont de 8 à près de 20 points de pourcentage (graphique 3.2.2). La réduction des contraintes d’emprunt augmente légèrement les inégalités, sauf dans le cas de l’Ouganda et du Kenya (graphique 3.2.3).

Graphique 3.2.1.Échantillon de pays: contraintes imposées aux emprunteurs, valeur des garanties requises pour un prêt

Source: Banque mondiale, Enterprise Survey.

Graphique 3.2.2.Échantillon de pays: impact sur la croissance

Sources: FMI, rapports sur les pays; Dabla-Norris et al. (2015); calculs des services du FMI.

Graphique 3.2.3.Échantillon de pays: impact sur l’inégalité

Sources: FMI, rapports sur les pays; Dabla-Norris et al. (2015); calculs des services du FMI.

En règle générale, l’abaissement des coûts de participation stimulerait la croissance et la productivité et réduirait les inégalités. Dans la région, le pourcentage d’entreprises ayant souscrit un emprunt ou ouvert une ligne de crédit auprès d’une banque est faible, avec une moyenne proche de 25 %, contre près de 35 % dans les pays émergents et en développement (graphique 3.2.4). Les gains de PIB sont généralement inférieurs à ceux obtenus en supprimant les contraintes au crédit (graphique 3.2.2). La réduction des coûts de participation se traduit par un meilleur accès à la finance pour les entreprises auparavant exclues du système financier, d’où une diminution des inégalités (graphique 3.2.3).

Graphique 3.2.4.Échantillon de pays: accès, entreprises ayant un prêt/une ligne de crédit bancaire

Source: Banque mondiale, Enterprise Survey.

La réduction des coûts d’intermédiation conduit à une augmentation modeste de la croissance et de la productivité et à une légère détérioration des inégalités. Les coûts d’intermédiation sont relativement élevés dans la région, l’écart entre les taux débiteurs et créditeurs étant proche de 11 %, contre une moyenne de 7½ % pour les pays émergents et en développement (graphique 3.2.5). Cependant, la baisse de ces coûts ne fait pas progresser le PIB de plus de 3 points quel que soit le pays (graphique 3.2.2). Des coûts d’intermédiation moins élevés favorisent une affectation plus efficiente du capital et entraînent donc des gains de productivité totale des facteurs (graphique 3.2.6). L’augmentation des inégalités s’explique par le fait que cette mesure profite surtout aux entreprises qui ont le plus recours à l’emprunt.

Graphique 3.2.5.Échantillon de pays: coût d’intermédiation, écart de taux d’intérêt

Source: Banque mondiale, Enterprise Survey.

Graphique 3.2.6.Échantillon de pays: impact sur la productivité totale des facteurs

Sources: FMI, rapports sur les pays; Dabla-Norris et al. (2015); calculs des services du FMI.

Encadré 3.3.Politiques pour éliminer les inégalités entre femmes et hommes: quelques exemples d’Afrique subsaharienne

Permettre aux femmes de participer autant que les hommes à la vie économique peut stimuler le développement et la croissance et a des retombées positives sur l’abaissement des taux de fécondité et l’amélioration de la mobilité intergéné-rationnelle. Dans une région où 62 % de femmes économiquement actives travaillent dans l’agriculture, la correction des contraintes fondées sur le sexe dans ce secteur pourrait accroître sensiblement la productivité (BAfD, 2015). Parmi les principales initiatives entreprises, on citera les suivantes.

  • Réformes institutionnelles et légales pour ouvrir aux femmes davantage de possibilités, notamment en matière de services financiers. En 1996, la Namibie a adopté une loi sur l’égalité des personnes mariées, qui a établi l’égalité des droits de propriété pour les femmes mariées et accordé aux femmes le droit de signer des contrats, d’être chef de famille, d’exercer une activité professionnelle, d’ouvrir un compte en banque et d’intenter des procès sans l’accord de leur mari. Le taux d’activité des femmes a progressé de près de 8 points de pourcentage au cours des dix années suivantes (graphique 3.3.1) (Gonzales et al., 2015). Le droit des femmes à posséder des biens, s’il est bien appliqué, limiterait la discrimination fondées sur le sexe et permettrait aux femmes d’offrir des garanties pour emprunter, ce qui atténuerait l’une des principales contraintes à l’activité économique des femmes, y compris dans le secteur agricole (BAfD, 2015).

  • Renforcement du pouvoir politique des femmes. Au Rwanda, le changement dans ce domaine a pris deux formes: i) la prise en compte de la problématique femmes–hommes dans les politiques, les activités et les budgets dans tous les secteurs; et ii) des actions de discrimination positive visant à corriger les déséquilibres entre les sexes. La Constitution de 2003 a consacré le principe de l’égalité des sexes en établissant des quotas de 30 % pour la représentation des femmes dans toutes les structures décisionnelles. Le Code civil de 1999 et la loi foncière de 2013 assurent aux femmes l’égalité sur le plan de la propriété et de l’héritage de biens fonciers. Le Rwanda a ainsi été classé à la 7e place (sur 136 pays) dans le Rapport mondial 2014 sur les inégalités entre les sexes du Forum économique mondial et affichait en 2010 l’une des valeurs les plus faibles de l’indice d’inégalité de genre dans la région.

  • Meilleur accès à la santé et à l’éducation, notamment à des formations, pour favoriser le passage des femmes dans le secteur formel. Les données tendent à montrer que l’éducation diminue les taux de fécondité et accroît les possibilités pour les femmes de rester dans le secteur formel. Au Malawi, un programme de transferts monétaires ciblé sur les filles scolarisées, ou s’engageant à reprendre leur scolarité après un abandon récent, a fait baisser de 30 % la probabilité de grossesse chez les jeunes filles ayant récemment arrêté leurs études (Baird et al., 2009). Au Libéria, des formations dispensées aux jeunes femmes pour développer leurs compétences professionnelles et leur esprit d’entreprise ont fait progresser leur taux d’emploi de d’environ 50 % (Banque mondiale, 2012). Des programmes agricoles ciblés, portant par exemple sur l’amélioration des techniques agricoles, augmenteraient la productivité dans ce secteur, notamment chez les femmes (BAfD, 2015).

  • Augmentation des investissements dans les infrastructures (eau, électricité et transports) pour réduire les coûts de transaction et libérer du temps pour les femmes. La construction de routes peut permettre aux paysans d’écouler leurs produits plus vite. L’électricité et l’accès à l’eau réduisent le temps consacré à ramasser du bois et chercher de l’eau. Ces améliorations peuvent accroître la productivité et permettre aux femmes—qui sont habituellement les principales personnes du ménage chargées de ces tâches—d’avoir du temps pour chercher un emploi plus formel ou poursuivre leurs études. Selon des micro-enquêtes réalisées au Ghana, diminuer par deux le temps passé à aller chercher de l’eau augmenterait de 2,4 % en moyenne le taux de fréquentation scolaire des filles, avec des effets plus importants en milieu rural (Nauges et Strand, 2013). D’après des estimations en Éthiopie, les exploitantes agricoles passent environ 9 heures de moins par semaine aux travaux agricoles que leurs homologues masculins à cause de leurs tâches domestiques (BAfD, 2015).

Graphique 3.3.1.Namibie: six changements législatifs et taux d’activité des femmes

Sources: Banque mondiale, Women, Business and the Law (2014); et Gonzales et al. (2015).

Annexe 3.1. Comprendre les inégalités de revenu et entre femmes et hommes en Afrique subsaharienne

Cette annexe fournit plus de détails sur la méthode empirique et les définitions et sources des données utilisées dans les analyses empiriques relatives aux effets des inégalités sur la croissance et aux facteurs qui déterminent les inégalités de revenu. Elle précise également les pays couverts dans les deux sections.

Évaluation des effets des inégalités de revenu et entre femmes et hommes sur la croissance

L’analyse empirique des effets des inégalités sur la croissance repose sur des données couvrant vingt-cinq ans (1990–14), issues de plusieurs bases de données macroéconomiques couramment utilisées. Pour atténuer le problème de la disponibilité des données, les données en fréquence annuelle ont été réduites à cinq périodes de cinq ans (ne se chevauchant pas). L’échantillon couvre 159 pays, à revenu élevé, à revenu intermédiaire et à faible revenu. Toutefois, du fait du manque de données sur la totalité des mesures d’inégalité et des déterminants de la croissance, les pays couverts varient entre les modèles. Cette annexe décrit brièvement les variables employées dans l’analyse de la croissance.

Données

La croissance du PIB réel par habitant est mesurée par la variation annuelle moyenne en pourcentage du PIB réel par habitant durant chaque période de cinq ans. Les données proviennent principalement des Penn World Tables 8.1 (PWT), complétées par la base de données des Perspectives de l’économie mondiale pour 2013 et 2014. Les observations montrant une variation annuelle moyenne supérieure ou égale à ±20 % sur une période de cinq ans sont traitées comme des valeurs extrêmes et sont donc exclues de l’analyse empirique.

Mesures des inégalités de revenu

L’analyse empirique se centre sur trois mesures des inégalités de revenu.

  • Les inégalités de revenu initiales correspondent au coefficient de Gini net et sont tirées de la base de données mondiale normalisée sur les inégalités de revenu (SWIID version 5.0). Pour chaque période de cinq ans, la valeur initiale représente l’observation de la première année ou, à défaut, la dernière observation disponible de la période précédente. Les résultats empiriques sont globalement comparables lorsque les inégalités de revenu sont mesurées à partir du coefficient de Gini traditionnel (du marché).

  • Le ratio des 20 centiles supérieurs sur les 40 centiles inférieurs est une autre mesure des inégalités, apparentée à l’indice des inégalités de Palma. Cette mesure des inégalités insiste davantage sur la répartition des revenus parmi les 20 % les plus riches de la population par rapport aux 40 % les plus pauvres. Les données viennent principalement de la base de données des Indicateurs de développement dans le monde (WDI) de la Banque mondiale, complétée par la base de données UNU-WIDER. Pour chacune des périodes de cinq ans, la valeur initiale correspond à l’observation de la première année ou, à défaut, la dernière observation disponible de la période précédente.

  • Le pourcentage initial des revenus de la classe moyenne est calculé en additionnant les pourcentages des revenus des troisième et quatrième quintiles de population. Les sources de données sont les mêmes que pour la variable ratio des 20 centiles supérieurs sur les 40 centiles inférieurs.

Mesures des inégalités femmes–hommes

Les inégalités femmes–hommes sont mesurées par l’indice d’inégalité de genre (IIG), calculé suivant la méthode de l’ONU, qui couvre la période 1990–2010 (voir les détails dans Gonzales et al., à paraître). La moyenne de l’IIG est calculée sur chaque période de cinq ans.

L’égalité des femmes devant la loi est la somme de six indicateurs (de type 0–1) exprimant les droits légaux des femmes à acquérir et détenir des revenus et des biens, et va de 0 à 6. Plus la valeur est grande, plus le niveau d’égalité des femmes devant la loi est élevé. Les six indicateurs sont les suivants: 1) les femmes non mariées jouissent des mêmes droits de propriété sur les biens immobiliers; 2) les femmes mariées jouissent des mêmes droits de propriété sur les biens immobiliers; 3) par défaut, les titres de propriété sont conjoints pour les couples mariés; 4) les femmes mariées peuvent avoir un emploi ou exercer une activité professionnelle; 5) les femmes mariées adultes peuvent ouvrir un compte en banque; et 6) les femmes mariées peuvent signer un contrat (sans avoir besoin de l’autorisation d’un autre membre de la famille). Les données proviennent de la base de données Women, Business and the Law (WBL) de la Banque mondiale.

Variables additionnelles

Le revenu initial par habitant (log) est le PIB réel par habitant de la première année de chaque période quinquennale, et les données sont celles des PWT.

Les investissements en capital fixe (pourcentage du PIB) correspondent à la formation brute de capital fixe, avec une moyenne calculée sur les périodes de cinq ans. Les données viennent principalement de la base PWT, parfois complétée par la base de données WDI de la Banque mondiale en cas de données manquantes dans les PWT.

Le niveau d’études (années) est le nombre moyen d’années d’études (dans chaque période de cinq ans) pour la population âgée de 15 ans et plus. Les données proviennent de la base de données Barro-Lee.

La croissance de la population dépendante est le pourcentage de variation annuelle moyenne de la population qui n’est pas en âge de travailler (moins de 15 ans ou plus de 64 ans). Les données viennent de la base de données Population des Nations Unies.

L’indice d’infrastructures est un indice calculé à partir de trois grands indicateurs relatifs aux infrastructures: 1) la consommation d’électricité (kWh/habitant) de l’AIE; 2) l’accès à l’eau (pourcentage de population) de la base de données WDI; et 3) l’accès à un type quelconque de téléphone (abonnements pour 100 personnes) de la base de données WDI. L’indice est calculé en utilisant la première composante principale des valeurs logarithmiques des trois indicateurs. Plus la valeur est grande, plus le niveau global des infrastructures est élevé.

L’inflation élevée est une variable muette dont la valeur est 1 si l’inflation annuelle moyenne des prix à la consommation sur une période de cinq ans est supérieure à 15 %. Elle est utilisée comme indicateur indirect de la qualité des politiques macroéconomiques. Les données proviennent de la base de données des Perspectives de l’économie mondiale du FMI.

L’évolution des termes de l’échange est la variation annuelle moyenne des termes de l’échange sur la période de cinq ans, à partir de la base de données WDI de la Banque mondiale (en unités de monnaie locale constantes).

La qualité des institutions (indice) est mesurée de façon indirecte par l’indice de risque politique de l’International Country Risk Guide (ICRG). Cet indice couvre de nombreuses dimensions de la qualité des institutions, dont la stabilité gouvernementale, la qualité de l’administration publique, les conflits internes et externes, la corruption, l’ordre public et le contrôle démocratique des pouvoirs. Plus la valeur de l’indice est élevée (entre 0 et 100), meilleure est la qualité des institutions, et donc plus les risques sont faibles.

Évaluation des déterminants de l’évolution des inégalités de revenu

L’analyse empirique présentée dans ce chapitre sur les déterminants des inégalités utilise des données couvrant vingt années (1991–2010). En se fondant sur un échantillon de 135 pays avancés, émergents et en développement et sur l’évolution sur des périodes de cinq ans ne se chevauchant pas (maximum de 4 observations par pays), 469 observations d’évolution des inégalités sont étudiées.

Données

La variation du coefficient de Gini net est la différence entre les niveaux du coefficient de Gini net enregistrée sur chaque période de cinq ans. Lorsqu’un pays n’a pas de valeur initiale et finale du coefficient de Gini pour une période donnée, il y a une valeur manquante. Les données des coefficients de Gini nets viennent de la base SWIID version 5.0.

Les inégalités initiales correspondent à la valeur initiale du coefficient de Gini net pour une période donnée.

La part de l’agriculture est le pourcentage du secteur agricole dans le PIB total, tel que publié dans la base de données WDI de la Banque mondiale. Pour chaque période, nous prenons la valeur de la première année.

Le pourcentage de la population en âge de travailler est le pourcentage de la population âgée de 15 à 64 ans dans le pays, tel que publié dans la base de données Population des Nations Unies. Pour chaque période, nous prenons la valeur de la première année.

Les inégalités dans l’ éducation sont mesurées par le coefficient de Gini appliqué à l’éducation, qui est calculé par Castelló-Climent et Doménech (2014) à partir de l’édition la plus récente de la base de données de Barro et Lee.

La redistribution budgétaire est définie comme la différence entre le coefficient de Gini du marché et le coefficient de Gini net, tous deux publiés par la SWIID. Pour chaque période, nous prenons la valeur de la première année.

Les dépenses d’éducation sont le pourcentage des dépenses publiques consacrées à l’éducation, telles que publiées par la base de données WDI de la Banque mondiale. Pour chaque période, nous prenons la valeur de la première année.

La profondeur financière (degré de développement des circuits financiers) est définie par le ratio de la masse monétaire au sens large (M2) sur le PIB, tel que publié par la base de données WDI de la Banque mondiale. Pour chaque période, nous prenons la valeur de la première année.

L’inclusion financière s’exprime, par approximation, sous forme d’une variable muette qui rend compte de la capacité des femmes à ouvrir un compte en banque. Les données sont tirées de la base de données Women, Business and the Law (WBL) de la Banque mondiale.

Le stock de capital public est une estimation du stock de capital public, calculée à partir des flux d’investissement des administrations publiques (en dollars de 2005). Les données proviennent de la base Investment and Capital Stock (FMI, 2015e).

Le stock de capital privé est une estimation du stock de capital privé, calculée à partir des flux d’investissement privés (en dollars de 2005). Les données proviennent de la base Investment and Capital Stock du FMI (FMI, 2015e). Pour chaque période, nous prenons la valeur de la première année.

L’ouverture commerciale est définie comme étant la somme du total des exportations et des importations en pourcentage du PIB. Les données de base proviennent de l’édition la plus récente de la base de données des Perspectives de l’économie mondiale. Pour chaque période, nous prenons la valeur de la première année.

La variation des exportations de ressources naturelles correspond à la part des exportations de matières premières agricoles, de minerais et métaux, et de combustibles, en pourcentage des exportations totales de marchandises. Les données proviennent de la base de données des Indicateurs de développement dans le monde de la Banque mondiale.

Pays couverts

La présente section énumère les pays inclus dans les analyses empiriques du chapitre. Par manque de données, tous les pays ne sont pas inclus dans toutes les régressions.

Pays à revenu élevé, tels que définis par la Banque mondiale

États-Unis, Royaume-Uni, Autriche, Belgique, Danemark, France, Allemagne, Italie, Luxembourg, Pays-Bas, Norvège, Suède, Suisse, Canada, Japon, Finlande, Grèce, Islande, Irlande, Malte, Portugal, Espagne, Australie, Nouvelle-Zélande, Chili, Uruguay, Barbade, Trinité-et-Tobago, Chypre, Israël, RAS de Hong Kong, Chine, République de Corée, Singapour, Fédération de Russie, République tchèque, République slovaque, Estonie, Lettonie, Lituanie, Croatie, Slovénie et Pologne.

Pays à revenu intermédiaire, tels que définis par la Banque mondiale comme «pays à revenu intermédiaire de la tranche supérieure»

Turquie, Afrique du Sud, Argentine, Brésil, Colombie, Costa Rica, République dominicaine, Équateur, Mexique, Panama, Pérou, République bolivarienne du Venezuela, Belize, Jamaïque, Sainte-Lucie, Suriname, République islamique d’Iran, Iraq, Jordanie, Malaisie, Maldives, Thaïlande, Algérie, Angola, Botswana, Gabon, Maurice, Seychelles, Namibie, Tunisie, Fidji, Îles Marshall, Azerbaïdjan, Bélarus, Albanie, Kazakhstan, Bulgarie, Chine, Turkménistan, Serbie, Monténégro, Hongrie, ex-République yougoslave de Macédoine, Bosnie-Herzégovine et Roumanie.

Pays à faible revenu, tels que définis par la Banque mondiale comme «pays à revenu intermédiaire de la tranche inférieure» ou «pays à faible revenu»

Bolivie, El Salvador, Guatemala, Haïti, Honduras, Nicaragua, Paraguay, Guyana, République arabe syrienne, République arabe d’Égypte, République du Yémen, Afghanistan, Bangladesh, Bhoutan, Cambodge, Sri Lanka, Inde, Indonésie, République démocratique populaire lao, Népal, Pakistan, Philippines, Viet Nam, Djibouti, Burundi, Cameroun, République de Cabo Verde, République centrafricaine, Tchad, Comores, République du Congo, République déocratique du Congo, Bénin, Éthiopie, Gambie, Ghana, Guinée Bissau, Guinée, Côte d’Ivoire, Kenya, Lesotho, Libéria, Madagascar, Malawi, Mali, Mauritanie, Maroc, Mozambique, Niger, Nigéria, Zimbabwe, Rwanda, São-Tomé-et-Príncipe, Sénégal, Sierra Leone, Soudan, Swaziland, Tanzanie, Togo, Ouganda, Burkina Faso, Zambie, Papouasie-Nouvelle-Guinée, États fédérés de Micronésie, Arménie, Géorgie, République kirghize, Moldova, Tadjikistan, Ukraine, Ouzbékistan et Mongolie.

Annexe 3.2. Déterminants des inégalités

Cette annexe explique plus en détail la démarche empirique suivie dans le chapitre sur les déterminants des inégalités. Elle souligne les mécanismes décrits dans les diverses études et par lesquels ces déterminants sont censés agir.

  • Niveau initial d’inégalités. L’effet des inégalités initiales sur l’évolution des inégalités se révèle ambigu. Dans les «trappes d’inégalité», un niveau élevé d’inégalité au départ peut exacerber les inégalités en l’absence d’action des pouvoirs publics. À l’inverse, la «convergence des inégalités vers des niveaux moyens» peut aussi laisser supposer que des inégalités initiales plus fortes évoluent vers une réduction des inégalités (Benabou, 1996, et Ravallion, 2002).

  • Revenu et croissance économique. De précédentes études empiriques mettant à l’épreuve l’hypothèse de la «courbe de Kuznets», selon laquelle les inégalités s’accentuent dans un premier temps dans le processus de développement économique pour s’atténuer par la suite, ont donné des résultats mitigés (Barro, 2000). Notre analyse inclut dans les spécifications le niveau de revenu mesuré par le PIB par habitant et prévoit les non-linéarités. De même, l’effet de la croissance du PIB réel est ambigu; dans le contexte d’une transformation structurelle, les inégalités peuvent s’aggraver avec une croissance en hausse.

  • Contributions sectorielles. La part du secteur agricole est étroitement liée aux niveaux de revenu (graphique A.3.2.1 de l’annexe), ce qui est particulièrement pertinent dans le cas de l’Afrique subsaharienne où l’agriculture représente une part notable du PIB et de l’emploi dans beaucoup de pays. Une part plus élevée de l’agriculture tend à aller de pair avec un niveau plus faible de pauvreté et d’inégalité dans la région (Christiansen, Demery et Kuhl, 2007).

  • Démographie. Une transition démographique plus rapide peut contribuer à réduire les inégalités en diminuant le nombre d’enfants, particulièrement dans les ménages modestes, et en permettant un taux d’activité supérieur chez les femmes et des investissements plus importants dans le capital humain, ce qui s’ajoute au «dividende démographique» (Rosenzweig, 1990; Soares, 2005; Soares et Falcao, 2008).

  • Ressources naturelles. Parce qu’elles sont facilement appropriables, les ressources naturelles peuvent aboutir à une répartition plus inégale des revenus, en particulier si elles sont directement exportées au lieu de constituer un bien intermédiaire (Buccellato et Alessandrini, 2009).

Graphique A.3.2.1.Afrique subsaharienne: agriculture et PIB réel par habitant, 2013

Sources: FMI, base de données du Département Afrique; Banque mondiale, Indicateurs du développement dans le monde.

En outre, dans le droit fil des études existantes, nous examinons les politiques suivantes:

  • Redistribution. La redistribution budgétaire est mesurée comme la différence entre le coefficient de Gini du marché et le coefficient de Gini net; elle prend la forme de prélèvements fiscaux et de transferts. Elle est censée contribuer à réduire les inégalités, surtout lorsqu’elle est progressive, ciblée et bien mise en œuvre (Ostry et al., 2014).

  • Les dépenses d’éducation sont utilisées comme indicateur indirect du capital humain. L’impact de l’éducation est en principe ambigu (Dabla-Norris et al., 2015a), particulièrement en cas de problèmes d’accès, mais les dépenses destinées à améliorer la couverture et la qualité des services d’éducation peuvent favoriser l’égalité des chances et réduire l’avantage conféré par un niveau de qualification plus élevé. Pour couvrir le plus grand nombre possible de pays à faible revenu, on utilise le niveau des dépenses publiques.

Investissement. Les stocks de capital servent d’indicateurs indirects de l’ensemble des investissements publics et privés. Les disparités régionales en infrastructures peuvent entraîner des inégalités spatiales plus importantes et aggraver la fracture villes–campagnes. L’accès à l’eau et à l’électricité a aussi des répercussions sur les inégalités (Banque mondiale, 2012). Le manque d’infrastructures reste élevé en Afrique subsaharienne et freine le développement du secteur privé, y compris des entreprises familiales.

Échanges internationaux. L’impact de l’ouverture commerciale sur les inégalités peut jouer dans les deux sens (Dabla-Norris et al., 2015a), selon l’ampleur de la création de nouveaux échanges ou du détournement d’échanges existants. Dans bon nombre de pays à faible revenu, le transfert d’activités peu qualifiées provenant de pays avancés (externalisation) peut ouvrir des débouchés dans le secteur de la transformation et des services, mais l’impact global sur les inégalités dépend du degré de réorientation du secteur informel vers le secteur formel, ainsi que des disparités de salaire. De même, la fermeture d’entreprises due aux importations moins chères peut aggraver les inégalités de revenu.

Le développement financier peut contribuer à accentuer les inégalités en présence de frictions financières faisant que l’accès aux services financiers profite essentiellement aux riches (Greenwood et Jovanovic, 1990). Néanmoins, au fur et à mesure du développement financier, une plus grande inclusion financière peut aider à réduire les inégalités (Dabla-Norris et al., 2015a).

Les inégalités femmes–hommes ont en principe un impact négatif sur les inégalités de revenu, car elles réduisent la capacité d’un segment de l’économie à contribuer pleinement à la croissance et au développement (Elborgh-Woytek et al., 2013).

Ce chapitre a été préparé par une équipe menée par Dalia Hakura et Christine Dieterich et composée d’Anni Huang, Mumtaz Hussain, Clara Mira, Monique Newiak, Vimal Thakoor, Alun Thomas et Fan Yang sous la direction de David Robinson, avec le concours de Cleary Haines et Azanaw Mengistu en matière de recherche.

Le Groupe de la Banque mondiale vient de publier de nouvelles estimations de la pauvreté reposant sur des parités de pouvoir d’achat 2011 (Beegle et al., à paraître). Elles n’ont cependant pas été incluses dans ce chapitre. Les taux de pauvreté qui y sont mentionnés sont donc susceptibles d’être révisés.

Les résultats obtenus sur l’évolution des inégalités dans la région restent globalement valables avec l’utilisation d’estimations des inégalités basées sur les données des enquêtes auprès des ménages.

Sala-i-Martin (2002) montre que la pauvreté et les inégalités ont augmenté en Afrique subsaharienne entre 1970 et 1998.

L’IIG recouvre des dimensions essentielles des inégalités femmes–hommes sur le plan des résultats et des opportunités: le marché du travail (écart entre les taux d’activité des hommes et des femmes); l’éducation (écart entre les niveaux d’études secondaires et supérieures atteints par les hommes et les femmes); l’accès au pouvoir (pourcentage de femmes parlementaires); et la santé (taux de mortalité maternelle et fécondité des adolescentes). L’indice va de 0 (égalité) à 100 (inégalité). L’Afrique subsaharienne obtient aussi un score d’inégalité femmes—hommes élevé d’après un indice de développement de genre récemment créé par le Programme des Nations Unies pour le développement, qui met en évidence les différences entre femmes et hommes sur le plan des indicateurs de santé, d’éducation et de revenu. L’analyse empirique de ce chapitre est basée sur l’IIG, car il offre une série temporelle plus longue.

D’après une étude récente du Pew Research Center (Kochhar, 2015), la baisse de la pauvreté en Afrique subsaharienne a essentiellement permis d’élever les niveaux de revenu juste au-dessus du seuil de pauvreté, et peu de pays ont enregistré une expansion importante de la «classe moyenne».

D’autres études, notamment Beegle et al. (à paraître) et Bhorat et al. (2015), indiquent qu’en moyenne, les inégalités de revenu n’ont pas diminué dans la région au cours des dernières décennies.

La base de données mondiale normalisée sur les inégalités de revenu (SWIID) utilisée dans ce chapitre intègre différentes sources de données afin d’augmenter au maximum la comparabilité et la couverture des pays dans le temps. Elle présente l’inconvénient de combler les observations manquantes au moyen d’estimations modélisées par imputation multiple. Toutefois, les tendances présentées sont globalement conformes à celles qui utilisent des données de meilleure qualité disponibles pour un plus petit ensemble de pays. D’autres mesures des inégalités, comme le ratio des 20 centiles supérieurs rapportés aux 40 centiles inférieurs de la distribution des revenus, confirment également que les inégalités, quoique ayant un peu régressé, demeurent élevées en Afrique subsaharienne et en Amérique latine et aux Caraïbes.

Il était essentiel d’inclure dans l’échantillon le plus grand nombre possible de pays d’Afrique subsaharienne. Étant donné les statistiques disponibles, le modèle a été estimé pour la période 1995–2014. Pour tenir compte de l’éventuelle endogénéité des variables d’inégalité et d’investissement, les estimations utilisent une méthode des moments généralisés en système à deux étapes et les niveaux initiaux d’inégalité pour chaque période de cinq ans. Les régressions reposent sur des moyennes quinquennales sans chevauchement pour faire abstraction des fluctuations conjoncturelles des taux de croissance et remédier aux données manquantes pour certaines années (par exemple dans les mesures d’éducation et d’inégalité).

Les études empiriques récentes ont principalement analysé l’effet ponctuel de chacune des dimension des inégalités sur la croissance économique et ne se sont pas centrées sur les conséquences pour l’Afrique subsaharienne (par exemple Ostry, Berg et Tsangarides, 2014, Dabla-Norris et al., 2015, et Gonzales et al., à paraître). Il convient de noter que les mesures des inégalités de revenu portent sur les inégalités au niveau des ménages. L’indice d’inégalité de genre, en revanche, englobe une combinaison d’inégalités à l’intérieur des ménages et entre les ménages dans la mesure où les femmes sont membres d’un ménage ou qu’elles sont chef de famille.

L’expression «pays à faible revenu» désignera dorénavant le groupe des pays à faible revenu et des pays à revenu intermédiaire de la tranche inférieure tels que définis par la Banque mondiale.

L’analyse utilise des termes d’interaction pour rendre compte des non-linéarités dans la relation inégalité—croissance. Cependant, les effets estimés des variables d’inégalité de revenu et entre femmes et hommes restent globalement valables si l’échantillon est limité aux pays en développement et si l’on réduit le nombre de variables de contrôle. L’existence constatée d’effets importants des inégalités de revenu et entre femmes et hommes en faisant la part des variables pouvant être liées aux variables d’inégalité rejoint Berg et Ostry (2011) et Ostry, Berg et Tsangarides (2014).

Beaucoup d’études notent à juste titre l’importance de la valeur ajoutée à l’économie par les femmes du fait de leurs activités familiales, qui ne sont pas mesurées dans le PIB et donc ne sont pas incluses dans la présente analyse.

Le constat que la suppression des restrictions fondées sur le sexe a des effets positifs sur la croissance dans les pays exportateurs de pétrole peut s’expliquer par une corrélation davantage que par un lien de causalité, car, lorsque les conditions sont propices, les pays exportateurs de pétrole peuvent se développer sans un apport sensible de main-d’œuvre puisque les activités pétrolières et minières présentent une forte intensité de capital. Cela serait le cas si l’égalité femmes–hommes était corrélée à d’autres conditions, comme une meilleure garantie des droits de propriété, ou une plus grande intégration aux marchés financiers des pays développés, qui rendent plus facile l’exploitation des réserves minérales par des entreprises étrangères.

L’échantillon comprend 469 observations de l’évolution des inégalités entre 1991 et 2010 durant des périodes de cinq ans sans chevauchement. Pour distinguer les facteurs spécifiques aux pays à faible revenu et à l’Afrique subsaharienne et tenir compte de la dimension du revenu dans des conditions de colinéarité élevée, des termes d’interaction sont inclus. On utilise des régressions quantiles, car leurs estimations sont meilleures que celles reposant sur les moyennes, y compris les modèles binaires. Cela permet aussi d’étudier les déterminants à la fois des augmentations et des diminutions des inégalités pendant la période examinée.

Le niveau initial de revenu par habitant n’est pas inclus comme variable explicative dans les régressions, car il est fortement corrélé au niveau initial d’inégalité.

Ce résultat est confirmé également quand la redistribution est ajoutée comme variable explicative, avec un terme d’interaction pour l’Afrique subsaharienne, aux régressions de la croissance de la section précédente.

Voir, par exemple, Grown et Valodia (2010) et Banque mondiale (2014).

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