Chapter

2. Compétitivité en Afrique subsaharienne: stagnation ou progression?

Author(s):
International Monetary Fund
Published Date:
October 2015
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Ces dernières années, l’Afrique subsaharienne a vu son PIB réel et son intégration commerciale progresser fortement. En volume, cependant, le commerce de la région a augmenté moins vite que le commerce mondial et les déséquilibres commerciaux ont commencé à s’accentuer. Entre-temps, l’amélioration des politiques économiques, l’augmentation de l’aide, les allégements de dette, l’abondance de la liquidité mondiale et les cours élevés des produits de base, qui avaient été les moteurs de la croissance depuis le milieu des années 90, ont vu leurs effets commencer à se dissiper. Pour conserver une croissance forte, la région va devoir se diversifier dans d’autres secteurs que les produits de base, exporter des biens plus sophistiqués et intégrer les chaînes de valeur mondiales. Le présent chapitre étudie l’évolution des indicateurs de compétitivité en Afrique subsaharienne et tente ainsi de déterminer si les conditions sont réunies pour que la région diversifie sa base d’exportations et préserve sa croissance; les choix de politique économique qui permettraient de doper la compétitivité y sont également examinés.

Les principales conclusions du chapitre sont les suivantes:

  • Des circonstances exceptionnelles ont contribué à la croissance moyenne soutenue que l’Afrique subsaharienne a enregistrée ces dix dernières années. Mais un large éventail d’indicateurs révèlent aussi une compétitivité faible et déclinante, en particulier parmi les pays exportateurs de produits de base1.

  • Par rapport à d’autres régions, l’Afrique subsaharienne a connu moins d’épisodes de croissance soutenue permettant une hausse durable des revenus, mais leur fréquence s’est néanmoins accrue au cours des 15 dernières années. Les trois principaux facteurs à l’origine de ces épisodes de croissance sont les cours élevés des produits de base, la fin d’un conflit civil et la compétitivité des taux de change réels. Globalement, l’analyse empirique apporte des éléments démontrant largement que ce tout dernier facteur joue un rôle important dans l’apparition d’épisodes de croissance soutenue2.

  • Même si toute recommandation doit être formulée en tenant compte des spécificités nationales, de grands principes d’action se dégagent: conduire des politiques macroéconomiques saines, y compris accepter des dépréciations à court terme pour contrer une évolution défavorable des termes de l’échange, investir dans les infrastructures qui améliorent la productivité en veillant à la viabilité de la dette, supprimer les obstacles résiduels au commerce et renforcer les institutions pour créer un climat plus propice aux affaires.

Contexte

Évolution de la croissance

Après plusieurs décennies de croissance molle, le rythme de l’activité économique s’est accéléré dans la région subsaharienne au milieu des années 90. Depuis la crise financière mondiale, notamment, la région a connu une croissance plus rapide que les autres régions, exception faite de l’Asie émergente et en développement.

Si la forte croissance de bon nombre de pays exportateurs de produits de base s’est appuyée sur une hausse des cours, comme déjà auparavant, d’autres facteurs ont contribué à la croissance dans la région3. De nombreux pays d’Afrique subsaharienne non dépendants des produits de base ont pu également afficher une croissance vigoureuse en enclenchant un cercle vertueux de bonnes politiques macroéconomiques et de réformes structurelles majeures qui ont attiré des flux d’aide plus importants. Ainsi, 8 des 12 pays de la région dont la croissance a été la plus forte entre 1995 et 2010 n’étaient pas dépendants de leurs ressources naturelles. L’augmentation des flux de capitaux privés a également dopé la croissance dans toute la région. Depuis le milieu des années 90, toute une série d’innovations financières ont vu le jour; associées à des politiques économiques plus judicieuses et des allégements de dette, elles ont permis une progression très sensible des flux à destination de la région.

Certains de ces moteurs continueront de tirer la croissance, mais d’autres ne produisent déjà plus d’effets. Comme indiqué au chapitre 1, les cours des produits de base ont baissé, le modèle de croissance chinois est en train d’évoluer, ce qui devrait peser sur la demande de matières premières en provenance d’Afrique subsaharienne, et la période de liquidité mondiale abondante touche à sa fin. Dans le même temps, le dividende de croissance associé à la convergence des taux et qui résultait des conditions initiales très défavorables dans de nombreux pays de la région disparaît peu à peu. Pour préserver leur croissance, les pays subsahariens devront donc sans doute s’appuyer de plus en plus sur des leviers plus traditionnels comme la compétitivité, qui a joué un rôle clé dans la croissance soutenue mesurée ailleurs dans le monde, y compris dernièrement en Asie.

Évolution des balances commerciales

Dans ce contexte, la détérioration des balances commerciales observée en Afrique subsaharienne depuis le milieu de la première décennie 2000 suscite des interrogations sur la compétitivité régionale (graphique 2.1).

  • L’augmentation des volumes importés est à l’origine de la détérioration des balances commerciales de la région (graphique 2.2). C’est notamment la conséquence des importations de biens d’équipement, la région ayant cherché à combler son déficit d’infrastructures (graphique 2.3). Cette évolution est positive, car elle améliore les perspectives de croissance.

  • Néanmoins, on peut juger préoccupant que le gonflement des volumes d’exportation soit en grande partie concentré chez les pays exportateurs de produits de base non pétroliers, sous l’effet d’une forte demande extérieure et de cours élevés. Ailleurs, les volumes d’exportation n’ont guère augmenté.

Graphique 2.1.Afrique subsaharienne: balance commerciale pour les marchandises, en proportion du PIB, 2000–14

Source: FMI, base de données des Perspectives de l’économie mondiale.

Graphique 2.2.Afrique subsaharienne: effets des variations de prix et de volume sur le ratio balance commerciale/PIB entre 2004 et 2014

Source: FMI, base de données des Perspectives de l’économie mondiale.

Graphique 2.3.Afrique subsaharienne: ratio importations/PIB, 1995–2011

Source: calculs des services du FMI sur la base des Penn World Tables 8.0.

Note: Les biens d’équipement comprennent les biens d’équipement ordinaires et les fournitures industrielles. Les biens de consommation comprennent les biens de consommation ordinaires, les produits alimentaires et les boissons, les carburants et les lubrifiants, et les équipements de transport.

Parts des exportations mondiales

Ces préoccupations sont justifiées par l’évolution de la part régionale dans les exportations mondiales et de la part des valeurs ajoutées nationales exportées dans le total mondial des valeurs ajoutées nationales exportées (c’est-à-dire son revenu mondial en valeur ajoutée)4. Le graphique 2.4 ci-dessous, qui utilise des données concernant des pays dont le PIB par habitant était inférieur à 20.000 dollars en 2014, montre que, à l’exception des exportateurs de produits de base, la participation des pays d’Afrique subsaharienne au commerce mondial mesurée par les exportations brutes est pratiquement la même qu’en 19955. Cela tranche nettement avec les pays dans d’autres régions, dont beaucoup ont vu leur part de marché augmenter sensiblement.

Graphique 2.4.Échantillon de pays: exportations nationales en proportion des exportations mondiales, variation entre 1995 et 2014

Source: calculs des services du FMI d’après les données de Direction of Trade Statistics du FMI.

Note: Ne sont pris en considération pour chaque région que les pays émergents et en développement dont le PIB par habitant de 2012 est inférieur à 20.000 dollars. La Chine est exclue du groupe Asie, et la Russie du groupe Europe et Asie centrale parce que leurs chiffres sont nettement supérieurs à la moyenne pour leur région.

Diversification en faveur des exportations manufacturières

La diversification des exportations, notamment en faveur des produits manufacturés, s’est révélée être un indicateur important de compétitivité (voir, par exemple, Johnson, Ostry et Subramanian, 2010)6. Une explication possible est que la plupart des produits manufacturés tendent à être étroitement liés à d’autres produits, ce qui facilite une diversification accrue, comme le constatent Hausmann et Hidalgo (2012).

  • La comparaison entre la part des produits manufacturés dans les exportations régionales et la part de produits manufacturés mondialement dans les exportations mondiales totales confirme que l’Afrique subsaharienne demeure bien moins spécialisée dans ces produits que d’autres pays, qui ont affiché une croissance soutenue pendant une longue période (graphique 2.5)7.

  • Plus précisément, l’Afrique subsaharienne est presque deux fois moins spécialisée dans les produits manufacturés que l’ensemble du monde. En revanche, elle l’est plus, en moyenne, que les autres pays en développement à faible revenu8. En outre, la spécialisation manufacturière de nombreux pays de la région est comparable à celle du Bangladesh et du Viet Nam, deux pays qui ont notablement diversifié leurs exportations ces dernières années.

  • Plus préoccupant encore, entre 1991–95 et 2008–12, la part des produits manufacturés dans les exportations de la région a plus baissé que leur part dans les exportations mondiales (graphique 2.5).

Graphique 2.5.Afrique subsaharienne et pays de comparaison: part des produits manufacturés dans les exportations brutes par pays par rapport à cette part au niveau mondial, moyenne sur 2008-12

Source: calculs des services du FMI d’après les données Eora du FMI.

Note: Une valeur de 0,5 indique que, pour le pays en question, la part des produits manufacturés dans les exportations brutes n’est que de 50 % de la part correspondante au niveau mondial.

1Ne comprennent pas les pays d’Afrique subsaharienne.

En résumé, l’évolution des agrégats du commerce dresse un tableau contrasté de la compétitivité dans les pays d’Afrique subsaharienne. Bien qu’il soit rassurant de voir que la détérioration des balances commerciales s’explique largement par des importations de biens d’équipement, les résultats à l’exportation, en particulier du secteur manufacturier, amènent à s’interroger sur la compétitivité de la région. Au vu de ces évolutions, il faudrait analyser plus finement cette compétitivité pour situer les pays subsahariens par rapport à leurs pairs.

Que révèlent les indicateurs de compétitivité?

La discussion qui suit porte sur l’évolution d’un large éventail d’indicateurs de compétitivité (tableau 2.1). En premier lieu, nous nous intéressons aux indices de taux de change effectifs réels (TCER), puis au niveau global des prix relatifs corrigés des variations de la productivité d’un pays à l’autre (effet Balassa-Samuelson) et ensuite aux différentes composantes des prix. La dernière partie de cette section examine les indicateurs de compétitivité hors prix qui reflètent les obstacles institutionnels et structurels freinant l’essor du secteur des biens exportables.

Tableau 2.1.Indicateurs de compétitivité
IndicateurDescriptionAvantagesInconvénients
Indicateurs fondés sur l’indice des prix









Taux de change effectif réel (TCER) standard











TCER fondé sur les chaînes de valeur mondiales (CVM)
Le TCER est la moyenne pondérée par les échanges des taux de change réels bilatéraux par partenaire commercial; il utilise l’indice des prix à la consommation (IPC) comme déflateur des prix et les parts brutes du commerce bilatéral comme coefficients de pondération. Une augmentation du TCER signifie que les exportations deviennent plus chères et les importations moins chères, autrement dit une perte de compétitivité commerciale.



Le TCER fondé sur les CVM utilise les exportations et importations en valeur ajoutée comme pondérations, et non les exportations brutes comme dans le cas du TCER standard.
Largement utilisé; facile à calculer.























Donne une description plus exacte de la production nationale grâce à la pondération des échanges en valeur ajoutée et à l’utilisation du déflateur du PIB, qui rendent mieux compte des coûts de production.
Cet indice renseigne uniquement sur les variations de la compétitivité par rapport aux partenaires commerciaux; il utilise les exportations et les importations brutes, valeurs qui ne reflètent pas fidèlement la production intérieure, pour calculer les parts des échanges; il utilise l’IPC, qui ne rend pas compte de façon précise des coûts de production nationaux. Il s’appuie sur des paniers de consommation différents selon les pays. Les partenaires commerciaux restent les mêmes dans le temps.



Les données sont plus difficiles à obtenir, car elles n’existent pas pour tous les pays. Les données n’existent que jusqu’à fin 2012.
Indicateurs fondés sur le niveau des prix







Niveau des prix relatifs corrigé de l’effet Balassa-Samuelson











Paniers d’importations et d’exportations
Il s’agit d’un indicateur direct de la compétitivité du taux de change réel, qui tient compte de l’effet Balassa-Samuelson (c’est-à-dire de l’écart du taux de change réel par rapport au niveau prévisible d’après l’effet Balassa-Samuelson), avec lequel les pays relativement plus riches ont des taux de change réels plus forts en raison de leur meilleure productivité.



Cet indicateur calcule le coût intérieur du panier d’importations d’un pays et le coût extérieur du panier d’exportations en utilisant les données relatives aux niveaux des prix provenant du Programme de comparaison internationale de la Banque mondiale.
Fondé sur des données relatives aux niveaux des prix par rapport aux États-Unis. Lien théorique solide avec les résultats à l’exportation et la croissance. Estimé avec les Penn World Tables, qui offrent un ensemble cohérent de données pour un grand nombre de pays sur une longue période.



Cet indicateur s’appuie sur des paniers de consommation comparables pour tous les pays; utilise aussi le niveau des prix, et non des indices, et permet à la pondération des échanges d’évoluer au fil du temps. Cet indicateur permet donc des comparaisons entre pays et dans le temps.
Ne rend pas compte des autres facteurs structurels (par exemple le climat des affaires) qui peuvent influer sur la compétitivité. Contrairement au TCER, ne donne pas une évaluation de la compétitivité par rapport à tous les partenaires commerciaux.











On ne dispose de données que pour deux années, 2005 et 2011.
Indicateur fondé sur d’autres éléments que les prix



Indice de compétitivité mondiale
Fondé sur des enquêtes et la collecte de données, cet indicateur décrit les institutions, les politiques et les facteurs qui déterminent la productivité d’un pays.Fondé sur des études théoriques et empiriques, cet indicateur tient compte des différents stades de développement des pays.Les opinions recueillies lors des enquêtes sont celles des dirigeants d’entreprises; elles sont subjectives et peuvent être influencées par des changements de perception.
Source: services du FMI.

Indices de taux de change effectifs réels

Le TCER, qui mesure les fluctuations relatives des indices de prix agrégés selon les pays, est devenu un indicateur clé de la compétitivité. L’analyse ci-dessous porte sur deux concepts de TCER. Le TCER standard mesure les variations de l’indice des prix à la consommation (IPC) par rapport aux partenaires commerciaux; il est exprimé dans une monnaie commune et pondéré en fonction de la part des exportations brutes par partenaire. Le TCER analogue (lié aux chaînes de valeur mondiales, CVM), qui reflète le commerce en valeur ajoutée au lieu des exportations brutes, utilise en plus des déflateurs du PIB comme indicateurs de substitution du prix de la valeur ajoutée nationale exportée (voir l’annexe 2.1)9.

Une appréciation du TCER rend les exportations plus chères que la concurrence étrangère et les importations moins chères que la production intérieure, indiquant ainsi une perte de compétitivité par rapport aux partenaires commerciaux10.

Globalement, on constate une légère amélioration du TCER et du TCER CVM entre 1995 et 2014 (graphique 2.6). Elle masque toutefois une évolution tendancielle profonde et une forte diversité entre les pays.

  • Les deux TCER indiquent en particulier une dépréciation prolongée, de 1995 à 2002, suivie d’une forte appréciation depuis lors (graphique 2.7).

  • Le phénomène est plus net en ce qui concerne les exportateurs de produits de base, dont les TCER ont augmenté d’en moyenne 40 % depuis 2002, et évoque un possible syndrome hollandais en relation avec la flambée des cours des produits de base (graphique 2.8). De ce fait, nombre de ces exportateurs, dont le Nigéria et l’Angola, deux des plus grands pays de la région, ont vu leurs TCER augmenter considérablement sur l’ensemble de la période (1995-2014).

  • Les TCER des pays non exportateurs de produits de base se sont également appréciés depuis 2002, mais dans une moindre mesure (graphique 2.8). En effet, entre 1995 et 2014, les TCER de la plupart des pays non exportateurs de produits de base ont soit légèrement augmenté, soit baissé.

  • Dans les pays ayant un régime de change fixe, le TCER semble plus stable que dans ceux dont le régime de change est flottant (graphique 2.9).

Graphique 2.6.Afrique subsaharienne et pays de comparaison: variation du taux de change effectif réel, comparaison TCER standard et TCER sur base chaînes de valeur mondiales, 1995–2014

Sources: FMI, calculs des services du FMI d’après les données du Système des avis d’information et les données Eora du FMI.

1Les TCER sur base des chaînes de valeur mondiales (barres verticales) concernent la période 1995-2012. Les données relatives aux pays suivants commencent après 1995 en fonction de leur disponibilité (l’année de début est indiquée entre parenthèses): Angola (2000), Libéria (2000), Nigéria (1999) et République démocratique du Congo (2010).

2Ne comprennent pas les pays d’Afrique subsaharienne.

Graphique 2.7.Afrique subsaharienne: variation du taux de change effectif réel, comparaison TCER sur base chaînes de valeur mondiales et TCER standard, 1995–2014

Sources: calculs des services du FMI d’après les données du Système des avis d’information et les de données Eora du FMI.

Graphique 2.8.Afrique subsaharienne: variation du taux de change effectif réel, comparaison pays exportateurs de produits de base et pays non exportateurs de produits de base, 1995–2014

Source: calculs des services du FMI d’après les données du Système des avis d’information du FMI.

Graphique 2.9.Afrique subsaharienne: variation du taux de change effectif réel standard, comparaison pays à taux de change flottant et pays à taux de change fixe, 1995–2014

Source: calculs des services du FMI d’après les données du Système des avis d’information du FMI.

Une décomposition montre que la dépréciation du taux de change nominal est le principal facteur de dépréciation du TCER, surtout dans les pays ayant un régime de change flottant, tandis que son appréciation résulte souvent d’un niveau relativement élevé d’inflation (graphique 2.10). Dans plusieurs pays, essentiellement des pays avec flottement des changes, les dépréciations nominales de la monnaie ont été compensées par l’inflation, même si bon nombre d’entre eux ont réussi à supporter une dépréciation du TCER. Dans les pays avec un régime de change fixe, les taux de change nominaux et l’inflation ont généralement peu varié.

Graphique 2.10.Afrique subsaharienne: contribution aux variations du taux de change effectif réel standard, chiffres cumulés sur 1995–2012

Source: calculs des services du FMI d’après les données du Système des avis d’information du FMI.

Note: Le taux de change effectif réel est pondéré selon le Système des avis d’information et s’appuie sur les indices des prix à la consommation.

Niveau de prix relatifs corrigé des effets Balassa–Samuelson

L’un des avantages majeurs du TCER standard est qu’il est facile à calculer et repose sur des données faciles à obtenir. Néanmoins, les TCER sont des indices et ne permettent donc de comparer que des variations de prix relatifs, et non les niveaux de prix relatifs et absolus dans les différents pays. Par conséquent, les variations du TCER peuvent indiquer qu’un pays devient plus compétitif que ses partenaires commerciaux, alors même qu’il conserve un désavantage comparatif du fait de ses coûts plus élevés. Dans la présente section, nous étudions le niveau général des prix dans un pays par rapport aux États-Unis, afin de déterminer (en termes de niveau) où se situent actuellement les pays de la région en matière de compétitivité11.

Cet indicateur tient compte aussi de l’effet Balassa-Samuelson, c’est-à-dire l’effet de distorsion à la hausse du TCER et du TCER CVM qui est associé à une croissance plus rapide de la productivité dans le secteur des biens exportables et ne reflète pas nécessairement une baisse de compétitivité12. Ainsi, cet ajustement corrige les différences de prix relatifs qui résultent des différences de productivité entre pays dans le temps. Le graphique 2.11 représente les niveaux de prix relatifs dans les pays du monde. Comme le prédit l’effet Balassa-Samuelson, il semble bien y avoir une relation positive robuste entre les prix relatifs et les niveaux de revenu13. Un niveau de prix par rapport aux États-Unis qui serait au-dessous de la courbe tendancielle pourrait indiquer que le pays concerné est très compétitif, et vice-versa. De nombreux pays subsahariens ont des prix relatifs supérieurs à ce que laissent supposer leurs niveaux de revenu, ce qui pourrait indiquer qu’ils sont moins compétitifs que d’autres pays.

Graphique 2.11.Afrique subsaharienne et reste du monde: effet Balassa–Samuelson

Sources: calculs des services du FMI d’après les Penn World Tables et les Indicateurs du développement dans le monde (2015) de la Banque mondiale.

Pour approfondir cette question de la compétitivité des pays d’Afrique subsaharienne, nous procédons à une série de régressions transversales qui corrigent les prix relatifs des écarts de niveaux de revenu. Au vu des résultats, les prix relatifs de la région en 2014 (ou dernière observation disponible) sont en moyenne supérieurs de 8 % au niveau prédit après correction de l’effet Balassa—Samuelson, ce qui évoque un problème de compétitivité (graphique 2.12). À quelques exceptions notables (Burundi, Keyna et Mozambique), la quasi-totalité des pays apparemment non compétitifs exportent des produits de base ou ont un régime de change fixe. En revanche, les pays au niveau des prix relatifs compétitifs tendent à avoir des régimes de change flottants et ne pas être exportateurs de produits de base14.

Graphique 2.12.Afrique subsaharienne: taux de change réel corrigé de l’effet Balassa–Samuelson

Sources: Penn World Tables 8.0; Banque mondiale, Indicateurs du développement dans le monde; estimations des services du FMI.

Afin d’évaluer la compétitivité des pays de la région, nous identifions aussi à des fins de comparaison un groupe d’autres pays à faible revenu dont la situation économique est sans doute très étroitement associée à celle des pays d’Afrique subsaharienne. En outre, pour ces comparaisons, nous nous limitons aux pays qui sont parvenus à bien s’intégrer dans les réseaux commerciaux mondiaux ces dernières années et à diversifier leurs exportations, et qui sont donc susceptibles d’être les principaux concurrents de l’Afrique subsaharienne, car ils visent des objectifs similaires. Dans ce contexte, nous avons choisi comme pays de comparaison le Bangladesh, le Cambodge, la République démocratique populaire lao et le Viet Nam15. Il faut noter que les niveaux de prix relatifs dans notre groupe de comparaison en 2014 étaient inférieurs au niveau permettant d’être compétitif après correction de l’effet Balassa-Samuelson; dans certains cas, ils étaient largement inférieurs.

De plus, une comparaison avec les données de 2004 indiquerait que la compétitivité a reculé dans la quasi-totalité des pays. Les exportateurs de produits de base ont dû apparemment composer pendant plusieurs années avec des niveaux de prix relatifs non compétitifs. En revanche, il faut noter que bon nombre de pays non exportateurs de produits de base au régime de change flottant ont bénéficié de niveaux de prix relatifs compétitifs par le passé, ce qui contribuerait à expliquer la solide croissance affichée dernièrement.

Composition détaillée des prix

La section précédente a fait état du niveau élevé des prix relatifs en Afrique subsaharienne, qui rendait la région non compétitive, surtout par rapport aux principaux pays de comparaison. Dans ce contexte, nous nous interrogeons sur la position de l’Afrique subsaharienne par rapport à ses concurrents en ce qui concerne des facteurs de production déterminants pour le niveau des prix relatifs. Nous abordons en particulier le coût du travail, du transport, des communications et de l’électricité.

Coût du travail

Le coût du travail est un déterminant important des coûts de production, mais les données salariales disponibles pour l’Afrique subsaharienne sont rares. De surcroît, les rémunérations perçues dans l’important secteur informel, où les salaires de réserve sont bas, ne sont pas faciles à obtenir et les données peuvent donc indiquer un niveau de salaire supérieur aux salaires effectifs. On peut donc s’interroger sur l’intérêt de se servir de données salariales de substitution pour estimer la compétitivité. D’un autre côté, pour exporter, un pays a plutôt besoin de grandes entreprises, compte tenu des coûts fixes associés aux activités commerciales, et ces entreprises recourent généralement à une main-d’œuvre plus qualifiée, venant du secteur formel.

Dans de nombreux cas, les salaires horaires réels en dollars semblent plus élevés en Afrique subsaharienne que dans d’autres pays émergents et en développement16. Bien que les salaires nominaux en dollars y soient plus bas qu’ailleurs, il est intéressant de noter que les salaires réels perçus dans les pays subsahariens, généralement plus pauvres, demeurent relativement élevés. En effet, la représentation des salaires en fonction du PIB réel par habitant (graphique 2.13) montre que les salaires des pays de la région sont supérieurs à ceux d’autres pays émergents et en développement, à niveau de revenu comparable, ce qui reflète sans doute la pénurie de main-d’œuvre qualifiée dans la région17. Par conséquent, si l’on tient compte de la productivité plus faible de l’Afrique subsaharienne, l’écart par rapport aux coûts unitaires de main-d’œuvre d’autres régions est encore plus marqué.

Graphique 2.13.Afrique subsaharienne et reste des pays émergents et en développement: PIB réel par habitant et salaire horaire réel, 1983–2008

Sources: Penn World Tables 8.0; base de données sur les salaires dans le monde.

Note: Ne sont pris en compte pour chaque région que les pays émergents et en développement.

Évolution des prix des intrants non exportables

Les communications, le transport et l’électricité font partie des intrants non exportés les plus importants du processus de production et leur coût est déterminant pour le niveau général des prix dans un pays. La présente sous-section compare l’évolution de ces coûts dans la région et dans les principaux pays de comparaison (Bangladesh, Cambodge, République démocratique populaire lao et Viet Nam), en utilisant essentiellement les données sur les prix des biens non exportables pour 2005 et 2011 qui figurent dans le Programme de comparaison internationale de la Banque mondiale18.

Le graphique 2.14 ci-après illustre les coûts moyens du transport, des communications et de l’électricité dans les pays subsahariens en 2005 et 2011. Une valeur supérieure à 1 signale que le pays en question est plus cher que le pays de comparaison moyen. Les données montrent que:

  • Le coût relatif du transport s’est largement amélioré dans la quasi-totalité des pays d’Afrique subsaharienne. Si le transport était presque toujours relativement cher en 2005, en 2011, bon nombre de pays avaient réussi à en abaisser le coût; dans plusieurs autres, ce coût était plus bas que dans le pays de comparaison moyen. D’autres sources dressent toutefois un tableau légèrement moins positif, le coût d’expédition de conteneurs à partir de pays subsahariens demeurant très élevé par rapport au coût constaté dans des pays comparables (graphique 2.15). Ainsi, le coût moyen pour exporter un conteneur depuis l’Afrique subsaharienne avoisine 2.200 dollars, contre seulement 610 dollars depuis le Viet Nam.

  • Si le coût absolu des communications a également baissé dans la majorité des pays d’Afrique subsaharienne, aucun n’a obtenu la contraction de 45 % mesurée dans le pays de comparaison moyen entre 2005 et 2011. Par conséquent, en termes relatifs, le coût des communications a augmenté dans la plupart des pays de la région.

  • Par rapport à 2005, l’électricité est devenue plus chère dans la quasi-totalité des pays subsahariens. Même si, dans plusieurs pays de la région, elle était de meilleur marché que dans le pays de comparaison moyen en 2005, la hausse des coûts de l’électricité a rendu la majorité des pays d’Afrique subsaharienne relativement chers.

Graphique 2.14.Afrique subsaharienne: prix relatifs des principaux biens et services non échangeables

Sources: Banque mondiale, Programme de comparaison internationale; calculs des services du FMI.

Note: Les pays de comparaison sont le Bangladesh, le Cambodge, la République démocratique populaire lao et le Viet Nam.

Graphique 2.15.Afrique subsaharienne et pays de comparaison: coût de transport par conteneur, 2014

Sources: Banque mondiale, Indicateurs du développement dans le monde; estimations des services du FMI.

Note: Comprend les frais de dossier, les frais administratifs afférents au dédouanement et au contrôle technique, les frais de courtage en douane, les frais de manutention au terminal et le transport par voie terrestre.

Évolution des partenariats commerciaux et incidence sur la compétitivité

L’un des changements majeurs des dernières années est l’évolution des partenariats commerciaux des pays de la région, y compris la forte progression de la part des échanges avec des pays émergents et en développement19. Ce n’est pas sans incidence sur la compétitivité, ce que nous évaluons à l’aide de deux mesures différentes des taux de change effectifs (pour plus de détails sur la construction de ces mesures, voir l’annexe 2.2)20. En plus de tenir compte de l’évolution dans le temps des pondérations des échanges, ce que le TCER standard fondé sur l’IPC ne fait pas, ces mesures du taux de change effectif sont fondées sur des niveaux de prix plutôt que des indices. En outre, ces mesures évaluent aussi les prix relatifs à partir de paniers de produits de consommation courante. Par définition, comme avec le TCER standard, une hausse de l’indice signale une perte de compétitivité.

Le prix relatif moyen des importations (QM) évalue le prix relatif du panier de consommation sur le marché intérieur par rapport au prix du même panier dans le pays partenaire «moyen». La mesure est obtenue précisément en calculant le prix du panier par rapport à chaque partenaire commercial, puis en agrégeant les résultats pour tous les partenaires commerciaux du pays (en fonction de la composition géographique des importations en volume). Par conséquent, QM mesure le prix du panier de consommation par rapport au prix de ce panier dans le pays d’importation moyen d’origine.

De manière comparable, le prix relatif moyen des exportations (Qx) évalue le prix relatif du panier de consommation étranger sur le marché intérieur par rapport à son prix dans le pays partenaire «moyen». Il est obtenu en agrégeant les résultats obtenus au niveau de chaque pays par rapport à tous les partenaires commerciaux du pays d’origine.

Le graphique 2.16 représente les variations de Qx et QM dans 43 pays subsahariens pour lesquels des données relatives à l’IPC sont disponibles pour 2005 et 2011. Du point de vue du prix relatif moyen des importations, QM, la plupart des pays de la région ont perdu en compétitivité: les importations sont devenues moins chères que les produits locaux. Au regard du prix relatif moyen des exportations, Qx, une majorité de pays subsahariens, y compris des pays préémergents et émergents comme l’Afrique du Sud, le Kenya, le Nigéria et l’Ouganda, ont perdu en compétitivité, tandis que celle-ci a progressé dans une poignée de petits pays.

Graphique 2.16.Afrique subsaharienne: taux de change effectif réel mesuré sur la base des prix relatifs, 2005–11

Sources: Banque mondiale, Programme de comparaison internationale; FMI, Direction of Trade Statistics; calculs des services du FMI.

Une décomposition des changements montre que, pour Qx comme pour QM, la modification des partenariats commerciaux au profit des pays émergents et en développement à bas coûts a fait baisser le coût des importations et le coût des produits concurrençant les exportations, contribuant ainsi à affaiblir la compétitivité des pays subsahariens21. Dans bien des cas, cette évolution des partenariats a partiellement ou entièrement compensé les baisses de prix que les pays de la région étaient parvenus à obtenir. Dans quelques cas, néanmoins, des coûts relatifs plus élevés et un recentrage sur des partenaires à bas coûts ont contribué à éroder la compétitivité entre 2005 et 2011. Les indicateurs précédents n’avaient pas mis en évidence la nouvelle concurrence liée à l’arrivée sur le marché de pays exportant à moindre prix.

Indicateurs de compétitivité hors prix

La discussion précédente a souligné l’effet sur les coûts, et donc sur la compétitivité, des problèmes liés au manque d’infrastructures. De la même manière, la compétitivité des pays dépend aussi du cadre économique et institutionnel. Les carences structurelles et institutionnelles peuvent agir négativement sur l’effet des variations du taux de change nominal subi par les exportations (voir les encadrés 2.1 et 2.2). Par conséquent, même si ces indicateurs évoluent peu à peu et si des études ont montré que des expériences de développement avaient pu être lancées avec succès, y compris avec des indicateurs équivalents aux indicateurs subsahariens actuels, il importe de poursuivre les efforts pour remédier à ces carences. Les deux séries d’indicateurs les plus courants sont l’indice mondial de compétitivité du Forum économique mondial (FEM) et les indicateurs Doing Business élaborés par la Banque mondiale. Leurs résultats étant dans l’ensemble similaires pour l’Afrique subsaharienne, nous nous contenterons d’indiquer ceux de l’indice mondial de compétitivité.

Cet indice identifie 12 piliers de compétitivité et le graphique 2.17 représente le classement des régions. On constate sans surprise que l’Afrique subsaharienne est la région du monde où le cadre économique et institutionnel est le moins performant. Mais le caractère limité des progrès accomplis dans ce domaine entre 2006–09 et 2011–14 est préoccupant, surtout par comparaison avec d’autres pays. Les principaux goulets d’étranglement des pays de la région concernaient les infrastructures, la taille du marché, la maturité technologique et l’accès à la santé et à l’éducation. Les faibles progrès réalisés en ce qui concerne la taille du marché sont compréhensibles, mais le manque d’infrastructure qui persiste en dépit des importants investissements de ces dernières années est décevant. Qui plus est, par rapport à certaines autres régions, l’Europe et l’Asie centrale par exemple, l’adoption des nouvelles technologies a peu progressé et l’écart avec d’autres régions en matière de santé et d’éducation demeure très élevé.

Graphique 2.17.Échantillon de régions: les piliers de la compétitivité

Source: Forum économique mondial.

Note: Seuls sont pris en compte pour chaque région les pays émergents et en développement.

Ces facteurs font que l’Afrique subsaharienne est la région la plus mal classée au regard de l’indice mondial de compétitivité. On observe toutefois une grande hétérogénéité dans le groupe subsaharien (graphique 2.18). Si les pays affichant les plus mauvais indices, parmi lesquels la Guinée, le Tchad, l’Angola, le Burundi et la Sierra Leone, sont parmi les plus mal classés au monde, d’autres pays, comme Maurice, l’Afrique du Sud, le Rwanda, le Botswana, la Namibie, le Kenya et les Seychelles, ont un indice global de compétitivité comparable, voire légèrement supérieur, aux moyennes constatées dans les pays émergents et en développement d’autres régions. Ils restent cependant derrière les pays les plus compétitifs de la plupart des autres régions.

Graphique 2.18.Afrique subsaharienne, autres régions et pays de comparaison: indice de compétitivité mondiale, 2014

Source: Forum économique mondial.

Note: Plus la valeur pour un pays est élevée, plus le pays en question est compétitif. Seuls sont pris en compte pour chaque région les pays émergents et en développement.

Réunir tous les éléments

La part décroissante des exportations manufacturières montre, à l’instar de tous les indicateurs, que la compétitivité recule depuis quelques années dans la majorité des pays d’Afrique subsaharienne (graphique 2.19)22.

Graphique 2.19.Afrique subsaharienne: indice de la compétitivité–prix

Sources: FMI, Système des avis d’information; Forum économique mondial; Penn World Tables 8.0; base de données Eora; calculs des services du FMI.

Note: CVM = chaîne de valeur mondiale; TCER = taux de change effectif réel.

1Vert = baisse d’au moins 10 %; rouge = augmentation d’au moins 10 %; jaune = variations comprises entre les deux.

2Vert = amélioration au classement mondial entre 2014–15 et le premier rapport disponible, ce qui correspond à 2010–11; jaune = pas de changement ou recul de moins de cinq places au classement mondial; rouge = recul de plus de cinq places au classement mondial.

Notre examen des indicateurs de compétitivité semble conduire aux conclusions suivantes:

  • Le TCER standard et le TCER CVM paraissent indiquer que les fortes hausses du milieu des années 90 ont été suivies d’une érosion de la compétitivité en Afrique subsaharienne à partir de 2002. Bien que la perte de compétitivité soit assez généralisée, le phénomène touche plus fortement les exportateurs de produits de base et semble principalement déterminé par le niveau élevé de l’inflation.

  • En conséquence, les niveaux des prix relatifs en Afrique subsaharienne tendent à être élevés, même après correction des hausses résultant de gains de productivité relatifs observés dans le secteur des biens exportables en liaison avec la forte croissance. Selon cette mesure, la compétitivité s’est dégradée depuis 2004, année où la moitié, ou presque, des pays de la région auraient été considérés comme compétitifs. On remarque notamment que plusieurs exportateurs de produits de base et plusieurs pays dotés d’un régime de change fixe sont aujourd’hui non compétitifs. A contrario, dans un groupe de pays comparables ayant réussi à s’intégrer dans des chaînes de valeur mondiales récemment, tous ont des taux de change extrêmement compétitifs.

  • Le constat d’une détérioration assez généralisée de la compétitivité est corroboré par l’évolution du niveau des prix des intrants essentiels, en particulier:

    • ◊ En Afrique subsaharienne, les salaires réels relativement élevés pèsent fortement sur la compétitivité, compte tenu surtout des faibles niveaux de productivité: les coûts unitaires de main-d’œuvre y sont les plus élevés au monde.

    • ◊ La compétitivité est également freinée par l’insuffisance des infrastructures régionales: le coût des intrants essentiels comme les communications, l’électricité et le transport reste plus important que dans le groupe de comparaison. De même, les institutions font piètre figure par rapport à celles des pays de comparaison d’autres régions.

  • Ces dernières années, la modification de la composition des partenariats commerciaux au profit de pays émergents et en développement à bas coûts a considérablement influé sur la compétitivité de la région.

  • Néanmoins, les situations sont très hétérogènes: on constate en particulier qu’un certain nombre de pays peu dépendants des produits de base (Éthiopie, Kenya, Ouganda, Tanzanie, par exemple) se classent relativement bien du point de vue du coût du transport et des communications ou de la qualité des institutions. Il s’agit de pays où les taux de change sont compétitifs depuis longtemps et, dans le cas de l’Ouganda et de la Tanzanie, continuent de l’être. Ce sont aussi les pays qui ont le plus progressé en matière d’intégration dans les chaînes de valeur mondiales et, comme on le verra plus loin, de maintien de la croissance23.

Comme indiqué précédemment, c’est une conjonction unique de facteurs qui a contribué à relancer la croissance en Afrique subsaharienne au milieu des années 90. Au vu des tendances mentionnées plus haut, le niveau élevé de compétitivité a rarement influé de manière notable sur la dynamique de croissance durant cette période. Néanmoins, la conjoncture étant désormais moins porteuse, les éléments établis dans le présent chapitre amènent à se demander si la majorité des pays subsahariens sont assez compétitifs pour maintenir le rythme de croissance soutenu enregistré depuis quelques années. La section suivante étudie cette question en analysant plus en détail la relation compétitivité–croissance.

Compétitivité et croissance

La présente section évalue les conséquences possibles de la perte de compétitivité de l’Afrique subsaharienne sur les chances de maintenir le rythme de croissance favorable observé dernièrement, alors que se lèvent des vents contraires (voir le chapitre 1).

Faits stylisés concernant les épisodes de croissance

Notre définition d’une période de croissance prolongée («épisode de croissance») est une période d’au moins 5 ans accompagnée d’une croissance du PIB réel par habitant supérieure à 2 %24. Avec cette définition, les données des Penn World Tables (PWT 8.0) étendues jusqu’en 2014 par celles de la base de données des Indicateurs du développement dans le monde (WDI) de la Banque mondiale donnent 162 épisodes de croissance entre 1980 et 2014, dont 62 toujours en cours. Sur les 162 épisodes recensés, 32 concernent l’Afrique subsaharienne, ce qui est un peu inférieur au poids des pays subsahariens dans l’échantillon, soit 24 % (graphique 2.20). Comme Berg, Ostry et Zettelmeyer (2012), nous constatons que la durée des épisodes subsahariens est relativement brève, ce qui tend à montrer que, bien qu’ils soient capables de faire démarrer la croissance, les pays subsahariens ont des difficultés particulières à préserver le type de croissance qui permet d’obtenir des effets durables en termes de revenus et de lutte contre la pauvreté. En Afrique subsaharienne, l’immense majorité des épisodes de croissance sont récents: ils ont, dans près de 60 % des cas, débuté après 2000, contre 28 % pour le reste du monde, ce qui correspond à l’amélioration des résultats macroéconomiques de la région.

Graphique 2.20.Afrique subsaharienne: épisodes de forte croissance, 1980–2014

Source: calculs des services du FMI.

Dans quelle mesure la compétitivité influe-t-elle sur la durée des épisodes de croissance?

Nous évaluons ensuite de manière empirique l’incidence de la compétitivité, mesurée à l’aide du taux de change réel corrigé de l’effet Balassa–Samuelson, sur la probabilité que les pays subsahariens conservent un rythme de croissance aussi soutenu que ces dernières années25.

Quand on met en rapport l’écart entre le taux de change réel et le niveau prédit par l’effet Balassa-Samuelson et la durée des épisodes, il apparaît que les pays ayant un taux de change compétitif tendent à connaître des épisodes de croissance plus longs (graphique 2.21). En Afrique subsaharienne, quelque 21 pays ont enregistré des épisodes de croissance depuis 2000. Dans environ la moitié des cas, la compétitivité n’a pas contribué à l’apparition de ces épisodes, qui ont concerné essentiellement des exportateurs de produits de base ou des pays sortant d’un conflit. Dans les autres pays (Burkina Faso, Éthiopie, Ghana, Kenya, Rwanda, Ouganda, Tanzanie), le niveau élevé de compétitivité a contribué aux épisodes de croissance (graphique 2.22).

Graphique 2.21.Échantillon de pays: durée de l’épisode de croissance et compétitivité

Sources: Penn Word Tables 8.0; Banque mondiale, Indicateurs du développement dans le monde; estimations des services du FMI.

Graphique 2.22.Afrique subsaharienne: compétitivité et épisodes de croissance depuis 2000

Sources: Penn World Tables 8.0; Banque mondiale, Indicateurs du développement dans le monde; estimations des services du FMI.

1Pays sortant d’un conflit vers le début de l’épisode de croissance.

Un exercice d’économétrie plus formel confirme qu’au niveau mondial, la compétitivité influe fortement sur la durée des épisodes de croissance. Précisément, un taux de change réel de 10 % inférieur au niveau prédit par l’effet Balassa—Samuelson allonge de 7 % la durée attendue d’un épisode de croissance. Si l’on exclut les 32 épisodes observés en Afrique subsaharienne, le rôle de la compétitivité est encore plus important26.

Nos résultats confirment le rôle majeur de la compétitivité dans l’amélioration des perspectives de croissance soutenue. Même si nombre de pays de la région ont affiché des taux de croissance moyens élevés au cours des dernières années, ceux qui ont réussi à les conserver sur une période prolongée sont plus rares. Pour ce dernier groupe, la compétitivité a été un facteur déterminant des épisodes de croissance—une fois exclus les pays sortant d’un conflit ou ayant bénéficié des cours élevés des produits de base.

Aspects intéressant les pouvoirs publics

Depuis une quinzaine d’années, l’Afrique subsaharienne fait face à une détérioration de sa compétitivité et plusieurs pays de la région, en particulier des exportateurs de produits de base, sont plus chers que certains de leur principaux concurrents, alors que la concurrence de partenaires commerciaux nouveaux et plus efficients s’intensifie et que la conjoncture favorable à la croissance touche à sa fin. Différentes expériences nationales indiquent qu’une position compétitive solide contribue à relancer et maintenir la croissance. La région subsaharienne est à la traîne de la plupart des autres régions du monde en termes d’infrastructures et d’institutions, et prendre sans délai des mesures énergiques pour améliorer la compétitivité doit devenir une priorité. Cela aiderait la région à faire fond sur l’image favorable qu’elle a donnée ces dernières années et à exploiter au mieux les accords commerciaux préférentiels dont elle bénéficie.

À brève échéance, les mesures suivantes pourraient être envisagées:

  • Les pays de la région doivent limiter l’accentuation des déséquilibres macroéconomiques susceptibles de déstabiliser leur économie, y compris éviter une hausse de l’inflation qui pèserait sur la compétitivité.

  • À cet égard, les pays ayant un régime de change flottant devraient le laisser s’ajuster en cas de chocs (voir le chapitre 1).

Des réformes structurelles sont également impératives pour renforcer la compétitivité. La plupart des pays de la région gagneraient sans doute à prendre les mesures suivantes:

  • Il subsiste dans bon nombre de pays subsahariens de lourdes entraves au commerce, qui empêchent l’intégration commerciale, en particulier dans les CVM, au sein desquelles il est indispensable d’avoir accès à des importations peu chères et de qualité pour produire des exportations. Poursuivre la libéralisation du commerce, ce qui peut être fait à court terme, est donc crucial pour tirer pleinement parti des avantages d’une meilleure compétitivité.

  • Il est très important d’améliorer le capital humain et la productivité du travail dans la région. Certains progrès peuvent être accomplis rapidement dans ce domaine par le biais des transferts de savoir et de technologie liés aux investissements. Mais, pour obtenir des améliorations durables, la région doit continuer d’investir à moyen terme dans son capital humain, surtout si elle veut tirer le meilleur parti de la transition démographique en cours.

  • Il lui faut aussi continuer à investir de façon judicieuse pour développer ses infrastructures à moyen terme, afin de supprimer les principaux goulets d’étranglement qui majorent les coûts de production. Il y a longtemps que le déficit d’infrastructures a été identifié comme un frein majeur à la compétitivité. Cependant, les investissements réalisés ne devront pas compromettre la viabilité de la dette. Dans ce contexte, il est impératif d’améliorer la sélection, ainsi que les capacités d’investissement, pour utiliser au mieux les rares ressources disponibles.

  • Il est également nécessaire de poursuivre les efforts en vue de supprimer d’autres obstacles structurels qui ont des effets négatifs sur le climat des affaires et les coûts de production. Là encore, les pays de la région devraient tenter d’identifier les principales mesures à prendre à court terme, tout en reconnaissant qu’il faut du temps pour renforcer les institutions. Notons à cet égard que d’autres pays ont réussi à se développer avec des institutions qui étaient initialement comparables à celles des pays subsahariens. Mais il est essentiel que l’Afrique subsaharienne ne se laisse pas distancer et comble progressivement son retard en la matière.

Encadré 2.1.Dévaluation du franc CFA

La dévaluation du franc CFA en 1994 montre que la compétitivité a de nombreux aspects et qu’une simple dévaluation du taux de change nominal ne peut pas la restaurer. Plus précisément, elle montre qu’une dévaluation peut relancer la croissance, mais aussi que, en l’absence de réformes d’accompagnement, les avantages tirés d’une dévaluation peuvent rapidement s’estomper1. Avant la dévaluation, les biens produits par les pays de la zone franc étaient exclus du marché mondial en raison de leur prix, ce qui a contribué à une croissance faible, voire nulle, dans ces pays au cours des années 80 et au début de la décennie suivante. Les économies de la Communauté économique et monétaire de l’Afrique centrale (CEMAC) ont été particulièrement touchées, avec une contraction d’environ ¼ % en moyenne entre 1990 et 1993 (graphique 2.1.1).

Graphique 2.1.1.Zone franc: principaux indicateurs

Sources: FMI, base de données des Perspectives de l’économie mondiale et Système des avis d’information (INS).

En 1994, la dévaluation de 50 % décidée par les pays membres de la zone franc a produit des effets macroéconomiques positifs importants. La croissance a augmenté de près de 4 points dans la région de l’Union économique et monétaire ouest-africaine (UEMOA) et de plus de 5 points dans la CEMAC (comparaison entre moyennes sur quatre ans précédant et suivant la dévaluation). Les pays concernés ont ainsi connu une croissance bien plus rapide que celle du reste de l’Afrique subsaharienne. Les déficits commerciaux et budgétaires ont diminué, avant et après cette inflexion de la politique monétaire, avec une correction particulièrement notable du déficit budgétaire dans les pays de la CEMAC.

Pour autant, aucun miracle n’était attendu de la dévaluation et, de fait, il n’y en a pas eu. L’un de ses effets secondaires immédiats a été une hausse ponctuelle des prix suivie d’une poussée de l’inflation. En outre, en raison de l’essoufflement des réformes structurelles et institutionnelles observé partout sauf au Bénin et au Burkina Faso, les pays de la zone franc n’ont pas pu profiter d’épisodes de croissance soutenue. Cette expérience montre bien qu’il vaut mieux voir dans la compétitivité du taux de change un moyen de relancer la croissance et qu’il est important d’associer un taux de change compétitif à un cadre macroéconomique et institutionnel solide.

1La zone franc regroupe 15 pays d’Afrique subsaharienne, tous sauf un sont associés à l’une des deux unions monétaires de la région: le Bénin, le Burkina Faso, la Côte d’Ivoire, la Guinée Bissau, le Mali, le Niger, le Sénégal et le Togo constituent l’Union économique et monétaire ouest-africaine (UEMOA), créée en 1994 et qui a succédé à l’Union monétaire ouest-africaine de 1973; le Cameroun, le Gabon, la Guinée équatoriale, la République centrafricaine, la République du Congo et le Tchad forment la Communauté économique et monétaire de l’Afrique centrale ou CEMAC; les Comores. Ces deux unions ont la même monnaie, le franc CFA (pour «Communauté financière d’Afrique» dans l’UEMOA et «Coopération financière en Afrique centrale» dans la CEMAC). L’UEMOA et la CEMAC représentent 14 % de la population et 12 % du produit intérieur brut (PIB) de l’Afrique.

Encadré 2.2.Résultats à l’exportation de l’Afrique du Sud et rôle des facteurs structurels1

En dépit d’une dépréciation prolongée et marquée du rand, l’Afrique du Sud continue d’afficher des résultats décevants à l’exportation. Le taux de change effectif réel (TCER) de l’Afrique du Sud s’est déprécié d’environ 25 % entre janvier 2011 et juillet 2014; c’est l’une des plus longues périodes de dépréciation qu’ait connue un pays émergent (graphique 2.2.1). Malgré cette dépréciation réelle, les exportations sud-africaines n’ont progressé que de 4,3 % par an en moyenne de 2011 à 2014.

Graphique 2.2.1.Afrique du Sud: dépréciation cumulée du taux de change effectif réel et croissance annuelle du volume des échanges, 2010–14

Sources: Haver Analytics; SARB; calculs des services du FMI.

Le recul de la demande extérieure, conjugué à la baisse des cours des produits de base, n’explique pas entièrement les piètres résultats de l’Afrique du Sud à l’exportation. La croissance moyenne des exportations du pays s’est établie à environ 82 % de la croissance des importations des pays partenaires entre 2011 et 2014; c’est l’une des plus faibles proportions parmi les pays émergents, la part du pays dans les exportations mondiales ayant diminué de près de 15 % (graphique 2.2.2).

Graphique 2.2.2.Échantillon de pays: variation de la part des exportations mondiales, 2011–14

Sources: Haver Analytics; calculs des services du FMI.

Ces résultats décevants peuvent s’expliquer entre autres par des contraintes structurelles dommageables. Ces dernières années, les contraintes sur l’offre, telles que l’irrégularité de l’approvisionnement en électricité et les perturbations de la production à cause de mouvements de grève, sont devenues plus pesantes et, en freinant la production, ont nui aux exportations. Des données recueillies au niveau des entreprises sont utilisées pour étudier l’influence des contraintes structurelles sur la sensibilité des exportations aux variations du TCER. L’utilisation de ce type de données permet d’isoler l’impact des facteurs propres à certains secteurs sur la sensibilité au TCER, les conditions macroéconomiques restant les mêmes pour toutes les entreprises de l’économie.

D’après les estimations au niveau des entreprises, l’approvisionnement insuffisant en électricité, le manque de concurrence sur les marchés de produits et les contraintes qui pèsent sur le marché du travail ont réduit la sensibilité des exportations à la dépréciation du taux de change. Les entreprises des secteurs qui utilisent l’électricité de manière intensive ont vu baisser leur taux de croissance des exportations en raison des pénuries d’électricité. De même, les entreprises des secteurs où le marché du travail est plus rigide enregistrent des résultats relativement moins bons à l’exportation. Sur le plan économétrique, il ressort aussi des résultats que les exportations des secteurs à forte concentration ont été moins sensibles à la dépréciation, du fait de la faible concurrence qui a pu en résulter.

1Pour plus d’informations, voir FMI (2014a).
Annexe 2.1. Méthodologie de construction d’un TCER fondé sur les chaînes de valeur mondiales1

Nous suivons la méthodologie classique du Système des avis d’information (INS)2 pour calculer le taux de change effectif réel (TCER). Pour un pays i, l’indice du TCER durant l’année t est calculé comme suit :

où l’indice j représente les partenaires commerciaux, P est un indice de prix, X l’indice du taux de change bilatéral nominal (dollar par unité de monnaie nationale) et wi,j,t une pondération attribuée aux partenaires commerciaux. L’indice du TCER s’élève quand la monnaie i connaît une appréciation nominale plus rapide que celle des partenaires commerciaux ou quand le pays i a une inflation plus forte que ses partenaires, ce qui produit un effet d’appréciation réelle.

Le FMI propose plusieurs variantes du TCER qui diffèrent selon la mesure des prix (Pi,t) et la méthodologie de pondération (Wi,j,t). Un TCER fondé sur l’indice des prix à la consommation (IPC) est disponible pour presque tous les pays, tandis que le TCER fondé sur le coût unitaire du travail (CUT) n’est publié que pour certains pays dont les données sont disponibles. La méthodologie de pondération classiquement suivie par le FMI tient compte du volume et du type de biens et de services échangés par chaque partenaire. Les pondérations sont les suivantes :

Wi,j(M), Wi,j(C) et Wi,j(T) sont les pondérations du secteur manufacturier, des produits de base et du tourisme, respectivement; aM, aS, aC et aT sont les parts respectives du secteur manufacturier, des services non touristiques, des produits de base et du tourisme dans le commerce global (Bayoumi et al., 2005). La dérivation des pondérations des produits de base est différente des dérivations concernant respectivement le secteur manufacturier et le tourisme : la première postule une substituabilité parfaite avec un prix unique, alors que les deux autres tiennent compte non seulement de la concurrence directe entre le pays i et le pays j, mais aussi de la concurrence indirecte de tous les pays tiers. Le degré de concurrence de ces pays tiers est mesuré soit par les ventes intérieures, si les données correspondantes sont disponibles, soit en attribuant arbitrairement des pondérations identiques à la concurrence directe et à celle des pays tiers, sur la seule base des flux commerciaux.

Le TCER fondé sur les chaînes de valeur mondiales (CVM) présenté ici constitue une première étape dans l’utilisation de mesures de la valeur ajoutée pour pondérer l’importance des partenaires commerciaux. À partir d’une matrice du commerce bilatéral en valeur ajoutée, nous construisons pour chaque pays i une série de pondérations de CVM :

j représente tous les partenaires commerciaux, wci la part des flux de valeur ajoutée dans le secteur c du pays i et sjc la part du pays j dans la totalité des flux de valeur mondiaux pour le secteur c. Un secteur important pour le pays i est associé à des volumes plus importants d’importations et d’exportations en valeur ajoutée, représentés par une valeur de wic supérieure. Cette pondération est directement liée à l’importance mondiale du partenaire commercial dans ce secteur. L’addition de tous les secteurs donne donc un chiffre qui reflète l’importance du pays j vis-à-vis des secteurs du pays i. Cette pondération est ensuite normalisée. La méthode est identique à celle de la pondération des produits de base de Bayoumi et al. (2005). Nous recourons à cette simplification, car notre série manque de données relatives aux ventes dans le tourisme et le secteur manufacturier. De même que Bems et Johnson (2012), nous utilisons un déflateur du PIB au lieu de l’IPC ou du CUT comme indice de prix; en effet, quand les tâches s’échangent au niveau mondial, leur prix relatif est mieux rendu par un déflateur du PIB que par d’autres indices de prix.

Enfin, nous calculons une série de pondérations de CVM pour chaque année. L’usage au FMI consiste à utiliser une même série de pondérations pour plusieurs années avant de l’actualiser. Les TCER fondés sur les CVM présentés ici sont donc ajustés sur une base annuelle pour tenir compte des variations du commerce en valeur ajoutée.

Décomposition du TCER en effets de prix et de change

Pour décomposer les variations du TCER en effets de prix et de change, nous réécrivons la formule pour la période t sous la forme d’un produit de deux facteurs : les prix relatifs et les taux de change relatifs.

L’hypothèse est que, dans t+1, chaque facteur varie d’une certaine valeur (ΔP et ΔX) :

En prenant les différences et en développant, on obtient :

Nous définissons la contribution d’un facteur à l’aide de l’équation ci-dessus. Par exemple, si les prix relatifs et les taux de change relatifs augmentent, la variation du TCER due aux prix est la variation des prix relatifs multipliée par le taux de change relatif de la période précédente plus la contribution des prix à l’effet partagé3. Il y a quatre combinaisons possibles de variations (deux facteurs et deux sens de variation), chacune étant décomposée suivant la même méthode.

Annexe 2.2. Construction de mesures des prix relatifs moyens des importations et des exportations

Des prix relatifs de référence sont calculés à l’aide de deux variables des données du Programme de comparaison internationale (PCI) de la Banque mondiale : les dépenses individuelles réelles par habitant en dollars internationaux et les indices de niveau des prix. Le PCI fournit des données pour les 12 catégories de dépenses définies par la Classification des fonctions de consommation des ménages (COICOP). En prenant les dépenses réelles par habitant comme pondérations, nous calculons le niveau des prix pour un pays et deux mesures des prix relatifs bilatéraux pour 25 partenaires à l’exportation et à l’importation, pour chaque pays.

La première mesure des prix relatifs bilatéraux, qui concerne les partenaires à l’importation, est calculée comme suit:

Alors que H et P désignent le pays d’origine et son partenaire commercial, y et p sont respectivement le panier de dépenses de consommation réelles et les prix en monnaie locale, E étant le taux de change nominal exprimé en unités de monnaie nationale par unité de monnaie étrangère.

De même, la seconde mesure des prix relatifs bilatéraux, qui concerne les partenaires à l’exportation, est calculée comme suit :

Ensuite, avec les équations (1) et (2) ci-dessus, les mesures des prix relatifs moyens pour 2005 et 2011 sont la moyenne pondérée des mesures bilatérales et des pondérations des importations/exportations fournies par la base de données de Direction of Trade Statistics du FMI. Comme les partenaires exportateurs et importateurs peuvent être très différents, deux séries de pays sont utilisées pour les pondérations des importations et des exportations afin de calculer ces mesures.

Par définition, toute variation de la mesure des prix relatifs peut être attribuée à une modification des niveaux de prix relatifs, de la composition des échanges et des préférences des consommateurs. Pour la compétitivité, nous ne nous intéressons pas à l’évolution des préférences des consommateurs; nous désagrégeons donc la variation des prix relatifs pour le partenaire moyen avec, d’un côté, la variation du prix relatif bilatéral pour chaque partenaire et, de l’autre, les pondérations correspondantes dans le calcul, comme dans l’équation (4) ci-dessous.

ΔQ renvoie aux variations de la mesure des prix moyens, N = 25 est le nombre de partenaires et w la pondération des exportations/importations. Le premier terme de l’équation (4) correspond à la contribution des variations de pondérations, tandis que le second reflète la variation des niveaux de prix relatifs4.

Annexe 2.3. Estimation des déterminants de la durée des épisodes de croissance

Pour étudier les facteurs qui déterminent la durée des épisodes de croissance, nous nous servons de modèles d’analyse de survie qui sont généralement appliqués dans les domaines médical, politique et microéconomique. Ce type de modèle permet d’analyser comment divers facteurs (par exemple la compétitivité) influent sur la durée de survie d’un sujet (par exemple un épisode de croissance)1.

Soit t, le temps de survie (moment depuis que la croissance a commencé à s’accélérer), et T la durée (la longueur d’un épisode de croissance). Le «taux de risque» λ(t) est la probabilité qu’un épisode se termine au point t, à condition de survivre jusque-là, l’équation formelle étant:

Le moyen le plus courant de paramétrer le taux de risque est le modèle à risque proportionnel de Cox (1972), qui prend pour hypothèse que le «risque de base» (le taux de risque commun à tous les sujets de la population considérée) est séparable de façon multiplicative de sa dépendance des autres covariants X(t) qui peuvent influer sur la probabilité que l’épisode de croissance prenne fin, et ne nécessite pas une estimation. L’équation formelle est alors:

λ0(t) est le risque de base au point t et β est un vecteur de paramètres à estimer.

Un grand nombre des déterminants potentiels des épisodes de croissance ont fait l’objet d’études (voir par exemple Berg, Ostry et Zettelmeyer, 2012, et Tsangarides, 2012). Comme nous nous intéressons ici au rôle de la compétitivité, nous neutralisons un nombre relativement restreint des covariants que l’on trouve habituellement dans les études ou qui se sont révélés être des déterminants majeurs de la durée d’un épisode.

Résultats

Les coefficients estimés du modèle de survie sont récapitulés ci-dessous au tableau A.2.3.1 de l’annexe, accompagnés des erreurs-types robustes correspondantes. Un coefficient de 0,15 signifie qu’une augmentation d’une unité de la variable explicative accroît de 15 % le risque qcj1ue l’épisode prenne fin pendant la période suivante.

Tableau A 2.3.1.Résultats des estimations
Modèle 1Modèle 2Modèle 3Modèle 4Modèle 5Modèle 6Modèle 7Modèle 8Modèle 9Modèle 10
Revenu initial0,2100,2140,0710,0790,2060,2080,129*0,132**0,190,193
(−0,169)(−0,169)(−0,199)(−0,2)(−0,24)(−0,24)(−0,066)(−0,066)(−0,156)(−0,156)
Surévaluation (Frankel)0,006*0,007**0,005*0,0030,005*
(−0,003)(−0,003)(−0,003)(0,001)*(−0,003)
Surévaluation (Rodrik)0,007**0,008**0,0050,0020,005
(−0,003)(−0,003)(−0,003)(−0,002)(−0,003)
Variation des taux d’intérêt aux États-Unis−0,280**−0,291**−0,320**−0,334−0,399***−0,410***−0,069−0,069*0,0570,055
(−0,092)(−0,094)(−0,105)(−0,107)(−0,099)(−0,099)(−0,042)(−0,042)(−0,091)(−0,091)
Évolution des termes de l’échange−0,007−0,007−0,012−0,012−0,01−0,011−0,007−0,007−0,012−0,012
(−0,01)(−0,001)(−0,011)(−0,011)(−0,021)(−0,021)(−0,006)(−0,006)(−0,012)(−0,012)
Coefficient de Gini0,0250,0260,0160,0170,0050,0050,010*0,010*0,0170,017
(−0,016)(−0,016)(−0,021)(−0,021)(−0,029)(−0,029)(−0,006)(−0,006)(−0,015)(−0,015)
Inflation (indice des prix à la consommation)0,0050,0060,0080,0090,0060,006−0,002−0,002−0,001−0,001
(−0,012)(−0,011)(−0,011)(−0,011)(−0,013)(−0,013)(−0,003)(−0,003)(0)(0)
Polity 2 (valeur initiale)−0,036−0,037−0,017−0,019−0,031−0,03−0,015−0,014−0,028−0,027
(−0,026)(−0,034)(−0,036)(−0,037)(−0,042)(−0,043)(−0,012)(−0,012)(−0,033)(−0,033)
Évolution de l’intégration en amont−0,09−0,085−0,019**−0,020**−0,098−0,099−0,047−0,046−0,111**−0,109**
(−0,067)(−0,069)(−0,009)(−0,009)(−0,092)(−0,092)(−0,035)(−0,035)(−0,051)(−0,052)
Observations85585573573550650692921871871
Épisodes989878785252101101
Échecs5050434333335252
Source: calculs des services du FMI.Note: erreurs-types robustes entre parenthèses. *** p<0,01; ** p<0,05; * p<0,1.

Les résultats indiquent que la surévaluation du taux de change a un effet prononcé et significatif. En particulier, une surévaluation de 10 % est associée à une augmentation de 6 % (0,006 x 10) de la probabilité que l’épisode de croissance prendra fin, sur la base de notre définition d’un épisode de croissance en retenant la mesure de la surévaluation de Frankel (modèle 1), l’augmentation de la probabilité étant de 7 % si l’on retient la mesure de Rodrik de la surévaluation (modèle 2).

Les estimations des autres paramètres correspondent dans l’ensemble à celles que l’on retrouve en général dans les autres études. Un niveau de revenu initial plus élevé est associé à des épisodes de croissance plus courts, ce qui, selon Tsangarides (2012), pourrait traduire la probabilité accrue qu’un épisode de croissance prenne fin lorsque les revenus atteignent une certaine «limite». Comme Rodrik (2008), nous constatons qu’une évolution favorable des termes de l’échange a un effet modeste, qui n’est pas statistiquement significatif, sur la durée d’un épisode de croissance. Contrairement à Berg et Ostry (2012), nous observons qu’une hausse des taux d’intérêt américains a un effet prononcé et statistiquement significatif sur la durée des épisodes de croissance, ce qui indiquerait que les chocs sur les taux d’intérêt américains reflètent l’amélioration de l’économie mondiale. À l’instar de Berg et Ostry (2012), nous constatons que l’accentuation de l’inégalité, mesurée par le coefficient de Gini, a un impact négatif marqué sur la durée des épisodes de croissance. Le renforcement des institutions démocratiques, mesuré par l’indice Polity 2—qui va de –10 (système le plus autocratique) à 10 (système le plus démocratique)—, au début de l’épisode de croissance a un impact positif mais non significatif sur la durée de l’épisode de croissance, tout comme l’accentuation de l’intégration en amont dans les chaînes de valeur mondiales. Enfin, l’inflation—considérée comme un indicateur approché de la stabilité macroéconomique—est associée à des épisodes de croissance relativement plus courts, mais pas dans des proportions significatives.

Robustesse

Du fait qu’il existe peu d’observations pour l’Afrique subsaharienne, il est relativement difficile d’estimer le modèle uniquement pour les pays de cette région. Cependant, si l’on retire les pays subsahariens de l’échantillon (modèles 3 et 4), l’impact estimatif de la surévaluation du taux de change sur la durée de l’épisode de croissance n’est pas grandement modifié, ce qui indiquerait que, selon toute vraisemblance, les résultats pour l’Afrique subsaharienne sont grosso modo comparables aux résultats pour l’ensemble de l’échantillon.

L’effet de la surévaluation diminue quelque peu pour les épisodes d’une durée minimale de huit ans (modèles 5 et 6), mais (dans le cas de la surévaluation au sens de Frankel) reste significatif. Il est tentant d’en déduire que, plus l’épisode de croissance est long, moins un taux de change compétitif a d’importance par rapport aux autres caractéristiques structurelles. Cependant, il est plus probable que cela tient au fait que les pays ont du mal à maintenir un taux de change réel sous-évalué sur de longues périodes.

Pour vérifier de nouveau la robustesse de nos résultats, nous suivons aussi Hausmann, Pritchett et Rodrik (2004) pour estimer un modèle de probit (modèles 7 et 8), dans lequel la variable dépendante est une variable muette qui prend la valeur de 1 au moment de la fin de l’épisode de croissance (et de 0 le reste du temps). Plus précisément, nous fixons la variable muette à 1 pour i = t—1, t, et t + 1, où t est l’année de la fin de l’épisode de croissance. Les résultats confirment le rôle important de la surévaluation du taux de change, une surévaluation de 10 % faisant augmenter de 2 % à 3 % la probabilité que l’épisode prenne fin.

L’un des problèmes que peut poser l’estimation du modèle de risque de base réside dans le fait que la durée de l’épisode peut influer sur les covariants, ce qui peut fausser l’estimation des paramètres. Pour neutraliser ce problème, nous réestimons le modèle de risque de base en utilisant (sauf pour le niveau initial de revenu et les institutions) des covariants décalés d’un an. Les résultats des modèles 9 et 10 diminuent légèrement, mais, dans le cas de la surévaluation au sens de Frankel, restent significatifs. Il est intéressant de noter que le coefficient du changement de taux d’intérêt aux États-Unis change de signe et, même s’il n’est pas significatif, devient associé à des épisodes de durée relativement plus courte comme dans Berg, Ostry et Zettelmeyer (2012).

Ce chapitre a été préparé par une équipe menée par Bhaswar Mukhopadhyay et composée de Rahul Anand, Wenjie Chen, Jesus Gonzalez-Garcia, Naresh Kumar et Magnus Saxegaard, avec le concours de Cleary Haines, Shane Radick, George Rooney, Fan Yang et Mustafa Yenice pour les travaux de recherche.

D’après de nombreuses publications, le secteur des biens exportables serait «particulier» du point de vue de la croissance, en raison des externalités d’apprentissage et des retombées technologiques qu’entraîne l’exposition à la concurrence internationale (Rodrik, 2008), des complémentarités entre activités qui peuvent stimuler l’intégration dans les chaînes de valeur mondiales (Eichengreen, 2007) et des économies d’échelle (Feder, 1983). Cette particularité, associée aux carences institutionnelles et aux défaillances du marché qui pénalisent, semble-t-il, de manière disproportionnée le secteur des biens exportables, aboutit à une allocation insuffisante de ressources à ce secteur et une croissance faible. Le maintien d’un taux de change réel compétitif peut en partie corriger cette mauvaise distribution des ressources et doper la croissance à court ou moyen terme.

Ici, le «taux de change réel compétitif» se distingue de l’évaluation du taux de change selon la méthodologie de l’évaluation du solde extérieur (ESE), qui établit un lien entre taux de change et stabilité extérieure (voir Phillips et al., 2013).

Voir le chapitre 2 de l’édition d’octobre 2008 des Perspectives économiques régionales: Afrique subsaharienne et le chapitre 2 de l’édition d’octobre 2013.

La notion de «commerce en valeur ajoutée» a gagné en importance durant la dernière décennie en raison de la fragmentation accrue de la production. Comme les entreprises de nombreux pays ont intégré des chaînes de valeur mondiales, il est important d’évaluer les échanges en termes de valeur ajoutée plutôt que d’exportations brutes. Pour les pays subsahariens, toutefois, l’intégration dans les chaînes de valeur mondiales n’en est qu’à ses débuts: voir le chapitre 3 de l’édition d’avril 2015 des Perspectives économiques régionales: Afrique subsaharienne.

On obtient des résultats comparables avec la valeur ajoutée nationale exportée mesurée en pourcentage de la valeur ajoutée nationale mondiale exportée.

Si, d’une manière globale, la diversification en faveur des exportations manufacturières est étroitement liée à la croissance, certains pays subsahariens ont obtenu de bons résultats en diversifiant leurs exportations au profit des services et des secteurs agricoles commerciaux/non traditionnels. C’est une voie que quelques autres pays de la région pourraient aussi envisager.

On arrive à peu près au même constat en comparant la part de la valeur ajoutée nationale des exportations manufacturières dans la valeur ajoutée totale des exportations subsahariennes et leur part dans la valeur ajoutée totale des exportations mondiales.

Afghanistan, Bangladesh, Bhoutan, Cambodge, Djibouti, Haïti, Honduras, Mauritanie, Moldova, Mongolie, Myanmar, Népal, Nicaragua, Ouzbékistan, Papouasie-Nouvelle-Guinée, République démocratique populaire lao, République kirghize, Soudan, Tadjikistan, Viet Nam et Yémen.

Au sujet de la construction de cet indice, voir Bems et Johnson (2012).

Une appréciation du TCER signale aussi une amélioration de la rentabilité des biens non exportables par rapport aux biens exportables. Cela entraîne une moindre affectation de ressources au secteur des biens exportables et, partant, une détérioration de la balance commerciale.

Plus précisément, nous utilisons les données agrégées des Penn World Tables depuis 1980 sur le niveau des prix, c’est-à-dire le niveau des prix dans le pays concerné par rapport aux États-Unis, ce qui, selon Rodrik (2008) équivaut au taux de change réel.

L’effet Balassa—Samuelson suppose que, dans les pays à croissance rapide, la productivité et la progression des salaires sont relativement plus fortes dans les secteurs des biens exportables, ce qui tend à faire monter les salaires dans le secteur des biens non exportables. Sans gains de productivité dans ce dernier secteur, les prix augmentent, d’où une perte de compétitivité. Pour plus de détails, voir Rogoff (1996).

Nous utilisons des données tirées des Penn World Tables (version 8.0), augmentées de données allant jusqu’en 2014 (ou la dernière observation disponible) et provenant de la base de données des Indicateurs du développement dans le monde (WDI) de la Banque mondiale. Les Penn World Tables présentent non seulement l’avantage de garantir la cohérence d’un pays et d’une période à l’autre, mais, et c’est important parce que l’effet Balassa—Samuelson n’est sensible que sur des périodes assez longues (De Gregorio et Wolf, 1994), ils fournissent aussi des données comparables remontant au moins jusqu’aux années 70.

Ce manque de compétitivité des pays ayant un régime de change fixe contraste avec le constat fait précédemment selon lequel ces pays ont moins vu leurs TCER s’apprécier depuis 2010 en raison d’une moindre inflation. Un examen approfondi des données semble toutefois indiquer que cette faible inflation s’est souvent accompagnée d’une croissance atone. En Côte d’Ivoire et au Sénégal, par exemple, le PIB réel par habitant a progressé de moins de 1 % en moyenne depuis 2004.

Les pays à faible revenu (PFR) des régions Moyen-Orient et Afrique du Nord (MOAN) et Amérique latine et Caraïbes (ALC) n’ont pas aussi bien réussi à intégrer les réseaux commerciaux mondiaux. Selon la définition qu’en donne le FMI, le seul PFR européen est la Moldova, qui est structurellement très différente d’un PFR subsaharien.

Ces données se rapportent aux salaires pour l’ensemble de l’économie et sont donc particulièrement concernées par la réserve précédemment formulée sur la couverture. Néanmoins, les salaires du secteur manufacturier révèlent la même tendance.

Ce résultat est conforme aux conclusions des études publiées sur le sujet. Voir par exemple Gelb, Meyer et Ramchandran (2013).

Ce programme collecte les prix de plus de 1.000 produits afin d’estimer les parités de pouvoir d’achat de tous les pays (la dernière série de données, compilée en 2011, couvrait 198 pays). Les données concernant 12 catégories de biens de consommation courante sont publiées. Pour plus de détails, voir http://siteresources.worldbank.org/ICPEXT/Resources/ICP_2011. html. Voir aussi Banque mondiale (2015b).

Voir le chapitre 3 de l’édition d’avril 2015 des Perspectives économiques régionales: Afrique subsaharienne.

Voir l’annexe 2.2 pour des détails techniques sur la décomposition.

Le graphique 2.19 utilise un intervalle de confiance de ±10 % pour les estimations ponctuelles du taux de change. Bien que les bons intervalles de confiance soient difficiles à déterminer, le groupe consultatif du FMI sur les taux de change (GGER) préconise une fourchette de ±10 % pour les évaluations de TCER (voir «How to Apply CGER Methodologies to Non-CGER Countries: A Guide for Desk Economists*» http://intranetapps.imf.org/fundwide/KE/Topics/External-Sector-Assessment/Pages/documents.aspx). Dans le graphique 2.19, quand les variations des estimations ponctuelles du TCER standard, du TCER CVM et du TCER fondé sur des paniers d’exportations et d’importations sont inférieures à 10 %, elles ne sont donc pas signalées. De même, quand les estimations de surévaluation du niveau du prix relatif corrigé de l’effet Balassa–Samuelson restent dans la fourchette de 10 %, aucune surévaluation ou sous-évaluation n’est indiquée. Pour l’indice mondial de compétitivité, seules les modifications d’au moins cinq places sont assimilées à un progrès ou à un recul dans le classement.

Pour plus de détails, voir le chapitre 3 de l’édition d’avril 2015 des Perspectives économiques régionales: Afrique subsaharienne.

En outre, nous postulons que la croissance doit augmenter d’au moins 2 % en début d’épisode (pour rendre l’idée d’une accélération de la croissance). Pour tenir compte des chocs temporaires, nous autorisons une croissance très faible, voire même nulle pendant une année quelconque et nous fusionnons les épisodes distants de moins de trois ans. L’annexe 2.3 fournit plus de détails sur la méthodologie et vérifie la solidité des résultats selon la définition retenue pour l’épisode de croissance. Elle examine aussi les différentes définitions utilisées dans les ouvrages en la matière et les compare avec celle qui est utilisée ici.

Nombre d’auteurs se servent de ces taux de change réels corrigés de l’effet Balassa—Samuelson, qu’ils calculent à partir de données des Penn World Tables et qui présentent l’avantage de permettre des comparaisons entre pays et dans le temps.

Outre la compétitivité, une hausse du taux d’intérêt américain a un effet positif et considérable sur la durée des épisodes. Les termes de l’échange, la qualité initiale des institutions, le recul des inégalités et un degré croissant d’intégration en aval dans les chaînes de valeur mondiales sont également associés à des épisodes plus longs, même si leur impact est assez négligeable. Ces résultats sont conformes dans les grandes lignes à ceux d’autres études, y compris celle de Berg et al. (2012).

Cette annexe a été préparée par Fan Yang.

La contribution de l’effet de prix à une variation du TCER se calcule comme suit:

Une variation de la mesure bilatérale du prix relatif reflète trois facteurs: les prix intérieurs, les préférences des consommateurs et le taux de change nominal.

On trouvera davantage de détails dans Wooldridge (2010, chapitre 20).

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