Chapter

1. Faire face à un environnement qui se dégrade

Author(s):
International Monetary Fund
Published Date:
October 2015
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L’activité économique de l’Afrique subsaharienne s’est nettement affaiblie. Certes, la croissance—qui sera de 3¾ % cette année et de 4¼ % en 2016—reste plus élevée que dans bien d’autres régions émergentes ou en développement, mais la forte dynamique de croissance observée dans la région ces dernières années s’est dissipée dans un grand nombre de pays.

Pour comprendre ce ralentissement, il est utile de considérer trois facteurs clés à la base de la croissance vigoureuse de la région pendant la décennie écoulée. Le plus puissant de ces facteurs a peut-être été l’amélioration considérable du climat des affaires et de l’environnement macroéconomique opérée par les pouvoirs publics, qui a facilité l’augmentation de l’investissement. Un autre facteur réside dans le niveau élevé des cours des produits de base, qui a joué un rôle particulièrement important dans les huit pays exportateurs de pétrole de la région (notamment l’Angola et le Nigéria), mais aussi dans plusieurs autres pays exportateurs de métaux durs (comme l’Afrique du Sud, la Guinée, la Sierra Leone et la Zambie). Le troisième facteur est le caractère particulièrement favorable des conditions financières mondiales au cours de cette période, qui a stimulé les flux de capitaux vers un grand nombre de pays de la région et facilité ainsi l’augmentation de l’investissement privé et public.

Dernièrement, deux de ces trois facteurs ont toutefois perdu beaucoup de leur vigueur: les cours des produits de base ont fortement chuté et les conditions financières sont devenues moins favorables. Il en est résulté une décélération de la croissance économique à l’échelle régionale. Ce panorama général masque cependant des disparités considérables au sein de la région.

  • Dans la plupart des pays à faible revenu, la croissance économique se maintient grâce à la poursuite des investissements d’infrastructure et à la vigueur persistante de la consommation privée. Des pays comme la République démocratique du Congo, la Côte d’Ivoire, l’Éthiopie, le Mozambique et la Tanzanie devraient, d’après les projections, enregistrer une croissance économique d’au moins 7 % cette année et l’année prochaine. Mais, même au sein de ce groupe, certains pays pâtissent de la diminution des cours de leurs principaux produits d’exportation, même si, dans le même temps, la baisse des cours du pétrole allège leur facture d’importations énergétiques. D’après les projections actuelles, l’activité de ce groupe de pays devrait connaître une expansion de 6 % en 2015, soit environ ¾ de point de pourcentage de moins qu’on ne le prévoyait il y a un an.
  • Inversement, les huit pays exportateurs de pétrole de la région se ressentent durement de la faiblesse persistante des cours du pétrole. La baisse des recettes d’exportation et les ajustements budgétaires sensibles qui en résultent pèsent sur l’activité: les prévisions laissent maintenant entrevoir une croissance de 3½ % cette année, bien loin des 7 % projetés avant que les cours du pétrole ne commencent à diminuer. Les vents contraires sont particulièrement vigoureux en Angola et au Nigéria, mais aussi dans les pays exportateurs de pétrole de la Communauté économique et monétaire de l’Afrique centrale (CEMAC).
  • Plusieurs pays à revenu intermédiaire se heurtent aussi à des conditions défavorables. Les contraintes auxquelles fait face l’appareil productif (par exemple la limitation de la production d’électricité en Afrique du Sud, au Ghana et en Zambie), conjuguées à un durcissement des conditions financières dans un contexte de déséquilibres intérieurs prononcés (Ghana et Zambie) et à la faiblesse des cours des produits de base (Afrique du Sud, Botswana, Zambie), devraient freiner la croissance économique.

En outre, le risque existe que la croissance soit encore plus faible si l’environnement extérieur continue de se détériorer. Les vulnérabilités actuelles, surtout sur le plan budgétaire, pourraient aussi avoir d’importantes répercussions si l’environnement extérieur continuait de se dégrader, que ce soit à cause d’une nouvelle baisse des cours des produits de base, d’un ralentissement plus prononcé de la croissance économique en Chine ou d’une réallocation désordonnée des actifs à l’échelle mondiale. En pareil cas, certains pays seraient obligés de procéder à un ajustement marqué de leurs politiques, ce qui amplifierait la décélération déjà en cours de la croissance économique. Enfin, des problèmes de sécurité persistent dans un certain nombre de pays.

En matière de politique économique, les conséquences de cette situation générale sont de trois ordres.

  • Sur le plan budgétaire, dans la grande majorité des pays de la région, la marge de manœuvre est limitée pour contrer les facteurs de ralentissement de la croissance économique. Pour les pays exportateurs de pétrole, la baisse prononcée, et apparemment persistante, des cours du pétrole rend inévitable l’ajustement des finances publiques; et, si un petit nombre d’entre eux disposent d’une certaine marge de manœuvre ou peuvent emprunter pour étaler l’ajustement dans le temps, cette marge d’action se rétrécit rapidement. Pour la plupart des autres pays, aussi bien ceux dont l’activité est en train de ralentir que ceux qui jouissent encore d’une croissance vigoureuse, il est nécessaire que l’action des pouvoirs publics continue de s’inscrire dans un cadre de dépenses à moyen terme tenant compte à la fois de l’impératif de viabilité de la dette et des besoins de développement. Dans ce contexte, la possibilité est très restreinte de s’écarter de ces politiques pour soutenir la croissance à court terme. Seuls les pays dont la dette publique est peu élevée et la situation budgétaire de départ confortable (comme peut-être au Botswana et aux Seychelles) semblent disposer de la marge de manœuvre nécessaire pour prendre des mesures contracycliques si la croissance économique venait à faiblir de façon marquée.
  • Sur le plan monétaire, là où les termes de l’échange se sont nettement détériorés et où le taux de change n’est pas rattaché à une autre monnaie, il est indiqué de laisser la dépréciation du taux de change amortir les chocs. Résister aux pressions qui tendent à déprécier la monnaie risque non seulement d’épuiser les réserves, mais implique aussi que l’ajustement aux chocs devra s’opérer par une compression des importations et une baisse de la croissance. Cela dit, même les pays qui ne sont pas fortement tributaires des exportations de produits de base ont vu dernièrement leur monnaie subir des tensions. Dans ce cas aussi, compte tenu de la puissance des forces mondiales qui sont à l’origine de ces tensions, toute action visant à les contrer risque d’engendrer une perte de précieuses réserves. En conséquence, les interventions devraient être limitées aux épisodes de mouvements désordonnés des taux de change. La politique monétaire ne devrait servir qu’à contrer les éventuels effets de second tour sur l’inflation de l’évolution du taux de change et des autres facteurs de hausse.
  • Il convient de surveiller de près les risques que font peser sur le secteur financier la baisse des cours des produits de base, en particulier dans les pays exportateurs de pétrole, et la dépréciation de la monnaie. Cette surveillance doit être renforcée pour limiter les effets de ces chocs sur les bilans et atténuer les risques découlant de l’asymétrie des monnaies de libellé des actifs et des passifs.

Dans la suite du chapitre 1, nous commençons par examiner dans quelle mesure les évolutions récentes au niveau mondial engendrent de puissants vents contraires pour l’Afrique subsaharienne. Nous nous intéressons ensuite à la situation macroéconomique dans laquelle se trouvent les pays de la région pour affronter cette dégradation des conditions extérieures en examinant comment cette situation, tout particulièrement les déficits budgétaires élevés, accroît la vulnérabilité de ces pays. Sur cette toile de fond, nous présentons les perspectives à court terme et les risques qui entourent les prévisions. Enfin, nous explorons les possibilités de créer des marges de manœuvre budgétaires supplémentaires en améliorant la mobilisation des recettes intérieures.

Les chapitres suivants sont consacrés à deux autres aspects essentiels pour la croissance économique à plus long terme de la région:

  • Dans le chapitre 2, nous cherchons à déterminer si l’Afrique subsaharienne est suffisamment compétitive pour rester sur la trajectoire de croissance vigoureuse amorcée récemment alors que les vents favorables extérieurs commencent à se dissiper. Plusieurs indicateurs révèlent que la compétitivité s’est détériorée dans l’ensemble de la région, mais à des degrés divers selon les pays. Ce chapitre met aussi en évidence un lien étroit entre la compétitivité des pays et leur capacité de poursuivre leur trajectoire de croissance, et met en exergue certaines mesures qui pourraient rehausser la compétitivité à long terme.
  • Le chapitre 3 décrit comment le niveau élevé des inégalités de revenu et des inégalités femmes–hommes pèse sur les résultats macroéconomiques de la région. Ces inégalités sont imputables en partie au fait que l’Afrique subsaharienne se trouve à un stade de développement moins avancé que d’autres régions, mais l’analyse réalisée dans le chapitre montre que, si elles étaient ramenées aux niveaux observés dans certains pays émergents dynamiques d’Asie, la croissance économique en bénéficierait grandement. Des politiques budgétaires et financières bien ciblées ainsi que la suppression des restrictions juridiques fondées sur le sexe des intéressé(e)s sont présentées comme des moyens de faciliter l’accès des femmes et des ménages à faible revenu aux opportunités économiques.

L’environnement extérieur engendre de puissants vents contraires

La croissance économique mondiale devrait ralentir de 3,4 % en 2014 à 3,1 % en 2015, avant de remonter à 3,6 % en 2016. Pourtant, même cette modeste reprise globale masque un environnement extérieur généralement difficile pour un grand nombre de pays d’Afrique subsaharienne.

Les cours des produits de base devraient rester bas

Après une hausse régulière des cours depuis le début des années 2000, le cycle haussier que suivaient les produits de base depuis une dizaine d’années semble avoir pris fin. Pour beaucoup de pays subsahariens qui exportent encore essentiellement des produits de base, c’est un choc considérable, qui pèse sur la valeur des exportations et les recettes budgétaires1. Comme cela a déjà été expliqué dans l’édition d’avril 2015 de ce rapport, les pays exportateurs de pétrole sont particulièrement touchés, car leurs positions budgétaires et extérieures sont en général les plus tributaires de l’industrie extractive. Cela dit, même parmi les pays importateurs de pétrole, qui bénéficient de la baisse du coût de leurs importations énergétiques, beaucoup ont subi ces deux dernières années une baisse d’environ 40 à 60 % du cours de leurs principaux produits d’exportation (graphique 1.1). De plus, d’après les projections, les cours de la plupart des produits de base devraient rester bas, voire diminuer encore, à l’horizon de l’année 2016. Cette perspective a déjà provoqué une réduction des activités existantes dans certains pays (Afrique du Sud, Botswana, République démocratique du Congo, Guinée, Sierra Leone et Zambie) ou de nouveaux projets dans d’autres (Côte d’Ivoire).

Graphique 1.1.Échantillon de cours de produits de base, janvier 2013–août 2015

Sources: FMI, système des cours des produits de base et hypothèses mondiales.

Note: Outre le pétrole, les principaux produits d’exportation de la région sont, entre autres, le cuivre (République démocratique du Congo et Zambie), le minerai de fer (Libéria et Sierra Leone), le charbon (Afrique du Sud et Mozambique), l’or (Afrique du Sud, Burkina Faso, Ghana, Mali et Tanzanie) et le platine (Afrique du Sud).

La chute des cours des produits de base s’inscrit dans le cadre de la baisse rapide et sans doute durable de la demande mondiale de matières premières, conjuguée parfois à une augmentation de l’offre (comme dans le cas du pétrole ou du cuivre). Comme cela est expliqué dans l’édition d’octobre 2015 des Perspectives de l’économie mondiale, les pays émergents—qui ont été à l’origine d’une grande partie de la demande de produits de base ces dernières années—connaissent en 2015 leur cinquième année consécutive de fléchissement de l’activité (FMI, 2015f). Facteur le plus important, la Chine, qui est le plus grand partenaire commercial de l’Afrique subsaharienne, voit actuellement les moteurs de sa croissance se rééquilibrer en défaveur des secteurs manufacturier, de la construction et des exportations—dont les intrants sont composés en grande partie de matières premières—et au profit du secteur des services et de la consommation2. Pour les pays dont une très grande proportion des exportations est destinée à la Chine, tels que l’Afrique du Sud, l’Angola, la République démocratique du Congo, la République du Congo, la Sierra Leone et la Zambie, le choc est particulièrement fort (graphique 1.2).

Graphique 1.2.Afrique subsaharienne: exportations à destination de la Chine, 2014

Source: FMI, Direction of Trade Statistics.

Les conditions de financement deviennent moins favorables

À ces évolutions négatives vient s’ajouter, pour les pays qui sont tributaires des sources de financement internationales, un durcissement progressif des conditions financières à l’échelle mondiale. La normalisation attendue de la politique monétaire aux États-Unis et la réévaluation des risques mondiaux depuis le milieu de l’été ont déjà modifié l’environnement dont bénéficiaient jusqu’à présent les pays émergents et préémergents, caractérisé par une liquidité abondante et des coûts d’emprunt peu élevés. Bien que l’Afrique subsaharienne reste relativement moins intégrée sur le plan financier que les autres régions du monde, cette évolution est aussi perceptible dans la région. Après deux années (2013–14) pendant lesquelles les émissions d’euro-obligations ont atteint des niveaux records, les États ont été moins nombreux cette année à recourir aux marchés internationaux; lorsqu’ils l’ont fait, les rendements étaient plus élevés que lors des émissions précédentes (graphique 1.3). Plus largement, les marges souveraines des pays préémergents de la région augmentent de façon générale depuis octobre 2014—en allant souvent au-delà de la réévaluation des risques observée dans les pays émergents au niveau mondial (graphiques 1.4 et 1.5).

Graphique 1.3.Afrique subsaharienne: émissions récentes d’euro-obligations

(Rendement à l’échéance lors de l’émission et comparaison avec les émissions antérieures)

Sources: autorités nationales; estimations des services du FMI.

1La Zambie a émis des obligations à échéance moyenne de onze ans en 2015 et des obligations à dix ans en 2014 et 2012.

2Le Gabon a émis des obligations à dix ans en 2015 et à onze ans en 2013.

3La Côte d’Ivoire a émis des obligations à treize ans en 2015 et à dix ans en 2014.

Graphique 1.4.Afrique subsaharienne: marges souveraines des pays émergents et préémergents

(Marges EMBIG, variation en points de base depuis octobre 2014)

Source: Bloomberg L.P.

Note: données au 23 septembre 2015.

1La moyenne pour les pays émergents porte sur les marges EMBIG (Emerging Market Bond Index Global) de l’Afrique du Sud, de l’Argentine, du Brésil, de la Bulgarie, du Chili, de la Colombie, de la Hongrie, de la Malaisie, du Mexique, du Pérou, des Philippines, de la Pologne, de la Russie, de la Turquie et de l’Ukraine.

Graphique 1.5.Marges souveraines des pays émergents, 2014–15

Source: Bloomberg L.P.

Note: données au 23 septembre 2015.

1La moyenne pour les pays émergents porte sur les marges EMBIG (Emerging Market Bond Index Global) de l’Afrique du Sud, de l’Argentine, du Brésil, de la Bulgarie, du Chili, de la Colombie, de la Hongrie, de la Malaisie, du Mexique, du Pérou, des Philippines, de la Pologne, de la Russie, de la Turquie et de l’Ukraine.

2La moyenne pour les pays préémergents porte sur les marges de la Côte d’Ivoire, du Ghana, du Kenya, du Nigéria, du Rwanda, du Sénégal, de la Tanzanie et de la Zambie.

Une situation intérieure plus difficile

Cet environnement extérieur est d’autant plus défavorable que les pays ne disposent généralement que d’amortisseurs limités pour compenser le ralentissement de l’activité. Dans bien des cas, les économies réalisées pendant la période précédente de croissance rapide sont peu élevées, et la capacité d’emprunt diminue à vive allure. En outre, pour la plupart, les pays de la région abordent cette période avec des déficits budgétaires et extérieurs plus élevés qu’au début de la crise financière mondiale de 2008–09, c’est-à-dire la dernière fois que la conjoncture extérieure a pris un tour défavorable pour la région.

Détérioration des positions extérieures et budgétaires

Les positions extérieures et, plus encore, les positions budgétaires sont nettement plus fragiles qu’en 2008, surtout pour les pays exportateurs de pétrole et les pays préémergents (graphique 1.6). Plus précisément, dans 34 des 45 pays de la région, le solde budgétaire était plus faible à la fin de 2014 qu’il ne l’était en 2008, malgré la croissance économique vigoureuse de ces dernières années; et dans 21 d’entre eux, le solde extérieur s’était aussi détérioré (graphique 1.7)3.

  • Dans une certaine mesure, surtout pour les pays à faible revenu, cela s’explique par les efforts louables qui ont été déployés ces dernières années pour moderniser les infrastructures. Cependant, avec des besoins bruts de financement extérieur supérieurs à 10 % du PIB dans beaucoup des grands pays (Afrique du Sud, Éthiopie, Ghana, Kenya, Sénégal et Tanzanie), il est à craindre qu’il ne devienne, au mieux, de plus en plus difficile et coûteux de couvrir ces besoins et, au pire, impossible de le faire, ce qui rendrait inévitable un ajustement brutal.
  • Dans d’autres pays, en particulier dans les pays exportateurs de pétrole, les besoins de financement augmentent rapidement en raison de l’évolution défavorable des cours des produits de base, car les autorités étalent dans le temps l’ajustement budgétaire rendu nécessaire par la baisse des recettes (Angola, Nigéria).
  • Là où les déficits budgétaires sont particulièrement prononcés et où les coûts extérieurs se sont déjà fortement accrus, il devient aussi de plus en plus difficile, comme au Ghana et en Zambie, de se tourner vers le marché intérieur. Il en résulte une hausse du coût des emprunts intérieurs, qui a pour effet d’évincer le secteur privé et d’entraver l’émergence et la diversification des sources de croissance intérieures.

Graphique 1.6.Afrique subsaharienne: solde extérieur courant et solde budgétaire, 2008–15

Source: FMI, base de données des Perspectives de l’économie mondiale.

Graphique 1.7.Afrique subsaharienne: distribution des soldes budgétaires des pays, 2008 et 2014

Sources: FMI, base de données des Perspectives de l’économie mondiale; calculs des services du FMI.

Sous l’effet du ralentissement de la croissance économique et de la hausse des taux d’intérêt, la dynamique positive qui avait jusqu’à présent freiné l’augmentation de la dette publique pourrait s’inverser rapidement dans certains pays4. Dans les pays, comme les pays préémergents, où les niveaux d’endettement se rapprochent de plus en plus de ceux des pays émergents, la capacité d’emprunt pour financer les besoins de développement aura bientôt disparu (graphique 1.8). L’accroissement des rendements des émissions récentes d’euro-obligations ainsi que l’augmentation des marges s’appliquant sur les obligations souveraines sur les marchés secondaires sont aussi des signes, entre autres, que les investisseurs réévaluent à la hausse les risques associés à ces vulnérabilités croissantes.

Graphique 1.8.Pays émergents et préémergents et pays de comparaison: ratio de la dette publique totale

Source: FMI, base de données des Perspectives de l’économie mondiale.

Note: Les pays de comparaison sont les pays émergents suivants: Brésil, Chili, Colombie, Hongrie, Inde, Indonésie, Malaisie, Pérou, Philippines, Pologne, Russie et Thaïlande. Voir à la page 78 la liste des abréviations de pays.

Il convient de noter toutefois que, dans d’autres pays, notamment les pays à faible revenu, il existe moins de vulnérabilités associées à la dette publique, le risque de surendettement étant encore relativement modéré (graphique 1.9). En outre, étant donné que le stock de dette existant est, pour une large part, encore assorti de conditions concessionnelles, ces pays sont moins vulnérables à d’éventuelles hausses prononcées des primes de risque au niveau mondial.

Graphique 1.9.Afrique subsaharienne: catégories de risque de la dette des pays àfaible revenu, 2008–14

Source: FMI, base de données des analyses de viabilité de la dette des pays à faible revenu.

Note: L’Angola n’est pas pris en compte, car ce pays ne fait plus partie des pays à faible revenu. La classification du risque pour le Burundi, la Gambie, le Lesotho, le Rwanda, São Tomé-et-Príncipe, le Tchad et le Zimbabwe commence en 2009 et pour Cabo Verde en 2014.

Tensions sur les monnaies

Face à la détérioration marquée des termes de l’échange et à la forte tendance à la hausse du dollar, la plupart des pays ont laissé leur taux de change s’ajuster. C’est le cas en particulier des pays exportateurs de pétrole dont les monnaies ne sont pas rattachées à l’euro. Ainsi, le kwanza angolais et le naira nigérian ont perdu respectivement 26 % et 17 % de leur valeur par rapport au dollar depuis octobre 20145. Mais les pays tributaires des produits de base ne sont pas les seuls à avoir connu d’amples fluctuations des taux de change. La vaste majorité des monnaies des pays préémergents se sont dépréciées dans des proportions similaires ou plus grandes, notamment celles de l’Afrique du Sud, du Ghana, de l’Ouganda, de la Tanzanie et de la Zambie—ce qui s’explique, dans certains cas, par l’existence ou l’accentuation de vulnérabilités intérieures (Afrique du Sud, Ghana, Zambie), mais aussi par un regain généralisé d’aversion pour le risque, comme dans de nombreux autres pays préémergents et émergents dans le monde (graphique 1.10). Dans certains autres pays, les fortes pressions sur les taux de change ont aussi été provoquées par l’accentuation des déséquilibres macroéconomiques, aggravée par la baisse des recettes touristiques (Gambie) ou une mauvaise récolte (Malawi).

Graphique 1.10.Échantillon de pays: dépréciation de la monnaie nationale par rapport au dollar depuis octobre 2014

(+ indique une dépréciation)

Source: Bloomberg L.P.

Note: données au 23 septembre 2015.

1Le franc CFA est rattaché à l’euro. Les autres pays à taux de change fixe (Cabo Verde, Comores, Érythrée, Lesotho, Namibie, São Tomé-et-Príncipe, Soudan du Sud, Swaziland) ne sont pas pris en compte. CEMAC = Communauté économique et monétaire de l’Afrique centrale; UEMOA = Union économique et monétaire ouest-africaine.

En partie sous l’effet de l’évolution des taux de change, l’inflation a augmenté quelque peu dans certains des plus grands pays de la région, ce qui a suscité une riposte monétaire.

  • Contrairement à ce qui se passe dans d’autres régions du monde où la baisse des cours des produits de base et l’ampleur de l’écart de production ont maintenu les taux d’inflation à des niveaux bas sans précédent, l’inflation a commencé à augmenter dans certains des plus grands pays d’Afrique subsaharienne, à l’inverse de la tendance observée ces dernières années. Elle devrait atteindre en moyenne 7 % cette année dans la région et 7¼ % l’an prochain. Dans certains pays, des facteurs particuliers tels que la hausse des tarifs d’électricité (Afrique du Sud), la suppression des subventions aux carburants (Angola) et l’augmentation des prix alimentaires (Éthiopie, Tanzanie) ont aussi poussé l’inflation à la hausse. Cependant, dans la plupart des autres pays, elle reste contenue, en particulier dans la zone franc, où elle reste comprise entre 1 % et 3 %.
  • Dans un nombre croissant de pays, les banques centrales, craignant que ces évolutions n’influent sur les anticipations inflationnistes là où les taux d’inflation sont proches ou dépassent la limite supérieure des fourchettes établies, ont commencé à durcir leurs politiques monétaires (graphique 1.11). Sauf dans le cas des pays, comme le Ghana en particulier, où l’inflation dépasse largement la cible fixée depuis un certain temps déjà, ces craintes sont peut-être prématurées dans la mesure où l’inflation reste proche de ses niveaux bas historiques dans la plupart des pays et où rien n’indique que ces chocs ponctuels ont déclenché des effets de second tour.

Graphique 1.11.Inflation, fourchettes cibles d’inflation et évolution de la politique monétaire

Sources: autorités nationales; Haver Analytics.

1La Banque centrale de Tanzanie n’a pas relevé ses taux directeurs, mais elle a resserré sa politique en vendant des devises et en relevant le coefficient de réserves obligatoires.

2Il s’agit de l’inflation mesurée par l’IPC en milieu urbain, qui est le taux d’inflation que la Banque nationale du Rwanda s’est fixé pour cible.

Par ailleurs, certaines banques centrales sont intervenues sur le marché pour contenir la volatilité des taux de change, tandis que d’autres, en particulier celles des pays exportateurs de pétrole, ont puisé dans ces amortisseurs extérieurs pour lisser l’ajustement à la baisse des cours des produits de base (graphique 1.12). Certains pays, dont l’Angola et le Nigéria, ont aussi pris des mesures administratives pour endiguer la demande de devises, ce qui entrave fortement les activités du secteur privé.

Graphique 1.12.Afrique subsaharienne: réserves

Sources: autorités nationales, FMI, bases de données des Perspectives de l’économie mondiale et de International Financial Statistics.

Note: Les pays pour lesquels on ne dispose pas de données plus récentes que février 2015 ne sont pas pris en compte. CEMAC = Communauté économique et monétaire de l’Afrique centrale; UEMOA = Union économique et monétaire ouest-africaine.

Conséquences pour la stabilité financière

Compte tenu des vents contraires puissants qui freinent l’activité dans les pays exportateurs de produits de base, il se pourrait fort bien que les banques voient la qualité de leurs actifs se dégrader. Selon une analyse récente, les indicateurs de stabilité financière des pays riches en ressources naturelles, tels que la rentabilité des banques et le volume de leurs créances improductives, ont tendance à se détériorer, et la probabilité de crise bancaire systémique à s’accroître, lorsque les cours des produits de base s’inscrivent à la baisse (encadré 1.1). Il est probable que des retombées de cet ordre sur le secteur financier réduisent dans un futur proche l’offre de crédit et freinent le processus de diversification financière engagé ces dernières années, surtout dans les pays exportateurs de pétrole, où la croissance du crédit a été particulièrement prononcée, ce qui nuirait à la croissance et à la diversification de l’économie (encadré 1.2)6.

Dans les économies fortement dollarisées, la dépréciation récente de la monnaie pourrait aussi accentuer les vulnérabilités du secteur financier. Dans ce cas, en effet, la valeur en monnaie locale des passifs libellés en dollars s’accroît, et avec elle le service de la dette pour les emprunteurs non couverts, ce qui risque d’exposer les banques à des pertes—même si dans les banques elles-mêmes, l’asymétrie entre les monnaies de libellé des actifs et des passifs est généralement peu prononcée7. Un stock de dette extérieure relativement élevé—en tout cas comparé à celui qui prévaut dans les pays émergents—amplifierait ces effets négatifs pour certains pays, en particulier là où les entreprises minières et énergétiques se sont endettées en devises (graphique 1.13).

Graphique 1.13.Afrique subsaharienne et pays de comparaison: dette extérieure

Sources: FMI, base de données des Perspectives de l’économie mondiale; Banque mondiale, Indicateurs du développement dans le monde.

Note: Les pays de comparaison sont les pays émergents suivants: Brésil, Chili, Colombie, Hongrie, Inde, Indonésie, Malaisie, Pérou, Philippines, Pologne, Russie et Thaïlande. Voir à la page 78 la liste des abréviations de pays.

Goulets d’étranglement infrastructurels

Bien que des investissements massifs continuent d’être réalisés dans toute la région, les goulets d’étranglement infrastructurels empêchent toujours d’attirer de nouvelles activités et font obstacle à l’intégration commerciale8. Dernièrement, les problèmes posés par ces goulets d’étranglement sont devenus encore plus aigus dans un large éventail de pays. Les délestages de charge et les pénuries d’électricité, qui résultent des retards survenus dans la modernisation des centrales vieillissantes et la mise à niveau de la capacité de production d’électricité, se produisent de façon répétée en Afrique du Sud et au Ghana et ont des effets particulièrement négatifs dans le secteur manufacturier. La détérioration de l’approvisionnement en électricité a aussi considérablement freiné l’activité dans plusieurs autres pays (Comores, Madagascar, Nigéria et Zambie).

Ces difficultés tranchent nettement avec les progrès encourageants qui ont été réalisés ailleurs dans la région et qui sont le fruit des investissements passés. Au Kenya, le doublement des capacités de production d’électricité géothermique pendant le second semestre de 2014 s’est traduit par une augmentation de 20 % de la capacité globale et une baisse de 25 % du coût de l’électricité (FMI, 2015b). La mise en service de nouvelles centrales hydroélectriques en Éthiopie contribue à une augmentation supplémentaire de l’électricité disponible pour toute l’Afrique de l’Est et y contribuera encore plus au cours des prochaines années, ce qui encouragera l’implantation de nouvelles activités. En Afrique de l’Ouest, un nouveau barrage entré en service en Guinée pendant l’été 2015 permettra aussi l’exportation d’électricité vers les pays voisins.

Recul de la croissance sur fond de risques persistants

Perspectives

Compte tenu de ces vents contraires qui sévissent à l’échelle mondiale et nationale, les perspectives de la région sont manifestement bien moins favorables que pendant la période récente. D’après les projections, la croissance de l’Afrique subsaharienne devrait tomber à 3¾ % en 2015, contre 5 % en 2013–14, avant de remonter quelque peu pour s’établir à 4¼ % en 2016 grâce au redressement progressif de l’activité au niveau mondial (tableau 1.1). Cette année, la croissance économique sera moins bonne qu’en 2009, année pendant laquelle la région subissait les effets négatifs de la crise financière mondiale, et aura beaucoup de mal à générer les emplois dont la région a tant besoin pour sa population jeune croissante ainsi que pour progresser de façon significative dans la lutte contre la pauvreté et sur le plan de l’inclusion.

Tableau 1.1.Afrique subsaharienne: croissance du PIB réel(Variation en pourcentage)
2004–0820092010201120122013201420152016
Afrique subsaharienne6,84,16,75,04,35,25,03,84,3
Dont:
Pays exportateurs de pétrole9,27,08,54,63,85,75,93,64,2
Dont: Nigéria8,69,010,04,94,35,46,34,04,3
Pays à revenu intermédiaire15,00,24,64,73,53,72,72,62,9
Dont: Afrique du Sud4,8−1,53,03,22,22,21,51,41,3
Pays à faible revenu18,06,67,88,16,67,57,46,36,9
États fragiles2,82,64,42,96,95,65,85,36,0
Pour mémoire:
Croissance économique mondiale4,90,05,44,23,43,33,43,13,6
Pays d’Afrique subsaharienne riches en ressources naturelles26,93,96,74,73,84,94,53,03,6
Pays émergents et préémergents d’Afrique subsaharienne36,74,87,15,14,34,95,04,04,3
Source: FMI, base de données des Perspectives de l’économie mondiale.

Hors États fragiles.

Comprend les pays suivants: Afrique du Sud, Angola, Botswana, Burkina Faso, Cameroun, République démocratique du Congo, République du Congo, Gabon, Ghana, Guinée, Guinée équatoriale, Libéria, Mali, Namibie, Niger, Nigéria, République centrafricaine, Sierra Leone, Tanzanie, Tchad, Zambie et Zimbabwe.

Comprend les pays suivants: Afrique du Sud, Côte d’Ivoire, Éthiopie, Ghana, Kenya, Maurice, Nigéria, Ouganda, Rwanda, Sénégal, Tanzanie et Zambie.

Source: FMI, base de données des Perspectives de l’économie mondiale.

Hors États fragiles.

Comprend les pays suivants: Afrique du Sud, Angola, Botswana, Burkina Faso, Cameroun, République démocratique du Congo, République du Congo, Gabon, Ghana, Guinée, Guinée équatoriale, Libéria, Mali, Namibie, Niger, Nigéria, République centrafricaine, Sierra Leone, Tanzanie, Tchad, Zambie et Zimbabwe.

Comprend les pays suivants: Afrique du Sud, Côte d’Ivoire, Éthiopie, Ghana, Kenya, Maurice, Nigéria, Ouganda, Rwanda, Sénégal, Tanzanie et Zambie.

Comme on l’a vu plus haut, ce panorama général masque toutefois des disparités considérables au sein de la région. Si les pays exportateurs de pétrole connaissent les plus grandes difficultés, beaucoup de pays à faible revenu continueront en revanche d’afficher une croissance rapide, en s’appuyant sur la poursuite des investissements—facilitée dans la plupart des cas par un afflux de capitaux encore substantiel—et sur le développement du secteur des services. Il est cependant révélateur que les prévisions de croissance pour 2015 aient étés révisées à la baisse pour la majorité des pays, qu’ils soient exportateurs ou importateurs de pétrole, depuis que la conjoncture extérieure a commencé à devenir moins favorable en octobre 2014 (graphique 1.14).

  • La croissance économique des pays exportateurs de pétrole—qui contribuent environ pour moitié au PIB de l’Afrique subsaharienne—devrait ralentir sensiblement en passant de 6 % en 2014 à 3½–4¼ % en 2015–16, sous l’effet combiné de la baisse des recettes d’exportation et d’un ajustement budgétaire prononcé. Au Nigéria, l’activité a nettement ralenti au cours du premier semestre de l’année, car les incertitudes entourant les élections et la transition politique subséquente, les pénuries de carburants et d’électricité, la hausse du coût des importations et l’assainissement des finances publiques ont pesé sur les secteurs non pétroliers. Pour 2015, les prévisions laissent maintenant entrevoir une croissance économique de 4 %, c’est-à-dire environ 2¼ points de pourcentage de moins qu’en 2014. De même, en Angola, la forte réduction des projets d’investissement du secteur public a un effet très sensible sur l’économie et entraînera un nouveau ralentissement de la croissance, qui tombera à 3½ %.
  • Malgré la baisse des cours du pétrole, les perspectives restent contrastées pour les pays à revenu intermédiaire. En Afrique du Sud, les fréquents délestages de charge, les réductions d’effectifs dans le secteur de l’acier et peut-être dans le secteur minier ainsi que les retombées générales du bas niveau des cours des produits de base, de même qu’un resserrement des politiques monétaire et budgétaire, continuent de freiner la croissance économique, qui devrait rester inférieure à 1½ % en 2015–16. La compression des dépenses budgétaires, l’inflation élevée, la réduction de l’approvisionnement en électricité et une récolte de cacao décevante sont autant de facteurs qui pèsent aussi sur la croissance du Ghana, tandis que celle de la Zambie est entravée par le niveau faible des cours du cuivre, des taux d’intérêt élevés et de graves pénuries d’électricité. Inversement, la croissance économique devrait, d’après les prévisions, s’accélérer au Kenya et au Sénégal, en s’appuyant, dans le premier cas, sur l’investissement public dans les transports et la production d’électricité et, dans le second cas, sur le dynamisme du secteur privé.
  • Une majorité de pays à faible revenu et d’États fragiles continueront d’enregistrer une croissance vigoureuse grâce à la poursuite des investissements d’infrastructure, surtout dans le secteur énergétique et les transports, et au dynamisme persistant de la consommation privée, l’investissement direct étranger (IDE) continuant d’affluer dans un grand nombre d’entre eux. Des pays comme la République démocratique du Congo, la Côte d’Ivoire, l’Éthiopie, le Mozambique et la Tanzanie devraient croître à un rythme d’au moins 7 % cette année et l’année prochaine. Cela dit, alors que la chute des cours du pétrole allège leurs factures d’importations énergétiques, d’autres pays à faible revenu pâtissent de la diminution des cours de leurs principaux produits d’exportation, notamment le Burkina Faso et la Sierra Leone. Dans ce dernier pays, l’économie devrait se contracter de plus de 20 %, car la fermeture des deux principales sociétés d’exploitation du minerai de fer a accentué l’impact de la crise Ébola. Cependant, les pires conséquences de l’épidémie commençant à s’estomper, la croissance économique devrait redémarrer au cours des prochaines années en Guinée, au Libéria et en Sierra Leone. Les inondations et les conditions météorologiques imprévisibles en Afrique australe ont aussi pour effet de réduire la production agricole dans un grand nombre de pays, tout particulièrement au Malawi et au Zimbabwe.

Graphique 1.14.Afrique subsaharienne: projections de croissance du PIB réel, 2015, projections actuelles comparées à celles d’octobre 2014

Source: FMI, base de données des Perspectives de l’économie mondiale.

Note: AfSS = Afrique subsaharienne.

Dans ce contexte, la position budgétaire de la région devrait accuser une nouvelle dégradation (tableau 1.2). Le déficit budgétaire global (dons compris) devrait se creuser et passer de—3,5 % du PIB en 2014 à—4,3 % du PIB—niveau le plus élevé pour la région depuis 2009. Ce sont surtout les pays exportateurs de pétrole qui seront à l’origine de cette détérioration, car les compressions prévues des dépenses budgétaires, aussi prononcées soient-elles, ne compenseront pas entièrement la forte baisse des recettes budgétaires liées aux activités pétrolières, permettant un certain étalement dans le temps de l’ajustement. Ailleurs, le déficit budgétaire devrait rester particulièrement élevé, et supérieur à 7 %, dans certains pays, en raison de vastes projets d’investissement (Kenya), du niveau élevé des subventions et de l’apurement des arriérés (Zambie), ou de l’augmentation des dépenses de sécurité (Niger). Inversement, le Ghana a entrepris d’assainir ses finances publiques sur plusieurs années, et son déficit, qui était supérieur à 10 % en 2014, devrait être ramené à 5,9 % en 2015.

Tableau 1.2.Afrique subsaharienne: autres indicateurs macroéconomiques
2004–0820092010201120122013201420152016
(Variation en pourcentage)
Inflation, moyenne8,89,88,29,59,46,66,46,97,3
(Pourcentage du PIB)
Solde budgétaire1,7−4,6−3,4−1,1−1,8−3,1−3,5−4,3−3,6
Dont: hors pays exportateurs de pétrole−0,6−4,1−4,3−3,7−3,7−3,9−4,0−4,2−3,9
Solde des transactions courantes2,1−2,8−0,9−0,7−1,9−2,4−4,1−5,7−5,5
Dont: hors pays exportateurs de pétrole−4,3−4,9−3,9−4,8−7,1−7,5−7,3−7,5−7,8
(Mois d’importations)
Couverture par les réserves5,15,24,24,75,25,05,44,84,2
Source: FMI, base de données des Perspectives de l’économie mondiale.
Source: FMI, base de données des Perspectives de l’économie mondiale.

De la même manière, sous l’effet de la baisse marquée des recettes provenant des exportations de produits de base, la position extérieure devrait continuer de se dégrader, surtout pour les pays exportateurs de pétrole. Le déficit extérieur courant devrait passer de 4,1 % en 2014 à 5,7 % en 2015, niveau le plus élevé depuis le début des années 80, ce qui rend d’autant plus urgent de rehausser la compétitivité et de lancer de nouvelles filières d’exportation, comme cela est expliqué plus en détail au chapitre 2. La baisse de la facture énergétique aidera les pays importateurs de pétrole, et le ralentissement de la croissance limitera les importations de biens de consommation, mais ces effets seront souvent neutralisés par la baisse des cours des produits de base exportés et la poursuite de vastes projets d’investissement à forte intensité de produits importés.

Aléas négatifs

Bien que les prévisions intègrent déjà plusieurs facteurs extérieurs négatifs, les aléas auxquels sont exposées les perspectives restent globalement défavorables.

Certains facteurs de risques intérieurs…

Les problèmes de sécurité restent prépondérants dans un certain nombre de pays. La guerre civile continue de peser lourdement sur la situation au Soudan du Sud, et la violence engendrée par les élections générales au Burundi ainsi que l’actualité récente au Burkina Faso nous rappellent que les cycles politiques peuvent encore provoquer des turbulences. Les actes de violence perpétrés par Boko Haram et d’autres groupes rebelles se sont multipliés dans une région qui couvre le Cameroun, le Niger, le Nigéria et le Tchad, mais aussi au Kenya et au Mali. Au-delà de la perte tragique de vies humaines et des souffrances subies par toute la population, ces actes de violence pèsent aussi sur l’activité économique, mettent à mal les finances publiques et diminuent les chances de bénéficier des flux d’IDE. S’ils devaient persister ou prendre de l’ampleur, l’effet négatif sur la croissance économique et le risque d’instabilité politique au niveau régional s’en trouveraient amplifiés.

L’impact négatif de la chute des cours des produits de base sur l’économie intérieure pourrait aussi être plus prononcé que prévu, surtout dans les pays exportateurs de pétrole. D’un côté, les compressions de dépenses prévues sont drastiques et pèseront sur l’activité dans tous les secteurs—non seulement les industries extractives, mais aussi les secteurs qui avaient jusqu’à présent bénéficié des retombées positives liées aux prix élevés, tels que les secteurs de la construction et des services. D’un autre côté, si les coupes budgétaires ne matérialisaient pas, la situation macroéconomique pourrait se dégrader de façon encore plus tangible, avec des risques d’accumulation d’arriérés, l’éviction des activités privées par les emprunts de l’État et l’intensification des tensions sur la position extérieure. Des dérapages de l’action publique pourraient aussi ébranler encore plus la confiance des investisseurs.

… pourraient s’amplifier si l’environnement extérieur devait continuer à se dégrader

Les cours des produits de base ont fortement chuté ces derniers mois, mais ils pourraient diminuer encore dans un contexte de croissance mondiale atone et si la résorption des capacités excédentaires existantes n’allait pas aussi loin qu’on le prévoit actuellement. Une croissance économique mondiale plus lente que prévu ajouterait aussi aux facteurs négatifs qui pèsent sur la région. En particulier, un ralentissement plus prononcé de l’activité en Chine tandis que le pays s’adapte à son nouveau modèle de croissance—voire un atterrissage brutal de l’économie—accentuerait les tensions sur la région, du fait notamment qu’il tirerait encore plus vers le bas les cours des produits de base. Enfin, une nouvelle réévaluation du risque dans les pays émergents ou une réallocation majeure des actifs financiers à l’échelle mondiale pourrait provoquer des sorties rapides de capitaux des pays émergents et préémergents d’Afrique subsaharienne en amplifiant les tensions actuelles sur les taux de change.

Dans ce contexte, les vulnérabilités qui existent actuellement dans certains pays risqueraient encore plus d’avoir des conséquences, car les financements deviendraient rapidement soit très coûteux, soit complètement inaccessibles—ce qui obligerait à un ajustement fortement procyclique de la politique budgétaire et entraînerait une décélération beaucoup plus marquée de la croissance. Des tensions concomitantes sur les taux de change, dans la mesure où elles engendreraient une poussée d’inflation, pourraient aussi déclencher un resserrement de la politique monétaire et freiner ainsi encore plus la croissance économique. Plus généralement au niveau régional, les pays qui affichent des déficits extérieurs courants élevés, y compris les plus dynamiques d’entre eux, seraient particulièrement vulnérables à des chocs financiers d’origine externe même si le recours à l’investissement direct étranger—qui est une source de financement plus stable—pourrait faire office d’amortisseur à court terme.

Analyse thématique: créer Un espace budgétaire en mobilisant mieux les recettes intérieures

Dans ce contexte macroéconomique difficile, il sera d’autant plus important de préserver la solidité des finances publiques dans l’immédiat et de renforcer les marges de manœuvre budgétaires au cours des prochaines années. Les coûts d’emprunt sont en hausse pour plusieurs pays, en raison du durcissement des conditions financières, mais aussi parce que, à terme, un grand nombre d’entre eux s’affranchiront des financements concessionnels—ce qui est en soi une évolution bénéfique. Tous ces facteurs conjugués mettent clairement en évidence l’objectif à poursuivre à moyen terme, à savoir une meilleure mobilisation des recettes intérieures9. La mobilisation des recettes intérieures étant le moyen le plus durable de créer un espace budgétaire, de financer les infrastructures indispensables et les autres besoins de développement, et de réduire le recours à l’endettement public, nous passons en revue dans cette section finale les progrès réalisés dans ce domaine depuis 2000 en présentant quelques options pour l’avenir.

Même si cela n’est pas l’objet du présent exposé, il va de soi qu’il est aussi essentiel de renforcer la gestion des finances publiques. Les efforts déployés pour améliorer la mobilisation des recettes doivent être accompagnés de mesures visant à optimiser davantage les dépenses publiques, en donnant en particulier la priorité aux projets d’investissement dont le rendement économique est le plus élevé et en rationalisant les subventions énergétiques coûteuses et mal ciblées—comme certains pays (Angola, Cameroun, Ghana) ont déjà commencé à le faire. En s’attachant à améliorer la qualité des dépenses, les autorités montreront aussi qu’elles utilisent de la façon la plus efficace les recettes budgétaires, ce qui contribuera à renforcer l’adhésion des contribuables.

De nets progrès en général

À l’exception notable du Nigéria, le volume des ressources consacrées aux dépenses publiques en Afrique subsaharienne a fortement augmenté ces quinze dernières années, à hauteur d’environ 5 points de pourcentage du PIB en moyenne (graphique 1.15).

  • Les dépenses publiques demeurent pour l’essentiel financées par les recettes fiscales, qui sont passées de 18 % à 21 % du PIB pour l’Afrique subsaharienne hors Nigéria entre 2000–04 et 2011–14—l’amélioration ayant concerné non seulement les pays exportateurs de pétrole (qui ont profité du niveau élevé des cours du pétrole), mais aussi les pays à faible revenu et les États fragiles. Le surcroît de dépenses a aussi été rendu possible, en partie, par la diminution de la facture d’intérêts liée aux allégements de dette consentis pendant la seconde moitié de la décennie 2000 et par le recours accru à l’emprunt.
  • Hormis le Nigéria, plus de la moitié de l’augmentation de l’enveloppe de dépenses (environ 3¼ points de pourcentage du PIB) a été absorbée par les dépenses d’investissement, ce qui témoigne de la volonté des autorités de combler le déficit considérable d’infrastructures dans toute la région. Les dépenses en capital représentent aujourd’hui un quart de l’enveloppe de dépenses (et environ 7 % du PIB), contre environ un sixième au début des années 2000. La masse salariale de la fonction publique—qui comprend aussi la rémunération des enseignants et des professionnels de santé—s’est accrue d’environ 1½ point de pourcentage du PIB.

Graphique 1.15.Afrique subsaharienne hors Nigéria: dépenses publiques et sources de financement

Source: FMI, base de données des Perspectives de l’économie mondiale.

Note: Le Nigéria n’est pas inclus parce que, contrairement aux autres pays de la région, ses ratios impôts/PIB et dépenses/PIB ont fortement baissé au cours de la période.

Zoom sur les recettes fiscales

L’augmentation des recettes fiscales dans la région a été générale (graphique 1.16). À quelques exceptions près (Botswana, Nigéria, Zambie et quelques États fragiles), tous les pays subsahariens ont réussi à accroître leur ratio impôts/PIB, et ce en dépit de la libéralisation commerciale entreprise par ces pays pour promouvoir l’intégration régionale et internationale, qui a pesé sur les recettes issues des taxes sur les échanges commerciaux (Keen et Mansour, 2009). Les ratios d’imposition directe et indirecte se sont généralement améliorés, encore que, dans le second cas, les progrès n’ont pas toujours été aussi marqués, ce qui montre à quel point il reste difficile d’assurer la taxation des nouveaux secteurs, surtout lorsque l’économie informelle y occupe une large place.

Graphique 1.16.Afrique subsaharienne: variation des recettes fiscales, moyenne pour 2000–04 et 2011–14

Source: FMI, base de données des Perspectives de l’économie mondiale.

Permettant de mieux apprécier ces résultats, les comparaisons internationales révèlent que l’Afrique subsaharienne est la région du monde où l’augmentation des recettes fiscales a été la plus forte depuis le début du siècle (graphique 1.17). En effet, le pays médian d’Afrique subsaharienne est parvenu à accroître son ratio d’imposition d’environ 5 points de pourcentage du PIB depuis le milieu des années 90, période pendant laquelle, dans le reste du monde, ce ratio est resté inchangé ou n’a que légèrement augmenté (Communauté des États indépendants, Amérique latine, pays émergents d’Asie), quand il n’a pas diminué (pays émergents d’Europe, Moyen-Orient).

  • Cela s’explique en partie par le fait que les pays d’Afrique subsaharienne sont partis d’un niveau relativement bas, avec un potentiel de progrès plus élevé que les autres régions où la mobilisation des recettes était déjà engagée. Cela dit, cet effet de rattrapage n’explique pas à lui seul les progrès de la région: comparé aux pays se trouvant à un stade similaire de développement, le pays à faible revenu médian d’Afrique subsaharienne a abordé le XXIe siècle avec un ratio impôts/PIB plus élevé tout en progressant davantage en matière de mobilisation des recettes que le pays à faible revenu médian dans d’autres régions du monde.
  • En outre, bien qu’un grand nombre de pays d’Afrique subsaharienne soient devenus de plus en plus tributaires des exportations de produits de base au cours de cette période, cela ne suffit pas à expliquer l’intégralité de l’augmentation des recettes fiscales: pour le pays médian riche en ressources naturelles d’Afrique subsaharienne, la hausse du ratio d’imposition depuis le milieu des années 90 a été de 6 points de pourcentage du PIB, contre 3¾ points de pourcentage du PIB pour le pays médian du reste de la région, et dans les deux cas le ratio impôts/PIB est aujourd’hui de 15 % environ. D’ailleurs, la plupart des recettes budgétaires liées aux ressources naturelles proviennent des recettes non fiscales, telles que les redevances et les droits. Cela dit, dans la mesure où l’exploitation des produits de base fait aussi augmenter les recettes fiscales par le biais de l’impôt sur le revenu et les bénéfices des sociétés du secteur minier, et les accroît aussi de façon indirecte grâce aux retombées économiques dans les autres secteurs, il est possible que l’augmentation du ratio d’imposition soit imputable en partie aux activités entourant l’exploitation des produits de base.

Graphique 1.17.Échantillon de régions: recettes fiscales totales, 1995–2000 et 2014

Source: FMI, base de données des Perspectives de l’économie mondiale.

1La période 1995-2000 a été choisie pour lisser la baisse cyclique du ratio des recettes fiscales survenue autour de l’année 2000 dans un grand nombre de régions du monde.

2Comprend le Pakistan et l’Afghanistan.

Enjeux et perspectives

Ces résultats—des avancées notables en matière de mobilisation des recettes intérieures mais par rapport à un point de départ bas—posent la question de savoir dans quelle mesure des progrès supplémentaires peuvent être réalisés dans un avenir prévisible. Cela revêt une importance particulière, non seulement en raison de l’urgence à reconstituer la marge de manœuvre budgétaire et à maîtriser la dette publique dans certains pays, mais également de la nécessité de poursuivre les efforts, légitimes et considérables, déployés actuellement dans la région pour moderniser les infrastructures et renforcer le capital humain—avec l’un des ratios de dépenses d’investissement les plus élevés au monde ces quinze dernières années (graphique 1.18)—sans mettre en péril la viabilité de la dette publique. Enfin, une forte mobilisation des recettes s’avérera aussi indispensable pour financer les ambitieux objectifs de développement durable, dont le lancement vient d’avoir lieu au Sommet des Nations Unies à New York en septembre 2015 (encadré 1.3).

Graphique 1.18.Dépenses en capital des administrations publiques, 2000–04 et 2011–14

Sources: FMI, bases de données des Perspectives de l’économie mondiale et de International Financial Statistics.

Note: AfSS = Afrique subsaharienne; CEI = Communauté des États indépendants; MOAN = Moyen-Orient et Afrique du Nord; PFR = pays à faible revenu; PRI = pays à revenu intermédiaire.

1Comprend le Pakistan et l’Afghanistan.

En s’appuyant sur des données pour un grand nombre de pays, une «frontière fiscale» mondiale peut être estimée, représentant le niveau supérieur des ratios de recettes fiscales mobilisables pour un niveau de développement économique et institutionnel donné (Fenochietto et Pessino, 2013). La distance par rapport à cette frontière fiscale pour chaque pays dépend en partie des préférences de politique fiscale—les pays plus proches de la frontière fiscale ont tendance à afficher une préférence plus marquée pour l’offre de services publics et donc à accepter une pression fiscale plus forte pour les financer—, mais aussi des capacités de l’administration fiscale.

  • Cette méthode permet d’évaluer le potentiel de mobilisation de recettes fiscales supplémentaires en Afrique subsaharienne, qui se définit par cette distance par rapport à la frontière fiscale (voir annexe 1.1 pour plus de précisions). Il ressort de l’analyse que le pays médian d’Afrique subsaharienne pourrait potentiellement accroître ses recettes fiscales de 3 à 6½ points de pourcentage supplémentaires (graphique 1.19)10. Parmi les plus grands pays, le potentiel fiscal inexploité s’avère particulièrement vaste dans des pays comme l’Afrique du Sud, l’Angola, le Ghana, le Kenya, le Nigéria et la Tanzanie (graphique 1.20). Pour les pays exportateurs de pétrole, le besoin de mobiliser davantage de recettes fiscales issues des secteurs non pétroliers se fait particulièrement impérieux dans la mesure où les recettes (fiscales et non fiscales) liées aux activités pétrolières diminuent sensiblement.
  • En outre, le positionnement d’un pays par rapport à la frontière fiscale n’est pas figé dans le temps. À mesure qu’un pays croît, l’État est en général plus à même de collecter davantage de recettes, et les citoyens sont mieux disposés à payer plus d’impôts. La frontière fiscale relative à ce pays augmente ainsi parallèlement à la progression du PIB par habitant. Cela signifie qu’à terme, lorsque davantage de pays d’Afrique subsaharienne atteindront le statut de revenu intermédiaire, leur capacité à mobiliser plus de recettes fiscales devrait progresser également. Pour donner un ordre de grandeur, nous estimons que, si le PIB par habitant de la région progressait de l’ordre de 2 % par an au cours des dix prochaines années—il a crû de 3½ % par an en moyenne ces dix dernières années—, la frontière fiscale pour le pays médian et donc le potentiel de hausse du ratio de recettes fiscales progresseraient de 6 à 7½ points de pourcentage du PIB supplémentaires en dix ans.

Graphique 1.19.Afrique subsaharienne: estimations du potentiel de recettes fiscales

Source: estimations des services du FMI d’après Fenochietto et Pessino (2013).

Note: voir à l’annexe 1.1 la liste des pays composant chaque groupe.

Graphique 1.20.Échantillon de pays: ratio d’imposition effectif et potentiel, 2014

Source: estimations des services du FMI.

Note: Les estimations sont basées sur un échantillon de pays émergents et en développement. Le taux d’imposition effectif correspond au ratio impôts/PIB de 2014 des pays importateurs de pétrole et au ratio recettes fiscales hors pétrole/PIB hors pétrole des pays exportateurs de pétrole (Angola, Cameroun, République du Congo et Nigéria). Un potentiel fiscal négatif ne signifie pas forcément qu’il est impossible d’accroître les recettes fiscales dans le pays concerné. Il indique simplement que l’observation la plus récente dépasse l’estimation invariante dans le temps de la frontière fiscale, qui prend en compte le ratio moyen impôts/PIB pour toute la période. Dans certains pays, cela tient à l’augmentation rapide des ratios impôts/ PIB survenue ces dernières années. Voir les détails à l’annexe 1.1. AfSS = Afrique subsaharienne.

Comment les pays peuvent-ils exploiter ce potentiel fiscal? Pour examiner les différentes options, les autorités nationales pourraient suivre quelques grands principes11.

  • Le système fiscal devrait avoir pour but de réduire au minimum les distorsions et facteurs d’inefficience, mais les décisions des pouvoirs publics devraient aussi prendre en considération les contraintes de capacité de l’administration fiscale, notamment dans les pays à faible revenu et les États fragiles12. En outre, la protection des plus pauvres est certes une priorité absolue, mais l’équité d’un système fiscal ne peut être proprement évaluée qu’en tenant compte des dépenses qu’il finance. À titre d’exemple, dans certains cas, un impôt régressif peut être le seul moyen de financer des dépenses très progressives. Plus généralement, la progressivité de certaines mesures fiscales devrait être évaluée en tenant compte de la répartition des avantages que procurent les dépenses supplémentaires qu’elles financent, comme l’examine le chapitre 3.
  • À cet égard, à court terme, la mise en place d’une taxe sur la valeur ajoutée (TVA) généralisée, avec un seuil assez élevé (afin de ne pas trop pénaliser les petites entreprises) et un nombre de taux limité, voire un seul (afin de garantir la simplicité et de limiter les risques de comportement de recherche de rente), offre toujours un plus grand potentiel de recettes que d’autres instruments fiscaux dans de nombreux pays d’Afrique subsaharienne. Elle contribue notamment à réduire les pertes fiscales par rapport aux taxes sur les ventes, qui sont perçues uniquement au bout de la chaîne de distribution, ce qui est un facteur de poids dans une région où le secteur informel occupe encore une place importante. Parallèlement, la création d’un impôt sur les sociétés généralisé demeure un objectif à plus long terme pour de nombreux pays de la région. Ces mesures devraient aller de pair avec des efforts persistants pour améliorer la gestion des finances publiques et les capacités de l’administration fiscale.
  • Les initiatives visant à élargir l’assiette de l’impôt et à renforcer le civisme fiscal devraient aussi être mises en œuvre. Cela permettrait en effet de collecter davantage de recettes sans pénaliser une catégorie de contribuables donnée, ce qui par conséquent réduirait les distorsions, améliorerait l’efficience de l’économie et favoriserait les revenus et l’emploi. Pour ce faire, il conviendrait de i) limiter les exonérations fiscales qui nuisent aux recettes et à une bonne gouvernance et sont difficiles à supprimer, ii) mieux exploiter les informations provenant du nombre grandissant de transactions réalisées via des établissements financiers et la banque mobile pour améliorer la discipline fiscale, et iii) redoubler d’efforts pour veiller au respect des obligations fiscales par les entreprises et les particuliers à haut revenu dans la mesure où ils représentent une part importante du revenu imposable. Dans de nombreux pays, la création d’une cellule consacrée aux gros contribuables s’est révélée efficace pour atteindre cet objectif. Le renforcement de l’impôt foncier—faible dans bon nombre de pays de la région—recèle aussi un potentiel.
  • Enfin, les régimes fiscaux pour les industries extractives méritent une attention particulière. La région, et tout particulièrement les nouveaux producteurs, pourrait améliorer substantiellement le rendement et la stabilité de la base de recettes issues de ces industries (FMI, 2012). Même si la situation varie d’un pays à l’autre, la combinaison d’une redevance ad valorem modeste, d’un impôt sur les sociétés et d’une taxe spécifique sur les rentes tirées des ressources naturelles s’avère très prometteuse pour les pays à faible revenu. En outre, les conventions fiscales internationales doivent faire l’objet d’une attention particulière pour éviter l’érosion de la base d’imposition et le transfert de bénéfices, qui ont un impact négatif sur les pays producteurs (FMI, 2014b).

Les progrès accomplis pour mobiliser les recettes intérieures ces quinze dernières années sont certes encourageants, mais, dans un environnement où les opportunités de financement extérieur se font progressivement plus rares, les autorités dans la région devront, plus que jamais, exploiter le potentiel de recettes supplémentaires si elles souhaitent poursuivre leurs efforts de développement de manière durable. Outre un environnement macroéconomique stable, cela définira de manière décisive la capacité de la région à faire face aux fortes turbulences actuelles, mais aussi à préserver la trajectoire de croissance soutenue à moyen terme.

Encadré 1.1.Chocs des cours des matières premières et fragilité du secteur financier

Les fortes baisses des prix des produits de base actuellement observées ne sont pas inédites. Leur fréquence a donné lieu à la réalisation d’un grand nombre d’études qui examinent l’impact du recul des prix des produits de base sur la croissance économique (Deaton et Miller, 1995; Dehn, 2000), la dette (Arezki et Ismail, 2013) et les conflits (Brückner et Ciccone, 2010). Il n’existe, en revanche, aucune étude empirique systématique de l’impact des chocs des cours des matières premières sur le secteur financier des exportateurs de produits de base.

L’analyse présentée ici tente de combler ce vide en étudiant l’impact de la baisse des cours des matières premières sur la fragilité du secteur financier. Dans l’histoire récente, dans des pays comme l’Équateur, la Malaisie, le Nigéria et la Russie, le secteur financier a subi de profondes perturbations à la suite de la chute brutale des cours des matières premières. La fragilité du secteur financier peut se définir par une probabilité accrue de défaillance systémique au sein du secteur financier, dont l’indicateur le plus évident serait une crise bancaire systémique. Une définition moins extrême prendrait en considération la sensibilité du système financier à des chocs d’une ampleur plus faible. L’étude s’appuie sur un échantillon de 71 exportateurs de matières premières parmi les pays émergents et en développement sur la période 1997–2013, dont 22 pays d’Afrique subsaharienne1.

Les chocs des cours des matières premières peuvent fragiliser le secteur financier via différents canaux de transmission. Premièrement, une chute des prix des produits de base dans les pays qui en sont tributaires entraîne une diminution du produit des exportations et un rééquilibrage budgétaire afin de faire face à la compression des recettes, autant de facteurs qui peuvent pénaliser l’activité économique et la capacité des agents (y compris les États) à s’acquitter de leurs obligations en matière de dette, et qui risquent donc de fragiliser les bilans des banques. Deuxièmement, des retraits bancaires massifs après une chute des cours des matières premières peuvent réduire fortement la liquidité des banques et déclencher une crise de liquidité. Troisièmement, si les autorités ne réduisent pas les dépenses publiques en cas de diminution des recettes, les arriérés de paiements peuvent commencer à s’accumuler, si bien que les fournisseurs risquent de se trouver dans une situation financière difficile et de ne pas pouvoir rembourser leurs prêts bancaires. Quatrièmement, s’ils ont une ampleur suffisante, les chocs des cours des matières premières peuvent aussi exercer des pressions à la baisse sur la monnaie nationale. La dépréciation de la monnaie peut ensuite se traduire par des pertes pour les banques en cas de positions de change ouvertes nettes dans leur bilan, ou si les emprunteurs sans couverture sont incapables d’honorer leur dette.

De fait, les périodes de repli des cours des matières premières tendent à aller de pair avec une détérioration du secteur financier, notamment avec une augmentation des créances improductives et du nombre de crises bancaires. Ce résultat est valable pour l’ensemble de l’échantillon, mais aussi les pays d’Afrique subsaharienne (graphique 1.1.1)2. L’étude se concentre sur les périodes de baisses des cours des matières premières et s’appuie sur deux modèles économétriques.

Graphique 1.1.1.Chocs sur les prix des produits de base et principaux indicateurs de la fragilité du secteur financier

Source: estimations des auteurs.

  • L’analyse de la fragilité du secteur financier repose sur l’equation suivante:
    FSIi,t est l’un des sept indicateurs de solidité financière: 1) part des créances bancaires improductives, 2) provisions pour créances improductives, 3) rendement des actifs, 4) rendement des fonds propres, 5) ratio coût/revenu, 6) attifs liquides/dépôts et financements à court terme, et 7) fonds propres réglementaires/actifs rondétés en fonction des risques. Nous créons aussi un indice synthétique—qui correspond à la moyenne des sept indicateurs, chacun étant normalisé pour prendre une valeur comprise entre 0 et 1 (les aaleuas plus élevées indiquant une plus grande stabilité (du secteur financier).PriceShwksi,t représente les chocs des cours des matières premières. Il s’agit de la valeur résiduelle d’un modèle économétrique qui régresse le logarithme des co matières premières sur ses valeurs décalées (jusqu’à trois) et une tendance temporelle quadratique. Ce calcul supprime les éléments prévisibles de notre mesure des chocs et garantit que nous prenons en considération uniquement les variations des cours imprévues. La variable est réajustée pour être égale à 0 en cas de chocs positifs et varier entre 0 et 1 en cas de chocs négatifs. Par conséquent, la variable représente uniquement des chocs négatifs, et un signe positif (négatif) dans les régressions présentées ci-après signifie que les chocs des cours des matières premières négatifs ont tendance à faire augmenter (diminuer) l’indicateur étudié.Xmit représente les variables de contrôle comme l’inflation, la croissance du crédit et le revenu par habitant, et ωit le terme d’erreur composé d’un effet fixe propre à chaque pays et d’un terme idiosyncratique. L’équation (1) est estimée à l’aide de l’estimateur de panel avec effets fixes.
  • L’analyse de la crise bancaire repose sur l’équation smvante:
    Bcrisisi,t est la variable muette de crise bancriru extraite de Lseven et Valencia (2013), et Bcrisisi,test est la valeur estimée à partir de la régression. Coemme ci-dessus, Xmit représente les verisbles de contrsôls, et ωit le terme d’erreur. L’équation (2) est estimée en utilisant l’estimateur de modèle logit conditionnel avec effets fixes.

Les résultats montrent que les baisses des cours des matières premières vont effectivement de pair avec une plus grande fragilité du secteur financier, lorsque cette fragilité est mesurée à l’aide d’un large éventail d’indickeurs (tableau 1.1.1):

Tableau 1.1.1.Impact de la chute des cours des produits de base et fragilité du secteur financier
(1)(2)(3)(4)(5)(6)(7)(8)(9)
CIProvisions/CIRARCPCoûtCapital régl.Actifs liq.IndiceCrise
Chocs sur les cours2,2840***−16,0300***−0,5810***−6,5350***1,5370*−0,3440−1,9730**−0,0083***1,8750**
(0,52)(3,69)(0,13)(1,58)(0,90)(0,37)(0,93)(0,002)(0,78)
Taux de change, t-14,7850***−16,6900−1,1000−22,08004,9110−2,7760−0,6880−0,01−0,6720
(1,34)−12,09(1,35)−26,51−11,71(3,54)(3,74)(0,01)(1,12)
Intérêt réel, t-10,1160**−0,8220***−0,02−0,23100,1380*0,0009−0,05−0,0005**0,0977***
(0,05)(0,24)(0,01)(0,18)(0,07)(0,02)(0,05)(0,0002)(0,04)
M2/réserves, t-10,05−0,70100,00990,10100,08−0,0013−0,100,00020,3730**
(0,19)(2,23)(0,01)(0,29)(0,34)(0,10)(0,48)(0,00)(0,15)
Inflation, t-10,00010,050,00510,15100,00580,040,030,00010,0855**
(0,04)(0,28)(0,02)(0,40)(0,16)(0,04)(0,09)(0,00)(0,04)
Croissance du crédit, t-1−5,009014,0000−0,2430−5,8580−0,3940−5,3770***−6,7660−0,0140**0,04
(3,19)−17,88(0,30)(3,85)(3,12)(1,55)(4,17)(0,01)(2,98)
Log (PIB par hab.), t-1−1,5950−3,6980−0,16600,02−2,0160−0,1780−6,4890**−0,0132**−3,4290**
(1,50)(6,45)(0,24)(2,55)(1,76)(0,68)(2,73)(0,00)(1,55)
Dette, t-10,1070**0,03−0,0053*0,01000,0696***0,020,0026−0,00004−0,0225*
(0,04)(0,17)(0,00)(0,05)(0,02)(0,03)(0,05)(0,00)(0,01)
Constante40,9800185,10006,04715,650099,5600**20,9800195,5000***0,8470***
−37,96(159,60)(5,92)−63,20−42,68−17,50−65,68(0,16)
Observations457426691691693454697697191
Pays454558585845585815
R20.34700.12900.05800.04600.12300.12900.09200.0520
Note: Les effets fixes sont compris. Les erreurs-types robustes sont indiquées entre parenthèses. *** = significatif à l’intervalle de confiance de 1 %; ** = significatif à l’intervalle de confiance de 5 %; * = significatif à l’intervalle de confiance de 10 %. CI = créances improductives; RA = rendement des actifs; RCP = rendement des capitaux propres.
Note: Les effets fixes sont compris. Les erreurs-types robustes sont indiquées entre parenthèses. *** = significatif à l’intervalle de confiance de 1 %; ** = significatif à l’intervalle de confiance de 5 %; * = significatif à l’intervalle de confiance de 10 %. CI = créances improductives; RA = rendement des actifs; RCP = rendement des capitaux propres.

Les chutes des prix des produits de base vont de pair avec une augmentation des créances improductives et des coûts bancaires, et elles réduisent la rentabilité des banques (rendement des actifs et rendement des fonds propres), la liquidité et les provisions pour créances improductives. Du fait de cette fragilité, les replis des cours des matières premières ont tendance à accroître la probabilité de crises bancaires. Si ces résultats sont observés dans toutes les régions, les pays d’Afrique subsaharienne semblent être plus touchés: l’impact sur les créances improductives est plus prononcé et la probabilité de crises bancaires plus forte à la suite de la baisse des cours. À titre d’exemple, une chute de 50 % des cours des matières premières (d’une ampleur comparable à celle qui a été enregistrée ces douze derniers mois et équivalente à un écart-type de 3,6) se traduit par une augmentation des créances improductives de 3,5 points de pourcentage pour l’ensemble de l’échantillon et de 4,5 points de pourcentage en Afrique subsaharienne. En outre, les résultats persistent même à la suite d’une série de tests de robustesse, parmi lesquels: 1) une mesure alternative des chocs des cours des matières premières; 2) une distinction entre les hydrocarbures et les autres produits de base non renouvelables; 3) une concentration sur les chocs d’une durée de plus d’un an, et 4) une concentration sur les chocs de grande ampleur3.

Au vu du fait que les baisses des cours des matières premières constituent une source importante de fragilité du secteur financier, la question se pose quant au cadre adéquat pour garantir la stabilité du secteur face à ces chocs. Si la politique macroéconomique ne peut guère empêcher les chocs des cours des matières premières, l’analyse montre que l’impact de ces chocs sur le système bancaire dépend du contexte économique, financier et institutionnel au moment où les chocs surviennent. Les effets négatifs des chocs des cours des matières premières sur la fragilité du secteur financier ont tendance à se faire sentir davantage dans les pays où la qualité de la gouvernance est faible, dans ceux où la marge de manœuvre budgétaire est limitée, ainsi que dans ceux qui ne possèdent pas de fonds souverain, ne mettent pas en œuvre de politiques macroprudentielles et n’ont pas d’exportations diversifiées. En outre, un renforcement des moyens pour gérer les finances publiques peut permettre d’empêcher l’apparition d’arriérés intérieurs à la suite de chocs des cours des matières premières négatifs. Remédier à ces insuffisances pourrait réduire la fragilité du secteur financier et la probabilité de crises bancaires.

Cet encadré a été préparé par Tidiane Kinda, Montfort Mlachila et Rasmané Ouedraogo et s’inspire de Kinda et al. (à paraître).1 Les pays inclus dans l’échantillon sont ceux dont les exportations nettes de leur principal produit de base non renouvelable représentent au moins 10 % des exportations totales en 2005 (année de référence), et pour lesquels suffisamment de données sont disponibles sur le secteur financier. Les pays d’Afrique subsaharienne sont l’Afrique du Sud, l’Angola, le Burundi, le Botswana, le Cameroun, la Côte d’Ivoire, l’Éthiopie, le Gabon, le Ghana, la Guinée, la Guinée équatoriale, le Mali, le Mozambique, la Namibie, le Niger, le Nigéria, l’Ouganda, le Soudan, la Tanzanie, le Togo, la Zambie et le Zimbabwe.2 Le test de comparaison de moyennes (t-test) montre que les différences sont statistiquement significatives pour les créances improductives, les provisions pour créances improductives, le rendement des fonds propres et les crises bancaires.3 La mesure alternative des chocs des cours des matières premières s’inspire d’Arezki et Brückner (2012) et de Brückner et Ciccone (2010) et évalue les chocs des cours des matières premières en fonction des variations des cours.

Encadré 1.2.Que faut-il voir dans la croissance rapide du crédit en Afrique subsaharienne?

Le crédit réel au secteur privé a en moyenne quintuplé dans les pays d’Afrique subsaharienne durant les douze dernières années. S’il convient de saluer le développement des circuits financiers et la plus grande inclusion financière qui en découlent, les autorités devraient toutefois être conscientes des risques financiers accrus liés à une croissance du crédit potentiellement excessive là où celui-ci a été particulièrement dynamique.

La plupart des pays d’Afrique subsaharienne ont enregistré une croissance rapide du crédit privé durant ces dix dernières années. Le crédit réel au secteur privé a été multiplié par cinq sur la période 2003–14, ce qui représente une progression annuelle moyenne de 16 % sur dix ans, laquelle a abouti au doublement du ratio crédit/PIB de la région dans son ensemble (graphique 1.2.1). Cette progression a été particulièrement marquée dans les pays exportateurs de pétrole et dans les États fragiles, encore que le point de départ ait été faible, les ratios crédit/PIB se situant aujourd’hui autour de 15 % dans chacun de ces groupes (graphique 1.2.2). Dans les pays à revenu intermédiaire (hors Afrique du Sud), le crédit au secteur privé est plus élevé, à 36 % du PIB, même si ce niveau reste encore légèrement inférieur à la moyenne de 40 % observée dans les pays émergents et en développement hors Afrique subsaharienne.

Graphique 1.2.1.Afrique subsaharienne: crédit réel au secteur privé, 2003–14

Sources: FMI, bases de données du Département Afrique et des Perspectives de l’économie mondiale.

Note: déflaté par l’indice des prix à la consommation.

1 Ne comprend pas l’Afrique du Sud.

Graphique 1.2.2.Afrique subsaharienne: crédit au secteur privé, 2003 et 2014

Source: FMI, base de données des Perspectives de l’économie mondiale.

1Ne comprend pas l’Afrique du Sud.

Il ressort de l’expérience internationale que les épisodes de croissance du crédit exceptionnellement élevée tendent à s’accompagner d’une augmentation des risques financiers. Les études en la matière présentent la croissance rapide du crédit comme un indicateur précurseur clé des crises financières, encore que les variables macroéconomiques qui agissent sur la dynamique de la dette, telles qu’une faible croissance réelle et le niveau élevé des taux d’intérêt, influent aussi (Demirguç-Kunt et Detragiache, 1998; Beck et al., 2005). Dans une certaine mesure, l’augmentation des ratios crédit/PIB traduit le développement des circuits financiers et la procyclicalité habituelle du crédit liée à des gains de termes de l’échange, mais une progression du crédit allant bien au-delà de ces tendances générales s’est révélée être un important signal d’alerte avancée de crises bancaires sur des horizons plus éloignés (Drehmann et Juselius, 2013). Plusieurs mesures du déficit de ratio crédit/PIB ont été élaborées pour distinguer la composante à long terme liée au développement des circuits financiers de l’expansion excessive du crédit et pour identifier les pays présentant un risque plus élevé de crise bancaire (Dell’Ariccia et al., 2012; Ortiz Vidal-Abarca et Ugarte Ruiz, 2015).

Cela dit, plusieurs facteurs présents dans l’expansion rapide du crédit en Afrique subsaharienne sont plutôt rassurants:

  • La progression de l’intermédiation bancaire s’est appuyée sur l’augmentation des dépôts qui a accompagné la croissance du revenu par habitant et l’expansion des populations urbaines. Les banques ont été plus enclines à prêter, et les ratios crédit/dépôts ont augmenté de façon soutenue depuis 2009, passant de 63 à 66 % (graphique 1.2.3). Enfin, l’expansion de la banque mobile a également joué un rôle positif dans le développement des circuits bancaires, notamment en Afrique de l’Est, en réduisant les coûts de transaction, surtout dans les zones rurales. Le taux de pénétration bancaire, défini comme le ratio total des actifs bancaires/PIB, a progressé d’environ 50 % sur les douze dernières années, et est désormais proche de 60 % du PIB.
  • De manière plus générale, les indicateurs de solidité financière (ISF), lorsqu’ils sont disponibles, révèlent que les banques d’Afrique subsaharienne sont en moyenne solides et rentables. Vingt pays sur les 45 présents dans la région publient régulièrement des ISF, certes avec un retard dans certains cas. Pour ces pays, les rendements des fonds propres sont généralement élevés, les ratios de créances improductives sont faibles, et les marges de fonds propres et de liquidités sont solides (tableau 1.2.1, tableaux 27 et 28 de l’appendice statistique). Les créances improductives sont cependant élevées au Burundi, au Cameroun, au Ghana et en Sierra Leone. Par railleurs, les ratios de solvabilité sont relativement élevés dans tous les pays, à l’exception du Cameroun. La Sierra Leone a enregistré une nette augmentation des créances improductives en 2014 (33 %), en partie du fait de l’épidémie d’Ébola; cependant, les marges de fonds propres y restent relativement élevées, à 20 %.
  • L’expansion du crédit pour l’ensemble de la région n’a pas été exceptionnellement forte par rapport au reste du monde. Les pays à faible revenu d’Afrique subsaharienne affichent encore des ratios crédit/PIB inférieurs à ceux des pays comparables d’autres régions, et l’augmentation de leur ratio crédit/PIB a été légèrement inférieure à celle d’autres régions (graphique 1.2.4). En outre, la région présente toujours l’un des ratios crédit/PIB les plus faibles au monde, ce qui semble indiquer qu’il est encore possible de développer les circuits financiers. L’augmentation en points de pourcentage a certes été considérable, mais elle est nettement inférieure à celle constatée dans les pays émergents et en développement d’Europe et de la Communauté des États indépendants (CEI) (graphique 1.2.5).

Graphique 1.2.3.Afrique subsaharienne: pénétration bancaire et ratio prêts/dépôts, 2003 et 2014

Source: FMI, International Financial Statistics.

Note: ne comprend pas l’Afrique du Sud. Les données relatives à la pénétration bancaire étant insuffisantes pour l’Éthiopie, la Guinée, le Libéria, le Rwanda et le Zimbabwe, ces pays ne sont pas pris en compte. En outre, les données relatives au ratio prêts/dépôts ne portent pas sur Madagascar ni le Malawi.

Tableau 1.2.1.Afrique subsaharienne: indicateur de solidité des banques, 2013
2013
Capital/actifs pondérés par les risques18,5
Créances improductives/total des prêts7,2
Actifs liquides/total des actifs (coefficient d’actifs liquides)26,2
Rendement des actifs2,7
Rendement des capitaux propres23,1
Source: FMI, base de données des indicateurs de solidité financière.Note: moyenne simple pour 20 pays d’Afrique subsaharienne dont les données sont disponibles.
Source: FMI, base de données des indicateurs de solidité financière.Note: moyenne simple pour 20 pays d’Afrique subsaharienne dont les données sont disponibles.

Graphique 1.2.4.Crédit au secteur privé, 2003 et 2014

(Médiane pour l’ensemble des pays, échantillon équilibré)

Sources: FMI, International Financial Statistics; calculs des services du FMI.

Graphique 1.2.5.Crédit au secteur privé, 2003 et 2014

(Moyenne simple pour l’ensemble des pays; échantillon équilibré)

Sources: FMI, International Financial Statistics; calculs des services du FMI.

1Comprend le Pakistan et l’Afghanistan.

Cependant, dans quelques pays, l’expansion du crédit pourrait avoir dépassé l’effet attendu du développement des circuits financiers; nous en signalons sept. Il n’est pas aisé de faire la part respective de la financiarisation et de la croissance excessive du crédit1. Pour effectuer une évaluation appropriée, il faut pouvoir déterminer le niveau de crédit qui s’applique en fonction des particularités de chaque pays, un exercice qui s’inscrit bien au-delà de l’analyse présentée dans cet encadré. Nous signalons plutôt ici un certain nombre de pays de la région où la croissance du crédit a nettement dépassé celle du PIB durant la décennie écoulée, en retenant le seuil d’une augmentation de 20 points de pourcentage du ratio crédit/PIB sur une seule année utilisé par Dell’Ariccia et al. (2012) et en considérant par ailleurs si les pays ont enregistré une expansion du crédit nettement supérieure à la moyenne régionale. Sur la base de ces critères, sept pays se démarquent: Angola, République démocratique du Congo, République du Congo, Guinée, Guinée Bissau, Ghana et Lesotho (graphique 1.2.6, tableau 1.2.2). Une surveillance financière accrue se justifie donc dans ces pays, notamment dans le cas des exportateurs de pétrole, où une réduction des recettes d’exportation peut provoquer un durcissement des conditions financières, d’autant que l’expérience montre que les indicateurs de stabilité financière tendent à se détériorer lorsque les exportateurs de matières premières subissent des chocs prononcés sur leurs termes de l’échange (encadré 1.1).

Graphique 1.2.6.Échantillon de pays: indices du crédit réel et du PIB réel, 2014

Sources: FMI, bases de données du Département Afrique et des Perspectives de l’économie mondiale.

Note: La ligne grise indique le même indice pour le crédit et pour le PIB, c’est-à-dire la même croissance cumulée. Voir à la page 78 la liste des abréviations de pays.

Tableau 1.2.2.Épisodes de forte croissance du crédit en Afrique subsaharienne
Episodes passésDébutFinEpisodes actuelsDébut
Angola* 20062009Comores2009
Congo, Rép. dém. du* 20062009Congo, Rép. du* 2008
Gabon20122013Guinée2013
Ghana* 20052008Guinée Bissau* 2005
Lesotho* 20052012Guinée équatoriale* 2013
Libéria20082011Mozambique2008
Malawi20082012Soudan du Sud2011
Niger20062012Tchad2008
Nigéria20072008Togo2011
République centrafricaine20102013
Rwanda20082008
São Tomé-et-Príncipe20092010
Seychelles20102010
Sierra Leone20072009
Zambie20122012
Note: on entend ici par période d’expansion du crédit un épisode pendant lequel le ratio crédit/PIB a augmenté de 20 point de pourcentage en un an et a continué de croître par la suite, selon la définition de Dell’Arriccia et al. (2012). * indique un pays où l’augmentation du crédit a été nettement supérieure à la moyenne régionale.
Note: on entend ici par période d’expansion du crédit un épisode pendant lequel le ratio crédit/PIB a augmenté de 20 point de pourcentage en un an et a continué de croître par la suite, selon la définition de Dell’Arriccia et al. (2012). * indique un pays où l’augmentation du crédit a été nettement supérieure à la moyenne régionale.
1Marchettini et Maino (2015) notamment soulignent que, lorsque le niveau de financiarisation est faible, les indicateurs avancés traditionnels des crises bancaires ont un moindre pouvoir prédictif. En outre, le développement des circuits financiers va souvent au-delà du crédit bancaire (Sahay et al., 2015).

Encadré 1.3.Les objectifs de développement durable sous l’angle macroéconomique1

Le programme de développement durable pour l’Afrique subsaharienne durant les quinze années à venir va être déterminé par les objectifs de développement durable (ODD) lancés au Sommet des Nations Unies, à New York, en septembre. Au nombre de 17, les ODD sont plus vastes que les objectifs du Millénaire pour le développement adoptés au début du siècle et visent à améliorer le bien-être économique et social de manière durable. Une croissance répartie plus équitablement permettrait de rehausser les conditions de vie, non seulement au regard des services et biens matériels, mais aussi sur le plan de la cohésion sociale. Pour entretenir la croissance dans la durée, les pays doivent réduire leur vulnérabilité aux chocs exogènes et aux conflits intérieurs, encourager l’utilisation rationnelle des ressources non renouvelables et réduire dans toute la mesure du possible les externalités sociales et environnementales. Bien que ce travail concernera particulièrement les pays moins développés, il exigera une collaboration sur de nombreux fronts entre pays en développement et pays à revenu plus élevé.

Les politiques macroéconomiques et financières joueront un rôle vital dans la réalisation de ces objectifs. Leurs modalités spécifiques dépendront fortement des particularités de chaque pays, dont sa structure économique, son niveau de développement économique et de capital humain et ses capacités institutionnelles. Ces politiques partageront cependant des points communs, comme le précise le reste de cet encadré.

Stabilité macroéconomique. L’une des principales contributions que les gouvernants peuvent apporter à la réalisation de ces objectifs de développement consiste à assurer un environnement macroéconomique et financier stable qui offre aux personnes les conditions nécessaires pour développer leurs compétences et investir afin de rendre la société plus productive.

Qualité de la dépense publique. Dans le cadre d’une enveloppe budgétaire donnée, le choix des dépenses publiques peut être déterminant pour impulser la croissance économique et promouvoir les débouchés et l’équité. Des dépenses publiques correctement conçues et organisées par ordre de priorité dans les domaines de l’investissement en infrastructure, la santé publique et l’éducation peuvent contribuer au développement du capital humain et physique et libérer le potentiel de nouvelles activités. Ces dépenses peuvent également jouer un rôle redistributif propre à réduire les inégalités et les tensions sociales tout en renforçant les aspects fondamentaux du capital humain au sein des populations défavorisées, lesquelles, en règle générale, ne jouissent pas du même accès aux opportunités économiques que les autres groupes sociaux.

  • L’investissement public peut contribuer au développement durable en permettant aux citoyens et aux entreprises de se prévaloir des débouchés existants et potentiels, et en servant de catalyseur pour l’investissement privé. Dans la mesure où les ressources financières sont limitées, il est d’autant plus vital d’accroître l’efficience des dépenses publiques et la qualité de la prestation des services publics.
  • Les dépenses publiques en éducation contribuent à doter la population active future, y compris les jeunes femmes adultes, des aptitudes de base qu’exigent des secteurs plus productifs et plus avancés technologiquement et, partant, à jeter les bases de la diversification et de la résilience économiques.
  • Les subventions universelles sont généralement coûteuses et bien souvent ne profitent pas aux populations qu’elles sont censées desservir. L’objectif devrait donc être de les remplacer par des dispositifs bien ciblés qui évitent des déperditions de ressources publiques. Comme dans beaucoup de pays en développement, le secteur public est un employeur non négligeable, celui-ci peut également donner l’exemple en adoptant des politiques d’embauche qui soient dénuées de discrimination à l’égard des femmes et d’autres types de discriminations liées au marché du travail, qui au plan macroéconomique tendent à perpétuer les inégalités.

Politique fiscale. La structure fiscale peut jouer un rôle essentiel dans la répartition équitable du financement des dépenses publiques, dans la création d’incitations propices au développement et dans la réduction, dans la mesure du possible, de distorsions. Les pays pourraient moderniser leur système fiscal pour le rendre plus progressif et élargir l’assiette de l’impôt (y compris en réduisant les exonérations qui favorisent les intérêts particuliers politiquement influents), en réduisant, tout en la répartissant de manière plus équitable, la pression fiscale sur les contribuables. Des systèmes fiscaux plus justes peuvent en outre contribuer à améliorer le climat des investissements et, partant, promouvoir l’activité économique et l’emploi.

Développement du secteur financier. L’objectif premier des politiques financières devrait être d’encourager les comportements propres à maintenir la stabilité du secteur financier, grâce à une supervision et une réglementation appropriées. Les politiques macroprudentielles qui encadrent les incitations à la prise de risque tout au long des cycles économiques et financiers peuvent jouer un rôle crucial dans le maintien de la stabilité. Il en va de même des dispositifs institutionnels qui tiennent dûment compte de l’interaction entre les politiques monétaire et financière. Dans ce cadre, les gouvernants devraient également s’efforcer d’encourager le développement des circuits financiers et l’inclusion financière, à savoir l’offre de services financiers à l’éventail de population le plus large possible.

Transformation économique et inclusion. Les réformes structurelles, dans les domaines allant des politiques commerciales aux marchés du travail en passant par le cadre réglementaire, peuvent contribuer grandement à la promotion de la transformation économique et de l’inclusion. Elles peuvent aider à redéployer les ressources vers les emplois les plus productifs et à diversifier la production et les exportations. Elles peuvent en outre jouer un rôle dans la promotion de l’égalité femmes–hommes, laquelle tend à produire de considérables dividendes au regard de la dynamique démographique et de l’investissement privé dans le capital humain à long terme. Une réglementation bien conçue peut contribuer à renforcer la gouvernance des institutions et le climat des affaires, à promouvoir la concurrence et l’innovation, à réduire les barrières à l’entrée de nouveaux produits et à développer les réseaux commerciaux. Conjointement à l’exploitation ou à la supervision des entreprises de services publics et aux politiques sur les subventions budgétaires, des réglementations appropriées peuvent contribuer à promouvoir une politique de tarification adéquate des ressources en énergie et en eau, dont l’importance est cruciale pour assurer des résultats économiques viables sur le plan environnemental.

1 Pour plus de détails, voir Fabrizio et al. (2015).
Annexe 1.1. Estimer la frontière fiscale1

Concepts et définitions

Fenochietto et Pessino (2010, 2013) définissent la frontière fiscale—également désignée sous le nom de capacité fiscale—comme le maximum de recettes fiscales (généralement mesuré en pourcentage du PIB) qu’un pays peut recouvrer compte tenu de son profil économique, institutionnel et démographique (niveau de développement, ouverture aux échanges, composition sectorielle de l’activité, éducation, répartition des revenus et facteurs institutionnels). La «distance» entre la frontière fiscale et la perception effective de l’impôt correspond au potentiel fiscal du pays (graphique A.1.1.1 de l’annexe). Cette distance traduit en partie les recettes fiscales supplémentaires potentielles qui peuvent être mobilisées grâce à une perception plus efficiente des impôts ainsi qu’une acceptation plus ou moins grande par la population de l’imposition en échange de biens et services publics. Par conséquent, un potentiel fiscal positif ne signifie pas forcément qu’il faut mobiliser davantage de recettes; il peut refléter certains choix de politique fiscale et une préférence pour une fiscalité faible (même si cela va de pair avec une moindre offre de services publics).

Graphique A.1.1.1.Frontière fiscale

Source: services du FMI, d’après Fenochietto et Pessino (2010).

Estimation de la régression

En partant de Fenochietto et Pessino (2010, 2013), un modèle est estimé pour déterminer la frontière fiscale pour un groupe de 113 pays entre 2000 et 2013 (tableau A.1.1.1 de l’annexe). La frontière fiscale est estimée à l’aide du modèle à effets aléatoires de Mundlak (1978), qui permet d’identifier l’inefficience à partir de l’hétérogénéité inobservée entre les pays, à savoir que l’effet aléatoire est corrélé aux variables explicatives. Le modèle estimé est le suivant:

Tableau A.1.1.1.Liste des pays
Afrique du Sud*Égypte*KoweïtPhilippines*
Abanie*El Salvador*Lettonie*Pologne*
Algérie*EspagneLiban*Portugal République
AllemagneEstonie*Libye*dominicaine* République
Angola*États-UnisLituanie*kirghize* République
Arabie SaouditeÉthiopie*Luxembourgslovaque* République
Arménie*FinlandeMadagascar*tchèque*
AustralieFranceMalawi*Roumanie*
AutricheGambie*Mali*Royaume-Uni
BahreïnGhana*Maroc*Russie*
Bangladesh*GrèceMexique*Sénégal* Serbie et
Béarus*Guatemala*Moldova*Monténégro*
BelgiqueGuinée*Mongolie*Singapour
Bolivie*Guinée Bissau*Mozambique*Slovénie
Brésil*Guyana*Namibie*Sri Lanka*
Bulgarie*Honduras*Nicaragua*Suède
Burkina Faso*Hongrie*Niger*Suisse
Cameroun*Inde*Nigéria*Suriname*
CanadaIndonésie* Iran, Rép.Norvège Nouvelle-Tanzanie*
Chili*islamique d’*ZélandeThaïlande*
Chine, Rép.
populaire de*IrlandeOmanTogo*
ChypreIslandeOuganda*Trinité-et-Tobago*
Colombie*IsraälPakistan*Tunisie*
Congo, Rép. du*ItaliePanama* Papouasie-Turquie*
CoréeJamaïque*Nlle-Guinée*Ukraine*
Costa Rica*JaponParaguay*Uruguay*
Croatie*Jordanie*Pays-BasViet Nam*
DanemarkKenya*Pérou*Zambie*
Naie:

=pays dont le revenu par habitant est inférieur à 20.000 dollars.

Naie:

=pays dont le revenu par habitant est inférieur à 20.000 dollars.

yit est le logarithme des recettes fiscales totales (somme des recettes fiscales et des cotisations de sécurité sociale) en pourcentage du PIB pour le pays i à la période t pour les importateurs de pétrole et le logarithme des recettes fiscales non pétrolières en pourcentage du PIB non pétrolier pour les exportateurs de pétrole2; xit est un vecteur de variables qui influent sur les recettes fiscales du pays i à la période t comme décrit ci-dessous; αi est un effet propre à chaque pays corrélé à (la moyenne) des variables explicatives, et δi est une perturbation aléatoire propre à chaque pays; vit est un terme d’erreur normalement distribué de moyenne nulle pour le pays i à l’instant t, et uit est une variable aléatoire (non négative) distribuée exponentiellement indépendante de vit. Par conséquent, dans ce modèle, β’ xi correspond á la frontiére fiscale (déterministe) pour le pays i, vit est le bruit, et uit représente le potentiel fiscal, à savoir la distance qui sépare le pays i de son niveau maximum de perception de l’impôt.

Le vecteur de variables exogènes xit inclut les éléments suivants, issus des Indicateurs du développement dans le monde de la Banque mondiale, des statistiques du FMI et de Transparency International:

lgd: logarithme du PIB réel par habitant (à parité de pouvoir d’achat constante de 2005);

lgd2: carré de lgd, pour tenir compte de la relation non linéaire concave entre le PIB par habitant et les recettes fiscales (à mesure que le PIB par habitant s’accroît, la hausse des recettes fiscales devient relativement moins forte);

tr: ouverture aux échanges, qui correspond à la somme des importations et des exportations en pourcentage du PIB;

ava: valeur ajoutée de l’agriculture en pourcentage du PIB;

gini: répartition des revenus, mesurée par le coefficient de Gini;

gov: variable muette pour tenir compte du fait que les recettes de l’administration centrale sont utilisées à la place des recettes des administrations publiques dans certains pays en raison de restrictions de données;

pe: dépenses publiques totales consacrées à l’éducation en pourcentage du PIB;

oil: variable muette pour les pays exportateurs de pétrole tributaires des recettes provenant du secteur.

Deux régressions sont estimées: la première avec l’échantillon complet de pays, et la seconde qui exclut les pays dont le PIB réel par habitant est supérieur à 20.000 dollars afin de prendre en compte uniquement les pays en développement et émergents dans le sous-échantillon (tableau A.1.1.1 de l’annexe). Les résultats, présentés dans les tableaux A.1.1.2 et A.1.1.3 de l’annexe, concordent en général avec les travaux de Fenochietto et Pessino (2010, 2013).

Calcul du potentiel fiscal

La procédure d’estimation aboutit à un effort fiscal invariant dans le temps pour le pays i égal à exp(-ui), qui prend des valeurs comprises entre zéro et un. Cela correspond au ratio moyen pour la période d’estimation (2000–13) entre les recettes fiscales réelles de ce pays (en pourcentage du PIB) et la frontière fiscale estimée pour ce pays. À partir de ce ratio, nous obtenons le potentiel fiscal moyen du pays i, à savoir le potentiel de hausse du ratio impôts/PIB en points de pourcentage par rapport au coefficient fiscal réel moyen sur la période 2000–13. Nous calculons ensuite le potentiel fiscal restant par rapport aux recettes fiscales observées en 2014, comme le présente le graphique 1.20 dans le texte. Un potentiel fiscal négatif ne signifie pas forcément qu’il est impossible de mobiliser des recettes supplémentaires dans le pays en question. Il montre plutôt que l’observation la plus récente dépasse l’estimation invariante dans le temps de la frontière fiscale, qui prend en considération le ratio impôts/PIB moyen sur toute la période, et témoigne souvent dans ces cas des progrès réalisés en matière de mobilisation de recettes au cours des dernières années.

Sur la base des résultats de l’estimation, le potentiel fiscal du pays d’Afrique subsaharienne médian est estimé à 6,1 points de pourcentage du PIB en utilisant l’ensemble des pays et à 3,1 points de pourcentage du PIB pour le sous-échantillon de pays en développement et émergents (comme le montre le graphique 1.19 dans le texte).

De même, à l’aide des coefficients estimés pour lgd et lgd2, et dans l’hypothèse d’une croissance annuelle du PIB réel par habitant de 2 % en moyenne au cours des dix prochaines années et en laissant toutes les autres variables inchangées, nous estimons que la frontière fiscale serait rehaussée de 6,7 points pour le pays d’Afrique subsaharienne médian avec des estimations pour l’ensemble des pays (tableau A.1.1.2 de l’annexe) et de 7,4 points avec des estimations pour le sous-échantillon de pays en développement et émergents (tableau A.1.1.3 de l’annexe).

Tableau A 1.1.2.Estimation de Mundlack: échantillon complet
VariableCoefficientErreur-type
constante−3,74561,57
lgd1,5483 ***0,19
lgd2−0,0781 ***0,01
tr0,0013 ***0,00
ava−0,0039 **0,00
gini−0,00300,00
gov0,1927 ***0,05
pe0,0091 **0,00
oil−0,08730,06
Inefficience
sigma_u0,6912 ***0,05
sigma_v0,0898 ***0,00
lambda7,6945 ***0,05
Source: calculs des services du FMI.Note: ***, **, * = significatif aux niveaux de 1 %, 5 % et 10 %, respectivement.
Source: calculs des services du FMI.Note: ***, **, * = significatif aux niveaux de 1 %, 5 % et 10 %, respectivement.
Tableau A 1.1.3.Estimation de Mundlack: échantillon de pays émergents et en développement
VariableCoefficientErreur-type
constante2,35641,82
lgd1,6820 ***0,22
lgd2−0,0877 ***0,01
tr0,0020 ***0,00
ava−0,0032 **0,00
gini−0,0042 **0,00
gov0,1844 ***0,04
pe0,0167 ***0,01
oil0,0993 **0,04
Inefficience
sigma_u0,4800 ***0,04
sigma_v0,0927 ***0,00
lambda5,1788 ***0,04
Source: calculs des services du FMI.Note: ***, **, * = significatif aux niveaux de 1 %, 5 % et 10 %, respectivement.
Source: calculs des services du FMI.Note: ***, **, * = significatif aux niveaux de 1 %, 5 % et 10 %, respectivement.
Ce chapitre a été préparé par une équipe dirigée par Céline Allard et composée de Jorge Iván Canales Kriljenko, Joannes Mongardini, Marco Pani, Francisco Roch et Juan Treviño, avec le concours d’Emily Forrest en matière de recherche.
1Outre les huit pays exportateurs de pétrole, la région compte aussi quinze pays où les exportations de ressources non renouvelables représentent plus de 25 % des exportations de marchandises, la proportion dépassant même 50 % pour neuf d’entre eux. Les canaux par lesquels ces évolutions défavorables des termes de l’échange influent sur l’économie sont examinés en détail au chapitre 2 de l’édition d’octobre 2015 des Perspectives de l’économie mondiale (FMI, 2015f).
2Le ralentissement de l’activité et le rééquilibrage de la croissance en Chine ont indubitablement des retombées négatives à court terme pour la région, dans la mesure où ils induisent un recul de la demande de produits de base. Mais leurs effets à moyen et long terme ne sont pas aussi clairs. En particulier, l’Afrique subsaharienne pourrait bénéficier à terme du rééquilibrage de la croissance en Chine s’il s’accompagne du déplacement vers la région de certaines activités manufacturières de bas de gamme (Anderson et al., à paraître).
3De la même manière, la position budgétaire médiane est passée de –1 % du PIB en 2008 à—3,6 % en 2014, et la position extérieure courante médiane de—7,7 % du PIB en 2008 à—8,8 % en 2014.
4Dans l’édition d’octobre 2014 des Perspectives économiques régionales: Afrique subsaharienne, il est montré que l’activité économique soutenue avait joué un rôle essentiel dans le maintien de la stabilité relative des ratios dette/PIB entre 2010 et 2013, en masquant des positions budgétaires qui se détérioraient déjà et des conditions d’emprunt qui se dégradaient progressivement.
5Perte mesurée par la variation de la valeur en dollars d’une unité de monnaie nationale.
6Selon des études événementielles des cycles longs des cours des produits de base avant 2000, les facteurs qui soutiennent la demande intérieure, tels que le crédit au secteur privé, ont en effet tendance à se développer davantage pendant les périodes d’expansion que pendant les périodes de récession (voir le chapitre 2 de l’édition d’octobre 2015 des Perspectives de l’économie mondiale (FMI, 2015f)).
7La dollarisation est encore élevée en Angola, en République démocratique du Congo, au Libéria, à São Tomé-et-Príncipe et, dans une moindre mesure, en Ouganda, en Tanzanie et en Zambie (Mecagni et al., 2015). Dans les économies dollarisées, les agents privés détiennent généralement à la fois des actifs et des passifs en devises. Mais il se peut que la couverture fournie par les flux de revenus en devises ne soit pas complète, surtout dans les pays exportateurs de produits de base où les recettes en dollars des entreprises vont s’inscrire en forte baisse.
8Le chapitre 3 de l’édition d’avril 2015 des Perspectives économiques régionales: Afrique subsaharienne illustre comment le manque d’infrastructures freine l’intégration commerciale régionale et internationale de l’Afrique subsaharienne.
9La question d’une meilleure mobilisation des recettes intérieures a aussi été au centre des discussions lors de la conférence des Nations Unies consacrée au financement du développement qui s’est tenue à Addis-Abeba en juillet 2015. Voir «Financing for Development: Revisiting the Monterey Consensus» (FMI, 2015c).
10Le fait d’inclure des pays avancés dans l’échantillon, en particulier des pays européens dont le ratio de recettes fiscales peut atteindre pas moins de 35 % du PIB, peut certes surestimer le potentiel fiscal des pays où les capacités administratives restent plus modestes. Cependant, cet ordre de grandeur—à savoir de 3 à 6½ points de pourcentage du PIB de recettes fiscales supplémentaires potentielles—subsiste lorsque l’échantillon est limité aux pays en développement et émergents.
11Pour une analyse plus détaillée, voir aussi «Mobilisation des recettes dans les pays en développement» (FMI, 2011) et «Current Challenges in Revenue Mobilization—Improving Tax Compliance» (FMI, 2015a).
12Sur les effets des distorsions et facteurs d’inefficience, et plus généralement le rôle des réformes budgétaires favorables à la croissance, voir aussi «Fiscal Policy and Long-Term Growth» (FMI, 2015d).
1Nous remercions Ricardo Fenochietto, qui nous a donné accès à sa base de données et à son code et nous a aidés dans nos estimations.
2Cette différence de traitement des exportateurs de pétrole vise à estimer le potentiel de mobilisation de recettes qui n’est pas lié aux activités pétrolières, car celles-ci fluctuent grandement avec le prix du pétrole (déterminé par des facteurs extérieurs).

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