Chapter

Résumé analytique

Author(s):
International Monetary Fund. African Dept.
Published Date:
April 2015
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Faire Face Aux Vents Contraires

L’économie de l’Afrique subsaharienne devrait, cette année encore, enregistrer de bons résultats et connaître une croissance soutenue, de l’ordre de 4½ %, en 2015. Cette expansion sera toutefois relativement moins prononcée que ces dernières années, en raison principalement des conséquences négatives de la chute des cours du pétrole et d’autres produits de base. À l’échelle de la région, ce choc aura des effets très hétérogènes. Les huit pays exportateurs de pétrole de la région seront durement touchés et, étant donné que leurs marges de manœuvre sont restreintes, ils devraient procéder à un ajustement budgétaire marqué qui pèsera sur leur croissance économique. Inversement, pour la plupart des autres pays de la région, les perspectives à court terme demeurent relativement favorables, un grand nombre d’entre eux bénéficiant de la baisse des cours du pétrole — encore que, pour quelquesuns, cet effet positif sera en partie neutralisé par la baisse des cours d’autres produits de base exportés par ces pays. Parmi les pays qui font exception à cet égard figurent l’Afrique du Sud, où la croissance économique devrait rester atone à cause de la persistance de problèmes dans le secteur de l’électricité, ainsi que la Guinée, le Libéria et la Sierra Leone, où l’épidémie d’Ébola continue d’avoir de lourdes conséquences économiques et sociales.

Cette vigueur annoncée de la croissance économique en dépit de puissants vents contraires n’est cependant pas exempte de risques.

  • Des déficits budgétaires prononcés dans certains pays sur fond de resserrement des conditions financières mondiales. Les conditions de financement extérieur se sont durcies, et pourraient continuer de le faire au cours de la période à venir, compte tenu en particulier de la normalisation anticipée de la politique monétaire aux États-Unis. Dans ce contexte, l’ampleur des déficits budgétaire et des transactions courantes que connaissent certains pays, notamment les pays préémergents, les rend vulnérables à une réduction potentielle des financements extérieurs. Dans ces conditions, une politique budgétaire plus restrictive que prévu, comprenant une réduction des dépenses d’investissement, aurait un effet négatif sur la croissance économique à court et moyen terme. Cependant, le report des ajustements nécessaires créerait des déséquilibres macroéconomiques, engendrerait de l’incertitude quant à l’action des pouvoirs publics et accentuerait le risque de correction abrupte des mouvements de capitaux.

  • Une reprise mondiale inégale. La croissance économique pourrait encore être décevante, notamment en Europe et en Chine, qui font partie des principaux partenaires commerciaux de l’Afrique subsaharienne. En même temps, une continuation de la tendance à l’appréciation du dollar, due aux différences de taux de croissance et à l’orientation anticipée de la politique monétaire dans les principaux pays avancés, rendrait les importations plus coûteuses pour la région, freinerait l’investissement et la croissance et susciterait des tensions inflationnistes. En outre, cela alourdirait le service de la dette et risquerait de mettre à mal les bilans des banques et des entités privées.

  • Risques intérieurs liés à l’insécurité. Les risques liés aux problèmes de sécurité sont récemment revenus sur le devant de la scène dans plusieurs pays, surtout dans le Sahel. Si ces conflits devaient s’intensifier, non seulement ils poseraient de graves risques pour les finances publiques et la croissance à court terme, mais, dans la mesure où ils troubleraient le climat politique et l’environnement des affaires, ils auraient aussi un effet dissuasif sur les investisseurs nationaux et étrangers. Enfin, les élections prévues en 2015 dans plusieurs pays pourraient compliquer la mise en œuvre des politiques économiques délicates du point de vue politique.

Au-delà du choc actuel, la poursuite d’une croissance économique vigoureuse, diversifiée et durable reste la priorité absolue. À court terme, face à ce choc considérable et compte tenu de leurs marges de manœuvre restreintes, les pays exportateurs de pétrole n’auront d’autre choix que de procéder à un ajustement budgétaire. Là où cela est possible, il importera de laisser les taux de change s’ajuster de manière flexible pour préserver des réserves extérieures relativement limitées. Outre qu’il offre aux pays une occasion unique de mener à bien des réformes des systèmes de subventions énergétiques, délicates du point de vue politique, le choc actuel rappelle aussi qu’il est primordial d’accélérer la diversification économique. Dans cette optique, il demeure essentiel de combler le manque d’infrastructures pour permettre aux nouveaux secteurs à forte productivité de se développer, créer des emplois pour une population jeune qui augmente rapidement et promouvoir l’intégration dans les chaînes de valeur mondiales. En accroissant les investissements pour remédier aux goulets d’étranglement infrastructurels, les pays devront toutefois veiller à préserver la viabilité de la dette.

Comment L’afrique Subsaharienne Peut-Elle Tirer Parti Du Dividende Démographique?

Le deuxième chapitre de ce rapport est consacré aux implications de la transition démographique en cours en Afrique subsaharienne. Au cours des vingt prochaines années, marquées par une réduction de la mortalité infantile et des taux de fécondité, l’Afrique subsaharienne deviendra la principale source d’augmentation nette de main-d’œuvre nouvelle à l’échelle mondiale. De fait, à l’horizon 2035, le nombre d’Africains entrant dans la population en âge de travailler (15 à 64 ans) sera plus élevé que dans toutes les autres régions du monde combinées. Cette évolution aura des conséquences importantes tant pour la région elle-même que pour l’économie mondiale.

Avec des politiques adaptées, la région pourrait bénéficier d’un dividende démographique substantiel, mais l’ampleur de ce dividende dépendra dans une large mesure du rythme auquel les taux de fécondité diminueront et de la mise en oeuvre de mesures d’accompagnement appropriées. Il ressort aussi de ce chapitre que, pour la majorité des pays d’Afrique subsaharienne, la transition démographique n’est pas encore arrivée à son terme et que la région devra créer des emplois à un rythme extrêmement rapide pendant une période prolongée — à raison d’environ 18 millions d’emplois par an jusqu’en 2035 — pour absorber une main-d’œuvre croissante. En s’appuyant sur l’expérience de l’Asie de l’Est et de l’Amérique latine, les auteurs établissent que le dividende sera d’autant plus élevé que l’action des pouvoirs publics sera concentrée sur des mesures complémentaires, visant notamment à encourager le développement du secteur privé pour accroître le nombre d’emplois non agricoles, combler les déficits d’infrastructures et de capital humain, remédier aux rigidités du marché du travail et favoriser le développement des liens commerciaux. Le surcroît d’épargne intérieure résultant de la transition, mobilisé de façon appropriée, pourrait aussi stimuler l’investissement et la croissance économique. Grâce à la mise en œuvre de ces politiques, le PIB par habitant de l’Afrique subsaharienne pourrait être augmenté de 50 % d’ici à 2050.

Les Chaînes De Valeur Mondiales, Maillon Manquant De L’intégration Commerciale De L’afrique Subsaharienne

Le troisième chapitre examine le degré d’intégration de l’Afrique subsaharienne dans l’économie mondiale. Le milieu des années 90 a marqué le début de deux décennies de croissance économique vigoureuse et soutenue dans la région, caractérisées à la fois par des politiques macroéconomiques saines et par une conjoncture extérieure favorable. De fait, le commerce a été un puissant moteur de croissance économique, mais il a nettement moins contribué à faire progresser la productivité de la main-d’œuvre. La conjoncture mondiale devenant moins favorable, il sera essentiel que la région mette à profit les liens commerciaux tissés ces vingt dernières années pour mieux exploiter ses avantages comparatifs, participer aux chaînes de valeur mondiales et, ce faisant, favoriser la transformation structurelle.

Il existe encore un énorme potentiel pour approfondir l’intégration commerciale aux niveaux régional et mondial. Il ressort de ce chapitre que, même si l’on tient compte des niveaux inférieurs de revenu, de la plus petite taille des économies, des distances généralement plus grandes et du plus grand nombre de pays enclavés, les échanges commerciaux en provenance d’Afrique subsaharienne sont nettement moins développés que dans le reste du monde. De même, la région a encore beaucoup à faire pour mieux s’intégrer dans les chaînes de valeur mondiales — un processus qui est associé dans d’autres régions à une accélération de la croissance au fil des ans — même s’il existe de grandes différences d’un pays à l’autre. Là où des progrès ont été accomplis, ce sont l’industrie manufacturière, l’agriculture et l’agro-industrie, le tourisme et les transports qui se sont révélés les vecteurs d’intégration les plus prometteurs. Les auteurs soulignent que, pour exploiter ce potentiel, il est nécessaire de combler le déficit d’infrastructures, de réduire les obstacles tarifaires et non tarifaires, et d’améliorer le climat des affaires ainsi que l’accès au crédit.

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