Chapter

3. Les chaînes de valeur mondiales, maillon manquant de l’intégration commerciale de l’Afrique subsaharienne

Author(s):
International Monetary Fund. African Dept.
Published Date:
April 2015
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Ce chapitre analyse le degré d’intégration de l’Afrique subsaharienne dans l’économie mondiale, en s’intéressant plus particulièrement au commerce et à la participation de la région aux chaînes de valeur mondiales. Il évalue dans quelle mesure l’intégration commerciale a contribué aux bons résultats économiques des dernières décennies et, pour ce qui est de l’avenir, il examine les facteurs qui pourraient permettre à l’Afrique subsaharienne d’exploiter son potentiel d’intégration commerciale encore important, notamment en se positionnant mieux dans les chaînes de valeur mondiales et régionales afin de favoriser une croissance durable et d’encourager des transformations structurelles.

Le milieu des années 90 a marqué le début de vingt années d’une croissance économique forte et ininterrompue en Afrique subsaharienne. Le décollage de la croissance a été attribué à différents facteurs conjugués, à savoir non seulement la mise en œuvre de politiques macroécononomiques avisées par les États de la région, mais aussi les marges de manœuvre créées par les mesures d’allègement de la dette, le renforcement des institutions politiques et économiques et, pour un nombre croissant de pays, la sortie de leur situation de fragilité. La conjoncture extérieure a aussi indéniablement joué un rôle, avec une demande soutenue dans les pays avancés jusqu’à la crise financière mondiale, puis dans les pays émergents, en particulier pour les matières premières. L’environnement économique au niveau mondial est néanmoins en train de prendre un tour moins favorable, comme cela est exposé au chapitre 1.

Dans ce contexte, le présent chapitre analyse le degré d’intégration de la région dans l’économie mondiale afin de mettre en évidence les moyens qui s’offrent à elle pour tirer le meilleur parti de ses liens commerciaux grandissants et, pour le futur, de soutenir durablement la croissance. Les principales conclusions de ce chapitre sont les suivantes :

  • La région s’est fortement ouverte au commerce depuis le milieu des années 90 grâce aux nouveaux partenariats conclus avec les pays émergents, en particulier la Chine, et à l’éclosion des échanges intrarégionaux. Le niveau élevé de la demande de produits de base a joué un rôle important pour les pays exportateurs de pétrole. Toutefois, les matières premières ne pèsent pas aussi lourd dans les exportations du reste de la région, même chez les autres exportateurs de ressources non renouvelables.

  • Le développement des échanges commerciaux a été un formidable moteur de croissance. Pourtant, la productivité du travail n’a pas progressé aussi vite que dans les autres régions au cours de ces vingt dernières années. De plus, son intégration accrue dans l’économie mondiale a rendu l’Afrique subsaharienne plus vulnérable aux chocs d’origine externe.

  • La région a encore devant elle un potentiel important pour renforcer son intégration dans le commerce régional et mondial. Malgré des volumes d’échanges en forte hausse, l’Afrique subsaharienne a à peine suivi le rythme d’expansion du commerce mondial, alors que, pendant le même temps, d’autres régions parvenaient à accroître leur poids dans le système des échanges commerciaux internationaux. De fait, même si l’on tient compte des niveaux inférieurs de revenu, de la petite taille des économies, des distances généralement plus grandes et de l’enclavement de nombreux pays, les échanges commerciaux en provenance d’Afrique subsaharienne n’atteignent que la moitié de ceux qui sont enregistrés ailleurs dans le monde.

  • De même, la région a encore beaucoup à faire pour mieux s’intégrer dans les chaînes de valeur mondiales — un processus qui est associé ailleurs dans le monde à un niveau d’activité plus élevé et à une augmentation des revenus au fil des ans — comme cela a été le cas en Asie du Sud-Est ou en Europe orientale. Toutefois, si les pays exportateurs de pétrole sont nettement en retrait, beaucoup d’autres États, exportateurs de produits de base ou non, affichent des progrès, même s’ils partaient de très bas, avec une mention spéciale pour les membres de la Communauté de l’Afrique de l’Est (CAE) et de l’Union douanière d’Afrique australe (SACU). Dans les pays qui ont fait le plus de progrès dans leur intégration dans les chaînes de valeur mondiales, comme l’Afrique du Sud, l’Éthiopie, le Kenya, les Seychelles ou la Tanzanie, les principaux secteurs bénéficiaires ont été l’industrie manufacturière, l’agriculture et l’agro-industrie ainsi que, dans une moindre mesure, les transports, le tourisme et le textile. Ces résultats pointent les secteurs où la région pourrait s’appuyer sur ses avantages comparatifs, à condition que le climat des affaires y soit suffisamment favorable.

  • À cet égard, notre analyse laisse penser que, pour exploiter le potentiel commercial de la région et, ce faisant, permettre la création de nombreux emplois et assurer une croissance durable — a fortiori dans un contexte d’essoufflement de la demande de produits de base au niveau mondial —, il est plus que jamais essentiel d’avancer sur le front des besoins d’infrastructures, de l’abaissement des barrières douanières et non douanières, et du renforcement du climat des affaires et de l’accès au crédit, tout en continuant à améliorer les indicateurs d’éducation.

L’intégration internationale et régionale au cours de ces vingt dernières années

Une plus grande ouverture et de nouveaux partenariats commerciaux

Les échanges commerciaux de l’Afrique subsaharienne ont augmenté à un rythme rapide au cours de ces vingt dernières années.

  • Si la croissance du PIB nominal cumulé de la région a atteint 350 % entre 1995 et 2013 (en dollars), les exportations de biens ont fait encore mieux avec 500 % d’augmentation. Sur la même période, le commerce mondial a progressé de 260 %. Le ratio exportations/PIB de la région est passé de 20½ % en 1995 à 27½ % en 2013, et le ratio importations/PIB a aussi augmenté, en passant de 19 % à 23 %.

  • La destination des exportations d’Afrique subsaharienne a sensiblement évolué durant cette période : les échanges avec les pays avancés, qui représentaient près de 90 % des exportations en 1995, ont plongé à la suite de la crise mondiale. Pendant ce temps, de nouveaux partenariats commerciaux ont été forgés avec des pays émergents tels que le Brésil, la Chine et l’Inde. La Chine est aujourd’hui le premier partenaire commercial de l’Afrique subsaharienne (Perspectives économiques régionales : Afrique subsaharienne, octobre 2014)1.

  • Dans le même temps, la part du commerce intra-régional a presque doublé — en partant, certes, d’un niveau très bas — pour atteindre 3½ % du PIB de la région.

Les performances en matière d’échanges commerciaux présentent cependant une très grande hétérogénéité au sein de la région. Ainsi, alors que le ratio exportations/PIB a plus que doublé entre 1995 et 2013 pour les pays riches en ressources naturelles non exportateurs de pétrole — l’Afrique du Sud représentant environ les deux tiers de cette augmentation —, il a stagné pour l’ensemble des pays non exportateurs de produits de base, et même chuté pour les exportateurs de pétrole (graphique 3.1).

Graphique 3.1.Afrique subsaharienne : parts des exportations de biens par partenaire, 1995–2013

Source : FMI, Direction of Trade Statistics.

Note : ne comprend pas le Soudan du Sud à cause du manque de données pour ce pays. Voir à l’annexe 3.2 la liste des groupes de pays.

1 Les pays à forte intensité de ressources sont ceux pour lesquels les exportations de ressources non renouvelables ont atteint en moyenne au moins 25 % des exportations de biens entre 2009 et 2012.

Une analyse plus précise par pays corrobore ces constats (graphique 3.2) :

  • Les pays devenus exportateurs de ressources naturelles pendant la période, comme la Sierra Leone et le Tchad, ont vu la part des exportations dans le PIB progresser notablement sous l’effet de la demande croissante de produits de base émanant des pays émergents. À l’inverse, la part des exportations dans la plupart des pays exportant des produits de base depuis longtemps, comme l’Angola, la Guinée équatoriale ou la Zambie, a diminué au fil des ans — ce qui souligne la difficulté pour ces pays d’élargir leur gamme d’exportations.

  • Dans beaucoup de pays, la croissance rapide du PIB s’est accompagnée du développement de secteurs dynamiques de biens non échangeables, ce qui a conduit non seulement à une diversification bienvenue des sources de croissance, mais qui a aussi contribué à un recul de la part du commerce dans le PIB, le Nigéria se distinguant sur ce plan.

  • Certains pays ont su tirer parti de la croissance des échanges régionaux, comme la Côte d’Ivoire et le Sénégal dans l’Union économique et monétaire ouest-africaine (UEMOA), le Togo en Afrique de l’Ouest, et le Botswana, le Lesotho, la Namibie et le Swaziland dans la SACU.

  • Les pays enclavés dépourvus de ressources naturelles restent des économies plus fermées, les exportations ne représentant qu’environ 10 % du PIB, et ont encore beaucoup de mal à accroître leur intégration commerciale, handicapés qu’ils sont par des infrastructures de transport médiocres et un d’intérêt limité de la part des pays émergents.

Graphique 3.2.Afrique subsaharienne : variation de lapartdesexportationsdansle PIB, 1995–2013

Sources : FMI, Direction of Trade Statistics et base de données des Perspectives de l’économie mondiale.

Note : ne comprend pas le Soudan du Sud à cause du manque de données pour ce pays. Voir à l’annexe 3.2 la liste des groupes de pays.

Les produits de base occupent une place importante, mais pas partout

La croissance dynamique des exportations de la région s’explique en partie par une évolution favorable des prix. En effet, non seulement les volumes exportés ont augmenté, mais le prix relatif auquel les pays d’Afrique subsaharienne ont vendu ces exportations a progressé très substantiellement. Plus précisément, si la valeur réelle des exportations de l’Afrique subsaharienne a été multipliée par 5 entre 1995 et 2013 (corrigée du déflateur du PIB des États-Unis), c’est à la fois parce que les volumes ont été multipliés par 2,5 et que le prix relatif de ces exportations a doublé — une situation totalement différente de celle d’avant 1995 (graphique 3.3). Cette évolution a entraîné une hausse fort appréciée du pouvoir d’achat pour la région et permis de financer l’accélération tant nécessaire des investissements dans les infrastructures (Perspectives économiques régionales : Afrique subsaharienne, octobre 2014). Néanmoins, l’amélioration des termes de l’échange n’a pas été le résultat d’un plus grand pouvoir de fixation des prix ni d’une meilleure qualité des biens exportés, mais d’une hausse des cours des produits de base sur les dix dernières années, alimentée par une relative faiblesse de l’offre mondiale et une demande forte des pays émergents. Malheureusement, cette situation laisse les exportateurs de produits de base de la région à la merci d’un renversement des prix.

Graphique 3.3.Afrique subsaharienne : décomposition de la valeur réelle des exportations, 1981–2013

Sources : FMI, base de données des Perspectives de l’économie mondiale; calculs des services du FMI.

Note : La valeur réelle des exportations correspond à la valeur en dollars des exportations corrigée par le déflateur du PIB américain. Le volume se rapporte aux exportations réelles tirées des comptes nationaux pour chacun des pays d’Afrique subsaharienne, pondérées selon la structure des exportations de la région en 2006. Le prix d’exportation relatif est le rapport entre la valeur réelle et le volume des exportations.

Là aussi, ce tableau général masque une hétérogénéité importante dans la structure des exportations au sein de la région. Si les produits de base représentent environ la moitié des exportations de biens et de services dans l’ensemble de l’Afrique subsaharienne, ce ratio grimpe à 80 % pour les huit exportateurs de pétrole, mais tombe autour de 35 % pour les autres pays, y compris ceux qui exportent des produits de base non pétroliers — un pourcentage assez similaire à celui qui est enregistré dans les pays émergents ou à faible revenu des autres régions du monde.

De fait, alors que les ratios d’exportation de nombreux pays exportateurs de pétrole ont baissé ou stagné entre 1995 et 2013 indépendamment de la place occupée par le pétrole dans les exportations — plus importante au Cameroun, au Congo, au Gabon, stable en Angola, en baisse au Nigéria —, la situation est beaucoup plus diversifiée parmi les autres pays (graphique 3.4). D’un côté, en Afrique du Sud et dans une moindre mesure en Namibie, la hausse du ratio exportations/PIB est allée de pair avec une augmentation de la part des produits de base dans les exportations. Mais, dans d’autres pays exportateurs de produits de base non pétroliers, comme le Botswana, la République démocratique du Congo ou la Guinée, la part des exportations a progressé bien que le rôle joué par les échanges de produits de base soit resté stable ou ait même reculé. La même évolution a été observée dans des pays pauvres en ressources naturelles, comme les Seychelles et le Togo. D’un autre côté, certains exportateurs de ressources naturelles tels que la République centrafricaine et le Zimbabwe ont vu leurs ratios d’exportation chuter malgré une augmentation du pourcentage des exportations de produits de base.

Graphique 3.4.Afrique subsaharienne : variation de la part des exportations, 1995–2013

Sources : FMI, Direction of Trade Statistics et base de données des Perspectives de l’économie mondiale; Banque mondiale, Indicateurs du développement dans le monde.

Note : Voir à l’annexe 3.2 la liste des groupes de pays; voir à la page 74 la liste des abréviations de pays.

Mais la région peine à suivre l’expansion rapide du commerce mondial

Les progrès accomplis par l’Afrique subsaharienne en matière d’intégration commerciale doivent aussi être considérés à la lumière de l’évolution du commerce mondial sur la même période. Les échanges mondiaux ont décollé à la suite de la mise en œuvre du Cycle de l’Uruguay, de la création de l’Organisation mondiale du commerce (OMC) en 1995 et de l’entrée de la Chine à l’OMC en 2001. Cette expansion rapide a été caractérisée par l’émergence de nouveaux géants commerciaux et le recul de la contribution des pays avancés au commerce mondial. En fait, c’est uniquement dans la mesure où l’Afrique subsaharienne a été capable de réorienter ses échanges commerciaux vers ces nouveaux acteurs du commerce, en particulier la Chine, qu’elle a réussi à conserver sa place dans le commerce mondial — une place qui reste malgré tout modeste sur la scène internationale. Un exemple simple illustre ce fait : les ratios d’exportations au niveau mondial ont progressé à peu près autant qu’en Afrique subsaharienne, passant de 17 % du PIB en 1995 à 25 % du PIB en 2013 (contre 20½ % du PIB et 27½ % du PIB dans la région).

Une mesure plus précise de l’intégration de la région dans le commerce mondial — sa centralité dans le réseau des échanges mondiaux — conduit à un résultat similaire. Cet indicateur prend en compte non seulement la taille des exportations dans un pays donné, mais aussi le nombre de ses partenaires commerciaux, ainsi que le poids relatif de ces partenaires dans le commerce mondial, ce qui permet d’avoir une meilleure image des interconnexions du pays dans le réseau des échanges mondiaux (De Benedictis et al., 2014).

Selon cet indicateur, l’Afrique subsaharienne reste la région la moins intégrée du monde avec une centra-lité moyenne qui est d’environ la moitié seulement de celle qu’on observe dans les autres pays émergents et en développement (graphique 3.5). Bien entendu, cette situation est due en partie à un niveau de développement relativement plus faible que dans les autres régions. Mais même l’Afrique du Sud, le pays le plus interconnecté et affichant l’un des revenus les plus élevés de la région, occupe une position sensiblement plus basse que d’autres pays émergents comme le Brésil ou le Mexique. Et en dehors de l’Angola et du Nigéria — où l’importance des exportations de pétrole s’est traduite par une centralité plus élevée —, les pays d’Afrique subsaharienne les plus intégrés au plan mondial n’ont fait que maintenir leur position relative dans le réseau du commerce mondial entre 2000 et 2013. Au contraire, des pays comme la Chine, l’Inde, la Pologne, la Turquie ou le Viet Nam ont vu leur centralité relative doubler au cours de la même période. Tout cela montre que le commerce pourrait tenir une place significativement plus importante dans les économies d’Afrique subsaharienne.

Graphique 3.5.Centralité dans le commerce mondial, par région, 2000–13

Source : calculs des services du FMI d’après les données de Direction of Trade Statistics.

Note : L’indice de centralité illustré ici est l’indice PageRank, qui prend en compte la taille des exportations pour un pays donné, le nombre de ses partenaires commerciaux et le poids relatif de ces partenaires dans le commerce mondial (voir Brin et Page, 1998, pour une explication des calculs). Sont pris en compte uniquement les pays émergents et en développement de chaque région dont le PIB par habitant de 2013 est inférieur à 20.000 dollars. La Chine est exclue du groupe Asie, car son indice de centralité est environ 28 fois plus élevé que la moyenne pour cette région et 5 fois plus élevé que le deuxième indice de centralité le plus haut, qui est celui de l’Inde.

Une évolution positive a été la montée en puissance des échanges régionaux. La part du commerce régional, rappelons-le, a quasiment doublé sur ces vingt dernières années pour atteindre 3½ % du PIB, même s’il est vrai que le niveau de départ (2 % du PIB) était faible. Les mesures de la centralité à l’échelon intrarégional révèlent l’émergence de groupes de partenaires commerciaux rassemblés autour de pays comme la Côte d’Ivoire, le Nigéria et, dans une moindre mesure, le Sénégal en Afrique de l’Ouest, le Kenya en Afrique de l’Est, et l’Afrique du Sud dans la partie australe de la région (graphique 3.6).

Graphique 3.6.Afrique subsaharienne : centralité dans le commerce régional, 2013

Source : calculs des services du FMI d’après les données de Direction of Trade Statistics.

L’intégration financière progresse aussi, en étant partie de niveaux très bas

Ainsi que les éditions précédentes de ce rapport l’ont largement montré, l’augmentation de l’intégration commerciale de la région s’est accompagnée du développement des liens financiers avec le reste du monde2. L’amélioration des perspectives de croissance, l’apparition d’une classe moyenne dans beaucoup de pays et une demande mondiale forte pour les matières premières sont autant de facteurs qui ont contribué à attirer d’importants volumes d’investissement direct étranger (IDE). Des conditions financières favorables et l’abondance de liquidités au niveau mondial ont aussi permis un plus grand afflux de capitaux dans les pays émergents et en développement, d’où une multiplication des émissions d’obligations souveraines internationales par les pays préémergents d’Afrique subsaharienne.

L’interconnectivité croissante dans le paysage financier régional est un phénomène moins reconnu. Les liens financiers régionaux se sont développés ces dernières années, en partant il est vrai de très bas (Perspectives économiques régionales : Afrique subsaharienne, avril 2012). Ce processus a été en partie influencé par l’accroissement des échanges commerciaux régionaux et l’expansion de plusieurs entreprises d’Afrique subsaharienne sur de nouveaux marchés de la région, ce qui a conduit dans certains cas à l’ouverture de filiales bancaires ou à l’amorce d’une intégration des marchés financiers, comme dans l’UEMOA. Les progrès de l’intégration financière régionale du point de vue de l’IDE, des infrastructures financières régionales, des marchés obligataires et de l’expansion des groupes bancaires panafricains sont décrits plus en détail à l’annexe 3.1.

Ouverture commerciale et résultats macroéconomiques

Au cours de ces vingt dernières années, l’augmentation des échanges commerciaux a coïncidé avec une croissance rapide et généralement de meilleurs résultats macroéconomiques dans la région. Cette section examine le rôle relatif des progrès de l’ouverture commerciale sur la croissance et la productivité du travail.

L’expansion du commerce : une aubaine pour la croissance

La croissance du PIB réel par habitant de l’Afrique subsaharienne s’est sensiblement accélérée vers la fin des années 90 pour avoisiner 4,3 % par an en moyenne durant la première décennie 2000, contre 2,9 % au cours de la décennie précédente. Les améliorations enregistrées sur le plan de la stabilité politique, de la gestion macroéconomique, de l’accès aux financements ainsi que du climat des affaires ont eu des effets positifs sur les investissements, ce qui a permis l’augmentation des capacités de production dans la région. Mais l’intégration commerciale accrue a aussi joué un rôle, non seulement en stimulant la demande pour les biens exportés, mais aussi en encourageant la concurrence et en rendant possibles des transferts de technologie et des gains d’efficience via les biens intermédiaires importés. De fait, l’ouverture commerciale moyenne — mesurée ici par la somme des exportations et des importations en pourcentage du PIB — a progressé pour passer de 41 % du PIB dans les années 90 à 45 % du PIB pendant la première décennie 2000, avec une tendance à la hausse claire sur les trois dernières décennies et une accélération dans la première décennie 2000 (graphique 3.7).

Graphique 3.7.Afrique subsaharienne : ouverture commerciale, 1983–2011

Sources : données des Penn World Tables v. 8.0; calculs des services du FMI.

Note : L’ouverture commerciale est mesurée par la somme des exportations et des importations réelles en pourcentage du PIB réel.

Pour démêler le rôle respectif de ces facteurs, une analyse économétrique est réalisée. Utilisant les spécifications retenues dans les études antérieures sur les déterminants de la croissance, nos travaux mettent en relation la croissance du PIB par habitant dans les pays d’Afrique subsaharienne entre 1980 et 2010 et le niveau initial de développement (parce que des points de départ plus bas sont généralement associés à des taux de croissance plus élevés, ces pays rattrapant leur retard), les ratios d’investissement et de consommation (parce qu’ils influent sur le capital physique et sur l’épargne nationale disponible pour soutenir la croissance à long terme), l’ouverture commerciale et l’évolution des termes de l’échange (Moral-Benito, 2012; Dollar et Kraay, 2003; voir l’annexe 3.2, section 1)3. L’analyse conclut que l’augmentation des échanges commerciaux a eu une influence significative et positive sur la croissance en Afrique subsaharienne. Plus précisément, la plus grande ouverture commerciale et l’amélioration des termes de l’échange ont toutes deux contribué à l’accélération de la croissance du PIB par habitant. Sur la progression de 1,4 point du taux de croissance annuel du PIB par habitant entre les décennies 90 et 2000, on estime que l’ouverture commerciale accrue a contribué pour 0,6 point de pourcentage, et l’amélioration des termes de l’échange pour 0,2 point de pourcentage (graphique 3.8). Ensemble, elles sont responsables d’environ la moitié de l’augmentation moyenne du taux de croissance du PIB par habitant dans la région. Il ne faut pas oublier néanmoins que cette intégration commerciale accrue a également rendu la région plus vulnérable aux chocs d’origine externe, comme cela est expliqué dans le chapitre 1 de l’édition d’octobre 2014 des Perspectives économiques régionales : Afrique subsaharienne, et la situation actuelle des exportateurs de pétrole en est l’illustration.

Graphique 3.8.Afrique subsaharienne : croissance annuelle du PIB par habitant

Source : estimations des services du FMI.

Mais les gains de productivité restent à la traîne

S’il s’avère que l’intégration mondiale a globalement favorisé la croissance, elle n’a pas eu autant d’effets positifs sur la productivité du travail que dans d’autres régions en processus d’intégration commerciale, comme le montrent les pentes des trajectoires régionales dans le graphique 3.9. Entre 1990 et 2010, l’accroissement de la productivité du travail généré par chaque point de pourcentage d’augmentation de l’ouverture commerciale a été cinq à huit fois inférieur à celui qu’on observe en Asie, en Amérique latine ou dans les pays émergents d’Europe. On voit donc bien, s’il était besoin de le rappeler, qu’une plus grande ouverture commerciale ne se traduit pas nécessairement par des transformations structurelles et un basculement vers des activités à plus forte productivité. Il faut pour cela que des politiques favorables soient en place, ce qui est le thème de la prochaine section4.

Graphique 3.9.Échantillon de régions : ouverture commerciale et PIB par personne employée, 1990–2011

Sources : données des Penn World Tables v. 8.0; Banque mondiale, Indicateurs du développement dans le monde.

Note : Sont pris en compte uniquement les pays émergents et en développement de chaque région.

Quels facteurs peuvent favoriser l’intégration dans les chaînes de valeur mondiales?

Partant du constat que la région a peiné à suivre le rythme d’expansion très rapide du commerce mondial et que la productivité du travail n’a pas progressé autant que dans les autres régions, cette section évalue le déficit d’échanges commerciaux de l’Afrique subsaharienne et le niveau d’intégration de la région dans les chaînes de valeur mondiales — un déterminant essentiel pour injecter de la valeur ajoutée dans les échanges et favoriser la création durable d’emplois. Ce faisant, elle met aussi en évidence les leviers sur lesquels les pouvoirs publics peuvent agir pour à la fois réduire ce déficit et accroître le degré d’intégration des échanges.

Un potentiel d’intégration commerciale encore important

En règle générale, les échanges commerciaux entre deux pays sont d’autant plus intenses que ces pays sont plus proches, tant géographiquement que culturellement — par exemple lorsqu’ils partagent une langue ou d’anciens liens coloniaux. Par ailleurs, la taille et le niveau de développement des économies constituent des paramètres importants qui jouent sur les flux commerciaux. Un moyen couramment employé dans les études pour évaluer l’ampleur relative de ces flux est d’estimer des «modèles de gravité», qui mettent en relation le volume des échanges commerciaux bilatéraux et ces différentes caractéristiques des pays concernés (Head et Mayer, 2014).

À l’aide d’un modèle de ce type couvrant 167 pays, on constate que les exportations et les importations de l’Afrique subsaharienne sont significativement inférieures aux flux commerciaux enregistrés ailleurs dans le monde. Cette situation s’explique en partie par les niveaux de revenu inférieurs en Afrique subsaharienne, ainsi que par les distances relativement plus importantes et le nombre plus élevé de pays enclavés dans la région (voir l’annexe 3.2, section 2). Mais même si l’on tient compte de ces facteurs, les échanges bilatéraux depuis l’Afrique subsaharienne ont tendance à être en moyenne 50 % moins élevés qu’ailleurs dans le monde (graphique 3.10). De même, le commerce régional se révèle bien moins développé en Afrique subsaharienne que dans la plupart des autres régions du monde — il est inférieur de 85 % à celui de l’Asie du Sud et de l’Est, de 80 % à celui de l’Europe et de 65 % à celui de l’Amérique du Nord et de l’Amérique latine5. Les seuls échanges régionaux comparables en taille à ceux de l’Afrique subsaharienne sont ceux du Moyen-Orient et de l’Asie centrale. Le fait que le commerce régional de l’Afrique subsaharienne est beaucoup moins développé malgré l’existence de nombreux accords commerciaux intrarégionaux mérite d’être signalé — il est possible que le recouvrement partiel des groupements de pays réduise beaucoup leur efficacité.

Graphique 3.10.Afrique subsaharienne : flux commerciaux comparés à d’autres régions

Sources : FMI, base de données des Perspectives de l’économie mondiale; Forum économique mondial; calculs des services du FMI.

Note : Les flux commerciaux de l’Afrique subsaharienne sont comparés à ceux d’autres régions, après neutralisation de la taille, du niveau de développement, des liens culturels et des caractéristiques géographiques des régions concernées.

Comment s’expliquent ces écarts très marqués? Pour répondre à cette question, le modèle de gravité (décrit à l’annexe 3.2, section 2) est augmenté pour inclure des déterminants tels que la primauté du droit, le niveau des droits de douane, la qualité des infrastructures et le niveau du crédit au secteur privé, comme cela est souvent fait dans les études sur cette question (voir, par exemple, Nordås et Piermartini, 2004). Ces facteurs s’avèrent importants pour expliquer les volumes d’échanges bilatéraux à travers le monde. Toutes choses égales par ailleurs, un climat des affaires plus favorable, des droits de douane inférieurs, de meilleures infrastructures et un accès plus facile au crédit sont autant d’éléments qui favorisent des flux commerciaux plus intenses. Ces éléments sont notablement moins propices au commerce en Afrique subsaharienne, avec une qualité des infrastructures inférieure d’environ 50 % par rapport au reste du monde, des ratios crédit/PIB d’environ un tiers de ceux qu’on observe ailleurs, et des droits de douane en moyenne quatre fois plus élevés qu’ailleurs (graphique 3.11)6. Plus précisément :

  • Les infrastructures apparaissent comme l’obstacle le plus important au commerce pour la région. Concrètement, le fait de relever la qualité des infrastructures au niveau moyen observé ailleurs dans le monde permettrait de faire progresser le commerce de l’Afrique subsaharienne de 42 %, car le coût de circulation des marchandises entre les pays en serait sensiblement abaissé. De gros efforts sont d’ailleurs déployés dans la région pour combler le manque d’infrastructures — voir à ce sujet le chapitre 3 de l’édition d’octobre 2014 des Perspectives économiques régionales : Afrique subsaharienne.

  • Une nouvelle amélioration de la gouvernance et du climat des affaires aurait également des effets très positifs : le relèvement de l’indicateur de primauté du droit au niveau moyen du reste du monde générerait 28 % supplémentaires d’augmentation des échanges commerciaux en Afrique subsaharienne. En particulier, les perspectives d’échanges, surtout au niveau régional, seraient grandement améliorées par des mesures destinées à réduire les obstacles non tarifaires au commerce — les taxes et droits d’exportation, mais aussi la corruption, les obligations réglementaires et les délais de dédouanement qui entraînent une accumulation de charges supplémentaires.

  • De même, l’accès du secteur privé au crédit joue un rôle fondamental dans le développement des échanges commerciaux de la région. La poursuite de la financiarisation de l’économie, afin d’atteindre le niveau observé ailleurs, contribuerait à faire progresser le commerce de 29 %. Cette expansion aurait toutefois besoin d’être accompagnée de cadres macroprudentiels appropriés pour permettre une gestion convenable des risques correspondants.

  • Enfin, il importe de poursuivre les initiatives d’abaissement des droits de douane dans la région pour promouvoir davantage le commerce tant international que régional. Le fait d’amener les droits de douane au niveau mondial moyen pourrait se traduire par environ 14 % d’échanges supplémentaires. Un élément à prendre toutefois en compte est que les taxes sur le commerce représentent encore une source majeure de recettes budgétaires pour beaucoup de pays de la région, et les mesures d’abaissement des droits de douane doivent aller de pair avec un effort permanent d’augmentation des recettes provenant d’autres sources.

  • À l’échelon régional, le renforcement des unions douanières existantes et de l’intégration économique serait bénéfique, comme le montrent les exemples de la CAE et de l’UEMOA : toutes choses égales par ailleurs, les échanges transfrontaliers au sein de la CAE s’avèrent cinq fois plus importants que la moyenne des échanges commerciaux régionaux au sein de l’Afrique subsaharienne; dans l’UEMOA, ils sont environ trois fois plus élevés. Mais avoir une monnaie unique n’est pas suffisant en soi, ainsi qu’on peut le voir dans la Communauté économique et monétaire de l’Afrique centrale (CEMAC), où les échanges commerciaux ne sont pas beaucoup plus élevés à l’intérieur de l’union monétaire qu’avec l’extérieur.

Graphique 3.11.Afrique subsaharienne : augmentation potentielle des échanges commerciaux

Sources : FMI, base de données des Perspectives de l’économie mondiale; Forum économique mondial; calculs des services du FMI.

Note : augmentation en pourcentage des échanges commerciaux de l’Afrique subsaharienne si la variable se déplace de la moyenne pour l’Afrique subsaharienne à la moyenne pour le reste du monde.

Une marge de progression encore plus importante pour l’insertion dans les chaînes de valeur mondiales

Au-delà de la simple expansion du commerce, l’émergence des chaînes de valeur mondiales est devenue une dimension supplémentaire de la mondialisation au cours de ces vingt dernières années. Dans une économie mondiale de plus en plus intégrée, alimentée par le progrès technologique, la diminution des coûts de transport et de communication et les réformes favorisant le commerce, les processus de production sont devenus de plus en plus dispersés géographiquement. Cette évolution a donné naissance à des systèmes de chaînes d’approvisionnement où de la valeur s’ajoute à chaque étape avant de traverser la frontière pour être transférée à l’étape suivante : les chaînes de valeur mondiales. Le processus a permis aux pays de mieux tirer parti de leurs avantages comparatifs en leur donnant la possibilité de rejoindre une chaîne de production sans avoir à fournir toutes les autres capacités en amont, et il a été particulièrement exploité en Asie du Sud-Est autour du Japon et de la Chine et en Europe orientale autour de l’Allemagne (FMI, 2013a; FMI, 2013c; chapitre 3 de FMI, 2014a; et FMI, 2015d).

Les pays ayant actuellement peu de capacités d’exportation de biens et de services, mais disposant d’un vaste réservoir de main-d’œuvre, comme beaucoup de pays d’Afrique subsaharienne, peuvent trouver là une occasion en or. En se spécialisant dans un segment précis d’une chaîne de production, chaque pays participant peut générer une partie de la valeur ajoutée des biens et des services — alors qu’il lui aurait été impossible de fabriquer le produit de A à Z dans un monde de plus en plus compétitif — même si cela signifie qu’une part plus faible de la valeur ajoutée des exportations est récupérée au niveau local. Bien qu’il y ait des conditions préalables à l’insertion dans les chaînes de valeur mondiales, par exemple des niveaux de capacité, de qualité et d’efficacité suffisants (Baldwin, 2014; OMC, 2014), ces niveaux minimums peuvent être dépassés au fil du temps grâce à des transferts de technologie et de savoir d’autres pays, le plus souvent sous forme d’IDE. En outre, les transferts de savoir d’autres producteurs de la chaîne de valeur et, à terme, le passage à des segments à plus forte valeur ajoutée dans la chaîne de production peuvent favoriser une hausse de la productivité et des revenus. Les pays asiatiques se sont faits les champions de ce modèle en s’engageant d’abord dans les activités à forte intensité de main-d’œuvre, pour progresser ensuite graduellement vers des activités plus évoluées dans la chaîne de valeur.

À l’échelon mondial, l’intégration dans les chaînes de valeur mondiales a effectivement été accompagnée par une augmentation des niveaux de revenu. Pour mesurer le degré de cette intégration, les études examinent habituellement la part de la valeur ajoutée étrangère dans les exportations d’un pays (ce que l’on appelle généralement l’intégration en amont, voir aussi l’encadré 3.1). D’après cette mesure, l’augmentation du degré d’intégration a été associée à une hausse des revenus au fil du temps pour les pays émergents et en développement (graphique 3.12a). En poursuivant une stratégie de développement reposant sur l’intégration dans un maillon intermédiaire de la chaîne de valeur, bon nombre de pays sont parvenus à relever leurs niveaux de revenu à mesure qu’ils acquéraient de nouvelles capacités et bénéficiaient des retombées du savoir et, finalement, de possibilités de diversifier la production et de gagner en qualité (CNUCED, 2013). Par ailleurs, une plus grande participation aux chaînes de valeur mondiales a aussi été corrélée à une croissance plus solidaire, en particulier lorsque les secteurs ciblés utilisent une main-d’œuvre nombreuse et relativement peu qualifiée7.

Graphique 3.12.Afrique subsaharienne : degré d’intégration dans les chaînes de valeur mondiales et PIB réel par habitant, moyennes pour 1991–95 et 2008–12

Sources : Banque mondiale, Indicateurs du développement dans le monde; base de données Eora; calculs des services du FMI.

Note : CAE = Communauté de l’Afrique de l’Est.

Encadré 3.1.Échanges en valeur ajoutée et chaînes de valeur mondiales

Ces dernières décennies, les processus de production ont été finement découpés en différentes étapes dispersées entre de multiples pays pour former des chaînes de valeur mondiales, qui comprennent un système de chaînes d’approvisionnement avec des sources et des destinations de valeur ajoutée. La plupart des statistiques officielles sur le commerce enregistrent la valeur brute des biens au moment où ils franchissent les frontières. Mais, comme les échanges ont augmenté sous forme de produits intermédiaires traversant des frontières plusieurs fois, les données commerciales brutes ne constituent plus une bonne mesure de la quantité de valeur ajoutée nationale contenue dans les exportations.

Pour mesurer le degré d’intégration internationale d’un pays dans les chaînes de valeur mondiales, il est donc nécessaire de connaître les sources et les destinations de la valeur ajoutée contenue dans les produits. De nouvelles études ont été réalisées sur les échanges en valeur ajoutée, qui s’appuient sur des données utilisant des tableaux d’entrées–sorties (TES) interpays. Tout récemment encore, les pays d’Afrique subsaharienne étaient très peu couverts. Nous nous servons de la base de données Eora nouvellement créée qui fournit des TES multirégionaux mondiaux afin de calculer les échanges en valeur ajoutée pour 189 pays entre 1990 et 2012. Le principal avantage d’Eora est sa très large couverture sur le plan des pays (189), des secteurs d’activité (environ 16.000) et de la période considérée (23 ans), qui est inégalée par les autres bases de données existantes. Eora couvre 42 des 45 pays d’Afrique subsaharienne. Bien que cette couverture étendue rende la base de données inestimable pour l’analyse réalisée ici, il convient de se rappeler que certaines données manquantes dans les TES sont complétées par des procédures d’optimisation utilisant comme base des statistiques nationales et mondiales : cela veut dire que nos résultats ne doivent pas être considérés comme des mesures exactes et précises, même si nous estimons qu’ils sont fondamentalement solides.

Les études décomposent habituellement les exportations en trois composantes distinctes, qui sont utilisées pour mesurer la participation aux chaînes de valeur mondiales :

  • La valeur ajoutée étrangère (VAE) qui a été importée des fournisseurs étrangers en amont de la chaîne de valeur mondiale. Cette part correspond à ce que l’on appelle l’intégration en amont et est un indicateur de l’intégration relative du pays en amont de la chaîne de valeur.

  • La valeur ajoutée nationale des produits consommés directement dans le pays vers lequel ils sont exportés.

  • La valeur ajoutée nationale des produits qui entrent eux-mêmes dans la production d’exportations d’autres pays. Cette part correspond à ce que l’on appelle l’ intégration en aval et est un indicateur de l’intégration relative du pays en aval de la chaîne de valeur.

La somme des deux dernières composantes est égale à la valeur ajoutée totale qui est créée au niveau national (VAN) et qui contribue au PIB du pays. La somme de la VAE et de la VAN donne la valeur totale des exportations brutes. Le graphique 3.1.1 présente ces indicateurs de la chaîne de valeur mondiale dans un exemple fictif impliquant trois pays, même si les chaînes de valeur mondiales font intervenir généralement un nombre d’acteurs bien plus important. Du point de vue de l’Éthiopie, son intégration en amont est représentée par la valeur de ses intrants étrangers : les 100 dollars de valeur du lacet de chaussure qui a été entièrement fabriqué au Mali.

Graphique 3.1.1.Chaînes de valeur mondiales et composantes de la valeur ajoutée des exportations — Illustration

Source : services du FMI.

Note : VAN = valeur ajoutée nationale contenue dans les exportations; VAE = valeur ajoutée étrangère contenue dans les exportations.

Parallèlement, l’intégration en aval de l’Éthiopie est la valeur ajoutée nationale qui est exportée vers l’Afrique du Sud avant d’être réexportée — à savoir les 200 dollars de valeur ajoutée nationale de l’Éthiopie qui sont contenus dans les exportations de chaussures finies de l’Afrique du Sud. Les exportations sud-africaines sont à leur tour composées des 300 dollars importés et des 50 dollars correspondant à la valeur ajoutée nationale produite en Afrique du Sud.

Cet exemple montre que la valeur ajoutée est comptée plusieurs fois dans les statistiques d’exportations brutes, contrairement aux statistiques basées uniquement sur la valeur ajoutée. Les exportations brutes totales des trois pays s’élèvent à 750 dollars, mais la valeur ajoutée nationale totale est seulement de 350 dollars (Mali : 100 dollars + Éthiopie : 200 dollars + Afrique du Sud : 50 dollars). De plus, l’exemple met en évidence l’écart important qui peut exister entre les exportations brutes et la valeur ajoutée nationale exportée : l’Afrique du Sud affiche la valeur d’exportations brutes la plus élevée, et pourtant sa propre valeur ajoutée nationale est la plus faible, tandis que l’Éthiopie est responsable de la plus grande quantité de valeur ajoutée nationale dans le produit final.

Où les pays d’Afrique subsaharienne se situent-ils dans ce paysage? Jusqu’à une date récente, le manque de données limitait les analyses, mais la base de données Eora de tableaux d’entrées–sorties multi-régionaux, publiée en 2014, a étendu la couverture des données à la plupart des pays à faible revenu du monde (Lenzen et al., 2012, 2013). Même si elle n’est pas sans problèmes — exposés dans l’encadré 3.1—, cette base de données permet d’évaluer pour la première fois le positionnement de la région dans les chaînes de valeur mondiales.

Les pays d’Afrique subsaharienne se trouvent généralement au commencement de leur processus d’intégration dans les chaînes de valeur mondiales, ayant aussi des niveaux de revenu relativement plus faibles que les autres régions du monde (graphique 3.12b). La part de la valeur ajoutée étrangère contenue dans les exportations est basse (15 %), même comparée à la moyenne (20 %) des autres pays émergents et en développement. Plus préoccupant est le fait que leur degré d’intégration a peu augmenté depuis le milieu des années 90, contrairement à tous les autres groupes de revenus ailleurs dans le monde — signe que la région n’est pas encore rentrée dans cette dynamique mondiale, dynamique qui pourrait lui permettre de gagner en productivité et de créer des emplois (graphique 3.13). À l’appui de ce constat, ni la complexité des exportations d’Afrique subsaharienne — mesurée par la diversité des produits (Hausmann et al., 2011) — ni la qualité des biens exportés — évaluée d’après les différences de prix à l’intérieur de catégories de produits (Henn, Papageorgiou et Spatafora, 2013) — n’ont montré d’améliorations sur ces vingt dernières années. En outre, par rapport à toutes les autres régions du monde, les exportations d’Afrique subsaharienne entrent généralement au tout début des chaînes de valeur mondiales (sous forme d’une intégration en aval) : une part plus importante de ses exportations entrent comme intrants dans les exportations d’autres pays, dans la mesure où les produits de base jouent encore un rôle prédominant dans les exportations de nombreux pays de la région.

Graphique 3.13.Participation aux chaînes de valeur mondiales, moyennes pour 1991–95 et 2008–12

Sources : base de données Eora; calculs des services du FMI.

1À l’exclusion des pays d’Afrique subsaharienne.

La situation est toutefois très hétérogène entre les pays d’Afrique subsaharienne, certains ayant fait bien mieux que d’autres (graphique 3.14) :

  • Les exportateurs de pétrole sont les moins intégrés dans les chaînes de valeur mondiales du point de vue de la valeur ajoutée étrangère contenue dans leurs exportations. À l’exception du Cameroun et du Congo, cette part a même diminué, y compris dans des pays comme l’Angola et le Nigéria, ce qui semble indiquer que la diversification des échanges au delà des ressources naturelles a stagné, sinon reculé, au cours de ces vingt dernières années dans ces pays.

  • Cependant, dans le reste de la région, une majorité de pays ont progressé (24 sur 35), même s’ils partaient d’un niveau bas (graphique 3.15). L’amélioration est relativement généralisée parmi les exportateurs de produits de base non pétroliers, avec des pays comme le Burkina Faso, la République démocratique du Congo, le Ghana, la Guinée, le Niger, la République centrafricaine, la Sierra Leone et le Zimbabwe qui enregistrent tous des progrès. Cela montre que même les pays où les produits de base occupent une place importante peuvent s’insérer dans des chaînes de valeur.

  • En haut du palmarès, les progrès ont été particulièrement remarquables dans la CAE et notamment au Kenya, en Ouganda et en Tanzanie — ce qui témoigne aussi des effets positifs de l’intégration économique plus généralement enregistrée dans ces pays et de leur volonté déclarée de renforcer encore leurs liens économiques et monétaires (Drummond, Wajid et Williams, 2015; Sutton, 2012)8. De la même façon, le degré d’intégration des pays de la SACU est relativement plus élevé, à la fois parce que les plus petits d’entre eux (Botswana, Lesotho, Namibie et Swaziland) étaient déjà relativement intégrés au début des années 90, mais aussi parce que l’Afrique du Sud a bien progressé entre 1990 et 2010. En revanche, tant la CEMAC que l’UEMOA continuent de présenter un niveau d’intégration plus faible. Pour la première, cela s’explique par le fait que la plupart de ses membres sont fortement dépendants des exportations de pétrole. Pour la deuxième, cela peut refléter le fait que les volumes relativement importants d’échanges interrégionaux au sein de l’union monétaire ne traduisent pas l’émergence d’une chaîne de valeur régionale, mais correspondent à des échanges de services et de produits finals, le degré d’intégration étant particulièrement faible pour les deux plus grands pays de l’union — la Côte d’Ivoire et le Sénégal.

  • Cinq pays se démarquent plus spécialement, ayant vu la part de la valeur ajoutée étrangère dans leurs exportations augmenter de 5 points de pourcentage ou plus au cours de ces vingt dernières années : l’Afrique du Sud, l’Éthiopie, le Kenya, les Seychelles et la Tanzanie (graphique 3.16). Dans ces pays, les secteurs qui ont bénéficié le plus du renforcement de l’intégration comprennent l’agriculture et l’agro-industrie (en particulier en Éthiopie et aux Seychelles), l’industrie manufacturière (notamment en Tanzanie), mais aussi le textile, les transports et le tourisme, toutefois dans une moindre mesure. Ces exemples sont de bon augure pour la région : d’une part, l’augmentation du degré d’intégration dans certains de ces pays, qui atteint, voire dépasse, 10 points de pourcentage, est du même ordre de grandeur que celle de pays comme la Pologne ou le Viet Nam, qui sont aujourd’hui les exemples types d’une intégration réussie dans de grandes chaînes de valeur mondiales. Ils pointent également les secteurs (agro-industrie, industrie manufacturière légère, tourisme et textile) où l’Afrique subsaharienne pourrait exploiter ses avantages comparatifs, parmi lesquels une main-d’œuvre jeune et croissante, une forte proportion de terres inutilisées et un climat favorable.

  • Mais, pour pouvoir faire jouer ces atouts, le climat des affaires (infrastructures, primauté du droit, compétitivité des coûts et des salaires, etc.) doit être favorable. Davantage d’efforts doivent encore être faits à cet égard, à en juger d’après la tendance générale au déclin de l’industrialisation dans la région attestée par d’autres études (Rodrik, 2015; graphique 3.17). Il convient de noter toutefois que les possibilités de participer aux chaînes de valeur mondiales ne se limitent pas à l’industrie manufacturière. De la même façon que la production des biens a été divisée en différentes étapes, les services sont de plus en plus désagrégés et vendus sous forme de tâches séparées pour créer des chaînes de valeur de services — une évolution qui réussit à l’Inde, par exemple.

Graphique 3.14.Afrique subsaharienne et pays de comparaison : degré d’intégration dans les chaînes de valeur mondiales, moyennes pour 2008–12

Sources : base de données Eora; calculs des services du FMI.

Note : voir à l’annexe 3.2 la liste des groupes de pays.

1À l’exclusion des pays d’Afrique subsaharienne.

Graphique 3.15.Afrique subsaharienne : degré d’intégration dans les chaînes de valeur mondiales, moyenne pour 1991–95 par rapport à 2008–12

Sources : base de données Eora; calculs des services du FMI.

Note : Voir à l’annexe 3.2 la liste des groupes de pays et à la page 74 la liste des abréviations de pays.

Graphique 3.16.Échantillon de pays d’Afrique subsaharienne : contribution des différents secteurs au changement de la part de valeur ajoutée étrange re dans les exportations, 1991–95 à 2008–12

Sources : base de données Eora; calculs des services du FMI.

1 Comprend le matériel électrique et les machines, les produits métalliques, le bois et le papier, les équipements de transport et les autres produits de l’industrie manufacturière.

2 Comprend la construction, les télécommunications, le commerce de gros, les activités d’entretien et les réparations.

Graphique 3.17.Afrique subsaharienne : part de l’industrie manufacturière dans l’économie, 2010 par rapport à 1995

Sources : base de données du Groningen Growth and Development Center (Timmer, de Vries et de Vries, 2014); calculs des services du FMI. Note : Voir à la page 74 la liste des abréviations de pays.

Pour toutes ces raisons, la région jouit encore d’un immense potentiel d’intégration dans les chaînes de valeur mondiales. Grâce à l’exploitation de ce potentiel, une meilleure insertion dans les chaînes de valeur mondiales pourrait favoriser des transformations structurelles et la diversification des exportations et offrir des possibilités d’absorber des technologies et des compétences provenant de l’étranger. Les pays qui ont le plus à y gagner sont ceux dont les marchés intérieurs sont relativement petits, tels bon nombre des pays d’Afrique subsaharienne. En outre, en stimulant la création de nombreux emplois, une intégration plus poussée aux chaînes de valeur mondiales permettrait aussi aux pays de recueillir les dividendes de la transition démographique à venir (voir le chapitre 2)9.

Une autre question qui se pose est celle du pays ou de la région qui pourrait servir de tête de pont à l’intégration de l’Afrique subsaharienne dans les chaînes de valeur mondiales. Quelques économies plus grandes et plus avancées au sein de la région pourraient être candidates, en particulier l’Afrique du Sud. Ou bien, compte tenu des liens croissants avec la Chine et l’Inde, y compris par le biais de l’IDE, ces pays émergents pourraient voir de plus en plus d’intérêt à sous-traiter certaines de leurs activités économiques en Afrique subsaharienne, surtout dans la mesure où la hausse des salaires dans les pays asiatiques pourrait rendre la région plus compétitive sur le plan des coûts.

Dans ce contexte, une analyse économétrique étudie les mesures de politique publique susceptibles de favoriser une plus grande insertion de la région dans les chaînes de valeur mondiales. Après prise en compte du niveau de développement et de la taille de l’économie (les petits pays étant généralement plus intégrés au niveau international, toutes choses égales par ailleurs), il apparaît qu’une intégration plus importante dans les chaînes de valeur mondiales — telle que mesurée par une part plus élevée de valeur ajoutée étrangère dans les exportations d’un pays — est corrélée à de meilleurs indicateurs de capital humain et d’accès au crédit, tandis que des droits de douane élevés et un climat des affaires peu favorable gênent le processus d’intégration (voir l’annexe 3.2, section 3). Plus précisément, une diminution des droits de douane en Afrique subsaharienne afin de les amener au niveau moyen observé dans le reste du monde pourrait accroître la part de la valeur ajoutée étrangère dans les exportations d’environ 3 points de pourcentage, une hausse de l’accès au crédit, de 2 points de pourcentage, et une progression des dépenses d’éducation et de la primauté du droit pour atteindre les niveaux enregistrés ailleurs dans le monde, de 1 point de pourcentage chacun. Même si ces évolutions se produiraient sans doute progressivement, ensemble, elles amèneraient l’intégration de la région aux niveaux actuellement observés dans les autres pays émergents ou à faible revenu. Tout porte donc à croire qu’agir sur ces leviers de politique publique aiderait grandement la région à se mettre en bonne place pour participer aux chaînes de valeur mondiales.

Conclusions

Sur les deux dernières décennies, l’Afrique subsaharienne a connu une formidable expansion de ses échanges commerciaux qui a alimenté son moteur de croissance. La demande soutenue de produits de base a indéniablement stimulé le développement du commerce, en particulier avec les marchés émergents, mais elle n’explique pas tout, car même des exportateurs de produits de base non pétroliers ont su diversifier leurs exportations et commencé à s’insérer dans des chaînes de valeur.

Toutefois, l’environnement mondial actuel s’annonce plus difficile que ces dernières années avec une Chine qui ralentit, une croissance anémique en Europe, des cours des produits de base en forte baisse et les risques de turbulences financières au niveau mondial alors que certaines économies avancées normalisent leur politique monétaire. Cet environnement offre une chance unique de recentrer les politiques publiques dans l’optique de diversifier l’économie et de favoriser des transformations structurelles. Une intégration accrue et de meilleure qualité dans le commerce mondial peut fournir l’occasion recherchée. Même si les échanges commerciaux de l’Afrique subsaharienne sont en forte hausse, ils restent en deçà de leur potentiel, tant sur le plan du volume total que du positionnement dans les chaînes de valeur mondiales. Certains pays ont commencé à faire valoir leurs avantages comparatifs dans l’agriculture ou dans l’agro-industrie, et parfois dans l’industrie manufacturière. Mais, d’une manière plus générale, il serait possible de faire beaucoup plus pour stopper le processus de désindustrialisation progressive de la région.

S’attaquer aux obstacles au commerce pourrait, par conséquent, débloquer des gains de productivité inexploités et amener dans la foulée de nouveaux emplois, des revenus en hausse, des économies plus diversifiées et au bout du compte une croissance plus durable. En outre, encourager le développement du commerce régional protégerait mieux la région des chocs externes exogènes. L’un des principaux handicaps aux échanges commerciaux s’avère être le manque d’infrastructures, mais il ressort aussi que des droits de douane inférieurs, un meilleur accès au crédit pour le secteur privé et un climat des affaires plus porteur sont autant de facteurs qui favorisent des échanges commerciaux plus intenses et une meilleure insertion dans les chaînes de valeur mondiales, de même que les mesures visant à améliorer les indicateurs d’éducation. Ce sont là des leviers sur lesquels les pouvoirs publics ont prise et sur lesquels ils ont commencé à agir. Les efforts engagés doivent être maintenus et même accélérés afin d’exploiter les remarquables atouts de la région, notamment des politiques macroéconomiques avisées, des institutions économiques qui s’améliorent et une main-d’œuvre jeune et de plus en plus abondante.

Annexe 3.1. Tendances récentes de l’intégration financière régionale en Afrique subsaharienne

Progression de l’investissement direct étranger régional

L’investissement direct étranger (IDE) en provenance de l’extérieur du continent reste prédominant, mais l’IDE intrarégional progresse, avec une part des projets annoncés d’investissements internationaux dans des installations nouvelles — le principal type d’investissements en Afrique subsaharienne — d’origine africaine passée de moins de 10 % sur la période 2003–08 à 18 % sur la période 2009–13 (CNUCED, 2014). En outre, une caractéristique distinctive de l’intégration de l’IDE en Afrique subsaharienne est son orientation infrarégionale marquée (graphique 3.1.1).

Graphique 3.1.1.Échantillon de pays d’Afrique subsaharienne : origine de l’investissement direct étranger entrant, 2012

Sources : FMI, Enquête coordonnée sur les investissements directs; calculs des services du FMI.

Note : Voir l’explication des sigles à la note 1 en bas de page.

Contrairement à l’IDE provenant de l’extérieur du continent, la quasi-totalité (97 %) des investissements intra-africains sont concentrés dans l’industrie manufacturière et les services. Dans la Communauté économique des États d’Afrique de l’Ouest (CEDEAO) et la Communauté d’Afrique de l’Est (CAE), l’IDE intrarégional dans ces secteurs représente environ 36 % du total des investissements. Malgré le manque d’informations disponibles sur les types d’entrées d’IDE, on estime que le secteur bancaire est un destinataire important de l’IDE dans les services, en particulier dans la zone de la CEDEAO, où les secteurs bancaires du Nigéria et du Togo se sont développés rapidement via un réseau de filiales (Beck et al., 2014; FMI, 2015a). Pour beaucoup de petits pays d’Afrique subsaharienne souvent enclavés ou non exportateurs de pétrole, l’IDE intrarégional constitue une source importante de capitaux étrangers. Entre 2010 et 2012, par exemple, les investissements d’autres pays d’Afrique ont représenté au moins 30 % des entrées d’IDE au Bénin, au Burkina Faso, en Guinée Bissau, au Lesotho, au Rwanda et au Togo (CNUCED, 2014).

Développement des infrastructures financières régionales

Plusieurs pays d’Afrique subsaharienne ont avancé dans la modernisation de leur système de réglementation et de contrôle, s’orientant vers une approche intégrée au niveau régional. Les données SWIFT soulignent le rôle essentiel joué par les infrastructures financières dans la promotion du commerce intrarégional, avec des volumes de commerce intrarégional supérieurs dans l’UEMOA qui s’expliquent par des infrastructures financières régionales plus développées (SWIFT, 2013). Les pays de la CAE ont commencé à prendre des mesures systématiques d’harmonisation des règles et pratiques de contrôle prudentiel (Beck et al, 2014). En outre, la SADC, le COMESA, l’UEMOA et la CEMAC ont fait des progrès dans l’harmonisation de leurs systèmes de paiement1. De ce fait, les systèmes de paiement transfrontaliers sont de plus en plus utilisés pour faciliter les envois de fonds, réduire les coûts de transaction et promouvoir le commerce intrarégional.

Naissance de marchés obligataires régionaux

En dehors de l’Afrique du Sud, les marchés obligataires dans les pays d’Afrique subsaharienne sont encore embryonnaires du point de vue tant de la taille que de la liquidité. Construire un «marché régional» est un moyen de surmonter les difficultés posées par la petite taille du système financier d’un pays. Cela peut aussi conduire à une multiplication des investisseurs, à des transferts de technologie et à d’autres économies d’échelle, et permettre ainsi une réduction globale des coûts de transaction.

Plusieurs initiatives sont en cours pour développer les marchés régionaux en Afrique subsaharienne. La Bourse régionale des valeurs mobilières (BRVM) a été créée par les autorités de l’UEMOA en 1999, suivie de la Bourse des valeurs mobilières d’Afrique centrale (BVMAC) mise en place par la CEMAC. Ailleurs, la CEDEAO comme la CAE progressent vers une plus grande intégration régionale des marchés financiers. Par exemple, dans la CEDEAO, les Bourses du Ghana, du Nigéria et de la Sierra Leone et la BRVM travaillent à intégrer leurs marchés. Le COMESA prévoit également de créer un marché unique de services financiers.

L’UEMOA est le marché obligataire régional le plus développé en Afrique subsaharienne, bénéficiant de l’intégration économique et monétaire de la région et des institutions régionales chargées de la surveillance financière, du commerce et des règlements. L’émission d’obligations locales sur le marché primaire a considérablement augmenté, bien que la capitalisation du marché reste faible, dominée par la dette publique (graphique 3.1.2). L’intégration régionale a également contribué à une plus grande diversification des émetteurs et des échéances. En 2014, tous les pays de l’UEMOA ont procédé à des émissions sur le marché obligataire régional, à l’exception de la Guinée Bissau, et l’encours des émissions couvrait pratiquement tous les points sur la courbe des rendements dans la plage 3–10 ans).

Graphique 3.1.2.UEMOA : émissions primaires sur le marché obligataire régional (BRVM)

Sources : Banque centrale des États de l’Afrique de l’Ouest (BCEAO); calculs des services du FMI.

Note : À l’exception de deux petites émissions en 2010–11 par des entreprises d’État de la Côte d’Ivoire et du Bénin, toutes les émissions prises en compte ici sont des émissions souveraines. UEMOA = Union économique et monétaire ouest-africaine.

Multiplication des filiales étrangères dans le secteur bancaire

L’ouverture par les banques de filiales à l’étranger a aussi été un canal important de l’intégration financière régionale en Afrique subsaharienne : le nombre de filiales étrangères présentes dans la région a plus que doublé entre 2005 et 2012 (graphique 3.1.3). De plus, le nombre de filiales des groupes bancaires panafricains a augmenté beaucoup plus vite que celui des filiales de banques extérieures à l’Afrique subsaharienne. Les groupes bancaires panafricains ont principalement pour origine l’Afrique du Sud et le Nigéria, et dans une moindre mesure le Kenya (Beck et al., 2014; FMI, 2015c), le plus étendu étant Ecobank, basé au Togo, avec 36 filiales (graphique 3.1.4). Le mode prédominant d’expansion du nombre de filiales a été l’acquisition d’entreprises existantes plutôt que la création d’entreprises nouvelles.

Graphique 3.1.3.Afrique subsaharienne : filiales étrangères des banques, 2005 et 2012

Sources : FMI (2015c); calculs des services du FMI.

Graphique 3.1.4.Afrique subsaharienne : étendue des opérations des banques panafricaines, 2005 et 2012

Source : FMI (2015c).

Annexe 3.2. Description des modèles économétriques utilisés et liste des groupes de pays

1. Ouverture commerciale et croissance

L’estimation est basée sur un ensemble de données d’un panel équilibré, comprenant 42 pays — l’Érythrée, les Seychelles et le Soudan du Sud ne sont pas inclus par manque de données — et six périodes de cinq années chacune, commençant en 1980, 1985, 1990, 1995, 2000 et 2005. La méthode d’estimation est la méthode des moindres carrés en trois étapes (3SLS)1. Le taux de croissance du PIB réel par habitant est la variable dépendante. Comme dans les études antérieures sur ce sujet, cette variable est réputée déterminée par deux déterminants endogènes, les ratios total des investissements/PIB et consommation totale/PIB, et par des variables exogènes, telles que le niveau initial du PIB par habitant, l’ouverture commerciale (définie comme la somme des exportations et des importations en pourcentage du PIB) et l’évolution des termes de l’échange (tableau 3.2.1). Nous utilisons des valeurs retardées de l’ouverture commerciale dans chaque période pour tenir compte de l’endogénéité, et nous considérons que les termes de l’échange sont déterminés de manière exogène par les marchés internationaux. Ces deux variables servent également d’instruments pour les variables endogènes, ainsi que les autres instruments suivants : les valeurs initiales pour chaque période de cinq ans du coût de l’investissement, de la consommation publique en pourcentage du PIB; les valeurs moyennes pour les périodes de cinq ans de l’indicateur de liberté politique, des taux de dépendance des enfants et des personnes âgées, de la densité démographique, du taux d’urbanisation, de l’espérance de vie; et d’autres indicateurs de la superficie du pays et des années d’études primaires et secondaires. Des variables indicatrices sont incluses pour les pays enclavés et les périodes de conflit. L’utilisation de périodes de cinq ans permet de réduire le problème des composantes transitoires sériellement corrélées probables dans le terme d’erreur et le besoin d’effets fixes année. Les tests de spécification semblent montrer que l’ensemble d’instruments est valide et que l’équation est identifiée.

Tableau 3.2.1.Résultats du modèle de croissance incluant l’ouverture commerciale
Niveau initial du PIB−0,81 ***
Ouverture commerciale0,63 **
Termes de l’échange0,50 ***
Investissement2,34 **
Consommation−2,25 «««
Nombres d’observations252
Effets fixes temporelsNon
Effets fixes-paysOui
R20,44
Source : calcul des services du FMI.Note : ** signification à 5 % et *** signification à 1 %.
Source : calcul des services du FMI.Note : ** signification à 5 % et *** signification à 1 %.

2. Modèle de gravité

Pour évaluer l’influence des facteurs géographiques et relatifs aux institutions et aux politiques publiques sur les échanges commerciaux bilatéraux, nous estimons des équations de gravité en utilisant la base de données DOTS (Direction of Trade Statistics) du FMI. Notre échantillon couvre 167 pays pour la période 1980–2013. Bien que la base de données DOTS manque de chiffres sur le commerce des services, elle offre l’ensemble de données de panel le plus large qui existe actuellement sur les flux commerciaux bilatéraux dans le monde. Nos spécifications empiriques peuvent être synthétisées dans l’équation de gravité suivante :

Dans cette équation, xijt, les exportations d’un pays exportateur i vers un pays importateur j pendant l’année t, sont conditionnées par Mit1Ex et Mjt1Im, qui correspondent aux vecteurs des caractéristiques de l’exportateur i et de l’importateur j l’année précédente, et par at, un effet fixe année. Les facteurs qui influent sur les coûts eommeeciaux enere i et j sont représentés par Dijt-1, et uijt correspondent aux déterminants des coûts des échanges commerciaux bilatéraux non observés. Pour éviter le biais de simultanéité, on utilise les valeurs des variables explicatives retardées d’une année.

Le tableau 3.2.2 montre les estimations de l’équation de gravité pour les déterminants des schémas d’échanges bilatéraux. La colonne 1 indique que les caractéristiques des exportateurs et des importateurs telles que la taille (population) et le développement (PIB par habitant), ainsi que les mesures des coûts commerciaux (distances bilatérales, variables indicatrices de langue commune, variables indicatrices de colonisateur commun et variables indicatrices représentant les pays enclavés), interviennent dans les échanges bilatéraux et présentent le signe attendu2.

Tableau 3.2.2.Estimation du modèle de gravité1
(1)(2)(3)(4)(5)
ln (Exportations)ln (Exportations)ln (Exportations)ln (Exportations)ln (Exportations)
Exportateur In (population)1,063***1,043***1,042***1,059***1,319***
(0,008)(0,008)(0,008)(0,008)(0,012)
Importateur In (population)0,966***0,981***0,980***0,962***1,087***
(0,008)(0,008)(0,008)(0,008)(0,012)
Exportateur In (PIB par habitant)0,946***0,854***0,854***0,907***0,827***
(0,011)(0,013)(0,013)(0,012)(0,023)
Importateur In (PIB par habitant)0,703***0,712***0,712***0,665***0,651***
(0,010)(0,011)(0,011)(0,011)(0,021)
Log de la distance−1,393***−1,374***−1,360***−1,368***−1,398***
(0,016)(0,024)(0,024)(0,017)(0,021)
Langue officielle commune0,498***0,554***0,561***0,482***0,474***
(0,065)(0,063)(0,063)(0,064)(0,096)
Langue commune0,337***0,497***0,486***0,515***0,521***
(0,066)(0,064)(0,064)(0,065)(0,099)
Colonisateur commun0,579***0,690***0,676***0,632***0,674***
(0,054)(0,054)(0,054)(0,053)(0,084)
Exportateur enclavé−0,756***−0,562***−0,565***−0,651***−0,631***
(0,038)(0,037)(0,037)(0,037)(0,056)
Importateur enclavé−0,811***−0,785***−0,787***−0,735***−0,758***
(0,037)(0,035)(0,035)(0,036)(0,051)
Tous deux Asie et Pacifique1,889***1,963***
(0,109)(0,110)
Tous deux Europe1,672***1,758***
(0,089)(0,092)
Tous deux Moyen-Orient et Asie centrale0,0060,091
(0,110)(0,112)
Tous deux Amérique du Nord et latine1,071***1,151***
(0,092)(0,094)
Tous deux CEMAC0,508
(0,373)
Tous deux CAE1,607***
(0,419)
Tous deux SACU−0,061
(0,536)
Tous deux UEMOA1,097***
(0,290)
Tous deux Afrique subsaharienne−0,328***
(0,072)
Aucun Afrique subsaharienne0,727***
(0,033)
Primauté du droit chez exportateur0,364***
(0,037)
Primauté du droit chez importateur0,153***
(0,035)
Infrastructures chez exportateur0,226***
(0,021)
Infrastructures chez importateur0,165***
(0,021)
Exportateur ln (droits de douane)−0,112***
(0,010)
Importateur ln (droits de douane)−0,057***
(0,011)
Exportateur ln (crédit intérieur)0,302***
(0,033)
Importateur ln (crédit intérieur)0,187***
(0,029)
Observations48459548459548459548459554997
Effects fixes temporelsOuiOuiOuiOuiOui
Effets fixes-paysNonNonNonNonNon
R20,6240,63520,63550,62440,7271
Source : calcul des services du FMI.Note : Les erreurs types standards robustes sont indiquées entre parenthèses. * signification à 10 %, ** signification à 5 % et *** signification à 1 %.

Toutes les variables explicatives sont retardées d’une année.

Source : calcul des services du FMI.Note : Les erreurs types standards robustes sont indiquées entre parenthèses. * signification à 10 %, ** signification à 5 % et *** signification à 1 %.

Toutes les variables explicatives sont retardées d’une année.

La colonne 2 permet de comparer les échanges bilatéraux intrarégionaux entre les régions. Nous utilisons le groupe des pays d’Afrique subsaharienne comme groupe auquel les échanges bilatéraux des autres régions sont comparés3. Il ressort des résultats que, après prise en compte de la taille, du niveau de développement et des caractéristiques géographiques et culturelles, le commerce bilatéral entre les pays d’Afrique subsaharienne est moins développé qu’entre les pays appartenant aux régions d’Asie, d’Europe et d’Amérique, de 85 %, 80 % et 65 %, respectivement.

La colonne 3 permet d’établir des comparaisons intrarégionales entre les pays d’Afrique subsaharienne qui ont formé des unions monétaires et douanières et ceux qui ne l’ont pas fait. Toutes choses étant égales par ailleurs, les échanges entre les partenaires de la CAE et de l’UEMOA se révèlent cinq fois et trois fois plus élevés, respectivement, que les autres flux commerciaux à l’intérieur de l’Afrique subsaharienne.

La colonne 4 utilise comme groupe de comparaison de référence celui dans lequel soit l’exportateur, soit l’importateur est un pays d’Afrique subsaharienne. Les estimations semblent montrer que, toutes choses étant égales par ailleurs, le commerce intrarégional au sein de l’Afrique subsaharienne est moins développé de 40 % par rapport au commerce interrégional observé entre les pays d’Afrique subsaharienne et des partenaires d’autres régions. En outre, les échanges commerciaux entre les pays d’Afrique subsaharienne et le reste du monde sont en général moitié moindres que ceux qui existent entre les pays en dehors de la région.

En complément, la colonne 5 présente des estimations pour les variables relatives aux institutions et aux politiques publiques, qui concordent avec l’hypothèse qu’une plus grande primauté du droit et des infrastructures de meilleure qualité sont significativement et positivement corrélées aux échanges commerciaux4. Le volume des échanges bilatéraux est globalement plus élevé entre les pays qui appliquent des droits de douane inférieurs et où l’accès au crédit est plus développé. Les valeurs de ces variables pour la région et pour le reste du monde sont présentées au tableau 3.2.35.

Tableau 3.2.3.Déterminants du commerce : Afrique subsaharienne et reste du monde
Afrique subsaharienneReste du monde
Droits de douane7,11,6
Infrastructures2,84,6
Primauté du droit−0,50,5
Crédit intérieur24,168,8
Sources : FMI, base de données des Perspectives de l’économie mondiale; Forum économique mondial.
Sources : FMI, base de données des Perspectives de l’économie mondiale; Forum économique mondial.

3. Insertion dans les chaînes de valeur mondiales

Nous réalisons l’estimation sur un panel non équilibré pour 185 pays et la période comprise entre 2007 et 2011. La méthode d’estimation est la méthode des moindres carrés ordinaire avec des effets fixes années et pays. La variable dépendante est le degré d’intégration en amont d’un pays, c’est-à-dire la part de la valeur ajoutée étrangère dans le total des exportations. Nous tenons compte de la taille du pays, mesurée par le PIB, car les pays relativement moins grands sont en général davantage intégrés en amont, toutes choses étant égales par ailleurs. En outre, du fait de la relation non linéaire entre l’intégration en amont et le revenu par habitant, nous incluons comme variables de contrôle le PIB par habitant ainsi que le même terme au carré pour rendre compte de la partie négative de la relation. Pour les variables relatives aux politiques publiques, nous incluons le crédit intérieur fourni par le secteur financier en pourcentage du PIB, les dépenses d’éducation en pourcentage du PIB, la qualité des infrastructures, la moyenne pondérée des droits de douane appliqués à tous les produits dans un pays donné et pendant une année donnée, et une mesure de la primauté du droit (ces variables sont décrites aux notes de bas de page 4 et 5 de la présente annexe). Toutes les variables, à l’exception des indices, sont en logarithmes et elles sont retardées d’une année pour éviter le biais de simultanéité. Pour tester leur validité, nous procédons également à une régression séparée au moyen du sous-échantillon des pays avec un PIB par habitant de 22.000 dollars ou moins, ce qui rend compte uniquement de la partie dans laquelle les niveaux d’intégration en amont et de revenu sont corrélés positivement. Les variables présentent des ordres de grandeur et des niveaux de signification statistique similaires (tableau 3.2.4).

Tableau 3.2.4.Régression de panel de l’intégration en amont et variables de politiques publiques1
Variable dépendante : intégration en amont en part des exportations totales
(1)

Échantillon

complet
(2)

PIB par habitant

< 22.000 $
PIB réel par habitant0,326**−0,085*
(0,161)(0,047)
PIB réel par habitant 2−0,029**
(0,011)
PIB−0,060***−0,059***
(0,017)(0,020)
Crédit intérieur au secteur privé
(pourcentage du PIB)0,082*0,080
(0,043)(0,054)
Éducation (pourcentage du PIB)0,413***0,349***
(0,081)(0,082)
Primauté du droit0,287***0,328***
(0,063)(0,063)
Qualité des infrastructures0,0470,063
(0,041)(0,048)
Pondération par droits de douane−0,296***−0,254***
(0,037)(0,041)
Constant−2,672***−1,216***
(0,636)(0,380)
Nombre d’observations385236
Effets fixes temporelsOuiOui
Effets fixes-paysOuiOui
R20,390,57

Toutes les variables explicatives sont retardées d’une année.

Sources : base de données Eora; Forum économique mondial, Global Competitiveness Indicators; Banque mondiale, Indicateurs du développement dans le monde; calculs des services du FMI. Note : Toutes les variables sont en log naturel, sauf la primauté du droit et la qualité des infrastructures; les variables indépendantes sont retardées d’un an. Les erreurs types standards robustes sont indiquées entre parenthèses. * signification à 10 %, ** signification à 5 % et *** signification à 1 %.

Toutes les variables explicatives sont retardées d’une année.

Sources : base de données Eora; Forum économique mondial, Global Competitiveness Indicators; Banque mondiale, Indicateurs du développement dans le monde; calculs des services du FMI. Note : Toutes les variables sont en log naturel, sauf la primauté du droit et la qualité des infrastructures; les variables indépendantes sont retardées d’un an. Les erreurs types standards robustes sont indiquées entre parenthèses. * signification à 10 %, ** signification à 5 % et *** signification à 1 %.

4. Groupes de pays

Pays d’Afrique subsaharienne exportateurs de pétrolePays d’Afrique subsaharienne non pétroliers riches en ressources naturellesPays côtiers d’Afrique subsaharienne pauvres en ressources naturellesPays enclavés d’Afrique subsaharienne pauvres en ressources naturelles
Angola, Cameroun, République du Congo, Gabon, Guinée équatoriale, Nigéria, Soudan du Sud, TchadAfrique du Sud, Botswana, Burkina Faso, République démocratique du Congo, Ghana, Guinée, Libéria, Mali, Namibie, Niger, République centrafricaine, Sierra Leone, Tanzanie, Zambie, ZimbabweBénin, Comores, Côte d’Ivoire, Érythrée, Gambie, Guinée Bissau, Kenya, Madagascar, Maurice, Mozambique, République de Cabo Verde, São Tomé-et-Príncipe, Sénégal, Seychelles, TogoBurundi, Éthiopie, Lesotho, Malawi, Ouganda, Rwanda, Swaziland

Ce chapitre a été préparé, sous la direction de Céline Allard, par une équipe composée de Jorge Iván Canales Kriljenko, Wenjie Chen, Jesus Gonzalez-Garcia, Emmanouil Kitsios et Juan Treviño, avec le concours de Cleary Haines et George Rooney en matière de recherche.

On trouvera aussi une analyse approfondie des liens commerciaux grandissants avec les pays émergents dans le chapitre 3 de l’édition d’octobre 2011 des Perspectives économiques régionales : Afrique subsaharienne.

Voir, par exemple, les numéros d’avril 2011, avril 2012, octobre 2012 et octobre 2014 de Perspectives économiques régionales : Afrique subsaharienne.

Pour tenir compte de l’endogénéité, nous utilisons des variables retardées ou nous instrumentalisons selon la méthode des moindres carrés en trois étapes (3SLS)(voir aussi l’annexe 3.2, section 1).

Pour Elson (2013), par exemple, la solvabilité budgétaire et la viabilité de la dette extérieure, ainsi que des mesures visant à améliorer les indicateurs d’éducation, la qualité de la maind’œuvre, la capacité des institutions à fournir des infrastructures et le niveau général du climat des affaires, sont des conditions essentielles pour qu’une plus grande ouverture commerciale débouche sur des gains de productivité. De même, Alcalá et Ciccone (2004) concluent que le commerce influe sur la productivité du travail par le biais de la productivité totale des facteurs, et que la qualité des institutions a un impact significatif sur la productivité.

Les échanges internationaux non répertoriés sont sans doute plus élevés à l’intérieur de l’Afrique subsaharienne qu’ailleurs dans le monde, et il est donc possible qu’à cause de cela, les écarts soient surestimés. Néanmoins, ces écarts sont tellement grands qu’ils persisteraient même si la couverture des données était plus complète.

Les indicateurs relatifs à la primauté du droit et à la qualité des infrastructures proviennent de la base de données Global Competitiveness Indicators du Forum économique mondial. Les droits de douane sont calculés comme étant les moyennes des tarifs appliqués pondérés par les pourcentages des importations de chaque pays partenaire, et l’accès au crédit fait référence au crédit intérieur accordé par le secteur financier en pourcentage du PIB; les deux indicateurs proviennent de la base de données des Indicateurs du développement dans le monde de la Banque mondiale.

Par exemple, Maertens, Colen et Swinnen (2011) concluent que l’intégration dans les chaînes de valeur mondiales agricoles a un effet positif sur la réduction de la pauvreté, car elle est une source d’emplois formels et rémunérés pour les ouvriers agricoles, généralement peu qualifiés, qui travaillent en grande majorité dans le secteur informel.

L’investissement direct étranger (IDE), notamment des sociétés multinationales, joue un rôle essentiel dans l’intégration de ces pays aux chaînes de valeur mondiales. Par exemple, en 2013, la Tanzanie a enregistré le plus haut niveau d’IDE de la région, avec 1,9 milliard de dollars (CNUCED, 2014). En Ouganda, Quality Chemicals, coentreprise regroupant une entreprise chimique ougandaise et la société indienne Cipla, fabrique des médicaments antirétroviraux en utilisant des intrants importés tels que de l’équipement et des brevets. Les médicaments produits sont exportés dans toute l’Afrique subsaharienne.

Il convient de souligner que l’intégration dans les chaînes de valeur mondiales n’est pas en soi une garantie de hausse des revenus, car les pays participant à des segments de chaînes de valeur mondiales à faible valeur ajoutée courent le risque de rester éternellement confinés à ces segments. Néanmoins, le fait d’augmenter le degré d’intégration dans la chaîne de valeur mondiale — c’est-à-dire d’accroître la part de la valeur ajoutée étrangère dans les exportations d’un pays — est effectivement corrélé à de meilleures chances d’accélérer les transformations structurelles. L’insertion dans les chaînes de valeur mondiales peut également avoir des répercussions positives sur l’économie nationale par le biais des liaisons en amont, à condition que les secteurs domestiques soient suffisamment concurrentiels pour contribuer à la chaîne de valeur. Par exemple, lorsque des liaisons verticales en amont intègrent des fournisseurs locaux dans les processus de production d’entreprises participant aux chaînes de valeur mondiales, ces fournisseurs locaux peuvent aussi bénéficier de retombées positives en termes de savoir et de technologies (Javorcik et Spatareanu, 2008).

Cette annexe a été préparée par Rahul Anand, Jorge Iván Canales Kriljenko et Daniela Marchettini.

Les groupements régionaux comprennent la Communauté économique et monétaire de l’Afrique centrale (CEMAC), le Marché commun de l’Afrique orientale et australe (COMESA), la Communauté de développement de l’Afrique australe (SADC) et l’Union économique et monétaire ouest-africaine (UEMOA).

Nous remercions Mark Schaffer de nous avoir fourni son code d’estimation 3SLS.

Les variables indicatrices de langue commune indiquent si les deux partenaires commerciaux partagent une langue officielle commune ou une langue parlée par au moins 9 % de la population dans les deux pays (Mayer et Zignago, 2011).

Des variables indicatrices du commerce interrégional sont incluses, mais ne sont pas présentées, dans les spécifications des colonnes 2 et 3. Les écarts-types sont regroupés au niveau des paires de pays.

Les indicateurs d’application de la loi et de qualité des infrastructures proviennent de la base de données Global Competitiveness Indicators du Forum économique mondial.

Les droits de douane sont les moyennes des taux effectivement appliqués pondérées par les pourcentages des importations des produits correspondant à chaque partenaire. Le crédit disponible correspond au crédit intérieur fourni par le secteur financier en pourcentage du PIB. Les deux variables proviennent de la base de données des Indicateurs du développement dans le monde de la Banque mondiale.

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