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2. Comment l’Afrique subsaharienne peut-elle tirer parti du dividende démographique?

Author(s):
International Monetary Fund. African Dept.
Published Date:
April 2015
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D’ici 2035, l’Afrique subsaharienne comptera plus d’habitants en âge de travailler (15–64 ans) que tout le reste de la planète (graphique 2.1). Cette tendance pourrait avoir des répercussions importantes à la fois pour la région et l’économie mondiale.

Graphique 2.1.Évolution de la part de la population mondiale en âge de travailler

(15–64 ans)

Sources : Nations Unies, World Population Prospects, 2012; calculs des services du FMI.

  • Dans la région, les tendances actuelles se traduiront, entre autres, par une augmentation rapide de la population et une transition démographique, c’est-à-dire une forte progression de la part de la population en âge de travailler (PPAT; voir encadré 2.1). Dans la plupart des autres parties du monde, ce type de transition est allée de pair avec une hausse de l’épargne et de l’investissement, ce qui a rehaussé la croissance potentielle et effective. À l’inverse, si les résultats économiques des pays devaient fléchir, l’évolution démographique pourrait avoir de graves ramifications.

  • À l’échelle mondiale, l’intégration des travailleurs d’Afrique subsaharienne dans les chaînes de production mondiales serait bénéfique. De fait, compte tenu du vieillissement de la population observé presque partout ailleurs, il pourrait n’y avoir guère d’autre choix. La population en âge de travailler a augmenté rapidement au cours des dernières décennies et soutenu la croissance mondiale, mais depuis peu la tendance s’inverse. Si le mouvement se poursuit, la population mondiale en âge de travailler (hors Afrique subsaharienne) commencera à diminuer vers 2050. Au vu du vieillissement constaté ailleurs, l’Afrique subsaharienne va devenir le moteur de la croissance démographique mondiale.

Ce chapitre s’intéresse à ce qu’implique la transition démographique pour l’Afrique subsaharienne, l’objectif étant d’identifier les politiques qui aideront les gouvernants à obtenir le plus grand dividende démographique possible. Le terme «dividende» désigne ici un regain de croissance économique consécutif à des modifications de la pyramide des âges et aux politiques menées en parallèle. Ce chapitre examine donc la transition démographique en Afrique subsaharienne dans une perspective historique et mondiale, les possibilités qu’elle offre aux pays de la région et les politiques susceptibles de maximiser le dividende démographique, à la lumière des expériences est-asiatiques et latino-américaines; enfin, il estime les effets économiques de la transition démographique dans différents scénarios.

Les principales conclusions sont les suivantes :

  • L’Afrique subsaharienne peut espérer un dividende démographique substantiel, dont l’ampleur dépendra du rythme de la transition et des politiques publiques. Le revenu par habitant pourrait progresser d’encore 25 % d’ici à 2050, sous le seul effet de la transition démographique. À l’horizon 2100, le gain pourrait être d’environ 55 %. Accompagné de mesures appropriées, le dividende pourrait doper le revenu d’environ 50 % d’ici à 2050 et de près de 120 % à l’horizon 2100, ce qui pourrait permettre à de nombreux pays de quitter le groupe des pays à faible revenu pour celui des pays à revenu intermédiaire.

  • Pour maximiser le dividende, l’Afrique subsaharienne devra créer des emplois à forte productivité à raison d’environ 18 millions par an en moyenne jusqu’en 2035 — ce qui est un rythme extrêmement rapide, voire sans précédent, afin d’absorber les nouveaux arrivants sur le marché du travail. Il faudra prendre des mesures pour encourager une sortie progressive du secteur informel1, qui représente aujourd’hui environ 90 % des 400 millions d’emplois occupés dans les pays subsahariens à faible revenu, au profit du secteur formel non agricole. Si la région ne crée pas suffisamment d’emplois, elle risque d’aller au-devant de graves problèmes économiques et sociaux.

  • L’ampleur globale du dividende dépendra de la vitesse de la transition, c’est-à-dire du rythme auquel baisseront les taux de mortalité infantile et de fécondité. Certains pays d’Afrique subsaharienne où les taux de fécondité sont encore élevés peuvent espérer des progrès significatifs si les taux de mortalité infantile et de fécondité reculent. Plus les baisses seront rapides, plus l’augmentation de la part de la population en âge de travailler sera prononcée et rapide. Si la transition n’est pas accélérée, le dividende démographique sera retardé.

  • Les facteurs importants pour la croissance (stabilité macroéconomique, ouverture aux échanges, solidité des institutions, etc.) le sont aussi quand il s’agit de saisir le dividende démographique, et plus encore quand la population en général et la part de la population en âge de travailler s’accroissent rapidement. Mais certaines politiques deviennent relativement plus importantes en période de transition démographique. Investir dans le capital humain, y compris la santé et l’éducation, est essentiel au départ, afin d’accélérer la transition, rehausser la productivité de la main-d’œuvre et augmenter le dividende potentiel. Pour améliorer les perspectives d’emploi, des mesures doivent être prises afin de rendre les marchés du travail plus flexibles, de faciliter le développement de secteurs à forte intensité de main-d’œuvre capables d’affronter la concurrence mondiale, et de libéraliser le commerce. De même, il peut être bon pour l’emploi et la croissance de poursuivre le développement du secteur financier afin d’utiliser efficacement l’épargne pour financer l’investissement. Un grand nombre de ces politiques s’influencent mutuellement; il est donc impératif d’exploiter les synergies pour accroître le dividende.

Transition démographique en afrique subsaharienne

Évolutions démographiques

Dans la plupart des pays de la région, une transition démographique est en cours, car les taux de mortalité infantile et de fécondité reculent, entraînant une augmentation de la part de la population en âge de travailler. La population d’Afrique subsaharienne, qui compte aujourd’hui environ 800 millions de personnes, devrait s’établir à 2 milliards en 2050, puis 3,7 milliards en 2100 (graphique 2.2).

Graphique 2.2.Afrique subsaharienne : structure de la poputation, 1950–2100

Sources : Nations Unies, World Population Prospects, 2012; calculs des services du FMI.

Note : PPAT = part de la population en âge de travailler.

D’ici 2050 :

  • la classe d’âge la plus jeune (0–14 ans) devrait doubler, pour totaliser environ 685 millions d’individus;

  • la part de la population en âge de travailler (15–64 ans) devrait tripler et passer à 1,25 milliard;

  • le nombre de personnes âgées (plus de 65 ans) devrait quadrupler et atteindre 100 millions sous l’effet de l’amélioration de l’espérance de vie.

Ces projections se fondent sur le scénario de fécondité moyenne des Nations Unies, qui postule une baisse de la fécondité dans les pays à fécondité élevée, comparable à celle observée en Asie et en Amérique latine après les années 502. Ces chiffres sont toutefois incertains et des risques de forte sous-estimation existent en raison de la persistance de taux de fécondité élevés dans certains pays subsahariens3. D’après les scénarios de fécondité élevée des Nations Unies, la population subsaharienne pourrait être multipliée par plus de 6 d’ici 2100, ou par 4 selon le scénario de fécondité moyenne (graphique 2.3)4. Le reste du chapitre s’appuie sur le scénario de fécondité moyenne des Nations Unies.

Graphique 2.3.Afrique subsaharienne : évolution de la population selon trois scénarios, 1950–2100

Source : Nations Unies, World Population Prospects, 2012.

Le rythme et la trajectoire de la transition démographique sont très variables selon les pays d’Afrique subsaharienne considérés (encadré 2.2). On distingue principalement trois groupes en fonction de l’évolution de la part de la population en âge de travailler : 1) les pays où la transition est avancée, 2) les pays en cours de transition, et 3) les pays où la transition n’a pas beaucoup évolué5. Le graphique 2.4 illustre cette classification avec trois pays correspondant à peu près à ces catégories respectives. Le graphique 2.5 montre les progrès de la transition démographique dans les différents pays d’Afrique subsaharienne6.

Graphique 2.4.Échantillon de pays : part de la population en âge de travailler à différents stades de la transition, 1950–2100

Source : Nations Unies, World Population Prospects, 2012.

Graphique 2.5.Afrique subsaharienne : évolution des parts de population en âge de travailler (PPAT)

Sources : Nations Unies, World Population Prospects, 2012; calculs des services du FMI.

Note : Un pays est classé dans la catégorie 1) «transition avancée» si la PPAT y a augmenté de plus de 10 points de pourcentage depuis le début de la transition et si sa transition est accomplie au moins aux trois quarts; 2) «transition en cours» si la PPAT y a augmenté de 2 à 10 points; 3) «transition en phase initiale» si la PPAT y a augmenté de moins de 2 points.

  • Transition avancée. Ces pays ont amorcé leur transition dans les années 60 et l’ont presque terminée, et le processus a duré à peu près aussi longtemps que dans les pays est-asiatiques et latino-américains. La transition a été rendue possible par la baisse rapide des taux de mortalité et de fécondité. Durant cette période, leurs taux de croissance du PIB ont été parmi les plus élevés d’Afrique subsaharienne, les propulsant dans la catégorie des pays à revenu intermédiaire (graphique 2.6). L’encadré 2.3 présente le cas de l’île Maurice, où la transition, d’abord difficile, a finalement abouti, facilitée par des mesures complémentaires.

  • Transition en cours. Ce groupe comprend un certain nombre de pays où la transition a commencé dans les années 80 et où la part de la population en âge de travailler ne culminera pas avant 2050. À ce jour, le rythme d’augmentation de cette part varie de 10 points de pourcentage pour des pays comme la Namibie ou le Swaziland à un peu plus de 2 points de pourcentage pour le Burkina Faso et la République du Congo, entre autres.

  • Transition en phase initiale. La transition avance lentement dans ces pays, car de manière générale la baisse des taux de mortalité et de fécondité, initialement élevés, y a été très modeste. De ce fait, la part de la population en âge de travailler ne devrait donc s’accroître fortement qu’après 2050. Ce groupe comprend l’Angola, le Nigéria, l’Ouganda, la République démocratique du Congo et la Tanzanie, qui sont parmi les pays les plus peuplés de la région subsaharienne, mais aussi le Niger, où la transition ne fait que commencer.

Graphique 2.6.Afrique subsaharienne : part de la population en âge de travailler et PIB réel par habitant, 2010

Sources : Nations Unies, World Population Prospects, 2012; Banque mondiale, Indicateurs du développement dans le monde.

Note : voir à la page 74 la liste des abréviations de pays.

La vitesse de la transition est directement liée aux taux de fécondité. Le taux de fécondité moyen en Afrique subsaharienne est tombé à 4,7 enfants par femme, mais demeure élevé dans bon nombre de pays, en raison de forts taux de mortalité infantile, de préférences culturelles et, dans certains cas, d’un accès limité à la planification familiale (Guengant et May, 2013; Nations Unies, 2014). La fécondité élevée est corrélée positivement avec la mortalité infantile et négativement avec le revenu (graphiques 2.7 et 2.8).

Graphique 2.7.Afrique subsaharienne : mortalité des enfants de moins de cinq ans et taux de fécondité, 2010–15

Source : Nations Unies, World Population Prospects, 2012.

Note : Les données s’appuient à la fois sur des taux effectifs et des projections. Voir à la page 74 la liste des abréviations de pays.

Graphique 2.8.PIB réel par habitant et taux de fécondité

Source : Nations Unies, World Population Prospects, 2012.

Note : Les dates indiquées figurant entre parenthèses se rapportent à la période pour laquelle le taux de fécondité et le PIB par habitant sont indiqués. Voir à la page 74 la liste des abréviations de pays.

1 «Afrique subsaharienne en cours» désigne les pays où la transition est en cours, au sens du graphique 2.5.

Comme ce chapitre s’intéresse à comment réussir la transition démographique, le reste de la discussion portera sur les pays en cours et en début de transition.

Contexte régional

Selon les projections, les évolutions démographiques en Afrique subsaharienne devraient varier considérablement d’un pays à l’autre (graphique 2.9). C’est dans l’Est et l’Ouest de la région que la population va le plus augmenter, avec une hausse prévue de plus d’un milliard de personnes dans les deux régions. Dans le Sud, les chiffres devraient essentiellement stagner, reflétant l’achèvement de la transition dans les pays les plus peuplés, comme l’Afrique du Sud et le Botswana. Le Nigéria est le pays dont la population devrait le plus augmenter.

Graphique 2.9.Afrique subsaharienne : tendances démographiques par région, 1950–2100

Source : Nations Unies, World Population Prospects, 2012.

Contexte mondial

En Afrique subsaharienne, l’augmentation de la part de la population en âge de travailler dope le potentiel productif, alors que la plupart des pays les plus avancés sont confrontés au vieillissement de leur population et au recul de la proportion des personnes en âge de travailler (graphiques 2.10 et 2.11). La part de l’Afrique subsaharienne dans la main-d’œuvre mondiale devrait ainsi passer de 10 % en 2010 à 37 % en 2100 (graphique 2.12).

Graphique 2.10.Tendances mondiales de la part de la population en âge de travailler, 1950–2100

Source : Nations Unies, World Population Prospects, 2012.

Graphique 2.11.Évolution de la population en âge de travailler, 1960–2060

Source : Nations Unies, World Population Prospects, 2012.

Graphique 2.12.Part de la population active mondiale

Source : Nations Unies, World Population Prospects, 2012.

Ces évolutions démographiques majeures auront des conséquences non négligeables pour la région subsaharienne elle-même et pour l’économie mondiale, car la main-d’œuvre pourrait circuler de l’Afrique subsaharienne vers les autres régions, à l’inverse du capital.

Le dividende démographique : sources et défis

Comme cela est décrit plus haut, la transition démographique offre aux pays d’Afrique subsaharienne la possibilité de recueillir un dividende démographique associé au gain de croissance économique qu’engendrent la transformation de la pyramide des âges et l’adoption de politiques complémentaires. Une transition démographique s’effectue en plusieurs phases, qui influent chacune sur la croissance par des canaux différents (Galor et Weil, 2000) :

  • Premièrement, l’accroissement de la part de la population en âge de travailler est une source directe d’augmentation du revenu par habitant. Si le surcroît de main-d’œuvre est occupé, la production économique et le revenu du travail par habitant devraient être supérieurs.

  • Deuxièmement, la baisse des taux de fécondité est généralement associée à une hausse du taux d’activité des femmes, qui fait encore augmenter la main-d’œuvre et contribue à des baisses encore plus marquées du taux de fécondité (Bloom et al., 2009; Soares et Falcao, 2008). Supprimer les obstacles juridiques et institutionnels qui restreignent l’entrée des femmes dans la population active peut permettre à une économie d’augmenter son réservoir de main-d’œuvre (Gonzalez et al., 2015).

  • Troisièmement, la baisse du nombre d’enfants et le relèvement concomitant de l’espérance de vie sont associés à une montée de l’investissement privé dans l’éducation et les soins de santé, et améliorent donc la productivité de la main-d’œuvre (Rosenzweig, 1990; Soares, 2005).

  • Quatrièmement, comme les taux d’épargne les plus élevés tendent à être observés chez les personnes en âge de travailler, la croissance bénéficiera d’un coup de pouce temporaire, car cette épargne sert à financer les investissements (Higgins, 1998; FMI, 2004; Hassan, Sanchez et Yu, 2011).

Mais le dividende démographique n’a rien d’automatique. Pour obtenir le dividende le plus élevé possible, les pays d’Afrique subsaharienne devront faire baisser plus rapidement la mortalité infantile et la fécondité et créer de nombreux emplois (18 millions par an en moyenne entre 2010 et 2035), en veillant à ce que les nouveaux travailleurs soient productifs. Les dirigeants devront s’efforcer de parvenir à ces objectifs, tout en relevant trois défis de taille :

  • Premièrement, les taux de fécondité pourraient rester élevés plus longtemps dans de nombreux pays d’Afrique subsaharienne, ce qui pourrait retarder ou réduire le dividende potentiel.

  • Deuxièmement, l’accroissement démographique va peser sur les ressources publiques et les capacités de mise en œuvre. Pour simplement maintenir le niveau actuel de services fournis à la population, les pays devront développer leurs réseaux routiers, leurs systèmes d’approvisionnement en électricité et en eau et d’assainissement, ainsi que l’offre de services de santé et d’éducation. Cependant, pour exploiter au mieux le dividende démographique potentiel, ils devront non seulement maintenir mais aussi augmenter les investissements par habitant dans la santé, l’éducation et les infrastructures.

  • Enfin, la grande majorité des Africains subsahariens travaillent dans le secteur informel, qui devrait rester la principale source d’emploi à court terme. En outre, il semblerait que la plupart des femmes de la région n’ont d’autres choix que de travailler dans ce secteur, car elles doivent élever leurs enfants tout en exerçant une activité rémunérée. En raison de la productivité plus faible mesurée dans le secteur informel, l’Afrique subsaharienne pourrait afficher des productivités inférieures à la moyenne durant une partie de la transition.

Dans la section suivante, nous évaluons les performances de l’Asie de l’Est et de l’Amérique latine dans la gestion de leurs transitions démographiques respectives. Une comparaison est également établie entre les pays d’Afrique subsaharienne en cours de transition et certains pays est-asiatiques et latino-américains dont la transition a commencé il y a 25 ans.

Le dividende démographique : exemples internationaux

Des tendances diverses

L’Asie de l’Est et l’Amérique latine ont entamé leur transition démographique à peu près au même moment, dans les années 607. L’année de démarrage serait 1965 pour ces deux régions, et 1985 pour les pays d’Afrique subsaharienne «en cours de transition» : c’est en 1985 que la part de la population en âge de travailler a commencé à augmenter, ce qui, de notre point de vue, peut être considéré comme le début de la transition. Une comparaison de l’évolution des variables clés dans ces trois régions accomplissant leur transition démographique peut être riche d’enseignements.

PIB par habitant. Alors que son PIB par habitant était inférieur environ de moitié à celui de l’Amérique latine au début de la transition, l’Asie de l’Est l’a vu progresser d’en moyenne 3,7 % par an au cours de ces cinquante dernières années, contre 2,2 % en Amérique latine (graphique 2.13). Bloom, Canning et Malaney (1999) estiment qu’au moins 45 % de la croissance est-asiatique était imputable à la transition. L’Afrique subsaharienne a commencé sa transition avec un PIB par habitant bien moindre et ne l’a guère vu augmenter pendant les 25 premières années de la transition.

Graphique 2.13.Échantillon de régions : indice du PIB réel par habitant

Sources : Banque mondiale, Indicateurs du développement dans le monde; estimations des services du FMI.

1 «Afrique subsaharienne en cours» désigne les pays où la transition est en cours, au sens du graphique 2.5.

Taille de la PPAT. En Asie de l’Est, le recul plus rapide de la fécondité s’est logiquement traduit par une augmentation plus rapide de la part de la population en âge de travailler qu’en Amérique latine (graphiques 2.14 et 2.15). Au début de la transition, les pays subsahariens affichaient des taux de fécondité comparables à ceux des pays latino-américains, mais ils ont baissé encore plus lentement, d’où une augmentation moins rapide de la PPAT.

Graphique 2.14.Échantillonde régions : taux de fécondité moyens

Sources : Banque mondiale, Indicateurs du développement dans le monde; estimations des services du FMI.

1 «Afrique subsaharienne en cours» désigne les pays où la transition est en cours, au sens du graphique 2.5.

Graphique 2.15.Échantillon de régions : part médiane de la population en âge de travailler

Sources : Banque mondiale, Indicateurs du développement dans le monde; estimations des services du FMI.

1 «Afrique subsaharienne en cours» désigne les pays où la transition est en cours, au sens du graphique 2.5.

Modifications de la structure de l’économie. En Asie de l’Est, la part de l’agriculture a fortement chuté en raison de la progression rapide des activités manufacturières à forte intensité de main-d’œuvre (graphique 2.16). Partie d’un niveau sensiblement plus bas, la part de l’agriculture dans le PIB a reculé bien plus lentement en Amérique latine. L’Afrique subsaharienne reste fortement dépendante de l’agriculture, alors que, sur ce plan, elle était initialement au même niveau que l’Asie de l’Est.

Graphique 2.16.Échantillon de régions : part médiane de l’agriculture dans le PIB

Sources : Banque mondiale, Indicateurs du développement dans le monde; estimations des services du FMI.

1 «Afrique subsaharienne en cours» désigne les pays où la transition est en cours, au sens du graphique 2.5.

Exportations. Les exportations rapportées au PIB ont quasiment triplé en Asie de l’Est (graphique 2.17; Page, 1997; BID, 1997)8. En Amérique latine, la hausse a été bien plus modeste. En Afrique subsaharienne, les exportations ont progressé relativement moins vite qu’en Asie de l’Est (graphique 2.18). De fait, alors que la part des exportations d’Afrique subsaharienne était nettement plus élevée que celle des exportations d’Amérique latine au début de leurs transitions respectives, les parts étaient quasiment identiques 25 ans plus tard. En outre, les exportations subsahariennes consistent pour une large part en produits de l’industrie extractive. Comme cette dernière tend à nécessiter des investissements importants, elle ne crée pas forcément autant d’emplois que l’industrie manufacturière et les services, deux secteurs à forte intensité de main-d’œuvre.

Graphique 2.17.Échantillon de régions : part médiane des exportations dans le PIB

Sources : Banque mondiale, Indicateurs du développement dans le monde; estimations des services du FMI.

1 «Afrique subsaharienne en cours» désigne les pays où la transition est en cours, au sens du graphique 2.5.

Graphique 2.18.Échantillon de régions : variation de la part de la population en âge de travailler et variation des exportations entre t = 0 et t = 25

Sources : Banque mondiale, Indicateurs du développement dans le monde; estimations des services du FMI.

1 «Afrique subsaharienne en cours» désigne les pays où la transition est en cours, au sens du graphique 2.5.

Épargne et investissement. Plus élevée au départ, l’épargne privée a atteint un niveau bien plus haut en Asie de l’Est qu’en Amérique latine (graphique 2.19). De plus, pendant la transition, l’épargne publique n’a pas fléchi comme en Amérique latine (graphique 2.20; Uy, 1993). La plupart des pays d’Afrique subsaharienne en cours de transition ont enregistré des hausses modestes de l’épargne privée et publique (graphiques 2.21 et 2.22).

Graphique 2.19.Échantillon de régions : épargne privée médiane

Sources : FMI, base de données des Perspectives de l’économie mondiale; estimations des services du FMI.

1 «Afrique subsaharienne en cours» désigne les pays où la transition est en cours, au sens du graphique 2.5.

Graphique 2.20.Échantillon de régions : épargne publique médiane

Source : FMI, base de données des Perspectives de l’économie mondiale.

1 «Afrique subsaharienne en cours» désigne les pays où la transition est en cours, au sens du graphique 2.5.

Graphique 2.21.Échantillon de régions : variation de la part de la population en âge de travailler et variation de l’épargne privée entre t = 0 et t = 25

Sources : Nations Unies, World Population Prospects, 2012; FMI, base de données des Perspectives de l’économie mondiale.

1 «Afrique subsaharienne en cours» désigne les pays où la transition est en cours, au sens du graphique 2.5.

Graphique 2.22.Échantillon de régions : épargne publique médiane et part de la population en âge de travailler de t = 0 à t = 25

Sources : Nations Unies, World Population Prospects, 2012; FMI, base de données des Perspectives de l’économie mondiale.

1 «Afrique subsaharienne en cours» désigne les pays où la transition est en cours, au sens du graphique 2.5.

La transition démographique a moins contribué à la croissance économique en Amérique latine qu’en Asie de l’Est (Drummond, Thakoor et Yu, 2014; voir encadré 2.4). Certains auteurs avancent que les politiques conduites sont largement responsables des différences de résultats d’une région à l’autre. En Asie de l’Est, l’action conjuguée d’une transition démographique plus rapide et de mesures économiques plus appropriées expliquerait ainsi environ 40 % de l’écart de croissance économique avec l’Amérique latine (Bloom et Canning, 2001).

Le rôle essentiel des politiques publiques

Les mesures adoptées respectivement en Asie de l’Est et en Amérique latine peuvent fournir de précieuses indications pour les pays d’Afrique subsaharienne en cours de transition démographique. Comme cela est indiqué plus haut, les pays d’Asie de l’Est ont connu une transition plus rapide et touché un dividende démographique supérieur à celui des pays d’Amérique latine. Ils y sont parvenus en se dotant d’un cadre macroéconomique approprié pour exploiter le potentiel associé à l’accroissement de la population en âge de travailler. Les politiques de santé et d’éducation conduites en Asie de l’Est ont permis d’accélérer la transition et d’améliorer la productivité globale de la main-d’œuvre, tandis que la stabilité macroéconomique et les mesures complémentaires liées à la transformation structurelle et au commerce extérieur ont favorisé la création d’emplois et l’épargne (Bloom, Canning et Sevilla, 2003; Reher, 2011). Plus précisément, le fait que l’Asie de l’Est est amenée à mieux tirer parti du dividende démographique a été attribué aux facteurs suivants :

  • Les mesures adoptées ont contribué à accélérer la transition démographique. C’est le résultat, notamment, de programmes publics encourageant les couples à avoir moins d’enfants et le recours à des méthodes peu coûteuses pour réguler la fécondité (Mason, 2003).

  • Les investissements dans le capital humain ont augmenté la productivité de la main-d’œuvre. Les dépenses publiques pour l’éducation ont stimulé la productivité en améliorant les compétences et la santé et contribué ainsi à pourvoir aux besoins d’économies en pleine croissance et en voie de diversification (Page, 1994; Mason, 1997; Gribble et Bremner, 2012).

  • La flexibilité du marché du travail et la transition vers des activités manufacturières à forte intensité de main-d’œuvre ont facilité la création d’emplois. Les salaires ont pu davantage varier en réaction aux chocs macroéconomiques et ont également réduit l’écart de revenu entre secteur formel et informel, ce qui a contribué à la stabilité sociale globale et créé ainsi des conditions plus favorables à la croissance (Mason, 1997, 2003; Elson, 2013). Dans de nombreux pays d’Amérique latine, au contraire, des politiques de remplacement des importations ont soutenu le développement de puissants groupes d’intérêts, ce qui a permis aux salaires de progresser plus vite que la productivité et pesé sur l’investissement et les perspectives de croissance (Elson, 2013). En outre, des règles sévères de protection des travailleurs n’ont bénéficié qu’à une catégorie particulière de travailleurs du secteur privé formel et du secteur public.

  • L’intégration commerciale accrue a stimulé la création d’emplois, la transformation structurelle et les transferts de technologie. Si l’Amérique latine avait été aussi ouverte que l’Asie de l’Est, on estime que le taux de croissance annuel moyen de son PIB par habitant aurait augmenté de 0,9 point de pourcentage de plus entre 1965 et 1985 (Summers et Heston, 1991). Inversement, après la transition, environ 40 % de l’augmentation du potentiel de croissance de l’Amérique latine observée à la fin des années 80 est imputable à la libéralisation du commerce9.

  • L’accroissement de l’épargne consécutif à la transition démographique a soutenu l’investissement et, simultanément, l’essor du secteur financier. Les taux d’épargne plus élevés affichés par l’Asie de l’Est s’appuyaient sur une baisse des ratios inactifs/ actifs, une croissance plus rapide et le modèle de la famille élargie, qui a limité le recul de l’épargne généralement associé à la retraite (Mason et Kinugasa, 2008; Page, 1994; Mason, 1997)10. La hausse de l’épargne a soutenu l’investissement, qui a dépassé 20 % du PIB en moyenne entre 1960 et 1990. Les pays est-asiatiques ont aussi adopté d’autres mesures, y compris fiscales, pour promouvoir l’investissement et maintenir des prix pour les biens d’équipement relativement bas. Le capital investi par travailleur a augmenté plus vite qu’en Amérique latine. La moitié du dividende démographique total estimé pour l’Asie de l’Est est attribuable à l’accumulation de capital (Bloom et Williamson, 1998).

Mesures envisageables pour l’afrique subsaharienne

La transition démographique et les transformations économiques qui l’accompagnent sont plus lentes en Afrique subsaharienne qu’en Asie de l’Est. Pour accroître les chances d’engranger un dividende plus substantiel, il sera essentiel de créer de l’emploi afin d’absorber les nouveaux venus sur le marché du travail et de relever le niveau de productivité. Il faudra aussi préserver la stabilité macroéconomique pour stimuler la transformation économique et faciliter l’essor du secteur privé, y compris en protégeant les droits des investisseurs, en renforçant la primauté du droit et en réduisant le coût des activités commerciales. La mise en place de ces mesures nécessitera probablement de disposer d’une marge de manœuvre budgétaire pour permettre l’augmentation de certaines composantes des dépenses, tout en préservant la viabilité de la dette. En matière de dépenses publiques, une redéfinition des priorités au profit du social et des infrastructures peut contribuer à améliorer la productivité du travail et atténuer les goulets d’étranglement freinant le développement du secteur privé. La réduction des taxes sur le capital et le revenu qui créent des effets de distorsion peut aussi inciter le secteur privé à développer ses activités et recruter davantage.

La rapidité de la transition est un des principaux déterminants de l’ampleur du dividende démographique (Drummond, Thakoor et Yu, 2014). Dans plusieurs pays subsahariens, il est largement possible d’accroître le dividende en accélérant la transition (Guengant et May, 2013). C’est ce que montrent les taux de fécondité élevés mesurés dans de nombreux pays en cours ou en début de transition.

La diminution de la mortalité infantile et la prise en charge des besoins des enfants en matière de santé et de nutrition pourraient aussi contribuer à faire baisser les taux de fécondité et permettre d’investir davantage dans le capital humain, tout en donnant le plus de chances possibles aux enfants par le biais du système éducatif (Ruger, Jamison et Bloom, 2001).

Renforcer les capacités pour améliorer la productivité

En Afrique subsaharienne, l’accès à l’école primaire a fortement progressé, mais des progrès restent nécessaires dans l’enseignement secondaire et supérieur et il faut améliorer la qualité de l’enseignement à tous les niveaux. De meilleurs résultats sur ce plan seront particulièrement utiles pour l’employabilité et la productivité des nouveaux venus sur le marché du travail. Il semble que l’éducation des femmes contribue également à freiner la fécondité et peut donc accélérer la transition. Les priorités dans ce domaine devraient être, entre autres, d’augmenter les taux de scolarisation et d’achèvement des études, en particulier chez les filles, et de veiller à ce que les qualifications proposées dans l’enseignement secondaire et supérieur correspondent aux besoins du marché du travail (graphiques 2.23 et 2.24).

Graphique 2.23.Indice de qualité de l’éducation, médiane, 2014

Source : Forum économique mondial (FEM), Indice mondial de la compétitivité, 2014.

Graphique 2.24.Taux brut de scolarisation secondaire, médiane, 2005 et 2014

Source : Banque mondiale, Indicateurs du développement dans le monde.

Note : Les lignes indiquent la distance entre le taux minimum et le taux maximum. La scolarisation brute est la scolarisation totale dans l’éducation secondaire, indépendamment de l’âge, exprimée en pourcentage de la population ayant atteint l’âge officiel pour suivre des études secondaires, ce qui expliquequeletauxsoit parfoissupérieur à100 %.

Créer des emplois et poursuivre la transformation structurelle

L’Afrique subsaharienne doit créer des emplois pour les 450 millions de personnes qui devraient arriver sur le marché du travail entre 2010 et 2035. Dans bon nombre de pays en cours et en début de transition, les emplois agricoles représentent une part importante de l’emploi total et le secteur formel est très réduit. Par conséquent, la création d’un nombre suffisant d’emplois non agricoles à forte productivité sera sans doute le principal défi que l’Afrique subsaharienne devra relever pendant la transition (Fox et al, 2013). À cet égard, les mesures suivantes pourraient être utiles :

  • Augmenter la productivité agricole et diversifier l’économie dans des secteurs à forte intensité de main-d’œuvre en dehors de l’agriculture. La productivité agricole peut être améliorée en élargissant l’accès à l’irrigation et aux marchés et en privilégiant les variétés à haut rendement. En outre, l’objectif de diversification économique nécessiterait d’alléger les contraintes administratives, de simplifier la réglementation, de promouvoir la concurrence et d’investir dans le capital humain et physique (Perspectives économiques régionales : Afrique subsaharienne, avril 2014).

  • Promouvoir le développement du secteur privé. Cela permettrait aux entreprises privées de s’engager dans de nouveaux secteurs d’activité. Des réformes créant un environnement plus propice aux entreprises pourraient faciliter l’essor du secteur privé.

  • Répondre aux besoins d’infrastructures. Il sera essentiel de combler le manque d’infrastructures dans les transports, les télécommunications et l’énergie pour développer l’industrie manufacturière et les services, mais aussi abaisser le coût des activités commerciales (Perspectives économiques régionales : Afrique subsaharienne, octobre 2014). L’amélioration des infrastructures intrarégionales permettrait aussi d’interconnecter les marchés d’Afrique subsaharienne et, donc, de réaliser des économies d’échelle et de stimuler l’industrialisation.

  • Assouplir les marchés du travail pour soutenir la création d’emplois dans l’économie formelle. Les règles du marché du travail doivent favoriser l’emploi en ne protégeant plus les postes, mais les travailleurs, c’est-à-dire en les aidant à retrouver un emploi et en facilitant les reconversions. Une flexibilité accrue des salaires et du travail ferait aussi baisser les coûts de transaction, inciterait davantage les entreprises à passer dans le secteur formel et à investir, et rehausserait la productivité. La formulation de politiques actives du marché du travail en coopération avec le secteur privé et d’autres parties prenantes, en tenant compte des coûts et avantages de ces politiques, pourrait favoriser la création d’emplois.

  • Promouvoir les entreprises familiales. À court terme, le secteur informel devrait rester la principale source de revenus dans beaucoup de pays subsahariens, qui devront donc prendre des mesures pour accroître la productivité des entreprises familiales, mais aussi pour réduire les coûts de mise en conformité des petites et moyennes entreprises (PME) et proposer les services nécessaires à leur croissance.

Compte tenu de l’évolution démographique mondiale, l’Afrique subsaharienne a largement la possibilité de devenir un fournisseur net de main-d’œuvre pour le reste du monde. La migration pourrait être bénéfiques non seulement pour l’Afrique subsaharienne — qui pourrait recevoir plus de fonds de l’étranger —, mais aussi pour tous les autres pays, où le nombre de travailleurs stagne ou baisse et où les employeurs pourraient ainsi trouver de la main-d’œuvre. Les politiques migratoires mondiales devront concilier des considérations d’ordre économique, politique et social.

Élargir les horizons en libéralisant le commerce

Une ouverture commerciale plus large aiderait à créer des emplois pour absorber la population croissante en âge de travailler et permettrait à l’Afrique subsaharienne de bénéficier de transferts de technologie et de s’intégrer aux chaînes de valeur mondiales. Le développement du commerce intrarégional et des marchés régionaux pourrait renforcer les incitations à produire localement, en particulier dans les secteurs manufacturiers à forte intensité de main-d’œuvre, et attirer plus d’investisseurs. L’expérience de divers pays semble montrer que le recul du chômage et la progression de l’épargne par rapport à la distribution moyenne des âges sont bien plus marqués dans les pays plus ouverts au commerce (Behrman, Duryea et Székely, 1999). Le chapitre 3 donne plus de détails sur les politiques de nature à renforcer l’intégration commerciale.

Mobiliser l’épargne pour financer l’investissement et approfondir les marchés financiers

Dans la plupart des pays d’Afrique subsaharienne, les marchés financiers demeurent relativement étroits. La densification des circuits financiers pourrait aider les pays à se servir du surcroît d’épargne résultant de l’augmentation de la population en âge de travailler pour améliorer l’inclusion financière et le développement des marchés de capitaux. De cette manière, la hausse de l’épargne serait utilisée plus efficacement pour financer l’investissement, les entreprises seraient aidées dans leur développement, les entreprises familiales bénéficieraient d’un meilleur accès au crédit et les citoyens pourraient créer leurs propres débouchés en matière d’emploi. Il faudrait au préalable supprimer les distorsions relatives au secteur bancaire, appliquer le cadre juridique et réglementaire de manière uniforme et accroître la taille des marchés (Perspectives économiques régionales : Afrique subsaharienne, octobre 2006). Les politiques suivantes pourraient accentuer l’intégration et l’approfondissement financiers :

  • Remédier au manque d’infrastructures qui gêne l’accès physique aux services financiers et promouvoir l’éducation financière dans les pays où l’accès à ces services est restreint. L’intensification de la concurrence bancaire pour réduire les coûts de transaction et le développement de la banque mobile (comme en Angola et au Kenya) pourraient améliorer l’inclusion financière (Perspectives économiques régionales : Afrique subsaharienne, avril 2014). Les pays d’Afrique subsaharienne gagneraient à s’inspirer des expériences concluantes d’autres pays ayant réussi à élargir l’accès aux services financiers grâce aux établissements de microfinancement (le Kenyan Finance Women’s Trust, par exemple), aux coopératives financières (cas du Burkina Faso), et aux entreprises privées (comme en Éthiopie et au Kenya).

  • Développer les marchés régionaux pour résoudre les problèmes posés par la petite taille de certaines économies. Ce type de marchés pourrait aussi élargir la base d’investisseurs, réduire le coût des infrastructures et des transactions financières et créer des économies d’échelle. Le développement de l’infrastructure financière, la modernisation des systèmes de réglementation et de contrôle et l’harmonisation des règles et les pratiques prudentielles régionales feraient progresser l’intégration financière.

  • Créer des systèmes de retraite. Dans de nombreux pays subsahariens, le taux de participation aux régimes de retraite est très faible. Comme les effectifs de retraités vont augmenter, les dépenses publiques consacrées aux pensions de vieillesse suivront certainement, mais l’effort consenti ne devra pas compromettre la viabilité des budgets. Pour les régimes professionnels, la mise en place de systèmes fondés sur des règles actuarielles solides pourrait aider à mobiliser l’épargne longue et à fournir une source de revenus supplémentaire pour les personnes âgées retraitées, ce qui atténuerait un peu la ponction sur les finances publiques.

Scénarios possibles

Cette section évalue le dividende démographique que l’Afrique subsaharienne peut espérer dans différents scénarios. Elle se fonde sur le pays médian de l’échantillon (sont exclus les pays dont la transition est déjà avancée) : en 2010, il se caractérisait par un PIB d’environ 550 dollars par habitant. En utilisant les estimations pour l’échantillon complet et la méthode de Drummond, Thakoor et Yu (2014), l’évolution du PIB par habitant est simulée à partir de six scénarios11, lesquels s’articulent principalement autour de trois axes :

  • 1) Capacité de l’économie à absorber les nouveaux venus sur le marché du travail. Si l’économie ne peut pas tous les absorber, le chômage augmentera. Le dividende démographique sera donc moins grand.

  • 2) Application de nouvelles mesures. Les pays peuvent majorer le dividende en prenant des mesures complémentaires. Dans les scénarios, elles sont modélisées par une augmentation annuelle d’un point de l’ouverture commerciale, ce qui serait toujours inférieur à l’augmentation constatée dans la plupart des pays d’Asie de l’Est.

  • 3) Rythme de la transition démographique. Le scénario de référence reprend le scénario de fécondité moyenne établi par les Nations Unies. Deux autres sont également envisagés, avec des taux de fécondité différents.

Les principales hypothèses qui sous-tendent les scénarios (récapitulées au tableau 2.1) sont les suivantes :

  • Scénario n° 1 (hausse du chômage) : l’économie est incapable de créer des emplois à grande échelle. La part de la population en âge de travailler occupant un emploi reste à son niveau de 201012. Par conséquent, le chômage augmente au fur et à mesure de la transition. Une interprétation possible de ce scénario est la suivante : les emplois créés présentent une faible productivité, d’où un moins grand dividende.

  • Scénario n°2 (plus d’emplois) : tous ceux qui arrivent sur le marché du travail trouvent un emploi, avec une productivité à ses niveaux historiques.

  • Scénario n° 3 (plus d’emplois et des politiques plus efficaces) : le changement des politiques appliquées se traduit par une plus grande ouverture commerciale.

  • Scénarios n° 4 et 5 (plus d’emplois, transitions différentes) : le taux de fécondité varie selon les variantes de haute et basse fécondité ressortant des projections des Nations Unies, ce qui joue sur le rythme de la transition.

  • Scénario n° 6 (plus d’emplois, des politiques plus efficaces, une transition plus rapide) : tous les nouveaux arrivants sur le marché du travail trouvent un emploi, des politiques plus efficaces sont en place et la transition s’accélère. C’est le scénario «optimiste».

Tableau 2.1.Hypothèses des scénarios
Dimensions
(1) Capacité d’absorption des nouveaux entrants (part employée de la population en âge de travailler)(2) Poliques (ouverture commerciale)(3) Rythme de la transition (taux de fécondité)
Hypothèses :Constante au niveau de 2010Augmente au même rythme que la population en âge de travaillerInchangéesAmélioréesLent (taux élevé)Moyen (scénario des Nations Unies)Rapide (taux faible)
Scénarios :
1. Hausse du chômageXXX
2. Plus d’emploisXXX
3. Plus d’emplois, meilleures politiquesXXX
4. Plus d’emplois, transition plus lenteXXX
5. Plus d’emplois, transition plus rapideXXX
6. Plus d’emplois, meilleres politiques, transition plus rapideXXX
Source : services du FMI.
Source : services du FMI.

Les résultats des différents scénarios sont décrits ci-après et illustrés au graphique 2.25. Le dividende additionnel qu’impliquent les scénarios 2 à 6 par rapport au scénario 1 est représenté au graphique 2.26.

Graphique 2.25.Afrique subsaharienne : PIB par habitant selon divers scénarios

Sources : Banque mondiale, Indicateurs du développement dans le monde; estimations des services du FMI.

Graphique 2.26.Afrique subsaharienne : dividende démographique par rapport au scénario 1

Source : estimations des services du FMI.

  • Hausse du chômage : malgré la montée du chômage, le PIB par habitant de l’Afrique subsaharienne en 2050 augmenterait d’environ 1.300 dollars par rapport à 2010, ce qui tient au fait que non seulement la proportion d’adultes employés augmente par rapport à la population totale, mais aussi que les tendances actuelles et les possibilités de rattrapage se maintiennent indépendamment de la transition démographique.

  • Plus d’emplois : exploiter le potentiel de la transition démographique en créant assez d’emplois pourrait se traduire par un gain d’environ 25 % du PIB par habitant en 2050 et de 54 % au total d’ici 2100 par rapport au scénario 1.

  • Plus d’emplois, des politiques plus efficaces : avec l’adoption de mesures complémentaires le PIB par habitant pourrait gagner environ 36 % d’ici 2050 et plus que doubler d’ici 2100. Cette augmentation du PIB par habitant serait à peu près comparable à ce qui a été observé en Asie de l’Est, mais se produirait sur une période bien plus longue.

  • Des emplois et des transitions différentes : l’adoption de politiques visant à accélérer la transition démographique produirait des avantages potentiellement importants (graphique 2.27). Bien que l’écart entre les hypothèses des scénarios de fécondité élevée et faible soit minime (un enfant par femme), une transition plus rapide pourrait être synonyme d’un dividende d’environ 35 % en 2050, contre 25 % dans le scénario de fécondité moyenne et 15 % dans le scénario de fécondité élevée.

  • Plus d’emplois, des politiques plus efficaces, une transition plus rapide : en conjuguant la création de nombreux emplois, de meilleures politiques et une transition plus rapide caractérisée par une faible fécondité, les pays peuvent espérer un dividende de près de 50 % en 2050 et 120 % en 2100. Une transition plus rapide majore le dividende et accélère sa matérialisation.

Graphique 2.27.Afrique subsaharienne : dividendes selon différents scénarios de fécondité

Source : estimations des services du FMI.

Conclusions

Dans les prochaines décennies, la plupart des pays d’Afrique subsaharienne connaîtront un accroissement rapide de leur population et verront progresser la part de la population en âge de travailler. Cette transition leur offre la possibilité d’engranger un dividende démographique, pour peu qu’ils adoptent des mesures complémentaires et relèvent les défis liés aux besoins d’une population en augmentation rapide.

L’ampleur du dividende démographique dépendra largement du rythme de la transition et de l’adoption de mesures complémentaires. La baisse des taux de fécondité peut contribuer à accélérer la transition. Il faudra impérativement créer des emplois afin d’absorber les nouveaux arrivants sur le marché du travail. Pour bénéficier pleinement du dividende, l’Afrique subsaharienne devra créer ces emplois à un rythme extrêmement rapide et le tenir sur plusieurs décennies. Le secteur privé a un double rôle essentiel à jouer, comme créateur d’emplois et acteur de la diversification dans de nouveaux secteurs économiques. La modernisation des infrastructures et une ouverture commerciale accrue contribueront à garantir aux entreprises des perspectives d’investissement et de croissance viables. Il sera indispensable d’améliorer l’accès aux soins de santé et les niveaux d’instruction pour que la population active, en augmentation, acquière les compétences requises. La souplesse du marché du travail sera cruciale pour la compétitivité de la main-d’œuvre, et le développement du secteur financier aidera à mobiliser l’épargne pour financer plus d’investissements. À court terme, il est probable que les nouveaux emplois seront essentiellement créés dans le secteur informel : il sera donc crucial d’augmenter la productivité dans ce secteur. Il faudra aussi commencer à anticiper la hausse des effectifs de retraités en mettant en place des régimes de retraite viables.

Les pays d’Afrique subsaharienne sont à la croisée des chemins. Une réduction effective des taux de mortalité et de fécondité, conjuguée à la mise en œuvre efficace de mesures complémentaires, pourrait leur permettre de bénéficier d’un dividende démographique substantiel et d’améliorer la qualité de vie de tous leurs citoyens. Mais s’ils ne se saisissent pas de cette occasion offerte par la transition démographique, le chômage pourrait monter en flèche et entraîner des conséquences sociales et économiques potentiellement graves.

Encadré 2.1.Qu’est-ce que la transition démographique?

Une transition démographique peut être considérée comme un cycle déclenché par la baisse des taux de mortalité et de fécondité qui aboutit à une modification de la pyramide des âges d’une population. Elle procède par phases. Dans les phases initiales, la transition est amorcée par un recul des taux de mortalité, qui conduit à une accélération de l’accroissement démographique. La diminution des taux de mortalité infantile et juvénile entraîne une baisse de la fécondité et une baisse correspondante des taux d’accroissement de la population (graphique 2.1.1). En dernier lieu, la part de la population en âge de travailler (PPAT) augmente (graphique 2.1.2). La PPAT est la population âgée de 15 à 64 ans rapportée à la population générale :

Une fois que la PPAT a culminé, l’économie fait face au vieillissement de la population, qui se caractérise par une hausse du nombre de retraités par rapport à la population active.

Graphique 2.1.1.Phases de la transition démographique

Source : reproduit de Bloom, Canning et Sevilla (2003), avec l’autorisation de RAND Corporation.

Graphique 2.1.2.Évolution de la PPAT pendant la transition

Source : reproduit de Bloom, Canning et Sevilla (2003), avec l’autorisation de RAND Corporation.

Dans le jargon des démographes, cette augmentation de la PPAT et la baisse résultante du ratio inactifs/actifs est appelée «transition de la structure par âge». Ils considèrent que la transition débute quand la fécondité commence à reculer et prend fin quand elle a diminué dans une proportion donnée ou qu’elle atteint le niveau de remplacement.

La PPAT étant le canal le plus direct du dividende démographique, c’est son évolution en Afrique subsaharienne qui nous intéresse plus particulièrement. Comme le montre le graphique 2.2, la PPAT en Afrique subsaharienne a commencé à augmenter au milieu des années 80, période charnière que nous considérons ici comme le point de départ de la transition pour cette région du monde.

Encadré 2.2.Différents stades de transition en Afrique subsaharienne

Cet encadré présente l’évolution prévue de la démographie dans trois groupes de pays (transition avancée, transition en cours et transition en phase initiale), en prenant l’exemple de l’Afrique du Sud, de l’Éthiopie et du Niger.

Transition avancée

Les pyramides de population de l’Afrique du Sud montrent que la transition démographique est largement achevée, avec des taux de fécondité en recul se traduisant par une répartition assez uniforme des moins de 35 ans et une contraction des cohortes de jeunes (graphique 2.2.1). En 2010, l’espérance de vie à la naissance était de 57 ans. Comme la mortalité chute et l’espérance de vie progresse, l’Afrique du Sud continuera d’enregistrer une croissance modeste de la part de sa population en âge de travailler, de 64 % à 68 %, ainsi qu’une augmentation rapide des plus de 65 ans, dont la proportion passera de 5 % à 11 % d’ici 2050. D’autres pays du groupe, comme Maurice, verront baisser la part de la population en âge de travailler, avec des hausses encore plus importantes du ratio de dépendance des personnes âgées, car leur transition est plus avancée.

Graphique 2.2.1.Transition avancée

Source : Nations Unies, World Population Prospects, 2012.

Transition en cours

L’Éthiopie, dont les taux de mortalité infantile et de fécondité reculent, devrait voir sa pyramide des âges devenir plus convexe d’ici 2050. Le nombre d’enfants de moins de 5 ans devrait passer de 14 à 16 millions, et la population totale de 87 à 188 millions. La cohorte des jeunes de 14 ans et en dessous devrait atteindre 49 millions, contre 37 millions en 2010 (graphique 2.2.2). La cohorte des adultes en âge de travailler devrait passer de 45,5 millions de personnes (52 % de la population) en 2010 à 125 millions (67 %) en 2050. Des progressions comparables de la PPAT sont attendues dans d’autres pays de ce groupe.

Graphique 2.2.2.Transition en cours

Source : Nations Unies, World Population Prospects, 2012.

Transition en phase initiale

Au Niger, les taux de mortalité et de fécondité restent élevés, mais commencent à décliner grâce à l’amélioration de la situation sanitaire et du bien-être. La population nigérienne de moins de 5 ans devrait augmenter, passant de 3 à 13 millions en 2050, avec un accroissement de 15 à 70 millions de la population totale. Les enfants de 5 à 14 ans devraient être 19 millions en 2050, contre 4,6 millions en 2010 (graphique 2.2.3). La cohorte des adultes en âge de travailler devrait passer de 7,5 millions de personnes (48 % de la population) en 2010 à 37 millions (53 %) en 2050. Ce groupe, qui comprend des pays très peuplés comme l’Angola, le Mali, le Nigéria et l’Ouganda, devrait connaître le plus fort accroissement démographique de l’Afrique subsaharienne, car les taux de fécondité y demeurent parmi les plus élevés au monde.

Graphique 2.2.3.Transition en phase initiale

Source : Nations Unies, World Population Prospects, 2012.

Encadré 2.3.Maurice : démographie et développement

Dans les années 60, le pronostic concernant l’économie mauricienne était très sombre. L’île était l’archétype de l’économie fondée sur la monoculture, puisque ses recettes provenaient à plus de 90 % du sucre et son savoir-faire industriel était plutôt limité en dehors de la filière sucrière. La petite taille du marché et l’absence de perspectives d’investissement lucratives, de même que le faible niveau de l’épargne, accentuaient encore les risques de dégradation de la situation (Meade, 1961). En outre, la population s’accroissait de plus de 3 % par an sous l’effet d’un taux de fécondité supérieur à 5 (graphique 2.3.1a). L’échec de l’industrie de substitution aux importations, qui n’est pas parvenue à créer suffisamment d’emplois, assombrissait encore les perspectives économiques et le PIB par habitant ne progressait plus.

Graphique 2.3.1.Démographie et évolution économique à Maurice

Dans les années 80, le gouvernement mauricien a adopté une série de mesures pour exploiter le potentiel offert par l’essor de la main-d’œuvre et a entrepris en parallèle de faire baisser la fécondité en lançant une campagne active de planification familiale. Ces mesures expliquent en grande partie le «miracle mauricien» (graphique 2.3.1b). En plus de la stabilité macroéconomique et politique, la réussite économique de Maurice s’appuie notamment sur les facteurs suivants :

  • Adoption d’une stratégie axée sur les exportations. Quand les autorités ont compris que le remplacement des importations n’était pas la solution compte tenu des atouts du pays, elles se sont mises à promouvoir les exportations. Un régime de zone franche industrielle a alors été mis en place et complété, pour encourager les exportations, par un ensemble d’incitations fiscales ou autres d’une durée limitée, dont l’assouplissement du marché du travail. Cette nouvelle stratégie a relancé la croissance.

  • Diversification économique. La stratégie de promotion des exportations avait pour objectif de diversifier le tissu économique, créer des emplois et doper les recettes d’exportation. Maurice a misé sur le secteur du textile pour entrer dans la chaîne de valeur mondiale, permettant ainsi à ce secteur d’utiliser son réservoir de main-d’œuvre bon marché, en particulier de femmes, et contribuant au recul du chômage (graphique 2.3.1c). La stratégie de diversification s’est également étendue au tourisme et aux services financiers.

  • Intégration dans l’économie mondiale. Au début des années 80, l’ouverture de Maurice aux échanges commerciaux et à l’investissement direct de l’étranger a su convaincre des entreprises de textile de la RAS de Hong Kong de venir s’installer sur l’île. De plus, Maurice a négocié divers accords commerciaux préférentiels qui lui ont permis d’exporter en franchise de droits, en particulier vers l’Europe.

  • Capital humain. Au début de la stratégie d’industrialisation, des taux d’alphabétisation élevés, liés à la gratuité de l’école, et une main-d’œuvre peu coûteuse ont accru l’intérêt des investisseurs pour Maurice. La ventilation de la croissance montre que le travail (compte tenu de la valorisation du capital humain) a fortement contribué à la croissance dans les années 80 (graphique 2.3.1d; Svirydzenka et Petri, 2014). À l’avenir, cette contribution devrait être marginale, ce qui réduira la croissance potentielle (graphique 2.3.1e).

La fenêtre démographique est en train de se refermer et l’économie fera face à un vieillissement et un déclin de sa population dans les prochaines années (graphique 2.3.1f). Un des autres défis que devra relever Maurice est la gestion des tensions budgétaires associées au vieillissement de la population, en particulier la hausse des dépenses de retraite (Soto, Thakoor et Petri, à paraître).

Encadé 2.4.Estimation empirique de dividendes démographiques

Cet encadré présente les estimations empiriques de dividende démographique réalisées par Drummond, Thakoor et Yu (2014), qui étudient les effets de l’évolution démographique sur le taux de croissance du PIB réel par habitant dans un échantillon de 172 pays. En raison de l’évolution lente du matériau démographique, ils utilisent des données couvrant des périodes de 5 ans entre 1960 et 2010. La spécification estimée est :

i est l’indice des pays et t l’indice des périodes. ci est l’effet propre au pays et θt est une variable auxiliaire représentant l’effet fine temporel. S’agissant des deux variables démographiques, Log (WAS)it est la part initiale de la population en âge de travailler, tandis que ΔWASit est l’augmentation de cette part sur le période de 5 ans t. Xit est un vecteur de variables qui inclut notamment le niveau initial du PIB, l’ouverture commerciale et la transformation sectorielle, mesurée d’après la part de l’agriculture dans l’économie.

Les principaux résultats sont présentés au tableau 2.4.1. Pour l’ensemble de l’échantillon, les deux facteurs démographiques ont un effet positif sur la croissance et sont significatifs au seuil de 1 %. Il en ressort apparemment que, dès le départ, avoir une population en âge de travailler nombreuse augmente la capacité productive d’un pays et que la hausse rapide de la part de la population en âge de travailler (PPAT) accélère encore le processus de croissance. Les autres variables macroéconomiques ont les signes attendus. Les autres résultats montrent également que, si les variables démographiques sont statistiquement significatives pour l’Asie, ce n’est pas vrai pour l’Amérique latine et l’effet de la PPAT est négatif pour l’Afrique subsaharienne, ce que les auteurs attribuent au fait que l’Afrique subsaharienne est dans les premières phases de sa transition.

Tableau 2.4.1.Estimations à effet fixe de la croissance du PIB réel par habitant, 1965–2010
Échantillon completAsieAmérique latineAfrique subsaharienne
Log PIB par habitant initial−5,22 ***−6,14 ***−7,15 ***−6,02 **
(−6,33)(−3,02)(−5,38)(−2,49)
Ouverture commerciale0,02 ***0,010,020,03
−2,9−0,58−1,36−1,4
Changement sectoriel (agriculture)−0,16 ***−0,27 ***0,02−0,18 **
(−3,30)(−2,84)−0,21(−2,33)
Log PPAT12,57 ***19,19 **1,52−34,27 **
−3,37−2,56−0,21(−2,32)
ΔPPAT0,53 ***0,81 ***−0,250,02
−3,75−3,11(−1,19)−0,08
Constant−31,6652,08 **176,34 ***
(−1,11)−2,07−3,31
Observations1100287204197
R20,290,410,350,46
Nombre de pays172533144
R2 ajusté0,280,390,310,44
Source : Drummond, Thakoor et Yu (2014).Note : t de Student robuste entre parenthèses. *** signification à 1 %, ** signification à 5 % et * signification à 10 %. Toutes les régressions incluent des effets fixes temporels.PPAT = part de la population en âge de travailler.
Source : Drummond, Thakoor et Yu (2014).Note : t de Student robuste entre parenthèses. *** signification à 1 %, ** signification à 5 % et * signification à 10 %. Toutes les régressions incluent des effets fixes temporels.PPAT = part de la population en âge de travailler.

Les auteurs quantifient ensuite le dividende démographique dont le pays médian du groupe subsaharien, avec un PIB par habitant d’initialement 550 dollars, pourrait bénéficier entre 2010 et 2100, en utilisant toutes les estimations de l’échantillon. L’année 2010 est l’année de base et deux scénarios sont envisagés : 1) la proportion employée de la population en âge de travailler reste constante; 2) la PPAT augmente, comme le prévoit le scénario de fécondité moyenne des Nations Unies. Bien que le PIB par habitant soit censé culminer à environ 2.475 dollars dans le premier scénario, un environnement permettant à tous les entrants sur le marché du travail de trouver un emploi porte le PIB par habitant à 3.865 dollars en 2100.

Ce chapitre a été préparé par John Wakeman-Linn (chef d’équipe), Rahul Anand, Paulo Drummond, Richard Erlebach, Francisco Roch, Vimal Thakoor et Juan Treviño, avec le concours de Idan Elmelech, Cleary Haines et George Rooney pour les travaux de recherche.

Le secteur informel inclut à la fois les emplois indépendants et les emplois agricoles.

Au sens des Nations Unies, les pays à fécondité élevée (faible) sont ceux où les taux sont supérieurs (inférieurs) à 5,1 (2,1).

Ces dernières années, les Nations Unies ont revu leurs projections à la hausse à plusieurs reprises en ce qui concerne l’Afrique subsaharienne, car les taux de fécondité y ont baissé moins vite que prévu.

Le scénario de fécondité élevée postule 0,5 enfant supplémentaire par rapport au scénario de fécondité moyenne, contre 0,5 enfant en moins pour le scénario de fécondité faible. Un écart constant de 0,5 enfant de plus ou de moins que dans le scénario de fécondité moyenne aboutirait à une population mondiale d’environ 1,3 milliard de personnes de plus ou de moins en 2050 par rapport aux prévisions du scénario de fécondité moyenne.

Un pays est classé dans la catégorie 1) «transition avancée» si la PPAT a augmenté de plus de 10 points de pourcentage depuis le début de la transition et si sa transition est accomplie au moins aux trois quarts; 2) «transition en cours» si la PPAT a augmenté de 2 à 10 points; 3) «transition en phase initiale» si la PPAT a augmenté de moins de 2 points.

Notre choix de mettre l’accent sur des niveaux clés de la PPAT pour définir le début et la fin de la transition démographique est lié aux conséquences macroéconomiques de cette transition.

Dans cette section, l’Amérique latine englobe le Brésil, le Chili, la Colombie, l’Équateur, le Mexique et le Venezuela, et l’Asie de l’Est comprend la Chine, la Corée du Sud, l’Indonésie, la Malaisie, les Philippines, la RAS de Hong Kong, Singapour et la Thaïlande. L’Argentine, le Japon et l’Uruguay ne sont pas pris en compte, car leur démographie se démarque de celle de leurs régions respectives.

La plupart des pays est-asiatiques ont libéralisé le commerce et adopté des politiques en faveur des exportations manufacturières (Page, 1994). L’Amérique latine, au contraire, a voulu protéger ses industries nationales de la concurrence étrangère, en instaurant par exemple des droits d’importation, des contingents, des licences et des subventions à l’exportation (Elson, 2013).

D’après la Banque interaméricaine de développement (BID, 1997), 0,8 point de pourcentage de la hausse de 1,9 % du potentiel de croissance de l’Amérique latine enregistrée à la fin des années 80 résulterait de la libéralisation du commerce.

Selon Higgins et Williamson (1997), les évolutions démographiques ont fait augmenter les taux d’accumulation de capital de 3,4 points de pourcentage, ce qui aurait dopé la croissance du PIB par habitant de 1,5 point de pourcentage, soit environ les trois quarts du gain de croissance enregistré en Asie de l’Est grâce aux facteurs démographiques.

Les scénarios 1 et 2 reprennent les résultats de Drummond, Thakoor et Yu (2014).

Dans le scénario le plus pessimiste, les créations d’emplois seraient même plus lentes que dans le scénario n° 1, entraînant une hausse rapide du chômage. Nous ne cherchons pas à estimer les effets sur le PIB d’une telle évolution, car le modèle ne permettrait pas de bien rendre compte des tensions sociales et politiques qui en résulteraient.

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