Chapter

1. Faire face aux vents contraires

Author(s):
International Monetary Fund. African Dept.
Published Date:
April 2015
Share
  • ShareShare
Show Summary Details

L’économie de l’Afrique subsaharienne devrait connaître une nouvelle année de croissance vigoureuse en 2015 (4½ %). Cette expansion sera toutefois relativement moins prononcée que ces dernières années, à cause du choc subi par certaines des plus grandes économies de la région à la suite de la chute des cours internationaux du pétrole (graphique 1.1). Ce choc devrait avoir des effets très hétérogènes. Pour les huit pays exportateurs de pétrole, il représentera un défi substantiel qui les obligera, étant donné que leurs marges de manœuvre sont restreintes, à procéder à un ajustement budgétaire marqué. Pour la plupart des autres pays, la baisse des cours du pétrole est une évolution favorable qui sera cependant en partie neutralisée, dans certains cas, par la baisse des prix des autres produits de base dont ils sont exportateurs.

Graphique 1.1.Afrique subsaharienne : croissance du PIB réel, 2008–16

Source : FMI, base de données des Perspectives de l’économie mondiale.

Ce chapitre examine en détail le tournant marquant que représente la baisse des cours des produits de base — ainsi que la volatilité croissante des conditions de financement extérieur et l’épidémie de fièvre Ébola, qui a eu de lourdes conséquences économiques et sociales pour la Guinée, le Libéria et la Sierra Leone. Dans les deux premières sections, nous faisons le point sur les perspectives économiques mondiales et, dans ce contexte, de celles de l’Afrique subsaharienne. Dans les deux sections suivantes, nous examinons l’impact sur la région de la baisse des cours des produits de base, en considérant séparément les pays exportateurs de pétrole et les autres pays de la région, et nous évaluons les effets que pourrait avoir sur les pays préémergents d’Afrique subsaharienne le durcissement des conditions d’accès aux financements internationaux. Enfin, dans la dernière section, nous rendons compte des conséquences de l’épidémie de fièvre Ébola pour l’Afrique subsaharienne.

Les chapitres 2 et 3 s’intéressent aux tendances de moyen terme qui se dessinent dans la région. Le chapitre 2 est consacré aux défis que présente l’augmentation massive de la population en âge de travailler qui se prépare en Afrique subsaharienne, mais aussi aux nouvelles possibilités offertes par cette évolution. Pour tirer un dividende de cette transition démographique, l’Afrique subsaharienne devra créer des emplois à un rythme jusqu’à présent inégalé. Pour ce faire, elle devra mettre en œuvre des politiques propres à encourager l’investissement dans le capital humain, remédier au déficit d’infrastructures, assurer une plus grande souplesse du marché du travail et soutenir la production des secteurs à forte intensité de main-d’œuvre. Elle devra aussi s’intégrer davantage à l’économie mondiale, sujet qui est analysé de façon plus approfondie au chapitre 3. Il ressort de ce chapitre que, en dépit de la croissance rapide des flux commerciaux observée depuis une vingtaine d’années, d’énormes possibilités subsistent dans ce domaine et que la région a encore beaucoup à faire pour mieux s’intégrer dans les chaînes de valeur mondiales. L’analyse effectuée dans ce chapitre souligne que, pour exploiter ce potentiel et assurer en même temps une forte création d’emplois et une croissance économique durable, il sera essentiel non seulement de combler les déficits d’infrastructures, mais aussi de réduire les obstacles tarifaires et non tarifaires, et d’améliorer le climat des affaires ainsi que l’accès au crédit.

Conjoncture mondiale : les temps ont changé…

Depuis l’été 2014, la conjoncture économique mondiale à laquelle est confrontée la région a profondément changé. Les cours du pétrole ont chuté d’environ 50 % depuis juin 2014, sous l’effet de facteurs touchant à la fois à l’offre et la demande (graphique 1.2). Pendant la période à venir, les cours du pétrole devraient rebondir mais rester inférieurs à leur niveau de ces dernières années. Cela dit, ces prévisions sont entourées d’une grande incertitude, car il demeure très difficile de prédire l’évolution de l’offre et de la demande. Les cours d’un grand nombre des principaux produits de base exportés par l’Afrique subsaharienne ont aussi diminué depuis juin dernier — le gaz naturel de 41 %, le minerai de fer de 44 %, le charbon de 22 %, le coton de 21 %, le cuivre de 7½ % et le platine de 22 % — même si les cours de certains autres produits d’exportation tels que le zinc ont augmenté.

Graphique 1.2.Cours des principaux produits de base, variations entre juin 2014 et le 25 mars 2015

Source : Bloomberg, L.P.

En ce qui concerne la croissance de l’économie mondiale, les perspectives sont aussi moins favorables qu’en octobre, malgré la baisse des cours du pétrole (tableau 1.1). Ce tableau général masque cependant de grandes différences entre régions. Aux États-Unis, les perspectives restent favorables et cela a rendu d’autant plus probable le retrait des mesures monétaires non conventionnelles. Parmi les principaux partenaires commerciaux de l’Afrique subsaharienne, les perspectives de l’Europe demeurent tout au plus modestes. En Chine, la transition en cours vers une stratégie de croissance sensiblement moins portée par l’investissement, devrait aussi contribuer à la modération des perspectives de croissance économique et à la baisse de la demande d’exportation d’Afrique subsaharienne. Enfin, le dollar s’est fortement apprécié par rapport à l’euro. Cela a des conséquences pour la région, car dans un grand nombre de pays, la monnaie est rattachée officiellement à l’euro, et dans quelques autres, elle est rattachée de façon informelle au dollar.

Tableau 1.1.Afrique subsaharienne : croissance du PIB réel, 2015(Pourcentage)
MondeÉtats-UnisZone euroMarchés émergentsChine
Projection de 20153,53,11,44,36,8
Révision par rapport à
octobre 2014−0,40,00,1−0,7−0,3
Source : FMI, base de données des Perspectives de l’économie mondiale.
Source : FMI, base de données des Perspectives de l’économie mondiale.

Perspectives : un sentier de croissance semé d’obstacles

Perspectives

L’Afrique subsaharienne a connu en 2014 une croissance économique robuste, de 5 %, grâce surtout à la vigueur de l’investissement dans le secteur minier et les infrastructures et au niveau soutenu de la consommation privée, en particulier dans les pays à faible revenu (tableau 1.2). Cependant, la croissance économique s’est inscrite légèrement en retrait par rapport à l’année précédente du fait que les pays exportateurs de pétrole ont commencé à s’adapter à la baisse des cours internationaux du pétrole, que la croissance a nettement ralenti en Afrique du Sud à la suite de grèves dans le secteur minier et de problèmes d’approvisionnement en électricité, et que les pays à l’épicentre de l’épidémie de fièvre Ébola en ont durement pâti.

Tableau 1.2.Afrique subsaharienne : croissance du PIB réel(Variation en pourcentage)
2004–0820092010201120122013201420152016
Afrique subsaharienne6,84,06,75,04,25,25,04,55,1
Dont :
Pays exportateurs de pétrole9,26,98,54,73,75,75,84,55,2
Dont : Nigéria8,69,010,04,94,35,46,34,85,0
Pays à revenu intermédiaire15,00,24,64,73,43,62,73,33,7
Dont : Afrique du Sud4,8−1,53,03,22,22,21,52,02,1
Pays à faible revenu17,76,67,67,66,17,17,46,57,1
États fragiles2,42,14,13,17,45,65,66,16,5
Pour mémoire :
Croissance économique mondiale4,90,05,44,13,43,43,43,53,7
Pays d’Afrique subsaharienne riches en ressources naturelles26,93,86,74,84,24,74,53,94,4
Pays émergents et préémergents d’Afrique subsaharienne 36,64,87,15,14,34,95,04,64,9
Source : FMI, base de données des Perspectives de l’économie mondiale.

À l’exclusion des États fragiles.

Comprend l’Afrique du Sud, l’Angola, le Botswana, le Burkina Faso, le Cameroun, le Gabon, le Ghana, la Guinée, la Guinée équatoriale, le Libéria, le Mali, la Namibie, le Niger, le Nigéria, la République centrafricaine, la République du Congo, la République démocratique du Congo, la Sierra Leone, la Tanzanie, le Tchad, la Zambie et le Zimbabwe.

Comprend l’Afrique du Sud, la Côte d’Ivoire, l’Éthiopie, le Ghana, le Kenya, Maurice, le Nigéria, l’Ouganda, le Rwanda, le Sénégal, la Tanzanie et la Zambie.

Source : FMI, base de données des Perspectives de l’économie mondiale.

À l’exclusion des États fragiles.

Comprend l’Afrique du Sud, l’Angola, le Botswana, le Burkina Faso, le Cameroun, le Gabon, le Ghana, la Guinée, la Guinée équatoriale, le Libéria, le Mali, la Namibie, le Niger, le Nigéria, la République centrafricaine, la République du Congo, la République démocratique du Congo, la Sierra Leone, la Tanzanie, le Tchad, la Zambie et le Zimbabwe.

Comprend l’Afrique du Sud, la Côte d’Ivoire, l’Éthiopie, le Ghana, le Kenya, Maurice, le Nigéria, l’Ouganda, le Rwanda, le Sénégal, la Tanzanie et la Zambie.

L’activité devrait continuer de ralentir en 2015, encore qu’avec un taux de croissance de 4,5 %, l’Afrique subsaharienne restera l’une des régions les plus dynamiques au monde. Le ralentissement de l’activité tient essentiellement aux difficultés rencontrées par les pays exportateurs de pétrole de la région et les pays touchés par l’épidémie de fièvre Ébola. Si l’on fait abstraction de ces pays et de l’Afrique du Sud, la croissance devrait être soutenue, même si les effets de la baisse des cours du pétrole sont en grande partie neutralisés par ceux de la baisse des cours d’autres produits de base.

Les pays exportateurs de pétrole sont confrontés à un environnement très défavorable; aussi leur croissance devrait-elle s’établir en 2015–16 à 4¾ % en moyenne, taux nettement inférieur aux 7 % anticipés en octobre 2014.

  • Le Nigéria, qui est la plus grande économie et le premier exportateur de pétrole d’Afrique subsaharienne, est durement affecté par le choc pétrolier. Leur marge de manœuvre étant limitée, les autorités ont décidé de réduire les dépenses en capital et ont ajusté leurs politiques monétaire et de change pour alléger les pressions pesant sur les finances publiques et la monnaie. Ainsi, la croissance du PIB réel en 2015–16 devrait être en moyenne de 5 %, soit près de 2½ points de moins que ce qu’on anticipait en octobre 2014. Encore ces prévisions postulent-elles une atténuation des incertitudes politiques et financières aujourd’hui particulièrement prononcées et une action efficace des pouvoirs publics. En Angola, la croissance du PIB réel en 2015–16 devrait atteindre 4¼ % en moyenne, contre 5½ % en moyenne sur la période 2012–14. Ce résultat s’explique par un ajustement sensible et les projections ont été révisées à la baisse de 2¼ de point par rapport à octobre, celle de la croissance hors pétrole ayant été réduite de moitié.

  • Parmi les autres pays exportateurs de pétrole d’Afrique subsaharienne, la croissance moyenne du PIB réel en 2015–16 des pays membres de la Communauté économique des États de l’Afrique centrale (CEMAC) devrait se situer autour de 4¼ %, soit une baisse d’environ ¾ de point par rapport aux prévisions d’octobre dernier. Ce résultat reflète des réductions des dépenses en capital dans le cadre de l’ajustement budgétaire — ce qui influe sur la croissance hors pétrole —, mais aussi une augmentation anticipée de la production de pétrole ainsi que l’utilisation des marges de manœuvre budgétaires et le recours à l’emprunt. Les hypothèses qui sous-tendent ces projections restent entourées d’une incertitude considérable et, compte tenu de la rigidité des taux de change, le risque de résultats moins favorables ne peut être écarté.

Pour la grande majorité du reste de la région, l’impact de la baisse des cours des produits de base est modéré et, en moyenne, les projections de croissance restent globalement inchangées par rapport à octobre 2014 (graphique 1.3). La croissance moyenne du PIB réel en 2015–16 restera vigoureuse et atteindra 4¾ % pour l’ensemble des pays importateurs de pétrole, et 6–6½ % si l’on en exclut l’Afrique du sud.

Graphique 1.3.Afrique subsaharienne : projection de croissance du PIB réel pour 2015, variation par rapport à octobre 2014

Source : FMI, base de données des Perspectives de l’économie mondiale.

  • En Afrique du Sud, la croissance économique a été terne en 2014, mais elle devrait s’accélérer quelque peu et atteindre 2 % en moyenne en 2015–16. Ce rythme de croissance est toutefois plus faible qu’on ne l’anticipait auparavant, l’amélioration nette des termes de l’échange étant neutralisée par les efforts de rééquilibrage budgétaire et la persistance de problèmes dans le secteur de l’électricité.

  • Parmi les autres pays à revenu intermédiaire, le resserrement de la politique budgétaire au Ghana aura des effets sensibles sur la croissance économique en 2015. Cette dernière a été abaissée de près d’un point par rapport aux anticipations antérieures, mais elle devrait nettement se redresser en 2016 grâce au développement de la production pétrolière. En Zambie, la baisse des cours du cuivre et les incertitudes entourant l’action des pouvoirs publics devraient freiner l’investissement et la croissance; les taux de croissance pour 2015–16 ont été révisés à la baisse d’environ ½ point par rapport à octobre.

  • Inversement, dans les pays à faible revenu et les États fragiles, notamment en Côte d’Ivoire, en Éthiopie, au Mozambique, et en République démocratique du Congo, la croissance restera vigoureuse en continuant de s’appuyer sur l’investissement dans le secteur minier et les infrastructures et sur une consommation soutenue, et elle atteindra 6¾ % en moyenne en 2015–16, ce qui correspond aux anticipations antérieures. Cependant, la croissance a été révisée à la baisse pour certains pays. Au Burkina Faso, elle devrait être nettement inférieure à ce qui était prévu en 2015–16, car à une situation déjà difficile, due à la baisse des cours des produits de base et aux effets de l’épidémie de fièvre Ébola au niveau régional, sont venus s’ajouter des troubles politiques. Les prévisions de croissance ont aussi été révisées à la baisse pour l’Ouganda, mais dans ce cas, la révision est due à l’actualisation de l’année de référence pour les comptes nationaux et à l’adoption d’une nouvelle méthodologie qui a eu pour effet d’accroître le niveau du PIB d’environ 17 %, mais d’abaisser la croissance de ¾ de point pour 2014.

  • Comme l’explique en détail la dernière section, la situation dans les pays touchés par l’épidémie de fièvre Ébola reste plutôt sombre. En octobre 2014, les estimations de la croissance avaient déjà été abaissées, mais l’on prévoyait encore une modeste progression du PIB réel. Aujourd’hui, on s’attend à une contraction du PIB réel dans les trois pays en 2015. L’effet est particulièrement marqué en Sierra Leone, où la principale mine de fer a cessé de fonctionner et où l’activité devrait accuser un repli de plus de 10 %. Parmi les autres pays, la saison touristique 2014–15 de la Gambie a grandement souffert de l’épidémie de fièvre Ébola dans la région : selon les estimations, son PIB réel s’est contracté en 2014 et la croissance économique continuera d’être freinée en 2015.

Dans une large mesure, ces résultats en matière de croissance économique sont dus à l’action menée par les autorités sur les plans budgétaire et monétaire pour contrer ces chocs.

  • Les déficits budgétaires devraient rester prononcés dans toute la région en 2015. Les pays exportateurs de pétrole resserrent leur politique budgétaire et cela permettra de neutraliser en partie les effets du choc pétrolier, mais les déficits budgétaires devraient quand même se creuser d’environ ¾ de point de PIB par rapport à 2014. Bien qu’elle soit généralement peu élevée, la dette publique devrait augmenter d’environ 2½ points de PIB par rapport au niveau d’avant la baisse des cours pétroliers, la hausse étant toutefois plus marquée dans certains pays. Dans la plupart des autres pays, les déficits budgétaires devraient se maintenir en 2015 à peu près aux niveaux, relativement élevés, de 2014 (tableau 1.3). Dans les pays touchés par l’épidémie de fièvre Ébola, les efforts déployés pour combattre la maladie ont lourdement pesé sur les finances publiques.

  • La politique monétaire a été durcie dans certains pays, notamment dans les pays exportateurs de pétrole dont la monnaie a subi des tensions. La plupart des pays d’Afrique subsaharienne ont vu leur taux de change se déprécier par rapport au dollar depuis août 2014, mais cette évolution est aussi celle que l’on observe dans les autres pays émergents et en développement (graphique 1.4).

Tableau 1.3.Afrique subsaharienne : autres indicateurs macroéconomiques
2004–0820092010201120122013201420152016
(variation en pourcentage)
Inflation, fin de période8,99,27,710,28,26,16,17,46,6
(pourcentage du PIB)
Solde budgétaire1,70,3−3,4−1,1−1,8−3,0−3,3−3,7−2,9
Dont : hors pays exportateurs de pétrole−0,6−1,6−4,3−3,7−3,7−3,9−4,1−4,1−3,6
Solde des transactions courantes1,90,5−0,6−0,7−1,9−2,5−3,3−4,6−4,1
Dont : hors pays exportateurs de pétrole−4,4−3,0−3,9−4,9−7,2−7,7−7,3−7,0−7,1
(mois d’importation)
Couverture des réserves5,13,74,24,65,45,25,4
Source : FMI, base de données des Perspectives de l’économie mondiale.Note : Les données pour 2015 et 2016 sont des projections.
Source : FMI, base de données des Perspectives de l’économie mondiale.Note : Les données pour 2015 et 2016 sont des projections.

Graphique 1.4.Afrique subsaharienne : taux de change nominal, monnaie nationale pour 1 dollar, septembre 2014–mars 2015

Source : FMI, International Financial Statistics.

À l’échelon régional, l’inflation devrait rester contenue grâce au niveau bas des prix internationaux des denrées alimentaires et des carburants. Une légère augmentation devrait toutefois se matérialiser en 2015 due a l’accélération de l’inflation projetée dans les deux plus grands pays exportateurs de pétrole, sous l’effet de la dépréciation du taux de change (Angola et Nigéria) et de la réduction des subventions aux carburants (Angola). Dans les autres pays exportateurs de pétrole, toutefois, la situation ne devrait guère changer. Parmi les pays importateurs de pétrole, la baisse des cours du pétrole et des produits de base devrait contribuer de façon marginale à la diminution de l’inflation en 2015.

Dans les pays exportateurs de pétrole, le déficit des transactions courantes devrait nettement s’accentuer par rapport à octobre, la détérioration atteignant des proportions considérables dans plusieurs pays. Inversement, dans les pays importateurs de pétrole, le solde des transactions courantes devrait généralement s’améliorer. Cependant, dans un petit nombre de pays exportateurs de ressources naturelles, la baisse des cours des autres produits de base pourrait avoir un effet plus prononcé que celle des cours du pétrole, entraînant une dégradation de leur solde courant.

Conséquences en matière de politiques publiques

Face à la chute des cours du pétrole et, selon les projections d’avril 2015 des Perspectives de l’économie mondiale, à un redressement des cours qui s’annonce tout au plus modeste, les pays exportateurs de pétrole se doivent de prendre dès à présent des mesures d’ajustement.

  • La priorité doit être accordée à l’ajustement budgétaire. Cela est important compte tenu des conditions de financement très difficiles auxquelles sont confrontés ces pays, des pressions auxquelles certains d’entre eux sont soumis par les marchés et de l’augmentation considérable de la dette publique projetée pour d’autres, même dans le contexte de la mise en œuvre actuellement anticipée d’ajustements. Dans la mesure du possible, les réductions de dépenses devraient porter sur les dépenses récurrentes, mais des coupes importantes dans les investissements publics sont inévitables. À cet égard, il sera indispensable d’améliorer l’efficacité des dépenses publiques, notamment en supprimant les subventions aux carburants, qui sont largement inefficientes. Si l’ajustement est retardé — en raison d’incertitudes politiques ou parce que les pays en question se sont habitués à des niveaux de dépense publique élevés —, les marges de manœuvre risquent de s’épuiser rapidement et les pressions macroéconomiques de s’accentuer (comme cela est expliqué plus en détail dans la section suivante, consacrée à la baisse des cours des produits de base).

  • Là où cela est possible (compte tenu des dispositifs de change institutionnels), il sera important d’assurer la flexibilité du taux de change, en particulier pour préserver des marges de manœuvre extérieures déjà restreintes.

  • À moyen terme, les pays exportateurs de pétrole et d’autres ressources naturelles auraient intérêt à encourager une diversification plus rapide de l’économie, notamment en remédiant aux principaux goulets d’étranglement infrastructurels qui subsistent et qui entravent l’activité du secteur privé (en particulier celle des petites et moyennes entreprises) et en améliorant le climat des affaires.

C’est aussi une occasion unique pour tous les pays de la région de mettre en œuvre un ensemble de réformes normalement difficiles à faire passer sur le plan politique, en s’attachant tout à la fois à réduire les subventions énergétiques, à assainir la situation des producteurs d’énergie du secteur public et à répercuter une partie de la baisse des prix sur les consommateurs et les entreprises. À cet égard, les pays où il existe déjà un mécanisme d’ajustement automatique des prix — et où l’augmentation des cours internationaux du pétrole avait donc donné lieu à une hausse des prix de détail — devraient maintenir ce mécanisme en place en laissant la baisse des cours du pétrole se répercuter intégralement sur les prix de détail. Là où les prix de détail sont fixés par voie administrative, les autorités devraient envisager de faire bénéficier les consommateurs au moins partiellement de la baisse des cours internationaux tout en commençant à mettre en place un mécanisme souple de fixation des prix des carburants et de l’énergie1,2. Seuls les pays dont les finances publiques subissent des tensions extrêmes devraient mettre à profit intégralement la baisse des cours du pétrole pour améliorer la situation budgétaire.

Au-delà du choc actuel, la poursuite d’une croissance économique soutenue, vigoureuse et profitant à tous reste la priorité absolue pour la région. Dans cette optique, il est indispensable de remédier au déficit d’infrastructures pour créer des emplois, répondre aux besoins sociaux de la population pendant la transition démographique en cours (chapitre 2) et créer les conditions propres à un resserrement des liens commerciaux avec le reste du monde et d’une intégration réussie dans les chaînes de valeur mondiales (chapitre 3). En accroissant leurs investissements pour remédier aux goulets d’étranglement infrastructurels, les pays devraient toutefois s’attacher à préserver la viabilité de la dette tout en évitant une augmentation insoutenable des dépenses récurrentes. Il reste aussi essentiel d’améliorer la capacité d’absorption et l’efficience des investissements.

Risques

Il conviendra de continuer à surveiller les déficits budgétaires prononcés de certains pays. Étant donné que, selon toute vraisemblance, les conditions financières mondiales vont se resserrer au cours de la période à venir et que les possibilités de financement sur les marchés nationaux et régionaux restent limitées, l’accès aux financements pourrait être brutalement interrompu ou les coûts de financement pourraient s’accroître de façon très marquée (voir plus loin la section sur les conditions de financement extérieur). Les pays pourraient alors être amenés à opérer un ajustement plus drastique que prévu, auquel cas il est probable que les coupes seraient concentrées sur les dépenses en capital. Dans ces conditions, il y aurait un impact négatif sur la croissance économique à la fois sur le court et le moyen terme.

Comme cela est expliqué dans l’édition d’avril 2015 des Perspectives de l’économie mondiale, compte tenu de la normalisation imminente de la politique monétaire aux États-Unis, le risque afférent aux pays émergents pourrait faire l’objet d’une réévaluation plus généralisée. Si ce risque venait à se concrétiser et que les coûts de financement augmentaient sensiblement, les pays qui envisagent actuellement d’émettre des euro-obligations pourraient se trouver obligés de revoir leurs projets. Le report des ajustements nécessaires créerait des déséquilibres macroéconomiques, engendrerait de l’incertitude quant à l’action des pouvoirs publics, alourdirait encore davantage le coût des emprunts et accentuerait le risque de dérèglement des mouvements de capitaux.

L’appréciation en cours du dollar pose un certain nombre de risques. Les monnaies de plusieurs pays d’Afrique subsaharienne se sont déjà fortement dépréciées par rapport au dollar. À court terme, cela fera monter le coût des importations, dont une bonne partie est en général liée aux investissements, ce qui aura un effet négatif sur la croissance. La dépréciation des monnaies alourdira aussi le coût du service de la dette là où les titres libellés en dollars représentent une forte proportion de la dette publique totale, et aura pour effet de mettre à mal les bilans des banques et des entités du secteur public. Enfin, le risque existe que, dans certains pays, la dépréciation ne commence à susciter des tensions inflationnistes.

Le risque que la croissance économique mondiale continue de ralentir n’est pas négligeable. En particulier, il n’est pas exclu que l’atonie de l’activité en Europe et au Japon ne pèse davantage que prévu sur la reprise mondiale. De même, la croissance économique de la Chine pourrait ralentir brutalement en 2015–16. La demande de produits provenant d’Afrique subsaharienne en souffrirait, engendrant un ralentissement de la croissance et un creusement des déficits budgétaires.

Certains pays d’Afrique subsaharienne sont aussi exposés à des risques propres à la région.

  • Des risques importants liés aux problèmes de sécurité sont récemment passés au premier rang des préoccupations dans plusieurs pays, en particulier à cause du regain d’activité de Boko Haram au Cameroun, au Niger, au Nigéria et au Tchad, mais aussi d’autres épisodes de violence au Mali, en République centrafricaine et au Soudan du Sud. Non seulement ces évolutions pèseraient fortement sur les finances publiques, mais, si elles devaient s’accentuer, elles auraient des conséquences négatives pour la croissance, surtout dans l’agriculture, troubleraient le climat politique et auraient un effet dissuasif sur les investisseurs nationaux et étrangers.

  • Les élections au calendrier de 2015, notamment au Burkina Faso, en Côte d’Ivoire, en Éthiopie, en Guinée, au Nigéria, en République centrafricaine, en Tanzanie et au Togo compliqueront aussi la mise en œuvre de mesures délicates du point de vue politique.

  • Il semblerait que l’épidémie de fièvre Ébola soit en voie d’être maîtrisée, mais la situation reste précaire et le risque d’une propagation de l’infection à partir des foyers qui subsistent n’est pas négligeable.

Baisse des cours des produits de base : des destins constrastés au sein de la région

La chute des cours des produits de base a des répercussions très variées sur la région. Comme le montre le tableau 1.4, ce sont les pays exportateurs de pétrole qui sont le plus touchés. Dans les autres pays de la région, l’effet est plus modéré, voire légèrement positif. Le caractère hétérogène de ces chocs et l’ampleur significative de leurs effets sur la région sont illustrés au travers d’une comparaison avec des chocs du même ordre de grandeur qui se sont produits par le passé (encadré 1.1). Dans cette section, nous nous efforçons d’identifier les canaux de transmission par lesquels ils se font sentir dans les pays.

Tableau 1.4.Afrique subsaharienne : termes de l’échange(Moyennes pondérées)
Variation 2014–15Variation 2014–16
Pays exportateurs de pétrole−27,5−21,0
Pays à revenu intermédiaire1,40,0
Pays à faible revenu et États fragiles2,5−4,6
Source : FMI, base de données des Perspectives de l’économie mondiale.Note : Les données pour 2015 et 2016 sont des projections.
Source : FMI, base de données des Perspectives de l’économie mondiale.Note : Les données pour 2015 et 2016 sont des projections.

Pays exportateurs de pétrole

Les pays exportateurs de pétrole subissent un choc négatif considérable

En Afrique subsaharienne, la production de pétrole est fortement concentrée dans huit pays qui regroupent collectivement plus d’un quart de la population de la région et contribuent pour moitié environ au PIB régional. Au sein de ce groupe, deux pays (l’Angola et le Nigéria, qui sont respectivement la première et la troisième économie de la région) assurent les trois quarts de la production pétrolière de la région. à elles seules, les exportations brutes de pétrole représentent près d’un quart du PIB des pays pétroliers et (sauf dans le cas du Cameroun) une forte proportion de leurs exportations totales. En ce qui concerne les finances publiques, les exportateurs nets de pétrole, à l’exception du Cameroun, tirent plus de 50 % de leur revenu des activités liées à l’exploitation du pétrole (graphique 1.5).

Graphique 1.5.Exportateurs de pétrole d’Afrique subsaharienne : part du pétrole dans les recettes budgétaires et les exportations, 2013

Sources : FMI, base de données du Département Afrique; base de données des Perspectives de l’économie mondiale.

Note : Voir page 74 la liste des acronymes correspondant aux pays.

Dans un premier temps, l’effet du choc se fera donc sentir directement sur le solde budgétaire et le solde des transactions courantes (graphiques 1.6 et 1.7). Par la suite, les pays prenant des mesures d’ajustement budgétaire, la croissance à court et moyen terme en subira aussi les conséquences négatives. Dans l’hypothèse du maintien en l’état des politiques publiques, les déficits budgétaires se creuseraient d’au moins 5 points de PIB en 2015 dans la plupart des pays, et bien plus dans certains d’entre eux. Le Nigéria, dont l’économie est plus diversifiée, et le Cameroun, où la production de pétrole occupe une place plus limitée, sont les seuls pays où la dégradation des soldes budgétaires serait moins prononcée. De même, à politiques publiques inchangées, les soldes des transactions courantes se dégraderaient d’environ 8 points de PIB, et deviendraient déficitaires dans la plupart des pays.

Graphique 1.6.Exportateurs de pétrole d’Afrique subsaharienne : solde budgétaire, 2014–16

Source : FMI, base de données des Perspectives de l’économie mondiale; estimations des services du FMI.

1 Les projections de cours du pétrole sont une moyenne de 2015 et 2016.

Graphique 1.7.Exportateurs de pétrole d’Afrique subsaharienne : solde des transactions courantes, 2014–16

Source : FMI, base de données des Perspectives de l’économie mondiale; estimations des services du FMI.

1 Les projections de cours du pétrole sont une moyenne de 2015 et 2016.

L’ajustement a commencé dans les pays exportateurs de pétrole

Face à ce choc, les pays exportateurs nets de pétrole, conscients de son caractère pluriannuel et de ses effets déjà perceptibles, ont commencé à ajuster leurs politiques.

  • Confrontés à la chute des cours du pétrole, les pays ont fortement révisé à la baisse l’hypothèse de prix du baril retenue pour établir leur budget 2015. Cependant, l’ajustement n’est encore que partiel dans un grand nombre de pays, où le prix du baril retenu aux fins de l’établissement du budget reste nettement supérieur aux projections des cours internationaux (graphique 1.8).

  • En plus d’avoir abaissé leur hypothèse de prix du baril pour établir leur budget, les pays ont adopté des plans de réduction des dépenses, tout particulièrement pour les investissements publics, et d’augmentation des recettes non pétrolières. Le Nigéria a annoncé des mesures portant sur environ 1,8 % du PIB (essentiellement sous forme de réductions des dépenses en capital). En Angola, la loi de finances rectificative pour 2015 vise une amélioration d’environ 9½ points de pourcentage de PIB du solde primaire hors pétrole, essentiellement grâce à des réductions des dépenses au titre des biens et des services, des subventions énergétiques et des investissements publics, ce dernier poste devant absorber une grande part de l’ajustement. Les autorités des pays de la CEMAC ont aussi fait connaître leur intention de mettre en œuvre des mesures vigoureuses et simultanées de rééquilibrage des finances publiques.

  • Certains pays exportateurs de pétrole s’efforcent aussi de réduire les subventions, qui sont coûteuses, en particulier pour les carburants (encadré 1.2). En Angola, les prix de l’essence et du gazole ont été relevés d’environ 50 % au second semestre de 2014 et les subventions aux autres carburants ont été réduites ou supprimées. Le Nigéria, quant à lui, étudie actuellement diverses possibilités de réformer de façon permanente son système de subventions : il a quelque peu abaissé les prix à la pompe des carburants, mais, les cours internationaux du pétrole ayant fortement baissé, les enveloppes budgétaires pour les subventions aux carburants ont également diminué. Dans la CEMAC, le Cameroun a entrepris de réformer son système de fixation des prix des carburants au milieu de l’année 2014 et le Gabon a annoncé la suppression progressive des subventions à l’essence et au gazole.

Graphique 1.8.Afrique subsaharienne : hypothèse de prix du pétrole retenu dans le budget, 2014–15

Sources : Bloomberg, L.P.; estimations des services du FMI.

Note : PEM = base de données des Perspectives de l’économie mondiale.

Les politiques monétaire et de change ont aussi été ajustées à la suite du choc pétrolier. Au Nigéria, le taux de change a subi des tensions depuis le quatrième trimestre de 2014. Les autorités nigérianes ont d’abord dévalué le taux de change officiel (c’est-à-dire le taux des adjudications de devises), puis elles ont décidé de supprimer les adjudications de devises. Le naira a perdu plus de 25 % de sa valeur vis-à-vis du dollar depuis octobre 2014. En outre, pour soutenir la monnaie, les autorités nigérianes ont utilisé leurs réserves, relevé le taux directeur de 100 points de base et augmenté le coefficient de réserves obligatoires de cinq point de pourcentage. En Angola, les autorités ont eu recours à leurs réserves internationales pour permettre une dévaluation plus progressive du kwanza. Depuis fin septembre 2014, la monnaie s’est dépréciée d’environ 8½ %, tandis que la politique monétaire a été durcie, avec un relèvement de 25 points de base du taux directeur et de 2½ points de pourcentage du coefficient de réserves obligatoires. La dépréciation du franc CFA — qui est rattachée à l’euro — par rapport au dollar a atténué en partie le choc pour les pays exportateurs de pétrole de la CEMAC.

L’ajustement influe sur la croissance du PIB réel

Comme on l’a vu, la croissance du PIB réel des pays exportateurs de pétrole devrait diminuer sensiblement, car les mesures d’ajustement budgétaire qui ont été prises à la suite du choc pétrolier auront pour effet de freiner l’activité économique3. Des simulations effectuées avec un modèle multinational incorporant la plupart des pays d’Afrique subsaharienne — le Flexible System of Global Models (FSGM) du FMI — illustre l’arbitrage entre, d’une part, l’étalement dans le temps de l’ajustement des dépenses et, d’autre part, un ajustement complet sur une seule année4. En particulier, des résultats préliminaires indiquent qu’un étalement de l’ajustement sur quatre ans réduirait cumulativement l’effet négatif sur la croissance de 0,5 point de PIB en 2015–16 par rapport à un ajustement complet en un an (graphique 1.9). Un ajustement moins rapide entraînerait toutefois une augmentation de la dette publique et, comme cela est expliqué plus loin, aurait pour effet de rendre les pays plus vulnérables à un éventuel resserrement des conditions de financement.

Graphique 1.9.Exportateurs de pétrole d’Afrique subsaharienne : ajustement budgétaire et impact sur le PIB réel après le choc pétrolier, repli cumulé sur 2015–16 selon divers scénarios

Source : FMI, base de données des Perspectives de l’économie mondiale; calculs des services du FMI.

Note : Les scénarios sont calculés à partir des Flexible System of Global Models (FSGM), modèle d’équilibre général multirégional de l’économie mondiale comprenant 22 blocs. Sur ces 22 blocs, 11 représentent les régions subsahariennes.

1 Ajustement progressif : étalement de l’ajustement sur quatre ans.

2 Ajustement complet : ajustement intégralement opéré en 2015.

À cet égard, il est instructif de comparer l’ajustement budgétaire prévu pour faire face au choc actuel avec ce qui s’est passé lors des chocs pétroliers antérieurs (encadré 1.1). En particulier, les mesures prévues pour contrer le choc pétrolier actuel, qui s’annonce durable, limitent l’aggravation du déficit budgétaire en 2015 et à moyen terme. La croissance économique devrait mieux résister que dans le passé, ce qui s’explique par les progrès réalisés en matière de diversification économique, d’intégration au commerce mondial, d’assainissement des finances publiques, de réduction de la dette et d’accès au secteur financier (graphique 1.10)5. Toutefois, si l’ajustement budgétaire nécessaire n’est pas poursuivi de façon durable, il existe un risque significatif de graves répercussions macroéconomiques. Inversement, l’ajustement budgétaire nécessaire pourrait lui-même avoir un effet négatif plus marqué que prévu sur la croissance économique.

Graphique 1.10.Afrique subsaharienne : croissance du PIB réel pendant des épisodes de baisse des cours du pétrole

Source : FMI, base de données des Perspectives de l’économie mondiale.

1 L’agrégation ne comprend pas le Soudan du Sud, dont les chiffres accusent de fortes fluctuations.

Le fait que la marge de manœuvre budgétaire des pays est généralement limitée est une cause de préoccupation et un élément essentiel à prendre en considération dans la décision de concentrer ou non l’ajustement en début de période. D’après les projections, les déficits budgétaires resteront prononcés même après l’ajustement prévu. Dans la plupart des cas, les ressources des fonds de stabilisation et les dépôts publics auprès de la banque centrale fin 2014 étaient faibles par rapport au déficit budgétaire combiné pour 2015–16 (graphique 1.11). Dans ces conditions, la croissance du PIB réel est exposée au risque d’un ajustement plus prononcé dans le cas où les financements nécessaires pour lisser l’ajustement aux chocs ne s’avèreraient pas disponibles ou si les pressions inflationnistes ne permettaient pas de puiser dans les dépôts publics. Sur le plan extérieur, la crainte est que le lissage de l’ajustement face à l’épuisement des marges de manœuvre ne provoque des tensions macroéconomiques dans un contexte de marges de manœuvre très réduites (graphique 1.12).

Graphique 1.11.Exportateurs de pétrole d’Afrique subsaharienne : dépôts et déficits projetés, 2015–16

Sources : FMI, International Financial Statistics; base de données des Perspectives de l’économie mondiale; estimations des services du FMI.

1 Les dépôts comprennent les dépôts de l’État à la banque centrale et les fonds de stabilisation.

Graphique 1.12.Exportateurs de pétrole d’Afrique subsaharienne : avoirs de réserve et déficits projetés, 2015–16

Sources : FMI, International Financial Statistics; base de données des Perspectives de l’économie mondiale; estimations des services du FMI.

En particulier, une dépréciation du taux de change pourrait entraîner des tensions sur les finances publiques et le compte extérieur courant en alourdissant le coût du service de la dette libellée en devises, ce qui neutraliserait en partie l’avantage d’étaler l’ajustement dans le temps.

Dans la plupart des pays exportateurs de pétrole, c’est l’investissement public qui devrait payer le plus lourd tribut à l’ajustement, ce qui nuira aux perspectives de croissance à moyen terme, encore que, dans la mesure où il concerne pour une large part les importations, l’effet sur la croissance à court terme sera moins prononcé6. La révision à la baisse des perspectives de croissance du PIB réel aura aussi un effet dissuasif sur l’investissement privé et affaiblira la capacité des pays à réduire la part des secteurs liés au pétrole et à diversifier leur économie. Cela renforcera l’effet direct de la baisse de l’investissement dans le secteur due au maintient anticipé d’un niveau bas des cours du pétrole à moyen terme, ainsi que l’effet potentiel de la dépréciation des taux de change sur les bilans du secteur privé et, partant, sur l’investissement.

Il faudra veiller à la stabilité financière

Une forte dépréciation des monnaies ou une hausse marquée des taux d’intérêt pourrait avoir des conséquences pour la stabilité financière.

  • Les banques commerciales ont relativement peu d’engagements extérieurs et leurs avoirs extérieurs nets, à 2,1 % du PIB en moyenne, sont à peu près stables depuis 2005, même si l’on constate quelques différences entre pays. Cependant, les engagements extérieurs bruts ont fortement progressé et, dans certains pays, les prêts sont concentrés dans le secteur de l’énergie7. Si les taux de change devaient subir des tensions, le degré relativement élevé de la dollarisation des prêts (même s’ils sont accordés en partie au secteur formel dollarisé) pourrait aussi être source de risques.

  • Dans ces pays, l’ajustement budgétaire pourrait conduire à une accumulation d’arriérés publics à l’égard des fournisseurs. Les problèmes de liquidité qui en résulteraient pour eux risqueraient d’engendrer des problèmes pour les banques.

  • L’expansion rapide des banques panafricaines — dont certaines détiennent un volume considérable d’actifs dans les pays exportateurs de pétrole — pourrait poser certains risques (FMI, 2015c). Plus précisément, si une banque panafricaine était amenée à connaître des difficultés financières, les pays où le groupe opère pourraient s’en ressentir. Compte tenu des déficiences bien connues de la supervision transnationale, la détection de ces problèmes pourrait prendre un temps considérable.

Pays importateurs de pétrole

Trente-sept pays d’Afrique subsaharienne sont importateurs nets de pétrole. Pour plusieurs d’entre eux, les exportations d’autres produits de base jouent un rôle économique important, comme le montre le graphique 1.13. Celui-ci indique les pays dont les exportations de produits de base non pétroliers représentent plus de 25 % des exportations totales de biens en moyenne sur la période 2009–12. Ces pays représentent environ 40 % de la population d’Afrique subsaharienne et une part similaire du PIB de la région.

Graphique 1.13.Afrique subsaharienne : pays exportateurs de produits de base

Source : FMI, base de données du Département Afrique.

1 Pays dont les exportations de ressources naturelles non renouvelables représentent entre 25 et 50 % des exportations de biens.

2 Pays dont les exportations de ressources naturelles non renouvelables représentent plus de 50 % des exportations de biens.

La baisse des cours du pétrole devrait profiter considérablement aux pays importateurs d’Afrique subsaharienne. Les importations de pétrole y représentent en moyenne 20 % des importations et 7 % du PIB. Une chute des cours de plus de 50 % se traduit donc par des économies qui ne sont pas négligeables. De manière plus précise, les pays qui ne sont pas de gros exportateurs de ressources naturelles devraient en tirer des avantages considérables.

En revanche, les 15 pays d’Afrique subsaharienne qui sont d’importants fournisseurs de produits de base non pétroliers sont également confrontés à une forte baisse des prix de ces exportations en 20148. Celles-ci représentent plus de 30 % des exportations totales et environ 8 % du PIB global de tous les importateurs de pétrole. Dans le groupe des gros exportateurs de produits de base non pétroliers, ces produits sont encore plus importants puisqu’ils représentent plus de 55 % des exportations totales et approximativement 15 % de leur PIB9.

L’importance relative du pétrole et des autres produits de base dans le commerce extérieur des pays importateurs de pétrole d’Afrique subsaharienne explique le faible impact des chocs sur les termes de l’échange des importateurs de pétrole, qui devraient s’améliorer de moins de 2 % en 2015, encore qu’il existe des différences entre pays (graphique 1.14). Dans l’ensemble, l’impact serait également faible sur la balance commerciale des pays importateurs de pétrole en 2015, qui devrait rester globalement inchangé par rapport à 2014.

Graphique 1.14.Afrique subsaharienne : variation des termes de l’échange, 2014 et 2015

Source : FMI, base de données des Perspectives de l’économie mondiale.

Les répercussions directes de la variation des cours du pétrole et des autres matières premières sur les soldes budgétaires sont plus difficiles à prédire, car elles dépendent de la structure fiscale de chaque pays et des réactions des autorités :

  • S’agissant des recettes, la baisse des cours réduira les droits d’importation et les autres taxes ad valorem sur les produits pétroliers, et comme la demande de carburants est en règle générale plutôt inélastique, les recettes vont également diminuer10.

  • Lorsque la baisse des cours est répercutée sur les consommateurs (c’est par exemple le cas en Afrique du Sud, en Éthiopie, au Kenya, en Ouganda et en Tanzanie), la consommation peut augmenter pour autant que les ménages et les entreprises dépensent une partie des économies réalisées, ce qui a son tour se traduit par une augmentation des recettes fiscales issues des biens et services.

  • La baisse des cours des autres produits de base entraînera une diminution des recettes des pays exportateurs, mais l’effet sera plus modeste que sur les exportateurs de pétrole, car dans les premiers, la part des recettes provenant des ressources naturelles dans les recettes budgétaires est relativement plus faible (graphique 1.15).

  • S’agissant des dépenses, la baisse des prix des produits pétroliers devrait se traduire par un allégement de la facture énergétique et, lorsque les prix sont subventionnés et que les pouvoirs publics saisissent l’occasion pour réduire ces subventions, par une diminution des transferts courants.

Graphique 1.15.Échantillon des pays exportateurs de produits de base non pétroliers d’Afrique subsaharienne : ventilation des recettes budgétaires, 2013

Sources : FMI, base de données du Département Afrique; base de données des Perspectives de l’économie mondiale.

1 La Côte d’Ivoire n’est pas incluse dans le groupe de 15 exportateurs de produits de base non renouvelables et non pétroliers examiné dans la présente section. Le pays est toutefois un important exportateur de produits de base agricoles (cacao).

À l’image du faible impact à court terme sur les principaux agrégats macroéconomiques, le repli des cours des produits de base ne devrait avoir que des répercussions marginales sur la croissance des pays importateurs de pétrole. En outre, les exportateurs de pétrole n’entretiennent que de faibles relations commerciales avec le reste de l’Afrique subsaharienne (voir chapitre 3). Les difficultés rencontrées par les pays exportateurs de pétrole de la région ne devraient donc avoir que des répercussions limitées sur les pays importateurs. Cela dit, plusieurs pays subsahariens offrent de bonnes perspectives de développement dans le secteur énergétique, notamment en Afrique de l’Est. Le repli des cours du pétrole pourrait entraîner un report des investissements dans ce secteur, avec des conséquences négatives sur la croissance à court et moyen terme.

Conditions de financement extérieur : durcissement à l’horizon?

Après avoir été faibles et stables pendant un certain temps, les marges souveraines des pays émergents et des pays préémergents, y compris les pays préémergents d’Afrique subsaharienne, ont augmenté à nouveau pour revenir aux niveaux observés en mai 2013 à l’époque de l’accès de volatilité provoqué par l’annonce du retrait des mesures monétaires non conventionnelles de la Fed. Elles sont en outre elles-mêmes devenues plus volatiles. De manière plus précise, les marges souveraines ont commencé à se creuser en octobre 2014 quand les cours du pétrole ont amorcé leur repli, et depuis décembre ils ont enregistré plusieurs sursauts, parfois de 200 points de base (graphique 1.16). Les marges souveraines dans la région restent élevées, mais comme le rendement des bons du Trésor américain à 10 ans demeure faible, les rendements des marchés préémergents d’Afrique subsaharienne ne sont, eux, pas particulièrement élevés au vu de leur moyenne historique.

Graphique 1.16.Marges souveraines des pays émergents : 2013–15 (au 25 mars)

(Points de base)

Source : Bloomberg, L.P.

Note : EMBI = Emerging Market Bond Index Global calculé par J.P. Morgan. La moyenne simple des pays préémergents d’Afrique subsaharienne comprend les marges souveraines de la Côte d’Ivoire, du Gabon, du Ghana, du Kenya, du Nigéria, du Sénégal, de la Tanzanie et de la Zambie. Les colonnes grisées correspondent aux périodes de volatilité qui ont suivi l’annonce par la Fed du retrait de sa politique monétaire accommodante (21 mai 2013–24 juin 2013 et 21 janvier-4 février 2014).

Il ressort des données les plus récentes que les investisseurs semblent établir des distinctions plus marquées entre pays préémergents d’Afrique subsaharienne et les marges souveraines se creusent davantage dans les pays dont les perspectives économiques sont plus incertaines. Par exemple, les marges souveraines pour le Gabon et le Nigéria (aux prises avec le choc pétrolier), pour le Ghana (qui se redresse d’une situation budgétaire difficile) et pour la Zambie (touchée par le repli des cours du cuivre, les tensions budgétaires et des politiques incertaines) dépassent désormais les maximums observés en juin 2013 suite à l’annonce de la Fed (graphique 1.17). Dans quelques pays préémergents, les écarts ont diminué, pour se rapprocher parfois des minimums atteints avant l’annonce de la Fed.

Graphique 1.17.Échantillon de pays : variation des marges souveraines depuis juin 2013 et soldes budgétaires projetés pour 2015

Source : Bloomberg, L.P.

Note : Les écarts correspondent à ceux de l’Emerging Market Bond Index Global de J.P. Morgan. Le pic de volatilité provoqué par l’annonce de la Fed se situe le 24 juin 2013; la date du point bas est le 1er octobre 2014; et les dernières données sont celles du 25 mars 2015. Pour le Kenya, les données sont disponibles à partir du 31 juillet 2014 et pour le Mozambique, du 27 novembre 2013.

Un nombre grandissant de pays d’Afrique subsaharienne ont accès aux marchés financiers mondiaux, à telle enseigne que l’encours des obligations souveraines internationales a pratiquement quadruplé ces cinq dernières années. Ce financement est certes essentiel pour les pays d’Afrique subsaharienne, à l’heure où ils s’efforcent de répondre à leurs besoins urgents d’investissement public, mais dans certains pays, il est à craindre qu’il ne soit devenu une source récurrente de financement du secteur public.

Les déficits courants, aussi, restent élevés depuis plusieurs années (graphique 1.18). De fait, dans la plupart des pays préémergents d’Afrique subsaharienne, en 2014 ils étaient supérieurs à ceux de 2010, année où l’impact de la crise financière mondiale avait été sensiblement atténué dans la région (graphique 1.19). Durant la même période, les pays ayant accès aux marchés de capitaux ont à peine ajusté leurs soldes budgétaires, et ceux-ci se sont en fait détériorés dans plusieurs pays, certes plus lentement que les soldes des transactions courantes (graphique 1.20)11. L’effet conjugué de ces tendances accentue la vulnérabilité des pays préémergents aux sautes d’humeur des marchés, lesquelles risquent d’alourdir fortement les coûts de financement futurs ou d’engendrer de fortes tensions sur les marchés financiers intérieurs là où les investisseurs étrangers détiennent une grande part de la dette souveraine intérieure12. De fait, le taux d’intérêt de l’émission obligataire internationale d’un milliard de dollars de la Côte d’Ivoire de février 2015 dépassait de presque 100 points de base le taux de la première émission d’octobre 2014. Une dépréciation du taux de change alourdirait davantage ces coûts. Si les monnaies continuaient de se déprécier de manière persistante par rapport au dollar, les emprunts en devises finiraient par devenir plus onéreux que les emprunts en monnaie nationale13.

Graphique 1.18.Afrique subsaharienne : émissions d’obligations souveraines internationales et contribution du secteur public aux déficits courants, 2013–14

Sources : Bloomberg, L.P.; FMI, base de données des Perspectives de l’économie mondiale.

1 La contribution du secteur public au déficit courant est mesurée comme l’inverse du solde épargne–investissement du secteur public.

Graphique 1.19.Pays d’Afrique subsaharienne ayant accès aux marchés financiers : solde des transactions courantes

(En pourcentage du PIB)

Source : FMI, base de données des Perspectives de l’économie mondiale.

Note : Voir page 74 la liste des acronymes correspondant aux pays.

Graphique 1.20.Pays d’Afrique subsaharienne ayant accès aux marchés financiers : variation du solde des transactions courantes et du solde budgétaire, 2010–14

(En pourcentage du PIB)

Source : FMI, base de données des Perspectives de l’économie mondiale.

Note : Voir page 74 la liste des acronymes correspondant aux pays.

Il est donc important d’évaluer les perspectives de flux financiers vers l’Afrique subsaharienne. À cet égard, l’une des questions fondamentales est de savoir si les rendements et les volumes des flux de financement en actions ou obligations de ces dernières années vers l’Afrique subsaharienne étaient conformes aux conditions et aux fondamentaux du marché — et si cela n’a pas été le cas, dans quelle mesure ils le sont aujourd’hui. Enfin, compte tenu de la volatilité enregistrée après le repli des cours du pétrole, il importe de savoir si ce repli a provoqué une réévaluation fondamentale du taux des émissions obligataires de l’ensemble des pays d’Afrique subsaharienne, et non pas simplement des taux des pays exportateurs de pétrole.

Durant ces dernières années, plusieurs études économétriques ont tenté de définir les déterminants des marges souveraines des pays émergents14. L’analyse dont rend compte l’encadré 1.3 rejoint plusieurs de ces études, mais l’approche retenue ici a été particulièrement conçue pour examiner l’existence potentielle d’un biais en faveur des titres d’Afrique subsaharienne et pour tester si l’évolution des cours du pétrole agit sur les marges souveraines de l’ensemble des obligations du continent de manière uniforme. Elle utilise en outre des données mensuelles pour tenter de mieux saisir l’évolution des marges souveraines au gré des nouvelles informations sur les fondamentaux du marché, en faisant abstraction de l’influence des chocs transitoires qui apparaissent souvent lorsque l’on utilise des données à plus haute fréquence.

  • Le modèle fait apparaître que les facteurs particuliers à chaque pays expliquent pour beaucoup les marges souveraines, mais il ne fait ressortir aucun biais spécifique aux pays préémergents d’Afrique subsaharienne.

  • Pour 2014, les marges souveraines observées dans les pays d’Afrique subsaharienne sont très proches, en moyenne, des prédictions du modèle, ce qui laisse penser qu’en moyenne, les fondamentaux expliquent pour beaucoup les marges souveraines. Cependant, les marges souveraines observées ont été volatiles et, sur de courtes périodes, elles ont manifesté de fortes divergences par rapport aux prédictions du modèle (graphique 1.21). Par exemple, en 2014, les marges souveraines observées ont dépassé les moyennes prédites, parfois de beaucoup. En janvier 2015, les marges souveraines observées et prédites par le modèle étaient globalement alignées, mais dans quelques pays touchés par la chute des cours du pétrole ou en proie à des vulnérabilités relatives à leurs politiques publiques, les marges souveraines observées étaient quelque peu supérieures.

  • Les cours du pétrole sont un important facteur déterminant des écarts de taux des pays exportateurs, mais ils semblent l’être moins pour les autres pays. Selon le modèle, une baisse de 10 dollars du prix du baril augmente les marges souveraines des pays exportateurs de près de 10 %, et celles des pays importateurs d’environ 5 %.

Graphique 1.21.Pays d’Afrique subsaharienne ayant accès aux marchés financiers : marges souveraines

Sources : Bloomberg, L.P.; calculs des services du FMI.

Note : Les marges souveraines observées et prédites sont les valeurs moyennes pour les périodes considérées. Les droites désignent la distance entre les minimums et les maximums.

Les résultats indiquent que les taux des titres émis par les pays subsahariens ne sont sans doute pas désalignés par rapport aux fondamentaux, mais qu’à court terme, les coûts d’emprunt peuvent s’accroître soudainement en période d’incertitude. De manière plus précise, les coûts d’emprunt des pays d’Afrique subsaharienne devraient augmenter à mesure que les rendements sur les marchés obligataires américains commenceront à grimper lorsque la politique monétaire débutera sa normalisation. La variation des rendements américains sera sans doute modeste, car la normalisation devrait être graduelle. Toutefois, ce phénomène pourrait entraîner une réévaluation plus généralisée du risque dans les marchés émergents, comme l’explique l’édition d’avril 2015 des Perspectives de l’économie mondiale. Comme cela s’est vu par le passé, l’anticipation d’un retrait d’une politique monétaire non conventionnelle pourrait provoquer un regain de volatilité sur les marchés et un creusement des marges souveraines.

Conséquences de l’épidémie de fièvre Ébola

L’épidémie de fièvre Ébola en Guinée, au Libéria et en Sierra Leone — épicentre du fléau — s’est rapidement intensifiée au second semestre de 2014 et le nombre de cas confirmés a accusé une ascension exponentielle, passant de moins de 500 à la fin juin à plus de 24.500 à la mi-mars 2015, provoquant un bilan de plus de 10.000 décès. Les vastes efforts engagés pour contenir l’épidémie ont réussi à réduire progressivement la progression des nouvelles infections, d’environ 700 par semaine en décembre 2014 à près de 100 au début mars 2015 (graphique 1.22). L’épidémie de fièvre Ébola n’est cependant pas encore pleinement maîtrisée et certaines poches de contagion subsistent dans la région. En d’autres termes, les risques d’infection au niveau de l’épicentre, et de transmission aux pays voisins, persistent.

Graphique 1.22.Nouveaux cas hebdomadaires confirmés d’infection par le virus Ébola

Source : autorités nationales.

L’épidémie a frappé de plein fouet les économies des trois pays touchés (Banque mondiale 2014, 2015; FMI, 2014b, 2014c et 2014d). Outre le lourd tribut en vies humaines et en souffrance, le virus Ébola a fortement perturbé les marchés du travail et mis à mal les ressources publiques et privées, tant les coûts de santé publique et de riposte se sont accrus. De plus, l’épidémie a accentué l’aversion pour le risque des opérateurs nationaux et étrangers, ce qui a eu de graves retombées sur l’activité. En particulier, les échanges commerciaux, les voyages et les transports ont été gravement touchés par le départ des expatriés, la suspension de certains vols, la fermeture des marchés et des frontières régionales, la baisse du taux d’utilisation du capital (par exemple, fermetures de mines), et les restrictions aux déplacements internes en raison des mesures de quarantaine imposées par les pouvoirs publics. Le secteur agricole a été gravement atteint et, par voie de conséquence, la production alimentaire intérieure a souffert. Si l’on ajoute à cela les contraintes d’importations alimentaires provoquées par la fermeture des frontières, la sécurité alimentaire est en péril. Par exemple, dans une récente publication, l’Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture et le Programme alimentaire mondial estiment que près d’un demi-million de Guinéens souffrent d’insécurité alimentaire à cause de l’épidémie de fièvre Ébola (FAO/PAM 2014).

Les pertes de production à venir devraient être considérables. Comme le signale le graphique 1.23, les projections de croissance des trois pays ont été fortement revues à la baisse. Avant l’épidémie de fièvre Ébola, ils étaient engagés sur une solide trajectoire de croissance, affichant des prévisions annuelles moyennes de 6½ % sur 2014–15. Or, depuis le milieu de 2014, ces trois pays accusent une croissance négative, l’activité ayant fortement ralenti dans le secteur minier, les services et l’agriculture. En 2015, leur PIB réel devrait désormais se contracter.

Graphique 1.23.Afrique subsaharienne : prévision de croissance du PIB réel, 2015

Sources : FMI, base de données des Perspectives de l’économie mondiale; estimations des services du FMI.

1 Les projections de l’été 2014 proviennent des rapports du FMI sur les pays concernés (FMI 2014b, 2014c, 2014d).

2 Croissance du PIB réel hors minerai de fer.

L’épidémie a gravement frappé les finances publiques des pays touchés.

  • Les recettes publiques devraient fondre de 4½ points de pourcentage de leur PIB combiné par rapport aux niveaux projetés avant l’épidémie (graphique 1.24). Outre les effets de cette dernière, le repli des cours du minerai de fer compromet également les recettes des trois pays, notamment de la Sierra Leone, où ce minerai représente environ 25 % du PIB et 50 % des exportations totales. En Guinée, dans la mesure où la répercussion du pétrole moins cher sur les prix intérieurs a été reportée dans le temps, les pertes de recettes devraient être en partie compensées.

  • Les pays ont dû accroître les dépenses pour endiguer la maladie et mettre en place des programmes sociaux en faveur des populations vulnérables. Par exemple, en 2014–15, la Guinée et le Libéria prévoient de dépenser environ 5 % de leur PIB pour financer les plans de riposte au virus Ébola. Autrement dit, même avec une diminution des dépenses d’investissement liées aux perturbations sur le marché du travail et aux contraintes d’importation, les dépenses publiques de ces trois pays devraient augmenter dans une proportion de 4 % de leur PIB combiné en 2014–1515.

  • Pour l’ensemble des trois pays, le solde budgétaire global devrait se détériorer d’environ 8 % du PIB combiné en 2014–15 (en valeur cumulée), encore que le gros de la détérioration devrait se produire en 2015. Toutefois, en raison de l’effet partiellement compensatoire de la sous-exécution des budgets d’investissement, la variation du solde budgétaire global sous-estime le véritable impact budgétaire de l’épidémie. Par exemple, pour le Libéria, l’équipe-pays du FMI estime l’impact budgétaire total aux alentours de 19 % du PIB en valeur cumulée pour 2014–15. De même, en Sierra Leone, l’impact budgétaire total est estimé à plus de 10 % du PIB hors minerai de fer, soit près du triple de ce qui est signalé au graphique 1.24.

Graphique 1.24.Variation entre 2014 et 2015 des recettes et soldes budgétaires hors dons par rapport aux projections de l’été 2014

Sources : FMI, base de données des Perspectives de l’économie mondiale; estimations des services du FMI.

La communauté internationale s’est engagée à mobiliser un appui financier considérable pour aider les trois pays à maîtriser l’épidémie de manière rapide et efficace. Le Libéria devrait recevoir un important appui budgétaire, de l’ordre de 15 % du PIB en termes cumulés pour 2014–15, et les engagements d’aide s’élèvent au total à environ 1,1 milliard de dollars (soit 56 % du PIB). L’aide extérieure totale à la Guinée et à la Sierra Leone en raison de l’Ébola est projetée à 7 % et 8 % du PIB, respectivement. Cependant, une grande partie de ces concours financiers n’ont pas encore été décaissés. À la date de janvier 2015, le Libéria n’avait reçu qu’un quart des montants promis.

Le FMI apporte un soutien actif aux trois pays touchés. Depuis septembre 2014, il a fourni une aide financière supplémentaire à la Guinée, au Libéria et à la Sierra Leone totalisant quelque 290 millions de dollars pour les aider à financer le creusement de leurs déficits budgétaires. En outre, en février 2015, le FMI a mis en place un nouveau fonds fiduciaire d’assistance et de riposte aux catastrophes (ARC), dont la vocation est de fournir un appui exceptionnel aux pays frappés par de graves catastrophes naturelles, dont les épidémies. Dans le cadre de ce nouveau fonds fiduciaire, le FMI mobilise en faveur des trois pays touchés environ 100 millions de dollars de dons destinés à alléger leur dette envers le FMI et ainsi leur permettre de dégager une marge de manœuvre budgétaire à court terme. Cette réponse rapide de la part du FMI devrait avoir un effet catalyseur sur les bailleurs de fonds pour mobiliser l’assistance promise à ces pays.

Plusieurs pays en dehors de l’épicentre de la crise ont subi de fortes retombées économiques, principalement sous la forme d’une diminution du tourisme et des voyages d’affaires, voire d’un report des investissements prévus. En Gambie, où le tourisme est la principale source de devises, le choc aurait entraîné une chute de 60 % des arrivées pour la saison 2014–15. L’activité touristique aurait également ralenti au Sénégal et au Burkina Faso. En outre, les nations frontalières des trois pays touchés par l’Ébola (par exemple, la Côte d’Ivoire et le Mali) et les pôles régionaux de commerce et de transport (comme le Nigéria) ont accusé un léger repli des échanges transfrontaliers en raison des restrictions aux déplacements et de la fermeture des frontières.

Globalement, plusieurs enseignements peuvent être tirés de la crise de la fièvre Ébola.

  • Les chocs tels que ceux de l’Ébola sont délicats à prédire et il est difficile de s’y préparer. Dans le cas des États fragiles, le maintien de réserves suffisamment importantes pour riposter à ce type de choc aurait un coût d’opportunité prohibitif vu les investissements sociaux et infrastructurels auxquels ils devraient renoncer en contrepartie. Toutefois, l’existence d’une certaine marge de réserves aurait facilité une riposte rapide en attendant la mobilisation de l’appui de la communauté internationale.

  • Durant ces situations d’urgence, les politiques macroéconomiques doivent pouvoir être accommodantes et les taux de change doivent pouvoir s’ajuster, comme cela a été le cas dans les trois pays touchés par l’épidémie. L’expérience montre que l’appui financier rapide de la communauté internationale est vital pour ce type de riposte et, de fait, dans les trois pays, l’assouplissement de la politique économique a été possible grâce à la mobilisation rapide du soutien financier international.

  • L’action résolue et la solide coordination des autorités et de la communauté internationale sont impératives pour endiguer ce type de pandémie. Une aide internationale soutenue, notamment sous la forme de concours financiers, reste nécessaire, même une fois l’épidémie maîtrisée, pour permettre la reprise ultérieure.

Encadré 1.1.Mise en perspective historique du choc pétrolier actuel

Lors de précédents épisodes de chute des prix mondiaux des produits de base, l’activité économique de l’Afrique subsaharienne a ralenti. En considérant quatre épisodes de repli des cours du pétrole d’une ampleur comparable (graphique 1.1.1), il apparaît que la croissance moyenne de la région s’est systématiquement affaiblie. De manière plus précise :

Graphique 1.1.1.Principaux indices mondiaux des prix des produits de base et croissance économique en Afrique subsaharienne

Source : FMI, base de données des Perspectives de l’économie mondiale.

  • 1986Les cours du pétrole ont chuté d’environ 66 % entre novembre 1985 et juillet 1986. La croissance du PIB réel de la région a reculé d’une moyenne de près de 3 % en 1984–85 à une moyenne d’à peine 1 % en 1986–87.

  • 1998Les cours du pétrole ont diminué de 55 % entre novembre 1996 et décembre 1998. La croissance moyenne a ralenti, passant d’environ 5 % en 1996–97 à moins de 3 % en 1998–99.

  • 2008Les cours du pétrole se sont tassés de 67 % entre juillet et décembre. Le ralentissement de l’activité économique de près de 2 points de pourcentage en 2009–10 par rapport à 2006–07 s’explique largement par la crise mondiale, mais il avait été aggravé par un repli brutal simultané, mais relativement bref, des cours du pétrole (et des autres produits de base)1.

  • 2014Les cours du pétrole ont reculé de 43 % entre juin et décembre. Selon les actuelles prévisions des Perspectives de l’économie mondiale pour 2015, la croissance du PIB réel de l’Afrique subsaharienne devrait, en moyenne, baisser légèrement à 4¾ % en 2015–16 par rapport à environ 5 % en 2013–14.

Il y a cependant des différences notables entre pays. La croissance du PIB dans les pays exportateurs de pétrole a ralenti durant les épisodes de tassement des cours2, mais l’activité s’est accélérée dans d’autres pays de la région, sauf en 2008–09, où le recul a été généralisé (graphique 1.1.2). De manière plus précise :

  • En 1985, la croissance du PIB réel dans les pays exportateurs de pétrole se situait en moyenne aux alentours de 7 % (graphique 1.1.2, panneau de gauche). Durant les deux années qui ont suivi, la croissance dans ce groupe était négative (il y a en outre eu des cas de guerre civile). Dans le reste de la région (graphique 1.1.2, panneau de droite), la croissance moyenne du PIB réel s’est rapidement accélérée après 1985.

  • De même, aux alentours de 1998, lorsque les prix du pétrole accusaient un repli soutenu, la croissance du PIB réel parmi les pays exportateurs de pétrole a ralenti (graphique 1.1.2, panneau de gauche), tandis qu’elle s’est maintenue relativement stable dans d’autres pays, à l’exception d’un passage à vide en 1998, principalement attribuable au net ralentissement de l’activité économique en Afrique du Sud3.

  • En 2009, la croissance du PIB a accusé un net ralentissement dans les deux groupes de pays (graphique 1.1.2), principalement en raison de l’effet de la crise mondiale de 2008, notamment sur les pays à revenu intermédiaire et tout particulièrement en Afrique du Sud4.

  • Après 2014, selon les hypothèses de référence (voir FMI, 2015b), la croissance du PIB réel des exportateurs de pétrole et des autres pays de la région devrait fléchir quelque peu en 2015, avant de se redresser légèrement à moyen terme.

Graphique 1.1.2.Afrique subsaharienne : croissance du PIB réel pendant des épisodes de baisse des cours du pétrole

Source : FMI, base de données des Perspectives de l’économie mondiale.

1 L’agrégation ne comprend pas le Soudan du Sud, dont les chiffres accusent de fortes fluctuations.

Les soldes budgétaires se sont généralement détériorés parmi les pays exportateurs de pétrole (notamment en 2009). Durant les épisodes de repli des cours du pétrole cette détérioration parmi les exportateurs de pétrole est marquée (graphique 1.1.3, panneau de gauche) par rapport aux autres pays de la région (graphique 1.1.3, panneau de droite). La détérioration observée durant l’épisode de 1986 dans les pays non exportateurs de pétrole tient pour l’essentiel à la détérioration budgétaire en Afrique du Sud (environ 1,5 point de PIB de 1986 à 1987), mais aussi au Burundi et au Lesotho (environ 6 points de PIB dans chaque cas); inversement, quinze pays de ce groupe ont enregistré une amélioration sur le plan budgétaire sur la même période. En revanche, du fait des politiques anticycliques mises en œuvre durant la crise mondiale de 2008–09, la détérioration des soldes budgétaires a été généralisée après 20085. Enfin, selon les hypothèses de référence, les soldes budgétaires devraient se détériorer dans les pays exportateurs de pétrole et s’améliorer dans les autres pays en 2015–16.

Graphique 1.1.3.Afrique subsaharienne : solde budgétaire global pendant des épisodes de baisse des cours du pétrole

Source : FMI, base de données des Perspectives de l’économie mondiale.

1 L’agrégation ne comprend pas le Soudan du Sud, dont les chiffres accusent de fortes fluctuations.

Les répercussions de la récente chute des cours du pétrole devraient être plus modérées que celles des épisodes précédents. Comme cela est expliqué en détail dans les précédentes éditions des Perspectives économiques régionales, beaucoup de pays d’Afrique subsaharienne dépendent moins des matières premières et leur économie est beaucoup plus diversifiée. Par ailleurs, la région est devenue plus intégrée dans le commerce international et elle jouit d’un meilleur accès aux financements internationaux. Ceci s’explique en partie par le renforcement des soldes budgétaires dans l’ensemble des pays de la région — certains ayant bénéficié d’un allégement de leur dette — et par un dispositif de politique monétaire plus moderne axé sur la lutte contre l’inflation et davantage à l’abri des ingérences politiques. Enfin, les troubles civils deviennent moins courants.

1 Pour de plus amples détails, voir les Perspectives économiques régionales : Afrique subsaharienne (avril et octobre 2009; avril et octobre 2010).2 En 2014, huit pays d’Afrique subsaharienne entraient dans la catégorie des exportateurs de pétrole, mais tous n’en faisaient pas partie en 1980. En outre, certains pays qui étaient considérés comme exportateurs de pétrole au moins depuis 1980 ont connu un conflit civil à un moment donné.3 La croissance du PIB sud-africain a chuté de 2,7 % en 1997 à 0,5 % en 1998, puis s’est redressée à 2,4 % en 1999. Le net ralentissement de 1998 s’explique par les effets de contagion de la crise asiatique et par les perturbations sur les marchés financiers (OCDE/BAfD, 2002).4 Dans les pays non exportateurs de pétrole, la croissance s’est accélérée rapidement entre 2002 et 2007 (ceci n’est pas indiqué), à une période où les cours mondiaux des autres produits de base enregistraient une augmentation soutenue (graphique 1.1.1). La période 1986–89 appelle des observations similaires.5 Voir les Perspectives économiques régionales : Afrique subsaharienne d’avril 2011.

Encadré 1.2.Prix à la pompe en Afrique subsaharienne : impact de la baisse des cours internationaux du pétrole

En Afrique subsaharienne, les prix des produits pétroliers sont fixés par l’État (de façon discrétionnaire ou à partir de formules d’ajustement automatique) ou par le marché. Ces prix y ont été réduits suite à une baisse prononcée des cours internationaux du pétrole. Cependant, cette baisse n’a été que partiellement répercutée sur les prix à la pompe, la transmission s’étant limitée pour l’essentiel aux pays importateurs et à des degrés différents selon le type de carburant. Dans ce contexte, les subventions avant et après impôts ont été sensiblement réduites, notamment pour l’essence. Cela a été avant tout le cas de quelques pays qui ont entrepris de réformer les subventions durant ces derniers mois.

La forte chute des cours internationaux du pétrole n’a pas été entièrement répercutée sur les prix à la pompe dans la région et cette transmission s’est limitée pour l’essentiel aux pays importateurs (graphique 1.2.1).

Graphique 1.2.1.Afrique subsaharienne : répercussion sur les prix intérieurs des variations des cours internationaux des produits pétroliers, juin 2014–janvier 2015

Sources : autorités nationales; calculs des services du FMI.

  • Il ressort d’une analyse des prix des carburants en Afrique subsaharienne que la chute marquée des cours internationaux s’est traduite par une diminution des prix à la pompe dans la plupart des pays entre juin 2014 et le début 20151, et ce en dépit du fait qu’environ seulement 35 % des pays d’Afrique subsaharienne disposent d’un mécanisme d’ajustement automatique des prix (les prix sont réglementés dans les autres pays).

  • La répercussion sur les prix intérieurs du repli des cours internationaux a, pour l’instant, été partielle et elle s’est, pour la plupart des cas, limitée aux pays importateurs. Globalement, le coefficient médian de transmission de la baisse des cours (défini comme la variation en termes absolus des prix à la pompe intérieurs divisée par la variation en termes absolus des cours internationaux, dans les deux cas en monnaie nationale) n’était que de 31 % entre juin 2014 et le début 20152. Si l’on établit une distinction entre pays importateurs et pays exportateurs, les coefficients sont alors de 45 % et 0 %, respectivement. Cela montre à quel point le comportement diffère entre les deux groupes de pays, la plupart des pays exportateurs n’ayant pas modifié les prix réglementés des carburants durant cette période.

  • La répercussion de la chute des cours sur les prix de l’essence a été moins forte que pour le gazole et le pétrole lampant (valeur médiane de 24 % contre 40 % pour les deux derniers).

  • Dans certains pays — Angola, Cameroun, Ghana et Madagascar — les prix des carburants ont augmenté dans le cadre de réformes nationales de la tarification des produits énergétiques.

Les subventions (taxes) aux produits énergétiques ont diminué (augmenté) entre le milieu de 2014 et le début de 2015. Les informations sur la structure détaillée des prix ont servi à évaluer dans quelle mesure les prix à la pompe permettent de recouvrer les coûts (par exemple, transport, distribution et marges bénéficiaires). Cette analyse produit un certain nombre de résultats.

  • En janvier 2015, dans tous les pays à l’exception de l’Angola et du Nigéria (graphique 1.2.2), les prix à la pompe couvraient tous les coûts d’approvisionnement (à savoir, prix d’importation CAF, coûts de transport et de distribution et marges bénéficiaires). Cela constitue une amélioration par rapport à juin 2014, date à laquelle les prix à la pompe ne couvraient pas tous les coûts d’approvisionnement dans plusieurs pays.

  • L’analyse ne tient cependant pas compte des taxes dans le calcul des prix permettant de recouvrer les coûts. Une analyse plus rigoureuse «après impôts» — qui ajoute la moyenne de fiscalité brute par litre pour l’Afrique subsaharienne (0,34 dollar) au prix de recouvrement des coûts — fait apparaître que sur une base annualisée les subventions (taxes) ont diminué (augmenté) en moyenne de 0,8 % du PIB. Les subventions à l’essence représentent la moitié de ce montant en raison de la moindre répercussion de la baisse des cours sur ce produit. Il ressort d’un exercice illustratif basé sur les prix de janvier et une taxe moyenne pour la région, qu’environ 55 % des pays d’Afrique subsaharienne subventionnent les carburants. Cependant, ces subventions ne dépassent 1 % du PIB que dans les pays exportateurs.

Graphique 1.2.2.Afrique subsaharienne : prix moyens de l’essence, du gazole et du pétrole lampant, juin 2014 et janvier 2015

Sources : autorités nationales; calculs des services du FMI.

Note : Voir page 74 la liste des acronymes correspondant aux pays.

Cet encadré a été préparé par Mauricio Villafuerte avec le concours de Cleary Haines et Sebastian Corrales.1 Les prix internationaux des produits pétroliers ont diminué de 0,7–0,8 dollar/litre entre le début 2011 et le milieu de 2014 à environ 0,4 dollar/litre à la fin de 2014.2 À partir d’une moyenne simple de l’essence, du gazole et du pétrole lampant.

Encadré 1.3.Déterminants des marges souveraines

Une croissance vigoureuse et la mise en œuvre de bonnes politiques macroéconomiques ont créé les conditions propices à l’expansion notable des émissions obligataires souveraines d’Afrique subsaharienne durant la dernière décennie. Par ailleurs, les vastes liquidités disponibles à l’échelle mondiale ont poussé les investisseurs internationaux en quête de rendements et soucieux de diversifier leurs portefeuilles vers les titres émis par les pays d’Afrique subsaharienne. L’une des principales questions consiste à savoir si les émissions obligataires internationales des pays d’Afrique subsaharienne ont : bénéficié de taux favorables par rapport à celles des pays émergents d’autres régions du monde.

Pour répondre à cette question, nous examinons de manière empirique les fondamentaux macroéconomiques pertinents et les facteurs de liquidité mondiale et de risque qui déterminent les marges souveraines. L’analyse repose sur une étude de panel de 57 marchés préémergents et pays à revenu intermédiaire sur la période 2009–141. La spécification estimée est la suivante, i et t étant les indices de pays et de période, respectivement :

Spreadit désigne la marge souveraine de l’Emerging Market Bond Index Global calculée par J.P. Morgan, ci est une variable indicatrice spécifique au pays et θt une variable indicatrice de période. S’agissant des variables de marché mondiales, VIX est léndíae de volatilité Chicago Board Options Exchange, TermPrem est la prime de liquidité aux Etats-Unis, calculée comme l’écart entre les rendements à dix ans et à trois mois, Funding Cost désigne l’écart entre le Libor à trois mois et l’OIS (London Interbank Offered Rate — Overnight Indexed Swap) et Δ(Oil Price) est la variation du prix du Brent. Le vecteur de variables macroéconomiques fondamentales Xit−1 comprend les valeurs retardées du niveau de PIB réel par habitant, des réserves internationales, du solde primaire, de la dette publique, et du solde des transactions courantes, ainsi qu’une variable indicatrice pour les exportateurs de pétrole et son terme d’interaction avec les chocs des cours du pétrole2. Nous appliquons une méthode de variables instrumentales (VI) pour éviter les biais issus de l’inclusion de la variable dépendante retardée et d’effets fixes pays (Nickell, 1981). La variable instrumentale retenue est la valeur retardée de deux périodes de l’indice VIX, qui d’après la statistique F de premier degré est un instrument robuste3.

Le tableau 1.3.1 présente les estimations de coefficients et le graphique 1.3.1 les coefficients normalisés de la plupart des déterminants. Il ressort des résultats de la régression que les fondamentaux macroéconomiques et les facteurs mondiaux énumérés plus haut sont tous des déterminants du niveau des marges souveraines. Nous constatons qu’une plus forte aversion pour le risque mondial (indice VIX), une augmentation des coûts de financement limitant les possibilités d’arbitrage aux opérateurs sur les marchés obligataires souverains et la prime de liquidité américaine présentent une corrélation positive avec les marges souveraines, tandis que les prix du pétrole, traduisant sans doute l’impact d’une augmentation de la demande mondiale, présentent une corrélation négative. Comme cela était anticipé, nous avons également constaté qu’une plus grande solidité des fondamentaux macroéconomiques particuliers à chaque pays va de pair avec une réduction des marges souveraines. Le niveau des coefficients des facteurs mondiaux porte à croire que les marges souveraines sont plus sensibles aux variations de l’indice VIX et aux coûts de financement. Parmi les fondamentaux macroéconomiques, en dehors du niveau de développement implicite dans le niveau de PIB par habitant, les marges souveraines sont surtout sensibles aux variations des réserves et du ratio dette publique/PIB, comme le montre le graphique 1.3.1. De manière plus précise, une augmentation d’un écart-type des réserves va de pair avec une réduction de 0,26 écart-type des marges souveraines, tandis qu’une augmentation comparable de la dette publique réduit les marges souveraines de 0,2 écart-type.

Tableau 1.3.1.Estimation des marges souveraines
(1)(2)
ÉcartsÉcarts
Log de la marge souveraine0,516***0,519***
(0,116)(0,115)
VIX0,006***0,006***
(0,002)(0,002)
Prime de liquidité É.-U.0,043***0,043***
(0,010)(0,010)
LIBOR-OIS (dollars)0,272***0,272***
(0,067)(0,067)
Choc de cours du pétrole−0,006***−0,005***
(0,000)(0,001)
Log du PIB par habitant−0,474***−0,450***
(0,146)(0,135)
Solde des transactions courantes−0,004***−0,004***
(0,001)(0,001)
Réserves−0,010***−0,009***
(0,002)(0,002)
Dette publique brute0,004***0,004***
(0,001)(0,001)
Inflation0,005***0,005***
(0,001)(0,001)
Solde primaire−0,006**−0,005**
(0,002)(0,002)
Choc de cours du pétrole * pays exportateurs de pétrole−0,004***
(0,001)
Observations31673167
Pays5757
Effets fixes annéeOUIOUI
Effets fixes paysOUIOUI
Statistique F de premier ordre35,0735,17
Source : calculs des services du FMI.Note : Erreurs-type entre parenthèses. * dénote une signification à 10 %, ** à 5 % et *** à 1 %.1 Toutes les variables explicatives sont retardées d’une année.
Source : calculs des services du FMI.Note : Erreurs-type entre parenthèses. * dénote une signification à 10 %, ** à 5 % et *** à 1 %.1 Toutes les variables explicatives sont retardées d’une année.

Graphique 1.3.1.Coefficients normalisés des déterminants des marges souveraines

Sources : Bloomberg, L.P.; calculs des services du FMI.

Note : VIX = Chicago Board Options Exchange Volatility Index; LIBOR-OIS = écart entre le LIBOR à trois mois et l’Overnight index swap.

Vu la récente évolution des cours du pétrole, nous estimons également une autre spécification qui établit une distinction entre pays exportateurs et pays importateurs de pétrole (tableau 1.3.1, colonne 2). Nous constatons que les mouvements des prix du pétrole ont des effets différents sur les écarts de taux souverains, selon que le pays est exportateur ou importateur. Il ressort notamment de nos résultats qu’une augmentation des cours est liée à une réduction des marges souveraines dans les deux groupes de pays, les effets étant cependant deux fois plus importants dans le cas des exportateurs de pétrole.

À partir de ces estimations, nous comparons les marges souveraines prédites et observées pour chaque pays de l’échantillon pour voir si les taux du marché obligataire sont conformes aux fondamentaux. Le graphique 1.3.2 présente les résultats de ces comparaisons pour les marges souveraines en Afrique subsaharienne en 2014 et le graphique 1.3.3 pour janvier 2015. En moyenne, pour les écarts de 2014, nous constatons un désalignement négatif, les marges souveraines étant légèrement inférieures à ce que semblerait prédire le modèle empirique, hormis dans le cas du Ghana. Cela pourrait s’expliquer par l’abondance de liquidités à l’échelle mondiale, un intérêt plus marqué de la part des investisseurs internationaux, et le fait que les perspectives économiques des marchés émergents plus matures se soient détériorées plus rapidement que celle des pays préémergents. Le désalignement positif du Ghana tient vraisemblablement aux craintes liées à l’orientation budgétaire du pays, au faible niveau de ses réserves extérieures et au regain de tensions subies par la monnaie. Pour janvier 2015, nous observons une dispersion plus vaste des marges souveraines par rapport au modèle empirique.

Graphique 1.3.2.Marges souveraines observées et prédites, 2014

Sources : Bloomberg, L.P.; calculs des services du FMI.

Note : Voir page 74 la liste des acronymes correspondant aux pays.

Graphique 1.3.3.Marges souveraines observées et prédites, 2015

Sources : Bloomberg, L.P.; calculs des services du FMI.

Note : Voir page 74 la liste des acronymes correspondant aux pays.

1 Notre échantillon comprend les pays d’Afrique subsaharienne suivants : l’Afrique du Sud, la Côte d’Ivoire, le Gabon, le Ghana, le Kenya, le Mozambique, la Namibie, le Nigéria, le Sénégal, la Tanzanie et la Zambie.2 Dans la mesure où les cours du pétrole suivent un processus AR(1), les variations des cours du pétrole peuvent être considérées comme des chocs. Voir Brückner, Chong et Gradstein (2012).3 Bien que nous incluions la valeur retardée d’une période de l’indice VIX, notre stratégie d’instrumentation demeure valide tant que la valeur retardée de deux périodes de l’indice VIX n’agit sur les marges souveraines contemporaines que via son impact sur la variable dépendante retardée. Nous avons constaté, tests à l’appui, que l’effet direct de la valeur retardée de deux périodes de l’indice VIX n’était pas statistiquement significatif, une fois que la valeur retardée d’une période est incluse.

Ce chapitre a été préparé par une équipe dirigée par Bhaswar Mukhopadhyay et composée de Jorge Iván Canales Kriljenko, Mumtaz Hussain, Emmanouil Kitsios, Marco Pani, Francisco Roch et Juan Treviño, avec le concours de Cleary Haines et George Rooney en matière de recherche.

On notera toutefois que, dans certains pays où les autorités s’efforcent actuellement de supprimer les subventions, les prix à la pompe ont en fait augmenté.

Les mesures d’accompagnement devraient être ciblées strictement sur les pauvres et les groupes vulnérables de la population.

Dans certains pays, la variation du PIB pétrolier résulte aussi du cycle naturel de la production, qui n’a aucun lien avec la baisse des cours du pétrole.

Les propriétés et la structure du FSGM sont présentées dans Andre et al. (2015).

Certains pays exportateurs de pétrole avaient connu des troubles civils en 1986 et 1998, ou bien venaient de connaître une période d’expansion rapide du secteur pétrolier, ce qui avait à l’époque amplifié les effets de la baisse des cours du pétrole.

Pour 2015, le budget du Nigéria prévoit une baisse de 25 % en valeur nominale des dépenses en capital par rapport à 2014, ce qui les ramènera à la moitié environ de leur niveau de 2012–13. En Angola, les réductions de dépenses en capital devraient représenter environ la moitié de l’ajustement budgétaire sensible qui est prévu. Parmi les pays de la CEMAC, l’ajustement devrait peser surtout sur les dépenses en capital, même si certains pays ont du mal à identifier précisément les mesures nécessaires.

Ce risque est aussi signalé dans l’édition d’avril 2015 du Rapport sur la stabilité financière dans le monde (Global Financial Stability Report), qui relève que, sur les 21 pays émergents et préémergents examinés, le Nigéria est celui où ce type d’exposition est le plus élevé.

Ces pays sont l’Afrique du Sud, le Botswana, le Burkina Faso, la Guinée, le Libéria, le Mali, la Namibie, le Niger, la République centrafricaine, la République démocratique du Congo, le Rwanda, la Sierra Leone, la Tanzanie, la Zambie et le Zimbabwe.

Valeurs globales pour l’ensemble du groupe de pays (équivalentes à des moyennes pondérées).

Les taxes ad valorem correspondent à un pourcentage du prix du produit considéré. Les taxes spécifiques sont calculées en fonction de la quantité.

Voir aussi le chapitre 1 des Perspectives économiques régionales : Afrique subsaharienne d’octobre 2014 sur les risques budgétaires commençant à se manifester dans certains pays subsahariens.

Dans la plupart des pays préémergents d’Afrique subsaharienne, les revenus fixes et le remboursement in fine des émissions obligataires souveraines internationales protègent les émetteurs des variations des rendements souverains sur les marchés secondaires. Autrement dit, pour ces pays, une augmentation des rendements n’aurait pas d’effet immédiat sur la trésorerie liée à l’encours de la dette.

Voir l’encadré 1.1 des Perspectives économiques régionales : Afrique subsaharienne d’octobre 2014.

Voir, par exemple, l’annexe 2.2 de l’édition d’avril 2013 du Rapport sur la stabilité financière dans le monde (FMI, 2013b); González-Rozada et Yeyati (2008); et Hilscher et Nosbusch (2010).

L’augmentation des dépenses s’explique en partie par des facteurs qui ne sont pas directement liés à l’épidémie d’Ébola. Par exemple, une augmentation des salaires en Guinée entraînera un gonflement de la masse salariale de ¾ point de pourcentage de PIB en 2015.

    Other Resources Citing This Publication