Chapter

1. Maintenir le cap

Author(s):
International Monetary Fund
Published Date:
October 2014
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Introduction et Résumé

Dans la plupart des pays d’Afrique subsaharienne, la croissance économique reste vigoureuse. L’économie de la région devrait continuer de croître à un rythme soutenu, d’environ 5 % en 2014 et 5¾ % en 2015. Ce panorama général se décline toutefois en trois évolutions distinctes.

  • La grande majorité des pays de la région continuent d’enregistrer une croissance économique élevée, alimentée par l’effort soutenu d’investissement dans les infrastructures, la vitalité du secteur des services et une abondante production agricole. La dynamique de la croissance reste particulièrement forte dans les pays à faible revenu de la région, où, selon les prévisions, elle devrait s’accélérer pour atteindre 6½–6¾ % en 2014–15, et dépasser 8 % en moyenne pendant cette période en Côte d’Ivoire, en République démocratique du Congo, au Mozambique et au Tchad. En outre, le Nigéria, première économie de la région par sa taille, devrait continuer de se développer à vive allure et enregistrer une croissance moyenne d’environ 7–7¼ % en 2014–15. À noter aussi, les nouvelles données des comptes nationaux montrent que les économies sont bien plus diversifiées qu’on ne le pensait, le secteur des services jouant un rôle plus important, tout particulièrement au Nigéria, où la place de ce secteur dans l’économie a presque doublé à la suite de l’actualisation de l’année de référence pour l’établissement des comptes nationaux.

  • Ce tableau généralement positif est toutefois assombri par la situation dramatique en Guinée, au Libéria et en Sierra Leone, où l’épidémie de fièvre Ébola a de lourdes conséquences humaines et économiques et des retombées économiques qui commencent à se faire sentir dans certains pays voisins.

  • Dans un petit nombre de pays, l’activité est freinée par des vents contraires liés aux politiques menées par les autorités. En Afrique du Sud, la croissance reste terne en raison des goulets d’étranglement dans la fourniture d’électricité, des relations tendues entre les partenaires sociaux et du manque de compétitivité. Fait plus préoccupant, dans quelques pays, dont le Ghana et, jusqu’à une date récente, la Zambie, des déséquilibres macroéconomiques prononcés ont engendré des tensions sur les taux de change et de l’inflation.

Notre scénario de référence prévoit que la croissance vigoureuse de ces dernières années se poursuive au cours des prochains mois, à condition toutefois que plusieurs aléas négatifs de plus en plus menaçants se dissipent. Ces aléas pèsent de manière différenciée selon les pays.

  • Épidémie de fièvre Ébola. La prolongation de l’épidémie de fièvre Ébola ou sa propagation à d’autres pays aurait de graves conséquences pour l’activité des pays touchés et au-delà, ce qui mettrait à mal la confiance, les décisions d’investissement et les activités commerciales dans toute la région. En outre, les conditions de sécurité restent difficiles en République centrafricaine et au Soudan du Sud, et sont encore précaires dans le Nord du Mali, le Nord du Nigéria et sur le littoral kényan.

  • Vulnérabilités budgétaires au niveau domestique. Bien que la croissance soit vigoureuse, la politique budgétaire conserve une orientation expansionniste. Dans bien des cas, cela tient à une augmentation limitée dans le temps des dépenses nécessaires pour financer des besoins accrus en infrastructures et d’autres besoins de développement, cette augmentation étant financée par des prêts suffisamment concessionnels. En conséquence, dans la plupart des pays, les ratios d’endettement public restent relativement stables. Dans un petit nombre de cas, toutefois, en particulier dans certains pays pionniers, la poursuite d’une croissance forte et l’existence de conditions favorables sur les marchés financiers internationaux se sont révélées insuffisantes pour éviter l’accumulation de dette et les difficultés de financement, en raison de déficits budgétaires prononcés dus essentiellement à l’accroissement rapide des dépenses récurrentes. Le risque existe que les facteurs de vulnérabilité budgétaire qui en découlent ne finissent par obliger ces pays à un ajustement brutal et désordonné, ce qui aurait à court terme des coûts sur le plan social et nuirait à la dynamique de croissance de long terme.

  • Une conjoncture extérieure moins favorable. Les tensions sur les marchés financiers internationaux se sont apaisées, et les pays d’Afrique subsaharienne qui ont accès aux marchés ont bénéficié du regain d’intérêt des investisseurs étrangers. Cependant, dans un contexte de normalisation prochaine de la politique monétaire des États-Unis, les tensions géopolitiques mondiales ou un ralentissement de l’activité plus prononcé qu’on ne le prévoit actuellement dans les pays émergents sont autant de facteurs qui pourraient inciter les investisseurs à un changement de comportement. Les sorties de capitaux qui s’ensuivraient pourraient s’avérer problématiques pour les pays dont les besoins de financement extérieur sont élevés et qui seraient dès lors obligés de procéder à de brusques ajustements. En outre, avec le ralentissement de la croissance dans les pays émergents, en particulier en Chine, tandis que l’activité ne s’affermit que lentement dans les pays avancés, la demande de matières premières devrait rester molle, ce qui devrait empêcher les prix des produits de base d’augmenter, voire les faire baisser. Un ralentissement de l’activité plus marqué qu’on ne le prévoit actuellement aurait un effet immédiat sur les positions extérieures et les recettes budgétaires, mais, à terme, il pourrait aussi réduire l’engouement des investisseurs étrangers pour le financement de projets dans la région.

Dans la suite du chapitre 1, nous examinons tout d’abord les perspectives de croissance de l’économie mondiale, des cours des produits de base et des marchés financiers, en nous attachant à déterminer, compte tenu de l’intégration croissante de l’Afrique subsaharienne à l’économie mondiale, les implications à court terme pour la région. Ensuite, nous évaluons dans quelle mesure l’orientation expansionniste de la politique budgétaire de nombreux pays de la région influe sur la dynamique sous-jacente de la dette publique. Enfin, sur la base de cette analyse, nous présentons les perspectives économiques de la région, les aléas qui les entourent et les recommandations de politique économique qui en découlent.

Dans les deux chapitres suivants, nous examinons deux aspects du programme de développement de la région:

  • Le chapitre 2 est consacré au processus complexe de transition auquel font face les États fragiles cherchant à s’affranchir de leur situation de fragilité. Dans les États fragiles, à savoir ceux où les pouvoirs publics ne sont pas en mesure de fournir à la population de façon fiable les services publics de base, le développement économique et humain se heurte à des obstacles redoutables et tenaces. Nous examinons les éléments marquants de cette transition pour un groupe de pays subsahariens qui étaient jugés fragiles dans les années 90. Cette analyse révèle le rôle de trois facteurs clés qui se renforcent mutuellement pendant la période de transition: le renforcement des capacités des pouvoirs publics et des institutions, l’existence de marges de manœuvre budgétaires et une transition politique pacifique.

  • Le chapitre 3 examine les options qui s’offrent aux pouvoirs publics pour combler le déficit considérable d’infrastructures dans les pays subsahariens. Les goulets d’étranglement infrastructurels continuent d’entraver la croissance et le développement, mais en matière de financement des infrastructures le paysage est en train de changer. Ce chapitre montre que, pour tirer parti autant que possible des nouvelles possibilités, il convient de mettre fin aux contraintes qui subsistent sur le plan réglementaire et en matière de capacité d’absorption, tout en restant attentif aux risques budgétaires et en préservant la viabilité de la dette.

Le Renforcement des Liens Avec L’économie Mondiale Continuera-t-il de Soutenir la Croissance?

Une reprise lente au niveau mondial et des perspectives moins bien orientées pour les pays émergents

La croissance économique mondiale devrait s’affermir peu à peu et passer de 3,3 % en 2013–14 à 3,8 % en 2015 (graphique 1.1). D’après les projections, cette accélération sera due surtout aux pays avancés, en particulier aux États-Unis et au Royaume-Uni. La zone euro est sortie de la récession, mais la croissance y demeure anémique, freinée par un chômage élevé, un lourd endettement et des conditions d’emprunt restrictives pour le secteur privé dans certains pays. Par ailleurs, l’activité devrait ralentir dans les pays émergents en 2014, notamment chez les principaux partenaires commerciaux de l’Afrique subsaharienne, avant de se redresser quelque peu en 2015. Plus particulièrement, la croissance économique de la Chine devrait ralentir pour s’établir à 7,4 % en 2014 et à 7,1 % en 2015. Ce ralentissement devrait se poursuivre les années suivantes à mesure que l’économie chinoise passera à un modèle de croissance reposant davantage sur la consommation que sur les exportations. En revanche, l’activité devrait s’accélérer progressivement en Inde, grâce à la reprise des exportations et de l’investissement dans la foulée des élections.

Graphique 1.1.Croissance du PIB mondial et des exportations de l’Afrique subsaharienne

Source: FMI, base de données des Perspectives de l’économie mondiale.

Dans ce contexte, la demande mondiale de produits de base devrait fléchir, d’autant plus que, selon toute vraisemblance, le secteur manufacturier chinois ne jouera plus autant son rôle moteur. Cette évolution, conjuguée à l’augmentation récente et prévisible de la capacité de production au niveau mondial, devrait empêcher les prix des produits de base d’augmenter à moyen terme. Selon les projections, les cours du pétrole devraient diminuer légèrement sur la période 2014–16 par rapport à 2013. De même, l’indice composite des prix des produits non pétroliers devrait baisser de 6 % au cours de la même période par rapport à 2013. Plus particulièrement, les cours du cuivre, de l’or et du platine devraient reculer d’environ 5 % à 10 %, tandis que ceux du charbon et du fer accuseraient un reflux plus marqué, de 15 % pour le premier et de 35 % pour le second.

Resserrement récent des liens commerciaux et financiers

Les progrès à l’exportation s’appuient sur le développement des échanges avec les pays émergents

Les pays d’Afrique subsaharienne participent de plus en plus au commerce mondial. Les exportations de marchandises représentent aujourd’hui près de 30 % du PIB régional, c’est-à-dire environ 10 % de plus qu’au milieu des années 90 (graphique 1.2). Si les échanges commerciaux avec les pays avancés ont sensiblement diminué à la suite de la crise mondiale, le commerce avec les pays émergents est en augmentation constante, surtout avec la Chine et l’Inde, qui sont à l’origine de l’essentiel de l’augmentation des exportations en proportion du PIB depuis 1995. C’est d’ailleurs le développement des échanges avec la Chine qui a permis à l’Afrique subsaharienne de maintenir, voire d’accroître, son poids relatif dans le commerce mondial — même s’il reste faible — face à l’augmentation rapide des échanges internationaux (graphique 1.3).

Graphique 1.2.Afrique subsaharienne: exportations par partenaire

Source: FMI, Direction of Trade Statistics.

Graphique 1.3.Interconnexions mondiales au travers des exportations, 2000 et 2013

Sources: FMI, base de données DOTS; calculs des services du FMI.

Note: La taille de chaque cercle correspond au poids relatif du pays dans les exportations mondiales, prenant en compte le volume des échanges, le nombre de partenaires commerciaux et le poids relatif de ces partenaires dans le réseau des échanges commerciaux mondiaux (voir la description des calculs dans Brin et Page, 1998). Les chiffres entre parenthèses correspondent à la part respective des exportations vers chaque région, exprimée en pourcentage du total des exportations des pays d’Afrique subsaharienne.

Un facteur qui a joué particulièrement en faveur des exportations — mais qui pourrait aussi les rendre plus vulnérables à l’avenir — est que les échanges commerciaux restent composés en grande partie de matières premières. Celles-ci constituent encore environ la moitié des exportations de la région, ce qui tient en partie à la large place qu’occupent les matières premières dans le modèle de croissance de la Chine. Seuls quelques pays de la région, dont le Kenya, l’Ouganda et la Tanzanie, ont réussi à diversifier leurs exportations depuis le début des années 90. En outre, le commerce régional s’est accru, mais il reste sous-développé, freiné par des droits de douane et des obstacles non tarifaires élevés, ainsi que par les déficiences des infrastructures de transport régionales. À cet égard, les négociations en cours sur le renouvellement des accords commerciaux avec l’Union européenne et les États-Unis offrent l’occasion de soutenir les efforts de diversification.

Un financement favorisé par le regain d’intérêt des marchés mondiaux pour la région

Depuis 2009, dans une conjoncture marquée par l’abondance de la liquidité et la faiblesse des rendements au niveau mondial, les investisseurs étrangers sont de plus en plus attirés par l’Afrique subsaharienne. La région a ainsi pu avoir accès à davantage de financements extérieurs, notamment sous forme d’un volume élevé d’investissements directs étrangers. Les partenaires traditionnels de la région, dont la France et le Royaume-Uni, ainsi que les institutions internationales prêtant à des conditions concessionnelles restent les principaux interlocuteurs en matière de financement, mais les partenaires non traditionnels de la région, en particulier la Chine, y investissent aussi de plus en plus (chapitre 3). Cela a permis aux pays de financer leurs investissements publics et privés destinés à combler leurs déficits substantiels en matière d’infrastructures. En soi, le creusement des déficits extérieurs courants observé depuis 2007–08 n’est pas nécessairement préoccupant, pour autant qu’il s’accompagne d’un effort d’investissement soutenu, comme cela a été le cas en particulier dans les pays à faible revenu, et permet une amélioration de la productivité et des exportations (graphique 1.4)1.

Graphique 1.4.Soldes extérieurs courants et investissement, 2010–13

Source: FMI, base de données des Perspectives de l’économie mondiale.

Note: Les points bleus représentent les différents pays d’Afrique subsaharienne, tandis que les points rouges représentent des groupes de pays.

Dernièrement, l’intérêt des investisseurs internationaux pour la région a été particulièrement visible dans les pays pionniers. Après le net repli consécutif à l’annonce faite en mai 2013 par la Réserve fédérale des États-Unis qu’elle allait retirer progressivement ses mesures monétaires non conventionnelles et après la période de volatilité enregistrée au début de 2014, ces pays ont emprunté de manière accrue sur les marchés financiers internationaux. Les investisseurs reprenant goût au risque et recommençant à chercher des rendements élevés au niveau mondial, les flux d’investissements en obligations et prises de participations en direction des pays d’Afrique subsaharienne ayant accès aux marchés financiers se sont redressés au point de récupérer, au cours des cinq mois écoulés depuis avril 2014, environ 40 % du terrain perdu depuis mai 2013.

De fait, le mode «prise de risque» a été généralisé sur la période récente, et les choix des investisseurs ne sont guère fondés sur les politiques ou les caractéristiques économiques sous-jacentes des pays concernés. Les marges sur les obligations souveraines ont généralement retrouvé leurs niveaux les plus bas d’après la crise mondiale, indépendamment de la situation budgétaire du pays, à l’exception du Ghana (graphique 1.5). Les émissions récentes d’obligations souveraines internationales ont été largement sursouscrites, notamment les premières émissions de la Côte d’Ivoire et du Kenya (graphique 1.6). Au total, les émissions obligataires de la région, y compris l’Afrique du Sud, avoisinent déjà 7 milliards de dollars cette année, c’est-à-dire plus que le record de 6,5 milliards de dollars enregistrés en 2013. Dans cet environnement, les monnaies se sont généralement stabilisées, sauf au Ghana, où le regain de tensions sur la monnaie a été dû aux préoccupations persistantes quant à l’orientation de la politique budgétaire et à la faiblesse des réserves extérieures; le cedi a ainsi perdu 35 % par rapport au dollar depuis janvier 2014. Le kwacha zambien a aussi subi de fortes pressions jusqu’en mai 2014, mais il a retrouvé depuis environ 10 % de sa valeur par rapport au dollar. Dans le même temps, au Nigéria, la banque centrale a commencé à reconstituer le volume substantiel de réserves utilisé pour défendre le naira depuis mai 2013.

Graphique 1.5.Échantillon d’économies: variation des marges souveraines depuis mai 2013 et solde budgétaire sur 2013–14

Source: Bloomberg, L.P.

Note: Marges souveraines EMBIG calculées par JP Morgan. Date précédant l’accès de volatilité dû à l’annonce du retrait des mesures monétaires non conventionnelles: 14 mai 2013; date du pic de volatilité après cette annonce: 24 juin 2013; relevé le plus récent: 20 septembre 2014.

1 Les données relatives aux marges souveraines de la Tanzanie sont disponibles à compter du 31 mai 2013 (date du premier point).

Graphique 1.6.Afrique subsaharienne: encours des obligations souveraines internationales des pays ayant accès aux marchés financiers

(Hors Afrique du Sud)

Sources: Rapport trimestriel de la Banque des règlements internationaux; Bloomberg, L.P.; base de données EPFR Global.

Note: Les pays ayant accès aux marchés financiers internationaux inclus ici sont les suivants: Angola, Côte d’Ivoire, Ghana, Kenya, Maurice, Nigéria, Ouganda, Rwanda, Sénégal, Tanzanie et Zambie.

Mais l’intégration plus poussée à l’économie mondiale rend aussi la région plus vulnérable

Le resserrement des liens économiques et financiers avec l’économie mondiale a été une aubaine pour la région, mais sa vulnérabilité aux chocs externes en a aussi été accentuée. En raison de ces liens plus étroits, beaucoup de pays subsahariens évoluent de façon de plus en plus synchronisée par rapport aux pays en dehors de la région, dont en particulier la Chine, mais aussi l’Europe, qui reste un partenaire commercial important (graphique 1.7). Selon nos récentes évaluations, une accélération (ou décélération) de la croissance dans les pays avancés ou de celle des pays émergents se traduit à raison de un pour un par une accélération (décélération) de la croissance en Afrique subsaharienne, ce qui est un niveau de transmission relativement élevé (graphique 1.8)2. Cela signifie que, dans un contexte où la croissance ralentit dans les pays émergents et où elle ne se redresse que lentement dans les pays avancés, surtout en Europe, le secteur extérieur jouera vraisemblablement un rôle moindre dans un grand nombre de pays d’Afrique subsaharienne (voir plus loin la section sur les perspectives de croissance de la région).

Graphique 1.7.Afrique subsaharienne: synchronisme de la croissance du PIB, 1990–20131

(Pourcentage de corrélations bilatérales supérieures à 0,5)

Sources: FMI, base de données des Perspectives de l’économie mondiale; calculs des services du FMI.

Note: UE = Union européenne; APA = autres pays avancés; Autres = les autres pays membres du FMI. Ne sont pris en compte que les pays pour lesquels les données sont disponibles depuis 1980.

1 Chaque colonne indique le pourcentage de corrélations supérieures à 0,5 pour la croissance du PIB sur cinq ans entre 40 pays d’Afrique subsaharienne et les pays des autres régions.

Graphique 1.8.Afrique subsaharienne: transmission des chocs issus des pays avancés et des pays émergents

Source: estimations des services du FMI.

Note: Les colonnes indiquent l’effet cumulatif sur la croissance de l’Afrique subsaharienne d’un choc ponctuel de 1 % sur la croissance des pays avancés ou celle des pays émergents.

L’un des facteurs de nature à influer de façon bien plus brutale sur certains pays subsahariens est un retournement du comportement des investisseurs. Un changement prononcé dans ce domaine pourrait se produire en particulier si la croissance économique des partenaires commerciaux et la demande d’exportations régionales faiblissent de façon plus prononcée qu’on ne le prévoit actuellement, ou si les investisseurs commençaient à prendre davantage en compte les facteurs de vulnérabilité propres à chaque pays.

Dans un tel environnement, les pays qui ont eu de plus en plus recours aux marchés internationaux pour répondre à leurs besoins élevés de financement extérieur pourraient avoir du mal à continuer de le faire (graphique 1.9). Il est vraisemblable que les conditions de financement se dégraderaient, ce qui pourrait engendrer de nouvelles pressions sur les réserves extérieures et/ou les taux de change et obliger les pays concernés à ajuster immédiatement leur politique budgétaire en réduisant notamment leurs investissements publics. L’impulsion donnée à la demande par les investissements serait réduite, de même que les effets positifs sur l’appareil productif à plus long terme. Cela diminuerait à son tour les anticipations de croissance et pourrait réduire encore davantage l’intérêt des investisseurs étrangers. Il serait sans doute nécessaire de durcir la politique monétaire, ce qui accentuerait le ralentissement de la demande globale. De fait, certaines des pressions externes passées ont déjà entraîné un relèvement des taux directeurs en Afrique du Sud, en Zambie et au Ghana, où la dépréciation de la monnaie a été la plus marquée et se répercute désormais sur l’inflation (graphique 1.10).

Graphique 1.9.Afrique subsaharienne: financement extérieur brut, moyenne sur 2012–13

Source: calculs des services du FMI d’après les données fournies par les autorités.

Graphique 1.10.Échantillon de pays d’Afrique subsaharienne: dépréciation monétaire et inflation entre fin avril 2013 et fin juillet 2014

Sources: Bloomberg, L.P.; FMI, International Financial Statistics.

En résumé, l’intégration plus poussée à l’économie mondiale s’accompagne pour certains pays d’une plus grande vulnérabilité aux chocs externes. Pour se protéger contre ces vulnérabilités et être en mesure d’affronter les chocs, la meilleure stratégie reste de mener des politiques macroéconomiques et financières bien conçues et axées sur le maintien de la stabilité, et, le cas échéant, de reconstituer les marges de manœuvre qui seraient épuisées, surtout sur le plan budgétaire. Comme l’a montré la période de volatilité récente, lorsque l’aversion pour le risque commence à guider le comportement des investisseurs étrangers, ceux-ci font en général une distinction plus nette entre les pays dont la situation économique est foncièrement solide et ceux qui ont laissé des déséquilibres s’accumuler.

Dette Publique: Des Vulnérabilités Dans Certains Pays

Des ratios d’endettement public généralement stables, avec quelques exceptions

Dans cette section, nous examinons l’évolution budgétaire sous l’angle de la dynamique de la dette publique3. Nous observons ces évolutions au niveau régional, mais aussi pour un groupe de pays qui ont pu avoir de plus en plus accès aux marchés financiers internationaux — la dynamique pour ce groupe présentant généralement des caractéristiques qui le distinguent des autres pays de la région4. La dynamique récente de la dette présente les caractéristiques suivantes:

  • Les ratios dette du secteur public/PIB sont restés globalement stables juste en dessous de 40 % au niveau régional depuis la fin de la première décennie 2000 (graphique 1.11, panneau supérieur).

  • Cependant, au sein de la région, les pays ayant accès aux marchés financiers internationaux font figure d’exception à cet égard puisque leur ratio d’endettement est en augmentation depuis la crise financière mondiale. Pour ces pays, le ratio médian dette/PIB est passé de 27 % en 2008 à 41 % en 2013 (graphique 1.11, panneau central).

  • En revanche, dans le reste de la région, la dette du secteur public a continué de décroître, le ratio médian dette/PIB passant de 41 % du PIB en 2008 à 37 % en 2013 (graphique 1.11, panneau inférieur).

Graphique 1.11.Afrique subsaharienne: dette du secteur public, 2004–13

Sources: FMI, base de données des Analyses de viabilité de la dette; calculs des services du FMI; base de données des Perspectives de l’économie mondiale.

Note: Les pays ayant accès aux marchés financiers sont les suivants: Afrique du Sud, Angola, Ghana, Kenya, Maurice, Nigéria, Ouganda, Rwanda, Sénégal, Tanzanie et Zambie.

La dynamique sous-jacente semble moins favorable

Pour comprendre la dynamique sous-jacente, il est important d’analyser plus en détail les différents facteurs qui déterminent la dette publique. L’orientation de la politique budgétaire est manifestement l’un des éléments qui influent sur le ratio dette/PIB dans la mesure où les engagements de dépenses supérieurs aux recettes doivent être financés par de nouveaux emprunts. Mais la croissance joue aussi un rôle en freinant l’augmentation de la dette en proportion de l’économie globale; de plus, les conditions d’emprunt ont un effet sur la dynamique de la dette, dans la mesure où elles influent sur la charge du service de la dette. Enfin, les allégements de dette, les recettes des privatisations et d’autres événements propres à chaque pays sont autant de facteurs exogènes additionnels. D’après les résultats des AVD, trois conclusions générales s’imposent pour la période récente (graphique 1.12).

Graphique 1.12.Afrique subsaharienne: contribution à l’accumulation de la dette dans le secteur public, 2011–13

(Moyenne pondérée)

Sources: FMI, base de données des Analyses de viabilité de la dette; calculs des services du FMI.

Notes: Le Lesotho et le Soudan du Sud ne sont pas pris en compte en raison du manque de données. La catégorie «Autres» comprend les allégements de dettes (initiative PPTE et autres), les recettes de privatisations, la reconnaissance des engagements implicites ou conditionnels et autres facteurs propres à certains pays (tels que la recapitalisation de banques), les variations de valeur des actifs et les autres flux créateurs de dette non identifiés au sens du cadre de viabilité de la dette établi par le FMI et la Banque mondiale. Pour 2011 (2012), plus de 85 % (96 %) de la catégorie «Autres» est attribuable uniquement à l’Afrique du Sud, à l’Angola et au Nigéria.

Un coup de pouce de la croissance …

Premièrement, la vigueur de l’activité économique a aidé à maintenir la stabilité relative des ratios dette/ PIB. À elle seule, la croissance du PIB réel a contribué à faire baisser d’environ 4½ points les ratios dette/PIB de la région entre 2010 et 2013. Autrement dit, les ratios d’endettement auraient augmenté plus vite au cours de cette période en l’absence d’une telle croissance soutenue.

… qui masque un affaiblissement des situations budgétaires …

Deuxièmement, masqué par l’effet positif d’une croissance vigoureuse, l’affaiblissement des situations budgétaires a de plus en plus fait monter les ratios d’endettement. Les soldes budgétaires primaires ont ainsi contribué à la hausse des ratios dette/PIB en 2013, à raison de 2½ points pour l’ensemble de la région. Si cette évolution s’explique en partie par les efforts que déploient progressivement les pays pour moderniser leurs infrastructures, elle n’en constitue pas moins une rupture par rapport aux années précédentes, en particulier dans les pays ayant accès aux marchés financiers internationaux, dont les situations budgétaires ont eu un effet neutre sur la dynamique de la dette ou ont même contribué, dans certains cas, à faire baisser les ratios d’endettement en 2011–12.

Après s’être légèrement améliorée en 2010–12, la situation budgétaire de nombreux pays de la région s’est en effet dégradée en 2013. Le solde budgétaire global médian est resté à peu près stable, mais l’intervalle interquartile a nettement baissé et, dans un nombre croissant de pays, les déficits ont atteint une ampleur qu’on n’avait plus connue depuis 2009, souvent en raison de l’augmentation des dépenses courantes (graphique 1.13, panneau supérieur). La détérioration des finances publiques a été plus prononcée dans les pays ayant accès aux marchés financiers internationaux et a été visible dès 2012 (graphique 1.13, panneau central). Parmi ces pays, c’est le Ghana qui a enregistré le déficit budgétaire le plus élevé en 2013 (10 % du PIB), mais les déficits sont en augmentation dans la plupart des autres pays ayant accès aux marchés financiers internationaux (graphique 1.14).

Graphique 1.13.Afrique subsaharienne: solde budgétaire global, 2004–13

Source: FMI, base de données des Perspectives de l’économie mondiale.

Graphique 1.14.Pays ayant accès aux marchés financiers: solde budgétaire global, 2011 et 2013

(En pourcentage du PIB)

Source: FMI, base de données des Perspectives de l’économie mondiale.

De plus, les signes de dérapage budgétaire se multiplient dans plusieurs pays de la région (graphique 1.15). L’écart négatif médian du solde budgétaire par rapport aux projections a atteint 0,4 point de PIB en 2013, contre 0,1 point de PIB en 2012, les résultats budgétaires s’avérant plus détériorés plus que prévu dans deux tiers des pays (contre la moitié en 2012)5. En dehors des pays en proie à des conflits, les surprises budgétaires négatives en 2013 ont été particulièrement prononcées en Angola, en Guinée équatoriale et au Nigéria, où le niveau décevant de la production de pétrole a pesé sur les recettes budgétaires, et au Ghana, en raison de dépenses courantes plus élevées que l’enveloppe budgétaire initiale.

Graphique 1.15.Échantillon de pays d’Afrique subsaharienne: plus grand écart négatif du solde budgétaire par rapport aux projections, 2013

Source: FMI, base de données des Perspectives de l’économie mondiale.

Il est aussi intéressant de noter l’absence de corrélation entre l’affaiblissement des situations budgétaires et l’augmentation des dépenses en capital en 2013 (graphique 1.16). Ce résultat indiquerait que l’orientation expansionniste de la politique budgétaire a concerné plus systématiquement les dépenses courantes6. Même s’il masque de considérables différences entre pays, c’est un rappel qu’il est important d’allouer convenablement les marges de manœuvre budgétaires disponibles à l’effort d’investissement public, de manière à créer un cycle vertueux entre croissance économique et viabilité de la dette. Comme cela est souligné au chapitre 3, il est aussi primordial d’améliorer l’efficacité des dépenses, en particulier pour l’investissement public.

Graphique 1.16.Afrique subsaharienne: variation du solde budgétaire primaire et des dépenses en capital, 2013

Source: FMI, base de données des Perspectives de l’économie mondiale.

Note: Ne comprend pas São Tomé-et-Príncipe.

… et des conditions d’emprunt de moins en moins favorables

La troisième conclusion ressortant de l’analyse de la dynamique de la dette est que l’emprunt est généralement plus coûteux pour les pays qui ont accès aux marchés financiers internationaux. Pour ces pays, la charge du service de la dette, à des taux plus élevés, a fait monter le ratio d’endettement d’environ 1½ point de PIB entre 2011 et 2013. Inversement, dans le reste de la région, les emprunts sont encore contractés essentiellement à des conditions concessionnelles, ce qui a contribué à abaisser les ratios d’endettement d’environ 2½ points de PIB sur la même période; en effet, comme les taux nominaux sur la dette extérieure étaient inférieurs à l’inflation, le service de la dette a diminué en pourcentage du PIB.

Si l’on se place dans une perspective à plus long terme, la part de la dette concessionnelle, de même que le niveau moyen de l’élément de libéralité des nouveaux engagements extérieurs, a généralement diminué depuis la période antérieure à la crise (graphique 1.17). Par exemple, en proportion de la dette extérieure totale, la dette concessionnelle pour l’ensemble de la région est passée de 66 % pour la période 2001–07 à 61 % pour la période 2008–12.

Graphique 1.17.Afrique subsaharienne: élément de libéralité moyen, 2001–12

Sources: FMI, Perspectives de l’économie mondiale; Banque mondiale, Global Development Finance.

Note: Le taux d’actualisation utilisé (10 %) est plus élevé que celui qui est généralement utilisé dans les analyses de viabilité de la dette (AVD) du FMI (4–5 %), ce qui explique que l’élément don paraît lui aussi plus élevé.

Le passage progressif à des sources de financement davantage intermédiées par les marchés n’est pas forcément problématique en soi, dans la mesure où il correspond à une diversification de ces sources de financement. Mais ces nouvelles possibilités d’élargir la base de financement s’accompagnent aussi de risques, qui concernent essentiellement le refinancement — la plupart des obligations internationales émises sont remboursables in fine — et les coûts. Si les rendements globaux des obligations internationales sont souvent bien inférieurs à ceux des obligations nationales, le coût final dépend de l’évolution du taux de change jusqu’à l’échéance de l’engagement extérieur. En fait, si la stabilité macroéconomique est menacée, la dépréciation monétaire qui s’ensuit peut grandement alourdir le coût ex post pour le contribuable, comme cela est expliqué à l’encadré 1.1.

Pendant la période à venir, il conviendra de surveiller attentivement les vulnérabilités budgétaires qui se font jour. Dans un grand nombre de pays, le déficit budgétaire est le reflet de l’effort, limité dans le temps, engagé pour combler les déficits d’infrastructures, dans le cadre d’un programme de développement financé à des conditions suffisamment concessionnelles. Toutefois, dans un nombre croissant de pays, l’orientation expansionniste de la politique budgétaire résulte d’une forte croissance des dépenses récurrentes plutôt que des dépenses de développement. Dans ces pays, les déséquilibres budgétaires devraient être contenus, les dépenses primaires réajustées au profit de dépenses propres à stimuler la croissance, et la politique budgétaire suffisamment ancrée dans des cadres à moyen terme reposant sur une meilleure gestion des finances publiques. Dans les pays qui ont de plus en plus accès aux marchés financiers internationaux, les conditions favorables actuelles ne devraient pas être considérées comme une incitation à relâcher les contraintes sur l’enveloppe budgétaire globale, et les autorités doivent rester attentives à la nécessité de préserver la stabilité macroéconomique pour garder la confiance des investisseurs et faire baisser le coût des emprunts.

De Bonnes Perspectives à Court Terme Mais Aussi des Aléas Négatifs

Perspectives

Les perspectives pour l’Afrique subsaharienne demeurent favorables. Selon les projections, la croissance économique devrait s’accélérer et passer d’environ 5 % en 2013–14 à 5¾ % en 2015 (tableau 1.1). Dans nombre de pays, l’activité continuera à bénéficier de l’impulsion soutenue donnée à la demande par les projets d’infrastructure, de l’expansion des capacités de production (en particulier dans les domaines des activités minières et de la production d’électricité), du dynamisme du secteur des services et/ou d’un rebond de la production agricole. Tous ces facteurs auront un effet positif quand bien même les activités liées au pétrole contribueront moins à la croissance compte tenu du niveau modéré de la demande mondiale. Globalement, l’Afrique subsaharienne devrait rester la deuxième région du monde par son dynamisme économique, juste derrière l’Asie émergente et en développement. Traduire ce dynamisme en croissance solidaire reste essentiel, car les taux de pauvreté et les inégalités demeurent élevés dans toute la région7.

Tableau 1.1.Afrique subsaharienne: croissance du PIB réel(Variation en pourcentage)
2004–082009201020112012201320142015
Afrique subsaharienne7.14.16.95.14.45.15.15.8
Dont:
Pays exportateurs de pétrole9.97.49.04.73.75.76.06.9
Dont: Nigéria9.69.610.64.94.35.47.07.3
Pays à revenu intermédiaire15.2−0.44.34.93.53.12.43.1
Dont: Afrique du Sud4.9−1.53.13.62.51.91.42.3
Pays à faible revenu17.15.37.97.26.36.76.76.9
États fragiles2.42.34.13.17.35.56.06.2
Pour mémoire:
Croissance économique mondiale4.90.05.44.13.43.33.33.8
Pays d’Afrique subsaharienne riches en ressources naturelles27.44.07.04.94.34.54.85.3
Pays d’Afrique subsaharienne ayant accès aux marchés financiers36.94.67.34.94.34.55.15.6
Source: FMI, base de données des Perspectives de l’économie mondiale.

États fragiles non compris.

Comprend les pays suivants: Afrique du Sud, Angola, Botswana, Cameroun, République démocratique du Congo, République du Congo, Gabon, Ghana, Guinée, Guinée équatoriale, Mali, Namibie, Niger, Nigéria, République centrafricaine, Sierra Leone, Tanzanie, Tchad, Zambie et Zimbabwe.

Comprend les pays suivants: Afrique du Sud, Côte d’Ivoire, Ghana, Kenya, Maurice, Nigéria, Ouganda, Rwanda, Sénégal, Tanzanie et Zambie.

Source: FMI, base de données des Perspectives de l’économie mondiale.

États fragiles non compris.

Comprend les pays suivants: Afrique du Sud, Angola, Botswana, Cameroun, République démocratique du Congo, République du Congo, Gabon, Ghana, Guinée, Guinée équatoriale, Mali, Namibie, Niger, Nigéria, République centrafricaine, Sierra Leone, Tanzanie, Tchad, Zambie et Zimbabwe.

Comprend les pays suivants: Afrique du Sud, Côte d’Ivoire, Ghana, Kenya, Maurice, Nigéria, Ouganda, Rwanda, Sénégal, Tanzanie et Zambie.

Ces perspectives favorables sont confortées par les révisions apportées récemment aux comptes nationaux, qui révèlent la vigueur sous-jacente de la croissance économique. Il apparaît désormais que le secteur des services, dont la croissance avait été considérablement sous-estimée dans le passé au Ghana et au Nigéria, représente une part beaucoup plus importante de l’activité dans ces pays et que leur économie est bien plus diversifiée qu’on ne le pensait (encadré 1.2). Le cas le plus notable est celui du Nigéria, où les secteurs de l’industrie et des services représentent maintenant 60 % de l’économie, contre 40 % avant l’actualisation de l’année de référence pour les comptes nationaux, et son PIB nominal de 2013 a été révisé à la hausse de plus de 80 %, ce qui fait du Nigéria la plus grande économie d’Afrique subsaharienne.

Selon les prévisions, la croissance devrait s’accélérer dans les pays à faible revenu et les États fragiles, tandis que les perspectives sont plus contrastées pour les pays exportateurs de pétrole et les pays à revenu intermédiaire.

  • En ce qui concerne les pays producteurs de pétrole, la croissance économique devrait s’accélérer au Nigéria et passer de 5,4 % à 7–7¼ % en 2014–15, grâce au dynamisme des secteurs non pétroliers et au redressement de la production de pétrole à mesure que les problèmes liés aux vols de pétrole et à la fermeture des oléoducs seront progressivement résolus. L’insécurité dans le Nord du pays devrait toutefois freiner la production agricole. Inversement, en Angola, la production de pétrole devrait diminuer du fait de la baisse de production de certains champs de pétrole matures, ce qui fera tomber la croissance du PIB en dessous de 4 % en 2014, malgré le vif rebond de l’agriculture. Au Cameroun, les projets publics d’infrastructure continueront de jouer un rôle moteur pour l’activité économique.

  • En Afrique du Sud, l’activité devrait rester terne. Une reprise timide n’est attendue qu’à partir de 2015, année où la croissance atteindrait 2,3 %, contre 1,4 % en 2014, sous l’hypothèse que l’amélioration des relations entre partenaires sociaux permette la reconstitution des stocks et que l’amélioration progressive des exportations nettes compense l’effet de freinage produit par le resserrement des conditions financières. Les contraintes dues aux infrastructures ne devraient se dissiper que progressivement à partir de 2016 à mesure que les nouvelles centrales électriques entreront en service. Au Ghana, les taux d’intérêt élevés, l’éviction de l’investissement privé et la diminution du revenu réel disponible due à l’inflation engendrée par la dépréciation de la monnaie sont autant d’éléments qui vont freiner l’activité. Inversement, au Sénégal, la croissance économique devrait s’accélérer en s’appuyant sur l’investissement public, notamment dans le secteur énergétique.

  • Parmi les pays à faible revenu, la croissance économique devrait rester vigoureuse ou s’accélérer, en particulier dans les États fragiles. La plus grande stabilité politique devrait favoriser le retour de la croissance en République centrafricaine. Ailleurs, grâce au développement considérable des infrastructures dans les secteurs de l’énergie (Mozambique, Tanzanie), de la production d’électricité (Éthiopie, Ouganda, Rwanda) et des transports (Éthiopie, Niger), dans tous les secteurs (Côte d’Ivoire) et avec la reprise de l’aide des bailleurs de fonds (Mali), les taux de croissance économique devraient rester élevés.

  • Au-delà de ses terribles conséquences sur le plan humain, l’épidémie de fièvre Ébola devrait avoir un effet prononcé sur les économies de la Guinée, du Libéria et de la Sierra Leone. Les principaux secteurs de l’économie — agriculture, activités extractives et services — sont gravement perturbés, ce qui va réduire fortement la production économique et engendrer des déficits budgétaires ainsi que des déficits de financement extérieur importants. De l’avis des épidémiologistes, il faudra peut-être jusqu’à neuf mois pour maîtriser l’épidémie. Dans ce cas, celle-ci enlèverait entre 1½ (Guinée) et 3¼–3½ (Libéria, Sierra Leone) points aux taux de croissance en 2014. Les pays voisins (Gambie, Sénégal) commencent aussi à subir une forte diminution des activités touristiques. Ailleurs en Afrique subsaharienne, les retombées économiques de l’épidémie devraient rester modestes et limitées aux pôles de transport régionaux (Ghana, Kenya, Nigéria).

Bien que les perspectives de croissance régionale soient favorables, la politique budgétaire devrait conserver une orientation expansionniste en 2014. Le déficit budgétaire global (dons compris) devrait atteindre −3,3 % du PIB, contre −3,1 % du PIB en 2013 (tableau 1.2). Dans bien des cas, le creusement des déficits est dû principalement à la hausse des dépenses en capital, comme au Mali après la reprise des financements de projets par les bailleurs de fonds, au Niger, où le lancement de certains projets d’infrastructure a été avancé dans le temps, et en Ouganda, où le manque de civisme fiscal et l’application déficiente des règles pèsent sur les recettes. Dans certains cas, toutefois, les projections laissent entrevoir une aggravation particulièrement prononcée du déficit budgétaire à cause du dynamisme moindre des recettes pétrolières (Angola) ou de l’augmentation constante de la masse salariale et des investissements publics (Mozambique). Le déficit du Ghana devrait rester élevé, à 7,8 % du PIB, à cause à la fois des résultats médiocres sur le plan des recettes et des dépassements de dépenses. Inversement, dans certains pays, le déficit diminuera ou se stabilisera en 2014 sous l’effet de la baisse des subventions et des dépenses en capital (Zambie), d’une limitation globale des dépenses (Nigéria, Sénégal) ou d’une augmentation des recettes pétrolières (Nigéria, Tchad).

Tableau 1.2.Afrique subsaharienne: autres indicateurs macroéconomiques
2004–082009201020112012201320142015
(Variation en pourcentage)
Inflation, en fin de période8,99,27,810,18,26,17,36,7
(Pourcentage du PIB)
Solde budgétaire1,70,3−3,5−1,1−1,8−3,1−3,3−3,3
Dont: hors pays exportateurs de pétrole−0,7−1,7−4,4−3,8−3,9−4,4−4,5−4,3
Solde extérieur courant1,70,4−0,8−0,7−2,0−2,4−2,6−3,2
Dont: hors pays exportateurs de pétrole−4,9−3,2−4,2−5,0−7,5−7,8−8,2−8,1
(Mois d’importations)
Couverture par les réserves5,13,74,24,55,45,2
Source: FMI, base de données des Perspectives de l’économie mondiale.
Source: FMI, base de données des Perspectives de l’économie mondiale.

Dans un contexte caractérisé par la poursuite d’une croissance économique vigoureuse, l’orientation expansionniste des politiques budgétaires et l’augmentation des efforts d’investissement, les positions extérieures courantes devraient continuer de se dégrader. Malgré la reprise mondiale graduelle, le déficit extérieur courant devrait passer de 2,4 % du PIB en 2013 pour l’ensemble de la région à 2,6 % du PIB en 2014 et dépasser 3 % du PIB en 2015–16. La demande de biens et de services importés resterait soutenue compte tenu des projets d’équipement en cours et de la croissance rapide de la consommation privée. En même temps, les exportations devraient diminuer en proportion du PIB, en particulier dans les pays producteurs de pétrole et de matières premières, ce qui s’explique, dans une certaine mesure, par le repli de la demande de produits de base émanant des pays émergents. La persistance de goulets d’étranglement au niveau des infrastructures devrait aussi empêcher certains pays, en particulier l’Afrique du Sud, de profiter pleinement de la reprise graduelle de l’activité dans les pays avancés.

L’inflation devrait augmenter en 2014, principalement sous l’effet de facteurs temporaires, parmi lesquels la répercussion des dépréciations monétaires passées (Afrique du Sud, Ghana, Zambie), la hausse des prix alimentaires (Afrique du Sud, Nigéria) et l’ajustement des prix des carburants (Ghana, Madagascar, Zambie). Une certaine modération est anticipée en 2015, lorsque l’effet d’une partie de ces facteurs temporaires s’estompera.

Aléas négatifs

Le scénario de référence laisse prévoir une croissance économique vigoureuse, mais les aléas négatifs sont nettement prépondérants.

Des facteurs propres à certains pays …

L’épidémie de fièvre Ébola pourrait avoir des retombées régionales plus marquées qu’on ne le prévoit actuellement, en particulier si elle se révèle plus difficile à contenir. La perte de confiance qui en résulterait pourrait avoir de graves conséquences pour l’activité en Afrique subsaharienne, avec un arrêt des échanges commerciaux, une réduction encore plus prononcée des activités de transport, une forte diminution des recettes du tourisme et une révision à la baisse des programmes d’investissement dans toute la région. L’intensification ou la propagation de l’épidémie accentuerait ces évolutions, surtout si elle s’étendait à des pays où les systèmes de santé sont déjà surchargés ou à de grands centres urbains.

Dans plusieurs régions de l’Afrique subsaharienne, les conditions de sécurité restent difficiles, notamment en République centrafricaine et au Soudan du Sud, et demeurent précaires dans le Nord du Mali, le Nord du Nigéria et sur le littoral kényan. Si la situation devait encore se dégrader, les retombées régionales pourraient être considérables (par exemple au Cameroun et en Ouganda) et peser sur les échanges commerciaux et les décisions d’investissement, voire conduire à une réorientation des ressources publiques au profit d’une augmentation des dépenses de sécurité.

Enfin, des facteurs locaux jouent aussi en Afrique du Sud, où de nouveaux retards dans la construction des centrales électriques et la persistance de relations difficiles entre les partenaires sociaux constituent des aléas qui risquent de peser sur des perspectives de croissance déjà médiocres.

… mais aussi de nouvelles vulnérabilités au niveau domestique …

Comme cela est expliqué dans la section précédente, les vulnérabilités budgétaires s’accumulent dans plusieurs pays, notamment au Ghana et en Zambie, encore que dans ce dernier pays le déficit budgétaire ait commencé à diminuer. La situation budgétaire se dégrade aussi dans d’autres pays en raison de prévisions trop optimistes en matière de recettes, surtout en ce qui concerne les recettes pétrolières, et de l’augmentation des dépenses courantes. En outre, l’approche des élections pourrait engendrer de nouvelles pressions sur les finances publiques dans plusieurs pays, dont le Burkina Faso, le Burundi, le Mozambique, le Nigéria, l’Ouganda, la Tanzanie et le Togo.

… qui pourraient s’amplifier si les risques externes venaient à se concrétiser

Une hausse soudaine des primes de risque et un regain de volatilité sur les marchés financiers mondiaux — alors que ces deux éléments sont à des niveaux très bas actuellement — pourraient durement affecter les pays tributaires des marchés financiers extérieurs pour leur financement. Comme on l’a vu précédemment, une inversion de tendance de cette nature pourrait être provoquée par des facteurs d’origine locale ou des chocs externes, notamment un regain des tensions géopolitiques dans d’autres régions du monde — surtout en Ukraine ou au Moyen-Orient —, un ralentissement plus prononcé que prévu de l’activité dans les pays émergents, ou une normalisation plus rapide que prévu de la politique monétaire aux États-Unis.

Le ralentissement de la croissance dans les pays émergents présente aussi un risque durable pour la région8. Comme cela est expliqué dans le Spillover Report (Rapport sur les effets de contagion) de 2014 du FMI, les prévisions de croissance pour les pays émergents ont été révisées à la baisse de manière répétée depuis 2010. Les prévisions actuelles font encore état d’une accélération sensible de la croissance pour ces pays, mais le risque existe que ce rebond ne se concrétise pas. La correction en cours sur le marché de l’immobilier en Chine pourrait être plus marquée que prévu, et l’inaction face aux contraintes structurelles actuelles pourrait entraîner une diminution de la croissance potentielle dans les pays émergents.

Le canal de transmission le plus immédiat pour les pays d’Afrique subsaharienne serait le fléchissement de la demande d’exportations de produits de base9. Le risque serait alors que ce repli de la demande n’intervienne avant que l’activité dans les secteurs autres que l’exploitation des produits de base n’ait atteint un rythme suffisant pour entretenir la dynamique de croissance actuelle. L’Angola, la République du Congo, le Gabon, la Guinée équatoriale, le Nigéria et le Tchad seraient particulièrement touchés, dans la mesure où les exportations de pétrole y constituent entre 20 % du PIB et 90 % du PIB. Un nouveau ralentissement des prix des autres produits de base, en particulier le charbon, le cuivre, l’or, le minerai de fer et le platine, toucherait un large éventail de pays de la région. Le resserrement des conditions financières, notamment en Chine, pourrait aussi conduire les investisseurs étrangers à revoir à la baisse leurs opérations financières, y compris en Afrique subsaharienne, surtout si les perspectives de croissance deviennent plus incertaines dans la région —, ce qui aurait un impact plus permanent sur la dynamique de croissance. Une période plus longue de croissance lente dans les pays avancés amplifierait ces effets.

De fait, d’après les simulations d’un ralentissement synchronisé de l’activité dans les pays émergents, l’impact pourrait être considérable et prolongé (graphique 1.18). Cet impact est analysé à l’aide d’un modèle multinational incorporant la plupart des pays d’Afrique subsaharienne, dans un scénario où les pays émergents subiraient une baisse de croissance de ½ point par an pendant trois ans ainsi qu’un resserrement des conditions financières10. Sans surprise, les pays exportateurs de produits de base d’Afrique subsaharienne seraient les plus touchés, leur croissance cumulée au cours de ces trois années étant amputée de près de 1 point. Les pays qui n’exportent pas de produits de base seraient aussi pénalisés, mais dans une moindre mesure. Une reprise plus rapide aux États-Unis et au Royaume-Uni ainsi qu’une orientation encore plus accommodante de la politique monétaire dans les autres pays avancés aideraient à réduire l’impact négatif d’un ralentissement marqué de l’activité dans les pays émergents sur les pays d’Afrique subsaharienne, mais ne suffiraient pas — tant s’en faut — à le neutraliser; la dynamique de croissance de la région en serait donc durablement affectée.

Graphique 1.18.Afrique subsaharienne: impact des chocs externes sur le niveau du PIB

(Écart en pourcentage par rapport au scénario de référence)

Source: simulations des services du FMI.

Notes: Les scénarios sont établis à l’aide du Flexible System of Global Models (FSGM) du FMI, qui est un modèle d’équilibre général représentant l’économie mondiale et comprenant 22 blocs, dont 11 représentent les régions d’Afrique subsaharienne.

1 Pays exportateurs de produits de base: Angola, Cameroun, République démocratique du Congo, République du Congo, Gabon, Guinée équatoriale, Nigéria, Tchad et Zambie.

2 Pays non exportateurs de produits de base: Bénin, Botswana, Burkina Faso, Burundi, Comores, Côte d’Ivoire, Érythrée, Éthiopie, Gambie, Guinée, Guinée-Bissau, Kenya, Lesotho, Madagascar, Malawi, Mali, Maurice, Mozambique, Namibie, Niger, Ouganda, République centrafricaine, République de Cabo Verde, Rwanda, São Tomé-et-Príncipe, Sénégal, Seychelles, Sierra Leone, Swaziland, Tanzanie et Togo.

Action des pouvoirs publics

Pour la vaste majorité des pays de la région, la considération essentielle de politique économique reste de maintenir un taux de croissance élevé. Il importera que, en cherchant à atteindre leurs objectifs de développement, les décideurs soient attentifs aux contraintes macroéconomiques. En particulier, ils devraient continuer de privilégier les mesures de nature à favoriser la croissance, notamment en renforçant la mobilisation des recettes budgétaires, en ciblant les dépenses publiques sur les investissements d’infrastructure et les autres dépenses de développement, en préservant les dispositifs de protection sociale afin que la croissance économique bénéficie à tous, et en améliorant le climat des affaires. En même temps, il est essentiel de ne pas compter de manière excessive sur des flux de capitaux volatils et de ne pas laisser se développer des déséquilibres macroéconomiques à caractère permanent. Les politiques monétaires devraient rester axées sur la consolidation des acquis de ces dernières années en matière d’inflation, notamment au moyen d’un resserrement dans les pays qui connaissent une croissance rapide et où l’inflation persiste à un niveau élevé.

Dans un petit nombre de pays, toutefois, les déséquilibres macroéconomiques sont devenus une source de préoccupation, en raison de l’ampleur des déficits budgétaires et de la forte augmentation des dépenses récurrentes. Les budgets ont atteint leurs limites, des contraintes de financement sont apparues, et les taux de change subissent des tensions. Dans ces pays, il est nécessaire de procéder à un rééquilibrage des finances publiques, en évitant toutefois d’en faire subir indûment les conséquences néfastes aux pauvres et aux groupes vulnérables de la société.

Enfin, dans les pays touchés par l’épidémie de fièvre Ébola et d’autres chocs ponctuels de cet ordre, les comptes budgétaires seront probablement soumis à des tensions considérables. Tant que la source de ces tensions a un caractère ponctuel, et pour autant que la dette publique soit gérable, il convient de laisser les déficits budgétaires se creuser sous réserve que des financements soient disponibles.

Encadré 1.1.Coût relatif des émissions d’obligations souveraines en monnaie nationale et en devises

Contexte

Les émissions d’obligations souveraines internationales par des pays d’Afrique subsaharienne ont considérablement augmenté au cours de la décennie écoulée1. Les émissions récentes de pays tels que la Côte d’Ivoire, le Ghana, le Kenya et le Sénégal ont été sursouscrites. Les bons résultats économiques et les perspectives encourageantes de l’Afrique, le renforcement des paramètres macroéconomiques fondamentaux et l’abondance de liquidité au niveau mondial sont autant de facteurs qui attirent les investisseurs internationaux en quête de rendements élevés et désireux de diversifier leurs portefeuilles.

La décision d’émettre des obligations nationales ou internationales est guidée par certains facteurs importants. Premièrement, les marchés obligataires en monnaie locale ne sont pas très développés en Afrique subsaharienne, à de rares exceptions près, comme l’Afrique du Sud. Par conséquent, le coût des emprunts intérieurs est alourdi par une prime de liquidité, car il est très difficile d’obtenir de gros volumes de financements intérieurs, surtout à échéances longues. Deuxièmement, en se montrant capables d’émettre des obligations internationales, les pays peuvent signaler que les paramètres fondamentaux de leur économie se sont améliorés et qu’ils sont prêts à promouvoir l’activité économique. Cela donne aux pays concernés l’occasion de ne plus se limiter aux sources traditionnelles de financement extérieur et peut aussi catalyser des financements internationaux pour le secteur privé, notamment sous forme d’IDE. En même temps, la note souveraine dont s’accompagne l’émission d’obligations fournit un point de référence pour les entreprises privées qui souhaitent émettre leurs propres obligations. Enfin, l’émission d’obligations au niveau international offre en outre l’avantage d’encourager l’innovation financière, par exemple en promouvant indirectement le développement de nouveaux produits sur le marché obligataire en monnaie locale.

Les pays s’orientent aussi vers les financements extérieurs en raison de la faiblesse des taux d’intérêt étrangers, qui sont en général nettement inférieurs aux taux d’intérêt nationaux. Cependant, le recours aux emprunts extérieurs comporte un risque de change dont il convient de tenir compte pour déterminer le coût relatif des financements extérieurs par rapport aux emprunts intérieurs. Les pays doivent rembourser les obligations en monnaies étrangères aux taux de change en vigueur — ce qui implique un coût beaucoup plus élevé pour les pays dont la monnaie s’est fortement dépréciée pendant le terme de l’obligation. Cela revêt une importance particulière pour les pays d’Afrique subsaharienne, dont les taux de change effectifs nominaux ont perdu 3 % à 4 % par an en moyenne sur la période 2000–13, soit une dépréciation cumulée de 44 %.

Nous illustrons ici cet arbitrage avec les exemples du Ghana et de la Zambie, en examinant les coûts respectifs des obligations souveraines en monnaie nationale et en devises, à la fois en considérant les taux d’intérêt ajustés en fonction du taux de change et en comparant les valeurs actualisées nettes. Les résultats mettent en évidence le rôle du risque de change et la mesure dans laquelle il peut rendre les emprunts extérieurs plus coûteux que les emprunts intérieurs.

Parité des taux d’intérêt non couverte

Une première méthode d’évaluation des coûts relatifs consiste à observer les taux d’intérêt après ajustement en fonction des variations du taux de change selon le principe de la parité des taux d’intérêt non couverte (uncovered interest rate parity). D’après cette condition, le rendement attendu des obligations en monnaie nationale devrait être égal au rendement attendu des obligations en monnaie étrangère, ajusté en fonction du taux de change. Cette relation repose sur l’hypothèse que les capitaux sont complètement mobiles et que les obligations étrangères et nationales sont des substituts parfaits, et elle n’est pas complètement réalisée en pratique, compte tenu aussi des coûts de transaction, de l’aversion pour le risque, du risque politique ou des écarts de taxation, mais elle est tout de même utile comme instrument de mesure (Hansen et Hodrick, 1980, et Fama, 1984):

i = i* + E(d)

i et i* sont les taux d’intérêt national et étranger, et E(d) est la dépréciation anticipée de la monnaie nationale.

Le Ghana a procédé à une première émission de 750 millions de dollars d’obligations internationales à dix ans en septembre 2007. Le rendement de 8,7 % était favorable par rapport aux taux d’intérêt des obligations nationales. En effet, l’obligation nationale assortie de la plus longue échéance (sept ans) émise en 2013 avait un rendement de 18 %. Cependant, si une obligation nationale similaire avait été émise en 2007, étant donné que le taux de dépréciation observé a été de 9 % en moyenne pendant les cinq à six ans qui ont précédé l’émission, et en retenant un taux de dépréciation similaire pendant le reste du terme de l’obligation, il y aurait eu en réalité peu de différence entre le coût ajusté des emprunts extérieurs et des emprunts intérieurs (tableau 1.1.1). Le résultat est similaire pour l’émission d’euro-obligations à dix ans de 2013.

Tableau 1.1.1.Parité des taux d’intérêt non couverteGhana
Taux d’intérêtÉcart avant prise en compte de la dépréciationTaux de dépréciationÉcart après prise en compte de la dépréciation
Euro-obligation 20079%
Obligation nationaleà 7 ans de 201318%9 ppt9%0 ppt
Euro-obligation 20138%
Obligation nationaleà 7 ans de 201318%9 ppt12%−3 ppt
Zambie
Taux d’intérêtÉcart avant prise en compte de la dépréciationTaux de dépréciationÉcart après prise en compte de la dépréciation
Euro-obligation 20126%
Obligation nationale à 10 ans de 201216%10 ppt5%5 ppt
Sources: FMI, Perspectives de l’économie mondiale; calculs des services du FMI.Note: ppt = point de pourcentage.
Sources: FMI, Perspectives de l’économie mondiale; calculs des services du FMI.Note: ppt = point de pourcentage.

La Zambie a procédé à l’émission de 750 millions de dollars d’euro-obligations à dix ans avec un rendement de 5,6 % en 2012. L’obligation publique à dix ans équivalente sur le marché national avait un rendement de 15,7 %. Étant donné que le taux de dépréciation n’avait été en moyenne que de 5 %, dans ce cas, on s’attendait à ce que le coût des financements extérieurs soit effectivement inférieur d’environ 5 points à celui des emprunts intérieurs.

Valeur actualisée nette

En pratique, le taux de dépréciation de la monnaie varie pendant tout le terme d’une obligation. Pour mieux saisir cet aspect temporel, il est utile de comparer la différence de valeur actualisée nette (VAN) entre les obligations souveraines internationales et nationales d’échéances équivalentes. Cette méthode permet aussi de prendre en compte les fluctuations de la monnaie déjà observée depuis l’émission et d’obtenir une estimation plus précise de la différence de coût ex post (par opposition à la différence anticipée). Dans le cas du Ghana, l’analyse en termes de VAN indique aussi que le financement intérieur (aux conditions obtenues pour les obligations nationales à sept ans émises en 2013) aurait sans doute été moins coûteux qu’un financement extérieur tant pour l’émission d’euro-obligations de 2007 que pour celle de 2013. Plus précisément, il apparaît que l’émission d’euro-obligations de 2007 coûtera aux autorités, selon les projections, environ 60 % de plus, en VAN2, que l’obligation nationale équivalente, en dépit de l’écart de 9 % entre les rendements sur les obligations domestiques et internationales (tableau 1.1.2). Inversement, dans le cas de la Zambie, le coût global de l’euro-obligation de 2012 reste inférieur d’environ 30 %, en VAN, selon les projections, à celui des obligations nationales émises la même année.

Tableau 1.1.2.Valeur actualisée netteGhana
Taux du couponDépréciation annuelle observée depuis l’émissionDépréciation annuelle moyenne prévue jusqu’à l’échéanceÉcart en VAN (%) par rapport au scénario de référence
Euro-obligation 20079%
Obligation nationaleà 7 ans de 201318%18%19%−59%
Euro-obligation 20138%
Obligation nationaleà 7 ans de 201318%34%11%−42%
Zambie
Taux du couponDépréciation annuelle observée depuis l’émissionDépréciation annuelle moyenne prévue jusqu’à l’échéanceÉcart en VAN (%) par rapport au scénario de référence
Euro-obligation 20125%
Obligation nationaleà 10 ans de13%5%2%32%
Sources: FMI, Perspectives de l’économie mondiale; calculs des services du FMI.Note: Les projections concernant le taux de change nominal s’appuient sur l’hypothèse d’un taux de change effectif réel constant à l’avenir (hypothèse retenue dans les Perspectives de l’économie mondiale).
Sources: FMI, Perspectives de l’économie mondiale; calculs des services du FMI.Note: Les projections concernant le taux de change nominal s’appuient sur l’hypothèse d’un taux de change effectif réel constant à l’avenir (hypothèse retenue dans les Perspectives de l’économie mondiale).

Conclusion

L’émission d’obligations souveraines en devises ouvre de nouvelles possibilités, mais elle peut aussi s’avérer coûteuse. Toutefois, il est vrai que, lorsque le marché financier national est peu diversifié, il est plus difficile de mobiliser de gros volumes de financement en monnaie locale.

Cela dit, le coût réel des emprunts en devises dépend dans une très large mesure de la stabilité de la monnaie nationale. Des politiques avisées sur le plan macroéconomique et en matière de gouvernance, ainsi que l’accès plus rapide à des données à haute fréquence fiables, revêtent une importance primordiale pour la détermination du coût des emprunts internationaux. Ex ante, ces facteurs font baisser la prime de risque exigée par les investisseurs étrangers. Mais, de manière tout aussi importante, ex post, ils déterminent le degré de stabilité macroéconomique — et donc la stabilité du taux de change — pendant le terme des obligations en devises. La conduite de politiques moins prudentes et l’accentuation des vulnérabilités budgétaires présentent le risque de porter atteinte à la confiance des marchés étrangers; dans les cas extrêmes, cela peut entraîner un désengagement massif des investisseurs qui précipite lui-même la dépréciation de la monnaie et accroît ainsi le coût des emprunts étrangers.

1 Voir aussi le chapitre 3 de l’édition de mai 2013 des Perspectives économiques régionales: Afrique subsaharienne, intitulé L’émission d’obligations souveraines internationales: défis et nouvelles perspectives pour l’Afrique subsaharienne.2 La VAN d’une dette est la valeur actualisée du total du service de cette dette (principal et intérêts, At). La VAN dépend de l’échéance (T), du taux de change (et) et du taux d’actualisation (p): NPV=Σt=0Tet*At(1+ρ)t. Le taux d’actualisation utilisé ici est de 5 %, mais les résultats restent similaires pour une large fourchette de valeurs du taux d’actualisation.

Encadré 1.2.Une économie plus diversifiée qu’on ne le pensait? Exemples récents d’actualisation de l’année de référence pour les comptes nationaux

En choisissant une année de référence plus récente pour les comptes nationaux afin d’évaluer les performances d’une économie, on obtient en principe un tableau plus exact de la structure de l’économie, surtout si celle-ci connaît de profonds changements structurels. Le choix d’une année de référence plus récente pour certains pays d’Afrique subsaharienne, tout particulièrement au Nigéria, a ainsi révélé qu’une économie peut être beaucoup plus grande qu’on ne l’avait estimé auparavant, du fait que le dynamisme bien plus marqué de certains secteurs n’avait pas été convenablement mesuré jusque-là. Il en découle aussi que, dans certains cas, la structure de l’économie apparaît maintenant très différente de ce que faisaient ressortir les comptes nationaux passés, et plus diversifiée qu’on ne l’estimait. Si ces résultats atténuent un peu les préoccupations relatives à l’absence de transformation structurelle dans la région, il n’en reste pas moins que l’incertitude quant à la structure réelle de l’économie complique l’action des pouvoirs publics. Pour qu’ils soient en mesure de définir leurs politiques sur de meilleures bases, il sera donc essentiel à l’avenir d’actualiser régulièrement l’année de référence des comptes nationaux.

L’exemple du Nigéria

Un nouveau panorama de l’économie nigériane

Comme plusieurs pays de la région, le Nigéria a décidé de redéfinir l’année de référence pour ses comptes nationaux, car l’année 1990 n’était plus d’actualité pour rendre compte correctement de la structure de l’économie. En juillet 2014, le Bureau national de la statistique (NBS) a publié ses estimations définitives du PIB nominal et constant, avec 2010 comme nouvelle année de base. Les nouveaux chiffres indiquent une augmentation considérable du PIB nominal — de 60 % pour l’année de base 2010 et de plus de 80 % pour 2013 — ce qui fait du Nigéria la première économie d’Afrique subsaharienne (tableau 1.2.1).

Tableau 1.2.1.Nigéria: anciens et nouveaux chiffres du PIB
2010201120122013
PIB nominal (milliards de dollars)
Anciens chiffres231,6248,2264,2286,5
Nouveaux chiffres373,8418,8467,1521,8
Changement (en %)61,468,876,882,2
Croissance du PIB réel (en %)
Anciens chiffres7,46,66,3
Nouveaux chiffres4,94,35,4
Proportion du PIB de l’AfSS (% du total)
Anciens chiffres21,3
Nouveaux chiffres31,7
Sources: Bureau national de la statistique; calculs des services du FMI.
Sources: Bureau national de la statistique; calculs des services du FMI.

Cette forte augmentation traduit les profonds changements structurels qui sont intervenus dans l’économie nigériane entre 1990 et 2010. Ces changements sont désormais mieux pris en compte grâce à la nette amélioration des méthodes d’enquête utilisées pour rassembler les données sous-jacentes: i) les échantillons ont été élargis de manière à mieux rendre compte du secteur informel; ii) la couverture du secteur des services a été élargie, pour inclure en particulier les services de santé et les services sociaux, les services d’information et de communication, ainsi que les services professionnels, scientifiques et techniques; iii) de nouvelles activités, qui n’étaient pas encore couvertes, ont été ajoutées, notamment les divertissements, la recherche, les brevets et les droits d’auteur; et iv) de nouvelles sources de données, essentiellement des données administratives, sont désormais utilisées. Grâce à toutes ces améliorations, les comptes nationaux dressent maintenant le tableau d’une économie où la part des services est beaucoup plus importante (la moitié de l’économie, contre un tiers auparavant). Les secteurs de l’industrie manufacturière, de l’électricité, de l’eau et de la construction occupent aussi une plus grande place, tandis que les activités pétrolières et l’agriculture représentent une part beaucoup plus faible de l’économie.

Impact sur la croissance économique de l’Afrique subsaharienne

Étant donné sa taille accrue, l’économie nigériane a désormais une influence plus importante sur la croissance globale de l’Afrique subsaharienne. Par rapport à l’édition d’avril 2014 des Perspectives économiques régionales pour l’Afrique subsaharienne, la croissance de la région a été révisée à la baisse de ½ point pour 2011–12 et à la hausse de ¼ de point pour 2013. Pour l’essentiel, cette révision résulte de l’actualisation des comptes nationaux du Nigéria, et ce par deux canaux différents (tableau 1.2.2).

Tableau 1.2.2.Afrique subsaharienne: croissance du PIB réel; effet de l’actualisation de l’année de référence au Nigéria, 2010–14(En pourcentage)
20102011201220132014
PEM d’octobre 20146,95,14,45,15,1
Effet sur la croissance du Nigéria0,8−0,8−0,7−0,3−0,1
Effet sur le poids relatif du Nigéria0,40,30,30,30,3
Autre10,00,0−0,10,2−0,6
PEM d’avril 20145,65,54,94,95,4
Sources: base de données des Perspectives de l’économie mondiale; calculs des services du FMI.

Effet dû au changement du poids relatif des autres pays d’Afrique subsaharienne pendant toute la période (qui est actualisé périodiquement), ainsi qu’aux révisions du taux de croissance pour 2014.

Sources: base de données des Perspectives de l’économie mondiale; calculs des services du FMI.

Effet dû au changement du poids relatif des autres pays d’Afrique subsaharienne pendant toute la période (qui est actualisé périodiquement), ainsi qu’aux révisions du taux de croissance pour 2014.

  • La croissance économique du Nigéria a été révisée à la baisse d’environ 2½ points pour 2011–12 et de 1 point pour 2013 à la suite du fléchissement temporaire de l’activité dans le secteur des services réels en 2011–12 et d’une forte contraction du PIB pétrolier en 2013. À elles seules, ces évolutions ont fait baisser le taux de croissance de l’Afrique subsaharienne de ¾ de point en 2011–12 et de ¼ de point en 2013 (tableau 1.2.2).

  • Le poids de l’économie nigériane en Afrique subsaharienne s’est accru, passant de 21 % avant l’adoption de la nouvelle année de référence à 32 %. Étant donné que le Nigéria a connu une croissance plus rapide que les autres pays d’Afrique subsaharienne, son poids accru dans l’économie régionale a contribué à lui seul à rehausser le taux de croissance économique de l’Afrique subsaharienne de ¼ de point par an en moyenne entre 2010 et 20131.

L’adoption de nouvelles années de référence à l’échelle régionale: des économies plus diversifiées

Les estimations des comptes nationaux ont aussi été révisées récemment en Éthiopie, au Ghana, au Kenya et au Mozambique, et de nouveaux chiffres devraient être publiés à l’automne 2014 en Afrique du Sud, en Ouganda et en Tanzanie2. Comme dans le cas du Nigéria, la révision des données a fait apparaître une diversification plus prononcée de l’économie qu’on ne l’estimait auparavant au Ghana (graphique 1.2.1).

Graphique 1.2.1.Échantillon de pays: composition par secteur du PIB réel, avant et après l’actualisation de l’année de référence, moyenne sur 2010–13

Source: FMI, base de données du Département Afrique.

Même si une économie plus diversifiée a plus de chances d’être résiliente, elle n’en reste pas moins confrontée à de redoutables défis. De fait, le choix d’une nouvelle année de référence ne modifie en rien les perspectives concernant la pauvreté et le chômage. En outre, les nouveaux comptes nationaux font apparaître encore plus clairement le bas niveau des recettes fiscales ou des dépenses sociales par rapport à la taille exacte de l’économie. Cela dit, une image plus exacte de l’économie est essentielle pour informer les décideurs, les investisseurs et les consommateurs des tendances actuelles de l’économie et pour les aider à prendre des décisions économiques en connaissance de cause. Cela peut ouvrir de nouvelles possibilités d’investissement, aider à créer des emplois et réduire la pauvreté à moyen et long terme.

Compte tenu du rythme de la transformation structurelle de l’Afrique subsaharienne, il est indispensable de revoir périodiquement les informations de base servant à estimer les comptes nationaux afin de ne pas évaluer les résultats économiques à partir d’informations dépassées. Conformément aux meilleures pratiques en vigueur, il est donc recommandé que les bureaux de statistique nationaux procèdent au moins tous les cinq ans à l’actualisation de l’année de référence.

Cet encadré a été préparé par Moataz El Said et Cleary Haines.1 Conformément à la convention adoptée pour les Perspectives économiques régionales, le taux de croissance de l’Afrique subsaharienne est une moyenne des taux de croissance de tous les pays, pondérée par la part du PIB à parité de pouvoir d’achat (PPA) de chacun dans le PIB total de la région.2 Les épisodes précédents d’actualisation des comptes nationaux ont été traités dans l’encadré 1 du chapitre 1 de l’édition de mai 2013 des Perspectives économiques régionales pour l’Afrique subsaharienne.

Voir FMI, 2013b, qui montre que le niveau élevé des déficits extérieurs courants enregistrés dans la région résulte de l’augmentation des importations et de la baisse des transferts officiels, dans un contexte de taux d’investissement élevés et de taux d’épargne bas. Il ressort des données que plus de la moitié des déficits est financée par l’investissement direct étranger (IDE), ce qui atténue les risques pour beaucoup de pays dans la mesure où les financements sous forme d’IDE se sont révélés particulièrement résilients en périodes de difficultés.

Selon une étude similaire, un choc sur la croissance dans les pays émergents se traduit tout au plus par un choc moitié moins fort sur la croissance dans les pays avancés.

L’analyse présentée dans cette section s’appuie sur les analyses de viabilité de la dette (AVD) effectuées par le FMI et la Banque mondiale pour évaluer la dette du secteur public, qui comprend à la fois la dette des administrations publiques et celle des entreprises publiques. Voir http://www.imf.org/external/pubs/ft/dsa/lic.htm pour les pays à faible revenu et le chapitre 2 de l’édition de mai 2013 des Perspectives économiques régionales pour l’Afrique subsaharienne, pour une application précédente de cette analyse à la région. FMI (2014e) évalue aussi l’évolution de la dette des pays en développement à faible revenu depuis 2000.

Par «pays ayant accès aux marchés financiers internationaux», nous entendons ceux qui ont émis une ou plusieurs obligations souveraines internationales et/ou figurent généralement dans les rapports des banques d’investissement. Il s’agit des pays suivants: Afrique du Sud, Angola, Ghana, Kenya, Maurice, Nigéria, Ouganda, Rwanda, Sénégal, Tanzanie et Zambie. La Côte d’Ivoire est aussi considérée comme un pays ayant accès aux marchés financiers internationaux, mais elle n’est pas incluse ici, car elle était en proie à un conflit civil pendant une partie de la période considérée.

Cela dépasse les erreurs de prévision inhérentes aux projections, car l’écart moyen par rapport aux projections pour l’ensemble de la région était positif en 2011 (2,2 points de PIB), avant de devenir de plus en plus négatif, à –1,1 point de PIB en 2012 et –2,5 points de PIB en 2013.

L’édition d’avril 2014 des Perspectives économiques régionales pour l’Afrique subsaharienne montrait aussi que, hormis dans certains pays exportateurs de pétrole où les recettes avaient diminué, la détérioration de la situation budgétaire était due essentiellement à l’augmentation des dépenses primaires plutôt qu’à une mobilisation déficiente des recettes. Il ressortait de cette analyse que, dans quelque 27 pays, les dépenses avaient augmenté rapidement par rapport aux recettes depuis 2010, bien souvent à cause de la hausse des dépenses courantes, et ce, dans certains cas, au détriment des investissements publics.

Voir le chapitre 2 de l’édition d’avril 2014 des Perspectives économiques régionales: Afrique subsaharienne — Pour une croissance durable et plus solidaire.

Un risque connexe serait que la diminution observée récemment de l’intensité en échanges commerciaux de la croissance économique mondiale se poursuive.

Inversement, une flambée des cours du pétrole à court terme sous l’effet d’une accentuation des tensions géopolitiques, en particulier en Ukraine ou au Moyen-Orient, bénéficierait aux pays exportateurs de pétrole de la région, mais elle pénaliserait les pays importateurs de pétrole, d’autant plus que les contraintes énergétiques de la plupart des pays de la région viennent du coût élevé de l’électricité, dont la production est assurée le plus souvent par des centrales électriques à combustibles fossiles.

Les chocs décrits ici reprennent les scénarios examinés dans le Spillover Report de 2014 du FMI.

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