Chapter

1. Préserver la croissance face à la nouvelle donne mondiale

Author(s):
International Monetary Fund
Published Date:
April 2014
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Introduction et résumé

La croissance économique de l’Afrique subsaharienne demeure robuste et devrait s’accélérer en 2014. Après avoir progressé de 4,9 % en 2013, la production devrait augmenter d’environ 5½ % cette année. La région devrait donc continuer à afficher de très bons résultats économiques, comme pendant la période récente, en profitant du regain d’activité au niveau mondial engendré par l’amélioration des perspectives pour les pays avancés. Il est important de noter que ces projections reposent sur l’hypothèse que le ralentissement attendu de la croissance dans les pays émergents et le resserrement des conditions monétaires dans le monde n’auront qu’un effet limité sur la région. Toutefois, si ces risques venaient à se matérialiser, la croissance économique de nombreux pays de la région s’en ressentirait : le ralentissement de la croissance dans les pays émergents pèserait certainement sur la demande d’exportations et les prix des produits de base, tandis que le désordre provoqué sur les marchés par le retrait progressif des politiques monétaires non conventionnelles pourrait déclencher une forte hausse des coûts de financement. Au-delà de ces influences externes latentes, d’autres risques d’origine plus locale menacent aussi les perspectives de croissance dans plusieurs pays de la région. Dans quelques-uns d’entre eux, certaines dérives, par exemple des déséquilibres budgétaires prononcés, menacent de remettre en question les progrès qui ont été réalisés ces dernières années au prix de tant d’efforts sur le plan macroéconomique et qui ont soutenu la croissance. Plus problématique encore, les conflits en cours dans plusieurs pays font des ravages considérables, tout particulièrement en République centrafricaine et au Soudan du Sud. Dans ces conditions, les autorités restent confrontées à la difficile tâche de poursuivre sans relâche leurs objectifs de développement tout en réagissant aux facteurs de vulnérabilité macroéconomique dès qu’ils se manifestent.

L’Afrique subsaharienne a continué d’enregistrer de très bons résultats économiques en 2013. La croissance économique de la région a été vigoureuse et s’est établie à 4,9 %, c’est-à-dire au même niveau qu’en 2012, en s’appuyant sur l’investissement dans les ressources naturelles et les infrastructures ainsi que sur l’augmentation de la production agricole. L’Afrique du Sud fait exception, où les tensions entre employeurs et salariés du secteur minier, la fragilité de l’approvisionnement en électricité, l’atonie de l’investissement privé et la confiance défaillante des consommateurs et des investisseurs ont freiné la croissance. Du fait que les prix internationaux des produits alimentaires et des carburants sont restés modérés et que les pays ont mené en général des politiques monétaires prudentes, l’inflation a continué de refluer dans presque toute la région, tombant à 6,3 % en moyenne en 2013, contre 9 % environ en 2011–12. Globalement, les déficits budgétaires et les déficits extérieurs courants se sont creusés dans nombre de pays, avec toutefois de fortes disparités entre pays. Il est à noter que les recettes budgétaires ont diminué dans les pays exportateurs de pétrole. Depuis juin 2013, les monnaies de l’Afrique du Sud et de certains pays pionniers se sont affaiblies sous l’effet des sorties de capitaux induites par le resserrement des conditions monétaires dans le monde et, dans certains cas, par le déséquilibre prononcé des finances publiques et des comptes extérieurs.

À court terme, les perspectives devraient rester favorables. La croissance devrait s’accélérer pour s’établir autour de 5½ % en 2014, grâce à l’amélioration des perspectives dans un grand nombre de pays, dont la plupart des pays exportateurs de pétrole et plusieurs pays à faible revenu et États fragiles. Au Nigéria, la croissance devrait s’accélérer grâce au rebond de la production après que les perturbations récentes de l’offre auront été corrigées. Ailleurs, l’accélération de la croissance s’appuie sur l’amélioration de la situation politique et de la sécurité dans le pays (Mali), les investissements importants réalisés dans les infrastructures et le secteur minier (République démocratique du Congo, Libéria) et l’arrivée à maturité des investissements (Mozambique, Niger). En Afrique du Sud, l’activité économique devrait aussi s’améliorer légèrement, grâce à l’augmentation de la demande dans les pays avancés que le pays a comme partenaires commerciaux. Le niveau modéré des prix alimentaires et les politiques monétaires prudentes devraient concourir à de nouvelles baisses de l’inflation dans la plus grande partie de la région, et le solde budgétaire devrait s’améliorer dans plusieurs pays; en particulier, les recettes devraient se redresser au Nigéria et l’ajustement se poursuivre au Kenya. Cependant, le déficit extérieur courant moyen ne devrait pas diminuer, compte tenu des perspectives relativement peu favorables concernant les prix des produits de base et la demande d’importations émanant des pays émergents, et du niveau obstinément élevé des importations liées à l’investissement direct étranger (IDE).

Ce scénario est toutefois exposé à d’importants aléas négatifs, dans la mesure où certains des facteurs à l’origine des bons résultats de ces dernières années devraient devenir moins favorables à court terme. Dans la plupart des pays, les résultats remarquables de la décennie écoulée tenaient essentiellement à des facteurs d’ordre intérieur, mais aussi à une conjoncture extérieure favorable marquée tout particulièrement par l’accélération de la croissance dans les pays émergents et le caractère extrêmement accommodant des conditions financières à l’échelle mondiale. Ces facteurs devraient s’affaiblir, ce qui aura des effets incertains sur l’Afrique subsaharienne.

  • La croissance économique des pays émergents devrait ralentir. La croissance économique vigoureuse des pays émergents observée ces dernières années a eu pour effet qu’une forte proportion des échanges commerciaux de l’Afrique subsaharienne s’effectue avec ces pays. Un tiers des exportations non pétrolières de la région ont désormais pour destination le groupe dit des BRIC (Brésil, Russie, Inde, Chine), alors que la proportion était inférieure à 10 % il y a dix ans. Outre le canal de la demande directe, la croissance économique des BRIC, notamment de la Chine, a alimenté celle de l’Afrique subsaharienne par le biais des prix élevés des produits de base et des flux d’investissement. Le ralentissement de l’activité dans les pays émergents et le rééquilibrage de la croissance de la Chine en faveur de la consommation au détriment de l’investissement auront vraisemblablement pour effet de réduire la demande et de faire baisser les prix des produits de base, en particulier des intrants industriels tels que le cuivre et le minerai de fer. De plus, il est probable que le resserrement des conditions financières en Chine se traduise par une augmentation des coûts de financement pour les banques du pays, ce qui pourrait inciter les entreprises chinoises à moins investir à l’étranger.
  • Les conditions financières mondiales devraient se durcir. À la suite de la crise financière mondiale, les pays avancés ont déployé des politiques monétaires non conventionnelles très accommodantes, qui ont entraîné une forte augmentation de la liquidité mondiale et aussi un afflux massif de capitaux vers les pays émergents et les pays pionniers. Cela a permis à certains de ces pays d’émettre pour la première fois des obligations publiques internationales. Maintenant que les politiques monétaires non conventionnelles sont peu à peu retirées, les pays de la région sont confrontés à des conditions financières extérieures moins favorables, caractérisées par un ralentissement des entrées de capitaux privés, voire, dans certains cas, un retournement des flux.

Nous estimons que, dans l’immédiat, ces influences extérieures néfastes qui commencent à se manifester n’auront vraisemblablement que des effets limités dans la plupart des pays. Étant donné en particulier que la reprise économique monte en puissance dans la plupart des pays avancés et que, par conséquent, la croissance économique mondiale s’accélère, la demande extérieure devrait rester globalement favorable. Cela dit, la nouvelle configuration de la croissance mondiale et, en particulier, le resserrement des conditions financières mondiales auront un effet négatif sur les pays de la région qui ont d’importants besoins de financement extérieur, ce qui obligera certains d’entre eux à opérer rapidement un ajustement. La section suivante de ce chapitre examine ces questions plus en détail.

En outre, la vulnérabilité budgétaire d’un certain nombre de pays, dont le Ghana et la Zambie, ainsi que les retombées possibles d’un regain d’instabilité politique et de l’aggravation de l’insécurité en République centrafricaine et au Soudan du Sud engendrent des risques importants au niveau local.

Pour contrer ces risques et maintenir des taux de croissance élevés, les politiques macroéconomiques et financières devraient avoir pour but de préserver la stabilité, de renforcer la résilience des économies et d’éviter la formation de déséquilibres macroéconomiques. Les déficits budgétaires qui se sont creusés pendant la crise financière mondiale sont restés élevés dans nombre de pays bien que la croissance et les recettes aient retrouvé leurs niveaux d’avant la crise (voir plus loin la section sur la persistance des déficits budgétaires). Un grand nombre de pays devrait maintenant profiter de la dynamique de la croissance pour renforcer leur solde budgétaire, reconstituer leurs amortisseurs et consolider les finances publiques, tout en préservant les dispositifs de protection sociale et les investissements productifs et en maîtrisant l’inflation. Là où les marchés financiers sont plus développés, la politique monétaire devrait être renforcée par l’adoption de cadres plus prospectifs et plus souples. Il sera aussi essentiel que l’intégration régionale progresse pour rendre la croissance économique plus durable. À cet égard, les progrès accomplis par la Communauté de l’Afrique de l’Est (CAE), qui a récemment signé un accord en vue de l’établissement d’une union monétaire dans les dix années à venir (encadré 1.1), sont un exemple encourageant.

Globalement, les perspectives économiques de la plupart des pays de la région demeurent favorables, surtout pour le moyen terme. Dans nombre de pays, les activités d’exportation et les investissements qui y sont liés ont été des moteurs importants de la croissance et continueront d’apporter une contribution positive. Les investissements ont eu pour effet secondaire de creuser les déficits extérieurs courants dans un grand nombre de pays, mais ces déficits devraient diminuer à mesure que les projets entreront dans la phase de production. Le principal risque pesant sur ce scénario de référence généralement positif est que la croissance économique des pays émergents ne ralentisse de façon beaucoup plus brutale qu’on ne le prévoit actuellement. L’expérience récente des pays pionniers de la région montre que le meilleur moyen d’atténuer les effets d’une conjoncture extérieure défavorable consiste à maîtriser les déséquilibres des finances publiques et des comptes extérieurs. Les pays de la région qui ont le plus souffert des perturbations qu’ont connues les pays émergents en mai 2013 et janvier 2014 sont ceux où ces déséquilibres étaient très prononcés (Ghana, Zambie) et/ou pour lesquels il existait d’autres sources d’incertitude dans le pays (Afrique du Sud, Nigéria).

Les deux autres chapitres de ce rapport examinent deux aspects du programme de développement à plus long terme des pays de la région :

  • Le chapitre 2 porte sur les domaines où des actions sont nécessaires pour assurer une répartition plus large des bienfaits de la croissance. Le développement des possibilités d’emploi et un meilleur accès aux services financiers apparaissent comme des ingrédients importants pour soutenir la croissance économique ainsi que pour consolider l’amélioration des niveaux de vie et des indicateurs sociaux observée ces dernières années.
  • Le chapitre 3 examine les difficultés que commence à poser la conduite de la politique monétaire dans certains pays de la région. De plus en plus, avec le développement des marchés financiers, les banques centrales devront améliorer leur politique monétaire en renforçant leur capacité d’analyse, de prévision et de gestion de la liquidité afin de restreindre autant que possible la volatilité de la liquidité et des taux d’intérêt.

Nouvelle donne mondiale : que signifie-t-elle pour l’Afrique subsaharienne?

La croissance économique de l’Afrique subsaharienne s’est redressée rapidement en 2010 et est restée vigoureuse depuis, en s’appuyant sur des facteurs intérieurs et sur la reprise mondiale. Cependant, malgré l’accélération prévue de la croissance économique mondiale, certains changements de la conjoncture économique internationale engendrent des risques. Les échanges commerciaux et les flux d’investissement aujourd’hui soutenus entre les pays d’Afrique subsaharienne et les marchés émergents (dont la Chine) vont vraisemblablement diminuer sous l’effet du ralentissement de l’activité dans ces pays, qui mettra fin à la dynamique suscitée par le niveau élevé des prix des produits de base. De même, les conditions financières qui étaient favorables ces dernières années devraient se durcir tandis que les pays avancés délaissent progressivement leurs politiques monétaires non conventionnelles. L’effet de ces évolutions variera selon les pays. Il sera probablement négatif dans les pays qui sont fortement tributaires des exportations de produits de base et des flux de capitaux, mais ceux qui ont des liens étroits avec les pays avancés bénéficieront vraisemblablement de l’accélération de la croissance.

Une croissance vigoureuse, tirée essentiellement par l’investissement

La croissance est restée vigoureuse dans la plus grande partie de l’Afrique subsaharienne et s’est établie à 4,9 % en 2013, c’est-à-dire au même niveau qu’en 2012 (tableau 1.1). Ces résultats sont dus essentiellement à la demande intérieure, alimentée par la forte croissance du crédit au secteur privé qui s’est poursuivie dans certains pays (graphique 1.1). Le dynamisme des investissements publics et privés dans les activités minières, les infrastructures de transport et de communication et la production d’énergie a fortement contribué à la croissance1. Ces investissements ont été accompagnés d’une expansion généralisée des échanges commerciaux, des communications et d’autres services, et plusieurs pays ont bénéficié aussi de l’augmentation de la production agricole. La demande extérieure a contribué relativement moins à la croissance économique de la région du fait que la croissance du reste du monde et les prix des produits de base sont restés relativement modérés pendant la plus grande partie de l’année.

Tableau 1.1.Afrique subsaharienne : croissance du PIB réel(Variation en pourcentage)
2004–082009201020112012201320142015
Afrique subsaharienne, sans l’Afrique du Sud7,24,36,76,35,85,96,56,5
Afrique subsaharienne (total)6,42,65,65,54,94,95,45,5
Dont :
Pays exportateurs de pétrole8,44,86,76,15,25,76,66,5
Pays à revenu intermédiaire15,1−0,84,14,93,42,73,03,3
Dont : Afrique du Sud4,9−1,53,13,62,51,92,32,7
Pays à faible revenu17,35,17,06,56,26,86,96,8
États fragiles2,73,34,83,37,56,07,17,1
Pour mémoire :
Croissance économique mondiale4,6−0,45,23,93,23,03,63,9
Pays d’Afrique subsaharienne riches en ressources naturelles26,42,05,45,54,84,14,95,0
Pays pionniers et émergents d’Afrique subsaharienne35,82,55,45,54,84,45,05,2
Source : FMI, base de données des Perspectives de l’économie mondiale.

États fragiles non compris.

Comprend les pays suivants : Afrique du Sud, Angola, Botswana, Cameroun, Gabon, Ghana, Guinée, Guinée équatoriale, Mali, Namibie, Niger, Nigéria, République centrafricaine, République démocratique du Congo, République du Congo, Sierra Leone, Tanzanie, Tchad, Zambie et Zimbabwe.

Comprend les pays suivants : Afrique du Sud, Côte d’Ivoire, Ghana, Kenya, Maurice, Nigéria, Ouganda, Rwanda, Sénégal, Tanzanie et Zimbabwe.

Source : FMI, base de données des Perspectives de l’économie mondiale.

États fragiles non compris.

Comprend les pays suivants : Afrique du Sud, Angola, Botswana, Cameroun, Gabon, Ghana, Guinée, Guinée équatoriale, Mali, Namibie, Niger, Nigéria, République centrafricaine, République démocratique du Congo, République du Congo, Sierra Leone, Tanzanie, Tchad, Zambie et Zimbabwe.

Comprend les pays suivants : Afrique du Sud, Côte d’Ivoire, Ghana, Kenya, Maurice, Nigéria, Ouganda, Rwanda, Sénégal, Tanzanie et Zimbabwe.

Graphique 1.1.Afrique subsaharienne : crédit au secteur privé, 2010–13

Source : FMI, base de données du Département Afrique.

Certains pays, tout particulièrement la Côte d’Ivoire et le Mali, ont profité de la stabilisation au lendemain des conflits qui ont sévi dans ces pays; et le déroulement sans accrocs des élections au Kenya témoigne des progrès sensibles qui ont été accomplis en matière de stabilité politique. En même temps, un nouveau conflit interne a gravement freiné l’activité économique en République centrafricaine, et l’éruption de violence a accru l’incertitude au Soudan du Sud vers la fin de l’année. Les taux de croissance ont augmenté dans les pays exportateurs de pétrole, bien que la production ait diminué en Guinée équatoriale et au Tchad; le Nigéria a connu une croissance économique généralisée qui a en partie compensé les pertes liées aux vols de pétrole sur grande échelle; et le Soudan du Sud a recommencé à produire du pétrole en juillet après une interruption de dix-huit mois. En Afrique du Sud, la croissance a continué de ralentir en raison de l’atonie de l’investissement privé, du manque de confiance des consommateurs et des investisseurs, des tensions entre employeurs et salariés, et de la fragilité de l’approvisionnement en électricité.

Que signifient pour la région la dégradation des perspectives de croissance des pays émergents et la baisse des prix des produits de base?

Selon les projections, la croissance économique mondiale devrait passer de 3 % à 3,6 % en 2014 (graphique 1.2). Pour une large part, l’impulsion devrait venir des pays avancés, en particulier des États-Unis. Globalement, la croissance devrait s’accélérer légèrement dans les pays émergents en 2014, mais il est probable qu’elle restera relativement faible dans certains des principaux partenaires commerciaux de la région, tels que le Brésil et l’Inde, sous l’effet conjugué du durcissement des politiques économiques, de la diminution de la liquidité mondiale et des goulets d’étranglement structurels, autant de facteurs qui pèseront sur les prix des produits de base et la demande dont font l’objet les principaux produits d’exportation africains.

Graphique 1.2.Principales régions : projections de la croissance du PIB réel, 2008–18

Source : FMI, base de données des Perspectives de l’économie mondiale.

Dans certains pays émergents, la croissance économique devrait faiblir en 2014, et cette décélération pourrait se prolonger sur le moyen terme. Au Brésil, en Chine et en Inde, le ralentissement pourrait être de nature structurelle et pourrait donc se prolonger au-delà des fluctuations normales du cycle économique. En Chine, où les autorités s’efforcent de contenir le crédit et de rééquilibrer la croissance économique, celle-ci devrait rester autour de 7½ %. Même après 2014, la croissance économique de la Chine ne devrait pas retrouver les niveaux spectaculaires de ces dernières années; et un certain rééquilibrage des moteurs de la croissance au profit de la consommation, plutôt que de l’investissement, facilité par les mesures qui ont été prises pour ralentir la croissance du crédit et accroître le coût du capital, devrait avoir lieu au cours des prochaines années.

Le fléchissement de la demande des pays émergents et l’accroissement récent des capacités de production dans le monde devraient modérer les hausses de prix des produits de base. Par rapport à l’édition d’octobre 2013 des Perspectives de l’économie mondiale, les prévisions pour 2014 concernant l’indice composite des prix des produits de base non pétroliers n’ont été relevées que de 1 % environ, et les prévisions concernant les prix du pétrole ont été revues à la hausse de 2,8 % (ces dernières prévisions sont importantes surtout pour l’Angola, la Guinée équatoriale, le Nigéria et d’autres pays exportateurs de pétrole). La consommation globale de produits de base devrait continuer de s’accroître, mais, pour certains produits primaires tels que le cuivre et le minerai de fer, la demande devrait augmenter moins vite, ce dont se ressentiraient en particulier la République démocratique du Congo, la Guinée, le Libéria et la Zambie. Par rapport aux niveaux observés en 2013, ce sont les prix du minerai de fer et du charbon qui accuseront la plus forte baisse, tandis que les prix du cacao et du café augmenteront (graphiques 1.3 et 1.4). La diminution des prix de l’or au cours des trois prochaines années affectera surtout le Burkina Faso, le Ghana, le Mali et la Tanzanie, tandis que les exportations de pays comme la Côte d’Ivoire, le Ghana, l’Ouganda et le Rwanda devraient bénéficier d’une hausse des prix du cacao et du café.

Graphique 1.3.Prix internationaux des produits de base, produits agricoles, moyenne pour 2014–16 par rapport à 2013

Source : FMI, base de données des Perspectives de l’économie mondiale.

Graphique 1.4.Prix internationaux des produits de base, combustibles et métaux, moyenne pour 2014–16 par rapport à 2013

Source : FMI, base de données des Perspectives de l’économie mondiale.

La baisse des prix des produits de base et le ralentissement de la croissance économique dans les pays émergents pourraient aussi réduire les entrées nettes d’IDE, qui revêtent une importance particulière pour les pays à faible revenu et les États fragiles riches en ressources naturelles. Ces facteurs pourraient aussi inciter les investisseurs étrangers à se désintéresser des activités d’exploration et de la mise en valeur de nouvelles ressources; en outre, le repli de l’activité économique dans les pays d’où proviennent les IDE pourrait se traduire par l’ajournement ou le redimensionnement de certaines de ces initiatives, en particulier des projets entièrement nouveaux qui n’en sont encore qu’aux tout premiers stades de développement. Cela réduirait l’effet sur la croissance des activités d’investissement et retarderait la stimulation de l’offre qui suit généralement l’achèvement des projets.

Dans quelle mesure le resserrement de la liquidité mondiale affectera-t-il la région?

Les effets d’un resserrement de la liquidité mondiale sont apparus clairement en 2013, lorsque la Réserve fédérale américaine a annoncé en mai qu’elle allait mettre fin progressivement à ses mesures monétaires non conventionnelles, ce qui a contribué au retrait de capitaux de certains pays pionniers d’Afrique subsaharienne et à des dépréciations monétaires (graphique 1.5)2. Les rendements ont aussi augmenté sur certains marchés obligataires (par exemple en Afrique du Sud et au Nigéria), et certains pays ont pu connaître des sorties nettes d’actions et d’obligations (graphiques 1.6 et 1.7)3. Les marges sur les obligations souveraines et les taux d’intérêt du marché ont augmenté (graphique 1.8), les hausses les plus prononcées ayant été enregistrées au Ghana et en Zambie, ce qui tient au problème de viabilité budgétaire de ces pays; mais la valorisation boursière a continué de s’accroître dans divers pays (Ghana, Kenya, Rwanda, Zambie, Union économique et monétaire ouest-africaine). Les agences de notation internationales ont abaissé la note du Ghana, de la Zambie et, dernièrement, de l’Ouganda, mais elles ont relevé à «positives» les perspectives pour le Rwanda et à «stables» celles du Sénégal. Ces évolutions ont alourdi les coûts d’emprunt pour les pays pionniers, ce qui a contribué à l’ajournement de plusieurs émissions d’obligations souveraines, d’un montant total d’environ 4 milliards de dollars, prévues initialement pour fin 2013.

Graphique 1.5.Afrique subsaharienne : évolution du taux de change nominal, dollar/monnaie nationale

Source : Bloomberg, L.P.

Graphique 1.6.Afrique subsaharienne : flux d’actions vers les pays émergents et pionniers

(Millions de dollars, chiffres cumulés depuis juin 2004)

Source : base de données EPFR Global.

Graphique 1.7.Afrique subsaharienne : flux d’obligations vers les pays émergents et pionniers

(Millions de dollars, chiffres cumulés depuis juin 2004)

Source : base de données EPFR Global.

Graphique 1.8.Écarts de taux pour les pays émergents1, 2012–14

Source : Bloomberg, L.P.

1 La moyenne pour les pays émergents inclut les écarts EMBIG des pays suivants : Afrique du Sud, Argentine, Brésil, Bulgarie, Chili, Colombie, Hongrie, Malaisie, Mexique, Pérou, Philippines, Pologne, Russie, Turquie et Ukraine. Les pays pionniers d’Afrique subsaharienne dont les écarts sont pris en compte sont les suivants : Angola, Nigéria, Rwanda, Sénégal, Tanzanie et Zambie. Les zones grisées correspondent aux périodes de nervosité (21 mai–24 juin 2013 et 21 janvier–4 février 2014).

La volatilité a été plus prononcée dans les pays dont la situation budgétaire et les comptes extérieurs étaient relativement fragiles, ce qui laisse à penser que les investisseurs ont pris leurs décisions en fonction de la solidité des politiques menées et d’autres variables fondamentales. Par rapport à leurs homologues des autres régions, les pays émergents, ainsi que les pays pionniers, d’Afrique subsaharienne dont les déficits budgétaires et les déficits extérieurs courants se sont creusés ont été en général plus touchés (graphique 1.9). Le rand sud-africain a perdu environ 13 % par rapport au dollar entre mai 2013 et juin 2013, et cette tendance à la baisse s’est poursuivie dans un contexte marqué par la persistance d’une sous-utilisation des capacités et de déficits extérieurs courants, ainsi que par des perspectives de croissance peu encourageantes. Le cedi ghanéen a perdu environ 15 % en 2013 (en diminuant plus rapidement à partir du mois de mai), ce qui s’explique par le faible niveau des réserves extérieures et l’ajustement budgétaire plus lent que prévu. Ce sont aussi des considérations budgétaires qui sont à l’origine de la dépréciation du kwacha zambien (7 %); le franc rwandais s’est déprécié d’environ 7 % sous l’effet d’un déficit extérieur courant d’environ 7 % du PIB. Au Nigéria, les autorités ont pu défendre le naira en recourant aux réserves accumulées antérieurement, même si la monnaie a subi des tensions en février 2014 en raison de l’incertitude entourant la politique économique. Les monnaies se sont de nouveau affaiblies en janvier 2014, après un nouvel accès de volatilité sur les marchés financiers internationaux.

Graphique 1.9.Afrique subsaharienne : solde extérieur courant et solde budgétaire, 2013

Sources : Bloomberg, L.P.; FMI, base de données des Perspectives de l’économie mondiale.

Note : voir page 69 pour la liste d’abréviations des pays.

De nouveaux épisodes de dépréciations monétaires, englobant cette fois les pays à revenu intermédiaire, pourraient dans certains cas raviver les tensions inflationnistes, qui étaient généralement retombées en 2013 grâce à des conditions favorables, telles que des politiques monétaires prudentes, de bonnes récoltes et une plus grande stabilité des prix internationaux des produits alimentaires et des carburants (tableau 1.2; graphique 1.10). Abstraction faite de ce risque, en 2014, le niveau modéré des prix alimentaires et des politiques monétaires prudentes (soutenues, dans plusieurs pays4, par des cadres monétaires réformés et centrés davantage sur les signaux du marché) devraient concourir à une nouvelle baisse de l’inflation. La hausse des prix à la consommation devrait, selon les projections, s’établir, en chiffres annuels, à 6,2 % en 2014 et à 5,8 % en 2015, mais la répercussion sur les prix intérieurs des dépréciations monétaires éventuelles pourrait de nouveau pousser les prix à la hausse (par exemple au Malawi). Des tensions supplémentaires pourraient aussi être engendrées par les effets différés des hausses de salaires récentes et prévues (Tanzanie), l’abondance de liquidité ou la croissance rapide du crédit au secteur privé (Mozambique), ou dans les pays où le rééquilibrage des finances publiques n’est pas terminé (Ghana, Zambie).

Tableau 1.2.Afrique subsaharienne : inflation (IPC)(Variation en pourcentage, en fin de période)
2004–082009201020112012201320142015
Afrique subsaharienne (total)8,89,07,210,27,75,96,25,8
Dont :
Pays exportateurs de pétrole9,511,410,39,29,96,46,56,2
Pays à revenu intermédiaire17,27,04,36,46,06,06,65,8
Dont : Afrique du Sud6,46,33,56,15,75,46,35,6
Pays à faible revenu110,17,17,418,98,55,86,15,5
États fragiles11,315,48,09,34,72,63,24,1
Pour mémoire :
Monde4,13,24,24,73,83,33,73,5
Source : FMI, base de données des Perspectives de l’économie mondiale.

États fragiles non compris.

Source : FMI, base de données des Perspectives de l’économie mondiale.

États fragiles non compris.

Graphique 1.10.Afrique subsaharienne : inflation

Sources : FMI, base de données du Département Afrique et International Financial Statistics.

Sur fond de montée en puissance de la reprise économique, la Réserve fédérale des États-Unis a commencé en décembre 2013 à retirer progressivement ses mesures monétaires exceptionnellement accommodantes et, à terme, d’autres pays avancés pourraient lui emboîter le pas. En même temps, certains des principaux pays émergents pourraient relever leur taux directeur pour contenir la hausse des prix des actifs (Chine) ou la fuite des capitaux. Dans ce climat, le retournement récent des flux de capitaux dans la plupart des pays émergents et les pays pionniers va sans doute se poursuivre encore pendant un certain temps, les investisseurs retrouvant de meilleurs rendements par rapport aux risques dans les pays avancés. Les pays à faible revenu et à revenu intermédiaire pourraient aussi voir diminuer les entrées d’IDE (en particulier en provenance des sociétés privées très endettées) sous l’effet du resserrement des conditions monétaires dans certains pays émergents (dont la Chine).

À moyen terme, toutefois, les taux d’intérêt mondiaux ne devraient pas accuser une très forte hausse, car certains des facteurs qui ont maintenu les taux bas ces dernières années devraient continuer d’opérer, comme cela est expliqué au chapitre 3 de l’édition d’avril 2014 des Perspectives de l’économie mondiale. En particulier, les taux d’épargne des pays émergents d’Asie devraient rester élevés. Les taux d’investissement d’une bonne partie de l’Europe resteront sans doute modérés, ce qui contribuera à maintenir l’équilibre mondial entre épargne et investissement à un niveau compatible avec des taux d’intérêt réels qui resteraient relativement modérés par rapport aux normes historiques de long terme. Somme toute, et malgré la volatilité à court terme engendrée par l’abandon progressif des politiques monétaires non conventionnelles par les pays avancés, pour la plupart des pays de la région, les effets de ces tendances seront probablement modérés à moyen terme, même s’ils représentent un nouveau défi direct pour les pays émergents et les pays pionniers.

La persistance des déficits budgétaires : faut-il s’en préoccuper?

La plupart des pays de la région ont été en mesure d’éviter de mener une politique budgétaire procyclique pour la première fois en 2009, et certains ont même pu prendre des mesures de relance anticycliques grâce à la solidité de leurs finances publiques, résultat d’efforts menés pendant de longues années. C’est ainsi que les déficits budgétaires se sont creusés dans une grande partie de la région tandis que la croissance diminuait, en exerçant un effet stabilisateur pendant la crise. Aujourd’hui, toutefois, beaucoup de pays continuent d’afficher des déficits budgétaires élevés alors que la croissance et les recettes ont retrouvé (ou presque) leur niveau d’avant la crise. Dans la plupart des cas, ces déficits sont le résultat de politiques qui favorisent l’augmentation des dépenses en capital, dont ces pays ont bien besoin, tout en maintenant la dette à des niveaux soutenables. Dans d’autres cas, ils sont le résultat d’une reconfiguration des dépenses publiques, au détriment de l’investissement, qui s’est traduite par de nouvelles hausses de la dette publique. Ces évolutions ont fait naître la crainte que certains pays aient adopté des politiques qui contribuent moins à la réalisation des objectifs de stabilité, mais accentuent les facteurs de vulnérabilité budgétaire.

Des politiques budgétaires anticycliques pour la première fois en 2009

Dans une édition précédente de cette publication, la politique budgétaire des pays d’Afrique subsaharienne a été analysée du point de vue de la viabilité5. L’une des principales conclusions de cette analyse était que, pour la majorité des pays de la région, il n’y avait pas lieu de se soucier outre mesure de la viabilité budgétaire, car ils n’étaient pas gênés par un niveau d’endettement élevé6. Dans cette section, nous examinons plus en détail comment les dépenses publiques ont été reconfigurées à la suite de la crise mondiale de 2008–09, car les ajustements budgétaires semblent s’opérer de façon lente et inégale dans la région.

En 2009, pour la première fois, l’Afrique subsaharienne a pu recourir à la politique budgétaire pour atténuer les effets de la récession mondiale7. À l’exception des États fragiles, la plupart des pays de la région ont subi une décélération marquée de l’activité économique au début de la crise, qui s’est traduite par une baisse (un «écart de croissance») d’environ 2 points de pourcentage de la croissance médiane du PIB réel de la région par rapport à la trajectoire tendancielle observée de 2004 à 2008 (graphique 1.11). Cette même année, la situation budgétaire d’un grand nombre de pays s’est nettement dégradée par rapport aux années d’avant la crise (graphique 1.12), ce qui témoignait de leur capacité de maintenir, voire d’accroître, leurs dépenses publiques malgré la baisse des recettes, et de préserver ainsi généralement pendant la récession des dépenses sociales et d’équipement bien nécessaires. Tous les groupes de pays ont subi une baisse des recettes réelles par rapport aux moyennes de la période 2004–08 («écart de recettes»), mais elle a été plus prononcée dans les pays à revenu intermédiaire et, surtout, les pays exportateurs de pétrole (graphique 1.13).

Graphique 1.11.Afrique subsaharienne : écart de croissance du PIB réel, 2009–15

Source : FMI, base de données des Perspectives de l’économie mondiale.

Note : L’écart de croissance est la différence entre la croissance du PIB réel pendant une année donnée et la croissance moyenne du PIB réel sur la période 2004–08. Les calculs ne prennent pas en compte le Soudan du Sud en raison du manque de données.

Graphique 1.12.Afrique subsaharienne : solde budgétaire global, 2004–13

Source : FMI, base de données des Perspectives de l’économie mondiale.

Graphique 1.13.Afrique subsaharienne : écart de croissance des recettes totales réelles hors dons, 2009–15

Source : FMI, base de données des Perspectives de l’économie mondiale.

Note : L’écart de croissance des recettes réelles est la différence entre la croissance des recettes réelles pendant une année donnée et la croissance moyenne des recettes réelles sur la période 2004–08

Un rééquilibrage laborieux et inégal des finances publiques au lendemain de la crise

Malgré la reprise de la croissance économique, les déficits à l’échelle de la région sont restés généralement inchangés depuis 2010 (graphique 1.12), même s’il existe des différences considérables d’un pays à l’autre. Les recettes se sont rapidement améliorées lorsque l’activité économique a redémarré et ont retrouvé leurs niveaux d’avant la crise en 2013 (graphique 1.13), mais le solde budgétaire global de l’Afrique subsaharienne n’a pas changé. Dans quelques pays, les finances publiques ont continué de se dégrader ces dernières années, et cette détérioration s’est accompagnée d’une augmentation rapide de la dette publique dans plusieurs pays. Ces évolutions n’ont pas pesé trop lourdement sur la dette publique au niveau régional, et les indicateurs d’endettement sont restés à des niveaux peu alarmants (tableau 1.3), mais le nombre de pays où la dette s’est accrue en proportion du PIB est passé de 25 en 2010 à 31 en 2013 (graphique 1.14)8, les pouvoirs publics favorisant de plus en plus, dans certains cas, les dépenses courantes au détriment de l’investissement.

Tableau 1.3.Afrique subsaharienne : indicateurs d’endettement
Indice du risque d’endettement1/Ratio dette publique/PIB (2013)Variation du ratio dette public/PIB en %2/Ratio dette extérieure/créanciers officiels (2013)Variation du ratio dette extérieure/créanciers officiels en % du PIB2/Ratio paiements d’intérêts/recettes (2007)Ratio paiements d’intérêts/recettes (2013)
FMES
Afrique subsaharienne (total)19185234,24,610,2−1,56,4 %7,7 %
Dont :
Pays exportateurs de pétrole511021,53,56,1−0,43,3 %5,1 %
Pays à revenu intermédiaire650045,016,66,62,98,4 %10,9 %
Pays à faible revenu770036,73,321,92,76,2 %7,0 %
États fragiles (PPTE)3/154034,3−53,316,9−59,613,7 %6,1 %
États fragiles (non PPTE)000269,72,144,3−15,212,6 %5,1 %
Sources : FMI, base de données des Perspectives de l’économie mondiale; estimations des services du FMI.Note : PPTE = pays pauvres très endettés. Ne comprend pas le Soudan du Sud.

Nombre de pays dont le risque de surendettement est faible (F), modéré (M), élevé (E) et qui sont surendettés (S), selon les analyses de viabilité de la dette réalisées par le FMI. L’indice pour neuf pays à revenu intermédiaire et exportateurs de pétrole est fondé sur les rapports récents établis par les services du FMI pour les consultations au titre de l’article IV, ainsi que sur une évaluation subjective des services du FMI. Le Soudan du Sud n’est pas compris (pas de classification).

Variations entre fin 2007 et fin 2013.

Pays qui ont bénéficié d’un allégement de dette au titre des initiatives PPTE et IADM (Initiative d’allégement de la dette multilatérale) entre fin 2007 et fin 2013.

Sources : FMI, base de données des Perspectives de l’économie mondiale; estimations des services du FMI.Note : PPTE = pays pauvres très endettés. Ne comprend pas le Soudan du Sud.

Nombre de pays dont le risque de surendettement est faible (F), modéré (M), élevé (E) et qui sont surendettés (S), selon les analyses de viabilité de la dette réalisées par le FMI. L’indice pour neuf pays à revenu intermédiaire et exportateurs de pétrole est fondé sur les rapports récents établis par les services du FMI pour les consultations au titre de l’article IV, ainsi que sur une évaluation subjective des services du FMI. Le Soudan du Sud n’est pas compris (pas de classification).

Variations entre fin 2007 et fin 2013.

Pays qui ont bénéficié d’un allégement de dette au titre des initiatives PPTE et IADM (Initiative d’allégement de la dette multilatérale) entre fin 2007 et fin 2013.

Graphique 1.14.Afrique subsaharienne : dette publique totale, 2009–13

Source : FMI, base de données des Perspectives de l’économie mondiale.

Note : Ne comprend pas le Soudan du Sud.

Les finances publiques ont été rééquilibrées dans certains pays depuis 2010, mais cela s’est parfois fait au prix d’une réduction de l’investissement public. Quinze pays de la région ont réussi à diminuer les dépenses primaires en pourcentage du PIB en 2010–13 (graphique 1.15)9. Parmi les pays exportateurs de pétrole, c’est au Tchad que le ratio dépenses publiques/PIB a le plus diminué; parmi les pays à revenu intermédiaire, au Botswana; parmi les pays à faible revenu, en Sierra Leone10; et, parmi les États fragiles, au Burundi et à São Tomé-et-Príncipe11. Il convient de noter toutefois que, à l’exception du Burundi, de l’Ouganda et du Tchad, ces pays ont considérablement réduit leurs dépenses en capital.

Graphique 1.15.Afrique subsaharienne : variations des postes de dépenses primaires, 2010–13

Source : FMI, base de données des Perspectives de l’économie mondiale.

Note : Ne comprend pas le Nigéria ni le Soudan du Sud en raison du manque de données. La Côte d’Ivoire n’est pas prise en compte en raison de la reclassification des dépenses primaires en 2011. Le Cap-Vert n’est pas pris en compte en raison de la reclassification des dépenses primaires en 2011. Les données relatives à l’Ouganda ne comprennent pas deux projets énergétiques qui représentent environ 3,5 % du PIB.

En revanche, les dépenses primaires ont augmenté dans les 27 autres pays. Dans la plupart des cas, cette hausse s’explique par l’augmentation des dépenses en capital, en particulier dans les pays exportateurs de pétrole (sauf la Guinée équatoriale et le Tchad, dans une moindre mesure) et les pays à revenu intermédiaire (Lesotho). Cependant, la rémunération des salariés a sensiblement augmenté dans certains pays, bien souvent à un rythme supérieur à la croissance des dépenses en capital (Malawi, Mozambique, Namibie). Dans d’autres pays (Madagascar, Malawi, Namibie, Zimbabwe), les dépenses en capital ont en fait diminué. Enfin, les autres dépenses primaires se sont aussi accrues rapidement dans plusieurs pays, en particulier les pays exportateurs de pétrole et certains pays à revenu intermédiaire (Namibie, Swaziland)12. Il convient de noter que le ratio recettes/PIB a augmenté dans à peu près la moitié des pays d’Afrique subsaharienne pendant la période 2010–13 (graphique 1.16). Deux pays font figure d’exception parmi les exportateurs de pétrole : l’Angola, où les recettes fiscales ont en réalité diminué, et la Guinée équatoriale. Le tableau est différent pour les pays à revenu intermédiaire, dont la plupart ont vu leur ratio recettes/PIB augmenter, grâce parfois à la forte progression des recettes fiscales (Lesotho). Le ratio recettes/PIB a diminué en particulier en Angola, pays exportateurs de pétrole, et dans les États fragiles, notamment en République centrafricaine (en raison des troubles politiques), au Burundi et à São Tomé-et-Príncipe. Dans ce groupe, les dons ont reculé en proportion du PIB au cours de la période.

Graphique 1.16.Afrique subsaharienne : variations des recettes totales et des dons, 2010–13

Source : FMI, base de données des Perspectives de l’économie mondiale.

Note : Ne comprend pas le Nigéria ni le Soudan du Sud en raison du manque de données. La Côte d’Ivoire n’est pas prise en compte en raison de la reclassification des dépenses primaires en 2011. Le Cap-Vert n’est pas pris en compte en raison de la reclassification des dépenses primaires en 2011.

Accentuation des déséquilibres budgétaires au Ghana et en Zambie

Les pays qui ont profité des flux favorables de capitaux internationaux pour financer leur déficit budgétaire et/ou leur déficit extérieur courant, tels que le Ghana et la Zambie, sont particulièrement vulnérables aux changements de la conjoncture internationale. Au Ghana, l’augmentation des dépenses primaires en 2010–13 a été le résultat surtout d’une hausse de la masse salariale induite par un nouveau barème, et d’une augmentation des dépenses en capital (graphique 1.17)13. De même, en Zambie, un net relâchement de la politique budgétaire a eu lieu en 2010–13, en raison surtout des dépassements de dépenses ordinaires, essentiellement au titre des subventions et des salaires, ces derniers ayant augmenté d’environ 45 % en 2013 (graphique 1.17). Face à cette situation, les agences de notation internationales ont abaissé la note de ces pays, ce qui pourrait avoir de lourdes conséquences pour la viabilité de leur dette.

Graphique 1.17.Ghana et Zambie : contributions à la croissance réelle des dépenses primaires, 2010 à 2013

Source : FMI, base de données des Perspectives de l’économie mondiale.

En somme, les déséquilibres budgétaires concernent certains pays, mais ce n’est pas un problème à l’échelle régionale

L’ajustement laborieux des finances publiques observé en Afrique subsaharienne est le résultat d’une reconfiguration des dépenses publiques dans certains pays qui pourrait comporter des risques, mais qui ne suscite pas une préoccupation majeure au niveau régional. En effet, la plupart des pays subsahariens ont mené des politiques qui favorisent l’accroissement bien nécessaire des dépenses en capital après la crise tout en maintenant le ratio dette/PIB à un niveau soutenable. D’autres, où la découverte récente de gisements de pétrole et de gaz promet un accroissement des recettes futures, peuvent s’accommoder de déficits budgétaires plus prononcés à moyen terme sans que soit menacée la viabilité de la dette, à condition que des cadres institutionnels appropriés soient en place pour assurer une gestion transparente et rigoureuse de ces richesses. Pourtant, un certain nombre de pays, dont en particulier le Ghana et la Zambie, ont opté pour des politiques budgétaires trop expansionnistes (en favorisant parfois les dépenses courantes) financées en partie par l’emprunt extérieur, ce qui les a rendus plus vulnérables à un retournement brutal des flux de capitaux. De fait, le ratio dette/PIB de la plupart des pays reste relativement faible, ce qui indiquerait que le niveau élevé des dépenses publiques, accompagné d’une reconfiguration des dépenses au détriment de l’investissement, n’est pas problématique pour la région dans son ensemble. Cependant, dans les pays qui ont relâché leur politique budgétaire, dont le ratio dette/PIB a augmenté à vive allure (graphique 1.18) et où le risque de surendettement s’accroît, la composition des dépenses primaires devrait être revue, faute de quoi la politique budgétaire pourrait menacer la viabilité à long terme de la dette publique et la stabilité macroéconomique.

Graphique 1.18.Afrique subsaharienne : variations du ratio dette publique totale/PIB, 2012–13

Source : FMI, base de données des Perspectives de l’économie mondiale.

Perspectives à court terme, aléas négatifs et actions recommandées

Perspectives à court terme

Selon les projections, la croissance économique devrait continuer de s’accélérer en Afrique subsaharienne et s’établir autour de 5½ % en 2014 et 2015, même s’il reste à déterminer comment mieux répartir les bienfaits de cette croissance. Plusieurs pays vont récolter les fruits de leurs investissements dans les transports et les télécommunications, de l’expansion de leurs capacités productives (surtout dans les industries extractives et la production d’énergie) et/ou du rebond de la production agricole. Les investissements dans les infrastructures et le secteur minier vont continuer d’accroître la demande intérieure de biens et de services, même si la demande émanant du secteur public fléchit tandis que plusieurs pays entreprennent de rééquilibrer leurs finances publiques. Globalement, le taux de croissance de l’Afrique subsaharienne devrait se maintenir dans les 30 centiles supérieurs à l’échelle mondiale (graphique 1.19). En même temps, les taux de pauvreté restent élevés dans toute la région, avec de fortes disparités, et dans plusieurs pays un grand nombre des objectifs du Millénaire pour le développement ne seront sans doute pas atteints à la date fixée, à savoir l’horizon 2015.

Graphique 1.19.Afrique subsaharienne : croissance du PIB réel et centile dans la distribution mondiale des taux de croissance

Source : FMI, base de données des Perspectives de l’économie mondiale.

1 Centile du taux de croissance moyen pondéré de l’Afrique subsaharienne dans la distribution des taux de croissance des pays membres du FMI.

La croissance devrait s’accélérer dans tous les groupes de pays, surtout les États fragiles et les pays exportateurs de pétrole :

  • Au Nigéria, la croissance devrait reposer sur une large base et atteindre environ 7 % en 2014 et 2015, les principaux oléoducs étant réparés et la production non pétrolière continuant de se développer en profitant des réformes récentes du secteur de l’énergie.
  • Dans les pays à revenu intermédiaire, la croissance économique devrait augmenter d’environ 0,3 point de pourcentage en 2014 et continuer de s’accélérer en 2015, en s’appuyant sur un niveau soutenu d’exportations (surtout en direction des pays avancés), les investissements en cours et l’amélioration de la confiance des chefs d’entreprise. En Afrique du Sud, la croissance devrait légèrement s’améliorer, grâce au renforcement de la demande extérieure, mais elle devrait être freinée par le resserrement des conditions financières dans le monde et des politiques monétaires nationales, le niveau faible des prix des produits de base, les relations tendues entre employeurs et salariés, et la persistance de goulets d’étranglement, notamment dans le domaine de l’énergie.
  • Pour ce qui est du groupe des pays à faible revenu, la croissance devrait nettement s’accélérer dans les États fragiles, si l’on table sur une plus grande stabilité en République démocratique du Congo et si l’on tient compte de l’amélioration de la situation politique et de la sécurité au Mali. Dans les autres pays, la croissance devrait rester vigoureuse ou s’accélérer avec l’aide d’investissements massifs dans les infrastructures (Éthiopie) et le secteur minier (Libéria, Mozambique, Ouganda), l’amélioration des transports (Mozambique) et le développement des capacités productives dans les secteurs énergétique (Éthiopie, Tanzanie) et minier (République démocratique du Congo, Ghana, Mozambique, Niger, Sierra Leone).

Comme en 2013, c’est l’investissement qui continuera de soutenir la demande intérieure. L’investissement total devrait rester à 23,8 % du PIB en 2014 et 2015, et augmenter quelque peu dans les pays à faible revenu et les États fragiles, où il devrait être soutenu par l’IDE dans les industries extractives et les infrastructures. En plus des apports d’IDE, l’investissement public dans les infrastructures va se développer (Côte d’Ivoire, Éthiopie), de même que l’investissement des entreprises privées nationales, financé en partie par des emprunts bancaires (Botswana).

Les soldes budgétaires devraient s’améliorer entre 2013 et 2015 dans la plupart des pays de la région, car beaucoup d’entre eux prévoient de procéder à un ajustement pour reconstituer leurs amortisseurs budgétaires en prévision de chocs potentiels (Botswana, Kenya et Nigéria), contenir l’augmentation de la dette publique (Sénégal), ou redonner une assise plus solide à leurs finances publiques (Ghana, Zambie). Cet ajustement sera opéré essentiellement par la maîtrise des dépenses, même si les recettes seront aussi mises largement à contribution dans certains cas (Guinée, Nigéria).

Sous l’effet de la croissance vigoureuse, du niveau soutenu de la demande publique et de l’augmentation des investissements, le déficit extérieur courant moyen de la région est passé de 2,6 % du PIB en 2012 à 3,5 % du PIB en 2013. À l’horizon 2015, malgré l’accélération de la reprise mondiale, les déficits extérieurs courants de la région devraient se creuser encore (tableau 1.4). Cette évolution s’explique par l’augmentation des importations dans les pays qui entreprennent de grands investissements ainsi que par la diminution des exportations des pays exportateurs de pétrole. Ainsi, la contribution des exportations nettes à la croissance économique devrait encore diminuer. Les importations de biens et de services devraient s’accroître dans les pays à faible revenu qui continuent de développer leurs capacités de production, tels que la République démocratique du Congo, la Guinée et le Mozambique. En même temps, les exportations devraient baisser en proportion du PIB dans un grand nombre de pays, sous l’effet en partie de la diminution de la demande de produits de base émanant des pays émergents, mais elles devraient augmenter dans les pays qui ont récemment développé leurs capacités de production minière, tels que le Libéria, le Mozambique et la Sierra Leone. En outre, l’existence d’importants goulets d’étranglement dans l’appareil productif et au niveau des infrastructures pourrait empêcher certains pays de profiter pleinement de l’accroissement de la demande des pays avancés (par exemple l’Afrique du Sud).

Tableau 1.4.Afrique subsaharienne : autres indicateurs macroéconomiques
2004–082009201020112012201320142015
(variation en pourcentage)
Inflation, fin de période8,89,07,210,27,75,96,25,8
(pourcentage du PIB)
Solde budgétaire1,90,3−4,0−1,3−2,2−4,2−3,3−3,0
Dont : hors pays−0,7−1,7−4,5−3,9−4,0−4,4−4,3−4,0
exportateurs de pétrole
Solde extérieur courant0,7−1,6−1,0−1,0−2,7−3,6−3,6−3,9
Dont : hors pays−5,0−3,0−4,3−5,0−7,7−8,0−7,8−7,6
exportateurs de pétrole
(mois d’importations)
Couverture par les réserves4,73,64,14,44,94,84,74,7
Source : FMI, base de données des Perspectives de l’économie mondiale.
Source : FMI, base de données des Perspectives de l’économie mondiale.

Aléas négatifs

Les perspectives économiques de la région sont exposées surtout à des aléas négatifs. On notera en particulier quatre grands risques à court terme :

Les risques d’origine locale s’accentuent …

  • 1. Les facteurs de vulnérabilité budgétaire se sont accentués dans plusieurs pays, notamment au Ghana et en Zambie. Dans ces deux pays, les dépenses s’accroissent à un rythme qui n’est pas tenable. En Zambie, les rémunérations des fonctionnaires ont fortement augmenté en 2013. Au Ghana, les déficits jumeaux (finances publiques et comptes extérieurs) seront particulièrement difficiles à gérer en 2014 compte tenu du faible niveau des réserves de change et, dans certains pays où doivent se tenir des élections (par exemple au Malawi et au Nigéria), les incertitudes qui entourent l’action des pouvoirs publics pourraient s’accroître à mesure que les incitations à dépenser s’intensifieront. Enfin, dans les pays très endettés tels que le Cap-Vert, la Gambie et les Seychelles, la marge de manœuvre est relativement limitée pour faire face à des chocs éventuels.
  • 2. Détérioration de la sécurité. La forte aggravation de l’instabilité politique et la détérioration de la sécurité en République centrafricaine et au Soudan du Sud sont préoccupantes. Outre leurs effets sur le plan humanitaire, les conflits qui sévissent dans ces deux pays vont peser très lourdement sur leurs perspectives de croissance. Ces conflits pourraient sensiblement restreindre les échanges commerciaux (par exemple avec le Kenya et l’Ouganda), voire conduire à une augmentation des dépenses de sécurité dans les pays voisins.

… et il convient d’être plus attentif aux risques externes.

  • 3. Ralentissement de la croissance dans les pays émergents. Ce risque est particulièrement important pour les pays exportateurs de ressources naturelles (dont l’Afrique du Sud), qui pourraient être pénalisés par la baisse des prix des produits de base et le fléchissement de la demande, surtout en ce qui concerne les produits de faible valeur. En outre, le rééquilibrage attendu des sources de la croissance en Chine, au profit de la consommation et au détriment de l’investissement, au cours des années à venir contribuera à affaiblir la demande de produits liés aux investissements. Le resserrement des conditions financières en Chine—principale source de nouveaux financements pour les États et d’IDE pour l’Afrique subsaharienne — va probablement faire monter les coûts d’emprunt et peut-être peser sur l’IDE et la demande liée à l’IDE, surtout en ce qui concerne les projets miniers entièrement nouveaux.
  • 4. Normalisation et resserrement à terme de la politique monétaire aux États-Unis et dans les autres pays avancés. Le retournement des flux de capitaux induit par le resserrement des conditions monétaires à l’échelle mondiale est à l’origine d’aléas négatifs pour la région, surtout pour les pays pionniers dont l’économie est foncièrement fragile. Les principaux canaux de transmission sont les pressions qui s’exercent sur les prix des actifs, les taux d’intérêt et, surtout, les taux de change. Ces pressions pourraient à leur tour engendrer des tensions au sein de certaines banques et de certains systèmes financiers, réduire la demande intérieure et relancer l’inflation. Les principaux canaux de transmission et leurs effets potentiels sont les suivants :
  • Augmentation des coûts d’emprunt et des risques de refinancement pour les États. Le départ des investisseurs étrangers réduirait la liquidité sur les marchés obligataires locaux, ce qui ferait monter les coûts d’emprunt. En même temps, la raréfaction de la liquidité et la réévaluation du risque auraient pour effet d’accroître les taux d’intérêt de référence et les marges des euro-obligations internationales, et les pays pionniers auraient d’autant plus de difficultés à mener à bien les émissions obligataires prévues. La facture d’intérêts de l’État augmenterait, et certains gouvernements (Ghana, Zambie) pourraient avoir de plus en plus de mal à refinancer les obligations arrivant à échéance et à financer leurs déficits. Le durcissement des conditions de financement pourrait ainsi précipiter un ajustement budgétaire plus brutal que prévu et/ou encourager une monétisation inflationniste du déficit. Enfin, le risque de dépréciation de la monnaie pourrait alourdir considérablement le coût du service de la dette publique.
  • Durcissement des conditions de financement du secteur privé. Les pays ayant un marché financier relativement développé auquel participent largement les investisseurs étrangers, tels que l’Afrique du Sud, le Kenya et le Nigéria, pourraient subir une correction des valorisations boursières et des prix des obligations d’entreprises, dont les répercussions sur d’autres actifs, tels que l’immobilier, pourraient être amplifiées par le resserrement monétaire.
  • Tensions dans le secteur financier. Les banques qui prêtent en devises pourraient voir leurs créances improductives augmenter si, à la suite d’une forte dépréciation monétaire, leurs emprunteurs se trouvaient dans l’incapacité de rembourser. Dans les pays dotés de systèmes bancaires relativement développés (Afrique du Sud, Kenya, Nigéria), les banques pourraient aussi subir des pertes sur leurs investissements de portefeuille intérieurs et leurs investissements en actifs réels, ainsi qu’une augmentation des créances improductives liées aux crédits accordés contre ces garanties.
  • Regain de tensions inflationnistes. La répercussion des évolutions du taux de change sur les prix intérieurs pourrait alimenter l’inflation, surtout en cas d’ajustements de grande ampleur ou désordonnés et dans les pays fortement tributaires des importations.

Actions recommandées

Pour faire face aux risques et aux défis qui existent déjà et à ceux qui commencent à se profiler, les actions recommandées dans les éditions antérieures de ce rapport demeurent généralement valables. Les politiques macroéconomiques et financières doivent viser avant tout à préserver la stabilité : pour certains pays, cela supposera de reconstituer les amortisseurs qui seraient épuisés; pour d’autres, il s’agira de redoubler d’efforts pour maîtriser l’inflation. Les principales actions recommandées sont les suivantes :

  • Politique budgétaire. Les pays devraient généralement chercher à devenir plus résistants aux chocs, notamment en développant leur base de recettes et en évitant que les dépenses n’augmentent trop vite. Les pays à croissance forte de la région devraient profiter de cette dynamique pour renforcer leur solde budgétaire. Dans certains pays dont les besoins de financement extérieur sont élevés, il peut être nécessaire de poursuivre le rééquilibrage budgétaire même si la croissance fléchit, tout en veillant à préserver les dispositifs de protection sociale et les investissements de nature à renforcer la croissance. Les pays dont le déficit budgétaire est élevé ou dont la dette augmente (par exemple le Ghana et la Zambie) devraient redoubler d’efforts pour redonner à leurs finances publiques une assise plus solide, notamment en maîtrisant les dépenses. Les pays à faible revenu devraient aussi faire en sorte d’accroître leurs recettes pour répondre aux besoins sociaux et d’investissement. Dans plusieurs pays, il est urgent de rehausser l’efficacité des dépenses publiques et d’investir dans le développement des capacités énergétiques et les infrastructures essentielles. Les pays exportateurs de pétrole, qui sont particulièrement vulnérables à une évolution défavorable des prix, doivent profiter du niveau encore élevé des prix du pétrole pour stopper et inverser de façon décisive la détérioration de leur solde budgétaire.
  • Politique monétaire. Dans la plupart des pays, la politique monétaire devrait rester axée sur la consolidation des progrès accomplis en matière d’inflation. C’est la situation macroéconomique particulière de chaque pays qui devra déterminer l’orientation de la politique monétaire. Un resserrement est particulièrement indiqué dans les pays où le crédit au secteur privé, en particulier aux ménages, s’est accru rapidement et dans ceux où la croissance est vigoureuse et l’inflation obstinément élevée et/ou en augmentation. Là où l’on peut craindre que la dépréciation de la monnaie engendre un risque d’inflation (Afrique du Sud, Ghana, Malawi), il pourrait être nécessaire de resserrer la politique monétaire. La Banque de réserve d’Afrique du Sud est déjà intervenue en janvier 2014 en relevant le taux des prises en pension de 50 points de base et, en février 2014, la Banque centrale du Ghana a relevé ses taux directeurs de 200 points de base. Avec le développement des secteurs financiers et les autres changements structurels en cours, les cadres traditionnels de la politique monétaire fondés sur des cibles quantitatives ne sont plus adaptés dans un grand nombre de pays. Les autorités monétaires des pays où le marché financier a atteint un degré élevé de développement devront renforcer l’environnement sur lequel peut s’appuyer la politique monétaire. Pour garder la maîtrise de leurs objectifs, les autorités monétaires de ces pays devraient adopter des cibles plus prospectives et plus souples, et s’appuyer davantage pour leurs opérations sur les instruments du marché tels que les taux directeurs. Cela nécessitera de renforcer les capacités d’analyse, de prévision et de gestion de la liquidité pour que les taux d’intérêt soient gérés selon une approche plus prospective. Les banques centrales devront développer leur capacité institutionnelle, renforcer leur indépendance opérationnelle, et améliorer la transparence de leurs opérations ainsi que leur responsabilité.
  • Faire face aux effets du resserrement des conditions financières mondiales. Les pays émergents et pionniers devraient se préparer à affronter le resserrement des conditions financières mondiales en préservant leur flexibilité budgétaire et, là où les facteurs de vulnérabilité revêtent une importance cruciale, en durcissant leurs politiques. Face à un retournement des flux de capitaux risquant d’avoir des effets perturbateurs, il serait nécessaire d’adopter un ensemble complet de politiques—monétaire, budgétaire et de change—afin de s’attaquer aux racines mêmes de ces vulnérabilités. La restriction des flux de capitaux peut faire partie à titre temporaire d’un ensemble plus vaste d’actions visant à éviter une véritable crise, mais elle ne saurait se substituer aux ajustements nécessaires. Les pays devraient être prêts à adapter leurs programmes de financement en cas d’accès restreint aux financements extérieurs, tout en laissant le taux de change jouer le rôle de première ligne de défense contre les variations soudaines des flux de capitaux. Lorsque cela est possible, il peut être envisagé d’anticiper les emprunts pendant les périodes où les conditions sont favorables. Pour déterminer la stratégie optimale, il faudra mettre en balance, d’une part, le risque que la répercussion des évolutions du taux de change ne relance l’inflation et, d’autre part, le risque qu’un resserrement de la politique monétaire en période de difficulté n’amplifie l’instabilité et ne freine encore la croissance.
  • Intégration régionale. Étant donné que le commerce intrarégional est relativement peu développé, les pays de la région devraient redoubler d’efforts pour promouvoir l’intégration régionale en abaissant leurs barrières tarifaires et non tarifaires et en facilitant la circulation des personnes, des biens et des capitaux, en s’inspirant des initiatives les plus abouties de la région, telle celle de la Communauté de l’Afrique de l’Est (CAE), qui a récemment signé un protocole en vue de l’établissement d’une véritable union monétaire dans les dix ans à venir (encadré 1.1). Ce protocole met à juste titre l’accent sur la nécessité de bien se préparer pendant les prochaines années afin d’assurer le passage en douceur à une monnaie unique ainsi que le bon fonctionnement de cette monnaie, mais les cadres institutionnel et opérationnel de l’union devront être précisés ultérieurement, et les institutions régionales compétentes devront être dotées des pouvoirs adéquats pour superviser convenablement le processus, en suivre le déroulement, veiller au respect des critères de convergence et mener une politique monétaire unifiée. Comme l’a montré l’expérience récente de la zone euro, une union bancaire bien conçue contribue à la stabilité d’une union monétaire. Cela nécessitera une capacité de supervision ainsi que des cadres robustes de résolution des défaillances bancaires et assurer la coordination transnationale, le tout accompagné de dispositifs robustes de sécurité financière.

Encadré 1.1.Le protocole d’union monétaire de la Communauté de l’Afrique de l’Est

Le Protocole d’union monétaire signé le 30 novembre 2013 dans la capitale ougandaise Kampala par les chefs d’État des pays de la Communauté de l’Afrique de l’Est (CAE) (Burundi, Kenya, Ouganda, Rwanda et Tanzanie) représente une étape cruciale du processus d’intégration régionale de la CAE. Il présente une feuille de route devant aboutir en dix ans à une union monétaire pour une communauté économique qui compte 145 millions d’habitants et dont le PIB combiné dépasse 100 milliards de dollars.

L’intégration régionale avait déjà franchi deux étapes importantes depuis la création de la CAE en 2000, à savoir i) la signature d’un protocole d’union douanière (2005) qui comportait l’adoption d’un tarif extérieur commun (TEC) et la suppression progressive des droits de douane internes; et ii) la signature d’un protocole de marché commun (2010) permettant la libre circulation des biens, des personnes, de la main-d’œuvre, des services et des capitaux. La mise en œuvre de ces deux initiatives est encore loin d’être terminée. Les marchandises circulent essentiellement en franchise de droits au sein de l’union douanière et le TEC est largement appliqué, mais le démantèlement des barrières non tarifaires est encore en cours, de même que la réalisation des réformes juridiques et administratives nécessaires pour donner corps aux différentes formes de liberté de circulation garanties par le protocole de marché commun. Diverses initiatives visant à promouvoir la libre circulation des citoyens de la CAE en sont au stade final de conception ou au tout début de leur mise en œuvre : elles ont pour but de reconnaître les cartes d’identité nationales comme document de voyage, de réduire les frais d’obtention d’un permis de travail et d’instaurer un visa de tourisme unique. Des comités nationaux de mise en œuvre, composés des ministères concernés et des parties prenantes, ont été créés dans chaque État partenaire pour accélérer le processus.

L’approfondissement de l’intégration par l’adoption d’une monnaie unique devrait se traduire par la formation d’un marché régional plus étendu rendant possible une baisse des coûts de transaction, de plus grandes économies d’échelle, l’accentuation de la concurrence et une meilleure attractivité pour l’investissement direct étranger, autant d’éléments qui contribueront à une croissance économique vigoureuse et durable, à la création d’emplois et à une meilleure efficience économique.

Le protocole fixe le processus de création de l’Union monétaire de l’Afrique de l’Est (UMAE) ainsi que son cadre légal et réglementaire, en s’inspirant de l’expérience d’autres unions monétaires, notamment l’Union monétaire européenne. La monnaie unique devrait être lancée en 2024, quand les pays auront rempli les critères de convergence.

Critères de convergence macroéconomique fixés par le protocole d’union monétaire de la CAE

Critères de convergence primaires :

  • Plafonnement de l’inflation globale à 8 %
  • Plafonnement du déficit budgétaire (dons compris) à 3 % du PIB
  • Plafonnement de la dette publique brute à 50 % du PIB en valeur actualisée nette
  • Niveau minimal de la couverture par les réserves fixé à 4,5 mois d’importations

Critères indicatifs :

  • Plafonnement de l’inflation hors énergie et alimentation à 5 %
  • Plafonnement du déficit budgétaire hors dons à 6 % du PIB
  • Niveau minimal du ratio impôts/PIB fixé à 25 %

Le tableau 1.1.1. ci-dessous présente un récapitulatif des valeurs de départ des variables prises comme critères de convergence. Certaines, à savoir l’inflation et la dette publique, sont actuellement en dessous ou au niveau du plafond convenu dans la plupart des États membres. Les autres variables, en particulier le solde budgétaire et la couverture par les réserves, nécessiteront des efforts soutenus dans les années à venir pour que les critères soient remplis.

Tableau 1.1.1.Communauté de l’Afrique de l’Est : critères de convergence et autres principaux indicateurs économiques
BurundiKenyaRwandaTanzanieOugandaPlafond/plancher
(données de 2013, sauf indication contraire)
Critères de convergence primaires
Inflation globale18,87,13,65,66,78
Solde budgétaire, dons compris2−1,9−5,8−5,1−5,5−4,5−3
Dette publique brute (valeur actualisée nette)229,833,823,232,023,350
Couverture par les réserves (mois d’importations)3,53,94,43,73,74,5
Critères indicatifs
Inflation sous-jacente16,25,25,24,55,75
Solde budgétaire, dons non compris2−18,9−7,3−13,7−8,9−5,5−6
Ratio impôts/PIB12,220,214,716,512,925
Indicateurs macroéconomiques
PIB nominal (milliards de dollars)2,745,57,430,421,4
PIB par habitant (dollars)305,31058,1698,3667,4582,4
Croissance du PIB réel4,55,65,07,06,0
Population (millions]9,044,410,645,636,8
Dette publique brute231,348,529,443,333,9
Sources : autorités nationales; estimations des services du FMI.

Décembre 2013 (en glissement annuel).

Pourcentage du PIB.

Sources : autorités nationales; estimations des services du FMI.

Décembre 2013 (en glissement annuel).

Pourcentage du PIB.

Cadre institutionnel et harmonisation des politiques

L’Institut monétaire de l’Afrique de l’Est (IMAE) devrait être créé en 2015 en tant que précurseur d’une banque centrale indépendante, pour diriger les travaux préparatoires en vue de la création de l’union monétaire. La Banque centrale de l’Afrique de l’Est (BCAE) sera chargée des politiques monétaires et de change communes mises en œuvre à partir de 2024, dans le cadre d’un système de banques centrales nationales jouant le rôle de bras opérationnel de la BCAE. Le premier objectif de la banque centrale sera d’assurer et de maintenir la stabilité des prix, en ayant comme objectifs secondaires la stabilité financière ainsi que la croissance et le développement économiques. Le régime de change unique de l’union sera un régime de flottement libre.

Les États membres de la CAE sont convenus d’harmoniser et de coordonner leurs politiques budgétaires, ce qui est indispensable pour réduire la vulnérabilité potentielle de l’union monétaire. Ils sont aussi censés mettre en place des mécanismes pour faire face aux chocs exogènes, notamment un système d’alerte avancée et une facilité de stabilisation pour venir en aide aux États membres qui en auraient besoin. Une Commission est-africaine de surveillance, de conformité et d’application des règles, chargée de contrôler et de veiller au respect des critères de convergence, sera créée d’ici à 2018, après quoi les politiques monétaires et de changes seront coordonnées et harmonisées. En même temps, un Bureau de statistiques est-africain et une Commission est-africaine des services financiers seront aussi créés.

Cet encadré a été préparé par Clara Mira.
1Les investissements publics sont restés soutenus dans toute la région et ont augmenté tout particulièrement au Mozambique, en Namibie, en Ouganda, au Swaziland et au Togo, même si dans certains pays la sous-exécution des programmes d’investissements publics a contribué à contenir le déficit budgétaire (Botswana, Côte d’Ivoire, Libéria).
2Plusieurs pays à faible revenu ont aussi vu leur monnaie se déprécier sensiblement en 2013, même si les causes de cette dépréciation ont varié d’un pays à l’autre : réserves basses (Malawi), baisse des exportations due aux inondations (Mozambique), financement monétaire du déficit (Libéria), dégradation des termes de l’échange (Éthiopie), ou suppression des restrictions de change inefficaces sur fond de fortes dérives budgétaires (Gambie).
3Les données de balance des paiements les plus récentes, et les plus complètes, dont disposent les services du FMI font apparaître un effet plus modéré que ne l’indiquent les données EPFR (Emerging Portfolio Fund Research) des graphiques 1.6 et 1.7, lesquelles rendent compte des flux de fonds enregistrés pour la vente sur les principaux marchés développés par les particuliers et les investisseurs institutionnels.
4Dont les pays membres de la CAE. Voir encadré 1.1.
5Chapitre 2 de l’édition d’avril 2013 des Perspectives économiques régionales : Afrique subsaharienneÉlargir la marge de manoeuvre de la politique budgétaire.
6À l’époque, on estimait que dix pays de la région risquaient d’avoir des problèmes de viabilité budgétaire s’ils étaient amenés à chercher des financements supplémentaires pour couvrir leur déficit budgétaire accru. Cinq de ces pays étaient classés à «risque élevé» de surendettement (Burundi, Comores, République démocratique du Congo, Gambie et São Tomé-et-Príncipe); trois étaient classés à «risque modéré» de surendettement, mais leurs ratios dette/PIB avaient augmenté d’au moins 10 % depuis fin 2007 (Ghana, Malawi et Mali); et pour deux, l’Afrique du Sud et le Swaziland, on prévoyait de fortes hausses (de plus de 60 %) des ratios dette/PIB à l’horizon 2017.
7Chapitre 2 de l’édition d’avril 2010 des Perspectives économiques régionales : Afrique subsaharienne—La politique budgétaire pendant la récession a-t-elle été anticyclique et favorable aux pauvres?
8Les ratios dette/PIB restent en général faibles au niveau régional et ne suscitent pas de préoccupation particulière du point de vue de la viabilité des finances publiques pour la majorité des pays (chapitre 2 de l’édition d’avril 2013 des Perspectives économiques régionales : Afrique subsaharienneÉlargir la marge de manoeuvre de la politique budgétaire).
9Le Nigéria et le Soudan du Sud ne sont pas pris en compte en raison de l’insuffisance des données. Dans le cas du Nigéria, il n’existe pas de données désagrégées pour les dépenses primaires des administrations publiques au sens du présent chapitre (les organismes publics, ainsi que leur masse salariale, sont relativement importants et leurs dépenses ne sont pas prises en compte dans les dépenses du gouvernement fédéral). Le Cap-Vert est aussi exclu, car certains postes des dépenses primaires ont été reclassés en 2011, ce qui fausse les comparaisons entre période.
10Les données relatives à l’Ouganda ne tiennent pas compte de deux projets hydroélectriques représentant environ 3,5 % du PIB.
11Selon toute probabilité, la réduction observée des dépenses primaires en Guinée Bissau est liée aux troubles politiques qui ont agité le pays pendant la période considérée. Une situation analogue pourrait expliquer la baisse des dépenses en République centrafricaine.
12Pendant la période 2010–13, des élections ont eu lieu dans beaucoup de pays d’Afrique subsaharienne, et il serait possible de mettre en évidence l’existence d’un cycle conjoncturel politique. Un grand nombre d’études ont été réalisées sur ce sujet (on en trouvera un récapitulatif dans Drazen, 2001). Dans le cas de l’Afrique subsaharienne, Block (2000) fait état d’un cycle conjoncturel politique pour la politique budgétaire (et monétaire) d’un échantillon de 44 pays entre 1980 et 1995.
13Cela s’est ajouté à une hausse d’environ 4 % du PIB des dépenses courantes en 2011–12, engendrée par une augmentation de la masse salariale, des subventions énergétiques et d’autres dépenses.

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