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2. Les moteurs de la croissance dans les pays d’Afrique subsaharienne pauvres en ressources naturelles

Author(s):
International Monetary Fund. African Dept.
Published Date:
October 2013
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Le décollage de la croissance africaine observé depuis le milieu des années 90 n’est pas exclusivement imputable aux produits de base. Plusieurs pays ont enregistré des taux de croissance élevés qui n’étaient pas essentiellement liés à l’exploitation des richesses naturelles. Les expériences respectives des six pays à faible revenu pauvres en ressources naturelles mais ayant enregistré les taux de croissance les plus élevés entre 1995 et 2010 révèlent un certain nombre de caractéristiques communes. Pour la plupart déjà identifiées comme décisives dans diverses études sur la croissance, ces caractéristiques qui aident les pays à enclencher un cercle vertueux sont les suivantes: une gestion macroéconomique plus performante, des institutions plus fortes, des flux d’aide plus substantiels et des investissements plus massifs dans le capital physique et humain. Comme la croissance de ces pays a décollé alors qu’ils étaient dans une situation sinon pire du moins comparable à celle des pays à faible revenu pauvres en ressources à faible croissance, et même de certains pays actuellement considérés comme fragiles, leur exemple est riche d’enseignements pour le reste de la région.

L’Afrique subsaharienne affiche une croissance forte depuis le milieu des années 90 (graphique 2.1), ce que l’on attribue en général aux prix relativement élevés des produits de base — en particulier des ressources naturelles comme le pétrole et les minéraux — qui ont à la fois dopé les recettes et attiré des flux d’investissement substantiels. Bien que la croissance de certains pays de la région soit très dépendante des exportations de ressources naturelles, bon nombre de pays à faible revenu pauvres en ressources naturelles ont aussi bénéficié d’une croissance rapide. De fait, huit des douze économies subsahariennes ayant eu la croissance la plus rapide depuis 1995 étaient des pays à faible revenu considérés comme pauvres en ressources naturelles durant cette période; en tant que groupe, ils ont connu une croissance un peu plus rapide que les exportateurs de pétrole (graphique 2.2). Certains viennent de découvrir des gisements et devraient devenir producteurs de ressources à brève échéance.

Graphique 2.1.Principales régions: indice du PIB réel

Source: FMI, base de données des Perspectives de l’économie mondiale.

Graphique 2.2.Afrique subsaharienne: indice du PIB réel

Source: FMI, base de données des Perspectives de l’économie mondiale.

1 Les pays à faible revenu ne comprennent pas les États fragiles.

Le présent chapitre s’appuie sur les nombreuses études consacrées au décollage de la croissance, comme FMI (2008), Commission sur la croissance et le développement (2008), Salinas, Gueye et Korbut (2011), et Bluedorn et al. (2013). Il s’intéresse plus particulièrement à la trajectoire de la croissance dans les six pays à faible revenu d’Afrique subsaharienne — Burkina Faso, Éthiopie, Mozambique, Ouganda, Rwanda et Tanzanie — qui ont enregistré la croissance la plus soutenue entre 1995 et 2010, alors qu’ils ne produisaient pas de ressources naturelles.

Même si chaque trajectoire est unique, un certain nombre de points communs apparaissent1. Ils sont naturellement liés entre eux, mais nous ne tenterons pas ici d’établir des relations de causalité. Ces points communs sont également mis en évidence par une régression sur données de panel concernant la croissance dans les pays à faible revenu pauvres en ressources naturelles (annexe 2.1). Les principales conclusions sont les suivantes:

  • Tous les pays en question ont réussi à créer un cercle vertueux: des politiques avisées, inspirées par une vision à moyen terme, et d’importantes réformes structurelles ont stimulé les flux d’aide; conjugués à un allégement de la dette, ces flux ont créé un espace budgétaire qui a permis l’essor rapide des dépenses sociales et des dépenses d’équipement (pour l’infrastructure, par exemple), qui ont à leur tour dopé la croissance; cette évolution a parfois été observée après une guerre civile ou un changement de régime radical.

  • Bien que les transformations structurelles demeurent limitées, l’agriculture a été un facteur de progrès dans certains pays et offre un potentiel très intéressant pour l’avenir. Les services ont aussi joué un rôle important; le secteur manufacturier, en revanche, voit sa croissance toujours entravée par la petite taille des marchés intérieurs et l’insuffisance des infrastructures.

  • À l’avenir, il s’agira surtout de combler le déficit d’infrastructures et d’augmenter la productivité, en particulier dans le secteur agricole, qui emploie une majorité de la population. Ceci contribuerait non seulement à soutenir la croissance, mais aussi à en répartir plus équitablement les fruits.

Évolution Globale de la Croissance Dans les Pays de L’Échantillon

Tous les pays de l’échantillon, à savoir le Burkina Faso, l’Éthiopie, le Mozambique, l’Ouganda, le Rwanda et la Tanzanie, enregistrent une croissance forte et soutenue depuis le milieu des années 90, sans pour autant avoir exploité leurs ressources naturelles à grande échelle au cours de cette période. Pour être retenus dans l’échantillon, les pays devaient avoir eu un taux de croissance de leur PIB réel de plus de 5 % en moyenne entre 1995 et 2010, ainsi qu’un taux de croissance du PIB réel par habitant supérieur à 3 %. Le Malawi est un cas limite, qui satisfait à presque tous ces critères. Le Burkina Faso et la Tanzanie produisent de l’or depuis quelque temps, et la Tanzanie est considérée aujourd’hui comme un pays riche en ressources naturelles. Le Mozambique va devenir un producteur important de charbon, de gaz et de pétrole. Néanmoins, quand leur croissance a commencé à décoller, entre le début et le milieu des années 90, aucun de ces pays n’était considéré comme riche en ressources naturelles. Il est possible qu’ils aient bénéficié indirectement des cours élevés des produits de base, car certains, comme le Mozambique, ont reçu d’importants flux de financement de l’étranger pour investir dans la production de ressources naturelles.

À l’époque de leur décollage, les pays de l’échantillon se trouvaient dans une situation qui, à certains égards, était pire que celles de pays subsahariens comparables à eux, mais qui ont connu une trajectoire de croissance moins favorable durant ces quinze dernières années. Au début des années 80, la Côte d’Ivoire et le Zimbabwe faisaient partie des économies les plus prometteuses de la région subsaharienne, mais les prévisions ne se sont jamais réalisées. Même au milieu des années 90, il était difficile de deviner que les six pays de notre étude seraient parmi ceux qui connaîtraient les plus forts taux de croissance au monde une quinzaine d’années plus tard.

L’exactitude des statistiques de croissance économique des pays d’Afrique subsaharienne a été mise en doute. Faute d’enquêtes régulières et en raison de l’importance du secteur informel, les données de la comptabilité nationale se fondent parfois sur des mesures indirectes de l’activité économique et sur des évaluations qualitatives. De ce fait, certains observateurs contestent leur utilité et leur pertinence pour l’analyse statistique et l’action publique. D’autres indicateurs, en revanche, paraissent globalement confirmer la forte croissance des six pays de l’échantillon, et tout porte à croire que les estimations de PIB qui sont effectuées sur de nouvelles bases dans de nombreux pays d’Afrique subsaharienne amèneront vraisemblablement à relever les estimations des niveaux de production moyens (voir l’encadré 2.1 et l’annexe 1.1).

S’agissant des principales caractéristiques de la croissance dans les six pays de l’échantillon, la présente analyse met en évidence des variations non négligeables d’un pays à l’autre (graphique 2.3, tableau 2.1). Toutefois, chaque pays avait défini une vision et un cadre stratégique globaux:

Graphique 2.3.Échantillon de pays subsahariens: indice du PIB réel

Source: FMI, base de données des Perspectives de l’économie mondiale.

Tableau 2.1.Échantillon de pays subsahariens: croissance du PIB réel et du PIB réel par habitant, moyenne 1995–2010(Pourcentage)
Croissance du

PIB réel
Croissance

du PIB réel

par habitant
Burkina Faso6,23,2
Éthiopie7,34,6
Mozambique8,15,9
Ouganda7,44,0
Rwanda9,65,2
Tanzanie5,83,3
Source: FMI, base de données des Perspectives de l’économie mondiale.
  • Au Burkina Faso, le décollage de la croissance a été soutenu par la dévaluation du franc CFA, en 1994, par la décision prise très tôt par les pouvoirs publics de privilégier une planification macroéconomique à moyen terme, et par une meilleure gestion de la filière coton.

  • L’Éthiopie, qui est de loin le plus peuplé des pays de l’échantillon, a dopé sa croissance en soutenant activement l’agriculture et certains produits et services d’exportation (fleurs coupées, tourisme, transport aérien).

  • Le Mozambique a attiré d’importants flux d’investissement direct étranger (IDE) et d’autres capitaux extérieurs à la fin des années 90, qui lui ont permis de financer de très grands projets à forte intensité de capital dans le domaine de la production et du transport d’électricité (pour la production d’aluminium) et de gaz.

  • L’Ouganda s’est engagé dans d’importantes réformes macroéconomiques et structurelles juste avant 1990, a stimulé l’investissement privé et lancé une diversification de sa base d’exportation, élargie aux produits non traditionnels.

  • Le Rwanda a bénéficié d’un effet de rebond après avoir stabilisé sa situation politique en s’appuyant sur une stratégie de relance nationale judicieusement axée sur des secteurs spécifiques comme le tourisme ou la filière café.

  • La Tanzanie a obtenu une croissance vigoureuse en lançant trois vagues de réformes macroéconomiques et structurelles bien ordonnées et couvrant tous les secteurs.

S’agissant de la contribution des différents secteurs à la croissance, l’étude des pays de l’échantillon met en évidence le rôle essentiel des services et, dans certains cas, de l’agriculture (graphique 2.4).

Graphique 2.4.Échantillon de pays subsahariens: contributions sectorielles à la croissance du PIB réel, moyenne 1995–2010

Source: FMI, base de données des Perspectives de l’économie mondiale.

La croissance du secteur agricole a considérablement stimulé la croissance globale en Éthiopie et au Rwanda, mais beaucoup moins dans les autres pays, en particulier en Ouganda. Dans tous les pays de l’échantillon, les services ont connu une croissance rapide, avec un taux pouvant atteindre 8 % à 10 % en moyenne par an dans les pays ayant enregistré la croissance la plus rapide. En Ouganda, la construction et les services ont contribué pour plus de 60 % au taux de croissance.

La production manufacturière a augmenté dans tous les pays, mais son niveau initial était si bas que sa contribution à la croissance globale est demeurée limitée durant la période considérée (tableau 2.2). C’est en Éthiopie que sa part était la plus modeste, à 5 % du PIB. En Ouganda et au Rwanda, les parts étaient respectivement de 7 % et 8 % et donc comparables à la part médiane calculée pour les pays à faible revenu d’Afrique subsaharienne. L’essor de l’industrie manufacturière continue de se heurter à des obstacles structurels comme le coût élevé des intrants et l’insuffisance des infrastructures. L’approvisionnement limité et coûteux en électricité, en particulier, constitue toujours un problème majeur.

Tableau 2.2.Échantillon de pays subsahariens: contributions sectorielles à la croissance du PIB réel(Pourcentage)
AgricultureFabricationConstruction
Part du PIB

total 1995
Croissance

1995–2010
Contribution à la

croissance totale

1995–2010
Part du

PIB total

1995
Croissance

1995–2010
Contribution à

la croissance

totale

1995–2010
Part du PIB

total 1995
Croissance

1995–2010
Contribution à la

croissance totale

1995–2010
Burkina Faso34,65,301,6013,94,330,514,77,700,36
Éthiopie73,56,144,265,411,510,323,217,000,58
Mozambique40,27,022,326,512,261,192,819,890,69
Ouganda47,21,180,227,19,080,707,116,611,62
Rwanda43,88,373,407,86,620,464,921,190,89
Tanzanie133,04,321,269,07,860,735,79,420,59
Industrie hors fabrication et constructionSeraices
Partdu PIB

totol 1995
Croissance

1995–2010
Contribution à

la croissance

total

1995–2010
Part du PIB total 1995Croissance 1995–2010Contribution à

la crosssance

totale 1995–2010
Burkina, Faso1,414,640,3345,46,933,21
Éthiopie3,323,960,5514,59,101,59
Mozambique1,830,960,5548,76,763,00
Ouganda1,219,940,4237,211,825,35
Rwanda1,211,860,1442,310,124,22
Tanzanie14,48,310,4147,97,303,59
Source: FMI, bases de données du Département Afrique.

Malgré une croissance soutenue, les transformations structurelles observées dans les pays de l’échantillon restent limitées. Au chapitre 3 de l’édition d’octobre 2012 des Perspectives économiques régionales: Afrique subsaharienne, la transformation structurelle est brièvement définie comme la migration des travailleurs des secteurs à faible productivité du travail (l’agriculture, en général) vers les secteurs à productivité du travail au dessus de la moyenne (industrie et certains services). Une nouvelle base de données sur l’emploi élaborée à partir d’enquêtes effectuées auprès des ménages dans une trentaine de pays subsahariens permet d’évaluer le degré de transformation structurelle dans les pays de l’échantillon et de faire des comparaisons avec d’autres pays de la région (Fox et al., 2013). Cette analyse montre que les migrations les plus importantes ont eu lieu au Rwanda et en Tanzanie, en entraînant un recul substantiel de la part des emplois agricoles et de fortes hausses de l’emploi dans les services (tableau 2.3). De manière générale, les travailleurs des pays étudiés ont quitté le secteur agricole essentiellement pour rejoindre celui des services; cette évolution est comparable à celle qu’on observe dans le pays le plus peuplé de la région et également son premier producteur de pétrole, le Nigéria, mais aussi dans d’autres économies africaines plus avancées.

Tableau 2.3.Échantillon de pays subsahariens: variation annuelle de l’emploi par secteur jusqu’en 2010(Pourcentage)
AgricultureIndustrieServices
Burkina Faso−0,20,00,2
Éthiopie−0,70,20,5
Mozambique0,40,1−0,5
Ouganda−0,30,10,2
Rwanda−1,30,31,1
Tanzanie−1,50,41,2
Nigéria−4,10,13,9
Sources: FMI, base de données du Département Afrique; calcul des services du FMI.Note: La période initiale pour le Burkina Faso et le Mozambique est 2003; pour le Rwanda, 1995; pour l’Ouganda et la Tanzanie, 2001; et pour l’Éthiopie et le Nigéria, 2005.

Encadré 2.1.La réalité de la croissance. Références possibles pour évaluer les estimations du PIB

Dans la majorité des pays d’Afrique subsaharienne, les statistiques sur la croissance économique présentent des lacunes considérables. Des études récentes (Jerven, 2013; Young, 2012) consacrées à ce problème semblent montrer que les estimations du PIB établies par bon nombre de pays africains manquent de précision et de fiabilité. Faute de capacités et de moyens financiers suffisants, les données de comptabilité nationale n’offrent pas la qualité et la couverture souhaitées, car les enquêtes réalisées ne sont ni régulières ni fiables (chapitre 1, annexe 1.1). L’importance du secteur informel, y compris le rôle toujours prépondérant de l’agriculture de subsistance, constitue également un obstacle à l’obtention de données exactes, ce qui conduit certains observateurs à s’interroger sur leur utilité pour l’analyse statistique et le choix des politiques.

La comparaison entre les données relatives aux PIB et des indicateurs quantitatifs provenant d’autres sources et mesurés dans ces pays permet d’avoir une vision plus large du décollage de la croissance dans les pays de l’échantillon (graphique 2.1.1). Les six secteurs utilisés pour les comparaisons sont l’agriculture, la construction, les services d’utilité publique, l’hôtellerie—restauration, les transports et les communications, et les services financiers. Ils représentent l’essentiel de la production dans les pays étudiés (Burkina Faso, Éthiopie, Mozambique et Rwanda). Pour chaque secteur, les barres rouges correspondent aux taux de croissance issus des comptes nationaux, sur la base de la valeur ajoutée, tandis que les barres vertes correspondent à la production physique de certaines des composantes de chaque secteur. Il est normal que la somme des composantes ne soit pas égale aux totaux sectoriels en raison de bases différentes (production ou valeur ajoutée), mais on pourrait s’attendre à ce que les composantes soient généralement supérieures aux données des comptes nationaux.

Graphique 2.1.1.Afrique subsaharienne: comparaison entre les taux de croissance sectoriels et les indicateurs sous-jacents, 2000–111

Source: calculs des services du FMI d’après les données communiquées par les autorités nationales.

1 Dans le cas du Rwanda, les données se rapportent à 2000–12.

Si l’on compare les données sur la production des principales cultures et les estimations des comptes nationaux pour le secteur agricole, il semble que, en Éthiopie et au Rwanda, les cultures vivrières aient enregistré une croissance bien plus rapide que le secteur agricole en général; le maïs a progressé très faiblement au Mozambique et le millet a peu progressé au Burkina Faso. Pour ce dernier pays, toutefois, la croissance sectorielle globale ne paraît pas trop en décalage. Au Mozambique, le taux de croissance officielle de l’agriculture est difficile à rapprocher parce que même les cultures commerciales n’ont pas eu une croissance très rapide. S’agissant du secteur de la construction, le taux de croissance de la consommation de ciment est comparable au taux de croissance sectoriel au Mozambique et au Rwanda, mais il lui est largement supérieur en Éthiopie. Quel que soit le pays considéré, les données sur les services d’utilité publique ne semblent pas être trop élevées. La production d’électricité a fortement progressé ces dernières années en Éthiopie et, dans une mesure légèrement moindre, au Mozambique et au Rwanda. Dans ce dernier pays, le taux de croissance élevé de la production électrique ne correspond pas à celui des services d’utilité publique en général parce qu’une partie importante des importations a servi au processus de production, si bien que la valeur ajoutée est faible.

Pour les services aussi, la croissance figurant dans les comptes nationaux correspond aux valeurs d’autres indicateurs. La croissance de l’hôtellerie—restauration était globalement conforme à la celle des entrées touristiques, mais il faudrait davantage exploiter la durée des séjours pour établir un taux de croissance sectoriel de référence, car la longueur des séjours peut s’écarter de manière significative des entrées. À l’heure actuelle, le Mozambique est le seul pays à exploiter les informations sur les durées de séjour pour établir une référence. Dans les transports et les communications, la pénétration de la téléphonie mobile a été très forte dans les quatre pays, ce qui contribue à expliquer les taux de croissance sectoriels figurant dans les comptes nationaux, supérieurs aux taux de croissance modestes des transports routier et ferroviaire ainsi que du fret. Sauf en Éthiopie, la croissance réelle du crédit intérieur a été comparable à l’estimation de la croissance des services financiers, la croissance réelle des dépôts étant plus variable (cas du Burkina Faso et du Rwanda en particulier).

Globalement, les indicateurs sous-jacents corroborent donc les estimations de croissance élevée pour ces pays.

Cet encadré a été préparé par Alun Thomas.

Résultats des Études de Cas Nationales

Dans cette section, nous faisons une synthèse des résultats obtenus avec les études de cas détaillées sur les six pays de l’échantillon. L’un des points communs qui se dégage est que la stabilisation macroéconomique et la conduite de réformes structurelles décisives ont très largement contribué à jeter les bases d’une croissance soutenue. Plusieurs des pays de l’échantillon sortaient d’un conflit armé, ou avaient pratiqué le socialisme africain ou suivi des stratégies de développement pilotées par l’État après l’indépendance. Il leur a donc fallu s’attaquer à des déséquilibres macroéconomiques majeurs, souvent avec l’aide de programmes soutenus par le FMI.

En outre, dans les six pays de l’échantillon, les flux d’aide, l’IDE, l’allégement de la dette et les dépenses publiques d’équipement ont été plus importants que dans d’autres pays à faible revenu ou États fragiles pauvres en ressources naturelles (graphique 2.5)2. Bien que les interactions entre investissement et croissance économique ne soient pas parfaitement claires, il est probable que le niveau d’investissement élevé et soutenu a contribué à la forte croissance des économies de l’échantillon3. Ce lien est également confirmé par les résultats de la décomposition de la croissance présentée dans l’encadré 2.2 et les données économétriques figurant à l’annexe 2.1.

Graphique 2.5.Échantillon de pays subsahariens: le cercle vertueux, moyenne 1995–2010

Sources: FMI, base de données du Département Afrique et base de données des Perspectives de l’économie mondiale.

Note: PFR = pays à faible revenu.

C’est à la lumière de tous ces éléments que nous examinons en détail, dans les sections suivantes, plusieurs aspects de la croissance économique mesurée dans ces pays, en soulignant le rôle de l’environnement macroéconomique global et des réformes structurelles, de la gouvernance et des institutions, de la formation de capital humain, du secteur financier, ainsi que de l’aide et de l’investissement, et en identifiant les moteurs sectoriels de la croissance.

Encadré 2.2.Rôle de la productivité totale des facteurs dans l’accélération de la croissance des pays à faible revenu pauvres en ressources naturelles

La croissance peut être alimentée de deux manières, soit en utilisant plus de facteurs de production ou d’intrants (travail et capital) pour augmenter le nombre de biens et de services que l’économie est capable de produire, soit en combinant les intrants de manière plus efficace pour produire davantage à quantité égale d’intrants. Faire la part entre ces deux sources de croissance aide à identifier les causes directes de la croissance.

Cet encadré présente les résultats d’un exercice de calcul portant sur la croissance augmentée grâce au capital humain dans nos six pays à faible revenu pauvres en ressources naturelles. L’exercice s’inspire de la décomposition standard proposée par Solow (1957), qui décompose les taux de croissance du PIB réel et distingue entre ce qui est imputable aux intrants factoriels et ce qui procède d’une productivité résiduelle, communément appelée productivité totale des facteurs (PTF)1. La PTF englobe l’utilisation de technologies nouvelles, plus efficientes, ainsi que toutes les améliorations apportées à la façon dont les intrants sont combinés (amélioration de la gouvernance, de la réglementation, du climat des affaires, etc.).

Comme les niveaux d’instruction ont considérablement augmenté en Afrique subsaharienne au cours des deux dernières décennies grâce au recentrage des ressources sur l’enseignement public, il importe de prendre en compte l’amélioration des compétences de la main-d’œuvre, faute de quoi la meilleure qualité de la main-d’œuvre est attribuée à tort à des hausses de la PTF. Pour ce faire, on se sert des données sur les niveaux d’instruction fournies par Barro et Lee (2012) pour ajuster la qualité du facteur travail2.

Le tableau 2.2.1 présente les résultats de la décomposition. La première colonne montre le taux de croissance du PIB réel, les trois suivantes la contribution respective du capital, du travail et de l’éducation à la croissance, tandis que la dernière colonne indique le taux de croissance de la PTF. On le voit, la croissance du PIB réel a été plus rapide dans les années 90 que durant la décennie précédente (sauf en Tanzanie et au Rwanda, où elle n’a pratiquement pas varié); en outre, dans tous les pays à l’exception de l’Ouganda, le rythme a été plus soutenu pendant la première décennie 2000 que dans les années 90.

Tableau 2.2.1.Échantillon de pays subsahariens: décomposition de la croissance de la production(Contribution aux taux de croissance annuelle, en pourcentage)
PaysPériodePIB réelStock de capitalMain-d’œuvre

ajustée
éducationProductivité

totale des

facteurs
Burkina Faso1980-902,32,61,00,6−1,8
1990–20004,61,71,30,61,0
2000–105,51,92,80,40,4
Éthiopie1980–902,21,70,80,7−1,1
1990–20002,90,71,00,40,9
2000–108,12,42,10,33,4
Mozambique1980–90−0,10,70,6−0,1−1,4
1990–20005,42,33,90,0−0,8
2000–107,92,41,90,43,2
Ouganda1980–903,10,81,50,30,5
1990–20007,22,11,20,23,7
2000–106,43,11,70,21,4
Rwanda1980–901,82,80,90,2−2,1
1990–20001,70,5−2,20,33,1
2000–107,72,42,30,22,8
Tanzanie1980–903,5−0,21,80,11,6
1990–20003,31,21,40,10,6
2000–106,82,51,60,22,6
Sources: calculs des services du FMI d’après Penn World Table, Version 8; données de Barro et Lee (2012) sur les niveaux d’éducation; enquêtes nationales sur les ménages.

En outre, la PTF s’est accélérée dans la quasi-totalité des pays entre les années 80 et 90, ce qui indiquerait un effet de rebond de la croissance. Cette accélération reflète sans doute les innovations et les évolutions structurelles, qui ont contribué à une croissance plus soutenue du PIB réel en Éthiopie, au Mozambique et en Tanzanie pendant toute la première décennie 2000.

L’exercice révèle aussi une plus grande contribution de l’accumulation de capital dans tous les pays pendant la première décennie 2000, ce qui concorde avec le fait que les taux d’investissement des pays de l’échantillon ont fortement augmenté, même par rapport au groupe des pays à faible revenu et des États fragiles pauvres en ressources naturelles. L’accumulation de capital n’a pas contribué également dans tous les pays: le capital physique a contribué dans tous les cas à l’accélération de la croissance du PIB réel pendant les années 90, mais cette contribution n’a été prononcée qu’au Burkina Faso, au Mozambique et en Ouganda.

En somme, l’accélération de la croissance dans les pays à faible revenu pauvres en ressources naturelles a été due à une croissance plus forte de la PTF et à une accumulation plus rapide des facteurs. Dans la mesure où la population active continue d’augmenter dans la plupart des pays de la région, et où, par rapport aux autres pays à croissance rapide, le taux d’investissement est encore faible dans un grand nombre de pays (Éthiopie, Mozambique, Ouganda, Rwanda), les intrants productifs pourraient continuer à être des sources de croissance à l’avenir.

Cet encadré a été préparé par Rodrigo Garcia-Verdu et Alun Thomas.1 Pour construire les séries temporelles relatives au capital, on utilise des données sur le taux d’investissement issues du Penn World Table, Version 8, ainsi que la méthode de l’inventaire perpétuel: l’accumulation de capital est calculée en attribuant une valeur au stock initial, en y ajoutant les investissements et en déduisant une dépréciation constante dans les années qui suivent. Pour le travail, l’exercice se fonde sur des estimations récentes du nombre de travailleurs que le FMI et la Banque mondiale établissent à partir des enquêtes sur les ménages réalisées ces vingt dernières années pour chacun des six pays. Comme on n’a pratiquement aucune donnée de ce type pour les années 80, on se sert des données contenues implicitement dans les séries de Penn World Table.2 L’exercice utilise en particulier la fonction de production proposée par Bosworth et Collins (2002), où le travail (L), mesuré par le nombre de travailleurs, est multiplié par une mesure du capital humain (H), que l’on obtient en combinant une estimation du taux de rendement de l’éducation (14 % par an) avec la durée moyenne de scolarisation des personnes de 25 ans et plus (données de Barro et Lee, 2012).

Élaboration de la politique macroéconomique et réformes structurelles

Tous les pays de l’échantillon ont su conduire des réformes macroéconomiques globales et mener des politiques axées sur la stabilité tout au long des années 90, ce qui leur a souvent permis de redresser leurs économies, caractérisées jusque-là par des phases alternantes d’accélération et de freinage. C’est le cas, notamment, de la Tanzanie, où trois phases de libéralisation très poussée se sont succédé (Nord et al., 2009; Robinson, Gaertner et Papageorgiou, 2011). Après avoir mis fin au contrôle de l’économie par l’État et commencé à prendre des mesures pour se transformer en économie de marché, la Tanzanie a libéralisé son taux de change et les régimes appliqués aux échanges commerciaux et à la commercialisation des produits agricoles, et réformé considérablement son système financier jusqu’au milieu des années 90. Cependant, ces réformes n’ont porté leurs fruits qu’après 1996, quand la Tanzanie a privatisé certains des derniers organismes parapublics, poursuivi l’assainissement budgétaire et opté pour une politique monétaire plus indépendante. Le rythme de la croissance s’est singulièrement accéléré au milieu des années 90, puis s’est maintenu malgré divers chocs extérieurs (fluctuation des cours mondiaux des produits de base et effondrement de la demande mondiale) et intérieurs (sécheresses, par exemple). En préservant la stabilité macroéconomique en dépit d’une série de chocs extérieurs et intérieurs (flambée des cours mondiaux des produits alimentaires et énergétiques, chocs climatiques et troubles politiques dans la Côte d’Ivoire voisine, par exemple), le Burkina Faso a prouvé qu’il avait fait des choix de politique économique responsables et qu’il était stable sur le plan politique.

La majorité des pays de l’échantillon se sont reconstruits au terme de conflits violents. Après les conflits armés et les troubles qui ont eu lieu dans les années 80 ou au début de la décennie suivante, ils se trouvaient dans une situation très défavorable, leurs infrastructures étaient endommagées, mais ils se sont transformés en pays bien gérés, générant de la croissance économique et devançant leurs pairs. Au début des années 90, le Mozambique a engagé une première vague de réformes structurelles et commencé à attirer des financements de donateurs et des flux d’IDE substantiels, qui ont été investis dans les infrastructures et de très grands projets.

En Ouganda, des réformes macroéconomiques bien ordonnées ont été engagées au sortir du conflit; elles visaient surtout à assouplir le contrôle des prix, à libéraliser puis laisser flotter le taux de change, à réformer la fonction publique et à privatiser des organismes parapublics.

Comme la période d’instabilité qui a précédé la phase de redressement, au milieu des années 90, s’était accompagnée d’une destruction du capital physique, d’une croissance faible ou nulle ou de baisses de la production par habitant, le décollage de la croissance peut effectivement être attribué en partie à un effet de rebond (encadré 2.2). Néanmoins, les pays de l’échantillon ont enregistré une croissance soutenue et de plus en plus rapide pendant plus de quinze ans, ce qui indiquerait que les mutations structurelles de l’économie ont été plus déterminantes que l’effet de rebond. Qui plus est, d’autres pays pauvres en ressources naturelles également victimes de guerres civiles n’ont pas réussi à obtenir une croissance forte ou soutenue (Burundi et Érythrée, par exemple).

L’allégement de la dette a été un autre facteur important de stabilité macroéconomique. La plupart des pays de l’échantillon ont pu en bénéficier au début des années 2000, au titre de l’initiative en faveur des pays pauvres très endettés (PPTE) et de l’initiative d’allégement de la dette multilatérale (IADM). L’allégement substantiel de leur dette a créé une marge de manœuvre budgétaire considérable. Ils ont été encouragés à mettre à profit cette marge sous forme de dépenses pour la réduction de la pauvreté. Cela s’est traduit par une évolution de la composition des dépenses au profit de l’éducation et de la santé. Cet espace budgétaire supplémentaire leur a aussi permis de constituer des marges de manœuvre budgétaire, sans lesquelles ils n’auraient pas pu prendre de mesures anticycliques pendant la crise financière mondiale, ni axer davantage sur le moyen terme leur stratégie de dépense.

L’amélioration de la gestion macroéconomique s’est accompagnée d’une accélération de la croissance, d’un recul de l’inflation, d’une baisse des déficits budgétaires et d’une accumulation des réserves internationales (tableau 2.4). Les déficits courants, au contraire, se sont creusés dans certains pays en raison du niveau élevé des investissements réalisés au cours de la période considérée et souvent financés par l’aide et l’IDE.

Tableau 2.4.Échantillon de pays subsahariens: indicateurs économiques
1980–941995–2010
(Variation en pourcentage)
Croissance du PIB réel
Burkina Faso3,36,2
Éthiopie1,77,3
Mozambique1,78,1
Ouganda3,57,4
Rwanda−2,09,6
Tanzanie2,85,8
Moyenne du groupe1,87,4
Moyenne pondérée du groupe2,47,0
Inflation, moyenne pour la période
Burkina Faso5,03,1
Éthiopie7,48,8
Mozambique43,014,2
Ouganda92,16,3
Rwanda9,510,1
Tanzanie29,79,6
Moyenne du groupe31,18,7
Moyenne pondérée du groupe27,88,5
(Pourcentage du PIB)
Solde budgétaire
Burkina Faso−2,2−2,7
Éthiopie−4,4−4,0
Mozambique−6,7−3,3
Ouganda−1,9
Rwanda−5,8−1,4
Tanzanie−4,6−2,4
Moyenne du groupe−4,7−2,6
Moyenne pondérée du groupe−4,4−2,9
Solde extérieur courant
Burkina Faso−3,0−8,9
Éthiopie−2,0−3,5
Mozambique−13,3−13,3
Ouganda−2,9−6,0
Rwanda−7,2−3,9
Tanzanie−5,1−6,7
Moyenne du groupe−5,6−7,1
Moyenne pondérée du groupe−4,3−6,5
(Mois d’importations)
Couverture par les réserves
Burkina Faso4,35,2
Éthiopie1,93,2
Mozambique2,24,4
Ouganda1,36,1
Rwanda3,75,0
Tanzanie0,74,7
Moyenne du groupe2,44,8
Moyenne pondérée du groupe1,84,6
Source: FMI, base de données des Perspectives de l’économie mondiale.Note: … = données non disponibles.

Gouvernance et institutions

On peut évaluer la qualité de la gouvernance et des institutions selon de nombreux critères. Les pays de l’échantillon ont amélioré leur gouvernance par rapport au groupe témoin, pour quatre des cinq aspects pris en compte par les indicateurs de la gouvernance dans le monde établis par la Banque mondiale, à savoir la maîtrise de la corruption, l’efficacité des pouvoirs publics, la stabilité politique et l’absence de violence, et la qualité de la réglementation (graphique 2.6). Cette analyse semble montrer que les améliorations enregistrées sur ces plans et le fait d’avoir des institutions plus efficaces que les pays témoins pourraient avoir largement contribué à l’accélération plus forte de la croissance dans les pays étudiés. La régression sur données de panel (voir annexe 2.1) et les travaux empiriques antérieurs (Salinas, Gueye et Korbut, 2011) confirment d’ailleurs l’importance de ces facteurs institutionnels4. Tous les pays de l’échantillon ont également bénéficié d’une assistance technique approfondie destinée à améliorer la qualité de leurs institutions.

Graphique 2.6.Afrique subsaharienne: indicateurs de la gouvernance dans le monde

(Plus la valeur est élevée, meilleure est la gouvernance)

Source: estimations des services du FMI d’après les Indicateurs de la gouvernance dans le monde, établis par la Banque mondiale.

Note: PFR = pays à faible revenu. Les indicateurs de la gouvernance dans le monde sont exprimés en unités d’une distribution normale standard, avec une moyenne de zéro, un écart-type de 1, avec des valeurs s’échelonnant d’environ −2.5 à 2.5, les valeurs les plus élevées dénotant une meilleure gouvernance.

Les réformes structurelles décisives engagées dans les pays de l’échantillon et les mesures prises pour améliorer les capacités institutionnelles se sont doublées d’une amélioration du climat des affaires (tableau 2.5). Plusieurs règles applicables aux entreprises et citées dans la base de données Doing Business de la Banque mondiale témoignent que les pays à faible revenu à forte croissance et pauvres en ressources naturelles ont effectivement une meilleure réglementation que la moyenne du groupe témoin, et ce pour la plupart des indicateurs. Sont également indiquées à titre de référence au tableau 2.5 les moyennes pour tous les pays subsahariens et à revenu intermédiaire.

Tableau 2.5.Afrique subsaharienne: indicateurs Doing Business
Facilité de faire des

affaires
Coût de

construction d’un

entrepôt
Coût de

l’exécution des

contrats
Coût du

raccordement

au réseau

électrique
Coût

d’enregistrement

de la propriété
Coût de création

d’une entreprise
Indice de protection des

investisseurs
(1 = plus facile;

185 = plus difficile)
(Pourcentage du

revenu par

habitant)
(Pourcentage de

la créance)
(Pourcentage

du revenu par

habitant)
(Pourcentage de

la valeur de la

propriété)
(Pourcentage du

revenu par

habitant)
(0 = pas de protection;

10 = protection

maximale)
2011–122009–122009–122009–122009–122009–122009–12
Pays de l’échantillon120,4500,162,95.5495,765,54,9
Autres PFR et états fragiles pauvres en ress. naturelles158,7894,149,98.0249,6105,44,1
Pays à revenu intermédiaire89,8499,229,51.5498,220,45,3
Afrique subsaharienne139,0998,051,35.7699,993,54,5
Crédit: indice de

fiabilité des droits

légaux
étendue de

l’information sur le

crédit
Taux d’imposition

total1
Impôts et

charges

sociales2
Capital minimum

versé à la création

d’une entreprise
Commerce: coût

d’exportation
Commerce: coût

d’importation
(0 = faible;

10 = élevé)
(0 = faible;

6 =élevé)
(Pourcentage

des bénéfices)
(Pourcentage)(Pourcentage du

revenu par habitant)
(Dollars par

conteneur)
(Dollars par conteneur)
2009–122009–122009–1220122009–122009–122009–12
Pays de l’échantillon5,42,537,110,7125,62.1822.961
Autres PFR et états fragiles pauvres en ress. naturelles4,50,886,413,0169,81.4771.846
Pays à revenu intermédiaire6,53,229,98,023,41.5521.810
Afrique subsaharienne5,31,864,413,1130,61.9642.495
Source: Banque mondiale, Doing Business 2013.

Formation de capital humain

Certains des pays de l’échantillon ont profité de leur espace budgétaire élargi pour investir dans l’éducation, comme l’attestent le montant des crédits affectés à ce poste (graphique 2.7) et l’augmentation de la durée moyenne de scolarisation par enfant. Les pays d’Afrique de l’Est arrivent en tête, avec des durées moyennes de scolarisation comprises entre cinq et six années pour l’Ouganda, le Rwanda et la Tanzanie, contre un peu plus d’un an pour le Burkina Faso.

Graphique 2.7.Échantillon de pays subsahariens: dépenses d’éducation

Sources: FMI, base de données du Département Afrique; base de données sur les dépenses publiques de santé et d’éducation du Département des finances publiques du FMI.

Note: PFR = pays à faible revenu.

Développement du secteur financier

L’expérience des six pays de l’échantillon en ce qui concerne le secteur financier est contrastée. Tous les pays, quoiqu’à différents degrés, ont étoffé leur secteur financier durant la dernière décennie, y compris en modernisant les cadres de réglementation et de surveillance, en restructurant le système bancaire et en développant les établissements de microcrédit. Les systèmes bancaires n’ont cessé de se développer et sont restés en général bien capitalisés; le crédit au secteur privé, exprimé en pourcentage du PIB, a considérablement augmenté, sauf en Éthiopie (graphique 2.8)5. Néanmoins, à part au Mozambique, l’activité d’intermédiation des banques commerciales demeure très inférieure à ce qu’on observe dans les pays dotés de structures économiques comparables, et l’accès aux services financiers reste assez limité (graphique 2.9).

Graphique 2.8.Échantillon de pays subsahariens: crédit au secteur privé

Sources: FMI, base de données du Département Afrique; base de données sur les dépenses publiques de santé et d’éducation du Département des finances publiques du FMI.

Note: PFR = pays à faible revenu.

Graphique 2.9.Échantillon de pays subsahariens: adultes titulaires d’un compte dans un établissement financier officiel, 2011

Sources: FMI, base de données des Perspectives de l’économie mondiale; Banque mondiale, base de données sur le développement financier dans le monde.

Note: PFR = pays à faible revenu.

Aide

Dans les pays de l’échantillon, l’efficacité accrue de la gestion macroéconomique a attiré des flux substantiels de financements de donateurs. Les dons qui ont transité par l’administration centrale équivalaient en moyenne à 6,4 % du PIB entre 1995 et 2010 pour les pays de ce groupe, contre 2,1 % du PIB pour les pays à faible revenu ou les États fragiles d’Afrique subsaharienne pauvres en ressources naturelles. Avec les prêts-programmes et les prêts-projets, les financements de donateurs aux pays à forte croissance ont encore ajouté 3,5 points de PIB, contre 1,5 point de PIB de plus pour le groupe témoin. Cette aide a financé une part plus importante des dépenses dans les pays de l’échantillon que dans les autres pays à faible revenu pauvres en ressources naturelles (graphique 2.10).

Graphique 2.10.Échantillon de pays subsahariens: financement des bailleurs, moyenne 1995–2010

Sources: FMI, base de données du Département Afrique et base de données des Perspectives de l’économie mondiale.

Note: PFR = pays à faible revenu.

L’Éthiopie est le pays qui a reçu le moins; les flux d’aide de donateurs y ont représenté 7 % du PIB, soit tout de même le double des flux mesurés dans les groupes témoins. Les flux ont atteint l’équivalent de 14,5 % du PIB au Mozambique et de 11,5–12,5 % au Burkina Faso et au Rwanda. Comme le montre l’analyse de régression présentée à l’annexe 2.1, le ratio aide/PIB est clairement allé de pair avec la croissance dans les pays de l’échantillon.

L’augmentation des niveaux d’aide et l’évolution des modalités de fourniture ont souligné plus fortement l’importance d’une meilleure coordination des bailleurs de fonds, gage d’une prévisibilité accrue des flux tant à l’échelle d’un cycle budgétaire que pour la planification pluriannuelle. De nombreux pays ont instauré un dialogue permanent et structuré entre donateurs et pouvoirs publics afin que la fourniture de l’aide soit plus en rapport avec les stratégies nationales de réduction de la pauvreté, au prix toutefois de coûts de transaction parfois considérables pour les deux parties.

L’augmentation de l’aide peut compliquer la gestion macroéconomique en raison de la volatilité des entrées et de la capacité limitée des économies à absorber des volumes d’aide importants. Cela peut entraîner une surchauffe, une appréciation du taux de change et une perte de compétitivité (FMI, 2013b). Bien que les pays de l’échantillon puissent paraître vulnérables à ces effets négatifs de l’aide («mal hollandais») — rigidité de l’offre de produits non échangeables liée à la pénurie de travailleurs qualifiés, accès limité aux ports, goulets d’étranglement provoqués par le manque d’infrastructures (quatre des six pays sont enclavés) —, il n’y a guère de signes de distorsion majeure des taux de change réels dans ces pays. Dans certains cas, comme en Tanzanie, la correction des déséquilibres macroéconomiques et l’adoption de réformes favorisant les mécanismes du marché ont supprimé les distorsions de taux de change (graphique 2.11). La capacité des pays de l’échantillon à gérer l’augmentation de l’aide reflète peut-être un meilleur usage des financements de donateurs et le fait que la plupart des pays ont ouvert leur secteur de la construction aux entreprises étrangères, et pas seulement chinoises, et atténué ainsi un problème de capacité potentiellement contraignant. Pour l’Ouganda, en revanche, Atingi-Ego (2006) fait état de pressions à la hausse sur les taux de change réels en 2003–04 qui reflètent une augmentation des dépenses publiques financées par les donateurs.

Graphique 2.11.Afrique subsaharienne: désalignement par rapport au taux de change d’équilibre

Source: Perspectives économiques régionales: Afrique subsaharienne, avril 2011.

Investissement

Les taux d’investissement ont été supérieurs à la tendance régionale, elle-même en hausse. Sauf au Burkina Faso, distancé par les autres pays du groupe dans ce domaine, le taux d’investissement moyen du groupe a été d’environ 22 % du PIB entre 2000 et 2010, contre 18 % en moyenne pour les pays à faible revenu et les États fragiles subsahariens (graphique 2.12). Le taux a progressé de 4 points de PIB au cours de cette période, atteignant 25 %. Dans les pays de l’échantillon, l’intermédiation financière et le niveau de l’épargne intérieure restent assez faibles, malgré les progrès accomplis sur le plan de la mobilisation des ressources intérieures pendant la période étudiée.

Graphique 2.12.Échantillon de pays subsahariens: épargne et investissement, 1995–2010

Source: FMI, base de données des Perspectives de l’économie mondiale.

Note: PFR = pays à faible revenu.

Les efforts précoces et déterminés déployés par les pays de l’échantillon pour renforcer la gestion des finances publiques ont abouti à une meilleure planification et exécution des dépenses d’investissement, et contribué ainsi à soutenir l’investissement public et à concentrer les flux d’aide sur les infrastructures (Dabla-Norris et al., 2011)6. Parmi les pays subsahariens à faible revenu, le Burkina Faso a été l’un des premiers à se doter d’outils de planification à moyen terme, comme les cadres budgétaires et les cadres de dépense à moyen terme glissants. L’Éthiopie et le Rwanda ont également entrepris d’importantes réformes en matière de gestion des finances publiques, en inscrivant la politique budgétaire dans un cadre à moyen terme. Ces mesures ont contribué à ce que les crédits budgétaires soient en rapport avec les priorités identifiées dans les stratégies nationales de réduction de la pauvreté. Dans tous les pays, enfin, les projets sont sélectionnés et réalisés suivant une méthode avancée de gestion de l’investissement public.

En outre, la coordination renforcée des donateurs a permis d’éviter des diminutions de l’aide en cours de cycle budgétaire et donc d’avoir à réduire les investissements publics intérieurs, qui sont souvent l’un des rares postes de dépenses discrétionnaires (graphique 2.13). Celasun et Walliser (2006) constatent que le manque à gagner de l’aide budgétaire entraîne généralement des coupes dans les dépenses d’investissement financées sur ressources intérieures. Ils comparent le cas du Burkina Faso, où une meilleure coordination des donateurs a permis de mieux prévoir les flux d’aide et facilité l’exécution du budget, avec celui du Mali, où les donateurs étaient moins cordonnés et les décaissements d’aide plus aléatoires, ce qui a gêné l’exécution du budget, encore que la situation ait désormais évolué (voir annexe 1.1).

Graphique 2.13.Échantillon de pays subsahariens: dépenses publiques d’investissement, 1995–2010

Source: FMI, base de données du Département Afrique.

Note: PFR = pays à faible revenu.

L’Ouganda s’est appuyé davantage sur le secteur privé pour relever son taux d’investissement (graphique 2.14). Dans ce pays, la formation brute de capital privé a été la plus élevée, selon les estimations, de tous les pays de l’échantillon entre 2000 et 2010, avec un taux de 18 % du PIB, soit plus de 4 points de PIB de plus que le Mozambique, situé en deuxième position. Bien que tous les pays de l’échantillon aient réussi à créer un environnement propice aux affaires, l’Ouganda se distingue favorablement du groupe sur ce plan. Dans les années 90, il s’est également lancé dans un programme ambitieux de privatisation des entreprises publiques et a libéralisé les marchés et les taux de prêt.

Graphique 2.14.Ouganda: investissement privé, 1996–2010

Source: FMI, base de données du Département Afrique.

Note: PFR = pays à faible revenu.

Globalement, les besoins d’investissement et de remise en état des infrastructures demeurent toutefois immenses dans tous les pays de l’échantillon. Le mauvais ciblage des subventions énergétiques maintient souvent les prix à un niveau artificiellement bas, et freine ainsi l’investissement dans le secteur. En même temps, l’approvisionnement limité en électricité et les pannes fréquentes gênent considérablement l’essor du secteur manufacturier et engendrent des surcoûts non négligeables pour les entreprises existantes (graphique 2.15) (Banque mondiale, 2011). La gouvernance médiocre des ports et les difficultés liées à la logistique des échanges sont également des obstacles importants. Même au Mozambique, où les efforts se sont concentrés sur les districts et les couloirs prioritaires (encadré 2.3), les liaisons entre zones urbaines et pôles économiques restent peu performantes: les couloirs relient les pôles aux ports, mais ne sont pas reliés entre eux. En Tanzanie, la couverture assurée par les réseaux électrique et routier est également très limitée, y compris selon les critères régionaux (Ter-Minassian, Hughes et Hajdenberg, 2008). Au Rwanda, les coûts de transport restent très élevés, ce qui constitue un frein même pour les secteurs qui ont été transformés récemment et qui contribuent à réduire la pauvreté, comme le secteur du café (Banque mondiale, 2011). De même, certains pays de l’échantillon tels que le Burkina Faso font partie des pays subsahariens qui disposent des réseaux d’électricité les moins développés et dont la production électrique ne couvre pas la demande croissante. En Éthiopie, toutefois, la situation devrait évoluer, car le pays va investir massivement dans l’hydroélectricité pour tirer parti d’une production électrique à bas coût.

Graphique 2.15.Échantillon de pays subsahariens: indicateurs des infrastructures

Sources: Banque mondiale, Indicateurs du développement dans le monde; Forum économique mondial.

Leviers sectoriels de la croissance

L’agriculture demeure un secteur important pour les pays de l’échantillon en raison de sa contribution à la production et parce qu’elle emploie une grande partie de la population active. Par conséquent, une croissance même modeste de ce secteur, qui représente une part appréciable du PIB, peut influer notablement sur la croissance globale (tableau 2.2). En Éthiopie et au Rwanda, la productivité et la production agricoles ont plus augmenté que dans l’Afrique subsaharienne en général entre 1995 et 2010; en revanche, en Ouganda la croissance du secteur a été relativement faible (graphique 2.16).

Graphique 2.16.Échantillon de pays subsahariens: contribution de l’agriculture au PIB

Source: FMI, base de données du Département Afrique.

En Ouganda, cela s’expliquait principalement par la lenteur des gains de productivité dans l’agriculture, liée à des rendements céréaliers qui étaient déjà élevés en début de période selon des critères régionaux. Ailleurs, en particulier au Burkina Faso, la production agricole est pénalisée par la fréquence accrue des chocs météorologiques, la dégradation des sols et la désertification. Globalement, la croissance agricole a été plus instable que celle des autres secteurs, en raison de sa dépendance persistante vis-à-vis des conditions météorologiques et l’absence de systèmes d’irrigation et de méthodes agricoles avancées.

Les sources de la croissance agricole ont varié dans le temps et selon les pays du groupe. Le Burkina Faso s’est essentiellement appuyé sur un renforcement des facteurs de production — en particulier une augmentation des superficies agricoles pour ce qui concerne la filière du coton — avec à la clé des gains de productivité limités. Il a aussi été le premier pays à expérimenter avec succès, mais seulement vers la fin de la période étudiée, des semences de coton génétiquement modifiées visant à obtenir des hausses de rendement spectaculaires. Si, initialement, le Rwanda a misé lui aussi sur l’accroissement des facteurs de production, il a enregistré ensuite des progrès substantiels en termes de rendements et de productivité (encadré 2.4).

L’Éthiopie et le Mozambique se sont appuyés autant sur l’amélioration des rendements que sur l’extension des superficies agricoles. Parmi les pays de l’échantillon, c’est l’Ouganda qui a le moins augmenté sa superficie cultivable; de ce fait et en raison de la quasi-stagnation des rendements et du recul de la main-d’œuvre agricole, le secteur a enregistré des résultats relativement médiocres.

Les gains de productivité éventuellement observés dans le secteur agricole des pays de l’échantillon sont notamment le résultat des politiques publiques (réformes structurelles ou interventions plus directes). Au Burkina Faso, des réformes du marché décisives et bien ordonnées ont soutenu l’essor de la filière coton, principal levier de la croissance agricole. L’introduction d’un prix à la production stable tout au long de la saison de plantation et garanti par un organisme parapublic spécifique s’est révélée efficace pour inciter les agriculteurs à produire du coton. Des mesures importantes ont aussi été prises pour renforcer le rôle des organisations de producteurs, auxquelles certaines fonction économiques ont été transférées, et autoriser l’entrée d’opérateurs privés dans le secteur (tableau 2.6). Ces réformes ont entraîné une hausse significative de la production de coton au milieu de la décennie 20007. En Éthiopie et au Rwanda, des programmes nationaux destinés à améliorer ou subventionner l’accès aux engrais et à proposer des services de vulgarisation aux agriculteurs pauvres ont contribué à doper les rendements (encadré 2.4).

Tableau 2.6.Burkina Faso: réformes de la filière coton, 1992–2008
AnnéeÉtapes
1992Engagement formel de la Société Burkinabé des Fibres et des Textiles (SOFITEX), la société cotonnière parapublique nationale, de laisser les représentants des producteurs participer au débat sur la réforme.
1999L’État se retire partiellement du secteur en privatisant une partie de la SOFITEX.
2000–06Les activités économiques— notamment l’apport de crédits pour les intrants céréaliers; l’aide à la gestion des groupes de producteurs; et la participation à la valorisation de la qualité, à la gestion financière et aux négociations de prix— sont progressivement déléguées par la SOFITEX et l’État à l’union des producteurs de coton.
2002–06De nouveaux acteurs— à savoir des fournisseurs privés d’intrants, de nouveaux monopsones régionaux (SOCOMA, FASOCOTON) et des compagnies de transport privées— commencent à opérer dans le secteur.
2006–08Le mécanisme de fixation des prix est modifié de manière à mieux tenir compte du niveau des prix internationaux; un nouveau fonds de lissage des prix géré par une organisation indépendante devient opérationnel en 2008.

Dans les pays de l’échantillon, la main-d’œuvre reste surtout concentrée dans le secteur agricole, et des gains de productivité plus substantiels seront indispensables pour promouvoir une croissance partagée par tous et permettre à un plus grand nombre de personnes de s’extraire de la pauvreté. Selon des estimations de 2010 (Fox et al., 2013), la population active des pays de l’échantillon travaille essentiellement dans l’agriculture (environ 80–81 % au Mozambique et au Burkina Faso, 71 % en Ouganda et 65 % en Tanzanie). En outre, les plus pauvres survivent généralement grâce à l’agriculture de subsistance. Comme il en a été question plus haut, les progrès de la productivité du travail et de la productivité totale des facteurs dans le secteur agricole des pays de l’échantillon ont été insuffisants, ce qui a fait obstacle à une croissance plus équitable et à une réduction plus rapide de la pauvreté. Les obstacles structurels notables sont, entre autres, l’accès limité aux marchés (manque de routes), la recherche agronomique insuffisante, les difficultés d’accès aux intrants de qualité (semences, engrais, financements, etc.) et l’absence de droits de propriété, qui dissuade les agriculteurs et fait que des portions importantes du territoire agricole ne sont ni achetées ni exploitées.

À terme toutefois, tous les pays peuvent encore augmenter considérablement leur production agricole. Les deux pays côtiers que sont le Mozambique et la Tanzanie sont ceux qui ont le plus de potentiel dans ce domaine, car ils disposent de vastes superficies en friche et leurs rendements céréaliers sont encore relativement faibles.

Là où la croissance agricole a été alimentée par les performances des cultures céréalières, les fruits de la croissance ont été mieux partagés, et la pauvreté en milieu rural a reculé de manière plus significative. Au Burkina Faso et au Mozambique, elle s’est appuyée essentiellement sur des cultures de rapport telles que le coton, le sucre et le tabac. En Éthiopie et au Rwanda, son principal moteur a plutôt été la production accrue d’aliments de base. L’essor des cultures de rapport a généré des recettes d’exportation, tandis que la production plus importante d’aliments de base a soutenu l’offre alimentaire intérieure et atténué la pauvreté. Alors que les taux de croissance moyens des secteurs agricoles étaient comparables, le taux de pauvreté est demeuré important dans les zones rurales du Burkina Faso et du Mozambique, à environ 50 % et 70 % respectivement, contre 30 % en Éthiopie (en recul de 15 % sur la période 1995—2010) et 49 % au Rwanda (en recul de 15 % également mais sur la période 2006—11)8.

Dans les pays de l’échantillon, le secteur des services a été le premier pilier de la croissance, sauf en Éthiopie. Une décomposition plus poussée montre que cette contribution se répartit de manière à peu près égale entre les différentes sous-catégories de services (graphique 2.17). Dans le secteur des services, les administrations publiques et le commerce ont été les principaux contributeurs, ce qui s’explique peut-être par l’augmentation de la masse salariale publique consécutive aux embauches dans la santé et l’éducation et par les estimations concernant les secteurs informels importants, où le commerce joue un rôle. Les contributions les plus modestes ont été celles des services financiers et bancaires, sauf au Mozambique, ce qui est sans doute lié aux flux d’IDE considérables que ce pays a attirés. Les transports et les télécommunications ont également joué un rôle prépondérant, notamment le marché de la téléphonie mobile, qui a enregistré une croissance exponentielle dans tous les pays et soutenu la croissance (annexe 2.1).

Graphique 2.17.Échantillon de pays subsahariens: contributions sectorielles à la croissance des services, moyenne 2000–11

Source: FMI, base de données du Département Afrique.

Encadré 2.3.L’investissement au Mozambique

Le Mozambique est le pays de l’échantillon qui a attiré le plus de flux d’investissement direct étranger (IDE) (14 % de son PIB en 2010). Après une phase de stabilisation macroéconomique et le lancement d’une première vague de réformes structurelles au début des années 90, le Mozambique a commencé à attirer des flux d’IDE, qui ont servi à financer des mégaprojets et à développer les infrastructures1. D’après la Banque mondiale (2011), à la fin de la décennie 2000, le Mozambique consacrait chaque année en moyenne 10 % de son PIB aux infrastructures. Il faut notamment citer la fonderie d’aluminium Mozal, qui est le projet phare du couloir de développement de Maputo reliant le port de Maputo à de grandes villes d’Afrique du Sud. Ce projet, considéré comme une réussite, aurait fourni environ 7 % de la production mondiale d’aluminium en 2005 (Commission économique pour l’Afrique, 2004). Pour attirer l’IDE, les autorités ont lancé une vaste série d’incitations fiscales à l’intention des investisseurs étrangers et créé des zones industrielles. Enfin, elles ont également créé plusieurs institutions spécifiquement destinées à promouvoir l’investissement et proposé des garanties aux investisseurs étrangers.

Le Mozambique a été aussi l’un des premiers pays à faible revenu d’Afrique subsaharienne à s’appuyer sur des partenariats public–privé (PPP) pour développer ses infrastructures. Cette formule permet aux secteurs public et privé de partager les coûts et les risques afférents aux grands projets d’infrastructure, pour peu qu’ils soient bien conçus et réalisés dans un souci d’efficience accrue. De surcroît, en règle générale, un opérateur privé est plus en mesure d’apporter un savoir-faire technique important et possède de meilleures compétences en matière d’exécution de projets que les pouvoirs publics. Après quelques difficultés initiales rencontrées dans le cadre de certains PPP et liées à des fréquentations d’usagers plus modestes que prévu, les autorités n’ont eu qu’à se féliciter des PPP qui ont été créés pour exploiter de grandes liaisons ferroviaires et améliorer l’efficacité des ports. Le secteur privé participe à l’exploitation de six des sept ports maritimes du Mozambique. Le pays a aussi étoffé son réseau routier en accordant des concessions, mais la qualité des voies reste médiocre, à l’exception de la route à péage qui relie Maputo à l’Afrique du Sud.

Cet encadré a été préparé par Isabell Adenauer.1 Au Mozambique, l’IDE est passé d’en moyenne 1,5 % du PIB sur la période 1993–98 à 5,4 % sur la période 1995–2010 (Banque mondiale, 2011; estimations des services du FMI).

Encadré 2.4.Exemples de programmes nationaux destinés à stimuler les rendements

En Éthiopie et au Rwanda, les pouvoirs publics ont activement contribué au relèvement des rendements agricoles, y compris en proposant des services de vulgarisation aux petits agriculteurs et en intervenant sur le marché des engrais (graphique 2.4.1).

Graphique 2.4.1.Afrique subsaharienne: rendements céréaliers, 1995–2010

Source: Banque mondiale, Indicateurs du développement dans le monde.

Note: PFR = pays à faible revenu.

En 1994, l’Éthiopie a lancé un programme national pour promouvoir l’utilisation de semences améliorées et d’engrais. Le National Agricultural Extension Intervention Program (NAEIP) a permis à près de 40 % des agriculteurs de bénéficier d’un accès global aux semences, aux engrais et au crédit pendant dix ans. L’utilisation de semences améliorées et d’engrais a ainsi progressé d’environ 50 % et 30 % respectivement entre 1998 et 2008 (Speilman, Kelemwork et Alemu, 2011). Néanmoins, malgré les succès initiaux, les gains de rendement ont été volatils, et la montée en puissance du programme n’a pas permis d’atteindre l’objectif escompté, à savoir un doublement des rendements. Cette relative inefficacité s’explique par le fait que les pouvoirs publics ont dominé le secteur privé pour la fourniture des services de vulgarisation. À l’avenir, le défi consistera à distribuer des intrants agricoles de manière plus ciblée, tout en incitant le secteur privé à jouer le rôle d’intermédiaire afin d’augmenter l’efficacité et de limiter les coûts pour la collectivité.

Au Rwanda, le secteur agricole a enregistré une croissance appréciable depuis 2006, soutenue par la hausse des rendements et l’augmentation des surfaces cultivées. C’est le résultat, notamment, d’un programme de réforme approfondi (Programme d’intensification des cultures) visant à régionaliser les cultures (faire en sorte que les cultures admissibles à des subventions correspondent aux conditions agroécologiques de la région concernée), augmenter l’utilisation d’engrais, procéder au remembrement des terres et protéger les terres arables de l’érosion, mais aussi fournir des variétés de semences à plus haut rendement et des services de vulgarisation. Ces mesures ont permis d’enregistrer une hausse notable des rendements: le Rwanda, qui était un des derniers dans ce domaine, est remonté presque en tête du classement des pays subsahariens. Contrairement à d’autres, le programme rwandais prévoyait l’abandon progressif des subventions aux engrais. Entre le début et la fin du programme, l’utilisation d’engrais a augmenté de 300 % (Druilhe et Barreiro-Hurlé, 2012).

Cet encadré a été préparé par Kareem Ismail.

Conclusion et Perspectives

Les études par pays présentées dans ce chapitre font ressortir à la fois les points communs et les différences dans les trajectoires empruntées par les six économies pauvres en ressources naturelles connaissant la plus forte croissance de l’Afrique subsaharienne. L’expérience démontre qu’un changement d’orientation des politiques macroéconomiques, conjugué à des réformes structurelles approfondies et des flux soutenus de financements extérieurs, peut créer une marge de manœuvre budgétaire permettant de financer des investissements productifs et générer de la croissance. Ces composantes sont clairement liées entre elles et ont joué un rôle dans la réussite de tous ces pays, même si chacun est entré à sa manière dans ce cercle vertueux.

L’analyse de ces pays appelle toutefois plusieurs commentaires d’ordre général:

Stabilité macroéconomique. Il ressort de l’étude de tous ces pays que l’amélioration des politiques macroéconomiques, le lancement de réformes structurelles et une stabilité globale accrue sont nécessaires à la croissance économique. Une marge de manœuvre plus confortable — reflétant une hiérarchisation des dépenses par ordre de priorité et l’effet cumulé d’un allégement de la dette, des flux d’aide et d’une meilleure mobilisation des recettes intérieures — peut se traduire par une hausse des dépenses sociales et d’équipement favorisant la croissance à court et moyen terme. Une inflation réduite et un environnement économique plus prévisible atténuent les risques et abaissent les coûts de transaction, ce qui encourage l’activité du secteur privé. L’amélioration des politiques macroéconomiques contribue également à attirer les financements étrangers, sous forme d’aide extérieure ou de ressources privées (IDE, par exemple).

Utilisation efficace de l’aide extérieure. Le niveau et la prévisibilité accrus de l’aide étrangère ont permis d’axer davantage la planification sur le moyen terme et de mieux la faire coïncider avec la stratégie nationale de réduction de la pauvreté.

Solidité des institutions chargées d’élaborer la politique économique. Identifier la marge de manœuvre budgétaire dégagée et la convertir en croissance durable nécessite de s’appuyer sur des politiques macroéconomiques efficaces et des institutions solides, en particulier en termes de capacité de gestion des finances publiques.

Niveaux d’investissement élevés. Le maintien de l’investissement à un niveau élevé est essentiel pour accroître le stock de capital et doper la productivité globale. Les investissements dans les infrastructures sont particulièrement importants, car ils favorisent l’essor du secteur privé en abaissant les coûts globaux pour les entreprises. L’absence d’infrastructures de transport appropriées peut empêcher de larges pans de la population d’accéder aux marchés, en particulier dans les zones rurales, où se concentre la pauvreté.

Approfondissement des marchés financiers. L’approfondissement des marchés financiers soutient la croissance en stimulant l’épargne intérieure qui finance l’investissement. Le développement de l’accès de tous aux services financiers a eu tendance à prendre du retard et pourrait, notamment par la mise en œuvre de technologies nouvelles, devenir une priorité afin que la croissance soit mieux partagée par tous.

La situation initiale n’est pas si déterminante. La majorité des pays étudiés sont enclavés et, au début des années 90, beaucoup sortaient d’un conflit. Les États fragiles, notamment après un conflit, peuvent renouer avec une croissance rapide dès lors qu’une vision claire est formulée, puis mise en œuvre de manière cohérente.

À terme, il s’agit de savoir si la croissance vigoureuse de ces six pays peut durer. Même à l’issue d’un épisode de forte croissance, ils sont encore loin d’avoir exploité tout leur potentiel: la productivité et les stocks de capital demeurent relativement faibles, des déficits d’infrastructure considérables persistent, les exportations sont peu diversifiées, le commerce avec les autres pays subsahariens reste peu développé, et la transformation structurelle des économies demeure limitée. Il reste donc un travail substantiel à accomplir, qui ouvrira d’importantes perspectives de croissance.

Annexe 2.1. Évaluation Quantitative des Facteurs Influençant L’Envolée de la Croissance

Pour quantifier l’importance des facteurs identifiés dans les études de cas, la présente annexe examine une spécification économétrique de base des déterminants de la croissance du PIB réel par habitant pour des pays à faible revenu considérés comme pauvres en ressources naturelles (tableau 2.7). L’échantillon comprend des pays à faible revenu et à revenu intermédiaire inférieur (revenu par habitant 2010, définition de la Banque mondiale), dont les exportations de ressources naturelles représentent moins de 20 % du total des exportations. Les petits États ne sont pas pris en compte. Sont couverts environ 40 pays, dont 20 pays subsahariens, parmi lesquels les 6 pays faisant l’objet de ce chapitre. La période étudiée est 1990–2011.

Tableau 2.7.Déterminants de la croissance réelle de la production par habitant
Variable dépendante: croissance réelle de la production par habitant
[1][2][3][4][5][6][7]
Production initiale par habitant−0,0030,001−0,003−0,006 *−0,004−0,006 *−0,008 **
Production agricole initiale par habitant−0,045 ***−0,043 ***−0,038 ***−0,039 ***−0,043 ***−0,039 ***−0,042 ***
Taux de change réel (log)−0,014 *−0,011−0,009−0,015 *−0,013 *−0,014 *−0,006
Scolarisation (log)0,0050,0030,007 *0,008 *0,0040,008 *0,006
Taux d’investissement public0,046
Taux d’investissement0,049 ***−0,010,0230,0230,042 **0,024−0,02
Ratio de l’aide0,0310,082 ***0,066 **0,061 *0,0350,060 *0,102 ***
Ratio de l’IDE−0,035−0,136−0,152 **
Ratio de la dette extérieure−0,005 ***−0,01 *−0,012 **−0,014 ***−0,005 ***−0,014 **−0,013 **
Croissance réelle de la production manufacturière (Mozambique)0,25 ***0,279 ***0,275 ***0,192 ***
Abonnements téléphonie mobile0,0020,002
Efficacité des pouvoirs publics0,013 **
Nombre d’observations708331564591737536398
R20,220,240,270,50,460,340,27
Source: calculs des services du FMI.Note: * signification à 10 %, ** signification à 5 %, *** signification à 1 %.IDE = investissement direct étranger.

Les études de cas ont permis d’identifier quelques caractéristiques communes ayant stimulé dernièrement le taux de croissance de chacun des six pays. Il s’agit des conditions initiales (mesurées par le PIB ou la production agricole par habitant), du niveau d’instruction, du taux d’investissement, de l’aide extérieure et des très grands projets (en particulier pour le Mozambique).

Obtenus avec la méthode des moindres carrés ordinaires, les résultats indiquent une relation inverse entre la croissance du PIB réel par habitant et le niveau initial de la productivité agricole: les pays qui avaient la productivité agricole la plus faible en début de période ont enregistré des taux de croissance supérieurs (on obtient des résultats comparables avec le modèle à effets aléatoires). Cela s’explique à la fois par les bons résultats agricoles obtenus sur les deux décennies (la convergence est plus rapide dans le secteur agricole que dans l’économie en général) et par les effets de contagion entre le secteur agricole et d’autres secteurs. Cela peut paraître surprenant, compte tenu de la taille restreinte de l’échantillon de pays ayant des PIB par habitant comparables.

Néanmoins, en 1990, un petit nombre de pays affichaient des taux de production agricole par habitant relativement élevés et ont vu leurs perspectives de croissance se réduire sensiblement (Burundi, Haïti, Madagascar et Moldova). En outre, certains pays ayant connu une croissance rapide par la suite avaient au départ des niveaux de productivité agricole relativement bas (Cambodge, Égypte, Éthiopie, Ghana et Malawi).

Le taux d’investissement (investissement public en particulier) paraît un levier efficace de la production dans la plupart des pays à faible revenu, même si l’aide joue aussi un rôle capital. Parmi les autres déterminants importants de la croissance par habitant, on peut citer le taux de change réel et le ratio de la dette extérieure. Étonnamment, peut-être, l’IDE ne semble pas avoir joué de rôle décisif dans l’envolée de la croissance.

L’industrie manufacturière est un déterminant important de la croissance de la production au Mozambique, avec un rôle prépondérant des très grands projets tels que la fonderie d’aluminium Mozal. En outre, il se confirme qu’elle joue un rôle non négligeable dans l’évolution de la croissance de certains pays (graphique 2.18 illustrant la spécification n° 6). S’agissant du Mozambique, l’effet extrêmement prononcé du secteur manufacturier est en partie un effet global, car les autres variables ne peuvent expliquer à elles seules la poussée de la croissance. La dépréciation des taux de change réels a eu également une incidence positive sur la croissance, de même que la diminution de la dette extérieure.

Graphique 2.18.Principaux pays: contributions à la croissance du PIB réel par habitant, 2000–11

Source: calculs des services du FMI.

Le secteur des télécommunications, mesuré par l’utilisation du téléphone mobile, contribue également à la croissance. Cette variable pourrait aussi rendre compte plus généralement de l’impact du progrès technologique sur la croissance de la production, ce qui confirmerait un aspect évoqué dans l’encadré 2.2, à savoir le rôle de l’accélération de croissance de la PTF dans la croissance du PIB. Toutefois, le résidu est assez important pour la plupart des pays. On voit donc que la spécification du modèle ne capte pas tous les facteurs spécifiquement nationaux. Pour finir, un indicateur de l’efficacité des pouvoirs publics fondé sur des enquêtes de perception revêt un pouvoir explicatif élevé, bien que son inclusion entraîne une perte considérable d’observations. Cela montre que la qualité des institutions publiques peut modifier de façon non négligeable la trajectoire de croissance d’un pays.

Parmi les études déjà consacrées à la croissance de certains pays durant cette période, on peut citer: FMI, Perspectives économiques régionales: Afrique subsaharienne, avril 2011, pour le Rwanda, l’Ouganda et la Tanzanie; d’autres travaux sur la Tanzanie de Nord et al. (2009) et Robinson, Gaertner et Papageorgiou (2011); des travaux sur l’industrie manufacturière en Éthiopie de Dinh et al. (2012) et sur le Mozambique, de Jones et Tarp (2013).

Le groupe témoin auquel sont comparés les pays de l’échantillon est la moyenne des pays subsahariens à faible revenu (y compris les États fragiles) dont les exportations de ressources naturelles représentent moins de 25 % du total des exportations (pondération en fonction des parités de pouvoir d’achat).

Bond, Leblebicioglu et Schiantarelli (2010) établissent, sur la base de données empiriques, une relation positive entre l’investissement et le taux de croissance à long terme.

Ce n’est pas parce que la dimension «voix citoyenne et responsabilité» ne figure pas parmi les causes possibles qu’il faut en conclure qu’elle est insignifiante en tant que déterminant de la croissance, car les pays à faible revenu à forte croissance auraient pu enregistrer une croissance encore plus élevée s’ils s’étaient améliorés sur ce point. Les résultats semblent simplement montrer que, pour ce qui concerne la période considérée, le gain de croissance ne peut pas être attribué à cette dimension, car l’écart par rapport au groupe témoin est relativement constant.

En Éthiopie, les prêts accordés aux entreprises publiques par la banque d’État qui domine le marché et l’obligation faite aux banques privées d’acheter des bons du Trésor ont eu un effet d’éviction sur le crédit au secteur privé.

Dans tous les pays de l’échantillon, la valeur de l’indice d’efficience de l’investissement public (Dabla-Norris et al., 2011) est élevée, le Rwanda arrivant en tête des pays à faible revenu d’Afrique subsaharienne, suivi de près par le Burkina Faso.

Kaminski, Heady et Bernard (2011) estiment que les deux tiers du triplement de la production observé entre 1996 et 2006 sont imputables à ces réformes; en outre, ils soulignent que le modèle de réforme burkinabé est unique, dans la mesure où il remédie aux défaillances des pouvoirs publics et tient compte des réalités du terrain dans le cadre institutionnel existant.

Burkina Faso, document de stratégie de réduction de la pauvreté (2009); enquêtes nationales de l’Éthiopie et du Rwanda sur les ménages; et analyse de la Banque mondiale consacrée au Mozambique.

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