Chapter

1. Maintenir le rythme

Author(s):
International Monetary Fund. African Dept.
Published Date:
October 2013
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Le ralentissement de la conjoncture économique mondiale et son instabilité croissante ne devraient avoir qu’une incidence modérée sur l’Afrique subsaharienne cette année et l’année suivante. La croissance devrait rester solide, à quelque 5 % en 2013 et 6 % en 2014, grâce à la poursuite des investissements dans les infrastructures et les capacités de production. Ces perspectives ne sont pas aussi bonnes que celles qui étaient décrites dans l’édition de mai 2013 de ce rapport1, ce qui tient en partie à l’environnement externe moins porteur — caractérisé par une montée des coûts de financement, une perte de dynamisme des économies de marché émergents et une orientation moins favorable des prix des produits de base — et à divers facteurs internes. Toutefois, l’ordre de grandeur des révisions est modeste (−0,7 % du PIB en moyenne pour 2013 et –0,1 % pour 2014).

Les principaux risques qui pèsent sur les perspectives de la région sont surtout d’ordre externe. Des chocs temporaires importants mais plausibles sur les prix internationaux des produits de base ne remettraient pas en cause la croissance moyenne de l’Afrique subsaharienne, mais le taux de croissance et la balance des paiements courants pourraient s’en ressentir sensiblement dans certains pays qui exploitent intensivement les ressources naturelles. L’autre risque auquel sont exposées les perspectives de la région est celui d’un nouvel affaiblissement des économies de marché émergentes (dont certains des nouveaux partenaires économiques de l’Afrique subsaharienne) ou avancées. Les aléas d’origine interne, comme ceux qui résultent d’une évolution défavorable de l’offre liée à des chocs climatiques ou à des événements politiques, sont importants pour certains pays, voire pour leur environnement immédiat, mais ne menacent pas la région dans son ensemble.

Le creusement récent des déficits extérieurs courants dans de nombreux pays d’Afrique subsaharienne découle le plus souvent d’une hausse des investissements dans les activités orientées sur l’exportation et dans les infrastructures. Il est financé dans une large mesure par des investissements directs étrangers (IDE) et des transferts de capitaux. Néanmoins, dans certaines économies, le déficit s’accompagne d’une diminution de l’épargne et d’une hausse des emprunts extérieurs, ce qui est préoccupant.

Les déficits budgétaires sont restés élevés dans un grand nombre de pays depuis la crise mondiale. Bien que la dette publique demeure gérable dans la plupart des pays, il existe quelques cas dans lesquels un rééquilibrage budgétaire est désormais nécessaire pour assurer la viabilité des finances publiques à moyen terme ou reconstituer les amortisseurs. Dans nombre de pays à faible revenu, la mobilisation des recettes publiques est encore une priorité pour dégager des ressources en faveur des dépenses sociales et d’investissements. Les paramètres de la politique monétaire semblent appropriés dans la plupart des pays, l’inflation continuant à refluer dans le contexte d’une dynamique favorable des prix alimentaires.

Pendant la période à venir, les gouvernements devront mettre l’accent sur des réformes structurelles de nature à favoriser la croissance et une meilleure répartition de ses bienfaits, tout en faisant face au risque que, l’économie mondiale s’orientant vers une nouvelle configuration des moteurs de croissance, le mouvement de hausse des prix des produits de base ne ralentisse durablement.

Contexte International

Après avoir été plutôt molle en 2013, la croissance économique mondiale devrait s’accélérer en 2014. Les perspectives à court terme présentées dans l’édition d’octobre 2013 des Perspectives de l’économie mondiale (PEM) du FMI — qui laissaient entrevoir une croissance de la production mondiale de 2,9 % en 2013 et de 3,6 % en 2014 — sont moins bonnes que celles de l’édition d’avril 2013, qui prévoyait un rythme de 3,3 % en 2013 et de 4,0 % en 2014 (graphique 1.1)2. Malgré la dissipation de graves menaces, comme le «précipice budgétaire» américain en 2012, la volatilité s’est accentuée dans le courant de l’année 2013.

Graphique 1.1.Révisions de prévisions des Perspectives de l’économie mondiale

(Variation en pourcentage par rapport à l’édition d’avril 2013)

Source: FMI, base de données des Perspectives de l’économie mondiale.

Les perspectives mondiales reflètent en tout cas les situations diverses des principales économies:

  • Le redressement de l’économie des États-Unis s’est poursuivi, à tel point que les autorités monétaires ont indiqué en mai qu’elles envisageaient d’amorcer une réduction graduelle de la politique de stimulation monétaire à partir de 2013. Toutefois, lors de sa réunion de septembre, le Comité fédéral des opérations de marché (FOMC) a décidé de ne pas modifier pour le moment le niveau de stimulation en raison de la réapparition de risques budgétaires et d’autres évolutions d’ordre interne.

  • L’Europe semble enfin sortie de la récession, mais la croissance y est plus lente qu’on ne le prévoyait en avril. Le Japon semble bien réagir à la politique de relance, mais l’activité pourrait perdre de son dynamisme en 2014, l’effet des mesures de stimulation se dissipant progressivement.

  • La Chine et les autres économies de marché émergentes, qui jouent un rôle de plus en plus important dans l’économie mondiale et à l’égard de l’Afrique subsaharienne en particulier, montrent des risques de ralentissement.

Bien qu’ils restent supérieurs aux normes historiques, les prix des produits de base ont été très instables dernièrement, et ils devraient baisser davantage aux cours des prochaines années qu’on ne l’anticipait il y a seulement quelques mois. Ainsi, après être tombé au plus bas en 2011 au lendemain de la crise, le prix du pétrole au jour le jour, normalement très volatil, s’est redressé et s’est maintenu pendant une assez longue période autour de 100 dollars le baril avant de repartir à la hausse sous l’effet de préoccupations géopolitiques. Fin août, les prix de l’or avaient perdu 18 % et ceux du cuivre 26 % par rapport à leurs pics récents, mais les prix de l’or et des métaux industriels ont regagné un peu de terrain après le report du resserrement de la politique monétaire des États-Unis. Les prix du minerai de fer et du charbon sont en baisse depuis la fin de 2010. Les prix du café, durement touchés par une offre excédentaire, ont chuté de 39 % par rapport au pic atteint au deuxième trimestre de 2011. Par ailleurs, les prix du maïs ont baissé ces derniers mois de 11 % par rapport à leur niveau le plus élevé, et ceux du blé de 12 %, ce qui est un point positif pour les nombreux pays d’Afrique subsaharienne importateurs de produits alimentaires (graphique 1.2).

Graphique 1.2.Prix internationaux des produits de base

Sources: FMI, Système de prix des produits primaires; Banque mondiale, base de données sur les marchés de matières premières.

Dans ces conditions, l’une des questions essentielles qui pourraient se poser à l’Afrique subsaharienne est celle de savoir si la croissance rapide des économies de marché émergentes a vocation à durer. Comme cela était indiqué dans les éditions précédentes du rapport sur les perspectives économiques de l’Afrique subsaharienne, la réorientation progressive des échanges commerciaux de la région vers ces nouveaux pays partenaires lui a été bénéfique dans la période récente, alors que ses partenaires traditionnels peinaient à se remettre de la Grande Récession. Une décélération durable de ces économies — en particulier la Chine — pourrait gêner les efforts que déploie l’Afrique subsaharienne pour poursuivre son propre essor, surtout dans la perspective d’une croissance mondiale modérée (encadré 1.1 et graphique 1.1).

Enfin, la contraction de la liquidité sur les marchés financiers mondiaux depuis le mois de mai a réduit ou inversé les flux de capitaux de portefeuille vers la plupart des marchés émergents et pionniers, y compris en Afrique subsaharienne. L’attente d’un retrait graduel de la politique monétaire non conventionnelle de la Réserve fédérale américaine a entraîné en juin une réévaluation des risques, elle-même à l’origine de sorties de capitaux de portefeuille des pays émergents et en développement. Les rendements des titres de dette en monnaie nationale et en devises ont connu une hausse de l’ordre de 1 à 2 points de pourcentage, les monnaies des pays émergents se sont dépréciées, et les cours des actions ont chuté. Après un certain répit en juillet, les tensions sont réapparues sur les marchés financiers en août, mais de façon plus sélective — en frappant les économies de marché émergentes qui accusent des déficits extérieurs significatifs.

Perspectives Régionales: Scénario de Référence

En 2013, l’activité devrait rester soutenue, mais, compte tenu des changements survenus dans le monde et des évolutions observées dans certains pays, il faut s’attendre à une croissance légèrement moins rapide, à une inflation généralement plus faible et à des déficits courants et budgétaires supérieurs à ce qui était prévu en mai 2013. La croissance devrait s’accélérer en 2014.

La croissance de l’Afrique subsaharienne a été légèrement révisée à la baisse pour 2013, mais devrait rester robuste (tableau 1.1 et graphique 1.3). L’économie de la région devrait connaître un taux de croissance moyen de 5 % cette année, qui la placerait au 70e centile de la distribution des prévisions de croissance des pays membres du FMI (graphique 1.4). La croissance devrait être particulièrement forte dans les pays exportateurs de minéraux et dans les pays à faible revenu, notamment la Côte d’Ivoire, la République démocratique du Congo, le Mozambique, le Rwanda, la Sierra Leone et quelques autres. Parmi les facteurs internes pesant sur les prévisions de croissance pour 2013 dans certains pays pétroliers figurent les retards d’exécution du budget en Angola et la recrudescence des vols de pétrole au Nigéria, qui ont entraîné la fermeture temporaire de certaines installations pétrolières. Parmi les États fragiles, un recul très marqué est à prévoir en République centrafricaine (du fait des troubles civils).

Tableau 1.1.Afrique subsaharienne: croissance du PIB réel(Variation en pourcentage)
2004-08200920102011201220132014
Afrique subsaharienne (total)6,52,65,65,54,95,06,0
Dont:
Pays exportateurs de pétrole8,54,96,76,15,36,17,7
Pays à revenu intermédiaire15,1−0,84,04,83,43,03,6
Dont: Afrique du Sud4,9−1,53,13,52,52,02,9
Pays à faible revenu17,35,17,16,56,26,36,9
États frágiles2,53,34,22,47,05,47,2
Pour mémoire:
Afrique subsaharienne26,52,65,65,55,14,85,7
Monde4,6−0,45,23,93,22,93,6
Source: FMI, base de données des Perspectives de l’économie mondiale.

Graphique 1.3.Afrique subsaharienne: révisions des prévisions de croissance par rapport à avril 2013

Source: FMI, base de données des Perspectives de l’économie mondiale.

Graphique 1.4.Afrique subsaharienne: croissance du PIB réel et centile dans la distribution de la croissance mondiale

Source: FMI, base de données des Perspectives de l’économie mondiale.

1 Centile du taux de croissance moyen pondéré de l’Afrique subsaharienne dans la distribution des taux de croissance des pays membres du FMI.

En Afrique du Sud, première économie de la région, les projections font état d’une croissance réelle de 2 % en 2013, ce qui est nettement inférieur à la moyenne régionale. La lenteur relative de la croissance en Afrique du Sud tient au fait que la croissance potentielle y est inférieure à celle des pays exportateurs de pétrole et des pays à faible revenu — en raison de la maturité relative des secteurs industriels, miniers et des services ainsi que des goulets d’étranglement contraignants — et à des facteurs conjoncturels. Le ralentissement actuel en particulier s’explique par l’atonie de l’investissement privé découlant de la conjoncture extérieure peu favorable et des tensions entre employeurs et salariés, mais aussi par la modération de la consommation due au freinage de la hausse du revenu disponible et à la confiance moindre des consommateurs. Les retombées sur le reste de l’Afrique subsaharienne du ralentissement économique en Afrique du Sud devraient toucher surtout ses voisins immédiats membres de la Communauté de développement de l’Afrique australe (SADC), en particulier ceux de l’Union douanière d’Afrique australe (SACU), où sont concentrés les liens commerciaux et financiers. Les membres de la SACU pourraient pâtir si les envois de fonds de leurs nationaux travaillant en Afrique du Sud et les taxes sur le commerce sud-africain (qui constituent l’essentiel des recettes partagées de la SACU) devaient être inférieurs à la normale. Au-delà de la SACU, les liens commerciaux avec l’Afrique du Sud sont relativement ténus parce que ce pays n’achète guère de biens originaires d’Afrique subsaharienne. En revanche, l’Afrique subsaharienne est un marché d’exportation de plus en plus important pour les produits manufacturés et les services sud-africains, grâce en partie à l’expansion régionale des entreprises sud-africaines opérant dans le commerce de détail, la finance et la construction. Il est difficile de déterminer précisément les effets d’un ralentissement de l’activité en Afrique du Sud sur l’IDE vers le reste de l’Afrique subsaharienne, dans la mesure où la dégradation des conditions intérieures peut encourager certaines entreprises sud-africaines à accroître leurs investissements à l’étranger (voir l’édition d’octobre 2012 des Perspectives économiques régionales).

Encadré 1.1.Quelles sont les retombées de l’exposition croissante de l’Afrique à la Chine par le biais des échanges commerciaux?

Le développement des liens avec la Chine a favorisé la croissance économique, mais il expose aussi les pays d’Afrique subsaharienne à des répercussions qui pourraient se révéler négatives en cas de ralentissement de la croissance chinoise ou de changement de la composition de la demande. Ces dernières années, la Chine est devenue le principal partenaire commercial de la région ainsi qu’une source essentielle d’investissements et d’aide (voir l’édition d’octobre 2011 de ce rapport).

Quelle est l’ampleur de ces retombées? Drummond et Liu (à paraître) emploient des données de panel pour déterminer comment les investissements internes en Chine ont influé sur la progression des exportations de l’Afrique subsaharienne au cours de ces quinze dernières années. Ils constatent qu’une hausse de 1 point de pourcentage de la croissance réelle de l’investissement en capital fixe en Chine tend à accélérer le taux de progression des exportations de l’Afrique subsaharienne de 0,6 point en moyenne (voir le graphique 1.1.1, qui montre l’effet d’un choc d’un écart-type sur l’investissement fixe), mais cet effet varie en intensité selon le groupe de pays. Ainsi, il est plus marqué pour les pays d’Afrique subsaharienne riches en ressources naturelles, en particulier les exportateurs de pétrole, qui représentent une grande part des exportations de la région vers la Chine. Cet effet est en partie indirect, dans la mesure où il découle de l’incidence de l’investissement chinois sur la croissance mondiale et les prix des produits de base. Mais les liens commerciaux ont aussi de l’importance. Pour cinq pays d’Afrique subsaharienne riches en ressources naturelles, classés en fonction de la part que les exportations vers la Chine représentent dans leur PIB — Angola, Afrique du Sud, République du Congo, Guinée équatoriale et République démocratique du Congo —, une hausse de 1 point de pourcentage de la croissance des investissements internes en Chine va de pair avec une hausse de 0,8 point du taux de progression de leurs exportations.

Graphique 1.1.1.Impact des investissements chinois sur la croissance des exportations des pays d’Afrique subsaharienne

Sources: FMI, base de données des Perspectives de l’économie mondiale; calculs des services du FMI.

Cet encadré a été préparé par Paulo Drummond et Estelle Xue Liu.

Pour 2014, le taux de croissance moyen de l’Afrique subsaharienne devrait progresser d’à peu près 1 point de pourcentage (tableau 1.1). Le principal facteur de continuité de la croissance tendancielle dans la plus grande partie de la région est, comme pendant les années précédentes, la vigueur de la demande interne, liée notamment aux investissements qu’effectuent de nombreux pays dans les infrastructures et les capacités d’exportation. L’amélioration par rapport à 2013 est due à un renforcement de la croissance mondiale — surtout en Europe — et à des évolutions internes favorables. Au Nigéria, par exemple, la production de pétrole devrait augmenter en 2014, et la réforme de l’électricité avance.

L’inflation devrait rester modérée dans la région en 2013–14, grâce à la poursuite de la désinflation dans les pays à faible revenu et aux perspectives favorables concernant l’évolution des prix des produits alimentaires (graphique 1.5). En Afrique subsaharienne, l’inflation globale suit une tendance à la baisse depuis le début de 2012, facilitée par le ralentissement, voire parfois le recul, des prix des produits alimentaires et par le maintien de politiques monétaires restrictives dans certains pays où naguère l’inflation était élevée. Dans quelques pays, néanmoins, elle reste supérieure à 10 % en raison de certains facteurs particuliers, notamment des goulets d’étranglement dans les transports des pays voisins (Burundi), une expansion monétaire soutenue (Érythrée), l’inertie pendant un ralentissement progressif (Guinée) et la dépréciation de la monnaie (Malawi).

Graphique 1.5.Afrique subsaharienne: inflation des prix des produits alimentaires et hors alimentation

Sources: FMI, base de données du Département Afrique et International Financial Statistics.

Malgré la poursuite de politiques monétaires prudentes, la masse monétaire au sens large devrait augmenter en moyenne un peu plus vite en 2013 qu’en 2012 dans la région, en raison d’une hausse de la demande de monnaie et de l’accumulation de réserves, puis ralentir quelque peu en 2014. La création monétaire a décéléré en 2012 du fait de la conduite de politiques monétaires prudentes et du développement limité du crédit au secteur public, alors que la progression du crédit au secteur privé s’est de nouveau accélérée (à partir d’une base généralement faible) dans la plupart des pays à revenu intermédiaire. La croissance de la masse monétaire devrait être plus rapide en 2013 dans toutes les catégories de pays, sauf dans les pays à faible revenu; l’accélération concernerait en particulier l’Angola (en raison des efforts déployés pour constituer des réserves et réduire la dollarisation dans le nouveau cadre de politique monétaire) et le Malawi (sous l’effet de la hausse du crédit au secteur privé). La croissance de la masse monétaire devrait ralentir quelque peu en 2014 dans ces pays, mais s’accélérer dans d’autres, par exemple sous l’impulsion du crédit au secteur privé (Gambie) ou à l’État (Ouganda).

Les déficits budgétaires devraient se creuser en 2013 et 2014 dans de nombreux pays de la région, mais les indicateurs de l’endettement public reste peu préoccupants dans la plupart d’entre eux (tableaux 1.2 et 1.3; et encadré 1.2). La dégradation est surtout imputable à l’affaiblissement des recettes publiques par rapport au PIB. Cela vaut particulièrement pour les exportateurs de ressources naturelles qui sont confrontés à une baisse des prix des produits de base ou de la production (ou des deux), alors que plusieurs d’entre eux appliquent d’ambitieux programmes d’investissements publics; c’est, par exemple, le cas de pays producteurs de pétrole tels que l’Angola et le Cameroun3.

Tableau 1.2.Afrique subsaharienne: indicateurs d’endettement
Indice du risque

d’endettement1
Ratio dette

publique/PIB

(2012)
Variation du

ratio dette

public/PIB, en %2
Ratio dette

extérieure/

créanciers

officiels, en %

du PIB (2012)
Variation du

ratio dette

extérieure/

créanciers

officiels, en %

du PIB2
Ratio

paiements

d’intérêts/

recettes (2007)
Ratio

paiements

d’intérêts/

recettes (2012)
FMES
Afrique subsaharienne (total)17196233,02,69,7−2,46,46,9
Dont:
Pays exportateurs de pétrole511020,72,95,4−1,13,44,6
Pays à revenu intermédiaire551041,813,55,91,88,39,4
Pays à faible revenu680034,40,922,63,16,16,1
États fragiles (PPTE)3154039,1−61,420,8−67,613,16,4
États fragiles (non PPTE)000284,6−15,460,3−13,012,46,4
Sources: FMI, base de données des Perspectives de l’économie mondiale; estimations des services du FMI.Note: PPTE = pays pauvres très endettés.
Tableau 1.3.Afrique subsaharienne: autres indicateurs macroéconomiques
2004–0820102011201220132014
variation en pourcentage)
Inflation, fin de période8,77,110,17,96,85,8
(pourcentage du PIB)
Solde budgétaire2,0−4,0−1,3−2,8−3,1−3,0
Dont: hors pays exportateurs de pétrole−0,7−4,7−4,0−4,2−4,4−4,3
Solde extérieur courant0,5−1,4−1,4−3,0−4,0−4,0
Dont: hors pays exportateurs de pétrole−5,2−4,8−5,6−8,3−8,4−8,7
(mois d’importations)
Couverture par les réserves4,84,24,54,74,95,2
Source: FMI, base de données des Perspectives de l’économie mondiale.

Dans certains pays, le ratio dette publique/PIB est en augmentation. Parmi les pays à revenu intermédiaire, le déficit budgétaire de l’Afrique du Sud n’a pas diminué comme on l’escomptait à la suite des mesures de stimulation prises pendant la crise financière mondiale. Bien que la croissance réelle des dépenses ait été à la mesure de la croissance potentielle du pays, les recettes sont constamment restées en deçà des prévisions en raison du manque de dynamisme de l’économie. Au Ghana, le déficit a beaucoup augmenté en 2012, année électorale caractérisée par une bonne conjoncture et d’abondantes rentrées fiscales, mais aussi par une poussée exceptionnelle des dépenses. Bien que certains pays de la région, comme le Botswana, la République du Congo et le Togo, soient censés ajuster leur politique budgétaire en 2013–14, les déficits vont probablement rester élevés dans beaucoup de pays, ce qui fera augmenter la dette publique (encadré 1.2, page 20). Dans la plupart des pays à faible revenu, en particulier les États fragiles où les besoins en matière d’infrastructures et de protection sociale sont largement insatisfaits, il sera probablement difficile de contenir les dépenses. Cela dit, il existe une très grande marge de progression des recettes dans la plupart des pays à faible revenu où elles représentent une faible proportion du PIB, inférieure à 20 % en moyenne.

Les soldes extérieurs courants devraient se dégrader en 2013–14 en moyenne dans la région, surtout dans les pays exportateurs de pétrole qui mènent des politiques budgétaires expansionnistes. Pourtant, la tendance à accroître le coefficient de couverture par les réserves de change, observée à l’échelle régionale au lendemain de la crise, devrait se poursuivre en 2013–14. Les soldes extérieurs courants des pays d’Afrique subsaharienne sont examinés en détail dans la section suivante.

L’évolution du compte financier de la balance des paiements révèle une intégration croissante de la région aux marchés internationaux, qui devrait se poursuivre. Le groupe des «marchés pionniers»4 a continué à solliciter les marchés de capitaux internationaux en tirant parti de conditions financières globalement favorables et de l’amélioration des perspectives économiques internes. Outre l’Afrique du Sud, qui est une économie de marché émergente, six pays ont procédé cette année à une émission d’obligations d’État ou garanties par l’État (le Nigéria à deux reprises), tandis que le Kenya et la Zambie envisagent de le faire avant la fin de 2013 (tableau 1.4). Comme le mentionnait l’édition de mai 2013 des Perspectives économiques régionales, un accès accru aux marchés financiers donne aux économies pionnières la possibilité de trouver de nouvelles sources de fonds. Toutefois, il pose aussi des problèmes inédits, à savoir: le risque d’un retournement soudain; l’éventualité d’un alourdissement de la dette publique; de plus grands risques de refinancement, de change et de taux d’intérêt; des pressions à l’appréciation de la monnaie. En outre, le risque apparaît qu’un gonflement de la liquidité stimule l’inflation, fasse monter les prix des actifs, ou entraîne une progression excessive du crédit au secteur privé. Comme cela est expliqué au chapitre 3, le surcroît de fonds procuré par les entrées de capitaux de portefeuille a surtout donné lieu à une augmentation des réserves, et son incidence sur la liquidité a été généralement stérilisée (sauf à Maurice et en Zambie). Néanmoins, certains pays ont connu une expansion du crédit au secteur privé (Ghana, Maurice) ou une montée des cours de bourse (Kenya, Nigéria).

Tableau 1.4.Afrique subsaharienne: émissions obligataires, 2013
PaysDate d’émissionMontant

(millions de

dollars)
échéance

(années)
Rendement (%)
Tanzaniemars 201360076,284
Rwandaavril 2013400106,875
Nigeriajuillet 201350055,375
Nigeriajuillet 2013500106,625
Ghanajuillet 20131.000107,940
Mozambique 1septembre 201350078,500
Afrique du Sudseptembre 20132.000126,060
Total5.5005–12
Sources: Bloomberg L.P.; Reuters; Wall Street Journal.

En Afrique subsaharienne, l’instabilité des marchés financiers mondiaux observée en 2013 a surtout touché l’Afrique du Sud et quelques marchés pionniers (graphiques 1.6 et 1.7). En Afrique du Sud, le rand s’est déprécié de quelque 8 %, et les rendements obligataires nationaux ont augmenté d’à peu près 170 points de base de fin mai à fin août, les effets des facteurs externes étant accentués par les faiblesses économiques internes. Ces évolutions ont entraîné une dégradation des conditions monétaires dans la Zone monétaire commune du rand, à savoir au Lesotho, en Namibie et au Swaziland.

Graphique 1.6.Afrique subsaharienne: flux d’obligations vers les pays émergents et pionniers

(Millions de dollars, chiffres cumulés depuis 2004)

Source: base de données EPFR Global.

Graphique 1.7.Afrique subsaharienne: flux d’actions vers les pays émergents et pionniers

(Millions de dollars, chiffres cumulés depuis 2005)

Source: base de données EPFR Global.

Parmi les marchés pionniers, la monnaie du Nigéria s’est affaiblie par rapport au dollar américain au plus fort de l’instabilité, et les rendements des obligations d’État ont légèrement augmenté, tandis que le cedi ghanéen et le shilling kényan perdaient aussi du terrain. Les prix mondiaux des actifs financiers se sont largement stabilisés en juillet et en août, mais la volatilité des mouvements de capitaux a persisté, couplée à un regain de tensions financières dans certains pays émergents, en particulier ceux qui, comme l’Afrique du Sud, ont d’importants déficits des comptes extérieurs courants. Au total, l’accentuation de la volatilité financière à l’échelle mondiale a eu des effets moindres en Afrique subsaharienne que dans d’autres régions. Cela tient peut-être au manque relatif de profondeur des marchés pionniers africains, qui attirent principalement des investisseurs à long terme effectuant des placements directs et réagissant surtout aux données économiques fondamentales des pays destinataires de leurs fonds. Au cours de la période à venir, on peut s’attendre à ce que la volatilité persiste et à ce que les coûts de financement augmentent à mesure que les autorités des économies avancées abandonneront progressivement l’orientation accommodante sans précédent de leur politique monétaire.

Les taux de change réels ont eu tendance à s’apprécier dans tous les groupes de pays, à l’exception des pays à revenu intermédiaire (graphique 1.8). Le mouvement a été très marqué dans des pays comme les Seychelles (15 %) et l’Ouganda (14 %). Dans le reste de la région, les fluctuations ont été beaucoup moins prononcées, mais le plus souvent orientées à la hausse. Dans les pays à revenu intermédiaire, dont les quatre pays membres de la Zone monétaire commune du rand, l’événement marquant a été la dépréciation de la monnaie sud-africaine, amorcée bien avant les tensions observées en juin sur les marchés et qui s’explique par un changement d’humeur des investisseurs à l’égard de l’Afrique du Sud ainsi que par un affaiblissement des prix internationaux de l’or et du platine, entre autres facteurs. Les dix-sept pays dont la monnaie est rattachée à l’euro (à savoir les membres de la CEMAC et de l’UEMOA)5 ont joui d’une relative stabilité de leurs taux de change réels, encore que depuis le milieu de 2012 ceux-ci soient en légère hausse. En dehors de l’Afrique du Sud, les vingt pays dont le régime de change comporte une certaine souplesse voient leur monnaie s’apprécier en valeur réelle depuis fin 2010; cette tendance est particulièrement marquée pour les marchés pionniers et les pays exportateurs de pétrole de ce groupe. Comme cela a déjà été indiqué, outre l’Afrique du Sud, le Ghana, le Kenya et le Nigéria ont vu leurs monnaies se déprécier à la suite de l’annonce faite par la Réserve fédérale américaine du retrait progressif des mesures de relance exceptionnelles.

Graphique 1.8.Afrique subsaharienne: évolution des taux de change réels par groupes de pays traditionnels, 2001–13 (juin)

Sources: FMI, base de données du Système des avis d’information; estimations des services du FMI.

Note: moyenne simple. Le Soudan du Sud, la République démocratique du Congo et le Zimbabwe ne sont pas compris.

Faut-Il se Préoccuper des Déficits des Comptes Extérieurs Courants de l’Afrique Subsaharienne?

Des déficits courants élevés entraînent une dépendance significative à l’égard de l’épargne extérieure, mais l’ampleur de l’IDE atténue le problème dans beaucoup de pays.

Les déficits des comptes extérieurs courants des pays d’Afrique subsaharienne se creusent sensiblement depuis 2007–08, et le déficit médian augmente progressivement depuis 2002. Il y avait eu peu de changements ou même une légère amélioration moyenne pendant les années d’expansion (2004–08), mais, de 2008 à 2012, la dégradation des déficits s’est étendue et accentuée, le déficit moyen (non pondéré en fonction de la dimension des pays) augmentant de quelque 2,5 points de PIB. En fait, la crise financière mondiale a entraîné une hausse importante et persistante du nombre de pays dont le déficit des comptes extérieurs courants dépasse 10 % du PIB (graphiques 1.9 et 1.10) ainsi qu’une diminution du nombre de pays excédentaires.

Graphique 1.9.Afrique subsaharienne: distribution des ratios solde extérieur courant/PIB (quintiles centraux), 2000–13

Sources: FMI, base de données des Perspectives de l’économie mondiale et base de données du Département Afrique.

Graphique 1.10.Afrique subsaharienne: ratio solde extérieur courant/PIB, 2000–13

Sources: FMI, base de données des Perspectives de l’économie mondiale et base de données du Département Afrique.

Note: SEC = solde extérieur courant.

Deux facteurs importants sont à l’origine de la dégradation des soldes extérieurs courants depuis 2007: une hausse des importations et une baisse des transferts officiels (graphique 1.11, panneaux de droite). Les transferts officiels courants en faveur de l’Afrique subsaharienne ont diminué d’à peu près 2 points de PIB par rapport à la période 2005–07, et retrouvé le niveau observé avant l’expansion mondiale qui a commencé en 2005. En même temps, les importations de biens et de services ont augmenté d’environ 4 points de PIB, alors que, en moyenne, les exportations ont accusé un léger repli, du fait surtout de l’évolution observée dans les pays pétroliers. Les autres composantes des comptes extérieurs courants se sont à peu près compensées et n’ont pas accusé de variations significatives depuis la crise.

Graphique 1.11.Afrique subsaharienne: évolution du compte extérieur courant, par groupe de pays, 2001–13

Source: FMI, base de données des Perspectives de l’économie mondiale.

Note: moyenne simple.

L’aggravation des déficits des comptes extérieurs courants depuis le début de la crise mondiale découle à la fois d’une baisse des taux d’épargne et d’une hausse des taux d’investissement. Depuis le début de la crise financière mondiale, les taux d’épargne dans l’ensemble de la région ont diminué de 2,5 points de PIB en moyenne par rapport aux années 2005–07. La baisse du taux d’épargne dans les pays à revenu intermédiaire s’explique en partie par les mesures de relance qui sont restées en place (Afrique du Sud) — encore que, dans ce groupe de pays, l’épargne ait commencé à se redresser l’année dernière, l’expansion antérieure ayant commencé à s’inverser. Dans les pays exportateurs de pétrole, l’épargne nationale a aussi diminué, surtout dans le secteur public, la capacité de dépenses de l’État ayant rattrapé la hausse considérable des recettes budgétaires de la décennie écoulée. De fait, les ratios d’épargne publique de ce groupe de pays ont baissé lors de l’effondrement des prix du pétrole en 2009, mais n’ont pas augmenté par la suite malgré le redressement des prix du brut. Cependant, les ratios d’épargne globaux des pays exportateurs de pétrole restent légèrement supérieurs à leur niveau de la période 2000–04. Dans les pays à faible revenu, les taux d’épargne nationale sont plus stables, sans que l’on puisse discerner de tendance claire pour les taux d’épargne publique ou privée. Dans le même temps, la formation de capital fixe a progressé de quelque 3,5 points de PIB, en partie sous l’effet d’une nette augmentation de l’IDE dans les activités minières et les infrastructures. Bien qu’il y ait des différences entre groupes de pays, ils ont en commun que leurs soldes extérieurs courants se sont dégradés, en moyenne, après la crise financière mondiale, en raison surtout de la montée régulière des taux d’investissement (graphique 1.11, panneaux de gauche). Depuis 2008, les conditions financières favorables à l’échelle mondiale permettent aux pays d’Afrique subsaharienne de développer leur stock de capital fixe en mobilisant l’épargne extérieure.

Il peut être compliqué de se faire une idée exacte des sources de financement dans la région en raison des graves déficiences statistiques (graphiques 1.12 et 1.13). Quoi qu’il en soit, selon les données officielles, plus de la moitié du déficit des comptes extérieurs courants de l’Afrique subsaharienne6 de ces quatre dernières années a été financée par l’IDE (y compris les prêts entre sociétés). Les flux nets d’investissements de portefeuille ont été négatifs en moyenne et positifs dans quelques pays seulement. En outre, l’accumulation nette de dette officielle représente quelque 2 points de PIB. Dans les États fragiles, les allégements de dette consentis de 2006 à 2010 ont donné aux États une marge supplémentaire pour effectuer des emprunts, y compris auprès de sources multilatérales. Les transferts nets de capitaux ont été une source importante de financements non créateurs de dette (2 points de PIB en moyenne); il s’agit essentiellement de la composante en capital de l’aide étrangère. Le poste «erreurs et omissions» est élevé dans les États fragiles, ce qui tient surtout aux déficiences statistiques (voir annexe 1.1).

Graphique 1.12.Afrique subsaharienne: balance des paiements, moyenne pour 2009–12

Source: FMI, base de données des Perspectives de l’économie mondiale.

Graphique 1.13.Afrique subsaharienne: financement du compte extérieur courant, moyenne 2009–12

Source: FMI, base de données des Perspectives de l’économie mondiale.

Le nombre de pays bénéficiant d’entrées nettes d’IDE supérieures à 5 points de PIB a doublé après 2006. Dans neuf cas, les entrées d’IDE ont progressé de plus de 5 points de PIB en moyenne annuelle pendant la période 2007–12 par rapport à 2000–06. De 2007 à 2012, les entrées annuelles moyennes d’IDE ont dépassé 5 points de PIB dans dix-huit pays, contre neuf pays entre 2000 et 2006. Ces investissements correspondaient à des projets de développement de la production d’énergie et d’extraction de ressources naturelles ainsi qu’à des activités connexes, projets encouragés par les prix élevés des produits de base (par exemple les grands projets de développement de la production de gaz naturel liquéfié au Mozambique et d’extraction de minerai de fer en Sierra Leone). En revanche, l’IDE a été relativement moins élevé en Afrique du Sud, où ce sont les investissements de portefeuille qui ont joué le plus grand rôle.

Néanmoins, plusieurs pays affichent des déficits courants prononcés depuis 2007, même si l’on neutralise l’effet des flux liés à l’IDE. Ce sont, entre autres, le Burundi, le Cap-Vert, la Gambie, la Guinée, le Libéria, Maurice, le Rwanda, le Togo et le Zimbabwe. Ces déficits ont été largement financés par l’endettement extérieur net, bien que, dans certains pays (notamment la Guinée, le Libéria et le Togo), l’encours de la dette ait en fait diminué en raison des allégements consentis.

Les soldes extérieurs courants devraient se redresser à moyen terme (graphique 1.14), le solde médian s’améliorant d’environ 4 points de PIB de 2012 à 2018, du fait notamment que les projets en cours financés par l’IDE arriveront à maturité et que les capacités d’exportation vont se développer. Ces effets devraient être partiellement compensés par les rapatriements de bénéfices des investisseurs étrangers. La part des déficits non financée par l’IDE devrait aussi s’améliorer pendant cette période, ce qui inverserait dans une large mesure la dégradation observée depuis 2007. Cependant, le déficit extérieur courant devrait encore dépasser 5 % du PIB dans un grand nombre de pays et s’aggraver sensiblement à court terme dans certains (dont le Burundi, la Côte d’Ivoire, le Gabon, la Guinée et le Mozambique).

Graphique 1.14.Afrique subsaharienne: ratio solde extérieur courant/PIB, 2012–18

Sources: FMI, base de données des Perspectives de l’économie mondiale et base de données du Département Afrique.

Note: SEC = solde extérieur courant.

Graphique 1.15.Afrique subsaharienne: distribution des ratios dette extérieure/PIB (quintiles centraux), 2000–13

Sources: FMI, base de données des Perspectives de l’économie mondiale et base de données du Département Afrique.

Là où les déficits sont surtout financés par l’IDE, les risques sont limités parce que, pour l’essentiel, cette source de financement ne crée pas d’endettement et s’est avérée très fiable dans les périodes difficiles. La dépendance à l’égard des flux de portefeuille comporte des risques additionnels; ce type de financement est particulièrement important en Afrique du Sud, dont le financement du déficit courant se heurte à une certaine volatilité, surtout depuis juin de cette année. Bien que les déficits des comptes extérieurs courants soient élevés et largement répandus en Afrique subsaharienne, les ratios dette/PIB restent en moyenne assez bas. À la fin de 2013, l’encours de la dette ne devrait dépasser 50 % du PIB que dans six pays d’Afrique subsaharienne (graphiques 1.15 et 1.16). Toutefois, en dépit d’une progression récente, les réserves de change restent basses dans les pays à faible revenu et les États fragiles; dans certains pays (Cap-Vert, Madagascar, Maurice, Namibie, Niger, Tanzanie), le niveau d’endettement extérieur a sensiblement progressé du fait de l’aggravation du déficit des comptes extérieurs courants de 2008 à 2012.

Graphique 1.16.Afrique subsaharienne: ratio dette extérieure/PIB, 2000–13

Sources: FMI, base de données des Perspectives de l’économie mondiale et base de données du Département Afrique.

Note: DE = dette extérieure.

Cependant, le financement des déficits par l’IDE comporte des aléas spécifiques. Les pays concernés s’exposent au risque d’un tassement de la demande interne — avec des conséquences négatives sur l’emploi et l’activité économique — si les entrées d’investissements directs (et les activités de travaux publics qui y sont liées) venaient à diminuer à la suite d’un resserrement des conditions financières mondiales ou d’une réévaluation de la viabilité économique des projets.

Là où les déficits sont financés par des emprunts extérieurs, les pays pour lesquels il existe déjà un certain risque de surendettement pourraient être vulnérables, surtout quand les emprunts ne sont pas contractés à des conditions concessionnelles. Il convient aussi de se préoccuper de la qualité et de la viabilité économique des investissements financés par l’emprunt en sélectionnant les projets et en fixant leur ordre de priorité avec soin.

Analyse des Scénarios: Les Variations des Prix des Produits de Base

Dans cette section, nous construisons deux scénarios — l’un tablant sur une baisse des prix, l’autre sur une hausse par rapport au scénario de référence — pour analyser les conséquences de chocs temporaires sur les prix des produits de base (tableau 1.5). Il s’agit de modèles d’équilibre partiel et, pour l’un comme pour l’autre, nous ne considérons pas explicitement l’origine du choc ni ne formulons un ensemble complet d’hypothèses de croissance dans les autres régions. Nous examinons les effets des chocs de prix sur la croissance de la production, l’inflation, le solde extérieur courant et les réserves de change.

Tableau 1.5.Hypothèses des scénarios
RéférenceBaisseHausse
201320142015201320142015201320142015
Prix du pétrole (dollars/baril)11029893987470106115110
Indice des prix des métaux (indice,2005 = 100)2182171172175132131191215218
Prix du cuivre (dollars/tonne)7.1856.8556.9216.8915.2415.2217.5218.6948.859
Prix de l’or (dollars/once troy d’or fin)1.3861.2511.2671.3339789771.4451.5571.589
Indice des prix alimentaires (indice, 2005 = 100)3174162159166119115179188185
Café, autres arabicas doux(cents américains/livre)138133141133106112146176189
Sources: FMI, base de données des Perspectives de l’économie mondiale; calculs des services du FMI.

Les hypothèses relatives aux prix des produits de base retenues dans les deux scénarios (tableau 1.5) correspondent aux évaluations faites par le marché des risques liés aux anticipations des cours futurs7. Dans le scénario de baisse, ces prix diminuent sensiblement par rapport au niveau de référence à partir du second semestre de 2013, mais influent davantage sur la prévision pour 2014. Plus précisément, en 2014 ils sont inférieurs en moyenne de quelque 26 % au niveau de référence pour tous les principaux produits de base considérés dans le scénario — chiffre choisi parce que les marchés de produits dérivés intègrent une probabilité de 10 % que les prix tombent à ce niveau ou plus bas. Le scénario de hausse suppose qu’en 2014 les prix des produits de base dépassent de 19 % en moyenne le niveau de référence — les marchés estimant à 10 % la probabilité qu’ils atteignent au moins ce niveau. Comme dans les précédentes éditions des Perspectives économiques régionales, des prévisions macroéconomiques distinctes sont formulées dans le cadre de chaque scénario pour 14 des principales économies de la région8. Bien que le recul des prix des produits de base soit prononcé dans le scénario de baisse, ils resteraient élevés au regard des normes historiques.

L’incidence sur les soldes extérieurs serait significative. Le scénario de baisse entraînerait chaque année une dégradation moyenne du solde extérieur courant d’environ 2 points de PIB de la région. Alors que le coût des importations diminuerait (de 1,1 point de PIB en 2014), surtout dans les pays importateurs de pétrole comme le Kenya, le Sénégal et la Tanzanie, les exportations en valeur baisseraient de 3,8 points de PIB en 2014, le recul étant particulièrement marqué chez les exportateurs de pétrole et de métaux. L’Angola, la République démocratique du Congo et la Zambie compteraient parmi les plus pénalisés. Sachant que le solde moyen de la balance commerciale en Afrique subsaharienne s’est dégradé de 5,5 points de PIB en 2009 et que, en moyenne, les réserves de change ont été amplement reconstituées depuis la crise, un choc de l’ordre de grandeur retenu dans ce scénario serait gérable au niveau actuel des amortisseurs externes dans presque tous les pays. En effet, les réserves de change ne diminuent en moyenne que de 0,6 mois d’importations dans le scénario de baisse par rapport au scénario de référence. Cependant, certains pays riches en ressources naturelles se trouveraient en situation délicate parce que leurs recettes d’exportation dépendent d’un petit nombre de produits de base. Même certains des pays les mieux préparés pourraient épuiser une portion significative de leurs marges de précaution dans ce scénario.

Dans les deux scénarios, l’incidence sur la croissance de la production serait relativement modérée en moyenne, mais importante dans certains pays qui sont tributaires des ressources naturelles (graphique 1.17). La croissance du PIB réel de la région (représentée par l’échantillon de 14 pays) serait en moyenne inférieure d’à peu près 0,5 point chaque année dans le scénario de baisse, alors qu’elle serait supérieure dans une proportion analogue avec le scénario de hausse. L’effet serait beaucoup plus marqué en Angola et en République démocratique du Congo. La croissance n’en resterait pas moins positive dans tous les cas. Comme on peut s’y attendre, les pays n’exportant pas de ressources naturelles sont généralement à l’abri de ces évolutions, et leurs taux de croissance devraient varier de façon négligeable (par exemple l’Éthiopie et l’Ouganda).

Graphique 1.17.Afrique subsaharienne: scénarios concernant les prix des produits de base

Sources: FMI, base de données des Perspectives de l’économie mondiale; estimations des services du FMI.

Note: IPC = indice des prix à la consommation.

À l’échelle de la région, les effets sur l’inflation des chocs sur les prix des produits de base seraient assez modérés en moyenne. Dans le scénario de hausse, l’inflation mesurée par l’indice des prix à la consommation dépasserait le niveau de référence de 1,2 point en 2014, puis cet effet se dissiperait progressivement en 2015. Toutefois, les pays tels que la Tanzanie et l’Ouganda, qui ont récemment connu des poussées d’inflation, s’avèrent plus sensibles au scénario de hausse. Ils auraient temporairement des taux d’inflation supérieurs à 10 %. Dans presque tous les cas, une baisse des prix des produits de base atténuerait les tensions inflationnistes; néanmoins, elle pourrait avoir un effet inverse dans certains pays si le recul des prix à l’exportation devait entraîner une forte dépréciation du taux de change ou la monétisation des importants déficits publics engendrés par les pertes de recettes provenant des ressources naturelles.

Les résultats représentent la limite inférieure des effets de ces chocs. L’une des raisons à cela est que, si le scénario de baisse se matérialisait, il serait sans doute accompagné d’autres facteurs défavorables, notamment ceux qui déterminent les variations des prix des produits de base — par exemple un ralentissement des investissements en Chine (encadré 1.1) — qui n’ont pas été modélisés ici. Une autre raison est que le scénario présenté ici correspond à un choc négatif d’une durée assez brève (moins de 18 mois).

À ce propos, les cours des produits de base connaissent depuis 2000 ce que l’on qualifie souvent de «supercycle», c’est-à-dire une tendance durable à la hausse causée par le développement séculaire des économies de marché émergentes, notamment la Chine et l’Inde, renforcé par l’abondance de liquidités dans le monde. Avec la décélération des économies de marché émergentes et le développement de nouvelles sources de production de certains de ces produits, il est tout à fait possible que l’évolution tendancielle des prix change, voire s’inverse complètement. Cela paraît encore peu probable aujourd’hui, mais cette incertitude pourrait peser sur le développement des projets et sur l’investissement. Pour les pays riches en ressources naturelles, cela met en évidence la nécessité d’améliorer leur cadre macrobudgétaire pour lui donner un caractère plus prospectif et de poursuivre les réformes structurelles dans le but d’encourager les secteurs autres que celui des ressources naturelles.

Risques, Enjeux et Recommandations

Les risques à court terme

Les risques qui pèsent à court terme sur les perspectives économiques de la région sont au nombre de trois.

  • Nouveau ralentissement de l’économie mondiale. Une nouvelle décélération de la croissance mondiale (qui reste faible et exposée à des aléas négatifs), surtout en Chine, ferait diminuer les exportations (en raison essentiellement de la baisse des prix des matières premières) et réduirait les flux d’aide et d’IDE. Un repli prononcé ou prolongé des cours du pétrole et des autres produits de base pénaliserait les exportateurs de matières premières qui ne disposent pas d’amortisseurs budgétaires suffisants (Angola, République démocratique du Congo), mais bénéficierait aux importateurs de pétrole.

  • Renversement des flux de capitaux. L’Afrique du Sud et certains pays pionniers tels que le Ghana, de même que le Nigéria, sont aussi à la merci d’un renversement généralisé et persistant des flux de capitaux financiers qui pourrait se produire si les conditions monétaires mondiales venaient à se durcir à la suite d’un début de normalisation de la politique monétaire aux États-Unis. Il est possible qu’un resserrement des conditions monétaires (ou un nouveau changement des anticipations) aux États-Unis entraîne un regain de tensions sur les marchés financiers, ce qui aurait des répercussions sur les conditions financières des pays africains les plus intégrés sur le plan financier, dont certains prévoient d’émettre des obligations dans les mois à venir.

  • Risques d’origine locale. Les risques de troubles civils restent élevés, en particulier au Sahel, et pourraient s’amplifier dans un environnement de croissance faible. Si la situation politique s’est peu à peu stabilisée au Mali, des retombées de ce conflit sur les pays voisins ne sont pas à exclure. L’apparition de problèmes de sécurité dans le Nord du Nigéria constitue une menace, même si, pour le moment, ils restent géographiquement circonscrits. En République centrafricaine, la persistance de l’instabilité politique pèse lourdement sur l’activité économique.

Les politiques macroéconomiques et financières devraient avoir pour objectif primordial de préserver la stabilité. Pour certains pays, cela supposerait de reconstituer les amortisseurs qui ont été entièrement utilisés; pour d’autres, de redoubler d’efforts pour maîtriser l’inflation. Dans tous les pays, il importe avant tout d’encourager les investissements privés productifs. Les recommandations de politique économique formulées dans les éditions précédentes de ce rapport restent généralement d’actualité.

  • Politique budgétaire. Même si la plupart des pays de la région ne sont pas endettés au point d’avoir du mal à financer leurs déficits, beaucoup d’entre eux pourraient avoir des difficultés à trouver des fonds pour financer un creusement de leur déficit en cas de repli de l’activité. Cela met en évidence la nécessité, pour un certain nombre de pays, de reconstituer leurs amortisseurs budgétaires, surtout ceux pour lesquels la dynamique de la dette est défavorable et ceux qui sont particulièrement vulnérables à une évolution négative des cours des produits de base. Dans la plupart des cas, pour reconstituer les amortisseurs budgétaires, il faudra à la fois endiguer les dépenses et accroître les recettes. Dans certains pays à revenu intermédiaire, dont l’Afrique du Sud et le Ghana, la nécessité de freiner l’accumulation de dette suppose de mener à bien le rééquilibrage prévu des finances publiques. Dans la plupart des pays à faible revenu et des États fragiles, l’accent doit être mis sur l’élargissement de la base d’imposition pour financer les investissements et répondre aux besoins sociaux, tout en compensant la diminution de l’aide extérieure. Du côté des dépenses, il convient avant tout de contenir la taille relative de la masse salariale publique et de rationaliser les subventions énergétiques et les autres subventions non ciblées tout en continuant d’améliorer la sélection des projets et les capacités d’exécution.

  • Politiques monétaire et de taux de change. Dans l’ensemble, le cadre de la politique monétaire reste approprié et les pressions inflationnistes sont contenues dans la plupart des pays. Dans ceux, comme le Malawi, où l’inflation demeure élevée, une politique monétaire restrictive s’impose. Les pays dont la balance des paiements est mise à mal par la baisse des cours des produits de base et le renversement des flux de capitaux devraient laisser leur monnaie s’ajuster lorsque cela est possible. Certaines autorités monétaires pourraient être amenées à envisager des interventions sur le marché des changes pour empêcher un dérèglement des marchés.

  • Climat d’investissement. Afin de continuer à attirer des capitaux étrangers pour développer les infrastructures et la capacité productive de leur pays, les autorités d’Afrique subsaharienne devraient s’employer activement à améliorer encore le climat des affaires, avec l’assistance technique de la communauté internationale, notamment en engageant les réformes requises dans le domaine de la politique et de l’administration fiscales ainsi qu’en simplifiant la réglementation et les démarches administratives.

Les enjeux de la politique économique à moyen et long terme

Dans un grand nombre de pays, le déficit extérieur courant est élevé en raison surtout de l’ampleur des IDE, qui sont effectués généralement dans les secteurs axés sur l’exportation. Dans ce cas, la vulnérabilité du pays à une évolution défavorable des financements extérieurs est atténuée par le fait que ceux-ci n’accroissent pas sensiblement la dette. Cela dit, une contraction des financements au niveau mondial pourrait entamer la capacité des investisseurs étrangers à exécuter leurs projets dans les pays de destination, de sorte qu’un renversement des flux d’investissement pourrait quand même avoir un effet négatif sur la demande interne et la capacité de production de ces pays. Plus particulièrement, pour les projets dans leurs phases initiales, le risque est grand que ceux-ci connaissent des retards et soient redimensionnés. Pendant leur phase d’exploitation, ils rendront inévitablement les pays plus vulnérables aux fluctuations des cours des produits de base, d’où la nécessité de mettre en place des structures idoines pour gérer cette instabilité.

Cependant, dans un petit nombre de pays caractérisés par un ratio d’endettement en augmentation ou une épargne intérieure faible, ou les deux à la fois, le déficit courant doit être surveillé de plus près et des ajustements budgétaires pourraient s’avérer nécessaires. En particulier, les pays à faible revenu en plein essor devront diversifier leurs sources de financement pour se doter d’infrastructures, car les transferts de capitaux pourraient diminuer en raison du resserrement des conditions financières dans les pays donateurs et d’une moindre disposition à fournir des concours alors que les pays bénéficiaires continuent de se développer. Les politiques budgétaires pourraient aider à mettre en place des sources de financement plus fiables en mobilisant l’épargne intérieure et en attirant le capital-risque étranger dans le cadre de partenariats public–privé. Enfin, il convient de continuer à améliorer la qualité des statistiques de balance des paiements afin de mieux apprécier les risques extérieurs pour la région.

À court et moyen terme, les programmes d’investissement pourraient être menacés. En effet, les pays qui bénéficient d’un afflux d’IDE sont exposés au risque que la dégradation des perspectives pour les prix des produits de base, le durcissement des conditions de financement dans le monde et une accentuation généralisée des incertitudes concernant les perspectives de croissance mondiale n’incitent les investisseurs à revoir à la baisse ou à différer certains projets. Cela pourrait se traduire par une diminution des offres d’emplois et de la demande intérieure sous l’effet du ralentissement des activités de construction et par une croissance plus faible que prévu de la production et des exportations à moyen terme.

Pour contrer ce risque, il convient de mettre en œuvre avec une vigueur renouvelée des politiques structurelles visant à améliorer la productivité et à promouvoir la diversification économique. Il importe surtout de remédier aux goulets d’étranglement qui existent dans les infrastructures, en particulier aux pénuries d’énergie et à la mauvaise qualité des réseaux de transport. L’insuffisance des capacités de production d’électricité constitue une contrainte qui pèse lourdement sur la croissance dans la grande majorité des pays.

La croissance économique de l’Afrique subsaharienne a contribué à faire reculer la pauvreté. Le taux de pauvreté (c’est-à-dire le pourcentage de personnes vivant avec moins de 1,25 dollar par jour) a sensiblement diminué dans les pays à revenu faible et intermédiaire, encore que l’amélioration moyenne observée dans la région soit tirée vers le bas par la lenteur des progrès réalisés dans les États fragiles et les pays exportateurs de pétrole. Cependant, malgré les progrès considérables qui ont été accomplis dans plusieurs domaines tels que la mortalité maternelle et la mortalité infantile, il semble que l’Afrique subsaharienne ne sera pas en mesure d’atteindre la plupart des objectifs du Millénaire pour le développement (OMD) à l’horizon 2015, y compris celui d’une réduction de moitié de la pauvreté (encadré 1.3).

La réalisation des OMD nécessitera davantage d’efforts, et les pays devraient prendre des mesures pour que les bienfaits de la croissance économique soient mieux partagés. Il apparaît que, dans bien des cas, la croissance relativement vigoureuse observée dans la plupart des pays de la région au cours de la décennie écoulée s’est accompagnée d’une accentuation des inégalités de revenu (encadré 1.4). Les données recueillies dans le cadre de diverses études indiquent que les politiques publiques devraient avoir pour objectif de fournir un soutien ciblé dans les domaines clés, notamment le secteur agricole.

Conclusion

D’après les projections, l’Afrique subsaharienne devrait connaître une croissance vigoureuse à moyen terme, comme ce fut le cas pendant une bonne partie de la décennie écoulée. Les activités d’exportation et les investissements connexes ont été des moteurs importants de la croissance dans de nombreux pays et le resteront. L’investissement a eu pour effet secondaire que le déficit courant s’est creusé dans un grand nombre de cas. Cependant, ces déficits devraient s’atténuer à mesure que les projets entreront dans la phase de production.

Comme l’explique le chapitre 2, cela ne veut pas dire que l’évolution de la croissance en Afrique subsaharienne peut être réduite au développement des industries extractives axées sur l’exportation. La croissance a aussi été vigoureuse dans un grand nombre de pays dépourvus de ressources naturelles, où elle s’est généralement appuyée sur l’amélioration des politiques macroéconomiques et des institutions, ce qui a conduit à un meilleur climat des affaires, comme cela est noté dans les éditions précédentes des Perspectives économiques régionales. La croissance peut bénéficier de stratégies qui accordent l’attention voulue à l’amélioration continue de l’environnement économique intérieur, soutiennent la productivité agricole et visent en priorité la santé et les qualifications de la population. Les progrès accomplis dans ces domaines doivent être préservés et amplifiés.

Pendant la période à venir, les économies de la région devront composer avec un environnement mondial présentant de nouveaux défis mais aussi de nouvelles possibilités pour les responsables nationaux. Les économies de la région sont de plus en plus nombreuses à pouvoir recourir aux marchés de capitaux internationaux, ce qui multiplie leurs possibilités de financement, mais les expose aussi à la volatilité qui caractérise les flux de portefeuille. Il est vraisemblable que le retrait attendu des mesures de relance monétaire dans les pays avancés entraîne des tensions sur les marchés financiers mondiaux pendant la période à venir. Étant donné que les pays de la région sont de plus en plus nombreux à s’intégrer davantage aux marchés de capitaux internationaux, cette évolution va revêtir une importance croissante (voir chapitre 3).

Encadré 1.2.Dette publique: risques anciens et nouveaux

Dans l’édition de mai 2013 des Perspectives économiques régionales: Afrique subsaharienne, nous avons présenté un bref aperçu de l’évolution tendancielle de la dette publique dans les pays de la région. Plusieurs d’entre eux profitent des possibilités d’emprunt créées par les allégements de dette consentis au cours de la décennie écoulée. C’est ainsi que les ratios d’endettement sont en forte hausse: dans six pays1, le ratio dette/PIB a augmenté d’au moins 5 points depuis que ces pays ont obtenu un allégement de dette, et il atteint 40 % ou plus.

Certains des nouveaux prêts ont été accordés à des conditions non concessionnelles, ce qui s’explique par l’émergence de nouveaux bailleurs de fonds et créanciers, et par un regain d’intérêt des investisseurs internationaux à l’égard de ces pays. Du point de vue des politiques du FMI en ce qui concerne l’endettement, les emprunts de ce type peuvent avoir lieu dans le cadre des programmes appuyés par le FMI à condition que cela n’ait d’incidence préoccupante ni sur la viabilité de la dette ni sur les capacités de l’État. L’accès à cette nouvelle forme de financement a permis aux gouvernements, entre autres choses, d’accélérer les investissements dans les infrastructures. Mais il les a aussi exposés à de nouveaux risques (en particulier une hausse des taux d’intérêt et les risques de refinancement).

Afin d’apprécier l’importance de ces risques pour la viabilité de la dette, nous avons examiné de façon plus détaillée le cas de deux des six pays susmentionnés, le Ghana et le Sénégal. Dans ces pays, la dynamique de la dette a été mue récemment par la hausse du déficit budgétaire. Au Sénégal, cela tient à la fois à la hausse tendancielle des investissements dans les infrastructures et aux mesures anticycliques prises par les pouvoirs publics face à la crise financière de 2008–09; au Ghana, c’est la hausse des dépenses courantes, en particulier au titre des salaires et des subventions, qui a joué un rôle déterminant. Nous avons examiné quatre scénarios de risque différents, qui tiennent compte à la fois des nouveaux facteurs de risque (hausse des taux d’intérêt mondiaux et risques de refinancement) et des risques «traditionnels» (creusement des déficits budgétaires et repli de la croissance économique).

Pour le Sénégal, il ressort de l’analyse du scénario que la croissance économique et les résultats budgétaires demeurent les principaux facteurs déterminants de la viabilité de la dette (graphique 1.2.1). Une croissance nettement plus faible que prévu actuellement ou l’absence de rééquilibrage des finances publiques, contrairement à l’hypothèse retenue dans le scénario de référence, entraînerait une dynamique d’endettement intenable. Ces résultats concordent avec ceux des analyses de viabilité de la dette réalisées antérieurement et expliquent que les autorités aient placé la réduction du déficit budgétaire et une croissance soutenue au cœur de leur programme. Les nouveaux facteurs de risque (scénarios 1 et 2) ont aussi des effets déstabilisateurs, mais dans une moindre mesure, parce que, jusqu’à présent, le Sénégal n’a eu recours que de façon limitée à des prêts extérieurs non concessionnels. Ces risques pourraient toutefois s’accentuer à moyen terme puisque le Sénégal aura vraisemblablement davantage recours aux marchés (internationaux ou régionaux) pour se financer. De ce point de vue, une gestion prudente des finances publiques et un nouveau renforcement des capacités de gestion de la dette demeurent hautement souhaitables.

Graphique 1.2.1.Sénégal: valeur actualisée de la dette publique

Source: calculs des services du FMI.

Au Ghana, le rééquilibrage des finances publiques s’impose dans les années qui viennent (et c’est l’hypothèse retenue dans le scénario de référence), faute de quoi la dette du secteur public pourrait s’engager sur une trajectoire non soutenable (scénario 3; graphique 1.2.2). En outre, une hausse des taux d’intérêt mondiaux alourdirait le service de la dette, tandis qu’une perte d’intérêt persistante de la part des investisseurs internationaux pour les instruments de dette des «marchés pionniers» pourrait créer de graves problèmes. Selon ce scénario, le recours aux emprunts intérieurs, pour compenser la perte de financements extérieurs, accentuerait la hausse des taux d’intérêt intérieurs, et l’éviction des investisseurs privés qui en résulterait freinerait la croissance. Dans l’hypothèse d’une fermeture pendant trois ans de l’accès aux marchés internationaux (sans refinancement des titres nationaux) — un scénario extrême — et en l’absence de mesures compensatoires de la part des pouvoirs publics, le choc ferait chuter les réserves officielles à environ 1 mois d’importations à moyen terme, et la dette publique atteindrait plus de 70 % du PIB. Même si ce scénario décrit un événement qui a très peu de chances de se produire et qui susciterait normalement une réaction des pouvoirs publics, il illustre néanmoins à quel point le recours croissant aux flux de capitaux privés expose le Ghana à de nouveaux risques.

Graphique 1.2.2.Ghana: valeur actualisée de la dette publique

Source: calculs des services du FMI.

On le voit, si l’accès aux prêts non concessionnels s’est révélé utile pour beaucoup de pays d’Afrique subsaharienne, il expose aussi ces pays à de nouveaux risques qui peuvent jouer un rôle important. Les gouvernements doivent donc soigneusement évaluer ces risques et se munir d’amortisseurs pour y faire face s’ils venaient à se concrétiser.

Cet encadré a été préparé par John Wakeman-Linn et Borislava Mircheva.1 Gambie, Ghana, Malawi, São Tomé-et-Príncipe, Sénégal et Tanzanie, à fin 2012.

Encadré 1.3.La réalisation des objectifs du Millénaire pour le développement (OMD) en Afrique subsaharienne

Tandis que l’horizon 2015 se rapproche, l’Afrique subsaharienne risque d’être la seule grande région en développement du monde à ne pas pouvoir atteindre les OMD dans les délais fixés (graphique 1.3.1). En particulier, alors que l’objectif de réduction de moitié de l’extrême pauvreté a déjà été atteint à l’échelle mondiale grâce aux progrès rapides accomplis dans les pays d’Asie de l’Est et du Pacifique, en Amérique latine et aux Caraïbes, ainsi qu’au Moyen-Orient et en Afrique du Nord, l’Afrique subsaharienne a encore beaucoup de retard à cet égard. Cependant, dans certains domaines, elle a nettement progressé, au même titre que le reste du monde, notamment en ce qui concerne l’égalité femmes–hommes ainsi que l’accès à l’eau potable et l’assainissement.

Graphique 1.3.1.Principales régions: degré de réalisation des objectifs du Millénaire pour le développement, 2010–11

(Pourcentage de pays par région)

Sources: Banque mondiale, Indicateurs du développement dans le monde; estimations des services du FMI.

En Afrique subsaharienne, les indicateurs relatifs à la santé et à l’éducation s’améliorent moins vite qu’il ne le faudrait pour atteindre les objectifs de 2015. Il est peu probable que l’objectif consistant à donner à tous les enfants les moyens d’achever un cycle complet d’études primaires soit atteint (il est actuellement hors d’atteinte dans plus de 55 % des pays d’Afrique subsaharienne). Bien que la réduction de la mortalité infantile et maternelle ait nettement progressé ces dernières années (57 % et 68 % des pays de la région, respectivement, sont en passe d’atteindre ces deux objectifs ou en bonne voie pour le faire), il faudra, pour y parvenir, mobiliser des ressources considérables et améliorer l’efficience des dépenses de santé et d’éducation.

Les progrès de l’Afrique subsaharienne concernant la réalisation des OMD varient selon l’objectif, le pays et le groupe de pays considérés (graphiques 1.3.2 et 1.3.3). Globalement, le rythme de progrès s’accélère régulièrement; ainsi, les pays de la région qui ont progressé dans la réalisation d’au moins cinq des sept objectifs étaient au nombre de dix en 2012, alors qu’ils n’étaient que six en 2010. Les différents pays ne sont pas tous partis du même point, ce qui explique en partie que le rythme de progression des pays à revenu intermédiaire et des grands pays d’Afrique subsaharienne ait ralenti, alors qu’il s’est accéléré dans les pays à faible revenu et ceux qui ne sont pas tributaires des ressources naturelles. Dans ce second groupe de pays, huit figurent aujourd’hui parmi les pays de la région ayant le plus progressé dans la réalisation des OMD (Bénin, Burkina Faso, Éthiopie, Gambie, Malawi, Mali, Ouganda et Rwanda) alors qu’ils n’étaient que quatre (Burkina Faso, Éthiopie, Gambie et Ouganda) auparavant.

Graphique 1.3.2.Afrique subsaharienne: positions de départ et degré de réalisation des objectifs du Millénaire pour le développement, 2010/11

Sources: Banque mondiale, Indicateurs du développement dans le monde; estimations des services du FMI.

Graphique 1.3.3.Afrique subsaharienne: classement des pays par le degré de réalisation des objectifs du Millénaire pour le développement, 2012

Sources: Banque mondiale, Indicateurs du développement dans le monde; Center for Global Development; estimations des services du FMI.

Note: Le degré de réalisation des OMD est mesuré par un score global qui porte, pour chaque pays, sur les sept OMD. Plus précisément, il s’agit de la somme des résultats pour tous les objectifs (le score pour chaque pays allant de 0 à 7, qui est le progrès maximal), chaque objectif recevant l’une des trois valeurs possibles (0, 0,5 ou 1) en fonction des progrès réalisés par rapport à une trajectoire obligatoire prédéfinie.

Pour atteindre ses objectifs, chaque pays a suivi une trajectoire unique déterminée par son point de départ, son rythme de croissance et la qualité de ses institutions. De façon générale, un PIB par habitant élevé en 1990 ainsi qu’une croissance plus forte et plus équilibrée les années suivantes sont associés à des progrès plus marqués dans la réalisation des OMD. En particulier, des politiques et des institutions de meilleure qualité (mesurée par le score EPIN de la Banque mondiale), conjuguées à une hausse des dépenses sociales, se sont révélées essentielles pour la réalisation des OMD liés à l’éducation et à la santé.

Une croissance plus rapide et dont les bienfaits sont mieux partagés est indispensable pour réduire la pauvreté de façon plus décisive. À l’échelle de la région, près de la moitié de la population vivait encore avec moins de 1,25 dollar par jour en 2011, malgré l’accélération de la croissance par rapport à la décennie précédente. Environ 19 seulement des 45 pays d’Afrique subsaharienne remplissent au moins une partie des critères nécessaires pour réduire de moitié la pauvreté extrême d’ici à 2015. Cela semblerait indiquer que, dans un grand nombre de pays, notamment certains pays exportateurs de pétrole (Gabon, République du Congo, Tchad) et États fragiles (Burundi, République démocratique du Congo, Zimbabwe), la croissance économique doit s’accélérer et ses bienfaits doivent être mieux partagés.

Cet encadré a été préparé par Dalmacio Benicio.

Encadré 1.4.Les bienfaits de la croissance ont-ils été bien répartis en Afrique subsaharienne?

Une question qui revient souvent au sujet de l’accélération de la croissance en Afrique subsaharienne depuis le milieu des années 90 est celle de savoir dans quelle mesure les bienfaits de cette croissance ont été équitablement partagés et ont permis de relever le niveau de vie de la majorité de la population, en particulier des pauvres. L’édition d’octobre 2011 des Perspectives économiques régionales: Afrique subsaharienne examinait l’expérience de six pays (Cameroun, Ghana, Mozambique, Ouganda, Tanzanie et Zambie) et concluait que la croissance économique avait bénéficié au quartile le plus pauvre de la population dans tous les pays à l’exception de la Zambie, encore que des données plus récentes indiquent que la situation se soit améliorée en Zambie aussi pendant la période 2006–10. Au cours de la période récente, la croissance a bénéficié davantage au quartile le plus pauvre qu’à la population considérée dans son ensemble au Cameroun, en Ouganda et en Zambie (la barre verte plus haute que la barre bleue sur le graphique 1.4.1).

Graphique 1.4.1.Afrique subsaharienne: répartition des bienfaits de la croissance selon le pays

Sources: enquêtes nationales sur les ménages; Banque mondiale, Indicateurs du développement dans le monde.

La mesure dans laquelle la croissance profite à l’ensemble de la population est un thème qui est abordé de plus en plus souvent lors des entretiens entre le FMI et les autorités des pays d’Afrique subsaharienne sur leur politique économique. En juillet 2013, vingt-trois équipes-pays du FMI avaient effectué une analyse diagnostique à ce sujet, en s’appuyant essentiellement sur des enquêtes auprès des ménages, pour déterminer dans quelle mesure les bienfaits de la croissance avaient été équitablement répartis dans les différents pays d’Afrique subsaharienne, en recensant les obstacles qui subsistent et en formulant des conseils adaptés pour progresser dans ce domaine. Prenons l’exemple de cinq pays.

  • En République du Congo, pays producteur de pétrole, les bienfaits de la croissance n’ont pas été répartis de façon très équitable. Malgré l’abondance des recettes pétrolières (environ 1.000 dollars par habitant) et une croissance soutenue d’environ 4 % par an au cours des quinze dernières années, plus de la moitié de la population continue de vivre dans la pauvreté, et une forte proportion est exclue des activités génératrices de revenus. Le secteur pétrolier, par nature, ne profite pas également à tout le monde, et la diversification de l’économie est entravée par un climat des affaires défavorable. De plus, les infrastructures en place (routes, énergie, eau) restent très déficientes. L’asymétrie entre les qualifications recherchées par les employeurs et celles des demandeurs d’emploi, qui résulte de la mauvaise qualité du secteur éducatif, se traduit par un niveau élevé de chômage et de sous-emploi. L’action des pouvoirs publics devrait viser à remédier à ces insuffisances, en donnant la priorité à l’investissement dans les infrastructures et au renforcement des capacités d’investissement, à l’amélioration du climat des affaires et au développement des secteurs à forte intensité de main-d’œuvre qui ne sont pas tributaires des ressources épuisables.

  • Au Botswana, en Namibie et à Maurice, trois pays à revenu intermédiaire bien établis, les bienfaits de la croissance ont commencé récemment à être moins bien répartis, et ce pour diverses raisons. Au Botswana et en Namibie, le développement des programmes de protection sociale et l’augmentation du nombre de bénéficiaires avaient permis une nette diminution de la pauvreté et de l’inégalité de revenu pendant les années 90. Cependant, au cours de la première décennie 2000, les programmes publics sont devenus relativement moins ciblés sur les populations les plus pauvres, et la consommation du quartile inférieur a cessé de croître. À Maurice, les dépenses réelles par habitant des ménages les plus riches ont augmenté plus vite que celles de tous les autres groupes confondus entre 2001 et 2006, inversant les tendances observées précédemment. Cette régression, en termes relatifs, a été associée à des changements structurels au sein de l’économie, notamment la perte des préférences commerciales pour les textiles, qui a fait diminuer la demande de main-d’œuvre peu qualifiée. Dans ces trois pays, l’action des pouvoirs publics devrait viser à remédier aux inégalités en investissant dans la santé et l’éducation et en favorisant l’accès de tous au système financier. L’action des autorités devrait être ciblée directement sur les populations les plus pauvres et les plus vulnérables, par exemple au moyen de transferts monétaires.

  • Au Mali, pays à faible revenu, les bienfaits de la croissance ont été bien répartis, en termes relatifs, puisque ce sont les populations les plus pauvres qui en ont le plus profité entre 2001 et 2010. Cette évolution tient à la vigueur de la croissance dans le secteur agricole, qui a créé des emplois pour les personnes peu qualifiées.

Ces analyses réalisées par les services du FMI appellent deux observations générales: la croissance s’est accompagnée d’une accentuation des inégalités dans un grand nombre des pays de l’échantillon, même lorsque la pauvreté a diminué; et la mesure dans laquelle la croissance a profité à la population semble dépendre du nombre relatif d’emplois créés dans le secteur agricole.

Cet encadré a été préparé par Isabell Adenauer, Javier Arze del Granado, Rodrigo Garcia-Verdu et Alun Thomas.
Annexe 1.1. Les Défis Statistiques de L’Afrique

Des données de bonne qualité apportent d’énormes avantages, surtout parce qu’elles offrent une base solide pour la prise de décisions économiques et parce qu’elles permettent d’évaluer l’impact de ces décisions. Par exemple, une évaluation plus précise de la production et de ses composantes peut améliorer le calcul des coefficients de pression fiscale et inciter les pays à prêter davantage attention au poids de l’impôt et à la politique fiscale. De même, il est indispensable d’établir des indicateurs à haute fréquence fiables pour améliorer le cadre de la politique monétaire. Des données de bonne qualité peuvent aussi aider à identifier les contraintes en matière de ressources et à déterminer précisément les mesures à prendre dans certains domaines.

La croissance économique remarquable affichée par l’Afrique subsaharienne pendant la décennie écoulée a éveillé dernièrement un intérêt croissant pour la structure économique des pays de la région. Il en est résulté une demande accrue de statistiques sur ces pays. Malheureusement, en Afrique subsaharienne, les données économiques sont souvent déficientes du point de vue tant quantitatif que qualitatif, comme certains commentateurs l’ont récemment souligné (Devarajan et al., 2013; Devarajan, 2012; Jerven, 2013). En effet, sur le plan qualitatif, l’indicateur de capacité statistique établi par la Banque mondiale place l’Afrique subsaharienne en dessous de la moyenne pour les pays en développement (graphique 1.18). Les données africaines sont déficientes du point de vue de leur exactitude, de leur périodicité et de leur actualité.

Graphique 1.18.Indicateur de capacité en statistiques

(Moyenne simple du score global)

Source: Banque mondiale, Bulletin Board on Statistical Capacity.

Le principal problème auquel se heurte la collecte de bonnes statistiques en Afrique subsaharienne reste celui de la médiocrité des sources de données. Les pays qui ont procédé à un recensement général de leur population au cours de ces dix dernières années ne représentent qu’environ 65 % de la population totale de la région et, pour certains d’entre eux, c’était la première fois qu’ils le faisaient (Éthiopie). Des enquêtes auprès des ménages, qui restent le moyen le plus sûr d’estimer l’ampleur du secteur informel en Afrique subsaharienne, ont été effectuées dans 11 des 45 pays de la région entre 2008 et 2013 (contre 26 pays sur 37 dans la région Asie et Pacifique, voir tableau 1.6)1. L’actualisation peu fréquente des enquêtes auprès des ménages et des entreprises, le manque d’enquêtes adaptées pour les besoins de la comptabilité nationale et les retards de traitement et de publication des données font qu’il est difficile d’actualiser régulièrement les années de base des comptes nationaux. Seuls quatre pays d’Afrique subsaharienne ont actualisé leur année de base en la portant à 2007 ou une année plus récente (Afrique du Sud, Cap-Vert, Malawi et Maurice), contre 6 sur 27 dans la région Hémisphère occidental. Comme cela est noté dans l’édition de mai 2013 des Perspectives économiques régionales, le fait que les années de base ne sont pas actualisées assez souvent peut avoir des conséquences importantes pour la mesure des niveaux de production, mais l’effet sur l’estimation des taux de croissance est moins net.

Tableau 1.6.Principales régions: pourcentage des pays répondant à certains critères
Afrique

subsaharienne
Autres pays

hors d’Afrique
Asie et

Pacifique
EuropeHémisphère

occidental
Moyen-Orient

et Asie

centrale
Critère
Enquête auprès des ménages depuis 200824,466,970,367,685,244,8
Année de base pour le PIB postérieure à 20078,910,813,52,722,26,9
Enquête agricole depuis 200831,157,745,986,540,751,7
Année de base pour l’IPC postérieure à 200735,642,351,427,051,941,4
Nombre de pays4513037372729
Source: FMI, Département des statistiques.

L’une des raisons pour lesquelles les années de base sont actualisées si lentement pour le calcul du PIB est que les enquêtes sur le secteur agricole sont en général largement dépassées. Alors que l’agriculture représente plus de 30 % du PIB en moyenne dans les pays d’Afrique subsaharienne, 14 d’entre eux ont réalisé une enquête sur leur secteur agricole depuis 2008 (contre 15 pays sur 29 dans la région Moyen-Orient). En ce qui concerne les statistiques de prix, les années de base ont été actualisées plus récemment: la moitié environ des pays d’Afrique subsaharienne ont adopté une année de base pour l’indice des prix à la consommation qui remonte à moins de six ans (BAfD, 2013), ce qui est à peu près la moyenne pour les autres régions aussi.

De nombreuses raisons expliquent que l’établissement et la diffusion des statistiques soient de si mauvaise qualité en Afrique subsaharienne:

  • Manque de capacités dans beaucoup de pays. Le nombre moyen par pays d’experts en comptabilité nationale est de huit, et plus de la moitié des pays africains ont moins de six professionnels travaillant dans le département de la comptabilité nationale au sein de leur office statistique national (Sanga, 2013). En outre, la faiblesse des salaires, les perspectives de carrière peu attrayantes et le manque de reconnaissance se traduisent par une forte rotation du personnel. Par exemple, au Rwanda, en raison des contraintes budgétaires, seuls deux agents établissent actuellement les comptes nationaux. Au Zimbabwe, le chef de l’unité des comptes nationaux est le seul statisticien qui se consacre à plein temps au calcul du PIB, ce qui oblige l’office statistique national à détacher temporairement des agents d’autres unités.

  • Insuffisance du financement et multiplicité des sources de financement. En Afrique, le financement des agences statistiques au moyen des ressources budgétaires ordinaires est souvent insuffisant. Par conséquent, les statisticiens s’appuient sur des projets financés par des bailleurs qui peuvent avoir des objectifs différents et des financements différents des autorités nationales. Les projets ainsi financés obéissent aussi à des cycles, ce qui ne permet pas toujours d’assurer un budget fiable et continu pour maintenir les capacités statistiques au niveau voulu. En Tanzanie, par exemple, une décision délibérée a été prise, pour faire des économies lors de l’enquête de 2007 sur les entreprises familiales, de ne recueillir que des données sur le revenu total des entreprises familiales non agricoles, ce qui a engendré d’énormes lacunes dans le tableau des ressources et des emplois pour 2007.

  • Priorité relativement secondaire. Les initiatives tendant à améliorer les statistiques économiques entrent en concurrence avec d’autres projets pour leur financement, car les ressources sont limitées, en l’occurrence pour leur financement et pour le temps consacré à leur gestion, les autres projets pouvant bénéficier d’une préférence à la marge. L’accent mis sur les objectifs du Millénaire pour le développement et le besoin de statistiques pour suivre l’application des stratégies de réduction de la pauvreté ont détourné des ressources au détriment des statistiques économiques.

  • Incertitude quant à l’entité responsable des services statistiques. C’est souvent le ministère de la planification qui en est chargé, mais, lorsque l’amélioration des statistiques est financée en grande partie par des bailleurs de fonds, le partage de responsabilité entre bailleurs de fonds et organismes nationaux devient flou.

  • Motivation insuffisante en dehors des administrations publiques. Faute de bien comprendre l’importance des statistiques et de recevoir des assurances crédibles d’impartialité et de confidentialité, le secteur privé n’est guère motivé pour participer aux enquêtes, comme en témoigne le faible taux de réponse. Au Botswana, par exemple, le taux de réponse moyen lors du dernier recensement économique a été de l’ordre de 45 % à 50 %.

Il est généralement admis que la qualité des statistiques doit être améliorée en Afrique subsaharienne, et plusieurs initiatives dans ce sens ont été lancées:

  • Le Programme de comparaison internationale (PCI) pour l’Afrique a été lancé en 2002 en tant qu’initiative conjointe de la Banque africaine de développement (BAfD), de la Commission économique pour l’Afrique (CEA) et de la Banque mondiale visant à permettre l’établissement d’indicateurs comparables du niveau des prix et des agrégats économiques en termes réels. Le projet le plus récent a commencé en 2010, en même temps qu’un Programme de renforcement des capacités statistiques, et porte sur l’établissement des statistiques de prix et des comptes nationaux. Les résultats du PCI doivent être publiés d’ici à la fin de 2013.

  • Le Réseau international d’enquêtes sur les ménages (International Household Survey Network) a été créé en 2004 pour améliorer la disponibilité, l’accessibilité et la qualité des données recueillies par voie d’enquêtes dans les pays en développement. Un programme connexe, le Programme statistique accéléré, a été mis au point pour encourager une meilleure utilisation des données existantes et aligner les enquêtes sur les besoins prioritaires en matière de données (27 pays d’Afrique subsaharienne participent à ce programme).

  • La plateforme ouverte de données de la BAfD, qui offre un accès convivial aux données, des outils de recherche et des «tableaux de bord», est en cours de déploiement dans 54 pays africains.

  • La Stratégie mondiale d’amélioration des statistiques agricoles et rurales a été approuvée en février 2010 par la Commission de statistique des Nations Unies. Elle fixe le cadre de l’amélioration qualitative des statistiques nationales sur l’alimentation et l’agriculture. Il s’agit d’un projet de longue haleine (avec un horizon de plus de quinze ans), mais les données nationales font d’ores et déjà l’objet d’évaluations dont les résultats devraient être disponibles d’ici fin 2013.

Cependant, une préoccupation souvent exprimée est que ces initiatives ne sont pas bien coordonnées, ce qui complique l’amélioration qualitative globale des statistiques. Cette préoccupation est d’autant plus justifiée que le profil temporel de l’indice de capacité statistique de la Banque mondiale ne fait guère apparaître d’amélioration qualitative des statistiques de l’Afrique subsaharienne. Comme le montre le graphique 1.18, l’Afrique subsaharienne n’est pas la seule région où la capacité statistique ne s’améliore guère, mais l’Afrique fait systématiquement moins bien que le reste des régions en développement à cet égard.

Deux pays subsahariens seulement ont souscrit à la norme spéciale de diffusion des données (NSDD) du FMI, ce qui est le taux de participation le plus faible de toutes les régions du monde. Cependant, la plupart des pays africains participent au système général de diffusion des données (SGDD) du FMI, lequel s’attache à aider les pays qui ne respectent pas la NSDD à élaborer un plan global mais ordonné en vue de l’amélioration de leurs pratiques en matière de collecte et de diffusion des données.

Le Département des statistiques du FMI aide les pays d’Afrique subsaharienne à dresser un diagnostic des déficiences de leurs statistiques du double point de vue de leur qualité et de la méthodologie utilisée pour les établir. Chaque année, il organise environ 200 missions d’assistance technique et de formation dans ces pays pour les aider à améliorer leurs méthodes d’établissement des statistiques macroéconomiques (statistiques relatives aux comptes nationaux, aux prix, à la balance des paiements, aux finances publiques, et statistiques monétaires et financières) (voir tableau 1.7). Ces missions sont menées par les experts du siège du FMI ou de l’un de ses centres régionaux d’assistance technique en Afrique (AFRITAC). Une vingtaine de pays devraient réviser leur année de base avec l’aide d’un AFRITAC d’ici fin 2014 (voir l’édition de mai 2013 des Perspectives économiques régionales).

Tableau 1.7.Missions d’assistance technique du Département des statistiques du FMI en Afrique subsaharienne
Missions d’assistance techniqueExercice

2011/12
Exercice

2012/13
Exercice

2013/14

(prévues)
Comptes nationaux et statistiques de prix92107108
Balance des paiements182223
Statistiques de finances publiques312321
Statistiques monétaires et financières161517
Diffusion des données117
Statistiques plurisectorielles010
Total158169176
FormationExercice

2011/12
Exercice

2012/13
Exercice

2013/14

(prévue)
Comptes nationaux et statistiques de prix91115
Balance des paiements312
Statistiques de finances publiques233
Statistiques monétaires et financières438
Diffusion des données001
Total181829
Source: FMI, Département des statistiques.

Malgré les difficultés mentionnées, certains signes sont encourageants. Les hauts responsables se montrent plus intéressés par les statistiques économiques. Plusieurs pays sont sur le point de lancer de nouvelles enquêtes sur le secteur agricole cette année (Mozambique, Rwanda), et les bailleurs de fonds s’efforcent de mieux coordonner leurs interventions. Au Mali, ceux-ci se réunissent chaque mois et prévoient de mettre en place un fonds statistique qui centralisera toutes les contributions des bailleurs destinées à financer les activités dans ce domaine. En Ouganda, des enquêtes sur les flux de capitaux vont être lancées, ce qui permettra de mieux estimer les composantes des revenus et transferts du compte courant dans les comptes nationaux.

L’amélioration de la capacité statistique est un travail de longue haleine, et il faudra du temps pour que les statistiques de la région s’améliorent durablement, tant sur le plan qualitatif que du point de vue de leur cohérence. Cependant, les autorités nationales sont aujourd’hui plus nombreuses à reconnaître l’importance de disposer de données macroéconomiques fiables et comprennent que, pour cela, il faut d’abord assurer la collecte de données cohérentes et effectuer fréquemment des enquêtes. Elles sont encouragées à y consacrer davantage de ressources. Des données de meilleure qualité permettront d’améliorer la politique économique et de montrer que la croissance économique rapide affichée par un grand nombre de pays d’Afrique subsaharienne ces quinze dernières années se traduit bien par une amélioration durable des niveaux de vie.

Dans la présente édition, tous les agrégats régionaux incluent le Soudan du Sud.

La mise à jour de juillet 2013 des Perspectives de l’économie mondiale avait déjà révisé ces prévisions à la baisse, en les ramenant respectivement à 3,1 % et 3,8 %.

Les pays exportateurs de ressources naturelles sont l’Afrique du Sud, l’Angola, le Botswana, le Burkina Faso, le Cameroun, la République démocratique du Congo, la République du Congo, le Gabon, la Guinée, la Guinée équatoriale, le Ghana, le Mali, la Namibie, le Niger, le Nigéria, la République centrafricaine, la Sierra Leone, la Tanzanie, le Tchad, la Zambie et le Zimbabwe. Les critères d’appartenance à ce groupe sont présentés dans l’édition d’avril 2012 des Perspectives économiques régionales.

Le groupe des «marchés pionniers» considéré ici est composé du Ghana, du Kenya, de Maurice, du Mozambique, du Nigéria, du Sénégal et de la Tanzanie, pays qui sont examinés au chapitre 3. Les autres pays d’Afrique subsaharienne qui pourrait être inclus dans ce groupe sont la Côte d’Ivoire, la Namibie et le Rwanda, qui ont émis des obligations souveraines (voir le chapitre 3 de l’édition de mai 2013 des Perspectives économiques régionales).

CEMAC = Communauté économique et monétaire de l’Afrique centrale; UEMOA = Union économique et monétaire ouest-africaine.

Moyenne non pondérée de 45 pays.

Les hypothèses sont tirées des prix à fin juillet des contrats à terme et d’options sur les produits de base. Ce ne sont pas exactement les mêmes que celles de l’édition d’octobre 2013 des Perspectives de l’économie mondiale.

Afrique du Sud, Angola, Burkina Faso, Cameroun, République démocratique du Congo, Côte d’Ivoire, Éthiopie, Ghana, Kenya, Nigéria, Ouganda, Sénégal, Tanzanie et Zambie. Ce groupe de pays représente plus de 80 % de la production régionale et comprend plusieurs pays fortement exposés au risque lié à l’évolution des prix des produits de base.

Cette annexe a été préparée par Jens Reinke et Alun Thomas.

Afrique du Sud, Botswana, Côte d’Ivoire, Éthiopie, Maurice, Mozambique, Nigéria, Ouganda, Rwanda, São Tomé-et-Príncipe et Zambie.

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