Chapter

1. Créer une dynamique dans une économie mondiale à plusieurs vitesses

Author(s):
International Monetary Fund. African Dept.
Published Date:
May 2013
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Introduction et résumé

La croissance économique a généralement conservé sa vigueur en Afrique subsaharienne et devrait s’accélérer peu à peu au cours des années à venir. Bien que les risques immédiats qui pesaient sur l’économie mondiale se soient atténués, on peut s’attendre à ce que la reprise soit lente et inégale dans les pays avancés, ce qui aura pour effet de freiner la croissance économique mondiale, laquelle devrait commencer à se redresser lentement après avoir chuté en 2012. Les facteurs qui ont alimenté la croissance en Afrique subsaharienne pendant la Grande Récession, à savoir le dynamisme de l’investissement, des prix favorables pour les matières premières et une gestion macroéconomique généralement prudente, restent d’actualité, tandis que, du côté de l’offre, les évolutions devraient être globalement favorables. Les mesures qui s’imposent sur le plan macroéconomique diffèrent d’un pays à l’autre, mais la reconstitution des marges de manœuvre budgétaires pour affronter d’éventuels chocs extérieurs reste prioritaire dans beaucoup de pays.

Les perspectives à court terme de l’économie mondiale s’améliorent, mais il est probable que la période à venir ne sera pas de tout repos. Des risques importants subsistent, mais les dirigeants des économies avancées ont pour l’essentiel réussi à écarter les menaces qui pesaient sur la reprise économique et, les risques extrêmes s’étant éloignés, les marchés financiers internationaux ont enregistré une nette remontée depuis le milieu de l’année 2012. D’après les indicateurs à haute fréquence récents, la reprise s’affermit aux États-Unis tandis qu’au Japon les mesures de relance budgétaires et monétaires donneront un coup de pouce à l’économie; en revanche, l’activité est encore faible dans la zone euro, où l’amélioration des indicateurs financiers ne s’est pas encore traduite par un redémarrage de l’activité économique. La croissance devrait être soutenue dans les pays émergents, hormis ceux d’Europe, et les craintes d’un ralentissement brutal de la croissance en Chine se sont dissipées. Globalement, l’édition d’avril 2013 des Perspectives de l’économie mondiale du FMI prévoit une légère progression de la croissance économique mondiale en 2013, qui passerait de 3,2 % à 3,3 % avant de s’accélérer sensiblement pour atteindre 4,0 % en 2014. Les taux d’intérêt de référence des pays avancés devraient rester à des niveaux historiquement bas, tandis que les prix des produits de base devraient baisser modérément (de 6 % en chiffres cumulés) jusqu’à fin 2014.

L’Afrique subsaharienne a affiché de solides résultats et devrait continuer de le faire. La croissance de la production a été en moyenne de 5,1 % en 2012 et, d’après les projections, devrait atteindre 5,4 % en 2013, puis 5,7 % en 20141. Du côté des dépenses, ce sont essentiellement l’investissement et les exportations qui ont alimenté la croissance, tandis que, du côté de la production, les principaux moteurs en ont été le bâtiment, l’agriculture et les exploitations minières nouvellement entrées en activité. Dans les pays à revenu intermédiaire de la tranche supérieure, dont la structure économique diffère nettement de celle de la plupart des autres pays de la région et qui ont des liens plus étroits avec la zone euro en difficulté — c’est notamment le cas de l’Afrique du Sud —, la croissance devrait être inférieure à la moyenne.

Au niveau régional, l’inflation est descendue de plus de 10 % en 2011 à 7,9 % en 2012, et le mouvement de baisse devrait se poursuivre en 2013–14. Le ralentissement de l’inflation tient à plusieurs facteurs, dont une certaine modération des cours mondiaux des produits alimentaires et des produits pétroliers, le resserrement antérieur de la politique monétaire dans les pays à forte inflation et l’amélioration des conditions climatiques en Afrique de l’Est et au Sahel.

Il est probable que l’économie mondiale continue de croître, mais cela n’est pas garanti; aussi examinons-nous les perspectives économiques de l’Afrique subsaharienne selon deux scénarios défavorables qui sont tirés tous les deux de l’édition d’avril 2013 des Perspectives de l’économie mondiale. L’un postule la poursuite de la quasi-stagnation de la zone euro pendant plusieurs années, avec des retombées modérées sur l’économie mondiale; l’autre prévoit une forte baisse de l’investissement dans les principaux pays émergents (dont l’Afrique du Sud) en 2013, avec toutefois un redressement complet à l’horizon 2016. L’analyse des retombées sur l’Afrique subsaharienne conclut, dans les deux cas, à un ralentissement de la croissance économique régionale, qui n’est cependant pas trop marqué. Ce sont les pays dont la marge de manœuvre budgétaire est limitée et qui sont tributaires d’un nombre restreint de produits d’exportation qui pâtiraient le plus si une baisse prononcée des exportations et/ou des recettes budgétaires avait un effet déstabilisateur sur les taux de change et les taux d’intérêt.

Les aléas d’ordre intérieur qui pourraient influer sur les perspectives économiques sont les conditions météorologiques et les conflits internes. Ces facteurs, qui peuvent avoir de graves conséquences pour le pays concerné et ses voisins immédiats, n’ont généralement pas d’effets très sensibles sur la région dans son ensemble.

Les perspectives généralement favorables de la région sont tributaires de la mise en œuvre de politiques macroéconomiques avisées. Dans plusieurs pays, le déficit élevé des finances publiques nécessitera un ajustement budgétaire sensible, dont le rythme devra parfois tenir compte de l’atonie de la demande. Pour préserver les progrès accomplis au prix de nombreux efforts en matière d’inflation, certains pays devront poursuivre les politiques rigoureuses en vigueur, d’autres devront les assouplir avec la prudence qui s’impose. La forte augmentation du déficit des transactions courantes dans certains pays à faible revenu et États fragiles, bien qu’elle coïncide avec un afflux d’investissements directs étrangers, mérite d’être attentivement surveillée. Enfin, compte tenu des risques considérables qui pèsent sur les perspectives à moyen terme de l’économie mondiale, les économies aujourd’hui en plein essor feraient bien de reconstituer leurs marges de manœuvre budgétaires.

De bons résultats et des perspectives favorables

En 2012, la production a progressé de 5,1 % en Afrique subsaharienne. Une accélération modérée est prévue en 2013 et 2014, l’amélioration de la conjoncture mondiale s’accompagnant d’une accentuation progressive de la croissance économique. Il est probable que les pays à revenu intermédiaire continueront de se développer à un rythme plus lent que le reste de la région; ainsi, en Afrique du Sud, la croissance économique ne remontera que peu à peu par rapport au faible niveau enregistré en 2012. L’inflation de la région était tombée à près de 8 % en moyenne fin 2012 et, si la tendance actuelle se confirme, pourrait descendre en dessous de 6 % d’ici à la fin de 2014. La réalisation de ces prévisions est examinée tout au long de ce chapitre du point de vue de l’action requise de la part des dirigeants.

Évolution Récente

Activité

Comme le montre la croissance moyenne de 5 % enregistrée en 2012, l’activité économique a continué à faire preuve de dynamisme en Afrique subsaharienne et n’a que légèrement ralenti par rapport au rythme observé en 2010–11 (tableau 1.1). Ce ralentissement n’a concerné que l’Afrique du Sud et le Nigéria, les deux plus grandes économies de la région, tandis que le taux de croissance a gagné 0,5 point dans le reste du continent. L’investissement a joué un rôle important dans la croissance de l’économie d’une grande partie de la région — tout particulièrement dans les États fragiles, où les principaux facteurs opérants ont été les projets miniers et la stabilisation politique en Côte d’Ivoire. Les exportations ont soutenu la demande dans un grand nombre de pays à faible revenu:dans plus de la moitié des pays de la région, le pétrole, les industries extractives, l’agriculture axée sur l’exportation ainsi que le tourisme ont été les principaux secteurs de croissance en 2012.

Tableau 1.1.Afrique subsaharienne:croissance du PIB réel(Variation en pourcentage)
2004–0820102011201220132014
Afrique subsaharienne (total)16,45,45,35,15,45,7
Dont:
Pays exportateurs de pétrole18,56,66,16,46,66,8
Pays à revenu intermédiaire25,04,04,73,33,64,0
Dont: Afrique du Sud4,93,13,52,52,83,3
Pays à faible revenu27,36,45,65,76,36,6
États fragiles2,54,22,47,06,86,5
Pour mémoire:
Monde4,65,24,03,23,34,0
Source:FMI, base de données des Perspectives de l’économie mondiale.

En 2012, la croissance économique a été relativement plus vigoureuse en moyenne dans les pays exportateurs de pétrole et dans les pays à faible revenu. Parmi les premiers, l’Angola a vu sa croissance nettement s’accélérer en raison surtout du redressement sensible du secteur pétrolier et de l’amélioration de la production d’électricité, tandis que la croissance est restée globalement soutenue au Nigéria, malgré le ralentissement dû aux conséquences des inondations de 2012 pour la production, pétrolière et non pétrolière. En général, les pays à faible revenu ont continué d’enregistrer de bons résultats comme les années précédentes. Au Niger (pétrole) et en Sierra Leone (fer), la croissance s’est fortement accélérée sous l’effet de l’entrée en activité de nouvelles exploitations minières. En Ouganda, elle a un peu ralenti à cause des politiques plus restrictives mises en place pour faire baisser l’inflation, qui avait atteint un niveau élevé.

Dans les pays à revenu intermédiaire, la croissance économique a connu une forte décélération en 2012, engendrée par l’évolution économique de l’Afrique du Sud résultant en partie de conflits du travail dans le secteur minier, mais aussi des problèmes persistants de l’Europe, qui reste la principale destination des exportations du pays. Parmi les États fragiles, l’événement le plus marquant a été le rebond de la Côte d’Ivoire, où, d’après les estimations, la croissance de la production se serait établie à près de 10 % en 2012. Sans surprise, les États touchés par des conflits ont subi un net repli de l’activité économique en 2012, et la Guinée Bissau et le Mali ont vu leur production diminuer2.

Ces derniers temps, la qualité des données relatives aux comptes nationaux des pays d’Afrique subsaharienne a fait l’objet de critiques de plus en plus appuyées, les analystes attirant, entre autres, l’attention sur les conséquences de l’utilisation dans les calculs d’années de référence qui ne sont plus valables depuis longtemps. Un examen détaillé de chaque pays (encadré 1.1 et tableau en appendice) révèle que les problèmes ne sont peut-être pas aussi répandus qu’on aurait pu le craindre, compte tenu des efforts déjà déployés dans un grand nombre de pays pour actualiser les années de référence, encore que, dans de nombreux pays, dont l’Angola et le Nigéria, il est possible que la révision prochaine des bases de calcul se traduise par une forte révision à la hausse du PIB estimatif; l’effet sur les taux de croissance est plus difficile à prévoir.

Inflation et politique monétaire

Fin 2012, l’inflation moyenne sur douze mois pour l’ensemble de la région s’établissait à 7,9 %, alors qu’elle était de 10,1 % fin 2011, l’inflation des prix alimentaires ayant diminué tout au long de l’année (graphique 1.1). La désinflation a été particulièrement prononcée en Afrique de l’Est, notamment en Éthiopie (où elle est passée de 36 % en 2011 à 13 % fin 2012), en Ouganda (de 27 % à 6 %) et au Kenya (de 19 % à 7 %)3. Ce net repli de l’inflation dans la sous-région tient à plusieurs facteurs, dont les bonnes récoltes, des politiques monétaires restrictives (voir infra) et, dans certains cas, l’appréciation de la monnaie locale, et a inversé les évolutions observées en 2011. L’ampleur de la désinflation de 2012 a été à peu près du même ordre que la hausse de l’inflation qui l’avait précédée (tableau 1.2 et encadré 1.2). Le Malawi, où une forte dépréciation de la monnaie a contribué à une envolée des prix (d’environ 35 % en 2012) malgré le resserrement de la politique monétaire, fait figure d’exception face à la tendance généralement favorable.

Graphique 1.1.Afrique subsaharienne:inflation des prix des produits alimentaires et hors alimentation

Sources:FMI, base de données du Département Afrique et International Financial Statistics.

Tableau 1.2.Afrique subsaharienne:autres indicateurs macroéconomiques
2004–0820102011201220132014
(Variation en pourcentage)
Inflation, fin de période8,87,210,17,96,95,8
(Pourcentage du PIB)
Solde budgétaire1,9−3,9−1,3−1,7−2,7−2,8
Dont:hors pays
exportateurs de pétrole−0,7−4,6−3,7−4,5−4,1−3,2
Solde extérieur courant0,6−1,3−1,7−2,8−3,5−4,1
Dont: hors pays
exportateurs de pétrole−5,1−4,7−5,0−7,9−7,8−7,9
(Mois d’importations)
Couverture par les réserves4,84,24,54,74,95,1
Source:FMI, base de données des Perspectives de l’économb mondiale.Note:ne comprend pas le Soudan du Sud.

Encadré 1.1.Révision des estimations relatives aux comptes nationaux dans les pays d’Afrique subsaharienne

Les estimations relatives à la production et à la croissance des pays d’Afrique subsaharienne suscitent un intérêt considérable depuis un certain temps. On se demande en effet si elles rendent compte correctement du niveau et du rythme de croissance de l’activité économique. En particulier, l’un des sujets de préoccupation concernant la qualité des estimations récentes est que, dans beaucoup de pays, l’année de base utilisée pour établir les comptes au fil du temps n’a pas été actualisée depuis de nombreuses années, ce qui signifie que les taux de croissance sont estimés sur la base d’une structure économique qui n’a presque plus rien à voir avec la structure actuelle de l’économie. Le cas du Ghana a montré que l’actualisation des années de base pouvait grandement modifier les estimations de la production nationale:dans ce pays, l’actualisation des statistiques des comptes nationaux a abouti à une augmentation de 60 % de la taille estimative du PIB du Ghana. Compte tenu de l’ampleur de cette révision, certains observateurs ont mis en doute la fiabilité des statistiques des comptes nationaux de nombreux pays de la région (Jerven, 2013)1.

Il ressort d’une analyse des systèmes de comptabilité nationale des pays de la région (voir le tableau en appendice) que l’année de base médiane est proche de l’année 2000, ce qui, même avec un décalage de treize ans, est plus récent que ce qu’avançait Jerven (2013). En outre, plusieurs pays ont l’intention de prendre la période 2005–10 comme nouvelle base de calcul des statistiques du PIB au cours de l’année à venir. Cela dit, les années de base de certains pays remontent aux années 80 (c’est le cas notamment de la République démocratique du Congo et de la Guinée équatoriale), et au Nigéria les comptes nationaux sont construits avec 1990 comme année de base.

Ces dernières années, la redéfinition de l’année de base a entraîné, pour la plupart des pays, une révision à la hausse des estimations du PIB nominal. L’ampleur de la révision varie considérablement:elle va d’une légère baisse de 1 % dans le cas de l’Éthiopie à une augmentation de 106 % dans celui de la Guinée Bissau. Plusieurs facteurs sont invoqués pour expliquer les révisions à la hausse:i) l’inclusion des loyers imputés des propriétaires occupant leur propre logement; ii) l’amélioration des estimations des investissements publics; iii) la meilleure prise en compte des secteurs informel (par exemple en Guinée) et informel (par exemple en Guinée Bissau); et iv) l’intégration de nouvelles activités non incluses auparavant (par exemple en Afrique du Sud et en Sierra Leone).

Si le choix d’une nouvelle année de base pour les comptes nationaux peut avoir des conséquences considérables pour la taille et la composition de la production nationale, l’effet sur les taux de croissance estimatifs n’est pas aussi clair. En tout état de cause, il est préoccupant que l’Afrique subsaharienne soit systématiquement distancée par les pays en développement des autres régions en ce qui concerne les capacités statistiques, comme le montre, par exemple, l’indicateur de capacité statistique du tableau d’affichage. Comme le dit Devarajan (2013), pour remédier à ces carences, il conviendrait à la fois d’accroître le financement de ces activités, de mieux définir les responsabilités de chacun en faisant en sorte que les intéressés aient à rendre compte de la production de statistiques, et d’établir une meilleure coordination entre les bureaux statistiques nationaux et les bailleurs de fonds2.

Cet encadré a été préparé par Rodrigo Garcia-Verdu, Alun Thomas et des fonctionnaires du Département des statistiques du FMI.1Jerven, Morten (2013), Poor Numbers: How We Are Misled by African Development Statistics and What to Do about It, Ithaca, NY: Cornell University Press.2Devarajan, Shantayanan (2013), «Africa’s Statistical Tragedy», Review of Income and Wealth, paru sur Internet le 10 janvier 2013.

La politique monétaire a largement contribué à la réduction de l’inflation lorsqu’elle a été appliquée de façon résolue. Face à la hausse de l’inflation et à la dépréciation des monnaies, les banques centrales de l’Ouganda et du Kenya ont opté pour une stratégie de resserrement énergique de la politique monétaire à la fin de 2011, en concertation avec leurs partenaires de la Communauté de l’Afrique de l’Est (encadré 1.2); après que l’inflation eut nettement reflué, les deux banques ont commencé à abaisser progressivement leurs taux directeurs, même s’ils restent aujourd’hui fortement positifs en termes réels. En Tanzanie, où les autorités monétaires ont suivi une démarche similaire mais moins énergique, l’inflation a diminué un peu moins vite et les taux directeurs restent à des niveaux records.

Dans certains pays, il a été possible d’assouplir la politique monétaire lorsque l’inflation était bien ancrée à des niveaux modérés. En Afrique du Sud, les perspectives d’inflation jusqu’à fin 2012 sont restées contenues à l’intérieur des cibles fixées; face à un écart de production prononcé et à une croissance léthargique, la Banque de réserve a choisi d’abaisser son taux directeur de 50 points de base au milieu de l’année. La politique monétaire de l’Union économique et monétaire ouest-africaine (UEMOA) a été quelque peu assouplie en 2012 et au début de 2013:étant donné que l’inflation restait modérée et que la liquidité était en baisse dans le système bancaire, la banque centrale a injecté un montant considérable de liquidité et légèrement abaissé ses taux directeurs. Le taux directeur de la Communauté économique et monétaire de l’Afrique centrale (CEMAC) est resté stable à 4 % en 2012 malgré des pointes d’inflation en République du Congo, qui devraient être transitoires (l’IPC régional a atteint 3,9 % en décembre 2012, c’est-à-dire plus que le critère de convergence de 3 %).

La croissance du crédit au secteur privé, en valeur nominale, a ralenti dans une grande partie de la région en 2012, et de façon particulièrement sensible dans les pays où la politique monétaire avait été resserrée et l’inflation était en baisse. À cet égard, le Nigéria fait figure d’exception parmi les pays exportateurs de pétrole, la forte augmentation de la production s’y étant accompagnée d’une accélération de la croissance du crédit. Sans surprise, le crédit a diminué dans les pays touchés par des conflits.

Encadré 1.2.Le changement des cadres de politique monétaire en Afrique de l’Est

Depuis longtemps déjà, le ciblage des agrégats monétaires est au cœur des cadres de politique monétaire (CPM) dans une grande partie de l’Afrique subsaharienne, et cette méthode a grandement contribué à la désinflation et à la stabilisation macroéconomique. Or, le recours exclusif au ciblage monétaire pour orienter l’action des pouvoirs publics est devenu beaucoup moins utile maintenant que l’inflation a reflué, que la primauté de la politique budgétaire a été réduite, que l’approfondissement financier a avancé et que les chocs extérieurs et intérieurs sur l’offre sont gérés de façon beaucoup plus efficace. À l’instar de ce qui s’est déjà produit dans les pays développés et émergents, les banques centrales des pays où le secteur financier est en cours de développement ont commencé à rechercher des CPM mieux adaptés à leurs besoins1.

Trois pays d’Afrique de l’Est (le Kenya, l’Ouganda et la Tanzanie) offrent une illustration intéressante des évolutions en cours:la Banque d’Ouganda et la Banque centrale du Kenya ont abandonné leur CPM fondé sur le ciblage des agrégats monétaires.

Graphique 1.Pays d’Afrique de l’Est:inflation et taux directeur

Source:FMI, base de données du Département Afrique.

En juillet 2011, la Banque d’Ouganda a adopté une version «allégée» de CPM axé sur le ciblage de l’inflation, en vertu duquel la Banque annonce chaque mois publiquement son taux directeur pour indiquer l’orientation de sa politique monétaire. Ce cadre est prospectif, dans la mesure où le taux directeur est fixé sur la base de prévisions d’inflation dont le but est d’ancrer les anticipations; la Banque incorpore ses prévisions d’inflation pour les douze à dix-huit prochains mois dans sa déclaration de politique monétaire.

En octobre 2011, la Banque centrale du Kenya a adopté un nouveau CPM qui donne un plus grand rôle au taux directeur dans la régulation de la liquidité. La politique monétaire est définie avec la maîtrise de l’inflation parmi ses principales priorités, mais les prévisions d’inflation ne jouent encore aucun rôle explicite, et seule la cible d’inflation à moyen terme de 5 % est citée dans la déclaration de politique monétaire, ce qui laisse à la Banque une marge de manœuvre considérable pour modifier ses objectifs.

Face a la flambée d’inflation du second semestre de 2011, ces trois pays d’Afrique de l’Est ont décidé, à des degrés divers, de durcir leur politique monétaire. La Banque d’Ouganda a relevé cumulativement son taux directeur de 1.000 points de base (en le portant à 23 %) pendant le cycle de resserrement de la politique monétaire, tandis que la Banque centrale du Kenya a relevé le sien de 1.100 points de base (en le portant à 18 %). La Banque de Tanzanie a procédé plus lentement en ajustant son taux directeur (de 440 points de base) tout en relevant le coefficient de réserves obligatoires et en abaissant le plafond des positions ouvertes nettes en devises. Le Kenya et l’Ouganda ont connu une désinflation rapide en 2012, mais la production a un peu souffert en Ouganda. En Tanzanie, la désinflation a été plus progressive.

Cet encadré a été préparé par Hamid Davoodi.1 Voir Calderon et Schmidt-Hebbel (2008); Samarina (2012); Andrle et al. (2013).

Finances publiques

Dans une grande partie de la région, les soldes budgétaires se sont dégradés en 2012 (graphique 1.2), et ce à cause, dans certains cas, de conditions foncièrement médiocres et, dans d’autres, d’un assouplissement de la politique budgétaire — ce qui doit être pris en compte lorsqu’un ajustement est envisagé4. En raison du manque de dynamisme de l’économie, le déficit budgétaire a atteint près de 5 % du PIB en Afrique du Sud, c’est-à-dire presque 1 point de plus qu’en 2011, tandis que les dépassements de dépenses dus à la campagne électorale se sont traduits par un creusement prononcé du déficit budgétaire au Ghana, où il atteint 11 % du PIB. Les excédents budgétaires ont diminué dans un grand nombre de pays exportateurs de pétrole sous l’effet d’une forte hausse des dépenses publiques, qui a été particulièrement marquée en République du Congo, où le ratio dépenses publiques/PIB a augmenté d’environ 10 points (les autorités ayant eu à réparer les dégâts causés par les explosions de mars 2012). Le Nigéria a encore enregistré un léger excédent (environ 1 % du PIB) en 2012, la modération des dépenses ayant compensé une baisse des recettes.

Graphique 1.2.Afrique subsaharienne:solde budgétaire global, 2007–14

Source:FMI, base de données des Perspectives de l’économie mondiale.

Note:ne comprend pas le Soudan du Sud.

1 La moyenne exclut São Tomé-et-Príncipe et la Sierra Leone, car ces pays ont bénéficié d’allégements de dette en 2007.

Les soldes budgétaires se sont un peu améliorés en 2012 dans les pays à faible revenu et les États fragiles, même si l’on ne distingue pas de tendance claire:en moyenne, le déficit (pondéré) de ce groupe de pays a atteint 3,2 % du PIB en 2012, alors qu’il était de 2,6 % du PIB en 2008.

Compte tenu de l’atonie de la croissance économique et du niveau élevé des déficits, la dette publique (en proportion du PIB) n’a cessé de s’accroître dans un grand nombre de pays à revenu intermédiaire depuis le début de la récession mondiale (graphique 1.3). Parmi les pays à revenu intermédiaire de la tranche supérieure, l’évolution a été particulièrement marquée en Afrique du Sud, où le ratio dette/PIB est monté à 42,3 % en 2012, alors qu’il était tombé à 28 %, son plus bas niveau, en 2007. La dette des pays à faible revenu non fragiles s’est en général alourdie au cours de la même période, à l’exception notable de l’Éthiopie en plein essor. Parmi les États fragiles, le ratio moyen dette/PIB a diminué peu à peu, sous l’effet surtout des allégements de dette consentis, même si cet effet va s’estomper en grande partie au cours des années à venir puisque, dans presque tous les pays admissibles (et intéressés), le processus de l’Initiative en faveur des pays pauvres très endettés (PPTE) aura atteint son terme5.

Graphique 1.3.Afrique subsaharienne:dette des administrations publiques, 2007–14

Source:FMI, base de données des Perspectives de l’économie mondiale.

L’évolution de l’endettement des pays qui ont bénéficié d’un allégement de dette au titre de l’Initiative PPTE et de l’Initiative d’allégement de la dette multilatérale (IADM) avant 2007 fait l’objet de l’encadré 1.3; le chapitre 2 examine plus en détail les tendances de l’endettement en Afrique subsaharienne et la mesure à laquelle il limite le recours à de nouveaux emprunts, ou en accroît le coût.

Secteur extérieur

Les déficits extérieurs courants se sont creusés dans une grande partie de la région en 2012:ils sont passés en moyenne de 1,7 % à 2,8 % du PIB régional (graphique 1.4). L’augmentation des déficits dans les pays à revenu intermédiaire s’explique par la persistance de résultats ternes à l’exportation dans plusieurs cas, notamment en Afrique du Sud (graphique 1.5, panneau de gauche). La demande d’importations a aussi été contenue dans certains de ces pays du fait que les revenus n’ont augmenté que de façon modérée, même si certains pays font exception à cet égard, tels le Ghana et la Zambie (graphique 1.5, panneau de droite). En général, les pays exportateurs de pétrole ont vu leur solde commercial et le solde des transactions courantes s’améliorer, tandis que, dans les pays exportateurs de minéraux autres que le pétrole, ces soldes se sont plutôt dégradés. Dans les pays à faible revenu et les États fragiles, la vigueur de la demande d’importations a entraîné un creusement des déficits, notamment au Burkina Faso, en Guinée et au Mozambique, où l’augmentation des importations a été particulièrement marquée. Dans certains cas, les exportations se sont fortement accrues grâce à l’entrée en activité de nouveaux projets d’exploitation des ressources naturelles (comme en Sierra Leone, par exemple). L’aide sous forme de dons, bien qu’elle se soit maintenue en valeur nominale, diminue peu à peu en proportion du PIB depuis l’année de crise 2009. Il y a lieu de surveiller attentivement le déficit élevé des transactions courantes d’un grand nombre de pays à faible revenu et d’États fragiles, surtout lorsque le poste «erreurs et omissions» atteint une forte proportion (encadré 1.4).

Graphique 1.4.Afrique subsaharienne:solde extérieur courant, 2004–14

Source:FMI, base de données des Perspectives de l’économie mondiale.

Graphique 1.5.Afrique subsaharienne:exportations et importations ventilées par groupes de pays

Source:FMI, Direction of Trade Statistics.

Encadré 1.3.Évolution de l’endettement dans quinze pays d’Afrique subsaharienne

À partir de 2000, un grand nombre de pays à faible revenu fortement endettés ont bénéficié d’allégements de dette considérables au titre des initiatives PPTE et IADM. Pour les pays qui s’efforcent d’assurer le service d’une dette particulièrement lourde, l’allégement offre un espace budgétaire supplémentaire pour financer les dépenses de développement; pour ceux qui n’assurent pas le service de leur dette, l’allégement implique la possibilité de «faire table rase» et d’avoir accès à de nouvelles sources de financement pour les dépenses de développement. Dans tous les cas, il est présumé que les nouvelles possibilités d’emprunt seront utilisées avec prudence.

Nous examinons ici l’évolution des niveaux d’endettement dans les pays qui ont bénéficié d’un allégement au titre des deux initiatives avant 2007. Le tableau ci-dessous présente des indicateurs sommaires pour les pays où le ratio dette/PIB a augmenté de plus de 5 points de pourcentage depuis l’obtention de l’allégement.

Tableau 1.Afrique subsaharienne:ratios et notations de la dette publique
Année de l’allégement IADMDette des administrations publiques avant allégement PPTE (% du PIB)Niveau le plus bas de la dette des administrations publiques après l’allégement IADM (% du PIB)Dette des administrations publiques en 2012 (% du PIB)Risque de surendettement1Évaluation de la gestion de la dette2 (1 = note faible, 6 = note élevée)
Bénin200645,812,532,5Faible3,5
Burkina Faso200648,722,027,7Modéré4,2
Cameroun200651,59,514,9Faible3,7
Gambie2008142,466,477,2Élevé3,5
Ghana3200682,826,251,7Modéré3,8
Guinée-Bissau2010234,150,859,8Modéré3,0
Madagascar200696,031,938,3Faible3,5
Malawi2006132,432,454,9Modéré3,2
Mali200654,220,432,0Modéré4,2
Niger200689,721,331,1Modéré3,8
Ouganda200677,622,134,5Faible4,2
Rwanda200790,821,428,0Modéré3,7
São Tomé-et-Príncipe2007265,960,075,5Élevé2,8
Sénégal200645,721,845,0Faible4,0
Tanzanie200659,228,441,4Faible4,2
Sources:FMI, analyses de viabilité de la dette et base de données des Perspectives de l’économie mondiale.

Dans la plupart de ces quinze pays, l’endettement public reste nettement inférieur au niveau d’avant l’allégement PPTE — même si l’augmentation du ratio dette/PIB, qui avait chuté à son plus bas niveau après les allégements PPTE/IADM, a été particulièrement prononcée dans certains cas, notamment au Bénin, au Ghana, au Sénégal et au Malawi (où le bond du ratio d’endettement est dû essentiellement à la forte dépréciation de la monnaie en 2012 plutôt qu’à de nouveaux emprunts).

Faut-il s’inquiéter de ces évolutions? Une forte accumulation de dette est naturellement préoccupante si cette nouvelle charge n’est pas compensée par une accélération de la croissance due aux investissements supplémentaires que les nouveaux emprunts sont souvent censés financer — il convient donc d’examiner le cas de chaque pays en détail, en particulier la rentabilité des grands projets. L’évaluation conjointe par le FMI et la Banque mondiale du risque de surendettement d’un pays, qui tient compte à la fois de ses perspectives de croissance et de sa capacité à assurer le service de sa dette, est un outil utile pour déterminer si l’accumulation de dette extérieure suit une trajectoire vraiment inquiétante. Cette méthode, qui est maintenant appliquée à toutes les dettes publiques, indique que tous les pays sauf deux du tableau ci-dessus ont un risque de surendettement faible ou modéré. En revanche, elle ne permet pas de savoir si l’accumulation de dette antérieure a produit les résultats attendus.

Cet encadré a été préparé par Andrew Jonelis, Borislava Mircheva, Bakar Ould Abdallah et John Wakeman-Linn.

L’investissement direct étranger (IDE) est resté l’une des principales sources de financement extérieur pour la région, même si son importance a varié considérablement d’un pays à l’autre, en fonction essentiellement de la présence ou non de ressources pétrolières et minérales. Ces investissements revêtent une importance particulière dans les pays à faible revenu et les États fragiles, où les déficits extérieurs courants ont fortement augmenté ces dernières années (encadré 1.4):on notera en particulier le cas du Mozambique et de la Sierra Leone, dont les déficits extérieurs courants de 26 % du PIB et 21 % du PIB, respectivement, ont été presque entièrement financés par les flux d’investissements directs étrangers.

Les investissements de portefeuille étrangers ont fait leur retour sur le marché obligataire d’Afrique du Sud en 2012, où ces flux ont financé l’essentiel du déficit extérieur courant. On relève aussi un afflux de capitaux sur les marchés obligataires de plusieurs pays pionniers, dont le Ghana et le Nigéria. Bien que les marchés boursiers ne jouent qu’un rôle limité dans la région, hormis en Afrique du Sud, la recherche de bons rendements de la part des investisseurs internationaux a fait que même les marchés de petite taille des pays dont les perspectives de croissance étaient très favorables ont attiré de nouveaux flux de capitaux qui ont dopé les indices de prix des actions, plus particulièrement au Kenya, au Nigéria et en Ouganda (graphique 1.6). Profitant d’une conjoncture relativement favorable, la Zambie a placé, en septembre 2012, 750 millions de dollars d’obligations publiques à dix ans assorties d’un taux de 5,625 % (chapitre 3).

Graphique 1.6.Afrique subsaharienne:indices boursiers

Source:Bloomberg, L.P.

Le niveau des réserves internationales de la région a augmenté par rapport aux importations (anticipées) en 2012, et le coefficient moyen de couverture a atteint presque 5 mois d’importations. Cela dit, l’évolution globale masque une légère diminution du coefficient de couverture dans les pays à faible revenu et les États fragiles, où le niveau de couverture moyen tourne aujourd’hui autour de 3 mois d’importations (graphique 1.7). Dans la grande majorité des pays de la région, les coefficients de couverture sont d’au moins 2 mois d’importations, l’exception la plus remarquable étant l’Éthiopie, où la dégradation de la balance commerciale en 2012 s’est traduite par une diminution du coefficient de couverture, qui s’est établi à 1,7 mois d’importations.

Graphique 1.7.Afrique subsaharienne:taux de couverture par les réserves et solde extérieur courant

Source:FMI, base de données des Perspectives de l’économie mondiale.

Encadré 1.4.Le financement des déficits extérieurs courants dans les pays à faible revenu

Dans à peu près la moitié des pays à faible revenu et des États fragiles d’Afrique subsaharienne, les déficits extérieurs courants sont relativement prononcés ou se sont fortement creusés ces dernières années. En moyenne, le déficit extérieur courant de ces pays est passé de moins de 6 % du PIB en 2007 à environ 11 % en 2012. Les taux d’investissement brut de ces pays ont augmenté dans des proportions comparables au cours de la même période. Pourtant, les informations dont on dispose sur le financement de ces déficits peuvent susciter quelque inquiétude.

La qualité des données laisse certes à désirer, étant donné en particulier l’importance du poste «erreurs et omissions» dans de nombreux pays et tout ce que regroupe le poste «autres entrées de capitaux» (graphique 1), mais l’on peut faire un certain nombre de remarques générales. L’investissement direct étranger joue un rôle de premier plan tant dans les pays à faible revenu que dans les États fragiles — l’essentiel de ces flux étant utilisé pour financer les importations de biens d’équipement et du matériel nécessaire à la réalisation des projets d’investissement. Le poste «autres entrées de capitaux» — composé surtout de décaissements de prêts obtenus à des conditions concessionnelles ou non — est d’une ampleur équivalente, mais l’on ne dispose pas de la ventilation entre les différentes formes de crédit. Sans surprise, les investissements de portefeuille sont de moindre importance pour la plupart des pays à faible revenu et des États fragiles, mais cela pourrait changer pour certains pays, tels que la Côte d’Ivoire, qui suscitent de plus en plus l’intérêt des investisseurs étrangers. En revanche, les pays à revenu intermédiaire (tels que l’Afrique du Sud et le Ghana) et certains pays exportateurs de pétrole (tels que le Nigéria) attirent des volumes considérables de capitaux qui se dirigent vers les obligations nationales et internationales (souveraines) et, à des degrés divers, vers les marchés d’actions1.

Graphique 1.Afrique subsaharienne:balance des paiements, 2012

Source:FMI, base de données des Perspectives de l’économie mondiale.

Note:ne comprend pas le Soudan du Sud.

Cet encadré a été préparé par Masafumi Yabara.1 Les investissements de portefeuille sur les marchés financiers sud-africains sont plus élevés que dans les autres pays d’Afrique subsaharienne.

Dans l’ensemble, les taux de change réels se sont appréciés dans toute la région au cours de l’année 2012; à cet égard, il ressort des analyses des services du FMI que les taux de change sont généralement, mais pas toujours, à peu près conformes aux paramètres fondamentaux de l’économie. On a observé une nette appréciation, en valeur nominale et en valeur réelle, au Kenya et en Ouganda, due, entre autres, aux politiques monétaires restrictives mises en place pour réduire l’inflation et à l’effet positif des «chocs de productivité» intérieurs dans le secteur agricole. Les pays exportateurs de pétrole, dont l’Angola et le Nigéria, ont aussi vu leur monnaie s’apprécier en valeur réelle, en raison cette fois du différentiel d’inflation par rapport aux partenaires commerciaux dans un contexte de gestion serrée du taux de change bilatéral par rapport au dollar. En revanche, les pays à revenu intermédiaire ont dans l’ensemble connu une certaine dépréciation de leur monnaie en valeur réelle, sous l’effet des chocs particuliers subis par différents pays:les troubles qui ont agité le secteur minier en Afrique du Sud pendant le second semestre de 2012 ont pesé sur les exportations et la confiance des investisseurs, ce qui a contribué à affaiblir le rand, qui était jugé plutôt fort avant qu’il ne commence à se déprécier.

La Période à Venir: Scénario de Référence

Les perspectives à court terme sont positives:d’après les projections, la croissance globale de la production en Afrique subsaharienne devrait atteindre 5,4 % en 2013 et 5,7 % en 2014 (graphique 1.8). Ces projections tiennent compte en partie de l’amélioration progressive des perspectives de l’économie mondiale dont il est fait état dans l’édition d’avril 2013 des Perspectives de l’économie mondiale, selon laquelle la croissance économique devrait s’affermir en 2014 à des rythmes toutefois différents dans les pays avancés, y compris en Europe, tandis qu’elle conservera son dynamisme dans les pays émergents. En Afrique subsaharienne, l’investissement demeure l’un des principaux moteurs de la croissance; le ratio investissement/PIB de la région devrait augmenter de 1½ point de pourcentage entre 2012 et 2014, la plupart des pays de la région participant à cette évolution, comme en témoigne le dynamisme du secteur du bâtiment. Par rapport à 2012, certains facteurs ponctuels viendront soutenir la croissance en 2013, à savoir les effets de rebond au lendemain des inondations de l’année dernière au Niger, le redressement de l’agriculture dans les régions touchées par la sécheresse de 2011/12, telles que le Sahel et la Corne de l’Afrique, et la normalisation progressive de l’activité économique en Guinée Bissau et au Mali.

Graphique 1.8.Principales régions:croissance du PIB réel, 2008–14

Source:FMI, base de données des Perspectives de l’économie mondiale. Note:ne comprend pas le Soudan du Sud.

Malgré les très bons résultats de ces dernières années et les bonnes perspectives de croissance pour la période à venir, le sous-emploi et le chômage restent de redoutables défis pour la région (encadré 1.5). En l’absence de grands changements structurels et/ou d’une accélération sensible de la croissance du PIB réel, le secteur informel et l’agriculture resteront pendant longtemps encore les principales sources d’emplois dans les pays à faible revenu.

Encadré 1.5.Répartition sectorielle de l’emploi en Afrique subsaharienne

La création d’emplois productifs et, dans les pays plus riches, la réduction du chômage déclaré sont deux des tâches les plus urgentes auxquelles sont confrontés les dirigeants de la région. À l’aide de nouvelles estimations de l’emploi établies conjointement par les services du FMI et de la Banque mondiale et d’une méthode de projection spécifique, nous examinons l’évolution dans le temps de la structure de la main-d’œuvre et de l’emploi (Fox et Thomas, à paraître).

Il ressort des estimations de la composition de l’emploi en 2010 que la majorité des travailleurs de la région vivaient alors dans des pays où le revenu par habitant était inférieur à 1.000 dollars et que 60 % d’entre eux déclaraient l’agriculture comme secteur de leur principale activité économique (pays à faible revenu et pays riches en ressources naturelles, graphique 1). Dans les pays à revenu intermédiaire de la tranche inférieure, l’emploi commençait à se redéployer en dehors du secteur agricole, mais la transformation en une économie d’emplois salariés n’avait pas encore eu lieu. Les pays riches en ressources naturelles et les pays à faible revenu avaient le taux d’emploi salarié le plus bas (13 %) en proportion de la main-d’œuvre, contre environ 18 % dans les pays à revenu intermédiaire de la tranche inférieure. Les rentes minières ont conduit à une expansion de l’emploi dans le secteur des services dans les pays riches en ressources naturelles, par le biais d’une augmentation de l’emploi public et du développement des entreprises familiales opérant dans le secteur du commerce et celui des services1.

Comme par le passé, l’emploi dans le secteur agricole devrait diminuer progressivement, mais, d’après les projections, il restera supérieur à 60 % de la main-d’œuvre dans les pays à faible revenu en 2015 (graphique 1). C’est dans les pays riches en ressources naturelles que l’emploi agricole diminuera le plus, sous l’effet surtout de l’expansion du secteur des services résultant du développement des activités annexes à l’exploitation des ressources naturelles. Dans les pays à faible revenu, la proportion de l’emploi salarié par rapport au total de la main-d’œuvre ne devrait guère changer:elle ne devrait progresser que de 1 point de pourcentage et atteindre 14 % fin 2015. La lenteur de cette amélioration s’explique par la forte croissance de la main-d’œuvre, que la faible étendue des secteurs autres que l’agriculture ne permet pas d’absorber rapidement.

Graphique 1.Afrique subsaharienne:répartition de la main-d’œuvre, 15–64 ans.

Sources:enquêtes nationales auprès des ménages; calculs et projections des services du FMI et de la Banque mondiale.

La croissance économique devrait rester vigoureuse à moyen terme dans les pays à faible revenu, mais la structure du marché du travail devrait évoluer lentement. Dans ces pays, le travail dans le secteur informel restera longtemps encore une réalité.

Cet encadré a été préparé par Alun Thomas.1 Les entreprises familiales sont celles qui ont des activités de services ou de fabrication dans le secteur informel; les projections qui s’y rapportent sont calculées sur la base des taux de croissance du secteur industriel et du secteur des services.

L’inflation devrait continuer à évoluer dans un sens favorable en 2013–14 (graphique 1.9). Pour l’ensemble de la région, elle devrait, d’après les prévisions, tomber à 5,8 % fin 2014, contre 7,9 % fin 2012. Les progrès accomplis sur le front de l’inflation en Afrique de l’Est devraient être consolidés, et les projections laissent entrevoir un ralentissement de l’inflation dans les pays qui, tel le Malawi, ont subi une envolée de l’inflation en 2012. D’après les prévisions d’inflation pour 2014, un pays seulement de la région devrait enregistrer un taux d’inflation supérieur à 10 %, et plus de la moitié des pays d’Afrique subsaharienne afficheront des taux d’inflation de 5 % ou moins en fin de période. Ces chiffres s’appuient sur les prévisions suivantes:la modération des prix des produits de base non pétroliers, l’existence de conditions favorables pour les denrées de consommation courante cultivées et consommées dans la région, et la poursuite d’une politique monétaire axée sur la lutte contre l’inflation; une flambée imprévue des prix des produits alimentaires et énergétiques mettrait sans doute un terme, au moins temporairement, à ce mouvement de désinflation, tout comme le ferait un assouplissement prématuré de la politique monétaire.

Graphique 1.9.Principales régions:inflation, 2008–14

(Fin de période)

Source:FMI, base de données des Perspectives de l’économie mondiale. Note:ne comprend pas le Soudan du Sud.

Les projections budgétaires pour 2013–14 font état d’une certaine dégradation de la situation des finances publiques dans l’ensemble de la région, la totalité de cette détérioration étant attribuable au relâchement des politiques budgétaires dans les pays exportateurs de pétrole, notamment en Angola, au Cameroun et au Tchad, ainsi qu’à la transformation du modeste excédent du Nigéria en un léger déficit (graphique 1.2). Si la baisse des cours du pétrole contribue à cette évolution, les hausses prononcées des dépenses publiques en sont aussi un facteur clé (sauf au Nigéria) et poussent à s’interroger sur la capacité d’absorption des pays et l’efficacité des dépenses. Parmi les pays dont le déficit est élevé, l’ajustement budgétaire prévu au Ghana (où le déficit a plus que doublé en 2012) est relativement modeste puisque le déficit devrait rester supérieur à 8 % du PIB en 2014. Compte tenu de la lenteur de la reprise en Afrique du Sud, le déficit (4,8 % du PIB en 2012) ne commencera à baisser qu’en 2014.

Les déficits extérieurs courants de la région devraient se creuser quelque peu en 2013–14 sous l’effet en partie de l’augmentation des taux de formation brute de capital (graphique 1.4), mais aussi de l’évolution défavorable des termes de l’échange. Dans les pays exportateurs de pétrole et d’autres produits miniers, ceux-ci devraient en effet se dégrader légèrement en 2013 et 2014, période au cours de laquelle les exportations devraient diminuer en proportion du PIB. Dans les nombreux pays à faible revenu et États fragiles dont le déficit extérieur courant a dépassé 10 % du PIB en 2012, on ne prévoit pas d’amélioration en 2013–14; si ces déficits sont le résultat d’investissements axés sur l’exportation ou visant à soutenir les activités d’exportation, les déséquilibres devraient se corriger d’eux-mêmes peu à peu à mesure que les exportations se matérialiseront, mais, compte tenu de l’ampleur des déficits, le cas de chaque pays doit être analysé avec soin.

Deux facteurs, à savoir l’intérêt persistant des investisseurs internationaux pour l’Afrique subsaharienne et les rendements inférieurs sur les marchés mondiaux, devraient faciliter le financement des déficits extérieurs courants des pays pionniers au cours des prochaines années. En Angola, en Tanzanie et en Zambie, l’État a récemment fait appel au marché des capitaux mondiaux et, depuis le début de l’année 2013, les investissements de portefeuille affluent en Côte d’Ivoire, au Ghana et au Nigéria, entre autres pays, où ils contribuent à la remontée des prix des actions (graphique 1.6).

En moyenne, les coefficients de couverture des importations par les réserves ne devraient guère changer au cours des deux prochaines années, sauf dans certains pays exportateurs de pétrole (graphique 1.7). Le niveau des réserves restera relativement faible dans les États fragiles (2½ mois d’importations); il sera un peu plus élevé dans les pays à faible revenu (3 mois d’importations) et dans les pays à revenu intermédiaire (environ 4¼ mois d’importations).

Analyse des scénarios à risque

La trajectoire de croissance vigoureuse prévue pour l’Afrique subsaharienne pourrait être influencée par un certain nombre d’aléas négatifs liés à la fois à la conjoncture extérieure et à des facteurs internes. Nous considérons ici les effets sur la région de deux scénarios défavorables du point de vue de l’évolution de l’économie mondiale, qui sont tirés de l’édition d’avril 2013 des Perspectives de l’économie mondiale6. Il ressort de notre analyse que des chocs sur l’économie mondiale ralentiraient la croissance économique de l’Afrique subsaharienne, mais ne la remettraient pas en question. Si les effets sur la production régionale ne sont pas particulièrement prononcés, certains pays considérés individuellement pourraient être touchés de façon plus profonde, notamment ceux dont la base d’exportation est étroite et dont la marge de manœuvre budgétaire est restreinte. Les pays qui jouissent d’une croissance vigoureuse et qui sont particulièrement exposés aux sources probables de risques auraient intérêt à envisager de renforcer leur capacité d’affronter des chocs éventuels.

L’édition d’avril 2013 des Perspectives de l’économie mondiale du FMI fait état d’une nette réduction des risques immédiats pour l’économie mondiale, encore que d’importants aléas négatifs subsistent dans la zone euro et aux États-Unis. Les risques à moyen terme apparaissent encore élevés. Compte tenu de l’amélioration de la situation à court terme, les incertitudes qui entourent les perspectives économiques de l’Afrique subsaharienne sont maintenant moins prononcées (graphique 1.10).

Graphique 1.10.Afrique subsaharienne:perspectives de croissance, 2013 et 2014

Sources:FMI, base de données des Perspectives de l’économie mondiale; calculs des services du FMI.

Note:ne comprend pas le Soudan du Sud.

Dans la présente section, nous examinons les effets sur les économies d’Afrique subsaharienne de deux scénarios défavorables — l’un concernant la zone euro, l’autre les pays émergents — qui sont tirés de l’édition d’avril 2013 des Perspectives de l’économie mondiale. Comme dans l’édition d’octobre 2012 des Perspectives économiques régionales consacrée à l’Afrique subsaharienne, nous établissons dans chaque scénario des projections macroéconomiques distinctes pour les onze plus grandes économies de la région, qui représentent collectivement plus de 80 % de la production régionale7.

Le scénario défavorable concernant la zone euro est caractérisé par un ralentissement persistant de la croissance du PIB, provoqué par des préoccupations croissantes quant à la viabilité des finances publiques dans la périphérie de la zone, le risque accru de hausse des primes de risque et un resserrement supplémentaire des politiques budgétaires. Dans ces conditions, le niveau de production de la zone euro serait inférieur de 4 % aux prévisions du scénario de référence à l’horizon 2018, la production mondiale se situant à 1 % ou plus en dessous des prévisions du scénario de référence pour 2018. Les prix des produits de base (pétroliers et non pétroliers) diminueraient peu à peu et seraient inférieurs d’environ 5 % à ceux du scénario de référence en fin de période.

Les effets sur l’Afrique subsaharienne seraient modestes mais durables (graphique 1.11). La croissance du PIB de la région serait inférieure d’environ ¼ de point de pourcentage par an à moyen terme (2013–18), en raison surtout du niveau moins élevé des recettes d’exportation et de l’investissement direct étranger. Le solde budgétaire se dégraderait en moyenne d’environ ½ % du PIB à l’horizon 2018, mais l’impact serait gérable dans la plupart des cas. Le solde des transactions courantes pour la région se détériorerait aussi légèrement, dans la mesure où l’amélioration de la situation des paiements des pays importateurs de pétrole compenserait en partie les effets négatifs sur celle des pays exportateurs de pétrole.

Graphique 1.11.Afrique subsaharienne:scénarios défavorables

Sources:FMI, base de données des Perspectives de l’économie mondiale; estimations des services du FMI.

C’est dans les pays les plus étroitement intégrés au système commercial mondial (tels que l’Afrique du Sud et le Ghana) que les effets négatifs seraient les plus prononcés; les pays exportateurs de pétrole ne seraient que modérément touchés, compte tenu de la faible baisse des cours mondiaux du pétrole. Parmi les pays à faible revenu et les États fragiles, l’effet global serait modeste, mais il pourrait être plus sensible dans certains pays dont la base d’exportation est peu développée, qui sont fortement tributaires des pays de la zone euro et/ou dont les amortisseurs budgétaires sont restreints (tels que le Burundi, Madagascar et São Tomé-et-Príncipe).

Le scénario défavorable concernant les pays émergents est caractérisé par un choc marqué sur l’investissement privé dans les BRICS (Brésil, Russie, Inde, Chine et Afrique du Sud), où il tomberait à 10 % en dessous du niveau du scénario de référence avant de retrouver les niveaux de ce scénario en 2016. La principale caractéristique de ce choc est qu’il est concentré sur la première année, avec un redressement progressif (des niveaux d’investissement) étalé sur les trois années suivantes. La production mondiale diminuerait d’environ 1 point de pourcentage en 2013, et les prix des produits pétroliers et non pétroliers seraient inférieurs respectivement de 13,6 % et 6,5 % aux niveaux du scénario de référence. La production et les prix remonteraient progressivement aux niveaux du scénario de référence à l’horizon 2016.

Dans ce scénario, l’impact sur l’Afrique subsaharienne est plus marqué, mais il est aussi éphémère (graphique 1.11). La croissance du PIB de la région (l’Afrique du Sud étant exclue en l’occurrence) serait inférieure de ½ point de pourcentage au niveau du scénario de référence, tandis que l’inflation accuserait un repli modeste mais temporaire. Les soldes budgétaires se dégraderaient d’environ 1,9 % du PIB en 2013 et de 1,6 % du PIB en 2014. Les pays exportateurs de pétrole seraient les plus touchés, mais ils sont aussi les mieux à même (dans la plupart des cas) d’amortir le choc; certains pays dépourvus d’amortisseurs budgétaires et très vulnérables à une évolution défavorable des prix des produits de base, tel le Tchad, se trouveraient dans une situation plus difficile (chapitre 2).

Il va de soi que nos projections pour la région sont tributaires d’éventuels chocs au niveau national. Contrairement aux chocs subis par l’économie mondiale, qui ont des répercussions dans toute la région, les chocs d’ordre intérieur ont des effets en général relativement localisés même s’ils peuvent être graves dans certains pays. Parmi les risques plausibles au stade actuel, on peut citer l’intensification des conflits dans des pays tels que la Guinée Bissau, le Mali, la République centrafricaine et la région orientale de la République démocratique du Congo, ainsi que le débordement de ces conflits dans les pays limitrophes, qui peut avoir de lourdes conséquences économiques. Sur le plan politique, le calendrier électoral de l’année prochaine est relativement peu chargé, mais le déroulement des élections nationales au Zimbabwe pourrait être un facteur de risque. Enfin, on le sait, une grande partie de la région est vulnérable aux conditions météorologiques défavorables, dont l’effet est en général particulièrement prononcé dans les zones rurales; les inondations récentes au Mozambique et à Maurice en sont des exemples.

Questions de politique économique et recommandations

La croissance est vigoureuse dans la plupart des pays d’Afrique subsaharienne, où seul le groupe des pays à revenu intermédiaire de la tranche supérieure se heurte au problème d’une activité économique léthargique. Dans l’ensemble, l’inflation évolue de façon favorable, hormis pour un petit nombre de pays où elle reste obstinément supérieure à 10 %. Les déficits extérieurs courants sont élevés pour un grand nombre de pays à faible revenu, mais les investissements directs étrangers destinés au secteur des exportations semblent jouer un rôle central dans le financement de ces déséquilibres. Les pays pionniers accèdent aux marchés obligataires internationaux en bénéficiant de marges qui, d’un point de vue historique, sont plutôt faibles. Dans une situation apparemment aussi favorable, quelles devraient être les préoccupations des décideurs?

Premièrement, les généralisations masquent les importants problèmes particuliers que doivent affronter les pouvoirs publics dans certains pays:

  • Au Ghana, le déficit budgétaire et le déficit des transactions courantes ont atteint des niveaux élevés qui ne sont pas viables:un rééquilibrage des finances publiques est impératif pour maîtriser les «déficits jumeaux» et mettre un terme à l’accumulation constante de dette publique.

  • L’Angola, après avoir reconstitué ses amortisseurs budgétaires d’avant la crise, envisage une relance budgétaire d’environ 10 % du PIB en 2013–14, ce qui suscite des préoccupations eu égard à la capacité d’absorption du pays et à sa capacité de dépenser des montants très élevés de façon efficace.

  • Le cas de la République du Congo est comparable. En effet, la très forte augmentation des dépenses suscite de graves préoccupations qui ont trait à la capacité d’absorption du pays et à la rentabilité des dépenses.

  • Le Tchad, pays auquel il reste relativement peu de temps avant que la production de pétrole ne commence à diminuer, continue de dépenser massivement pour effectuer des investissements très coûteux dont la rentabilité est incertaine, et les déficits qui s’ensuivent empêchent l’accumulation de soldes à la banque centrale régionale, qui constituent l’amortisseur budgétaire le plus efficace.

  • Même dans l’hypothèse d’une augmentation des recettes provenant de l’Union douanière d’Afrique australe (SACU), les dépenses du Swaziland ont atteint un niveau insoutenable, et des coupes claires s’imposent pour remettre les dépenses sur une trajectoire viable.

Deuxièmement, si la désinflation est la norme dans toute la région, un certain nombre de pays font exception à cet égard:l’inflation y reste supérieure à 10 % ou y est extrêmement instable (Éthiopie). Un resserrement durable de la politique monétaire sera nécessaire pour que le mouvement régulier de désinflation qui est en cours en Guinée et en Sierra Leone depuis 2011 se poursuive et pour que l’objectif de réduction sensible de l’inflation au Malawi soit atteint. En Éthiopie, la forte volatilité de l’inflation est attribuable en grande partie aux faiblesses du mécanisme de transmission monétaire, le fonctionnement des marchés financiers étant faussé par le montant élevé des prêts dirigés et le niveau artificiellement bas des taux des bons du Trésor.

Troisièmement, comme cela est expliqué dans l’encadré 1.3, les ratios d’endettement public sont en hausse dans un grand nombre de pays qui ont déjà bénéficié de l’Initiative PPTE. Dans la plupart des cas, cette évolution ne suscite pas pour le moment d’inquiétude quant à la réapparition du risque de surendettement, mais elle met en relief la question de savoir si cette accumulation de dette se traduit par un net renforcement de l’investissement et de la croissance, ou par des niveaux élevés de consommation.

Quatrièmement, étant donné que le risque de ralentissement de l’activité mondiale reste important, les dirigeants doivent déterminer s’ils disposent d’une marge suffisante pour affronter d’éventuels chocs — c’est-à-dire la capacité de financer un creusement des déficits (en évitant une contraction budgétaire procyclique) et, le cas échéant, d’assouplir la politique budgétaire sans relancer l’inflation, et de gérer de façon appropriée les tensions sur les taux de change. Le chapitre 2 examine l’état des amortisseurs budgétaires dans toute la région et arrive à la conclusion que, bien que les niveaux d’endettement soient faibles, les pays où les marchés financiers sont peu profonds disposent d’une marge réduite pour financer un creusement des déficits en cas de ralentissement de l’activité et devront donc se tourner vers les bailleurs de fonds extérieurs. Pour se doter d’amortisseurs budgétaires, ces pays doivent contenir le financement intérieur en temps normal et constituer des avoirs financiers mobilisables en cas de crise — autrement dit, ils doivent opérer un arbitrage difficile entre la nécessité de répondre aux besoins d’investissements publics et celle de constituer une épargne de précaution.

Cinquièmement, les pays à faible revenu d’Afrique subsaharienne affichent depuis longtemps déjà de bons taux de croissance, mais cette croissance n’a rien d’extraordinaire au vu des taux de croissance habituels des pays en développement. Cette croissance ne se traduit pas par une augmentation de l’emploi salarié, ni par une réduction de la pauvreté au rythme qui serait nécessaire pour atteindre les objectifs du Millénaire pour le développement (OMD). Il est nécessaire de redéployer le budget de l’État en faveur des secteurs qui sont de nature à accélérer la croissance et la création d’emplois, c’est-à-dire les activités d’investissement et de quasi-investissement public (par exemple certains postes des budgets de santé et d’éducation), en les finançant soit par une réduction des ressources consacrées aux dépenses courantes, soit par une augmentation des recettes fiscales8. La production d’énergie étant la clé de voûte de toute stratégie de croissance, la réforme des subventions énergétiques peut être un outil important pour créer une marge de manœuvre budgétaire tout en encourageant l’investissement dans l’électricité (chapitre 4).

Sixièmement, la faculté acquise récemment par les pays pionniers de la région de recourir aux marchés de capitaux internationaux à des conditions raisonnables pourrait offrir à ces pays une importante nouvelle source de financement. Il importera que ces pays se dotent des moyens de gérer avec efficacité le processus d’émission de titres, puis la dette elle-même et les relations avec les investisseurs (chapitre 3); il est essentiel qu’ils comprennent bien les avantages et les inconvénients d’une émission d’obligations publiques, par opposition aux autres formes de financement.

Septièmement, plusieurs pays pionniers d’Afrique subsaharienne, tels que le Ghana, le Kenya et le Nigéria, attirent de plus en plus d’investissements de portefeuille sur leurs marchés d’actions et d’obligations. Ces flux ne sont pas sans procurer certains avantages, notamment par la pression à la baisse qu’ils exercent sur les coûts d’emprunt de l’État, mais, comme en témoigne le débat de longue date sur les conséquences pour les pays émergents d’un assouplissement monétaire dans les pays avancés, ces flux, qui sont en général fébriles, posent en soi d’importants problèmes aux banques centrales des pays concernés. Les décideurs devront être attentifs au risque de voir se former des bulles des prix d’actifs9 tout en veillant à être en mesure de faire face à un retournement soudain de ces flux de capitaux si l’appétit pour le risque des investisseurs venait à changer. Des ajustements de la politique macroéconomique pourraient être nécessaires le moment venu, mais ce besoin ne se fait sentir de façon manifeste dans aucun pays pour le moment.

Enfin, même si les risques qui pèsent dans l’immédiat sur les perspectives économiques mondiales se sont atténués, il n’est pas inutile d’examiner brièvement la question suivante:comment les décideurs africains devraient-ils réagir en cas de ralentissement prononcé de l’économie mondiale? Cette question a été traitée de façon assez détaillée dans l’édition d’octobre 2012 de ce rapport (chapitre 1). En cas de ralentissement de l’activité, les pays qui disposent d’une marge de manœuvre budgétaire (un grand nombre des pays exportateurs de minéraux, les pays où les marchés financiers sont profonds et l’endettement modéré) seront en mesure de laisser s’accroître leur déficit budgétaire, au moins en laissant jouer les stabilisateurs automatiques. Les pays autonomes sur le plan monétaire et qui ont fait preuve de leur capacité de maîtriser l’inflation (telle l’Afrique du Sud) peuvent assouplir leur politique monétaire pour soutenir la demande. Les pays dont le taux de change est déterminé par le marché (tel le Kenya) peuvent laisser leur monnaie se déprécier pour amortir le choc, en adaptant leur politique monétaire si la réalisation de leurs objectifs d’inflation est gravement compromise. En revanche, les pays qui ne disposent pas d’amortisseurs budgétaires ni de moyens d’action appropriés seront sans doute obligés de rechercher des financements extérieurs publics, auprès d’institutions bilatérales ou multilatérales. À cet égard, le FMI est bien placé pour venir en aide aux pays qui subissent des chocs.

Conclusion

Depuis plus d’une décennie, l’Afrique subsaharienne connaît une croissance soutenue. Les perspectives à court terme laissent entrevoir une accentuation de cette tendance, avec une amélioration des niveaux de vie. Cela dit, étant donné que la population active, déjà caractérisée par des niveaux élevés de chômage et de sous-emploi déclarés, va augmenter fortement au moment où l’Afrique récolte les dividendes de son évolution démographique (baisse des taux de dépendance), il est clairement hors de question de relâcher les efforts. Alors que les dirigeants s’efforcent d’affronter les défis plus larges du développement, il sera essentiel de préserver la solidité des cadres macroéconomiques tout en renforçant les systèmes financiers, même si ces actions ne suffiront pas et devront être complétées par des mesures résolues pour relever le défi de la création d’emplois.

Afrique subsaharienne:codes pays
Codes paysPays
ZAFAfrique du Sud
AGOAngola
BENBénin
BWABotswana
BFABurkina Faso
BDIBurundi
CMRCameroun
CPVCap-Vert
COMComores
CODCongo, Rép. dém. du
COGCongo, Rép. du
CIVCôte d’Ivoire
ERIErythrée
ETHÉthiopie
GABGabon
GMBGambie
GHAGhana
GINGuinée
GNBGuinée Bissau
GNQGuinée équatoriale
KENKenya
LSOLesotho
LBRLibéria
MDGMadagascar
MWIMalawi
MLIMali
MUSMaurice
MOZMozambique
NAMNamibie
NERNiger
NGANigéria
UGAOuganda
CAFRépublique centrafricaine
RWARwanda
STPSao Tomé-et-Príncipe
SENSénégal
SYCSeychelles
SLESierra Leone
SSDSoudan du Sud
SWZSwaziland
TZATanzanie
TCDTchad
TGOTogo
ZMBZambie
ZWEZimbabwe
Tableau en appendice. Afrique subsaharienne:années de référence pour l’établissement des comptes nationaux
Code paysAnnée de référence SCN actuelleNouvelle année de référence prévue et année d’achèvement prévue (entre parenthèses)Base SCN; année prévue de la révision SCN, si différente de l’année de référence (entre parenthèses)PIB selon cadre ressources–emploisNombre d’années depuis la dernière révision de l’année de référenceRévision du PIB (en pourcentage du PIB estimatif actuel)Explication de la révision du PIB estimatif
AGO19872002 (2013)SCN 1993Oui15
BDI19962005 (non disponible)SCN 1993Oui10
BEN19851999(2014)SCN 1993Oui14Nouveau mode d’enregistremerit pour le coton. Investissements des administrations publiques.
BFA2006Oui
BWA2006SCN 1993Oui10 (1996-06)
CAF19852005 (2014)SCN 1993Oui20
CIV1996Oui
CMR20002005 (2013)SCN 2008Oui510%Meilleure application des SCN 1993 et 2008 (2 °/c) et meilleures sources de donnees (8 %).
COD19872002 (2014)SCN 1993Non15
COG19902005 (2013)SCN 1993Oui159%(pour2005)Loyers imputes et investissements des administrations publiques.
COM19992007(2013)SCN 1968Oui17
CPV2007Non disponible28 (1980-07)
ERI2004Non établi aprés 2005Non disponibleOui
ETH2000/012010/11 (2013)SCN 2008 (2015)Non10–1 %Revision a la baisse pour I’industrie et les services.
GAB2001Oui
GHA2006Oui13 (1993-06)60%Meilleure allocation de la valeur ajoutee a la sylviculture et a I’elevage. Application du nouveau tableau ressources-emplois au commerce de gros et de detail. Expansion des activites de service.
GIN20032006 (2013)Non34% (pour2006)Meilleure estimation des informations manquantes dans le secteur formel (a la hausse et a la baisse). Loyers imputes. Investissements des administrations publiques.
GMB2004Non28 (1976/77-2004)128%Dernieres donnees du recensement economique de 2004/05 et de I’enquete sur le revenu et les depenses des menages de 2003/04.
GNB2005Oui19106%(pour 2005)Meilleure couverture de I’economie, notamment du secteur 106 %(pour2005) informel. Loyers imputes. Investissements des administrations publiques.
GNQ19852007 (2013)Non22
KEN20012009 (2013)SCN 2008 (2015)Oui8
LBR19922008 (2015)Calculs AFR16
LSO20042013(2015/16)Certaines des exigences du SCN 2008Applique en partie10Utilisation de nouvelles sources de donnees.
MDG1984Oui
MLI19871997 (2013)SCN 1993Oui1067%Nouvelles methodes d’enregistrement pourl’agriculture. Meilleure couverture des activites formelles (estimation des donnees manquantes) et informelles (Enquete 1.2.3). Loyers imputes. Investissements des administrations publiques.
MOZ20032009(2013)6
MUS20072012(2015)La plupart des exigences du SCN 2008 en 2015Pourles annees de référence5
MWI20092014SCN 2008 (2015)Oui5 (2002-07)37%Inclusion de la production sur petite echelle et de la production pour consommation personnelle.
NAM20042009 (2013)SCN 1993Non6Non disponibleNon disponible.
NER2006Oui1922%Meilleure couverture de I’economie (ISBL, secteurformel). Nouveau mode de calcul des investissements des administrations publiques.
NGA19902010(2013)Non disponibleNonNon connuNon disponibleNon disponible.
RWA20062011 (2013)SCN 2008 (2015)Oui5Non disponibleNon disponible.
SEN19992010 (2014)SCN 2008Oui11Nouvelles methodes d’enregistrement pourl’agriculture. Salaires verses aux prestataires d’assistance technique. Investissements des administrations publiques.
SLE2006Non5 (2001-06)13%Actualisation des donnees sources et inclusion de nouvelles activites.
SSD2009SCN 2008Non
STP19962008 (non disponible)SCN 1993 (non disponible)Non12
SWZ19852011 (2014)Certaines des exigences du SCN 2008 (2015/16)
SYC2006SCN 1993
TCD19952005 (2014)Oui10
TGO2000SCN 1993 (2013)Non225%Meilleures estimations pour le secteur formel. Loyers imputes. Investissements des administrations publiques.
TZA20012007SCN 2008 (2015)Non6Non disponibleNon disponible.
UGA20022009/10 (2013)SCN 2008 (2015)Oui8Non disponibleNon disponible.
ZAF20052010 (2014)SCN 1993 (I’application partielle du SCN 2008 commencera en 2014)Oui51,7 % (pour 2006)Inclusion de nouvelles activites et elargissement des estimations pour les activites existantes (par exemple services financiers; consommation finale des menages). Introduction de nouvelles donnees sources. Amelioration des techniques utilisees pour calculer les estimations de volume.
ZMB19942011 (2013)
ZWE1990SCN 1993
Source:FMI, Departement des statistiques, avec des donnees des bureaux statistiques nationaux correspondants.Note:La version actuelle du SCN est celle de 1993, sauf pour I’Angola, le Burundi, le Benin, la Guinee equatoriale, Madagascar, le Mali, la Republique democratique du Congo, Sao Tome-et-Principe et le Togo, qui utilisent tous la version de 1968.

Toutes les moyennes citées dans le texte excluent le Soudan du Sud en raison de l’instabilité des principaux agrégats macroéconomiques du pays. Cela explique les légers écarts par rapport aux chiffres indiqués dans les Perspectives de l’économie mondiale. Les pays sont regroupés selon la classification utilisée des Perspectives économiques régionales et expliquée à l’appendice statistique.

Les prévisions des services du FMI relatives à la République centrafricaine n’ont pas été mises à jour pour tenir compte des effets du conflit qui sévit dans le pays depuis décembre 2012.

Mesurée en fin de période dans tous les cas.

Dans cette section, les chiffres se rapportent généralement aux soldes des administrations publiques. Il n’est pas tenu compte des opérations des entreprises d’État, qui occupent une place importante dans certains pays.

En 2012, la Côte d’Ivoire, la Guinée et les Comores ont achevé le processus de l’Initiative PPTE. Le Tchad, qui a atteint le «point de décision», reste donc le seul pays africain à ne pas avoir encore atteint le point d’achèvement.

La région pourrait aussi bénéficier d’aléas positifs, qui ne sont pas analysés ici.

Afrique du Sud, Angola, Cameroun, Côte d’Ivoire, Éthiopie, Ghana, Kenya, Nigéria, Ouganda, Sénégal et Tanzanie.

Rien n’oblige à ce que la mise en place d’infrastructures relève uniquement de l’État; les partenariats public—privé offrent une autre façon de procéder, même s’ils supposent que l’État acquière des capacités de négociation.

La crise boursière de 2009 au Nigéria, qui a contribué à l’effondrement d’un tiers du système bancaire, illustre bien à quel point la situation peut se dégrader.

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