Chapter

3. La transformation structurelle en Afrique subsaharienne

Author(s):
International Monetary Fund. African Dept.
Published Date:
October 2012
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Introduction et Résumé

Nous analysons ici le degré de transformation structurelle, mesuré par la migration des travailleurs des secteurs et activités à faible productivité moyenne vers les secteurs et activités à forte productivité moyenne, dans les pays d’Afrique subsaharienne de 1995 à 2010. La période considérée a été marquée par une forte croissance dans un grand nombre de ces pays, et nous constatons ici que la plupart d’entre eux ont connu une certaine transformation structurelle, mais à des rythmes inégaux et en suivant des cheminements différents. Toutefois, alors que la transformation des pays asiatiques auxquels les pays d’Afrique subsaharienne sont comparés dans ce chapitre s’est appuyée essentiellement sur les industries manufacturières à bas salaires, rien ne permet d’affirmer avec certitude que la plupart des pays d’Afrique subsaharienne suivront cette voie. En fonction de leurs dotations en ressources naturelles et des qualifications de la main-d’œuvre, entre autres facteurs, certains d’entre eux pourraient suivre l’exemple de l’Asie en développant une industrie manufacturière à bas salaires, alors que, dans d’autres pays, la transformation pourrait s’opérer par la voie des services et, dans d’autres encore, par une mutation du secteur agricole.

Depuis une vingtaine d’années, de nombreux pays d’Afrique subsaharienne connaissent une croissance économique d’une vigueur et d’une persistance sans précédent. Nous analysons ici dans quelle mesure cette période de croissance élevée s’est accompagnée d’une transformation structurelle, définie comme le transfert des travailleurs des activités et secteurs où la productivité moyenne du travail est faible vers ceux où elle est élevée, ce qui contribue à augmenter la productivité moyenne du travail dans l’ensemble de l’économie1. Nous montrons que, dans la plupart des pays de la région, la croissance s’est bien accompagnée d’un certain degré de transformation structurelle, mais dont le rythme et la nature ont sensiblement varié. Dans la plupart des pays exportateurs de pétrole, des pays à revenu intermédiaire et des pays à faible revenu non fragiles, on a assisté à une hausse régulière de la productivité moyenne du travail, résultant souvent des progrès de la productivité dans l’agriculture et entraînant un recul de la part de ce secteur dans le PIB. Dans les États fragiles, en revanche, la croissance a été en général faible et irrégulière, surtout du fait de conflits; cela se traduit par l’absence de transformation structurelle significative dans la grande majorité des pays de cette catégorie.

Les principales conclusions du chapitre sont les suivantes:

  • Bien que les données soient incomplètes et pas toujours cohérentes, il apparaît que la hausse de la productivité du travail dans le secteur agricole a été très faible dans beaucoup de pays à faible revenu d’Afrique subsaharienne; cela s’explique par l’insuffisance de l’irrigation, le manque d’engrais, la diminution des surfaces cultivées et les contraintes d’infrastructures, même s’il y a des exceptions (Burkina Faso, Malawi).

  • Le secteur manufacturier se développe dans quelques pays (Éthiopie, Kenya, Mozambique et Tanzanie), mais en partant d’une base restreinte caractérisée par une progression lente de la productivité.

  • Le secteur des services a mieux réussi à stimuler la production, les exportations et les gains de productivité; en outre, certains pays se sont élevés dans la chaîne de valeur ajoutée (Kenya, Maurice). Toutefois, le secteur informel reste très étendu dans les économies d’Afrique subsaharienne.

Nous nous intéressons particulièrement au secteur agricole, qui demeure le principal employeur dans de nombreux pays de la région. En Afrique subsaharienne, l’agriculture contribue en moyenne à plus de la moitié de l’emploi total et à un cinquième du PIB (graphique 3.1)2.

Graphique 3.1.Afrique subsaharienne: part de l’agriculture dans le PIB et l’emploi total, et PIB réel par habitant, 2010

(Pourcentage)

Source: Banque mondiale, Indicateurs du développement dans le monde.

Dans chacun des 86 pays de l’échantillon figurant au graphique 3.2, la production par travailleur du secteur agricole est inférieure au PIB non agricole par travailleur. Point plus important, la différence de productivité moyenne du travail entre le secteur agricole et le reste de l’économie est plus marquée dans les pays à faible revenu, y compris le sous-échantillon de 23 pays d’Afrique subsaharienne (indiqués en rouge), que dans les pays à revenu élevé3.

Graphique 3.2.Productivité moyenne du travail

Source: Restuccia, Yang, et Zhu (2008), d’après les données de Penn World Table (PWT) et de l’Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO).

En général, les données empiriques émanant d’autres régions montrent qu’une augmentation rapide de la productivité s’accompagne d’une baisse de la part de l’agriculture dans le PIB et dans l’emploi résultant du transfert de ressources vers les activités plus productives d’autres secteurs. Elles indiquent aussi une progression simultanée de la productivité du travail dans l’agriculture, qui libère de la main-d’œuvre pour le reste de l’économie. La conjonction de ces changements peut être compatible avec une augmentation de la production agricole. Nous examinons donc à la fois le transfert de ressources hors du secteur agricole et l’évolution de la productivité agricole dans les pays d’Afrique subsaharienne.

Nous en concluons que les gains de productivité dans l’agriculture sont un élément essentiel de la transformation structurelle en Afrique subsaharienne. En outre, les pays doivent continuer à privilégier l’amélioration qualitative et quantitative de l’éducation pour faciliter le transfert de la main-d’œuvre vers l’industrie et les services à plus forte valeur ajoutée, tandis que des progrès soutenus sur le plan de la logistique et des infrastructures devraient favoriser le développement des activités de tous les secteurs.

Le reste du chapitre analyse divers aspects. La deuxième section présente certains faits stylisés illustrant l’amplitude de la transformation structurelle en Afrique subsaharienne. Elle compare aussi cette transformation dans certains pays de la région à celle qui a eu lieu dans un échantillon de pays asiatiques. La troisième section va plus loin en analysant l’évolution des parts de production et la productivité du travail par secteur (agriculture, mines, industrie manufacturière et services). La quatrième section examine brièvement certains obstacles à la transformation de la région, et la dernière section énonce les conclusions. Un appendice donne des exemples de transformation structurelle réussie dans cinq pays d’Afrique subsaharienne.

Faits Stylisés

En raison du manque de données et du démarrage tardif de la croissance et de la transformation structurelle en Afrique subsaharienne, ce chapitre porte sur une période relativement courte (1995 à 2010). Il s’appuie sur une conjonction de données émanant de l’Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO), de données de PIB par secteurs issues d’une enquête des équipes-pays du Département Afrique du FMI et de données sectorielles sur l’emploi provenant d’enquêtes auprès des ménages4. Il convient d’interpréter avec prudence l’analyse de la transformation structurelle de l’Afrique subsaharienne qui suit, et cela pour deux raisons: d’abord, les données sur la production sont de qualité inégale; ensuite, peu de pays disposent de séries temporelles longues et cohérentes sur l’emploi.

Le graphique 3.3 montre bien l’hétérogénéité de l’expérience de l’Afrique subsaharienne en matière de croissance5. Dans douze pays de la région, la productivité du travail a fléchi, alors qu’à l’opposé elle a augmenté dans treize pays à un taux qui la ferait plus que doubler en une génération. Le reste des pays d’Afrique subsaharienne se situent entre ces deux extrémités avec une évolution positive mais relativement plus lente de la productivité. Le tableau 3.1 montre la progression globale de la productivité du travail, sa progression moyenne dans le secteur agricole et la variation de la contribution de ce secteur au PIB (PIB hors ressources naturelles pour les pays riches en ressources naturelles, indiqués en italiques) depuis une décennie et demie. Les pays sont groupés en suivant le classement des Perspectives économiques régionales (voir annexe statistique) et, au sein de chaque catégorie, hiérarchisés selon la hausse moyenne de la productivité du travail. Le tableau 3.2, qui reprend le même mode de classement, ajoute des informations sur l’évolution de la composition sectorielle de la production. Les deux tableaux font ressortir plusieurs tendances au sein des catégories de pays, qui sont commentées ci-après. Dans le groupe des États fragiles à faible revenu, on constate des changements structurels limités, l’évolution de la productivité globale moyenne du travail étant négative dans neuf cas sur douze. Les données étant incomplètes, les États fragiles ne font pas l’objet d’autres commentaires dans le texte.

Graphique 3.3.Taux de croissance du PIB réel par membre de la population active, 1995–2010

Source: estimations des services du FMI.

Tableau 3.1.Transformation structurelle des pays d’Afrique subsaharienne: croissance de la productivité et variation des parts de la production agricole, 1995–20101(Pourcentage)
Taux de croissance du

PIB réel par habitant
Taux de croissance du

PIB réel par membre de la

population active
Variation annuelle en

pourcentage de la

part de la production

agricole
Croissance de la productivité

agricole moyenne (période, si

différente de 1995–2010)
Pays exportateurs de pétrole
Guinée équatoriale17,1216,86−5,69−0,90
Angola6,046,11−2,074,50
Tchad3,633,600,310,80
Nigéria2,722,70−0,412,30
Cameroun1,460,85−0,14−1,60 (1995–2007)
Congo, Rép. du1,210,66−0,903,00
Gabon−0,59−1,12−1,652,70
Pays à revenu intermédiaire
Cap-Vert5,083,36−2,913,90
Maurice3,462,98−3,341,20 (1995–2009)
Ghana2,782,64−1,061,50 (1998–2005)
Lesotho2,452,63−2,051,10
Botswana3,492,32−3,562,20 (2001–10)
Zambie2,082,28−2,664,70 (1998–2010)
Sénégal1,350,97−1,404,00 (2001–05)
Afrique du Sud1,580,80−1,167,10 (2000–09)
Swaziland1,840,76−0,891,90
Namibie2,020,52−2,830,50
Seychelles2,50n.d.−6,52−4,90
Pays à faible revenu et États fragiles
Pays à faible revenu hors États fragiles
Mozambique4,834,75−2,454,10 (2003–09)
Ouganda3,593,91−3,49−3,50 (2002–09)
Éthiopie4,353,61−1,692,00
Rwanda3,773,19−0,943,40 (1996–2005)
Tanzanie3,203,10−2,072,90 (2000–09)
Burkina Faso3,152,91−1,411,80
Mali2,372,10−0,053,90 (2001–09)
Sierra Leone2,051,941,683,00
Malawi1,601,25−2,295,30
Gambie1,521,150,824,90
Bénin1,361,140,232,70
Kenya0,800,83−1,701,10
Madagascar−0,05−0,21−0,04−0,70
Niger0,34−0,130,315,40
États fragiles
Libéria10,4310,19−3,641,90
Guinée3,333,051,091,40
São Tomé-et-Príncipe0,801,80−0,232,00
Côte d’Ivoire−0,23−0,510,681,90
Togo0,22−0,671,751,20
République centrafricaine−0,47−0,750,652,10
Burundi−0,43−0,97−2,19−5,40
Congo, Rép. dém. du−0,82−0,98−2,85−2,00
Comores−0,81−1,370,62−1,50
Guinée-Bissau−1,21−1,890,472,60
Érythrée−1,69−2,664,880,40
Zimbabwe−3,10−4,741,981,60
Sources: calculs des services du FMI; FMI, base de données du Département Afrique; Banque mondiale, Indicateurs du développement dans le monde.

La période pour laquelle la variation de la part de l’agriculture dans le PIB est calculée n’est pas toujours 1995–2010 en raison du manque de données dans certains pays. Le tableau 3.2 présente ces périodes entre parenthèses.

Note: Les pays indiqués en italiques sont les pays riches en ressources naturelles, dont les parts sectorielles sont exprimées par rapport au PIB hors ressources naturelles et pour lesquels la somme des parts n’est donc pas égale à 100 %.
Sources: calculs des services du FMI; FMI, base de données du Département Afrique; Banque mondiale, Indicateurs du développement dans le monde.

La période pour laquelle la variation de la part de l’agriculture dans le PIB est calculée n’est pas toujours 1995–2010 en raison du manque de données dans certains pays. Le tableau 3.2 présente ces périodes entre parenthèses.

Note: Les pays indiqués en italiques sont les pays riches en ressources naturelles, dont les parts sectorielles sont exprimées par rapport au PIB hors ressources naturelles et pour lesquels la somme des parts n’est donc pas égale à 100 %.
Tableau 3.2.Transformation structurelle des pays d’Afrique subsaharienne: contribution au PIB des secteurs agricole, minier, manufacturier, tertiaire et de la construction, 1995–2010
AgricultureVariation

annuelle en

pourcentage

de la part de

l’agriculture

dans le PIB
Secteur minierSecteur manufacturierConstructionSecteur tertiaire
DébutFinDébutFinDébutFinDébutFinDébutFin
Pays exportateurs de pétrole
Guinée équatoriale65,39,6-5,732,355,610,332,43,943,621,011,5
Angola (2000–10)24,019,0-2,147,841,37,711,88,215,359,953,6
Tchad (2005–10)22,823,10,332,722,35,02,62,84,362,462,4
Nigéria48,545,5-0,448,526,48,25,51,21,042,345,1
Cameroun (2000–10)25,124,7-0,111,75,223,619,23,02,947,452,3
Congo, Rép. du (2002–08)18,217,2-0,937,828,312,113,63,03,063,561,0
Gabon12,99,7−1,638,121,28,59,66,85,064,764,9
Pays à revenu intermédiaire
Cap-Vert12,87,2−2,90,00,06,34,012,310,968,174,6
Maurice (2000–10)5,53,7−3,30,10,019,214,54,55,569,275,0
Ghana (2000–10)32,629,2-1,18,07,68,66,95,68,947,449,3
Lesotho12,99,0−2,10,14,99,116,911,56,563,958,8
Botswana6,83,2-3,636,532,37,46,010,08,771,978,4
Zambie (2000–10)19,614,4-2,76,810,312,010,65,613,659,458,7
Sénégal17,613,9−1,40,01,115,012,20,04,259,264,1
Afrique du Sud2,92,4-1,210,05,421,716,22,85,969,776,1
Swaziland11,19,7−0,90,70,139,735,03,32,444,151,6
Namibie11,66,7-2,88,36,716,116,13,34,665,169,9
Seychelles (2004–10)3,92,4−6,50,00,010,47,54,76,078,882,1
Pays à faible revenu et États fragiles
Pays à faible revenu hors États fragiles
Mozambique41,726,3−2,40,51,28,513,12,83,645,850,7
Ouganda (2000–10)24,616,0−3,50,30,47,97,511,816,251,056,7
É thiopie (2000–10)49,441,0−1,70,50,53,63,44,25,738,145,9
Rwanda45,939,4−0,90,20,58,16,75,17,839,544,8
Tanzanie (1998–2010)31,823,9−2,11,52,48,59,55,27,045,848,3
Burkina Faso36,328,6−1,40,52,513,49,44,55,843,949,1
Mali39,038,7−0,11,96,410,34,64,54,536,537,8
Sierra Leone (2001–10)47,054,11,73,03,83,22,31,62,041,133,5
Malawi (2002–10)33,327,2−2,30,32,38,210,42,63,151,353,7
Gambie (2004–10)28,730,10,81,62,86,05,46,03,556,856,9
Bénin38,239,50,21,20,19,79,23,63,945,145,5
Kenya (2000–10)29,424,4−1,70,40,410,39,92,93,255,159,8
Madagascar28,628,40,00,50,610,611,11,34,757,853,9
Niger47,449,60,33,92,27,75,40,61,939,238,8
États fragiles
Libéria (2000–10)66,442,2−3,60,31,67,47,91,14,824,343,0
Guinée (2000–10)21,323,71,114,113,66,56,210,312,945,041,0
São Tomé-et-Príncipe (2001–10)15,214,9−0,20,30,35,86,07,46,842,242,4
Côte d’Ivoire22,825,10,70,21,65,42,92,13,355,552,6
Togo (2000–10)37,644,21,83,92,99,210,13,04,442,734,6
République centrafricaine (2000–10)48,351,40,74,22,46,17,43,54,433,031,1
Burundi49,833,4−2,20,80,410,610,03,05,934,348,8
Congo, Rép. dém. du (2000–10)55,839,9−2,910,414,75,44,54,810,233,239,6
Comores41,945,90,60,00,04,13,66,26,546,342,7
Guinée-Bissau (2000–10)41,543,40,50,00,012,811,10,41,344,943,2
É rythrée (2000–10)15,122,44,90,10,011,26,310,515,861,954,1
Zimbabwe15,820,52,04,712,621,017,52,42,058,754,2
Sources: calculs des services du FMI; FMI, base de données du Département Afrique; Banque mondiale, Indicateurs du développement dans le monde; Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAOSTAT).Notes: Les années indiquées entre parenthèses après chaque pays correspondent à la période pour laquelle la variation de la part de l’agriculture dans le PIB a été calculée. Les pays indiqués en italiques sont les pays riches en ressources naturelles, dont les parts sectorielles sont exprimées par rapport au PIB hors ressources naturelles et pour lesquels la somme des parts n’est donc pas égale à 100 %.
Sources: calculs des services du FMI; FMI, base de données du Département Afrique; Banque mondiale, Indicateurs du développement dans le monde; Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAOSTAT).Notes: Les années indiquées entre parenthèses après chaque pays correspondent à la période pour laquelle la variation de la part de l’agriculture dans le PIB a été calculée. Les pays indiqués en italiques sont les pays riches en ressources naturelles, dont les parts sectorielles sont exprimées par rapport au PIB hors ressources naturelles et pour lesquels la somme des parts n’est donc pas égale à 100 %.

Performance Par Catégories de Pays

Pays exportateurs de pétrole

La plupart des pays exportateurs de pétrole ont connu une certaine forme de transformation structurelle, mais elle s’est effectuée à des rythmes différents. À l’exception du Tchad, la part de l’agriculture dans le PIB hors ressources naturelles a diminué partout; dans tous les pays, sauf le Cameroun et la Guinée équatoriale, la productivité du travail a progressé dans le secteur agricole.

Au sein de ce groupe, les différences de gains de productivité pourraient être liées en partie à l’évolution inégale des recettes provenant des exportations pétrolières, par le truchement des répercussions sur le secteur non pétrolier. Les trois pays où la productivité moyenne du travail a augmenté le plus vite (Angola, Guinée équatoriale et Tchad) sont ceux où la production de pétrole s’est développée le plus rapidement (dans le même ordre). En Angola, elle est passée de 650.000 barils par jours (b/j) en 1995 à près de 2 millions b/j en 2010 (un taux de croissance annuel de 8 %) et en Guinée équatoriale de 5.000 b/j à 320.000 b/j pendant la même période (un taux de croissance annuel de 32 %). Au Tchad, où elle n’a démarré qu’en 2003, elle s’est développée rapidement pour atteindre environ 125.000 b/j en 2010. Dans ces trois pays, la croissance s’est accompagnée d’une hausse de la part de la construction dans le PIB, ce qui montre que le secteur pétrolier peut favoriser le développement d’autres secteurs. En revanche, le Cameroun et le Gabon, où les gains de productivité comptent parmi les plus faibles, ont vu leur production de pétrole décliner.

La production de pétrole n’explique pas à elle seule l’évolution de la productivité moyenne du travail. Comme on l’a noté, la productivité agricole a sensiblement augmenté dans la plupart des pays de cette catégorie; en outre, certains déterminants des performances sont spécifiques et n’ont tout au plus qu’un lien indirect et lointain avec le pétrole. Ainsi, le fait que l’Angola est sorti en 2002 d’une longue guerre civile explique peut-être la rapidité de la hausse de la productivité moyenne du travail dans l’ensemble de l’économie et, dans le secteur agricole, elle est due en partie à un important effet de rattrapage, qui est un dividende de la paix.

Pays à revenu intermédiaire

À un niveau très agrégé, les pays à revenu intermédiaire présentent le schéma classique de transformation structurelle. Tous ont connu une évolution positive de la production par travailleur et, à l’exception des Seychelles, de la productivité moyenne du travail dans le secteur agricole ainsi qu’une diminution de la part de l’agriculture dans le PIB. En outre, dans beaucoup d’entre eux, les services représentaient une proportion très importante de la production au début de la période analysée, et elle a continué de s’accroître progressivement, parfois au détriment du secteur secondaire et pas seulement du secteur agricole.

Pays à faible revenu (hors États fragiles)

Presque tous les pays à faible revenu non fragiles ont fait l’expérience d’une certaine transformation structurelle, les différences entre eux étant probablement liées à l’inégalité des niveaux d’éducation. La production réelle par travailleur a augmenté partout, sauf à Madagascar et au Niger, et tous les pays ont bénéficié de progrès de la productivité agricole, à l’exception de Madagascar et de l’Ouganda. Dans les pays à faible revenu d’Afrique de l’Est et d’Afrique australe, le rythme de progression moyen de la productivité du travail a été plus élevé que dans les pays d’Afrique de l’Ouest, et la part de l’agriculture dans la production y a aussi évolué plus rapidement. Cette meilleure performance relative pourrait s’expliquer en partie par le niveau d’éducation, sachant que la durée de scolarisation de la population âgée de 25 ans et plus a été de 2,2 ans dans les pays à faible revenu non fragiles d’Afrique de l’Ouest, contre 4,3 ans dans ceux d’Afrique de l’Est et d’Afrique australe (2010)6.

L’éducation a peut-être aussi aidé les nouveaux pays à revenu intermédiaire à sortir de la catégorie des pays à faible revenu. Ils ont des niveaux moyens d’éducation supérieurs à ceux des pays à faible revenu non fragiles (à l’exception du Kenya), qu’ils soient mesurés par le nombre moyen d’années de scolarisation ou par le pourcentage de la population active ayant reçu une éducation secondaire ou supérieure. Parmi les trois nouveaux venus dans la catégorie des pays à revenu intermédiaire, la durée moyenne de scolarisation était de 6 ans en 2010 au lieu de 5 ans en 1995 (graphique 3.4). En revanche, dans un sous-échantillon de dix pays à faible revenu non fragiles pour lesquels on dispose de données (Bénin, Gambie, Kenya, Malawi, Mali, Mozambique, Niger, Ouganda, Rwanda et Tanzanie), la durée moyenne de scolarisation était de 3,4 ans en 2010 au lieu de 2,4 ans en 1995.

Graphique 3.4.Durée moyenne de scolarisation et plus haut niveau d’éducation atteint

Source: Barro et Lee (2011).

Mise en Comparaison de la Transformation de L’afrique Subsaharienne

Afin d’évaluer la performance de l’Afrique subsaharienne, le graphique 3.5 compare un sous-ensemble de pays de la région (Afrique du Sud, Cameroun, Ghana, Maurice et Tanzanie) à l’estimation médiane d’un groupe d’économies asiatiques à faible revenu et à revenu intermédiaire qui ont connu une transformation structurelle rapide et amorcé leur décollage à des niveaux de PIB par habitant similaires ou inférieurs à la moyenne des pays d’Afrique subsaharienne à la même époque (encadré 3.1). Le choix de ces pays a été déterminé par la disponibilité de données sur l’emploi et par le souhait que chaque catégorie soit représentée. On aboutit à des observations intéressantes:

Graphique 3.5.Afrique subsaharienne: production et emploi par secteurs, 1995–2010

Sources: base de données CEIC; base de données Haver Analytics.

  • Au Ghana et en Tanzanie, la part de l’agriculture dans la production et l’emploi a diminué progressivement, l’expérience de la Tanzanie étant très proche sur ce point de celle des économies asiatiques utilisées comme base de comparaison.

  • La part de l’industrie manufacturière a baissé pendant ces deux dernières décennies dans la plupart des pays à revenu intermédiaire, ce qui est conforme au processus observé dans les pays asiatiques plus avancés, où les services jouent un rôle sans cesse croissant dans l’économie.

  • Relativement peu de pays à faible revenu d’Afrique subsaharienne (Mozambique, Tanzanie) ont été en mesure d’accroître durablement la part de l’industrie manufacturière dans la production et l’emploi7.

Encadré 3.1.La transformation structurelle en Asie

Dans tous les pays asiatiques considérés, la part de l’agriculture dans la production et l’emploi a diminué au fil du temps. Des travailleurs quittant le secteur agricole, la productivité du travail a connu dans la plupart des cas une vive progression allant de 1 % aux Philippines à 3–3½ % en Indonésie et au Viet Nam. La «révolution verte» est d’ailleurs l’une des caractéristiques principales du processus de transformation structurelle en Asie.

La croissance de la production manufacturière a été très forte ces vingt dernières années au Bangladesh, au Cambodge et au Viet Nam, tandis que c’est le développement des services qui a été le facteur dominant dans les économies plus avancées (Indonésie et Philippines) et en Inde. L’essor du secteur manufacturier a surtout été concentré sur la fabrication de vêtements et de chaussures destinés pour l’essentiel à l’exportation. Le boom de la production s’est accompagné de gains de productivité modestes dans le secteur manufacturier étant donné l’intensité en main-d’œuvre des produits. Dans le secteur des services, la finance et l’externalisation des processus d’entreprise ont joué un rôle dominant dans de nombreux pays.

Variation des parts de production et d’emploi, 1990–2011(Variation annuelle en pourcentage)
Parts de productionParts d’emploi
AgricultureIndustrieServicesAgricultureIndustrieServices
Bangladesh−0,50,50,0−0,30,4−0,1
Cambodge, 1998–2010−1,80,71,0−1,50,80,8
Viet Nam−0,70,8−0,1−1,20,50,6
Indonésie, 1993–2011−0,2−0,10,3−0,90,30,6
Philippines−0,2−0,20,4−0,60,00,6
Inde−0,70,00,7−0,70,40,3
Sources: Haver Analytics; calculs des services du FMI.
Sources: Haver Analytics; calculs des services du FMI.

Le bas niveau des salaires par rapport à la productivité est l’un des principaux facteurs de l’importante transformation structurelle de l’Asie. En utilisant des données tirées des enquêtes de la Banque mondiale auprès des entreprises, Clarke (2012) montre que le coût médian de la main-d’œuvre représente 28 % de la valeur ajoutée par travailleur dans les entreprises industrielles d’Asie de l’Est au lieu de 34 % dans les pays à faible revenu et à revenu intermédiaire de la tranche inférieure en Afrique subsaharienne.

Encadré préparé par Alun Thomas.

Dans les pays d’Afrique subsaharienne, la tendance à la hausse de la part du secteur des services dans la production et l’emploi a été plus marquée que dans les économies asiatiques, ce qui laisse penser que la transformation va probablement s’effectuer, au moins en partie, par la voie des services.

Une autre présentation de ces données fait apparaître une augmentation générale de la contribution à l’emploi des secteurs où la productivité moyenne du travail est relativement plus élevée. Les graphiques 3.6 et 3.7 rapprochent les variations annuelles de cette contribution des niveaux de productivité relatifs moyens des secteurs agricole, minier, manufacturier et tertiaire dans les pays d’Afrique subsaharienne et d’Asie respectivement8. Les points situés dans la partie inférieure gauche indiquent les secteurs à productivité inférieure à la moyenne et dont la contribution à l’emploi diminue, alors que ceux qui sont situés dans la partie supérieure droite indiquent les secteurs à productivité supérieure à la moyenne et dont la contribution à l’emploi s’accroît. Il est intéressant de noter que la situation est tout à fait similaire dans les deux régions: les travailleurs quittent l’agriculture, où le niveau de productivité relatif est bas, pour rejoindre les secteurs tertiaire et manufacturier.

Graphique 3.6.Afrique subsaharienne: productivité du travail et variation de la part de l’emploi, 1995–2010

Source: calculs des services du FMI.

Graphique 3.7.Asie: productivité du travail et variation de la part de l’emploi, 1995–2010

Source: calculs des services du FMI.

En fait, les seuls pays d’Afrique subsaharienne dans lesquels la part de l’emploi agricole ne varie guère, voire augmente, sont le Cameroun et la Zambie. Dans tous les autres, il y a un mouvement de sortie de travailleurs du secteur agricole. Il est donc possible que la tendance observée par McMillan et Rodrick (2011), dont l’étude portait sur un échantillon plus restreint de pays jusqu’à fin 2005 et révélait une migration des travailleurs vers les secteurs à faible productivité, s’inverse lorsque l’on considère un échantillon plus large de pays jusqu’à fin 2010.

Perspectives Sectorielles

Comme on l’a vu, la transformation structurelle consiste à passer d’activités et secteurs à faible valeur ajoutée à des activités et secteurs à plus forte valeur ajoutée. Dans cette section, nous analysons l’amplitude de la transformation structurelle qui s’opère en Afrique subsaharienne en examinant les évolutions au niveau sectoriel.

Agriculture

En Afrique subsaharienne, la progression moyenne de la productivité du travail est lente dans le secteur agricole depuis une trentaine d’années, ce qui indique que la transformation structurelle a été très limitée dans ce secteur. Dans la région, le rythme annuel d’augmentation de la productivité agricole moyenne est à peu près inchangé depuis le milieu des années 90, se situant dans une fourchette d’à peu près 0,1 % à 0,2 %, et reste en retard par rapport aux autres régions (graphique 3.8). Néanmoins, la moyenne régionale masque une grande différenciation, avec des baisses de la productivité dans de nombreux pays et des gains importants (sans doute couplés à une transformation structurelle) dans d’autres9. Comme le montre le tableau 3.1, le rythme de hausse de la productivité agricole est fortement corrélé à la croissance du PIB par habitant.

Graphique 3.8.Productivité moyenne du travail dans le secteur agricole, 1985–2010

Source: Banque mondiale, Indicateurs du développement dans le monde.

L’utilisation des engrais et l’extension de l’agriculture à des surfaces non cultivables constituent les principales explications des différences de productivité du travail dans l’agriculture entre l’Afrique subsaharienne et l’Asie. Dans les deux régions, les terres cultivables ont diminué de 1 % chaque année. En revanche, les surfaces agricoles non cultivables ont augmenté de 1 % par an en Asie, alors qu’elles ont régressé à un rythme similaire dans les pays d’Afrique subsaharienne. En ce qui concerne l’usage des engrais, il est resté inchangé en moyenne en Afrique subsaharienne, mais a augmenté de 3,5 % par an dans les pays asiatiques.

De nombreux gouvernements d’Afrique subsaharienne se préoccupent d’améliorer la productivité agricole et ont obtenu certains résultats positifs. Le Programme détaillé de développement de l’agriculture africaine (PDDAA), lancé en 2003, définit une stratégie pour accroître la productivité agricole dans la région en maîtrisant mieux les ressources en eau, en utilisant davantage les engrais ainsi qu’en concevant et distribuant des semences de meilleure qualité (PNUD, 2012)10. La présentation en appendice de l’expérience récente en matière de production et de productivité dans le secteur du coton au Burkina Faso montre que des mesures de ce type peuvent donner des résultats impressionnants.

Industrie manufacturière et mines11

Il y a des exemples de forte progression de la productivité du secteur manufacturier en Afrique subsaharienne, mais ils se limitent généralement aux pays à revenu intermédiaire. Dans ceux de la tranche supérieure qui se trouvent à un stade avancé de transformation structurelle, les taux d’augmentation de la productivité dans le secteur secondaire sont comparables à ceux des pays asiatiques (graphique 3.9). Quelques pays à faible revenu d’Afrique subsaharienne ont connu une croissance remarquable dans le secteur des textiles et celui des produits en cuir — mais en partant d’un niveau très bas. En Éthiopie, les exportations de textiles ont plus que doublé au cours de ces deux dernières années et celles de produits en cuir ont rebondi; néanmoins, les exportations du secteur manufacturier représentent seulement 1 % du PIB. Si les exportations de produits manufacturiers légers ont aussi doublé au Kenya au cours de la décennie écoulée, elles ne s’élèvent encore qu’à 2 % du PIB. En général, toutefois, l’évolution de la productivité est négative et son ordre de grandeur significatif dans les pays à faible revenu et à revenu intermédiaire de la tranche inférieure (Mozambique, Ouganda, Sénégal). Cela est peut-être dû à la qualité des données, car les niveaux d’emploi dans le secteur manufacturier déclarés par ces pays au début de la période couverte étaient très bas. Cela tenait peut-être à l’insuffisance des données, qui ont pu s’améliorer progressivement.

Graphique 3.9.Croissance de la productivité dans le secteur manufacturier et PIB réel par habitant

Source: estimations des services du FMI d’après les données d’enquêtes auprès des ménages.

Malgré une faible croissance de la productivité, quelques pays d’Afrique subsaharienne à faible revenu ont obtenu de bons résultats en matière de production et d’exportation dans le secteur manufacturier et le secteur minier. Dans un échantillon regroupant des pays d’Afrique subsaharienne et d’Asie, une hausse de 10 % de la part des exportations manufacturières et minières dans le PIB s’accompagne d’une augmentation de l’ordre de 2 % de la part de ces activités dans la production (graphique 3.10)12. Les pays d’Afrique subsaharienne où la part des activités manufacturières et minières dans le PIB s’est accrue pendant ces quinze dernières années sont Madagascar, le Mozambique, la Namibie, l’Ouganda, la Tanzanie et la Zambie. On trouvera en appendice une explication de ce résultat pour deux pays: la Tanzanie, où il est largement dû au retour de la stabilité macroéconomique et à la libéralisation générale de l’économie; et la Namibie, où l’accent mis sur le soutien aux entreprises et sur les infrastructures dont elles dépendent a contribué au développement du secteur manufacturier.

Graphique 3.10.Variation de la production et des exportations manufacturières et minières, 1995–2010

Source: estimations des services du FMI d’après les données d’enquêtes auprès des ménages.

Les moins bons résultats des pays d’Afrique subsaharienne dans l’industrie manufacturière pourraient découler à la fois des dotations en facteurs de production et du moment où la croissance s’est produite. À l’époque de leur transformation, la plupart des économies asiatiques disposaient de surfaces et de ressources naturelles limitées, mais d’un grand nombre de travailleurs qualifiés et faiblement rémunérés; de plus, elles étaient confrontées à un marché mondial dans lequel le secteur manufacturier était largement dominé par les pays industriels à salaires élevés. C’est pourquoi leur itinéraire de transformation — vers une production à plus forte valeur ajoutée — est passé par les activités manufacturières à bas salaires.

Actuellement, l’Afrique subsaharienne est dans une situation très différente. Les pays de la région disposent en général d’abondantes terres et ressources naturelles, tout en étant confrontés à un marché mondial dont de nombreux segments sont déjà dominés par des économies pratiquant de bas salaires. Les conditions du marché et les dotations en ressources naturelles de nombre des pays de la région peuvent donc favoriser un mode de transformation dans lequel les ressources naturelles, l’agriculture et les services sont prépondérants, avec un moindre rôle pour le secteur manufacturier13.

Alors que la valeur de la production minière (pétrole inclus) a progressé rapidement dans nombre de pays riches en ressources naturelles pendant la dernière décennie, sa part dans le PIB a baissé en termes réels dans certains, comme l’Angola. Les exceptions à cette tendance sont la République du Congo, le Tchad et la Zambie. En outre, la transformation des minerais a été d’importance limitée. En ce qui concerne le pétrole, on se heurte au problème de l’étroitesse des marchés nationaux, plusieurs pays ayant construit des raffineries qui pourraient alimenter le marché régional14.

Services

Même si les services jouent déjà un rôle important dans de nombreux pays d’Afrique subsaharienne, certains signes encourageants montrent qu’ils pourraient être encore plus développés. Ces dernières années, la hausse de la productivité du secteur des services a été très forte dans de nombreux pays à faible revenu; elle a été supérieure à celle de la productivité industrielle dans ces mêmes pays et a dépassé de loin les gains de productivité des pays développés (Ghani, Grover et Kharas, 2011). Cela laisse penser qu’il y a encore une marge de croissance dans ce secteur, d’autant plus qu’il reste très concentré dans les services informels à faible valeur ajoutée comme le commerce de détail. À l’appui de cet argument, la hausse de la productivité des services dans certains pays à revenu intermédiaire (Afrique du Sud, Botswana, Maurice) a été comparable, voire supérieure, au cours de la décennie écoulée à celle des pays asiatiques à revenu intermédiaire (Indonésie, Philippines) et généralement plus forte que dans l’industrie manufacturière. En outre, les gains de productivité ont aussi été élevés dans certains pays (Mali, Mozambique, Sénégal), ce qui confirme l’idée selon laquelle un certain nombre de pays d’Afrique subsaharienne suivent peut-être un processus de développement favorisant les services plutôt que la production manufacturière.

Quelques pays d’Afrique subsaharienne à faible revenu et à revenu intermédiaire restructurent leurs économies autour des services, en suivant le modèle de l’Inde. La présentation en appendice du secteur des services à Maurice et au Kenya montre que ceux qui sont associés aux technologies de l’information et de la communication ont connu ces dernières années un développement rapide. À Maurice, les politiques publiques ont soutenu ce développement au moyen d’une solide protection des droits de propriété, d’une réglementation souple du marché du travail et d’une simplification du système fiscal, entre autres mesures. Au Kenya, il a été facilité par les progrès de l’intégration régionale au sein de la Communauté de l’Afrique de l’Est (CAE). De plus, l’un des principaux atouts de ces économies est la qualité de leur population active par comparaison au reste de l’Afrique subsaharienne. En 2010, le pourcentage des étudiants ayant atteint le niveau d’éducation secondaire était le plus élevé à Maurice, où il dépassait 50 %, tandis que celui des étudiants ayant suivi un enseignement supérieur est comparable à l’Inde; au Kenya, il dépasse de très loin le niveau médian de l’Afrique subsaharienne (tableau 3.3).

Tableau 3.3.Caractéristiques en matière d’éducation, 2010(Pourcentage de la population de 15 ans et plus)
Plus haut niveau atteint
Primaire

Total
Secondaire

Total
Supérieur

Total
Kenya53,332,83,1
Maurice37,451,35,2
Médiane AfSS32,922,61,95
Inde20,940,75,8

Dans les nombreuses économies exportatrices de pétrole et d’autres ressources naturelles, la variation de la part du secteur des services dans la production est aussi très supérieure à celle de leur part des exportations (graphique 3.11). Cela pourrait s’expliquer par un effet de polarisation en amont au niveau de l’extraction de ressources naturelles, l’importance du secteur public ou, plus probablement, par les deux à la fois. C’est chez les exportateurs de ressources naturelles que les activités de transport ont crû le plus rapidement: en Angola et au Nigéria (plus de 12 % par an) ainsi qu’au Botswana (8 à 9 % par an). L’administration publique a aussi connu un rythme de développement plus rapide dans les pays riches en ressources naturelles, supérieur à 5 % par an (Botswana, Namibie, Nigéria) au lieu de 3 % ailleurs (niveau médian)15.

Graphique 3.11.Variation de la production et des exportations de services, 1995–2010

Source: estimations des services du FMI d’après les données d’enquêtes auprès des ménages.

En Afrique subsaharienne, une forte proportion des emplois de services se trouve dans le secteur informel; l’essor récent de la productivité des services dans les économies à faible revenu de la région est d’autant plus impressionnant, compte tenu en particulier de l’importance des services à faible valeur ajoutée tels que le commerce de détail (encadré 3.2). Toutefois, cela amène à s’interroger sur la durabilité de la poussée actuelle de la productivité, bien que des exemples comme ceux du Kenya et de Maurice montrent qu’il est possible d’opérer une transition vers des services à plus forte valeur ajoutée.

Quelques Obstacles à La Transformation Structurelle

Il ressort de l’analyse ci-dessus que la transformation structurelle de Afrique subsaharienne est bel et bien en cours, mais à un rythme lent, ce qui amène à se demander pourquoi il en est ainsi malgré la vigueur de la croissance. Une réponse complète à cette question dépasse le cadre de ce chapitre, mais cette section examine brièvement certains facteurs fondamentaux qui retardent la mutation des économies de la région16.

Les principaux facteurs cités par le secteur privé comme obstacles au développement de l’Afrique subsaharienne sont le coût des coupures de courant, l’insuffisance des infrastructures de transport et l’étendue de la corruption. Le tableau 3.4 présente une comparaison de certains de ces obstacles structurels entre l’ensemble de l’Afrique subsaharienne et quelques pays asiatiques, lesquels, même s’ils sont différents à certains égards, peuvent quand même offrir des leçons utiles à l’Afrique subsaharienne.

Tableau 3.4.Obstacles structurels(2009, sauf mention contraire)
Densité du réseau

routier (kilomètres de

route pour 100 km2,

2007)
Cout d’exportation

(ddlars par

conteneur)
Indice de

performance

logistique, efficacité

du dédouanement

(1 = faible, 5 = élevé)
Perte de valeur

causée par les

pannes d’électricité

(pourcentage des

ventes)
Corruption selon

Guide international

des risques-pays

(0 = risque élevé,

6 = risque faible)
Transparence,

responsabilité et

intégrité du secteur

public (1 = faible,

6 = élevé)
Bangladeshs.o.9702,3s.o.3,03,0
Cambodges.o.7322,3s.o.2,02,0
Indes.o.9452,7s.o.2,03,5
Indonésie22,07042,42,43,0s.o.
Philippiness.o.8162,73,42,0s.o.
Viet Nam48,05552,73,73,53,0
Asie du Sud-Est (médiane)35,07742,63,42,53,0
Afrique subsaharienne114,51.9272,26,12,32,8
Sources: Banque mondiale, Indicateurs du développement dans le monde; Guide international des risques-pays; indice d’allocation des ressources de l’IDA.

La densité du réseau routier se rapporte à 2004 et les pannes d’électricité à 2007.

Sources: Banque mondiale, Indicateurs du développement dans le monde; Guide international des risques-pays; indice d’allocation des ressources de l’IDA.

La densité du réseau routier se rapporte à 2004 et les pannes d’électricité à 2007.

Ce tableau montre aussi que le coût des coupures de courant (pour le chiffre d’affaires) est beaucoup plus élevé en Afrique subsaharienne que dans l’échantillon de pays asiatiques. En ce qui concerne les infrastructures de transport, la densité du réseau routier et les performances logistiques sont assez faibles, ce qui contribue au coût supérieur de l’exportation de biens à partir des pays d’Afrique subsaharienne par rapport aux autres pays: 1.974 dollars par conteneur, contre une estimation médiane de 732 dollars pour les pays asiatiques. Il apparaît aussi que, pour ce qui est de la corruption et de la transparence, les pays d’Afrique subsaharienne se classent légèrement en dessous du pays médian de l’échantillon asiatique.

À elles seules, la corruption et la fourniture irrégulière d’électricité sont de nature à gêner la production et les exportations dans les trois secteurs, tandis que les coûts de transport élevés et la faible densité des réseaux routiers peuvent freiner considérablement le développement de l’industrie manufacturière et de l’agriculture. Mais c’est l’effet cumulatif de ces trois facteurs qui rend le climat des affaires particulièrement difficile dans certaines parties de l’Afrique subsaharienne.

Conclusions et Perspectives

Pendant la période 1995–2010, la croissance économique rapide de nombreux pays d’Afrique subsaharienne ne s’est accompagnée que d’une transformation structurelle limitée. Elle a notamment été plus lente qu’en Asie. Au lieu d’un transfert rapide de la main-d’œuvre de l’agriculture vers l’industrie manufacturière, de nombreux pays africains ont connu une croissance relativement lente de la productivité agricole et un redéploiement moins marqué de l’agriculture vers les services, et encore plus restreint vers les activités manufacturières.

Jusqu’à présent, le rythme plus lent de la transformation structurelle ne semble pas avoir freiné la croissance économique dans ceux des pays d’Afrique subsaharienne où elle est la plus vigoureuse. La question est de savoir si cette lenteur relative va devenir un obstacle à la poursuite d’une forte expansion au cours des prochaines décennies. L’expérience interne et externe à l’Afrique subsaharienne laisse penser que la hausse de la productivité agricole jouera un rôle important à cet égard. La part de l’emploi agricole étant très élevée dans la plupart des économies subsahariennes et les niveaux de productivité relatifs très bas, la possibilité existe de faire progresser le niveau de vie en améliorant la productivité dans ce secteur. Les autorités doivent s’efforcer d’y parvenir et, dans la plupart des cas, elles le font. Les gains de productivité peuvent aller de pair avec la stabilité ou une hausse de la part de l’agriculture dans le PIB, mais, pour qu’une transformation structurelle significative s’opère en Afrique subsaharienne, la part de l’emploi agricole devra presque certainement diminuer.

Il est difficile de savoir si les gains de productivité dans l’agriculture s’accompagneront dans tous les pays d’une expansion du secteur manufacturier. Dans beaucoup d’entre eux, l’avantage comparatif se trouve peut-être ailleurs, par exemple dans les services. Le défi consiste à relever les normes éducatives et à réduire le déficit d’infrastructures pour permettre à la région de fournir des services compétitifs à plus forte valeur ajoutée. C’est déjà le cas dans certains pays, mais une plus forte impulsion est nécessaire.

Dans une perspective à plus long terme, la poursuite de la hausse rapide des salaires réels en Asie et le dividende démographique de l’Afrique subsaharienne, où l’on prévoit une baisse des ratios de dépendance, incitent à croire que le secteur manufacturier de l’Afrique subsaharienne pourrait devenir de plus en plus compétitif. Le défi à relever consiste à tirer pleinement parti de ces évolutions, ce qui nécessitera d’investir à la fois dans le capital humain et physique. Mais l’objectif est clair: mettre à profit les ressources de l’Afrique pour obtenir une croissance forte et continue, relever les niveaux de vie et créer de nouvelles possibilités d’emplois. La transformation structurelle devra jouer un rôle essentiel à cet égard.

Encadré 3.2.Emploi formel et informel

Les travailleurs informels (qui comprennent les indépendants) sont la principale caractéristique des marchés du travail des pays en développement. Ils n’ont pas de contrat de travail et ne bénéficient pas de prestations de santé ou de sécurité sociale. En moyenne, ils ont une durée de travail plus longue que dans le secteur formel et leurs gains horaires sont généralement inférieurs.

Il ressort des estimations disponibles que l’emploi formel représente un pourcentage très faible de l’emploi total dans les pays d’Afrique subsaharienne. Les données sont généralement basées sur des enquêtes peu fréquentes auprès des ménages, et la définition de l’emploi formel peut varier d’une étude à l’autre, ce qui rend les comparaisons difficiles. En tenant compte de ces réserves, le tableau (ci-dessous) donne les dernières estimations de l’emploi formel. Dans les pays d’Afrique subsaharienne à faible revenu, il englobe les effectifs du secteur public et les emplois salariés des autres secteurs. Dans les pays plus avancés, il comprend les travailleurs dont la relation d’emploi est sujette à la législation nationale du travail, à l’imposition du revenu et à la protection sociale.

Tableau 1.Indicateurs de l’emploi(Proportion de l’emploi total, sauf indication spéficique)
AnnéeContributions sectorielles à l’emploiEmploi dans le

secteur formel1
AgricultureSect. manufacturierServices
Cameroun200757,18,831,89,5
Ghana201041,611,943,118,2
Kenya200649,63,843,69,6
Mali200961,03,431,610,7
Mozambique200969,03,423,916,7
Ouganda200967,46,025,06,8
Rwanda201172,52,321,122,6
Sénégal200555,02,536,09,0
Tanzanie200969,02,326,87,1
Zambie201067,32,029,39,4
Moyenne60,94,631,212,0
Stade de transformation avancé
Afrique du Sud20075,716,669,036,8
Maurice20098,522,560,151,1
Source: enquêtes auprès des ménages.

Dernières estimations en pourcentage de la population en âge de travailler.

Source: enquêtes auprès des ménages.

Dernières estimations en pourcentage de la population en âge de travailler.

Dans les pays d’Afrique subsaharienne à faible revenu, l’emploi formel est peu répandu, allant de quelque 7 % de la population en âge de travailler (Ouganda, Tanzanie) à environ 23 % (Rwanda). À l’extrême opposé, il est assez élevé en Afrique du Sud et à Maurice, où il représente de 37 % à 51 % de la population en âge de travailler; l’estimation pour l’Indonésie se situe entre ces chiffres. Il existe une corrélation positive entre les ratios d’emploi formel et les niveaux de PIB par habitant.

Encadré préparé par Alun Thomas.
Appendice: Quelques Exemples Nationaux

Cet appendice met en exergue certains exemples de transformation structurelle réussie dans des économies subsahariennes. Ils ont été choisis pour illustrer divers aspects:

Le Burkina Faso est parvenu à relever le niveau moyen de la productivité agricole ces dernières années; la Tanzanie a développé son secteur manufacturier; la Namibie a entamé la diversification dans d’autres domaines que les ressources naturelles non renouvelables; Maurice et le Kenya sont des exemples de pays qui ont développé avec succès le secteur des services.

Les autres économies pourraient tirer d’utiles leçons de ces expériences.

Burkina Faso: augmentation de la productivité agricole1

Le coton est la production dominante au Burkina Faso: il fait vivre directement ou indirectement 250.000 ménages et plus de 3 millions de personnes (près de 19 % de la population). Le développement de la culture du coton stimule celui de la culture du maïs (en hausse de plus de 50 % depuis 1994), car ils sont plantés en alternance. Jusqu’au lancement de l’exploitation de mines d’or en 2008, le coton représentait plus de 50 % des recettes d’exportation.

La production agricole a progressé à un taux annuel moyen de près de 4 % de 1995 à 2009, sous l’effet de gains de productivité du travail et des terres, ainsi que d’une extension notable des surfaces cultivées, cette dernière contrastant avec la situation de beaucoup d’autres pays d’Afrique subsaharienne. Jusqu’en 2006, une grande partie des progrès de la productivité agricole ont été réalisés dans le secteur du coton, qui connaît un rythme de croissance de 7,2 % par an en moyenne depuis 1995. Le succès de ce secteur a grandement contribué au doublement du PIB réel par habitant de 1995 à 2006.

Après une série de revers entre 2006 et 2009, la production de coton égrené a augmenté depuis de plus de 33 % grâce à plusieurs réformes structurelles:

  • Fixation d’un prix réaliste et diffusé publiquement pour la récolte au moment de la plantation, négocié par une association de producteurs de base et soutenu à la fois par i) un fonds intégralement financé chargé de lisser les prix, et ii) par une utilisation accrue des contrats de vente à terme par les producteurs de coton égrené.

  • Création d’un «fonds des intrants» qui mobilise les financements bancaires saisonniers et subventionne les engrais.

  • Mise en place d’une responsabilité collective des associations de producteurs pour les emprunts liés aux intrants agricoles.

  • Entrée de nouveaux producteurs qui constituent des substituts crédibles à l’entreprise publique d’égrenage en position dominante.

Le gouvernement a récemment donné la priorité à l’agriculture dans son programme de développement. Il a pris plusieurs initiatives qui complètent les réformes structurelles précitées et les mesures généralement recommandées par les spécialistes (PNUD, 2011).

  • Amélioration de la résistance des récoltes aux chocs par l’utilisation de semences plus productives qui résistent davantage à la sécheresse et aux parasites.

  • Gestion intelligente de la fertilité des sols face aux préoccupations croissantes de saturation et à la quantité limitée de surfaces cultivables.

  • Augmentation de l’irrigation, notamment par la construction de nouveaux barrages et la rénovation de ceux qui existent pour se protéger de la sécheresse.

  • Promotion de la diversité des cultures pour donner plus de solidité aux exploitations et accent mis sur la production à grande échelle de graines oléagineuses et de fruits à destination des marchés internationaux.

  • Promotion de coopératives et d’associations de commercialisation pour faire bénéficier les petits exploitants d’économies d’échelle et élargir leurs débouchés ainsi que pour favoriser le développement de l’industrie agroalimentaire.

Tanzanie: croissance du secteur manufacturier2

L’économie tanzanienne a beaucoup changé depuis le début des années 2000, les cultures commerciales traditionnelles (coton, café, thé, sisal, noix de cajou, tabac) ayant perdu de leur importance. Cela découle de la réorientation de la production agricole vers le marché intérieur, pour satisfaire les besoins d’une population en augmentation rapide, ainsi que du remplacement des exportations traditionnelles par des ventes accrues de minerais (or) et de produits manufacturés (graphique 3.12).

Graphique 3.12.Tanzanie: composition des exportations de biens et de services

Source: autorités tanzaniennes.

Les ventes d’or ont augmenté jusqu’à représenter près de 30 % des recettes d’exportation, ce qui fait de la Tanzanie le quatrième exportateur africain du métal précieux. Cela s’explique largement par la hausse rapide du prix de l’or, alors que sa contribution au PIB réel ne s’est accrue que marginalement pour atteindre 2,5 % en 2010.

Durant la décennie écoulée, le secteur manufacturier a connu un vif essor, alimenté surtout par la demande régionale, elle-même stimulée par le renforcement du marché commun de la Communauté de l’Afrique de l’Est (CAE). La part des produits manufacturés dans les exportations tanzaniennes est passée de 3 % en 2000 à 17 % en 2010; les principales composantes sont les produits alimentaires transformés, les boissons et les produits du tabac, devant les meubles et les autres produits en bois.

Si la Tanzanie a réussi à se diversifier, en passant d’une agriculture à faible valeur ajoutée vers une industrie manufacturière à valeur ajoutée supérieure, c’est grâce aux réformes de structures et de politiques mises en place au début des années 2000. Elles avaient pour but de transformer un État providence en une économie de marché et ont porté sur un grand nombre de domaines: libéralisation du taux de change, des prix et des échanges; réformes des impôts et des finances publiques; adoption d’une politique monétaire moderne; libéralisation du secteur financier; réformes du secteur public; réformes réglementaires et institutionnelles; et lancement d’une intégration régionale. Parallèlement, la stabilisation macroéconomique a progressé rapidement — le taux de croissance du PIB a plus que doublé, passant d’une moyenne de 3 % dans les années 90 à 6,7 % dans les années 2000, le rythme d’inflation est tombé en dessous de 10 %, et la dette publique a été ramenée à un niveau viable.

En même temps, plusieurs mesures ont créé les conditions d’une hausse rapide de la productivité dans le secteur privé et d’une expansion des exportations: réductions substantielles des tarifs douaniers et des obstacles non tarifaires ainsi que déréglementation des marchés et privatisations, conjuguées à d’importants investissements publics dans les infrastructures, dont le secteur de l’énergie. De fait, la productivité du travail et la productivité totale des facteurs ont progressé de plus de 30 % pendant la dernière décennie, le secteur manufacturier étant l’un des grands bénéficiaires des réformes.

Namibie: diversification au profit de l’industrie manufacturière3

Pendant les dix ans qui ont suivi l’indépendance intervenue en 1990, le secteur minier a été la principale source des exportations de la Namibie, alors que l’activité manufacturière était faible. Ces exportations, composées surtout de diamants, d’uranium et de métaux de base, représentaient plus de 50 % du total des exportations de biens et de services. Au sein du secteur minier, les diamants dominaient, représentant 74 % des exportations totales (moyenne 2000-06). S’appuyant sur une gestion macroéconomique prudente et la stabilité politique, le gouvernement a pris des mesures pour diversifier la base d’exportations au profit de l’industrie manufacturière. Il y est parvenu au moyen d’une série d’actions décisives: mise en place de zones de transformation pour l’exportation, de parcs industriels, de centres de services communs («common facility centers») et de programmes de développement des petites et moyennes entreprises. Le gouvernement s’est aussi lancé activement dans la promotion des possibilités d’investissement en Namibie à l’intention d’éventuels investisseurs étrangers et dans la réalisation d’études sur la diversification. Cette politique a facilité une hausse de 5 points de pourcentage de la contribution du secteur manufacturier aux exportations totales, qui a atteint 20 % en 2006. D’autres exportations ont aussi connu un développement notable, parmi lesquelles le cuir brut et les peaux, ainsi que les objets d’art et les produits de l’artisanat.

Les politiques publiques ont aussi soutenu la diversification au profit des exportations manufacturières en encourageant la production de textiles et d’habillement, le polissage et la transformation des diamants ainsi que le raffinage du cuivre et du zinc. La part des exportations de poissons préparés, qui dominaient traditionnellement les exportations de produits manufacturés, est passée de 49 % en 1995 à 36 % en 2006; celle du zinc raffiné a augmenté sensiblement (graphique 3.13). Cette nouvelle branche du secteur manufacturier a suscité une polarisation de l’économie en amont et en aval, notamment entre les activités manufacturières et minières.

Graphique 3.13.Namibie: composition des exportations de produits manufacturés

Sources: autorités namibiennes; estimations des services du FMI.

Maurice: de l’exportation de produits manufacturés à l’exportation de services4

Depuis l’indépendance, Maurice présente un solide bilan économique fondé sur la qualité des institutions et de la politique macroéconomique (notamment une gestion budgétaire prudente et la flexibilité du taux de change). C’est une performance impressionnante au regard de la rareté des ressources naturelles et de la grande vulnérabilité aux chocs externes propre aux petites économies ouvertes. Cette ouverture et un système politique caractérisé par des gouvernements de coalition et ayant fait ses preuves en matière de protection des droits de propriété (notamment pour les minorités ethniques) ont joué un rôle essentiel dans la réussite du pays. En outre, les autorités mauriciennes ont fait bon usage de l’accès préférentiel aux marchés d’Europe et des États-Unis.

La part des services dans les exportations totales s’est élevée rapidement dans les années 2000 (graphique 3.14). L’impulsion initiale a été donnée par le développement du tourisme (les entrées de touristes sont passées de 240.000 en 1988 à près de 965.000 fin 2011); les services financiers, les exportations de technologies de l’information et de la communication (TIC) ainsi que les services d’externalisation des processus d’entreprise ont suivi. Actuellement, le secteur des TIC représente 2,5 % de l’emploi et près de 3 % des exportations. De nouveaux sous-secteurs exportateurs apparaissent également (santé/services médicaux).

Graphique 3.14.Maurice: exportations de services et entrées d’IDE

Sources: autorites mauriciennes; estimations des services du FMI.

Au milieu des années 2000, le pays a subi de sérieux chocs externes, à savoir la perte des préférences sur le sucre et la suppression progressive de celles sur les produits textiles (démantèlement de l’Accord multifibres), ce qui a entraîné un redéploiement au détriment des exportations de produits manufacturés et à l’avantage des services. La politique publique a aussi influé sur cette évolution: mesures de stimulation des investissements directs étrangers (IDE) dans le tourisme, les services financiers et les TIC; assouplissement de la réglementation du marché du travail; simplification du système fiscal. L’instauration d’une imposition forfaitaire au taux de 15 % des personnes physiques et des sociétés ainsi que l’adoption d’une loi pour faciliter les affaires («Business Facilitation Act») ont créé un environnement propice à l’apparition de nouvelles sources de croissance des exportations.

Le gouvernement a joué un rôle important dans la constitution de nouveaux secteurs exportateurs en formulant des politiques sectorielles et en facilitant l’expansion du secteur privé. Le développement du tourisme a été notamment soutenu par une programmation stratégique, complétée par les activités promotionnelles des hôtels et de la compagnie aérienne nationale. À Maurice, la réussite de la transformation structurelle a bénéficié de la démarche prospective des autorités, qui ont recherché par anticipation des réponses à l’évolution de l’environnement économique.

Kenya: développement des exportations de services5

Au cours de la période récente, le secteur des services est celui qui a le plus contribué à la croissance du PIB et aux entrées de devises au Kenya (graphique 3.15)6. À la différence d’autres pays à faible revenu, ce pays dispose de plusieurs entreprises de classe mondiale qui exportent des services offshore à forte valeur ajoutée, tels que la conception de produits, la recherche–développement, l’assurance, la comptabilité et l’externalisation des processus d’entreprise.

Graphique 3.15.Kenya: contributions sectorielles à la croissance du PIB réel, 2005-11

Sources: autorités kényanes; estimations des services du FMI.

Le Kenya est particulièrement compétitif dans les transports, la communication et les services financiers en raison du nombre relativement élevé de personnes qualifiées employées dans les échanges de services au sein de la CAE, à quoi il convient d’ajouter une solide tradition entrepreneuriale (Banque mondiale, 2012).

Depuis quelques années, les services de transport se développent rapidement au Kenya, car la compagnie aérienne nationale a pris de solides positions en Afrique, et le nombre de passagers qu’elle transporte augmente régulièrement. L’essor des activités de fret aérien et maritime a été rendu possible par l’ouverture croissante des échanges au sein de la CAE, due en partie aux réformes du sous-secteur du transport maritime et à la suppression des restrictions aux échanges. De plus, Nairobi est une plaque tournante essentielle pour l’Afrique de l’Est et l’Afrique centrale, et c’est la ville la plus importante entre le Caire et Johannesburg. Le port de Mombasa est actuellement au cinquième rang en Afrique pour les capacités de manutention des cargaisons, qui ont augmenté de 145 % de 2006 à 2010; il est utilisé par plus de douze pays. Ces capacités vont être augmentées par l’élargissement des postes d’amarrage pour accueillir de plus grands navires et par la construction d’un second terminal de conteneurs.

Le Kenya se concentre de plus en plus sur les services de communication et de technologie de pointe, qui représentent déjà plus de 10 % des exportations de services (graphique 3.16) et près de 20 % des entrées d’investissements directs étrangers. Le succès de Safaricom dans la téléphonie mobile et l’accès à Internet ainsi que celui de KenCall dans la fourniture dans le monde entier de centres d’appels et de services d’externalisation des processus d’entreprise témoignent de la vitalité du secteur. Le gouvernement kényan crée actuellement un parc de TIC pour l’externalisation des processus d’entreprise, qui devrait susciter un nouvel essor des exportations de services.

Graphique 3.16.Kenya: exportations de services TIC

Sources: autorités kényanes; estimations des services du FMI.

Le développement au-delà des frontières du secteur financier kényan a aussi bénéficié de l’intégration régionale au sein de la CAE et conduit à un ancrage solide au niveau régional. Les échanges de services financiers devraient encore se développer au fur et à mesure que seront supprimés les obstacles, notamment ceux qui sont dus à la réglementation (absence de système unique de délivrance des licences) et les freins à la mobilité des capitaux.

C’est une acception étroite de la notion de «transformation structurelle», car ce concept englobe souvent l’urbanisation et la transition démographique qui vont habituellement de pair avec la croissance économique. On l’associe aussi fréquemment à d’autres phénomènes, tels que la diversification et la sophistication des exportations et de la production ainsi que l’amélioration de la qualité des produits. Tous ces éléments sont le sujet du récent projet d’étude intitulé «Economic Diversification for Stability and Growth in LICs», entrepris par le Département de la stratégie, des politiques et de l’évaluation et par le Département des études du FMI.

En 2010, l’agriculture a contribué à raison de 11,2 %, en moyenne pondérée, à la valeur ajoutée en Afrique subsaharienne. Sachant que l’Afrique du Sud produit à peu près un tiers du PIB de la région et que la part de l’agriculture dans la valeur ajoutée y est très faible (2,5 %), il n’est pas surprenant que le pourcentage soit bas. La moyenne non pondérée est proche de 20 %.

Sauf mention contraire, le concept de productivité retenu dans ce chapitre est la productivité moyenne du travail mesurée par la valeur ajoutée par travailleur, et non la productivité totale des facteurs ou la productivité multifactorielle.

Les taux de croissance émanant de la FAO correspondent dans la plupart des pays aux données de comptabilité nationale, mais il y a des différences dans quelques cas. Elles s’expliquent en partie par l’absence de données sur la pêche et la sylviculture dans les séries de la FAO relatives à la valeur ajoutée, de sorte que les deux sources ne coïncident pas dans les pays où ces sous-secteurs sont importants (par exemple la pêche au Sénégal et aux Seychelles; la sylviculture au Cameroun).

On trouvera un examen approfondi de la croissance économique subsaharienne et de l’apparition d’un groupe de pays à forte croissance dans Ndulu et al. (2007, volumes I et II), ainsi que dans Radelet (2010).

Il existe deux contre-exemples: le Mozambique fait état d’une scolarisation moyenne de 1,2 an seulement, mais a connu une hausse rapide de la productivité moyenne du travail (peut-être, en partie, un autre dividende de la paix), alors qu’au Kenya, où la scolarisation est de 7 ans en moyenne, la progression moyenne de la productivité du travail a été lente.

La part de l’industrie dans la production a brièvement augmenté au Cameroun après la forte dévaluation du franc CFA en 1994, mais ce phénomène a été sans lendemain.

Les initiales figurant dans les graphiques correspondent aux pays suivants: Afrique du Sud (ZAF), Angola (AGO), Bénin (BEN), Botswana (BWA), Burkina Faso (BFA), Burundi (BDI), Cameroun (CMR), Cap-Vert (CPV), Comores (COM), Côte d’Ivoire (CIV), Érythrée (ERI), Éthiopie (ETH), Gabon (GAB), Gambie (GMB), Ghana (GHA), Guinée (GIN), Guinée-Bissau (GNB), Guinée équatoriale (GNQ), Kenya (KEN), Lesotho (LSO), Libéria (LBR), Madagascar (MDG), Malawi (MWI), Mali (MLI), Maurice (MUS), Mozambique (MOZ), Namibie (NAM), Niger (NER), Nigéria (NGA), Ouganda (UGA), Rwanda (RWA), République centrafricaine (CAF), République démocratique du Congo (COD), République du Congo (COG), São Tomé-et-Príncipe (STP), Sénégal (SEN), Seychelles (SYC), Sierra Leone (SLE), Swaziland (SWZ), Tanzanie (TZA), Tchad (TCD), Togo (TGO), Zambie (ZMB) et Zimbabwe (ZWE). Les pays asiatiques figurant dans l’échantillon sont le Bangladesh (BNG), le Cambodge (KHM), l’Indonésie (IDN), les Philippines (PHL) et le Viet Nam (VTM).

Fuglie et Rada (2011) ont obtenu des résultats similaires pour la productivité totale des facteurs avec des taux annuels de progression de 2,1 % en Asie du Sud-Est de 1990 à 2007, de 1,6 % en Asie du Sud et de 1,1 % en Afrique subsaharienne.

Cette stratégie, d’abord adoptée en Afrique du Sud, a permis de presque quadrupler les rendement de céréales. D’autres pays en ont déjà adopté certains éléments. Par exemple, des variétés de millet et de sorgho résistantes à la sécheresse ont été conçues à l’intention des agriculteurs du Sahel et de la Corne de l’Afrique, et le marché des engrais a été libéralisé au Kenya et au Malawi.

Il serait préférable de traiter séparément les secteurs minier et manufacturier, mais le manque de données complètes s’y oppose.

L’absence généralisée de valeur ajoutée dans les exportations manufacturières a récemment été attestée par Johnson et Noguera (2012); ils l’expliquent par l’apparition de chaînes logistiques mondiales qui découpent les diff érentes étapes de la production et les répartissent entre les pays.

L’expérience récente de l’Inde, caractérisée par une croissance rapide du secteur des services (télécommunications, finance, technologies de l’information, etc.) sans développement préalable d’un secteur manufacturier compétitif, est un bon exemple. Voir Gordon et Gupta (2004), ainsi que Kochhar et al. (2006).

En fait, l’Afrique subsaharienne pourrait être exportatrice nette de pétrole raffiné si le taux d’utilisation des capacités de raffinage était au minimum de 75 % (Akinkugbe, 2012). Or, il est actuellement inférieur à 50 % en Côte d’Ivoire, au Ghana et au Nigéria, et ne dépasse 75 % qu’au Cameroun (CITAC, 2011).

Le Burundi s’avère être un cas aberrant du fait de la croissance très rapide de la production de services qui pourrait découler des dépenses massives des donateurs, canalisées par l’État, après le conflit du début des années 2000.

Les facteurs importants non évoqués ici sont l’enclavement de certains pays, le manque de profondeur des marchés financiers, les réglementations du marché du travail et des marchés fonciers, ainsi que l’insuffisance des infrastructures régionales.

Études de cas préparées par Antonio David, Floris Fleermuys, Nikoloz Gigineishvili, Ragnar Gudmundsson, Farayhi Gwenhamo et Jan van Houtte.

On trouvera des précisions sur les progrès de l’agriculture au Burkina Faso dans Banque mondiale (2010) et Badiane (2011).

On trouvera davantage d’informations sur la transformation en Tanzanie dans Nord et al. (2009).

On trouvera davantage d’informations sur la transformation en Namibie dans Kadhikwa et Ndalikolue (2007), ainsi que dans Zaaruka et Namaklu (2002).

Pour plus de précisions, voir Frankel (2010), Subramanian (2009) et Zafar (2011).

Pour plus de précisions, voir Banque mondiale (2012 et 2011).

Dileh et al. (2011).

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