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2. Nigéria et Afrique du Sud: retombées sur le reste de l’Afrique subsaharienne

Author(s):
International Monetary Fund. African Dept.
Published Date:
October 2012
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Introduction et Résumé

Le présent chapitre traite des liens économiques entre les deux plus grandes économies d’Afrique subsaharienne, le Nigéria et l’Afrique du Sud, et le reste de la région, en examinant en quoi l’évolution de la situation de ces deux pays peut influer sur les autres pays de la région. Le Nigéria est un marché d’exportation important pour un petit nombre seulement de pays limitrophes, mais ses liens financiers avec des pays plus éloignés se multiplient avec l’expansion régionale des banques nigérianes. Compte tenu de la porosité des frontières, les échanges commerciaux avec les pays voisins sont fortement influencés par la politique du Nigéria en matière de fiscalité et de subventions; en outre, l’imbrication étroite des marchés alimentaires fait que l’inflation dans les pays voisins se ressent sensiblement de l’évolution de l’inflation au Nigéria. Les liens de l’Afrique du Sud avec le reste de l’Afrique subsaharienne sont bien plus importants et s’intensifient continuellement, mais, pour l’heure, ils revêtent une importance macroéconomique essentiellement au sein de la Communauté du développement de l’Afrique australe (SADC).

Ces dernières années, le FMI a étudié de façon approfondie la manière dont les chocs économiques et les changements de politique dans chacune des plus grandes économies du monde se répercutaient sur le reste de l’économie internationale1. Cette «étude de contagion» a permis de bien mieux comprendre l’importance des interconnexions entre les différentes économies du monde et les mécanismes par lesquels des chocs survenant dans un pays se propagent aux autres, souvent à la vitesse de l’éclair.

Nous nous proposons ici d’élargir l’analyse à l’Afrique subsaharienne en étudiant les liens entre ses deux plus grandes économies et le reste de la région, et en examinant l’importance que revêtent pour leurs voisins les retombées émanant de ces géants régionaux. Cette analyse est indispensable pour tenter de répondre aux questions suivantes: i) dans quelle mesure un ralentissement de l’activité d’origine interne ou externe en Afrique du Sud influe-t-il sur le reste de la région et qui est touché et pourquoi? ii) À quel point le Nigéria et ses voisins sont-ils liés économiquement et, compte tenu de ces liens, en quoi les évolutions observées au Nigéria influent-elles sur le reste de l’Afrique de l’Ouest? Enfin, iii) en quoi les politiques anticycliques en Afrique du Sud contribuent-elles à mettre les autres parties du continent à l’abri des chocs défavorables? À elles deux, les économies du Nigéria et de l’Afrique du Sud sont à l’origine de la moitié du PIB de l’Afrique subsaharienne et peuvent être de puissantes sources de croissance pour l’ensemble de la région.

Historiquement, les structures économiques de l’ère coloniale n’ont laissé que relativement peu de liens économiques entre les pays africains, car la priorité était donnée aux relations avec la métropole. Depuis les années 60, de nombreux efforts ont été déployés pour promouvoir l’intégration économique sur le continent, notamment par la multiplication des accords de libre-échange et, plus récemment, par des initiatives visant à promouvoir l’intégration monétaire par-delà des unions monétaires existantes. Si les pays d’Afrique subsaharienne ont des relations commerciales encore plus étroites avec l’Europe, les États-Unis et — de plus en plus — les pays en développement d’Asie qu’ils n’en ont entre eux, les liens commerciaux et financiers intrarégionaux se multiplient à un rythme accéléré depuis quelques années et cette évolution devrait s’accentuer au cours des années à venir. Le moment est donc particulièrement opportun pour examiner les conséquences de ces interconnexions macroéconomiques au sein de la région.

Les Vecteurs de Transmission

Les événements qui surviennent dans une économie peuvent se propager à d’autres pays par différents canaux, selon que leurs liens économiques sont plus ou moins étroits. Les principaux vecteurs sont les suivants: i) le commerce, formel et informel, de biens et de services; ii) les interconnexions financières; iii) les flux de capitaux, que ce soit sous la forme d’investissement direct étranger, d’investissement de portefeuille ou de prêts; iv) les flux migratoires et les envois de fonds des travailleurs émigrés (en sens inverse). Les facteurs institutionnels peuvent aussi jouer un rôle important: on citera par exemple les accords de partage des recettes de l’Union douanière d’Afrique australe (SACU); le marché obligataire régional établi dans l’Union économique et monétaire ouest-africaine (UEMOA); et les arrangements de taux de change de la Zone monétaire commune d’Afrique australe, dans laquelle la monnaie des trois plus petits pays membres est de longue date rattachée au rand à parité fixe.

Il est difficile de quantifier l’importance relative de ces mécanismes de transmission en Afrique subsaharienne compte tenu du caractère incomplet des données disponibles: les statistiques du commerce ne rendent pas compte des volumes souvent considérables de biens et de services échangés de façon informelle et non enregistrés, les données sur les flux et les stocks de capitaux sont souvent de très mauvaise qualité et, en règle générale, les informations sur les flux migratoires et les envois de fonds des travailleurs émigrés sont largement en deçà de la réalité. Cela dit, quelques constats peuvent être relevés:

  • L’Afrique du Sud joue un rôle de premier plan dans la structure des échanges commerciaux à l’intérieur de l’Afrique subsaharienne. Les exportations déclarées vers l’Afrique du Sud dépassent 1 % du PIB intérieur d’au moins une douzaine de pays, les liens commerciaux étant les plus marqués pour les pays de la sous-région de la Communauté du développement de l’Afrique australe (SADC) (encadré 2.1).

  • On observe aussi une certaine concentration des flux commerciaux entre le Nigéria et ses voisins les plus proches et au sein de l’Afrique de l’Est. L’ampleur du commerce transfrontalier informel (non mesuré) dans ces sous-régions, en particulier pour ce qui est des produits agricoles, porte à croire qu’il existe des relations et des liens plus étroits que ne l’indiquent les statistiques officielles du commerce extérieur.

  • Bien que les échanges commerciaux au sein de la région restent modestes en pourcentage du commerce total des pays, le ratio commerce intrarégional/PIB national s’est en général fortement accru pendant la décennie écoulée (graphique 2.1). Au cours de la période à venir, l’amélioration des infrastructures régionales et la mise en œuvre énergique des accords de libre-échange existants (y compris l’utilisation de règles d’origine moins restrictives et la réduction des obstacles non tarifaires) devraient vraisemblablement entraîner un nouvel accroissement marqué, en termes relatifs et absolus, de ces échanges.

  • L’expansion des investissements des entreprises et établissements sud-africains — financiers et non financiers — dans la région a contribué au renforcement des liens, y compris commerciaux, au sein de l’Afrique subsaharienne, ainsi qu’à la diversification des marchés des exportations sud-africaines.

  • Les groupes bancaires basés en Afrique du Sud et au Nigéria ont rapidement développé leurs opérations dans l’ensemble de la région ces dernières années, mais leur démarche (principalement axée sur les prêts locaux et le financement local) contribue sans doute à limiter les effets de contagion financière à l’échelle régionale2.

  • Les données disponibles sur les envois de fonds des travailleurs migrants semblent indiquer que la contribution financière de ces derniers à l’économie de leur pays est modeste, mais les estimations de migrations transfrontalières en Afrique laissent entrevoir des flux importants, pour l’essentiel informels. Les chocs subis par les pays d’accueil, tels que l’Afrique du Sud ou le Nigéria, pourraient vraisemblablement se traduire par une chute des transferts (aussi bien de fonds que de marchandises) vers les pays pourvoyeurs de main-d’œuvre et, tout au moins, par des retours au pays.

  • Certaines politiques nationales, comme par exemple les régimes de fiscalité et de subventions aux effets fortement perturbateurs, et des dispositifs institutionnels tels que les accords de partage des recettes douanières, peuvent jouer un rôle important dans la transmission des chocs entre pays.

Graphique 2.1.Afrique subsaharienne: exportations intrarégionales, 1981–2010

Source: FMI, Direction of Trade Statistics.

Encadré 2.1.Rôle du Nigéria et de l’Afrique du Sud dans le réseau subsaharien du commerce de marchandises

Les outils d’analyse de réseau peuvent éclairer la complexité des interactions à la base des relations commerciales bilatérales en Afrique subsaharienne et l’importance relative de pays d’Afrique subsaharienne1. Le logiciel d’analyse NodeXL, utilisé pour produire les deux graphiques ci-joints, fait partie de ces outils. Il facilite le traitement des statistiques de réseau et aide à visualiser les structures sous-jacentes.

Au graphique 1, toutes les exportations intrarégionales qui dépassent 1 % du PIB de l’exportateur sont représentées par des flèches vers les pays importateurs pertinents. En présence de liens commerciaux de cette intensité, une détérioration de la conjoncture économique dans les pays importateurs pourrait avoir un impact macroéconomique non négligeable sur les pays exportateurs. La taille de la bulle de chaque pays traduit le nombre de partenaires commerciaux pour lesquels il constitue un marché important, tandis que l’épaisseur de la flèche traduit la taille des exportations par rapport au PIB. Ce graphique confirme l’importance cruciale de l’Afrique du Sud comme marché pour les exportations intrarégionales, le Nigéria arrivant relativement loin en deuxième position. Les exportations vers l’Afrique du Sud dépassent 1 % du PIB de 13 pays d’Afrique subsaharienne, pour la plupart membres de la SADC. C’est notamment le cas des partenaires de l’Afrique du Sud au sein de la SACU, le Swaziland étant le pays le plus impliqué dans ces échanges intrarégionaux (ses exportations à destination de l’Afrique du Sud représentent près de 30 % de son PIB).

Graphique 1.Liens commerciaux intrarégionaux

Le graphique 2 représente les liens commerciaux mondiaux et intrarégionaux, les principaux liens avec l’Afrique du Sud apparaissant en bleu (exportations mondiales) et en rouge (importations d’Afrique subsaharienne). Les pays de la zone euro sont les marchés d’exportation les plus importants pour 34 pays d’Afrique subsaharienne, ce qui fait de la zone euro le noyau des réseaux extérieurs des pays d’Afrique subsaharienne; la Chine et les États-Unis sont des destinations importantes pour 19 pays d’Afrique subsaharienne, tandis que l’Inde joue un rôle important pour 15 pays.

Graphique 2.Liens commerciaux mondiaux et intrarégionaux

Sources: FMI, Direction of Trade Statistics; base de données Comtrade des Nations Unies; autorités nationales; estimations des services du FMI.

Pour chaque pays, la taille de la bulle est proportionnelle au nombre de pays pour lesquels il constitue un important marché d’exportation. Les flèches vont dans le sens du pays récepteur. Leur épaisseur traduit la valeur des exportations par rapport au PIB de l’exportateur. Les flèches rouges (bleues) indiquent les exportations vers (en provenance de) l’Afrique du Sud. Les flèches vertes représentent les autres liens bilatéraux dépassant 1 % du PIB du pays exportateur.

Le présent encadré a été préparé par Jorge Iván Canales-Kriljenko et Estelle Liu.1 L’analyse de réseau désigne une série de techniques permettant d’appréhender et de visualiser les interconnexions entre les éléments d’un système (Errico et Massara, 2011).

Principales Conclusions

L’examen des liens entre l’Afrique du Sud et les autres pays de la région fait apparaître de fortes retombées sur les voisins immédiats de la SACU, mais en raison du dense faisceau de liens entre pays membres de la SACU, une accélération de la croissance en Afrique du Sud, par exemple, n’a pas un impact net direct sur les autres pays membres de la SACU. Pour plusieurs pays proches de la SACU, la demande d’exportations, l’investissement direct et, dans certains cas, les flux migratoires, servent de courroies de transmission de l’évolution de la situation en Afrique du Sud, encore que l’impact soit généralement modeste. Dans le cas des pays plus éloignés, la situation en Afrique du Sud semble n’avoir qu’une incidence limitée sur le reste de l’Afrique subsaharienne.

De par son modèle de développement, le Nigéria n’a généré qu’une faible demande de produits en provenance d’autres pays d’Afrique subsaharienne, exception faite des pays limitrophes; en effet, l’existence de frontières perméables donne lieu à des flux commerciaux complexes fortement tributaires de la fiscalité et des subventions au Nigéria. Dans ces pays voisins, l’inflation est très sensible à l’évolution des prix au Nigéria.

Impact de L’afrique du sud sur L’afrique Subsaharienne

L’Afrique du Sud est la plus grande économie d’Afrique subsaharienne: elle représente près de 30 % du PIB de la région. La présente section examine les principaux liens économiques entre l’Afrique du Sud et le reste de l’Afrique subsaharienne, et évalue l’importance des retombées de la situation sud-africaine sur le reste de la région.

Liens Commerciaux

L’Afrique du Sud est un marché considérable d’exportation pour bon nombre de pays d’Afrique subsaharienne: les exportations de marchandises à destination de l’Afrique du Sud en 2010 représentaient plus de 1 % du PIB de 13 pays3. Les partenaires de l’Afrique du Sud de la SACU — voisins au sein d’une même union monétaire — sont les pays qui dépendent le plus des marchés sud-africains, mais ces marchés revêtent aussi une grande importance pour plusieurs autres pays un peu plus éloignés, notamment ceux de la SADC de manière plus générale (graphique 2.2). S’agissant des produits vendus sur les marchés mondiaux intégrés (par exemple, de nombreux produits de base, dont le pétrole), il n’existe pas une forte dépendance à l’égard de la demande sud-africaine, car si celle-ci diminue, les exportations sont tout simplement réorientées vers d’autres pays4. En revanche, dans le cas des produits différenciés (beaucoup de produits manufacturés) ou de ceux dont la vente est tributaire des coûts de transport ou des barrières commerciales propres à tel ou tel marché, les fluctuations de la demande sud-africaine influent sur les exportations et, partant, un ralentissement de l’économie sud-africaine peut avoir des retombées négatives.

Graphique 2.2.Afrique subsaharienne: exportations des pays voisins vers l’Afrique du Sud

(Pourcentage du PIB)

Sources: FMI, Direction of Trade Statistics et Perspectives de l’économie mondiale; base de données Comtrade des Nations Unies; autorités nationales; estimations des services du FMI.

L’absence de flux commerciaux importants avec l’Afrique du Sud ne signifie pas une absence d’effets de contagion pour les pays qui produisent des produits de base pour lesquels l’Afrique du Sud constitue une grande source d’approvisionnement à l’échelle mondiale. Dans ces cas-là (par exemple, du platine ou de l’or) l’évolution de l’offre sud-africaine aura une incidence sur les prix à l’exportation d’autres producteurs d’Afrique subsaharienne et pourrait avoir d’importantes répercussions macroéconomiques sur ces derniers.

Au regard de la plupart des autres pays d’Afrique subsaharienne, l’Afrique du Sud se caractérise davantage par son rôle d’exportateur que par ses importations5. Globalement, les exportations de l’Afrique du Sud vers les autres pays d’Afrique subsaharienne représentent 6,4 % de son PIB, soit environ le double de ses importations en provenance de la région. En examinant ces liens plus en détail, il ressort ce qui suit:

  • Près de la moitié des pays de la région (21) importent pour plus de 1 % de leur PIB en provenance d’Afrique du Sud. Les importations venant d’Afrique du Sud représentent le gros des importations des autres pays membres de la SACU (BLNS: Botswana, Lesotho, Namibie et Swaziland) et au moins 10 % du PIB au Malawi, en Zambie et au Zimbabwe.

  • Les exportations vers le reste de l’Afrique subsaharienne représentent environ 25 % des exportations de marchandises de l’Afrique du Sud; il s’agit pour l’essentiel de produits manufacturés. Cela étant, les exportations vers la région sont fortement diversifiées, ce qui porte à penser que si un pays subissait un choc particulier (à la différence d’un choc qui frapperait l’Afrique subsaharienne ou la SADC dans son ensemble) les retombées pour l’Afrique du Sud seraient fort modestes6.

Liens D’investissement Direct

L’Afrique du Sud est une importante source d’investissement direct étranger (IDE) en Afrique subsaharienne; l’IDE a d’ailleurs gagné en intensité durant la dernière décennie. En 2011, la valeur des investissements directs de l’Afrique du Sud dans la région atteignait 6 % de son PIB, soit près d’un quart de la totalité de ses investissements étrangers enregistrés (graphique 2.3). Les investissements à Maurice (en grande partie comme tête de pont vers des pays tiers) et au Nigéria ont particulièrement contribué à augmenter la présence de l’Afrique du Sud en Afrique subsaharienne.

Graphique 2.3.Afrique du Sud: investissement direct à l’étranger

Source: Banque de réserve de l’Afrique du Sud.

Les stocks d’IDE de l’Afrique du Sud sont considérables à Maurice, au Mozambique, au Swaziland et au Zimbabwe (au moins 10 % de leur PIB) (Organisation des Nations Unies, 2005), mais beaucoup plus modestes dans des pays comme la République démocratique du Congo, le Ghana, le Malawi, le Nigéria, l’Ouganda, la Tanzanie et la Zambie. Les sociétés sud-africaines présentes dans la région couvrent un large éventail de secteurs et comprennent: les banques et autres institutions financières, les grandes entreprises de distribution, les groupes miniers et plusieurs industries de transformation (tableaux 2.1 et 2.2).

Tableau 2.1.Afrique subsaharienne: principales sociétés non financières sud-africaines actives dans la région
Source: rapports annuels d’entreprises sud-africaines.
Source: rapports annuels d’entreprises sud-africaines.
Tableau 2.2.Afrique subsaharienne: principaux groupes financiers sud-africains actifs dans la région(Proportion des dépôts en 2010, si les données sont disponibles)
Sources: rapports annuels de sociétés financières sud-africaines; BankScope; Bankers Almanac.

ABSA est un établissement basé en Afrique du Sud qui est détenu majoritairement par le groupe Barclays (Royaume-Uni).

Nedbank est un établissement basé en Afrique du Sud qui est détenu majoritairement par le groupe Old Mutual (Royaume-Uni).

Sources: rapports annuels de sociétés financières sud-africaines; BankScope; Bankers Almanac.

ABSA est un établissement basé en Afrique du Sud qui est détenu majoritairement par le groupe Barclays (Royaume-Uni).

Nedbank est un établissement basé en Afrique du Sud qui est détenu majoritairement par le groupe Old Mutual (Royaume-Uni).

Les banques basées en Afrique du Sud ont ouvert des filiales dans 16 pays d’Afrique subsaharienne, en partie pour y suivre leurs clients. Dans 11 de ces pays, ces filiales figurent parmi les cinq premiers établissements bancaires. La plupart de ces banques financent leurs activités à partir de dépôts locaux, et les crédits transfrontaliers sont en général modestes, à quelques exceptions près. Les crédits transfrontaliers en faveur des autres pays d’Afrique subsaharienne et les dépôts provenant de ces pays sont faibles par rapport au PIB de l’Afrique du Sud (environ 0,5 %) et aux actifs et passifs du système bancaire sud-africain.

Les sociétés sud-africaines fournissent également des services financiers non bancaires, dont assurances et gestion de patrimoine, au reste de la région, et l’expansion des grandes sociétés sud-africaines de distribution représente un énorme débouché pour les biens et services d’Afrique du Sud, notamment au sein de la SADC.

Les entreprises minières basées en Afrique du Sud se sont également implantées dans plusieurs pays de la région, ce qui s’explique en partie par la diminution des stocks miniers en Afrique du Sud. L’actionnariat de ces sociétés, en général cotées sur plusieurs marchés boursiers, y compris en dehors de l’Afrique subsaharienne, est fortement diversifié.

Investissement de Portefeuille

D’après l’enquête du FMI sur les investissements de portefeuille, le stock des investissements transfrontaliers entre l’Afrique du Sud et le reste de l’Afrique subsaharienne dépasse 1 % du PIB des pays partenaires, uniquement dans le cas de Maurice et de la Namibie. La corrélation entre les cours de la bourse de Johannesburg (JSE) et les autres indices boursiers de la région est positive. Tous les indices tendent à réagir de manière comparable à l’évolution de l’aversion mondiale pour le risque, encore que l’impact soit plus important en Afrique du Sud qu’ailleurs. Cependant, malgré la double cotation de certaines valeurs phare sur la JSE et d’autres places de la région, le seul marché boursier qui réagisse (statistiquement) aux chocs provenant de l’Afrique du Sud est celui de la Namibie (encadré 2.2).

Envois de Fonds D’afrique du Sud

L’Afrique du Sud accueille de nombreux travailleurs migrants et saisonniers d’autres pays d’Afrique subsaharienne7. Cependant, comme partout ailleurs dans le monde, les statistiques actualisées sur leur nombre et sur les fonds qu’ils envoient dans leur pays d’origine sont incomplètes. Il ressort des estimations disponibles que seuls les envois vers le Lesotho (20 % du PIB en 2010) et le Swaziland (3 %) présentent une importance macroéconomique8.

Dans le cas du Lesotho, les envois proviennent des salaires des employés basotho dans le secteur minier. Bien qu’ils soient considérables, ces revenus ont fortement baissé par rapport au PIB durant ces cinq dernières années, à cause des politiques sud-africaines privilégiant l’emploi local, qui visent à réduire un chômage structurellement élevé, et du repli tendanciel de la production d’or. Bien que l’on ne dispose pas de données concrètes, les envois de fonds vers le Zimbabwe sont sans doute considérables, vu le nombre de Zimbabwéens qui, selon les estimations, vivent et travaillent en Afrique du Sud.

Partage des Recettes douanières de la Sacu

Le mécanisme de partage des recettes douanières communes entre les cinq membres de la SACU crée des liens solides entre les niveaux d’importation de l’Afrique du Sud (environ 95 % des importations totales de la SACU) et les recettes budgétaires des autres pays membres de la SACU (BLNS). Ce mécanisme est à l’origine d’importants flux de recettes vers les BLNS (environ la moitié des recettes tarifaires de la SACU) étroitement liés aux importations de l’Afrique du Sud, en général avec un décalage de 1 à 2 ans.

Comme les importations sont généralement plus volatiles que l’activité économique globale, la formule de partage des recettes contribue à une forte volatilité des recettes budgétaires des BLNS — surtout au Lesotho et au Swaziland, où les recettes de la SACU sont déterminantes pour les recettes globales (graphique 2.4). Si cette volatilité des recettes n’est pas gérée de manière appropriée — leur comportement se rapproche à celui des recettes minières dans les pays riches en ressources naturelles — il peut s’en suivre de graves tensions budgétaires. Plusieurs mesures sont envisageables pour maîtriser cette volatilité, dont la constitution de réserves budgétaires en conjoncture favorable, la création de fonds de stabilisation ou l’utilisation des recettes pour préfinancer les engagements conditionnels (voir Cuevas A., L. Engstrom, V. Kramarenko et G. Verdier, à paraître)9.

Graphique 2.4.BLNS: paiements des recettes douanières1

Source: autorités nationales.

1 Paiements reçus sur la base des recettes douanières prévues et des parts du commerce interrégional.

La Zone Monétaire Commune

À l’exception du Botswana, les BLNS maintiennent de longue date une parité fixe avec le rand. Dans un cadre de liberté effective de mouvements de capitaux et de vaste circulation du rand, les BLNS importent de fait leur politique monétaire et leur politique de change d’Afrique du Sud10. Cela leur permet de bénéficier de la crédibilité de la politique monétaire sud-africaine et des taux d’intérêt qui en découlent, mais ils subissent par ailleurs une forte volatilité de change par rapport au reste du monde. La politique menée par l’Afrique du Sud a des retombées immédiates sur la situation économique des plus petits membres de la zone monétaire, par le truchement des taux d’intérêt et de la parité du rand; il en va de même de l’évolution des marchés financiers mondiaux, pour autant qu’ils influent fortement sur le rand11.

Encadré 2.2.Liens entre marchés boursiers d’Afrique subsaharienne

Les indices boursiers en Afrique subsaharienne subissent les effets des variations de l’humeur des investisseurs à l’échelle mondiale, mais ils ne semblent pas exercer d’influence notable les uns sur les autres. Les cours sur les marchés boursiers de la Namibie font figure d’exception, sans doute en raison des cotations doubles.

La bourse de Johannesburg (JSE) n’est pas seulement la plus grande place boursière d’Afrique subsaharienne, elle figure en outre parmi les 15 plus grands marchés du monde. Elle entretient d’étroites relations avec la bourse de Londres, certaines de ses plus grandes valeurs sont d’ailleurs cotées sur ces deux places. Les investisseurs américains détiennent une grande partie de la capitalisation boursière de la JSE. Les marchés boursiers des autres pays pionniers d’Afrique subsaharienne reçoivent une attention grandissante de la part des investisseurs du monde entier (graphique 1), mais leur capitalisation et volume de négociation restent modestes par rapport à ceux de la JSE, où le volume de négociation dépassait 90 % du PIB sud-africain en 2011 (tableau 1)1.

Graphique 1.Afrique subsaharienne: flux d’actions, 2004–121

Source: EPFR Global.

1 Les autres pays subsahariens pour lesquels on dispose de données sont les suivants: Botswana, Ghana, Côte d’Ivoire, Kenya, Malawi, Maurice, Namibie, Nigéria, Zambie et Zimbabwe.

Tableau 1.Afrique subsaharienne: principaux indicateurs des marchés d’actions régionaux, 2011
Capitalisation du marché (Pourcentage du PIB)Valeur totale des actions négociées (Pourcentage du PIB)Volume des Optionalérations (Ratio)Sociétés cotées à la JSE (Nombre)
Afrique du Sud21091,239,8
Zimbabwe1104
Maurice584,68,01
Ouganda460
Kenya302,67,10
Malawi240,93,91
Botswana230,83,66
Nigéria171,89,21
Namibie90,11,216
Ghana80,34,11
Tanzanie50,12,50
Source: Banque mondiale, Indicateurs du développement dans le monde.
Source: Banque mondiale, Indicateurs du développement dans le monde.

Pour établir si les cours de la JSE influent de manière indépendante sur ceux des autres places boursières d’Afrique subsaharienne, nous estimons pour la période 1999M1–2012M7 un ensemble d’équations permettant de modéliser les cours, en nous inspirant de Saadi et Williams (2011). Nous constatons que les cours dans toutes les bourses d’Afrique subsaharienne tendent à augmenter lorsque l’aversion mondiale pour le risque (exprimée par l’indice de volatilité du marché des options de Chicago, VIX) diminue, et inversement. Le seul marché boursier qui réagit également aux chocs régionaux partant de la JSE est celui de la Namibie, ce qui s’explique vraisemblablement par le degré de cotations croisées sur ces deux places.

Le présent encadré a été préparé par Jorge Iván Canales-Kriljenko et Oral Williams.1Yartey et Adjasi (2007) offrent une description de l’évolution des marchés boursiers en Afrique subsaharienne, de leur problématique et des défis auxquels ces marchés doivent faire face.

Les Effets de Contagion Sont-ils Importants?

L’analyse qui précède a mis en évidence plusieurs liens économiques entre l’Afrique du Sud et le reste de l’Afrique subsaharienne. Ces liens sont certes particulièrement prononcés dans le cas de la sous-région d’Afrique australe, mais ils s’étendent aussi d’une certaine manière, par le biais des effets commerciaux, aux pays plus éloignés qui exportent des produits (minéraux) dont l’Afrique du Sud est un important producteur. En quoi ces liens contribuent-ils à propager les chocs de l’Afrique du Sud au reste de l’Afrique subsaharienne?

S’agissant des liens avec l’Afrique du Sud, la région pourrait être subdivisée en trois groupes:

  • Les pays limitrophes de la SACU — Botswana, Lesotho, Namibie et Swaziland (BLNS) —, qui entretiennent des liens solides sur le plan des échanges et des investissements et sur les plans financier et institutionnel.

  • Un groupe de pays, principalement au sein de la SADC, comprenant le Malawi, Maurice, le Mozambique, la Zambie et le Zimbabwe, avec lesquels les liens d’investissement direct sont relativement importants. L’Afrique du Sud présente une certaine importance comme marché d’exportation de biens et de services, et dans certains cas (Malawi, Zimbabwe), les flux de migration et les envois de fonds sont considérables.

  • Le reste de l’Afrique subsaharienne, où il existe certains liens d’investissement (notamment avec les pays anglophones), mais où la situation monétaire ne subit pas les effets des conditions en Afrique du Sud, où la dépendance à l’égard de ce pays comme marché d’exportation est minime12, et où les liens en matière d’emploi/envois de fonds ne sont pas importants.

L’intensité des effets de contagion de l’Afrique du Sud sur ces trois groupes de pays varie considérablement.

  • Pour les BLNS, les effets de contagion sont importants, quoique moins directs qu’on ne pourrait le penser intuitivement (encadré 2.3). Les BLNS dépendent dans une grande mesure des marchés d’exportation autres que l’Afrique du Sud, qui ne subissent pas nécessairement les effets des chocs sur l’économie de cette dernière. Les liens d’emploi peuvent contribuer à des corrélations négatives de production, étant donné que l’attraction qu’exerce pour les travailleurs une économie sud-africaine en croissance a pour effet de réduire l’offre de main-d’œuvre et peut-être, la production dans les pays voisins. Enfin, comme noté plus haut, la formule de partage des recettes de la SACU crée des liens étroits entre les niveaux d’importation de l’Afrique du Sud et la situation budgétaire des BLNS, mais ces liens se manifestent avec un décalage.

  • Pour le deuxième groupe de pays, les effets de contagion de l’Afrique du Sud revêtent une certaine importance, par le truchement des effets sur la demande d’exportations, de l’investissement direct étranger et, parfois, des flux migratoires (tableau 2.3).

  • Pour le troisième groupe de pays, les effets de contagion de l’Afrique du Sud sont probablement de deuxième ou de troisième ordre, compte tenu du manque de mécanismes de propagation, à l’exception des pays qui sont des concurrents sur les marchés d’exportation où l’Afrique du Sud est un fournisseur important pouvant exercer une influence directe sur les prix mondiaux.

Tableau 2.3.Afrique subsaharienne: principaux liens avec l’Afrique du Sud, 2010(Pourcentage du PIB, sauf indication contraire)
Recettes courantes liées à l’Afrique du SudRecettes courantes liées à l’Afrique du Sud en pourcentage du total des recettes courantes1
ExportationsEnvois de fonds des travailleurs expatriésPartage des recettes SACUEncours des prêts (Afrique du Sud)Encours des IDE (Afrique du Sud)
SADC
SACU
Afrique du Sud
Botswana4,16,83,329,0
Lesotho15,320,818,12,753,1
Namibie11,08,04,334,4
Swaziland27,42,611,611,163,0
Angola2,23,5
Congo, Rép. dém. du4,7
Malawi1,51,15,13,4
Maurice1,23,285,92,0
Mozambique4,91,612,312,5
Seychelles
Zambie4,12,00,1
Zimbabwe2,61,912,44,1
Tanzanie1,91,56,5
CAE
Ouganda2,4
CEDEAO
Ghana9,52,725,3
Nigéria1,21,92,7
Sources: FMI, Direction of Trade Statistics et Perspectives de l’économie mondiale; base de données Comtrade des Nations Unies; autorités nationales. Code-couleurs: blanc (moins de 1 %), vert (entre 1 % et 10 %), orange (entre 10 % et 20 %), rouge (plus de 20 %).

Somme des trois premières colonnes en pourcentage du total des recettes courantes de 2010. Étant donné que l’on ne dispose pas de données bilatérales sur les services commerciaux et les autres recettes courantes, cette proportion est à considérer comme un minimum.

Sources: FMI, Direction of Trade Statistics et Perspectives de l’économie mondiale; base de données Comtrade des Nations Unies; autorités nationales. Code-couleurs: blanc (moins de 1 %), vert (entre 1 % et 10 %), orange (entre 10 % et 20 %), rouge (plus de 20 %).

Somme des trois premières colonnes en pourcentage du total des recettes courantes de 2010. Étant donné que l’on ne dispose pas de données bilatérales sur les services commerciaux et les autres recettes courantes, cette proportion est à considérer comme un minimum.

Nous employons des techniques statistiques pour examiner de plus près les liens entre l’évolution de la production en Afrique du Sud et de la production dans le reste de l’Afrique subsaharienne. Premièrement, l’analyse des corrélations contemporaines bilatérales en Afrique subsaharienne (graphique 2.5) éclaire peu, car il est manifeste que bon nombre de cas de forte corrélation peuvent s’expliquer par des facteurs exogènes, tels que la vigueur des cours mondiaux des matières premières (par exemple, les corrélations relativement fortes entre la croissance de la production en Afrique du Sud et celle observée en Angola et en République démocratique du Congo). En revanche, les corrélations de production entre l’Afrique du Sud et les partenaires de la SACU sont faibles, en dépit des liens exceptionnellement étroits et des effets de transmission divers de l’Afrique du Sud vers les BLNS.

Graphique 2.5.Corrélations bilatérales de production en Afrique subsaharienne

Sources: base de données des Perspectives de l’économie mondiale; estimations des services du FMI.

Le graphique représente les corrélations bilatérales de la croissance annuelle du PIB en Afrique subsaharienne qui dépassent 0,5. Pour chaque pays, la taille des bulles est proportionnelle au nombre de pays pour lesquels la corrélation dépasse le seuil. Les lignes rouges désignent les pays corrélés avec l’Afrique du Sud.

Encadré 2.3.Effets de contagion au sein de la SACU

Les effets de contagion de l’Afrique du Sud sur les autres pays membres de la SACU1 — Botswana, Lesotho, Namibie et Swaziland ou BLNS — semblent être considérables. Les recettes douanières sont fortement tributaires du niveau des importations en Afrique du Sud et représentent une part importante des recettes budgétaires des BLNS. Le Lesotho, la Namibie et le Swaziland rattachent leur monnaie au rand sud-africain et, dans la pratique, adoptent les décisions de politique monétaire de la banque centrale sud-africaine. L’Afrique du Sud est le principal fournisseur (80-90 %) d’importations des BLNS et la principale destination des exportations du Swaziland (44 %), du Lesotho (42 %) et de la Namibie (27 %). Les envois de fonds d’Afrique du Sud vers le Lesotho et, dans une moindre mesure, vers le Swaziland, représentent une part importante du PIB. En outre, les groupes financiers d’Afrique du Sud sont les principaux acteurs sur les marchés financiers de la région et sont présents dans les activités bancaires, les fonds de pension, les assurances et la gestion de patrimoines, dont les décisions de gestion des risques et de trésorerie tendent à être centralisées à Johannesburg. Ces établissements peuvent contribuer à acheminer les investissements directs étrangers et les exportations d’Afrique du Sud vers le reste de la région.

Il est cependant difficile de déceler des liens systématiques entre les fluctuations des taux de croissance en Afrique du Sud et dans les BLNS. Les simples corrélations bilatérales contemporaines de taux de croissance sont faibles pour le Botswana et la Namibie, voire négatives pour le Lesotho et le Swaziland2. Qui plus est, les régressions de panel dynamiques qui font la part des politiques budgétaires et de la situation mondiale, comme celles signalées dans le tableau 2, ne font pas apparaître de manière systématique que la croissance en Afrique du Sud permette d’expliquer l’évolution de la croissance dans les BLNS3. Les résultats montrent plutôt que l’activité économique dans les BLNS dépend pour beaucoup des conditions réelles et financières extérieures, et que les politiques macroéconomiques nationales ont aussi une influence. En moyenne, une variation de 1 point de pourcentage de la croissance mondiale est associée à une variation de 0,6 point de pourcentage de la croissance des BLNS, et une diminution de 1 point de pourcentage du solde budgétaire entraîne une augmentation de la croissance de 0,25 point de pourcentage, ce qui est conforme à la bonne mise en œuvre de politiques budgétaires anticycliques.

Tableau 1.Part de l’Afrique du Sud dans le total des exportations et importations BLNS (2000–11)
BotswanaLesotho1Namibie1Swaziland2
(pourcentage du total)
Exportations9,741,627,244,4
Importations78,886,280,782,9
(pourcentage du PIB)
Exportations3,715,310,427,4
Importations29,778,134,156,8
Source: base de données Comtrade des Nations Unies.

D’après les données portant sur la période 2000–08.

D’après les données portant sur la période 2000–07.

Source: base de données Comtrade des Nations Unies.

D’après les données portant sur la période 2000–08.

D’après les données portant sur la période 2000–07.

Tableau 2.Régression de panel (MMG) sur la croissance du PIB réel dans les pays BLNS, 1986–2010
Coefficientsvaleurs z
Ordonnée à l’origine−1,72(−2,29)**
Croissance du PIB réel (t – 1)−0,16(-1,24)
Croissance mondiale0,63(3,78)***
Termes de l’échange0,03(6,58)***
Déficit budgétaire0,26(6,19)***
Écart TED−1,37(-3,56)***
Test AR(1): valeur p0,07
Test AR(2): valeur p0,14
Test de Sargan: valeur p0,49
Source: calculs des services du FMI.Note: * signification à 10 %;

signification à 5 %;

signification à 1 %.

Source: calculs des services du FMI.Note: * signification à 10 %;

signification à 5 %;

signification à 1 %.

Les modèles d’autorégression vectorielle (VAR) pour chacun des BLNS produisent des résultats comparables pour ce qui est de l’impact de la croissance mondiale, mais éclairent un peu plus le rôle possible de la situation en Afrique du Sud. Les réactions aux impulsions de ces VAR laissent supposer que les événements qui agissent sur la croissance mondiale se répercutent sur la croissance du PIB du Botswana, de la Namibie et du Swaziland, mais non sur celle du Lesotho. Comme pour les régressions de panel, après avoir fait la part de la croissance mondiale, la croissance du PIB réel de l’Afrique du Sud ne semble pas contribuer outre mesure à la croissance du PIB du Botswana, de la Namibie ou du Swaziland. S’agissant du Lesotho, en revanche, la croissance semble chuter lorsqu’elle progresse en Afrique du Sud. Cela peut sembler aller à l’encontre de la logique, mais pourrait s’expliquer par le fait que les travailleurs du Lesotho émigrent vers l’Afrique du Sud lorsque l’économie de cette dernière est en expansion (ce qui fait baisser la production nationale) et reviennent au pays lorsque l’Afrique du Sud se heurte à une conjoncture difficile. Les réactions aux impulsions semblent également signaler qu’une appréciation réelle en Afrique du Sud tend à réduire la croissance au Botswana — sans doute en portant préjudice à la compétitivité du pays —, mais à la faire augmenter au Swaziland. Les résultats semblent être insignifiants pour le Lesotho et la Namibie. Ces résultats valent aussi pour la croissance de la demande réelle.

En résumé, bien que l’évolution de la situation en Afrique du Sud ait de profondes retombées sur la région par le biais de divers mécanismes, il est difficile d’appréhender les liens directs de croissance avec les BLNS. Les environnements financier et extérieur (de même que les politiques nationales) sont beaucoup plus liés aux fluctuations de la production. Comme les systèmes financiers des BLNS sont beaucoup moins développés qu’en Afrique du Sud, il est possible que cette dernière serve de courroie de transmission des chocs exogènes, sans pour autant les amplifier ni les amortir.

Le présent encadré a été préparé par Jorge Iván Canales Kriljenko, Farayi Gwenhamo et Saji Thomas.1 La SACU est l’union douanière la plus ancienne au monde; elle englobe l’Afrique du Sud, le Botswana, le Lesotho, la Namibie et le Swaziland.2 Les corrélations avec d’autres pays de la SADC, dont l’Angola et la Tanzanie, sont bien plus importantes qu’avec les BLNS, ce qui s’explique sans doute par d’autres facteurs communs, tels que la croissance mondiale.3 Les facteurs dont on fait la part sont la croissance mondiale, les cours du pétrole, les écarts de taux d’intérêt, les soldes budgétaires et les effets fixes nationaux.

Pour aller au-delà d’une simple comparaison de corrélations, nous examinons d’un point de vue économétrique les déterminants de la croissance du revenu par habitant dans les pays des deux groupes susmentionnés, dont on a établi qu’ils entretiennent d’importants liens économiques directs avec l’Afrique du Sud. Comme nous le signalons dans l’appendice, il ressort de l’analyse économétrique que la croissance du revenu par habitant dans ces pays est à la fois tributaire des événements mondiaux et des variables de politique intérieure, ce qui n’est pas surprenant. Mais rien ne semble indiquer de manière catégorique que l’inclusion de variables relatives aux politiques et à l’évolution de la situation en Afrique du Sud renforce la valeur explicative des régressions. L’affirmation selon laquelle l’évolution de la situation en Afrique du Sud a des effets contemporains considérables sur la croissance du reste de l’Afrique subsaharienne devrait donc être traitée avec circonspection.

L’impact du Nigéria sur ses Voisins

Le Nigéria est la deuxième plus grande économie d’Afrique subsaharienne: il représente près de 20 % du PIB de la région et 18 % de sa population. Il en est aussi le principal exportateur de pétrole. La présente section examine les divers liens économiques entre le Nigéria et le reste de l’Afrique subsaharienne, principalement les voisins les plus proches (Bénin, Burkina Faso, Cameroun, Côte d’Ivoire, Ghana, Niger, Tchad et Togo), avec lesquels ces liens semblent être les plus importants.

Liens Commerciaux Formels

Bien que les importations du Nigéria ne représentent qu’une petite partie du total des importations de l’Afrique subsaharienne, le Nigéria est un marché d’exportation important pour un certain nombre de pays d’Afrique de l’Ouest. Le Nigéria a été la destination de 1 % seulement des exportations de la région en 2008–10, mais les exportations vers le Nigéria ont été considérables par rapport au PIB pour le Niger (6,3 %), le Togo (3,8 %), la Côte d’Ivoire (3,3 %) et le Bénin (1,7 %) (graphique 2.6). Les exportations du Niger vers le Nigéria sont principalement des denrées alimentaires et des animaux; le Togo exporte des biens manufacturés et la Côte d’Ivoire, des produits chimiques et d’autres biens manufacturés. Le Nigéria est un important fournisseur de biens, principalement de produits pétroliers, pour la Guinée équatoriale (11,9 % du PIB), la Côte d’Ivoire (7,5 %), le Ghana (4,6 %) et le Cameroun (4,2 %) ainsi que la République démocratique du Congo (17,5 %).

Graphique 2.6.Afrique de l’Ouest: exportations vers le Nigéria

(Pourcentage du PIB)

Source: base de données Comtrade des Nations Unies.

Du point de vue du Nigéria, les données officielles indiquent que l’importance économique des échanges commerciaux avec l’Afrique subsaharienne est faible mais en hausse: ses importations en provenance d’Afrique subsaharienne avoisinaient 5 % du total de ses importations en 2008–10, une part qui a doublé au cours des dix dernières années. Les exportations du Nigéria, principalement de pétrole, vers l’Afrique subsaharienne (graphique 2.7) représentaient environ 13 % du total des exportations en 2008–10, contre 9 % dix ans plus tôt. Le Nigéria enregistre de longue date une balance commerciale positive, quoique faible, avec le reste de l’Afrique subsaharienne.

Graphique 2.7.Importations en provenance du Nigéria

Sources: autorités nigérianes; calculs des auteurs.

Note: Les données relatives aux importations de la CEDEAO en provenance du Nigéria ne comprennent pas le Nigéria.

Ces données ne disent pas tout. Pour l’essentiel, les données du commerce extérieur ne représentent que l’activité du secteur formel13. Cependant, sur la base d’autres sources, il y a lieu de penser que les liens entre les secteurs informels du Nigéria et des pays voisins sont plus étroits et constituent une voie par laquelle les chocs subis par le Nigéria se transmettent aux autres pays.

Liens Commerciaux Informels

Diverses études ont rendu compte des liens commerciaux étroits qui existent entre les secteurs informels du Nigéria et des pays voisins. En particulier, certaines études ont fait apparaître des échanges pour la plupart non enregistrés de produits agricoles, en particulier de céréales, et de produits pétroliers, ainsi que d’un commerce en entrepôt pour une large gamme de biens.

  • Produits agricoles. Le Nigéria se trouve au centre du négoce de céréales en Afrique de l’Ouest, avec pour partenaires le Niger, le Tchad, la Côte d’Ivoire, le Cameroun et le Bénin (Balami et al., 2011). La production céréalière du Nigéria est une composante importante de la sécurité alimentaire dans la région. Elle satisfait 70 % des besoins en céréales du Niger et du Tchad. Des réseaux commerciaux bien organisés facilitent le transfert des céréales des zones en excédent aux zones en déficit, ce qui contribue à la sécurité alimentaire de la région et influe sur les prix au niveau régional. La répartition géographique des échanges varie selon les saisons. Seule une faible partie de ces échanges est enregistrée dans les données du commerce extérieur.

  • Produits pétroliers. Un régime prévoyant de fortes subventions est en place au Nigéria pour les carburants (essence, kérosène) et l’électricité. En Afrique de l’Ouest, mais principalement dans les pays voisins (Bénin, Cameroun, Niger, Tchad), la contrebande de produits pétroliers en provenance du Nigéria est une source importante d’importations de carburants (Golub, 2008). Au Bénin, par exemple, on estime que plus de 80 % de la consommation intérieure d’essence vient du Nigéria en contrebande. En 2011, le prix réglementé de l’essence au Nigéria était en moyenne environ 50 % inférieur aux prix en vigueur dans les pays voisins, ce qui a contribué au commerce informel considérable de carburants. L’encadré 2.4 décrit plus en détail les liens du marché de l’énergie entre le Nigéria et les pays voisins, y compris la fourniture d’électricité au Niger à des prix fortement subventionnés.

  • Commerce en entrepôt. Le Bénin et le Niger fonctionnent comme des «pays entrepôts» pour des produits qui sont fortement taxés au Nigéria ou dont l’importation est interdite, y compris en particulier les voitures d’occasion, les textiles et vêtements, le riz et les cigarettes. Ces pays sont des plates-formes pour le transport vers le Nigéria (Golub, 2012). On estime que la valeur de ce commerce en entrepôt est supérieure à 50 % du PIB du Bénin. Ces échanges sont pris en compte en partie dans les données officielles du Bénin, mais ils ne sont pas enregistrés dans les statistiques du Nigéria (encadré 2.5).

Liens Financiers

Un autre lien important entre le Nigéria et les autres pays d’Afrique subsaharienne est l’activité internationale en hausse des banques basées au Nigéria14. L’expansion internationale des banques nigérianes a débuté dans une large mesure après la consolidation et le renforcement du système bancaire nigérian en 200415. Le nombre de filiales étrangères est passé de 3 seulement en 2002 à 44 opérant aujourd’hui dans 21 pays d’Afrique subsaharienne en dehors du Nigéria. Les banques nigérianes ayant le plus grand nombre de filiales en Afrique subsaharienne sont United Bank for Africa (16), Access Bank (8) et Guaranty Bank (5). Le risque que des chocs subis par le système financier au Nigéria se transmettent dans le reste de l’Afrique subsaharienne est ainsi accru. Y compris l’établissement de droit togolais Ecobank, le nombre de filiales bancaires dans les pays d’Afrique subsaharienne qui sont étroitement liées au Nigéria passe à 75 dans 32 pays (graphique 2.8). Selon les données de Bankscope (qui ne sont disponibles que pour environ la moitié des filiales), dans au moins 15 de ces pays, il y a au moins une filiale nigériane qui représente plus de 10 % des dépôts ou du crédit du système bancaire.

Graphique 2.8.Nombre de filiales des banques basées au Nigéria

Sources: Banque centrale du Nigéria (CBN); BankScope.

Les banques basées au Nigéria sont présentes principalement dans les pays anglophones d’Afrique de l’Ouest. Il y a six filiales en Gambie, six au Sierra Leone et cinq au Ghana. Par ailleurs, les actifs des banques nigérianes (hors Ecobank) constituent environ 40 % des actifs du système bancaire en Gambie et au Sierra Leone, environ un quart au Libéria et environ un sixième au Ghana (voir Nnaji, à paraître). Ecobank a des filiales dans ces quatre pays, et est aussi très présent dans les pays francophones d’Afrique de l’Ouest. En fait, ses filiales représentent plus de 10 % du crédit ou des dépôts du système bancaire dans onze pays francophones.

La crise bancaire de 2009–10 au Nigéria a permis de vérifier l’importance de ce vecteur de transmission des chocs subis par le système financier. La crise a éclaté après deux ans de forte expansion du crédit, sur fond de mauvaise gestion des risques, de prêts à des parties liées et de contrôle insuffisant. En conséquence, la Banque centrale du Nigéria est intervenue dans 10 des 24 banques en 2009, après que des audits ont indiqué que la plupart de ces banques étaient insolvables16. Quatre de ces banques s’étaient fortement développées à l’étranger. Les audits de la banque centrale ont fait apparaître aussi qu’un petit nombre de banques ayant des filiales à l’étranger et dans lesquelles la banque centrale n’est pas intervenue ont enregistré une forte hausse de leurs prêts improductifs ou disposaient de fonds propres insuffisants. Dans un premier temps, quelques pays d’Afrique subsaharienne ont donc craint que la crise bancaire nigériane se propage à l’étranger.

Les remous financiers au Nigéria n’ont pas eu d’effet de contagion systémique dans la région. Cela s’explique en partie par le fait que les deux banques les plus actives à l’échelle internationale, qui possédaient plus de la moitié des filiales à l’étranger, ne figuraient pas parmi les banques en difficulté. Par ailleurs, les systèmes bancaires des pays d’accueil sont principalement financés par des dépôts locaux et ne dépendent donc pas dans une large mesure du financement nigérian17. Les filiales étrangères des banques nigérianes dans lesquelles la banque centrale est intervenue ont été finalement acquises par les banques qui ont acheté les banques mères dans le cadre de la résolution de la crise; les problèmes des banques en difficulté trouvaient leur source à l’intérieur du pays plutôt qu’à l’étranger.

Cependant, un certain nombre de filiales étrangères de banques nigérianes ont connu des difficultés pendant ces années18. Selon les données de Bankscope, des filiales de banques nigérianes au Bénin, au Burkina Faso, au Cameroun, en Guinée Bissau, au Niger, en République démocratique du Congo, au Rwanda et en Ouganda ont enregistré de fortes baisses de leurs dépôts, de leurs prêts ou de leurs actifs. Il est important de noter que, à l’exception du Bénin, aucun de ces pays n’a enregistré une baisse systémique de ces indicateurs pendant cette période, ce qui donne à penser que certains des problèmes des filiales de banques nigérianes tenaient peut-être à une contagion du Nigéria19. De même, au Ghana, au Kenya et au Libéria, les prêts improductifs dans deux filiales de banques nigérianes ont atteint des niveaux largement supérieurs à la moyenne dans le système bancaire de leur pays d’accueil.

Encadré 2.4.Liens entre le Nigéria et les pays voisins dans le domaine de l’énergie

Les prix des carburants et de l’électricité sont nettement plus faibles au Nigéria que dans les pays voisins. Le Nigéria subventionne fortement de nombreux produits pétroliers tandis que la plupart de ses voisins frappent ces derniers de taxes et appliquent des régimes de prix plus sensibles aux conditions du marché. Les coûts de transport et autres frais majorant les prix sont, en outre, plus élevés dans les pays enclavés. Ces facteurs contribuent à l’écart élevé entre les prix observés au Nigéria et dans les autres pays. Par exemple, comme l’indique le graphique 1, les prix de l’essence dans les pays situés à proximité du Nigéria sont à peu près le double des prix réglementés au Nigéria. Ces fortes disparités ont provoqué l’apparition de divers comportements de recherche de rente et d’un commerce informel considérable entre le Nigéria et ses voisins.

Graphique 1.Comparaison des prix de l’essence

Source: plusieurs rapports GTZ.

Les écarts de prix et la gestion inadéquate du régime de subvention au Nigéria ont des retombées importantes dans les pays voisins. Bien qu’il soit difficile à quantifier, le commerce informel des produits pétroliers a des répercussions considérables sur les importations de ces produits et les recettes fiscales des pays voisins du Nigéria. Par exemple, les ventes officielles d’essence ne représentaient, selon les estimations, que 10 % à 15 % du volume total des ventes au Bénin à la fin de 2011. Au Togo, ces ventes ont régulièrement diminué entre 2008 et 2011 (graphique 2), pour toutefois faire un bond en janvier 2012 par suite de la hausse des prix des carburants au Nigéria, et elles n’ont diminué que dans une certaine mesure lorsque les autorités nigérianes ont réduit l’ampleur de l’augmentation du prix de l’essence.

Graphique 2.Togo: ventes officielles de super

Source: autorités togolaises.

Cet encadré a été préparé par Mumtaz Hussain.

Des liens étroits existent ou se constituent entre le Nigéria et certains de ses voisins dans le domaine de l’électricité. En vertu d’un accord remontant à 1977, le Nigéria fournit près de 90 % de l’électricité consommée au Niger au tarif fortement subventionné de 0,03 dollar le kWh; le coût de production de l’électricité au Niger se situe quant à lui, en moyenne, entre 0,16 et 0,20 dollar le kWh (Banque mondiale, juin 2011). Le Nigéria fournira également du gaz à prix réduit à des centrales électriques béninoises et togolaises.

Étant donné l’étroitesse des liens informels et formels existant dans les domaines des carburants et de l’électricité, toute modification de la politique des prix de ces produits au Nigéria a d’importantes répercussions. Selon les estimations des services du FMI, l’augmentation des prix des carburants au Nigéria en janvier 2012 a eu un impact marqué sur l’inflation au Bénin (encadré 2.5). De même, d’après les services de la Banque mondiale, le relèvement du tarif de l’électricité vendue par le Nigéria au Niger à 0,08 dollar le kWh (qui est le coût marginal à long terme de la production d’électricité au Nigéria) aurait pour effet d’accroître de 26 millions de dollars le coût annuel de l’électricité au Niger.

Encadré 2.5.Commerce informel entre le Bénin et le Nigéria

Le commerce avec le Nigéria a, de tout temps, joué un rôle important dans l’économie béninoise. Les données du FMI sur l’orientation des échanges (Direction of Trade) montrent que le Nigéria ne reçoit que 5 % des exportations déclarées du Bénin. La poursuite de politiques commerciales différentes dans ces deux pays a toutefois encouragé un important commerce informel qui n’est qu’en partie pris en compte dans les statistiques officielles. Il est toujours lucratif de faire entrer des marchandises en contrebande au Nigéria, même après avoir acquitté les droits d’entrée au Bénin (Banque mondiale, 2009). Cet encadré décrit: i) les facteurs expliquant l’ampleur du commerce informel entre le Bénin et le Nigéria, ii) la composition et une estimation du volume de ce commerce, et iii) ses répercussions.

Facteurs à l’origine du commerce informel. Le commerce informel s’est essentiellement développé en raison de la poursuite de politiques commerciales différentes dans les deux pays. L’économie nigériane jouit d’un haut degré de protection: l’importation d’une trentaine de produits est actuellement interdite, et les droits d’entrée frappant les biens de consommation, en particulier le riz et le sucre, sont de l’ordre de 50 % en moyenne. Le Bénin, en revanche, ne prélève que de faibles droits d’importation (moins de 20 %). Les restrictions commerciales imposées par le Nigéria constituent une importante incitation à procéder à des échanges informels. D’autres décisions des pouvoirs publics nigérians, en particulier le subventionnement des produits pétroliers, encouragent l’exportation en contrebande sur une grande échelle de produits pétroliers du Nigéria vers le Bénin. Enfin, les affinités culturelles entre les populations béninoise et nigériane, et notamment la présence de Yorubas dans les deux pays, contribuent au commerce informel.

Composition et volume. Selon Geourjon, Chambas et Laporte (2008), environ la moitié des importations destinées au marché intérieur qui entrent au Bénin par le Port de Cotonou aboutissent en fin de compte au Nigéria. Les principaux produits importés passant par le Port de Cotonou sont les volailles surgelées, les voitures d’occasion et les textiles, articles qui figurent pour la plupart sur la liste des importations interdites au Nigéria. Selon les estimations de Golub (2012), le commerce informel béninois, essentiellement avec le Nigéria, représente environ 52 % du PIB (moyenne établie sur la période 2006 à 2008), même si l’on fait abstraction du coton et des produits pétroliers qui ne sont pas enregistrés par les douanes béninoises dans ces catégories. Le tableau 1 permet de comparer les importations d’articles majeurs faisant l’objet d’un important commerce informel entre le Bénin et le Nigéria et celles d’articles comparables au Togo1. La demande intérieure étant similaire au Togo et au Bénin en raison des similitudes que présentent leurs économies et leurs populations, l’existence d’importants écarts au niveau des importations destinées à la consommation intérieure tient généralement au commerce informel. En ce qui concerne le commerce des produits pétroliers, plus de 80 % de l’essence consommée au Bénin arrive du Nigéria en contrebande, ce qui a pour effet de limiter les ventes sur le marché officiel ainsi que le nombre de stations d’essence.

Tableau 1.Principales importations du Togo et du Bénin, 2008(Milliards de francs CFA)
BéninTogo
Importations pour usage intérieurTransit et réexportationTotalImportations pour usage intérieurTransit et réexportationTotal
Marchandises dont l’importation est
interdite au Nigéria
Voitures25,7398,7424,410,969,780,6
Tissus de coton17,9350,5368,42,330,432,7
Poulets congelés58,60,058,64,40,04,5
Habillement17,619,136,715,220,936,2
Vêtements d’occasion22,433,155,44,06,09,9
Médicaments18,810,229,117,715,533,2
Huile de palme35,027,262,13,56,610,1
Huile végétale0,311,711,91,16,67,8
Biens frappés de droits élevés au Nigéria
Riz88,443,7132,14,28,712,8
Sucre7,88,216,02,17,29,3
Cigarettes2,619,221,98,811,920,7
Marchandises soumises à des droits
moins élevés au Nigéria
Poisson congelé4,60,75,32,14,97,0
Motocyclettes5,10,83,95,13,38,4
Source: Golub, 2012 (autorités douanières du Bénin et du Togo, et calculs de l’auteur).
Source: Golub, 2012 (autorités douanières du Bénin et du Togo, et calculs de l’auteur).

Répercussions. Le commerce informel a d’importantes répercussions, que ce soit au Nigéria ou au Bénin. Les opérations de transit et le commerce en entrepôt figurent parmi les principales activités économiques du Bénin. Elles sont une importante source d’emplois, et les recettes fiscales générées par les articles destinés au Nigéria représentent, selon les estimations, environ 14 % du montant total des recettes fiscales (2,4 % du PIB). Par contre, l’État affiche un manque à percevoir dû à l’importation illégale de produits pétroliers en provenance du Nigéria qui, selon les estimations, représente entre 0,1 % et 0,3 % du PIB. En janvier 2012, la réduction de moitié des subventions des produits pétroliers au Nigéria a été immédiatement et intégralement répercutée sur le marché informel de l’essence au Bénin; le renchérissement des produits pétroliers qui s’en est suivi au Bénin a provoqué une accélération de l’inflation, dont le taux moyen est passé de 1,8 % au dernier trimestre de 2011 à 6,5 % au premier trimestre de 2012, et une contraction de la demande intérieure par suite de l’ajustement de la consommation des ménages.

Cet encadré a été préparé par Cheikh Gueye, Carla Macario et Kevin Wiseman.1 Même les articles entrant au Bénin pour être réexportés légalement ne sont pas déclarés lorsqu’ils entrent au Nigéria.

Autres Liens

Envois de fonds des travailleurs migrants

Selon les données officielles, les envois de fonds des travailleurs du Nigéria vers les pays voisins sont faibles par rapport au PIB, mais beaucoup de ces envois de fonds ne sont pas enregistrés. Selon les estimations de la Banque mondiale pour les migrations des pays voisins vers le Nigéria, la part de ces migrants est modeste, tant du point de vue du Nigéria que des pays sources (graphique 2.9). La Banque mondiale estime qu’il y avait environ 1 million de migrants d’Afrique subsaharienne au Nigéria en 2010. Ces migrants provenaient principalement du Bénin (0,2 million de personnes, 3 % de la population); du Ghana (0,2 million, 1 %); du Togo (0,1 million, 2 %) et du Mali (0,1 million, 1 %). Les envois de fonds en provenance du Nigéria qui sont enregistrés sont modestes aussi, seuls le Bénin et le Togo faisant état d’entrées élevées (tableau 2.4).

Tableau 2.4.Principales destinations des envois de fonds des expatriés au Nigéria
Envois de fonds en provenance du Nigéria
Millions de dollarsPourcentage du PIB du pays de destination
Bénin35,00,53
Mali11,40,12
Niger9,10,17
Togo14,70,46
Sources: Ratha et Shaw (2007); chiffres actualisés à l’aide de données supplémentaires sur 71 pays de destination, selon le Migration and Remittances Factbook 2011 (Banque mondiale).
Sources: Ratha et Shaw (2007); chiffres actualisés à l’aide de données supplémentaires sur 71 pays de destination, selon le Migration and Remittances Factbook 2011 (Banque mondiale).

Graphique 2.9.Proportion de la population totale ayant émigré au Nigéria

Investissement Direct Étranger

L’investissement du Nigéria en Afrique subsaharienne, en dehors du secteur financier, n’est guère important. Il est difficile d’obtenir des données concrètes à ce sujet. Cependant, même si une part substantielle de l’investissement du Nigéria se faisait en Afrique subsaharienne, elle resterait négligeable par rapport au total de l’investissement direct étranger dans la région: l’investissement direct étranger du Nigéria dans le monde était de 5,9 milliards de dollars en 2011, alors que l’investissement direct étranger en Afrique subsaharienne est estimé à 290 milliards de dollars. Selon des données empiriques, il n’y a pas de présence notable d’établissements non bancaires nigérians en Afrique subsaharienne, ni même dans la sous-région d’Afrique de l’Ouest.

Covariations des Variables Macroéconomiques

Les corrélations du PIB entre le Nigéria et les pays voisins sont généralement faibles. Sur la base de données annuelles de 1989 à 2011, des corrélations ont été calculées entre i) le niveau (épuré de la tendance) du PIB réel au Nigéria et dans les pays voisins20 et ii) les taux de croissance correspondants du PIB réel. Les données ne font état d’une forte corrélation positive que pour le Tchad, ce qui s’explique probablement par la part élevée du pétrole dans le PIB tchadien (tableau 2.5).

Tableau 2.5.PIB du Nigéria et des pays voisins
Comouvement du cycle économique1 du Nigéria et des pays voisins, 1989–2011Comouvement des taux de croissance du Nigéria et des pays voisins, 1989-2011
t - ltt+1t
Bénin0,2720,1−0,404Bénin0,010
Burkina Faso−0,0950,00,478Burkina Faso0,079
Cameroun0,0600,00,090Cameroun0,192
Côte d’Ivoire−0,153−0,2−0,061Côte d’Ivoire−0,370
Ghana−0,2200,10,183Ghana0,118
Niger−0,0440,10,167Niger0,254
Tchad−0,1270,40,643Tchad0,359
Togo−0,0730,20,210Togo0,054
Source: calculs des auteurs.

Composantes cycliques du PIB obtenues en utilisant le filtre Hodrick–Prescott (le Nigéria est à t).

Source: calculs des auteurs.

Composantes cycliques du PIB obtenues en utilisant le filtre Hodrick–Prescott (le Nigéria est à t).

En ce qui concerne l’inflation, les corrélations entre le Nigéria et les pays voisins sont plus fortes. Les corrélations contemporaines sont élevées avec le Niger, le Tchad et le Burkina Faso, tandis qu’il semble que l’inflation retardée au Ghana et au Togo covarie avec celle du Nigéria. La corrélation entre les prix alimentaires est encore plus forte, ce qui montre le rôle important de ces prix dans les covariations de l’inflation (tableau 2.6).

Tableau 2.6.IPC du Nigéria et des pays voisins
Comouvement de l’inflation du Nigéria et des pays voisins, 1990:T1–2011:T4Comouvement de l’inflation des produits alimentaires du Nigéria et des pays voisins, 200X1:T1-2011:T4
t-1tt+1t-1tt+1
Bénin0,1500,2−0,065Bénin0,176−0,20,388
Burkina Faso0,3140,5−0,042Burkina Faso0,2540,30,212
Cameroun−0,1200,10,082Cameroun−0,1030,10,287
Côte d’Ivoire0,3370,1−0,397Côte d’Ivoire0,4520,5−0,365
Ghana0,5510,2−0,455Ghana0,6840,2−0,518
Niger−0,0330,60,022Niger0,1840,80,240
Tchad0,0500,6−0,171Tchad0,4940,6−0,236
Togo0,5000,1−0,269Togo0,6350,1−0,413
Source: calculs des auteurs.

En fonction des données disponibles (autour de l’année 2000).

Source: calculs des auteurs.

En fonction des données disponibles (autour de l’année 2000).

Bien que les corrélations puissent permettre de se faire une idée préliminaire de l’ampleur de la contagion, elles peuvent être trompeuses21. Il faut donc obtenir davantage d’informations sur d’éventuels effets externes «véritables» du Nigéria sur les pays voisins. À cette fin, nous utilisons une analyse d’autorégression vectorielle (VAR).

Chocs sur le produit intérieur brut

Pour estimer les effets externes du Nigéria sur les pays voisins en ce qui concerne la production, des modèles structurels d’autorégression vectorielle (SVAR) sont utilisés pour chacun des huit pays (Bénin, Burkina Faso, Cameroun, Côte d’Ivoire, Ghana, Niger, Tchad et Togo). Les variables de ces modèles sont les suivantes: i) le PIB du pays; ii) le PIB du Nigéria; iii) la demande mondiale, représentée par une moyenne pondérée du PIB réel des pays du Groupe des Sept et de la Chine, avec une pondération selon le PIB corrigé des parités de pouvoir d’achat; et iv) les cours des produits de base, mesurés par un indice général des prix (une variante du modèle remplace cet indice par le seul cours du pétrole, qui est celui des Perspectives de l’économie mondiale).

L’analyse des SVAR renforce pour l’essentiel les résultats de l’analyse des corrélations. Après neutralisation des effets des facteurs mondiaux communs, les chocs sur le PIB du Nigéria ont un impact négligeable sur le PIB des pays voisins.

Chocs sur l’inflation

Les SVAR estimés pour analyser l’effet des chocs subis par l’inflation nigériane sur l’inflation des pays voisins incluent les variables ci-après: i) l’inflation du pays, mesurée par l’indice des prix à la consommation (IPC); ii) l’inflation du Nigéria, mesurée par son IPC; iii) l’inflation mondiale, mesurée par l’indice des prix à la consommation de tous les biens.

Les résultats montrent que l’inflation dans les pays voisins est assez sensible à l’évolution de l’inflation au Nigéria. Les fonctions impulsion—réaction indiquent qu’un choc sur l’inflation nigériane de 1 écart-type (3 %) fait monter l’inflation de 1 % au moins dans tous les pays voisins, sauf au Cameroun (graphiques 2.1 et 2.2 de l’appendice). En outre, les chocs se transmettent pour la plupart assez rapidement, les effets se faisant ressentir dans la même année. Ils sont les plus marqués au Niger (2 %) et au Tchad (2 %), ce qui s’explique par les relations commerciales étroites de leur secteur informel avec le Nigéria (voir section précédente). Les résultats ne seraient pas fort différents si l’on tenait compte de l’inflation mondiale des produits alimentaires plutôt que de l’inflation mondiale globale.

Le marché régional intégré des céréales semble être l’un des principaux canaux de transmission de l’inflation du Nigéria vers les pays voisins. Une autre série de SVAR a été calculée pour l’inflation des produits alimentaires. Les fonctions impulsion–réaction au graphique A2.2 montrent que les prix alimentaires du Togo, du Niger, de la Côte d’Ivoire et du Tchad, qui sont au cœur du marché régional de céréales, réagissent fortement à un choc de 1 écart-type sur l’inflation alimentaire au Nigéria. L’inflation au Bénin réagit avec un retard d’une période.

Les Effets Externes du Nigéria Sont-ils Importants?

En résumé:

  • Bien que le Nigéria soit un partenaire commercial important pour certains des pays voisins, les indicateurs traditionnels (par exemple, le commerce, l’investissement direct étranger et les envois de fonds) donnent à penser que les effets externes du Nigéria sur ses voisins sont faibles, et que le rôle du Nigéria en tant que moteur de l’activité économique régionale est relativement peu important.

  • D’autres indicateurs, informels et institutionnels, font état d’une influence un peu plus forte du Nigéria en Afrique subsaharienne. Au cours des dix dernières années, le secteur bancaire nigérian s’est développé dans l’ensemble de la région, et des banques nigérianes opèrent maintenant dans 21 pays d’Afrique subsaharienne. Les flux commerciaux informels avec les pays voisins et sur les marchés régionaux sont importants, en particulier pour les céréales, le commerce en entrepôt au Bénin et au Niger qui n’est pas enregistré au Nigéria, et les exportations illégales de produits pétroliers du Nigéria vers les pays voisins.

  • Il ressort de l’analyse quantitative présentée dans cette section que, bien que les effets externes du PIB du Nigéria sur les pays voisins soient négligeables, les chocs sur l’inflation au Nigéria ont un impact considérable sur l’inflation dans les autres pays.

Conclusions

Nous avons examiné comment l’évolution de la situation économique en Afrique du Sud et au Nigéria, les deux plus grandes économies d’Afrique subsaharienne, influe sur le reste de la région. Les principales conclusions sont les suivantes: i) les liens de l’Afrique du Sud avec le reste du continent augmentent continuellement et devraient continuer de la sorte à terme, mais, à l’heure actuelle, ces liens ont une importance macroéconomique principalement pour l’Afrique australe, et ii) les liens du Nigéria avec le reste de la région restent faibles, sauf pour ses voisins immédiats, où sa politique fiscale et son système de subventions ont amplifié les incitations normales au commerce. Les chocs macroéconomiques dans ces deux pays ont des effets externes sur plusieurs pays, mais ces effets peuvent être complexes (comme dans le cas de l’Union douanière d’Afrique australe), avec une plus longue portée dans le cas de l’Afrique du Sud et beaucoup moins dans le cas du Nigéria.

Les liens commerciaux et financiers au sein de l’Afrique subsaharienne se sont développés notablement ces dernières années, mais il est largement reconnu qu’il reste beaucoup de chemin à parcourir pour assurer une intégration économique étroite au niveau régional et sous-régional. À mesure que cette intégration se poursuit et que les liens économiques s’intensifient, l’importance des effets externes des grands pays sur le reste de l’Afrique subsaharienne, et à l’intérieur de leur propre sous-région, augmentera: des liens économiques plus étroits impliqueront inévitablement une plus grande exposition aux chocs, qu’ils soient favorables ou défavorables, dans les pays partenaires.

Appendice: Résultats Économétriques

Pour évaluer l’importance relative de l’évolution de l’économie mondiale, des politiques économiques nationales, ainsi que de l’évolution et de la politique économique en Afrique du Sud dans la croissance du PIB par habitant de ses principaux pays partenaires en Afrique subsaharienne, cette section présente quatre régressions empilées (tableau 2.1 de l’appendice). Ces régressions sont calculées sur deux sous-périodes (1980–2010 et 1990–2010) à l’aide de données annuelles tirées principalement de la base de données des Perspectives de l’économie mondiale du FMI. Les régressions empilées incluent des effets fixes pour tenir compte des écarts de croissance de chaque pays, y compris des niveaux de revenus initiaux différents.

Tableau de l’appendice 2.1.Régressions empilées: croissance du PIB par habitant des principaux partenaires subsahariens de l’Afrique du Sud1
Régression 1Régression 2Régression 3Régression 4
1980-20101990-20101980-20101990-20101980-20101990-20101980-20101990-2010
Évolutions mondiales
Prix réels des produits de base2,30 ***2,74 ***2,09 ***2,65 ***
Écart TED aux États-Unis2−0,79 *−1,06−0,63−1,02−2,19 **
Croissance du PIB réel par habitant (modèle décalé)0,23 ***0,18 ***0,28 **0,34 **−0,11 *
Croissance du PIB réel mondial par habitant0,53 ***0,47 ***0,190,030,48 **0,360,43 *0,36 **
Évolutions régionales
Recettes publiques/PIB0,08 ***0,10 ***0,07 **0,08 **
Croissance réelle de la consommation publique0,04 ***0,04 ***0,04 ***0,03 ***
Inflation−0,05 ***−0,05 ***−0,05 ***−0,02 ***
Taux de change réel−0,04 **−0,03−0,04 **
Croissance du PIB réel par habitant (modèle décalé)−0,06−0,10
Évolutions en Afrique du Sud
Croissance du PIB réel par habitant0,28 **0,34 **0,020,060,04
Taux de change réel
Taux d’intérêt à court terme0,18 **0,18 *
Inflation
Recettes budgétaires/PIB0,50 ***0,89 ***
Croissance réelle de la consommation publique
Statistiques des régressions
R2 ajusté0,210,220,220,220,260,270,290,35
Observations521385521385341296311297
Variations en coupe transversale1919191918181818
Sources: FMI, Perspectives de l’économie mondiale; Haver Analytics Inc.; estimations des services du FMI.

D’après l’analyse des liens réels et financiers, les principaux partenaires commerciaux de l’Afrique du Sud sont l’Angola, le Botswana, le Ghana, le Lesotho, le Malawi, Maurice, le Mozambique, la Namibie, le Nigéria, l’Ouganda, la République démocratique du Congo, les Seychelles, le Swaziland, la Tanzanie, la Zambie et le Zimbabwe. Les régressions empilées non équilibrées comprennent les effets fixes. * signification à 10 %, ** signification à 5 %, *** signification à 1 %.

L’écart TED, indicateur du risque financier, est la différence entre le taux d’intérêt LIBOR à trois mois et celui des bons du Trésor des États-Unis.

Sources: FMI, Perspectives de l’économie mondiale; Haver Analytics Inc.; estimations des services du FMI.

D’après l’analyse des liens réels et financiers, les principaux partenaires commerciaux de l’Afrique du Sud sont l’Angola, le Botswana, le Ghana, le Lesotho, le Malawi, Maurice, le Mozambique, la Namibie, le Nigéria, l’Ouganda, la République démocratique du Congo, les Seychelles, le Swaziland, la Tanzanie, la Zambie et le Zimbabwe. Les régressions empilées non équilibrées comprennent les effets fixes. * signification à 10 %, ** signification à 5 %, *** signification à 1 %.

L’écart TED, indicateur du risque financier, est la différence entre le taux d’intérêt LIBOR à trois mois et celui des bons du Trésor des États-Unis.

Implications Principales

  • Il n’estpas surprenant de noter que l’évolution de l’économie mondiale est un déterminant important pour la croissance. En particulier, comme l’illustre la première régression, la croissance par habitant augmente quand les cours réels des produits de base montent, diminue lorsque les écarts de taux bancaires américains se creusent (indicateur indirect d’un durcissement des conditions financières mondiales) et augmente lorsque la croissance mondiale s’accélère.

  • Les politiques économiques nationales ont de l’importance. Les ressources budgétaires disponibles (ratio recettes budgétaires/PIB), le rythme de croissance de la consommation publique et l’inflation (qui, elle, est liée au régime de change et aux réactions des pouvoirs publics) influent sur les fluctuations de la croissance par habitant.

  • Aucune donnée ne démontre clairement que l’évolution ou la politique économique en Afrique du Sud influe sur la croissance globale dans ses principaux partenaires en Afrique subsaharienne. Lorsque toutes les variables possibles (politique économique étrangère et nationale, y compris sud-africaines) sont incluses dans un premier temps et que les variables qui contribuent le moins sont éliminées l’une après l’autre jusqu’à ce que seules les variables significatives subsistent, le rythme de la croissance mondiale est un facteur d’explication important, au contraire des diverses variables sud-africaines. Des résultats plus mitigés sont obtenus si l’on exclut i) le rôle des variables de politique économique nationale ou ii) le rôle de l’évolution de l’économie mondiale.

Graphique de l’appendice 2.1.Évolution de l’inflation (IPC) sous l’effet d’une évolution défavorable de l’inflation globale au Nigéria

(Un écart-type)
(Un écart-type)

Source: estimations des services du FMI.

Note: La ligne rouge indique la réaction au choc. Les lignes vertes correspondent à plus et moins deux écarts-types.

Graphique de l’appendice 2.2.Évolution de l’inflation des produits alimentaires sous l’effet d’une évolution défavorable de l’inflation des produits alimentaires au Nigéria

(Un écart-type)

Source: estimations des services du FMI.

Note: La ligne rouge indique la réaction au choc. Les lignes vertes correspondent à plus et moins deux écarts-types.

FMI, 2012d, 2012e et 2012f.

Pour une analyse détaillée de la question, voir FMI, 2012a.

La présente analyse n’inclut que les exportations effectives du Libéria, et non toutes les cargaisons transportées par des navires battant pavillon libérien.

Autrement dit, l’évolution de la demande sud-africaine de pétrole n’aurait pas une profonde incidence sur l’Angola ou le Nigéria, même si ces deux pays exportent beaucoup de pétrole vers l’Afrique du Sud.

L’Angola et le Nigéria, sont les principales exceptions; leur balance commerciale avec l’Afrique du Sud enregistre un solde positif du fait de l’importance de leurs exportations de pétrole.

Les exportations vers un seul pays d’Afrique subsaharienne dépassent 1 % du PIB de l’Afrique du Sud uniquement dans le cas du Botswana et de la Namibie.

Dont 860.000 provenant du Zimbabwe selon les chiffres officiels et peut-être 1 million provenant d’autres pays de la SADC en 2010 (selon la méthodologie de Ratha et Shaw, 2007).

Les estimations de la Banque mondiale qui intègrent des statistiques de recensement, en utilisant la méthodologie décrite dans Ratha et Shaw (2007), font apparaître que le nombre de travailleurs migrants du Lesotho en Afrique du Sud en 2010 représentait environ 30 % de sa population active.

Les membres de la SACU ont entrepris de revoir la formule de partage des recettes.

Asonuma et al. (à paraître) constatent que l’utilisation de chocs sur l’inflation de l’Afrique du Sud améliore la prévision de l’inflation des BLNS, notamment en ce qui a trait aux prix des aliments.

Le pula du Botswana est rattaché à un panier de devises où le rand détient une forte pondération; en conséquence, il existe sur le plan monétaire des retombées notables, quoique moins marquées, de l’Afrique du Sud sur le Botswana.

Les exportations considérables de l’Angola et du Nigéria vers l’Afrique du Sud sont en fait constituées de produits pétroliers, à savoir des produits de base standard pour lesquels l’influence de la demande sur les prix est minime dans les marchés de destination.

Le Bénin et le Niger sont des exceptions notables. Leurs données officielles sur le commerce extérieur incluent des estimations des échanges du secteur informel.

Ecobank, un établissement de droit togolais qui opère dans 30 pays d’Afrique subsaharienne, est considéré ici comme une banque basée au Nigéria; Ecobank-Nigéria représente plus de 40 % des sources de revenu total d’Ecobank (Lukonga et Chung, 2010).

La consolidation du système bancaire nigérian a été provoquée par un relèvement des fonds propres minimums obligatoires de 2 à 25 milliards de nairas. En conséquence, le nombre de banques est tombé de 89 en 2003 à 24 en 2009, et à 20 à la fin de 2011.

Les actifs de ces banques représentaient 38 % du total des actifs bancaires au Nigéria.

Ce fut le cas, par exemple, au Libéria, où l’on a découvert une mauvaise gestion des risques dans la filiale d’une banque nigérienne qui a eu pour conséquence des prêts improductifs très élevés. Le système bancaire n’a pas été touché, en partie parce que les banques libériennes sont financées principalement par des dépôts locaux, et que leurs actifs sont limités aux espèces et aux prêts accordés au secteur privé intérieur.

Ce n’est qu’une analyse rapide, parce que les données sont disponibles principalement pour les filiales des banques dans lesquelles il n’y a pas eu d’intervention et, de surcroît, pour 46 seulement des 75 filiales.

Le système bancaire du Bénin a enregistré une baisse des actifs et du crédit privé en 2011. Cependant, cette baisse n’était pas liée aux difficultés des filiales nigérianes.

Les séries du PIB épuré de la tendance ont été calculées à l’aide du filtre Hodrick–Prescott (HP).

Corrélation n’implique pas causalité. Par ailleurs, les corrélations peuvent détecter l’effet des deux variables ayant des réactions similaires à des chocs communs, par exemple les facteurs mondiaux qui touchent de la même manière les pays d’importance systémique et les petits pays.

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