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2. L’impact des tensions financières mondiales sur les systèmes bancaires d’Afrique subsaharienne

Author(s):
International Monetary Fund. African Dept.
Published Date:
May 2012
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Introduction et RÉsumÉ

Ces dernières années, le monde a connu à trois reprises des périodes de tensions financières, dont la plus importante est celle qui a suivi l’effondrement de la banque d’affaires américaine Lehman Brothers à la fin de 2008. Les deux autres épisodes, survenus au milieu de 2010 et à la fin de 2011, ont été marqués par la dégradation des finances publiques et des conditions financières en Europe. Ces trois épisodes ont en commun une accentuation généralisée de l’aversion mondiale pour le risque (graphique 2.1). Dans ce chapitre, nous explorons les mécanismes de transmission des tensions financières internationales aux systèmes bancaires d’Afrique subsaharienne1, en examinant les effets des turbulences financières de 2008–09 et de la crise récente en Europe.

Graphique 2.1.Aversion pour le risque à l’échelle mondiale, 2005–121

Source: J.P. Morgan (mise à jour le 2 avril 2012).

1Le VIX est l’indice de volatilité de l’indice boursier américain SP500 établi par le marché d’options de Chicago (Chicago Board of Options Exchange), le VDAX est l’équivalent allemand.

Nos principales conclusions sont les suivantes:

  • La plupart des systèmes bancaires d’Afrique subsaharienne ont fait preuve de résilience lors des épisodes récents de tensions financières internationales2. Même si la qualité des prêts, la rentabilité et la liquidité bancaire ont un peu souffert, la plupart des systèmes bancaires ont résisté aux tensions et échappé à la crise.

  • Les tensions financières se transmettent principalement par des mécanismes indirects3. En effet, les liens directs sont limités par le montant relativement modeste des avoirs et des engagements extérieurs des banques. Pour la plupart, les systèmes bancaires de la région ont des engagements transfrontaliers peu élevés, s’appuient sur un financement intérieur stable reposant sur les dépôts et sont en général assez liquides. Le principal canal de transmission indirect est l’impact des tensions financières internationales sur la croissance et les échanges commerciaux mondiaux, avec leurs retombées sur les cours des produits de base, la demande extérieure, l’activité économique et, partant, la qualité des portefeuilles de prêts.

  • L’impact macroéconomique de la crise de 2008–09 sur les économies d’Afrique subsaharienne a été prononcé mais bref. Les amples fluctuations des taux de change ont engendré des difficultés pour les banques et les entreprises qui avaient des positions ouvertes nettes en devises, surtout dans certaines économies dollarisées.

  • Les récentes difficultés financières de l’Europe ne devraient pas perturber sensiblement la plupart des systèmes bancaires d’Afrique subsaharienne. En tout premier lieu, d’après les projections de référence de l’édition d’avril 2012 des Perspectives de l’économie mondiale, le ralentissement de la croissance et des échanges mondiaux devrait être beaucoup moins marqué qu’en 2008–09 (chapitre 1). Ensuite, en raison de la faible intégration financière des économies d’Afrique subsaharienne, la plupart des systèmes bancaires ne sont guère menacés directement par une aggravation des conditions financières à l’étranger. Cela dit, une intensification de la crise de la zone euro comparable à ce qui est décrit au chapitre 1 accentuerait sans doute le risque de dégradation qualitative des portefeuilles de prêts, sans toutefois créer de graves difficultés.

Bien que la conjoncture extérieure ne menace pas de façon imminente les systèmes bancaires de la région, il faut se garder de considérer comme acquise la stabilité financière.

  • Dans les seize pays d’Afrique subsaharienne pour lesquels a été évalué le respect des principes fondamentaux de Bâle pour un contrôle bancaire efficace, les résultats sont bons par rapport aux autres régions, même s’il subsiste des lacunes importantes en matière de réglementation prudentielle et de supervision4.

  • Dans plusieurs pays d’Afrique subsaharienne, le crédit au secteur privé a continué de s’accroître à un rythme élevé pendant la crise financière mondiale. Bien que, dans une certaine mesure, cette croissance s’explique peut-être par le développement des marchés financiers partis de niveaux très bas, elle traduit sans doute aussi une dégradation qualitative des portefeuilles de prêts des banques.

  • Ces dernières années, des groupes bancaires panafricains se sont développés rapidement dans la région (voir ci-dessous) et, dans un grand nombre de pays d’accueil, ils gèrent déjà une part considérable des dépôts intérieurs. L’expansion de ces groupes a encouragé la concurrence au sein des systèmes bancaires nationaux, tout en contribuant à l’adoption de nouvelles technologies et de nouveaux produits et techniques de gestion (CSF, FMI et Banque mondiale, 2011). Mais, dans certains cas, les capacités de surveillance ont peut-être été dépassées par l’expansion rapide de ces groupes. Si la conjoncture économique venait à se dégrader dans l’ensemble de la région, ces groupes bancaires pourraient devenir des vecteurs de contagion transnationale.

  • Les banques d’Afrique subsaharienne détiennent des actifs dans des segments du système financier européen où des tensions se sont fait jour dernièrement, ce qui présente des risques pour leurs avoirs extérieurs.

Ces constats ont des répercussions pour l’action des pouvoirs publics, laquelle devrait s’adapter en tenant compte du niveau de développement financier de chaque économie et de sa capacité de mise en œuvre:

  • Les autorités nationales doivent avancer dans la mise en œuvre des plans de renforcement des capacités de surveillance et de la résilience du secteur financier. La surveillance rapprochée des banques dans les pays qui connaissent une expansion rapide du crédit doit être considérée comme une priorité.

  • Compte tenu de la montée en puissance des groupes bancaires panafricains, il est nécessaire de mettre en place des dispositifs de surveillance à l’échelle régionale pour garantir que ces banques soient soumises à une supervision consolidée. En plus d’un examen des structures existantes pour régler les défaillances bancaires, il pourrait être utile de mettre en place des mécanismes efficaces pour limiter les effets de contagion transnationale, tels que des dispositifs de cantonnement visant à préserver les ressources des filiales5.

  • Compte tenu des tensions financières qui règnent en Europe, les autorités de surveillance devraient passer en revue les normes et les pratiques appliquées par les banques commerciales et les banques centrales en ce qui concerne le placement des investissements et des dépôts étrangers.

  • Il conviendrait d’étudier plus en détail l’impact des évolutions macroéconomiques sur le risque financier systémique en Afrique. À cet égard, les institutions financières internationales peuvent apporter leur concours, mais un dialogue renforcé entre les autorités compétentes des plus grands systèmes financiers de la région permettrait de mieux évaluer les risques systémiques.

L’expÉRience du SystÈme Bancaire de la RÉgion en 2008–09

Les tensions financières engendrées par l’effondrement de la banque d’affaires Lehman Brothers ont incité les opérateurs à délaisser en masse les actifs et les activités à risque, ce qui a contribué, à son tour, à un ralentissement prononcé de l’activité mondiale.

Impact financier direct

De tous les pays d’Afrique subsaharienne, l’Afrique du Sud est celui qui a le plus souffert des turbulences financières mondiales, car son marché boursier et son marché d’obligations, à la fois diversifié et liquide, attirent un volume considérable d’investissements de portefeuilles étrangers et d’opérations de portage. Après la chute de Lehman Brothers, l’Afrique du Sud a subi une forte baisse des cours boursiers et une dépréciation de sa monnaie. Le pays a aussi connu des sorties d’investissements de portefeuille, qui paraissent toutefois modestes par rapport aux entrées massives dont il a bénéficié entre le milieu de 2009 et le milieu de 2011.

Outre l’Afrique du Sud, dix pays d’Afrique subsaharienne dont le secteur financier est plus développé ont subi des sorties d’investissements de portefeuille à la fin de 2008, mais le mouvement s’est inversé à la fin de 2009. Les investisseurs étrangers avaient manifesté un intérêt grandissant à l’égard de ces pays depuis le milieu de la décennie 2000, mais la taille et le degré de développement de leurs marchés financiers ainsi que les entrées de capitaux dont ils bénéficiaient restaient limités (graphiques 2.2 et 2.3). Les enquêtes coordonnées sur les investissements de portefeuille et les investissements directs confirment que les prises de participations ne représentent une part importante du PIB qu’en Afrique du Sud (graphique 2.4). Dans la plupart des pays, la présence européenne prend la forme d’investissement direct étranger plutôt que d’investissements de portefeuille. Les investisseurs européens jouent un rôle important dans un grand nombre de pays de la région, mais les investisseurs sud-africains eux-mêmes jouent eux aussi un rôle important dans certains des petits pays subsahariens (graphique 2.5).

Graphique 2.2.Afrique subsaharienne: flux de placements en obligations, 2008–121

Source: base de données EPFR Global.

1En valeur cumulée depuis juillet 2004. Les données correspondent aux flux cumulés de placements en obligations émises par des entités des pays d’AfSS correspondants, effectués par des fonds indiciels ou des fonds communs de placement, exprimés en dollars, d’après la base de données EPFR Global.

2Les autres pays d’AfSS pour lesquels des données sont disponibles sont le Botswana, la Côte d’Ivoire, le Gabon, le Ghana, le Nigéria, la République démocratique du Congo et la Zambie.

Graphique 2.3.Afrique subsaharienne: flux de placements en actions, 2008–111

Source: base de données EPFR Global.

1En valeur cumulée depuis novembre 2000. Les données correspondent aux flux journaliers cumulés de placements en actions émises par des entreprises des pays d’AfSS correspondants, effectués par des fonds indiciels ou des fonds communs de placement, exprimés en dollars, d’après la base de données EPFR Global.

2Les autres pays d’AfSS pour lesquels des données sont disponibles sont le Botswana, la Côte d’Ivoire, le Ghana, le Kenya, le Malawi, Maurice, la Namibie, le Nigéria, la Zambie et le Zimbabwe.

Graphique 2.4.Afrique subsaharienne, échantillon de pays: investissement de portefeuille et investissement direct étranger, juin 20111

Sources: Enquêtes coordonnées sur les investissements de portefeuille et sur les investissements directs.

1Les barres représentent le total des engagements d’investissement de portefeuille et d’investissement direct de chaque pays d’AfSS envers les investisseurs européens, américains et sud-africains. Les graphiques sont plafonnés à 100 % du PIB et les données n’apparaissent que pour les pays qui dépassent la barre des 10 % du PIB. Dans le cas du Libéria (centre d’immatriculation de navires) la valeur est d’environ 950 % du PIB, dans celui du centre offshore de Maurice, 317 % du PIB, tandis que l’investissement total pour São Tomé-et-Príncipe représente plus de 1.000 % du PIB.

2Comprend les pays d’AfSS présentant un large éventail de régimes de change, depuis les parités mobiles de fait jusqu’aux régimes entièrement flottants, d’après l’édition de 2011 du Rapport annuel sur les régimes et les restrictions de change (AREAER) du FMI.

3Exclut les pays de la zone rand, qui dans le graphique sont regroupés avec l’Afrique du Sud pour les besoins de l’analyse.

Graphique 2.5.Afrique subsaharienne, échantillon de pays: entrées d’investissement de portefeuille et d’investissement direct étranger, 20101

Sources: Enquêtes coordonnées sur les investissements de portefeuille et sur les investissements directs.

1Les barres représentent le total des engagements d’investissement de portefeuille et d’investissement direct de chaque pays d’AfSS envers les investisseurs européens, américains et sud-africains. Les graphiques sont plafonnés à 100 % du PIB et les données n’apparaissent que pour les pays qui dépassent la barre des 10 % du PIB. Dans le cas du Libéria (centre d’immatriculation de navires) la valeur représente environ 950 % du PIB, dans celui de la place offshore de Maurice, 317 % du PIB, tandis que l’investissement total pour São Tomé-et-Príncipe représente plus de 1.000 % du PIB.

2Comprend les pays d’AfSS dont le régime de change est classé comme parité fixe conventionnelle ou caisse d’émission, d’après l’édition de 2011 du Rapport annuel sur les régimes et les restrictions de change (AREAER) du FMI.

3Exclut les pays de la zone rand, qui dans le graphique sont regroupés avec l’Afrique du Sud pour les besoins de l’analyse.

Le basculement mondial de l’aversion pour le risque a eu sur les prix des actifs un effet très différent en Afrique du Sud par rapport aux marchés pionniers d’Afrique subsaharienne6. On peut mesurer cet effet en estimant la sensibilité des cours des actions locales et des taux de change aux fluctuations de l’indice de volatilité (VIX) du marché des options de Chicago (Chicago Board of Options’ Exchange), valeur approchée de l’aversion mondiale pour le risque (graphique 2.6). Tandis que le rand sud-africain a réagi plus vivement à l’évolution du VIX que les monnaies de la plupart des autres marchés émergents, cela n’a pas été le cas des cours des actions en Afrique du Sud. Il est toutefois intéressant de relever que les cours des actions ont réagi de manière plus prononcée en Afrique du Sud que dans les marchés pionniers d’Afrique subsaharienne.

Graphique 2.6.Échantillon de pays: flexibilité du taux de change et sensibilité du marché boursier aux variations de l’aversion pour le risque à l’échelle mondiale1, 2

Sources: Bloomberg; estimations des services du FMI.

1Une élasticité positive du taux de change par rapport au VIX signale que la monnaie nationale se déprécie lorsque l’indice VIX augmente.

2La taille des points correspond au coefficient de détermination (R2) des régressions linéaires sur VIX (logs, journalier).

Bien que l’effet sur les cours des actions et les taux de change ait été modéré, l’aversion pour les actifs à risque a bel bien eu un effet indirect sur certains des marchés pionniers d’Afrique subsaharienne. En Zambie, par exemple, la forte baisse de la demande d’obligations zambiennes de la part des investisseurs étrangers a entraîné une pénurie de crédit, et le système bancaire est devenu la principale source de financement de l’État (Portillo, 2011).

En dehors des marchés pionniers, l’aversion mondiale pour les actifs à risque n’a pas eu d’effet direct sensible sur la plupart des pays d’Afrique subsaharienne, car ceux-ci ne sont guère intégrés aux marchés financiers mondiaux7. La plupart des pays d’Afrique subsaharienne sont encore sous-développés sur le plan financier; dans beaucoup d’entre eux, les mouvements de capitaux font encore l’objet de contrôles rigoureux, dont certains ont d’ailleurs été durcis à la marge pendant la crise (graphique 2.7). Le pays subsaharien médian a connu une baisse des entrées de capitaux de non-résidents; en l’absence de flux de capitaux de résidents systématiques, l’investissement direct étranger a aussi diminué, tout en restant positif, et les réserves de change (déduction faite de l’allocation de DTS par le FMI en 2009) ont décru plus fortement dans les pays à taux de change fixe.

Graphique 2.7.Afrique subsaharienne: flux de capitaux et dette extérieure, 2005–10

Sources: FMI, base de données des Perspectives de l’économie mondiale; FMI, Département des statistiques, base de données des statistiques financières internationales.

1À l’exclusion de l’allocation de DTS de 2009.

Des systèmes bancaires résilients dans la région

Le Nigéria a été le seul pays à connaître une crise bancaire en 2009 (graphique 2.8), qui tenait davantage aux carences de la gouvernance d’entreprise (occultées pendant la période de prospérité) qu’à des chocs financiers exogènes (encadré 2.1). Les systèmes bancaires des autres pays d’Afrique subsaharienne ont généralement bien résisté à la crise économique mondiale. Plus précisément:

  • Dans la plupart des pays, les avoirs et les engagements extérieurs des banques n’ont pas souffert de façon sensible pendant la crise financière mondiale (graphique 2.9), même si certains pays (en particulier l’Afrique du Sud) ont vu chuter les financements extérieurs (tableaux 2.1 à 2.3 de l’appendice).

  • Dans la plupart des systèmes bancaires, les banques nationales ont vu leurs dépôts continuer de s’accroître en proportion du PIB pendant toute la période8. Cela dit, les banques de certains pays ont eu besoin d’un apport de liquidités de la banque centrale pendant la période de crise, car leurs dépôts ont diminué par rapport au PIB jusqu’en juin 2009.

  • En moyenne, le crédit au secteur privé a augmenté en pourcentage du PIB pendant toute la période de la crise, mais dans une moindre mesure que les dépôts. L’encours réel du crédit a continué de s’accroître dans les marchés pionniers et les économies où le secteur financier se développe, mais il a marqué le pas dans les pays exportateurs de pétrole au début de 2010, avant de repartir à la hausse lorsque les cours du pétrole se sont redressés (graphiques 2.10 et 2.11). En Afrique du Sud, en revanche, le crédit réel a diminué de plus de 10 % du PIB depuis le début de 20079. Cette baisse s’explique par l’inversion prononcée de l’effet de levier dans le système bancaire, qui recourait massivement au financement de gros intérieur.

Tableau 2.1 (annexe).Afrique subsaharienne: principaux comptes agrégés de bilans bancaires, juin 2011(Pourcentage du PIB)
Avoirs extérieursEngagements extérieursAvoirs extérieurs netsCréditDépôts et obligations
Secteur privéAdministration centraleEntreprises publiquesBanque centraleTotalSecteur privéAdministration centraleBanque centraleTotal
Zone rand
Afrique du Sud11,48,43,066,58,91,22,178,768,93,40,673,0
Lesotho17,90,517,312,23,30,00,716,328,90,00,028,9
Namibie10,80,99,945,55,20,60,952,355,51,50,157,1
Swaziland8,33,94,324,63,40,52,430,928,41,30,029,7
Gros exportateurs de pétrole
Angola5,15,20,018,59,21,18,036,947,11,50,949,5
Nigéria4,00,73,421,910,30,00,632,827,51,21,129,8
Autres pays sans parité fixe conventionnelle
Botswana4,41,13,322,31,10,42,526,436,10,20,036,4
Burundi6,11,24,923,25,60,21,630,726,81,51,029,3
Congo, Rép. dém. du7,01,15,95,40,00,31,06,722,10,70,122,8
Gambie5,11,43,714,015,70,04,934,660,00,00,060,0
Ghana3,01,91,110,98,22,02,924,019,51,70,221,4
Kenya3,53,50,034,014,30,72,751,742,23,00,645,8
Madagascar3,70,82,910,32,50,03,816,623,42,60,026,0
Malawi1,80,81,014,62,81,32,421,134,60,60,035,1
Maurice225,7128,497,384,016,32,56,5109,291,60,30,192,0
Mozambique7,22,44,823,16,81,93,135,030,13,50,534,1
Seychelles42,030,611,524,314,42,46,447,657,51,30,058,8
Sierra Leone9,50,29,39,46,50,51,517,936,62,00,238,9
Tanzanie4,81,43,417,37,11,44,029,828,51,90,030,4
Ouganda3,11,71,316,76,40,12,025,221,80,70,422,8
Zambie5,82,63,212,17,50,13,523,219,82,30,022,1
CEMAC
Cameroun4,01,62,412,11,31,06,120,526,72,70,029,4
République centrafricaine3,21,51,79,51,50,21,712,913,41,30,014,6
Tchad1,60,90,75,01,30,32,18,76,82,20,19,0
Congo, Rép. du4,80,54,35,40,10,26,512,218,70,40,019,1
Guinée équatoriale1,40,90,56,90,00,34,812,19,52,20,011,7
Gabon3,51,32,28,03,30,17,418,921,62,60,024,2
UEMOA
Bénin12,24,37,921,76,30,04,132,242,06,93,852,6
Burkina Faso9,93,16,817,92,30,03,523,637,82,32,342,4
Côte d’Ivoire3,81,72,217,55,30,03,826,637,32,60,240,1
Guinée-Bissau7,12,74,415,30,00,03,218,522,41,10,223,6
Mali8,64,83,817,32,20,03,823,326,85,50,332,7
Niger4,42,42,012,51,20,02,516,216,12,20,618,9
Sénégal5,73,81,926,33,70,05,936,043,03,31,247,5
Togo11,96,75,225,27,20,06,639,052,54,42,058,8
Autres pays avec parité fixe conventionnelle
Cap-Vert3,75,1-1,458,214,41,09,683,168,42,61,272,2
Comores3,61,71,817,70,30,69,428,024,80,50,025,4
Érythrée11,50,111,414,645,11,612,373,583,33,20,386,8
São Tomé-et-Príncipe14,25,19,134,50,21,77,744,130,41,10,432,0
Pour mémoire 1:
Moyenne13,76,77,022,26,70,74,433,937,01,90,539,5
Médiane5,41,73,417,65,30,43,628,930,31,80,233,0
Min.1,40,1-1,45,40,00,00,66,79,50,00,011,7
Max.225,7128,497,384,045,12,512,3109,291,66,93,892,0
Sources: statistiques financières internationales; base de données des Perspectives de l’économie mondiale.

À l’exclusion du Libéria, de Maurice et des Seychelles.

Sources: statistiques financières internationales; base de données des Perspectives de l’économie mondiale.

À l’exclusion du Libéria, de Maurice et des Seychelles.

Tableau 2.2 (annexe).Afrique subsaharienne: principaux comptes agrégés de bilans bancaires, juin 2008–juin 2009(Variation en pourcentage du PIB sur la période)
Avoirs extérieursEngagements extérieursAvoirs extérieurs netsCréditDépôts et obligations
Secteur privéAdministration centraleEntreprises publiquesBanque centraleAutres banquesTotalSecteur privéAdministration centraleBanque centraleAutres banquesTotal
Zone rand
Afrique du Sud-3,2-1,8-1,31,21,20,40,12,90,5-0,20,20,5
Lesotho0,30,00,30,3-0,3-0,40,50,21,9-1,00,00,9
Namibie12,1-0,412,52,0-0,20,40,22,421,40,3-1,220,5
Swaziland3,40,62,8-0,7-0,10,2-0,4-1,03,40,50,03,9
Gros exportateurs de pétrole
Angola2,43,2-0,86,23,80,25,615,818,30,3-0,118,6
Nigéria0,30,20,25,2-1,00,0-2,02,12,10,40,53,0
Autres pays sans parité fixe conventionnelle
Botswana-0,10,9-1,06,1-0,60,10,66,27,00,40,17,5
Burundi-0,4-0,1-0,30,31,1-0,30,82,01,60,2-0,11,7
Congo, Rép. dém. du-0,80,0-0,81,2-0,10,00,01,1-0,70,00,4-0,3
Gambie-0,80,2-1,10,5-1,20,0-0,5-1,33,40,00,03,4
Ghana1,10,20,82,30,00,60,23,12,80,10,53,4
Kenya-2,1-0,7-1,31,41,5-0,1-0,62,30,30,70,41,3
Madagascar0,10,00,10,70,80,00,62,12,70,90,03,6
Malawi-0,20,2-0,34,90,10,01,76,78,60,10,69,2
Maurice0,21,6-1,45,90,31,10,27,58,30,0-0,18,1
Mozambique-1,40,6-2,05,10,60,30,26,33,80,00,03,8
Seychelles11,36,25,1-0,7-6,7-0,2-4,9-12,4-5,8-0,1-0,5-6,4
Sierra Leone-0,2-0,1-0,12,31,50,20,14,23,31,10,04,4
Tanzanie-0,2-0,70,51,6-1,40,71,01,90,70,90,01,6
Ouganda-0,20,8-1,00,8-0,40,0-0,10,40,60,0-0,50,1
Zambie0,70,30,41,1-0,30,0-0,40,40,60,10,00,6
CEMAC
Cameroun-0,50,4-0,91,70,00,10,72,51,9-0,20,11,8
République centrafricaine0,0-0,10,2-1,00,3-0,20,0-0,9-0,5-0,10,0-0,7
Tchad-0,8-0,3-0,60,80,10,20,92,01,30,50,01,8
Congo, Rép. du0,00,1-0,12,00,0-0,12,74,75,10,10,05,2
Guinée équatoriale1,5-0,92,45,50,00,3-1,74,13,51,40,04,9
Gabon0,20,20,02,50,60,02,55,75,80,20,06,1
UEMOA
Bénin-1,9-0,2-1,71,61,70,0-0,23,25,4-0,7-0,93,7
Burkina Faso1,0-0,11,10,80,50,00,01,32,2-0,20,12,1
Côte d'Ivoire0,10,10,00,3-1,10,01,20,41,1-0,30,10,9
Guinée-Bissau1,5-3,14,5-2,5-0,80,0-0,5-3,8-0,40,70,60,9
Mali0,80,60,20,70,50,00,41,71,30,0-0,21,1
Niger0,31,1-0,82,5-0,10,01,63,92,10,00,42,5
Sénégal-0,7-0,2-0,42,2-0,10,00,72,84,1-0,40,44,1
Togo-0,40,2-0,6-0,75,10,01,05,45,70,11,16,9
Autres pays avec parité fixe conventionnelle
Cap-Vert-3,00,2-3,15,2-1,4-0,50,33,5-4,70,50,0-4,1
Comores-2,40,1-2,63,60,2-0,60,43,61,1-0,10,01,0
Érythrée-1,9-0,1-1,8-3,1-8,4-0,7-1,0-13,2-17,9-0,6-0,1-18,7
São Tomé-et-Príncipe-5,4-1,8-3,52,30,00,11,43,81,1-0,30,00,8
Pour mémoire 1:
Moyenne0,30,20,11,9-0,10,00,32,12,60,10,02,8
Médiane-0,20,1-0,41,60,00,00,22,42,10,10,02,1
Min.-5,4-3,1-3,5-3,1-8,4-0,7-4,9-13,2-17,9-1,0-1,2-18,7
Max.12,16,212,56,25,11,15,615,821,41,41,120,5
Sources: statistiques financières internationales; base de données des Perspectives de l’économie mondiale.

Sont exclus le Libéria (grand centre d’immatriculation de navires) et Maurice et les Seychelles (grands centres offshore). Des informations actualisées n’ont pas pu être directement obtenues pour l’Éthiopie, la Guinée, le Rwanda et le Zimbabwe.

Sources: statistiques financières internationales; base de données des Perspectives de l’économie mondiale.

Sont exclus le Libéria (grand centre d’immatriculation de navires) et Maurice et les Seychelles (grands centres offshore). Des informations actualisées n’ont pas pu être directement obtenues pour l’Éthiopie, la Guinée, le Rwanda et le Zimbabwe.

Tableau 2.3 (annexe).Afrique subsaharienne: principaux comptes agrégés de bilans bancaires, juin 2009–juin 2011(Variation en pourcentage du PIB sur la période)
Avoirs extérieursEngagements extérieursAvoirs extérieurs netsCréditDépôts et obligations
Secteur privéAdministration centraleEntreprises publiquesBanque centraleTotalSecteur privéAdministration centraleBanque centraleTotal
Zone rand
Afrique du Sud-5,7-6,00,3-10,91,5-0,1-0,1-9,5-9,50,80,1-8,5
Lesotho-3,70,0-3,81,6-0,50,0-0,60,5-4,2-0,20,0-4,4
Namibie-5,3-0,5-4,71,62,0-0,40,13,3-2,50,60,0-1,9
Swaziland-0,23,1-3,42,32,00,21,05,51,6-0,50,01,1
Gros exportateurs de pétrole
Angola-2,00,1-2,12,9-1,70,2-1,7-0,42,5-1,20,82,1
Nigéria-0,7-0,4-0,3-12,52,90,0-1,2-10,8-4,6-0,20,4-4,4
Autres pays sans parité fixe conventionnelle
Botswana-1,0-1,50,5-2,00,20,20,5-1,0-8,7-0,4-0,1-9,1
Burundi-1,6-0,4-1,26,11,4-0,4-1,15,91,90,61,03,5
Congo, Rép. dém. du3,1-0,13,2-0,5-0,30,20,3-0,36,10,1-0,55,7
Gambie0,7-0,20,91,83,60,00,65,97,20,00,07,2
Ghana-0,30,0-0,2-4,43,4-0,50,2-1,2-0,60,3-0,3-0,6
Kenya-1,71,2-3,06,33,40,30,610,55,90,9-0,16,7
Madagascar0,00,1-0,1-0,70,00,00,1-0,60,0-0,20,0-0,2
Malawi0,4-0,20,62,9-1,40,8-0,61,76,20,4-0,66,0
Maurice50,138,212,01,9-5,3-1,82,0-3,2-3,70,0-0,1-3,8
Mozambique0,00,6-0,64,5-1,60,80,23,91,10,40,51,9
Seychelles-0,6-5,14,53,9-5,9-0,11,7-0,312,4-0,7-0,411,4
Sierra Leone3,70,23,51,70,10,10,01,99,7-0,60,29,3
Tanzanie0,90,50,42,01,80,0-0,13,74,4-0,20,04,2
Ouganda-0,70,0-0,74,80,80,00,35,95,00,20,25,4
Zambie1,50,01,6-0,73,1-0,10,32,52,30,5-0,12,7
CEMAC
Cameroun1,30,31,01,20,20,2-0,90,72,40,3-0,12,6
République centrafricaine0,90,80,13,2-0,90,00,72,93,70,30,04,0
Tchad-0,1-0,90,80,40,9-0,9-0,40,0-0,10,60,00,4
Congo, Rép. du1,20,11,11,0-0,2-0,4-0,40,12,3-0,20,02,0
Guinée équatoriale-1,10,3-1,40,90,00,0-0,40,5-1,4-0,80,0-2,2
Gabon0,30,10,2-3,01,00,10,8-1,2-3,00,50,0-2,5
UEMOA
Bénin3,70,63,11,51,80,00,13,53,41,32,16,8
Burkina Faso4,30,53,81,20,90,01,23,210,3-0,81,911,5
Côte d'Ivoire1,9-0,12,02,82,30,00,65,710,31,1-0,311,1
Guinée-Bissau3,21,02,28,6-1,70,01,18,011,2-0,7-0,410,2
Mali3,21,12,10,50,20,00,20,91,90,50,12,5
Niger1,6-0,31,80,40,60,0-1,2-0,20,50,6-0,11,0
Sénégal0,60,9-0,31,9-0,10,00,52,32,50,20,12,8
Togo4,13,11,07,7-2,00,03,69,38,41,40,410,2
Autres pays avec parité fixe conventionnelle
Cap-Vert-0,8-1,10,30,7-0,30,5-3,6-2,7-5,7-0,71,2-5,2
Comores2,81,21,65,0-0,40,13,58,25,60,40,06,0
Érythrée3,30,03,3-2,8-3,9-0,2-1,0-7,9-6,60,2-0,1-6,5
São Tomé-et-Príncipe1,8-4,56,39,30,21,0-3,86,75,50,50,46,4
Pour mémoire 1:
Moyenne1,80,90,91,40,20,00,11,72,20,10,22,5
Médiane0,40,00,51,70,20,00,21,92,40,20,02,7
Min.-5,7-6,0-4,7-12,5-5,9-1,8-3,8-10,8-9,5-1,2-0,6-9,1
Max.50,138,212,09,33,61,03,610,512,41,42,111,5
Sources: statistiques financières internationales; base de données des Perspectives de l’économie mondiale.

Sont exclus le Libéria (grand centre d’immatriculation de navires) et Maurice et les Seychelles (grands centres offshore). Des informations actualisées n’ont pas pu être directement obtenues pour l’Éthiopie, la Guinée, le Rwanda et le Zimbabwe.

Sources: statistiques financières internationales; base de données des Perspectives de l’économie mondiale.

Sont exclus le Libéria (grand centre d’immatriculation de navires) et Maurice et les Seychelles (grands centres offshore). Des informations actualisées n’ont pas pu être directement obtenues pour l’Éthiopie, la Guinée, le Rwanda et le Zimbabwe.

Graphique 2.8.Afrique subsaharienne: crises bancaires systémiques, 1980–2010

Sources: Laeven et Valencia (2008); estimations des services du FMI.

Graphique 2.9.Afrique subsaharienne: avoirs et engagements extérieurs des banques, 2005–10

Source: FMI, Département des statistiques, base de données des statistiques financières internationales.

Graphique 2.10.Afrique subsaharienne: crédit intérieur bancaire net, 2004–11:T21, 2

Source: FMI, Département des statistiques, base de données des statistiques financières internationales.

1 L’indice exclut les filiales de banques étrangères.

2 Les données sur certains pays vont jusqu’à la fin du T1 de 2011 (Guinée équatoriale et Guinée-Bissau), du T4 de 2010 (République centrafricaine), ou du T3 de 2010 (Tchad).

3 La forte augmentation dans les marchés pionniers s’explique en partie par la dépréciation de la monnaie dans les économies partiellement dollarisées.

Graphique 2.11.Afrique subsaharienne, échantillon de pays: évolution du crédit réel, 2005–111, 2

Source: FMI, Département des statistiques, base de données des statistiques financières internationales.

1Indice à taux de change réel constants.

2L’indice rend compte de l’évolution du crédit réel au secteur privé à taux de change constants. Le crédit libellé en monnaie nationale est déflaté de l’IPC et le crédit libellé en devises a été converti en monnaie nationale au taux de change de janvier 2005.

Le ralentissement prononcé de l’activité économique mondiale a entraîné une dégradation modérée des indicateurs de solidité financière. Les créances improductives ont augmenté et la rentabilité a baissé. La plupart des établissements financiers d’Afrique subsaharienne ont pu résister aux tensions qui en ont résulté, en partie parce qu’ils avaient constitué des volants de fonds propres et de liquidités (graphique 2.12). Comme c’est souvent le cas en récession, les ratios de fonds propres se sont en général améliorés à mesure que le ralentissement du crédit faisait baisser la croissance des actifs pondérés des risques.

Graphique 2.12.Afrique subsaharienne: indices de solidité financière, 2006–101

Sources: autorités nationales; estimations des services du FMI.

1La définition officielle des indicateurs de solidité varie d’un pays à l’autre. Comprend des données sur 33 des 45 pays d’AfSS, mais chaque graphique ne considère que les pays pour lesquels des données existent pour toutes les années.

La vulnÉRabilitÉ du Secteur Financier aux Tensions FinanciÈres Actuelles en Europe

Malgré une accalmie sensible depuis décembre 2011, les tensions financières persistent en Europe10. Nous examinons ici la vulnérabilité des banques d’Afrique subsaharienne à une dégradation de la situation en Europe, ainsi que les mécanismes directs et indirects par lesquels celle-ci pourrait se transmettre.

Encadré 2.1.La crise bancaire du Nigéria

La crise bancaire de 2009 avait fait suite à une période de forte croissance du crédit dans un contexte de réglementation et de supervision faibles. Dans le prolongement du processus de concentration qu’avait connu le secteur en 2005–06 et en présence de vastes entrées de recettes pétrolières et d’une politique monétaire laxiste, les crédits au secteur privé grimpèrent de 18 % du PIB non pétrolier à 40 % en l’espace d’environ deux ans (graphique 1). Cette expansion servit dans une large mesure à l’achat d’actions, parfois financé par les banques commerciales elles-mêmes. Une part importante de ce crédit fut aussi utilisée pour financer des importations de pétrole sans couverture. Lorsque les tensions liées à la crise financière mondiale finirent par faire éclater la bulle boursière et que les cours du pétrole s’effondrèrent (graphique 2), nombre de prêts adossés à des actions ou liés au pétrole devinrent improductifs. Bien que les statistiques officielles faisaient état de perspectives relativement solides pour le secteur bancaire en mars 2009 (tableau 1), les audits spéciaux réalisés par la Banque centrale du Nigéria (CBN) donnaient une image différente de la situation. Dix établissements (qui géraient environ 40 % des actifs du système bancaire) étaient devenus insolvables ou fortement sous-capitalisés. Environ un tiers des prêts bancaires étaient improductifs.

Tableau 1.Nigéria: indicateurs de solidité financière, 2007–11
200720082009201020111
Fonds propres
Fonds propres réglementaires/actifs pondérés des risques23,422,620,97,09,9
Fonds propres réglementairesTier 1/actifs pondérés des risques22,022,318,84,16,3
Fonds propres (valeur nette)/actifs 217,018,515,23,23,9
Qualité et composition des actifs
Prêts improductifs/total prêts bruts9,57,236,120,111,6
Prêts improductifs nets de provisions pour pertes/fonds propres9,98,841,564,234,7
Produit et rentabilité
Rendement des actifs0,50,4-1,52,10,2
Rendement des fonds propres3,01,9-9,665,44,5
Liquidité
Actifs liquides/total des actifs24,218,817,318,023,3
Actifs liquides/passifs à court terme30,224,222,119,825,7
Source: autorités nationales.

Juin 2011.

Le ratio moyen pour les 14 banques qui ne sont pas passées sous administration judiciaire est nettement supérieur au seuil minimum réglementaire de 10 %.

Source: autorités nationales.

Juin 2011.

Le ratio moyen pour les 14 banques qui ne sont pas passées sous administration judiciaire est nettement supérieur au seuil minimum réglementaire de 10 %.

Graphique 1.Nigéria: crédits des banques commerciales au secteur privé, 2006–111

Source: autorités nationales.

1Octobre 2011.

Graphique 2.Nigéria: prix du pétrole, indice boursier (All Share), et créances improductives, 2006–11

Sources: autorités nationales; Datastream; FMI, base de données des Perspectives de l’économie mondiale.

La CBN adopta des mesures énergiques pour maîtriser la situation et renforcer le système. Elle entreprit: i) d’injecter 4,2 milliards de dollars (soit 2,5 % du PIB de 2009) dans les banques en difficultés; ii) de garantir toutes les transactions interbancaires, lignes de crédit étrangères et dépôts de pensions; iii) de remplacer les dirigeants de 8 des banques sous administration judiciaire; et iv) de protéger tous les déposants et créanciers contre les pertes. La CBN créa ensuite une société de recouvrement des actifs (AMCON), qui, depuis fin 2010, a remplacé les créances improductives par des obligations négociables à coupon zéro, ramenant à zéro le capital de 5 des 8 banques insolvables. Ces 5 établissements ont conclu des accords de fusion/acquisition afin de tenir les exigences prudentielles, tandis que les 3 autres (plus petits) ont été provisoirement nationalisés et entièrement recapitalisés par l’AMCON. Des obligations ont été émises pour 23 milliards de dollars en valeur nominale (16 % du PIB non pétrolier de 2011) afin de financer ces opérations. Tous les engagements interbancaires échus ont été effacés fin 2011.

La crise bancaire du Nigéria rappelle combien il est important de disposer d’un cadre solide de réglementation et de supervision, notamment en présence d’une forte croissance du crédit alimentée par des phénomènes extérieurs. La CBN a mis en place plusieurs réformes, dont une réglementation plus rigoureuse de la gouvernance d’entreprise et de la gestion des risques, des inspections sur site plus fréquentes, des programmes destinés à renforcer la capacité de la CBN en matière d’évaluation des risques systémiques, et des initiatives pour accroître la coopération entre instances de réglementation à l’échelle nationale et internationale.

Cet encadré a été rédigé par Gonzalo Salinas.

La première observation est que les banques européennes ont une forte présence en Afrique subsaharienne, en raison essentiellement de liens historiques (graphiques 2.13 et 2.14). En moyenne, plus de 90 % des engagements de l’Afrique subsaharienne envers les banques déclarantes BRI (Banque des règlements internationaux) sont à l’égard de banques européennes.

Graphique 2.13.Afrique subsaharienne: présence de banques européennes, 2011

Source: FMI, base de données du Département Afrique.

Graphique 2.14.Afrique subsaharienne: engagements envers les banques déclarantes BRI, juin 20111

Sources: Banque des règlements internationaux; FMI, Département des statistiques, base de données des statistiques financières internationales.

1Encours consolidé des créances extérieures des banques des pays déclarants BRI correspondants sur chaque pays d’AfSS, base risque final. Comprend les crédits accordés par les filiales.

2Comprend les pays d’AfSS dont le régime de change est classé comme parité fixe conventionnelle ou caisse d’émission, selon l’édition de 2011 du Rapport annuel sur les régimes et les restrictions de change (AREAER) du FMI.

3Les «Autres Europe» comprennent souvent les banques françaises, portugaises et britanniques dans le cas des pays qui ne désagrègent pas suffisamment les données. Il s’agit généralement des banques françaises pour lesquelles les informations sont limitées. Le graphique est plafonné à 40 %. La valeur pour le Cap-Vert est de 75 %, principalement envers des établissements portugais.

4Exclut les pays de la zone rand, qui dans le graphique sont regroupés avec l’Afrique du Sud pour les besoins de l’analyse.

Les banques européennes effectuent des opérations transnationales et gèrent des filiales, des succursales et des bureaux de représentation dans un grand nombre de pays d’Afrique subsaharienne. Ces filiales jouent un rôle particulièrement important dans certains pays. Ainsi, des filiales d’établissements financiers britanniques gèrent plus de 30 % des dépôts en Afrique du Sud, au Botswana, à Maurice et en Zambie, tandis que des filiales de banques portugaises gèrent environ deux tiers des dépôts en Angola. Les autres banques européennes sont beaucoup moins présentes (tableau 2.4 de l’appendice).

Tableau 2.4 (annexe).Principaux groupes bancaires étrangers implantés en Afrique, 2011(Part des dépôts, 2010, si données de BankScope disponibles)
Banques étrangères hors Afrique
Royaume-Uni FrancePortugal
Barclays GroupABSA (Afrique du Sud)Standard CharteredHSBCSociété GénéraleBPCECrédit AgricoleBNP ParibasBanco Espirito SantoCaixa Geral de Depositos (nationalisée)Banco Comercial PortuguesBanco BPIAutres PortugalBanco Africano de InvestimentoBanco Formento de AngolaBanco Privado AtlanticoCaixa Economica de Cabo VerdeBank of Baroda (Inde)Deutsche BankUBSCiti GroupInternational Commercial BankProcredit Bank (Allemagne)Orabank
Zone rand
Afrique du Sudx18xxxxxxxx
Lesotho
Namibie7
Swaziland
Gros exportateurs de pétrole
Angola1025xx25185
Nigériax2
Autres pays sans parité fixe conventionnelle
Botswana3123x
Burundi
Congo, Rép. dém. du37
Éthiopie
Gambie20
Ghana9940
Guinée25236
Kenya10823
Libéria
Madagascarxxx
Malawi
Maurice12424x34
Mozambique72834x
Rwanda
Seychelles469
Sierra Leone18
Tanzanie411815
Ouganda81144
Zambie2020xx
CEMAC
Cameroun71620123
République centrafricaine
Tchad
Congo, Rép. du8
Guinée équatoriale24
Gabon8
UEMOA
Bénin106
Burkina Faso1210
Côte d'Ivoire21893
Guinée-Bissau
Mali3
Niger
Sénégal2211xx
Togo
Autres pays avec parité fixe conventionnelle
Cap-Vert0501030
Comores
Érythrée
São Tomé-et-Príncipe
Zimbabwe10
Nombre total de filiales ou agences941321043534213111182111112
Nombre en pourcentage des 45 pays d'AfSS209305239711795272222185225225
Sources: Rapports annuels; BankScope; Bankers Almanac; sites Internet bancaires; autorités nationales; services du FMI.Note: Un «x» dénote la présence d’une banque pour laquelle on ne dispose pas directement de données spécifiques.

Absa est une filiale de Barclays.

Sources: Rapports annuels; BankScope; Bankers Almanac; sites Internet bancaires; autorités nationales; services du FMI.Note: Un «x» dénote la présence d’une banque pour laquelle on ne dispose pas directement de données spécifiques.

Absa est une filiale de Barclays.

La deuxième observation est que les banques européennes présentes en Afrique subsaharienne ont été touchées à des degrés divers par les tensions financières qui sévissent en Europe (graphique 2.15). Les agences de notation ont déclassé plusieurs banques en France, au Portugal et au Royaume-Uni depuis septembre 2011.

Graphique 2.15.Écarts de contrats sur défaut de paiement (CDS), 2009–12

Source: Bloomberg (mis à jour le 2 avril 2012).

Liens directs

Malgré la forte présence de banques européennes, il est peu probable que, dans la plupart des pays d’Afrique subsaharienne, l’accès au financement et au crédit bancaire soit directement touché, et ce pour plusieurs raisons:

  • Pour la plupart des pays de la région, à quelques exceptions près, les engagements transnationaux des résidents envers des banques européennes sont relativement faibles en proportion du PIB (graphique 2.16)11. Sur la base du risque ultime, ces engagements s’élevaient, en moyenne, à 5 % du PIB en juin 2011, avec une médiane de 3 % du PIB. Parmi les exceptions notables, on citera le Cap-Vert, la Gambie, São Tomé-et-Príncipe, la Sierra Leone et le Togo. Pour ces pays, la restriction de l’accès aux lignes de crédit transnationales pourrait amputer le financement des projets d’investissement en cours et d’autres activités économiques. Cela tient en partie aux dispositifs en place pour contrôler les mouvements de capitaux (graphique 2.17), mais montre aussi que ces petites économies, dont le marché financier intérieur est sous-développé, financent souvent leurs grands investissements dans certains secteurs (tourisme, transports maritimes, mines) par des prêts transnationaux de banques européennes.

    Graphique 2.16.Afrique subsaharienne: crédit bancaire aux résidents d’AfSS1

    Sources: Banque des règlements internationaux; FMI, base de données du Département Afrique.

    1Comprend le crédit bancaire aux banques centrales et autres banques, au secteur privé non bancaire et au secteur public non bancaire. Le crédit transfrontalier et le crédit octroyé par les filiales des banques déclarantes BRI aux résidents d’AfSS s’ajoutent à l’encours des créances extérieures consolidées et aux autres engagements des banques déclarantes BRI sur les pays d’AfSS, base risque ultime. Le crédit des filiales et banques locales s’ajoute au crédit correspondant accordé par le système bancaire des pays d’AfSS, tel que déclaré au FMI pour la production des statistiques financières internationales. Le graphique est plafonné à 100 % du PIB. La valeur pour les dépôts du Cap-Vert est de 115 % du PIB. Pas de données de système bancaire disponibles pour l’Éthiopie, la Guinée, le Rwanda et le Zimbabwe.

    2Comprend les pays d’AfSS dont le régime de change est classé comme parité fixe conventionnelle ou caisse d’émission, selon l’édition de 2011 du Rapport annuel sur les régimes et les restrictions de change (AREAER) du FMI.

    3Exclut les pays de la zone rand, qui dans le graphique sont regroupés avec l’Afrique du Sud pour les besoins de l’analyse.

    Graphique 2.17.Afrique subsaharienne: prévalence des contrôles d’entrées et sorties de capitaux, juin 20111

    Sources: FMI, Rapport annuel sur les régimes et les restrictions de change ; estimations des services du FMI.

    1Les indices de contrôle de capitaux de jure du FMI établissent une moyenne des indicateurs binaires de restriction dans 62 catégories de transactions de mouvements de capitaux. Les catégories comprennent les comptes de résidents et de non-résidents en monnaie locale et en devises, les restrictions liées au secteur financier et les obligations de rapatriement et de cession. L’indice établit une distinction entre les entrées (placements des non-résidents dans le pays) et les sorties (placements des résidents à l’étranger). Cet indice global de restriction peut avoir une valeur entre 0 et 1, les valeurs supérieures dénotant plus de restrictions des flux de capitaux transfrontaliers. Les indices mesurent la prévalence des contrôles, mais non leur intensité, gravité ou degré d’exécution. Les pays apparaissent par ordre d’indice décroissant au sein de chaque groupe.

    2Comprend les pays d’AfSS dont le régime de change est classé comme parité fixe conventionnelle ou caisse d’émission, selon l’édition de 2011 du Rapport annuel sur les régimes et les restrictions de change (AREAER) du FMI.

    3Exclut les pays de la zone rand, qui dans le graphique sont regroupés avec l’Afrique du Sud pour les besoins de l’analyse.

  • Les banques d’Afrique subsaharienne s’appuient sur un financement intérieur de détail relativement stable. En moyenne, environ 95 % des engagements correspondent à des résidents, principalement sous forme de dépôts (graphique 2.18). Avec le développement des circuits financiers, les emprunteurs peuvent recourir davantage aux banques locales et se financer sur les marchés locaux. Les groupes bancaires ne font appel aux financements de gros à court terme que dans quelques pays, notamment en Afrique du Sud, où ces financements proviennent d’établissements d’épargne contractuelle manifestant une forte préférence nationale. Cela dit, même avec un financement intérieur stable, on ne saurait écarter les risques de contagion. En cas de difficultés financières dans le pays d’origine, les filiales des banques européennes pourraient ainsi durcir les conditions de prêt, obéissant aux directives de gestion des risques définies à l’échelle des groupes bancaires12. De manière générale, les banques étrangères jouent un rôle important dans l’intermédiation de l’épargne intérieure, notamment par le biais de leurs filiales (graphiques 2.19 et 2.20).

    Graphique 2.18.Afrique subsaharienne: financement du système bancaire, juin 20111

    Source: FMI, Département des statistiques, base de données des statistiques financières internationales.

    1Comprend des données tirées d’informations désagrégées présentées au FMI pour la préparation des statistiques monétaires et la compilation de données de synthèse des statistiques financières internationales. Environ la moitié de l’échantillon communique des données à partir du nouveau format normalisé.

    2Comprend les pays d’AfSS dont le régime de change est classé comme parité fixe conventionnelle ou caisse d’émission, selon l’édition de 2011 du Rapport annuel sur les régimes et les restrictions de change (AREAER) du FMI.

    3Exclut les pays de la zone rand, qui dans le graphique sont regroupés avec l’Afrique du Sud pour les besoins de l’analyse.

    Graphique 2.19.Afrique subsaharienne: créances extérieures consolidées des banques déclarantes BRI sur des pays africains, 2011

    La BRI publie des statistiques sur les créances consolidées (nettes des flux intragroupes) des banques établies sur 30 grandes places financières envers la plupart des pays du monde. Ces statistiques distinguent les créances exprimées en contrepartie immédiate de celles présentées en risque ultime. Par exemple, un prêt octroyé à l’Angola par une filiale britannique implantée à Maurice apparaît, en contrepartie immédiate, comme une créance de Maurice sur l’Angola, mais en termes de risque ultime, comme une créance du Royaume-Uni. S’agissant de l’Afrique subsaharienne, la structure des créances est pratiquement la même, que l’on retienne un critère ou l’autre. La moyenne simple, pour les 45 pays d’Afrique subsaharienne, de la part des engagements transfrontaliers dans le total des engagements subsahariens envers les banques déclarantes BRI est de 50 %. La plupart des engagements internationaux sont libellés en devises. En moyenne, les entreprises privées non bancaires reçoivent la moitié des flux internationaux, le reste allant à des banques et à des organismes publics. Une part considérable (environ un tiers) de la dette en devises présente une échéance courte (inférieure à un an). Le sigle anglais GIIPS signifie Grèce, Irlande, Italie, Portugal et Espagne.

    Sources: Banque des règlements internationaux; estimations des services du FMI.

    Graphique 2.20.Afrique subsaharienne: intermédiation financière générale dans un pays moyen d’AfSS, juin 2011

    Sources: Banque des règlements internationaux; estimations des services du FMI.

  • La plupart des systèmes bancaires de la région sont liquides. Les dépôts locaux dépassent souvent le crédit intérieur (autrement dit, le ratio crédits/dépôts est nettement inférieur à 1). Le niveau des réserves obligatoires est élevé, et certains pays ont des positions de liquidités structurelles qui se traduisent par des excédents de réserves persistants. En l’état actuel des choses, les systèmes bancaires d’Afrique subsaharienne offrent une grande capacité de résistance aux chocs de liquidités, encore que certains indicateurs courants de liquidité aient connu un repli durant ces dernières années.

Même si les risques directs pour le financement sont modestes, des facteurs de vulnérabilité peuvent se manifester par le truchement du gros volume d’actifs que les résidents d’Afrique subsaharienne détiennent dans des banques européennes (banques centrales et commerciales confondues). À la date de juin 2011, les banques déclarantes BRI détenaient l’équivalent de 14 % du PIB des pays d’Afrique subsaharienne en dépôts et autres instruments financiers, tandis que les prêts extérieurs aux résidents subsahariens ne représentaient en moyenne que 6 % du PIB dans l’ensemble des pays considérés (graphique 2.21). En règle générale, les pays d’Afrique subsaharienne sont des créanciers nets des banques déclarantes BRI. En revanche, les positions en avoirs extérieurs nets des marchés émergents auprès des banques déclarantes BRI sont négatives en règle générale.

Graphique 2.21.Afrique subsaharienne: crédits extérieurs et dépôts des banques déclarantes BRI, juin 20111

Sources: Banque des règlements internationaux; FMI, base de données du Département Afrique.

1«Total» désigne l’encours des crédits extérieurs et les dépôts des banques déclarantes BRI tous secteurs confondus, à partir des statistiques bancaires territoriales de la BRI. «Établissements non bancaires» désigne les entreprises privées et le secteur public non bancaire. Les graphiques sont plafonnés à 40 % et 20 % du PIB, respectivement. Le montant correspondant aux dépôts du Cap-Vert représente 88 % dans le panneau supérieur. Les pays apparaissent par ordre décroissant du pourcentage de dépôts des banques BRI au sein de chaque groupe, exception faite de l’Afrique du Sud qui apparaît en première position.

2Comprend les pays d’AfSS dont le régime de change est classé comme parité fixe conventionnelle ou caisse d’émission, selon l’édition de 2011 du Rapport annuel sur les régimes et les restrictions de change (AREAER) du FMI.

3Exclut les pays de la zone rand, qui dans le graphique sont regroupés avec l’Afrique du Sud pour les besoins de l’analyse.

Liens indirects

Comme cela avait été le cas en 2008–09, les tensions financières en Europe représentent un risque indirect pour les banques d’Afrique subsaharienne, essentiellement par l’effet sur la production et les exportations de la région (chapitre 1).

Le travail économétrique dont rend brièvement compte l’encadré 2.2 confirme qu’une plus grande aversion pour le risque à l’échelle mondiale et la détérioration des conditions de crédit en Europe, de par leur effet sur la conjoncture économique mondiale, portent atteinte aux économies africaines. Il ressort des réactions aux impulsions que le gros des retombées négatives se concentrerait sur l’Afrique du Sud. Les pays dits pionniers seraient également touchés, mais dans une moindre mesure.

Impact sur la solidité du système bancaire de la région: état des lieux

Les indicateurs de solidité financière se ressentent, eux aussi, de la détérioration de l’environnement extérieur (encadré 2.3).

  • L’aversion pour le risque à l’échelle mondiale nuit à la liquidité et à la rentabilité des banques d’Afrique subsaharienne.

  • Comme l’on pouvait s’y attendre, la montée des prix à l’exportation a pour effet d’accroître la rentabilité des banques et de réduire leurs créances improductives, ce qui rejoint les conclusions d’autres études (Flamini, McDonald et Schumacher, 2009; Hartelius, 2010).

  • Curieusement, l’accélération de la croissance du crédit va de pair avec une diminution des créances improductives en Afrique subsaharienne. Cela s’explique vraisemblablement par des décalages temporels, car normalement ces créances se détériorent plus tard dans le cycle du crédit. Tous les épisodes de forte expansion du crédit n’aboutissent certes pas à une crise, mais la plupart des crises bancaires ont été précédées par ce type d’épisodes (Mendoza et Terrones, 2008). Il ressort de l’expérience internationale qu’une supervision rapprochée s’impose même lorsque la croissance du crédit part d’un niveau très faible et lorsqu’il est nécessaire de développer davantage les circuits financiers.

Solidité des volants de fonds propres dans la région

La capacité des systèmes bancaires d’Afrique subsaharienne à résister aux tensions financières mondiales dépend de la solidité de leurs volants de fonds propres. Comme dans beaucoup de marchés émergents, les volants de fonds propres déclarés en Afrique subsaharienne tendent à être supérieurs à ceux constatés dans les économies avancées. Comme nous l’avons vu plus haut, cela s’explique par le fait que la rentabilité dépend dans une grande mesure de conditions macrofinancières volatiles. La volatilité des bénéfices n’a sans doute pas lieu d’inquiéter si les volants de fonds propres sont suffisamment importants pour permettre aux établissements d’éponger les pertes périodiques.

Pour l’heure, au vu des statistiques déclarées, les volants de fonds propres sont solides dans l’échantillon de 33 pays d’Afrique subsaharienne pour lesquels des données sont directement disponibles. D’une valeur médiane de 19 % (avec certes une large dispersion statistique), le ratio de fonds propres au milieu de 2011 correspondait au double du minimum de 8 % établi par le Comité de Bâle (Bâle I). Bien que les tensions financières internationales aient entraîné une légère augmentation de la valeur médiane des créances improductives et une compression de la rentabilité médiane, les marges de fonds propres déclarées sont restées élevées.

Cela étant, il est possible que ces marges de fonds propres ne soient pas aussi solides qu’elles le paraissent. À cela trois raisons:

  • Du fait des contraintes de capacité de supervision et des carences des pratiques d’audit et de comptabilité, les créances improductives ne sont peut-être pas correctement comptabilisées, d’où un sous-provisionnement.

  • Dans beaucoup de pays, le crédit a connu une croissance rapide, aussi bien de la part des banques nationales que (durant ces dernières années) des banques étrangères, ce qui rend difficile la détection du «recyclage» de créances douteuses. La capacité de certains systèmes bancaires d’Afrique subsaharienne à assurer l’exécution des contrats financiers pourrait être limitée (graphique 2.22).

    Graphique 2.22.Afrique subsaharienne: facilité d’obtention du crédit (classement) et solidité des droits juridiques1

    Source: Banque mondiale, indicateurs Doing Business.

    1Pays classés par ordre de classement décroissant au regard de la solidité des droits juridiques dans chaque groupe.

    2Comprend les pays d’AfSS dont le régime de change est classé comme parité fixe conventionnelle ou caisse d’émission, selon l’édition de 2011 du Rapport annuel sur les régimes et les restrictions de change (AREAER) du FMI.

    3Exclut les pays de la zone rand, qui dans le graphique sont regroupés avec l’Afrique du Sud pour les besoins de l’analyse.

  • L’expansion dynamique des groupes bancaires panafricains soulève des difficultés en matière de supervision, notamment dans le cas des établissements constitués dans des pays où la capacité de supervision consolidée est faible.

Mécanismes de contagion panafricains

Bien que la plupart des systèmes bancaires d’Afrique subsaharienne soient relativement à l’abri de la volatilité financière extérieure, les difficultés de certaines banques panafricaines pourraient s’étendre rapidement à l’ensemble de la région.

Durant ces dernières années, des groupes bancaires panafricains ont acquis une importance systémique pour l’Afrique subsaharienne. Au moins neuf groupes financiers ont un réseau bancaire qui s’étend à au moins sept pays africains (graphique 2.23 et tableau 2.5 de l’appendice)13. Par exemple, Ecobank (groupe financier basé au Togo) a le réseau le plus étendu d’Afrique subsaharienne. Celui-ci s’étend à plus de 30 des 45 pays, et, dans au moins 18 pays, le groupe gère l’un des cinq plus grands établissements. Les groupes bancaires sud-africains et nigérians (en particulier Standard Bank/Stanbic of South Africa et United Bank for Africa du Nigéria) connaissent également une expansion énergique. La Bank of Africa, fondée au Mali, est implantée dans 11 pays d’Afrique subsaharienne. Les engagements financiers de ces établissements ne sont pas négligeables. Même à partir d’informations partielles au niveau des banques, il apparaît que ces groupes gèrent plus de 30 % des dépôts dans 13 des 45 pays d’Afrique subsaharienne examinés.

Graphique 2.23.Afrique subsaharienne: principaux groupes bancaires panafricains, juin 2011

Source: FMI, base de données du Département Afrique.

Tableau 2.5 (annexe).Afrique subsaharienne: principaux groupes bancaires panafricains, 2011(Part des dépôts, 2010, si données de BankScope disponibles)
Banques panafricaines
Afrique du Sud
EcobankOceanic (absorbée par Ecobank)United Bank for AfricaBank of AfricaAccess BankAfrilandBGFI bankBanque AtlantiqueCommercial BankABCSociété Ivoirienne de BanqueBanco EquadorIsland BankCompagnie bancaire de l'Afrique occidentaleBanque Sahélo-Saharienne pour l'Investissement et le CommerceStandard Bank Group/StanbicABSA1Nedbank2First Rand
Zone rand
Afrique du Sudx27182113
Lesothox30x
Namibiex7xx
Swaziland432321
Gros exportateurs de pétrole
Angolax
Nigéria116125x
Autres pays sans parité fixe conventionnelle
Botswana14x16x
Burundi8x
Congo, Rép. dém. du3003115
Éthiopie
Gambie6x7
Ghana9216
Guinée25x
Kenya10212
Libéria50xx
Madagascarx
Malawix20x
Maurice7
Mozambique032073
Rwanda774
Seychelles
Sierra Leone1223
Tanzanie00202x5110
Ouganda11316
Zambie1xxxx15x
CEMAC
Cameroun94218x25
République centrafricaine55227
Tchad27x13
Congo, Rép. du7x51
Guinée équatoriale4513x
Gabonxx46
UEMOA
Bénin1830x6
Burkina Faso16x18x
Côte d'Ivoire12151118
Guinée-Bissau10
Mali14125
Niger161815
Sénégal12x4xxx
Togo25x
Autres pays avec parité fixe conventionnelle
Cap-Vert0
Comores
Érythrée
São Tomé-et-Príncipe325294
Zimbabwex1114
Nombre total de filiales ou agences31417129768761111217458
Sources: Rapports annuels; BankScope; Bankers Almanac; sites Internet bancaires.Note: Un «x» dénote la présence d’une banque pour laquelle on ne dispose pas directement de données spécifiques.

Absa est une filiale de Barclays.

Nedbank a conclu un accord de coopération avec Ecobank; il s’agit d’une filiale de l’établissement britannique Old Mutual.

Sources: Rapports annuels; BankScope; Bankers Almanac; sites Internet bancaires.Note: Un «x» dénote la présence d’une banque pour laquelle on ne dispose pas directement de données spécifiques.

Absa est une filiale de Barclays.

Nedbank a conclu un accord de coopération avec Ecobank; il s’agit d’une filiale de l’établissement britannique Old Mutual.

Tableau 2.6 (annexe).Afrique subsaharienne: ratios de fonds propres, 2006–11(Pourcentage des actifs pondérés par les risques)
200620072008200920102011
Zone rand
Afrique du Sud12,312,813,014,114,914,9
Lesotho19,114,113,713,815,315,3
Namibie14,215,815,515,015,314,5
Swaziland26,323,633,828,419,818,9
Gros exportateurs de pétrole
Angola18,521,919,519,518,614,8
Nigéria40,923,422,620,97,0
Autres pays sans parité fixe conventionnelle
Botswana16,818,516,919,620,5
Burundi13,513,515,219,119,7
Congo, Rép. dém. du10,512,810,914,0
Éthiopie11,320,015,918,317,5
Gambie22,519,618,826,025,0
Ghana15,814,813,818,219,117,4
Guinée12,415,915,918,521,417,7
Kenya17,018,018,919,520,819,4
Libéria12,328,422,028,127,422,8
Madagascar
Malawi21,819,621,522,620,320,7
Maurice15,813,315,315,415,815,8
Mozambique12,514,213,915,114,417,1
Rwanda13,716,615,919,024,427,2
Seychelles19,615,412,021,621,524,2
Sierra Leone33,335,043,534,030,727,0
Tanzanie16,316,217,018,318,517,8
Ouganda17,919,320,720,920,220,3
Zambie20,418,618,622,322,119,2
CEMAC
Cameroun20,117,718,617,117,915,8
République centrafricaine22,725,526,636,530,944,2
Tchad20,122,319,323,726,625,8
Congo, Rép. du25,429,726,529,721,016,9
Guinée équatoriale19,519,013,731,526,624,2
Gabon17,814,319,424,022,616,4
UEMOA
Bénin1,43,010,9
Burkina Faso8,48,37,46,3
Côte d'Ivoire12,49,59,3
Guinée-Bissau18,214,911,717,8
Mali9,210,811,49,916,917,4
Niger10,911,04,99,16,5
Sénégal13,113,613,916,518,217,2
Togo2,8-13,713,512,314,4
Autres pays avec parité fixe conventionnelle
Cap-Vert11,011,412,011,415,613,6
Comores
Érythrée14,016,014,019,0
São Tomé-et-Príncipe19,816,724,723,227,9
Zimbabwe26,519,243,521,615,3
Source: autorités nationales.
Source: autorités nationales.
Tableau 2.7 (annexe).Afrique subsaharienne: créances improductives, 2006–11(Pourcentage des prêts)
200620072008200920102011
Zone rand
Afrique du Sud1,11,43,95,95,84,7
Lesotho2,11,42,13,23,12,4
Namibie2,62,83,12,72,01,9
Swaziland7,77,57,68,69,37,5
Gros exportateurs de pétrole
Angola4,82,92,42,68,62,4
Nigéria10,09,57,236,120,1
Autres pays sans parité fixe conventionnelle
Botswana1,51,31,63,26,1
Burundi1,41,61,45,44,3
Congo, Rép. dém. du
Éthiopie
Gambie10,413,712,314,512,9
Ghana7,96,47,716,217,614,1
Guinée10,510,94,59,55,52,8
Kenya20,210,69,07,96,24,4
Libéria42,416,417,410,925,120,8
Madagascar9,18,911,312,413,9
Malawi5,03,43,23,23,93,9
Maurice3,02,52,03,32,82,6
Mozambique3,12,61,91,81,92,6
Rwanda25,018,112,613,110,88,0
Seychelles4,42,32,03,85,58,1
Sierra Leone26,925,617,910,615,615,1
Tanzanie6,86,36,26,69,86,8
Ouganda2,94,12,24,22,12,2
Zambie11,38,87,212,614,810,4
CEMAC
Cameroun12,312,511,512,714,814,8
République centrafricaine32,930,421,321,313,914,7
Tchad12,411,38,010,412,19,8
Congo, Rép. du1,42,71,61,52,11,5
Guinée équatoriale14,311,39,911,87,25,5
Gabon10,77,68,57,29,95,5
UEMOA
Bénin19,417,118,716,615,5
Burkina Faso9,4
Côte d'Ivoire
Guinée-Bissau2,38,25,07,23,5
Mali25,025,125,321,921,518,5
Niger21,816,716,014,78,9
Sénégal16,818,617,418,720,2
Togo29,022,314,914,6
Autres pays avec parité fixe conventionnelle
Cap-Vert3,95,03,14,14,26,0
Comores
Érythrée
São Tomé-et-Príncipe44,326,619,310,29,7
Zimbabwe4,25,36,51,83,1
Source: autorités nationales.
Source: autorités nationales.
Tableau 2.8 (annexe).Afrique subsaharienne: rendement des actifs, 2006–11(Pourcentage annuel)
200620072008200920102011
Zone rand
Afrique du Sud11,41,41,51,11,21,5
Lesotho0,31,72,72,82,72,8
Namibie1,53,54,23,03,52,9
Swaziland2,91,94,02,52,42,4
Gros exportateurs de pétrole
Angola2,72,72,43,43,02,7
Nigéria0,30,50,4-1,52,1
Autres pays sans parité fixe conventionnelle
Botswana6,12,62,92,80,9
Burundi1,72,32,32,62,5
Congo, Rép. dém. du
Éthiopie2,92,73,23,43,4
Gambie4,50,1-1,6-0,50,3
Ghana4,83,73,22,83,83,9
Guinée5,34,13,22,01,92,5
Kenya2,73,02,82,93,73,3
Libéria-0,50,60,70,60,5-0,7
Madagascar3,32,91,65,36,5
Malawi4,24,94,84,74,23,2
Maurice1,71,91,71,61,41,6
Mozambique4,03,83,53,02,62,5
Rwanda2,41,52,40,72,02,2
Seychelles2,74,24,93,53,73,7
Sierra Leone5,83,12,21,63,43,8
Tanzanie3,94,73,83,22,22,7
Ouganda3,33,44,02,03,04,0
Zambie5,14,73,62,12,93,7
CEMAC
Cameroun1,31,11,1-0,30,40,2
République centrafricaine3,83,92,31,62,92,7
Tchad1,81,71,90,11,60,4
Congo, Rép. du2,12,92,51,92,30,9
Guinée équatoriale1,21,01,71,31,50,6
Gabon2,52,71,82,80,50,8
UEMOA
Bénin0,7
Burkina Faso
Côte d'Ivoire
Guinée-Bissau
Mali13,5-0,80,80,61,41,4
Niger1,7
Sénégal1,61,61,41,3
Togo
Autres pays avec parité fixe conventionnelle
Cap-Vert0,81,21,30,70,70,3
Comores
Érythrée3,03,02,0
São Tomé-et-Príncipe-2,8-0,9-1,00,10,7
Zimbabwe16,710,335,60,51,9
Source: autorités nationales.

Comme dans le Rapport sur la stabilité financière dans le monde (GFSR) du FMI, les chiffres correspondent au rendement avant impôts, à la différence de ceux publiés dans le rapport de stabilité financière de la banque centrale sud-africaine.

Source: autorités nationales.

Comme dans le Rapport sur la stabilité financière dans le monde (GFSR) du FMI, les chiffres correspondent au rendement avant impôts, à la différence de ceux publiés dans le rapport de stabilité financière de la banque centrale sud-africaine.

Tableau 2.9 (annexe).Afrique subsaharienne: rendement des fonds propres, 2006–11(Pourcentage annuel)
200620072008200920102011
Zone rand
Afrique du Sud118,318,126,918,018,321,0
Lesotho4,521,036,233,330,928,9
Namibie19,944,952,138,441,933,9
Swaziland21,214,822,714,914,413,8
Gros exportateurs de pétrole
Angola28,823,626,536,532,127,2
Nigéria1,93,01,9-9,665,4
Autres pays sans parité fixe conventionnelle
Botswana66,943,245,456,59,1
Burundi17,526,429,722,821,8
Congo, Rép. dém. du
Éthiopie
Gambie36,40,8-24,94,81,8
Ghana39,635,830,123,628,627,2
Guinée73,244,839,624,525,432,5
Kenya27,228,325,224,830,732,2
Libéria-4,14,55,43,40,3-4,7
Madagascar0,40,40,20,50,5
Malawi36,039,935,134,229,424,2
Maurice22,426,424,321,020,022,1
Mozambique60,850,744,736,632,526,5
Rwanda27,015,518,55,011,210,6
Seychelles41,864,268,438,840,141,0
Sierra Leone17,010,37,24,012,115,6
Tanzanie26,729,023,218,412,115,1
Ouganda27,327,827,712,721,327,4
Zambie30,635,120,89,412,125,5
CEMAC
Cameroun13,812,813,0-2,95,22,2
République centrafricaine20,622,814,08,916,014,7
Tchad15,515,417,31,012,73,1
Congo, Rép. du35,340,832,523,328,014,2
Guinée équatoriale17,713,923,918,514,95,4
Gabon23,532,320,817,25,18,6
UEMOA
Bénin-4,81,012,56,08,2
Burkina Faso
Côte d'Ivoire
Guinée-Bissau14,4-12,0-3,6-2,56,2
Mali8,7-14,012,910,015,215,2
Niger3,84,60,223,414,5
Sénégal14,514,611,618,6
Togo4,88,512,75,8
Autres pays avec parité fixe conventionnelle
Cap-Vert15,621,721,39,68,23,7
Comores
Érythrée
São Tomé-et-Príncipe-2,80,9-3,71,8
Zimbabwe66,341,155,41,911,0
Source: autorités nationales.

Comme dans le Rapport sur la stabilité financière dans le monde (GFSR) du FMI, les chiffres correspondent au rendement avant impôts, à la différence de ceux publiés dans le rapport de stabilité financière de la banque centrale sud-africaine.

Source: autorités nationales.

Comme dans le Rapport sur la stabilité financière dans le monde (GFSR) du FMI, les chiffres correspondent au rendement avant impôts, à la différence de ceux publiés dans le rapport de stabilité financière de la banque centrale sud-africaine.

Encadré 2.2.Effets de contagion de la situation financière mondiale en Afrique subsaharienne—Application du modèle GVAR

Il ressort de l’application du modèle mondial d’autorégression vectorielle (GVAR) que les chocs liés à l’aversion pour le risque à l’échelle mondiale et aux conditions de crédit en Europe se transmettent systématiquement à l’Afrique subsaharienne. La modélisation de type GVAR se prête particulièrement bien à l’étude de la contagion financière (Dees et al., 2007; Pesaran et al., 2009a et 2009b; Smith et Galesi, 2011), et elle offre un éclairage sur les relations dynamiques entre le PIB réel, le crédit réel au secteur privé, les exportations, les taux d’intérêt réels à court terme et les dépenses publiques dans un pays et à l’échelle internationale. Le modèle GVAR a été appliqué à l’Afrique subsaharienne en utilisant des données trimestrielles pour la période allant du premier trimestre de 1991 à la fin du premier trimestre de 2011 (Meyer-Cickel et Canales-Kriljenko, à paraître). Compte tenu des différences de niveau de développement financier au sein de la région, l’Afrique subsaharienne a été subdivisée en quatre groupes: Afrique du Sud, marchés pionniers, pays en développement financier et exportateurs de produits de base, dont la croissance présente souvent une dynamique très particulière (voir l’édition d’avril 2010 des Perspectives économiques régionales)1.

En quoi une poussée soudaine de l’indice VIX (valeur approchée de l’aversion mondiale pour le risque) semblable à celle constatée lors de la crise bancaire de Lehman Brothers pourrait-elle toucher l’Afrique subsaharienne? D’après le GVAR, elle se manifesterait par une diminution de la demande extérieure, un repli des cours des produits de base (graphique 1) et un durcissement des conditions financières à l’échelle mondiale. Ces facteurs auraient pour résultat net une contraction de l’activité économique en Afrique subsaharienne, encore que cet effet présenterait des variations au sein de la région. Cette contraction serait marquée en Afrique du Sud, modeste dans les pays pionniers et en développement financier (graphique 2) et fortement variable dans les autres régions du monde (graphique 3).

Graphique 1.Monde: Aggravation du risque et prix du pétrole1

Source: estimations des services du FMI.

1Fonction de réaction à une impulsion généralisée des prix du pétrole à un choc positif d’un écart-type à l’indice VIX.

Graphique 2.Afrique subsaharienne: aversion pour le risque et effets sur la production1

Source: estimations des services du FMI.

1Effets sur la production régionale à un horizon de 30 trimestres d’un sursaut de l’indice de volatilité imputable à une faillite de type Lehman.

Graphique 3.Monde: un choc dans la perception du risque entraîne une diminution de la production mondiale1

Source: estimations des services du FMI.

1Effets sur la production mondiale à un horizon de 30 trimestres d’un sursaut de l’indice de volatilité imputable à une faillite de type Lehman.

En quoi un assèchement du crédit en Europe pourrait-il nuire à l’Afrique subsaharienne? Les réactions aux impulsions font apparaître que des chocs indépendants sur les conditions de crédit en Europe, comme ceux qui se produiraient durant des épisodes de tensions bancaires sur ce continent, auraient tendance à provoquer une contraction de l’activité économique chez les principaux partenaires commerciaux en Afrique subsaharienne. La compression du crédit en Europe aurait des retombées négatives sur les conditions de crédit en Afrique du Sud, dans les pays exportateurs de produits de base et dans les pays en développement financier. Bien que modeste, l’effet ne serait pas pour autant négligeable. Par ailleurs, la dynamique du crédit dans les économies pionnières d’Afrique subsaharienne semble ne pas être liée à celle qui prévaut en Europe. La croissance ralentirait dans tous les pays subsahariens, mais notamment en Afrique du Sud et dans les pays émergents d’Afrique subsaharienne en raison de la compression du crédit en Europe (graphique 4)2.

Graphique 4.Afrique subsaharienne: retombées des chocs du crédit en Europe1

Source: estimations des services du FMI.

1Fonction de réaction à une impulsion généralisée de la production à un choc négatif au crédit privé en Europe.

L’utilisation de la méthode GVAR fournit des données empiriques d’après lesquelles les conditions financières mondiales auraient une incidence économique et financière sur l’Afrique subsaharienne. Elle montre que l’effet est plus important si les tensions financières dans une région provoquent une aversion pour le risque à l’échelle mondiale. Par ailleurs, la simulation signale qu’un choc sur les prêts bancaires, sans autres retombées sur l’aversion pour le risque, n’aurait en général qu’un impact relativement faible sur les prêts bancaires et la croissance du PIB en Afrique subsaharienne.

1Par manque de données, le nombre de pays utilisés pour calculer les agrégats régionaux est réduit. Dans l’échantillon, les pays pionniers comprennent le Kenya, Maurice et l’Ouganda. Les pays en développement financier comprennent le Bénin, le Burkina Faso, la Gambie, le Malawi, le Mali, le Niger et le Sénégal. Les pays exportateurs de produits de base incluent le Cameroun, la République du Congo, le Gabon, la Guinée équatoriale, le Nigéria et le Tchad.2Les comparaisons entre régions doivent être interprétées avec une certaine prudence compte tenu des différences de qualité et de disponibilité des données (y compris sur le développement du secteur bancaire) et de l’importance des changements structurels dans beaucoup de pays de l’échantillon.Cet encadré a été préparé par Alexis Meyer-Cirkel.

L’expansion de ces banques a amélioré la concurrence et produit des économies d’échelle, car, dans certains pays, les marchés locaux sont très restreints. Cependant, même si, par rapport à d’autres régions, l’Afrique subsaharienne présente de bons résultats en matière d’observation des principes fondamentaux de Bâle I (graphique 2.24), elle présente deux faiblesses fondamentales sur la plan de la supervision (Beck et al., 2011; Lukonga, 2010):

  • La supervision bancaire consolidée doit être beaucoup plus développée. Dans la plupart des pays, les indicateurs de solidité financière ne donnent peut-être pas un reflet fidèle de la véritable situation de tel établissement ou telle filiale, car on ne peut exclure les transferts de positions à risque d’un bilan à un autre au sein d’un même groupe, et encore moins les suivre de manière effective.

  • La coordination effective entre les instances de contrôle des pays d’origine et d’accueil présente des difficultés, encore que des efforts aient été engagés dans certains cas pour la renforcer grâce à la négociation de protocoles d’accord entre pays.

Graphique 2.24.Monde: observation des principes fondamentaux de Bâle, 2011

Source: Base de données sur les normes et codes.

Au vu de ces faiblesses, les groupes bancaires panafricains ne font sans doute pas l’objet d’une supervision suffisante; aussi pourraient-ils se transformer en vecteurs de contagion transnationale.

Politiques Pour Renforcer la RÉsilience du Secteur Financier

En dépit des signes d’embellie, les perspectives économiques mondiales restent soumises à des risques baissiers considérables qui, s’ils se matérialisaient, auraient des retombées négatives sur les économies et les systèmes bancaires subsahariens. Des mesures s’imposent pour renforcer la supervision des systèmes bancaires et veiller à préserver la résilience qu’ils ont manifestée jusqu’à présent.

Gestion de liquidité extérieure et coopération dans la supervision transnationale

Au vu des tensions financières extérieures, les gouvernements ont sans doute intérêt à surveiller le placement d’avoirs extérieurs pour veiller à ce que les banques commerciales et les banques centrales soient en mesure d’appliquer effectivement les directives de gestion des risques dans le but de préserver la liquidité et la disponibilité de ces avoirs. En outre, les instances de réglementation devraient envisager la pertinence des formules d’enclavement des filiales locales de groupes bancaires internationaux.

Renforcement de la capacité effective de supervision

Durant la décennie écoulée, beaucoup de pays africains ont entrepris des réformes législatives pour renforcer la réglementation du secteur bancaire. La capacité de supervision pourrait toutefois être améliorée davantage, au même titre que la mise en application effective de la réglementation prudentielle. Dans plusieurs pays, les instances de contrôle manquent d’outils pour appliquer en temps opportun les mesures correctives, et elles ne jouissent pas de l’indépendance requise pour adopter des mesures de redressement. Par manque d’experts et de moyens qualifiés, les superviseurs bancaires ne peuvent pas évaluer pleinement l’efficacité des processus et des pratiques de gestion des risques des établissements bancaires.

Les gouvernements doivent faire progresser davantage leurs plans d’action dans les sphères de la supervision et de la réglementation. Ils doivent pour cela:

  • Renforcer les instances de supervision en les dotant d’effectifs et de financements suffisants et en leur accordant une protection juridique et un pouvoir d’action corrective adéquats dans l’exercice de leur mandat.

  • Renforcer les critères de classification des créances, les exigences de provisionnement et les normes d’audit pour améliorer la valorisation des actifs et les évaluations de fonds propres. De manière plus précise, les pays qui enregistrent une croissance rapide du crédit doivent renforcer la supervision.

  • Accroître la capacité de réalisation de tests de résistance afin de déterminer si les volants de fonds propres et de liquidités sont suffisants.

  • Améliorer la capacité de supervision consolidée pour les groupes bancaires et financiers panafricains implantés dans plusieurs pays d’Afrique subsaharienne, notamment en veillant à ce que les instances de supervision des pays d’origine soient mieux à même d’obtenir des informations sur les transactions au sein d’un groupe donné et de surveiller les opérations de toutes les unités du groupe. Des collèges de superviseurs chargés de surveiller les groupes bancaires devraient être formés à partir de représentants de différents pays. Pour mettre en place ce type d’instances, et assurer une communication appropriée entre superviseurs, il faudra sans doute revoir les restrictions dont fait actuellement l’objet le partage d’informations bancaires.

  • Promouvoir une meilleure coordination et un meilleur partage de l’information entre superviseurs du pays d’origine des banques internationales implantées en Afrique subsaharienne et les superviseurs des pays d’accueil des filiales. Comme le recommandait le récent rapport conjoint au G-20 (CSF, FMI, Banque mondiale, 2011), les collèges de superviseurs chargés des grandes banques internationales doivent comprendre des représentants des autorités des pays d’accueil lorsque les filiales revêtent une importance systémique pour le système financier local, même si les opérations locales de l’établissement en question ne représentent qu’une part modeste des activités du groupe international. À cet égard, il importe de veiller à ce que les informations soient partagées de manière complète et en temps opportun avec les superviseurs locaux et que ce partage s’appuie sur des instruments juridiques et des accords de confidentialité appropriés.

  • Promouvoir la coordination transnationale des réformes réglementaires afin de réduire les risques d’arbitrage.

Cadres institutionnels pour les politiques macroprudentielles

De manière à pouvoir internaliser les effets des politiques macroéconomiques, tenir compte des risques systémiques pour la solidité des systèmes bancaires et mieux coordonner les ripostes à l’évolution de l’environnement extérieur, les pays d’Afrique subsaharienne gagneraient à adopter des dispositifs institutionnels permettant aux autorités monétaires, budgétaires et financières de communiquer à un haut niveau. La supervision macroprudentielle a pour vocation d’atténuer de manière prospective les risques systémiques, et elle présente donc une grande importance dans les pays, tels que les producteurs de pétrole, qui peuvent subir lourdement l’effet des fluctuations des prix internationaux ou de la demande extérieure, ou bien dans les pays où la présence de groupes bancaires panafricains d’importance systémique exige que l’on tienne compte du risque de contagion régionale. Les caractéristiques des dispositifs institutionnels dépendent des particularités de chaque pays (Nier et al., 2011). La création d’unités de stabilité financière au sein des banques centrales peut être utile.

Réglementation prudentielle anticyclique

Le comportement cyclique des indicateurs de solidité financière dans la région souligne l’importance des réglementations prudentielles anticycliques prospectives. Il ressort toutefois de l’expérience régionale qu’il pourrait être utile de les rattacher aux prix des produits de base et au cycle du crédit, et non pas uniquement à la croissance du PIB, comme cela est généralement le cas dans le provisionnement dynamique (Saurina, 2009); pour les options de riposte aux expansions de crédit, voir également Dell’Ariccia et al. (à paraître).

Gestion et résolution des crises

Les gouvernements d’Afrique subsaharienne pourraient tirer parti des exercices de simulation de crise, car ceux-ci permettraient de mettre en évidence les lacunes des dispositifs nationaux de gestion des crises bancaires et de résolution des établissements en difficulté. Les aspects juridiques et opérationnels de la résolution des crises bancaires exigent une attention toute particulière, notamment dans le cas des établissements d’importance systémique intervenant dans différents pays. Comme la plupart des pays d’Afrique subsaharienne n’ont pas de régime explicite de garantie des dépôts, les banques centrales seront sans doute amenées à dresser un inventaire des outils dont elles disposent pour faire face aux crises systémiques de liquidité. Les dispositifs institutionnels nécessaires devant régir les prises de décisions politiquement délicates à l’égard du système bancaire doivent être mobilisés et mis à l’essai à intervalles périodiques.

Encadré 2.3.Déterminants des indicateurs de solidité financière: constats fondés sur des données relatives aux établissements bancaires

Il ressort des données recueillies sur 71 banques commerciales d’Afrique subsaharienne que l’environnement extérieur et l’activité du secteur réel et du secteur financier au plan national ont une incidence sur la solidité financière des banques de la région (graphique 1). Les relations sont suffisamment fortes pour être significatives dans les régressions sur données de panel (Canales-Kriljenko, à paraître). De manière plus précise:

  • Une augmentation de l’indice VIX (indice de la volatilité des marchés boursiers américains qui offre une valeur approchée de l’aversion pour le risque à l’échelle mondiale et a été étroitement lié aux tensions financières) aboutit, après un délai d’un an, à une augmentation des ratios de créances improductives et compromises, à une diminution des rendements des actifs et des ratios de fonds propres, et à un resserrement des indicateurs de liquidité.

  • Les retombées se manifestent principalement (mais non exclusivement) de manière indirecte, en ce sens qu’une augmentation du VIX s’accompagne d’une contraction de l’activité économique et des échanges à l’échelle mondiale et d’une baisse des cours des produits de base. Les régressions sur données de panel font apparaître que le repli de la croissance mondiale et des prix à l’exportation va de pair avec un relèvement des ratios de créances improductives et compromises et un renforcement des positions de liquidités. Un lien apparaît aussi entre la diminution des prix à l’exportation et l’affaiblissement des ratios de fonds propres pondérés des risques.

Graphique 1.Afrique subsaharienne: données de panel sur les indicateurs de solidité financière des établissements bancaires, 2006–10

Source: BankScope.

Parmi les variables nationales, une montée de la croissance peut expliquer un meilleur rendement des actifs bancaires, mais elle ne semble pas expliquer le comportement des créances improductives, de la liquidité ou des fonds propres. L’augmentation des rendements s’explique en partie par la capacité des banques à accroître leurs marges de taux d’intérêt en période d’expansion, ce qui semblerait plutôt dénoter un ascendant sur le marché. L’augmentation du crédit réel présente un lien très solide avec la diminution des ratios de créances improductives et compromises et une augmentation des indicateurs de liquidité (tableau 1). Autrement dit, les conditions de crédit joueraient, semble-t-il, un rôle important dans l’évolution des indicateurs de solidité bancaire. Il ressort également de ce constat que, dans l’évaluation de la qualité sous-jacente des portefeuilles de crédit, la réglementation prudentielle doit tenir compte du cycle du crédit plutôt que du cycle du PIB aux fins de correction.

Tableau 1.Régression empilée multivariée sur les indicateurs de solidité financière des établissements bancaires1(Coefficients bêta, sauf indication contraire)
UnitésROAROENPLLSTLCTINTMARINTREV
VIX (t-1)Valeur indice-0,050***-0,1940,027***-0,191***-0,191***-0,018***-0,056***
Croissance prix exportationsPourcentage annuel0,051**-0,354**-0,0740,115**0,115**-0,0090,005
Croissance crédit réelPourcentage annuel-0,0850,828-0,446***1,018***1,018***-0,032-0,029
R2 ajusté0,170,020,600,650,650,770,70
Nombre de coupes transversales71717171717171
Observations (équilibrées) de couples284284284284284284284
Prob. (statistique F)0,000,310,000,000,000,000,00
Durbin Watson3,333,551,942,022,021,851,62
Source: Canales-Kriljenko, Jorge Iván, à paraître (Washington: Fonds monétaire international).Note: Explication des acronymes: ROA (rendement des actifs), ROE (rendement des fonds propres), NPL (créances improductives), LST (actifs liquides/dépôts et financement à court terme), LCT (actifs liquides/financement clients et à court terme), INTMAR (marge de taux d’intérêt) et INTREV (produit des intérêts).

La méthode d’estimation est celle des moindres carrés sur données empilées, en utilisant une coupe transversale White sur les erreurs type et la covariance.

Source: Canales-Kriljenko, Jorge Iván, à paraître (Washington: Fonds monétaire international).Note: Explication des acronymes: ROA (rendement des actifs), ROE (rendement des fonds propres), NPL (créances improductives), LST (actifs liquides/dépôts et financement à court terme), LCT (actifs liquides/financement clients et à court terme), INTMAR (marge de taux d’intérêt) et INTREV (produit des intérêts).

La méthode d’estimation est celle des moindres carrés sur données empilées, en utilisant une coupe transversale White sur les erreurs type et la covariance.

Cet encadré a été préparé par Jorge Iván Canales-Kriljenko.

Ce chapitre a été rédigé par Jorge Iván Canales-Kriljenko, Mauro Mecagni et Alexis Meyer-Cirkel, avec le concours de Sandra Donnally, Samuel Fahlberg, Emily Forrest, Cleary Haines, Brian Moon et Luiz Edgard R. Oliveira en matière de recherche, de Jenny Kletzin DiBiase pour la mise en forme, ainsi que de Natasha Minges et Anne O’Donoghue pour l’assistance administrative.

À l’exception de quelques pays d’Afrique australe et de places financières offshore telles que Maurice et les Seychelles, les systèmes financiers de la plupart des pays d’Afrique subsaharienne sont dominés par les banques et les autres établissements de dépôts. Faute de données, il est impossible d’examiner l’évolution des établissements de microcrédit, qui jouent un rôle financier utile et croissant, ou des banques islamiques.

Les systèmes bancaires de la zone franc ont aussi bien résisté aux tensions politiques qu’a connues la Côte d’Ivoire en 2010.

Par liens directs, on entend les relations entre les systèmes financiers des pays, tandis que les liens indirects sont les voies de contagion macroéconomiques.

Les évaluations financières réalisées par la Banque mondiale et le FMI dans le cadre du PESF fournissent d’abondantes informations sur les systèmes bancaires ainsi que sur la qualité de la supervision et des contrôles bancaires dans les pays considérés.

Des dispositifs de cantonnement pourraient aussi être utiles à éviter que les problèmes des banques mères non africaines ne s’étendent à leurs filiales africaines.

Les marchés pionniers sont les suivants: Angola, Ghana, Kenya, Maurice, Mozambique, Nigéria, Ouganda, Sénégal, Tanzanie, Zambie et Zimbabwe (voir FMI, 2011).

On trouvera une évaluation préliminaire dans FMI, 2009 (chapitre II).

En particulier, les dépôts bancaires ont augmenté en Afrique subsaharienne de 3 points de PIB, en moyenne, entre juin 2008 et juin 2009, puis encore de 3 points entre juin 2009 et juin 2011.

On ne peut imputer entièrement ce repli à la crise; la loi sur le crédit national (National Credit Act), entrée en vigueur au milieu de 2007, a aussi joué un rôle. Elle imposait des critères plus stricts pour l’octroi de prêts bancaires, en particulier pour les prêts hypothécaires.

Voir l’édition d’avril 2012 du Rapport sur la stabilité financière dans le monde du FMI (FMI, 2012).

Il est possible que les données bancaires globales masquent certains engagements élevés au plan institutionnel, mais il est peu probable que ces engagements soient d’importance systémique.

Le risque peut être plus faible si les filiales d’Afrique subsaharienne représentent une part importante du bénéfice ou des perspectives de croissance de la banque à l’échelle mondiale.

Certaines de ces banques régionales centralisent la gestion de trésorerie, les décisions d’octroi de crédit et le soutien opérationnel (Lukonga, 2010).

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