Chapter

Maintenir la croissance

Author(s):
International Monetary Fund. African Dept.
Published Date:
October 2011
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Introduction Et Résumé

Tout porte à croire que l’année en cours sera, elle aussi, une année encourageante pour la plupart des économies d’Afrique subsaharienne. Sous l’effet surtout du dynamisme de la demande intérieure, mais aussi du niveau élevé des cours des produits de base, l’économie de la région devrait croître de 5¼ % en 2011. Pour 2012, nos projections de référence laissent entrevoir une croissance meilleure, de 5¾ %, en tenant compte notamment des mesures ponctuelles de stimulation de la production dans plusieurs pays.

Mais il y a des fantômes au banquet. Bien que le niveau élevé des cours des produits de base puisse être bénéfique pour la région, la hausse des prix mondiaux de l’alimentation et de l’énergie, maintenant amplifiée par la sécheresse qui sévit par endroits, a mis à mal les budgets des pauvres et, dans plusieurs pays, provoqué une poussée d’inflation. De plus, les hésitations de la reprise mondiale menacent d’assombrir les perspectives d’exportation et de croissance. En particulier, nos projections pour 2012 reposent en grande partie sur l’hypothèse que le rythme de croissance de l’économie mondiale se maintiendra autour de 4 %. Si la croissance continue de ralentir dans les pays avancés et que la demande mondiale s’en trouve freinée, l’expansion en cours dans la région connaîtra vraisemblablement de grandes difficultés, les pays les plus exposés étant l’Afrique du Sud et quelques autres qui sont plus intégrés à l’économie mondiale.

Au cours des mois à venir, les autorités devront gérer un équilibre délicat entre, d’une part, la nécessité d’affronter les défis engendrés par la vigueur de la croissance et les récents chocs exogènes et, d’autre part, celle d’éviter les effets potentiellement négatifs d’un nouveau ralentissement de l’activité mondiale. Comme toujours, beaucoup dépendra de la situation particulière de chaque pays, mais l’on peut poser certains principes généraux.

  • Dans certains pays moins dynamiques, qui sont surtout des pays à revenu intermédiaire, parmi lesquels l’Afrique du Sud, et où la liberté d’action des autorités n’est pas soumise à des contraintes financières, la production et l’emploi n’ont toujours pas retrouvé leurs niveaux d’avant la crise. Il est clair que, en pareil cas, les pouvoirs publics doivent continuer de soutenir la croissance de la production, à plus forte raison si la croissance de l’économie mondiale vacille.

  • Dans la plupart des pays à faible revenu, la croissance continue de s’accélérer, mais les autorités tardent à abandonner l’orientation accommodante qu’ils avaient donnée à leur politique économique face au ralentissement mondial. Certains ont déjà pris tellement de retard à cet égard que l’inflation y est en forte hausse. Dans ces conditions :

    • Pour autant que l’économie mondiale suive le scénario de référence décrit dans les Perspectives de l’économie mondiale, qui prévoit une croissance régulière mais faible, ces pays devraient fonder résolument leur politique budgétaire sur des considérations de moyen terme et resserrer leur politique monétaire partout où l’inflation hors alimentation a dépassé 10 %.

    • En cas de ralentissement de l’activité mondiale, sous réserve des contraintes de financement, les autorités devraient s’attacher à maintenir les initiatives de dépenses déjà prévues, en laissant jouer les stabilisateurs automatiques du côté des recettes. Cependant, si le ralentissement mondial devait persister, il faudra alors revoir les projets de dépenses pour s’assurer qu’ils sont compatibles avec un fléchissement de la croissance et les hypothèses de financement. Là où l’inflation hors alimentation est élevée, il conviendrait d’attendre qu’elle retombe en dessous de 10 % pour soutenir l’activité au moyen de la politique monétaire.

    • En ce qui concerne les pays exportateurs de pétrole, l’amélioration des termes de l’échange offre une bonne occasion de constituer des marges de manœuvre pour parer à un regain de volatilité des prix.

Certains signes encourageants indiquent que la croissance vigoureuse enregistrée récemment par la région a été d’assez bonne qualité. Les chapitres analytiques de cette édition des Perspectives économiques régionales étudient en particulier deux aspects touchant à la qualité de la croissance :

  • Le chapitre 2 examine le caractère plus ou moins solidaire de la croissance vigoureuse enregistrée récemment par la région, en se fondant essentiellement sur une analyse détaillée de l’évolution de la consommation des quartiles les plus pauvres de la population dans six pays. Globalement, dans trois des économies à croissance forte de cet échantillon, la croissance économique a été relativement solidaire, les quartiles les plus pauvres de la population ayant bénéficié d’augmentations annuelles assez remarquables de la consommation. Conjugués à d’autres signes que la pauvreté a nettement reculé et que les indicateurs sociaux se sont sensiblement améliorés dans les pays à croissance forte de la région, tous ces éléments renforcent de façon importante l’idée que la croissance joue un rôle central.

  • Le chapitre 3 examine dans quelle mesure les pays ont pu percer sur de nouveaux marchés porteurs. Au cours de la décennie écoulée, il y a eu une réorientation rapide et prononcée des exportations vers la Chine, l’Inde et d’autres pays en développement. Désormais, plus de la moitié des échanges commerciaux de la région (exportations et importations) s’effectuent avec des pays autres que les partenaires traditionnels; et les flux d’investissements évoluent dans le même sens. La réorientation du commerce a notamment pour avantage immédiat de réduire la volatilité des exportations et de la production.

Croissance Et Risques

L’année 2011 se caractérise par deux évolutions contrastées dans la région. D’un côté, la croissance n’a jamais été aussi forte et généralisée depuis de nombreuses années dans beaucoup de pays. D’un autre côté, les événements survenus en 2011 dans le monde et dans les différents pays de la région ont mis en évidence la fragilité des conditions économiques en Afrique subsaharienne. En particulier, la flambée des prix mondiaux de l’alimentation et de l’énergie entraîne des bouleversements dans de nombreux pays de la région, surtout pour les populations urbaines pauvres; de plus, la sécheresse dans l’Est de l’Afrique entraîne une immense détresse humaine, avec notamment le déplacement de près d’un million de personnes de la Somalie vers l’Éthiopie et le Kenya. En outre, le regain de turbulences sur les marchés financiers mondiaux et la mise à nu des faiblesses des économies avancées vont sans doute accentuer les risques de décélération par rapport à nos projections centrales. Cette section, consacrée aux évolutions macroéconomiques engendrées par ces deux tendances, présente notre scénario de référence, selon lequel les risques de décélération, qui menacent désormais de faire tomber la croissance de l’activité économique mondiale en dessous de 4 %, demeurent contenus.

Si l’expansion de l’économie mondiale se poursuit au rythme de 4 % en 2011 et 2012, la croissance économique de l’Afrique subsaharienne devrait rester assez vigoureuse cette année et l’année prochaine (graphiques 1.1 et 1.2 et tableau 1.1). En particulier :

  • Dans la plupart des sept pays exportateurs de pétrole de la région, le dynamisme persistant de la demande de pétrole devrait alimenter une hausse de la production de pétrole et de gaz, et les activités non pétrolières, surtout dans le secteur public, sont soutenues par la remontée des recettes provenant des hydrocarbures — un schéma particulièrement évident en Angola. En conséquence, la croissance devrait, selon les projections, atteindre en moyenne 6 % cette année et 7 % en 2012 dans les pays exportateurs de pétrole.

  • Dans les pays à revenu intermédiaire, maintenant au nombre de onze1, la croissance devrait être de l’ordre de 4 à 4½ % en 2011 et 2012, taux moins élevé qu’avant la crise financière mondiale. Les turbulences qui ont agité récemment les marchés mondiaux, ainsi que l’effet de freinage qu’elles auront probablement sur la croissance des pays avancés, devraient limiter la croissance en Afrique du Sud à 3½ % cette année et l’année prochaine. Autre pays faisant exception dans ce groupe, le Swaziland a de graves problèmes budgétaires qui entraîneront une réduction des dépenses publiques et privées.

  • Dans les vingt-six pays à faible revenu et États fragiles de la région, la vigueur de la croissance observée récemment devrait se maintenir. Hormis en Côte d’Ivoire, où le conflit civil a fortement perturbé l’activité économique cette année, la croissance des pays à faible revenu et des États fragiles devrait, d’après les projections, atteindre environ 6 % en moyenne (5 % si l’on inclut la Côte d’Ivoire) et frôler 7 % en 2012. Ce dynamisme continu de la croissance en 2012 s’explique en partie par les nouvelles productions minières dans plusieurs pays, dont le Niger et la Sierra Leone.

Graphique 1.1.Afrique subsaharienne : croissance de la production

Sources : FMI, Perspectives de l’économie mondiale et base de données du Département Afrique.

Graphique 1.2.Afrique subsaharienne : indicateurs macroéconomiques, décembre 2005–juin 20111

Sources : FMI, base de données de International Financial Statistics et base de données du Département Afrique.

Note : Le nombre de pays couverts est limité par la disponibilité de données mensuelles. Par exemple, les chiffres relatifs à l’inflation selon l’IPC couvrent 33 pays sur 42, selon la période considérée; pour les réserves, seuls 31 pays sont utilisés, qui représentent environ 95 % des réserves de l’Afrique subsaharienne en 2010.

1Lorsque l’on ne dispose pas encore de données pour juin 2011, les graphiques s’arrêtent en mai 2011.

Tableau 1.1.Afrique subsaharienne : agrégats macroéconomiques, 2004–12
2004–082009201020112012
(Variation en pourcentage)
Croissance du PIB réel6,52,75,45,25,8
Inflation, fin de période8,68,46,99,46,8
(En pourcentage du PIB)
Solde budgétaire, hors dons0,5-6,7-5,3-3,1-2,1
Balance courante0,9-2,2-1,00,7-0,5
(Mois d’importations)
Taux de couverture4,65,14,55,15,6
Sources : FMI, Perspectives de l’économie mondiale et base de données du Département Afrique.

Dans un grand nombre de pays de la région, l’inflation s’est accélérée de façon perceptible, et de manière très prononcée dans certains pays d’Afrique de l’Est :

  • Pour toute l’Afrique subsaharienne, l’inflation des prix à la consommation a été en moyenne de 10 % en juin 2011, contre 7½ % un an plus tôt. Dans un quart des économies de la région, l’inflation dépasse désormais 10 % (graphique 1.3).

  • La hausse des prix de l’alimentation et de l’énergie a contribué à la poussée d’inflation. Les dernières données disponibles montrent une forte corrélation entre l’inflation globale et l’inflation des produits alimentaires (graphique 1.4).

  • Par rapport à 2008, l’envolée des prix de l’alimentation a eu cette fois des effets beaucoup plus diffus. Si le nombre de pays où l’inflation des prix alimentaires est aujourd’hui supérieure à 10 % a augmenté ces derniers mois, il reste néanmoins nettement inférieur au chiffre observé en 2008, qui approchait 35.

  • Cependant, signe que les effets secondaires de la flambée des prix de l’alimentation et de l’énergie sont peut-être en train de s’installer durablement, des données plus récentes font apparaître une accélération de l’inflation hors alimentation. Dans dix pays de la région au moins, elle dépasse aujourd’hui 10 %. C’est le cas en Éthiopie, où l’inflation globale frôle 40 %, ainsi qu’en Guinée et en Ouganda, où elle dépasse désormais 20 %. Dans plusieurs autres pays (Ghana, Malawi et Zambie, notamment), l’inflation hors alimentation est supérieure à 10 %, même si les abondantes récoltes locales maintiennent la hausse des prix alimentaires et, avec elle, l’inflation globale à un niveau modéré.

Graphique 1.3.Afrique subsaharienne : inflation selon l’IPC, 2011 comparé à 20101

Sources : FMI, base de données du Département Afrique, Département des statistiques et base de données de International Financial Statistics.

1Les dernières données mensuelles disponibles pour chaque pays sont en abscisse (essentiellement de juin à août 2011). Les données correspondant au même mois de l’année précédente sont en ordonnée. Le Zimbabwe n’est pas compris.

Graphique 1.4.Afrique subsaharienne : inflation alimentaire comparée à l’inflation IPC, dernières données disponibles1

Sources : FMI, base de données du Département Afrique, Département des statistiques et base de données de International Financial Statistics.

1Les dernières données mensuelles disponibles (composante alimentaire de l’IPC) pour chaque pays sont en abscisse (essentiellement de mai à juillet 2011). L’IPC global correspondant au même mois est en ordonnée. La Guinée équatoriale et le Zimbabwe ne sont pas compris.

Seuls quelques pays ont resserré leur politique monétaire face à la montée rapide des prix :

  • Certains pays à taux de change souple qui connaissent une croissance forte et une inflation hors alimentation élevée ou en hausse ont relevé leurs taux directeurs (Burundi, Kenya, Nigéria et Ouganda). Mais, dans la plupart des pays, les taux d’intérêt n’ont guère varié par rapport aux niveaux bas fixés pendant la crise financière mondiale (graphique 1.5).

  • Profitant de l’orientation plus souple de la politique monétaire, de nombreux pays de la région à taux de change flottant ont vu leurs taux de change effectifs nominaux diminuer sensiblement au cours de l’année écoulée. Ce processus a été plus marqué que dans les autres régions (graphique 1.6). De manière générale, les pays à faible revenu importateurs de pétrole d’Afrique subsaharienne ont évité une diminution des réserves (graphique 1.7), en dépit des pressions qui s’exerçaient sur le taux de change. À l’exception notable du Nigéria — qui a non seulement perdu des réserves mais vu son taux de change effectif nominal se déprécier —, les pays exportateurs de pétrole ont saisi l’occasion que leur offrait la forte hausse des cours du pétrole pour reconstituer leurs réserves de change ou en accumuler de nouvelles.

  • Pour mieux apprécier les conditions monétaires globales qui règnent dans les pays à taux de change souple, il est utile d’observer un indice qui combine (à pondération égale) l’évolution du taux de change nominal (par rapport au dollar) au cours de l’année écoulée et la mesure dans laquelle l’expansion monétaire dépasse le taux de croissance prévu du PIB réel en 2011. Il s’avère qu’il existe généralement une corrélation positive entre cette mesure des conditions monétaires et l’inflation (graphique 1.8). Il est intéressant de constater que, dans les pays, hormis le Rwanda, pour lesquels l’indice a une valeur supérieure à zéro, l’inflation hors alimentation est supérieure à 10 % (notamment en Éthiopie, en Guinée, au Malawi et en Sierra Leone). On notera aussi le rôle de l’appréciation des taux de change dans le resserrement des conditions monétaires au cours de l’année écoulée en Afrique du Sud, à Madagascar et à Maurice.

Graphique 1.5.Afrique subsaharienne : évolution récente des taux directeurs1

Sources : FMI, base de données du Département Afrique, Département des statistiques et base de données de International Financial Statistics.

1Les dernières données mensuelles disponibles pour les taux directeurs sont en abscisse (essentiellement juin ou juillet 2011). Les taux directeurs les plus bas enregistrés entre janvier 2007 et le dernier mois disponible sont en ordonnée. L’Érythrée, l’Éthiopie, le Libéria et le Zimbabwe ne sont pas compris.

Graphique 1.6.Afrique subsaharienne : évolution du taux de change effectif nominal, juin 2010–juin 2011

Sources : FMI, Département des statistiques et base de données de International Financial Statistics.

1Comprend tous les pays d’AfSS dont, selon le Rapport annuel sur les régimes et les restrictions de change (AREAER) 2011 du FMI, le régime de change de fait n’est ni un régime classique de rattachement à une ou plusieurs autres monnaies, ni une caisse d’émission.

2Comprend tous les pays à faible revenu et à revenu intermédiaire hors AfSS (selon la classification de la Banque mondiale) qui sont importateurs de pétrole et ont un régime de change souple, au sens de la définition donnée à la note précédente.

Graphique 1.7.Afrique subsaharienne : évolution des réserves1, juin 2010–juin 2011

Sources : FMI, base de données du Département Afrique, Département des statistiques et base de données de International Financial Statistics.

1Or non compris.

2Comprend tous les pays d’AfSS dont, selon le Rapport annuel sur les régimes et les restrictions de change (AREAER) 2011 du FMI, le régime de change de fait n’est ni un régime classique de rattachement à une ou plusieurs autres monnaies, ni une caisse d’émission.

Graphique 1.8.Afrique subsaharienne : indice des conditions monétaires par rapport à l’inflation hors alimentation, juin 2011

Sources : FMI, base de données du Département Afrique, Département des statistiques et base de données de International Financial Statistics.

Selon toute vraisemblance, les déficits budgétaires devraient rester plus prononcés dans de nombreux pays en 2011 et 2012 malgré un contexte général de croissance forte. Comme cela est expliqué dans des éditions antérieures de ce rapport, face aux menaces que la crise financière mondiale faisait peser sur leurs perspectives de croissance, de nombreux pays d’Afrique subsaharienne ont donné une orientation expansionniste à leur politique budgétaire en 2009 et 2010. C’est ainsi que, dans les pays à revenu intermédiaire par exemple, le déficit budgétaire médian (hors dons) de 2009–10 a été plus élevé d’environ 5 points de pourcentage par rapport au niveau atteint entre 2004 et 2008. En 2011 et 2012, les déficits budgétaires de neuf de ces onze pays devraient être en moyenne plus élevés qu’ils ne l’ont été pendant la période 2004–08 ou en 2009–10 (graphique 1.9). Dans les pays à faible revenu et les États fragiles, le déficit médian (hors dons) est passé de 7½ % en 2004–08 à 9¾ % en 2009–10 et devrait redescendre à près de 8 % en 2011–12. Mais, dans environ la moitié de ces pays, les déficits devraient être plus prononcés en 2011–12 qu’en 2009–10, malgré le redémarrage de la croissance (graphique 1.10). Dans certains de ces pays, le creusement du déficit s’explique par des facteurs ponctuels ou exogènes (par exemple le conflit en Côte d’Ivoire et l’effondrement des recettes de l’Union douanière d’Afrique australe au Lesotho). Dans d’autres cas, toutefois, l’aggravation des déficits budgétaires est attribuable au rythme soutenu de l’augmentation des dépenses (Éthiopie, Ouganda et Zambie).

Graphique 1.9.Afrique subsaharienne : solde budgétaire global (hors dons) des pays importateurs de pétrole, 2009–10 comparé à 2011–12

Sources : FMI, base de données des Perspectives de l’économie mondiale et base de données du Département Afrique.

Graphique 1.10.Afrique subsaharienne : solde budgétaire global (hors dons) des pays importateurs de pétrole, 2004–12

Sources : FMI, base de données des Perspectives de l’économie mondiale et base de données du Département Afrique.

Sur le plan budgétaire, on peut s’attendre à ce que la situation soit tout aussi contrastée parmi les pays exportateurs de pétrole. Pour ces pays, nous mesurons l’évolution des déficits par rapport à 2007–08 (période pendant laquelle les cours du pétrole étaient à des niveaux comparables). Reflétant l’évolution des cours du pétrole, les soldes budgétaires devraient s’améliorer en 2011–12 par rapport à 2009–10 dans quatre des sept pays exportateurs de pétrole (Angola, République du Congo, Nigéria et Tchad), mais ils devraient rester relativement élevés au Cameroun, au Gabon et en Guinée équatoriale (graphique 1.11). Cela s’explique essentiellement par les ambitieux projets d’équipement et par la mauvaise maîtrise des dépenses courantes, destinées notamment à financer les subventions énergétiques.

Graphique 1.11.Afrique subsaharienne : solde budgétaire global (hors dons) des pays exportateurs de pétrole, 2007–12

Sources : FMI, base de données des Perspectives de l’économie mondiale et base de données du Département Afrique.

La réaction positive des exportations de la région à la reprise du commerce mondial au lendemain de la crise financière mondiale est bon signe pour la viabilité extérieure et la croissance. Dans une large mesure, le dynamisme récent des recettes d’exportation des pays d’Afrique subsaharienne peut être attribué directement à la montée en flèche des cours des produits de base depuis la fin de 2009. Mais un grand nombre de pays à faible revenu ont aussi enregistré cette année une forte hausse des exportations de marchandises et de services. Parmi les pays qui ont bénéficié de cette évolution figurent ceux qui ont lancé ou développé l’exploitation de ressources naturelles (Érythrée, Guinée, Niger et République Centrafricaine). Plusieurs pays se diversifient aussi en développant des productions à plus forte valeur ajoutée (Éthiopie, Kenya et Rwanda) et en perçant sur de nouveaux marchés extérieurs.

Dans l’ensemble, à la croissance prononcée des exportations répond la croissance des importations. Bien que les termes de l’échange de la région se situent actuellement à un niveau record, les gains récents dans ce domaine ont été réalisés presque entièrement par les pays producteurs de pétrole; dans les autres pays producteurs de produits de base, les prix des importations augmentent encore plus vite que ceux des exportations. En outre, l’expérience du boom de 2004–08 nous apprend que la plupart des pays exportateurs de produits de base non pétroliers dépensent la quasi-totalité des recettes provenant de l’amélioration des termes de l’échange, ce qui entraîne une forte augmentation des importations. Par conséquent, nous pensons que seuls les pays exportateurs de pétrole — qui bénéficient de l’amélioration des termes de l’échange et qui, en même temps, tendent à épargner une plus grande proportion des gains ainsi réalisés — verront leurs comptes extérieurs courants s’améliorer en 2011–12 (graphique 1.12). Ils seront aussi les mieux placés pour continuer à reconstituer leurs marges de manœuvre, tant du point de vue des réserves de change que des soldes budgétaires.

Graphique 1.12.Afrique subsaharienne : solde extérieur courant, 2004–12

Sources : FMI, base de données des Perspectives de l’économie mondiale et base de données du Département Afrique.

Fragilités actuelles

À l’heure actuelle, le problème le plus grave pour la région est sans doute la sécheresse qui sévit dans la Corne de l’Afrique. Ce fléau impose des coûts directs à la production, aux finances publiques et aux comptes extérieurs des pays touchés par les pénuries de nourriture et l’afflux de réfugiés, qui ajoutent à l’immense crise humanitaire. Nous estimons l’effet immédiat de la sécheresse sur la production en Éthiopie et au Kenya à moins de ½ point de PIB, mais son effet final, de même que ses retombées dans toute la région, pourrait se révéler bien plus grand. En Tanzanie, par exemple, la sécheresse a réduit la production d’hydroélectricité, ce qui a eu des retombées non seulement sur la production mais aussi sur les finances publiques.

La hausse des prix de l’alimentation et de l’énergie a aussi comprimé les dépenses de consommation dans de nombreux pays et imposé des épreuves considérables à certains ménages à faible revenu. Dans les pays tributaires des importations pour les denrées de consommation courante, les populations pauvres des villes ont été particulièrement touchées. De nombreux gouvernements ont réagi de façon appropriée, en renforçant les mesures de soutien des revenus et des prix, mais cela les a généralement empêchés de poursuivre le rééquilibrage des finances publiques. En outre, les pays qui avaient tenté de réagir en imposant un contrôle des prix, en interdisant l’exportation de certaines denrées alimentaires ou en mettant en place des subventions généralisées se retrouvent aujourd’hui avec des distorsions sur les marchés, ce qui fausse les incitations et l’allocation des ressources.

Risques Pesant Sur Les Perspectives

Globalement, si l’on retient le scénario de référence tablant sur une croissance mondiale plus faible mais stable, il apparaît que la vaste majorité des pays d’Afrique subsaharienne devrait connaître une croissance relativement soutenue en 2011 et 2012. Mais cette bonne nouvelle est ternie par la sécheresse qui sévit en Afrique de l’Est ainsi que par la flambée des prix de l’alimentation et de l’énergie qui cause des difficultés considérables ailleurs dans la région, en particulier pour les populations pauvres des villes. L’autre risque, plus lourd, qui pèse sur les perspectives économiques de la région réside dans le surendettement d’un grand nombre de pays avancés, lequel menace de ralentir encore considérablement la croissance de l’économie mondiale au cours des mois à venir.

Jusqu’à une date très récente, les risques de décélération et les perspectives d’accélération de l’activité économique dans les pays d’Afrique subsaharienne s’équilibraient à peu près. L’économie mondiale semblait se redresser, quoique de façon inégale, après la crise financière. Des forces contraires non négligeables compliquaient certes la reprise, mais on s’attendait à ce qu’elles soient limitées essentiellement aux pays avancés où les problèmes de dette souveraine et d’endettement des ménages étaient particulièrement aigus. Les événements récents — notamment les turbulences sur les marchés financiers en août et le regain d’aversion au risque qu’elles ont engendré — laissent cependant entrevoir une passe beaucoup plus difficile pour l’économie mondiale. En Afrique subsaharienne comme ailleurs, cela annonce une période où les risques de décélération de l’activité économique seront sans doute bien plus puissants que les facteurs d’accélération (graphique 1.13).

Graphique 1.13.Afrique subsaharienne : perspectives de croissance jusqu’en 2012

Sources : FMI, Perspectives de l’économie mondiale et base de données du Département Afrique; estimations des services du FMI.

La principale menace qui pèse sur l’activité économique de la région est la grande possibilité que la croissance mondiale ralentisse encore, en particulier en 2012. Selon les projections de référence du FMI, la production mondiale augmenterait de 4 % en 2011 et 2012, c’est-à-dire à un rythme bien inférieur aux 5 % de 2010. La croissance des pays avancés ne devrait être que de 1½ % en 2011 et de 2 % l’année suivante, ces deux chiffres ayant été sensiblement révisés à la baisse depuis juin. Mais même ces pourcentages supposent que les fragilités structurelles persistantes soient maîtrisées, en particulier dans la périphérie de la zone euro. Si, dernièrement, ces pays ont perdu en importance en tant que marchés d’exportation de l’Afrique subsaharienne, comme cela est expliqué au chapitre 3, les partenaires traditionnels de la région continuent d’absorber près de la moitié de ses exportations. De plus, au-delà des liens commerciaux, ces partenaires demeurent des sources essentielles de financements publics ainsi que d’envois de fonds des travailleurs émigrés, de recettes touristiques et de flux d’investissements. En conséquence, de nouvelles révisions à la baisse des perspectives de croissance de ces pays se traduiraient vraisemblablement par une décélération de la croissance dans beaucoup de pays d’Afrique subsaharienne. En particulier, d’après les estimations effectuées par les services du FMI à la mi-2011, une réduction durable de 1½ point de la croissance du PIB mondial en raison du manque de dynamisme des États-Unis et de l’Europe pourrait amputer de 1 point de pourcentage le taux de croissance d’un pays à faible revenu représentatif en 2012, les pays non exportateurs de produits de base étant particulièrement vulnérables à cet égard. L’Afrique du Sud et d’autres pays à revenu intermédiaire, du fait qu’ils sont plus intégrés à l’économie mondiale, souffriraient vraisemblablement encore plus d’un ralentissement de l’activité mondiale.

La demande émanant des pays émergents partenaires de la région pourrait-elle aider à compenser une nouvelle décélération de la croissance dans les pays avancés? En 2009–10, il est probable que le dynamisme de la demande dans un grand nombre de pays émergents partenaires commerciaux de l’Afrique subsaharienne a contribué à éviter un ralentissement encore plus prononcé de l’activité économique. Mais, dans la période à venir, même nos projections de référence laissent entrevoir un repli de l’activité dans ces pays alors que la Chine, l’Inde et d’autres grands pays émergents continueront d’adapter leurs politiques pour éviter la surchauffe. On peut déjà constater, par exemple, que, pour un grand nombre de produits de base, la croissance des importations de la Chine, qui préfigure l’évolution du marché des produits de base à l’échelle mondiale, a commencé à ralentir (voir l’édition de septembre 2011 des Perspectives de l’économie mondiale). Plus généralement, sous l’effet du ralentissement de la croissance mondiale et de la dégradation des perspectives économiques à court terme, les cours des produits de base sont déjà redescendus des sommets atteints en avril 2011 (tableau 1.2). Nous estimons que, si la décélération de la croissance devait s’accentuer dans les pays avancés, la baisse induite de la demande d’importations aurait pour effet de ralentir la croissance dans beaucoup de grands pays émergents. Cela étant, il vaudrait mieux ne pas s’attendre à ce que, dans la période à venir, la demande d’exportations ou les cours des produits de base se maintiennent aux bons niveaux observés récemment. Il serait donc préférable que la région ne compte pas trop sur ses nouveaux débouchés pour isoler complètement ses exportations des vacillements de la reprise dans les pays avancés.

Tableau 1.2.Changement des prévisions concernant les cours des produits de base, 2011–12
PEM avril 2011PEM septembre 2011
2011201220112012
(Variation en pourcentage)
Alimentation24,1-4,722,1-4,4
Pétrole35,60,830,6-3,1
Métaux26,5-0,818,6-3,5
Matières premières agricoles24,8-11,526,1-7,5
Source : FMI, base de données des Perspectives de l’économie mondiale.

Que ces évolutions négatives au plan mondial se concrétisent ou non, les fragilités qui existent au sein de la région sont aussi une source de risques considérables. L’accentuation des déséquilibres à l’intérieur des pays pourrait menacer la croissance dans certains d’entre eux. En particulier, d’après les observations récentes de l’inflation dans les pays d’Afrique de l’Est, les pressions inflationnistes continuent de s’accentuer, l’inflation atteignant des niveaux inquiétants — proches de 40 % en Éthiopie, et supérieurs à 16 % au Kenya et 21 % en Ouganda. La poussée d’inflation dans ces pays montre à quel point il est dangereux de différer les mesures monétaires qui s’imposent pour faire face aux chocs. De même, comme l’orientation expansionniste de la politique budgétaire adoptée pendant le ralentissement de 2009–10 n’a pas été abandonnée au profit d’une orientation plus neutre tenant compte des considérations de viabilité de la dette, il sera encore plus difficile à terme de maintenir une croissance et un niveau de développement élevés. Bien que, jusqu’à présent, les élections qui ont eu lieu en cette année 2011 riche en consultations électorales aient beaucoup moins influencé la situation économique qu’on le craignait, les facteurs politiques reste une importante source de risques dans la région. Enfin, comme dans le reste du monde, les systèmes financiers sont vulnérables aux tensions aussi bien mondiales que nationales.

Enjeux Pour Les Pouvoirs Publics

Au cours de la période à venir, les autorités devront gérer un équilibre délicat entre, d’une part, la nécessité d’affronter les défis induits par la vigueur de la croissance et les chocs exogènes récents et, d’autre part, celle d’éviter les effets potentiellement négatifs d’un nouveau ralentissement de l’activité mondiale. Dans ce contexte, l’orientation globale de la politique économique dépendra dans une large mesure de la situation générale, parmi les situations décrites ci-dessous, dans laquelle se trouve chaque pays.

Pays où la production et l’emploi n’ont pas encore retrouvé leur niveau d’avant la crise

Pour le petit groupe de pays de la région où la production reste inférieure à son potentiel et où il n’existe pas de contraintes de financement, il est tout à fait justifié de renforcer les politiques de soutien déjà en place. L’Afrique du Sud est un exemple type de ce groupe de pays : l’écart de production devrait y persister jusqu’en 2012 et l’emploi devrait rester nettement inférieur au niveau d’avant la crise. Dans ces conditions, la politique monétaire doit conserver sa souplesse même si la hausse des prix mondiaux de l’alimentation et de l’énergie pousse temporairement l’inflation en dehors de la fourchette fixée. La politique budgétaire devrait rester axée sur l’objectif de viabilité de la dette à moyen terme, mais, des financements étant immédiatement disponibles, il est possible dans une certaine mesure de laisser jouer les stabilisateurs automatiques. Ainsi, si la croissance se révèle plus lente que prévu en raison de la décélération de l’activité économique mondiale, il conviendrait de laisser le déficit budgétaire se creuser temporairement pour soutenir l’activité. Du côté des dépenses, les augmentations discrétionnaires devraient être limitées aux postes hors salaires et faire l’objet d’une vigilance constante pour le cas où le ralentissement mondial se prolongerait.

En outre, il existe un petit nombre de pays où la production reste médiocre, mais où aucun financement n’est immédiatement disponible pour donner une orientation expansionniste à la politique budgétaire. Il s’agit notamment du Swaziland et de plusieurs autres pays de la région (Comores, Guinée et Zimbabwe) où les difficultés économiques sont dues à un conflit politique ainsi qu’à une mauvaise gestion de l’économie. Dans ces pays, un renforcement des mesures d’accompagnement serait souhaitable, mais la marge de manœuvre des pouvoirs publics est limitée par l’impératif de viabilité à moyen terme des finances publiques et le manque de financements.

Pays donnant des signes manifestes de tensions inflationnistes

Pour la première fois depuis bien longtemps, on observe des signes de vives tensions inflationnistes dans plusieurs pays de la région. Ces pays sont l’Éthiopie, le Kenya, le Malawi et l’Ouganda, où, à divers degrés, l’inflation s’est vivement accélérée et les monnaies sont soumises à de fortes pressions. Au Kenya et en Ouganda, les difficultés actuelles ont été engendrées par la concomitance de la sécheresse et de la flambée des prix mondiaux de l’alimentation et de l’énergie. Ces économies fonctionnant déjà presque à pleine capacité et la riposte monétaire à ces chocs n’étant pas toujours vigoureuse, la hausse des prix des denrées alimentaires mais aussi des autres produits s’est accélérée. En Éthiopie, la sécheresse a aussi joué un rôle, mais un facteur tout aussi important a été l’ajustement prononcé du taux de change en septembre dernier, dans le contexte d’une politique monétaire trop souple et d’une forte croissance des dépenses du secteur public. Au Malawi, la décision malavisée des autorités a été de maintenir un taux de change surévalué. Cela a créé de graves déséquilibres macroéconomiques dont ne rendent pas complètement compte les taux d’inflation actuels, au prix de l’épuisement presque total des réserves et d’une forte réduction des importations. La production agricole et, avec elle, la croissance économique devraient s’en ressentir au cours des mois à venir.

Dans ces pays, il convient de resserrer résolument la politique monétaire. En particulier, il y a lieu d’axer fermement les efforts sur un objectif : ramener durablement l’inflation hors alimentation en dessous de 10 % afin d’éviter que les anticipations d’inflation deviennent structurelles. La période de taux d’intérêt élevés et la réduction de l’expansion monétaire qu’elle suppose vont probablement nuire à l’activité, mais ces effets négatifs ne dureront pas et les coûts en termes de production seront sans doute plus faibles que si les autorités laissaient s’accroître les déséquilibres macroéconomiques sans intervenir. Une politique budgétaire plus stricte aiderait aussi les autorités monétaires à mieux maîtriser l’inflation. Enfin, là où il n’est pas possible de réduire les dépenses publiques sans interrompre des projets d’équipement en cours (comme en Éthiopie), un financement non monétaire de ces projets sera indispensable.

Pays dont le rythme de croissance frôle la «limite de vitesse»

Tout porte à croire que beaucoup de pays de la région se développent actuellement à des rythmes qu’ils n’ont pas connus depuis de nombreuses années, ou à des rythmes proches de ces records. Étant donné que la croissance se poursuit depuis plusieurs années déjà à ces taux élevés, des contraintes commencent à se faire sentir du côté de l’offre dans un grand nombre de ces pays, du fait surtout que, dans bien des cas, les niveaux d’investissement restent faibles. Dans ces conditions, il importe d’être conscient qu’il ne sera sans doute guère possible de rehausser encore sensiblement la croissance de la demande sans se heurter à des goulets d’étranglement ou aggraver l’inflation.

En même temps, les politiques macroéconomiques d’un grand nombre de pays de la région restent axées sur le soutien de l’activité. Premièrement, on l’a vu, la plupart des mesures budgétaires expansionnistes adoptées pendant le ralentissement mondial n’ont été que partiellement retirées. Deuxièmement, plusieurs autres pays de la région sont proches du point où l’inflation peut basculer et atteindre facilement des niveaux qui accroîtront l’incertitude macroéconomique et décourageront l’investissement — par exemple, l’inflation hors alimentation dépasse 10 % en République démocratique du Congo, en Guinée, en Sierra Leone et en Zambie.

Ainsi, étant donné que les économies frôlent la «limite de vitesse», les effets positifs ou négatifs qui accompagnent les politiques macroéconomiques de soutien en vigueur dans bon nombre de ces pays sont fortement asymétriques. D’un côté, il est possible que l’appareil productif de ces pays en sorte renforcé — grâce en particulier aux gains de productivité —, mais, d’un autre côté, la surchauffe pourrait se révéler très coûteuse, en nécessitant des mesures bien plus énergiques de la part des pouvoirs publics et en effaçant peutêtre une grande partie des progrès accomplis ces dernières années. Dans ces conditions, les meilleurs moyens de conjurer les risques de surchauffe sont les suivants :

  • Politique monétaire. Partout où l’inflation hors alimentation dépasse 10 %, la politique monétaire doit être résolument resserrée de manière à éviter que les anticipations d’inflation ne deviennent structurelles. Le seuil de 10 % peut paraître un peu arbitraire, mais nous pensons qu’il est justifié étant donné que, dans la plupart des cas, il y a peu de capacités inemployées.

  • Politique budgétaire. Aujourd’hui plus qu’à n’importe quel autre moment de la période récente, la politique budgétaire doit s’appuyer fermement sur des considérations de moyen terme, et non de croissance à court terme. Les éléments à prendre en compte sont notamment : la capacité d’absorption et d’exécution des projets, et l’existence de projets suffisamment rentables ainsi que les questions de financement et de viabilité de la dette. Il importera en particulier de veiller à ce que ces facteurs soient considérés de façon collective avant de déterminer l’orientation de la politique budgétaire. Il est probable que la prise en compte d’un seul de ces facteurs pour déterminer l’orientation de la politique budgétaire aurait des résultats sous-optimaux. Par exemple, l’orientation budgétaire prévue en 2011–12 dans la plupart des pays situés à gauche de la diagonale sur le graphique 1.14 serait compatible avec la stabilisation des ratios dette/PIB à leurs niveaux actuels. Même dans les pays où l’orientation de la politique budgétaire cette année et l’année prochaine entraînerait une augmentation de l’endettement (pays situés à droite de la diagonale), le niveau initial modéré de la dette (dans des pays comme la Zambie et le Mozambique) fait que le risque de surendettement est minime. Il convient plutôt de déterminer si les hausses substantielles de dépenses réelles qui sont prévues (graphique 1.15) tiennent compte de la capacité d’absorption.

  • Que faire si les risques de décélération de la croissance mondiale se concrétisent? Dans ce cas, la politique budgétaire doit continuer d’être déterminée en fonction des considérations de moyen terme indiquées ci-dessus. Étant donné que, dans bien des cas, le niveau d’activité est proche de la limite de vitesse, des mesures discrétionnaires de relance budgétaire ne sont guère justifiées. En revanche, là où il n’existe aucune contrainte de financement, il convient de maintenir les dépenses prévues à court terme tout en laissant jouer les stabilisateurs automatiques du côté des recettes. Enfin, lorsque les taux de change ne sont pas soumis à de fortes pressions à la baisse et que l’inflation évolue vers les niveaux visés, il est possible d’assouplir la politique monétaire. Dans la mesure où le scénario de décélération de la croissance s’accompagne d’une forte baisse des cours du pétrole, les pressions inflationnistes s’atténueront, ce qui donnera une plus grande marge de manœuvre aux autorités monétaires.

  • Enfin, que faire si le ralentissement mondial de l’activité semble devoir se prolonger? Il conviendra alors de revoir les projets de dépenses à la lumière de la dégradation des perspectives de croissance et de financement.

Graphique 1.14.Afrique subsaharienne : solde primaire comparé au solde primaire stabilisant la dette1, 2004–12

Sources : FMI, base de données des Perspectives de l’économie mondiale; calculs des services du FMI.

1La taille des boules correspond au niveau du ratio VAN de la dette/PIB fin 2010.

Graphique 1.15.Afrique subsaharienne : croissance réelle des dépenses publiques1, 2004–12

Sources : FMI, base de données des Perspectives de l’économie mondiale et base de données du Département Afrique.

1Ne comprend pas l’Érythrée, le Tchad ni le Zimbabwe.

Pays bénéficiant d’une amélioration significative des termes de l’échange

Presque tous les pays exportateurs de pétrole de la région jouissent d’une forte croissance de la production et bénéficient d’une nette amélioration des termes de l’échange. D’après le scénario de référence, il convient que ces pays mènent des politiques fortement anticycliques : le moment est opportun pour reconstituer des marges de manœuvre avant que les prix ne redeviennent volatils. Pourtant, on l’a vu, cette occasion n’a pas été saisie au Cameroun, au Gabon et en Guinée équatoriale, où les soldes budgétaires prévus sont bien inférieurs aux niveaux atteints au milieu de la première décennie 2000. Il importera de faire en sorte que les considérations de moyen terme mentionnées ci-dessus soient entièrement prises en compte. Enfin, si les risques de décélération de la croissance économique mondiale venaient à se concrétiser et que les cours des produits de base venaient à tomber en dessous des niveaux sur lesquels sont fondés les budgets, les pouvoirs publics devraient alors s’attacher à préserver les dépenses prioritaires dans la mesure où les contraintes de financement le permettent.

Le Ghana, le Sénégal et la Zambie ont été ajoutés au groupe de pays à revenu intermédiaire du fait que la moyenne mobile sur trois ans de leur revenu national brut par habitant (méthode Atlas) a dépassé le seuil de revenu correspondant utilisé par la Banque mondiale pour classer les pays.

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