Chapter

1. Reprise et nouveaux risques*

Author(s):
International Monetary Fund. African Dept.
Published Date:
May 2011
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Introduction et résumé

Après le ralentissement provoqué par la crise, la reprise est désormais bien engagée en Afrique subsaharienne et la croissance économique a retrouvé un rythme assez proche des niveaux élevés enregistrés au milieu de la décennie 2000. La production de la région a progressé de 5 % en 2010 et, d’après les projections, devrait augmenter encore d’environ 5½ % en 2011, conformément aux projections d’octobre dernier (tableau 1.1). Compte tenu de la forte poussée qu’ont subie récemment les prix de l’alimentation et de l’énergie, il faut s’attendre à ce que l’inflation augmente cette année sans toutefois dépasser 10 %. Pour plusieurs pays, la hausse des prix des produits de base—en particulier du pétrole—sera une aubaine, mais elle en pénalisera beaucoup d’autres. Globalement, elle devrait contribuer à réduire les déficits budgétaires et courants qui sévissent dans toute la région et permettre, grâce à cette diminution des déficits courants, un accroissement des réserves internationales. Bref, le paysage qui se dessine est celui d’une reprise vigoureuse après le ralentissement de l’activité en 2009.

Tableau 1.1.Afrique subsaharienne: agrégats macroéconomiques, 2004–12
2004–082009201020112012
(Variation en pourcentage)
Croissance du PIB réel6,62,84,95,55,9
Inflation, fin de période8,78,37,08,16,7
(En pourcentage du PIB)
Solde budgétaire, hors dons0,1-7,2-5,6-3,2-2,3
Balance courante0,8-2,3-2,20,50,5
(Mois d’importations)
Taux de couverture4,65,04,55,05,5
Sources: FMI, Perspectives de l’économie mondiale et base de données du Département Afrique.
Sources: FMI, Perspectives de l’économie mondiale et base de données du Département Afrique.

Cependant, ce panorama généralement positif n’est pas tout à fait complet en raison de l’effet incertain de l’interruption de la croissance sur le marché du travail et la pauvreté. Pour l’instant, on ne dispose de données sur l’évolution du chômage que pour l’Afrique du Sud et Maurice. En Afrique du Sud, malgré une baisse relativement plus modeste de la production, la destruction d’emplois a atteint une ampleur égale à celle des pays à l’épicentre de la crise: environ 1 million de personnes (c’est-à-dire 6 % de la population active du pays) ont perdu leur emploi. À Maurice, qui a échappé à la récession, la situation de l’emploi s’est en fait améliorée en 2009. Étant donné qu’on ne dispose pratiquement pas de données sur l’emploi pour le reste des pays de la région, on se contentera de supposer que les pays ayant évité une véritable récession ont plutôt connu une évolution comparable à celle Maurice. Quoi qu’il en soit, il ressort de l’analyse de la Banque mondiale que, sous l’effet combiné de la flambée de 2008 et de l’envolée plus récente des prix de l’alimentation et de l’énergie ainsi que du ralentissement de la croissance, la réalisation de l’OMD concernant la réduction de la pauvreté dans la région a été retardée1.

Les chiffres pour l’ensemble de la région masquent aussi des écarts entre les groupes de pays que nous utilisons pour cette publication—pays exportateurs de pétrole, pays à revenu intermédiaire et pays à faible revenu—et au sein de ces groupes. Dans la plupart des 29 pays à faible revenu de la région, la croissance de la production devrait cette année retrouver le rythme moyen qu’elle avait enregistré entre 2000 et 2008 et remettre ces pays sur la voie de la prospérité, un temps menacée par la crise financière mondiale. La reprise de la croissance dans les sept pays exportateurs de pétrole est aussi en bonne voie. C’est dans les huit pays à revenu intermédiaire de la région que la reprise tarde à se matérialiser: les écarts de production y restent encore non négligeables, et il est peu probable qu’ils seront comblés avant 2012–13.

De plus, avec une nouvelle forte hausse des prix de l’alimentation et de l’énergie, la résilience dont la région a fait preuve ces deux dernières années est sur le point d’être mise à l’épreuve et va sans doute accentuer encore les écarts au sein des groupes de pays et entre eux. Face à la plus grande chute d’activité que l’économie mondiale ait subie dans l’histoire récente, la croissance n’a faibli dans la région que pendant une courte période et s’est redressée rapidement par rapport aux reprises qui ont suivi les ralentissements mondiaux antérieurs. Comme cette publication l’a déjà fait valoir, la rapidité de cette reprise s’explique en grande partie par la marge de manœuvre macroéconomique que les pays s’étaient constituée pendant la période de prospérité de 2004 à 2008 et qui a permis à la majorité d’entre eux de suivre des politiques monétaires et budgétaires anticycliques lorsqu’ils se sont sentis menacés par la crise. Avec le recul, néanmoins, il apparaît clairement que l’évolution positive des termes de l’échange due à la forte baisse des prix du pétrole en 2009 a aidé considérablement les pays de la région non exportateurs de pétrole, où vivent environ trois quarts de la population de la région. Bien que, selon notre scénario de référence, le cours du pétrole devrait rester en deçà des sommets atteints en 2008, nous ne pensons pas qu’ils diminueront sensiblement en 2012. Si ces projections se révèlent exactes, l’activité économique de nombreux pays non exportateurs de pétrole se heurtera à de puissants vents contraires. Les hausses récentes des prix alimentaires, même si jusqu’à présent elles ont eu un effet moins généralisé que les hausses des prix du pétrole, vont aussi pénaliser de façon disproportionnée les populations pauvres.

Trois difficultés immédiates pourraient menacer les perspectives de croissance de la région, par ailleurs prometteuses :

  • La reprise de l’économie mondiale se poursuit, mais elle reste inégale et plombée par des risques de baisse. Si la situation devait empirer en Europe, en particulier, de nombreux pays de la région s’en ressentiraient. En outre, les événements récents au Japon et dans des pays du Moyen-Orient et d’Afrique du Nord, avec lesquels certains pays d’Afrique subsaharienne ont des liens étroits, vont vraisemblablement accroître les incertitudes quant à l’économie mondiale.
  • Dans les pays de la région où la production a retrouvé sa trajectoire tendancielle, les autorités auront à faire face à de nouvelles problématiques, notamment pour faire en sorte que la croissance excessive de la demande intérieure ne finisse pas par aggraver les déséquilibres macroéconomiques.
  • Enfin, plusieurs pays se débattent encore avec les retombées de la crise, notamment beaucoup de pays à revenu intermédiaire où le chômage est monté en flèche et/ou les perspectives à moyen terme en matière de recettes fiscales ont été altérées. Si ces effets persistent, ils pourraient freiner encore la croissance et déboucher sur des déséquilibres macroéconomiques plus prononcés.

Le reste de ce chapitre présente un tableau détaillé des événements récents et des perspectives envisageables en traitant les questions conjoncturelles suivantes :

  • Dans quelle mesure la production s’est-elle remise des effets de la crise?
  • La politique budgétaire a-t-elle commencé à tenir compte de la reprise?
  • Quelles conséquences peut-on attendre de la nouvelle hausse des prix de l’alimentation et de l’énergie?
  • Quelles sont les priorités pour la période à venir?

Ce chapitre est complété de deux chapitres analytiques :

  • Le deuxième chapitre est consacré aux tendances récentes des flux de capitaux vers les marchés pionniers d’Afrique subsaharienne. Compte tenu du regain d’intérêt des investisseurs pour les marchés pionniers, ce chapitre examine la double question de savoir si les flux de capitaux privés en direction des marchés pionniers d’Afrique subsaharienne ont repris après la crise mondiale et si l’intérêt des investisseurs est déterminé davantage par des facteurs de répulsion mondiaux ou des facteurs d’attraction locaux.
  • Le troisième chapitre analyse les défis auxquels sont confrontés les membres de la Communauté de l’Afrique de l’Est (CAE, composée des pays suivants: Burundi, Kenya, Ouganda, Rwanda et Tanzanie), qui ont l’ambition d’atteindre le statut de pays à revenu intermédiaire d’ici à 2020. Ce chapitre compare les résultats récents de la CAE en matière de croissance à ceux des pays où la croissance a véritablement décollé et examine les conséquences que pourraient avoir les changements en cours dans l’économie mondiale pour la trajectoire de croissance future de la région.

Où et dans quelle mesure la production s’est-elle remise des effets de la crise?

En dépit de la violence du choc provoqué par la crise financière et la récession mondiale qui s’en est suivie, après une brève interruption, la croissance de la production a retrouvé le rythme élevé d’avant la crise dans la plupart des pays d’Afrique subsaharienne. Et le fait est frappant. Dans le cas des pays exportateurs de pétrole et des pays à faible revenu de la région, il est difficile de discerner quelques effets que ce soit de la crise sur la trajectoire de la production (graphique 1.1). Dans les pays exportateurs de pétrole, la production hors pétrole, selon les projections de 2011, devrait suivre la trajectoire qui sous-tendait la croissance pendant la période 2000–08, en prenant 2006, point médian de la période de prospérité antérieure à la crise, comme base pour le niveau de production. Le tableau est encore meilleur dans les pays à faible revenu, où vivent deux tiers de la population de la région. Dans ces pays, en 2011 la production devrait être supérieure de 3 points de pourcentage au niveau qui sous-tendait les taux de croissance pendant la période 2000–08, et inférieure de 2 points de pourcentage à la tendance plus exigeante qui sous-tendait l’épisode de croissance particulièrement vive de 2004–08. En somme, la majorité des pays de la région ont retrouvé la trajectoire impliquée par les années d’avant la crise.

Graphique 1.1.Afrique subsaharienne: tendance de la production dans les pays à faible revenu et les pays exportateurs de pétrole

Sources: FMI, Perspectives de l’économie mondiale et base de données du Département Afrique.

Cela dit, quelques réserves s’imposent. Premièrement, le tableau est beaucoup moins favorable pour le groupe des pays à revenu intermédiaire, qui est dominé par ce qui se passe en Afrique du Sud (encadré 1.1). En particulier, dans ces pays, en 2011 la production devrait être inférieure d’environ 5 % au niveau tendanciel impliqué par la croissance pendant la période 2000–08 (graphique 1.2). Deuxièmement, et de façon plus générale, la croissance vigoureuse de la décennie écoulée, même si elle était exceptionnelle pour la région par rapport aux périodes antérieures, a simplement aligné les résultats de la région sur ceux des autres pays en développement (encadré 1.2). Troisièmement, même si l’on considère le rythme de la reprise après la crise financière mondiale, les résultats de l’Afrique subsaharienne ne sont pas exceptionnels, mais à peu près comparables à ceux d’autres économies émergentes et en développement (voir Perspectives de l’économie mondiale, avril 2011). Quatrièmement, plusieurs pays ont connu ces dernières années une croissance atone, bien inférieure aux moyennes du groupe de pays auquel ils appartiennent, notamment le Cameroun, le Swaziland et l’Érythrée. Cette évolution n’est pas nécessairement due à la crise financière mondiale, même si celle-ci l’a renforcée.

Graphique 1.2.Afrique subsaharienne: tendance de la production dans les pays à revenu intermédiaire

Sources: FMI, Perspectives de l’économie mondiale et base de données du Département Afrique.

Comme ailleurs, le redressement rapide après la crise a été rendu possible par les politiques macroéconomiques de soutien et la reprise dans les pays partenaires. Le reste de cette section est consacré à l’impact des politiques monétaires et de change ainsi qu’aux résultats qui en ont découlé. La section suivante examine de façon plus approfondie la politique budgétaire.

Sous l’effet du redressement de l’activité et de la hausse des prix des produits de base, l’inflation a recommencé à augmenter dans un grand nombre de pays. Le taux d’inflation médian sur 12 mois, mesuré par l’IPC, était de 5,6 % en décembre 2010, soit environ 2 points de plus qu’en septembre 2010, encore que ce chiffre global masque des variations considérables d’un groupe de pays à l’autre (graphique 1.3). Dans les pays à revenu intermédiaire, le taux d’inflation est resté assez stable, l’écart de production marqué ayant plutôt tiré les prix vers le bas. Dans les pays à faible revenu, la flambée récente des cours des produits de base alors que les capacités inemployées sont relativement rares a contribué à relever le taux d’inflation médian de 1½ point de pourcentage depuis juillet 2010, ce qui l’a fait atteindre 5 % en décembre 2010.

Graphique 1.3.Évolution de l’inflation et des taux directeurs

Sources: FMI, International Financial Statistics et base de données du Département Afrique.

Malgré la poussée d’inflation, la politique monétaire demeure accommodante dans la plupart des pays. Depuis le début de 2009, les taux directeurs de beaucoup de pays sont descendus à leur niveau le plus bas enregistré depuis de nombreuses années, et la croissance réelle de la masse monétaire est aujourd’hui supérieure au pic atteint avant la crise même si la croissance du crédit privé se redresse plus lentement en raison des inquiétudes liées au risque de crédit (graphiques 1.3 et 1.4). Les pressions inflationnistes étant modérées, les taux d’intérêt réels sont restés entre 3 et 4 % jusqu’à la mi-2010. Depuis, l’inflation a cependant commencé à augmenter légèrement; avec le recul des taux nominaux, le taux réel a diminué. En fait, les taux directeurs nominaux n’ont augmenté que dans un petit nombre de pays ces derniers mois (dont le Kenya, le Mozambique et le Nigéria).

Graphique 1.4.Afrique subsaharienne: croissance réelle de la masse monétaire au sens large et du crédit au secteur privé, décembre 2005–septembre 2010

Sources: FMI, International Financial Statistics et base de données du Département Afrique.

L’une des conséquences de la détente monétaire a été une dépréciation plus prononcée des taux de change. Fin 2010, dans les pays à taux de change flottant, le taux d’intérêt directeur était inférieur de 4 points au pic atteint au début de l’année 2009. Par conséquent, les taux de change des pays à taux flottant de la région n’ont guère remonté par rapport aux bas niveaux observés début 2009, au plus fort de la crise financière mondiale. Dans le pays médian de ce groupe, le taux de change avait encore perdu 15 % (en valeur effective nominale) au début de cette année par rapport au début de 2009 (graphique 1.5). Cette évolution tranche nettement avec les dépréciations beaucoup plus limitées des taux de change dans les pays de la région à régime de change fixe. Parmi les pays exportateurs de pétrole, les deux pays qui ne sont pas membres d’une union monétaire (Angola et Nigéria) ont aussi connu une dépréciation sensible de leurs taux de change; en outre, malgré le redressement des cours du pétrole, jusqu’à fin mars 2011, la dépréciation de leurs taux de change est restée plus prononcée.

Graphique 1.5.Évolution du taux de change effectif nominal, janvier 2009 comparé à janvier 2011

Sources: FMI, base de données du Système des avis d’information du Département des statistiques.

Deux pays font exception à cette tendance générale à la dépréciation : l’Afrique du Sud et les Seychelles. Sous l’effet de l’afflux d’investissements de portefeuille et du niveau élevé des cours des produits de base, le rand d’Afrique du Sud s’est fortement apprécié (d’environ 33 %) en valeur effective nominale de janvier 2009 à janvier 2011. Les monnaies d’autres pays rattachées au rand (Lesotho, Namibie et Swaziland) et du Botswana se sont aussi renforcées en valeur effective nominale pendant cette période, même si le dynamisme du commerce intrarégional a quelque peu atténué les effets de cette appréciation. Les Seychelles sont le seul autre pays de la région à avoir vu son taux de change s’apprécier en valeur effective nominale au cours de cette période. Cela est probablement lié au regain de confiance dans l’économie suscité par le profond réaménagement de la politique économique à la suite de la crise de change de la fin de 2008.

La reprise de l’activité économique mondiale a renforcé la croissance des exportations, qui devrait contribuer considérablement à la croissance économique des pays à faible revenu en 2011. Globalement pour l’Afrique subsaharienne, la croissance en volume des exportations est en hausse de près de 3 points par rapport à 2010 (médiane) encore que les résultats varient d’une catégorie de pays à l’autre. Les exportations sont l’un des principaux moteurs de la croissance robuste prévue pour les pays à faible revenu, où leur contribution moyenne à la croissance devrait être bien plus élevée que pendant la période 2004–08, ce qui indiquerait que leur part de marché s’est accrue étant donné que, au niveau mondial, la situation a évolué de façon comparable pendant les deux périodes (tableau 1.2). Dans les pays à revenu intermédiaire, la consommation privée est le principal moteur de la croissance. En revanche, dans les pays exportateurs de pétrole, où la production de combustibles est déjà à un niveau élevé, les exportations contribueront de façon limitée à la croissance, mais la forte hausse récente des cours du pétrole aura un effet sensible sur le revenu.

Tableau 1.2.Afrique subsaharienne: contributions à la croissance du PIB réel, 2004–11
2004–08200920102011
(points de pourcentage)
Pays exportateurs de pétrole
Investissement3,42,6-1,32,9
Consommation publique2,40,62,60,0
Consommation privée4,52,59,13,6
Exportations2,32,0-0,71,0
Importations-3,8-2,5-3,5-0,7
Pays à revenu intermédiaire
Investissement1,8-1,82,20,8
Consommation publique0,91,31,81,0
Consommation privée3,6-1,0-3,13,1
Exportations1,6-5,25,70,6
Importations-3,14,9-2,9-1,9
Pays à faible revenu
Investissement2,52,91,61,3
Consommation publique0,80,51,30,9
Consommation privée5,32,24,83,0
Exportations1,81,30,13,3
Importations-4,1-2,2-2,3-2,4
Sources: FMI, Perspectives de l’économie mondiale et base de données du Département Afrique.
Sources: FMI, Perspectives de l’économie mondiale et base de données du Département Afrique.

La forte hausse des cours des produits de base aura un effet asymétrique sur les soldes des balances courantes de la région (graphique 1.6). Les pays exportateurs de pétrole devraient bénéficier du niveau élevé des cours qui devrait perdurer en 2011. Pour l’ensemble du groupe, nous prévoyons une amélioration du solde courant, qui passerait de 2¼ du PIB en 2010 à 10¼ % du PIB cette année. En ce qui concerne les pays importateurs de pétrole, les cours atteignant presque le niveau de 107 dollars le baril sur lequel tablent les services du FMI pour cette année, les déficits courants devraient se creuser de 1½ point de PIB dans les pays à revenu intermédiaire pour s’établir à 4¾ % du PIB. Par contre, les déficits devraient rester contenus dans les pays à faible revenu, les recettes engendrées par la hausse des prix des produits autres que le pétrole compensant en partie l’effet négatif de l’alourdissement de la facture pétrolière. Cela dit, ce tableau général recèle aussi plusieurs pays dont les déficits courants devraient s’accroître considérablement en 2011, avec une détérioration de plus de 5 % du PIB par rapport à l’année dernière; il s’agit du Cap-Vert, du Lesotho, des Comores et de São Tomé-et-Príncipe.

Graphique 1.6.Afrique subsaharienne: indicateurs des comptes extérieurs

Sources: FMI, Perspectives de l’économie mondiale et base de données du Département Afrique.

Il est probable que la situation des réserves extérieures restera tendue dans un certain nombre de pays. Étant donné que le financement extérieur privé ne s’est pas encore rétabli dans beaucoup de pays (voir chapitre 2) et que les financements publics devraient rester à peu près inchangés, le taux de couverture devrait demeurer plus ou moins stable entre 2010 et 2011 dans les pays à faible revenu et les pays à revenu intermédiaire, et s’accroître dans les pays exportateurs de pétrole en 2011. Sur cette toile de fond, il convient de noter les cas particuliers du Nigéria et de l’Éthiopie, respectivement deuxième et cinquième économie de la région par leur taille. Au Nigéria, le taux de couverture a diminué de moitié entre 2008 et l’année dernière sous l’effet des sorties massives d’investissements de portefeuille peut-être liées à la crise bancaire et à l’incertitude politique ainsi qu’aux efforts déployés par les autorités pour défendre la monnaie contre les risques de dépréciation. Cela dit, le taux de couverture reste à un niveau confortable en tant qu’assurance contre les changements d’humeur des marchés et devrait être renforcé par la flambée récente des cours du pétrole. En Éthiopie, le taux de couverture est resté anémique ces deux dernières années, dépassant à peine deux mois d’importations, en raison de la montée en flèche des importations induite par la vigueur de la croissance.

La politique budgétaire a-t-elle commencé à tenir compte de la reprise?

Les éditions précédentes de ce rapport ont relaté comment, contrairement à ce qui s’était produit dans le passé, les autorités de la plupart des pays ont été en mesure de donner à leur politique budgétaire une orientation anticyclique appropriée lorsque la crise financière mondiale a frappé la région en 2009. Dans de nombreux pays, la politique budgétaire a continué de soutenir l’activité en 2010. Or, étant donné que, dans un grand nombre de pays, la croissance de la production va probablement retrouver ses niveaux d’avant la crise en 2011, il est important de savoir si la politique budgétaire reviendra à une orientation plus neutre. Cela est d’autant plus important que les déficits budgétaires élevés de ces dernières années ont alourdi la dette publique, surtout dans les pays à revenu intermédiaire. Ainsi, dans beaucoup de pays, la politique budgétaire devrait être axée davantage sur des objectifs d’investissement à long terme et de réduction de la pauvreté qui soient conformes à l’impératif de viabilité de la dette, plutôt que sur la nécessité de soutenir la demande globale. Dans le reste de cette section, nous examinons tour à tour l’évolution tendancielle des recettes et des dépenses.

Dans la plupart des pays, les autorités ont opéré la réorientation anticyclique de la politique budgétaire en 2009 en laissant jouer les stabilisateurs automatiques du côté des recettes et en maintenant le taux de croissance des dépenses à son niveau d’avant la crise. Pour apprécier le degré d’anticyclicité de la politique budgétaire, il convient d’examiner attentivement les trajectoires des recettes. Pour tenir compte du fait que l’évolution des recettes fiscales de la région est en général beaucoup plus influencée par les cours des produits de base et le cycle économique dans certains pays que dans d’autres, nous avons réparti les pays en trois groupes: 1) les pays qui exportent essentiellement des ressources naturelles, à savoir les 7 pays exportateurs de pétrole plus le Botswana, la Zambie, la Sierra Leone et la Guinée, tous pays où les exportations de ressources naturelles constituent plus de 30 % du total des exportations2; 2) les pays à revenu intermédiaire aux exportations diversifiées, à savoir 7 pays, dont l’Afrique du Sud, et les autres pays à revenu intermédiaire de la région; et 3) les pays à faible revenu aux exportations diversifiées, à savoir 26 pays.

Dans l’ensemble, les perspectives s’améliorent pour ce qui est des ratios recettes/PIB, mais il semble peu probable que, dans les pays à revenu intermédiaire, ils retrouvent leurs niveaux d’avant la crise (graphique 1.7).

  • Dans les pays à faible revenu aux exportations diversifiées, les recettes ont peu souffert et devraient retrouver une trajectoire proche de celle d’avant la crise. Les recettes fiscales aussi bien que non fiscales devraient contribuer à cette amélioration. Dans un grand nombre de ces pays, la principale difficulté réside dans le fait que le niveau des recettes, bien qu’il soit en hausse, demeure faible. Pour la période à venir, il faudra que le recouvrement des impôts s’améliore peu à peu de manière à pouvoir financer les besoins urgents sur le plan social et en matière d’infrastructures physiques, alors que l’aide publique au développement risque de diminuer à moyen terme3.
  • Dans la plupart des pays à revenu intermédiaire aux exportations diversifiées, les recettes se sont révélées fortement procycliques. Hormis dans le cas de l’Afrique du Sud, elles ne devraient pas retrouver leur niveau d’avant la crise à brève échéance4.
  • On constate sans surprise que, dans le cas des pays qui exportent essentiellement des ressources naturelles, le comportement des prix des produits de base détermine le niveau des recettes. Dans ces pays, le ratio recettes/PIB a diminué en moyenne de près de 6 % en 2009, lors de la baisse des prix des produits de base5. En 2011 et 2012, d’après les prévisions actuelles concernant les prix de ces produits, qui devraient rester élevés, le ratio recettes/PIB de ces pays devrait remonter à environ 26 % du PIB, ce qui est comparable à la moyenne pour la période 2004–08.

Graphique 1.7.Afrique subsaharienne: total des recettes hors dons, 2000 –12

Sources: FMI, Perspectives de l’économie mondiale et base de données du Département Afrique.

En ce qui concerne les dépenses, la croissance des dépenses réelles a été plus stable dans la plupart des cas:

  • Dans les pays à faible revenu, la croissance des dépenses avant et après la crise a été remarquablement stable, à environ 6 % en termes réels (graphique 1.8). Les pays qui font exception et où la croissance des dépenses devrait être négative en termes réels en 2011 (graphique 1.9) sont le Burundi, le Libéria et la République Centrafricaine (en raison du manque de moyens de mise en œuvre) ainsi que la Gambie, Madagascar et le Malawi (sous l’effet de la baisse des recettes fiscales)6.
  • Dans les pays à revenu intermédiaire, les dépenses se sont accrues tandis que les économies entraient en récession en 2009. En 2011, compte tenu des perspectives peu favorables évoquées plus haut en ce qui concerne les recettes, des réductions des dépenses réelles sont attendues dans trois des huit pays. Les plus grandes économies de ce groupe (Afrique du Sud et Maurice) devraient considérablement accroître leurs dépenses réelles en 2011.
  • Enfin, dans les pays qui exportent essentiellement des ressources naturelles, les dépenses ont été caractérisées par une procyclicité considérable ces dernières années. Pour 2011, les autorités ont des intentions assez diverses, certaines prévoyant de fortes augmentations, tandis que d’autres n’envisagent qu’une croissance modeste, voire une réduction des dépenses. Seul le temps dira si cette retenue l’emportera lorsque les caisses déborderont à la suite de la forte hausse récente des cours des produits de base.

Graphique 1.8.Afrique subsaharienne: croissance réelle des dépenses publiques, 2004–11

Sources: FMI, Perspectives de l’économie mondiale et base de données du Département Afrique.

Graphique 1.9.Croissance réelle des dépenses publiques, 2011

Sources: FMI, Perspectives de l’économie mondiale et base de données du Département Afrique.

Compte tenu de ces évolutions, l’on entrevoit pour 2011 et 2012 une amélioration des soldes budgétaires dans les pays exportant essentiellement des ressources naturelles et dans les pays à faible revenu aux exportations diversifiées (graphique 1.10). Dans ce dernier groupe de pays, les déficits budgétaires devraient, pour la plupart, revenir à leur niveau d’avant la crise, grâce à la poursuite de l’évolution tendancielle des recettes, encore que la hausse des prix de l’alimentation et de l’énergie puisse avoir une influence à cet égard. À supposer que les autorités fassent cette fois preuve de modération en matière de dépenses, les déficits des pays exportant essentiellement des ressources naturelles devraient aussi diminuer. En revanche, les déficits devraient rester élevés dans les pays à revenu intermédiaire aux exportations diversifiées (alors que leurs comptes budgétaires étaient à peu près équilibrés avant la crise).

Graphique 1.10.Afrique subsaharienne: solde global hors dons, 2000–12

Sources: FMI, Perspectives de l’économie mondiale et base de données du Département Afrique.

L’application d’une politique budgétaire accommodante au cours de ces dernières années a entraîné une hausse du ratio d’endettement dans plusieurs pays (graphique 1.11). La taille des boules représente la valeur actualisée nette de la dette publique en 2010. On ne s’étonnera pas que la crise ait engendrée une aggravation des déficits budgétaires et une augmentation de l’endettement. Mais, dans la plupart des cas, cette augmentation a été modeste. Étant donné que, au départ, le niveau d’endettement était gérable, la dette qui est venue s’ajouter ne devrait pas poser de problème, à condition, bien sûr, qu’elle ne continue pas de s’accroître outre mesure. En revanche, dans un petit nombre de pays, l’endettement s’est alourdi de façon assez prononcée depuis 2008, notamment en Afrique du Sud, au Cap-Vert, au Ghana, à Maurice et au Sénégal. Il apparaît donc, en somme, que le redressement des recettes a permis à la politique budgétaire de rester anticyclique dans les pays à faible revenu pendant la période de reprise. Dans les pays à revenu intermédiaire, le déficit devrait rester élevé, et la hausse correspondante du ratio de la dette publique pèse sur la politique budgétaire. Dans les pays exportateurs de pétrole, la gestion des recettes pétrolières exceptionnelles de cette année posera un défiredoutable, surtout si l’on se rappelle la forte croissance des dépenses réelles lors de l’épisode précédent de flambée des prix du pétrole.

Graphique 1.11.Afrique subsaharienne: variation du solde budgétaire et valeur actualisée nette de la dette publique1

Sources: FMI, Perspectives de l’économie mondiale et calculs des services.

1Dans le cas de l’Afrique du Sud, du Botswana, du Gabon, de Maurice, de la Namibie, du Nigéria et du Swaziland, les données se rapportent à la dette publique nominale.

Quelles conséquences peut-on attendre de la nouvelle hausse des prix de l’alimentation et de l’énergie?

Pour de nombreux pays d’Afrique subsaharienne, la flambée des prix alimentaires et énergétiques survenue en 2008 a entraîné de profonds bouleversements sociaux et économiques. C’est donc avec une certaine appréhension qu’un grand nombre de responsables de la région, en particulier dans les pays importateurs nets de denrées alimentaires et de pétrole, observent les prix alimentaires dépasser leur niveau de 2008 (graphique 1.12). Dernièrement, les prix de l’énergie sont aussi montés en flèche (même si, fin mars, ils étaient encore inférieurs au pic atteint en 2008). Avec des mouvements aussi rapides des principaux prix, certains pays d’Afrique subsaharienne perdent ou gagnent gros du jour au lendemain, ce qui complique grandement la gestion macroéconomique. La présente section examine les effets qu’a eus jusqu’à présent la toute récente flambée des prix alimentaires et comment les pays ont commencé à y réagir. Nous examinons aussi les conséquences à prévoir si les prix du pétrole se maintiennent à leurs niveaux élevés actuels. Dans la section suivante, nous présenterons les mesures qui pourraient être envisagées pour contrer ce double choc.

Graphique 1.12.Indice des cours mondiaux des produits de base

Source: FMI, Perspectives de l’économie mondiale.

En 2008, la flambée des prix mondiaux de l’alimentation et de l’énergie avait été accompagnée d’une hausse assez rapide et prononcée des prix alimentaires intérieurs dans pratiquement tous les pays d’Afrique subsaharienne, mais jusqu’à présent la hausse des prix alimentaires dans la région a suivi un schéma plus diversifié en 2011 (graphique 1.13). Cette diversité tient à plusieurs raisons:

  • Dans un certain nombre de pays (Afrique du Sud, Burkina Faso, Malawi, Nigéria et Zambie), la récolte de 2010 a été très bonne, ce qui a limité l’augmentation des prix (graphique 1.14). De plus, même là où les prix locaux ont augmenté sous l’effet de la hausse des cours internationaux, il a été possible de remplacer les produits importés par des denrées moins négociées sur les marchés internationaux et abondamment disponibles7.
  • La hausse des prix internationaux de l’alimentation a aussi été moins uniforme qu’en 2008. Par exemple, au cours des douze mois se terminant en février 2011, les prix du maïs et du blé ont augmenté d’environ 80 % en dollars, mais le prix du riz, autre produit de base important dans la région, a en fait diminué de 8 %.
  • Les prix alimentaires intérieurs ont cependant fortement augmenté dans plusieurs pays, dont l’Éthiopie, la Guinée, le Kenya, Madagascar et la Sierra Leone. De mauvaises récoltes dues à des conditions climatiques défavorables ont joué un rôle au Bénin (inondations) et au Kenya (sécheresse). Certains pays sont importateurs nets de denrées alimentaires de base (Éthiopie, Guinée, Madagascar et Sierra Leone) et ont donc ressenti assez vite les effets de la hausse des prix internationaux. Enfin, plusieurs facteurs propres à certains pays ont aussi joué un rôle, notamment des crises politiques (Côte d’Ivoire et Madagascar), le laxisme de la politique monétaire et la dépréciation de la monnaie (Éthiopie) et la pénurie de devises (Guinée).

Graphique 1.13.Afrique subsaharienne: taux d’inflation des produits alimentaires

Sources: FMI, Perspectives de l’économie mondiale et base de données du Département Afrique.

Graphique 1.14.Afrique subsaharienne: inflation des produits alimentaires

Source: FMI, base de données du Département Afrique.

Pour amortir les effets négatifs sur le plan de l’inflation et du niveau de vie, certains pays ont mis en place un contrôle des prix et des subventions. C’est en Éthiopie que le contrôle des prix couvre le plus grand nombre de produits alimentaires et autres (par exemple sucre, lait en poudre, huile de palme, riz, viande, bière, tôle, savon, livres et stylos à bille). Le Mozambique et le Sénégal ont aussi mis en place un contrôle des prix de plusieurs produits de base tels que le pain, le sucre, le maïs et le riz. Le Cameroun a créé récemment une agence chargée de réglementer le marché des biens de première nécessité par le biais d’importations et la constitution de stocks alimentaires. En même temps, certains pays continuent d’avoir massivement recours aux prix administrés (Maurice) et/ou ont décidé ces derniers mois de subventionner les prix de l’alimentation et de l’énergie (Guinée, Madagascar et Mozambique).

Des hausses plus prononcées des prix alimentaires sont possibles dans la région. D’après des études effectuées par les services du FMI, le décalage moyen entre une hausse des prix alimentaires internationaux et la hausse correspondante des prix intérieurs est d’environ six mois dans les pays d’Afrique subsaharienne. Par conséquent, la flambée des prix alimentaires internationaux survenue à la fin de 2010 pourrait fort bien se faire vraiment sentir dans la plupart des pays vers le milieu de l’année 2011. Cela dit, la répercussion de la hausse est loin d’être uniforme dans tous les pays de la région (graphique 1.15). En moyenne, l’effet cumulé d’une hausse de 10 % des prix alimentaires internationaux sur les prix alimentaires intérieurs est de 3 %, mais l’effet varie d’une répercussion intégrale de 10 % au Kenya et en Guinée-Bissau à une répercussion très limitée ou même nulle au Nigéria et au Ghana8.

Graphique 1.15.Rapport entre les prix alimentaires intérieurs et internationaux

Source: FMI, base de données du Département Afrique.

Dans les pays importateurs de pétrole de la région, c’est l’envolée récente des cours du pétrole qui constitue la plus lourde menace pour l’activité économique. Les projections présentées ici sont fondées sur un prix de 107 dollars le baril de pétrole en 2011, contre 80 dollars le baril en 20109. Cette hausse de 34 % va sans doute avoir un impact considérable dans la plupart des pays importateurs de pétrole de la région, avec toutefois d’énormes différences d’un pays à l’autre. Globalement, l’augmentation des prix du pétrole alourdira la facture d’importation de tous les pays. Dans ceux qui tarderont à répercuter la hausse des prix internationaux du pétrole sur les prix locaux, les comptes budgétaires vont vraisemblablement se détériorer. De plus, la proportion dans laquelle la hausse sera répercutée influera probablement sur le niveau d’inflation. Si les prix augmentent beaucoup plus que dans le scénario de référence, il est presque certain que la croissance s’en ressentira aussi. En particulier, les simulations indiquent que, si les prix du pétrole devaient atteindre une moyenne de 150 dollars le baril en 2011, la croissance des pays d’Afrique subsaharienne importateurs de pétrole serait amputée de 0,5 à 0,7 % (voir encadré 1.3).

Étant donné que certains pays importateurs nets de denrées alimentaires et de pétrole bénéficieront aussi de la montée des prix d’autres produits de base, il importe d’examiner l’effet net des mouvements récents des prix de ces produits. En ce qui concerne l’effet sur les comptes extérieurs, d’après les études réalisées pour les Perspectives de l’économie mondiale, l’évolution des prix des produits de base observée jusqu’à fin décembre 2010 va probablement avoir un effet négatif très sensible sur la balance commerciale de plusieurs pays de la région. Aux Comores, au Lesotho, à São Tomé-et-Príncipe, aux Seychelles et au Zimbabwe, la dégradation de la balance commerciale devrait atteindre plus de 3 % du PIB en 2011 (graphique 1.16).

Graphique 1.16.Effets sur la balance commerciale de l’évolution des cours des produits de base en 2011

(pourcentage du PIB)

Source: FMI, base de données du Département des études.

Mais il y aura aussi de gros gagnants. Ce seront les pays exportateurs de pétrole et de ressources minérales. La balance commerciale de six des sept pays exportateurs de pétrole de la région (Angola, Gabon, Guinée équatoriale, Nigéria, République du Congo et Tchad) devrait s’améliorer de plus de 10 points de PIB en 2011 grâce aux augmentations des prix du pétrole survenues depuis octobre dernier. En Zambie (en raison de la hausse des prix du cuivre), l’amélioration devrait être de plus de 6 % du PIB.

Quelles sont les priorités pour la période à venir?

Les perspectives économiques de la région sont remarquablement bipolaires :

  • Dans de nombreux pays, en particulier les pays à faible revenu, la croissance économique a retrouvé le rythme record d’avant la crise, mais la plupart des pays à revenu intermédiaire de la région vont vraisemblablement connaître des écarts de production prononcés.
  • Les hausses récentes des prix des produits de base seront une aubaine pour les pays exportateurs de pétrole et de métaux, mais, pour de nombreux autres pays de la région, le niveau élevé des prix du pétrole engendrera d’importants besoins de financement extérieur.
  • La flambée récente des prix alimentaires s’est traduite par une hausse des prix intérieurs dans certains pays de la région, mais pas dans tous.
  • À l’intérieur des pays, le niveau élevé des prix alimentaires devrait bénéficier aux agriculteurs (qui constituent la majorité de la population dans de nombreux pays), mais va considérablement pénaliser les habitants des villes et les populations pauvres sans terre des campagnes.

Il se pourrait aussi que les perspectives économiques de la région soient assombries par les risques à la baisse qui pourraient encore émaner de ses partenaires commerciaux parmi les pays avancés et les marchés émergents. Bien que, depuis l’édition d’octobre du rapport sur les perspectives de l’économie mondiale, celles-ci se soient améliorées, la reprise demeure inégale. En particulier, les ajustements budgétaires à moyen terme qui s’imposent n’ont pas encore été résolument engagés dans un grand nombre de pays avancés; cela pourrait se traduire par une volatilité des taux d’intérêt et des primes de risque. Parmi les pays émergents, les risques de surchauffe et de croissance rapide du crédit pourraient entraîner une hausse des taux d’intérêt, ce qui contribuerait à freiner la croissance. Enfin, si les prix des produits de base venaient à diminuer fortement, les gagnants et les perdants ne seraient plus les mêmes que pendant la période actuelle de flambée des prix des produits de base.

Cela étant, il sera important de tenir compte des principes généraux ci-après dans la conduite des politiques budgétaire et monétaire au cours des mois à venir.

Politique budgétaire

Il conviendrait que la politique budgétaire continue à être de moins en moins axée sur le soutien à l’activité qui l’a caractérisée ces dernières années au profit d’une orientation plus neutre dès que cela sera possible. Lorsque la crise financière mondiale menaçait de faire dérailler l’activité économique en Afrique subsaharienne, il était légitime que les autorités agissent rapidement pour contrer tout ralentissement de l’activité au moyen de politiques monétaires et budgétaires expansionnistes. Mais, depuis le début de l’année 2010, il est clair que la croissance va se redresser assez vite dans la plupart des pays de la région. Par conséquent, les budgets établis pour la période postérieure à 2010 devraient, dans l’idéal, être axés davantage sur des objectifs à moyen terme tout en tenant compte de l’impératif de stabilité de la dette. Dans l’ensemble, des progrès raisonnables ont été accomplis dans ce sens. D’après les projections, les déficits budgétaires devraient diminuer entre 2010 et 2011 dans 19 des 30 pays non pétroliers où la croissance de la production devrait dépasser la moyenne de la période 2004–08 ou y être inférieure au maximum de 1½ point. Dans les 11 autres pays, le déficit devrait rester inchangé ou se creuser en 2011 (de plus de 2 points de PIB au Lesotho, au Mali et au Mozambique). Dans ces trois pays, l’augmentation des déficits est destinée à financer essentiellement les investissements publics d’infrastructure et/ou les subventions alimentaires pour protéger les populations pauvres de la flambée des prix de l’alimentation.

Même s’il est généralement nécessaire que la politique budgétaire permette de reconstituer des marges de manœuvre, un certain nombre de facteurs spécifiques doivent être pris en considération. Premièrement, dans les pays où la hausse des prix alimentaires provoquera vraisemblablement de profonds bouleversements économiques, les ressources budgétaires devraient servir à protéger autant que possible les groupes vulnérables. Deuxièmement, dans plusieurs pays à revenu intermédiaire, la crise a entraîné une réduction durable des recettes fiscales. Dans ces pays, un rééquilibrage plus rapide des finances publiques s’impose. Troisièmement, dans les pays exportateurs de pétrole et de métaux qui bénéficieront sans doute de la hausse plus forte que prévu des prix des produits de base, il importera que les dépenses restent modérées et que leur montant soit déterminé en fonction de cadres budgétaires à moyen terme fondés sur des hypothèses prudentes en ce qui concerne l’évolution des prix des produits de base. Nous considérons tour à tour ces trois points.

Là où l’on peut s’attendre à une forte hausse des prix alimentaires, il convient d’envisager des interventions ciblées et limitées dans le temps de la part des pouvoirs publics, le montant et la durée de ces interventions devant être fonction de la santé des finances publiques. En pareilles circonstances, la meilleure approche consiste à laisser la hausse des prix internationaux se répercuter sur les prix intérieurs et à fournir un soutien ciblé aux groupes les plus vulnérables. Ce soutien peut prendre la forme de subventions, d’un soutien aux revenus ou d’une distribution directe de denrées alimentaires. Et il est vrai cependant que, dans beaucoup de pays de la région où de tels mécanismes n’existent pas, il peut être très difficile d’identifier les groupes les plus démunis. Dans ce cas, il est possible d’envisager d’autres formes d’aide, toujours ciblée. On pourrait, par exemple, abaisser temporairement les droits d’importation sur les denrées alimentaires de première nécessité. Une autre possibilité consisterait à subventionner le prix des denrées alimentaires consommées essentiellement par les ménages les plus pauvres. Lorsque les pénuries alimentaires sont localisées, il est possible aussi de limiter les subventions et/ou le soutien aux revenus à ces zones. Toutes ces interventions auront bien sûr un coût budgétaire. L’une des manières de limiter ce coût consiste à faire en sorte que les interventions soient limitées dans le temps. Lorsque les contraintes financières sont incontournables, les interventions devront être financées par des économies sur d’autres postes budgétaires.

L’une des interventions à éviter est l’imposition d’un contrôle des prix alimentaires. En règle générale, le contrôle des prix tend à accentuer la rareté. Même lorsqu’il peut être mis en place de façon efficace, il revient à imposer une taxation ponctuelle à ceux qui produisent, distribuent et vendent les denrées alimentaires.

Il convient aussi d’éviter les subventions aux prix de l’énergie. Il ressort des études réalisées sur différents pays que les subventions énergétiques sont presque immanquablement mal ciblées. De ce fait, elles sont en général hautement régressives (autrement dit, elles sont captées de façon disproportionnée par les couches les plus aisées de la population). De plus, elles pèsent lourdement sur les finances publiques, ont tendance à encourager la surconsommation et sont difficiles à supprimer progressivement face à la résistance de ceux qui en bénéficient. Cependant, il peut être raisonnable d’opter pour des subventions croisées entre le pétrole lampant, qui est consommé essentiellement par les populations pauvres, et d’autres produits énergétiques tels que l’essence. Une subvention trop élevée pour le pétrole lampant risque toutefois d’avoir des conséquences imprévues telles que le frelatage du gazole.

À l’exception de l’Afrique du Sud, les membres de l’Union douanière d’Afrique australe (SACU) devraient subir une chute prononcée de leurs recettes et être obligés de procéder assez vite à un vaste rééquilibrage budgétaire. De 2008 à 2010, les recettes publiques (hors dons) de ces pays (Botswana, Lesotho, Namibie et Swaziland) ont diminué de 7 points de PIB (estimation médiane) et, d’après les projections, elles ne devraient se redresser que progressivement à moyen terme. Un ajustement considérable des finances publiques sera sans doute nécessaire dans ces pays pour répondre à la forte diminution des recettes tout en stabilisant la dette à un niveau viable par rapport au PIB. Compte tenu des objectifs que se sont fixés les autorités en matière d’endettement et de leurs difficultés de financement, en particulier au Lesotho et au Swaziland, cet ajustement devrait avoir lieu malgré l’existence de capacités de production excédentaires.

Globalement, les comptes budgétaires des pays exportateurs de pétrole devraient redevenir excédentaires en 2011. Cela s’explique par la hausse des cours du pétrole et l’intention déclarée par les autorités au début de 1011 de ne pas augmenter les dépenses en fonction de l’augmentation des recettes pétrolières. Dans ces pays, il est important que les dépenses continuent de s’inscrire dans des cadres budgétaires à moyen terme qui tiennent compte des capacités de mise en œuvre et d’absorption. Ce qui s’est passé en Angola ces dernières années est une bonne illustration des déséquilibres macroéconomiques qui peuvent apparaître lorsque les dépenses publiques sont revues à la hausse en partant de l’hypothèse que les cours du pétrole se maintiendront à un niveau élevé.

Politique monétaire

Il est préoccupant que, malgré la récente poussée d’inflation, les autorités monétaires de la plupart des pays n’aient pas manifesté l’intention de resserrer leur politique. Hormis dans un nombre relativement faible de pays, les taux directeurs de la région ont été abaissés lorsque la récession mondiale menaçait et sont restés à des niveaux relativement bas (graphique 1.17). Comme l’inflation a nettement reflué lorsque l’activité intérieure a ralenti et que, ce qui est plus important, les prix des produits de base se sont effondrés en 2009, la faiblesse des taux directeurs n’a pas posé de problème pendant une bonne partie de l’année 2010. Mais maintenant que l’inflation remonte, les taux réels de nombreux pays sont très bas, quand ils ne sont pas carrément négatifs. La croissance ayant retrouvé dans la plupart des cas son niveau d’avant la crise, il est peu probable que cela aide à freiner l’inflation au cours des mois à venir. Les mesures qui s’imposent pour les mois à venir sont les suivantes:

Graphique 1.17.Afrique subsaharienne: taux directeurs réels

Sources: FMI, International Financial Statistics et base de données du Département Afrique.

  • Dans les pays où la croissance a retrouvé son niveau d’avant la crise, il convient d’ajuster de façon correspondante la politique monétaire pour lui redonner une orientation plus neutre, voire la resserrer afin d’éviter des poussées inflationnistes.
  • Dans la plupart des pays à revenu intermédiaire de la région, où il existe encore d’importantes capacités excédentaires et où les pressions inflationnistes sont modérées, il est davantage possible de laisser la politique monétaire soutenir l’activité. Cela est particulièrement vrai de l’Afrique du Sud et des autres pays de l’Union douanière d’Afrique australe où l’appréciation des taux de change nominaux a tendance à freiner l’activité.
  • Là où la hausse des prix de l’alimentation et de l’énergie est prononcée, la politique monétaire devrait accepter l’impact immédiat, puis contrer les effets secondaires éventuels. Dans l’ensemble, il ressort de l’analyse effectuée par les services du FMI que, le plus souvent, les chocs sur les prix de l’alimentation et de l’énergie ne sont guère persistants dans la région. En particulier, dans les pays à taux de change flottant, une hausse de 1 % de l’inflation des prix alimentaires a un impact positif significatif sur le taux global d’inflation d’environ 0,1 % dans le mois qui suit, mais s’estompe par la suite (graphique 1.18). L’impact d’une hausse de 1 % de l’inflation des prix de l’énergie sur l’inflation globale met plus de temps à se faire sentir, culminant à 0,1 % dans les 4 à 6 mois qui suivent10. Toutes choses égales par ailleurs, cela indiquerait que, en règle générale, les banques centrales ne devraient réagir que si l’accélération de l’inflation menace de durer plus de 3 à 4 mois.
  • Dans les pays à taux de change flottant, une plus grande flexibilité du taux de change permettrait aussi d’atténuer l’effet sur les comptes extérieurs d’une hausse soudaine des prix de l’alimentation et de l’énergie.

Graphique 1.18.Afrique subsaharienne: rapport entre l’inflation (IPC) et le taux d’inflation des produits alimentaires et énergétiques, 2000–101

Sources: FMI, base de données du Département Afrique et estimations des services.

1Pays à régime de change flottant.

Un dernier élément que les autorités monétaires auraient intérêt à prendre en considération au cours des mois à venir est la faible probabilité que les prix de l’alimentation et de l’énergie ne s’effondrent comme ils l’ont fait en 2009 après avoir atteint des niveaux records en 2008. Le renversement des prix avait contribué de façon importante à ramener rapidement l’inflation aux niveaux d’avant la crise. Cette fois, étant donné que les écarts de production sont comblés dans de nombreux pays et que, il faut l’espérer, un nouveau ralentissement mondial ne soit pas à craindre, la hausse récente des prix de l’alimentation et de l’énergie pourrait avoir un effet plus durable à moins que les autorités monétaires ne réagissent sans tarder.

Encadré 1.1.Pourquoi la reprise a-t-elle été si modérée en Afrique du Sud après la récession?

Au lendemain de la crise financière mondiale, l’Afrique du Sud connaît une reprise plus lente que les autres marchés émergents (graphique 1). Alors que dans la plupart de ces pays les écarts de production ont été comblés, il restera cette année un écart non négligeable d’environ 3 % en Afrique du Sud et il ne devrait pas être comblé avant 2013 dans le meilleur des cas. L’Afrique du Sud entrant pour 30 % dans le PIB de l’Afrique subsaharienne, ce qui se passe dans ce pays influe sensiblement sur les résultats de toute la région. Nous examinons ici les facteurs à l’origine de cette croissance lente.

Graphique 1.PIB réel des principaux marchés émergents1

Sources: FMI, Perspectives de l’économie mondiale et calculs des services.

1Les principaux pays émergents sont ceux qui font partie du G-20, hormis l’Arabie Saoudite et la Chine.

Contraintes pesant sur la consommation

La consommation privée, qui représente un peu plus de 60 % du PIB, joue un rôle central dans les fluctuations économiques. Elle a d’ailleurs été un moteur important à la fois de la récession (2008–09) et de la reprise qui a suivi (2010). Au cours des trois premiers trimestres de 2010, la consommation privée a progressé d’environ 5 % sous l’effet de la hausse relativement forte des salaires réels et de l’augmentation des transferts publics. Mais, pendant la période à venir, même si la consommation privée reste vigoureuse, il est très peu probable que le pays connaisse une expansion atteignant les niveaux remarquables du milieu de la décennie 2000, et ce pour les raisons suivantes:

  • Endettement élevé des ménages. La dette des ménages en proportion du revenu disponible a fortement augmenté dans la période qui a précédé la crise, en raison surtout de l’expansion rapide des prêts immobiliers (graphique 2). Actuellement, la dette des ménages, qui équivaut à 79 % du revenu disponible, demeure élevée d’un point de vue historique. On peut donc s’attendre à ce que les banques continuent à faire preuve de prudence lorsqu’elles accorderont des crédits et des prêts immobiliers aux ménages. En outre, à mesure que les taux d’intérêt remonteront à moyen terme, la hausse qui en résultera pour le service de la dette sera une contrainte supplémentaire pour la consommation privée.
  • Pertes d’emplois et chômage élevé. La destruction massive d’emplois qui s’est produite pendant la récession en 2008–09 (équivalant à 8 % de l’emploi total fin 2008) va aussi peser sur la croissance future de la consommation globale.
  • Fragilité de la confiance des consommateurs. L’indice composite de la confiance des consommateurs s’est nettement amélioré au premier trimestre de 2010. Depuis, il s’est toutefois dégradé et se maintient à un niveau faible par rapport à la période qui a précédé la crise.

Graphique 2.Afrique du Sud: dette des ménages et croissance du crédit au secteur privé

Source: South African Reserve Bank.

Redressement lent de l’investissement privé

La crise financière mondiale a provoqué une baisse sensible de l’investissement, essentiellement dans le secteur privé. Depuis fin 2008, l’investissement privé a diminué d’environ 2 points de PIB, encore que cette baisse ait été en partie compensée par l’augmentation des investissements publics. Malgré la reprise, la contribution de l’investissement privé à la croissance du PIB réel en 2010 a été négligeable (graphique 3).

Graphique 3.Afrique du Sud: contributions de l’investissement à la croissance du PIB réel

Sources: South African Reserve Bank et calculs des services du FMI.

Ce manque de dynamisme de l’investissement privé tient peut-être à plusieurs facteurs, dont l’anticipation de la part des entreprises que la demande sera faible. Cette explication est corroborée par le niveau de confiance modéré des entreprises, qui, même s’il s’est amélioré ces derniers mois, demeure nettement inférieur au niveau observé avant la crise. Cette situation se traduit par une faible utilisation des capacités dans le secteur manufacturier et par la décision des entreprises d’épuiser les stocks existants plutôt que d’en constituer de nouveaux (graphique 4).

Graphique 4.Afrique du Sud: variation des stocks et du taux d’utilisation des capacités

Source: South African Reserve Bank.

Faiblesse de la demande étrangère, amplifiée par la dégradation de la compétitivité extérieure

La croissance atone du PIB s’explique en partie par la faiblesse de la demande étrangère de biens et de services sud-africains. Bien que les termes de l’échange du pays se soient améliorés de 18 % depuis fin 2008, les exportations restent inférieures aux niveaux d’avant la crise. Il y a à cela diverses explications.

  • Faiblesse de la demande en Europe. Les exportations sud-africaines se sont effondrées au début de la crise financière, mais la demande étrangère s’est redressée dernièrement et les exportations à destination de certains pays ont retrouvé leur niveau d’avant la crise. Les exportations vers l’Europe restent toutefois faibles, en raison du manque de dynamisme de la reprise dans la zone euro et de la forte appréciation du rand par rapport à la monnaie unique européenne (environ 30 % depuis fin 2008). Cette appréciation a eu pour résultat une diminution de la part de l’Europe dans le total des exportations de biens sud-africains, qui est descendue de 34 % à la veille de la crise à 26 % aujourd’hui (graphique 5). Globalement, étant donné que l’Europe demeure le deuxième partenaire commercial de l’Afrique du Sud et que sa croissance économique sera modeste dans l’avenir envisageable, les chances sont limitées de voir se renforcer la demande extérieure de produits sud-africains.
  • Perte de compétitivité. L’Afrique du Sud a reçu des sommes considérables sous forme d’investissements de portefeuille. Compte tenu de l’intervention mesurée de la Banque de réserve d’Afrique du Sud, ces entrées de capitaux ont poussé à la hausse le taux de change effectif réel, qui s’est apprécié d’environ 25 % depuis le début de 2008—c’est-à-dire bien plus que dans les autres marchés émergents (graphique 6).

Graphique 5.Afrique du Sud: variation de la part du total des exportations de marchandises selon la destination

Source: South African Reserve Bank.

Graphique 6.Taux de change effectif réel en Afrique du Sud et dans les principaux marchés émergents

Sources: FMI, base de données du Système des avis d’information du Département des statistiques et calculs des services.

Cet encadré a été préparé par Nir Klein.

Encadré 1.2.La poussée de croissance de l’Afrique subsaharienne au cours de la décennie écoulée était-elle vraiment extraordinaire?

L’accélération prononcée de la croissance économique en Afrique subsaharienne ces dernières années suscite de nombreux commentaires. Dans trois études récentes, les auteurs suivent des méthodes différentes pour identifier les groupes de pays les plus performants, mais ils arrivent tous à la même conclusion, à savoir que des blocs entiers de la région semblent avoir définitivement rompu avec le passé:

  • À l’automne 2008, cette publication identifiait un groupe de 17 économies ayant participé au «grand décollage de la croissance en Afrique subsaharienne», avec des taux moyens de croissance par habitant supérieurs à 2¼ % depuis le milieu des années 90. Ce groupe était composé de pays divers qui avaient cependant comme caractéristiques communes la stabilité macroéconomique, des institutions solides et des réformes structurelles favorables à la croissance.
  • Dans son livre intitulé Emerging Africa (2010), Steven Radelet recensait 17 pays émergents non exportateurs de pétrole en se fondant non pas sur leur taux de croissance, mais sur d’autres aspects économiques, politiques et sociaux importants, notamment l’avènement de gouvernements plus démocratiques et plus responsables et l’application de meilleures politiques économiques.
  • Plus récemment, l’hebdomadaire The Economist (6 janvier 2011) rapportait que, depuis 2001, six des dix pays les plus performants du monde sont situés en Afrique subsaharienne. Le magazine les baptise les «rois lions d’Afrique subsaharienne» et attribue leurs progrès non seulement à la demande mondiale de produits de base, mais aussi aux réformes structurelles entreprises et à l’amélioration de la gestion économique.

Mais la décennie 2000 a été marquée par une croissance forte dans de nombreuses régions en développement, ce qui pousse à se demander si l’accélération de la croissance en Afrique subsaharienne était vraiment un phénomène extraordinaire. Nous cherchons ici à répondre à cette question.

Tout d’abord, nous confirmons que, dans 21 des 44 pays de la région, il y a bien eu une rupture sous forme d’une accentuation structurelle de la trajectoire de croissance économique. Le graphique 1 illustre la croissance moyenne par habitant de 1980 à 1994 et de 1995 à 2010 pour les groupes de pays identifiés dans les trois études, ainsi que pour les 23 autres pays subsahariens qui ont été distancés. Le groupe de pays les plus performants ont tous enregistrés des taux de croissance sensiblement plus élevés pendant la seconde période que pendant la première. De plus, s’ils avaient tous des résultats à peu près comparables à ceux des 23 autres pays subsahariens pendant la première période, ce n’est plus du tout le cas pendant la seconde période1.

Graphique 1.Taux de croissance des pays les plus performants d’Afrique subsaharienne, 1980–94 et 1995 –2010

Sources: FMI, Perspectives de l’économie mondiale et base de données du Département Afrique.

Quels sont les points communs et les différences entre les pays récemment les plus performants d’Afrique subsaharienne et ceux des autres régions? Le graphique 2 fait apparaître un schéma similaire d’accélération de la croissance dans tous les groupes de pays du monde en développement depuis le milieu des années 90, ce qui tendrait à indiquer que l’Afrique subsaharienne (AfSS) n’est pas un cas exceptionnel2. En moyenne, de 1995 à 2010, la croissance a été beaucoup plus rapide dans les pays les plus performants d’Afrique subsaharienne que dans les pays d’Amérique latine et des Caraïbes (AMC) ou les pays du Moyen-Orient et d’Afrique du Nord (MOAN) pris comme base de comparaison, mais elle n’y a été que légèrement plus rapide que dans les pays en développement d’Asie (Asie en développement) et plus lente que dans la Communauté des États indépendants (CEI). Du point de vue du rythme de l’accélération (c’est-à-dire la différence de croissance entre les deux périodes), les États les plus performants d’Afrique subsaharienne font beaucoup mieux que les pays d’Amérique latine et des Caraïbes et les pays en développement d’Asie et un peu mieux seulement que ceux du Moyen-Orient et d’Afrique du Nord3.

Graphique 2.Taux de croissance des régions en développement, 1980–94 et 1995–2010

Sources: FMI, Perspectives de l’économie mondiale et base de données du Département Afrique.

Que peut-on en conclure? Premièrement, l’accélération de la croissance n’est pas particulière à l’Afrique subsaharienne. D’autres régions ont aussi connu une accélération prononcée de la croissance. Deuxièmement, les pays d’Afrique subsaharienne les plus performants en matière de croissance ont obtenu des résultats aussi bons, voire meilleurs, que de nombreux pays d’autres régions pris comme base de comparaison. Troisièmement, il est particulièrement encourageant qu’un grand nombre des pays les plus performants d’Afrique subsaharienne aient réussi à maintenir leurs bons résultats pendant une décennie ou plus, aussi bien en période de prospérité qu’en période moins faste, et que, de plus en plus, ils affichent des caractéristiques associées non seulement à une accélération de la croissance, mais aussi à une croissance plus soutenue (Berg, Ostry et Zettelmeyer, 2008). Pour l’instant au moins, les lions restent les rois.

Il est vrai que le graphique 2 compare seulement les 40 % de pays les plus performants d’Afrique subsaharienne à l’ensemble des pays des autres régions4. Quels résultats obtiendrait-on si on limitait aussi plus justement la comparaison aux 40 % de pays les plus performants des autres régions? Comme le montre le graphique 3, l’Afrique subsaharienne a continué d’obtenir en moyenne de meilleurs résultats que les 40 % de pays les plus performants de la région Moyen-Orient et Afrique du Nord. Cependant, de 1995 à 2010, ils ont été nettement distancés par la CEI et les pays en développement d’Asie, même si les accélérations entre les deux périodes ont été d’ampleur comparable (voir le tableau ci-dessous pour les tests de signification des différences illustrées dans les graphiques 1 à 3).

Graphique 3.Taux de croissance des 40 % de pays les plus performants des régions en développement, 1980–94 et 1995–2010

Sources: FMI, Perspectives de l’économie mondiale et base de données du Département Afrique.

Tableau 1.Test de signification de la différence moyenne
Tous pays40 % les plus performants
ALCMOANCEIAsie en

dév.
Autres

AfSS
ALCMOANCEIAsie en

dév.
1980–94
Grand décollage, FMI******
Emerging Africa, Radelet*****
Rois lions**********
1995–2010
Grand décollage, FMI********
Emerging Africa, Radelet*****************
Rois lions*****************
Variation entre 1980–94 et 1995–2010
Grand décollage, FMI********
Emerging Africa, Radelet******
Rois lions***************
*≫ signification à 10 %≫ Pays d’AfSS à forte croissance ayant de meilleurs résultats
Légende :**≫ signification à 5 %≫ Pays d’AfSS à forte croissance ayant de moins bons résultats
***≫ signification à 1 %
Sources: FMI, Perspectives de l’économie mondiale et calculs des services.
Sources: FMI, Perspectives de l’économie mondiale et calculs des services.
Cet encadré a été préparé par Robert Keyfitz.1Toutes les différences étaient significatives au niveau de 1 %.2Voir la composition des différents groupes de pays à http://www.imf.org/external/pubs/ft/weo/2010/02/weodata/weoselagr.aspx. Les régions prises comme base de comparaison sont composées essentiellement de pays en développement à faible revenu et à revenu intermédiaire. Par exemple, l’Asie en développement exclut le Japon, la République de Corée et Singapour, mais un petit nombre de pays riches hors OCDE sont aussi inclus, tels que Bahreïn et les Émirats arabes unis, ainsi que Brunéi Darussalam (dans MOAN et Asie en développement, respectivement).3On ne dispose pas de données suffisantes sur les pays de la CEI pendant la première période.4L’agrégat composé des pays ayant participé au grand décollage de l’Afrique subsaharienne comprend 17 des 44 pays qui font l’objet du rapport sur les perspectives économiques de la région, soit 39 %.

Encadré 1.3.Scénario de flambée des cours du pétrole

Compte tenu des événements survenus récemment au Moyen-Orient et en Afrique du Nord ainsi que de l’impact qu’ils pourraient avoir sur le marché pétrolier, les services du FMI ont procédé à une simulation des conséquences probables d’une hausse beaucoup plus prononcée des cours du pétrole en 2011. En particulier, nous posons l’hypothèse d’une montée des cours du pétrole jusqu’à 200 dollars le baril au deuxième trimestre 2011, puis d’une baisse à 125 dollars le baril au quatrième trimestre, soit un cours moyen de 150 dollars le baril cette année. On se rappellera que le cours du pétrole est estimé à 107 dollars le baril pour 2011 dans notre scénario de référence (et à 108 dollars le baril en 2012).

Ce choc aurait un effet négatif très marqué sur les pays subsahariens importateurs de pétrole. D’après les projections, la croissance baisserait de 0,7 % dans les pays à faible revenu et de 0,5 % dans les pays à revenu intermédiaire (estimations médianes). L’effet négatif de la hausse des prix du pétrole sur les comptes budgétaires tient au fait que, généralement, la hausse des prix internationaux n’est répercutée que de façon limitée sur les prix locaux.

Dans les pays exportateurs de pétrole, la simulation fait apparaître un effet négligeable sur la croissance de la production et sur l’inflation. Les capacités de production étant déjà pleinement utilisées, il est probable que le volume des exportations et, par conséquent, la croissance ne seront guère affectés. En revanche, les soldes courants connaîtront une nette amélioration, de l’ordre de 6 % du PIB en 2011. Enfin, les comptes budgétaires bénéficieront grandement de cette évolution, avec une amélioration médiane du solde budgétaire de 4½ % du PIB dans les pays exportateurs de pétrole.

Tableau 1.Afrique subsaharienne: effets négatifs sur les agrégats macroéconomiques d’une évolution défavorable des cours du pétrole, changement en 2011–12 par rapport au scénario de référence
Exportateurs de pétroleImportateurs de pétrole
Revenu intermédiaireFaible revenu
201120122011201220112012
(médiane, pourcentage)
Croissance du PIB réel0,00,0-0,5-0,3-0,7-0,2
Inflation, fin de période0,00,02,21,41,80,7
(médiane, pourcentage du PIB)
Solde budgétaire, hors dons4,40,4-0,7-0,9-0,7-0,2
Balance courante5,80,3-1,90,1-2,5-0,1
Sources: FMI, Perspectives de l’économie mondiale et base de données du Département Afrique.
Sources: FMI, Perspectives de l’économie mondiale et base de données du Département Afrique.
Cet encadré a été préparé par Alun Thomas.
*

Ce chapitre a été rédigé par Abebe Aemro Selassie et Alun Thomas, avec le concours de Rodrigo Garcia-Verdu, Robert Keyfitz, Nir Klein et Maitland MacFarlan. Le travail de recherche a été réalisé par Duval Guimarães et Cleary Haines, et Natasha Minges a assuré le soutien administratif.

2

La Namibie n’est pas incluse dans ce groupe en raison de l’effondrement de ses recettes en 2010 lié à la baisse des transferts de l’Union douanière d’Afrique australe (SACU).

3

Le document intitulé «Revenue Mobilization in Developing Countries» (FMI, 2011c) insiste sur la nécessité d’améliorer l’administration des recettes, d’éliminer les exonérations, de mettre en place une TVA généralisée et de percevoir des droits d’accise sur un plus grand nombre de produits.

4

Dans la plupart des cas, cela tient à la réduction permanente des importations de l’Union douanière d’Afrique australe en proportion du PIB depuis le pic atteint en 2008 et au niveau élevé des remboursements à effectuer pendant les deux prochaines années au titre des avances sur recettes jusqu’à la fin de l’exercice 2010.

5

En moyenne, une augmentation (diminution) de 10 % de l’indice des prix des ressources produit en général une augmentation (diminution) des recettes fiscales de ½ point de PIB, l’indice étant défini comme la moyenne des indices de prix du FMI pour le pétrole et les métaux, pondérée en fonction des pays.

6

Le déflateur du PIB est utilisé pour corriger l’effet de l’inflation sur les dépenses nominales, sauf dans le cas des pays riches en ressources naturelles, où l’IPC est utilisé pour corriger l’effet d’inflation sur les dépenses.

7

Food Price Watch, Banque mondiale, février 2011.

8

Ces résultats se fondent sur des régressions du taux d’inflation des prix intérieurs des produits alimentaires sur le taux d’inflation des prix mondiaux des produits alimentaires exprimés en monnaie locale pour la période 2000–10, établi par le FMI.

9

Les prix du pétrole utilisé par le FMI sont une moyenne des variétés suivantes: UK Brent, Dubaï et West Texas Intermediate.

10

Dans les pays à taux de change fixe, les effets sont différents de zéro dans des proportions insignifiantes quel que soit le décalage, et cela est aussi vrai des prix alimentaires des pays à faible revenu hors Afrique subsaharienne. Ces résultats s’appuient sur une régression des observations mensuelles du taux d’inflation sur l’inflation des prix alimentaires et énergétiques, et l’évolution du taux de change entre 2000 et 2010.

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