Chapter

3. La quête d’une croissance plus soutenue dans l’UEMOA et ses conséquences pour la politique budgétaire

Author(s):
International Monetary Fund. African Dept.
Published Date:
October 2010
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Comme les autres pays subsahariens, la plupart des pays de l’UEMOA ont vu leurs résultats économiques s’améliorer au cours des quinze dernières années. En outre, ils ont plutôt bien résisté à la crise financière mondiale et à l’envolée des prix pétroliers et alimentaires qui l’avait précédée1. Le renforcement des bases de l’économie, mais aussi l’application de mesures anticrise globalement appropriées, l’intégration limitée dans la finance mondiale et la sortie de conflit en Côte d’Ivoire ont contribué à amortir l’impact des chocs externes au niveau régional.

Malgré l’amélioration des bases de l’économie, la croissance à long terme a été plus lente dans les pays de l’UEMOA que dans les pays subsahariens les plus performants. L’écart s’est creusé après ce qu’on a appelé le «grand décollage de la croissance en Afrique», à partir de 19952. Entre 1995 et 2009, le PIB par habitant a plus que doublé dans les pays africains les plus dynamiques, contre une hausse d’à peine 60 % au Burkina Faso, pays le plus performant de l’UEMOA, et un recul d’environ 10 % en Côte d’Ivoire. Malgré l’accélération de la croissance amorcée au milieu des années 90, le revenu moyen par habitant (non pondéré) au sein de l’UEMOA est toujours au même niveau qu’en 1980.

L’élévation du niveau de vie et la réduction de la pauvreté passent nécessairement par une accélération soutenue de la croissance.

Le principal objectif du présent chapitre est de déterminer ce qui pourrait doper la croissance tendancielle des pays de la région et d’en examiner les implications pour la politique budgétaire. Le but n’est pas de proposer de nouvelles analyses statistiques de la croissance ou de passer en revue l’essentiel des publications sur le sujet. Il s’agit plutôt de s’appuyer sur des travaux récents et une méthodologie d’évaluation comparative pour situer les pays de l’UEMOA par rapport aux pays subsahariens les plus performants (encadré 3.1). Trois questions essentielles se posent:

  • Comment se situe la croissance économique de l’UEMOA par rapport à celle des pays africains les plus performants?

  • Quels facteurs expliquent les résultats relativement médiocres enregistrés récemment par l’UEMOA et quelles leçons faut-il en tirer pour la politique économique?

  • Enfin, compte tenu de l’insuffisance des infrastructures dans l’UEMOA, qui est un des freins à une croissance plus rapide, comment intensifier les investissements publics dans ce domaine sans compromettre la viabilité budgétaire?

Les principales conclusions de l’étude sont les suivantes:

  • Dans les quatres pays les plus performants de l’UEMOA (Bénin, Burkina Faso, Mali et Sénégal), les réformes macroéconomiques et structurelles commencent à porter leurs fruits. Depuis le milieu des années 90, la croissance moyenne par habitant y est supérieure de 2 % à ce qu’elle était durant les quinze années précédentes, tout en restant de 2 % inférieure à celle des pays subsahariens les plus performants. Dans les quatre autres pays de l’UEMOA (Côte d’Ivoire, Guinée-Bissau, Niger et Togo), la croissance moyenne par habitant a été lente, voire négative, même si des progrès ont été réalisés quand la stabilité politique est revenue.

  • Les raisons de ce décalage entre l’UEMOA et les pays africains dont la croissance est la plus rapide sont complexes: on ne peut pas l’attribuer à un facteur isolé ni avancer une explication simple. La stabilité politique est à l’évidence une condition nécessaire au développement économique; a contrario, l’instabilité politique a sans doute contribué à freiner la croissance dans certains pays. En moyenne, les pays subsahariens ont enregistré des résultats relativement meilleurs dans toute une série de domaines déterminants pour la croissance par habitant, ce qui souligne la nécessité de poursuivre les réformes multisectorielles. Il sera essentiel de favoriser l’investissement, le commerce et la compétitivité hors prix (qualité des institutions, développement des infrastructures, coûts, etc.), l’essor des marchés financiers, la santé et l’éducation. De nouveaux diagnostics de croissance seraient nécessaires pour comparer les coûts et les avantages des réformes conduites dans les domaines susmentionnés.

  • Plusieurs des réformes à mener nécessiteront que les dépenses publiques soient employées à meilleur escient, voire augmentées. Outre l’éducation et la santé, il semblerait que la faiblesse des infrastructures (graves pénuries d’électricité, lenteur du trafic routier et du transit portuaire, etc.) fasse partie des facteurs qui ralentissent considérablement la croissance même dans les pays de l’UEMOA les plus dynamiques. Une intensification des investissements publics peut contribuer à remédier à cette situation, mais il faut pour cela que les cadres budgétaires soient assez solides. Les politiques budgétaires doivent en particulier opérer les arbitrages nécessaires entre les effets sur la demande, les impératifs de viabilité de la dette et les besoins d’investissement. D’autres efforts s’imposent aussi pour augmenter les recettes et renforcer les institutions budgétaires de manière à améliorer la composition et la qualité des dépenses. Enfin, les investissements doivent être pleinement intégrés dans des cadres budgétaires à moyen terme et il faut prévoir des coûts de maintenance significatifs.

Encadré 3.1.Composition du groupe de pays de référence

Il n’existe pas de méthode faisant l’unanimité pour composer un échantillon de pays dont les résultats doivent servir de base de comparaison. En tout état de cause, comme celui de Johnson et al. (2007), le choix doit se fonder sur des critères objectifs et analytiquement solides.

Dans ce chapitre, ce sont les pays d’Afrique susbsaharienne non exportateurs de pétrole et non membres de l’UEMOA dont la croissance est la plus rapide qui constituent la référence, avec un taux de croissance par habitant moyen d’au moins 3 % sur la période 1995–2009. Cette base, plus élevée que celle qui est utilisée dans d’autres études (FMI, 2008, et Radelet, 2010, par exemple) permet un rattrapage plus rapide. Avec un taux de croissance d’au moins 3 %, les revenus doubleraient tous les vingt-cinq ans. Huit pays (à l’exception d’un membre de l’UEMOA) figurent sur la liste: le Botswana, le Cap-Vert, l’Éthiopie, Maurice, le Mozambique, l’Ouganda, le Rwanda et la Tanzanie. Pour les besoins de la présente étude, nous désignerons ces huit pays à croissance rapide par le terme «pays à forte croissance non exportateurs de pétrole» ou simplement «pays à forte croissance». Bien que ses résultats soient comparables à ceux du dernier des pays à croissance rapide, le Burkina Faso ne figurera que dans le groupe UEMOA.

Tableau 1.Principaux indicateurs, 1995–2009
Croiss. PIB

réel par hab.
Croiss. PIB

réel
Ressources

naturelles
Pays

enclavé
Population,

2009
PIB, 2009PIB par hab.,

20091
(Moyenne, en %)(Millions)(Milliards de dollars)
Pays à forte croissance non exportateurs de pétrole4,36,8191106558
Botswana4,05,62126.407
Cap-Vert4,96,9123.070
Éthiopie4,27,18332390
Maurice3,14,1196.704
Mozambique5,98,22110465
Rwanda5,09,5105536
Tanzanie3,45,84121526
Ouganda4,17,53316482
UEMOA0,83,69468725
Bénin1,44,597710
Burkina Faso3,15,9148564
Côte d’Ivoire−0,72,021221.052
Guinée-Bissau−1,31,521521
Mali2,44,9149657
Niger0,43,7145372
Sénégal1,64,11313994
Togo−0,62,373464
Sources: FMI, Perspectives de l’économie mondiale et base de données du Département Afrique.Note: Les pays surlignés en vert sont les plus performants du sous-groupe correspondant.

Les valeurs agrégées sont pondérées par la population.

Sources: FMI, Perspectives de l’économie mondiale et base de données du Département Afrique.Note: Les pays surlignés en vert sont les plus performants du sous-groupe correspondant.

Les valeurs agrégées sont pondérées par la population.

Comment se situe la croissance de l’UEMOA par rapport à celle des autres pays d’Afrique subsaharienne?

Caractéristiques de la croissance dans les pays de l’UEMOA

Croissance et revenus

La croissance des pays de l’UEMOA a été bien plus faible que celles des pays subsahariens à forte croissance non exportateurs de pétrole. Alors qu’il a atteint en moyenne 4,9 % dans les seconds, le taux de croissance moyen du PIB réel a été de 2,9 % dans l’UEMOA entre 1980 et 20093. L’écart est identique en ce qui concerne les taux de croissance par habitant. Sur la même période, ils ont été de 2,7 % en moyenne dans les pays à forte croissance et proches de 0 % dans l’UEMOA4. Les résultats ont été particulièrement médiocres dans les pays de l’UEMOA à croissance lente: à l’heure actuelle, leur PIB moyen par habitant est plus bas qu’en 1980.

Le différentiel de croissance s’est accentué après 1995 (graphique 3.1, tableau 3.1). Alors qu’il a été d’en moyenne 0,8 % dans l’UEMOA entre 1995 et 2009, le taux de croissance a atteint 4,3 % dans les pays subsahariens à forte croissance. Toutefois, les moyennes décevantes de l’UEMOA masquent d’importantes disparités. Les pays de ce groupe peuvent être répartis en deux sous-groupes: les pays à croissance plus rapide (Bénin, Burkina Faso, Mali et Sénégal), dont le taux de croissance réel moyen par habitant a été de 2,1 % entre 1995 et 2009, et les pays à croissance plus lente (Côte d’Ivoire, Guinée-Bissau, Niger et Togo), avec un taux négatif (−1 %) sur la même période. Après 1994, les pays de l’UEMOA à croissance plus rapide se sont donc rapprochés des pays subsahariens à forte croissance, tout en restant en retrait5.

Graphique 3.1.Croissance et niveau de revenu, 1980–2009

Sources: FMI, Perspectives de l’économie mondiale et base de données du Département Afrique.

Tableau 3.1.Croissance du PIB réel par habitant, 1980–20091
Moyenne

1980–94
Moyenne

1995–2009
(Pourcentage de variation)
Afrique subsaharienne−0,22,3
Pays à forte croissance non exportateurs de pétrole1,14,3
UEMOA−0,6*0,8*
Dont: pays à croiss. plus rapide0,12,1*
Sources: FMI, Perspectives de l’économie mondiale et base de données du Département Afrique.Note: *Indique un taux significativement inférieur aux taux enregistrés dans les pays subsahariens à forte croissance non exportateurs de pétrole (seuil de signification statistique de 10 %).

Tous les taux de croissance sont des moyennes non pondérées.

Sources: FMI, Perspectives de l’économie mondiale et base de données du Département Afrique.Note: *Indique un taux significativement inférieur aux taux enregistrés dans les pays subsahariens à forte croissance non exportateurs de pétrole (seuil de signification statistique de 10 %).

Tous les taux de croissance sont des moyennes non pondérées.

Pour identifier les raisons possibles du différentiel de croissance entre les pays de l’UEMOA et les pays subsahariens à forte croissance, nous nous attacherons d’abord à comparer les dynamiques de croissance respectives des deux groupes puis nous examinerons les facteurs qui déterminent la croissance.

Accélérations et décélérations de la croissance

Dans la ligne des travaux les plus récents, cette section se concentre sur la dynamique de la croissance et distingue phases d’accélération et phases de décélération (encadré 3.2). L’analyse montre non seulement que les pays de l’UEMOA ont besoin d’une accélération de la croissance mais aussi qu’il importe de réduire le nombre et la durée des périodes de décélération. À cet égard, deux facteurs seront déterminants: la stabilité politique et l’adoption de mesures de politique économique appropriées en cas de chocs externes.

Les études sur le sujet montrent qu’il est assez simple d’obtenir une accélération de la croissance mais qu’il est relativement difficile de l’entretenir (Berg et al., 2008). S’appuyant sur la méthodologie décrite dans l’encadré 3.2, le tableau 3.2 montre en quoi la fréquence des accélérations et des décélérations de la croissance dans les pays de l’UEMOA diffère de celle qu’on observe dans les pays à forte croissance non exportateurs de pétrole.

Tableau 3.2.Fréquence des épisodes d’accélération et de décélération de la croissance, 1980–20091
1980–941995–2009
AccélérationDécélérationAccélérationDécélération
(Pourcentage)(Pourcentage)
Afrique subsaharienne0,150,290,220,10
Pays à forte croissance non exportateurs de pétrole0,210,180,310,02
UEMOA0,120,330,100,13
Dont: pays à croiss. plus rapide0,200,220,170,02
Sources: FMI, base de données du Département Afrique et estimations des services.

Accélération définie par un écart de croissance de 1 %.

Sources: FMI, base de données du Département Afrique et estimations des services.

Accélération définie par un écart de croissance de 1 %.

Conformément à ce qui a été constaté plus haut, les accélérations ont été plus rares et les décélérations plus fréquentes dans l’UEMOA que dans les pays à forte croissance non exportateurs de pétrole. Ces derniers ont bénéficié d’une augmentation de la fréquence des accélérations après 1994.

Encadré 3.2.Accélérations et décélérations de la croissance: définitions

Notre définition des accélérations et des décélérations de la croissance s’inspire d’une variante de la méthodologie de Hausmann, Pritchett et Rodrik (2005) élaborée par Arbache et Page (2010). Comme Arbache et Page, nous parlons d’accélération de la croissance dans un pays si les trois conditions suivantes sont réunies durant au moins trois années consécutives:

  • la différence entre la moyenne mobile prospective sur quatre ans du taux de croissance et la moyenne mobile rétrospective sur quatre ans est supérieure à 1 %;

  • la moyenne mobile prospective sur quatre ans du taux de croissance est supérieure au taux de croissance moyen du pays;

  • la moyenne mobile prospective sur quatre ans du PIB par habitant est supérieure à la moyenne mobile rétrospective sur quatre ans.

À l’inverse, nous parlons de décélération de la croissance si les trois conditions suivantes sont réunies durant au moins trois années consécutives:

  • la différence entre la moyenne mobile prospective sur quatre ans du taux de croissance et la moyenne mobile rétrospective sur quatre ans est inférieure à zéro;

  • la moyenne mobile prospective sur quatre ans du taux de croissance est inférieure au taux de croissance moyen du pays;

  • la moyenne mobile prospective sur quatre ans du PIB par habitant est inférieure à la moyenne mobile rétrospective sur quatre ans.

La différence avec la méthode de Hausmann, Pritchett et Rodrik (2005) est que cette définition se sert d’une fenêtre mobile plus étroite (quatre ans au lieu de sept) et d’un seuil de croissance plus bas (1 % au lieu de 2). En outre, alors que nous définissons l’accélération par rapport au taux de croissance moyen du pays donné, Hausman, Pritchett et Rodrik (2005) exigent un taux moyen d’au moins 3,5 % pendant la période d’accélération.

Note: pour plus de détails méthodologiques, voir Arbache et Page (2010).

Il faut noter en particulier que les pays à forte croissance non exportateurs de pétrole et les pays de l’UEMOA les plus performants n’ont connu pratiquement aucun épisode de décélération; dans l’UEMOA, toutefois, la fréquence des accélérations n’a pas augmenté et les pays membres ayant une croissance plus lente que les autres ont connu moins de décélérations mais toujours davantage que d’accélérations.

Gestion macroéconomique et évolutions structurelles

La présente section compare les résultats respectifs des pays de l’UEMOA et des pays subsahariens à forte croissance après 1994. Il ne s’agit pas de procéder à une évaluation empirique formelle de l’importance relative des diverses variables mais de brosser un tableau comparatif du contexte, de la gestion macroéconomique et des évolutions structurelles propres à chacun des deux groupes6.

L’examen s’articule autour de cinq facteurs que les études sur la croissance considèrent comme prépondérants pour les différentiels de croissance (voir, par exemple, Ndulu et al., 2007;FMI, 2008; Selassie, 2008), à savoir: 1) le revenu initial, les dotations en ressources et la géographie; 2) la conjoncture externe; 3) la gestion macroéconomique; 4) le commerce et la compétitivité; et 5) d’autres facteurs. En raison des effets de contagion régionaux, la dynamique de la croissance au sein de l’UEMOA entre également en jeu. Une analyse récente a souligné que l’instabilité politique jouait un rôle déterminant dans la décélération de la croissance (Johnson et al., 2007).

Revenu initial, dotation en ressources et géographie

Globalement, le revenu initial, les dotations en ressources et la géographie ne sont pas des facteurs essentiels en ce qui concerne les différentiels de croissance entre pays de l’UEMOA et pays à forte croissance. Bien que certains pays pauvres fassent partie des plus performants, ceux dont la croissance a le plus décollé depuis 1995 n’étaient pas systématiquement plus pauvres que les autres, ce qui aurait confirmé l’hypothèse d’un effet de rattrapage. Inversement, les pays plus riches n’ont pas systématiquement enregistré une baisse de leur taux de croissance (graphique 3.2).

Graphique 3.2.Revenu initial et croissance du PIB réel par habitant, 1995–2009

Sources: FMI, Perspectives de l’économie mondiale et base de données du Département Afrique.

Une étude du FMI de 2008 semble indiquer que les dotations en ressources naturelles et la géographie, facteurs traditionnellement déterminants pour la croissance en Afrique, n’ont pas eu un rôle décisif dans le décollage observé depuis le milieu des années 90. L’échantillon confirme ce constat général: la plupart des huit économies subsahariennes à forte croissance étudiées dans ce chapitre ont connu une expansion rapide alors qu’elles ne disposaient pas de ressources naturelles particulièrement abondantes.

Pour ce qui est de la géographie, il est courant d’évoquer le sort des pays enclavés, qui auraient plus de difficultés à accéder aux grands marchés et donc à exploiter les économies d’échelle. Pourtant, les facteurs strictement géographiques ne semblent pas décisifs en ce qui concerne les pays d’Afrique subsaharienne à forte croissance et l’UEMOA.

Le groupe des pays à forte croissance comprend quatre pays enclavés, deux économies côtières et deux îles. L’éloignement géographique des marchés n’a pas empêché l’économie mauricienne de croître à un rythme soutenu. De même, l’enclavement géographique du Burkina Faso ne l’empêche pas d’être le pays de l’UEMOA qui a la plus forte croissance.

Conjoncture externe

On évoque aussi fréquemment l’incidence qu’aurait la conjoncture externe sur la croissance économique. Historiquement, l’évolution de la croissance subsaharienne est très comparable à celle du PIB réel mondial (Drummond and Ramirez, 2009). Les estimations internationales semblent indiquer que, en moyenne, une variation d’un point de croissance dans le reste du monde se traduit par 0,4–0,5 point de variation dans les pays d’Afrique subsaharienne (voir FMI, 2009, encadré 1.2). La croissance peut être affectée via divers canaux, dont la demande d’exportations, l’évolution des termes de l’échange ou encore les liens financiers. Globalement, toutefois, peu d’éléments permettent de conclure que la conjoncture externe contribue à expliquer la croissance plus lente des pays de l’UEMOA.

Il a été constaté que les variations positives des termes de l’échange, comme celles qui furent induites par l’envol des prix des produits de base durant la décennie qui a précédé la crise financière, stimulaient la croissance (Deaton and Miller, 1996; Raddatz, 2007). Néanmoins, les travaux des chercheurs montrent aussi que les effets bénéfiques sur la croissance peuvent être brefs et se transformer parfois en effets néfastes à plus long terme si les pays ne sont pas dotés d’institutions solides (Collier and Goderis, 2009). La comparaison des variations des termes de l’échange entre l’UEMOA et les pays subsahariens à forte croissance fait apparaître que, en moyenne, les pays de l’UEMOA se trouvaient dans une situation un peu plus favorable que les pays à forte croissance (tableau 3.3).

Tableau 3.3.Contexte extérieur, 1980–2009
1980–941995–2009
Termes de l’échangeIDETermes de l’échangeIDE
(% de variation)(% du PIB)(% de variation)(% du PIB)
Afrique subsaharienne0,21,02,64,5
Pays à forte croissance non exportateurs de pétrole−0,80,60,63,0
UEMOA1−0,50,4*2,91,4*
Dont: pays à croiss. plus rapide0,20,1*3,71,5*
Sources: FMI, Perspectives de l’économie mondiale, base de données du Département Afrique et estimations des services.Note: *Indique que la moyenne de l’UEMOA est significativement différente de celle des pays subsahariens à forte croissance non exportateurs de pétrole (seuil de signification statistique de 10 %).

Les termes de l’échange de l’UEMOA n’incluent pas la Guinée-Bissau.

Sources: FMI, Perspectives de l’économie mondiale, base de données du Département Afrique et estimations des services.Note: *Indique que la moyenne de l’UEMOA est significativement différente de celle des pays subsahariens à forte croissance non exportateurs de pétrole (seuil de signification statistique de 10 %).

Les termes de l’échange de l’UEMOA n’incluent pas la Guinée-Bissau.

L’investissement direct étranger (IDE) combiné au savoir-faire technologique est susceptible de doper la croissance et de contribuer à l’entretenir. Malgré des progrès récents, l’UEMOA continue d’attirer moins de flux d’IDE que les pays à forte croissance. Les flux vers l’UEMOA sont passés de 0,7 % du PIB en 1995 à 3,6 % en 2009. À titre de comparaison, les flux d’IDE vers les pays à forte croissance non exportateurs de pétrole étaient en moyenne supérieurs à 4 % du PIB durant les trois dernières années de la période (graphique 3.3). Quoi qu’il en soit, l’attrait qu’un pays exerce sur les investisseurs étrangers dépend de plusieurs facteurs, parmi lesquels la gestion macroéconomique, la compétitivité et les réformes structurelles.

Graphique 3.3.Flux d’IDE, 1995–2009

Sources: FMI, Perspectives de l’économie mondiale et base de données du Département Afrique.

Gestion macroéconomique

De manière générale, la gestion macroéconomique s’est améliorée dans les pays d’Afrique subsaharienne depuis le milieu des années 90. Le système de parités fixes adopté par l’UEMOA l’a aidée à maintenir l’inflation à un faible niveau puisqu’elle a été en moyenne nettement plus basse que dans les pays subsahariens à forte croissance. On note toutefois une différence concernant le niveau d’investissement. Comme on le lit dans les études plus générales déjà publiées, qui concluent à la corrélation positive entre le niveau d’investissement et le rythme de la croissance, l’investissement public et privé tend à être plus important dans les pays subsahariens à forte croissance que dans les pays de l’UEMOA, y compris ceux dont la croissance est la plus rapide (tableau 3.4). Un simple exercice de comptabilité de la croissance confirme que le niveau des dépenses d’équipement et la productivité totale des facteurs (PTF) contribuent largement à expliquer les résultats relativement médiocres de l’UEMOA en matière de croissance du PIB réel. D’après les données d’Arezki et Cherif (2010), la croissance de la PTF était généralement faible dans les pays de l’UEMOA et n’a que peu progressé au cours des 15 dernières années (tableau 3.5). Quant à la croissance du capital par travailleur, elle est également restée très molle. Dans les pays à forte croissance non exportateurs de pétrole, en revanche, la croissance de la PTF et celle du capital ont été plus rapides. Les éléments empiriques figurant dans différentes publications montrent qu’il n’y a pas de croissance soutenue sans croissance relativement prononcée de la productivité.

Tableau 3.4.Politiques macroéconomiques, 1980–2009
1980–941995–2009
Inflation1Invest. publicInvest. privéStock dette publ. ext.InflationInvest. publicInvest. privéStock dette publ. ext.
(% de variation)(% du PIB)(% de variation)(% du PIB)
Afrique subsaharienne18,08,112,376,98,67,513,895,8
Pays à forte croissance non exportateurs de pétrole26,89,711,660,08,58,714,657,8
UEMOA11,7*9,012,2102,9*4,5*6,2*11,5*113,7*
Dont: pays à croiss. plus rapide5,4*6,5*10,364,93,2*7,5*13,358,8
Sources: FMI, Perspectives de l’économie mondiale et base de données du Département Afrique; Banque mondiale, Global Development Finance.Note: *Indique que la moyenne de l’UEMOA est significativement différente de celle des pays subsahariens à forte croissance non exportateurs de pétrole (seuil de signification statistique de 10 %).

Tous les taux de croissance sont des moyennes non pondérées.

Sources: FMI, Perspectives de l’économie mondiale et base de données du Département Afrique; Banque mondiale, Global Development Finance.Note: *Indique que la moyenne de l’UEMOA est significativement différente de celle des pays subsahariens à forte croissance non exportateurs de pétrole (seuil de signification statistique de 10 %).

Tous les taux de croissance sont des moyennes non pondérées.

Tableau 3.5.Comptabilité de la croissance, 1980–2007
1980–941995–2007
Croiss. du capital par travailleurCroiss. de la PTFCroiss. du capital par travailleurCroiss. de la PTF
(% de variation)
Pays à forte croissance non exportateurs de pétrole2,90,72,83,4
UEMOA0,4*−0,6*0,7*0,2*
Dont: pays à croiss. plus rapide1,0*0,1*1,7*1,7*
Sources: Arezki et Cherif (2010); estimations des services du FMI.Note: *Indique que la moyenne de l’UEMOA différait de celle des pays subsahariens à forte croissance non exportateurs de pétrole (seuil de signification statistique de 10 %).
Sources: Arezki et Cherif (2010); estimations des services du FMI.Note: *Indique que la moyenne de l’UEMOA différait de celle des pays subsahariens à forte croissance non exportateurs de pétrole (seuil de signification statistique de 10 %).

Commerce et compétitivité

L’ouverture d’un pays aux échanges et sa compétitivité déterminent pour beaucoup sa capacité à s’implanter solidement sur les marchés étrangers, à attirer davantage d’IDE et à atteindre le niveau d’échanges et de production requis pour doper sa productivité et sa croissance économique. L’ouverture croissante aux échanges commerciaux est un des facteurs notables d’amélioration des taux de croissance dans toute l’Afrique subsaharienne (tableau 3.6). Dans de nombreux pays de la région, la libéralisation des échanges a coïncidé avec le décollage économique du milieu des années 90. L’effet positif d’une plus grande ouverture aux échanges tend à être plus marqué dans les pays où d’autres conditions sont réunies (qualité des institutions, environnement propice aux entreprises, infrastructures suffisantes, etc.).

Tableau 3.6.Commerce et compétitivité, 1980–2009
1980–941995–2009
Taux de change effectif réel1Ouverture aux échangesTaux de change effectif réel1Ouverture aux échanges
(% de variation)(% du PIB)(% de variation)(% du PIB)
Afrique subsaharienne−37,663,915,577,8
Pays à forte croissance non exportateurs de pétrole−28,955,9−0,765,5
UEMOA−50,355,814,355,5*
Dont: pays à croiss. plus rapide−49,148,7*7,851,3*
Sources: FMI, Perspectives de l’économie mondiale et base de données du Département Afrique.

Exclut l’Angola, l’Érythrée, le Libéria et le Zimbabwe.

Sources: FMI, Perspectives de l’économie mondiale et base de données du Département Afrique.

Exclut l’Angola, l’Érythrée, le Libéria et le Zimbabwe.

Le degré d’ouverture de l’UEMOA, mesuré par la part des exportations et des importations dans le PIB, est bien moindre que dans les pays subsahariens à forte croissance et dans les pays subsahariens non exportateurs de pétrole (graphique 3.4). Jusqu’à une date récente, la part des exportations de l’UEMOA dans les exportations mondiales a quasiment stagné, ce qui n’est pas le cas dans les pays à forte croissance non exportateurs de pétrole. Si la proporition a augmenté de nouveau en 2008 et 2009, c’est principalement sous l’effet de la contraction du commerce mondial consécutive à la crise et de la stabilité des exportations de l’UEMOA, une partie de la région ayant été moins affectée que d’autres pays.

Graphique 3.4.Indicateurs relatifs au commerce et à la compétitivité, 1995–2010

Sources: FMI, Perspectives de l’économie mondiale et base de données du Département Afrique.

Taux de change et compétitivité fondée sur les prix

Certains observateurs ont avancé que le régime de taux fixes pouvait expliquer l’atonie de la croissance dans l’UEMOA. Ces toutes dernières années, l’appréciation progressive du taux de change effectif réel (TCER) de l’UEMOA a pu peser sur la compétitivité de la région (graphique 3.5). Fin 2009, le TCER avait gagné plus de 14 % par rapport à 1995, l’année qui a suivi la dévaluation. Une étude du FMI de 2008 a montré que les pays d’Afrique subsaharienne à croissance rapide tendent à avoir des régimes de change plus souples. Cinq des huit pays à forte croissance considérés dans cette étude ont des régimes de change souples; les trois autres (Cap-Vert, Rwanda et Éthiopie) ont des régimes moins flexibles. En règle générale, les travaux récents du FMI sur le TCER de différents pays membres de l’UEMOA (voir divers rapports des services du FMI sur ces pays) n’ont pas trouvé d’éléments probants indiquant une surévaluation des TCER. Au cours de l’année 2010, la faiblesse de l’euro a atténué les pressions à la hausse sur ces taux. Pour éviter tout effet négatif que le niveau du change pourrait avoir sur la croissance, les autres politiques doivent être bien plus fermes.

Graphique 3.5.Niveau des taux de change effectifs réels, 1995–2009

Sources: FMI, Perspectives de l’économie mondiale et base de données du Département Afrique.

Compétitivité hors prix

La compétitivité hors prix contribue peut-être aussi considérablement à la faible compétitivité de l’UEMOA au niveau international. Les pays de l’UEMOA sont plutôt à la traîne par rapport aux pays subsahariens à forte croissance (graphique 3.6). L’UEMOA est moins bien placée qu’eux du point de vue des indicateurs synthétiques de compétitivité (Doing Business, Corruption Perceptions, World Governance Indicators). S’agissant de la pratique des affaires, les pays les plus mal classés de la région ne sont pas loin d’être aussi les plus mal classés au plan mondial. Parmi les membres de l’UEMOA, même ceux qui obtiennent les meilleurs résultats ne figurent pas dans les 70 % les mieux classés au plan mondial. L’expérience de différents pays (Maurice, par exemple) montre pourtant que certaines réformes clés peuvent être mises en œuvre dans de brefs délais (voir encadré 3.3).

Graphique 3.6.Indicateurs synthétiques de compétitivité structurelle

Sources: Forum économique mondial (2009–10); Banque mondiale, World Governance Indicators (2008) et Doing Business Indicators (2010); Transparency International (2009).

Encadré 3.3.Amélioration de la compétitivité hors prix: l’exemple de Maurice

L’analyse approfondie de réformes réussies peut être une source d’enseignements précieux pour l’UEMOA. Maurice en est un bon exemple. Il a été considéré comme le meilleur pays subsaharien pour la pratique des affaires dans les éditions 2008, 2009 et 2010 de Doing Business de la Banque mondiale. En 2010, Maurice était parmi les 20 pays de tête selon ce critère. Plusieurs autres indicateurs synthétiques le classent dans les tout premiers pays subsahariens et il devance souvent des économies comparables. Maurice se situe dans la première moitié des pays les plus compétitifs du monde selon l’indice mondial de compétitivité du Forum économique mondial (calculé pour 133 pays en 2009–10). Pour plusieurs dimensions de la solidité institutionnelle mesurée par les indicateurs de gouvernance de la Banque mondiale (stabilité politique, efficacité des administrations, primauté du droit et maîtrise de la corruption), Maurice est très bien classé au niveau mondial, devant d’autres économies à forte croissance. Par rapport à d’autres pays de la région, il obtient d’excellents résultats pour les variables institutionnelles en rapport avec le commerce, pour l’entrepreneuriat et pour le commerce (Imam and Minoiu, 2008).

Graphique 1.Indicateurs synthétiques de compétitivité structurelle

Sources: Forum économique mondial (2009–10); Banque mondiale, World Governance Indicators (2008) et Doing Business (2010); Transparency International (2009).

Les enseignements que l’on peut tirer de l’expérience de Maurice, pays qui, après son indépendance en 1968, n’était pas mieux doté que la moyenne des pays subsahariens puisqu’il pratiquait la monoculture et était exposé à des chocs sur les termes de l’échange et au risque de tensions ethniques (Subramanian and Roy, 2001), sont les suivants:

  • Une conjoncture externe difficile n’empêche pas les réformes et peut même souligner leur nécessité et constituer une incitation supplémentaire. S’agissant de Maurice, plusieurs chocs externes ont rendu les réformes encore plus urgentes. Le démantèlement en décembre 2004 de l’Accord multifibres relatif aux textiles et à l’habillement, les baisses de prix spectaculaires dans le cadre du Protocole sucre (36 % entre 2006 et 2009) et l’envol des prix du pétrole et d’autres produits de base importés ont provoqué un choc cumulé sur les termes de l’échange de près de 20 % entre 1999 et 2009. L’option du statu quo n’était pas envisageable.

  • Il faut saisir les occasions quand elles se présentent. En réponse à ces chocs externes menaçant la compétitivité des piliers traditionnels de l’économie mauricienne, le gouvernement entré en fonction en juillet 2005 a engagé une stratégie de réforme de grande ampleur.

  • Les réformes structurelles devraient s’inscrire dans un programme de réforme plus complet. Le commerce mauricien a été libéralisé, diverses mesures de contrôle des prix ont été levées et la réglementation applicable aux entreprises a été simplifiée. Ces mesures structurelles ont été instaurées parallèlement à des réformes macroéconomiques. Le gouvernement a lancé des réformes fiscales d’une portée considérable, avec l’arrivée d’un taux uniforme et la création d’une autorité centrale chargée des recettes. Une stratégie de rééquilibrage budgétaire a également été adoptée. La constitution d’un Comité de politique monétaire a été une étape importante du processus visant à améliorer l’efficacité de la politique monétaire.

  • Les réformes importantes peuvent être conduites rapidement. Par exemple, en l’espace d’une année, Maurice a réussi à modifier sa réglementation pour que les entreprises aient moins de difficultés à protéger leurs droits de propriété. C’est ainsi que l’économie mauricienne a progressé dans le classement de la pratique des affaires, passant de la 131e à la 61e place (sur 183) pour le critère «transfert de propriété» entre 2009 et 2010. À l’heure actuelle, Maurice devance même le groupe des pays membres de l’Organisation de coopération et de développement économiques pour la création d’entreprises parce que les démarches y sont moins longues, les coûts moins élevés et le capital minimum requis moins important.

  • Il est essentiel de communiquer. Les réformes peuvent avoir des effets temporairement préjudiciables pour certaines catégories de la population. La réussite des réformes structurelles passe aussi par une stratégie de communication claire.

L’économie mauricienne a fortement réagi à toutes les réformes engagées, qui se sont traduites par une accélération de la croissance et une augmentation de l’investissement direct étranger. Elles ont également contribué à une amélioration générale du bilan de secteurs économiques clés (Imam and Köhler, 2010). La stabilité économique, la solidité des institutions, la stabilité politique, l’efficacité des administrations et une réglementation favorable à l’économie de marché sont autant de facteurs qui ont contribué aux résultats impressionnants de Maurice. Ces conditions structurelles ont à leur tour permis à cette économie entièrement dépendante du sucre de se diversifier dans les textiles, puis le tourisme et, plus récemment, dans les services liés aux techniques de l’information et de la communication ainsi que les services financiers (Sacerdoti et al., 2005).

Note: Le présent encadré a été préparé par Rainer Köhler et Calixte Ahokpossi.

Qualité des institutions

La qualité des institutions figure parmi les facteurs qui influent sur la compétitivité et qui font que plusieurs pays de l’UEMOA forment un groupe distinct de celui des pays à forte croissance non exportateurs de pétrole. Par rapport à ces derniers, les pays de l’UEMOA—y compris ceux qui connaissent la croissance la plus rapide—obtiennent de moins bons résultats sur le plan de la corruption et, plus encore, sur le plan de la primauté du droit (tableau 3.7). De manière générale, les pays d’Afrique subsaharienne restent encore mal notés sur l’échelle qui va de 1 à 5.

Tableau 3.7.Qualité des institutions, 1996–2008
CorruptionPrimauté du

droit
(Indice)1
Afrique subsaharienne1,91,8
Pays à forte croissance non exportateurs de pétrole2,42,4
UEMOA1,9*1,7*
Dont: pays à croiss. plus rapide2,0*2,0*
Source: Institut de la Banque mondiale, Indicateurs de gouvernance dans le monde.Note: *Indique que les résultats observés pour l’UEMOA diffèrent significativement de ceux des pays à forte croissance non exportateurs de pétrole (seuil de signification statistique de 10 %).

L’indice va de 0 à 5; plus le chiffre est élevé, plus la qualité institutionnelle est importante.

Source: Institut de la Banque mondiale, Indicateurs de gouvernance dans le monde.Note: *Indique que les résultats observés pour l’UEMOA diffèrent significativement de ceux des pays à forte croissance non exportateurs de pétrole (seuil de signification statistique de 10 %).

L’indice va de 0 à 5; plus le chiffre est élevé, plus la qualité institutionnelle est importante.

La stabilité politique a sans doute aussi contribué à l’amélioration de la compétitivité et à l’accélération de la croissance dans les pays à forte croissance non exportateurs de pétrole (graphique 3.7). Entre 1984 et 1994, les risques géographiques et politiques spécifiques à l’UEMOA étaient comparables à ceux du reste de l’Afrique subsaharienne. Néanmoins, depuis 1995, ils se sont davantage atténués dans les pays à forte croissance non exportateurs de pétrole, surtout si l’on compare avec l’évolution observée dans l’UEMOA.

Graphique 3.7.Croissance du PIB réel par habitant et notation du risque politique1, 1995–2009

Source: FMI, Perspectives de l’économie mondiale et Guide international des risques-pays (ICRG), juillet 2010.

1La notation du risque politique suit l’échelle ICRG qui va de 0 à 100; plus la note est élevée, moins le risque politique est prononcé.

L’instabilité politique a fortement contribué à l’atonie de la croissance dans les pays de l’UEMOA à croissance plus lente, avec des répercussions dans les pays voisins, notamment depuis la Côte d’Ivoire7. En outre, dans le cadre d’une étude plus générale sur l’Afrique subsaharienne, Salinas et al. (2010) ont constaté que les pays bénéficiant de longues périodes de stabilité politique (évitant en particulier les guerres civiles) et macroéconomique avaient encaissé une «prime à la stabilité» sous la forme d’une croissance plus rapide.

Investissements d’infrastructure

L’insuffisance ou l’inefficience des infrastructures diminue la rentabilité des activités commerciales et économiques et limite les perspectives de croissance. Des infrastructures de qualité et peu coûteuses favorisent l’industrialisation. Un rapport émanant de la Commission économique pour l’Afrique (2005) et divers travaux publiés ultérieurement semblent montrer que, si les infrastructures africaines devenaient conformes aux normes internationales, la croissance annuelle augmenterait de 1 à 2 points de pourcentage. Le dividende que constitue la croissance ne se matérialise que si les institutions sont solides.

Selon une analyse publiée récemment par la Banque mondiale, les infrastructures de l’UEMOA sont en retard sur celles des pays subsahariens à forte croissance non exportateurs de pétrole et des pays subsahariens à faible revenu (encadré 3.4 en fin de chapitre), et ce dans des domaines essentiels. Les études empiriques suggèrent que les carences des infrastructures limitent la croissance, notamment quand elles concernent la distribution d’électricité ou la densité du réseau routier revêtu (graphique 3.8). Les pays de l’UEMOA, en particulier ceux qui ont une croissance plus rapide que les autres, semblent être à la traîne sur ces deux fronts. Les besoins d’investissement demeurent substantiels.

Graphique 3.8.Principaux indicateurs relatifs aux infrastructures, 1995–20091

Source: Banque mondiale, AICD; FMI, Perspectives de l’économie mondiale.

1Les indicateurs pour les pays à forte croissance non exportateurs de pétrole présentent un biais par excès car les valeurs mesurées pour Maurice et le Cap-Vert, les deux économies les plus petites, sont élevées.

Autres facteurs structurels

De très nombreux observateurs soulignent l’importance du capital humain pour le développement économique. L’éducation favorise la croissance en facilitant l’innovation et l’adoption de nouvelles technologies. Bien qu’un moins grand nombre de travaux aient été consacrés à l’incidence de la santé sur l’économie, le rôle potentiel de ce facteur est mentionné dans la majorité des études. Dans ces deux secteurs que sont la santé et l’éducation, les pays de l’UEMOA sont en retard sur les pays à forte croissance (tableau 3.8). Une amélioration des résultats dans ces domaines se traduirait par une croissance tendancielle plus soutenue.

Tableau 3.8.Autres indicateurs structurels, 1980–2009
1980–941995–2009
Espérance de vie à la naissanceTaux d’achèvement scolarité primaireCrédit intérieur au secteur privéEspérance de vie à la naissanceTaux d’achèvement scolarité primaireCrédit intérieur au secteur privé
(Années)(% du groupe d’âge pertinent)(% du PIB)(Années)(% du groupe d’âge pertinent)(% du PIB)
Afrique subsaharienne51,447,241,253,157,320,8
Pays à forte croissance non exportateurs de pétrole52,059,4130,954,164,222,5
UEMOA48,7*26,3*20,7*52,5*41,3*13,0*
Dont: pays à croiss. plus rapide48,1*21,2*19,9*52,5*39,6*15,4*
Sources: Banque mondiale, Indicateurs du développement dans le monde; FMI, base de données du Département Afrique.Note: *Indique que les résultats observés pour l’UEMOA diffèrent significativement de ceux des pays à forte croissance non exportateurs de pétrole (seuil de signification statistique de 10 %).
Sources: Banque mondiale, Indicateurs du développement dans le monde; FMI, base de données du Département Afrique.Note: *Indique que les résultats observés pour l’UEMOA diffèrent significativement de ceux des pays à forte croissance non exportateurs de pétrole (seuil de signification statistique de 10 %).

La densification des marchés financiers est réputée stimuler la croissance en améliorant l’accès au crédit privé, en permettant une accumulation plus importante de capital et en rendant plus efficiente l’affectation des capitaux. Les marchés financiers sont en général moins développés dans les pays de l’UEMOA que dans les pays à forte croissance.

Dans ces derniers, la densification des circuits financiers est plus manifeste que dans l’UEMOA. En 2008, le crédit au secteur privé y représentait plus de 30 % du PIB dans les pays à forte croissance non exportateurs de pétrole alors que, dans l’UEMOA, il équivalait encore à moins de 20 % du PIB en 2009. Autre problème de l’UEMOA, le secteur bancaire n’est pas assez développé et l’accès aux services bancaires trop limité. Seulement 5 % environ des habitants sont clients d’une banque, ce qui est très peu même pour l’Afrique subsaharienne.

Alors que les pays africains à forte croissance progressent dans la mise en place de marchés financiers, l’UEMOA doit aussi se doter d’un système financier plus robuste pour soutenir l’investissement et la croissance à long terme. Une réglementation et un contrôle stricts, de même qu’un renforcement de la gouvernance et une amélioration du climat des affaires seront essentiels pour l’expansion des marchés financiers de la région (Nord, 2010).

Comment la politique budgétaire peut-elle appuyer la quête d’une croissance plus soutenue dans l’UEMOA

Le dilemme

Les effets de la crise financière mondiale commençant à s’estomper, la politique budgétaire peut à nouveau se concentrer sur la croissance à plus long terme et sur les priorités du développement (Mueller et al., 2009; FMI, 2009). Pour les responsables de la politique économique, l’une des gageures consiste à trouver le juste équilibre entre la nécessité d’augmenter les dépenses prioritaires (éducation, santé, infrastructures, notamment) et l’exigence de viabilité budgétaire tout en tenant compte d’autres impératifs macroéconomiques.

La présente section traite principalement des conséquences budgétaires du manque d’infrastructures (voir encadré 3.4). Les gouvernements commencent à donner un peu plus la priorité aux investissements d’infrastructure—électricité, routes, etc.—parce que les investissements dans certains de ces domaines peuvent se révéler complémentaires des dépenses engagées dans d’autres domaines prioritaires. Néanmoins, les arbitrages à opérer sont similaires quelles que soient les priorités considérées.

L’augmentation des dépenses publiques d’infrastructure est limitée par la marge budgétaire existante. Pour certains pays comme la Côte d’Ivoire et la Guinée-Bissau, qui n’ont pas atteint le point d’achèvement au titre de l’Initiative PPTE et de l’Initiative d’allégement de la dette multilatérale (IADM), le fardeau de la dette demeure important. Dans certains pays ayant bénéficié d’un allégement, le niveau d’endettement est de nouveau remonté (graphique 3.9), même si le risque de surendettement reste la plupart du temps faible ou modéré. Le défi est donc double:

  • élargir la marge de manœuvre budgétaire pour accompagner l’augmentation des investissements publics dans l’infrastructure;

  • financer les infrastructures au moyen de ressources publiques et privées en garantissant une rentabilité optimale des investissements et en réduisant autant que possible les risques budgétaires.

Graphique 3.9.Dette publique, 2007–151

Sources: FMI, Perspectives de l’économie mondiale et base de données du Département Afrique.

1Projections pour 2010–15.

Élargir la marge de manœuvre budgétaire

Plusieurs options de politique économique qui s’influencent mutuellement (augmentation des recettes, efficience accrue et composition plus rationnelle des dépenses) permettraient d’élargir la marge de manœuvre budgétaire au profit des dépenses prioritaires (FMI, 2007).

Les pays de l’UEMOA ont accompli des progrès considérables au cours des quinze dernières années, en s’appuyant sur des réformes de la fiscalité et des administrations douanière et fiscale pour accroître progressivement leurs rentrées. Ce surcroît de recettes a notamment permis d’augmenter les dépenses en capital. Néanmoins, le niveau des recettes comme celui des dépenses en capital est en général plus bas que dans les pays à forte croissance (graphique 3.10). Certains pays devront impérativement poursuivre leurs efforts dans ces domaines pour combler le retard de l’UEMOA sur les pays à forte croissance. En outre, afin de soutenir la croissance, les politiques fiscales devraient viser à accroître non seulement la marge de manœuvre budgétaire mais aussi l’efficience.

Graphique 3.10.Indicateurs budgétaires, 1995–20101

Sources: FMI, Perspectives de l’économie mondiale et base de données du Département Afrique.

1Les données 2010 reflètent les projections établies par les services du FMI.

Tous les pays doivent se concentrer sur la qualité des investissements. En effet, la qualité des dépenses est un élément clé car l’expérience montre que les investissements publics peuvent n’avoir aucun effet sur la croissance si les dépenses ne sont pas efficaces.

Les dépenses peuvent se révéler inefficaces quand les projets à financer sont mal choisis, que les pratiques de passation des marchés sont inadéquates, que les projets ne sont pas menés à bien et que les actifs physiques ne sont ni exploités ni entretenus (Arslanalp et al., 2010).

Pour que les dépenses soient plus efficaces, il faut mettre davantage l’accent sur des mesures de sauvegarde permettant d’assurer le bon fonctionnement du système d’investissement public. Ces mesures peuvent inclure 1) des orientations stratégiques pour les investissements publics et une sélection préliminaire visant à garantir la cohérence avec les objectifs stratégiques des pouvoirs publics; 2) une évaluation formelle des projets; 3) un contrôle indépendant de l’évaluation; 4) une procédure de sélection des projets transparente et une structuration équilibrée des budgets; 5) l’exécution rapide des projets; 6) la réactivité en cas de modification des paramètres d’un projet; 7) l’exploitation des installations; 8) l’évaluation ex post des projets approuvés (Rajaram et al., 2010).

De précédentes analyses de la situation en Afrique subsaharienne ont montré que la composition des dépenses était également déterminante pour l’efficacité de la politique budgétaire (FMI, 2009). La composition appropriée des dépenses est influencée par divers facteurs, tels que le niveau de développement, les besoins prioritaires du pays et la capacité d’absorption des différents secteurs. En moyenne, les investissements de qualité tendent à favoriser davantage la croissance que les dépenses courantes. Cela dit, certaines catégories de dépenses courantes comme les salaires versés pour la prestation des services essentiels ou encore l’entretien des infrastructures, contribuent également à soutenir la croissance.

Une analyse approfondie de la composition des dépenses dans les pays de l’UEMOA laisse penser qu’elle ne diffère guère de celle des pays à forte croissance. Dans l’un et l’autre groupe, la part des dépenses courantes avoisine 60 % (graphique 3.11). Afin de dégager une plus grande marge de manœuvre pour les dépenses prioritaires, il faudra déterminer dans quelles proportions les dépenses courantes pourraient être réduites, par exemple en diminuant les subventions et les transferts. Il sera également essentiel de limiter autant que possible le risque qu’une hausse progressive de la masse salariale publique rapportée au PIB ne diminue la capacité de l’Union de prendre des mesures favorables à la croissance; l’inversement de cette tendance (qui semble se dessiner dans certains pays) nécessitera une ferme détermination au niveau régional.

Graphique 3.11.Composition des dépenses publiques, 1995–2010

Source: FMI, base de données du Département Afrique.

Sur un plan plus général, l’expérience montre qu’un pays doit se doter d’institutions budgétaires solides pour mettre en œuvre des politiques efficaces et efficientes. De telles institutions—définies comme les structures, les règles formelles et informelles et les procédures d’élaboration, d’adoption et d’exécution des budgets—contribuent à garantir la responsabilité des gouvernants vis-à-vis du public et à prévenir les déperditions d’argent public; à accroître l’efficience de ressources publiques limitées et à augmenter les chances de préserver la stabilité budgétaire et de satisfaire les besoins de développement social.

Les institutions importantes sont celles qui sont liées à l’élaboration et à l’exécution du budget et à la viabilité, l’exhaustivité et la transparence du cycle budgétaire (graphique 3.12).

Graphique 3.12.Croissance et institutions budgétaires, 2010

L’indice des institutions budgétaires compilé par Dabla-Norris et al., (2010) évalue la solidité des institutions à chaque stade du cycle (élaboration, négociation, adoption et exécution) et dans cinq catégories (procédures descendantes, règles et contrôles, viabilité et crédibilité, exhaustivité, transparence). La valeur de l’indice est comprise entre 0 (institutions les moins solides) et 4 (institutions les plus solides). Bien que plusieurs d’entre eux se soient améliorés sur le plan de l’élaboration et de l’adoption, les pays de l’UEMOA se classent en moyenne derrière l’Afrique subsaharienne et les pays à forte croissance. Plus particulièrement:

  • Si l’on évalue les institutions budgétaires en fonction des phases du cycle (élaboration et négociation, adoption et exécution), l’UEMOA se situe là encore derrière les pays à forte croissance. L’écart le plus marqué concerne l’exécution des budgets et souligne le décalage entre, d’une part, les intentions affichées de la politique budgétaire et, d’autre part, les mesures prises et leurs résultats.

  • Si l’on se fonde sur diverses caractéristiques (procédures, règles et contrôles, responsabilité à l’égard des contribuables, viabilité et transparence), l’UEMOA est également à la traîne par rapport aux pays à forte croissance, notamment en ce qui concerne la transparence budgétaire. Les initiatives visant, par exemple, à publier les projets de loi de finances, à organiser des consultations publiques sur le budget au parlement et à publier rapidement les comptes apurés des dotations budgétaires et de l’exécution amélioreraient la transparence et la qualité du cycle budgétaire (et sans doute aussi les résultats).

Les réformes en cours dans ce domaine devraient améliorer les politiques budgétaires et, partant, favoriser une croissance plus vigoureuse. Avec l’assistance technique du FMI, la Commission de l’UEMOA a lancé un programme ambitieux de réforme de la gestion des finances publiques pour la région. En 2009, les pays de l’UEMOA ont adopté six directives régionales relatives à la gestion des finances publiques et couvrant tous les aspects du cycle budgétaire. Elles devront être mises en œuvre rapidement. La plupart des réformes concernant la gestion des finances publiques devraient être effectives d’ici à 2016. Pour que ces réformes avancent, il faudra élaborer des programmes propres à chaque pays, que ces pays se chargent réellement de leur exécution et que les priorités soient clairement définies.

Réduction des risques budgétaires

Améliorer la qualité des institutions budgétaires permet aussi de réduire les risques budgétaires, c’est-à-dire les écarts entre les résultats budgétaires (ratio déficit/PIB, par exemple) et ce qui avait été escompté au moment de l’établissement du budget ou dans le cadre d’autres prévisions. Les risques budgétaires peuvent par exemple se matérialiser suite à des chocs macroéconomiques, des dépassements de dépenses ou la réalisation d’engagements conditionnels.

L’expérience montre que les pays dotés d’institutions budgétaires solides tendent à être moins exposés aux risques budgétaires et à connaître de ce fait une croissance plus rapide. Bien que le lien de causalité puisse être à double sens, les risques budgétaires sont corrélés positivement avec la volatilité de la croissance de la production réelle et négativement avec la croissance de la production réelle (graphique 3.13).

Graphique 3.13.Pays à faible revenu: croissance et risques budgétaires, 1997–2007

Source: FMI, Département des finances publiques.

Dans l’UEMOA, les risques budgétaires découlent principalement des dépassements de dépenses, notamment sous forme de transferts et de subventions imprévus. S’ils ne sont pas bien gérés, les grands projets d’investissement public pourraient également devenir une source de risques budgétaires.

À l’avenir, les pays de l’UEMOA auraient intérêt à améliorer la qualité de leurs institutions et à mieux atténuer les risques budgétaires. En particulier, alors que certains pays entreprennent d’élargir la palette des options de financement envisageables pour leurs grands projets d’investissement, leurs dirigeants doivent être attentifs aux risques budgétaires, notamment ceux qui découlent des engagements conditionnels et des éléments hors bilan, que les grands indicateurs budgétaires ne font pas nécessairement ressortir de façon complète.

Une information et une gestion transparentes des risques budgétaires contribueraient à l’atteinte de cet objectif en 1) renforçant les incitations à vérifier que les risques sont identifiés, estimés et soigneusement gérés; 2) favorisant la prise de mesures en amont et de façon moins brutale; 3) faisant en sorte que les parties prenantes aient davantage confiance dans la gestion budgétaire; 4) rendant les perspectives moins incertaines pour les investisseurs et les contribuables; 5) améliorant l’accès aux marchés de capitaux internationaux.

Optimisation des sources de financement

Les capacités et les problèmes de financement des pays de l’UEMOA déterminent en partie le rythme auquel ils peuvent espérer combler leurs retards, notamment dans le domaine des infrastructures. Bien que l’investissement privé puisse jouer un rôle important, certains grands projets d’infrastructure nécessiteront sans doute un (co-)financement public. Il faudra alors choisir le type de financement le plus adapté, proposer éventuellement des garanties et évaluer l’importance des engagements conditionnels.

Les décisions de financement procèdent des choix gouvernementaux en matière de planification stratégique et de dotations budgétaires. En principe, les pays de l’UEMOA disposent d’une palette d’options de financement (intérieur, externe, concessionnel, non concessionnel, etc.). Dans la pratique, les grands projets sont souvent financés en panachant plusieurs des options disponibles. Dans l’UEMOA, les décideurs ont utilisé toutes les options; pour financer des infrastructures, ils ont notamment émis il y a peu des emprunts souverains sur les marchés financiers internationaux (Sénégal).

Ils se sont également appuyés sur des partenariats public-privé (PPP) prenant la forme de contrats de gestion et de location, de concessions, de projets d’installations entièrement nouvelles ou encore de cessions d’actifs.

Le taux d’intérêt ne donne qu’une idée incomplète de l’instrument financier choisi: en définitive, seul compte le coût total du financement, qui comprend les engagements conditionnels (demandes de rallonges motivées par des dépassements de coût) ainsi que les frais administratifs, les coûts de transaction et les coûts d’opportunité des capitaux investis. Il y a des arbitrages à faire entre certaines des composantes du coût total, surtout entre le rendement obtenu par les investisseurs et le coût des engagements conditionnels de l’État.

Un moyen efficace de diminuer la facture totale est de réduire les risques inhérents aux projets. Il existe quatre types de risques: 1) le risque de la construction; 2) le risque opérationnel; 3) le risque lié à la demande; 4) le risque politique. Le premier concerne les incertitudes relatives à l’achèvement du projet dans le délais fixés et sans dépasser le budget alloué. Les risques opérationnels concernent les incertitudes relatives aux coûts du service et de l’entretien. Les risques liés à la demande concernent l’écart entre la demande effective et les attentes qui résultent des mécanismes du marché et de la qualité du service.

Le risque politique est lié à l’évolution du cadre d’action des pouvoirs publics, de la réglementation des prix et des services, des droits d’accès des tiers et d’autres politiques ayant une incidence sur les coûts d’approvisionnement du prestataire ou le niveau de la demande. Les risques liés à la mise en œuvre du projet peuvent être gérés, les autres ne peuvent être que supportés. Faire en sorte que les risques soient supportés par ceux qui sont les plus aptes à les gérer est un bon principe à appliquer. Ainsi, le risque lié à la construction et résultant d’une mauvaise planification peut être géré en prévoyant des incitations plus efficaces pour l’entreprise chargée des travaux (pénalités financières en cas de retard sur le calendrier, par exemple).

Les décideurs doivent évaluer avec soin les avantages et les inconvénients des différentes formules de financement et déterminer quelles seront les opérations qui nécessiteront une coopération régionale et celles que le pays pourra mener à bien rapidement et sans aide extérieure (voir tableau 3.9). Par exemple, les partenariats public-privé peuvent attirer des investisseurs privés, stimuler le crédit au secteur privé et également soutenir la croissance, mais ils s’accompagnent souvent de coûts de transaction et de financement élevés. Qui plus est, ils peuvent déboucher sur des engagements conditionnels importants pour l’État. Or, le degré de transfert des engagements dépend des modalités contractuelles, les engagements n’étant pas automatiquement transférés au secteur prestataire. En pratique, de nombreux PPP débouchent sur des engagements conditionnels à long terme qui reviennent à l’État mais qui, dans de nombreux systèmes de comptabilité et d’information comptable, n’apparaissent pas dans les comptes publics en temps opportun. Au niveau de l’État, les PPP requièrent une très bonne capacité de négociation, un cadre juridique solide et des compétences de suivi des projets.

Tableau 3.9.Avantages et inconvénients des différentes options de financement des infrastructures
AvantagesInconvénients
Recettes générales✓ Dépenses en capital et financement de ces dépenses soumis au contrôle législatif.

✓ Option permettant plus facilement d’exiger des dirigeants qu’ils rendent compte de leurs décisions d’investissement et de financement.
✓ Engagements conditionnels transférés à la collectivité; absence de signaux du marché concernant la viabilité financière des projets et les risques y afférents.

✓ Risque de détournement entraînant une incertitude quant à la disponibilité des capitaux.

✓ Les impératifs budgétaires peuvent limiter les grands projets d’investissement dans les infrastructures.
Emprunts sur les marchés financiers✓ Accès à des marchés de la dette compétitifs permettant une tarification plus efficiente des obligations; discipline de marché assurée par les contrats obligataires, par les contrôles diligents des investisseurs et par la surveillance exercée par les marchés eux-mêmes.



✓ Dépenses en capital et financement de ces dépenses soumis au contrôle législatif; ce qui permet d’exiger plus facilement des dirigeants qu’ils rendent compte de leurs décisions d’investissement et de financement.


✓ Coûts de transaction élevés liés à l’accès au marché (commissions de placement et agences de notation).



✓ Risque de change sur les obligations internationales.

✓ Les exonérations fiscales peuvent provoquer des perturbations sur les marchés et encourager la recherche de rentes.
Aide publique au développement (APD)✓ Financements bon marché (concessionnels).

✓ Transparence des dispositions financières (droit de regard du public).


✓ Ressources limitées, lenteur (délai entre le montage et le décaissement), examen de l’aide, suivi et évaluation.
Partenariats public-privé (PPP)✓ Possibilités de réduire les coûts sur toute la durée de vie des investissements grâce à des formules regroupant le financement, les études de conception, la construction, l’exploitation et l’entretien des infrastructures.



✓ Selon les modalités contractuelles, certains des engagements conditionnels peuvent être transférés au secteur privé.



✓ Attire les investisseurs privés.
✓ De nombreux PPP débouchent sur des engagements conditionnels fermes à long terme qui, dans de nombreux systèmes de comptabilité et d’information comptable, n’apparaissent pas dans les comptes publics en temps opportun.



✓ Le coût élevé des financements reflète le transfert des risques-projets aux promoteurs-investisseurs.



✓ Exige un cadre juridique solide et des compétences de suivi des projets.

✓ La transparence et la responsabilité sont limitées car tous les détails des modalités contractuelles ne sont pas soumis à un droit de regard du public.
Source: estimations des services du FMI.
Source: estimations des services du FMI.

Conclusions

Les pays de l’UEMOA les plus performants avancent dans la bonne direction et, dans l’ensemble, ils ont agi à bon escient dans les domaines importants, en particulier sur le plan de la stabilité macroéconomique et politique. Ils ont ainsi pu augmenter leurs investissements publics, attirer plus d’IDE et relever plus vite leur niveau de vie. Surtout, ils ont généralement réussi à éviter des épisodes très pénalisants de décélération de la croissance. Éviter l’instabilité macroéconomique et politique est un bon préalable à une croissance soutenue. Néanmoins, au vu du niveau peu élevé des PIB par habitant, cela est très insuffisant pour obtenir un effet durable sur la pauvreté et d’autres indicateurs sociaux pour lesquels ils ont pris du retard.

Aucun facteur isolé ne constitue la solution miracle pour doper la croissance régionale. L’UEMOA, y compris les pays les plus performants du groupe, sont distancés en ce qui concerne toute une série de facteurs qui déterminent la croissance par habitant: investissement public et privé, certains indicateurs de la compétitivité hors prix (notamment le développement et le coût des infrastructures), autres facteurs tels que l’expansion des marchés financiers, la santé et l’éducation, etc. Un certain nombre de réformes, y compris dans l’éducation, la santé et les infrastructures, ne sont pas sans incidence sur la politique budgétaire. Pour accompagner l’augmentation des dépenses en faveur de la croissance, les pays concernés vont devoir encore augmenter leurs recettes et améliorer la qualité de leurs dépenses, en s’appuyant sur des capacités renforcées d’évaluation et de hiérarchisation des dépenses. Il est souhaitable que les décisions d’investissement se fondent sur des analyses de la viabilité économique qui soient fiables. Les investissements devraient être complètement intégrés dans des cadres budgétaires à moyen terme et des coûts d’entretien significatifs sont à prévoir. La qualité des dépenses ne doit pas être affectée par des hausses brutales des dépenses en capital.

Plus généralement, la présente analyse souligne la nécessité de lancer des réformes multisectorielles. Des progrès considérables ont d’ores et déjà été accomplis. La conjoncture externe difficile devrait être une bonne occasion d’accélérer le rythme. Les ressources limitées qui sont disponibles pour les réformes devraient être concentrées dans les domaines où les besoins sont les plus pressants et les entraves à la croissance les plus importantes. La plupart des actions doivent être conduites au niveau national et se fonder sur une analyse plus fine de la croissance mais un certain nombre d’initiatives (dans les domaines de l’énergie et des infrastructures, par exemple) devraient également être mises en œuvre au niveau régional.

Encadré 3.4.Supprimer les goulets d’étranglement causés par le manque d’infrastructures dans l’UEMOA

Infrastructure et croissance

En Afrique, l’insuffisance des infrastructures freine la croissance. Ce point de vue mis en relief par la Commission économique pour l’Afrique (2005) est étayé par une somme considérable d’études économiques. Pour les décideurs, l’une des questions clés est de savoir dans quelles proportions le développement des infrastructures et les autres mesures gouvernementales contribuent respectivement à la croissance. Une étude récente de Calderón (2008) conclut que le développement et l’amélioration des infrastructures en Afrique ont contribué pour près d’un point de pourcentage à la croissance économique par habitant entre 1990 et 2005, contre 0,8 point pour la stabilisation macroéconomique et les politiques structurelles (graphique 1). S’agissant des pays de l’UEMOA, malgré les disparités considérables observées au sein du groupe, l’auteur estime que les progrès réalisés dans le domaine des infrastructures entre 1995 et 2005 ont dopé la croissance par habitant d’en moyenne 0,8 point. On estime que la croissance par habitant progressera de 1–2 points de pourcentage si les infrastructures africaines atteignent certains des niveaux de référence régionaux ou internationaux (graphique 2).

Graphique 1.Variations de la croissance du PIB par habitant causées par les changements des paramètres fondamentaux de la croissance

Source: Banque mondiale, AICD.

Graphique 2.Variations de la croissance du PIB par habitant causées par l’évolution des infrastructures

Source: Banque mondiale, AICD.

Ces constatations d’ordre macroéconomique sont confirmées par une étude microéconomique plus pointue des liens entre infrastructures et performances des entreprises. Les données montrent systématiquement une corrélation entre, d’une part, le réseau d’infrastructures et, d’autre part, la production, la productivité et le comportement des entreprises en matière d’investissement. Les auteurs d’une étude très complète ont analysé la totalité des enquêtes sur le climat de l’investissement en Afrique (Escribano et al., 2008). Leur principale conclusion est que, dans la plupart des pays africains, en particulier les plus pauvres, le problème des infrastructures est un obstacle majeur à la pratique des affaires et ampute la productivité des entreprises d’environ 40 %. Dans de nombreux pays comme le Bénin et le Sénégal, les carences infrastructurelles ont des effets plus négatifs que la criminalité, la bureaucratie, la corruption et le manque de financements. Dans les pays de l’UEMOA étudiés, les facteurs infrastructurels les plus pénalisants vont de l’électricité au Mali à l’énergie au Sénégal, en passant par les problèmes de contrôle à la frontière et les procédures de dédouanement au Bénin, au Burkina Faso et au Niger.

Analyse comparative des infrastructures de l’UEMOA

Sur plusieurs critères essentiels, les infrastructures des pays de l’UEMOA se classent loin derrière celles d’autres pays à faible revenu. L’UEMOA obtient de moins bons résultats que l’Afrique de l’Ouest pour quasiment tous les indicateurs infrastructurels, avec des écarts importants concernant la densité du réseau routier revêtu, la densité du réseau de téléphonie fixe et les capacités de production d’électricité (tableau 1). L’écart avec les autres pays à faible revenu y compris non africains est encore plus spectaculaire, surtout en ce qui concerne les routes ainsi que la capacité de production et la distribution d’électricité.

Tableau 1.Analyse comparative des infrastructures de l’UEMOA et d’autres régions
UEMOACEDEAOPays à faible revenu d’AfSSAutres pays à faible revenu
Densité des routes revêtues143131134
Densité des lignes principales6281078
Densité de la téléphonie mobile50725576
Densité d’Internet2223
Capacité de génération203137326
Couverture en électricité17181641
Eau améliorée60636072
Assainissement amélioré33353451
Source: AICD.
Source: AICD.

Par rapport au reste du monde et aux autres régions d’Afrique, les consommateurs de l’UEMOA paient des prix exceptionnellement élevés pour les services d’infrastructure (tableau 2). Le prix du forfait Internet mensuel et les tarifs de l’électricité dans l’UEMOA sont quatre fois supérieurs à ceux d’autres pays en développement. Trois pays membres de l’Union—Mali, Burkina Faso et Sénégal—figurent parmi les cinq pays subsahariens où l’électricité est la plus chère.

Tableau 2.Coûts indicatifs des infrastructures
UEMOAAfrique subsaharienneAutres pays en développement
Tarifs énergie ($ EU/kilowatt-heure)0,13–0,260,03–0,430,05–0,10
Coûts manutention portuaire conteneurs ($ EU/TEU)160–260100–32080–150*
Tarifs transport routier ($ EU/tonne-kilomètre)0,080,04–0,130,01–0,04
Téléphonie mobile ($ EU/panier de service par mois)9–162,6–21,09,9
Service Internet commuté ($ EU/mois)20–756,7–148,011
Sources: Banerjee et al. (2008); Eberhard et al. (2008); Minges et al. (2008); Teravaninthorn et Raballand (2008).Note: Les fourchettes reflètent les prix pratiqués dans les différents pays et les différents niveaux de consommation. Les prix de la téléphonie et de l’Internet sont indiqués pour l’ensemble des régions en développement, Afrique comprise.*Meilleure pratique dans le monde.
Sources: Banerjee et al. (2008); Eberhard et al. (2008); Minges et al. (2008); Teravaninthorn et Raballand (2008).Note: Les fourchettes reflètent les prix pratiqués dans les différents pays et les différents niveaux de consommation. Les prix de la téléphonie et de l’Internet sont indiqués pour l’ensemble des régions en développement, Afrique comprise.*Meilleure pratique dans le monde.

Les prix élevés qui sont facturés dans l’UEMOA pour les services d’infrastructure essentiels s’expliquent principalement de deux manières:

  • Production à petite échelle et utilisation de techniques sous-optimales. L’exemple le plus évident concerne le secteur de l’électricité, où de nombreux membres de l’UEMOA (notamment le Burkina Faso, la Guinée-Bissau, le Mali, le Niger et le Sénégal) exploitent des réseaux nationaux de taille très réduite extrêmement dépendants de petites centrales thermiques peu performantes alimentées par du pétrole d’importation d’un coût élevé. Dans ces pays, les coûts historiques moyens de l’électricité produite sont tout de même de 0,17 dollar/kWh au Mali, contre 0,08 dollar au Bénin et au Togo, qui ont accès à une hydroélectricité plus rentable, et de 0,04 dollar en Côte d’Ivoire, qui dispose de gaz naturel (graphique 3).

  • Marges bénéficiaires importantes. Ce phénomène s’explique par le manque de concurrence entre prestataires de services et une réglementation des prix inappropriée. Le secteur du fret routier constitue un exemple frappant à cet égard: les prix y sont en moyenne de 0,13 dollar la tonne-kilomètre contre 0,05 dollar en Afrique australe et moins de 0,04 dollar dans le reste du monde en développement. Ces tarifs élevés s’expliquent par l’existence d’un cartel du transport routier obéissant à des règles strictes. En Afrique de l’Ouest, les marges bénéficiaires du secteur sont de l’ordre de 80 %, contre 20 à 60 % en Afrique australe.

Graphique 3.Comparatif des délais et des coûts de transport des importations par la route dans l’UEMOA

L’UEMOA se caractérise non seulement par le prix élevé des services d’infrastructure mais également par la qualité parfois médiocre des services. Cette situation reflète l’insuffisance du parc «matériel» et la défaillance des «logiciels», c’est-à-dire les innombrables aspects réglementaires et institutionnels qui parasitent les secteurs liés aux infrastructures. Ces problèmes «logiciels» sont également des facteurs limitant le commerce et la croissance, notamment dans le secteur des transports. Globalement, le niveau élevé des prix est la résultante d’un certain nombre de paramètres qui peuvent et doivent être corrigés par des politiques appropriées. Alors que les subventions sont dirigées vers ces secteurs, leur ciblage est rarement précis, ce qui induit des distorsions qu’il faut éliminer au plus vite.

Coût financier des mesures de correction

S’attaquer au défi de l’insuffisance et de la cherté dans l’UEMOA nécessite d’engager des dépenses substantielles (Briceño-Garmendia et al., 2009). Pour pouvoir combler les retards de l’UEMOA en l’espace de 10 ans et doter la région des infrastructures de base, il faudrait y consacrer chaque année 19 % du PIB. L’UEMOA consacre déjà 8 % de son PIB au financement des besoins annuels en infrastructures. Les pertes d’efficience représentent 4 % du PIB régional. Si la région les réduisait au maximum, le déficit de financement serait ramené à 7 % du PIB (tableau 3).

Tableau 3.Besoins globaux de dépenses d’infrastructure, 2006–15
Total des besoinsDépensesGains d’efficienceÉcart de financement
Total19,08,04,07,0
Télécommunications1,91,60,40,0
Irrigation1,03,00,30,4
Énergie7,03,02,41,0
Transports3,01,50,41,0
Eau et assainissement6,01,60,54,0
Source: Banque mondiale, AICD.
Source: Banque mondiale, AICD.

Recommandations de politique économique

Un certain nombre de pistes, tant sectorielles que macroéconomiques, peuvent être explorées pour remédier aux carences infrastructurelles et faire baisser les prix des services d’infrastructure. Au niveau macroéconomique, une réflexion approfondie devra être menée pour déterminer les priorités et financer les infrastructures.

Au niveau sectoriel, les recommandations sont les suivantes:

  • Développer le commerce d’électricité à l’échelle régionale. Ce commerce, qui s’inscrirait dans le cadre du Pôle énergétique de l’Afrique de l’Ouest, est le meilleur moyen qui s’offre à l’UEMOA pour abaisser les coûts exorbitants de la production d’électricité. Les échanges d’électricité permettraient chaque année de réduire la facture d’énergie de 435 millions de dollars et d’économiser 5 millions de tonnes de carbone grâce au développement d’une énergie hydroélectrique rentable et plus respectueuse de l’environnement.

  • Libéraliser le secteur du transport routier. Dans une région très dépendante de l’agriculture, la réduction des coûts de transport favorisera la croissance. Les réglementations restrictives en vigueur dans l’UEMOA ont renforcé les cartels et dissuadé les entreprises de transport de moderniser et d’entretenir leurs flottes de camions, qui sont ainsi surexploitées. Créer un environnement concurrentiel dans le secteur du transport routier sera une contribution essentielle à la réduction des coûts de transport dans l’UEMOA. La baisse du prix des transports peut diminuer les coûts, stimuler la compétitivité et favoriser le commerce et la croissance dans la région.

  • Supprimer les obstacles non matériels à la circulation dans les couloirs de transport. En diminuant les délais d’attente à la frontière et les tarifs de dédouanement, il est possible de réduire d’environ 10 % le coût global du transport. La circulation des marchandises dans l’UEMOA pourrait aussi être accélérée si les contrôles routiers aléatoires et les procédures policières et douanières étaient moins nombreux. Lutter contre la corruption généralisée qui sévit le long des couloirs de transport est capital si l’on veut aplanir les difficultés qui pénalisent les entreprises de transport et empêcher l’étiolement économique de la région.

  • Diminuer les temps d’attente dans les ports. Améliorer l’efficience des activités portuaires en réduisant les temps d’attente à quai des chargements et des conteneurs peut raccourcir les délais nécessaires au transport du fret dans l’UEMOA. Améliorer les capacités de manutention des installations portuaires peut également y contribuer. Un meilleur fonctionnement des ports peut se traduire par une baisse des temps de transport dans les différents couloirs. Une logistique commerciale plus efficiente à l’échelle régionale rendra l’UEMOA plus compétitive.

Note: Le présent encadré a été rédigé par Vivien Foster et Rupa Ranganathan (Banque mondiale).1À propos de l’importance des infrastructures, voir http://www.infrastructureafrica.org.

Les huit pays de l’UEMOA, qui sont tous membres de la zone CFA, sont le Bénin, le Burkina Faso, la Côte d’Ivoire, la Guinée-Bissau, le Mali, le Niger, le Sénégal et le Togo.

Voir, entre autres, FMI (2008).

Dans le présent chapitre, les taux de croissance sont des moyennes non pondérées, l’objectif étant d’éviter que la moyenne régionale soit dominée par les deux principaux pays (Côte d’Ivoire, Sénégal). Par conséquent, les données peuvent être différentes de celles qui figurent dans l’appendice statistique (moyennes pondérées).

Le reste de l’analyse s’appuie sur des taux de croissance du PIB réel par habitant en tenant compte du fait que les données démographiques et relatives à la croissance par habitant pourraient faire l’objet de révisions.

En outre, la croissance dans les pays de l’UEMOA à croissance rapide est bien inférieure à celle des pays les plus lents parmi les pays à forte croissance non exportateurs de pétrole. Sur la base de leur taux de croissance moyen entre 1995 et 2009, les pays subsahariens à forte croissance pourraient être eux aussi répartis entre pays à croissance plus rapide (Cap-Vert, Mozambique, Ouganda et Rwanda) et pays à croissance plus lente (Botswana, Éthiopie, Maurice et Tanzanie). Dans ce second groupe, la croissance moyenne était de 3,6 %, contre 5 % dans les pays du premier groupe (pays à croissance plus rapide).

L’analyse se concentre essentiellement sur l’identification des différences entre les principaux facteurs qui agissent sur la croissance. Les questions d’endogénéité peuvent compliquer l’interprétation des résultats.

Pour de plus amples explications, voir Egoumé and Nayo (2010).

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