Chapter

1. Résilience et risques

Author(s):
International Monetary Fund. African Dept.
Published Date:
October 2010
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Introduction

Le redressement de l’Afrique subsaharienne au lendemain de la crise financière mondiale se poursuit à un rythme soutenu. Après avoir accusé une baisse sensible pour s’établir à 2½ % en 2009, le taux de croissance économique de la région devrait atteindre près de 5 % cette année et progresser encore jusqu’à 5½ % en 2011. Si ce scénario se confirme, la croissance économique de la plupart des pays de la région aura bel et bien renoué avec les niveaux élevés enregistrés au milieu des années 2000. Globalement, ce qui frappe le plus, c’est la résilience dont ces pays ont fait preuve pendant l’une des périodes les plus douloureuses pour l’économie mondiale.

Mais ce tableau n’est pas sans zones d’ombre. En premier lieu, le ralentissement économique de 2009 a fait des ravages. Surtout, la réalisation des objectifs du Millénaire pour le développement (OMD) a sans doute été retardée en raison de la baisse des revenus et de la hausse du chômage. De plus, compte tenu de l’insuffisance des filets de sécurité formels en place pour venir en aide aux populations touchées, les souffrances engendrées par la crise ont été considérables. En second lieu, si la croissance économique mondiale n’atteint pas les 4 à 4½ % que laissent entrevoir actuellement les projections pour 2011 et au-delà, les perspectives pour l’Afrique subsaharienne seraient aussi plus incertaines. Bref, même si l’on peut s’attendre à ce que la croissance se redresse dans la région, le ralentissement a été coûteux et la reprise dépendra de façon non négligeable de la santé de l’économie mondiale.

Dans le présent chapitre, nous tenterons de présenter en détail les évolutions récentes et les perspectives envisageables en traitant trois questions:

  • Quelles sont les chances de voir la reprise s’installer durablement en Afrique subsaharienne?

  • Comment expliquer la résilience de l’Afrique subsaharienne?

  • Quelles traces a laissées la crise financière mondiale et quelles doivent maintenant être les priorités des pouvoirs publics?

Cette vue d’ensemble sera complétée par deux chapitres analytiques:

  • L’efficacité de la politique monétaire en Afrique subsaharienne. L’un des thèmes centraux des éditions précédentes de ce rapport a été le caractère anticyclique des politiques budgétaires et monétaires menées dans la plupart des pays de la région pendant la crise financière mondiale. La dernière édition analysait en détail la politique budgétaire; nous nous concentrerons ici sur le rôle de la politique monétaire.

  • La quête d’une croissance plus soutenue dans l’Union économique et monétaire ouest-africaine (UEMOA) et ses conséquences pour la politique budgétaire. Dans l’UEMOA, la croissance à long terme a été inférieure à celle des pays d’Afrique subsaharienne les plus performants. Nous examinerons ici ce qu’il conviendrait de faire pour rehausser la croissance tendancielle de la région et ce qui en découle pour la politique budgétaire.

Quelles sont les chances de voir la reprise s’installer durablement en Afrique subsaharienne?

D’après tous les indicateurs à haute fréquence disponibles, l’activité économique a marqué le pas ou accusé un net repli dans les pays de la région entre la fin de l’année 2008 et les premiers mois de 2009, avant de se redresser à un rythme soutenu. Ce sont sans doute les données relatives au commerce, principal canal par lequel la récession mondiale a touché l’Afrique subsaharienne, qui font ressortir le plus clairement cette évolution (graphique 1.1). Après avoir culminé en juillet 2008, les recettes d’exportation avaient chuté de plus de 50 % fin février 2009 sous l’effet de l’effondrement des prix et des volumes exportés. Les importations ont suivi la même évolution que les exportations. Ce schéma correspond assez étroitement à ce qui s’est passé dans les autres régions du monde. Il importe cependant de noter que, si les exportations sont en augmentation assez rapide depuis le milieu de l’année 2009, tant en Afrique subsaharienne que dans le reste du monde, en avril 2010, elles étaient encore nettement inférieures au niveau record atteint avant la crise. Pour l’Afrique subsaharienne, l’évolution d’autres indicateurs économiques et financiers, tels que les agrégats de la masse monétaire au sens large et le crédit au secteur privé, dénote aussi un repli prononcé mais d’assez courte durée de l’activité de la fin de 2008 au début de 2009.

Graphique 1.1.Afrique subsaharienne: indicateurs macroéconomiques

Sources: FMI, Direction of Trade Statistics et International Financial Statistics.

Note: Le nombre de pays pris en compte dépend de la disponibilité des données mensuelles. Par exemple, l’IPC couvre de 33 à 42 pays, suivant la période; pour les réserves, les chiffres ne concernent que 31 pays pendant toute la période, qui représentent environ 95 % des réserves de l’Afrique subsaharienne en 2009.

La reprise semble assez bien répartie.

  • Les quatre groupes de pays qui font l’objet du présent rapport (pays exportateurs de pétrole, pays à revenu intermédiaire, États fragiles et autres pays à faible revenu) devraient tous enregistrer une augmentation de la production de 3 % ou davantage en 2010. Le groupe qui a été le plus durement touché par la crise, à savoir les pays à revenu intermédiaire, devrait, après avoir subi une contraction d’environ 1¾ % de l’activité en 2009, connaître une croissance de 3¼ % en 2010. Les 29 pays à faible revenu de la région ont mieux résisté pendant la récession mondiale. Bien que la croissance y soit descendue à 4¾ % en 2009, contre 6¼ % pendant la période 2004–08, ce taux reste élevé en termes absolus, surtout dans le contexte de la plus grave récession mondiale depuis plusieurs décennies.

  • Au sein de chacun de ces groupes, la dispersion entre pays des taux de croissance de la production devrait aussi s’atténuer fortement en 2010 (graphique 1.2). Seule Madagascar, qui reste en proie à une forte incertitude politique, devrait connaître une contraction de l’activité économique cette année.

  • En termes géographiques, c’est la partie australe du continent qui été la plus touchée par la récession mondiale: la production s’est contractée en 2009 en Afrique du Sud, au Botswana et en Namibie, et elle a à peine augmenté au Lesotho et au Swaziland. La chute de l’activité dans cette sous-région s’explique par les lourdes conséquences de la crise pour la demande de minéraux et de pierres précieuses et, dans le cas de l’Afrique du Sud, par les liens étroits du pays avec l’économie mondiale, en particulier du fait que ses exportations sont sensibles aux conditions de crédit dans les pays avancés (produits finis, intrants de produits manufacturés, et ainsi de suite). Mais l’activité devrait rebondir dans tous ces pays en 2010 grâce au redressement de la production minière et de la demande de biens d’équipement et de consommation.

Graphique 1.2.Afrique subsaharienne: répartition de la croissance du PIB en 2009 et 2010

Sources: FMI, Perspectives de l’économie mondiale et estimations des services.

Même si le schéma varie d’un pays à l’autre, l’inflation a ralenti sensiblement dans la plupart des pays jusqu’à la fin de 2009 et devrait rester modérée en 2010. Pour l’ensemble de la région, le taux d’inflation sur 12 mois était inférieur à 8 % fin 2009, contre plus de 13 % une année plus tôt à la suite de la flambée des prix des produits alimentaires et énergétiques. En 2009, l’inflation est restée le plus élevée dans les pays où le taux de change effectif s’est déprécié le plus sous l’effet des turbulences financières de fin 2008 (graphique 1.3). Mais même dans ces pays, l’inflation continue d’évoluer à la baisse. À la fin de 2010, six pays seulement (essentiellement des États fragiles) devraient, d’après les projections, avoir un taux d’inflation encore supérieur à 10 %, contre 27 pays à la fin de 2008.

Graphique 1.3.Afrique subsaharienne: taux de change effectif nominal et inflation

Sources: FMI, Système des avis d’information et International Financial Statistics.

Comme ailleurs, les déficits budgétaires de la plupart des pays d’Afrique subsaharienne devraient rester prononcés en 2010, après s’être creusés en 2009. En moyenne, le solde budgétaire global de la région s’est dégradé d’environ 6½ points de PIB entre 2008 et 2009. Mais c’est surtout dans les pays à revenu intermédiaire et les pays exportateurs de pétrole, qui avaient davantage de possibilités de financement, que les soldes budgétaires se sont le plus détériorés en 2009 (comme l’illustre leur déplacement audessus de la ligne à 45° du graphique 1.4a).

Graphique 1.4.Afrique subsaharienne: solde budgétaire global

Sources: FMI, Perspectives de l’économie mondiale et base de données du Département Afrique.

Cette aggravation des déficits budgétaires s’explique à la fois par la diminution des recettes (due au repli de l’activité et à la chute des prix des produits de base) et l’augmentation des dépenses (en particulier les dépenses discrétionnaires dans les pays à revenu intermédiaire et les pays exportateurs de pétrole). En 2010, si l’on s’attend à ce que le déficit budgétaire moyen des pays exportateurs de pétrole diminue de plus de moitié, en passant de 7½ à 3½ % du PIB (graphique 1.4b), grâce à la hausse des cours du pétrole, il devrait varier plus modérément dans les autres groupes de pays. Pour l’ensemble de la région, le secteur des administrations publiques devrait afficher un déficit moyen d’environ 4½ % du PIB en 2010, contre 5¾ % en 2009.

Les comptes extérieurs de la plupart des pays devraient rester assez stables en 2010. En 2009, ils se sont en général nettement détériorés par rapport au PIB (en baisse) dans les pays exportateurs de pétrole en raison du reflux des cours du pétrole, mais on s’attend seulement à un rebond partiel cette année. Dans les autres groupes de pays, la balance commerciale a moins souffert de la crise financière mondiale parce que les fluctuations de la valeur des importations ont généralement compensé en grande partie les variations des exportations. Les réserves de change, après s’être détériorées pendant les premiers mois de la crise financière mondiale—plusieurs pays ayant alors tenté de soutenir leurs taux de change et bénéficié d’un apport de près de 12 milliards de dollars lors des allocations de DTS d’août/septembre 2009—, sont restées assez stables depuis.

Dans la plupart des pays, le secteur financier s’est aussi révélé assez résilient. Cela tient, d’une part, à l’effet relativement modéré de la crise sur la production par rapport à d’autres régions et, d’autre part, à l’exposition limitée des banques aux risques de marché et de liquidité dont ont souffert un grand nombre de pays avancés. Dans la plupart des pays d’Afrique subsaharienne, la structure des bilans est plus simple que dans les pays avancés, dans la mesure où elle est concentrée, du côté des actifs, sur les prêts traditionnels et la détention de titres publics. Pour ce qui est du financement, les banques de la région s’en remettent essentiellement aux dépôts, qui sont en général une source plus stable de financement1. Cela dit, des difficultés sont apparues de façon localisée dans plusieurs pays (par exemple Cameroun, République démocratique du Congo, Ghana, Nigéria, République Centrafricaine et Tchad). Ces difficultés découlaient essentiellement des faiblesses préexistantes qui ont été exacerbées dans certains pays par le ralentissement économique.

Perspectives pour 2011 et au-delà

Les perspectives pour la région sont prometteuses. Étant donné que l’expansion de la production mondiale devrait se poursuivre, les services du FMI prévoient que, en l’absence de nouveaux chocs, la croissance économique sera plus prononcée en 2011 qu’en 2010 dans la plupart des pays de la région: pour le pays médian, le taux de croissance augmenterait de plus de ½ point d’une année à l’autre. Globalement, la croissance économique devrait être de 5½ % en 2011, contre une expansion d’un peu moins de 5 % cette année. Il importe toutefois de noter que ces prévisions reposent sur l’hypothèse qu’aucun pays ne connaîtra une croissance négative en 2011—situation relativement rare dans l’histoire de ces pays (graphique 1.5).

Graphique 1.5.Afrique subsaharienne: nombre de pays ayant une croissance négative

Sources: FMI, Perspectives de l’économie mondiale et base de données du Département Afrique.

Au-delà de la production, d’autres variables clés devraient aussi évoluer favorablement:

  • Les soldes budgétaires devraient légèrement s’améliorer en 2011 par rapport à 2010, en restant toutefois nettement moins bons qu’au milieu de la décennie 2000 (voir plus loin)2.

  • Les ratios dette publique/PIB devraient continuer de s’accroître en moyenne, mais cette détérioration devrait être relativement modérée en 2011 grâce au surcroît d’allégement de dette ainsi qu’à l’amélioration des résultats budgétaires et à l’accélération de la croissance.

  • Les projections ne laissent entrevoir qu’une légère dégradation des soldes extérieurs courants en 2011, car la croissance de la demande ne fléchira que de façon marginale chez les partenaires commerciaux de la région. Les réserves de change devraient rester à peu près stables.

L’examen des cinq plus grandes économies d’Afrique subsaharienne et des cinq pays de la région qui ont été les moins performants ces trois dernières années permet de bien illustrer la diversité de cette partie du monde du point de vue de l’expérience et des perspectives des pays qui la compose. Les encadrés 1 et 2 présentent leurs principales caractéristiques pour ce qui est de leurs antécédents, de leurs politiques et de leur évolution économique.

Comparaison des reprises

Pendant le ralentissement de l’activité mondiale, l’Afrique subsaharienne a obtenu des résultats aussi bons, voire meilleurs, que les autres régions en développement en matière de croissance. En particulier, les résultats de l’Afrique subsaharienne se rapprochent le plus de ceux des pays en développement d’Asie dans la mesure où elle a aussi évité une contraction de la production (graphique 1.6). Il est vrai que, dans les deux régions, certains pays ont été durement éprouvés (par exemple l’Afrique du Sud en Afrique subsaharienne et la Malaisie parmi les pays en développement d’Asie). Mais, dans l’ensemble, la plupart des pays de ces régions s’en sont tirés avec un ralentissement de la croissance en 2009 plutôt qu’une récession. Ils bénéficient aussi d’un rebond assez solide de l’activité pendant l’année 2010. Ce n’est qu’à partir de 2011 que les profils de projection des deux régions divergent: la croissance devrait légèrement ralentir dans les pays en développement d’Asie tandis qu’elle devrait s’accélérer modérément en Afrique subsaharienne.

Graphique 1.6.Comparaisons internationales: croissance du PIB réel

Source: FMI, Perspectives de l’économie mondiale.

Risques

Ces perspectives relativement favorables pour l’Afrique subsaharienne s’accompagnent toutefois de réserves importantes:

  • La reprise économique de la région s’appuie sur l’évolution plus générale de l’économie mondiale, et il en ira de même pour la poursuite de l’accélération de la croissance en 2011. Si la croissance économique mondiale n’atteignait pas en 2010 et 2011 le niveau supérieur à 4 % prévu par Consensus Forecast (et le FMI), les chances deviendraient très minces que la croissance continue de s’accélérer pour atteindre 5½ % en Afrique subsaharienne. Au stade actuel, le scénario de référence pour l’économie mondiale, sur lequel s’appuient les projections dont il est fait état ici pour l’Afrique subsaharienne, laisse prévoir une poursuite de la reprise, à des rythmes toutefois différents selon les régions et avec des craintes persistantes quant à l’accentuation des risques souverains dans beaucoup de pays avancés. Cela dit, compte tenu du risque accru de voir la reprise marquer le pas chez tous les principaux partenaires commerciaux de l’Afrique subsaharienne, ou chez certains d’entre eux, nous examinons ci-après ce qui pourrait se passer si ce risque venait à se concrétiser.

  • Ensuite, la croissance de l’Afrique subsaharienne sera largement tributaire du maintien des flux de financement (de source publique et privée) aux niveaux élevés enregistrés récemment (graphique 1.7). Si, au contraire, l’aversion au risque devait l’emporter de façon durable ou, par exemple, l’assainissement budgétaire en Europe devait entraîner une diminution sensible des concours des bailleurs de fonds, il est presque certain que l’accélération attendue de la croissance du PIB s’en trouverait freinée.

  • Enfin, s’il est vrai que l’évolution globale de la région est généralement influencée par des facteurs mondiaux, le sort économique des différents pays est le plus souvent déterminé par des facteurs locaux. Ainsi en 2009, par exemple, l’instabilité politique a été à l’origine de perturbations de la production dans quatre des huit pays où la production s’est contractée. À cet égard, l’année 2011 pourrait être particulièrement difficile puisque des élections nationales pourraient avoir lieu dans non moins de dix-sept pays de la région. Même si rien ne permet d’affirmer avec certitude que les facteurs politiques influent systématiquement sur les cycles économiques de l’Afrique subsaharienne, ce calendrier politique chargé pourrait retarder certaines réformes nécessaires (encadré 1.3 à la fin du chapitre)3.

Graphique 1.7.Afrique subsaharienne: flux de financement privés

Source: FMI, Perspectives de l’économie mondiale.

Encadré 1.1.Quelles perspectives et quels défis à venir pour les cinq plus grandes économies?

Les cinq plus grandes économies d’Afrique subsaharienne (Afrique du Sud, Nigéria, Angola, Éthiopie, Kenya) contribuent pour deux tiers à la production de la région et héberge un peu moins de la moitié de sa population. Ce groupe est aussi assez diversifié puisqu’il comprend un pays importateur de pétrole à revenu intermédiaire, deux pays exportateurs de pétrole (dont l’un est aussi un pays à revenu intermédiaire) et deux pays importateurs de pétrole à faible revenu (Éthiopie et Kenya) dont la base d’exportation est plus diversifiée (mais, dans le cas de l’Éthiopie, limitée). De même, les revenus par habitant de ces deux derniers pays sont très différents: environ 330 dollars en Éthiopie et 840 dollars au Kenya. Cette diversité reflète l’hétérogénéité de la région. En fait, les perspectives de ces cinq pays devraient donc être assez représentatives des tendances pour la région1.

Sur ces cinq pays, seule l’Afrique du Sud est entrée en récession en 2009. La crise a eu un effet particulièrement sensible sur ce pays à cause, en partie, de ses liens commerciaux et financiers plus étroits avec le reste de l’économie mondiale, mais aussi parce que la crise a frappé le pays alors que la croissance économique avait déjà commencé à ralentir. L’effet a été particulièrement ravageur, entraînant la disparition d’environ 1 million d’emplois. L’Angola a aussi durement souffert de l’évolution de l’économie mondiale, surtout de la volatilité des cours du pétrole, de sorte que la croissance y est tombée à moins de 1 % en 2009, contre plus de 13 % en 2008. Les trois autres pays s’en sont beaucoup mieux tirés. Au Nigéria et au Kenya, la croissance s’est même légèrement accélérée tandis qu’en Éthiopie, après un modeste recul, la croissance a quand même été de près de 10 %.

Les cinq pays devraient connaître une croissance moyenne de l’ordre de 5 % cette année et de 5½ % en 2011, en profitant de la reprise mondiale. Mais, pour cela, il faudra qu’ils s’attaquent aux défis suivants:

En Afrique du Sud, la dynamique de la croissance, après trois trimestres d’accélération, a montré des signes d’essoufflement au deuxième trimestre de cette année. Pourtant, la reprise devrait se poursuivre, les projections laissant entrevoir une croissance de la production de 3–3½ % pour 2010–11. Dans ces conditions, la politique macroéconomique devrait être axée avant tout sur la recherche du juste équilibre entre, d’une part, la nécessité de soutenir la reprise en cours et, d’autre part, celle de renforcer la marge de manœuvre budgétaire, y compris les réserves de change. Des réformes visant à accroître l’efficacité et l’efficience des marchés du travail et de produits pourraient contribuer à rehausser la croissance potentielle et à faire en sorte qu’elle repose davantage sur la main-d’œuvre.

Au Nigéria, la forte croissance du secteur non pétrolier observée ces dernières années, en particulier dans le secteur agricole, semble devoir se poursuivre. Les projections font état d’une croissance du PIB d’environ 7½ % pour 2010–11. La croissance ayant atteint son potentiel, il importera de faire en sorte que la politique budgétaire soit suffisamment anticyclique pour éviter la surchauffe de l’économie et pour reconstituer le compte d’épargne pétrolière. L’amélioration des infrastructures et du climat des affaires pourrait accroître encore le potentiel de croissance du Nigéria.

En Angola, le programme d’ajustement du gouvernement, appuyé par un accord de confirmation du FMI, a réussi en grande partie à rétablir la stabilité macroéconomique, après les effets déstabilisateurs de l’effondrement des cours du pétrole en 2009. La croissance de la production devrait avoisiner 6 % en 2010 et 7 % en 2011, grâce en partie à l’augmentation de la production de pétrole. Le montant élevé des arriérés de paiement de l’État à l’égard d’entreprises et de fournisseurs nationaux a pesé sur la production dans le secteur non pétrolier; il sera nécessaire de résorber ces arriérés pour atteindre les objectifs de croissance. Il convient aussi de poursuivre l’assainissement des finances publiques pour renforcer la position extérieure du pays et stabiliser complètement l’économie.

En Éthiopie, l’activité économique a récemment connu une croissance vigoureuse et généralisée, avec une contribution en hausse du secteur des services et de l’industrie. Les déséquilibres macroéconomiques se sont nettement aggravés en 2008–09, mais le resserrement énergique des politiques monétaire et budgétaire depuis 2009 a aidé à ramener l’inflation en dessous de 10 % et à reconstituer les réserves internationales. Les ajustements de taux de change ont aussi eu un effet positif. Les projections font état d’une croissance du PIB de 8–8½ % pour 2010/11. La politique monétaire a été recentrée de manière à soutenir la remonétisation. Des réformes structurelles et une libéralisation de l’économie seront nécessaires pour améliorer le climat des affaires et stimuler vigoureusement l’offre privée.

Au Kenya, les autorités auront la tâche délicate de concilier le soutien à la reprise par de nouvelles mesures de relance budgétaire et la nécessité d’éviter que la viabilité de la dette ne soit menacée. De même, la politique monétaire devrait être axée de plus en plus sur des objectifs d’inflation. Bien que la croissance soit bien repartie, elle devrait rester inférieure à son potentiel de 6 % au cours des deux prochaines années.

1La corrélation entre la croissance du PIB réel dans ces cinq pays et le reste de l’Afrique subsaharienne est très élevée (87 %).

Un scénario moins favorable

Si notre scénario central continue de tabler résolument sur une poursuite de la reprise mondiale et des performances particulièrement bonnes en Afrique subsaharienne, les risques qui pèsent sur la reprise mondiale se sont accentués ces derniers mois. Il y a donc lieu de se demander ce qui se passerait dans la région en cas d’interruption du redressement de l’activité mondiale. La mise à jour de juillet 2010 des Perspectives de l’économie mondiale contenait une estimation de l’effet que pourraient avoir sur la croissance un regain de tension sur les marchés financiers induit par l’aggravation du risque souverain et les retombées qui s’ensuivraient. Dans l’hypothèse de chocs aussi violents qu’en 2008 sur les conditions financières et la demande intérieure dans la zone euro, les simulations du modèle, données à titre d’illustration, indiquent que la croissance mondiale serait inférieure d’environ 1½ point l’année prochaine par rapport au scénario de référence, c’est-à-dire qu’elle tomberait à un peu moins de 3 %, au lieu d’atteindre 4¼ % comme le laissent entrevoir les projections actuelles pour 2011.

Si ce scénario moins favorable se concrétisait, la croissance prévue pour 2011 en Afrique subsaharienne descendrait d’environ 5½ % à 4 %. Cette baisse serait imputable pour moitié environ à la réduction supposée de la production de pétrole consécutive à la diminution des quotas décidée par l’OPEP. Dans les pays importateurs de pétrole, la croissance serait inférieure d’environ ¾ de point à ce que prévoit le scénario central. Au sein de ce groupe, les pays qui sont fortement tributaires des exportations vers l’Europe et du tourisme européen seraient particulièrement touchés. L’effet sur leurs comptes extérieurs serait toutefois atténué par la croissance moindre des importations, induite par le ralentissement de la croissance de la demande, et la forte baisse des prix pétroliers. À supposer que cette situation n’entraîne qu’une légère augmentation des dépenses publiques, la détérioration des finances publiques des pays importateurs de pétrole serait généralement inférieure à 1 point de PIB, mais, dans certains pays exportateurs de pétrole, elle pourrait atteindre 5 points de PIB par rapport au scénario central. En résumé, un ralentissement prononcé de la croissance économique mondiale aurait pour effet de freiner très sensiblement la croissance de la région et de retarder encore la reconstitution des marges de sécurité budgétaire.

Encadré 1.2.Comment les cinq pays de la région les moins performants pourront-ils soutenir la reprise?

Les cinq pays dans lesquels la production a diminué entre 2007 et 2009 sont les suivants: Botswana, Érythrée, Seychelles, Tchad et Zimbabwe. Comme les cinq plus grandes économies, ce groupe est lui aussi assez hétérogène, puisqu’il comprend deux pays à revenu intermédiaire (Botswana, Seychelles), un pays exportateur de pétrole (Tchad) et deux États fragiles (Érythrée et Zimbabwe). À eux tous, ils représentent environ 5 % de la production et de la population totales de la région.

À l’exception du Botswana, la baisse de la production est imputable surtout à la médiocrité des structures en place avant la crise, même si celle-ci a aggravé les difficultés que connaissaient déjà les pays. Dans plusieurs des pays en question, des obstacles profondément enracinés continuent d’entraver l’action des pouvoirs publics.

Au Botswana, la demande de diamants s’est effondrée sous l’effet de la crise financière mondiale. Cependant, grâce aux politiques prudentes qu’elles avaient menées précédemment, les autorités ont pu assouplir immédiatement leurs politiques budgétaire et monétaire, et le secteur non minier a enregistré une croissance robuste de 6¼ % en 2009. Globalement, l’économie s’est contractée de 3¾ % en 2009. Grâce au rebond de l’activité dans le secteur du diamant et à la vigueur persistante du reste de l’économie, la croissance devrait s’accélérer pour atteindre 8½ % en 2010, avant de revenir à 5 % en 2011. Pendant la période à venir, les dépenses publiques devront revenir à des niveaux plus tenables, l’accent devant être mis davantage sur la qualité et l’efficacité.

En Érythrée, la production a diminué de 10 % en 2008 à la suite des crises alimentaires et énergétiques mondiales et d’une grave sécheresse, tandis que l’inflation a grimpé à plus de 10 %. Les autorités ont réagi en assouplissant leurs politiques budgétaire et monétaire, mais aussi en augmentant les subventions à caractère social. Le financement de déficits budgétaires élevés a cependant ajouté aux tensions subies par un secteur bancaire déjà fragile. Grâce au retour des pluies en 2009, la croissance économique a atteint 3½ %, d’après les estimations. Elle devrait rester molle en 2010 en l’absence de réformes structurelles fondamentales, telles que la libéralisation du commerce et du régime de change, une réforme du système bancaire et la correction du taux de change, aujourd’hui surévalué.

Aux Seychelles, le programme de réformes radical lancé en 2008 a permis de corriger les erreurs de politique économique et les distorsions structurelles accumulées pendant des années. Les perspectives sont positives, puisque les projections laissent entrevoir une croissance du PIB de 4 à 5 % pour 2010–11. Bien que l’économie ait fait preuve de résilience face à la crise mondiale, les recettes tirées du tourisme et des exportations restent sensibles à la conjoncture extérieure et à la menace de piraterie. En faisant fond sur la restructuration réussie de la dette ainsi que sur les politiques budgétaire et monétaire prudentes menées par les autorités, la réforme de la fiscalité et la restructuration des entreprises publiques seront essentielles pour porter le taux de croissance à des niveaux élevés à moyen terme.

Au Tchad, l’instabilité et l’insécurité chroniques ainsi qu’un climat des affaires peu favorable ont freiné la croissance et la réduction de la pauvreté, en dépit du montant considérable de recettes pétrolières accumulé depuis 2003. Après des résultats médiocres en 2009, la croissance du PIB réel devrait atteindre 4¼ % en 2010. À ce jour, la manne pétrolière a conduit à une dégradation de la gestion des finances publiques et à un niveau intenable de dépenses publiques. La politique budgétaire à moyen terme doit être conçue en tenant compte de la diminution tendancielle des ressources pétrolières au cours des vingt prochaines années. Cela nécessitera une amélioration de la gestion des finances publiques sous tous ses aspects.

Au Zimbabwe, une décennie de politiques économiques structurelles incohérentes et une gouvernance laissant à désirer ont abouti à une diminution cumulée de la production de plus de 40 % en 2008, une inflation échappant à tout contrôle et une crise humanitaire. Depuis 2009, le recadrage de la politique économique, la hausse des prix des produits de base et de bonnes campagnes agricoles ont permis qu’une reprise économique s’amorce. Le PIB réel devrait, d’après les projections, progresser de 6 % en 2010. Pour entretenir cette dynamique de croissance, les autorités devront faire preuve de retenue en matière budgétaire, en particulier pour ce qui est de la masse salariale du secteur public, résorber les goulets d’étranglement, continuer à remédier aux facteurs de vulnérabilité du système bancaire, restructurer la Banque de réserve du Zimbabwe et veiller davantage au respect des droits de propriété.

Cela dit, pour autant que ces risques ne se concrétisent pas, nous maintenons que les performances de la région devraient être très bonnes: d’après notre scénario de référence, les taux de croissance devraient presque retrouver leurs niveaux élevés de la période 2004–08. Il y a plusieurs raisons à cela, que nous examinons ci-après.

Comment expliquer la résilience de l’Afrique subsaharienne?

Deux facteurs qui expliquent en partie la résilience dont a fait preuve l’Afrique subsaharienne pendant la récession mondiale devraient continuer à jouer un rôle important dans la reprise économique de la région. Premièrement, les bases économiques plus solides et la marge de manœuvre qui ont permis aux autorités de contrer efficacement le ralentissement mondial par une politique macroéconomique anticyclique continueront de mettre la région en partie à l’abri des fluctuations futures. Deuxièmement, dans la mesure où le commerce demeure l’un des facteurs essentiels d’une croissance soutenue pour de nombreux pays, la nette restructuration des échanges commerciaux de la région en faveur des parties de l’économie mondiale les plus dynamiques devrait aider à soutenir la croissance des exportations comme c’était de plus en plus le cas au milieu de la décennie 2000. En limitant les effets directs de la récession mondiale sur les économies de la région, ces facteurs rendent d’autant moins probable une détérioration permanente de la croissance potentielle.

Politiques économiques adoptées, croissance potentielle inchangée

Plusieurs facteurs propres à la région ont aidé à entretenir l’activité pendant la récession:

  • Premièrement, la plupart des pays d’Afrique subsaharienne ont abordé la crise financière mondiale dans une situation macroéconomique sans doute bien meilleure que jamais auparavant. Par conséquent, contrairement à ce qui s’était produit lors des chocs mondiaux antérieurs, dont les pays n’avaient pu neutraliser les effets sur les économies nationales, cette fois, ils ont été en mesure d’assouplir leurs politiques monétaire et budgétaire et d’atténuer ainsi les effets négatifs de la récession mondiale4. Bien que leur espace budgétaire ait été quelque peu entamé par ces mesures, ils leur reste encore une certaine marge de manœuvre pour assouplir encore leurs politiques.

  • Deuxièmement, la demande intérieure a été le moteur de la croissance dans les pays d’Afrique subsaharienne ces dernières années (graphique 1.8). Tout porte à croire que cette évolution va se confirmer pendant la période à venir. En 2011, peu de pays de la région s’apprêtent à resserrer leurs politiques comme le font actuellement ou envisagent de le faire certains pays avancés et émergents; c’est pourquoi, d’après nos projections, la consommation privée et, dans une moindre mesure, les exportations et la consommation publique seront les principaux moteurs de la croissance.

  • Troisièmement, et cet argument relève un peu de la conjecture, nous pensons que la croissance potentielle de la plupart des pays d’Afrique subsaharienne n’a guère souffert de la crise financière mondiale. Autrement dit, les facteurs généralement considérés comme étant à l’origine de la baisse de la croissance potentielle dans la plupart des pays avancés sont pratiquement inexistants dans la plupart des pays à faible revenu d’Afrique subsaharienne. Ces facteurs sont notamment le niveau d’endettement élevé des ménages et de l’État et la fragilité du système financier. Il est probable que les pays à faible revenu seront moins pénalisés par la hausse vraissemblable des coûts de financement à long terme et la forte aggravation du chômage. Il est certes possible que la perte de dynamisme d’un grand nombre de pays avancés influe sur la croissance de la région et que, comme ailleurs dans le monde, le niveau de production des pays subsahariens ait été réduit de façon permanente, mais les effets de ces facteurs pourraient être en partie atténués par la réorientation de plus en plus prononcée des échanges commerciaux de l’Afrique subsaharienne vers les régions du monde les plus dynamiques.

Graphique 1.8.Afrique subsaharienne: contribution à la croissance du PIB réel, 2003–111

Sources: FMI, Perspectives de l’économie mondiale et base de données du Département Afrique.

1Le total des contributions n’est pas toujours égal à la croissance du PIB en raison d’écarts statistiques.

Impact sur l’Afrique subsaharienne des perspectives de croissance divergentes pour l’Asie, les États-Unis et l’Europe

Un phénomène positif pour le dynamisme de la région ces dernières années a été la réorientation de plus en plus prononcée d’une partie de ses échanges commerciaux vers les régions du monde à forte croissance, dont en particulier la Chine et d’autres en pays en développement en Asie et en Amérique latine. Mais l’impact de ce phénomène varie d’un pays à l’autre et il reste difficile d’en quantifier l’effet net sur la croissance économique de la région.

Au niveau global, d’abord, le principal partenaire commercial de l’Afrique subsaharienne reste l’Union européenne; les exportations à destination de l’UE et d’autres pays avancés représentent encore plus de la moitié des exportations des pays subsahariens. Malgré l’hétérogénéité de l’Afrique subsaharienne, ce schéma reste valable même au niveau des différents pays. En outre, il ne concerne pas uniquement les biens. Si l’on incluait le commerce de services, y compris le tourisme, et les autres flux de revenus, tels que les transferts de fonds des migrants, la proportion serait probablement bien plus élevée pour la vaste majorité des pays. Ainsi, le premier fait stylisé à prendre en considération en ce qui concerne les marchés extérieurs est l’importance persistante de l’Union européenne et d’autres pays avancés en tant que partenaires de la région.

Dans la plupart des pays d’Afrique subsaharienne, les exportations de biens et de services contribuent relativement peu à la demande globale. Pour plus de la moitié de la région, y compris presque tous les pays à faible revenu importateurs de pétrole, le ratio exportations/ PIB est inférieur à 30 %. Les principales exceptions sont les pays exportateurs de pétrole.

Les gains potentiels, en termes de production, qu’on pourrait attendre d’une augmentation rapide des exportations à destination de pays autres que ceux de l’UE et les autres pays avancés sont par conséquent limités. En pratique, ce sont surtout les pays exportateurs de pétrole et d’autres ressources naturelles qui en profiteraient le plus à court terme. Même dans ce cas, étant donné que la production est déterminée davantage par l’offre que par la demande, il est probable que l’effet se ferait sentir essentiellement sous forme d’une hausse des prix plutôt que des volumes. Cependant, à plus long terme, les exportateurs de biens autres que des matières premières pourraient en tirer des bénéfices croissants à mesure qu’ils perceraient sur de nouveaux marchés.

Pourtant, la structure des échanges commerciaux avec la Chine et d’autres pays en développement d’Asie a profondément évolué au cours de ces dernières années (tableau 1.1 et graphique 1.9), à tel point que, en 2009, la part de la Chine dans le total des exportations et des importations de l’Afrique subsaharienne était supérieure à celle de la plupart des autres régions du monde. Pour illustrer les caractéristiques et les effets de la croissance des exportations vers les pays en développement d’Asie, nous examinerons le cas de trois pays de la région: l’Angola, le Kenya et le Nigéria.

Tableau 1.1.Part de la Chine dans le commerce total de marchandises
200020052009
(pourcentage du total)
Part de la Chine dans les échanges mondiaux3,87,29,6
Exportations4,17,910,8
Importations3,56,58,4
Part de la Chine dans les échanges de l’AfSS3,47,813,6
Exportations3,37,612,6
Importations3,57,914,5
Part de la Chine dans les échanges de l’Union européenne1,83,24,5
Exportations1,01,62,5
Importations2,64,96,5
Part de la Chine dans les échanges des pays en développement d’Asie2,54,05,8
Exportations2,13,24,4
Importations2,84,46,4
Part de la Chine dans les échanges du Moyen-Orient4,16,39,7
Exportations3,85,98,6
Importations4,76,910,9
Part de la Chine dans les échanges de l’Hémisphère occidental1,55,09,1
Exportations1,03,26,8
Importations2,06,811,3
Sources: Arora and Vamvakidis, 2010; FMI, Direction of Trade Statistics.

Graphique 1.9.Le rôle croissant des pays en développement d’Asie, 2005–10

Sources: FMI, Direction of Trade Statistics et calculs des services.

  • La part des exportations angolaises destinées aux pays en développement d’Asie a augmenté de 22 points, pour s’établir à 50 %, entre 2005 et 2010, période au cours de laquelle la valeur en dollars des exportations de l’Angola (qui sont composées essentiellement de pétrole et entrent pour près de 60 % dans le PIB du pays) a triplé. Il s’agit donc d’un pays pour lequel le dynamisme économique des pays en développement d’Asie a non seulement influé sur les prix des exportations, mais aussi entraîné un changement considérable de leur volume.

  • Le Nigéria exporte lui aussi essentiellement du pétrole, mais la proportion qui est exportée vers les pays en développement d’Asie, si elle augmente rapidement, reste beaucoup plus modeste, puisqu’elle n’a progressé que de 6¾ points entre 2005 et 2010, pour s’établir à 10½ % du total des exportations. Cependant, les recettes d’exportation ont fortement augmenté ces dernières années en raison de la hausse des cours du pétrole. Dans ce cas, l’envolée de la demande des pays en développement d’Asie a joué essentiellement par son effet sur les cours mondiaux du pétrole.

  • La part des exportations du Kenya destinées aux pays en développement d’Asie n’a augmenté que de 2 points entre 2005 et 2010, pour s’établir à 14 % du total. La base d’exportation du pays est assez diversifiée de sorte que la croissance économique des pays en développement d’Asie semble avoir eu un effet bien moins marqué tant sur les volumes que sur les prix des exportations.

Il est difficile de déterminer dans quelle mesure l’importance croissante des pays en développement d’Asie dans l’économie mondiale et dans la réorientation des échanges commerciaux stimulera la croissance dans l’ensemble de la région. Il est certain que l’accélération de la croissance chez les partenaires commerciaux de l’Afrique subsaharienne sera bénéfique, mais on voit mal comment elle pourrait avoir un effet direct sensible sur la croissance de la plupart des pays compte tenu de la part limitée des exportations dans leur production. Il existe cependant une minorité de pays, dont font partie les grands pays exportateurs de ressources naturelles, pour lesquels l’influence des pays en développement d’Asie sur la demande mondiale d’exportations et les cours des matières premières aura un effet sensible, à court terme et à long terme.

En résumé, nous estimons que la dépendance accrue de la région à l’égard de la demande des pays en développement d’Asie a certainement aidé à atténuer les effets de la crise financière mondiale et aidera à maintenir la croissance sur sa trajectoire actuelle dans certains pays. Cela profitera à d’autres facteurs qui restent les principaux moteurs de la croissance, à savoir, surtout, la stabilité politique, le climat des affaires, notamment l’exploitation prudente des ressources naturelles, et la qualité de la gestion économique.

Quelles traces a laissées la crise financière mondiale et quelles doivent maintenant être les priorités des pouvoirs publics?

Les traces que la récession mondiale a laissées sur les principaux agrégats macroéconomiques de l’Afrique subsaharienne peuvent être résumées grosso modo de la façon suivante (graphique 1.10):

Graphique 1.10.Afrique subsaharienne: après la récession mondiale, 2010 comparé à 2004–08

Sources: FMI, Perspectives de l’économie mondiale et base de données du Département Afrique.

1La valeur des allocations de DTS d’août/septembre 2009 est déduite des réserves de change pour 2010.

  • Dans majorité de pays à faible revenu, la croissance de la production devrait revenir en 2010 à des niveaux à peine inférieurs à ceux de la période de prospérité 2004–08, mais le tableau est beaucoup plus contrasté pour les pays à revenu intermédiaire et les pays exportateurs de pétrole. Certains pays à revenu intermédiaire bénéficient temporairement d’un rebond consécutif au ralentissement, tandis que d’autres sont encore englués dans ses effets. Dans le cas des pays exportateurs de pétrole, il ne faut pas s’attendre à une répétition de l’augmentation rapide de la production pétrolière qui avait permis à l’Angola et à la Guinée équatoriale d’afficher des taux de croissance supérieurs à 10 % au milieu de la décennie 2000. Cela dit, une caractéristique positive partagée par tous les pays d’Afrique subsaharienne est que, selon toute vraisemblance, la hausse des taux d’investissement (public et privé) observée pendant la décennie 2000 va se poursuivre.

  • La crise financière mondiale a mis à mal les comptes publics, en particulier dans les pays à faible revenu et les pays exportateurs de pétrole. Dans ces pays, les recettes ont diminué en pourcentage du PIB, du fait que la production a été inférieure au niveau tendanciel et que les cours des produits de base ont baissé par rapport aux records atteints précédemment, et les dépenses publiques ont continué de croître pour contrer les chocs extérieurs. Cela n’a pas encore eu d’effets trop graves pour le niveau d’endettement des différents groupes de pays, mais ce sera bientôt le cas à moins qu’un ajustement budgétaire ait lieu.

  • La plupart des pays à revenu intermédiaire et exportateurs de pétrole n’ont pas encore retrouvé les niveaux d’exportation, par rapport au PIB, qu’ils connaissaient avant la crise financière mondiale, mais leurs importations sont en général plus proches des niveaux tendanciels antérieurs. Face à la forte détérioration initiale de leurs comptes extérieurs, un petit nombre de pays ont puisé massivement dans leurs réserves de change pour soutenir leurs taux de change et ne les ont pas encore reconstituées. En revanche, dans la plupart des pays à faible revenu, les comptes extérieurs et les réserves n’ont guère subi de changements fondamentaux pendant le ralentissement de l’activité; en outre, ces pays ont bénéficié des allocations de DTS du FMI en août et septembre 2009.

Dans ces conditions, quelles devraient maintenant être les priorités des politiques budgétaire et monétaire? Nous évoquons ci-après des considérations qui seront importantes au cours des prochains mois.

Politique budgétaire

Lorsque la crise financière mondiale a commencé à ralentir l’activité économique, la plupart des pays de la région, rompant en cela avec le passé, ont donné une orientation anticyclique à leur politique budgétaire. Dans la plupart des cas, cela s’est traduit par le maintien des dépenses (en termes réels) aux niveaux élevés des années précédentes tout en s’accommodant de façon générale de la baisse des recettes fiscales. En particulier, les dépenses publiques, exprimées en pourcentage du PIB, ont été plus élevées en 2009 qu’en 2008 dans 31 des 44 pays de la région. Cette hausse assez générale des dépenses s’est produite alors que les ratios de recettes diminuaient dans beaucoup de pays. De plus, les dépenses devraient se maintenir à ces niveaux élevés dans la plupart des pays en 2010. D’après les estimations, dans les 29 pays à faible revenu de la région, par exemple, le niveau médian des dépenses devrait même passer de 24 % à 24¾ % du PIB entre 2009 et 2010.

Il en a résulté un creusement des déficits budgétaires dans pratiquement tous les pays. Entre 2008 et 2009, le déficit budgétaire médian de la région (hors dons) a augmenté d’environ 2½ points de PIB—¾ de point de PIB dans le cas des 29 pays à faible revenu. Là où les conditions de financement n’étaient pas contraignantes, il était manifestement indiqué de donner une orientation expansionniste à la politique budgétaire lorsque la croissance ralentissait. D’ailleurs, preuve de la nette amélioration des conditions macroéconomiques dans la région, ces hausses prononcées des déficits budgétaires ont été financées de façon relativement aisée et sans engendrer de déséquilibres macroéconomiques.

Cela dit, ces augmentations récentes des déficits budgétaires viennent s’ajouter à la dérive des dépenses observée ces dernières années, par rapport au PIB, dans la plupart des pays. Les ratios de recettes n’ont pas suivi. Ces deux agrégats ne peuvent continuer à évoluer de la sorte sans entraîner une accumulation peu souhaitable de dettes ou le risque de voir les pays se financer de manière pénalisante, c’est-à-dire en accumulant des arriérés intérieurs ou en ayant recours à des mesures inflationnistes. Ainsi, les travaux des services du FMI montrent que l’augmentation de l’endettement due à l’orientation anticyclique de la politique budgétaire et au ralentissement de la croissance sous l’effet de la crise financière mondiale n’a pas modifié sensiblement la dette publique au point de la placer sur une trajectoire intenable, mais cela n’est pas à exclure si les déficits budgétaires ne reviennent pas rapidement à leurs niveaux soutenables à moyen terme5.

Il apparaît donc qu’une réorientation de la politique budgétaire s’impose sans doute dans un grand nombre des pays de la région. Plus précisément, étant donné que la croissance est presque revenue à son niveau potentiel dans la plupart des pays de la région, le creusement des déficits budgétaires ne peut plus être justifié par la nécessité de soutenir la production. Dans trois quarts des pays de la région (33 sur 44), la croissance devrait se situer en 2011 dans une marge de 1 point ou plus par rapport aux taux enregistrés pendant la période 2004–08. En même temps, les soldes budgétaires se sont détériorés par rapport au PIB dans 24 de ces pays, de plus de 5 points de PIB dans 11 d’entre eux (graphique 1.11). Dans ces pays, il importera de veiller tout particulièrement à ce que les déficits budgétaires soient compatibles avec les possibilités de financement et la viabilité de la dette. En même temps, pour promouvoir la croissance, la réduction de la pauvreté et l’investissement à moyen terme, il conviendrait d’attacher de plus en plus d’importance à la composition et à la qualité des dépenses et des recettes publiques. Par conséquent:

Graphique 1.11.Afrique subsaharienne: croissance du PIB et solde budgétaire

Sources: FMI, Perspectives de l’économie mondiale et base de données du Département Afrique.

  • si les niveaux actuel et projeté du déficit budgétaire sont déjà conformes à ces objectifs à moyen terme, il n’y a pas lieu de modifier l’orientation globale de la politique budgétaire;

  • là où le déficit budgétaire s’est creusé à la suite des mesures discrétionnaires qui ont été prises pour soutenir la production et a atteint un niveau supérieur à ce qui serait nécessaire pour réaliser les objectifs à moyen terme, ces mesures doivent être retirées ou compensées dans les budgets futurs dès qu’il est clairement établi que la croissance de la production a retrouvé son niveau potentiel;

  • même là où le déficit budgétaire a augmenté essentiellement parce que les autorités ont laissé jouer les stabilisateurs automatiques et a atteint un niveau supérieur à ce qui serait nécessaire pour réaliser les objectifs à moyen terme, il y a lieu de veiller à ce que les recettes et les dépenses évoluent selon une trajectoire qui permettra au déficit budgétaire de revenir au niveau souhaitable à moyen terme.

L’incertitude qui entoure les perspectives de croissance mondiale peut-elle servir de justification pour maintenir une orientation accommodante de la politique budgétaire? À notre avis, et en excluant la réalisation d’un scénario catastrophe pour l’économie mondiale, la politique budgétaire devrait être réorientée sans tarder vers des objectifs à moyen terme dans tous les pays d’Afrique subsaharienne où la croissance de la production a presque retrouvé son niveau potentiel. Les autorités ont eu raison de recourir à la politique budgétaire pour contrer les effets de l’énorme choc engendré par la crise financière mondiale. Mais, pour des chocs de moindre ampleur, elles devraient opter plutôt pour d’autres instruments, telle la politique monétaire, comme principale ligne de défense, d’autant plus que, dans la plupart des pays de la région, les institutions budgétaires et les instruments de politique économique ne sont pas de nature à permettre une riposte ciblée en cas de choc plus modéré.

Politique monétaire

Comme en matière budgétaire, les pays d’Afrique subsaharienne ont généralement donné, à juste titre, une orientation anticyclique à leur politique monétaire pour contrer d’abord la flambée des prix alimentaires et énergétiques, puis la récession mondiale. Lorsque les prix des produits alimentaires et énergétiques se sont envolés, les autorités ont considéré ces hausses brutales comme un phénomène essentiellement temporaire et n’ont relevé que modérément les taux d’intérêt. Et lorsqu’il est apparu que l’économie mondiale allait entrer en récession, elles ont abaissé les taux d’intérêt nominaux rapidement et dans des proportions significatives. En termes réels, toutefois, les taux directeurs n’ont pas autant diminué, et ils ont même légèrement augmenté dans certains pays, car la décélération de l’inflation a été beaucoup plus prononcée.

Si l’on se fonde sur les relations observées dans le passé, on pourrait s’attendre à ce que la baisse des taux directeurs nominaux ait quelque peu soutenu la production (chapitre 2). Or, l’effet de cette baisse a peutêtre été amoindri, voire annulé, pendant la crise financière mondiale. Lorsque les banques centrales de la région ont tenté d’abaisser les taux d’intérêt intérieurs pour contrer le ralentissement de l’activité économique, en particulier dans certains pays dont le compte de capital est ouvert et qui appliquent un régime de change flottant, les taux d’intérêt intérieurs ont souvent été poussés à la hausse par l’accroissement des primes de risque mondiales. Globalement, on pourrait dire que les autorités monétaires se sont montrées plutôt agiles et efficaces. En effet, après avoir contré des chocs inflationnistes (la flambée des prix de l’alimentation et du pétrole), elles ont fait face avec adresse à des pressions tendant davantage à la récession (le ralentissement de l’activité mondiale). L’évolution progressive de la conduite de la politique de change en est une autre illustration. Ainsi, dans les pays à régime de change flexible, les autorités se montrent bien plus disposées en 2008–09 à laisser les taux de change s’ajuster (graphique 1.12), et ce alors que les réserves de change se situaient généralement à des niveaux confortables dans beaucoup de pays. Quant à l’efficacité globale de la politique monétaire face à la crise, elle peut être mesurée par le fait que, dans la vaste majorité des pays, les pressions inflationnistes sont restées contenues et les pressions excessives sur la balance des paiements ont pu être évitées.

Graphique 1.12.Afrique subsaharienne: indice de la pression sur les marchés des changes1, 1990–2010

Sources: FMI, International Financial Statistics et calculs des services.

1Moyennes non pondérées d’indices-pays. L’indice est la moyenne pondérée des variations trimestrielles des réserves de change et des variations trimestrielles des taux de change bilatéraux nominaux, avec comme pondération l’inverse des écarts-types. Les variations des réserves de change sont normalisées sur la base monétaire.

Pendant la période à venir, le défi auquel devront faire face les autorités monétaires de la région peut être présenté de la façon suivante. Dans la plupart des pays, les pressions inflationnistes semblent plutôt modérées, ce qui justifie une orientation globalement neutre de la politique monétaire. C’est dans les pays où l’inflation devrait, d’après les projections, dépasser 10 % (à peu près six pays) ou les cibles d’inflation qu’il y a clairement lieu de resserrer la politique monétaire. Dans ces pays, à moins que les pressions inflationnistes ne soient manifestement temporaires, il conviendrait de resserrer les objectifs monétaires intermédiaires—taux directeurs ou croissance de la base monétaire. D’un autre côté, dans ces pays, les banques centrales devraient envisager plutôt de resserrer leur politique en fonction de l’apparition des pressions inflationnistes. Mais, dans les pays où l’inflation est modérée, où les écarts de production ne seront sans doute pas comblés à brève échéance et où les réserves de change sont suffisantes, un nouvel assouplissement de la politique monétaire pourrait se défendre.

Une tendance qu’il serait aussi bon de surveiller de près au cours des mois à venir est l’appréciation non négligeable des taux de change effectifs réels observée dans nombre de pays de la région. En particulier, le taux de change effectif réel de la plupart des pays semble s’être apprécié d’environ 10 % entre 2005 et 2009 (graphique 1.13). Dans une certaine mesure, cette appréciation peut être un phénomène de rééquilibrage, compte tenu, entre autres facteurs, de l’amélioration des termes de l’échange de la plupart des pays. Cependant, le nombre élevé de pays de la région où le taux de change réel s’est apprécié (surtout par rapport à l’expérience des autres pays en développement) justifie une surveillance attentive au cours des prochains mois.

Graphique 1.13.Évolution du taux de change effectif réel de 2005 à 2009

Sources: FMI, Système des avis d’information et estimations des services.

Encadré 1.3.Les élections nationales et l’activité économique: les cycles économiques sont-ils influencés par la politique en Afrique subsaharienne?

En 2011, des élections nationales pourraient avoir lieu dans 17 des 44 pays d’Afrique subsaharienne: ce pourrait être le calendrier politique le plus chargé de la région depuis au moins vingt ans (graphique 1). Dans d’autres régions du monde, on a observé la présence, dans certains pays, de cycles budgétaires prononcés en phase avec le calendrier électoral. La question se pose donc de savoir si les perspectives macroéconomiques seront influencées par cette concentration d’échéances électorales en Afrique subsaharienne, soit, au sens étroit, en raison des effets potentiellement déstabilisateurs de «largesses» budgétaires ou de l’ajournement du rééquilibrage des finances publiques, soit, de façon plus générale, en raison de tentatives par le gouvernement de manipuler l’environnement économique global.

Graphique 1.Afrique subsaharienne: calendrier électoral

Sources: Economist Intelligence Unit; African Elections Tripod.

En Afrique subsaharienne, les élections ayant de grandes conséquences pour la conduite de la politique économique suivent normalement un cycle de quatre ou cinq ans. Le mandat fixe semble être la norme pour les présidents investis de vastes pouvoirs exécutifs et pour les législateurs dans les pays dotés d’une monarchie constitutionnelle ou dans ceux dont le président est nommé. Cela oblige à envisager la possibilité que les administrations tentent d’aligner de façon systématique les cycles économiques sur les cycles électoraux.

À l’aide d’une base de données couvrant plus de 150 élections dans 44 pays pendant la période 1988–2009, nous avons essayé de déterminer si les dépenses publiques, les soldes budgétaires ou la croissance économique évoluaient selon un schéma qui se répète en période électorale, ce qui s’avère particulièrement difficile, surtout pour la croissance économique.

Si on fait la moyenne de tous les pays et de toutes les élections, il apparaît que la croissance des dépenses publiques et les soldes budgétaires sont à peu près les mêmes chaque année d’un cycle électoral typique. Bien que les soldes budgétaires soient légèrement plus faibles en moyenne pendant les années électorales et que les dépenses soient légèrement plus élevées en moyenne pendant l’année qui suit une élection, les différences ne sont pas significatives (graphique 2). Qui plus est, si l’on considère la plupart des pays isolément, la plupart du temps les soldes budgétaires sont en fait plus élevés pendant les années électorales que pendant les années précédentes.

Graphique 2.Afrique subsaharienne: variables budgétaires et cycles électoraux nationaux

Sources: FMI, Perspectives de l’économie mondiale et base de données du Département Afrique.

Note: test l’année au cours de laquelle ont lieu les élections.

Cela dit, dans certains pays, tels que le Gabon, le Ghana, le Kenya, le Mozambique, le Niger, les Seychelles et le Togo, deux années électorales ou plus au cours de la période concernée coïncident avec un cycle perceptible des variables budgétaires, dans ce sens que la croissance des dépenses réelles a été nettement plus prononcée et/ou les soldes budgétaires ont été nettement plus faibles pendant ces années que pendant les années ayant immédiatement précédé ou suivi les élections. Même si l’on fait la moyenne des données budgétaires relatives à ces pays pour toutes les périodes électorales, on peut discerner une certaine cyclicité.

S’agissant des mesures de l’activité économique, il est très difficile de détecter des schémas systématiques en fonction des périodes électorales en Afrique subsaharienne. Cela n’est peut-être guère surprenant compte tenu du manque d’éléments permettant de conclure à l’existence de cycles des variables budgétaires et des difficultés particulières que rencontrerait une administration d’Afrique subsaharienne en essayant de manipuler les cycles économiques. Premièrement, l’impact du secteur public (et de la banque centrale) sur la partie réelle de la macroéconomie a généralement été limité, en particulier là où l’économie est dominée par l’agriculture et le secteur des ressources naturelles. Deuxièmement, la fragilité des institutions budgétaires a pu empêcher le gouvernement d’influencer très précisément le calendrier des dépenses et leur impact sur la production. Troisièmement, l’effet des mesures prises par les pouvoirs publics a pu être fortement dilué par les chocs exogènes. Quatrièmement, il se peut que les mesures budgétaires aient souvent été soumises à des contraintes financières.

Les quelques exemples de cycles budgétaires systématiques en Afrique subsaharienne ne semblent pas être associés à des types particuliers de régime politique1. Certains pays où des cycles de cette nature existent sont des États dont le régime est qualifié d’autoritaire alors que les autres sont dotés d’institutions démocratiques qui fonctionnent plus ou moins bien. Cela tient peut-être au fait que, si les incitations à manipuler les cycles budgétaires ou économiques à des fins électorales sont peutêtre plus grandes pour les gouvernements démocratiques, les régimes autocratiques ont à la fois davantage de possibilités en pratique pour produire la stimulation économique voulue et davantage l’assurance qu’ils pourront en éponger les conséquences après coup.

Implications pour 2011

Pour la plupart des 17 pays dans lesquels des élections nationales importantes sont prévues ou possibles en 2011, l’examen rétrospectif des données ne permet pas de mettre en évidence un lien systématique observable et général entre les élections et les variables relatives au budget et à l’activité économique. On constate bien une envolée soudaine des dépenses juste avant les élections dans certains pays, mais l’effet sur la croissance de la production n’est perceptible que dans un petit nombre d’entre eux.

L’effet potentiel des élections de 2011 pourrait être dilué par d’autres facteurs qui influent aussi sensiblement sur l’activité économique. Dans la plupart des pays, le rebond de l’activité qui a suivi la récession mondiale en 2009 a créé une dynamique suffisante pour alimenter une croissance vigoureuse en 2011, si la reprise mondiale se poursuit. Les soldes budgétaires sont aussi mis à rude épreuve en raison du rétrécissement de la base des recettes et de certaines dépenses anticycliques: les pays ont déjà entamé la marge de sécurité budgétaire accumulée au milieu de la décennie 2000. Sur le plan monétaire, les possibilités d’un nouvel assouplissement sont plutôt limitées.

Cela dit, le danger existe que les élections retardent l’ajustement budgétaire nécessaire. Plusieurs pays où des élections sont prévues en 2011 devraient connaître une croissance économique assez robuste et des déficits budgétaires élevés. Cela pourrait révéler la nécessité de réduire les dépenses dans certains domaines politiquement sensibles, de redéfinir les priorités de dépenses et d’accroître les recettes. Le calendrier électoral pourrait compliquer les décisions de ce type.

Note: Cet encadré a été rédigé par Jon Shields et Duval Guimarães.1Selon les observations de Block, Ferree et Singh (2003), la probabilité que les années électorales coïncident avec un renforcement des mesures de stimulation budgétaire et monétaire est plus élevée en Afrique subsaharienne lorsque les élections sont pluralistes.

À l’exception notable de l’Afrique du Sud, où les banques ont recours dans une large mesure au financement de gros. Mais, grâce à la solidité des bilans et à la prudence qui a marqué les activités de prêt, le secteur bancaire est, dans ce pays aussi, resté rentable pendant la récession.

Les données relatives au solde budgétaire global des États fragiles jusqu’en 2010 incorporent des opérations ponctuelles au titre des initiatives PPTE (pays pauvres très endettés) et IADM (initiative d’allégement de la dette multilatérale) qui peuvent parfois masquer la situation sous-jacente réelle.

Les pays où des élections importantes sont prévues ou envisagées en 2011 sont les suivants: Bénin, Cameroun, Cap-Vert, Comores, République démocratique du Congo, Gambie, Libéria, Madagascar, Niger, Nigéria, Ouganda, São Tomé-et-Príncipe, Seychelles, Swaziland, Tchad, Zambie et Zimbabwe.

Voir, dans l’édition d’avril 2010 du rapport sur les perspectives économiques régionales consacré à l’Afrique subsaharienne, l’examen des mesures budgétaires anticycliques prises face à la crise et le chapitre 2 du présent rapport consacré à la politique monétaire adoptée durant la crise financière mondiale.

Édition d’avril 2010 du rapport sur les perspectives économiques régionales consacré à l’Afrique subsaharienne et FMI (2010a).

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