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I. Vue d’ensemble

Author(s):
International Monetary Fund. African Dept.
Published Date:
October 2008
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L’évolution récente de l’économie mondiale

Les pays d’Afrique subsaharienne affichent ces dernières années des taux de croissance qui sont parmi les plus élevés depuis des décennies, grâce à la fois à une conjoncture externe favorable et à l’amélioration des politiques internes. Cependant, fin 2007 et début 2008, la situation économique mondiale s’est dégradée, comme il avait été noté dans l’édition du printemps 2008 des Perspectives économiques régionales: Afrique subsaharienne. Depuis lors, les conditions ont encore empiré. Les cours des produits alimentaires et énergétiques ont continué d’augmenter, les marchés financiers sont devenus plus turbulents, et on s’attend à ce que le ralentissement de l’économie mondiale s’accentue. En particulier:

  • Les projections laissent entrevoir une baisse de la croissance mondiale, qui devrait s’établir à 4 % en 2008 et à 3 % en 2009. Dans ces conditions, le marché des exportations de l’Afrique subsaharienne croîtra, selon les projections, de 3 % seulement en 2008 et de 2 % en 2009, contre 4 % en 2007 (graphique 1.1).

Graphique 1.1.Croissance du PIB des pays clients de l’AfSS

La demande des exportations de l’AfSS a baissé.

Source: FMI, Perspectives de l’économie mondiale (PEM).

  • D’après les projections et malgré la baisse récente, les cours des denrées alimentaires et des combustibles resteront nettement supérieurs à leurs niveaux de 2007 (tableau 1.1; graphique 1.2)1. De ce fait, et bien que certains pays d’Afrique subsaharienne aient bénéficié de la hausse des prix de leurs exportations de produits non pétroliers, tels que l’aluminium, le coton et l’or, pour la première fois depuis plusieurs années, la plupart des pays africains importateurs de pétrole devraient subir une dégradation marquée et durable des termes de l’échange par rapport à 20072. Cela dit, les projections concernant les prix des produits de base sont actuellement entachées d’un degré exceptionnel d’incertitude et on ne peut exclure une évolution très surprenante.

Graphique 1.2.Cours mondiaux des produits de base

Les cours des denrées alimentaires et des carburants ont reflué récemment, mais ils restent nettement supérieurs à leurs niveaux de 2007.

Source: FMI, Perspectives de l’économie mondiale.

Note: Lignes continues = projections actuelles; pointillés = projections d’avril 2008.

1 Céréales, huiles végétales, viande, fruits de mer, sucre, bananes et oranges.

Tableau 1.1.Afrique subsaharienne: principaux indicateurs, 2004–091
ProjectionsProjections
200420052006200720082009
Variation en pourcentage
PIB réel7,06,26,36,75,96,2
Dont: Pays exportateurs de pétrole211,27,87,58,98,18,8
Pays importateurs de pétrole5,15,65,85,74,84,9
PIB réel hors pétrole7,16,47,87,76,96,2
Prix à la consommation (moyenne)7,38,87,37,111,79,5
Dont: Pays exportateurs de pétrole14,914,78,25,79,99,0
Pays importateurs de pétrole4,26,26,97,812,69,7
PIB par habitant4,94,24,34,63,64,1
Pourcentage du PIB
Exportations de biens et de services34,436,838,038,241,539,5
Importations de biens et de services33,033,934,736,437,537,3
Épargne intérieure brute21,322,824,624,126,225,5
Investissement intérieur brut20,320,221,622,222,223,2
Solde budgétaire (dons compris)-0,21,75,01,62,21,5
Dont: Pays exportateurs de pétrole4,58,211,75,07,15,5
Pays importateurs de pétrole-2,1-1,21,5-0,2-1,1-1,3
Solde de la balance courante (dons compris)-1,5-0,40,5-2,4-0,3-2,1
Dont: Pays exportateurs de pétrole2,77,710,93,89,75,7
Pays importateurs de pétrole-3,1-4,0-5,0-5,8-7,1-7,6
Termes de l’échange (variation en %)3,59,49,86,015,1-2,8
Dont: Pays exportateurs de pétrole15,632,416,68,038,1-6,1
Pays importateurs de pétrole-1,2-0,96,34,9-0,6-0,4
Réserves (mois d’importations)4,34,75,65,86,16,7
Pour mémoire:
Prix du pétrole (dollars EU le baril)37,853,464,371,1107,3100,5
Croissance du PIB des partenaires commerciaux (en %)4,23,64,13,92,82,2
Sources: FMI, bases de données du Département Afrique et des Perspectives de l’économie mondiale.Note: données au 3 octobre 2008; moyenne arithmétique des données des pays, pondérée sur le PIB.

Jusqu’à présent, l’agitation persistante des marchés financiers mondiaux ne semble avoir eu que des effets limités sur l’Afrique subsaharienne. Si les turbulences ont freiné la croissance mondiale et quelque peu réduit la demande d’exportations subsahariennes, il semblerait que les investisseurs continuent à s’intéresser au continent, d’une part, parce que les taux de rendement sont élevés par rapport à ceux que procurent les marchés matures et, d’autre part, parce que l’Afrique subsaharienne offre des possibilités de diversification incomparables. Les investissements directs étrangers (IDE), en particulier, continuent à augmenter, de plus en plus au profit de pays non producteurs de pétrole. Les IDE sont attirés à la fois par le niveau élevé des cours des produits de base non pétroliers et par les possibilités d’investissement dans des services tels que les télécommunications (graphique 1.3). Une part importante et croissante des IDE provient de Chine et aussi, de plus en plus, des pays du Golfe.

Graphique 1.3.Afrique subsaharienne: investissements directs étrangers

Hausse continue des afflux d’IDE.

Source: FMI, Perspectives de l’économie mondiale.

Cependant, en 2008, les flux d’investissements de portefeuille se sont quelque peu restreints, pour diverses raisons: la liquidité mondiale s’est réduite; les taux de change et les marchés de capitaux sont plus volatils, de sorte qu’il paraît plus risqué d’investir dans des actifs libellés en monnaie locale; enfin, les investisseurs se soucient davantage de l’augmentation des aléas politiques et macroéconomiques et de la liquidité de leurs actifs. Par exemple, les pays africains ont cessé, au premier semestre 2008, d’émettre des obligations libellées en monnaies étrangères, alors que les émissions de cette nature avaient doublé chaque année pour passer de 1,5 milliard de dollars EU en 2005 à 6,5 milliards en 2007. En outre, en raison de facteurs internes, mais aussi du changement d’attitude des investisseurs mondiaux, l’Afrique du Sud a vu les flux d’investissements de portefeuille s’inverser à partir de la fin de 2007, tandis que son marché boursier devenait plus volatil et le rand se dépréciait3. Au Nigéria également, durant les premiers mois de 2008, les investisseurs se sont détournés pendant quelque temps des titres de créances émis par l’État et les entreprises. Au Kenya, les incidents violents liés aux élections au début de l’année ont eu temporairement une incidence négative sur les flux de capitaux, mais les investissements sont revenus en avril lors de la privatisation d’un fournisseur de services de télécommunications.

L’intensification des turbulences financières mondiales en septembre a rendu les investisseurs encore plus friands d’actifs hautement liquides et d’actifs de haute qualité, ce qui pourrait influer sur les flux de portefeuille à l’avenir. Si la plupart des pays africains financent l’essentiel de leurs besoins de balance des paiements au moyen de flux officiels, les pays qui ont commencé ces dernières années à recourir aux marchés financiers internationaux pour financer des déficits courants considérables sont particulièrement vulnérables à un retournement possible des flux de capitaux. Les gouvernements de ces pays devraient suivre des politiques macroéconomiques particulièrement prudentes pour conforter autant que possible la confiance des investisseurs. Une autre voie par laquelle les turbulences financières mondiales pourraient toucher l’Afrique est celle de la fragilisation des banques nationales. En particulier, la propriété étrangère des banques africaines pourrait constituer un facteur de vulnérabilité si les banques mères commençaient à retirer leurs fonds de leurs filiales africaines. Jusqu’à présent, toutefois, il semblerait que les banques africaines aient été peu touchées à cet égard. On n’a observé aucun retrait des banques mères, qui sont situées essentiellement en France, au Royaume-Uni et en Afrique du Sud. De plus, il est peu probable que les systèmes bancaires africains connaissent des turbulences comparables à celles des banques américaines, car en règle générale les banques d’Afrique qui accordent des prêts conservent ces créances, le marché interbancaire est peu étendu et le marché des instruments titrisés et des produits dérivés est étroit, voire inexistant.

Si les turbulences financières devaient freiner la croissance mondiale encore plus qu’on ne le prévoit actuellement, cela aurait des répercussions sur l’Afrique en provoquant une baisse encore plus prononcée de la demande d’exportations africaines et aussi, probablement, une diminution des cours des produits de base. En pareil cas, les investissements directs étrangers, l’aide sous forme d’investissements de portefeuille et les envois de fonds des travailleurs émigrés pourraient aussi diminuer.

Les facteurs internes

Croissance du PIB

Bien que la croissance du PIB se soit légèrement amenuisée dans les pays d’Afrique subsaharienne, pour s’établir un peu en dessous de 6 %, il y a tout lieu de s’attendre à ce qu’elle soit relativement vigoureuse en 2008, poursuivant ainsi la tendance lourde des années précédentes. Cela signifie non pas que l’Afrique subsaharienne n’a pas ressenti les effets de l’évolution de la conjoncture ailleurs dans le monde, mais que d’autres facteurs sont aussi à l’œuvre:

  • Pour ce qui est des pays exportateurs de pétrole, il est à prévoir une baisse temporaire d’un demi-point du taux de croissance qui se situerait à 8 % en 2008, principalement pour les raisons suivantes: la production pétrolière serait plus faible que prévu dans le Delta du Niger, à cause des accès de violence qui s’y produisent à répétition; la production du principal gisement de Guinée équatoriale venant à maturité serait légèrement inférieure aux prévisions, et la croissance hors pétrole serait en baisse au Tchad en raison de l’insécurité qui y règne4.

  • S’agissant des pays importateurs de pétrole, les projections font aussi état d’une baisse d’un demi-point du taux de croissance qui se chiffrerait à 5 %. Cette décélération est prévisible compte tenu de l’évolution de la conjoncture mondiale5. L’un des facteurs influents non directement liés à l’envolée des cours mondiaux est l’augmentation continue des IDE. Par exemple, la République démocratique du Congo et Madagascar tirent profit des IDE dans le secteur minier, le Kenya des IDE dans les télécommunications, et le Sénégal des IDE dans les infrastructures et le tourisme. L’amélioration de la sécurité dans certaines contrées d’Afrique de l’Est a aussi favorisé la croissance (en dopant, par exemple, les exportations de l’Ouganda vers les pays voisins). En revanche, la croissance se ralentit en Afrique du Sud en raison de goulots d’étranglement dans le secteur énergétique, du ralentissement économique mondial et du durcissement de la politique monétaire. Les défaillances du secteur de l’énergie en Afrique du Sud ont en outre limité les livraisons d’électricité aux pays limitrophes, dont le Mozambique et le Swaziland, et entravé leur croissance. Enfin, l’économie du Kenya a subi une sévère contraction au cours des trois premiers mois de l’année en raison des violences qui ont suivi des élections contestées; elle ne pourra pas répéter en 2008 ses bonnes performances de 2007.

Graphique 1.4.Afrique subsaharienne: taux d’inflation de divers pays

Hausse sensible de l’inflation en 2008.

Source: FMI, Statistiques financières internationales.

Inflation

Au cours des six premiers mois de 2008, le taux d’inflation moyen des prix à la consommation en Afrique subsaharienne est passé de 9 à 15 %, principalement parce que l’inflation des prix alimentaires a bondi de 10 à 20 % et celle des prix des combustibles de 12 à 19 % (tableau 1.2; graphique 1.4)6. Dans quelques pays, la pression de la demande a aussi alimenté l’inflation. Tel est, par exemple, le cas en Afrique du Sud, où l’écart de production est positif depuis plusieurs trimestres malgré la décélération récente de la croissance, et au Ghana et en Éthiopie, où les investissements publics dans les infrastructures augmentent à un rythme soutenu. L’accélération de l’inflation concerne tous les pays, quels que soient leur régime de change, leurs structures économiques et leur niveau de développement. Cependant, dans la zone franc, l’inflation s’est aussi accélérée, mais moins que dans la plupart des autres régions. Cela tient sans doute à la fois à l’ancrage des anticipations inflationnistes dans le régime de change fixe vis-à-vis de l’euro et à l’effet de freinage que l’appréciation de l’euro a exercé sur l’inflation au premier semestre de 2008. Dans bien des pays, le taux d’inflation dépasse désormais sensiblement le niveau visé par la banque centrale.

Tableau 1.2.Afrique subsaharienne: inflation et politique monétaire, 2007–08(pourcentage, en glissement annuel)
Déc. 2007Dernière

observation

en 2008
MoisTaux d’inflation

ciblé (en %)
Politique

monétaire1

(points)
Afrique du Sud9,013,6Août3–6+1,00
Éthiopie18,461,6Août<10+0,40
Ghana12,718,1Août6–8+3,50
Nigéria6,612,4Août<10+0,75
Tanzanie6,49,8Août≤5
CEMAC3,25,9Mai≤3+0,25
UEMOA3,07,9Mai≤3+0,50
Afrique subsaharienne8,715,0Divers
Sources: FMI, Statistiques financières internationales et base de données du Département Afrique.

Dans le même temps, des signes de possibles effets de second tour sont apparus, ce qui laisse à penser que l’inflation commence peut-être à dépasser le niveau justifié par la seule augmentation du prix relatif de l’alimentation et des carburants7. En particulier, l’inflation sousjacente moyenne est passée en Afrique subsaharienne de 5 % à la fin de 2007 à 8 % en juin 20088. L’inflation des salaires semble aussi s’être accélérée: dans 8 des 14 pays pour lesquels des données sont disponibles, le taux de croissance annuel des salaires nominaux est maintenant égal ou supérieur à 10 %9. Malgré cela, le durcissement de la politique monétaire a généralement été limité jusqu’à présent. Par exemple, les taux d’intérêt n’ont guère été relevés, ce qui a permis aux taux d’intérêt réels de diminuer dans de nombreux pays (graphique 1.5)10. Dans ces conditions, les projections font entrevoir pour 2008 une inflation en hausse de 5 points, ce qui la situerait à 12 % et représente une progression sensiblement plus forte que dans les pays avancés.

Graphique 1.5.Afrique subsaharienne: taux d’intérêt réels de divers pays

Baisse des taux d’intérêt réels dans de nombreux pays.

Source: FMI, Statistiques financières internationales.

Situations budgétaires

Pour ce qui est des pays exportateurs de pétrole, les excédents budgétaires, hors dons, grimperaient en 2008 à 7 % du PIB, sous l’effet d’un montant considérable de recettes pétrolières exceptionnelles. Le déficit primaire non pétrolier moyen rapporté au PIB non pétrolier, qui permet de mesurer le degré de dépense des recettes pétrolières, augmenterait légèrement en 2008 (tableau 1.3), ce qui signifie qu’une partie limitée des recettes pétrolières est dépensée. Comme on pouvait s’y attendre, il semble que la politique budgétaire alimente les tensions inflationnistes dans plusieurs pays exportateurs de pétrole, dont l’Angola, la Guinée équatoriale, le Nigéria et le Tchad11.

Tableau 1.3.Afrique subsaharienne: déficits primaires hors pétrole des pays exportateurs de pétrole1(en pourcentage du PIB hors pétrole)
20052006200720082009
(proj.)(proj.)
Angola6250575141
Cameroun11366
Congo, Rép. du3051564340
Gabon181813139
Guinée équatoriale6155504774
Nigéria2729283232
Tchad515222518
Moyenne (pondérée)3333333534
Source: FMI, base de données du Département Afrique.

La situation budgétaire des pays importateurs de pétrole se dégrade en raison de la baisse de la croissance de leur PIB et du coût des mesures prises par les pouvoirs publics pour atténuer l’impact de l’envolée des cours pétroliers et alimentaires, coût estimé à 0,5 % du PIB en moyenne en 200812. Les déficits budgétaires, hors dons, se creuseraient de 1 % du PIB pour atteindre 3 % du PIB en 2008, et la dégradation des déficits, dons inclus, serait presque du même ordre, comprise entre près de 0 et 1 % du PIB. De manière peut-être surprenante, les apports de dons aux pays importateurs de pétrole n’ont guère été influencés par l’envolée des cours alimentaires et pétroliers. Le Rwanda et le Burundi sont au nombre des quelques pays faisant état d’une augmentation sensible de l’aide, grâce en partie à la Banque mondiale13. De façon plus générale, les flux d’aide publique au développement des pays de l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) à l’Afrique subsaharienne (mis à part l’allégement de la dette du Nigéria et du Libéria) sont restés à peu près stationnaires depuis 2003, ce qui donne à penser que le doublement de l’aide à l’Afrique subsaharienne auquel le G-8 s’était engagé lors du sommet de Gleneagles en 2005 n’est pas encore chose faite.

Carte 1.1.Afrique subsaharienne: impact sur les soldes courants des variations des cours des produits de base en 2008

Impact négatif pour beaucoup de pays importateurs de pétrole.

Termes de l’échange et situations extérieures

Du fait essentiellement de l’envolée des cours du pétrole, les projections laissent entrevoir une amélioration de 38 % des termes de l’échange des pays exportateurs de pétrole en 2008 et une dégradation de 4 % de ceux des pays importateurs de pétrole (hors Afrique du Sud).

Les termes de l’échange d’un pays ne sont toutefois pas un bon indicateur de l’incidence que les variations des cours internationaux sont susceptibles d’avoir sur la situation de ses comptes extérieurs (et sur le pouvoir d’achat de ses citoyens) et des ajustements qui s’imposent en conséquence. En effet, lorsque les prix des exportations et des importations d’un pays augmentent dans les mêmes proportions, les termes de l’échange demeurent inchangés, alors qu’il en résulte une dégradation de la balance commerciale, si elle est déjà déficitaire. En 2007, les pays importateurs de pétrole accusaient des déficits commerciaux prononcés, ce qui signifie que la dégradation des termes de l’échange sous-estime l’impact que les variations des cours ont eu sur leur situation extérieure. Une analyse fondée sur la méthode des volumes d’échange constants révèle qu’en 2008 la variation des termes de l’échange devrait avoir un effet positif de l’ordre de 24 % du PIB sur le solde courant des pays exportateurs de pétrole et un impact négatif de 4 % du PIB sur le solde courant des pays importateurs de pétrole (carte 1.1)14. Au nombre des pays à faible revenu dont le solde courant est négativement affecté, 17 sont particulièrement éprouvés: le Bénin, le Burkina Faso, le Burundi, les Comores, l’Érythrée, l’Éthiopie, la Gambie, la Guinée, la Guinée-Bissau, le Libéria, Madagascar, le Malawi, le Mali, la République Centrafricaine, la Sierra Leone, le Togo et le Zimbabwe15.

Compte tenu de l’évolution des taux de change réels (voir ci-après), les projections font ressortir une amélioration sensible des soldes extérieurs courants, dons compris, des pays exportateurs de pétrole, qui afficheraient un excédent de 10 % du PIB en 2008. Par contre, les soldes extérieurs courants, dons compris, des pays importateurs de pétrole se dégraderaient, tombant à 7 % du PIB, sous l’effet non seulement de l’envolée des cours des produits de base, mais aussi du resserrement limité de la politique monétaire et de la dégradation des finances publiques. Jusqu’à présent, l’impact négatif subi par les pays importateurs de pétrole semble n’avoir engendré qu’une perte limitée de réserves et n’a pas accru leurs dettes envers les créanciers officiels. Cependant, et nonobstant les entrées d’IDE anticipées, il n’est pas certain que le volant de réserves dont disposent actuellement tous les pays importateurs de pétrole sera suffisant pour faire face à une dégradation durable de leur solde courant.

Évolution des taux de change

Une hausse des cours des denrées alimentaires et du pétrole tend généralement à entraîner une appréciation du taux de change réel d’équilibre dans les pays dont le solde extérieur courant est positivement affecté, et une dépréciation lorsque l’impact sur le solde courant est négatif. En fait, les taux de change réels basés sur l’indice des prix à la consommation (IPC) des pays exportateurs de pétrole se sont quelque peu appréciés ces derniers mois (graphique 1.6)16. Au Nigéria, cela tient à la stabilité du taux de change effectif nominal et d’une forte inflation. Dans les pays producteurs de pétrole de la Communauté économique et monétaire de l’Afrique centrale (CEMAC), l’appréciation réelle s’explique principalement par l’appréciation du taux effectif nominal sous l’effet du renforcement de l’euro, encore qu’en Guinée équatoriale et au Tchad, le taux élevé d’inflation y soit aussi pour beaucoup (graphique 1.7). En Angola, par contre, l’appréciation du taux nominal et une forte inflation ont maintenu le taux de change réel stable.

Graphique 1.6.Afrique subsaharienne: taux de change effectifs réels des pays exportateurs et importateurs de pétrole

Appréciation réelle dans les pays exportateurs, dépréciation réelle dans les pays importateurs.

Source: FMI, Système de notification des informations.

Graphique 1.7.Afrique subsaharienne: taux de change effectifs réels dans la zone franc

Appréciation réelle sensible dans la CEMAC et dans l’UEMOA ces derniers mois.

Source: FMI, Système de notification des informations.

De même, les taux de change réels (base IPC) des pays importateurs de pétrole se sont quelque peu dépréciés. Cependant, les choses se sont passées très différemment selon les pays. L’Afrique du Sud, par exemple, a connu une dépréciation réelle calquée sur la dépréciation nominale du rand. La dépréciation du rand a aussi permis une dépréciation dans d’autres pays d’Afrique australe, tels que le Botswana et le Swaziland, étant donné l’importance du rand pour leurs monnaies. Par contre, les pays membres de l’Union économique et monétaire ouest-africaine (UEMOA), par exemple, ont connu une appréciation réelle du franc CFA.

Impact sur les pauvres

La hausse des cours des produits alimentaires et pétroliers pourrait aussi entraîner une augmentation sensible des taux de pauvreté dans un certain nombre de pays, surtout lorsque l’impact sur le solde extérieur courant est nettement négatif. Par exemple, au cours des sept premiers mois de 2008, le cours du riz sur les marchés mondiaux a augmenté de 111 %, celui du blé de 89 %, celui du maïs de 48 %, et les cours des combustibles de 64–82 % avant de redescendre récemment. L’impact de la hausse des prix des denrées alimentaires sur la pauvreté pourrait être particulièrement marqué en Afrique subsaharienne, étant donné que le ménage moyen dépense environ la moitié de son revenu en nourriture. Le renchérissement des combustibles aura vraisemblablement un impact direct moindre sur les pauvres, car en Afrique subsaharienne le ménage type consacre moins d’un dixième (7 %) de son revenu à l’achat de ces produits. Néanmoins, l’effet ultime de la hausse des cours des combustibles sera sans doute bien plus prononcé que son effet direct, car les combustibles sont un intrant intermédiaire pour la plupart des autres biens.

D’après une étude récente (Ivanic and Martin, 2008), si les prix intérieurs des denrées alimentaires importantes échangées sur les marchés internationaux augmentaient dans les mêmes proportions que leurs cours mondiaux, le pourcentage de pauvres dans plusieurs pays à faible revenu du monde et d’Afrique pourrait s’en trouver majoré de 4 à 5 points. Heureusement, en règle générale, la hausse des cours mondiaux ne se répercute pas de façon tout à fait proportionnelle sur les prix intérieurs. L’encadré 1.1 décrit cet effet, à partir de l’exemple de la Communauté de l’Afrique de l’Est. Il en ressort que la hausse des prix intérieurs des denrées alimentaires et des combustibles a été moins de la moitié de celle des cours mondiaux. Selon une autre étude (Wodon, 2008), si les prix intérieurs des denrées alimentaires échangées sur les marchés internationaux répercutaient la moitié de la hausse des cours mondiaux, les taux de pauvreté pourraient accuser une augmentation de l’ordre de 3 à 4 points en Afrique occidentale et centrale. Les deux études mettent en outre en évidence le fait que les pauvres vivant dans les villes sont les plus durement touchés par le renchérissement des denrées alimentaires et des combustibles, car ceux qui vivent dans les campagnes sont en général au moins en partie autosuffisants sur le plan alimentaire. Cependant, même les agriculteurs disposant d’un excédent alimentaire peuvent voir leur revenu diminuer du fait du renchérissement des denrées alimentaires et des combustibles si leurs coûts de production et de commercialisation augmentent plus vite que les prix de leurs produits.

Encadré 1.1.Évolution des cours des produits de base et des prix dans les pays membres de la CAE

Les pays de la Communauté de l’Afrique de l’Est (CAE) illustrent bien l’impact de la hausse des cours mondiaux des denrées alimentaires et des combustibles sur les prix intérieurs. En moyenne, l’inflation globale (base IPC) dans la CAE est passée de 8 % en 2007 à 20 % en juin 2008. La hausse des cours mondiaux des produits de base a été perçue comme le principal coupable, mais les prix intérieurs de ces produits n’ont pas augmenté dans des proportions aussi fortes que leurs cours mondiaux.

Ratio variation des prix intérieurs/variation des prix selon les PEM en monnaie nationale

(en %, janvier 2006–juin 2008)

Note: pour le Kenya, données jusqu’à fin-mars 2008.

Rwanda: composantes du prix de détail de l’essence

(Franc rwandais/litre)

Note: l’impact du taux de change est négligeable.

Divers facteurs peuvent atténuer l’effet des cours mondiaux des produits de base sur les prix intérieurs, notamment la stabilité des coûts de main-d’œuvre, le niveau des bénéfices, la fiscalité et l’appréciation du taux de change. Le principal facteur limitant l’effet de la hausse des cours mondiaux des combustibles a été la fiscalité, sous forme d’une réduction des taux d’imposition implicite ou explicite (Ouganda, Tanzanie, Kenya, Rwanda). Dans certains pays, par ailleurs, les marges bénéficiaires des importateurs ont baissé. S’agissant des prix alimentaires, le principal facteur limitant l’effet de la hausse des cours mondiaux sur les prix intérieurs de l’alimentation a été la production intérieure de plusieurs denrées alimentaires, conjuguée à la déconnexion partielle des pays par rapport aux marchés mondiaux, due aux insuffisances des infrastructures et aux barrières commerciales, telles que l’embargo sur les exportations récemment imposé par la Tanzanie. En conséquence, on constate une corrélation historiquement étroite du prix intérieur des denrées pour l’essentiel importées, comme le riz, avec les cours mondiaux, tandis que le prix des denrées produites principalement sur place, comme le maïs, est davantage fonction des conditions d’approvisionnement internes (encore que l’on constate une corrélation plus forte avec les cours mondiaux depuis quelques mois). En Ouganda et au Kenya, l’effet de la hausse des cours mondiaux sur les prix intérieurs a aussi été atténué par les variations des taux de change.

Ouganda: prix du maïs et du riz en shillings ougandais

(variation en %, janvier 2005–juin 2008)

Il ressort de l’estimation économétrique de l’effet de la hausse des cours mondiaux sur l’inflation globale (base IPC) dans la CAE sur la période 1997–2007 qu’un relèvement de 10 % des cours des denrées alimentaires a en moyenne majoré le taux d’inflation globale de 0,7 point, l’effet d’une hausse de même ampleur des cours des combustibles étant de 0,4 point. D’après ces estimations, la hausse des cours mondiaux des produits alimentaires et pétroliers a contribué pour 1,5 point à l’inflation globale des prix à la consommation dans la CAE en 2007, et devrait avoir un impact plus marqué encore en 2008 (4,6 points).

Contribution estimée des prix mondiaux du pétrole et des aliments à l’inflation dans les pays de la CAE(Points de pourcentage)
Moyenne
BurundiKenyaRwandaTanzanieOugandaCAE1
Répercussion estimée des prix mondiaux des aliments et du pétrole sur l’inflation2
Prix mondiaux des aliments0,81,11,00,40,30,7
Cours mondiaux du pétrole0,80,40,30,20,60,4
Contribution estimée à l’inflation moyenne, 20073
Inflation globale48,39,89,17,06,88,3
Prix mondiaux des aliments1,11,71,60,60,41,1
Cours mondiaux du pétrole0,90,40,30,20,60,4
Contribution totale2,02,11,90,81,01,5
Contribution estimée à l’inflation moyenne projetée, 20085
Inflation projetée419,125,812,09,07,316,3
Prix mondiaux des aliments2,43,53,31,20,82,2
Cours mondiaux du pétrole5,42,41,81,23,82,3
Contribution totale7,75,95,12,44,64,6
Sources: FMI, données présentées pour les Perspectives de l’économie mondiale; estimations des services du FMI.
Note: Cet encadré a été rédigé par by Michael Gorbanyov, Zuzana Murgasova, Manrique Saenz et Yuri Sobolev.

Si les taux de pauvreté se modifiaient du fait du renchérissement des denrées alimentaires et des combustibles, cette variation viendrait s’ajouter à la révision à la hausse du nombre des pauvres dont la possibilité a été suggérée par Chen et Ravallion (2008). Selon ces auteurs, le seuil de pauvreté traditionnellement établi à 1 dollar EU par jour sous-estime probablement le coût du panier de consommation minimum.

Enjeux macroéconomiques et actions engagées jusqu’à présent

Les enjeux auxquels sont confrontés les décideurs sont triples: gérer l’ajustement face à l’envolée des prix des produits alimentaires et des combustibles, préserver la stabilité macroéconomique et éviter que le sort des pauvres ne s’aggrave. Pour ce faire, les décideurs de chaque pays doivent mettre en place un ensemble de mesures adaptées à la situation du pays. S’agissant des pays souffrant d’une dégradation persistante de leurs termes de l’échange qui n’est pas compensée par une augmentation de l’aide qu’ils reçoivent, situation qui est celle de la plupart des pays importateurs de pétrole, l’ajustement passe par une action sur la demande, qu’il faut détourner des biens importés au profit de ceux qui sont produits localement, et par une réduction de l’absorption interne par rapport à la production17. Cela nécessitera en général un certain dosage de dépréciation du taux de change réel couplée à un durcissement de la politique macroéconomique. Le dosage dépréciation réelle/durcissement macroéconomique qui sera nécessaire dépendra, entre autres éléments, de l’élasticité du solde extérieur courant aux variations du taux de change, ainsi que de la viabilité extérieure et, partant, de la situation plus générale de la balance des paiements—c’est-à-dire de la possibilité de financer des déficits extérieurs courants plus prononcés grâce aux flux d’IDE, d’investissements de portefeuille, d’aide, etc. Il importera aussi de répercuter intégralement, à terme, les variations des cours, afin d’encourager les consommateurs et les producteurs à faire les ajustements nécessaires, d’éviter une augmentation permanente des subventions non ciblées et inefficaces, de maintenir l’endettement à un niveau viable et de veiller à ce que le peu de ressources disponibles soient affectées à des dépenses favorisant la croissance et la réalisation des objectifs du Millénaire pour le développement. Dans le même temps, il importe de protéger les plus démunis à l’aide de mesures convenablement ciblées. Le dernier volet consiste à préserver la stabilité des prix à moyen terme, car une accélération de l’inflation aurait pour effet de peser sur les plus pauvres et de décourager les investissements18.

Il n’est pas toujours facile de déterminer et d’appliquer le bon dosage de mesures macroéconomiques, car les décideurs sont confrontés à des contraintes, à des incertitudes, à des arbitrages et à des conflits d’objectifs. Par exemple:

  • Contraintes: Dans bien des pays, l’espace budgétaire disponible pour amortir l’impact de la hausse des cours sur les pauvres est limitée, il n’existe pas de mécanismes de transferts, et il faudrait du temps et des capacités administratives pour en mettre en place. Il importe donc de trouver d’autres solutions budgétairement abordables et raisonnablement bien ciblées. Un bon exemple serait un programme de repas gratuits pour les écoliers; une piste moins indiquée serait un relèvement des salaires de la fonction publique, mesure sans doute coûteuse et mal ciblée.

  • Incertitudes: Les incertitudes pèsent, entre autres, sur la prévision de l’évolution des cours des produits de base et de leur impact sur les prix intérieurs et l’activité économique, sur l’évaluation de l’efficacité et de l’effet distributif des mesures de protection sociale, ou encore sur l’appréciation des retombées politiques que pourrait avoir un resserrement macroéconomique.

  • Arbitrages: Les décideurs peuvent opter pour diverses combinaisons de mesures, mais ces choix impliquent des arbitrages. Par exemple, la mise en œuvre d’une politique monétaire restrictive pour éviter une inflation persistante aurait sans doute tendance à réduire l’activité économique privée et à décourager l’investissement privé plus qu’un resserrement de la politique budgétaire visant à limiter la progression des salaires de la fonction publique. L’impact sur la pauvreté et, plus généralement, sur la distribution des revenus serait différent, de même que la faisabilité politique de chaque option. Les choix peuvent aussi influer sur les perspectives à long terme. Par exemple, la réduction des dépenses peut aider à stabiliser l’économie, mais peut aussi, à plus long terme, jouer au détriment de l’accumulation de capital humain et physique, surtout si elle fait baisser les investissements publics.

  • Conflits d’objectifs: La politique budgétaire est souvent confrontée à au moins deux objectifs apparemment contradictoires. Par exemple, si l’on cherche à amortir l’impact d’une flambée des prix sur les pauvres, la situation des finances publiques tend à se dégrader, alors que l’ajustement macroéconomique exige en général une politique de restriction budgétaire. De plus, les mesures visant à réduire au minimum les variations des prix intérieurs des produits alimentaires aident certes les consommateurs, mais elles font aussi diminuer les incitations aux réactions de l’offre à moyen terme que le gouvernement souhaitera encourager.

Dans les paragraphes qui suivent, nous formulons des recommandations spécifiques concernant les politiques budgétaires, monétaires, de change et structurelles, et nous évaluons les politiques en cours d’application à la lumière de ces recommandations.

Politique budgétaire

La politique budgétaire peut servir à amortir l’impact des chocs sur certains segments de la population et aider à contenir l’inflation et à réduire l’absorption lorsque c’est nécessaire pour préserver la stabilité économique. On peut poursuivre le premier objectif en réduisant la vitesse et le degré de répercussion de la hausse des cours mondiaux sur les prix intérieurs et en effectuant des transferts ciblés. S’il n’est pas possible de mettre immédiatement en place des mécanismes de transferts ciblés, le gouvernement peut envisager des mesures à court terme moins ciblées, telles que les réductions d’impôt ou le relèvement des subventions sur les biens consommés principalement par les pauvres. À terme, toutefois, il importe de renforcer les mécanismes de transferts—qui ne se limitent pas aux transferts en numéraire, mais incluent aussi des systèmes tels que les programmes de repas gratuits pour les écoliers ou de type nourriture-contre-travail—et en faire usage de plus en plus19. Pour déterminer à quel degré et pendant combien de temps il est souhaitable d’amortir les chocs, les décideurs devront se demander dans quelle mesure cette politique s’accorde avec l’objectif de préserver la stabilité de l’économie. Certains pays, par exemple, ont les moyens de prendre des mesures compensatoires sans compromettre la viabilité des finances publiques; d’autres devront ménager l’espace budgétaire requis pour couvrir le coût de ces mesures20. Les pays qui ont du mal à ménager cet espace budgétaire seront contraints de limiter l’ampleur et la durée des soutiens budgétaires ou rechercher une aide extérieure.

Jusqu’à présent en 2008, les gouvernements des pays subsahariens ont pris diverses mesures pour amortir l’impact de la flambée des cours des denrées alimentaires et des combustibles sur leurs populations. Les plus courantes et les plus coûteuses pour les finances publiques ont été les réductions des taxes et droits de douane sur les denrées alimentaires et les combustibles, ainsi que l’élargissement du champ des subventions sur les denrées alimentaires et les combustibles. Parmi les mesures moins courantes, on peut citer la réglementation des prix, les embargos sur les exportations et les transferts ciblés.

L’encadré 1.2 passe en revue quelques mesures prises au Libéria, qui est un pays importateur de pétrole pauvre, et au Cameroun, qui est un pays exportateur de pétrole nettement moins pauvre. Il en ressort que les pays exportateurs de pétrole ont eu tendance à répercuter sur les consommateurs une moindre part de la hausse des cours des denrées alimentaires et des combustibles que les pays importateurs de pétrole—en partie parce que, leur recettes pétrolières ayant augmenté, ils ont pu absorber plus facilement les coûts budgétaires résultant de leur décision. L’encadré 1.3 analyse le ciblage des mesures à partir de l’exemple du Sénégal. Globalement en Afrique subsaharienne, étant donné que les mesures les plus courantes—réductions des taxes et droits de douane sur les denrées alimentaires et les combustibles et élargissement du champ des subventions sur les denrées alimentaires et les combustibles—ne sont pas bien ciblées, leur efficience et leur efficacité ont sans doute été limitées. Il sera important à l’avenir, d’une part, de répercuter l’intégralité de la hausse des cours mondiaux des denrées alimentaires et des combustibles et, d’autre part, de mieux cibler les mesures de protection. Comme on l’a vu plus haut, cela incitera le secteur privé à procéder aux ajustement requis, ce qui facilitera l’ajustement externe de l’économie dans son ensemble, limitera les ponctions sur les finances publiques et fournira une meilleure protection à ceux qui en ont le plus besoin.

Pour ce qui est du deuxième objectif—contenir l’inflation et réduire l’absorption interne pour maintenir la stabilité de l’économie—, la politique budgétaire n’a, semble-t-il, joué jusqu’à présent qu’un rôle mineur. En fait, le creusement des déficits budgétaires des pays importateurs de pétrole suggère un relâchement de la discipline budgétaire qui alimente sans doute l’inflation et les tensions sur le solde extérieur courant. Étant donné qu’il est difficile d’accroître les recettes et de réduire les dépenses en peu de temps, le creusement des déficits budgétaires était probablement, dans une certaine mesure, une conséquence inéluctable des efforts visant à protéger la population de l’impact des perturbations extérieures; il a peut-être même aidé à stabiliser la croissance à la suite de la flambée des cours des denrées alimentaires et des combustibles. Néanmoins, une politique budgétaire plus restrictive sera peut-être nécessaire dans un certain nombre de pays importateurs de pétrole pour appuyer l’ajustement macroéconomique. Ce sera en particulier un complément utile du durcissement de la politique monétaire auquel il faudra procéder afin d’éviter que la hausse de l’inflation ne se pérennise (voir ci-après). Et même si les tensions inflationnistes s’apaisent sans resserrement de la politique budgétaire, il se pourrait qu’il faille tout de même lui donner un tour plus restrictif pour aider à réduire les déficits extérieurs courants. Si la rigueur passe par une réduction des dépenses, il faudra prendre soin de ne réduire que les moins productives.

Encadré 1.2.Mesures prises au Libéria et au Cameroun

Plusieurs pays ont adopté tout un arsenal de mesures—réformes de la fiscalité, dépenses de protection sociale et promotion de la production agricole—face à la hausse des cours des denrées alimentaires et des combustibles.

Au Libéria, pays importateur de pétrole dont le revenu annuel par habitant se chiffre à 136 dollars EU, la hausse des cours mondiaux a été rapidement répercutée sur l’économie nationale, en partie à cause de contraintes budgétaires. Il en a résulté une augmentation sensible des prix, notamment du riz, denrée de première nécessité qui compte pour la moitié de l’apport calorique des ménages et une part majeure des dépenses des ménages pauvres. Il est particulièrement difficile de réagir aux hausses des produits pour le Libéria, où près des deux tiers des habitants vivent en dessous du seuil de pauvreté, où l’État ne peut pas obtenir de nouveaux emprunts et où les réserves internationales représentent moins d’un mois d’importations. Le gouvernement a donc entrepris de mettre en œuvre une vaste stratégie de sécurité alimentaire visant les objectifs suivants:

  • atténuer l’impact de la hausse du prix du riz et assurer l’approvisionnement interne: le gouvernement a suspendu temporairement les droits d’importation sur le riz, ce qui a eu un coût budgétaire de 0,9 % du PIB, et il recherche des accords d’approvisionnement à long terme;

  • assurer aux ménages vulnérables l’accès à la nourriture grâce à des dispositifs de protection: l’État a lancé des programmes de repas gratuits pour les écoliers dans les zones urbaines, des programme d’aide alimentaire pour les femmes enceintes et les enfants et des programmes nourriture-contre-travail et numéraire-contre-travail, le tout pour un coût annuel de 1,2 % du PIB, qui doit être financé en partie avec l’aide de bailleurs de fonds;

  • promouvoir la production agricole locale: l’État encourage le développement de la production des petits cultivateurs en distribuant des semences, des engrais et des outils agricoles; en ouvrant des terres à l’agriculture et en promouvant la polyculture et en encourageant la culture commerciale du riz à grande échelle—le tout pour un coût annuel de 0,2 % du PIB, qui doit aussi être financé en partie avec l’aide de bailleurs de fonds.

Au Cameroun, pays exportateur de pétrole dont le revenu annuel par habitant est beaucoup plus élevé (693 dollars EU) et la situation budgétaire et des réserves plus confortable, la hausse des prix des denrées alimentaires et des combustibles a contribué au déclenchement de troubles sociaux dans les premiers mois de 2008, et les autorités ont décidé de répercuter la hausse des cours mondiaux de façon plus graduelle. Elles ont exempté de droits de douane certains produits alimentaires importés, ont maintenu constants les prix des combustibles et ont relevé les salaires des fonctionnaires, le tout pour un coût budgétaire de 1,5 % du PIB, qui doit être financé sur ressources internes.

Pour compenser en partie l’impact budgétaire de ces mesures, les autorités ont réduit les dépenses d’achats de biens et services. Les recettes pétrolières ayant augmenté, la situation budgétaire globale s’est améliorée, encore que le solde budgétaire non pétrolier ait baissé de 0,8 % du PIB. Aucun nouveau dispositif de protection sociale n’a été mis en place pour le moment.

Pour préserver la viabilité des finances publiques et mieux cibler les dépenses budgétaires, les autorités prévoient de supprimer progressivement les exemptions de droits et le gel des prix des combustibles et d’accroître les dépenses pour la santé, l’éducation et l’agriculture dans les budgets futurs.

Note: Cet encadré a été rédigé par Lodewyk Erasmus et Iacovos Ioannou.

Encadré 1.3.Ciblage de mesures visant à protéger les pauvres de l’impact de la hausse des cours des produits de base: le cas du Sénégal

Le Sénégal a mis en place divers dispositifs pour protéger les plus démunis des effets de la hausse des cours de l’énergie et des produits alimentaires.

  • Le prix de détail du butane en petites bouteilles a été maintenu constant, ce qui signifie qu’il a été davantage subventionné. Par ailleurs, le pétrole lampant est encore exempté de droits d’accise et les tarifs de l’électricité ont été maintenus au-dessous des coûts de production (ce qui engendre un montant considérable d’engagements quasi budgétaires).

  • En juillet 2007, les taxes sur le riz, le blé, le lait en poudre et le pain ont été suspendues, et le prix du riz a été subventionné d’avril à août. Les prix du riz et du blé sont réglementés par l’État.

À l’heure actuelle, les ménages se situant dans les 40 % supérieurs de l’échelle des revenus recueillent plus de la moitié des bénéfices des subventions distribuées dans le pays. Une analyse d’impact social réalisée récemment par les services du FMI à la demande des autorités sénégalaises montre comment il serait possible de mieux cibler les subventions. Les mesures suivantes sont à différents stades de réalisation:

  • Suppression progressive de la taxe spéciale à l’importation sur l’huile végétale, visant à protéger les raffineurs sénégalais de la concurrence. L’huile végétale est consommée principalement par les ménages à faible revenu.

  • Réduction du subventionnement du butane. Si on le souhaite, les économies ainsi réalisées peuvent servir à accroître les subventions sur le pétrole lampant, qui est consommé principalement par les pauvres.

  • Suppression du subventionnement de l’électricité, qui ne bénéficie guère aux habitant pauvres des campagnes, puisqu’ils n’ont pas l’électricité. Si on le souhaite, les économies ainsi réalisées peuvent servir à subventionner le tarif de l’électricité pour les petits consommateurs, afin d’aider les pauvres vivant dans les villes.

  • Ciblage direct des segments vulnérables, au moyen, par exemple, de programmes de repas gratuits pour les écoliers ou de dons en espèces. Les dons en espèces pourraient être accordés sous conditions, par exemple scolarisation et accès des enfants aux soins de santé primaire. Le programme de dons pourrait être déployé progressivement, en fonction des capacités administratives.

Sénégal: partage des bénéfices de la politique de prix actuelle

(en pourcentage)

Sources: enquête auprès des ménages sénégalais et calculs des services du FMI.

Note: Cet encadré a été rédigé par Frank Lakwijk et Stéphane Roudet.

Pour les pays exportateurs de pétrole, les enjeux de politique budgétaire sont, par certains aspects, semblables à ceux auxquels sont confrontés les pays importateurs de pétrole et différents par d’autres. Étant donné que ces pays sont aussi soumis à des tensions inflationnistes du fait de la hausse des cours des denrées alimentaires et des combustibles, ils doivent aussi chercher à maintenir l’inflation à un niveau raisonnablement bas et à préserver le pouvoir d’achat des pauvres. À la différence des pays importateurs de pétrole, toutefois, les pays exportateurs de pétrole ont des comptes extérieurs courants solidement positifs et bénéficient de recettes pétrolières exceptionnelles. Il se peut donc que la question qui se pose, surtout à ceux qui disposent encore de vastes réserves de pétrole, ne soit pas tant de savoir s’il convient de réduire leurs dépenses, et à quel rythme, mais plutôt s’il convient de les accroître, et à quel rythme. Les réponses dépendent des capacités administratives disponibles pour veiller à ce que les dépenses supplémentaires soient de haute qualité, de la capacité d’absorption de ces dépenses appréciation réelle excessive, minant la compétitivité du secteur non pétrolier, surtout s’il existe déjà des supplémentaires par l’économie et des tensions inflationnistes préexistantes. Si les dépenses dépassent les capacités administratives, elles n’amélioreront guère le potentiel de croissance de l’économie; si elles dépassent la capacité d’absorption macroéconomique, elles risquent fort de causer de l’inflation et une tensions inflationnistes. Même les pays exportateurs de pétrole doivent donc faire preuve de prudence budgétaire et devraient sans doute envisager de n’accroître les dépenses qu’une fois que les tensions inflationnistes se sont apaisées et seulement après que les capacités administratives ont été suffisamment renforcées pour garantir la qualité des dépenses, notamment sur le plan de la gestion des finances publiques. Il serait en outre prudent de plafonner les dépenses à un niveau constamment viable.

Encadré 1.4.Comment la politique monétaire doit-elle réagir face à la flambée des cours des denrées alimentaires et des combustibles?

La flambée des cours des denrées alimentaires et des combustibles crée une problématique difficile pour la politique monétaire en Afrique subsaharienne. Après plusieurs années durant lesquelles l’inflation a été stabilisée et les anticipations inflationnistes tempérées, les autorités courent le risque de perdre le terrain durement gagné.

La recommandation type est de permettre une augmentation de l’inflation si elle correspond aux effets de premier tour de la perturbation de l’offre, mais de prévenir—et combattre—une hausse du niveau général des prix si elle est causée par des effets de second tour.

  • Les effets de premier tour sont l’impact direct de la hausse des cours mondiaux des denrées alimentaires et des combustibles sur l’indice des prix à la consommation et les effets indirects sur les prix à la consommation qui résultent de l’utilisation du pétrole comme intrant intermédiaire dans la fabrication des produits locaux. Parce que les effets de premier tour intègrent les variations des prix relatifs dans l’économie, leur impact sur l’inflation devrait être de courte durée.

  • Les effets de second tour se traduisent par une hausse des prix en sus des effets de premier tour. Ils résultent en général des pressions visant à préserver le niveau des salaires réels.

Bien que cette règle concernant les effets de premier et de second tour soit relativement simple, elle a plusieurs corollaires qui peuvent en limiter l’applicabilité dans la pratique:

  • Il se peut que les effets de second tour soient inévitables. Lorsque, en particulier, la politique gouvernementale est peut crédible et que les agents économiques échafaudent des anticipations inflationnistes sur la base de l’inflation observée, même une poussée d’inflation résultant des effets de premier tour suscite des anticipations inflationnistes et crée donc des tensions inflationnistes à long terme. L’expérience enseigne par ailleurs que, pour une perturbation donnée de l’offre, les effets de second tour sont en général plus amples si l’inflation était déjà élevée lorsque les prix se sont envolés.

  • Il peut être difficile de démêler les effets de premier et de second tour, car ils peuvent se produire simultanément. En outre, pour les distinguer les uns des autres, il faut avoir une connaissance précise du panier de la ménagère et de la structure de l’économie.

Ces faiblesses sont particulièrement graves en Afrique subsaharienne. La crédibilité de la politique gouvernementale est limitée dans beaucoup de pays, en dépit de la désinflation réussie de ces dernières années; il existait déjà des tensions inflationnistes dans un certain nombre de pays lorsque les cours des produits de base se sont envolés, et les problèmes de chiffrage, dus par exemple au manque de tableaux entrées–sorties, font qu’il est difficile de démêler les effets de premier et de second tour.

Les banques centrales seraient donc bien avisées de résister même aux effets de premier tour dans une certaine mesure afin de réduire le risque qu’un resserrement plus draconien et plus prolongé soit nécessaire ultérieurement (≪Mieux vaut prévenir que guérir≫). En particulier, si le resserrement est opéré tôt et avec détermination, il permettrait d’empêcher une hausse des anticipations inflationnistes du fait d’un manque de crédibilité.

Si les autorités décident qu’un durcissement de la politique monétaire s’impose spécifiquement dans leur pays à ce point, il importe de peser cette décision à la lumière d’autres considérations. Un recadrage rigoureux pourrait provoquer une forte contraction alors que l’économie est déjà sous le coup d’une perturbation de l’offre. Dans certains pays, le durcissement de la politique monétaire peut miner la stabilité du système financier intérieur. Par ailleurs, les pays peuvent avoir besoin d’une dépréciation du taux de change réel pour assurer l’équilibre de leurs comptes extérieurs, mais cela peut aller à l’encontre de la désinflation voulue si cela passe par une dépréciation nominale. Au vu de toutes ces considérations, il y a lieu de penser que l’action des pouvoirs publics devrait sans doute être plus graduelle qu’il ne serait souhaitable dans le meilleur des cas du seul point de vue des objectifs d’inflation, et que l’inflation devrait probablement rester pendant quelque temps au-dessus du niveau ciblé par la banque centrale.

Par ailleurs, la manière dont le resserrement est opéré est nécessairement fonction du cadre d’orientation adopté. Ainsi, les pays qui choisissent l’inflation comme objectif opérationnel devront relever leurs taux directeurs. Ceux qui, par contre, ciblent la masse monétaire devront faire preuve de souplesse: s’en tenir aux objectifs précédemment fixés pourrait être une politique excessivement rigoriste. Plus généralement, il faut que les encaisses monétaires réelles soient ramenées au-dessous du niveau programmé afin de contenir la demande globale et de réduire les tensions inflationnistes. Enfin, les pays ayant un régime de parité fixe ont une palette d’options limitée. Le peu de mobilité des capitaux peut leur permettre de restreindre la masse monétaire, mais au-delà, tout effort pour contenir l’inflation exigera sans doute un ajustement au niveau des finances publiques.

En tout cas, puisque l’inflation et les agrégats monétaires risquent de se situer au-dessus des niveaux ciblés par la banque centrale, la stratégie de communication de cette dernière est importante pour modeler les anticipations et contribuer à la stabilisation de l’inflation. Il faut donc expliquer pourquoi les objectifs fixés ont été manqués, quelle est la stratégie conçue pour faire ralentir l’inflation et ce que la banque centrale entend faire si l’inflation ne baisse pas comme prévu.

Note: Cet encadré a été rédigé par Rafael Portillo, Ali Alichi et Marshall Mills.

Politiques monétaires et de change

Face à la flambée des prix des produits alimentaires et énergétiques, les politiques monétaires et de change doivent viser i) à permettre que la hausse des prix des denrées alimentaires et des combustibles entraîne temporairement une inflation plus élevée pour faciliter l’ajustement des prix relatifs, mais éviter la pérennisation de l’inflation à ce niveau plus élevé, et ii) à œuvrer au maintien de la viabilité du solde extérieur courant en permettant l’ajustement du taux de change réel et en réduisant l’absorption interne en tant que de besoin. L’encadré 1.4 explique ce qui légitime le premier objectif et par quels moyens les autorités peuvent le poursuivre. Il en ressort essentiellement que les banques centrales devraient combattre les effets de la flambée des denrées alimentaires et des combustibles de façon précoce et agressive lorsque la crédibilité est faible, que la connaissance de la structure et de l’état actuel de l’économie est limitée et que la pression de la demande nourrit déjà l’inflation. Certaines de ces conditions, voire toutes, sont réunies dans la plupart des pays d’Afrique subsaharienne.

Pour ce qui est du deuxième objectif, à savoir préserver la viabilité du solde extérieur courant en permettant un ajustement du taux de change réel et en réduisant au besoin l’absorption interne, les autorités doivent faire des arbitrages difficiles qui tiennent au rôle des variations du taux de change nominal: une dépréciation nominale peut aider à remédier au déséquilibre extérieur courant, mais peut aussi nourrir l’inflation. Le fait de maintenir le taux de change nominal stable ou même de le laisser s’apprécier aiderait à ralentir l’inflation, mais ne remédierait guère au déséquilibre extérieur. Dans un cas comme dans l’autre, il faudra pour juguler l’inflation une politique monétaire restrictive, appuyée dans l’idéal par une politique budgétaire suffisamment restrictive.

Bien que le reflux récent des prix de l’alimentation et de l’énergie ait réduit les tensions inflationnistes, un certain nombre de pays ont peut-être ≪perdu pied≫ dans la lutte contre l’inflation et les autorités devront sans doute durcir la politique monétaire à l’avenir, surtout lorsque l’inflation est montée en flèche. En effet, il se peut que, à la suite de l’envolée des prix des produits alimentaires et énergétiques, plusieurs pays connaissent encore de très fortes tensions inflationnistes et des pressions du côté de la demande. Par exemple, les prix intérieurs des carburants pourraient encore augmenter en cas de réduction des subventions sur ces produits. Un resserrement budgétaire devrait appuyer le durcissement de la politique monétaire, surtout lorsque les pressions budgétaires ont contribué à pousser l’inflation à la hausse et que les choix de politique monétaire sont limités par le régime de change.

Mesures structurelles

Outre que les gouvernements devraient intensifier leurs efforts pour amenuiser les obstacles à l’activité économique en général, la flambée des cours des denrées alimentaires a attiré l’attention sur la nécessité de promouvoir l’agriculture en particulier. Comme cela est indiqué dans l’encadré 1.5, une stratégie de promotion de l’agriculture doit comprendre quatre volets: renforcement de la gestion des terres et de l’eau; amélioration des infrastructures et de l’accès aux marchés; réduction des risques sur des marchés manquant souvent d’étendue et aide aux agriculteurs pour leur permettre d’adopter les techniques agricoles adaptées.

Perspectives pour 2009 et risques

Les projections pour 2009 paraissent relativement favorables, tant pour la croissance que sur le plan de l’inflation, mais les risques se sont nettement aggravés du fait que les perspectives mondiales sont devenues beaucoup plus incertaines.

  • Croissance: Dans les pays exportateurs de pétrole, les projections donnent une croissance en progression de 1 point en 2009, l’hypothèse étant que les facteurs particuliers qui ont freiné la croissance en 2008 disparaîtront. Dans les pays importateurs de pétrole, le rythme de croissance serait inchangé. Au total, la croissance de l’Afrique subsaharienne s’accélérerait légèrement pour s’établir à un peu plus de 6 % in 2009—soit un taux proche de la moyenne de ces dernières années, mais avec un clivage un peu plus marqué entre les pays exportateurs et importateurs de pétrole (graphique 1.8).

Graphique 1.8.Afrique subsaharienne: croissance du PIB

Expansion continue, surtout dans les pays exportateurs de pétrole.

Sources: FMI, Perspectives de l’économie mondiale et base de données du Département Afrique.

  • Inflation: Le taux d’inflation tomberait, d’après les projections, à 10 % en 2009 (graphique 1.9). Cette prévision prend en compte la baisse attendue des prix des produits de base par rapport à 2008 et la diminution connexe des tensions inflationnistes. Elle repose aussi sur l’hypothèse que la politique monétaire sera durcie là où la situation l’exigera.

Graphique 1.9.Afrique subsaharienne: inflation

Accélération en 2008, mais ralentissement prévu en 2009.

Sources: FMI, Perspectives de l’économie mondiale et base de données du Département Afrique.

Encadré 1.5.Expansion de la production agricole en Afrique subsaharienne

Grâce à la diminution des conflits, à la plus grande stabilité économique et à l’allégement de la fiscalité, le taux de croissance annuel de la production agricole de l’Afrique subsaharienne est passé de 2,3 % du PIB au cours de la période 1980–89 à 3,8 % pour la période 2000–05. Les taux de pauvreté rurale ont commencé à baisser, mais il faut que l’agriculture se développe à un rythme plus élevé et soutenu pour que l’objectif du Millénaire pour le développement consistant à diviser par deux le nombre des pauvres à l’horizon 2015 puisse être atteint. Pour que la croissance s’accélère et perdure, il faudra compter plus sur des gains de productivité, car les possibilités d’expansion des cultures diminuent. Avec davantage de volonté politique et de ressources, il est possible de réaliser ces gains de productivité.

La nouvelle conjoncture mondiale peut tout à la fois entraver et favoriser le développement de l’agriculture en Afrique. En raison de la hausse du prix des engrais et de l’énergie dans le monde, le coût des intrants agricoles a augmenté. Par contre, la hausse des prix des denrées alimentaires peut faire gonfler les revenus des agriculteurs. Les gains de productivité peuvent améliorer les bénéfices. Pour accélérer la hausse de la productivité dans ce nouveau contexte mondial, il faudra investir dans les quatre domaines complémentaires mis en exergue par l’Union africaine dans le récent Programme détaillé pour le développement de l’agriculture africaine: i) gestion des terres et de l’eau, ii) accès aux marchés, iii) gestion des risques et iv) techniques agricoles.

Gestion des terres et de l’eau: En Afrique subsaharienne, 18 % seulement des terres arables dont l’irrigation est possible sont en fait irriguées. Le taux d’application d’engrais est actuellement le dixième de celui de l’Asie du Sud—il ne suffit pas à inverser la baisse des éléments nutritifs des sols exploités depuis des décennies. Il faut de meilleures stratégies et des investissements pour étendre les superficies irriguées et améliorer la gestion des systèmes de cultures pluviales, renforcer les droits de propriété des terres et de l’eau, en particulier pour les femmes, et reconstituer les éléments nutritifs des sols.

Accès aux marchés: Les cultures vivrières de base constituent à l’heure actuelle le plus gros de la production et cela restera vrai dans le proche avenir. Les exportations non traditionnelles, qui représentent certes encore une petite fraction de la production, offrent un potentiel de croissance rapide. La réduction des pertes d’après-récolte et l’amélioration de l’efficience peuvent beaucoup contribuer à la croissance. Les investissements en infrastructures matérielles, notamment les routes et les communications, et des investissements institutionnels pour améliorer la réglementation, les systèmes d’information des marchés et le fonctionnement des organisations de producteurs peuvent aider à renforcer ces marchés. Il faut aussi que les pays de l’OCDE et les grands pays émergents tels que la Chine, l’Inde et le Brésil ouvrent des débouchés commerciaux à l’Afrique.

Gestion des risques: L’imprévisibilité des politiques publiques, le niveau élevé des coûts de transaction et les aléas climatiques accroissent la volatilité des prix, surtout sur des marchés étroits. Ces risques peuvent être atténués par des systèmes d’information plus performants et des actions de vulgarisation pour la commercialisation. D’autres outils, par exemple les instruments de garantie et des options, font l’objet de programmes expérimentaux pour des petits cultivateurs organisés dans quelques pays.

Techniques agricoles: La meilleure utilisation des variétés de semences actuelles et nouvellement adoptées peut doubler les rendements. Pour accélérer l’adoption des nouvelles variétés, il faut améliorer le système d’incitations, investir dans la recherche agricole et les systèmes de vulgarisation, ouvrir l’accès aux services financiers, et instituer des subventions ≪intelligentes≫ pour stimuler le marché des intrants. Étant donné la grande variété de systèmes de culture pluviale en Afrique subsaharienne, il importe d’adapter les techniques et les services aux conditions locales—à la différence de la démarche suivie durant la révolution verte en Asie du Sud. Enfin, il convient de faire monter en puissance les efforts de recherche internationaux et régionaux au travers du Groupe consultatif pour la recherche agricole internationale et du Forum pour la recherche agricole en Afrique.

Note: Cet encadré a été rédigé par Robert Townsend (Banque mondiale).
  • Situation budgétaire: Pour ce qui est des pays exportateurs de pétrole, les excédents budgétaires, hors dons, tomberaient en 2009 à 5 % du PIB, essentiellement du fait de la baisse des cours du pétrole et, par conséquent, des recettes pétrolières. Dans les pays importateurs de pétrole, les déficits budgétaires, hors dons, resteraient stationnaires à 3 % du PIB. Les dons ne varieraient guère.

  • Termes de l’échange et soldes extérieurs: Les termes de l’échange des pays exportateurs de pétrole se dégraderaient de 6 % par rapport à 2008 du fait surtout de la baisse des cours prévue, tandis que ceux des pays importateurs de pétrole, hormis l’Afrique du Sud, diminueraient légèrement aussi (de 1 %), malgré la baisse prévue des cours du pétrole. Cela s’explique par la diminution prévue des cours d’importants produits non pétroliers tels que les métaux, le café, les fèves de cacao et les matières premières agricoles. Compte tenu de cette évolution, l’excédent extérieur courant, dons compris, des pays exportateurs de pétrole tomberait à 6 % du PIB, et le déficit extérieur courant des pays importateurs de pétrole, dons compris, se dégraderait encore, pour s’établir à 8 % du PIB (graphique 1.10).

Graphique 1.10.Afrique subsaharienne: soldes extérieurs courants

Dégradation des soldes extérieurs des pays importateurs de pétrole.

Sources: FMI, Perspectives de l’économie mondiale et base de données du Département Afrique.

Les risques que la conjoncture mondiale fait peser sur les perspectives pour 2009 se sont aggravés et sont orientés à la baisse. Comme on l’a déjà vu, un risque important réside dans la possibilité que les turbulences financières ralentissent la croissance de l’économie mondiale dans des proportions plus fortes et pendant une période plus longue que prévu, ce qui ferait sans doute diminuer la demande d’exportations africaines et entraînerait une dégradation des termes de l’échange des pays africains. Un ralentissement plus prononcé de l’activité mondiale aurait aussi pour effet de faire diminuer les investissements directs étrangers, l’aide sous forme d’investissements de portefeuille et les envois de fonds des travailleurs émigrés. Un autre risque important réside dans la possibilité que les cours des denrées alimentaires et des carburants remontent à des niveaux proches de ceux du milieu de l’année 2008. Cette évolution aurait un effet bénéfique sur les soldes budgétaires et extérieurs des pays exportateurs de pétrole, mais les pays importateurs de pétrole en pâtiraient, et la lutte contre l’inflation sur tout le continent pourrait alors s’en trouver compliquée.

Pour illustrer les incertitudes et risques que la conjoncture mondiale fait peser sur la prévision de croissance de l’Afrique subsaharienne, le graphique 1.11 montre les intervalles de confiance basés sur l’évaluation des risques mondiaux des Perspectives de l’économie mondiale. Ces intervalles intègrent à la fois la dépendance historique de la croissance de l’Afrique à l’égard de la croissance mondiale et la variabilité non moins historique de la croissance africaine. D’après la distribution des intervalles de confiance autour de la prévision centrale, il y a à peu près une chance sur cinq pour que la croissance de l’Afrique subsaharienne en 2009 tombe en dessous de 5 %. Pour entretenir la croissance et maîtriser l’inflation, les pays doivent être prêts à réagir aux changements soudains de la donne économique mondiale, en particulier aux variations brutales des cours des produits de base. Il leur faudra peut-être aussi envisager de constituer à terme un volant supplémentaire de réserves internationales pour mieux amortir les chocs exogènes.

Graphique 1.11.Afrique subsaharienne: perspectives de croissance1

Une chance sur 5 que la croissance soit inférieure à 5 %.

Sources: FMI, Perspectives de l’économie mondiale et base de données du Département Afrique.

1 Zimbabwe inclus.

Outre les risques découlant de l’évolution imprévue de la conjoncture mondiale, il existe des risques sur le plan intérieur. Le principal serait que les politiques n’entretiennent pas la dynamique de croissance et de réforme de ces dernières années, du fait qu’elles n’amortiraient pas suffisamment le choc pour les pauvres, ou ne préserveraient pas un degré suffisant de stabilité macroéconomique. Ce risque semble particulièrement sérieux dans plusieurs pays importateurs de pétrole à faible revenu durement touchés, mais d’autres pays ne semblent pas à l’abri. Le chapitre II place la situation actuelle dans le contexte plus large du décollage de la croissance de l’Afrique depuis le milieu des années 90 et situe dans une perspective plus longue les politiques requises pour préserver la croissance et lutter contre la pauvreté.

À la mi-septembre, le cours du pétrole se situait autour de 100 dollars le baril, soit environ 40 % de moins que les niveaux records de la mi-juillet. De même, les cours des denrées alimentaires ont fléchi de 8 % par rapport au pic de juin.

Comme dans les éditions précédentes des Perspectives économiques régionales, nous répartissons les pays d’Afrique subsaharienne entre exportateurs et importateurs de pétrole. Les pays importateurs sont en outre subdivisés entre pays à revenu intermédiaire, pays à faible revenu et États fragiles. On trouvera la classification complète à l’appendice statistique.

Les taux d’intérêt ont par ailleurs augmenté en Afrique du Sud par rapport à ceux des marchés matures. Cela tient avant tout au resserrement progressif de la politique monétaire de ce pays, et non à un changement de conjoncture sur les marchés financiers mondiaux.

Sauf indication contraire, les données se rapportant à l’Afrique subsaharienne dans son ensemble ou à des groupes de pays de la région sont pondérées par le PIB à parité de pouvoir d’achat ou en dollars EU, selon le cas (pour plus de détails, se reporter à l’appendice statistique).

Il semble qu’une baisse d’un point de la croissance (et de la demande d’exportations) des partenaires commerciaux ait pour effet de réduire d’environ un demi-point la croissance du PIB de l’Afrique subsaharienne, en sus des effets éventuels de l’évolution des cours des produits de base (voir le chapitre I de l’édition d’avril 2008 des Perspectives économiques régionales: Afrique subsaharienne). Il semble aussi qu’une diminution d’un point de la croissance du revenu induite par les termes de l’échange ait tendance à réduire la croissance de l’Afrique subsaharienne d’environ 0,05 point, en sus des effets éventuels de l’évolution de la conjoncture mondiale (voir Ndulu and O’Connell, 2007). Par conséquent, le ralentissement de 1,1 point du taux de croissance des partenaires commerciaux et la baisse du revenu de 1,3 % du PIB découlant de la dégradation des termes de l’échange des pays importateurs de pétrole qui ressortent des projections (sujets traités plus loin) tendraient à réduire la croissance de ces pays en 2008 de 0,6 % en moyenne.

Il s’agit de moyennes non pondérées.

Par l’expression ≪effet de second tour≫, on entend une augmentation durable de l’inflation qui résulte d’une flambée ponctuelle des prix. Pour de plus amples explications, voir l’encadré 1.4.

L’inflation sous-jacente se définit ici comme l’inflation globale, à l’exclusion des denrées alimentaires et des combustibles. L’inflation sous-jacente ainsi définie ne reflète pas nécessairement les seuls effets de second tour. Elle peut aussi résulter indirectement d’effets de premier tour. Cependant, plus la durée pendant laquelle l’inflation sous-jacente reste élevée est longue, plus la présence d’effets de second tour est vraisemblable.

Dans la plupart des cas, les données sur les salaires se rapportent seulement aux salaires de la fonction publique.

Compte tenu de la difficulté de mesurer les taux d’intérêt réels, le graphique 1.5 donne uniquement une indication des tendances générales. Pour toute l’année 2007, les taux d’intérêt réels sont mesurés par la différence entre les taux directeurs de la banque centrale et le niveau observé de l’inflation globale. Pour 2008, ils sont mesurés par la différence entre les taux directeurs et le niveau projeté de l’inflation globale. Pour l’Afrique du Sud, les taux d’intérêt réels sont mesurés par la différence entre le taux directeur et un indicateur de l’inflation prévue tiré des rendements des obligations publiques nominales et indexées sur l’inflation.

Le fait que, dans le groupe des pays exportateurs de pétrole, l’inflation reste toutefois inférieure à celle des pays importateurs semble s’expliquer essentiellement par le régime de change fixe de la CEMAC.

Sur la base de données pour 22 pays.

Jusqu’à présent, la Banque mondiale a approuvé des dons supplémentaires de 95 millions de dollars EU en réponse à la crise alimentaire, en faveur de neuf pays (Burkina Faso, Burundi, Érythrée, Ghana, Libéria, Madagascar, Rwanda, République Centrafricaine et Sierra Leone). La Banque mondiale compte approuver d’ici la fin de 2008 des dons totalisant 615 millions de dollars EU au bénéfice de 23 pays. Par ailleurs, plusieurs pays ont reçu un surcroît d’assistance du FMI sous forme de nouveaux programmes au titre de la facilité pour la réduction de la pauvreté et pour la croissance (FRPC) ou d’une augmentation des programmes existants. À la fin de juillet 2008, de nouveaux programmes FRPC (donnant accès à un montant d’assistance supérieur à celui qui était prévu initialement) avaient été approuvés en faveur du Burundi, du Mali et du Niger. Une majoration des montants des programmes de prêts en cours a été accordée au Bénin, au Burkina Faso, à la Guinée, à Madagascar, au Malawi et à la République Centrafricaine. Plusieurs autres demandes d’augmentation de prêts sont en cours d’examen.

Ces chiffres sont des moyennes non pondérées. On s’attend que la hausse des prix alimentaires ait un très faible impact positif seulement à Maurice, en Namibie et au Swaziland, et un impact négatif dans tous les autres pays. L’impact de la flambée des prix pétroliers est en général beaucoup plus marqué que celui des prix alimentaires.

Un pays est considéré comme particulièrement éprouvé lorsque l’impact sur le solde courant dépasse soit 50 % des réserves internationales initiales, soit 2,5 % du PIB. Le deuxième paramètre n’a été employé que dans le cas des pays de la zone CFA, pour lesquels un indicateur basé sur les réserves a moins de signification, ainsi que dans celui des pays ayant au départ des institutions particulièrement fragiles. Le Sénégal et le Ghana, qui auraient autrement pu faire partie du lot, en ont été exclus parce que d’autres facteurs influent sur leurs balances des paiements.

On ne dispose pas pour les pays d’Afrique subsaharienne des chiffres correspondant aux taux de change réels calculés sur la base des prix relatifs des biens échangés et non échangés (sans doute le mode de calcul le plus pertinent dans les circonstances actuelles): il a fallu calculer les taux de change réels en se basant sur les différences entre les taux d’inflation internes et étrangers (base IPC). Dans certaines conditions, toutefois, les taux de change réels basés sur l’IPC peuvent évoluer en sens contraire des taux de change réels basés sur les prix relatifs des biens échangés et non échangés.

L’absorption est la somme de la consommation et de l’investissement publics et privés. Lorsqu’il faut réduire l’absorption, le secteur public et le secteur privé sont en général tous deux mis à contribution. Plus le secteur public réduit son train de vie, moins le secteur privé a d’efforts à fournir.

Comme déjà indiqué précédemment, la flambée des cours des denrées alimentaires et des combustibles sera, d’après les projections, pour une large part permanente, tout comme l’effet connexe sur les termes de l’échange, et l’analyse présentée dans ce rapport est centrée principalement sur l’ajustement à ce changement permanent. Une flambée temporaire exigerait bien moins d’ajustements, car elle mettrait moins en péril la stabilité des prix à long terme ainsi que la viabilité des comptes budgétaires et extérieurs. Il serait donc possible de faire face dans une plus large mesure à une flambée temporaire des cours en laissant la situation des finances publiques et des comptes extérieurs se dégrader.

Voir l’encadré 2.1 de l’édition du printemps 2008 des Perspectives économiques régionales: Afrique subsaharienne, qui traite du choix des objectifs d’inflation à moyen terme dans les pays à faible revenu.

Pour une analyse plus approfondie des mesures ciblées, voir ≪Food and Fuel Prices—Recent Developments, Macroeconomic Impact, and Policy Responses≫, étude effectuée par le Département des finances publiques, le Département de l’élaboration et de l’examen des politiques et le Département des études du FMI, à www.imf.org/external/np/pp/eng/2008/063008.pdf.

La notion d’≪espace budgétaire≫ est explicitée dans l’édition d’automne 2007 des Perspectives économiques régionales: Afrique subsaharienne.

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