Chapter

I. Aperçu général

Author(s):
International Monetary Fund. African Dept.
Published Date:
April 2008
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En 2007, l’Afrique subsaharienne a connu une évolution macroéconomique généralement favorable, marquée par une croissance régulière et conforme aux attentes dans la plus grande partie de la région. L’inflation reste bien maîtrisée. À court terme, on prévoit une poursuite de l’expansion, mais avec un écart croissant entre les exportateurs et les importateurs de pétrole. Comme le contexte extérieur est moins porteur, les performances risquent d’être inférieures en 2008, car les prix du pétrole pourraient rester élevés et ceux des autres produits de base diminuer, parallèlement à la décélération de la croissance des grands pays importateurs. Dans ces conditions, il incombe aux autorités de préserver la stabilité macroéconomique et de faire avancer leur programme de réforme.

Principales évolutions en 2007

En 2007, l’Afrique subsaharienne a bénéficié de l’un des taux de croissance les plus élevés depuis des décennies (graphique 1.1)1. Le PIB réel a augmenté de quelque 6½ % (tableau 1.1), sous l’impulsion des progrès de l’extraction dans les pays exportateurs de pétrole ainsi que de la hausse des investissements internes et de la productivité dans l’ensemble de la région. Les succès en matière de stabilisation économique et d’application de réformes structurelles ont contribué à ce résultat. La forte demande mondiale de produits de base, l’augmentation des entrées de capitaux en Afrique et l’allégement de la dette ont accru les ressources et accéléré l’expansion.

Graphique 1.1.Croissance comparée

La croissance de l’Afrique subsaharienne est forte.

Sources: FMI, Perspectives de l’économie mondiale et base de données du Département Afrique.

Tableau 1.1.Afrique subsaharienne—Principaux indicateurs, 2003–081
EstimationsProjections

actuelles
200320042005200620072008
Variation en %
PIB réel4,96,96,26,16,66,5
Dont: Pays exportateurs de pétrole28,111,07,77,38,89,9
Autres pays3,55,15,65,55,64,9
PIB réel hors pétrole4,36,96,77,47,77,0
Prix à la consommation (moyenne)10,87,38,87,37,28,6
Dont: Pays exportateurs de pétrole20,414,914,78,25,78,1
Autres pays6,94,26,27,07,88,8
PIB par habitant2,75,14,23,94,64,4
En % du PIB
Exportations de biens et de services33,534,436,838,138,039,6
Importations de biens et de services33,733,133,935,036,735,8
Épargne intérieure brute19,121,523,024,923,825,9
Investissement intérieur brut19,520,320,221,822,322,2
Solde budgétaire (dons compris)−2,1−0,21,75,10,82,6
Dont: Dons1,00,90,80,80,90,8
Solde de la balance courante (dons compris)−2,9−1,5−0,40,7−2,8−1,2
Dont: Exportateurs de pétrole−6,22,87,810,82,87,4
Autres pays−1,7−3,1−4,0−4,6−5,8−6,7
Termes de l’échange (variation en %)1,23,29,612,15,614,8
Dont: Exportateurs de pétrole3,415,132,616,97,226,1
Autres pays0,2−0,8−1,36,03,3−0,8
Réserves (mois d’importations)3,34,24,75,65,86,4
Pour mémoire:
Prix du pétrole ($ EU/baril)28,937,853,464,371,195,5
Croissance des importations des économies avancées (%)4,19,36,37,44,23,0
Croissance du PIB réel des autres régions
Afrique subsaharienne (définition des PEM)35,06,86,26,46,86,6
Asie en développement8,18,69,09,69,78,2
Moyen-Orient6,95,95,75,85,86,1
Amérique latine2,16,24,65,55,64,4
Sources: FMI, bases de données du Département Afrique et des Perspectives de l’économie mondiale.Note: Données au 31 mars 2008. Moyenne arithmétique des données des pays, pondérée sur le PIB.

Mais, depuis peu, le contexte externe est devenu moins favorable. Le ralentissement de l’économie mondiale réduit la demande d’exportations de l’Afrique subsaharienne; les cours du pétrole ont atteint des niveaux records; les marchés financiers sont agités. Cela change des dernières années, où la demande pour les exportations régionales était dynamique, tandis que les prix des produits de base hors combustibles connaissaient des augmentations à deux chiffres. La région s’intégrant progressivement à l’économie mondiale, bien que moins vite que d’autres, un ralentissement de l’activité dans le monde devrait affecter ses résultats économiques par le truchement des échanges et des canaux financiers (encadré 1.1).

En 2007, la croissance, solide dans la plupart des pays, a été la plus forte dans ceux qui exportent du pétrole (graphique 1.2)2. En Angola et en Guinée équatoriale, de nouveaux puits sont entrés en service. Au Nigéria, les pertes de production sur terre, dues à des troubles, ont été en partie compensées par une nouvelle production en mer. Certains pays à faible revenu, tels que l’Éthiopie, le Ghana, le Mozambique et la Tanzanie, ont bénéficié d’une expansion supérieure à la moyenne régionale, comme depuis une dizaine d’années (graphique 1.3). En revanche, dans d’autres pays, la Côte d’Ivoire par exemple, la croissance a été inférieure en partie à cause de l’instabilité politique. Au Zimbabwe, la contraction de l’activité s’est poursuivie, dans le contexte d’une aggravation des déséquilibres macroéconomiques due à un financement monétaire persistant d’activités quasi budgétaires et d’un resserrement des contrôles de prix.

Graphique 1.2.Croissance en Afrique subsaharienne

L’expansion bénéficie à toutes les catégories de pays.

Sources: FMI, Perspectives de l’économie mondiale et base de données du Département Afrique.

Graphique 1.3.Dynamique régionale de la croissance

Sources: FMI, Perspectives de l’économie mondiale et base de données du Département Afrique.

Encadré 1.1.L’Afrique subsaharienne et le ralentissement mondial

Un ralentissement international se fait sentir en Afrique subsaharienne par deux voies principales. La première est le commerce extérieur. En cas de freinage de la croissance des partenaires commerciaux, la région souffre d’une baisse de la demande extérieure réelle et des prix des produits de base ainsi que d’une dégradation des termes de l’échange. La deuxième concerne les liens financiers: il y aurait une réduction ou un retournement des entrées de capitaux, y compris des investissements directs étrangers (IDE). Le graphique et le tableau ci-dessous montrent le parallélisme passé entre l’expansion mondiale et celle de l’Afrique subsaharienne.

L’Afrique subsaharienne et le monde: croissance du PIB réel1

(En %)

Source: FMI, Perspectives de l’économie mondiale.

1 Périodes de récession aux États-Unis en zone ombrée (National Bureau of Economic Research).

L’incidence sur la croissance dépendrait de l’importance des liens commerciaux et financiers. Selon une étude du FMI (Perspectives de l’économie mondiale d’avril 2007, chapitre 4), un recul de 1 point de la croissance du PIB de la zone euro suscite en moyenne une diminution d’à peu près 0,25 point de la croissance du PIB dans l’ensemble de l’Afrique subsaharienne; les répercussions d’un ralentissement américain sont moins prononcées (0,1 point). Mais ces résultats n’appréhendent pas les variations coïncidentes de la production entre régions du monde. Si les difficultés aux États-Unis en entraînent ailleurs, l’effet sur la croissance de l’Afrique subsaharienne sera supérieur.

Dans le but d’évaluer l’incidence d’un ralentissement mondial sur les différents pays africains, on a estimé une série de régressions de panel pour les pays exportateurs de pétrole et les autres, reliant la croissance réelle de la production interne à l’expansion mondiale (pondérée en fonction des partenaires commerciaux), et cela avec plusieurs variables de contrôle: les prix du pétrole, les autres prix et des effets fixes par pays. L’échantillon comprend 40 pays et utilise des données annuelles allant de 1980 à 2007. Les coefficients appliqués aux variables de la croissance mondiale mesurent l’importance de l’impact, en neutralisant les effets des variations des prix des produits de base ou des termes de l’échange. En moyenne, une baisse de 1 point de la croissance mondiale s’accompagne d’une contraction moyenne de 0,3 à 0,4 point de la croissance de l’échantillon des pays subsahariens. La spécification ne tient pas compte des effets d’un canal financier explicite qui, tout en étant réduit, s’étoffe actuellement. Si c’était le cas, l’incidence d’un ralentissement mondial sur la croissance de l’Afrique subsaharienne serait dans le haut de la fourchette calculée.

Un autre modèle analyse les retombées d’un freinage international sur l’Afrique subsaharienne au fil du temps. On a estimé un modèle VAR pour la croissance de la production réelle de l’ensemble de l’Afrique subsaharienne, pour celle du PIB mondial et pour les prix des produits de base exportés. On l’a fait en se servant de données annuelles allant de 1980 à 2007, avec des retards. Les résultats laissent penser qu’une réduction de 1 point de l’expansion mondiale ampute de quelque 0,5 point, au bout d’un an, la croissance du PIB subsaharien.

Afrique subsaharienne: corrélations avec la croissance du PIB réel
1980–2007
Reste du monde10,60
Union européenne0,32
États-Unis0,01
Pays en développement10,54
Asie0,30
Amérique latine0,32
Source: FMI, base de données des Perspectives de l’économie mondiale.
Note: Cet encadré a été rédigé par Paulo Drummond et Gustavo Ramirez.

Globalement, la demande intérieure a continué à tirer la croissance régionale (graphique 1.4). En 2007, l’investissement interne s’est élevé à 22 % du PIB, un niveau record en AfSS. La hausse de la consommation publique, favorisée par le gonflement des recettes pétrolières et l’allégement de la dette, a aussi contribué à l’expansion dans certains pays.

Graphique 1.4.Contribution à la croissance du PIB

La demande interne continue à tirer l’expansion.

(en %)

Source: FMI, base de données du Département Afrique.

Pendant la décennie écoulée, de nombreux pays ont procédé à des réformes et renforcé leur politique macroéconomique, ce qui porte actuellement des fruits. Dans certains cas, l’amélioration du contexte des affaires a soutenu l’activité (voir ci-dessous la section consacrée au secteur privé). Par ailleurs, il y a eu moins de conflits armés et d’instabilité politique. Dès lors, non seulement l’investissement et la croissance ont progressé, mais la volatilité des revenus est tombée au plus bas depuis trente ans (graphique 1.5). Il n’est pas surprenant que le revenu réel par habitant s’élève dans toutes les catégories de pays, même si les plus fragiles continuent d’accuser un retard (graphique 1.6).

Graphique 1.5.Volatilité de la croissance

(Écart-type de la croissance du PIB reel en moyenne mobile sur 5 ans)

Source: FMI, base de données du Département Afrique.

Graphique 1.6.Croissance du PIB réel par habitant

Progression générale du revenu par habitant, mais retard des États fragiles.

(en %)

Source: FMI, base de données du Département Afrique.

Beaucoup de pays sont devenus plus résistants aux chocs. Les exportateurs de pétrole—et, plus généralement, les exportateurs nets de produits de base—bénéficient de la hausse des cours de ces produits; ils ont perfectionné leurs politiques et épargnent une très grande part des recettes imprévues (graphiques 1.7 et 1.8). D’autres pays ont continué à croître, même quand les prix de leurs exportations ont stagné ou reculé. Ce résultat découle de gains d’efficience imputables aux réformes structurelles ainsi qu’aux progrès du climat des affaires et de la politique macroéconomique.

Graphique 1.7.Afrique susaharienne—Exportateurs de pétrole

Solde courant et revenus pétroliers épargnés.

Sources: FMI, Perspectives de l’économie mondiale et base de données du Département Afrique.

1 Excédent courant/exportations de pétrole et de gaz.

2 Excédent budgétaire global/recettes tirées du pétrole et du gaz.

Graphique 1.8.Afrique subsaharienne—Gains commerciaux (pertes)1

(En % du PIB réel)

Sources: FMI, Perspectives de l’économie mondiale et base de données du Département Afrique.

1 Gains commerciaux = (X-M)/P - (X/Px - M/Pm), où X et M sont les exportations et les importations, P le déflateur du PIB, X/Px et M/Pm les exportations et importations en volume.

Malgré l’augmentation constante des cours des produits de base depuis quelques années, l’inflation moyenne s’est inscrite dans une fourchette de 6 à 9 % en 2007 (graphique 1.9). Face aux menaces inflationnistes, de nombreux pays ont durci leur politique économique (Afrique du Sud et Botswana), tandis que d’autres (Madagascar et Sierra Leone) prenaient des mesures à moyen terme pour améliorer la production, le stockage et la distribution de produits agricoles et contenir la hausse des prix des denrées alimentaires. Au Zimbabwe, la dérive des prix a dégénéré en hyperinflation (voir encadré 1.2).

Graphique 1.9.L’inflation en Afrique subsaharienne

Elle se situe dans une fourchette inférieure à 10 %.

(En %)

Sources: FMI, Perspectives de l’économie mondiale et base de données du Département Afrique.

L’augmentation du coût de l’alimentation génère fréquemment des tensions inflationnistes. Dans plusieurs pays, elle atteint un rythme d’au moins 10 %, prolongeant la tendance des années précédentes. Elle s’explique à la fois par l’évolution générale des prix des denrées alimentaires et par les nombreuses sécheresses qui ont fait des ravages au sud de l’équateur. Au Kenya, les violences ayant suivi les élections ont aussi joué un rôle en provoquant des pénuries et des relèvements de prix, non seulement dans ce pays, mais aussi chez ses voisins.

À l’exception de l’allégement de la dette du Nigéria, les flux au titre de l’aide publique au développement (APD) ont peu varié. Parallèlement, les nouveaux créanciers, la Chine en particulier, augmentent leur concours à la région sous forme de contributions à des projets et de crédits à l’exportation, mais on ne dispose pas de données comparables. Selon des estimations préliminaires, le doublement de l’aide à l’Afrique subsaharienne, promis au sommet du G-8 à Gleneagles en 2005, ne se matérialise pas (voir les Perspectives économiques régionales d’octobre 2007, encadré 1.3).

En général, les déficits de paiements courants ont été contenus (graphique 1.10). En Angola et au Nigéria, les termes de l’échange se sont de nouveau améliorés, mais la baisse des exportations de pétrole en volume (en pourcentage du PIB) s’est accompagnée d’une montée des importations, due aux investissements dans les infrastructures. Ailleurs, l’effet négatif de la hausse des prix du pétrole sur la balance courante a été partiellement compensé par l’enchérissement d’autres produits de base, notamment les métaux (graphique 1.11). Dans les pays à faible revenu, la progression modeste des importations a été financée en partie par le gonflement des entrées de capitaux.

Graphique 1.10.Balance extérieure courante de l’Afrique subsaharienne

Le déficit courant est contenu.

(en % du PIB)

Sources: FMI, Perspectives de l’économie mondiale et base de données du Département Afrique.

Graphique 1.11.Prix des produits de base en Afrique subsaharienne

La hausse des prix des produits de base continue.

(Indice, 2003 = 100)

Sources: FMI, prix des produits de base; ONU, base de données Comtrade.

1 Ensemble composé du cacao, du café, du sucre, du thé et du bois, pondéré par les exportations de l’AfSS.

Encadré 1.2.La crise économique au Zimbabwe

La dégradation économique et sociale amorcée au Zimbabwe en 1999 a continué à s’aggraver en 2007. On estime que l’activité a fléchi de plus de 6 %, après avoir chuté de plus de 30 % au cours des sept années antérieures. La situation externe est précaire, les réserves officielles de change se trouvant le plus souvent au minimum opérationnel. Les conditions de vie ont empiré, en raison de l’érosion du pouvoir d’achat des salaires et des pénuries de biens essentiels. Le capital de compétences s’effrite sous l’effet d’une importante émigration économique.

Le stade de l’hyperinflation a été atteint. L’indice officiel du coût de la vie sous-estime nettement la hausse, car de nombreux articles soumis au contrôle des prix ne sont plus disponibles régulièrement dans les circuits officiels. La très vive progression annuelle de la base monétaire et la rapide dépréciation du taux de change sur le marché parallèle laissent penser que l’inflation a atteint quelque 100.000 % en décembre 2007 et s’accélère encore.

Elle est surtout alimentée par les larges interventions quasi budgétaires de la banque centrale (RBZ). L’État continue à dégager globalement un déficit (estimé à 10 % environ du PIB en 2007), mais c’est peu de chose comparativement aux activités quasi budgétaires de la RBZ, qui ont bondi à quelque 82 % du PIB en 20071. Elles comprennent les subventions en devises aux entreprises publiques et à l’État, le soutien des prix à l’exportation, les aides en nature aux agriculteurs et les charges d’intérêts.

Exemples d’hyperinflation

(t = 0 est le premier mois où l’inflation annuelle dépasse 1.000 %)

Zimbabwe: estimations et mesures de l’inflation annuelle

Note: Cet encadré a été rédigé par Robert Sharer, Said Bakhache et Jens Clausen.1 Ces ratios représentent la somme des flux mensuels déflatés divisée par le PIB réel annuel. Les flux annuels calculés de façon conventionnelle (par rapport au PIB nominal) sont faussés en cas d’hyperinflation, car, avec l’accélération brutale des prix, la valeur réelle des recettes et des dépenses dépend du moment de l’année où ces flux ont lieu.

Évolution des marchés financiers

Les problèmes apparus l’année dernière sur les marchés financiers mondiaux n’ont eu jusqu’à présent que peu de conséquences sur les pays d’Afrique subsaharienne. Toutefois, ceux d’entre eux, comme l’Afrique du Sud, dont les marchés de capitaux sont le plus intégrés, ont été confrontés à une certaine augmentation des marges de taux d’intérêt sur les emprunts souverains et des taux interbancaires (graphique 1.12), ainsi qu’à la volatilité du change, des actions. En Afrique du Sud, un autre facteur entre en jeu: c’est la prise de conscience que les goulets d’étranglement en matière d’énergie risquent de limiter la croissance future. Mais, dans l’ensemble, il n’y a pas eu de resserrement du crédit.

Graphique 1.12.Taux interbancaire à 3 mois sur certains marchés émergents

(Taux interbancaire à 3 mois; en %)

Source: Bloomberg.

Les flux de capitaux privés vers l’Afrique subsaharienne dépassé 50 milliards de dollars EU, soit à peu près quatre fois plus qu’en 2000. La plupart ont été destinés à l’Afrique du Sud et au Nigéria, mais leur hausse s’explique aussi par l’amélioration des données fondamentales de la région. Dans un petit groupe de pays, en particulier le Ghana, l’Ouganda et la Zambie, on constate une augmentation des investissements de portefeuille, attirés par l’amélioration de leur cote de crédit et la hausse des rendements.

Les pays de l’Afrique subsaharienne ont poursuivi le renforcement de leurs structures financières. Dans la plus grande partie de la région, les systèmes bancaires sont plus stables, de nombreux pays (mais pas tous) ayant libéralisé les taux d’intérêt, redressé des établissements et modernisé le secteur.

En dépit de la progression rapide du crédit au secteur privé, les économies de la région manquent encore de «profondeur financière» (graphique 1.13). De nouveaux progrès de l’intermédiation seraient favorables à l’investissement privé et à l’expansion. Les priorités devraient être les suivantes: accès accru au financement bancaire officiel; suppression des distorsions de la politique monétaire et budgétaire qui découragent le crédit bancaire; renforcement des droits des créanciers et du partage de l’information; moindre recours aux réserves obligatoires non rémunérées en tant qu’instrument de politique monétaire; développement de marchés de la dette interne; amélioration des moyens de gestion des risques dans les banques; encouragement à l’intégration pour intensifier la concurrence et exploiter les économies d’échelle.

Graphique 1.13.Évolution monétaire

Approfondissement financier modeste dans la plupart des pays.

(M2/PIB, en %) (Croissance annuelle de M2, en %)

Sources: FMI, Perspectives de l’économie mondiale et base de données du Département Afrique.

Politiques macroéconomiques

Politiques monétaires et de change

À la faveur de la stabilisation quasi générale de l’inflation, les pays africains ont commencé à adapter leurs politiques monétaires et de change dans le but d’atténuer l’instabilité macroéconomique tout en réalisant leurs objectifs d’inflation (voir chapitre II). Les dispositifs de régulation monétaire sont à divers stades d’une transition; cela pose des problèmes aux pays confrontés à des changements structurels ou dont les marchés de capitaux ont des imperfections qui rendent incertain le mécanisme de transmission monétaire et limitent les moyens de contrôle des autorités. Il est également fréquent que l’absence de statistiques à jour gêne l’appréciation de la conjoncture. Pour remédier à ces difficultés, quelques pays, comme le Ghana, ont opté pour une forme ou une autre de ciblage de l’inflation; ils ont ainsi suivi, avec retard, la tendance générale de la politique monétaire à donner moins d’importance aux objectifs intermédiaires, tels que la masse monétaire au sens large ou étroit, dans la stabilisation des prix.

Beaucoup de pays de la région doivent réagir dans l’urgence à la progression des échanges extérieurs et des entrées de capitaux. Bien que ces dernières aient stimulé les investissements et la croissance, elles sont aussi, dans certains cas, un facteur de hausse des prix et d’appréciation du taux de change réel (voir chapitre III). Certes, le taux de change réel médian ne dévie pas, en général, de la moyenne 1995–2007 dans l’ensemble de l’Afrique subsaharienne, mais la distribution s’élargit (graphique 1.14).

Graphique 1.14.Taux de change effectifs réels en Afrique subsaharienne

Élargissement de la distribution.

(Indice, 1995–2007 = 100)

Source: FMI, Système de notification des informations.

La flambée des prix alimentaires constitue aussi un défi pour la politique économique de plusieurs pays de la région. Quelques-uns en profitent pour encourager l’essor de la production agricole, ce qui est la meilleure solution à moyen terme. Au plan macroéconomique, une accélération temporaire de l’inflation due aux effets directs de chocs sur les coûts de l’alimentation n’appelle pas nécessairement une action correctrice de la politique monétaire, surtout quand la crédibilité de celle-ci est déjà bien établie.

Néanmoins, un resserrement peut s’imposer si la hausse des prix alimentaires persiste et commence à avoir des répercussions secondaires significatives. Des subventions temporaires et ciblées ainsi que d’autres mesures aux objectifs bien déterminés peuvent protéger les plus vulnérables, pendant que l’on prépare un dispositif de sauvegarde sociale bien orienté, lequel constitue le meilleur remède à long terme. En revanche, les contrôles directs sur les prix et les exportations sont susceptibles d’avoir des conséquences négatives inattendues: ils risquent de décourager la production vivrière, de ne pas permettre d’aider les plus nécessiteux et de détourner des ressources rares au détriment d’autres objectifs essentiels.

Régimes de change fixe

Dans la zone franc, les devises sont rattachées à l’euro et la politique monétaire est déterminée au niveau de l’union monétaire; dès lors, la hausse des entrées de capitaux et le raffermissement de l’euro contre le dollar américain en 2007 ont entraîné une légère appréciation des taux de change effectifs réels de la Communauté économique et monétaire de l’Afrique centrale (CEMAC) et de l’Union économique et monétaire ouest-africaine (UEMOA) (graphique 1.15). La tendance à l’appréciation a été plus marquée dans la CEMAC, en raison des booms. Les pays pétroliers et de l’orientation expansionniste de la politique budgétaire (hors pétrole) dans un context de limitation de l’offre.

Graphique 1.15.Taux de change effectifs réels dans la CEMAC et l’UEMOA

Appréciation plus forte dans la CEMAC que dans l’UEMOA.

(Indice, 1994 = 100)

Source: FMI, Système de notification des informations.

Membres de la CEMAC ont accumulé des réserves de change substantielles (graphique 1.16). Pour l’ensemble de la zone, le taux de couverture par les réserves était à 4½ mois d’importations l’an dernier; leur hausse découle, ces dernières années, surtout du choix politique de convertir la richesse pétrolière en actifs financiers et de constituer des provisions pour s’assurer contre les risques de balance des paiements.

Graphique 1.16.Couverture par les réserves dans les pays d’Afrique subsaharienne

(Mois d’importations)

Sources: FMI, Perspectives de l’économie mondiale et base de données du Département Afrique.

L’augmentation d’avoirs de réserve a été à l’origine d’un accroissement rapide de la masse monétaire et du crédit dans plusieurs pays (graphique 1.17). Ceux de la CEMAC, en particulier, connaissent un gonflement important de la liquidité, qui est en partie de nature structurelle, puisque les banques ont peu de possibilités d’accélérer la constitution d’actifs. Les banques centrales de la zone franc n’ont pas poursuivi une politique monétaire active, préférant recourir aux réserves obligatoires modulées; elles n’ont que peu modifié les taux d’intérêt officiels.

Graphique 1.17.Crédit au secteur privé en Afrique subsaharienne

Forte progression, mais à partir de bas niveaux.

(Variation en %)

Sources: FMI, Statistiques financières internationales et Perspectives de l’économie mondiale.

Régimes de change flexible

Là où cette formule est en vigueur, le taux de change effectif réel ne s’est apprécié que chez les exportateurs de pétrole et dans certains pays à faible revenu (graphique 1.18). Dans de nombreux cas, les ajustements du change n’ont pas complètement reflété l’évolution de la balance courante (graphique 1.19). En Afrique du Sud, qui pratique le ciblage de l’inflation, les tensions persistantes sur les prix ont conduit la banque centrale à resserrer de nouveau sa politique monétaire en 2007. Elle a continué à accroître ses réserves de devises sans se donner un objectif explicite de taux de change. Au Nigéria, l’accumulation de réserves contribue depuis 2004 à stabiliser le taux de change officiel vis-à-vis du dollar.

Graphique 1.18.Taux de change effectifs réels dans les pays d’Afrique subsaharienne à régime de flottement

L’augmentation des réserves a limité l’appréciation de la monnaie dans plusieurs pays.

(Indice, janvier 2004 = 100)

Source: FMI, Système de notification des informations.

Note: Les exportateurs de pétrole sont l’Angola et le Nigéria. Les pays à revenu intermédiaire sont l’Afrique du Sud et Maurice.

Graphique 1.19.Ajustements des taux de change et de la balance courante en 2007 en Afrique subsaharienne

(Variation en %)

Sources: FMI, Statistiques financières internationales et Perspectives de l’économie mondiale; base de données du Département Afrique.

1 Une augmentation indique une appréciation.

Politique budgétaire

En général, les pays ont tenté de répondre aux nécessités urgentes du développement, tout en préservant la discipline des finances publiques.

  • La mobilisation des recettes publiques internes, complétée par des dons externes, a constitué une source significative de rentrées budgétaires. Celles-ci ont culminé à 25 % du PIB en 2006, puis ont légèrement régressé en 2007 (graphique 1.20).

  • Dans la plupart des pays à faible revenu et fragiles, les investissements publics ont redémarré. Les pays à revenu moyen dépensent également plus pour remédier aux goulets d’étrangement dans les infrastructures et satisfaire les besoins sociaux (graphiques 1.21 et 1.22).

  • En 2007, le solde budgétaire des pays à faible revenu est redevenu déficitaire, à hauteur d’environ 3½ % du PIB, sous l’effet d’une baisse des dons représentant près de 7 points de PIB. (Il avait été excédentaire en 2006 grâce à une aide substantielle au titre de l’initiative d’allégement de la dette multilatérale (IADM), en faveur du Burkina Faso, de Madagascar, du Mali, du Niger et de la Zambie.) Le déficit a surtout été financé par des emprunts à l’étranger (graphique 1.23).

Graphique 1.21.Dépenses primaires de l’État central en Afrique subsaharienne

Sources: FMI, Perspectives de l’économie mondiale et base de données du Département Afrique.

Graphique 1.22.Dépenses sociales de l’État central en Afrique subsaharienne

Rythme soutenu dans tous les pays.

(Crédits de santé et d’éducation en % du PIB)

Sources: FMI, Perspectives de l’économie mondiale et base de données du Département Afrique.

Graphique 1.20.Recettes de l’État central en Afrique subsaharienne

En hausse dans la plupart des pays.

Sources: FMI, Perspectives de l’économie mondiale et base de données du Département Afrique.

Graphique 1.23.Financement du déficit budgétaire dans les pays d’Afrique subsaharienne à faible revenu

Financement effectué principalement sur ressources étrangères.

(En % du PIB)

Sources: FMI, Perspectives de l’économie mondiale et base de données du Département Afrique.

L’endettement de l’Afrique subsaharienne a diminué grâce à la vigueur de la croissance, à des remises de dettes à grande échelle et aux remboursements effectués par plusieurs pays; le défi à relever maintenant est de conserver une situation viable. La dette publique totale (médiane pour la région) est tombée à quelque 40 % du PIB en 2007 (graphique 1.24). Il faudrait que les pays utilisent avec prudence les ressources libérées par cette réduction, notamment en renforçant leurs systèmes de gestion des finances publiques (GFP), pour que les dépenses soient efficaces et contenues dans des limites supportables. Plusieurs auraient également intérêt à développer leurs moyens d’analyse de l’ensemble des nouveaux emprunts, contractés auprès de prêteurs traditionnels ou autres, et cela afin d’éviter la réapparition de faiblesses sur ce point. En le faisant, il importe qu’ils intègrent pleinement à toute évaluation de la viabilité de la dette sa fraction interne, qui représente souvent une part croissante du total (voir encadré 1.3).

Graphique 1.24.Dette publique totale en Afrique subsaharienne

(État central, en % du PIB)

Sources: FMI, Perspectives de l’économie mondiale et base de données du Département Afrique.

1 La bande est calculée par référence à 88 pays en développement. Les limites inférieure et supérieure sont respectivement les 25e et 75 e pourcentiles.

Perspectives et risques pour 2008

Un ralentissement mondial de l’activité, consécutif à un net repli aux États-Unis et à la propagation de la crise financière, va rendre l’environnement extérieur plus difficile pour l’Afrique subsaharienne. Depuis les Perspectives de l’économie mondiale d’octobre 2007, la croissance de l’économie mondiale a été revue en baisse, et on s’attend désormais à ce qu’elle soit de 3,7 % en 2008.

On prévoit que le PIB de l’Afrique subsaharienne (Zimbabwe inclus) augmente de 6½ %, sous l’impulsion des pays exportateurs de pétrole, tandis que la croissance des importateurs de pétrole diminuerait graduellement pour s’établir à environ 5 %. C’est une réduction de l’ordre de 1 point par rapport aux Perspectives économiques régionales d’octobre 2007, due en partie (0,6) à la révision des projections de croissance concernant l’Angola3.

  • Dans les pays exportateurs de pétrole, on prévoit une accélération de l’expansion à 10 % environ, sous l’effet de la mise en service de nouvelles capacités de production de brut en Angola et au Nigéria ainsi que du démarrage d’une unité de liquéfaction du gaz naturel en Guinée équatoriale. Le principal facteur de la demande interne serait la hausse des revenus et des patrimoines.

  • On s’attend à un ralentissement de la croissance à 4 % dans les pays à revenu intermédiaire et à 6 % environ dans les pays à faible revenu, le contexte mondial devenant moins favorable. La demande publique et la demande privée devraient soutenir l’activité, mais l’écart avec le rythme de développement des exportateurs de pétrole s’accentuerait.

  • On prévoit une nouvelle accélération de l’expansion des États fragiles à 5 % en 2008, grâce à la poursuite du redressement des investissements, surtout en République démocratique du Congo, où de grands projets d’infrastructures sont en cours, et dans certains pays sortant d’un conflit (la Côte d’Ivoire, par exemple).

Dans l’ensemble de la région, il est prévu que l’inflation soit contenue à 8½ % environ, en supposant que les politiques macroéconomiques restent fermes. Les tensions inflationnistes émanent principalement des tarifs du pétrole, qui augmenteraient d’environ 35 % cette année, et des prix de l’alimentation. Globalement, les cours des produits de base hors combustibles devraient continuer à augmenter progressivement. On anticipe encore une inflation à deux chiffres dans certains pays. L’hyperinflation continuerait au Zimbabwe, sauf changement de politique.

Compte tenu de ces perspectives, l’Afrique subsaharienne considérée dans son ensemble est censée dégager un léger excédent budgétaire. Celui des exportateurs de pétrole devrait augmenter à la faveur de la hausse des prix du brut; dans la plupart des autres pays, on s’attend à de faibles variations du solde des finances publiques.

On prévoit un excédent extérieur accru des exportateurs de pétrole grâce à l’enchérissement de celui-ci; en revanche, les déficits de paiements courants des États fragiles et à faible revenu s’aggraveraient quelque peu à cause d’une dégradation de leurs termes de l’échange.

Encadré 1.3.Le changement de nature de la dette publique en Afrique

Ces dernières années, le montant et la composition de la dette publique africaine ont sensiblement évolué. Depuis quatre ans, les allégements opérés dans le cadre des initiatives PPTE et IADM ainsi que les corrections budgétaires ont nettement réduit la fraction externe, dégageant une marge de manœuvre pour dépenser et emprunter. Parallèlement, la dette publique interne et la dette externe détenue par des créanciers privés ont pris une importance croissante pour les raisons suivantes: i) le gonflement de la liquidité du système bancaire, ii) l’intégration financière régionale, qui permet aux membres de l’union monétaire d’emprunter à plus grande échelle; en effet, les banques privées de la zone franc opèrent de plus en plus à ce niveau, et la BCEAO soutient la mise en place d’un marché obligataire régional; iii) l’augmentation des entrées de capitaux, due à l’amélioration de la situation économique, à la quête généralisée du rendement et à l’intérêt que montrent envers l’Afrique de nouveaux créanciers officiels.

Dette de l’État central en Afrique subsaharienne, 2002–07

(En % du PIB)

Source: estimations des services du FMI.

L’importance accrue de la dette, interne et externe, détenue par les créanciers privés pose des problèmes d’analyse et de politique, à un moment où les pays s’efforcent de prévenir une résurgence de la vulnérabilité liée à l’endettement. Le premier est le manque de données comparables entre pays, sachant que beaucoup d’entre eux n’établissent pas systématiquement des statistiques de dette interne et qu’il existe des différences méthodologiques dans des domaines comme la définition du secteur public, le traitement des engagements conditionnels et les règles de décomposition de la dette publique. Il s’avère également difficile de ne plus se focaliser seulement sur la dette publique externe et d’intégrer les engagements internes dans une analyse de viabilité, en reconnaissant qu’un excès en ce domaine peut contribuer à de futures crises de la dette et de la balance des paiements. Le modèle budgétaire FMI/Banque mondiale d’analyse de viabilité de la dette des pays à faible revenu est un point de départ pour appréhender la dynamique à long terme de la dette publique totale. En outre, il deviendra de plus en plus important d’apprécier les points vulnérables à court terme (tels que les risques de refinancement, de change ou de taux d’intérêt), et cela surtout dans les pays ayant une proportion élevée de dette interne, assortie généralement d’échéances plus courtes ainsi que de taux d’intérêt supérieurs et variables, avec un refinancement dépendant d’un secteur bancaire local sous-développé.

La principale question de politique économique qui se pose est celle du rythme approprié des nouveaux engagements dans les pays post-PPTE/IADM, où l’on pourrait juger le bas niveau d’endettement et les conditions favorables d’emprunt comme une occasion d’augmenter rapidement les investissements publics financés de cette manière. La décision dépend du coût et du risque d’un nouvel endettement, surtout dans les pays qui ont bénéficié des allégements PPTE et IADM, du taux de rendement anticipé (et du risque) des investissements supplémentaires comme de l’orientation globale souhaitée de la politique budgétaire dans le contexte conjoncturel. Il faut aussi mieux gérer la dette publique, ce qui pourra aider les gouvernements à maîtriser la charge de son service et à se prémunir contre les risques de change, de taux d’intérêt et de refinancement. À un moment où existent de nombreuses nouvelles possibilités d’emprunt, cela exigera d’analyser soigneusement les coûts et les risques afin de choisir à bon escient la composition de la dette. De nombreux pays auront besoin de temps et de ressources pour améliorer les bases de données de la dette publique, renforcer les services responsables de sa gestion et mettre au point des logiciels sur mesure. En outre, le développement des marchés financiers jouera un rôle important pour diminuer le coût et les risques des emprunts internes.

Note: Cet encadré a été rédigé par Christian Mumssen.

Quels sont les risques pour l’Afrique subsaharienne?

L’Afrique subsaharienne est confrontée à plusieurs risques externes: un ralentissement mondial prononcé—entraînant un recul des cours des produits de base non pétroliers—représenterait un choc important; l’enchérissement du pétrole affaiblirait la demande interne, augmenterait sensiblement l’inflation générale et aggraverait la situation des paiements courants ainsi que la position extérieure nette des importateurs nets de ce produit (graphique 1.25); enfin, un contexte financier moins favorable réduirait les apports de capitaux externes et nuirait à la croissance.

Graphique 1.25.Prix du pétrole et croissance du PIB en Afrique subsaharienne

(Variation annuelle en %) ($ EU/baril)

Sources: FMI, Perspectives de l’économie mondiale et base de données du Département Afrique.

  • Les estimations ont été fondées sur l’hypothèse d’un baril de pétrole à 100 dollars EU en 2008, au lieu de 75 dollars EU comme prévu dans l’édition d’octobre des Perspectives de l’économie mondiale. Cela amputerait de 0,2 à 1 point la croissance du PIB des pays d’Afrique subsaharienne, selon la structure et l’intensité énergétique de leur production (encadré 1.4).

  • Toutefois, l’évolution des cours des autres produits de base sera déterminante pour l’activité. Si la hausse des prix du pétrole s’accompagne d’un ralentissement chez les principaux importateurs de ces produits, l’Europe en particulier—principal partenaire commercial du sous-continent—, cela portera atteinte à la demande d’exportations en provenance d’Afrique subsaharienne, qui tire l’expansion de la région (graphique 1.26). On estime que toute baisse de 1 point de la croissance du PIB mondial diminue de ½ point environ celle du PIB de l’Afrique subsaharienne. Mais des délais entrent en jeu, et une partie du freinage mondial de 2008 ne se fera sentir qu’en 2009 sur l’expansion en Afrique subsaharienne.

  • Un retournement des flux d’investissements de portefeuille réduirait les financements externes et la croissance dans quelques pays. Néanmoins, étant donné la faiblesse relative de cette catégorie d’entrées de capitaux dans la plupart des pays subsahariens, l’incidence sera probablement limitée. Tant que la croissance mondiale se poursuit comme prévu, l’effet économique sur la région de la crise des marchés financiers devrait être modéré.

  • Un ralentissement mondial pourrait aussi peser sur les cours des produits de base et limiter leur faculté à compenser la progression des prix du pétrole. Un recul de 10 % des cours des produits de base hors combustibles serait susceptible de réduire d’à peu près 1,5 point le PIB de l’Afrique subsaharienne (graphique 1.27).

Graphique 1.26.Exportations et croissance en Afrique subsaharienne

(Variation annuelle en %)

Sources: FMI, Perspectives de l’économie mondiale et base de données du Département Afrique.

Encadré 1.4.L’effet sur l’Afrique subsaharienne de la hausse des prix du pétrole

L’ascension récente des prix des combustibles représente un nouveau défi pour les autorités des pays africains importateurs. Elle va sans doute diminuer la croissance du PIB, élever sensiblement l’inflation générale et dégrader les comptes extérieurs. La politique économique devra réagir en fonction du contexte propre à chaque pays, mais certains principes valent pour tous: en règle générale, il faut répercuter les hausses sur les utilisateurs internes; les importateurs nets de combustibles doivent trouver un dosage approprié d’ajustement et de financement; des mesures sociales seront sans doute nécessaires pour protéger les pauvres.

Depuis 2003, la plupart des pays d’Afrique subsaharienne autorisent très largement la répercussion du relèvement des cours des combustibles sur les prix de détail internes (voir graphique). Dans certains d’entre eux, le haut degré de répercussion sur les prix de l’essence au stade de la distribution découle en partie du recours à une fiscalité ad valorem, plutôt qu’à des taxes spécifiques, et de l’effet de la hausse des prix du fioul sur le coût du transport de produits pétroliers depuis les ports maritimes.

Répercussions des hausses de prix de l’essence, du kérosène et du diesel, 2003–07

(Ratio variation du prix de détail/variation du prix à l’importation)

Source: FMI, données des spécialistes de pays.

De 2003 à 2007, les pays importateurs de pétrole ont pu s’accommoder d’une augmentation moyenne de la facture pétrolière représentant 2 % du PIB; c’est notamment grâce à la montée parallèle des prix à l’exportation des produits de base non pétroliers. En moyenne, leurs termes de l’échange ne se sont pas dégradés (sauf pour certains).

Pour évaluer l’incidence sur le PIB de l’enchérissement du pétrole et des autres combustibles, on a procédé à des estimations, en faisant l’hypothèse que le cours du baril de brut soit de 100 dollars EU en 2008, au lieu du prix figurant dans les prévisions des Perspectives de l’économie mondiale d’octobre dernier:

  • Les estimations concernant tous les pays d’Afrique subsaharienne importateurs de pétrole ont été faites au moyen d’un simple modèle d’importation nette (UNDP/ESMAP 2005), afin de mesurer l’effet direct sur le PIB du renchérissement du pétrole. Ces estimations sont basées sur les prix réels du brut (déflatés par les prix à l’exportation des produits manufacturés des pays industriels). Les principaux paramètres du modèle sont l’intensité en pétrole de la production, le degré de financement et les changements d’efficience/substitutions de combustibles en réaction au relèvement des tarifs. Les estimations n’incluent pas d’effets indirects, comme ceux causés par la réduction du PIB de tous les pays importateurs nets, l’incidence des modifications de la politique monétaire ou les compensations pouvant découler de changements simultanés des cours des produits de base hors combustibles. La diminution de la croissance du PIB se situera probablement entre 0,2 et 1 point dans les pays d’Afrique subsaharienne.

  • Pour neuf pays, on a effectué des simulations au moyen du modèle «Projet d’analyse des échanges mondiaux» (GTAP) pour appréhender, à travers les liens input–output, les conséquences de l’adaptation des agents économiques à la hausse des prix du pétrole et les changements structurels. La taille des coefficients ne varie pas sensiblement, mais les simulations laissent penser que le comportement des cours des produits de base non pétroliers influera grandement sur la croissance des pays de la région.

Note: Cet encadré a été rédigé par Paulo Drummond et Yongzheng Yang.

Graphique 1.27.Croissance et prix des produits de base en Afrique subsaharienne

Source: FMI, base de données du Département Afrique.

Les pays de la région sont aussi exposés à des risques internes non négligeables (encadré 1.5). Bien que les conflits soient moins nombreux depuis quelques années, ils continuent à ravager la région du Darfour, au Soudan, et la corne de l’Afrique, tandis que la situation reste fragile en République démocratique du Congo. En Côte d’ivoire, le problème est de consolider la paix et le processus de réunification, tout en organisant des élections présidentielles libres. Au Kenya, les violences qui ont suivi les élections ont été préjudiciables à la confiance des investisseurs et au tourisme; elles pourraient aussi retarder l’aide des donateurs et les réformes structurelles nécessaires à la poursuite de la croissance récente. Les pays voisins ont été touchés: certains itinéraires de transit, notamment pour l’approvisionnement en pétrole, sont perturbés, ce qui aggrave encore une pénurie d’énergie déjà aiguë. Le conflit tchadien, avec ses aspects ethniques, régionaux et internationaux, a également des répercussions dans les pays voisins. Afin d’illustrer les incertitudes et les risques de la prévision centrale de croissance pour l’Afrique subsaharienne, la graphique 1.28 présente des intervalles de confiance qui se réfèrent à l’évaluation des risques mondiaux donnée par les Perspectives de l’économie mondiale. Ces marges d’erreur intègrent la dépendance de la croissance africaine à l’égard de l’expansion mondiale et sa volatilité dans le passé. Il en ressort qu’il existe à peu près une chance sur cinq de voir la croissance de l’AfSS glisser à moins de 5 % en 2008.

Graphique 1.28.Perspectives de croissance en Afrique subsaharienne1

Croissance du PIB réel

(En %)

Sources: FMI, Perspectives de l’économie mondiale et base de données du Département Afrique.

1 Zimbabwe inclus.

Quel est le degré de vulnérabilité de l’Afrique subsaharienne à une dégradation du contexte international?

En comparaison des années 90, de nombreux pays de la région sont moins sensibles aux fluctuations de la situation économique mondiale. De moindres déficits des paiements courants et des finances publiques, une inflation inférieure, un endettement réduit, des réserves de change accrues et des politiques économiques plus saines ont renforcé la résistance de la région aux chocs extérieurs.

Encadré 1.5.Conflits et instabilité politique en Afrique subsaharienne: répercussions sur la croissance et sur les pays voisins

Le coût économique et social des conflits peut être énorme. Selon Collier (1999), la croissance du PIB en période de guerre civile est inférieure de 2,2 points à celle du temps de paix. Certains coûts continuent à se faire sentir à long terme, notamment les conséquences dommageables pour la société de l’aggravation des divisions sociales, des déplacements de populations et des traumatismes psychologiques (IANSA, Oxfam, and Saferworld, 2007). Les conflits ont également des répercussions sur les pays voisins, à la fois humaines, sous forme d’un afflux de réfugiés, et économiques, sous forme de chocs (Clément, 2004).

Après une forte augmentation jusqu’en 1999, dans le sillage de la fin de la guerre froide, le nombre de pays de l’Afrique subsaharienne touchés par des conflits a fortement diminué. Dans beaucoup d’entre eux, le retour à la paix a réduit le besoin de dépenses militaires et permis d’affecter davantage de ressources au développement des capacités de production et au recul de la pauvreté (Knight, Loayza, and Villaneuva, 1996). En Angola, au Mozambique et au Rwanda, ce «dividende de la paix» a été à l’origine d’une accélération de la croissance, d’une modération de l’inflation et d’un redressement de la balance des paiements courants.

Croissance du PIB par habitant dans les pays de l’AfSS1

(En %)

Source: FMI, base de données des Perspectives économiques régionales.

1 Moyennes non pondérées.

Nombre de conflits par région, 1989–2005

Source: Université d’Uppsala, programme de données sur les conflits.

Ces évolutions encourageantes contrastent fortement avec la situation des pays qui sont encore en guerre. Le Tchad, par exemple, n’a réalisé qu’une croissance de 0,5 % en 2006 et de 1,7 % en 2007.

Depuis vingt ans, ce pays n’a connu que quatre années de paix. Dès lors, la lenteur du développement est le principal facteur économique des troubles, lesquels s’expliquent par la lutte pour le pouvoir et l’appropriation des rentes. Le conflit, qui a des aspects ethniques, régionaux et internationaux, a des retombées importantes en ce qui concerne les réfugiés. L’insécurité s’oppose à un usage efficace de la manne pétrolière, en raison du montant élevé des crédits militaires et du non-respect des principes d’une saine gestion budgétaire. Les événements récents, parmi lesquels une attaque rebelle d’envergure contre la capitale, illustrent ces faiblesses, que l’intensification de la lutte pour la mainmise sur les revenus pétroliers risque d’exacerber.

Mêmes s’ils ont habituellement des conséquences moins graves, les désaccords politiques peuvent aussi avoir un coût humain élevé et gêner le progrès économique, comme le montrent les événements récents au Kenya. Les violences déclenchées par une querelle relative aux résultats de l’élection présidentielle ont coûté plus de 1.000 vies humaines et entraîné le déplacement de plus de 300.000 personnes depuis la fin de 2007. La désorganisation initiale des circuits d’approvisionnement a entraîné des pénuries et des hausses de prix, non seulement dans une grande partie du Kenya, mais aussi dans certains pays voisins. La violence et l’insécurité qui s’en est suivie ont frappé de plein fouet l’activité touristique et d’autres secteurs de l’économie kényane. De ce fait, on prévoit pour 2008 une croissance très inférieure aux 7 % réalisés en 2007. Il en résulte un affaiblissement de la demande régionale et une augmentation des prix des importations provenant du Kenya dans les pays voisins, et cela au moment même où ceux-ci ressentent les effets du ralentissement de la demande mondiale et de l’enchérissement du pétrole.

Note: Cet encadré a été rédigé par Sekou Camara, Sukhwinder Singh et Yongzheng Yang.
  • La balance des paiements courants est souvent moins fragile, d’où une diminution des besoins de financement et un gonflement des réserves en devises. Plusieurs pays en détiennent suffisamment pour faire face à d’importants chocs commerciaux (graphique 1.29). En cas de ralentissement temporaire, leurs autorités auraient la possibilité d’amortir le choc et de lisser le processus d’ajustement. Cependant, les pays qui n’ont pas assez de réserves et dont le solde des paiements courants est très vulnérable auraient moins de marge de manœuvre.

  • Les ratios de dette extérieure ont tendance à diminuer, ce qui donne à plusieurs pays la possibilité de se financer à l’étranger. Ils doivent le faire avec prudence pour prévenir une nouvelle fragilisation. La viabilité de la dette demeure un point d’ancrage de leur stratégie macroéconomique.

  • On constate souvent un redressement des finances publiques; depuis quelques années, tant le solde global que le solde primaire s’améliorent nettement dans la plupart des pays. Néanmoins, ces progrès sont en partie d’ordre conjoncturel, et il n’est pas dit qu’ils seront durables.

Graphique 1.29.Couverture par les réserves des chocs sur les termes de l’échange en Afrique subsaharienne, 2007

(Réserves/PIB, 75 % des chocs sur les termes de l’échange

Source: FMI, base de données du Département Afrique.

Si beaucoup de pays de l’AfSS sont devenus plus résistants aux chocs, le degré de vulnérabilité varie sensiblement, et la région dans son ensemble souffrirait encore d’un tassement marqué de la demande extérieure et d’une dégradation des termes de l’échange. Des réponses appropriées de politique économique peuvent contribuer au maintien de l’expansion actuelle.

Comment les pays devraient-ils réagir à une concrétisation des risques de freinage?

Des mesures correctives pourraient modérer les effets de chocs externes, mais certains pays n’ont peut-être pas la possibilité d’assouplir leurs politiques monétaire et budgétaire dans l’hypothèse d’un affaiblissement marqué de l’activité. Les réactions, qui devront différer selon les cas, dépendront de plusieurs facteurs, dont l’importance et la nature du ralentissement et la situation de départ propre à chacun: inflation observée et anticipée, situation budgétaire et degré de vulnérabilité, mesuré notamment par le montant de la dette extérieure et des réserves de change. Face à l’incertitude, les pays devront adapter prudemment leur gestion pour être sûrs de préserver la stabilité macroéconomique durement acquise.

Si les risques d’une croissance inférieure se matérialisent, les pays ayant une inflation faible et stable ainsi que des finances publiques fondamentalement saines peuvent être en mesure de procéder à un assouplissement.

  • Une réaction prospective de la politique monétaire serait de nature à atténuer l’effet sur la production d’une dégradation de la demande. Si le ralentissement est temporaire, les pays disposant d’abondantes réserves en devises pourraient les utiliser pour amortir le choc. Ailleurs, une modification du taux de change contribuerait peut-être à rééquilibrer la croissance.

  • Les pays dont la situation des finances publiques est viable disposent éventuellement d’une marge pour mener une politique budgétaire anticyclique et laisser jouer les stabilisateurs automatiques. En revanche, ceux qui n’ont pas de latitude pour un assouplissement budgétaire risquent de devoir compenser au moins une fraction de l’effet des stabilisateurs. Pour décider du degré de relâchement, on devra apprécier si la dette publique constitue un frein, toute action discrétionnaire devant être bien ciblée et suivie ultérieurement de mesures en sens contraire, dans la mesure du possible.

Dans plusieurs pays, notamment les exportateurs de pétrole, le défi consistera à sauvegarder la stabilité macroéconomique face à des entrées croissantes de devises. Il leur faudra faire en sorte que l’économie puisse absorber efficacement un surcroît de dépense ainsi qu’inscrire les décisions de dépenser et d’épargner dans une perspective à moyen terme, qui tienne compte de la viabilité budgétaire à longue échéance. Au plan microéconomique, une meilleure gestion des finances publiques, couplée à une réforme du traitement budgétaire et des modalités d’application des projets d’investissements, permettrait de garantir que la dépense publique favorise la croissance et le recul de la pauvreté.

Défis à moyen terme: libérer le potentiel du secteur privé et réduire les charges des entreprises

Le principal problème à moyen terme de l’Afrique subsaharienne est d’accélérer l’expansion et d’atteindre les objectifs du Millénaire pour le développement (OMD). Bien que de plus en plus de pays bénéficient d’une croissance solide, quelques-uns seulement semblent bien placés pour diminuer de moitié la pauvreté à l’horizon de 2015. Malgré les progrès économiques constatés depuis le milieu de la décennie 90, le revenu réel par habitant est à peu près le même que vingt ans auparavant. Seule une progression soutenue du PIB par habitant peut permettre d’espérer une baisse du taux de pauvreté extrême dans l’ensemble de l’Afrique subsaharienne (41 % de la population en 2004)4. Il faut avancer dans la réalisation de plusieurs priorités de politique (on trouvera dans l’édition d’octobre 2007 des Perspectives économiques régionales un examen plus exhaustif des problèmes à moyen terme qui se posent aux pays d’Afrique subsaharienne). Dans cette section, nous mettons l’accent sur le développement du secteur privé; laisser s’exprimer son potentiel pour stimuler les investissements est l’un des principaux défis à cette échéance.

Dans les années à venir, les résultats économiques de l’Afrique subsaharienne dépendront dans une large mesure de la capacité des pays de la région à accélérer les réformes visant à améliorer le climat de l’investissement, à alléger les charges des entreprises (y compris les coûts liés aux infrastructures) et à renforcer la gouvernance.

On peut conclure d’indicateurs plurinationaux que le contexte dans lequel les investisseurs évoluent s’améliore à un rythme inégal en Afrique subsaharienne, même si celui-ci est encourageant dans quelques pays. Le Kenya et le Ghana montrent la voie avec des réformes de grande portée, qui touchent notamment au droit des affaires, aux procédures d’administration des biens et aux obligations pour l’octroi de licences. Dans la partie Sud de l’Afrique, plusieurs pays ont supprimé des obstacles réglementaires qui entravent le secteur privé, le mouvement étant mené par Madagascar, Maurice et le Mozambique (graphique 1.30).

Graphique 1.30.La pratique des affaires en Afrique subsaharienne, 2007

Source: Banque mondiale, Doing Business Indicators, 2008.

Nombre de pays africains ont renforcé les politiques qui déterminent le niveau de productivité, tel que le mesure l’indice global de compétitivité du World Economic Forum. Il s’appuie sur toute une série d’indicateurs pour beaucoup de pays et donne ainsi une mesure de la capacité de chacun à maintenir une croissance élevée. De tous les pays de l’Afrique subsaharienne, seule l’Afrique du Sud compte parmi les cinquante premiers (graphique 1.31).

Graphique 1.31.Indice de compétitivité de l’Afrique subsaharienne, 2007

Source: Rapport 2007–08 du World Economic Forum sur la compétitivité mondiale.

Des réformes récentes ont aussi permis d’améliorer la gouvernance dans quelques pays de l’AfSS, mais il reste beaucoup à faire (graphique 1.32). Les priorités sont de renforcer le système fiscal, d’établir des procédures budgétaires claires et exhaustives, de promouvoir la responsabilité et la transparence, de resserrer les contrôles budgétaires, d’améliorer la traçabilité de l’utilisation des recettes tirées de l’industrie minière et de développer les capacités administratives dans les États fragiles et dans ceux confrontés à de graves problèmes de gouvernance.

Graphique 1.32.Classement de l’Afrique subsaharienne pour la gouvernance, 2000–06

Source: Institut de la Banque mondiale, Indicateurs mondiaux de la gouvernance, 2000–06. Région AfSS, niveau de confiance à 95 %.

La bonne qualité des infrastructures est un facteur essentiel de la croissance, car le fonctionnement efficace de l’économie en dépend. Des routes, des chemins de fer, des ports et des transports aériens en bon état, des infrastructures de communication adéquates et un approvisionnement électrique fiable sont indispensables à un fonctionnement efficient du marché et au développement des exportations, ainsi que pour permettre aux communautés défavorisées d’avoir des activités économiques et des écoles. L’approvisionnement énergétique est devenu un goulet d’étrangement majeur dans la plupart des pays africains; comme on l’explique au chapitre IV, les autorités doivent peser soigneusement les choix à opérer, notamment en matière de réglementation et de prix, pour améliorer la situation et convaincre les marchés.

Le développement du secteur privé nécessite un accès aux marchés de capitaux qui permette de financer les investissements à partir de sources comme les prêts d’un système bancaire sain, l’appel à des marchés boursiers bien réglementés et le capital risque. En Afrique subsaharienne, les crédits bancaires au secteur privé représentent encore un faible pourcentage du PIB. Le développement financier de l’Afrique est au moins en partie tributaire du système juridique et de sa capacité à faire respecter les contrats (voir encadré 1.6).

Encadré 1.6.Les droits des créanciers en Afrique subsaharienne

Depuis une vingtaine d’années, les pays de l’Afrique subsaharienne procèdent à une libéralisation financière substantielle et progressent sur la voie de la stabilité macroéconomique. Pourtant, l’approfondissement des marchés financiers n’a toujours pas eu lieu. Ainsi, du début des années 80 à la fin de 2004, le crédit bancaire au secteur privé est passé d’une moyenne de 15,6 % du PIB à 15,1 % dans la région. Si l’on exclut les 15 pays dont le système financier a donné des signes de développement régulier, le ratio moyen a régressé de 17,2 % à 8,7 %. Cette évolution contraste avec le doublement du ratio dans l’Asie en développement (jusqu’à plus de 40 % du PIB) entre 1990 et 2004 et avec sa progression de quelque 50 % (pour atteindre plus de 20 % du PIB) en Amérique latine et dans les Caraïbes pendant la même période. Des éléments tangibles indiquent que les pays de l’Afrique subsaharienne pourraient progresser plus rapidement dans la financiarisation en renforçant les droits des créanciers et en effectuant des réformes pour faire partager davantage les informations relatives aux emprunteurs.

Plusieurs études ont mis l’accent sur les liens entre le développement financier et le système juridique qui peut faciliter l’exécution des contrats de crédit; elles ont analysé la nature de ces contrats sur la base de la théorie du pouvoir en matière de crédit (capacité à faire exécuter les contrats), des théories de l’information relatives au crédit et de l’origine légale des institutions (voir La Porta et al., 1998). Cette conception institutionnelle est confirmée par des données de fait. À partir de statistiques portant sur 149 pays, Djankov, McLiesh et Shleifer (2005) concluent, après avoir neutralisé les effets des facteurs macroéconomiques, que le système juridique a manifestement contribué à l’essor des marchés financiers. Galindo et Micco (2001) arrivent à des résultats similaires avec des régressions transversales sur les pays d’Amérique latine.

Dans le cadre du présent travail, les recherches empiriques de McDonald et Schumacher (2007), concernant les facteurs spécifiques qui influent sur l’intermédiation financière dans les pays de l’Afrique subsaharienne, font apparaître une forte corrélation entre le système juridique en place et le développement financier. En se servant de données de panel pour un échantillon de 37 pays, de 1983 à 2004, on aboutit au constat suivant: si la libéralisation financière et la stabilité macroéconomique favorisent l’approfondissement des marchés financiers, lorsque les mesures de libéralisation sont analogues, les pays où les droits des créanciers et le partage de l’information sont le plus poussés ont des systèmes financiers plus profonds. Cela montre que les institutions financières semblent plus désireuses d’accorder des crédits quand, en cas de défaillance, elles peuvent aisément faire respecter les contrats en obligeant au remboursement ou en saisissant les sûretés. Le montant des crédits aux entreprises et aux particuliers serait également supérieur si les institutions financières pouvaient mieux prévoir la probabilité de remboursement par les clients éventuels.

La principale leçon de ces résultats pour la politique économique est que les réformes du système financier devraient davantage donner la priorité à la protection des droits des créanciers. Cela implique non seulement de durcir la législation à tous les niveaux, mais aussi de créer des registres de propriété efficaces, d’encourager les enquêtes foncières et de réformer les tribunaux. Les États devraient aussi parrainer des organismes répertoriant les crédits, là où les «bureaux de crédit» privés ne semblent pas commercialement viables.

Note: Cet encadré a été rédigé par Liliana Schumacher.
Annexe 1.1
Tableau A1.1.Classement par catégorie des pays de l’Afrique subsaharienne
Pays exportateurs de pétrolePays à revenu moyenPays à faible revenuÉtats fragiles
AngolaAfrique du SudBéninBurundi
CamerounBotswanaBurkina FasoComores
Congo, Rép. duCap-VertÉthiopieCongo, Rép. dém. du
GabonLesothoGhanaCôte d’Ivoire
Guinée équatorialeMauriceKenyaÉrythrée
NigériaNamibieMadagascarGambie
TchadSeychellesMalawiGuinée
SwazilandMaliGuinée-Bissau
MozambiqueLibéria
NigerRép. Centrafricaine
OugandaSão Tomé-et-Príncipe
RwandaSierra Leone
SénégalTogo
TanzanieZimbabwe
Zambie
Note: Le Lesotho et le Cap-Vert ont droit à la FRPC.
Tableau A1.2.Déficits budgétaires primaires hors pétrole, 2002–07(En % du PIB hors pétrole)
200220032004200520062007
Angola83,369,961,160,950,352,6
Cameroun0,50,72,70,0−30,21,0
Gabon16,78,99,117,518,011,7
Guinée équatoriale41,247,581,783,292,275,3
Nigéria18,835,828,733,832,931,6
République du Congo40,232,133,634,458,761,1
Tchad2,43,24,35,214,819,3
Moyenne (non pondérée)29,028,331,633,633,836,1
Source: FMI, base de données du Département Afrique.Note: (−) indique un excédent.

Note: Ce chapitre a été rédigé par Calvin McDonald et Paulo Drummond.

À l’exclusion du Zimbabwe, la croissance a été de 6½ % environ en 2007. Dans la suite du chapitre, sauf mention spécifique, les indicateurs et chiffres ne tiennent pas compte de ce pays.

Les chiffres relatifs à la croissance du PIB présentés ici résultent de pondérations nationales calculées à partir des nouvelles données de parités de pouvoir d’achat publiées en décembre 2007 par le programme de comparaison internationale. Il en résulte une révision à la hausse de 0,3 point de la croissance de l’Afrique subsaharienne en 2007 par rapport aux estimations figurant dans l’édition d’octobre 2007 des Perspectives économiques régionales.

La typologie des pays est expliquée à l’encadré 1.1 de l’édition d’octobre 2007 des Perspectives économiques régionales de l’Afrique subsaharienne.

Avec les nouvelles pondérations nationales PPA, la prévision de croissance de l’Afrique subsaharienne en 2008 des Perspectives économiques régionales d’octobre 2007 aurait été de 7,5 %.

En utilisant des données d’enquête portant sur un échantillon de 19 pays à faible revenu, le Rapport de suivi mondial 2007 de la Banque mondiale estime que, dans les pays à faible revenu, une croissance de 1 point du PIB s’accompagne d’une baisse de 1,3 point de la population en situation de pauvreté extrême. Il s’agit de la proportion de la population qui vit avec moins de 1 dollar par jour.

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