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Analyse: renforcer les systèmes financiers

Author(s):
International Monetary Fund. European Dept.
Published Date:
November 2007
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Après une période soutenue d’intégration, d’innovation et de développement des circuits financiers, les récentes turbulences ont mis à rude épreuve les systèmes financiers européens. Si la transformation de ces systèmes a été globalement bénéfique, il reste toutefois une marge considérable d’efficience à exploiter et de nouveaux risques et défis à affronter. Dans cette conjoncture, il importe plus que jamais de renforcer les systèmes financiers. Chacun des chapitres qui suivent traite d’un domaine particulier de réforme prioritaire: les pays avancés doivent affiner l’efficience des systèmes financiers et consolider leur capacité d’adaptation; les pays émergents sur la voie de la convergence doivent gérer un développement rapide des circuits financiers; tous les pays émergents doivent s’atteler au développement soutenu de leurs systèmes financiers.

La rapidité de la financiarisation des pays émergents et les risques qui en découlent reçoivent aujourd’hui une grande attention, mais il ne faut pas perdre de vue que les pays avancés ont engagé un processus similaire d’expansion dès le milieu des années 90, ce qui au demeurant ne s’est pas produit sans risques (graphique 13). À l’évidence, plusieurs facteurs communs sont à l’œuvre, dont la modération ambiante des taux d’intérêt et la quête du rendement. Dans l’ensemble de l’Europe, les ménages ont eu plus aisément accès aux ressources financières, notamment par le biais du crédit immobilier. Les entreprises, quant à elles, ont rapidement accru leur financement de sources extérieures sous la forme de crédits ou de titres, surtout dans les pays avancés.

Graphique 13.Crédit bancaire au secteur privé en Europe, 1995–06

(En pourcentage du PIB)

Source: FMI, Statistiques financières internationales.

L’innovation financière a transformé la nature de l’intermédiation (graphique 14) et entraîné la prolifération des dérivés, des financements structurés et des produits titrisés. Ceci a, à son tour, élargi l’éventail de choix dans le rapport risque/rendement, et modifié la distribution des risques. Dans les pays avancés, les banques ont eu de plus en plus recours à ces innovations et ont ainsi produit des synergies entre intermédiation bancaire et intermédiation financière. Dans les pays émergents, les banques devraient rester centrées sur leurs métiers traditionnels, mais les concentrations issues de la pénétration d’établissements étrangers pourraient les inciter à adopter de nouveaux produits.

Graphique 14.Innovation financière en Europe, juin 1995–juin 2007

Source: European Securitization Forum et Revue trimestrielle de la Banque des réglements internationaux, tableau 23A.

1/ Principal notionnel en billions de dollars EU.

2/ Milliards d’euros.

L’intégration financière, elle aussi, a avancé à grands pas. Du fait de la persistance et de l’intensification des flux de capitaux transnationaux, les déficits (et les excédents) du solde des transactions courantes peuvent désormais être plus grands et plus durables qu’on ne pouvait l’imaginer par le passé. Qui plus est, le stock brut d’actifs et de passifs détenu par des non-résidents a augmenté plus vite que les flux nets (graphique 15), la concentration et l’expansion transnationales persistantes du système bancaire y étant pour beaucoup.

Graphique 15.Intégration financière en Europe, 1995–06

(Avoirs bruts détenus par des non-résidents; indice dollar EU, 1995 = 100)

Source: Lane and Milesi-Ferretti (à paraître).

Note: à l’exclusion des centres financiers (Irlande, Luxembourg, Royaume-Uni et Suisse).

En règle générale, l’évolution dynamique du système financier a des retombées positives. En permettant aux ménages d’accéder plus facilement au système financier, elle contribue au bien-être et permet de mieux diversifier et partager les risques. Une intermédiation financière efficace facilite l’affectation efficiente des ressources et accélère leur redéploiement d’un secteur à l’autre. Enfin, l’intégration financière encourage l’exportation de technologies et de compétences, et contribue à une meilleure gestion des risques et à une diminution de la volatilité macroéconomique. Cependant, ces retombées positives ne se sont pas réparties uniformément, car les systèmes financiers n’ont pas atteint le même stade de développement dans l’ensemble de l’Europe et leur intégration transnationale reste limitée. Un assouplissement et une plus grande intégration des secteurs des services financiers pourraient sensiblement accroître la productivité en Europe7.

De plus, comme l’ont montré les récentes turbulences provoquées par la crise des crédits immobiliers à surprime, il faut être en mesure de bien gérer les risques pour pouvoir mettre à profit l’innovation financière. Même s’ils ne sont pas à la pointe de l’innovation, les systèmes financiers peuvent aggraver les rigidités et les distorsions, et accroître le coût des erreurs de politique économique. En outre, lorsque l’intégration financière est plus poussée, l’onde de choc des phénomènes exogènes peut se propager plus rapidement et plus intensément par-delà les frontières.

Pour recueillir les fruits du développement financier sans encourir trop de risques, les pays avancés et émergents d’Europe doivent renforcer davantage leurs systèmes financiers. Sans perdre de vue que tous les pays n’ont pas atteint le même stade de développement financier, les chapitres qui suivent se centrent sur trois axes prioritaires de réforme:

  • Le chapitre 1, ≪Réglage des systèmes financiers dans les pays avancés≫, examine ce que doivent faire les pays avancés pour mieux exploiter leurs circuits financiers et en tirer une plus grande efficience tout en préservant la résilience du système financier. Il passe en revue les atouts économiques des systèmes financiers qui offrent le plus d’options de financement et aborde les réformes à mettre en œuvre pour les faire avancer dans la bonne direction. Il signale par ailleurs les principaux risques qui en découlent et la riposte qui devrait être celle des pouvoirs publics.
  • Le chapitre 2, ≪Gérer la financiarisation rapide des pays émergents d’Europe≫, montre en quoi les circuits financiers ont contribué à la convergence économique des pays émergents et les aspects du système financier qui influent sur la viabilité de ce processus. Le chapitre ébauche des politiques propres à gérer de manière sûre l’expansion liée à la convergence et à préparer les pays émergents à un redéploiement sans heurts des ressources productives vers le secteur des biens échangeables.
  • Le chapitre 3, ≪Poursuivre le développement financier dans les pays émergents d’Europe≫, dresse un état des lieux du système financier des pays émergents, recense les facteurs qui contribuent au développement financier et décrit les chantiers en cours. Il complète le chapitre précédent, en ce sens que bon nombre de ses recommandations rejoignent l’objectif d’une bonne gestion d’une financiarisation rapide.

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