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II. Évolution en 2006 et perspectives pour 2007

Author(s):
International Monetary Fund. African Dept.
Published Date:
April 2007
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Évolution de la situation en 2006

En 2006, la croissance économique est restée soutenue en Afrique subsaharienne: elle s’est établie à 5,4 %, après avoir progressé de 6 % en 2004 et 2005 (tableau 2.1). La croissance s’est ralentie dans les pays exportateurs de pétrole en raison des obstacles temporaires auxquels s’est heurtée la production de pétrole (graphique 2.1). L’investissement intérieur, l’augmentation de la productivité et, dans une moindre mesure, la consommation des administrations publiques ont de plus en plus contribué à stimuler la croissance, ces facteurs ayant plus que compensé la diminution de la contribution de la consommation privée (graphique 2.2)1. La hausse des recettes pétrolières et l’allégement de la dette ont été propices à une augmentation des dépenses publiques. Le récent raffermissement de l’investissement augure bien de la croissance future, car il touche l’ensemble de la région, c’est-à-dire aussi bien les pays importateurs de pétrole que les PPP.

Tableau 2.1.Afrique subsaharienne—Principaux indicateurs, 2002–07
EstimationProjections actuelles
200220032004200520062007
Variation en pourcentage
PIB réel3,54,06,06,05,46,7
dont:exportateurs de pétrole14,47,38,77,95,611,6
importateurs de pétrole3,33,15,25,45,35,2
PIB réel hors pétrole3,83,35,55,76,47,4
Prix à la consommation (moyenne)29,99,76,18,17,27,1
dont:exportateurs de pétrole18,817,012,513,27,76,6
importateurs de pétrole27,67,74,36,77,17,3
PIB par habitant1,52,04,14,03,44,7
En pourcentage du PIB
Exportations de biens et services32,433,836,039,342,140,6
Importations de biens et services32,833,334,635,938,839,6
Épargne intérieure brute15,518,621,022,223,221,5
Investissement intérieur brut16,418,719,319,220,421,4
Solde budgétaire (dons compris)-2,7-2,2-0,41,54,1-0,1
dont:dons1,51,61,51,51,41,3
Compte courant (dons compris)-3,3-2,5-1,8-0,6-0,6-1,7
dont:exportateurs de pétrole-8,0-3,62,58,010,67,4
Termes de l’échange (variation en %)1,01,12,78,59,8-5,1
dont:exportateurs de pétrole5,31,07,828,114,8-10,0
importateurs de pétrole-0,51,20,8-0,76,0-1,5
Réserves (en mois d’importations)34,44,14,95,36,26,8
Pour mémoire:
Prix du pétrole (dollars EU par baril)25,028,937,853,464,360,8
Croissance des importations des pays développés (en %)2,64,19,16,17,44,7
Croissance du PIB réel dans les autres régions
Afrique subsaharienne (définition des Perspectives)43,74,26,06,05,76,8
Pays asiatiques en développement7,08,48,79,29,48,8
Moyen-Orient3,96,55,65,45,75,5
Communauté des États indépendants5,37,98,46,67,77,0
Sources: FMI, bases de données du Département Afrique et des Perspectives de l’économie mondiale.Note: Données en date du 29 mars 2007. Moyenne arithmétique des données nationales, pondérées en fonction du PIB.

Graphique 2.1.Afrique subsaharienne—Croissance du PIB réel

(en pourcentage)

Source: FMI, base de données du Département Afrique.

Graphique 2.2.Afrique subsaharienne—Contribution à la croissance du PIB

(en pourcentage)

Source: FMI, base de données du Département Afrique.

En 2006, la conjoncture mondiale a été favorable à l’Afrique subsaharienne. La croissance économique soutenue qui a prévalu dans la plupart des régions du monde a stimulé la demande de produits d’exportation subsahariens. La demande mondiale de combustibles et d’autres produits de base s’est révélée particulièrement forte et les cours de ces produits ont augmenté durant la majeure partie de l’année, ce qui a entraîné une amélioration des termes de l’échange de l’Afrique subsaharienne, notamment en ce qui concerne les PPP. Les termes de l’échange se sont même globalement améliorés pour les pays importateurs de pétrole, seulement le tiers d’entre eux ayant souffert d’une détérioration dans ce domaine. La dépréciation du dollar EU a atténué les effets du renchérissement du pétrole dans un grand nombre de pays.

Dans le passé, l’Afrique subsaharienne a tiré avantage des booms des produits de base, mais ces phénomènes ont été suivis de longues et douloureuses périodes d’ajustement qui ont éliminé la majeure partie des progrès enregistrés précédemment en matière de croissance. Cette foisci, les dépenses sont étayées non seulement par l’augmentation des recettes tirées des produits de base, mais aussi par l’allégement de la dette; de surcroît, la croissance semble s’appuyer, dans la plupart des pays, sur des politiques macroéconomiques plus prudentes qui la rendent plus durable. Ce changement est particulièrement évident dans les pays enclavés pauvres en ressources naturelles, dans lesquels la croissance a dépassé, durant les trois dernières années, celle des pays côtiers et des pays non pétroliers ayant un PIB à forte composante de ressources naturelles2. Le ralentissement de l’inflation a eu pour effet d’accroître les ressources réelles à la disposition du secteur privé, ce qui a entraîné une augmentation de l’épargne intérieure.

La croissance du revenu par habitant a dépassé 3 % en 2006, contre 4 % durant les deux années précédentes3. Il reste maintenant à faire en sorte que la croissance s’accélère et s’étende à toute la région, afin de permettre la réalisation de l’OMD relatif à la pauvreté monétaire. À l’heure actuelle, une demidouzaine seulement de pays semble en mesure d’atteindre cet objectif. Les statistiques limitées dont on dispose sur la pauvreté dans 19 pays durant la période 1984–2004 montrent que la croissance économique est un élément clé de la lutte contre la pauvreté (encadré 2.1). Les expériences nationales indiquent aussi que la croissance, pour pouvoir faire reculer la pauvreté, doit s’accompagner de politiques de distribution ciblées4. L’Afrique subsaharienne est globalement en retard pour l’ensemble des OMD même si certains pays de la région accomplissent de rapides progrès. Six des sept pays en développement affichant les meilleurs taux d’achèvement d’études primaires sur la période 2000–05 se trouvent en Afrique subsaharienne, de même que cinq des dix pays qui ont le plus progressé dans l’amélioration de l’accès à l’eau potable et aux installations d’assainissement.

Encadré 2.1.Tendances en matière de pauvreté et d’inégalité en Afrique subsaharienne

La capacité des pays à maintenir une croissance soutenue et à mettre en œuvre des politiques de distribution efficaces déterminera dans une large mesure si l’Afrique subsaharienne sera en mesure de réduire la pauvreté de moitié d’ici 2015. Selon les données d’enquêtes menées auprès des ménages de 19 pays subsahariens, les pays ayant enregistré une croissance réelle par habitant supérieure à 1 % entre les enquêtes ont réduit la proportion de leur population dont le revenu est inférieur à un dollar par jour—hormis le Botswana et le Lesotho, dont les inégalités de revenu sont les plus élevées de la région (graphique)1. Ces enquêtes étant antérieures à la récente accélération de la croissance en Afrique subsaharienne, on ne connaît pas encore les effets de cette amélioration sur la pauvreté. Au vu des statistiques nationales sur la pauvreté tirées d’un sous-échantillon, il semble que la pauvreté urbaine a plus de chances de baisser que la pauvreté rurale sous l’effet d’une croissance par habitant soutenue. Ceci peut être dû en partie à la difficulté d’évaluer la pauvreté et la croissance, le secteur urbain et le secteur formel se chevauchant dans de nombreux pays. Le Mozambique, où la pauvreté rurale a davantage diminué que la pauvreté urbaine, constitue une exception notable.

Corrélation entre la croissance réelle par habitant et la variation de la pauvreté

Source: Banque mondiale, base de données PovCal Net; Les indicateurs de développement dans le monde, 2006.

Note. Variation de la pauvreté: diminution ou augmentation de la proportion de la population dont le revenu est inférieur à un dollar par jour. Croissance: croissance réelle moyenne par habitant entre les années prises en compte dans l’enquête.

Les inégalités se sont atténuées dans près de la moitié des pays inclus dans l’échantillon, mais elles se sont aggravées dans les autres États, alors que certains d’entre eux étaient partis d’un niveau d’inégalité déjà élevé. Mesuré par l’indice de Gini, le schéma de répartition des revenus qui prévaut au Botswana, au Lesotho et en Afrique du Sud est l’un des moins égalitaires de la région2. Les analystes expliquent les inégalités d’Afrique subsaharienne par des facteurs historiques, la persistance de structures sociopolitiques hiérarchiques et le fractionnement ethnique (Milanovic, 2003). Dans les pays de la région ayant un indice de Gini élevé, la part de la consommation du quintile le plus riche a augmenté et celle du quintile le plus pauvre a diminué, tandis que la part des classes moyennes (du quatrième au sixième décile)—qui a diminué ou est restée inchangée d’une enquête à l’autre—se situait à un des niveaux plus bas de la région. Il est possible que ce type de répartition ait entravé l’émergence d’une classe moyenne suffisamment importante pour encourager l’investissement étranger et intérieur dans la région.

Les politiques publiques peuvent contribuer davantage à la lutte contre la pauvreté et à l’amélioration de la répartition des revenus. Les effets des transferts publics en nature, tels que les dépenses de santé et d’éducation, sont particulièrement faussés en Afrique subsaharienne. Le quintile le plus riche bénéficie de 32 % des dépenses d’éducation, alors que le pourcentage n’est que de 13 % pour le quintile le plus pauvre (Chu, Davoodi et Gupta, 2004; Davoodi, Tiongson et Asawanuchit, 2003). En 2000, l’Afrique du Sud est parvenue, en redirigeant ses dépenses sociales vers les pauvres, à ramener son indice de Gini avant impôts et transferts de 0,57 (un des niveaux les plus élevés au monde) à 0,35, ce qui constitue une amélioration sensible par rapport à 1993, lorsque les dépenses sociales du pays étaient considérées comme relativement neutres (Afrique du Sud, 2003).

Note: Cet encadré a été préparé par Smita Wagh.1L’analyse repose sur les données d’enquêtes menées auprès des ménages et publiées entre 1984 et 2004. La disponibilité des données a gouverné le choix des pays et des années utilisés à des fins de comparaison (les années et les pays couverts figurent au tableau A1 de l’appendice I); la cohérence et la comparabilité des enquêtes auprès des ménages ne sont pas nécessairement fiables au fil du temps. Sauf indication contraire, les données relatives à la pauvreté se rapportent au seuil de pauvreté d’un dollar par jour; l’utilisation de mesures nationales aurait réduit la taille de l’échantillon.2On calcule le coefficient de Gini en divisant la zone située entre la courbe de Lorenz (représentant les parts de revenu cumulatives d’une population) et la diagonale à 45° par l’ensemble de la zone située sous la ligne à 45°. Une valeur nulle correspond à une égalité totale, alors que la valeur 1 représente une inégalité maximale.

L’inflation est restée modérée dans la région grâce à la mise en œuvre de politiques macroéconomiques prudentes et à de bonnes récoltes. Globalement, l’inflation (Zimbabwe non compris) est passée de 8,1 % en 2005 à 7,2 % en 2006 (graphique 2.3), bien que la hausse des cours pétroliers internationaux ait été répercutée sur les acheteurs intérieurs dans de nombreux pays5. L’inflation s’est fortement ralentie dans les PPP en raison de la stabilisation des prix en Angola et au Nigéria. Par ailleurs, le Nigéria, comme de nombreux autres pays, a bénéficié de bonnes récoltes qui ont facilité son approvisionnement alimentaire. À quelques exceptions près, le financement bancaire du déficit budgétaire a été négligeable et la politique monétaire d’un certain nombre de pays a réagi rapidement aux pressions inflationnistes.

Graphique 2.3.Afrique subsaharienne—Inflation, 2000–06

(en pourcentage)

Source: FMI, base de données du Département Afrique.

1 Zimbabwe non compris.

La demande mondiale, notamment la demande de produits de base, a contribué à améliorer la position extérieure de nombreux pays d’Afrique subsaharienne. Les recettes tirées de la hausse des cours par les pays exportateurs de pétrole ont plus que compensé le ralentissement de la production (graphique 2.4). Le renchérissement des produits de base autres que les combustibles a contrebalancé les effets de la hausse des prix des combustibles sur les pays importateurs de pétrole; en 2006, en fait, les termes de l’échange de ces pays se sont améliorés de 6 %. À la fin de 2006, l’évolution de la situation était particulièrement favorable aux pays exportateurs de produits de base autres que les combustibles, leurs prix à l’exportation restant relativement soutenus alors que les cours pétroliers baissaient. Le compte des transactions courantes (dons inclus) de l’Afrique subsaharienne était essentiellement en équilibre. Grâce à un afflux massif de capitaux (voir ci-dessous), la situation des réserves des pays subsahariens s’est nettement améliorée; même les pays importateurs de pétrole (à l’exception de l’Afrique du Sud) ont augmenté légèrement, en moyenne, le taux de couverture de leurs importations, qui est passé à 4,5 mois (graphique 2.5).

Graphique 2.4.Afrique subsaharienne—Prix des produits de base

(indice 2003 = 100)

Sources: FMI, prix des produits de base; et Comtrade (ONU).

1Cacao, café, sucre, thé et bois, pondérés en fonction des exportations de l’AfSS.

Graphique 2.5.Afrique subsaharienne—Réserves de change

Source: FMI, base de données du Département Afrique.

1Afrique du Sud non comprise.

Sous l’effet du boom mondial des produits de base, l’Asie et les États-Unis sont devenus des partenaires commerciaux majeurs de l’Afrique subsaharienne (graphique 2.6). Certes, l’Union européenne demeure le principal partenaire commercial de la plupart des pays de la région, mais la poussée des exportations de combustibles et d’autres produits de base en dehors de l’Union européenne, conjuguée à la hausse des exportations de textile aux États-Unis grâce à l’AGOA, a modifié la structure des exportations subsahariennes. Le chapitre IV analyse l’évolution de ces exportations et examine les politiques nécessaires à la poursuite de l’intégration de la région dans l’économie mondiale. Les technologies de la communication et de l’information peuvent aider les pays subsahariens à abaisser leurs coûts et accroître leur productivité. Ainsi, l’utilisation accrue du téléphone cellulaire a facilité l’accès aux services financiers et favorisé l’expansion des circuits financiers. S’il est vrai que l’accès à ces technologies reste, en Afrique subsaharienne, bien inférieur à la moyenne mondiale, la région rattrape progressivement son retard (encadré 2.2).

Graphique 2.6.Afrique subsaharienne—Ventilation des exportations

(en pourcentage des exportations totales)

Source: FMI, Direction of Trade Statistics.

Note: Les données de 2006 sont en date de septembre.

La dette extérieure de l’Afrique subsaharienne a continué de diminuer en 2006 en raison de l’allégement global de la dette mis en œuvre dans le cadre de l’initiative renforcée en faveur des pays pauvres très endettés (PPTE), de l’initiative d’allégement de la dette multilatérale (IADM) et de l’accord du Club de Paris avec le Nigéria. Pour ces raisons et du fait de la forte croissance des PIB, la dette de l’Afrique subsaharienne (Afrique du Sud non comprise) a baissé de 18 points de pourcentage pour tomber à 24 % du PIB (graphique 2.7). La dette du Nigéria envers les créanciers du Club de Paris a été réduite de 18 milliards de dollars6. Seize pays subsahariens ont reçu de la part du FMI un allégement de dette de 3,0 milliards de dollars au titre de l’IADM. Parmi ces pays figurent le Cameroun, qui a atteint, en avril, son point d’achèvement dans le cadre de l’initiative PPTE, ainsi que le Malawi et la Sierra Leone, qui ont atteint le leur respectivement en août et décembre. Huit autres pays d’Afrique subsaharienne pourraient être admis à bénéficier d’un allégement au titre de l’IADM lorsqu’ils atteindront le point d’achèvement de l’initiative PPTE7.

Graphique 2.7.Afrique subsaharienne—Dette extérieure, 2000–06

(créanciers officiels, en pourcentage du PIB)

Source: FMI, base de données du Département Afrique.

Encadré 2.2.Technologies de l’information et de la communication en Afrique subsaharienne

La généralisation des technologies de l’information et de la communication a permis ou facilité une métamorphose de l’économie mondiale, caractérisée par des changements dans la localisation de l’activité économique, la fragmentation accrue du processus de production et l’émergence de nouvelles formes d’échanges commerciaux, notamment dans les services. L’accès aux services de communication est certes encore relativement limité en Afrique en comparaison d’autres régions, mais le continent comble rapidement son retard—en matière de téléphonie cellulaire, par exemple, le marché africain est l’un des marchés qui connaissent la plus forte expansion—, ce qui créé des débouchés tant pour le commerce extérieur que pour les entreprises nationales. L’intensification du capital liée la technologie de l’information (TI) aurait accru la croissance du PIB subsaharien d’environ 0,2 point de pourcentage par an sur la période 1991–2005, soit un surcroît cumulé de croissance de 3 % du PIB. Cela correspond à environ la moitié de l’incidence des investissements en TI sur la croissance des pays de l’OCDE.

AfSS—Abonnements aux services de télécommunications, comparé à la moyenne mondiale

Source: calculs des auteurs à partir des statistiques de l’Union internationale des télécommunications.

L’accès aux services de communication s’est nettement amélioré en Afrique subsaharienne durant les dix dernières années (graphique). Les abonnements aux services de téléphonie cellulaire ont augmenté de 60 % par an entre 1994 et 2004, tandis que les services de téléphonie fixe augmentaient de seulement 6 % par an. De ce fait, l’accès aux services de communication en Afrique subsaharienne a quasiment doublé entre 1991 et 2004 par rapport à la moyenne mondiale (pour atteindre 19 %). Le nombre d’utilisateurs de services Internet a également fortement augmenté, au point d’atteindre 14 % de la moyenne mondiale.

S’il est vrai que le PIB par habitant semble être un déterminant essentiel de l’accès aux technologies de l’information et de la communication, les politiques et la réglementation intérieures importent aussi. Ainsi, la qualité du cadre réglementaire joue un rôle dans ce domaine, tandis que l’intensification de la concurrence entre prestataires de services tend à faire baisser les prix et élargit les zones desservies par les services de téléphonie cellulaire. Un marché de téléphonie mobile plus concurrentiel, en outre, contribue à faire reculer les prix des services de téléphonie fixe.

Note: Cet encadré a été préparé par Markus Haacker; voir aussi Haacker (2007a et 2007b).

La montée en puissance de l’aide promise au Sommet de Gleneagles doit encore se matérialiser. Les dons officiels aux pays subsahariens (Nigéria et Afrique du Sud non compris) sont restés inchangés en 2006, à 2,7 % du PIB—soit approximativement le niveau moyen des dix dernières années. L’accroissement des dons dans le cadre de l’IADM a été contrebalancé par la réduction des décaissements en faveur de l’Éthiopie, du Rwanda, du Niger, du Burundi et de certains pays en phase de stabilisation avancée, tels que l’Ouganda et la Tanzanie8. Le montant total de l’aide publique au développement (APD) bilatérale en faveur de l’Afrique subsaharienne a augmenté de plus de 30 % en termes réels en 2005, mais cette hausse était presque entièrement due à l’accord du Club de Paris avec le Nigéria et à un modeste accroissement de l’aide d’urgence. Si l’on fait abstraction de l’allégement de la dette du Nigéria, les flux d’APD au profit de l’Afrique subsaharienne sont restés essentiellement inchangés depuis 2003 (graphique 2.8). En revanche, des créanciers émergents, tels que la Chine, ont accru leur aide financière à la région, que ce soit sous forme de prêts, de dons, d’allégements de dette ou d’investissements directs. Ce surcroît de ressources est le bienvenu dans le cadre de l’accroissement de l’aide de la communauté internationale. Il importe toutefois que les conditions et le volume de cette aide soient compatibles avec la viabilité de la dette à long terme. Il faut aussi que cette aide soit dispensée de façon transparente et conforme aux priorités nationales des pays bénéficiaires, telles qu’elles sont formulées dans leurs documents de stratégie pour la réduction de la pauvreté (DSRP).

Graphique 2.8.AfSS—Composition de l’aide publique nette au développement

(en milliards de dollars EU constants de 2004)

Source: OCDE, CAD-APD. Données en date du 15 janvier 2007.

Le gonflement des recettes pétrolières et l’accroissement des entrées de capitaux ont entraîné une appréciation du taux de change réel de nombreux pays. Fin 2006, les recettes pétrolières avaient provoqué une appréciation de plus de 3 % du taux de change réel des pays exportateurs de pétrole (graphique 2.9). S’agissant des pays importateurs de pétrole, on retiendra deux phénomènes notables: 1) la dépréciation de 14½ % enregistrée en Afrique du Sud et une dépréciation de moindre ampleur en Namibie; 2) l’appréciation réelle de près de 250 % survenue au Zimbabwe. Si l’on exclut l’Afrique du Sud et le Zimbabwe, les taux de change réels des pays importateurs de pétrole sont restés globalement stables. En Éthiopie, au Kenya, à Madagascar (entre autres), les taux de change réels se sont appréciés de plus de 5 %. Hormis dans le cas du Kenya, cette appréciation était due à des facteurs tels que l’augmentation des dépenses, de l’aide et des exportations de produits de base autres que les combustibles. Au Kenya, l’appréciation résultait de la hausse des recettes du tourisme, des envois de fonds et des entrées de capitaux.

Graphique 2.9.Afrique subsaharienne—Taux de change effectif réel

(Indice, janvier 2004 = 100)

Source: FMI, Système des avis d’information.

1Afrique du Sud et Zimbabwe non compris.

Les pays dont le taux de change réel s’apprécie doivent faire montre de vigilance face au risque de syndrome hollandais. L’appréciation du taux de change réel constitue un problème croissant pour les exportateurs et importateurs de produits de base, problème nourri par le gonflement des recettes tirées des produits de base, l’accroissement de l’aide et l’augmentation des entrées de capitaux, ainsi que par la hausse des dépenses. Les responsables de la politique macroéconomique doivent chercher à réduire le risque de syndrome hollandais en s’efforçant notamment d’améliorer la coordination des politiques budgétaires et monétaires, d’accroître la productivité et de renforcer l’offre au sein de leur économie en encourageant l’activité du secteur privé et en libéralisant le commerce extérieur9.

L’intérêt des investisseurs a été stimulé par la forte croissance de la région, le boom des produits de base et l’allégement global de la dette. Les investissements directs étrangers (IDE) nets, Afrique du Sud non comprise, ont presque doublé depuis 2002 pour atteindre un montant annuel de 18 milliards de dollars en 200610. Les pays ayant un PIB à forte composante de ressources naturelles (principalement les pays producteurs de pétrole) ont reçu près des quatre cinquièmes des IDE, mais les pays pauvres en ressources (à l’exception de l’Afrique du Sud) ont eux aussi bénéficié d’une hausse des investissements. L’intérêt des investisseurs se reflète aussi dans l’activité des fonds d’arbitrage et des investisseurs institutionnels sur les marchés obligataires en monnaie nationale. Le Nigéria a reçu environ 1 milliard de dollars de flux au premier semestre 2006 et l’on a observé aussi des entrées substantielles au Ghana, au Kenya, en Ouganda et en Zambie (graphique 2.10). Les investisseurs ont été attirés par le niveau élevé des rendements par rapport aux risques perçus, l’amélioration des paramètres économiques fondamentaux et la diversification des avantages11. Même si l’amélioration du sentiment des investisseurs se justifie par le relèvement de la notation de la dette souveraine de l’Afrique subsaharienne (encadré 2.3), la plupart des pays de la région doivent encore procéder à d’importantes réformes structurelles, en vue notamment de renforcer leur cadre institutionnel, afin de se doter de marchés obligataires performants et d’améliorer leur capacité à gérer la dette nationale (chapitre V).

Graphique 2.10.AfSS—Volume des transactions sur le marché de la dette

(en milliards de dollars EU)

Source: EMTA; et FMI, Financial Market Update.

La sécurité alimentaire s’est améliorée grâce aux bonnes récoltes de 2006. On estime que la production africaine de céréales a augmenté durant la saison agricole 2006, plusieurs pays d’Afrique de l’Ouest et d’Afrique australe ayant réalisé des récoltes exceptionnelles. Toutefois, de sévères inondations et les épidémies menacent la sécurité alimentaire de l’Afrique de l’Est, notamment dans certaines régions d’Éthiopie, du Kenya et d’Ouganda. Les conflits et les mouvements de réfugiés compromettent la sécurité alimentaire du Tchad et de la République Centrafricaine. Au Zimbabwe, l’accélération de l’inflation, la pénurie de devises et les insuffisances de la politique agricole—en particulier les distorsions de prix et l’insécurité suscitée par le régime foncier—mettent la sécurité alimentaire en péril, notamment dans les zones rurales. Globalement, on estime qu’environ 18 millions de personnes sont menacées par la famine en Afrique subsaharienne. Il est de plus en plus reconnu, en outre, que les changements climatiques causés par les émissions de gaz à effets de serre risquent de provoquer davantage d’inondations et de sécheresse en Afrique subsaharienne (encadré 2.4).

Le taux d’incidence du VIH semble s’être stabilisé à un niveau élevé dans la plupart des pays d’Afrique subsaharienne12. Le nombre d’habitants de la région infectés par le virus du sida a atteint 24,7 millions en 2006, soit les deux tiers environ du total mondial et une augmentation de 2,3 % par rapport à 2004. Toutefois, la population ayant elle aussi augmenté, le taux d’incidence parmi les adultes âgés de 15 à 49 ans est passé de 6,0 % en 2004 à 5,9 % en 2006. Plus d’un million de personnes avaient bénéficié de traitements antirétroviraux au milieu de l’année 2006 (dix fois plus qu’à la fin de 2003), mais les traitements ne touchent que le quart des personnes nécessitant des soins. La mortalité due au sida continue d’augmenter dans la région et le nombre d’orphelins s’accroît rapidement (ils étaient 12 millions en 2005)13. La pandémie du VIH continue de pénaliser lourdement la région tant socialement qu’économiquement et compromet les efforts qu’elle déploie pour réduire la pauvreté et progresser dans la réalisation des ODM.

Encadré 2.3.Allégement et notation de la dette en Afrique subsaharienne

Le nombre de pays d’Afrique subsaharienne notés par les agences internationales de notation s’est accru ces dernières années. En 2006, grâce au financement fourni dans le cadre de deux initiatives pilotées par les bailleurs de fonds, Standard and Poor’s (S&P) a noté 14 pays, dont l’Afrique du Sud (graphique de gauche), tandis que Fitch en avait noté 12 à la fin septembre 2006 (graphique de droite)1. Les notations d’emprunteurs souverains reposent sur des critères tels que l’endettement extérieur et intérieur, la viabilité des politiques macroéconomiques, le degré de développement, le secteur financier et la stabilité politique, la transparence des opérations des administrations publiques et la qualité des institutions nationales.

La notation médiane attribuée aux pays subsahariens, à l’exclusion de l’Afrique du Sud, est la notation B, cote bien inférieure à la notation correspondant à une signature de bonne qualité (investment grade) (voir graphiques). Fitch, par ailleurs, a noté deux zones monétaires dont la monnaie est rattachée à l’euro, l’UEMOA et la CEMAC, auxquelles l’agence a attribué un BBB-, soit une cote de bonne qualité (investment grade), rendue possible essentiellement par l’appui de la France, inscrit dans les accords de la zone.

AfSS—Notation moyenne des emprunteurs souverains, 2002–061

Source: www.fitchratings.com

1Le nombre de pays notés est indiqué entre parenthèses en dessous de chaque année.

AfSS—Notation des emprunteurs souverains par catégories, 2006

Source: Standard and Poor’s, ‘Report Card: African Sovereigns’, 25 avril 2006.

Les agences de notation considèrent les allégements de dette accordés dans le cadre de l’initiative PPTE et de l’IADM comme des restructurations volontaires de la dette, et non comme un défaut de paiement sélectif, puisque les débiteurs n’en ont pas pris l’initiative2. Ces initiatives ont abaissé la dette extérieure des pays concernés à des niveaux correspondant à l’endettement de pays dotés d’une notation B- ou même BB-. L’allégement, toutefois, n’a pas entraîné par lui-même un relèvement immédiat des notations, même s’il a amélioré les perspectives de certains pays. Il donne en effet à ces pays l’occasion d’accéder aux marchés des capitaux internationaux (Ghana, Sénégal et, dans une moindre mesure, Bénin, Burkina Faso, Mozambique et Mali) du moment que les fonds empruntés contribuent à stimuler la croissance et que la viabilité de la dette est assurée3. Quant aux autres pays, ils devront continuer de recourir aux financements concessionnels même après l’IADM. Selon les agences de notation, cependant, même les pays qui réalisent de bons résultats doivent faire preuve de prudence dans leurs emprunts et s’assurer que leur stratégie en la matière s’appuie sur la mise en œuvre permanente de politiques macroéconomiques avisées, afin de ne pas gaspiller les avantages procurés par une viabilité de la dette acquise de haute lutte.

Note: Cet encadré a été préparé par Piroska M. Nagy.1Les premières notations des pays d’Afrique subsaharienne furent subventionnées par le Programme des Nations Unies pour le développement (PNUD) et par la U.S. Agency for International Development (USAID).2Voir les notations de l’agence Fitch, Republic of Ghana (25 avril 2006), et le document intitulé Sub-Saharan Africa – 2006 Outlook (mai 2006).3Voir Standard & Poor’s, Filling the Funding Gap for African Sovereigns After Debt Relief (avril 2006), et le document intitulé Report Card: African Sovereign (avril 2006).

Encadré 2.4.Conséquences macroéconomiques des changements climatiques en Afrique subsaharienne

Les scientifiques s’accordent à penser que le réchauffement de la planète a déjà commencé et se poursuivra pendant des siècles (Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat, 2001). Certaines constatations montrent nettement que la température de la Terre a commencé à s’élever durant les dernières décennies en raison de la concentration accrue de gaz à effet de serre dans l’atmosphère. Cette situation aura probablement des conséquences sur les régimes climatiques mondiaux, ainsi que des répercussions potentiellement très néfastes sur la vie humaine et l’activité économique (Stern, 2006).

Il faudra déployer des efforts concertés et coûteux pour relever les défis créés par les changements climatiques (Stern, 2006). La solution au problème passe à la fois par l’atténuation des changements climatiques (c’est-à-dire la réduction des émissions de gaz à effet de serre) et un effort d’adaptation à ces changements (faire face à leurs conséquences). Il est essentiel que les pays à revenu élevé et les pays émergents—responsables de la majeure partie des émissions de gaz à effet de serre—fassent de sérieux efforts d’atténuation. La question de l’adaptation, d’un autre côté, est la principale préoccupation de l’Afrique subsaharienne: cette région, qui produit le moins de gaz à effet de serre, est particulièrement vulnérable, car son climat est déjà très chaud et son environnement subit de fortes perturbations (Rice, 2006; Organisation des Nations Unies, 2006b). Il est justifié de préconiser un accroissement de l’aide en faveur de la région pour la dédommager des effets délétères de changements climatiques dont elle n’est pas responsable.

Les changements climatiques pourraient avoir des conséquences radicales sur l’Afrique subsaharienne (Nkomo, Nyong and Kulindwa, 2006; Organisation des Nations Unies, 2006a). La diminution et la variabilité accrue de la pluviosité risquent de mettre en péril des ressources hydrauliques déjà limitées, à tel point que le nombre de personnes privées d’un accès suffisant aux ressources en eau sur le continent africain pourrait augmenter de 60 % d’ici 2025 et atteindre 480 millions. La hausse des températures et la multiplication des inondations entraîneront probablement un accroissement de l’incidence de maladies telles que le paludisme. La production agricole dans les régions non irriguées sera probablement affectée; certaines activités, telles que la culture du café en Ouganda ou l’élevage nomade au Kenya (Beaumont, 2006), pourraient disparaître complètement. L’élévation du niveau de la mer menacerait d’importantes régions agricoles et communautés côtières, notamment de grands centres commerciaux tels que Cape Town, Dar es-Salaam et Lagos. Les agriculteurs vivriers et d’autres pauvres de la région risquent d’être les principales victimes des effets néfastes des changements climatiques. Qui plus est, les rivalités suscitées par l’accès aux ressources limitées pourraient fort bien exacerber les conflits dans la région.

Les changements climatiques risquent de poser des problèmes macroéconomiques aux États de la région. Les pressions inflationnistes pourraient s’accentuer sous l’effet de la diminution de la production locale de denrées alimentaires et l’accroissement des ressources budgétaires consacrées aux mesures de riposte aux aléas climatiques. Si les pays accroissent leurs importations—dans le cas où, par exemple, une sécheresse persistante les force à importer des denrées alimentaires—, leur balance des paiements risque de se détériorer. Si, au contraire, ils consacrent davantage de dépenses aux biens et services produits dans le pays—dans le cas où, par exemple, l’élévation du niveau de la mer exige l’amélioration d’infrastructures à forte intensité de main-d’œuvre—, leur taux de change réel s’apprécierait, ce qui entraînerait une perte de compétitivité. On ne dispose pas de chiffres spécifiques pour l’Afrique subsaharienne, mais on estime que le coût annuel de l’adaptation aux changements climatiques dans les pays en développement pourrait se monter à plusieurs dizaines de milliards de dollars (Stern, 2006). L’atténuation des effets du réchauffement par les pays à revenu élevé et les pays émergents permettrait de réduire ces problèmes par le biais d’une diminution des émissions de gaz à effet de serre et du transfert de ressources au profit de l’Afrique subsaharienne. Ces transferts pourraient prendre la forme d’échanges de plafonds d’émissions et/ou d’investissements dans les projets africains de réduction des émissions dans le cadre du «mécanisme de développement propre».

Les pays peuvent s’adapter aux changements climatiques de trois manières (Stern, 2006):

  • en mettant en œuvre des politiques leur permettant de parvenir à une croissance économique élevée et durable, de manière à accroître les ressources permettant de financer le coût des problèmes posés par les changements climatiques;

  • en encourageant le partage des risques par le biais de marchés des assurances efficaces et en mettant en place des dispositifs de protection sociale à la fois bien ciblés et présentant un bon rapport coût–efficacité;

  • en dotant de ressources les projets essentiels en vue, par exemple, d’améliorer l’approvisionnement en eau, de construire des protections côtières, d’améliorer routes et ponts pour qu’ils résistent à des cataclysmes naturels plus dévastateurs, et d’investir dans la santé et l’éducation.

Note: Cet encadré a été préparé par Dmitry Gershenson.

Évolution économique des pays exportateurs de pétrole

La croissance économique des pays d’Afrique subsaharienne producteurs de pétrole s’est ralentie en 2006 (graphique 2.11). Le rythme de croissance global est tombé à 5½ en 2006, bien que le PIB non pétrolier ait fortement progressé. Au Nigéria, les troubles dans le delta du Niger ont perturbé la production pétrolière et fait ralentir la croissance du PIB, en dépit de la forte progression du secteur non pétrolier. En Angola, le retard de l’entrée en exploitation de nouveaux champs pétrolifères a fait baisser le rythme de croissance à 15 %. L’arrivée à maturation des plus grands champs pétrolifères de la Guinée équatoriale s’est traduite par une chute abrupte de son taux de croissance; au Tchad, la croissance du PIB s’est ralentie à cause des difficultés techniques qui ont freiné la production de pétrole, et l’achèvement de l’oléoduc Cameroun–Tchad a fait baisser l’activité du secteur non pétrolier. En Côte d’Ivoire, la croissance a de nouveau stagné. Le Cameroun a été le seul pays producteur de pétrole où la croissance s’est accélérée.

Graphique 2.11.Pays exportateurs de pétrole—Contribution à la croissance du PIB

(en pourcentage)

Source: FMI, base de données du Département Afrique.

La croissance a été alimentée par l’investissement et la consommation privée. Alors que le premier a légèrement augmenté, la consommation privée s’est essoufflée. De même, la consommation publique, légèrement en expansion en 2005, est devenue neutre. La contribution des exportations nettes à la croissance réelle a de nouveau été négative. La croissance du secteur non pétrolier des pays producteurs de pétrole s’est sensiblement accrue, passant à 10 %, soit un taux supérieur à leur croissance globale. En Angola, en Guinée équatoriale, au Nigéria, au Tchad et au Gabon, la forte activité du secteur non pétrolier a en partie contrebalancé le ralentissement du secteur pétrolier, ce qui est le signe des progrès de la diversification économique de ces pays. Au Cameroun, en République du Congo et en Côte d’Ivoire, par contre, le rythme de croissance du secteur non pétrolier a été inférieur à celui du secteur pétrolier.

Le taux d’inflation des pays producteurs de pétrole pris en groupe a chuté à 7¾ %, passant sous la barre des 10 % pour la première fois depuis 1990. Cela tient essentiellement au progrès marqué de la stabilisation au Nigéria et en Angola, qui se sont tous deux attachés à stériliser des revenus pétroliers en plein essor. Comme déjà indiqué, le Nigéria a aussi bénéficié de la chute des prix alimentaires à la suite d’une bonne récolte. Dans les autres pays producteurs de pétrole, l’inflation est demeurée au niveau modéré de ces dernières années. Cependant, la forte demande budgétaire et la répercussion à retardement de la hausse des prix du pétrole ainsi que les prix élevés de la viande au Tchad et au Gabon ont fait passer le taux d’inflation dans les pays producteurs de pétrole de la CEMAC nettement au-dessus de celui des pays de l’UEMOA.

La situation budgétaire des pays producteurs de pétrole s’est à nouveau améliorée. Globalement, ils ont affiché un excédent budgétaire (hors dons) de 8 % du PIB, ceux de la Guinée équatoriale et du Gabon dépassant 10 % et celui de la République du Congo 20 % du PIB. La moyenne a été abaissée par le Tchad, qui a accusé un déficit de 2 % du PIB à cause de dépenses exceptionnelles de sécurité, et par la Côte d’Ivoire, dont le déficit est resté au niveau de 3 % du PIB. L’amélioration du solde global est certes impressionnante, mais ce résultat masque les vulnérabilités des budgets aux fluctuations des cours du pétrole, qui sont mieux mises en évidence par le ratio déficit non pétrolier/PIB non pétrolier. Mis à part la Guinée équatoriale, qui se situe à un point extrême, ce ratio s’est en moyenne légèrement amélioré, passant à 27¾ %, encore qu’il y ait de grandes variations d’un pays à l’autre (appendice I, tableau A2)14. Dans la moitié des pays producteurs de pétrole d’Afrique subsaharienne, le ratio était supérieur à 40 %.

En général, l’amélioration des finances publiques est la conséquence de l’accroissement des recettes pétrolières conjugué à une augmentation de moindre ampleur des dépenses publiques—une convergence qui a prévalu durant les quatre dernières années (graphique 2.12). En moyenne, sur la période 2002–06, une augmentation de 1 % des recettes budgétaires tirées du pétrole a été associée à une augmentation de 0,3 % des dépenses budgétaires. Ce ratio, toutefois, a augmenté en 2006 (voir chapitre III).

Graphique 2.12.Pays exportateurs de pétrole d’AfSS—Dépenses budgétaires et recettes pétrolières, 2002–06

(variation annuelle en %)

Source: FMI, base de données du Département Afrique.

Les recettes pétrolières économisées ont amélioré la position extérieure des pays subsahariens exportateurs de pétrole. L’excédent de leurs comptes courants (hors dons) s’est encore accru pour atteindre 8¾ % du PIB. En moyenne, sur la période 2002–06, une augmentation de 1 % des recettes d’exportation de pétrole a été associée à une hausse de 0,8 % des importations (graphique 2.13), principalement grâce à la poursuite des investissements dans la prospection, la production et l’infrastructure pétrolières. Depuis 2002, les PPP ont accumulé près de 45 milliards de dollars de réserves de change supplémentaires, grâce à un excédent cumulé de leurs comptes courants de 35 milliards de dollars et à de substantiels apports d’IDE (graphique 2.14).

Graphique 2.13.Pays exportateurs de pétrole d’AfSS—Dépenses extérieures et exportations pétrolières, 2002–06

(variation annuelle en %)

Source: FMI, base de données du Département Afrique.

Graphique 2.14.Pays exportateurs de pétrole d’AfSS—Compte courant et réserves officielles

(milliards de dollars, soldes cumulés depuis 2003)

Source: FMI, base de données du Département Afrique.

Les politiques macroéconomiques des pays exportateurs de pétrole sont restées globalement saines en 2006. Tout en accroissant leurs dépenses sociales et leurs dépenses d’infrastructure, ces pays ont tenu compte des limites de leur capacité d’absorption et de mise en œuvre et ont économisé une bonne partie des profits exceptionnels engendrés par la hausse des recettes pétrolières. L’amélioration de la position budgétaire et extérieure qui en est résultée les a rendus plus aptes à faire face aux chutes soudaines des cours pétroliers. La politique monétaire a été quelque peu resserrée par le biais d’une restriction du crédit au secteur privé pour permettre la mise en œuvre d’une politique budgétaire expansionniste. Les responsables de la politique économique devront suivre attentivement les répercussions de la hausse des prix pétroliers. Dans le domaine budgétaire, il convient de réduire davantage les subventions aux prix des combustibles et certains pays devront remédier aux lacunes de leur système de contrôle budgétaire—telles que les dépenses hors budget et les emprunts non concessionnels—et redoubler d’efforts pour assurer la qualité de leurs dépenses. Ces pays, où des besoins en développement urgents ont contribué à accroître le rôle de l’État dans l’économie, doivent améliorer le climat des affaires pour faciliter la croissance du secteur privé.

Les PPP, par ailleurs, doivent mettre en œuvre des réformes structurelles pour créer des emplois, diversifier leur économie et accroître leur capacité d’absorption. Dans les pays producteurs de pétrole d’Afrique subsaharienne, le climat des affaires est relativement médiocre en comparaison de la situation qui prévaut dans les PPP d’autres régions du monde. À l’exception de la Côte d’Ivoire et du Nigéria, leur secteur financier est beaucoup moins développé que celui des autres PPP (voir graphique 3.6 du chapitre III) et même que celui de la plupart des pays subsahariens. En outre, le marché du travail des PPP d’Afrique subsaharienne, hormis le Nigéria, est beaucoup plus rigide que celui des autres PPP (graphique 2.15).

Graphique 2.15.Comparaison internationale—Indicateurs Doing Business

Source: Banque mondiale, Doing Business, 2006.

1CCG = pays membres du Conseil de coopération du Golfe

Évolution économique des pays importateurs de pétrole

La croissance des pays importateurs de pétrole d’Afrique subsaharienne a bien résisté en 2006. La croissance globale de ce groupe s’est établie à 5¼ %, presque au même niveau qu’en 2005. Elle a été stimulée par la hausse des cours des produits de base autres que les combustibles, une bonne campagne agricole et la progression des investissements. À nouveau, la consommation a été le principal moteur de la croissance, mais dans une proportion moindre que par le passé (graphique 2.16). Parallèlement, l’investissement s’est accéléré. L’accroissement de la consommation et des investissements des administrations publiques reflète l’intensification des efforts déployés par de nombreux pays de la région pour réaliser les OMD; à ce sujet, la croissance réelle des importations a de nouveau dépassé celle des exportations. La moitié des pays inclus dans le groupe ont enregistré des taux de croissance du PIB d’au moins 5 %, y compris l’Éthiopie, le Libéria, le Malawi, le Mozambique, São Tomé-et-Príncipe et la Sierra Leone, où la croissance s’est révélée très vigoureuse. En Afrique du Sud (de loin la plus grande économie subsaharienne), la croissance est restée inchangée (5 %). Le Zimbabwe est le seul pays d’Afrique subsaharienne dont le PIB réel a diminué.

Graphique 2.16.Pays importateurs de pétrole—Contribution à la croissance du PIB

(en pourcentage)

Source: FMI, base de données du Département Afrique.

D’une manière générale, l’inflation a été maîtrisée: en dépit de la hausse des cours pétroliers, elle est restée globalement inchangée à 7 % (en faisant abstraction du Zimbabwe) grâce à l’application de politiques macroéconomiques prudentes et aux bonnes récoltes réalisées en 2005/06 dans de nombreux pays. Toutefois, les pressions se sont accrues sur les prix dans plus du tiers des pays importateurs de pétrole. La vigueur de la demande intérieure et extérieure, la hausse des prix pétroliers et la dépréciation du rand ont provoqué une accélération de l’inflation en Afrique du Sud, qui a vite réagi, par le biais de sa politique monétaire, pour contenir les pressions exercées sur les prix. En Éthiopie, en Guinée et à São Tomé-et-Príncipe, les pressions inflationnistes résultaient du renchérissement des combustibles et de politiques monétaires expansionnistes. Au Zimbabwe, l’inflation s’est à nouveau accélérée, au point de dépasser 1.000 % à la fin de 2006.

Grâce à un ajustement rapide des prix intérieurs des produits pétroliers, la situation des finances publiques des pays importateurs de pétrole a été préservée. Les efforts accrus déployés pour mobiliser les recettes, par ailleurs, ont permis d’accroître les dépenses en faveur de programmes essentiels. La dépréciation du dollar américain et la légère appréciation des monnaies locales en termes réels, notamment dans la zone CFA, ont atténué les effets du renchérissement des produits pétroliers et réduit le coût des importations.

Les dépenses publiques consacrées à la lutte contre la pauvreté ont entraîné une augmentation du déficit budgétaire hors dons. Dons compris, en revanche, le solde budgétaire a enregistré un excédent de 1 % du PIB, essentiellement en raison de l’allégement de la dette au titre de l’IADM. Les dépenses budgétaires des pays importateurs de pétrole se sont accrues de 0,5 % du PIB, un grand nombre de ces pays ayant accru leurs dépenses de lutte contre la pauvreté. Le ratio global des recettes n’a enregistré qu’une légère augmentation (0,5 point de pourcentage). Les pays enclavés et les pays côtiers ont fait de sérieux efforts pour accroître leurs recettes, qui ont progressé de 0,6 % du PIB, alors que le ratio des recettes a baissé d’un point de pourcentage dans les pays non pétroliers ayant un PIB à forte composante de ressources naturelles.

La position extérieure s’est légèrement améliorée malgré le renchérissement des combustibles. Dans les pays subsahariens importateurs de pétrole (exception faite de l’Afrique du Sud), les importations ont stagné, tandis que les exportations ont progressé de trois quarts de point de pourcentage (à 31 % du PIB), ce qui a facilité le règlement d’une facture pétrolière en hausse. Le déficit du compte des transactions courantes (Afrique du Sud exclue) a légèrement diminué et les réserves de change ont un peu augmenté pour atteindre 4,5 mois d’importations, contre 4,3 mois en 2005 et 5,6 mois en 2003. En Afrique du Sud, du fait de la vigueur de la demande intérieure, la croissance des importations a dépassé le rythme, pourtant élevé, de la croissance des exportations: d’où un accroissement du déficit du compte des transactions courantes, passé de 4 % du PIB en 2005 à 6½ % en 2006. Les réserves ont néanmoins quelque peu augmenté.

Les perspectives pour 2007

En 2007, selon les prévisions, la croissance économique s’accélérera en Afrique subsaharienne pour atteindre 6¾ % (graphique 2.17). Une nouvelle hausse de la production pétrolière devrait stimuler la croissance des PPP et la porter au-delà de 10 %; en Angola, la croissance devrait dépasser 30 %. En raison de la baisse des prix pétroliers, toutefois, les soldes budgétaires et extérieurs de ces pays devraient être de moindre ampleur. S’agissant des pays importateurs de pétrole, la vigueur de la demande de produits de base autres que les combustibles et une campagne agricole que l’on prévoit fructueuse devraient maintenir le taux de croissance à un niveau stable, situé aux environs de 5 %. Dans ce groupe, la croissance s’élargira sans doute: on s’attend que le PIB réel progresse d’au moins 5 % dans presque les deux tiers des pays qui en font partie.

Graphique 2.17.Afrique subsaharienne—Croissance du PIB réel, 2007

(en pourcentage)

Source: FMI, base de données du Département Afrique.

Dans l’ensemble de la région, à l’exclusion du Zimbabwe, l’inflation devrait rester stable, à 7 %. S’agissant des PPP, on estime que la stabilisation des prix devrait se poursuivre en Angola, au Cameroun et au Tchad; pour la plupart des autres pays exportateurs de pétrole, l’inflation devrait s’établir au niveau rassurant qui prévaut au sein des unions monétaires dont ces pays sont membres. En ce qui concerne les pays importateurs de pétrole (hormis le Zimbabwe), la baisse des prix des combustibles, l’amélioration de la situation alimentaire et l’application de prudentes politiques macroéconomiques devraient permettre de maîtriser l’inflation aux environs de 7 %. D’une manière générale, les pays d’Afrique subsaharienne ont accompli de remarquables progrès ces dernières années pour ramener leur taux d’inflation aux alentours de 7 % et la grande majorité d’entre eux (35 pays sur 44) devraient afficher une inflation à un chiffre en 2007 (graphique 2.18). Au Zimbabwe, malheureusement, l’inflation devrait s’accélérer pour atteindre 3.000 %.

Graphique 2.18.AfSS—Inflation médiane et pays à taux d’inflation inférieur à 10 %

Source: FMI, base de données du Département Afrique.

Les soldes budgétaires et extérieurs (hors dons) subiront probablement des pressions du fait de la baisse des prix du pétrole et d’autres produits de base. Le solde budgétaire global de l’Afrique subsaharienne (hors dons) devrait devenir à nouveau négatif et afficher un modeste déficit d’environ ¼ % du PIB en raison de la diminution des soldes des pays exportateurs de pétrole et des efforts consentis pour atteindre les OMD. Les termes de l’échange de l’Afrique subsaharienne prise dans son ensemble devraient se détériorer de 5 %, les PPP risquant d’enregistrer une baisse de 10 % et de voir l’excédent du compte de leurs transactions courantes diminuer. En revanche, les déficits courants des pays importateurs de pétrole devrait rester stable et les termes de l’échange ne devraient pas se détériorer de plus de 1½ %. La situation des réserves de l’Afrique subsaharienne (Afrique du Sud non comprise) devrait continuer de s’améliorer pour dépasser l’équivalent d’environ 7 mois d’importations, grâce au gonflement des réserves des pays exportateurs de pétrole et à la stabilisation de réserves des pays importateurs de pétrole.

Pour préserver les acquis récents de la stabilisation et généraliser la croissance, il faudra faire preuve de vigilance et poursuivre les réformes. La baisse des prix des combustibles allège les pressions et devrait contribuer à consolider les gains de stabilisation macroéconomique. D’un autre côté, les attentes de la population sont très élevées dans de nombreux pays africains en raison de l’allégement de la dette et des promesses d’accroissement de l’aide. De nombreux gouvernements de la région sont poussés à accroître leurs dépenses dans les domaines des infrastructures, des programmes sociaux et du développement rural. Les besoins de développement sont réels, mais les autorités devront gérer correctement les attentes de la population afin de préserver la stabilité macroéconomique. Les autorités devront bien coordonner leurs politiques budgétaires et monétaires pour absorber efficacement le surcroît d’aide. La libéralisation des échanges commerciaux peut contribuer à améliorer la capacité d’absorption des pays.

Il convient de poursuivre les réformes visant à permettre à l’offre intérieure de mieux répondre à la hausse des flux d’aide et à renforcer la productivité. Le secteur privé joue un rôle primordial dans ce domaine, mais il apparaît, au vu de la stagnation du crédit aux entreprises privées non bancaires, qu’il faut faire davantage pour lui permettre de tirer la croissance (encadré 2.5). Il est possible d’accroître le potentiel de croissance de la région en adoptant des réformes structurelles propres à améliorer le climat des affaires et en investissant dans les infrastructures essentielles. Bien qu’elle se trouve encore au bas du classement de l’enquête Doing Business (facilité de la pratique des affaires) de la Banque mondiale pour 2007, l’Afrique subsaharienne se classe pour la première fois parmi les trois premières régions du monde en ce qui concerne la mise en œuvre de réformes. Le Ghana et la Tanzanie se rangent parmi les dix premiers pays du monde en la matière, tandis que le Nigéria et le Rwanda font partie d’un petit groupe de pays ayant engagé au moins trois réformes. Il faudrait maintenant que davantage de pays aient recours aux réformes pour réduire le coût des activités économiques.

Encadré 2.5.Politiques visant à promouvoir le développement du secteur privé en Afrique subsaharienne

Le dynamisme du secteur privé est essentiel au relèvement des taux de croissance en Afrique subsaharienne, à la réduction de la pauvreté et à l’intégration de l’Afrique dans l’économie mondiale. À l’heure actuelle, les entrepreneurs subsahariens se heurtent à davantage d’obstacles réglementaires que leurs homologues de toute autre région du monde. Sur la base de l’indicateur du degré de facilité de la pratique des affaires (Doing Business) établi par la Banque mondiale pour 2007, le pays subsaharien moyen se classe au 131e rang sur 175 pays. Les obstacles couvrent l’ensemble de l’éventail d’activités du secteur privé et vont des systèmes de patentes à l’emploi en passant par les procédures administratives. Ainsi, le lancement d’une entreprise en Afrique subsaharienne nécessite-t-il environ 11 procédures et 2 mois, contre 8 procédures et 1 mois en Asie du Sud, et coûte trois fois plus cher en termes de revenu par habitant. La réglementation du marché du travail subsaharien compte parmi les plus rigides du monde et entrave le développement du secteur privé, affaiblit la compétitivité extérieure et décourage les investisseurs étrangers.

Récemment, la réforme du cadre des affaires s’est accélérée. Après avoir accusé du retard pendant des années, les deux tiers des pays d’Afrique subsaharienne ont mis en œuvre au moins une réforme positive en 2005/06. Seuls l’Europe de l’Est, l’Asie centrale et les pays à revenu élevé de l’OCDE ont fait mieux. Ces réformes toutefois étaient relativement faciles à réaliser («en un trait de plume») et il est urgent de mettre en œuvre un programme plus ambitieux portant notamment sur la réforme du secteur financier, ainsi que sur la rationalisation et l’amélioration de la transparence des systèmes juridiques et administratifs.

Dans son domaine de compétences fondamental, le FMI aide les pays membres à atteindre et préserver la stabilité macroéconomique, condition préalable au développement du secteur privé. Pour ce faire, il convient de cibler les politiques de manière à consacrer suffisamment de dépenses publiques aux infrastructures humaines et physiques, à accroître le crédit au secteur privé à un niveau adéquat et à supprimer les distorsions du système fiscal. Le FMI continue d’insister sur l’importance de la qualité de la gestion des affaires publiques.

Il est important de développer et renforcer les systèmes financiers des pays subsahariens pour accroître l’épargne et l’investissement. Pour améliorer l’efficience et la compétitivité du secteur bancaire, la réforme du secteur financier doit viser avant tout à:

  • restructurer les principales banques et institutions financières non bancaires;

  • réduire la participation de l’État dans le système bancaire;

  • encourager l’entrée de nouvelles institutions sur le marché, y compris les banques étrangères;

  • libéraliser les taux d’intérêt et éliminer les programmes d’orientation du crédit;

  • renforcer la surveillance prudentielle et moderniser les lois bancaires;

  • améliorer les systèmes de paiement;

  • accroître l’autonomie des banques centrales, ainsi que leur recours aux instruments de politique monétaire indirects plutôt que directs.

Il conviendrait ensuite de développer des marchés financiers véritablement opérationnels, susceptibles de freiner les sorties de capitaux de portefeuille d’Afrique subsaharienne et d’attirer des capitaux de ce type dans la région. D’autres mesures visant à accroître l’accès au crédit consisteraient à faciliter le recouvrement des garanties, développer le microcrédit ainsi que le crédit rural et fournir des fonds de roulement et un financement à long terme aux petites entreprises.

L’abaissement des barrières internes stimulerait le commerce régional et accroîtrait l’attrait de l’Afrique subsaharienne aux yeux des investisseurs étrangers et nationaux. Le développement et l’amélioration des infrastructures contribueraient à réduire les coûts d’expédition élevés qui entravent les échanges commerciaux en Afrique et réduisent les possibilités d’économies d’échelle. L’abaissement des barrières non tarifaires (telles que les restrictions quantitatives, les interdictions d’importation, les barrages routiers et les frais administratifs élevés) aiderait à stimuler les échanges commerciaux. Il conviendrait de simplifier les règles d’origine compliquées et restrictives adoptées dans le cadre de divers accords commerciaux régionaux. Il faudrait aussi renforcer l’efficience et la gestion des administrations des douanes pour promouvoir le commerce régional et extrarégional.

Enfin, les pays devraient s’efforcer de collaborer avec les investisseurs privés. Le FMI soutient les organisations d’investisseurs nationaux visant à mettre en contact les dirigeants africains et les hommes d’affaires locaux et étrangers pour leur permettre d’identifier ensemble les possibilités d’investissement, les obstacles à l’investissement privé et les façons d’éliminer ceux-ci.

Note: Cet encadré a été préparé par Ulrich Jacoby.

Risques pour l’avenir

Les perspectives de l’Afrique subsaharienne pour 2007 sont positives, les risques semblant à la fois modérés et gérables. En outre, les politiques mises en œuvre par la plupart des pays confortent les progrès récemment accomplis en matière de stabilisation. Le principal risque de dégradation tient au ralentissement de l’économie mondiale et à ses répercussions sur les prix du pétrole et d’autres produits de base, les taux d’intérêt et le sentiment des investisseurs privés.

En 2007, la croissance économique de l’Afrique subsaharienne pourrait être affectée si un ralentissement brutal et inattendu de la croissance américaine venait à se propager à l’ensemble de l’économie mondiale. En dehors de ce cas de figure, la corrélation entre les économies des États-Unis et d’Afrique subsaharienne est traditionnellement faible, même si les relations commerciales se sont accrues entre les deux régions ces dernières années15. Une corrélation forte semble exister entre l’Afrique subsaharienne et l’Europe (graphiques 2.19 et 2.20)16. En conséquence, un éventuel ralentissement économique dans la zone euro pourrait avoir une incidence plus marquée sur la croissance en Afrique subsaharienne.

Graphique 2.19.AfSS, zone euro et États-Unis—Croissance du PIB réel1

(en pourcentage)

Source: FMI, Perspectives de l’économie mondiale.

1Zones grisées: périodes de récession aux États-Unis (National Bureau of Economic Research).

Graphique 2.20.AfSS, zone euro et États-Unis—Corrélation en ce qui concerne la croissance du PIB1

(coefficient de corrélation centré, 9 ans)

Source: FMI, Perspectives de l’économie mondiale.

1Zones grisées: périodes de récession aux États-Unis (National Bureau of Economic Research).

S’il est vrai que la corrélation entre les économies asiatiques et subsahariennes est traditionnellement faible, la situation est en train de changer du fait de l’intégration croissante des deux régions. L’Asie, par exemple, reçoit environ 25 % des exportations de l’Afrique subsaharienne, soit deux fois plus qu’il y a dix ans. Ensemble, la Chine et l’Inde représentent environ 10 % des exportations et des importations subsahariennes. Ces deux pays, en outre, réalisent des investissements substantiels dans la région.

Si le ralentissement de l’économie mondiale se révèle plus prononcé que prévu, il pourrait affecter les cours des produits de base. Les prix réels de ces produits (pétroliers et non pétroliers) ont augmenté régulièrement depuis le début des années 2000—à l’avantage de l’Afrique subsaharienne. En 2006, les termes de l’échange des pays exportateurs de pétrole d’Afrique subsaharienne se sont fortement améliorés, tandis que ceux des pays importateurs de pétrole augmentaient (de 6 %) grâce au net renchérissement des exportations de produits de base non pétroliers. Une chute brutale des prix des produits de base, sous le coup d’un ralentissement brutal de l’économie mondiale, ferait courir un risque aux exportateurs de produits de base de la région.

Une hausse plus forte que prévu des prix du pétrole et des produits de base pénaliserait des importateurs nets de produits de base tels que le Malawi, Madagascar, l’Ouganda et le Sénégal dont le PIB serait fortement affecté17. Il est possible de protéger ces économies contre les augmentations de prix inattendues en appliquant des mesures comme l’accumulation de réserves, la mise en œuvre de politiques de taux change flexible et la répercussion intégrale des hausses de prix pétroliers.

Une inversion des flux d’investissements de portefeuille poserait de gros problèmes macroéconomiques à plusieurs pays d’Afrique subsaharienne. Certains pays de la région attirent un surcroît de capitaux de portefeuille à la recherche de rendements élevés. Un changement brutal de sentiment parmi les investisseurs entraînerait un renversement de ces flux. Les pays subsahariens doivent continuer à renforcer la gestion de la dette publique et améliorer la surveillance du système bancaire afin d’assurer le suivi des flux de capitaux et des calendriers d’échéances des titres publics détenus par de non-résidents. Les politiques monétaires et les politiques de change doivent avoir la souplesse nécessaire pour répondre à la volatilité des mouvements de capitaux.

À l’heure actuelle, la région court plusieurs risques en matière de sécurité et d’un point de vue politique: la poursuite de la crise de la région du Darfour, au Soudan; le conflit touchant l’Éthiopie et la Somalie; les problèmes politiques de la Côte d’Ivoire et de la Guinée; la fragilité de la situation en République démocratique du Congo après les récentes élections. La perturbation de la production pétrolière dans le delta du Niger fait courir un risque économique au Nigéria, confronté, en outre, au risque d’un relâchement de la politique économique en période électorale. Dans la plupart des cas, la gestion des risques de sécurité nécessitera des mesures de la part de l’Union africaine et de la communauté internationale.

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