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Chapitre IV. Secteurs financiers: problèmes, enjeux et stratégies de réforme

Author(s):
International Monetary Fund. African Dept.
Published Date:
August 2006
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Les secteurs financiers des pays à faible revenu d’Afrique subsaharienne sont parmi les moins développés du monde (voir tableau A2 de l’appendice)1. La gamme des institutions est étroite et, dans la plupart des pays africains à faible revenu, les actifs sont plus restreints que ceux que détient une seule banque de taille moyenne dans un pays industrialisé. La plupart des gens n’ont pas accès à des services de paiement même rudimentaires ni à des comptes d’épargne, et la plus grande partie du secteur productif ne peut obtenir de crédit. Quelques pays africains à revenu intermédiaire présentent toutefois de bien meilleurs résultats.

L’absence de marchés financiers actifs et efficients représente une difficulté et une contrainte graves pour les pouvoirs publics. L’accès limité à la finance réduit la prospérité et entrave l’allégement de la pauvreté et l’émergence d’une classe moyenne active sur le plan économique. L’absence de crédit à l’économie contraint la croissance. Enfin, dans un contexte de marchés peu développés, la mise en œuvre de la politique monétaire est coûteuse et inefficiente.

Le développement financier augmente la croissance économique de multiples façons. La finance mobilise et rassemble l’épargne, produit de l’information sur les investissements possibles de sorte que les ressources peuvent être canalisées vers leurs emplois les plus productifs, surveille l’emploi des fonds, favorise le négoce, la diversification et la gestion du risque, et facilite l’échange de biens et de services (Levine, 1997 et 2004). Des études empiriques confirment que les pays dotés de systèmes financiers fonctionnant mieux croissent plus vite, et que le résultat ne semble pas être dû à une causalité inverse. Le lien entre la finance et la croissance repose de façon importante sur le dépassement des contraintes financières extérieures qui, sans cela, entraveraient l’expansion des sociétés. Parmi les pays d’Afrique subsaharienne autres que les producteurs de pétrole, les économies qui ont connu la croissance la plus rapide entre 1960 et 2004 sont celles qui sont le plus développées sur le plan financier (voir graphique A1 de l’appendice). Comme elle constitue un environnement à haut risque, exposé à des chocs sur les termes de l’échange et à un climat volatil, l’Afrique subsaharienne gagnerait à un développement financier qui faciliterait un partage accru des risques par la diversification des portefeuilles, le lissage de la consommation et l’assurance. Enfin, l’accès à des institutions formelles de financement pourrait aider à surmonter les stratégies inefficientes et coûteuses d’atténuation du risque et à obtenir du capital (Collier and Gunning, 1999).

Le développement financier contribue aussi à réduire la pauvreté. La théorie suggère que le développement financier réduit les contraintes de crédit pour les pauvres—pour lesquels les imperfections du marché financier sont particulièrement contraignantes (Galor and Zeira, 1993). Les mécanismes sont très variés: de l’allégement des contraintes de crédit, qui permettent aux ménages d’investir dans l’éducation, à l’assurance contre les chocs. La finance peut aussi permettre aux petites entreprises et aux personnes physiques de tirer parti des nouvelles occasions de croissance qui se présentent lorsque les marchés s’ouvrent.

Ce chapitre soutient que des marchés financiers plus actifs et plus efficients amélioreront les perspectives économiques de l’Afrique. À partir de l’étude des principales caractéristiques des systèmes financiers, il décrit les grands obstacles et difficultés que les structures financières posent aux économies africaines. Il examine ensuite les efforts de réforme en cours et la mesure dans laquelle ils ont déjà mis en mouvement des mutations bénéfiques. Devant l’étendue du programme de réformes qui reste à accomplir, le chapitre conclut par une description des mesures qui permettraient de remédier aux principales insuffisances.

Principales caractéristiques

Couverture institutionnelle et origine du capital des institutions

Les secteurs financiers des pays à faible revenu d’Afrique subsaharienne sont petits. Les banques sont les institutions dominantes. L’assurance, les quelques marchés boursiers, les institutions financières non bancaires (IFNB) et la microfinance représentent tous de petits secteurs, quoique les deux derniers soient en croissance rapide. Dans la plus grande partie de l’Afrique subsaharienne, les secteurs bancaires couvrent encore plus de 80 % des actifs du système financier, bien que les quelques pays à revenu intermédiaire disposent de secteurs plus grands et d’une couverture institutionnelle plus étendue (voir encadré 4.1)2. Les systèmes bancaires d’Afrique subsaharienne présentent un niveau plus élevé de participations étrangères; les banques à capital d’État sont moins importantes que dans d’autres pays à faible revenu (voir tableau A3 de l’appendice).

Solidité du système bancaire

D’après les indicateurs habituels, la plupart des systèmes bancaires sont en moyenne raisonnablement solides, mais des faiblesses persistent dans certains pays et dans quelques institutions. D’une manière générale, les systèmes bancaires sont considérablement plus robustes que dans les années 90, époque où le continent subissait de nombreuses crises bancaires. En moyenne, les secteurs bancaires présentent fondamentalement des niveaux de solidité similaires à ceux des autres pays à faible revenu; ils sont convenablement capitalisés et très liquides (voir tableaux A5 et A6 et graphique A2 de l’appendice). Cependant il existe dans de nombreux pays des banques qui ne respectent pas les coefficients de fonds propres obligatoires, ce qui révèle la présence de problèmes chroniques dans le contrôle bancaire; les niveaux de prêts improductifs sont très élevés et il y a d’autres carences (voir graphique A3 de l’appendice). Enfin dans ce contexte de laxisme, les mesures que donnent les indicateurs de la solidité bancaire peuvent surestimer la qualité effective des portefeuilles.

Les indicateurs de la solidité bancaire ne constituent pas toujours une référence suffisante pour évaluer les résultats en Afrique subsaharienne. Alors que des pays à faible revenu peu diversifiés devraient en principe présenter des normes de fonds propres plus élevées pour tenir compte de leur risque de crédit plus important, peu de pays d’Afrique subsaharienne fixent leurs normes de fonds propres au-dessus de 8 %. D’autres ratios prudentiels, comme ceux qui limitent le montant de risque tolérable par client ou par secteur, sont souvent enfreints, car les économies d’Afrique subsaharienne n’offrent pas de possibilités suffisantes de prêt.

Efficience et rentabilité

Bien que les systèmes bancaires soient concentrés, ils sont en train de devenir plus concurrentiels. La part des actifs bancaires détenus par les trois plus grandes banques est plus élevée de 10 % environ en Afrique subsaharienne que dans les autres pays à faible revenu (voir graphique A4 de l’appendice). La petite taille du marché est un facteur important de concentration, étant donné la nécessité pour les institutions de réaliser des économies d’échelle et d’élargir leur champ d’activité (Bossone, Honohan, and Long, 2002) (voir graphique A5 de l’appendice). En 2002–03, avec la poursuite de la restructuration et de la privatisation bancaires, les ratios de concentration moyens ont chuté en Afrique subsaharienne par rapport à leurs niveaux de la période 1996–99. L’augmentation de la part du capital étranger depuis 2000 indique que le marché devient plus disputé.

Les secteurs bancaires des pays à faible revenu d’Afrique subsaharienne sont moins efficients que leurs homologues du reste du monde. Une efficience médiocre entraîne des frais élevés pour toutes les banques, même celles à capital étranger, et des marges d’intérêt nettes plus élevées dans les pays à faible revenu d’Afrique subsaharienne que dans les autres (voir tableau A7 de l’appendice)3. Les études internationales montrent que l’efficience du marché bancaire est inversement corrélée à l’inflation, à la corruption et à la concentration (Detragiache, Gupta, and Tressel, 2005; tableau A8 de l’appendice). Même en tenant compte de ces facteurs, une variable muette pour les pays d’Afrique subsaharienne est significative et indique que l’efficience opérationnelle de l’activité bancaire en Afrique subsaharienne est plus faible que la valeur attendue. Si, en Afrique subsaharienne, l’efficience opérationnelle du secteur bancaire a encore diminué récemment dans les pays à faible revenu, les indicateurs de l’efficience sont bien meilleurs dans les pays à revenu intermédiaire.

Malgré un niveau élevé de frais généraux, les banques d’Afrique subsaharienne sont rentables. Leur revenu provient essentiellement de postes relatifs aux intérêts. Comme les structures du marché sont non concurrentielles, les banques peuvent percevoir des marges d’intérêt élevées et demeurer rentables, en dépit d’un environnement difficile. En fait, la puissance de marché des banques est telle qu’elle leur permet une rentabilité supérieure à celle des autres pays à faible revenu, étant donné l’écart important qui sépare ce qu’elles peuvent faire payer aux emprunteurs de ce qu’elles payent aux épargnants. Les niveaux de provisions pour pertes sur prêts sont similaires à ceux des autres pays à faible revenu.

Marchés financiers, instruments et infrastructure du marché

Les indicateurs d’intensité de l’intermédiation financière des pays à faible revenu d’Afrique subsaharienne sont les plus bas du monde, ce qui reflète l’importance du numéraire. Les ratios de la monnaie au sens étroit (M1) et au sens large (M2) par rapport au PIB sont des indicateurs courants de l’intensité de l’intermédiation financière. Ces deux ratios sont censés augmenter à mesure que les secteurs financiers se développent, mais le second plus vite que le premier, le ratio M1/M2 déclinant en proportion. Dans les pays à faible revenu d’Afrique subsaharienne, ces mesures de l’intensité de l’intermédiation financière ont toujours été basses. Depuis les années 90, le ratio de M1 augmente plus vite que celui de M2, bien qu’il plafonne depuis 2000 (voir graphique 4.1, schémas A et B). Le ratio M1/M2 de l’Afrique est à présent le plus élevé même parmi les pays à faible revenu; d’autres régions ont donc progressé plus vite vers des formes de monnaie autres que le numéraire.

Graphique 4.1.Afrique subsaharienne et groupes comparateurs: indicateurs d’intensité de l’intermédiation financière

(Pourcentage)

Sources: FMI, International Financial Statistics et Perspectives de l’économie mondiale.

Le rôle d’intermédiaire financier des banques est moins prononcé que dans les autres pays à faible revenu. Les dépôts bancaires ne représentaient que 19 % du PIB des pays à faible revenu d’Afrique subsaharienne en 2004, au lieu de 38 % ailleurs (voir graphique 4.1, schéma C). De même, les prêts au secteur privé ne représentaient que 13 % du PIB en 2004, ce qui traduit l’effet de décennies de croissance anémique de l’activité de prêt (voir graphique 4.1, schéma D). Si les raisons de la faible croissance des activités bancaires sont multiples, elles sont en partie liées aux répercussions des crises bancaires ainsi qu’à des faiblesses juridiques et institutionnelles (voir la section suivante). Les dépôts privés et le crédit dans les pays de la zone CFA sont encore stagnants après la contraction brutale consécutive aux crises bancaires qui ont frappé toute la région à la fin des années 80 (voir encadré 4.2).

Encadré 4.1.Développement financier dans les pays à revenu intermédiaire d’Afrique subsaharienne

En moyenne, les secteurs financiers des quelques pays à revenu intermédiaire d’Afrique subsaharienne sont considérablement plus développés, robustes et diversifiés que dans la majorité des pays africains. Bien que ce rapport porte pour l’essentiel sur les pays à faible revenu, la réussite des pays africains à revenu intermédiaire est digne d’intérêt. Leurs résultats relativement bons ne s’expliquent qu’en partie par leurs revenus plus élevés. Par ailleurs, les pays pétroliers à revenu intermédiaire sont confrontés à nombre des mêmes problèmes que les pays à faible revenu.

Les pays à revenu intermédiaire d’Afrique subsaharienne présentent des secteurs financiers beaucoup plus importants et une couverture institutionnelle plus large. Les principaux indicateurs de l’intermédiation financière des pays à revenu intermédiaire d’Afrique subsaharienne1 sont comparables ou supérieurs à ceux des autres pays à revenu intermédiaire (voir tableau 1), quoique cela soit dû dans une certaine mesure au secteur financier beaucoup plus développé de l’Afrique du Sud. Si, en dehors de l’Afrique du Sud, les ratios d’intermédiation financière demeurent substantiellement plus élevés dans les pays à revenu intermédiaire d’Afrique subsaharienne que dans ceux à faible revenu, ils sont inférieurs à ceux des pays à revenu intermédiaire d’autres régions en développement. Pour le crédit au secteur privé, le ratio de l’Afrique du Sud, à près de 80 % du PIB, est un des plus élevés des pays en développement, et la comparaison avec les autres régions en développement est aussi favorable pour le Botswana, Maurice et la Namibie. La couverture institutionnelle—en particulier les secteurs de l’assurance et des pensions—tend à être beaucoup plus large dans les pays à revenu intermédiaire d’Afrique australe et à Maurice.

Tableau 1.Indicateurs de développement financier par groupe de revenu
Afrique subsaharienneAutres
Pays à faible revenuPays à revenu intermédiairePays à revenu intermédiaire sauf Afrique du SudPays à revenu intermédiaire
1990–992000–041990–992000–041990–992000–041990–992000–04
Dépôts bancaires/PIB13,618,044,550,729,729,231,739,4
Crédit au secteur privé/PIB12,313,352,164,021,521,039,440,3
M2/PIB21,926,949,855,635,032,177,394,2
Engagements liquides/PIB19,123,847,953,434,532,536,641,2
Source: FMI, International Financial Statistics.Note: Le poids de l’Afrique du Sud parmi les pays à revenu intermédiaire sur la période 2000–04 est de 84,5 %.
Source: FMI, International Financial Statistics.Note: Le poids de l’Afrique du Sud parmi les pays à revenu intermédiaire sur la période 2000–04 est de 84,5 %.

Les secteurs financiers plus importants des pays à revenu intermédiaire d’Afrique subsaharienne offrent à leurs populations un accès élargi aux services financiers. La densité des réseaux d’agences est environ dix fois plus grande dans les pays à revenu intermédiaire que dans les pays à faible revenu d’Afrique subsaharienne (voir tableau 2). La proportion de la population qui dispose d’un compte en banque est aussi plus élevée: l’Afrique du Sud et le Botswana ont les taux d’accès les plus élevés de la région; près de la moitié de la population dispose d’un compte.

Tableau 2.Indicateurs d’accès, de solidité et d’efficience par groupe de revenu, 2004
Solidité
AccèsCoefficient de fonds propres (en % des actifs pondérés en fonction des risques)Prêts improductifs (en fonction du total des prêts)Efficience
Population disposant d’un compte en banqueNombre d’agences pour 100.000 habitantsNombre d’agences par 1.000 km2Marge d’intérêts (en % des actifs)Frais généraux (en % des actifs)Profits (en % des actifs)
Afrique subsaharienne12,62,64,315,514,78,27,43,0
Pays à faible revenu7,01,21,115,717,58,57,73,2
Pays à revenu intermédiaire25,35,611,416,56,86,76,42,3
sauf Afrique du Sud21,95,612,416,97,56,65,23,5
Sources: Beck, Demirgüç-Kunt, and Peria (2005); FMI, Profils du secteur financier; Claessens (2005); calculs de la BID à partir de données bancaires.Note: Les indicateurs d’efficience sont des moyennes pour 2000–03.
Sources: Beck, Demirgüç-Kunt, and Peria (2005); FMI, Profils du secteur financier; Claessens (2005); calculs de la BID à partir de données bancaires.Note: Les indicateurs d’efficience sont des moyennes pour 2000–03.

Les secteurs bancaires des pays à revenu intermédiaire d’Afrique subsaharienne ont des coûts plus bas et sont plus efficients; en outre, leurs indicateurs de solidité financière sont meilleurs. Plus précisément, leurs frais généraux et leurs marges d’intérêts nettes sont plus bas—ce qui indique une plus grande efficience—que ceux des pays à faible revenu d’Afrique subsaharienne et des autres pays à revenu intermédiaire (tranche inférieure). Pour la solidité, le taux des prêts improductifs est nettement plus bas (6,8 % en 2004) que dans les pays à faible revenu d’Afrique subsaharienne (17,5 %). En 2004, les ratios de fonds propres et de liquidité étaient comparables entre les deux groupes, ce qui traduit l’amélioration récente du groupe à faible revenu.

Les secteurs bancaires des pays producteurs de pétrole que sont l’Angola, le Gabon et la Guinée équatoriale sont différents de ceux des autres pays à revenu intermédiaire. Les prêts au secteur privé sont très limités, et la densité des réseaux d’agences et l’accès sont même plus restreints que dans la plupart des pays à faible revenu d’Afrique subsaharienne. Le nombre des banques est faible dans ces pays par rapport à la taille de l’économie, ce qui reflète la rareté des possibilités de prêt dans l’économie non pétrolière. Les difficultés qu’affrontent ces pays sont donc similaires à celles qui sont évoquées dans le reste de ce chapitre.

1Les pays à revenu intermédiaire d’Afrique subsaharienne sont l’Afrique du Sud, l’Angola, le Botswana, le Cap-Vert, le Gabon, la Guinée équatoriale, Maurice, la Namibie, les Seychelles et le Swaziland.

Une activité interbancaire minime est le symptôme de l’immaturité des marchés financiers. Dans les pays plus avancés, le gros des activités du secteur financier a lieu entre institutions financières. Ces transactions contribuent à l’efficience du marché et aux échanges de risques; l’approfondissement des marchés interbancaires est le signe de marchés financiers en cours de maturation. Les pays d’Afrique subsaharienne ne collectent pas tous systématiquement les données interbancaires, mais les faits constatés dans l’Union économique et monétaire ouestafricaine (UEMOA) et dans la Communauté économique et monétaire d’Afrique centrale (CEMAC) donnent à penser que les baisses initiales ont été suivies de stagnation ou d’une reprise très lente (voir tableau A9 de l’appendice). L’absence de marchés interbancaires fonctionnels résulte à la fois d’un ensemble de facteurs macroéconomiques, de la présence d’une liquidité excédentaire et d’autres obstacles, dont l’absence de garanties.

Des efforts sont en cours pour encourager l’amélioration de l’infrastructure des marchés financiers, mais ils n’ont pas encore accru l’activité du marché. De nombreux pays africains améliorent l’infrastructure de leur secteur financier. Par exemple l’UEMOA et la CEMAC ont récemment mis en place ou installent actuellement un système ultramoderne à règlement brut en temps réel (RBTR) pour les gros paiements et un système pour les petits paiements4. La plupart des pays d’Afrique subsaharienne qui ont introduit des bons du Trésor ou de la banque centrale ont délaissé ou sont en train de délaisser les titres papier au profit d’inscriptions en compte courant. Bien qu’ils aient connu quelques problèmes techniques—dont la fiabilité de l’alimentation électrique et la sauvegarde des systèmes ne sont pas les moindres—, le peu de succès de ces systèmes paraît plutôt dû au problème de fond du sous-développement du marché financier qu’à des difficultés techniques ponctuelles.

Environnement opérationnel

Environnement juridique et pratiques commerciales

Les cadres juridique et institutionnel sont en général médiocres en Afrique subsaharienne et ne s’améliorent que lentement par rapport aux réalisations récentes d’autres pays à faible revenu. Les indicateurs de la publication Doing Business de la Banque mondiale montrent que l’indice du cadre juridique est légèrement plus bas en Afrique subsaharienne que dans les pays comparateurs (voir tableau A10 de l’appendice). L’indice de transparence du crédit, qui mesure la capacité des institutions financières à obtenir des informations sur la solvabilité d’un client, est aussi plus faible en Afrique subsaharienne5. Il existe une corrélation forte entre le niveau des prêts privés en pourcentage du PIB et les indices qui mesurent le degré de transparence du crédit et les droits légaux des créanciers (voir tableau A11 de l’appendice).

Encadré 4.2.Coût à long terme des crises bancaires: enseignements des pays d’Afrique subsaharienne

Un grand nombre de pays africains ont connu une crise de leur système bancaire à la fin des années 80 et au début des années 90. Dans la plupart des cas, ces crises ont été précédées par une détérioration considérable de la qualité des actifs due soit à la dégradation de l’environnement macroéconomique, soit à des procédures de prêt défectueuses et à une mauvaise application des réglementations prudentielles.

La restructuration et la recapitalisation bancaires qui ont suivi ont entraîné des coûts budgétaires considérables. Les autorités ont injecté des capitaux frais dans les banques et ont nettoyé les bilans par l’émission d’obligations de restructuration. Les coûts budgétaires associés à ces opérations ont été estimés entre 11 et 16 % du PIB environ. En outre, de nombreuses banques publiques déficitaires ont été privatisées (Cap-Vert, République démocratique du Congo, Ouganda) ou fermées (Rwanda). Le renforcement du secteur bancaire et l’application plus stricte des réglementations prudentielles dans les pays en crise ont été suivis d’une chute du ratio prêts improductifs/total des prêts, qui a été ramené au niveau des pays qui n’avaient pas subi de crise (voir tableau).

En outre, les crises bancaires ont eu des effets défavorables persistants sur l’intermédiation financière. Alors que les pays qui n’avaient pas subi de crise ont vu l’intermédiation financière s’intensifier au cours de la décennie écoulée, l’amélioration n’a été que marginale dans les autres, ce qui reflète le manque de confiance du public dans les banques et la répugnance de celles-ci à accorder du crédit au secteur privé. De ce fait, les systèmes bancaires des pays en crise présentent des ratios de créances intérieures, de quasi-monnaie et de dépôts beaucoup plus bas en proportion du PIB, et un niveau beaucoup plus élevé d’actifs extérieurs nets par rapport aux prêts intérieurs que les banques des autres pays.

L’expérience indique donc que le développement du secteur financier doit se faire en préservant la solidité du système bancaire. Les innovations destinées à étendre les services financiers et intensifier l’intermédiation financière doivent être impulsées par le marché tout en encourageant les banques à la prudence.

Afrique subsaharienne: portefeuilles bancaires et intermédiation financière dans les pays en crise et les autres
Réserves (en % des dépôts)Actifs extérieurs (en % des prêts intérieurs)Quasi-monnaie (en % du PIB)Dépôts (en % du PIB)Créances sur l’État (en % du PIB)Créances sur le secteur privé (en % du PIB)
1985–89
Absence de crise0,250,130,120,190,050,15
Crise0,230,160,100,160,030,14
1990–94
Absence de crise0,210,240,120,190,050,14
Crise0,220,300,100,160,020,13
1995–99
Absence de crise0,150,290,140,220,060,16
Crise0,160,430,100,170,040,12
2000–04
Absence de crise0,150,320,160,260,080,19
Crise0,180,490,100,180,050,11
Source: FMI, International Financial Statistics.Note: Les pays qui ont connu les crises bancaires les plus grandes dans les années 90 sont le Bénin, le Cameroun, le Cap-Vert, la Côte d’Ivoire, la République démocratique du Congo, la Guinée, la Guinée-Bissau, le Mozambique, le Nigéria, l’Ouganda, la République Centrafricaine, São Tomé-et-Príncipe, le Sénégal, la Sierra Leone, le Swaziland, la Tanzanie, la Zambie et le Zimbabwe.
Source: FMI, International Financial Statistics.Note: Les pays qui ont connu les crises bancaires les plus grandes dans les années 90 sont le Bénin, le Cameroun, le Cap-Vert, la Côte d’Ivoire, la République démocratique du Congo, la Guinée, la Guinée-Bissau, le Mozambique, le Nigéria, l’Ouganda, la République Centrafricaine, São Tomé-et-Príncipe, le Sénégal, la Sierra Leone, le Swaziland, la Tanzanie, la Zambie et le Zimbabwe.

Les insuffisances du droit de la propriété et le caractère peu contraignant des contrats restreignent également l’activité du marché financier. Des enquêtes montrent que les institutions financières d’Afrique subsaharienne répugnent à prêter en raison des difficultés que présentent la réalisation des garanties et la saisie d’actifs en cas de défaut de remboursement des prêts. Les indicateurs de Doing Business classent l’environnement des entreprises d’Afrique subsaharienne au dernier rang mondial pour les ingrédients nécessaires à un fonctionnement efficient du système financier: enregistrement des biens, obtention de crédit, protection des investisseurs et exécution des contrats (voir graphique A6 de l’appendice). Faire exécuter un contrat par les tribunaux est plus difficile en Afrique subsaharienne que n’importe où ailleurs: les créanciers doivent en moyenne franchir 35 étapes, attendre 15 mois et payer des sommes équivalant à 43 % du revenu national par habitant avant d’être payés (Banque mondiale et FMI, 2005)6. Cela explique en partie les préoccupations des banques au sujet de la garantie des prêts.

Réglementation et contrôle

Nombre des dispositions réglementaires et de contrôle en Afrique subsaharienne sont déjà largement conformes aux normes internationales, mais la mise en œuvre du contrôle se heurte souvent à des contraintes (voir tableau A12 de l’appendice)7. Par exemple, les contrôleurs tendent à être moins indépendants. De ce fait, ils sont moins en mesure d’exiger des «mesures correctives promptes», et il existe un laxisme en général plus grand. Cependant, ce laxisme est lui-même le reflet de pressions sous-jacentes, telles que l’incapacité des banques de satisfaire aux exigences prudentielles étant donné les structures économiques des pays, ou les coûts éventuels d’une restructuration bancaire. Du fait de ce laxisme, les banques fragiles demeurent souvent trop longtemps sur le marché. Tant que les banques ne disposent d’aucun moyen effectif d’étudier la solidité financière des autres banques, ce laxisme réduit les relations interbancaires au minimum. Les contraintes de ressources souvent graves dont souffrent les organes de contrôle et la médiocrité générale des systèmes de comptabilité et d’audit sont autant d’obstacles supplémentaires à un contrôle efficace.

Mise en œuvre de la politique monétaire

La plupart des pays d’Afrique subsaharienne extérieurs à la zone CFA et à la zone monétaire commune du rand (CMA) sont passés de l’ancrage du taux de change à un ancrage monétaire. En 1985, les trois quarts des pays extérieurs aux zones CFA et CMA pratiquaient l’ancrage du taux de change; en 2004, seuls six petits pays étaient dans ce cas (voir tableau A13 de l’appendice). L’Afrique du Sud est le seul pays de la région doté d’un régime de ciblage de l’inflation. La stabilisation réussie de l’inflation à l’extérieur de la zone CFA—marquée par l’adoption d’un agrégat monétaire comme point d’ancrage de l’inflation—a, depuis le milieu des années 90, considérablement réduit l’écart auparavant prononcé entre les taux d’inflation des pays de la zone CFA et ceux des autres pays d’Afrique subsaharienne. La mobilité des capitaux étant limitée et l’intégration financière régionale incomplète, les banques centrales de la zone CFA ont pu poursuivre des objectifs monétaires parallèlement à l’ancrage du taux de change (voir encadré 4.3).

Les coefficients effectifs de réserves sont relativement élevés en Afrique subsaharienne et augmentent depuis le milieu des années 90 (voir graphique 4.2)8. En 2004, le ratio de réserves moyen était de 11,3 %, avec des variations considérables (allant d’un minimum de 0 % en République Centrafricaine à 50 % environ au Zimbabwe). Dans de nombreux pays d’Afrique subsaharienne, les coefficients de réserves liquides sont complétés par un coefficient d’actifs liquides, qui est à la fois un instrument de politique monétaire et une disposition prudentielle, bien qu’il soit aussi souvent motivé par le désir de réduire le coût du financement du budget par le déficit9. Les coefficients de réserves obligatoires tendent à être plus élevés qu’aux États-Unis et dans la zone euro. Les augmentations des réserves obligatoires traduisent l’attention accrue accordée dans la région à la stabilisation de l’inflation et à la stabilité du système financier. Elles constituent aussi toutefois une réponse à l’accroissement de la liquidité dû, par exemple, aux entrées d’aide et de recettes pétrolières. Comme de nombreux pays ne rémunèrent que partiellement voire pas du tout ces réserves, l’emploi de cet instrument constitue un lourd impôt sur les banques.

Graphique 4.2.Afrique subsaharienne: coefficients de réserves obligatoires effectifs moyens

(Pourcentage)

Source: calculs des services du FMI.

Les instruments monétaires fondés sur le marché comprennent les ventes de devises et les adjudications primaires de bons du Trésor. Plusieurs banques centrales organisent des adjudications hebdomadaires de bons du Trésor. L’absence de grands investisseurs institutionnels signifie que les adjudications demeurent souvent incomplètement souscrites, et les banques centrales stérilisent la liquidité excédentaire en absorbant les bons non vendus. La stérilisation n’a lieu que si l’État n’utilise pas le produit des ventes de bons du Trésor. Le besoin de financement croissant de l’État dans certains pays limite la possibilité d’éponger la liquidité par les opérations d’open-market. Dans certains cas, les taux des bons du Trésor ne sont pas entièrement déterminés par le marché, car la banque centrale se fixe des taux limites bien précis au-delà desquels elle est déterminée à intervenir si nécessaire. À l’exception de l’Afrique du Sud et de Maurice, les marchés secondaires de titres sont largement inexistants10.

Liquidité du marché

En dépit d’augmentations des réserves obligatoires, la plupart des systèmes bancaires d’Afrique subsaharienne détiennent des quantités significatives de liquidité excédentaire non rémunérée. En moyenne, les réserves excédentaires représentent plus de 13 % du total des dépôts, encore qu’ils excèdent 30 % aux Comores, en Éthiopie, en Guinée-Bissau, en Guinée équatoriale et au Tchad (voir graphique 4.3). Si l’excédent de liquidité persistant de certains pays est lié aux entrées de recettes pétrolières et d’aide, une explication plus complète doit tenir compte de l’existence de contrôles des capitaux, des problèmes structurels des systèmes financiers (tels que les taux d’intérêt réglementés, les possibilités de prêt perçues comme limitées et risquées et l’asymétrie de l’information) et le sous-développement du marché interbancaire et du marché des titres publics. L’excédent de liquidité est non seulement plus élevé, mais aussi plus instable dans les pays producteurs de pétrole. Dans les zones de la CEMAC et de l’UEMOA, il est également supérieur à la moyenne pour l’Afrique subsaharienne.

Graphique 4.3.Afrique subsaharienne: ratio des réserves excédentaires au total des dépôts1

(Pourcentage; fin 2004)

Source: calculs des services du FMI.

1Lorsque les données de l’année 2004 ne sont pas disponibles, les données les plus récentes sont utilisées.

Encadré 4.3.L’intégration financière dans la zone CFA

L’UEMOA et la CEMAC, les deux unions monétaires qui constituent la zone CFA, s’efforcent de créer des marchés financiers régionaux intégrés. Les principaux objectifs sont: 1) créer des marchés de plus grande taille offrant davantage de possibilités de partage des risques et de diversification; 2) encourager une meilleure allocation du capital entre les diverses possibilités d’investissement; et 3) rendre possible une croissance plus élevée. L’intégration financière dans le contexte de l’intégration régionale peut être aidée par des efforts officiels pour intégrer les marchés (voir BID, 2002). Cependant, l’intégration financière ne se produit vraiment que lorsqu’il y a interaction significative entre les marchés financiers et que les prix des services financiers convergent.

L’intégration de la réglementation des marchés financiers dans la zone de l’UEMOA et de la CEMAC est avancée:

  • Il existe une monnaie commune et une banque centrale commune dans chaque sous-région, et les institutions financières sont soumises aux mêmes règles grâce à des institutions communes, notamment un organe de contrôle régional. Cependant, certaines différences importantes persistent, par exemple au niveau de l’agrément des banques, qui relève des ministères des finances nationaux.

  • En outre, il n’existe pas de contrôles des capitaux au sein de chaque union, ni de restrictions aux prêts bancaires transfrontières. Enfin, des cadres comptables et juridiques similaires ont été adoptés.

L’intégration des marchés est lente à s’opérer dans l’UEMOA comme dans la CEMAC:

  • Les marges de taux d’intérêt ne semblent pas converger dans l’UEMOA, et les données correspondantes pour la CEMAC ne sont pas concluantes. On ne constate pas de progrès vers la «loi du prix unique» en ce qui concerne les taux prêteurs dans l’UEMOA et/ou la CEMAC.

  • Dans tous les pays de la zone CFA, les transactions transfrontières et interbancaires paraissent limitées. Le seul marché actif est récemment apparu dans l’UEMOA, où des transactions transfrontières commencent à se faire jour sur le marché émergent des bons du Trésor1.

  • Le taux de participation étrangère est élevé dans le secteur bancaire. Pourtant, dans la plupart des cas, les banques tendent à être françaises, ce qui indique une intégration avec l’Europe plutôt qu’avec des membres africains de la zone. Il existe cependant à présent un certain niveau de participations croisées entre banques dont le siège social se trouve dans la région2.

Avec la mise en place d’un cadre harmonisé et les premiers signes d’activité régionale, les perspectives de la poursuite de l’intégration financière dans l’UEMOA et la CEMAC paraissent favorables. Sur la base des contraintes identifiées, les progrès dépendront toutefois du développement économique de la région en général, du renforcement du système bancaire régional et de l’abolition des obstacles formels et informels qui subsistent, notamment les différences de fiscalité, ainsi que de l’application équitable du cadre réglementaire commun.

1Sur la base des données disponibles, les achats de bons du Trésor par des banques non résidentes variaient de 11 % (en Côte-d’Ivoire) à 76 % (au Mali) de l’émission totale de bons en 2004–05.2Par exemple, les banques gabonaises possèdent des succursales en Guinée équatoriale.

Enjeux économiques

Accès limité aux services financiers

L’accès aux services financiers—épargne et prêts de faible montant—est plus limité dans les pays à faible revenu d’Afrique que dans ceux des autres régions. Compte tenu des difficultés d’accès physique aux agences bancaires, du niveau élevé des tarifs des banques et de la réglementation des taux d’intérêt, la plupart des ménages sont dans l’impossibilité d’accumuler de l’épargne dans un établissement financier du secteur formel.

Mesure de l’accès

Les données sur l’accès sont rares, étant donné la faiblesse des capacités statistiques de nombreux pays à faible revenu. L’accès peut être défini comme la possibilité pour les personnes d’obtenir des services financiers bon marché, utilisables et correspondant à leurs besoins financiers (DFID, 2005). Les efforts de la Banque mondiale et d’autres agences de développement pour établir les données tiennent compte du fait que l’accès aux services financiers et leur utilisation peuvent revêtir de nombreuses formes. L’idéal serait de mesurer le secteur financier informel au même titre que le secteur financier formel, par zone géographique et type d’instrument financier. Il n’est pas simple de mesurer l’accès. Il peut être nécessaire de recourir aux enquêtes auprès des ménages (voir encadré 4.4).

Étant donné que les réseaux d’agences sont en général petits et concentrés, l’accès physique aux services financiers est difficile. Dans 48 pays à revenu faible, intermédiaire ou élevé extérieurs à l’Afrique subsaharienne, on compte environ 15 agences pour 100.000 habitants, contre 2,5 agences pour 100.000 habitants en moyenne dans les 35 pays d’Afrique subsaharienne dont les données sont disponibles (Beck, Demirgüç-Kunt, and Peria, 2005; FMI, Département Afrique, 2005). La densité moyenne des réseaux d’agences en Afrique subsaharienne est tout aussi limitée, avec 6 agences seulement par 1.000 km2 au lieu de 34 pour les pays de l’échantillon extérieurs à l’Afrique subsaharienne11.

Peu de ménages sont en relation formelle avec une institution financière. Les enquêtes auprès des ménages montrent qu’en moyenne, dans les 29 pays d’Afrique subsaharienne pour lesquels des données sont disponibles, seuls 11 % des ménages ont accès à des comptes d’épargne, au lieu de 25 % dans les autres pays à revenu faible ou intermédiaire et 90 % dans les pays industrialisés (Claessens, 2005; FMI, Département Afrique, 2005). La République Centrafricaine et le Tchad présentent les niveaux d’accès les plus bas, les comptes d’épargne n’y étant détenus que par moins de 1 % de la population; à titre de comparaison, ce chiffre est proche de 50 % en Afrique du Sud et au Botswana.

Facteurs restreignant l’accès

L’accès aux services financiers en Afrique subsaharienne est entravé par la pauvreté généralisée et l’étendue du secteur agricole (voir graphique 4.4). La pauvreté limite la demande de dispositifs d’épargne; le montant négligeable de l’épargne augmente en retour le coût de fourniture des services financiers. Il existe une corrélation forte entre le niveau de l’accès (pourcentage de la population qui dispose d’un compte d’épargne formel) et les niveaux de pauvreté et de revenu par habitant des pays africains12. L’accès aux comptes d’épargne est plus faible dans les pays dotés d’un grand secteur agricole. Le faible niveau de l’accès est aussi lié à l’exiguïté des réseaux d’agences. Le manque de routes paraît constituer un obstacle majeur à l’extension des réseaux et est aussi directement lié au niveau très bas des prêts dans le secteur agricole.

Graphique 4.4.Afrique subsaharienne: accès au secteur bancaire

Sources: Banque mondiale, Indicateurs du développement dans le monde; Beck, Demirgüç-Kunt, and Peria (2005); calculs des services du FMI.

Le niveau élevé des commissions exigées pour ouvrir et maintenir un compte de dépôt rend l’accès aux services bancaires plus difficile pour les petits épargnants. Dans certains pays d’Afrique australe, le niveau élevé des soldes minimaux et des commissions est le motif le plus fréquemment cité par les ménages pour expliquer pourquoi ils n’ont pas de compte bancaire (FinScope, 2003). Le montant très élevé des dépôts minimaux nécessaires pour ouvrir un compte restreint aussi l’accès (en Gambie, le montant exigé équivaut au revenu annuel par habitant). La tendance des banques commerciales à servir les clients les plus importants et les plus riches est évidente à juger par le niveau élevé du solde moyen des comptes d’épargne dans les banques commerciales, équivalant à quatre fois le revenu annuel moyen dans un échantillon de 20 pays d’Afrique subsaharienne (voir graphique 4.5). Le niveau élevé du solde moyen des comptes d’épargne par rapport au revenu par habitant est particulièrement prononcé dans les pays à faible revenu (à Madagascar et au Tchad, par exemple, ces multiples sont de l’ordre de 12 fois le revenu annuel par habitant).

Graphique 4.5.Afrique subsaharienne: épargne moyenne dans les banques commerciales

(Par rapport au revenu par habitant)

Source: calculs des services du FMI.

La réglementation des taux d’intérêt qui subsiste dans certains pays rend les banques réticentes à accepter des dépôts et à consentir des prêts. Malgré la libéralisation généralisée qui a commencé dans les années 90, les taux d’intérêt demeurent réglementés dans de nombreux pays d’Afrique. Il s’agit, entre autres, de taux créditeurs planchers et de taux débiteurs plafonds fixés administrativement, qui visent souvent à assurer des prêts à bon marché et une rémunération appréciable des dépôts, en particulier pour les petits clients des banques. Les taux d’intérêt planchers font que les banques répugnent à accepter des dépôts supplémentaires, en particulier lorsqu’il existe une forte liquidité bancaire et que les réserves obligatoires ne sont pas rémunérées. Il s’ensuit que le niveau élevé du taux minimal de rémunération réelle des dépôts bénéficie surtout aux initiés qui possèdent déjà un compte (pour les pays de la CEMAC, voir FMI, 2005b). Le plafonnement des taux prêteurs empêche les banques de fixer au niveau approprié le prix du risque de prêt, en particulier dans le contexte d’environnements juridiques incertains, ce qui limite encore plus le crédit.

Financement insuffisant de l’économie

Constatations empiriques

On a identifié dans l’accès au crédit et le coût du financement certains des obstacles majeurs auxquels se heurtent les entreprises en Afrique. Plus de la moitié des sociétés couvertes par une enquête de la Banque mondiale déclarent que l’accès au financement et son coût représentent de sévères contraintes pour la croissance de l’entreprise (voir graphique A7 de l’appendice)13. Une enquête sur l’environnement des affaires dans le monde a identifié comme obstacles importants le niveau élevé des taux d’intérêt, les exigences de garanties bancaires et l’insuffisance d’information sur la solvabilité des clients. De ce fait, les banques d’Afrique subsaharienne ne procurent qu’un sixième des fonds de roulement et des fonds d’investissement des sociétés. Le financement bancaire des petites entreprises est encore plus réduit14.

Répartition sectorielle des prêts courants

La répartition sectorielle des prêts bancaires comparée à la répartition sectorielle de l’activité économique reflète les différences d’accès aux services financiers. Tandis que les secteurs secondaire et tertiaire ne représentent que deux tiers de l’activité économique en Afrique subsaharienne, ils reçoivent près de 90 % du total des prêts des banques commerciales (voir graphique 4.6). En outre, dans la majorité des pays—essentiellement les plus pauvres à prédominance agricole—, les banques prêtent surtout aux secteurs du commerce intérieur et extérieur. Dans quelques pays moins pauvres tels que le Kenya, le Lesotho, l’Ouganda et le Sénégal, qui possèdent une base manufacturière commerciale relativement grande, ce sont principalement les activités de fabrication qui bénéficient du crédit bancaire. Dans les pays à revenu intermédiaire (Afrique du Sud, Botswana, Gabon, Maurice et Namibie), le crédit à la consommation des ménages paraît dominant et représente en moyenne 33 % du total des prêts au secteur privé.

Graphique 4.6.Afrique subsaharienne: répartition des prêts et du PIB par secteur

(Pourcentage)

Source: calculs des services du FMI.

L’agriculture représente une part considérable de l’activité économique et de l’emploi, mais sa part du crédit bancaire commercial est petite et est en diminution (6 % en 2002). Au cours de la décennie passée, dans les deux tiers des 31 pays pour lesquels les données sont disponibles, la part des prêts à l’agriculture a diminué; dans 9 pays, cette part a chuté alors que le secteur était en croissance, et dans 7 autres elle a diminué davantage que la part du secteur dans le PIB. Le faible pourcentage des prêts au secteur agricole paraît fortement corrélé à la petite taille des réseaux d’agences bancaires, qui rend le service et le suivi des clients ruraux difficiles pour les banques.

Encadré 4.4.Extension des services financiers en Afrique: l’exemple de FinMark Trust

Les pays comme les donateurs se préoccupent de plus en plus d’améliorer l’accès des pauvres aux services financiers. En mars 2002, le Department for International Development (DFID) du Royaume-Uni a financé le FinMark Trust, dont la mission est de «mettre les marchés financiers au service des pauvres». Contrairement à des tentatives précédentes, le travail de FinMark est formellement basé sur des microfondations. Il mesure l’accès et définit des domaines de demande non satisfaite au niveau des ménages. Les activités de FinMark sont actuellement concentrées en Afrique du Sud, au Botswana, en Namibie, au Lesotho et au Swaziland.

Les enquêtes initiales révèlent d’importantes particularités nationales quant à l’accès, au rôle du secteur informel et, pour ceux qui y ont accès, aux préférences en matière de services financiers (voir tableau). Entre un tiers et la moitié de la population d’Afrique australe n’a pas accès aux services financiers; c’est en Afrique du Sud que l’accès est le plus élevé. L’individu financièrement exclu type est pauvre, de sexe féminin, rural et sans emploi. Le marché informel est plus important en Afrique du Sud et au Botswana qu’en Namibie: au Botswana, 27 % des répondants utilisent le marché formel comme le marché informel, ce qui indique des complémentarités entre les deux types. Parmi ceux qui ont accès au système financier, les produits d’épargne et de transaction sont plus populaires que les produits d’assurance ou de crédit.

Les renseignements obtenus par l’enquête FinScope sont cruciaux pour l’élaboration de politiques destinées à améliorer l’accès; des enquêtes de suivi pourront aider à en évaluer l’efficacité. FinScope a, par exemple, contribué aux efforts déployés par le gouvernement, l’industrie, les institutions financières et les institutions de la société civile et du monde du travail d’Afrique du Sud pour promouvoir l’adoption formelle d’une Charte de l’accès aux services financiers en octobre 2003. Par cette charte, les banques et les assureurs s’engagent à fournir certains produits et services aux personnes à faible revenu. De nouveaux instruments ciblés—comme les comptes Mzansi1—ont été créés, mais FinScope 2005 a constaté que la publicité n’avait pas encore atteint tous les ménages admissibles. On comptait cependant parmi les usagers des nouveaux instruments un groupe important de «nouveaux bancarisés».

La collecte de données s’élargit actuellement au Kenya, au Nigéria, à l’Ouganda, à la Tanzanie et à la Zambie. La Banque mondiale et FinMark ont entrepris de concevoir en coopération davantage d’indicateurs normalisés de l’accès financier en Afrique, en puisant aussi dans l’expérience acquise par la Banque mondiale avec ses enquêtes en Amérique latine et en Inde. Avec l’accroissement du nombre de pays couverts, il devrait être possible de tirer de leur expérience les pratiques optimales.

Principales constatations des enquêtes de FinScope(En pourcentage du total des réponses)
BotswanaNamibieAfrique du Sud
Caractéristiques générales
Individus financièrement inclus545563
Servis par les banques435147
Servis par d’autres institutions formelles638
Servis exclusivement par le marché informel518
Produits utilisés
Épargne5150
Transactions4341
Assurance3325
Crédit2122
Source: FinScope (2003).Note: FinScope définit les «individus financièrement inclus» comme ceux qui utilisent des produits financiers formels, informels ou interpersonnels (sauf les transferts). Dans ce groupe, les «bancarisés» désignent ceux qui utilisent au moins un produit bancaire. Les fournisseurs formels comprennent les fournisseurs agréés de microcrédits.
Source: FinScope (2003).Note: FinScope définit les «individus financièrement inclus» comme ceux qui utilisent des produits financiers formels, informels ou interpersonnels (sauf les transferts). Dans ce groupe, les «bancarisés» désignent ceux qui utilisent au moins un produit bancaire. Les fournisseurs formels comprennent les fournisseurs agréés de microcrédits.
1Les comptes Mzansi des banques sud-africaines offrent des services bancaires à bas prix aux personnes à faible revenu.

Principaux obstacles à la croissance de l’activité de prêt

Les taux d’intérêt prêteurs réels de l’Afrique subsaharienne sont parmi les plus élevés du monde. En 2004, le taux prêteur réel moyen en Afrique subsaharienne s’élevait à 13 %, au lieu de 8 % en moyenne dans les autres pays à revenu faible ou intermédiaire et 3,5 % dans les pays de l’OCDE (voir graphique A8 de l’appendice)15. Étant donné la faible intermédiation financière, le caractère très limité des marchés boursiers et obligataires et la quasi-absence de financement extérieur, les firmes de la plupart des pays d’Afrique subsaharienne sont dépendantes du financement bancaire, ce qui les rend plus vulnérables au niveau élevé des taux d’intérêt que les firmes des autres régions en développement. En situation de liquidité excédentaire, des taux d’intérêt élevés signalent l’existence de restrictions sur les taux d’intérêt, des pratiques collusoires sur le marché et un niveau élevé de risque de prêt.

Les déficiences du régime de la propriété des biens meubles et immeubles entravent l’inter-médiation financière en Afrique subsaharienne. Les titres de propriété foncière en Afrique subsaharienne sont sujets à une incertitude considérable du fait de l’absence de documentation, du chevauchement de différents régimes de droits et de propriété et de la surcharge des systèmes judiciaires. Dans certains pays (le Ghana et la Tanzanie, par exemple), le problème est compliqué par des adaptations du régime du «domaine de la Couronne», en vertu duquel toutes les terres sont réputées appartenir à l’État (la Tanzanie prépare actuellement l’institution de titres de propriété foncière individuels). En outre, dans de nombreux pays, de grandes quantités de terres sont détenues collectivement, ce qui présente un problème de titres de propriété encore plus ardu que sous le régime de la propriété d’État des terrains. Lorsqu’il existe des titres fonciers, les droits de timbre et les redevances légales imposent des coûts de transaction élevés à leur emploi comme garantie. Les programmes d’évaluation du secteur financier dans la région constatent régulièrement que le financement hypothécaire est sous-développé en partie du fait de ces contraintes. L’enregistrement de biens meubles, comme les voitures, présente également des difficultés considérables. Par exemple, lorsqu’un bien meuble est utilisé comme garantie au Rwanda et au Sénégal, il doit souvent être physiquement laissé en dépôt pour la durée du prêt, ce qui annule les avantages qu’offre par ailleurs le prêt garanti.

L’obstacle dû aux emprunts d’État

Plutôt que de prêter au secteur privé, de plus en plus les banques d’Afrique subsaharienne prêtent à l’État ou achètent des titres de dette émis par l’État. Le poids des créances sur l’État est en croissance rapide dans les bilans des banques commerciales comparé aux créances sur le secteur privé. Le rapport total des créances sur l’administration centrale/total des créances sur l’économie intérieure a augmenté pour dépasser 25 % sur la période 2000–04, un niveau supérieur de 8 points à celui des autres pays à revenu faible ou intermédiaire (voir graphique 4.7)16. De 1995 à 2004, alors que les créances sur l’État progressaient plus vite que les créances sur le secteur privé en Afrique subsaharienne, la tendance était nettement inverse dans les autres pays à faible revenu (voir graphique A9 de l’appendice)17. En Afrique subsaharienne, la proportion des créances sur l’État est plus basse dans les pays de la zone CFA, ce qui traduit l’introduction plus récente de marchés de titres de dette publique (dans l’UEMOA) et la part plus élevée des dépôts publics, due en partie à la présence d’exportateurs de pétrole dans la CEMAC.

Graphique 4.7.Afrique subsaharienne et comparateurs: créances du secteur bancaire sur l’État

(En proportion du total des créances)

Source: FMI, International Financial Statistics.

La dette intérieure de l’État peut aider les banques à prêter au secteur privé, mais la plupart des avantages doivent être pesés en regard des préoccupations relatives à la dette publique. Une dette intérieure de taille modeste peut favoriser l’intermédiation financière de trois manières: 1) la dette publique dont le risque est faible peut contribuer à compenser le risque élevé des prêts au secteur privé, ce qui permet à ces derniers de croître à l’intérieur des limites prudentielles des ratios de fonds propres pondérés en fonction des risques (Kumhof and Tanner, 2005); 2) la courbe des rendements des instruments de dette du marché intérieur offre une référence pour les marchés de la dette du secteur privé, notamment les prêts bancaires; 3) privilégier le recours aux instruments de dette intérieure plutôt qu’au financement monétaire—pour un niveau donné de financement intérieur—favorise la stabilité macroéconomique. Certains pays d’Afrique subsaharienne n’émettent pas encore de bons du Trésor, ce qui limite les avantages de la dette publique sur le plan du développement du secteur financier. En revanche l’émission de dette publique absorbe l’épargne intérieure, accroît les taux d’intérêt et évince les prêts au secteur privé. Les constatations empiriques quant à l’impact de la dette intérieure sur le crédit au secteur privé sont contrastées18.

Mise en œuvre de la politique monétaire

Liquidité excédentaire

La présence de liquidité excédentaire dans le système bancaire limite l’efficacité de la politique monétaire. En présence d’une liquidité excédentaire élevée, les modifications du coefficient de réserves obligatoires n’entraînent pas d’ajustement de la liquidité dans l’économie. La politique monétaire tendra à être particulièrement inefficace dans les systèmes bancaires où l’excédent de liquidité est involontaire, les banques ne disposant pas d’autres possibilités d’investissement. Dans ces conditions, un excès de réserves traduit un rendement marginal très bas des prêts, après déduction des coûts d’intermédiation19. Les instruments de politique monétaire qui altèrent la base monétaire n’ont pas ou guère d’effet sur les conditions de prêt et sur les grands agrégats monétaires—et ont donc peu d’effet sur l’activité économique. Lorsque la liquidité est détenue à titre de précaution20, une modification du coefficient de réserves obligatoires peut encore exercer un certain effet. Des études empiriques récentes confortent cette hypothèse: au Nigéria et en Ouganda, il a été constaté que les innovations apportées à la masse monétaire exerçaient davantage d’effet sur l’inflation lorsque l’excédent involontaire de réserves était bas que lorsqu’il était élevé (Saxegaard, 2006)21.

Manque de profondeur des marchés interbancaires

Le manque de profondeur des marchés interbancaires gêne le mécanisme de transmission des taux d’intérêt. Les opérations sur le marché monétaire sont le plus efficaces lorsque les opérations de liquidité de la banque centrale, qui ne traite peut-être qu’avec quelques banques seulement, se propagent à toutes les banques par le biais du marché interbancaire. Un marché interbancaire peu profond ne transmet pas efficacement les impulsions de liquidité de la banque centrale: les banques en difficulté coupées du marché interbancaire s’adressent directement à la banque centrale pour remédier à leurs déficits de liquidité (FMI, 2005e). Souvent, par conséquent, les banques centrales retirent et injectent de la liquidité simultanément.

Absence ou exiguïté des marchés de titres publics

L’existence de liens financiers directs entre la banque centrale et l’État complique la gestion de la monnaie. Lorsqu’il n’existe pas encore de bons du Trésor, les administrations accèdent souvent directement au crédit de la banque centrale pour financer les déficits budgétaires. Dans ces conditions, il est difficile pour la banque centrale de contrôler la taille et la composition de son bilan. Cela limite sa capacité d’influer efficacement sur la liquidité globale (FMI, 2005e).

Un marché de titres publics trop étroit peut contribuer à l’émergence de problèmes de taux d’intérêt et d’inflation par le biais du budget. Comme les marchés intérieurs de la dette en Afrique subsaharienne ne sont pas en général étroitement intégrés aux marchés financiers mondiaux, les taux d’intérêt intérieurs peuvent s’écarter considérablement des taux de parité sans couverture. Lorsque l’État se finance par l’émission d’obligations, mais que le marché obligataire est exigu et peu développé et que les obligations sont d’échéance courte, il peut s’ensuivre une hausse brutale des taux d’intérêt qui déstabilise le budget et, en augmentant le recours au seigneuriage, aggrave l’inflation22. L’emploi de titres d’État ou de banque centrale aux fins du contrôle monétaire est compliqué par de forts couplages avec la volatilité des taux d’intérêt et d’inflation (Adam and O’Connell, 2006).

Absence ou exiguïté des marchés des changes

En Afrique subsaharienne, de même que dans quelques autres régions en développement, il existe des obstacles structurels à l’approfondissement des marchés des changes interbancaires. La concentration des marchés—quelques institutions financières seulement contrôlent le gros des transactions—et la réglementation des changes limitent la profondeur et l’efficience de ces marchés (Canales-Kriljenko, 2003). Parmi les autres restrictions: l’obligation de rétrocession des devises (encore en place, bien qu’en diminution), l’obligation pour les acteurs du marché interbancaire de ne traiter qu’avec des clients, et non entre eux-mêmes, et des limites prudentielles strictes sur les positions ouvertes nettes en devises23. S’ajoutent à cela d’autres contraintes: manque fréquent de transparence et rareté excessive des adjudications de devises en Afrique subsaharienne, lourdeur bureaucratique et coûts administratifs élevés des marchés organisés—ce qui contribue au maintien de marchés parallèles dans quelques pays), manque de clarté des objectifs des interventions de la banque centrale sur le marché des changes (gestion de la liquidité, lissage de brefs excès de volatilité, ou ciblage du taux de change).

En l’absence de marchés des changes actifs et efficients en Afrique subsaharienne, les politiques d’intervention des banques centrales sur le marché des changes se heurtent à des difficultés. Bien que de nombreux pays d’Afrique subsaharienne soient passés à des régimes de taux de change plus flexibles, la plupart des résultats de facto—modes d’intervention observés et volatilité à court terme du taux de change nominal—montrent une flexibilité moindre24. Dans de nombreux pays, un niveau d’intervention substantiel de la banque centrale sur le marché est la norme. Ces interventions empêchent que les signaux du marché se transmettent aux taux officiels, ce qui amène souvent des régimes de change flexibles de jure à se rapprocher étroitement de régimes à taux fixe. Certains observateurs estiment que la contrainte la plus importante qui freine l’instauration de taux de change flottants dans les pays à faible revenu est peut-être l’absence de marchés financiers qui permettraient aux entreprises résidentes de couvrir les risques liés aux fluctuations temporaires du taux de change (Montiel, 2002).

Instruments de politique monétaire fondés sur des règles

Le recours de la banque centrale à des instruments de politique monétaire directs reposant sur des règles impose des coûts aux institutions financières. Les réserves obligatoires non rémunérées constituent un impôt implicite sur les banques. Les coefficients de réserves obligatoires élevés et en augmentation dans de nombreux pays accroissent régulièrement la charge qui pèse sur les banques. Des coefficients de réserves obligatoires élevés peuvent aussi contribuer de façon significative à augmenter les écarts de taux d’intérêt (voir, par exemple, pour le Malawi, Mlachila and Chirwa, 2002). Si les réserves ne sont rémunérées que partiellement, voire pas du tout, cela incite les emprunteurs et les déposants à contourner le système des dépôts, et les banques à créer de nouveaux produits au lieu de passifs pouvant donner lieu à la constitution de réserves25 (FMI, 1996 et 2005e).

Réformes du secteur financier

Bien que de nombreux pays d’Afrique subsaharienne prennent des mesures pour atténuer quelques-unes de ces difficultés, des problèmes demeurent. Souvent, des réformes sont entreprises en réaction à une enquête—parfois dans le contexte de la participation du pays à un programme d’évaluation du secteur financier (PESF)—qui a identifié un vaste éventail d’obstacles. Les réformes du secteur financier font aussi de plus en plus souvent partie de la conditionnalité des programmes appuyés par le FMI26. Ces réformes font suite à la vague antérieure d’efforts de libéralisation du secteur financier, qui est demeurée limitée en raison surtout de sa couverture incomplète, de l’ordre inapproprié d’application des réformes et de leur lancement dans un environnement d’instabilité macroéconomique27. Pourtant, les nouveaux efforts de réforme sont encore souvent incomplets.

Microfinance

Ces quelques dernières années, de nombreux gouvernements et ONG d’Afrique subsaharienne ont présenté les institutions de microfinance (IMF) comme une solution à l’accès limité des ménages aux services financiers28. Plus de la moitié des IMF de la base de données CGAP (Consultative Group to Assist the Poor)29 ont été créées après 1998, et le nombre de membres a presque doublé entre 2001 et 200330. Cependant, la pénétration du secteur demeure modeste. En moyenne, 2,5 % de la population seulement dispose d’un compte dans une IMF; dans la plupart des pays, ce chiffre est inférieur à celui qu’atteignent les banques commerciales (voir graphique 4.8). Les actifs du secteur de la microfinance représentent en moyenne 1,3 % du PIB et 6 % des actifs des banques commerciales (voir graphique 4.9), bien que ces proportions soient sensiblement plus importantes dans certains pays.

Graphique 4.8.Afrique subsaharienne: accès aux services financiers des institutions de microfinance (IMF) et des banques commerciales

(En pourcentage de la population totale)

Sources: base de données CGAP (Groupe consultatif d’assistance aux pauvres); Claessens (2005); calculs des services du FMI.

Graphique 4.9.Afrique subsaharienne: taille du secteur financier informel

(Pourcentage)

Sources: base de données CGAP; calculs des services du FMI.

En dépit de sa petite taille, la microfinance semble réussir à atteindre les pauvres. Le système du microcrédit est sensiblement plus important dans les pays pauvres où le système financier formel est relativement petit31. Il existe aussi une relation inversement proportionnelle entre le nombre des comptes ouverts dans des IMF et ceux ouverts dans des banques commerciales, ce qui donne à penser que la microfinance compense dans une certaine mesure la pénétration limitée du système financier formel. L’encours moyen du prêt IMF par emprunteur est de 307 dollars EU, ce qui équivaut aux trois quarts du revenu moyen par habitant, et le solde d’épargne moyen est de 141 dollars EU, moins de la moitié du revenu moyen par habitant32. En revanche, le dépôt moyen dans les banques commerciales est égal à quatre fois le revenu moyen par habitant.

Cependant, les coûts d’emprunt dans les IMF sont relativement élevés, ce qui traduit en partie leurs coûts de fonctionnement élevés. Le taux prêteur réel moyen des IMF est de 43 %, le taux médian étant de 29 %, et présente une forte variance entre les pays. Ces taux sont en général plus élevés que ceux des banques commerciales (12 % en moyenne en 2003). Les coûts d’emprunt élevés sont dus à des coûts de fonctionnement plus élevés que ceux des IMF d’autres régions, ainsi qu’à des coûts fixes plus élevés attribuables à la médiocrité des infrastructures, à la faible densité de la population dans les zones rurales et aux coûts élevés de la main-d’œuvre (Lafourcade et al., 2005). Étant donné que les IMF prêtent avant tout aux petites et moyennes entreprises, les taux reflètent peut-être aussi une prime de risque.

Les IMF d’Afrique subsaharienne, en moyenne, maintiennent des portefeuilles d’une qualité relativement élevée, mais la plupart ne sont pas rentables. Quoiqu’il existe de grandes différences entre pays, les prêts en arriérés s’élevaient en moyenne à 7 % du portefeuille total des prêts des IMF fin 2003, soit la moitié du taux des banques commerciales33. Les mesures de la qualité des portefeuilles sont aussi nettement meilleures que celles des IMF d’autres régions en développement. Les recettes produites en interne couvrent en moyenne la totalité des coûts de fonctionnement (coûts de financement et de fonctionnement et provisions pour pertes sur prêts), mais la rentabilité est basse. Cependant, étant donné le niveau élevé des coûts fixes, dans deux tiers des pays le rendement des actifs est en moyenne négatif. Ce sont les IMF organisées par des ONG qui présentent l’autosuffisance opérationnelle et la rentabilité les plus basses, tandis qu’elles sont au plus haut dans les coopératives de crédit et les IMF agréées. Les IMF d’Afrique subsaharienne sont en général moins rentables que celles d’autres régions en développement.

Les faits constatés donnent à penser que les institutions financières formelles et informelles peuvent se compléter. Bien que la microfinance ne puisse prétendre à l’envergure du secteur financier formel, elle sert des groupes que le secteur formel a du mal à atteindre (Honohan, 2004). Dans de nombreux pays, les banques commerciales entrent de plus en plus sur le marché de la microfinance (CGAP, 2004), et quelques grandes IMF ont entrepris de se transformer en banques. L’expansion des IMF dépendra du maintien des subventions pour certains types d’institutions et d’une croissance plus orientée vers le marché pour d’autres. Beaucoup d’IMF financées par des donateurs ou organisées par des ONG, qui visent les plus pauvres, ne sont pas en mesure de couvrir leurs coûts et continueront de dépendre de subventions. Les IMF qui sont autosuffisantes sur le plan opérationnel peuvent, en revanche, s’agrandir si elles restent prudentes dans leur fonctionnement et diversifient leurs portefeuilles.

Financement des entreprises

Les gouvernements d’Afrique subsaharienne ont dans le passé utilisé sans succès les banques d’État ou de développement pour canaliser le crédit vers le secteur privé. Étant donné les pertes financières de ces institutions—la plupart des crises bancaires ont été en partie causées par les pertes de banques de développement—au cours des années 90, la plupart des pays ont entrepris de privatiser ces institutions et ont pris la décision de s’abstenir d’efforts directs pour promouvoir le financement privé. La plupart des gouvernements considèrent que la meilleure manière d’accroître le crédit au secteur privé consiste à améliorer la stabilité macroéconomique et le cadre dans lequel celui-ci opère.

Avec la stagnation du crédit au secteur privé, cependant, certains pays envisagent une approche plus militante—qui pourrait comporter les mêmes types de risque que par le passé. Certains pays comme le Gabon utilisent de nouveau des banques de développement pour canaliser du crédit vers des secteurs prioritaires, jusqu’à présent avec des résultats inégaux ou carrément négatifs. D’autres, comme les pays membres de l’UEMOA, forment des banques spécialisées à capital d’État pour donner à certains secteurs un accès aux types de finance souhaités. Dans de nombreux pays, les organismes de crédit à l’exportation subventionnent l’accès au financement. Il n’existe pas pour l’instant d’étude systématique de ces efforts, mais il apparaît déjà que les problèmes du passé vont probablement ressurgir.

Les marchés boursiers qui ont été ouverts dans un certain nombre de pays pour faciliter l’accès à la finance demeurent peu étendus. Jusqu’en 1989, il n’existait que cinq marchés boursiers en Afrique subsaharienne; il y en a quinze à présent. Plus récemment, des bourses des valeurs ont été établies au Ghana, au Malawi, en Ouganda, au Swaziland et en Zambie. Quelques constatations empiriques indiquent que les marchés boursiers ont aidé les sociétés cotées à trouver un financement. Cependant, comme peu de sociétés sont cotées et la rotation des actions demeure limitée, les marchés boursiers restent largement confidentiels en Afrique subsaharienne. Le niveau élevé des coûts et l’absence d’infrastructure sont aussi préoccupants (voir encadré 4.5).

Institutions financières non bancaires (IFNB)

En Afrique subsaharienne, les IFNB constituent un groupe varié qui a la capacité d’étoffer l’offre de produits et de services disponibles. Il s’agit des compagnies d’assurances, des fonds de pension, des société de crédit hypothécaire, des sociétés de crédit à la consommation, des sociétés de financement et de crédit-bail et des caisses d’épargne postales. Les IFNB offrent des produits ou services que les banques ne peuvent pas ou ne sont pas autorisées à proposer, et pourraient fournir d’autres instruments d’épargne, d’investissement et de gestion des risques. Certaines IFNB pourraient promouvoir des produits de prêt mieux adaptés aux conditions juridiques et institutionnelles des pays d’Afrique subsaharienne que les banques classiques. Par exemple, lorsque les garanties sont insuffisantes, le crédit-bail peut offrir une solution à plus faible risque pour le prêteur que le financement bancaire. Le développement de ce secteur pourrait aussi accroître la concurrence entre les banques, ce qui pourrait améliorer l’accès au financement. De même qu’avec les banques d’État et les autres institutions soutenues par l’État, cependant, il est légitime de se demander si l’État—en dehors de la fourniture d’un cadre juridique et opérationnel—doit apporter son soutien à ce type d’institutions.

Amélioration de l’environnement opérationnel

De nombreux pays essayent, avec des résultats variés, d’améliorer l’environnement dans lequel opère le secteur financier. Des modifications juridiques, comme la modernisation de la législation bancaire et des lois organisant la banque centrale, permettent des interactions davantage fondées sur le marché. Des modifications du droit des affaires, du droit des faillites notamment, sont aussi cruciales pour le fonctionnement des marchés financiers. En 1993, désireux de moderniser le droit des affaires, un groupe de 16 pays africains a mis en œuvre l’Organisation pour l’harmonisation du droit des affaires (OHADA), qui a déjà normalisé une grande partie du droit des affaires34. Des efforts plus vastes portent sur la déréglementation des secteurs financiers, bien que des restrictions subsistent dans de nombreux pays en ce qui concerne les taux d’intérêt, l’entrée des banques étrangères sur le marché et les mouvements de capitaux35.

Des enquêtes indiquent que l’environnement opérationnel est un grand sujet de préoccupation. Malgré l’amélioration de nombreuses lois et réglementations, les enquêtes PESF confirment les données des indicateurs de Doing Business, selon lesquelles l’application des réglementations est inégale d’un pays et d’une région à l’autre, et que la transparence et la gouvernance souffrent de problèmes chroniques. Les mesures prises par les pouvoirs publics ou avec leur approbation continuent d’être source de distorsions—comme les restrictions d’accès aux devises et la manipulation des taux d’intérêt, entre autres obstacles au fonctionnement des marchés.

Éléments d’une stratégie de réforme prospective

L’Afrique subsaharienne doit faire de la réforme de ses secteurs financiers une priorité. À l’heure actuelle, ils ne contribuent pas au développement économique et n’améliorent pas non plus la qualité des services accessibles aux pauvres. Devant l’accumulation croissante de données empiriques et statistiques qui lient finance et croissance, et la conclusion que, dans de nombreux pays d’Afrique subsaharienne, les limites d’accès sont des obstacles importants à l’expansion des entreprises, la réforme du secteur financier est l’une des clés de la croissance en Afrique.

Pendant que se poursuivent les études sur la meilleure manière de résoudre les difficultés du secteur financier, les réformes devraient viser les principaux obstacles. On dispose à présent de données considérables sur les goulets d’étranglement les plus répandus, ainsi que des enseignements apportés par les tentatives de réforme précédentes. Les nouvelles réformes devraient se concentrer d’abord sur les obstacles identifiés dans de nombreuses études et chercher à améliorer la mise en œuvre des réformes à partir des enseignements du passé. Si des aspects importants sont applicables à tous les pays, les réformes du secteur financier doivent néanmoins reconnaître les facteurs spécifiques à chaque pays, tels que le niveau de développement.

Les priorités suivantes sont proposées:

  • Éliminer les distorsions. Si les banques sont en général rentables, un développement plus dynamique du secteur bancaire se heurte à de multiples restrictions et au laxisme des contrôles. D’importantes restrictions demeurent, telles que la réglementation des taux d’intérêt et l’usage excessif d’instruments de régulation monétaire coûteux, comme les coefficients élevés de réserves obligatoires. L’élimination ou la réduction de ces restrictions pourrait stimuler le développement du secteur bancaire. De même, la fin du laxisme réglementaire permettrait une meilleure fixation du prix du risque et faciliterait les relations interbancaires.

  • Accroître la taille du marché. Les données empiriques indiquent que la petite taille du marché entraîne des coûts élevés pour le développement du marché financier. Quatorze pays d’Afrique au moins appartiennent à des unions monétaires et devraient œuvrer à promouvoir l’intégration financière afin que les pays membres tirent pleinement parti de ces marchés élargis. D’autres pays gagneraient à harmoniser leurs réglementations dans le sens d’une atténuation des restrictions à l’entrée sur le marché, afin de permettre aux firmes financières de bénéficier d’économies d’échelle et d’un champ d’activité élargi.

  • Promouvoir un cadre prudentiel conforme aux structures économiques. Les cadres prudentiels ont été développés pour des pays plus diversifiés. En Afrique subsaharienne, certaines règles prudentielles, comme celles sur la diversification du risque, sont systématiquement violées, et d’autres, comme les niveaux minimaux de fonds propres obligatoires et le coefficient de risque nul affecté à la dette publique, peuvent ne pas convenir aux différents niveaux de risque. Étant donné les efforts actuels de réévaluation des cadres prudentiels et le fait que de nombreux pays d’Afrique subsaharienne envisagent d’adhérer à l’Accord de Bâle II, le moment est peut-être opportun de réviser plus largement le cadre prudentiel des pays à faible revenu. Les pays d’Afrique subsaharienne devraient participer aux forums internationaux qui débattent de ces questions.

  • Recourir à d’autres instruments pour surmonter les goulets d’étranglement. Il faudra sans doute un certain temps pour résoudre les questions de droit de propriété. Dans l’intervalle, les pays gagneraient à utiliser d’autres instruments (par exemple le crédit-bail), ou à recourir à d’autres solutions que le nantissement (par exemple garanties collectives, prises de participation réversibles) que d’autres régions confrontées aux mêmes obstacles ont adoptés.

  • Éviter les institutions spécialisées à capital d’État. Jusqu’à présent, les efforts déployés par les autorités pour encourager l’accès n’ont pas abouti. Tout nouvel effort visant à élargir l’offre d’institutions et d’instruments devrait tendre à maximiser le rôle des marchés, réduire les coûts et éviter les interventions qui faussent le marché. Les interventions de ce type—banques de développement d’État, instruments financiers subventionnés—doivent avoir une durée limitée, et les pouvoirs publics, une stratégie de sortie claire.

  • Appliquer équitablement le cadre légal et réglementaire. L’amélioration de la gouvernance dans l’économie requiert l’application équitable des lois, ce qui devrait être facilité par l’existence de tribunaux de commerce et peut-être de juges spécialisés. Il conviendrait d’examiner régulièrement les différences sur le plan du droit et des usages commerciaux entre les pays qui ont déjà harmonisé leurs législations et les amender le cas échéant.

Encadré 4.5.Marchés boursiers en Afrique subsaharienne: difficultés et questions fondamentales

Quinze pays d’Afrique subsaharienne disposent de marchés boursiers, établis pour la plupart au cours de la décennie écoulée (voir tableau). L’utilité et le rôle de ces marchés dans le financement de l’industrie ont été débattus aussi bien dans les pays avancés que dans les pays en développement. Tandis que leurs partisans font valoir la nécessité d’un financement à long terme, d’autres craignent qu’une réglementation généralement médiocre ne sape l’efficacité du marché et l’utilité des signaux de prix pour l’allocation des ressources d’investissement.

Les marchés boursiers d’Afrique demeurent embryonnaires. À l’exception de l’Afrique du Sud et du Zimbabwe, la capitalisation boursière moyenne est d’environ 27 % du PIB; elle tombe jusqu’à 1,4 % en Ouganda. Cela tranche avec un marché émergent comme la Malaisie, qui présente un taux de capitalisation d’environ 161 %. La liquidité du marché est aussi très basse: le taux de rotation n’est que de 0,02 % au Swaziland, contre environ 29 % au Mexique. Le niveau très bas de la liquidité signifie qu’il est beaucoup plus difficile pour un marché local, étant donné le faible volume d’activité, d’entretenir son propre système de transactions, d’analyse de marché et de sociétés de bourse. Sur la plupart des marchés boursiers d’Afrique subsaharienne, les insuffisances de l’information et de la publicité financière rendent impossible l’échange de la plupart des actions cotées. En outre, la surveillance exercée par les autorités de contrôle est souvent insuffisante.

Les marchés boursiers d’Afrique subsaharienne ont contribué au financement des sociétés cotées, mais on ne constate encore aucun signe d’augmentation des avantages économiques. La structure du financement des sociétés dans certains pays d’Afrique subsaharienne donne à penser que les marchés boursiers sont une source de financement importante (Yartey, 2005a). Au Ghana, le marché boursier a financé environ 28 % de la croissance totale des actifs des sociétés inscrites à la cote sur la période 1995–2002, 16 % en Afrique du Sud entre 1996 et 2000, et 8 % au Zimbabwe entre 1995 et 1999. Dans chacun de ces trois pays, le marché boursier représentait pour ces compagnies la principale source de financement à long terme. Cependant, il n’apparaît pas clairement si ces économies en ont tiré avantage sous forme, par exemple, d’une augmentation de l’épargne et de l’investissement, ou d’une productivité accrue des investissements. Enfin, à ce jour, tous les marchés boursiers d’Afrique subsaharienne continuent de dépendre de subventions publiques locales ou régionales pour leur fonctionnement.

Afrique subsaharienne: indicateurs de développement du marché boursier, 2004
Nombre de sociétés cotéesCapitalisation boursière (en pourcentage du PIB)Valeur des échanges (en pourcentage du PIB)Taux de rotation (en pourcentage)
Afrique du Sud403214,176,545,0
Botswana1829,40,62,1
Côte d’Ivoire3913,60,32,5
Ghana2930,70,83,2
Kenya4724,92,18,0
Malawi89,01,011,1
Maurice4139,31,64,4
Namibie138,10,34,7
Nigéria20720,12,313,9
Ouganda51,40,00,2
Swaziland69,30,00,0
Tanzanie66,20,22,5
Zambie118,00,11,1
Zimbabwe7987,914,03,9
Égypte79251,37,517,1
Malaisie962161,350,833,4
Mexique15225,46,329,1
Thaïlande46570,666,793,8
Source: Banque mondiale, Indicateurs du développement dans le monde.
Source: Banque mondiale, Indicateurs du développement dans le monde.

D’après les études publiées, les conditions préalables ci-après, dont certaines sont absentes dans quelques pays d’Afrique subsaharienne, sont indispensables pour qu’un pays puisse tirer parti du développement du marché boursier:

  • Un environnement macroéconomique sain et des niveaux de revenu suffisamment élevés. Les revenus, l’épargne intérieure et l’investissement sont des déterminants importants du développement du marché boursier sur les marchés émergents (Garcia and Liu, 1999).

  • Une mise en place ordonnée. Un marché boursier ne devrait voir le jour qu’une fois atteint une certaine profondeur de l’intermédiation financière. Yartey (2005b) constate qu’une augmentation d’un point du développement du secteur financier relève le développement du marché boursier de 0,6 point en Afrique subsaharienne, abstraction faite des variations de stabilité macroéconomique, du développement économique et de la qualité des institutions juridiques et politiques.

  • Des institutions transparentes et responsables. Des institutions de bonne qualité, la primauté du droit, le contrôle démocratique et une corruption limitée sont aussi des facteurs importants du développement du marché boursier. Ces facteurs réduisent le risque politique et améliorent la viabilité du financement extérieur.

Les marchés boursiers d’Afrique subsaharienne doivent à présent affronter l’enjeu de la régionalisation et ont besoin d’un meilleur développement technique et institutionnel. Bien que les analystes préconisent la régionalisation en Afrique subsaharienne à titre de remède à l’étroitesse des marchés, la réussite de l’approche régionale suppose que soient réunies d’importantes conditions préalables, telles que l’harmonisation des régimes juridiques (législation des faillites et droit comptable) et un régime de commerce libéralisé. Il importe aussi de disposer de systèmes solides de transaction électroniques et de dépôts centralisés. D’autres réformes du secteur financier—amélioration du cadre légal et comptable, capacités d’évaluation du crédit par le secteur privé et supervision réglementaire par le secteur public—seraient également utiles.

Préparé par Anne-Marie Gulde, Catherine Pattillo, Jakob Christensen, Kevin Carey et Smita Wagh. Behrouz Guerami, Amadou Sy et Charles Yartey ont apporté des contributions substantielles.

Cette section s’inspire de sources statistiques très variées, notamment de Profils du secteur financier, effectués récemment par pays au Département Afrique du FMI. Il a été fait usage également d’études des marchés financiers par pays réalisées par le Département Afrique du FMI (Ouganda: Peiris, 2005; Botswana: Kim, 2004; Lesotho: Gershenson, 2004; Kenya: Powell, 2003; République démocratique du Congo: Clément, 2004).

Les données bancaires agrégées comme celles des banques prises isolément sont calculées à partir de Bankscope. En Afrique subsaharienne, 34 pays sont couverts; parmi ces pays, 381 banques sur un total de 453 sont prises en compte dans les Profils du secteur financier du Département Afrique du FMI. Comme l’unité d’observation est la banque, les pays qui possèdent le plus de banques reçoivent en fait une pondération plus élevée dans les moyennes de l’Afrique subsaharienne. L’un ou l’autre ensemble de données est le plus approprié selon que l’on s’intéresse au système bancaire type ou à la banque type de l’Afrique subsaharienne.

D’autres pays envisagent aussi des solutions régionales pour des systèmes de règlement et de paiement, eu égard aux économies d’échelle et au partage des coûts, mais, en dehors des unions monétaires, les problèmes de réglementation et de contrôle sont plus difficiles à résoudre.

La couverture des fichiers publics de débiteurs et des bureaux de vérification de crédit privés est faible dans tous les groupes, encore qu’elle semble croître plus rapidement dans le groupe des pays à revenu faible–intermédiaire hors Afrique subsaharienne. (Le groupe de pays à revenu faible–intermédiaire comparateur comprend des pays à revenu faible et à revenu intermédiaire (tranche inférieure). Selon les catégories de revenu national de la Banque mondiale calculées à partir du revenu national brut (RNB) par habitant en 2004, sont considérés comme pays à faible revenu ceux où le RNB est égal ou inférieur à 825 dollars EU, et comme pays à revenu intermédiaire (tranche inférieure) ceux où le RNB est égal à 3.255 dollars EU ou moins).

La Banque mondiale et le FMI (2005) offrent d’autres exemples tirés des données de l’enquête de Doing Business. Par exemple, le Nigéria possède les réglementations les plus malcommodes du monde pour l’enregistrement de la propriété (21 procédures, des redevances s’élevant à 27 % de la valeur du bien et des délais d’enregistrement de 274 jours). Ce type de procédures, qui sont comparables dans d’autres pays de l’Afrique subsaharienne, explique en partie pourquoi les emprunteurs ont souvent des problèmes pour proposer des garanties adéquates.

Bien que 13 pays d’Afrique subsaharienne seulement aient participé jusqu’à présent au programme d’évaluation du secteur financier, l’application des Principes fondamentaux de Bâle pour un contrôle bancaire efficace est similaire à ce qu’elle est dans d’autres pays.

Le coefficient effectif de réserves est le ratio réserves obligatoires/somme des dépôts à vue et à terme et des dépôts en devises.

En tant qu’instruments de politique monétaire, ils sont d’une manière générale à la fois inefficaces et facteurs de distorsion, selon les études publiées (Gulde, 1995), et entravent le développement du marché secondaire.

Le passage à un usage accru d’instruments fondés sur le marché est limité par le faible développement du marché interbancaire et les insuffisances de la prévision de liquidité de la banque centrale. Les études-pays menées par le Département Afrique du FMI sur ces questions de politique monétaire et d’autres aspects connexes comprennent: Angola: Alvesson and Torrez, 2003; Gambie: Harjes, 2004; Nigéria: Gobat, 2003; et Tanzanie: Nassar, 2003.

Il est possible que la taille du réseau d’agences ne décrive pas précisément l’accès physique aux agences bancaires, car, dans de nombreux pays, les banques concentrent leurs agences dans les zones urbaines. On ne dispose pas de données sur la répartition des agences bancaires entre les zones urbaines et les zones rurales. La couverture géographique limitée de l’Afrique pourrait être due à la faible densité démographique, qui limite l’incitation pour les banques à desservir des zones peu peuplées. Cependant, la densité moyenne de la population est identique à la moyenne mondiale.

Pour les pays pétroliers, on a recouru au revenu non pétrolier par habitant, étant donné qu’une forte proportion de la population ne bénéficie pas des recettes pétrolières. Beck, Demirgüç-Kunt et Peria (2005) constatent des faits similaires pour les pays africains et non africains dans un échantillon de 91 pays. Les niveaux d’analphabétisme, qui sont étroitement liés au revenu par habitant, sont aussi corrélés à l’accès en Afrique subsaharienne.

Selon des enquêtes sur le climat de l’investissement menées par la Banque mondiale dans sept pays d’Afrique subsaharienne: l’Érythrée, l’Éthiopie, le Kenya, l’Ouganda, le Sénégal, la Tanzanie et la Zambie.

Les enquêtes sur le climat de l’investissement de la Banque mondiale ont également constaté que les banques exigent des garanties élevées—en moyenne plus de 170 % de la valeur du prêt.

Les taux prêteurs réels sont le plus élevés dans les pays de l’UEMOA et de la CEMAC (sur la base des taux prêteurs maximaux), où ils atteignent en moyenne 17,5 % et 15,5 %, respectivement, au lieu de 11 % et 9 % dans les pays à revenu faible et intermédiaire, respectivement, extérieurs à la zone CFA.

La croissance de la part des créances sur l’État dans le total des créances peut être compatible avec la tendance à la réduction du déficit budgétaire en Afrique subsaharienne, dans la mesure où l’augmentation du financement bancaire vient compenser le financement par l’accumulation d’arriérés et par la banque centrale, qui est en baisse en Afrique subsaharienne.

Les réserves et les actifs extérieurs représentent aussi une part plus importante de la croissance des actifs dans les pays à faible revenu d’Afrique subsaharienne que les créances sur le secteur privé.

Christensen (2004) et Adam et Bevan (2004) relèvent quelques signes d’éviction dans les pays d’Afrique, et le FMI (2005d) constate un impact nuancé dans un échantillon plus large de pays à faible revenu, alors que Detragiache, Gupta et Tressel (2005) jugent les effets insignifiants.

Les banques peuvent se trouver incapables de prêter si la réglementation impose artificiellement un plancher aux taux créditeurs et un plafond aux taux prêteurs et limite la possibilité pour les banques commerciales de réduire les dépôts ou d’augmenter le volume des prêts. Les banques—en particulier celles qui détiennent un pouvoir de monopole sur le marché des prêts—peuvent aussi rechigner à prêter lorsque les coûts de transaction sont élevés et que les rendements ajustés en fonction des risques sont bas.

Il peut s’agir, par exemple, de compenser l’instabilité de la base de dépôts, un niveau incompressiblement élevé de risque, le sous-développement du marché interbancaire ou autres facteurs structurels similaires.

Dans la région de la CEMAC, le mécanisme de transition était faible dans les deux cas, ce qui s’explique par le fait que l’excédent involontaire de liquidité est resté relativement élevé pendant toute la période considérée.

La libéralisation des taux d’intérêt s’est accompagnée dans de nombreux pays de hausses brutales des taux d’intérêt réels. Pour les 15 pays qui présentaient une dette dans l’une et l’autre période, le taux d’intérêt réel moyen ex post a augmenté de près de 10 points entre 1985–89 et 1995–2000; pour l’ensemble des pays de l’échantillon hors (suite de la note 22) zone CFA, le paiement moyen d’intérêts sur la dette intérieure représentait 15 % des recettes budgétaires en 1995–2000 (voir Christensen, 2004). En outre, à la fin des années 90, le niveau élevé des taux d’intérêt réels et l’alourdissement rapide du poids des intérêts ont découragé le recours aux ventes d’obligations aux fins de la régulation monétaire en Ouganda et en Tanzanie (Buffie et al., 2004).

Si ces restrictions contiennent les risques et empêchent les activités spéculatives, il convient néanmoins de les considérer au regard de la nécessité pour les participants au marché de prendre des positions ouvertes afin de fournir de la liquidité au marché (Canales-Kriljenko, 2003).

Pour la plupart des pays d’Afrique subsaharienne, la mesure par Reinhart et Rogoff (2004) de la flexibilité du taux de change ex post indique un degré élevé d’intervention même pour les pays qui laissent en principe flotter leur taux de change (Masson and Pattillo, 2005).

Le FMI (2005e) observe aussi qu’afin d’encourager les banques à traiter les unes avec les autres sur le marché interbancaire, le taux de rémunération des réserves déposées à la banque centrale devrait être inférieur au coût d’emprunt au guichet d’escompte de la banque centrale.

Dans les 27 pays d’Afrique subsaharienne pour lesquels des programmes appuyés par le FMI entrepris au début et au milieu des années 90 pouvaient être comparés à ceux de la fin des années 90 et du début des années 2000, la conditionnalité concernant le secteur financier a fortement augmenté. Le nombre total des conditions afférentes à ce secteur a augmenté de 60 % (de 88 à 140, avec une moyenne de 5,2 conditions par programme). La proportion des conditions applicables à la privatisation et à la restructuration bancaires est passée de 22 à 29 %, tandis que celle de la réglementation et du contrôle bancaires tombait de 42 % à 20 %. La conditionnalité associée à la réforme de la banque centrale et au taux de change est demeurée quasiment inchangée (FMI, base de données MONA).

Voir dans Mehran et al. (1998) un exposé des réformes du secteur financier en Afrique subsaharienne jusqu’au milieu des années 90.

Le secteur se compose d’organisations non gouvernementales (ONG), d’institutions financières non bancaires (IFNB), de caisses de crédit mutuel et de coopératives de crédit, de banques rurales, de caisses d’épargne et d’institutions financières postales et même, dans certains cas, de banques commerciales.

Cette section repose principalement sur une base de données créée en 1998 par le CGAP pour enregistrer les IMF dans les pays en développement, et qui détient des informations sur 167 IMF dans 37 pays d’Afrique subsaharienne. Bien que la couverture de la base de données soit généralement bonne, elle n’est pas exhaustive. Dans certains cas, elle sous-estime la taille véritable du secteur IMF. La base de données distingue trois types différents d’IMF: 1) réglementées (banques, IFNB réglementées, ONG réglementées); 2) coopératives (coopératives financières et sociétés de crédit mutuel); 3) non réglementées (autres ONG, IFNB, projets d’IMF et autres). Cependant, on ne dispose d’indicateurs détaillés de la solidité financière pour ces institutions que dans 27 pays d’Afrique subsaharienne. Nous complétons les informations de la base de données avec des données sur les coopératives de crédit de 15 pays d’Afrique subsaharienne fournies par le World Council of Credit Unions et des données sur les caisses d’épargne postales obtenues du World Savings Banks Institute.

Pour les 86 IMF d’Afrique subsaharienne qui ont fourni des données de façon continue pour la période 2001–03.

Cette relation ne se vérifie que lorsque les coopératives de crédit sont exclues de l’échantillon, ce qui paraît raisonnable; ces institutions sont souvent liées à de grandes entreprises.

Ces prêts sont en moyenne un peu plus importants qu’au Moyen-Orient, en Afrique du Nord, en Asie orientale et Asie du Sud, mais nettement plus faibles que ceux qui sont offerts en Europe de l’Est, en Amérique latine et dans les Caraïbes (Lafourcade et al., 2005).

Ceci s’explique en partie par le fait qu’il existe beaucoup d’IMF nouvelles, dont les prêts ont été accordés récemment. La part des prêts improductifs tend à augmenter sur la durée de vie du prêt.

Le droit des affaires recouvre le droit commercial général, le droit des sociétés et les règles applicables aux coentreprises, les lois sur les transactions garanties (garanties et nantissements), le recouvrement des créances, la législation des faillites, le droit arbitral, le droit comptable et le droit contractuel applicable au transport de biens par la route. L’harmonisation est en cours pour le droit du travail et le droit de la consommation.

Les restrictions applicables au compte de capital en Afrique subsaharienne sont complexes. La moyenne des indicateurs de contrôles pour 13 types d’opérations en capital (la valeur 1 indiquant l’existence d’un contrôle) était de 0,8 pour l’Afrique subsaharienne en 1995–99 et de 0,75 en 2000–04, au lieu de 0,71 et 0,7 pour les pays à revenu intermédiaire (tranche inférieure) extérieurs à l’Afrique subsaharienne pendant les mêmes périodes. Les moyennes mondiales pour ces périodes sont 0,66 et 0,63 (données du FMI, 2005a).

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