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Chapitre II. Évolution récente et perspectives à court terme

Author(s):
International Monetary Fund. African Dept.
Published Date:
August 2006
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La croissance économique de l’Afrique subsaharienne est demeurée vigoureuse en 2005 (5,3 %), bien que se situant légèrement au-dessous de son sommet de 2004 (5,6 %) (graphique 2.1 et tableau 2.1)1.

Graphique 2.1.Croissance du PIB réel, 2000–06

(Pourcentage)

Source: FMI, base de données du Département Afrique.

Tableau 2.1.Afrique subsaharienne: principaux indicateurs, 2002–061
EstimationsProjections
20022003200420052006
(Croissance annuelle, en pourcentage)
PIB réel3,54,15,65,35,3
Dont: Paysexportateurs de pétrole24,27,88,36,88,0
Pays importateurs de pétrole3,33,04,94,94,5
PIB réel non pétrolier4,03,55,25,25,3
Prix à la consommation (moyenne)312,513,89,810,811,0
Dont: Pays producteurs de pétrole18,716,912,513,37,7
PIB par habitant1,42,03,73,43,4
(En pourcentage du PIB, sauf indication contraire)
Exportations de biens et services32,433,836,038,841,2
Importations de biens et services32,833,534,736,237,3
Épargne intérieure brute15,418,120,420,822,1
Investissement intérieur brut16,318,419,018,919,3
Solde budgétaire (dons compris)−2,7−2,2−0,31,22,1
Dont: Dons1,11,11,11,11,0
Compte des transactions courantes (dons compris)–3,3–2,6–1,8–0,50,7
Dont: Pays producteurs de pétrole–8,2–3,62,49,312,3
Termes de l’échange (variation en %)0,51,12,86,44,1
Dont: Paysexportateurs de pétrole5,21,59,427,38,1
Pays importateurs de pétrole–1,10,90,2–3,70,9
Réserves (mois d’importations)44,44,05,05,56,6
Pour mémoire
Hausse des exportations dans les pays avancés (%)2,54,18,95,86,2
Prix du pétrole (dollars EU le baril)25,028,937,853,461,3
Croissance réelle du PIB dans d’autres régions
Pays en développement d’Asie7,08,48,88,68,2
Moyen-Orient4,36,65,45,95,7
Communauté des États indépendants5,37,98,46,56,0
Sources: FMI, base de données du Département Afrique et base de données des Perspectives de l’économie mondiale.

Moyenne arithmétique des données de chaque pays, pondérée par le PIB.

Sur la base des exportations nettes de pétrole; y compris l’Angola, le Cameroun, la République du Congo, la Côte d’Ivoire, le Gabon, la Guinée équatoriale, le Nigéria et le Tchad.

Zimbabwe non compris; l’inflation annuelle, qui a été de 6,1 % et 8,2 % en 2004 et 2005, se chiffrera à 6,5 % en 2006, selon les projections.

Afrique du Sud non comprise.

Sources: FMI, base de données du Département Afrique et base de données des Perspectives de l’économie mondiale.

Moyenne arithmétique des données de chaque pays, pondérée par le PIB.

Sur la base des exportations nettes de pétrole; y compris l’Angola, le Cameroun, la République du Congo, la Côte d’Ivoire, le Gabon, la Guinée équatoriale, le Nigéria et le Tchad.

Zimbabwe non compris; l’inflation annuelle, qui a été de 6,1 % et 8,2 % en 2004 et 2005, se chiffrera à 6,5 % en 2006, selon les projections.

Afrique du Sud non comprise.

Évolution observée en 2005

Le renchérissement du pétrole n’a pas freiné la croissance de la production (4,9 %) dans les pays importateurs de pétrole, en partie du fait d’une hausse concomitante des prix à l’exportation de certains produits de base et de la capacité de résistance grandissante de ces pays aux chocs extérieurs. Quelques pays ont toutefois vu leurs résultats de croissance compromis par la sécheresse et l’invasion de criquets. Pour ce qui est des pays exportateurs de pétrole, leur taux de croissance, qui était de 8,3 % l’année précédente, est tombé à 6,8 %, en grande partie par suite de difficultés à accroître la production de pétrole en Guinée équatoriale et au Tchad. L’adoption de politiques macroéconomiques saines et les signes d’une accélération de la croissance de la productivité observés ces dernières années donnent à penser que l’amélioration des résultats de croissance économique de la région n’est pas un phénomène temporaire, mais plutôt une évolution structurelle2.

Bien qu’elle ait atteint en moyenne 3,4 % en 2005, la croissance du PIB réel par habitant est restée au-dessous du niveau nécessaire pour assurer la réalisation de l’objectif du Millénaire pour le développement concernant la réduction de la pauvreté monétaire. Un taux d’au moins 5 % (7 % en termes réels) est indispensable pour faire reculer de moitié la pauvreté à l’horizon 2015 (Banque mondiale et FMI, 2005). Pour ce qui est des objectifs sans rapport avec le revenu, aucun d’entre eux n’est à la portée de la région. Le chapitre III traite des effets d’un accroissement des flux d’aide à l’Afrique subsaharienne, et le chapitre IV examine comment le développement financier peut promouvoir la croissance et réduire la pauvreté.

Les récents acquis dans la lutte contre l’inflation se sont en grande partie maintenus en 2005 (graphique 2.2). Après s’être peu à peu réduite à un niveau à un chiffre en 2004, l’inflation pour l’ensemble de la région est remontée, atteignant environ 10,8 % en 20053. La hausse enregistrée dans les pays aussi bien exportateurs qu’importateurs de pétrole tient en partie au renchérissement du pétrole (encadré 2.1 et graphique 2.3)4.

Graphique 2.2.Inflation, 2000–06

(Pourcentage)

Source: FMI, base de données du Département Afrique.

Graphique 2.3.Cours des matières premières, 2000–06

(Variation annuelle en pourcentage; en dollars EU)

Source: FMI, base de données du Département Afrique.

En 2005, l’expansion économique mondiale continue à stimuler la croissance de la région. La demande d’importations émanant des économies avancées s’est accrue de 6 %. Cependant, la hausse continue des cours du pétrole a entraîné une détérioration des termes de l’échange pour les importateurs de pétrole. Cette détérioration a été plus marquée pour les exportateurs de coton et de cacao, mais l’augmentation des prix du café et de l’or en a atténué l’impact en Afrique du Sud, au Burundi, au Ghana, en Guinée et en Ouganda.

L’appréciation réelle des monnaies s’est poursuivie, en grande partie du fait de leur affermissement, dans les pays exportateurs de pétrole (graphique 2.4), où l’accroissement des recettes pétrolières a conduit à une appréciation réelle d’environ 10 %. Dans les pays importateurs de pétrole, les résultats ont varié selon le cas, mais le taux de change réel est resté en moyenne relativement stable en 2005, surtout dans les pays africains de la zone franc.

Graphique 2.4.Taux de change effectif réel, 2004–05

(Indice, janvier 2004 = 100)

Source: FMI, Système des avis d’information.

La région a connu une autre année de sécheresse, d’invasion de criquets et de récoltes médiocres qui a provoqué, dans certains pays, de graves pénuries alimentaires ainsi que la famine. La situation a été aggravée par les effets de la pandémie de VIH/sida, des conflits civils et des tensions politiques (notamment au Zimbabwe). Dans les pays les plus touchés, les stocks alimentaires se sont rapidement épuisés, et le renchérissement des denrées alimentaires a sensiblement réduit le pouvoir d’achat des ménages. Parmi les pays qui ont été victimes de crises alimentaires figurent le Burundi, l’Éthiopie, le Kenya, le Malawi, le Mozambique, le Niger, le Tchad, la Zambie et le Zimbabwe. La situation s’est récemment améliorée au Niger, quoique les ménages les plus vulnérables continuent à ressentir les effets de la récolte peu abondante de 2004.

Le nombre des personnes infectées par le VIH/sida est passé de 24,9 millions en 2003 à 25,8 millions en 2005 (ONUSIDA, 2005). Le nombre de morts en 2005 est estimé à 2,4 millions. Bien que le taux de prévalence du VIH semble en baisse au Kenya, en Ouganda et au Zimbabwe, il a atteint un nouveau record parmi les femmes enceintes en Afrique du Sud et au Swaziland. En Afrique subsaharienne, la sensibilisation au VIH reste limitée, et l’accès au traitement inégal. Par exemple, en Éthiopie, au Ghana, au Lesotho, au Mozambique, au Nigéria, en Tanzanie et au Zimbabwe, moins de 10 % des personnes qui ont besoin de médicaments antirétroviraux les reçoivent.

Le paludisme continue à peser lourdement sur la région. Environ 12 millions de cas sont détectés chaque année en Afrique subsaharienne (OMS et UNICEF, 2005), et jusqu’à 1 million de morts sont recensés—environ 90 % du total mondial des décès causés par cette maladie (OMS, 2004). On estime qu’environ 20 % des décès d’enfants de moins de 5 ans sont attribuables au paludisme. Cependant, comme un grand nombre des décès dus à ce fléau échappe au système de santé formel, il est probable que l’ampleur de l’épidémie est sensiblement sous-estimée.

Pays exportateurs de pétrole

Dans cinq des huit pays exportateurs de pétrole, la croissance a ralenti en 2005 (graphique 2.5). Le ralentissement a été très marqué en Guinée équatoriale et au Tchad, où le taux de croissance du PIB réel est tombé d’environ 30 % en 2004 aux alentours de 6 %. Au Tchad, la baisse a été en partie due à l’instabilité politique qui a suivi la rébellion de l’armée et à l’intensification des tensions à la frontière avec le Soudan. En Côte d’Ivoire, la stagnation tient au manque de progrès vers la paix. Par contre, en Angola, de nouveaux gisements pétroliers et la poursuite de la reprise après le conflit ont stimulé la croissance du PIB réel, qui a atteint 15,7 %. En République du Congo, le redressement de la production pétrolière et l’expansion robuste du secteur non pétrolier semblent avoir sensiblement accéléré la croissance du PIB réel, qui a dépassé 9 %. Au Nigéria, la forte expansion du secteur non pétrolier a contribué pour 1 point à la croissance du PIB réel, qui a atteint environ 7 %.

Graphique 2.5.Pays exportateurs de pétrole: croissance du PIB réel, 2004–05

(Pourcentage)

Source: FMI, base de données du Département Afrique.

Le revenu des exportateurs de pétrole est à la merci des variations des cours mondiaux du pétrole (graphique 2.6). Bien que, dans plusieurs pays, l’expansion du secteur non pétrolier ait suivi celle du secteur pétrolier, la contribution de ce dernier à la croissance est très importante de 2000 à 2005, surtout en Guinée équatoriale et au Tchad (graphique 2.7). Pour entretenir l’expansion des pays exportateurs de pétrole, il faut avant tout diversifier leur économie de manière à réduire leur dépendance à l’égard de ce produit. En Angola et au Nigéria, la production hors pétrole contribue dans une plus large mesure à la croissance du PIB réel, même si la production du secteur pétrolier représente encore plus de 50 % du total (graphique 2.7). Au Gabon, le dynamisme de la production de manganèse, la reprise du secteur du bois et l’accélération de l’activité dans celui du bâtiment ont contribué à l’expansion économique.

Graphique 2.6.Pays exportateurs de pétrole: PIB pétrolier, 2005

(En pourcentage du PIB total)

Source: FMI, base de données du Département Afrique.

Graphique 2.7.Pays exportateurs de pétrole: contribution à la croissance, 2000–05

(Croissance annuelle moyenne, en pourcentage)

Source: FMI, base de données du Département Afrique.

En 2005, l’inflation dans les pays exportateurs de pétrole a augmenté d’environ 1 point de pourcentage et s’est établie à 13,3 %. Cette évolution tient à la hausse de l’inflation au Nigéria et à l’inversion du récent mouvement de déflation au Tchad. Au Nigéria, l’inflation s’est située en moyenne aux alentours de 18 % en 2005, par suite de la flambée des prix des produits alimentaires au premier semestre de l’année. Au Tchad, les prix de ces produits avaient sensiblement augmenté au milieu de 2005, car la production alimentaire était à un niveau relativement faible. De nouveaux progrès dans la lutte contre l’inflation ont été observés en Angola—où l’inflation, qui s’est réduite de moitié, est tombée à 23 %, du fait d’une expansion plus faible des agrégats monétaires—et, dans une moindre mesure, en République du Congo.

La situation budgétaire des pays exportateurs de pétrole s’est peu à peu améliorée depuis 2002. En moyenne, le solde budgétaire, qui affichait un déficit d’environ 3 % du PIB, a fait apparaître un excédent de 7,6 % en 2005. Les estimations laissent attendre un excédent budgétaire de plus de 7 % pour la République du Congo, le Gabon, la Guinée équatoriale et le Nigéria. Les cours du pétrole restant élevés, les recettes se sont accrues, mais en moyenne le déficit hors pétrole des producteurs de pétrole est demeuré quasiment inchangé.

Face à ce qui peut être un renchérissement permanent du pétrole, certains pays exportateurs de ce produit (par exemple l’Angola et le Nigéria) ont associé l’expansion de l’absorption intérieure à l’accumulation de réserves de change. Le degré de croissance des dépenses dans ces pays a varié selon leur capacité d’absorption d’un surcroît de ressources. Ils s’efforcent de structurer leur cadre de dépenses à moyen terme et de renforcer leur système de gestion des dépenses publiques (GDP). Cependant, pour pouvoir atteindre les OMD, ils devront renforcer également la capacité des administrations infranationales à gérer efficacement leurs dépenses (voir chapitre V).

Des progrès ont été réalisés dans la mise en œuvre de l’Initiative pour la transparence des industries extractives (ITIE)5. Sur les huit pays exportateurs de pétrole d’Afrique subsaharienne, le Gabon, la République du Congo et le Nigéria s’emploient actuellement à mettre en place l’ITIE6. En 2005, la Guinée équatoriale a souscrit à l’initiative, à la suite de l’Angola, du Cameroun, du Gabon et du Tchad, et elle examine maintenant comment et quand appliquer tous ses volets. Le Cameroun devrait commencer à la mettre en œuvre au début de 2006, alors que l’Angola et le Tchad ont fait peu de progrès à cet égard. La Côte d’Ivoire est le seul producteur de pétrole qui n’ait pas encore souscrit à l’ITIE.

Les soldes extérieurs courants, hors dons, se sont peu à peu améliorés; en effet, après avoir affiché en moyenne un déficit d’environ 8 % du PIB en 2002, ils ont fait apparaître un excédent de 9 % en 20057. À l’exception de la Côte d’Ivoire, tous les pays exportateurs de pétrole ont vu leur position extérieure se renforcer l’année dernière. Le rehaussement du solde courant a été en grande partie favorisé par une nouvelle amélioration de la balance commerciale; la progression continue des recettes d’exportation a plus que compensé la faible hausse des importations.

Pays importateurs de pétrole

En 2005, les pays importateurs de pétrole ont maintenu leur croissance à 4,9 % en moyenne; près de la moitié d’entre eux ont enregistré une croissance de 5 % ou plus (graphique 2.8). Ces pays ont généralement adopté des politiques macroéconomiques saines qui ont favorisé la croissance en dépit de divers chocs économiques et autres, parmi lesquels des conditions météorologiques rigoureuses. L’expansion économique a dépassé 7 % au Burkina Faso, en Éthiopie, au Mozambique et en Sierra Leone. Dans ce dernier pays, la croissance s’est observée dans un grand nombre de secteurs (agriculture, industries minières, secteur manufacturier et services). Par contre, la forte expansion enregistrée en Éthiopie est attribuable au redressement de l’agriculture après deux années de sécheresse. Tirée par la demande intérieure et de plus en plus soutenue par les exportations, la croissance a atteint 4,9 % en Afrique du Sud.

Graphique 2.8.Pays importateurs de pétrole: croissance du PIB réel, 20051

(Croissance annuelle, en pourcentage)

Source: FMI, base de données du Département Afrique.

1Le graphique ne montre que les sept pays situés aux extrémités supérieure et inférieure, et le total pour l’ensemble des pays importateurs de pétrole.

Encadré 2.1.Réaction au renchérissement du pétrole dans les pays d’Afrique subsaharienne, 2003–05

La plupart des pays d’Afrique subsaharienne réglementent les prix intérieurs du pétrole. Bien que les prix soient totalement libéralisés dans 6 pays, 31 (y compris la majorité des pays exportateurs de pétrole) ajustent les prix au gré des circonstances ou utilisent une formule pour les ajuster régulièrement, d’ordinaire tous les mois. Face à la hausse des cours mondiaux, certains pays, comme la Côte d’Ivoire et l’Éthiopie, ont suspendu l’emploi de la formule en faveur d’ajustements ponctuels moins fréquents.

Depuis 2003, la majorité des pays d’Afrique subsaharienne ont laissé la hausse des cours du pétrole se répercuter intégralement sur les prix intérieurs1, quoique la répercussion ait été moins marquée dans les pays exportateurs de pétrole (graphique 1). Les hausses de prix dans nombre de pays, dont le Cameroun, les Comores, la Côte d’Ivoire, le Ghana, la Guinée, Maurice, le Niger et le Nigéria, ont été précédées de campagnes médiatisées sur la nécessité d’un ajustement des prix. En moyenne, la répercussion du renchérissement dans les pays importateurs de pétrole d’Afrique subsaharienne a été plus prononcée que dans les pays en développement d’Asie, mais moins marquée que dans ceux de l’Hémisphère occidental.

Graphique 1.Répercussion du renchérissement du pétrole1

1Répercussion de la hausse des cours mondiaux sur les prix intérieurs.

Un grand nombre de pays limitent les hausses des prix du kérosène en raison de son importance pour les ménages pauvres. La répercussion sur les prix du kérosène est moins grande que sur ceux du gazole et de l’essence, et la taxe sur le kérosène est inférieure à celle qui frappe les autres produits pétroliers, en grande partie du fait des exonérations de TVA et du prélèvement de droits d’accise et de douane plus faibles sur le kérosène (graphique 2). Depuis 2003, en dépit des subventions, le prix de détail du kérosène a augmenté davantage que celui de l’essence et du gazole.

Graphique 2.Produits pétroliers: répercussion et taux d’imposition moyens

Source: FMI, données des économistes chargés des pays.

1Le taux d’imposition effectif moyen est le ratio moyen recettes/prix par litre avant impôt.

Plusieurs pays qui n’ont pas permis une répercussion intégrale ont accru les subventions aux prix des produits pétroliers. Dans l’ensemble, pour les 14 pays d’Afrique subsaharienne sur lesquels des données sont disponibles, les subventions pétrolières sont passées de 0,75 % du PIB en 2003 à 1 % du PIB en 2005. Bien que les subventions soient importantes dans certains pays, seuls l’Angola, l’Éthiopie, le Ghana, la Guinée et le Mali ont analysé l’impact social de leurs subventions pétrolières ainsi que leur effet sur la pauvreté. Les études entreprises ont généralement montré que les subventions pétrolières généralisées (implicites ou explicites) semblent bénéficier surtout aux groupes à revenu élevé.

Les taxes pétrolières sont une importante source de revenus pour les pays d’Afrique subsaharienne. En moyenne, les recettes que leur procurent les taxes sur la consommation de produits pétroliers représentent environ 2 % de leur PIB.

Les taxes spécifiques sont plus courantes dans la région que les taxes ad valorem. Les recettes provenant des taxes sur la consommation de pétrole sont plus élevées dans des pays comme le Ghana, le Kenya et la Tanzanie, où les prix du pétrole sont libéralisés, que dans ceux où les prix sont réglementés. La plupart des pays n’ont pas modifié leurs taux d’imposition face aux récentes hausses de prix. Les pays exportateurs de pétrole tirent en outre de gros revenus de la production de pétrole.

1Il y a répercussion intégrale quand le ratio variation des prix intérieurs du pétrole/variation des prix à l’importation est égal à 1 et que les deux variations sont mesurées dans la même monnaie.

La croissance a été anémique dans un certain nombre d’autres pays. Dans huit pays (Comores, Guinée-Bissau, Lesotho, Malawi, République Centrafricaine, Seychelles, Swaziland et Zimbabwe), elle a été inférieure à 2,5 % en 2005. Elle a été freinée au Malawi par la sécheresse et au Swaziland et au Lesotho par une perte de compétitivité due à l’érosion des préférences dans le secteur des textiles. Bien que le conflit y ait pris fin, l’activité économique ne s’est pas encore redressée en Guinée-Bissau et en République Centrafricaine. La détérioration de l’économie s’est accélérée au Zimbabwe, où le PIB réel a baissé d’environ 6,5 % et où une situation politique et sociale difficile a causé d’importantes pénuries d’aliments, de carburants et d’intrants agricoles. Aux Seychelles, le PIB s’est encore contracté sous l’effet d’une crise due à la position extérieure extrêmement précaire du pays.

Par ailleurs, l’inflation a augmenté dans les pays importateurs de pétrole en 2005, en partie à cause du renchérissement du pétrole. Le taux d’inflation moyen s’y est accru de 1 point de pourcentage en 2005 et a atteint 10 %8. L’inflation est restée forte au Zimbabwe, sous l’effet d’énormes déficits quasi budgétaires, et les prix ont augmenté au Burundi en raison d’une rapide expansion monétaire. En République démocratique du Congo, le financement monétaire du déficit budgétaire a provoqué la flambée des prix. En Guinée, une rapide dépréciation de la monnaie et des ajustements du prix intérieur du pétrole ont fait augmenter le taux d’inflation de 14 points de pourcentage. Avant d’ajuster les prix intérieurs du pétrole pour tenir compte de la hausse des prix internationaux, certains gouvernements ont évalué l’impact de cette mesure sur différentes catégories de revenu et consulté les parties prenantes du pays (encadré 2.2).

Le déficit budgétaire s’est élargi dans la moitié environ des pays importateurs de pétrole9, souvent par suite de l’accroissement des dépenses affectées à la réalisation des OMD et à l’exécution de programmes de réduction de la pauvreté, comme c’est le cas en Éthiopie, au Kenya et au Mozambique. Ces dépenses ont été financées en partie par des apports d’aide. Les pays ont du mal à absorber efficacement des apports d’aide additionnels sans déstabiliser leur position macroéconomique—question traitée en détail au chapitre III. Ayant poursuivi leurs efforts de mobilisation de recettes intérieures, l’Afrique du Sud, le Botswana, le Burundi, le Ghana, l’Ouganda et la Sierra Leone ont vu s’améliorer leur position budgétaire. En Afrique du Sud, l’accroissement des recettes a permis de réduire le déficit, en dépit d’une augmentation des dépenses au titre des services sociaux et de l’infrastructure. Dans l’ensemble, le renchérissement du pétrole ne s’est pas accompagné d’un durcissement de la politique budgétaire et monétaire dans les pays appliquant un régime de parité fixe ou d’arrimage monétaire et n’a pas entraîné une forte dépréciation effective réelle dans les pays où le régime de taux de change flexibles est en vigueur.

Encadré 2.2.L’impact du renchérissement du pétrole: l’expérience du Ghana

Le renchérissement du pétrole appelle des choix difficiles pour un pays importateur de pétrole1. Il peut avoir un effet négatif sur les pauvres, mais la non-répercussion de ce renchérissement sur les prix intérieurs est très coûteuse. Au Ghana, les subventions pétrolières ont représenté 2,2 % du PIB en 2004, soit un peu moins d’un tiers du total des dépenses d’éducation et de santé pour la même année.

Craignant que la hausse des prix du pétrole ne nuise aux pauvres, mais ne sachant pas quels groupes seraient affectés et comment en atténuer l’effet, le gouvernement a fait entreprendre une étude de l’impact social du renchérissement des produits pétroliers et de son effet sur les pauvres. D’après les résultats de cette étude, ce sont surtout les pauvres des zones rurales qui en ressentiraient les effets, car le prix du kérosène augmenterait, ainsi que les travailleurs urbains à faible revenu, qui pâtiraient d’une hausse du coût des transports publics. Les petits exploitants agricoles et pêcheurs sont vulnérables à une hausse du prix du gazole. Les subventions existantes s’appliquent davantage aux produits utilisés par les classes moyennes, comme le gaz de pétrole liquéfié, et ne bénéficient pas aux pauvres.

Les parties prenantes (gouvernement, secteur privé et société civile) ont débattu des options de réforme des subventions pétrolières. Ce processus a montré clairement qu’il est difficile de cibler les petits groupes sans dispositifs de protection institutionnalisés et que le maintien à court terme des subventions pour le kérosène est coûteux, étant donné les risques de contrebande et de substitution d’autres combustibles. Cependant, trois moyens indirects de compenser l’effet de l’élimination des subventions et de rendre le ciblage plus efficace ont été identifiés:

  • Accroître l’électrification rurale pour atténuer les pressions en faveur de la substitution du bois de chauffe au kérosène.
  • Améliorer les transports publics pour les groupes urbains vulnérables.
  • Supprimer les droits de scolarité primaire dans les écoles publiques pour compenser les pertes de revenus réels des familles pauvres qui résultent du renchérissement du pétrole.

Cette stratégie de réforme a permis au gouvernement de défendre les hausses du prix du pétrole auprès du public. L’épargne tirée de la rationalisation des subventions pétrolières a servi à financer des programmes qui ont bénéficié aux pauvres.

1Voir FMI (2005g, encadré 2.3).

L’impact du renchérissement du pétrole sur la balance des paiements a été atténué en partie par la hausse des prix à l’exportation des produits de base et en partie par une réduction des réserves. En moyenne, le déficit extérieur courant, dons inclus, s’est détérioré davantage en 2005, atteignant 4,8 % du PIB. Cette détérioration a été généralisée: dans les deux tiers environ des pays d’Afrique subsaharienne, le solde extérieur courant a été plus faible en 2005 qu’en 2004. Elle a été prononcée dans un certain nombre de pays, dont l’Éthiopie, le Ghana, le Kenya, le Lesotho, le Mozambique, São Tomé-et-Príncipe, les Seychelles et la Sierra Leone. Estimé en moyenne à 1,4 % du PIB en 2005, l’impact de l’alourdissement de la facture pétrolière sur le solde extérieur courant varie sensiblement d’un pays à l’autre (graphique 2.9). Dans la moitié environ des pays importateurs de pétrole, la dégradation du solde extérieur courant a été bien plus forte que ne peut l’expliquer le renchérissement du pétrole, car d’autres facteurs entrent en ligne de compte. Cependant, en Afrique du Sud, au Botswana, au Burundi et en Ouganda, l’effet du renchérissement du pétrole a été atténué par la hausse des prix à l’exportation des produits de base ou par des compressions budgétaires. En Afrique du Sud, l’afflux de capitaux a fortement accru les réserves; dans les autres pays de la région, la couverture moyenne des réserves a baissé d’environ un demi-mois, tombant à un niveau équivalant à 4,7 mois d’importations. Bien que, dans le court terme, une perte de réserves internationales soit peut-être une solution raisonnable à la hausse des cours mondiaux du pétrole, c’est une solution qui ne sera pas viable si les cours du pétrole demeurent à leur niveau actuel ou s’ils augmentent davantage. Pour les pays appliquant un régime de taux flexibles, une dépréciation réelle de la monnaie sera tôt ou tard nécessaire et, pour les pays où un régime de parité fixe prévaut, il y aura lieu de resserrer les politiques budgétaire et monétaire.

Graphique 2.9.Pays importateurs de pétrole: impact du renchérissement du pétrole sur le solde courant, 20051

(En pourcentage du PIB)

Source: FMI, base de données du Département Afrique.

1Effet de la variation du prix sur la facture pétrolière du pays en pourcentage du PIB de 2005; la variation du solde courant est aussi exprimée en pourcentage du PIB de 2005.

Dons officiels et allégement de la dette multilatérale

L’engagement pris en 2005 par les donateurs d’accroître les flux d’aide en faveur de l’Afrique subsaharienne mettra du temps à se concrétiser. Les apports de dons se sont en fait stabilisés à 3,2 % du PIB en 2004 et 2005 (sauf dans le cas de l’Afrique du Sud et du Nigéria; graphique 2.10)10. Cependant, la part du PIB que représentent ces apports a sensiblement augmenté dans quelques pays, dont le Burundi, le Rwanda et la Zambie. Le Rwanda et la Zambie ont reçu de nouvelles ressources après avoir atteint le point d’achèvement de l’initiative renforcée en faveur des pays pauvres très endettés (PPTE).

Graphique 2.10.Dons officiels, 2004–05

(En pourcentage du PIB)

Source: FMI, base de données du Département Afrique.

1À l’exclusion de l’Afrique du Sud et du Nigéria.

En moyenne, la charge de la dette extérieure a continué à s’alléger en 2005. Elle diminuera davantage lorsque l’initiative d’allégement de la dette multilatérale (IADM) sera pleinement mise en œuvre. Le FMI a apporté sa contribution à l’allégement de la dette en janvier 2006 (tableau A1 de l’appendice) et la Banque mondiale et le Fonds africain de développement devraient en faire autant dans la première moitié de 2006.

Dans le cadre de l’IADM, le FMI a accordé un allégement de 100 % à 19 pays pauvres, dont 13 se trouvent en Afrique subsaharienne11. Cet allégement sera modulé selon la capacité d’absorption du pays12. L’ampleur de l’allégement consenti par le FMI varie fortement, allant de 0,9 % du PIB pour l’Éthiopie à 7,9 % pour la Zambie (graphique 2.11). Dix autres pays d’Afrique subsaharienne pourraient remplir les conditions requises pour un allégement de leur dette lorsqu’ils atteindront le point d’achèvement de l’initiative en faveur des PPTE, avec un peu de chance dans les deux ans à venir13.

Graphique 2.11.Allégement de l’encours de la dette envers le FMI au titre de l’IADM

(En pourcentage du PIB de 2005)

Source: calculs des services du FMI.

Si l’on y ajoute l’allégement attendu de la Banque mondiale et du Fonds africain de développement (FAfD), l’allégement total relevant de cette initiative pourrait être élevé. Ces pays devraient pouvoir ainsi progresser dans la réalisation des OMD et la lutte contre la pauvreté. Les résultats dépendront de l’efficacité avec laquelle les ressources additionnelles seront utilisées. Le système de GDP de la plupart des pays qui tireront profit de l’allégement devra être sensiblement amélioré pour permettre un suivi et une utilisation efficaces de l’IADM, encore que des avancées aient été observées dans le renforcement des systèmes de GDP depuis le lancement de l’initiative renforcée en faveur des PPTE en 2000.

Perspectives pour 2006

Les perspectives pour l’Afrique subsaharienne sont encourageantes; en effet, la croissance devrait rester à 5,3 % en 2006, du fait de la poursuite de politiques macroéconomiques prudentes dans nombre de pays et de la vigueur de la demande d’importations émanant des pays industrialisés. L’accélération de la croissance dans les pays exportateurs de pétrole devrait plus que compenser son léger ralentissement dans les pays importateurs de pétrole. Le taux d’inflation moyen pour l’Afrique subsaharienne devrait rester à 11 % en 2006; si l’on exclut du calcul le Zimbabwe (où l’inflation devrait rester élevée), l’inflation moyenne en Afrique subsaharienne devrait tomber de 8,2 % en 2005 à 6,5 % en 2006, soit une diminution de près de 2 points.

Dans les pays exportateurs de pétrole, la croissance du PIB réel devrait fortement s’accélérer et s’établir à 8 % en 2006. Une plus grande capacité de production pétrolière est mise en exploitation en Angola, en République du Congo et en Guinée équatoriale. Sauf dans le cas de la Côte d’Ivoire et du Tchad, il est prévu que l’accroissement de la production de pétrole s’accompagnera d’une expansion soutenue du secteur non pétrolier, notamment en Angola, où celui-ci devrait enregistrer une croissance d’environ 15 % grâce à la poursuite de la reprise après le conflit et à la progression de la production agricole.

Dans les pays importateurs de pétrole, le taux de croissance devrait tomber à 4,5 %, en grande partie par suite d’un ralentissement de l’expansion en Afrique du Sud, où il devrait s’établir à 4,3 %. Dans plus de la moitié des pays importateurs de pétrole, toutefois, les perspectives sont plus encourageantes pour 2006. D’après les projections, la croissance du PIB réel sera égale ou supérieure à 7 % au Cap-Vert, en République démocratique du Congo, au Malawi, au Mozambique, en Sierra Leone et en Tanzanie. Elle devrait rester faible (moins de 2 %) aux Seychelles, au Swaziland et au Zimbabwe.

Encadré 2.3.L’Afrique subsaharienne et la conférence de l’OMC à Hong Kong (RAS)

La sixième conférence ministérielle de l’OMC, qui s’est déroulée à Hong Kong (RAS) du 13 au 18 décembre 2005, a donné des résultats positifs pour les pays de l’Afrique subsaharienne. Nombre de pays tireront profit de la décision des pays développés d’accorder un accès en franchise de droits et sans contingent aux exportations des pays les moins avancés, quoique la liste des produits en question soit limitée à 97 % du total, ne recouvrant pas quelque 300 produits «sensibles» (comme le sucre, le riz et les vêtements de bas de gamme) qui présentent de l’intérêt pour les pays les moins avancés. Les ministres ont par ailleurs souligné l’importance du Cadre intégré pour la réduction des contraintes qui s’exercent, du côté de l’offre, sur les échanges des pays les moins avancés. Ils ont en outre noté que l’«aide pour le commerce» ne peut se substituer aux effets positifs qu’aurait sur le développement le succès des négociations de Doha, mais peut en être un complément utile.

Des progrès ont été réalisés dans le domaine du coton; les ministres ont promis une réduction concentrée en début de période des subventions internes qui ont des effets de distorsion sur les échanges, quoique aucune date précise n’ait été fixée à cet effet. Les subventions aux exportations de coton seront éliminées d’ici à 2006, et les pays les moins avancés se verront accorder un accès en franchise de droits et sans contingent au marché du coton des pays développés, mais l’impact d’une telle mesure sera probablement limité, car les obstacles au commerce sont pour l’heure déjà peu élevés. Dans l’ensemble, ces accords devraient légèrement améliorer l’accès des exportateurs africains aux marchés des pays industrialisés. Le Congrès des États-Unis vient d’approuver l’abolition des subventions aux exportations de coton d’ici à août 2006.

Les ministres ont décidé que les subventions aux exportations agricoles seraient éliminées d’ici à 2013 et adopté quatre fourchettes pour la structuration des abaissements tarifaires. Ils sont en outre tombés d’accord sur quelques paramètres techniques qui serviront de guide aux négociations sur le soutien interne en 2006. À propos des questions ayant trait au développement, l’accord souligne que les pays les moins avancés ne seront tenus de contracter des engagements que dans une mesure compatible avec leurs capacités. Peu d’avancées ont été faites dans d’autres domaines comme l’accès aux marchés pour les produits non agricoles, la libéralisation des services et les règles commerciales.

Les pays en développement, aussi bien que les pays développés, devront s’engager fermement à une politique d’ouverture pour améliorer l’accès des exportations africaines aux marchés. Les pays en développement sont devenus non seulement un important marché pour les produits africains, mais aussi une source d’importations, d’investissements et de technologie. La libéralisation des échanges dans d’autres pays en développement donnerait donc un grand élan aux échanges et aux investissements africains. Dans le même temps, les pays africains doivent libéraliser leurs propres régimes de commerce au lieu d’opter pour le refus d’engagements réciproques. Bien que le manque de tels engagements soit souvent dit préserver la marge d’action en faveur du développement, il prive en fait nombre de pays africains d’une occasion unique d’intégrer les réformes commerciales dans leurs stratégies de croissance et de réduction de la pauvreté.

Une baisse modérée de l’inflation est prévue pour plusieurs pays. Seuls la Guinée et le Zimbabwe devraient voir l’inflation dépasser 15 % en 2006. Au Zimbabwe, les conditions d’hyperinflation devraient se maintenir, en particulier dans la première moitié de l’année. Dans les pays qui répercutent l’augmentation des prix du pétrole sur les consommateurs en 2006, il se peut que les prix intérieurs fassent apparaître une légère hausse, mais le taux d’inflation moyen devrait tomber à environ 6 % dans les pays importateurs de pétrole, à l’exception du Zimbabwe. Il devrait sensiblement reculer dans les pays exportateurs de pétrole et s’établir à 7,7 %, résultat d’efforts de stabilisation en Angola, au Nigéria et au Tchad.

Le solde budgétaire et le solde extérieur courant devraient évoluer différemment pour les exportateurs de pétrole et pour les importateurs de pétrole. D’après les projections, le déficit budgétaire, dons inclus, s’aggravera dans plus de la moitié des pays importateurs de pétrole, dont le Cap-Vert, l’Éthiopie, la Guinée-Bissau et le Kenya. La couverture des réserves des pays importateurs de pétrole devrait en moyenne rester inchangée, mais le Burkina Faso, les Comores, l’Éthiopie, la Guinée-Bissau, le Rwanda et la Tanzanie s’attendent à la voir baisser. Si les prix du pétrole restent élevés, les exportateurs de ce produit devraient observer une hausse des excédents du solde budgétaire et du solde extérieur courant.

Sur ces perspectives pèsent des risques politiques et économiques. Pour les pays importateurs de pétrole, le solde budgétaire et le solde extérieur courant peuvent être soumis à des pressions si les cours du pétrole dépassent les prévisions ou si les prix des autres produits de base sont plus faibles que prévu. Le dénouement des déséquilibres mondiaux et le renchérissement du pétrole pourraient ralentir la demande émanant des pays développés, nuisant ainsi à la croissance de la région. Une dépréciation du dollar EU par rapport à l’euro pourrait porter atteinte aux exportations des pays africains de la zone franc. Les incertitudes politiques en Côte d’Ivoire, la situation sécuritaire précaire dans la région des Grands Lacs, l’impasse entre l’Éthiopie et l’Érythrée au sujet de la démarcation de la frontière et les perturbations de la production de pétrole dans le Delta du Niger font peser des risques sur les perspectives de la région; la propagation de la grippe aviaire en Afrique pourrait elle aussi avoir de graves effets. Côté positif, l’accroissement des flux d’aide et les récents efforts d’allégement du fardeau de la dette de certains pays d’Afrique subsaharienne par le biais de l’IADM devraient permettre aux pays d’affecter davantage de ressources à la réalisation des OMD et au soutien de l’action antipauvreté. L’achèvement des débats du cycle de Doha pourrait donner une impulsion au commerce mondial, notamment à la demande de biens produits par les pays d’Afrique subsaharienne (voir encadré 2.3).

Cependant, des millions d’habitants des pays d’Afrique orientale et australe ont un besoin impérieux d’aide alimentaire et humanitaire. D’après des estimations approximatives, leur nombre est de l’ordre de 11 millions en Éthiopie, de 5 millions au Malawi, de 3 à 5 millions au Zimbabwe, de 4 millions au Burundi et au Kenya, de 2 millions au Niger et de moins de 1 million au Mozambique. Le Nord et l’Est du Kenya souffrent de graves pénuries alimentaires à cause de la sécheresse, et la famine actuelle a été déclarée catastrophe nationale par le gouvernement. En Éthiopie, un nombre de personnes estimé à 8,5 millions sont maintenant considérées comme se trouvant dans un état d’insécurité alimentaire chronique et nécessitant une aide. De plus, en grande partie à cause de la sécheresse sévissant dans les zones d’élevage du Sud-Est, environ 2,5 millions de personnes ont besoin d’une aide d’urgence; toutefois, après deux années successives de bonnes récoltes, ce nombre est le plus faible qui ait été enregistré depuis plus de dix ans.

1Les principaux auteurs de ce chapitre sont Sanjeev Gupta, Paula De Masi, Jan Mikkelsen et Jakob Christensen. On entend par Afrique subsaharienne les pays relevant du Département Afrique du FMI; en sont donc exclus Djibouti, la Mauritanie et le Soudan, qui sont compris dans les chiffres globaux pour l’Afrique subsaharienne des Perspectives de l’économie mondiale du FMI. Le taux de croissance du PIB réel de l’Afrique subsaharienne est de 5,5 % dans les Perspectives, contre 5,3 % seulement dans le présent rapport. L’appendice statistique contient des informations sur les 42 pays qui la composent; la base de données ne couvre ni l’Érythrée ni le Libéria en raison de l’insuffisance des données les concernant.
2Voir FMI (2005g) pour un examen détaillé des facteurs qui ont entretenu la croissance en Afrique subsaharienne ces dernières années.
3Sauf au Zimbabwe—où le taux d’inflation moyen, quoique en baisse, est resté élevé—, l’inflation moyenne pour la région est passée de 6 % en 2004 à environ 8 % en 2005.
4Les cours moyens au comptant du pétrole ont augmenté de 16 dollars EU et étaient de 54 dollars EU le baril en 2005, sous l’effet d’une forte demande mondiale, de tensions politiques, des perturbations subies par la production et de l’insuffisance capacitaire. Les cours du pétrole devraient atteindre en moyenne 60 dollars EU le baril en 2006.
5L’ITIE favorise une amélioration de la gouvernance dans les pays riches en ressources par la publication et la vérification de tous les paiements effectués par les compagnies et de toutes les recettes procurées à l’État par le pétrole, le gaz et les industries minières.
6En décembre 2005, le Gabon a publié son premier rapport ITIE sur les recettes pétrolières pour 2004, établi par un cabinet d’experts-comptables international. Le Nigéria a publié en janvier 2006 un rapport d’audit préliminaire des comptes 2003 et 2004 pour le pétrole et le gaz. En République du Congo, des progrès ont été accomplis dans la diffusion de plus amples informations sur les activités pétrolières du pays.
7Pour les pays producteurs de pétrole, les dons officiels représentent seulement 0,3 % du PIB en 2005, allant de zéro au Gabon, en Guinée équatoriale et au Nigéria à 2,2 % du PIB au Tchad.
8Sauf au Zimbabwe, le taux d’inflation moyen est passé de 4,2 % en 2004 à 6,7 % en 2005.
9Le déficit budgétaire des pays importateurs de pétrole, à l’exclusion de l’Afrique du Sud, est passé, si l’on tient compte des dons, de 2,7 % à 3,3 % du PIB et, si les dons sont exclus, de 5,9 % à 6,7 % du PIB.
10Les dons officiels représentent seulement une partie de l’aide publique au développement (APD), telle qu’elle est définie par l’OCDE. L’APD inclut également les prêts comportant un élément de don d’au moins 25 %.
11Bénin, Burkina Faso, Éthiopie, Ghana, Madagascar, Mali, Mozambique, Niger, Ouganda, Rwanda, Sénégal, Tanzanie et Zambie. Les six autres pays sont les suivants: Bolivie, Cambodge, Guyana, Honduras, Nicaragua et Tadjikistan.
12L’allégement du stock de la dette est un allégement à 100 % de l’encours de toutes les dettes contractées envers le FMI avant le 1er janvier 2005. Il donne lieu à un allégement de flux dans les années suivantes, lequel équivaut au service qui aurait été exigible au titre de ces dettes.
13Burundi, Cameroun, Gambie, Guinée, Guinée-Bissau, Malawi, République démocratique du Congo, São Tomé-et-Príncipe, Sierra Leone et Tchad.

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