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Chapitre I. Vue d’ensemble

Author(s):
International Monetary Fund. African Dept.
Published Date:
August 2006
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Alors que l’horizon 2015 se rapproche, il devient de plus en plus urgent d’appliquer les politiques qui s’imposent pour réaliser les objectifs du Millénaire pour le développement (OMD) en Afrique subsaharienne. Si la croissance du PIB réel a dépassé 5 % en moyenne en 2004–05 dans cette partie du monde, elle reste néanmoins inférieure aux 7 % qui seraient nécessaires pour réduire la pauvreté de moitié d’ici à 2015. De plus, la réalisation de chacun des autres OMD non monétaires a pris du retard. Le défi pour l’Afrique consiste maintenant à utiliser de façon efficace le surcroît considérable d’aide financière promis en 2005 par la communauté internationale. Le présent rapport décrit l’évolution économique récente de la région et examine comment celle-ci pourrait faire face à l’augmentation de l’aide. Il insiste en particulier sur l’une des principales conditions au renforcement de la croissance: la mise en place d’un secteur financier qui fonctionne bien. Enfin, il traite de la décentralisation budgétaire, dont dépend, dans nombre de pays, la réalisation de dépenses efficaces pour réduire la pauvreté.

Évolution récente et perspectives à court terme

En 2005, malgré la hausse des prix du pétrole, la croissance économique est restée vigoureuse en Afrique subsaharienne, se maintenant audessus de 5 %. Si le renchérissement du pétrole n’a pas eu d’effets défavorables sur la production des pays importateurs de pétrole, c’est à la fois parce que les prix des exportations de produits de base non pétroliers ont augmenté et parce que ces pays sont de mieux en mieux équipés pour surmonter les chocs exogènes grâce à de saines politiques macroéconomiques. Après être tombée progressivement en dessous de 10 % en 2004, l’inflation est remontée à 10,8 % en 2005, sous l’effet en partie de la hausse des prix du pétrole. Dans les pays exportateurs de pétrole, la monnaie s’est appréciée de 10 % en termes réels, les excédents extérieurs courants se sont fortement accrus, et les réserves se sont accumulées bien que la capacité d’absorption intérieure se soit développée. En revanche, dans les pays importateurs de pétrole, le déficit des transactions courantes s’est creusé, et certains pays ont dû puiser dans leurs réserves de change pour financer leurs importations.

En 2006, la croissance devrait se maintenir autour de 5,3 % et l’inflation rester à peu près inchangée dans tous les pays d’Afrique subsaharienne—même s’il existe des risques politiques et économiques. Dans les pays importateurs de pétrole, si les prix du pétrole augmentent plus que prévu et les prix des autres produits de base diminuent plus que prévu, il pourrait s’ensuivre des tensions au niveau du solde budgétaire et du solde courant. De même, les incertitudes politiques et l’insécurité dans plusieurs régions d’Afrique subsaharienne assombrissent les perspectives de croissance, à quoi s’ajoute le risque majeur d’une propagation de la grippe aviaire à l’Afrique. En Afrique orientale et australe, des millions de personnes ont besoin d’urgence de nourriture et d’aide humanitaire. Du côté positif, l’augmentation de l’aide et l’initiative d’allégement de la dette multilatérale (IADM) devraient aider les pays d’Afrique subsaharienne à consacrer davantage de ressources à la réalisation des OMD et à la réduction de la pauvreté.

Augmentation de l’aide: les enjeux macroéconomiques

L’augmentation considérable de l’aide offre d’énormes possibilités, mais peut aussi poser des difficultés macroéconomiques. L’aide ne se traduit pas automatiquement par une augmentation de la croissance; ses effets sur l’activité économique dépendent de la forme qu’elle prend et de l’usage qui en est fait. À cet égard, il peut être nécessaire d’opérer des choix entre stimulation de la croissance (par exemple en orientant l’aide vers les dépenses d’infrastructure) et lutte contre la pauvreté (par exemple en réservant certaines dépenses aux secteurs sociaux). Des systèmes assurant une gestion saine des dépenses publiques, des organes chargés de la vérification des comptes publics et une bonne gouvernance sont autant d’éléments susceptibles d’accroître les bienfaits de l’aide, en permettant d’orienter davantage de fonds vers des emplois productifs et en donnant aux donateurs l’assurance que leur argent est bien dépensé.

Lorsque l’aide s’accroît, le pays bénéficiaire doit décider combien en absorber par une augmentation du déficit extérieur courant et combien en dépenser par le biais du budget de l’État. En règle générale, l’aide est à la fois absorbée et dépensée, d’où la possibilité d’une appréciation réelle de la monnaie, ce qui risque de nuire au secteur des biens non échangeables. Les études empiriques ne permettent pas de déterminer si ce «mal hollandais» est inéluctable; dans le cas de l’Afrique, elles donnent des résultats ambigus. Une augmentation des dépenses visant à résorber les goulets d’étranglement dans les infrastructures, ce qui peut accélérer l’amélioration de la productivité dans le secteur des biens non échangeables, peut atténuer les symptômes du mal hollandais. La libéralisation du commerce accroîtra la part des importations dans les dépenses publiques et privées additionnelles, ce qui freinera l’appréciation réelle de la monnaie.

Les pays qui reçoivent davantage d’aide aujourd’hui doivent se préparer à l’éventualité d’une diminution de cette aide. Ils doivent avoir une stratégie de sortie en prévision du moment où l’aide recommencera à diminuer. En même temps, ils doivent poursuivre leurs efforts de collecte des recettes en renforçant leurs systèmes fiscaux. Les autorités peuvent choisir d’atténuer les effets de la volatilité de l’aide en effectuant des projections de l’accumulation ou de la diminution des réserves, en sachant que cela aura nécessairement des effets sur la gestion monétaire.

Le secteur financier

Le développement du secteur financier revêt une importance fondamentale pour la réduction de la pauvreté et pour la croissance. Or, les secteurs financiers d’Afrique subsaharienne sont les moins développés du monde. La gamme des institutions est étroite, et même les secteurs bancaires—qui sont dominants parmi les institutions financières—sont peu étendus. Même si la réglementation est en général conforme aux normes internationales et si les systèmes financiers sont sains, le laxisme du passé a laissé des banques fragiles, dont beaucoup sont publiques. En outre, si dans l’ensemble les banques sont rentables, leurs actifs sont plus concentrés et donnent des rendements plus faibles qu’ailleurs dans le monde.

Les carences du secteur financier limitent l’accès à l’épargne et au crédit et compliquent la conduite de la politique macroéconomique. Compte tenu des difficultés d’accès physique aux agences bancaires, du niveau élevé des tarifs des banques et de la réglementation des taux d’intérêt, la plupart des ménages sont dans l’impossibilité d’accumuler de l’épargne dans un établissement financier. L’accès aux prêts est limité, entre autres facteurs, par les déficiences des pratiques comptables et par l’absence de garanties. Le niveau élevé des frais généraux, la faiblesse des systèmes juridiques et la place prépondérante de l’État sur le marché concourent aussi à limiter les opérations de prêt. Le manque de profondeur des marchés et l’excédent de liquidité dans le système bancaire rendent les politiques monétaire et de change plus coûteuses et moins efficaces.

Les efforts déployés pour remédier à ces difficultés ont été limités ou ont eu des effets contraires à l’objectif recherché. Bien que le secteur de la microfinance—présenté par de nombreuses organisations gouvernementales et non gouvernementales comme permettant d’accroître l’accès des pauvres aux services financiers—se développe rapidement, il reste peu étendu par rapport au secteur bancaire et, souvent, il n’est pas rentable. D’autres efforts, tels que l’utilisation des banques d’État et des banques de développement pour encourager le financement des secteurs productifs, ont contribué par le passé à des crises bancaires dans la région. De nouveaux efforts dans ce sens pourraient créer des distorsions et se révéler coûteux à long terme.

Une vaste réforme du secteur financier doit figurer au premier rang des priorités en Afrique subsaharienne. Il importe en particulier d’éliminer les distorsions causées par la réglementation des taux d’intérêt, le laxisme et l’utilisation d’instruments de régulation monétaire. Il serait utile aussi d’accroître la taille des marchés (par exemple dans le contexte des unions monétaires existantes), d’encourager la mise en place d’un cadre prudentiel en rapport avec les structures économiques, d’utiliser d’autres types d’instruments financiers pour venir à bout des goulets d’étranglement, d’éviter les coûts et les distorsions causés par les établissements publics et d’assurer une application équitable des règles prudentielles.

Décentralisation budgétaire

La décentralisation budgétaire gagne du terrain en Afrique subsaharienne. Dans bon nombre de pays, au moins 20 % du total des dépenses et plus de 70 % des dépenses de lutte contre la pauvreté s’effectuent au niveau local. Avec la décentralisation des responsabilités budgétaires, de nouvelles questions se posent: partage des responsabilités pour les recettes et les dépenses, responsabilisation des administrations locales et incitations à mettre en place pour optimiser les décisions en matière de recettes et de dépenses.

La décentralisation a eu des résultats contrastés sur le plan social et économique. Si les dépenses de santé et d’éducation ont augmenté dans les pays les plus décentralisés, les résultats ont été inégaux dans le domaine des services en raison de la faible responsabilisation et du manque de moyens en dehors du centre. Malgré les augmentations récentes des recettes nationales, la forte dépendance à l’égard des transferts du centre semble avoir affaibli les incitations des administrations locales à collecter leurs propres recettes.

Les pays d’Afrique subsaharienne devraient s’efforcer de préserver la stabilité macroéconomique tout en accentuant l’obligation de rendre des comptes et en renforçant au niveau local les incitations à fournir les services et les moyens de le faire. Au niveau local, les contrôles budgétaires doivent être renforcés; les crédits budgétaires doivent être publiés et suivis tout au long de la chaîne de services. Au sein du système de transferts, la fourniture des services pourrait être soumise à des critères de référence et à des incitations de manière à ce que les administrations locales soient tenues de rendre des comptes. Pour préserver la stabilité macroéconomique, le centre doit énoncer clairement et faire appliquer les règles d’emprunt au niveau local, et renforcer la coordination budgétaire avec les administrations locales.

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