Chapter

III. Croissance aux Etats-Unis, en Europe et au Japon: les divergences sont-elles durables ou conjoncturelles?

Author(s):
International Monetary Fund
Published Date:
October 1999
Share
  • ShareShare
Show Summary Details

Si les États-Unis, l’Europe et le Japon enregistrent, depuis le début des années 90, un repli de l’inflation vers des taux qui correspondent à une assez bonne stabilité des prix, leurs performances different en revanche largement en ce qui concerne la croissance et le marché du travail (graphique 3.1). Depuis la récession de 1990-91, le taux de croissance économique a été de 3 % par an en moyenne aux États-Unis, ce qui a produit une expansion de l’emploi dans le secteur privé suffisante pour ramener le taux de chômage à près de 4 % alors que la population active a augmenté assez vite. Au Japon, une période de forte croissance a pris fin au début des années 90 lorsque la «bulle spéculative» a éclaté. Depuis lors, les résultats économiques de ce pays ont généralement été médiocres, ce qui a réduit le taux de croissance moyen pour la période 1991-98 à environ 1 % et provoqué une montée du chômage dont le taux, qui est récemment passé à 4¾ %, est le plus élevé qu’ait enregistré le pays depuis la guerre. En Europe, les performances de la croissance ont aussi été décevantes, à 2 % en moyenne au cours de la décennie, mais elles ont varié d’un pays à l’autre—entre moins de 1 % en moyenne par an en Suisse et presque 7 % en Irlande. Le chômage a continué de monter en Europe dans les années 90, pour atteindre 12½ % en 1997, bien qu’il ait légèrement baissé depuis.

Graphique 3.1.États-Unis, zone euro et Japon: principaux indicateurs économiques1

(Pourcentages)

Les États-Unis affichent de meilleurs résultais que le Japon et la zone euro en ce qui concerne la croissance de la production et le chômage L’inflation a ralenti dans les trois cas.

1Les zones ombrées correspondent aux projections des services du FMI.

Ces performances économiques divergentes reflètent des tendances différentes, tant de t’offre que de la demande, entre les trois régions. A court terme, les conditions de la demande sont généralement le principal déterminant des fluctuations observées de la production, et l’offre s’adapte à la demande par des variations temporaires de l’utilisation des ressources intérieures (qui s’évalue souvent comme la différence entre la production effective et la production potentielle estimée, c’est-à-dire l’écart de production). Néanmoins, à plus long terme, bien qu’il puisse y avoir des périodes prolongées de sous-utilisation des ressources, la croissance de la production dépend en général davantage des conditions de l’offre, dont les principaux éléments sont le capital, le travail et la croissance de la productivité.

Contrairement à la demande et à la production globales, qui sont mesurées périodiquement dans les statistiques des comptes nationaux, la production potentielle d’un pays est une grandeur non observée que l’on peut seulement évaluer approximativement par diverses méthodes d’analyse. Ces méthodes font toutes intervenir les chiffres de la production effective et, par conséquent, les estimations de la production potentielle courante d’un pays ou de sa position cyclique peuvent varier à mesure que de nouvelles données deviennent disponibles. Par exemple, la plupart des estimations de la croissance potentielle aux États-Unis ont été récemment rehaussées étant donné que la reprise a persisté et s’est renforcée contre toute attente; c’est le cas des estimations établies par les services du FMI (graphique 3.2). À l’inverse, les estimations de la croissance potentielle au Japon et, dans une moindre mesure, en Europe ont été révisées en baisse, parce que la croissance de la production s’est affaiblie dans ces économies. Aux États-Unis, l’accélération apparente de la croissance potentielle a notamment été imputée à un plus fort accroissement de la productivité lié aux nouvelles techniques de l’information. Au Japon, son ralentissement apparent a été attribué à la très forte baisse de l’investissement et aux problèmes de surcapacité dont les causes remontent à la période de la bulle spéculative. Il est vrai que ces phénomènes peuvent correctement expliquer les variations de la croissance de la production potentielle—et qu’ils pourraient finalement justifier de nouvelles révisions des taux estimés de la croissance potentielle—mais il se peut aussi que les estimations de la croissance potentielle soient exagérément déterminées par de récents facteurs temporaires et cycliques et donc qu’elles sous-représentent l’excédent de la demande aux États-Unis et les marges de sous-utilisation des ressources, au Japon en particulier, mais peut-être aussi en Europe.

Graphique 3.2.États-Unis, zone euro et Japon: évolution des estimations de la croissance potentielle et de l’écart de production1

(Pourcentages)

Les estimations de la croissance potentielle établies par les services du FMI ont été rehaussées pour les États-Unis durant la récente période d’expansion prolongée, mais elles ont été abaissées pour l’Europe et le Japon où la croissance s’est essoufflée. Les estimations de l’écart de production ont été révisées en conséquence.

Source: estimations des services du FMI

1 Les données sont tirées des Perspectives de l’économie mondiale. Chaque estimation de la croissance potentielle comprend cinq années de projections.

L’analyse qui suit tend à montrer qu’à la fois les facteurs structurels à long terme et des effets temporaires à court terme, cycliques ou autres, ont contribué aux différences observées entre les performances économiques des États-Unis, de l’Europe et du Japon. En ce qui concerne les États-Unis, bien que le taux de croissance potentiel soit probablement plus élevé qu’on ne l’avait précédemment estimé, on ne peut pas encore quantifier avec confiance le degré auquel il a été relevé de façon durable par les nouvelles technologies et les autres éléments de la «nouvelle économie». Les données disponibles semblent indiquer qu’une série de phénomènes fortuits mais temporaires peut expliquer, pour une part non négligeable, la coexistence d’une faible inflation et d’une forte croissance en 1996-98. Par conséquent, si l’analyse ne permet pas de tirer pour l’instant des conclusions solides à propos de l’importance relative des facteurs temporaires par rapport aux facteurs à plus long terme, elle engage toutefois à la prudence dans l’évaluation des conséquences à tirer de l’évolution récente aux États-Unis pour la politique économique. Au Japon, l’analyse indique que le faible taux de croissance entre 1991 et 1998 ainsi que la baisse connexe du taux estimé de la croissance potentielle reflètent en partie des conditions économiques temporaires défavorables, cycliques ou non. Il faudrait donc se garder d’affirmer que cette déficience prolongée persistera à moyen terme; toutefois, étant donné la gravité de la récession de 1997-98 et les récents problèmes du secteur bancaire, des mesures tant macroéconomiques que structurelles seront importantes pour rétablir des performances économiques plus satisfaisantes. Un retour durable des taux de croissance élevés du passé est toutefois peu probable dans l’avenir prévisible. Dans de nombreux pays d’Europe, une série de facteurs cycliques temporaires a manifestement réduit le taux de croissance, surtout ces derniers temps. Néanmoins, pour augmenter la production potentielle à moyen terme, il faut mettre l’accent dans ces pays sur la politique du marché du travail. En Europe comme au Japon, le vieillissement de la population freinera à l’avenir la croissance de la production potentielle.

Estimer le niveau viable de la production

Les estimations de la production potentielle et de son taux de croissance peuvent servir à atteindre plusieurs objectifs connexes. Comme on l’indique plus haut, elles donnent une indication du taux de croissance tendanciel d’une économie et aident à interpréter son évolution à long terme, tandis que l’écart de production—la différence entre la production effective et la production potentielle estimée—sert souvent d’indicateur des tensions inflationnistes. Les estimations de la production potentielle interviennent aussi dans le calcul du solde budgétaire structurel qui sert à évaluer l’orientation fondamentale de la politique budgétaire d’un pays et l’impact macroéconomique des mesures gouvernementales1.

La quantité de biens et de services qui peut être produite de façon durable—la production potentielle—dépend des quantités de capital et de travail disponibles et de leur productivité. Toutefois, les lacunes que présentent les données—en particulier la difficulté de mesurer les quantités de facteurs et leurs contributions à la production, et l’incertitude à propos de l’allure du progrès technique—ont conduit à utiliser diverses méthodes complémentaires pour exposer la production potentielle d’une économie (tableau 3.1)2.

Tableau 3.1.États-Unis, zone euro et Japon estimations de la croissance de la production potentielle1(Pourcentages)
1980–891990–98
États-Unis
Croissance de la production effective2,72,5
Estimations de la croissance de la production potentielle
Estimations des services du FMI2,82,7
Modèle structurel VAR3,32,9
Tendance temporelle2,82,6
Fonction de production2,92,6
Contributions estimées:
Travail1,10,9
Capital0,90,8
Productivité totale des facteurs0,90,9
Zone euro
Croissance de la production effective2,32,0
Estimations de la croissance de la production potentielle
Estimations des services du FMI2,42,4
Modèle structurel VAR2,42,1
Tendance temporelle2,32,1
Fonction de production2,22,0
Contributions estimées:
Travail0,30,2
Capital0,90,8
Productivité totale des facteurs1,01,0
Japon2
Croissance de la production effective3,81,0
Estimations de la croissance de la production potentielle
Estimations des services du FMI3,62,1
Modèle structurel VAR3,40,8
Tendance temporelle3,91,5
Fonction de production3,62,6
Contributions estimées:
Travail0,70,3
Capital1,81,2
Productivité totale des facteurs1,11,1
Sources: FMI, base de données des Perspectives de l’économie mondiale; calculs des services du FMI
  • La fonction de production est une relation conceptuelle exposant comment le capital, le travail et la technique se conjuguent pour donner la production ou le PIB3. Elle permet d’interpréter les mouvements du taux de croissance potentiel avec le temps ou ses différences d’un pays à l’autre en examinant les variations des quantités de capital et de travail mises en œuvre. Une lacune de cette méthode tient à la difficulté de quantifier le rôle du progrès technique (ou l’accroissement de la productivité totale des facteurs, PTF) qui, de par sa nature, ne peut être mesuré directement. Les méthodes indirectes permettant d’estimer la PTF sont très sensibles aux variations des conditions cycliques. Les estimations de la fonction de production présentées au tableau 3.1 sont établies dans l’hypothèse que le taux d’accroissement de la PTF est inchangé depuis le dernier cycle complet en date et donc qu’il ne saisit pas l’impact des techniques augmentant la productivité mises en place dans les années 904.

  • Les modèles «structurels» d’autorégression vectorielle (VAR) expliquent les variations de la production en fonction de l’offre à long terme et des écarts à court terme par rapport à cette dernière5. La croissance potentielle est identifiée à un accroissement de la production qui n’entraîne pas une accélération de l’inflation; les accroissements de la production qui exercent un effet inflationniste sont censés être liés à des pressions cycliques de la demande. Ces modèles n’expliquent pas la tendance de longue période ou les cycles économiques en fonction des quantités de facteurs mis en œuvre.

  • L’analyse de la tendance permet d’estimer la production potentielle exclusivement à partir des chiffres observés de la production. Elle repose sur l’hypothèse que le taux de croissance de la production potentielle est constant ou varie systématiquement avec le temps. Cette analyse fait par exemple intervenir des tendances temporelles, des tendances temporelles segmentées et des moyennes mobiles comme le filtre de Hodrick-Prescott, qui a servi à établir les estimations de la tendance temporelle présentées au tableau 3.1. Les méthodes fondées sur l’analyse de la tendance sont généralement faciles à appliquer et comportent des besoins en données minimes. Toutefois, elles ne permettent pas d’imputer les variations de la production potentielle à l’évolution économique observée. En outre, ces méthodes ne sont pas bien adaptées pour faire la part entre la tendance longue et le cycle dans le passé récent, parce que les estimations sont très sensibles aux dernières observations en date dans une série de données.

Le tableau 3.1 présente des estimations de la croissance potentielle aux Etats-Unis, dans la zone euro et au Japon, établies d’après les trois méthodes décrites ci-dessus. Ces estimations, qu’il convient de considérer comme indicatives, illustrent la variété des résultats auxquels aboutissent généralement les différentes méthodes. Les estimations des services du FMI sont aussi présentées; elles sont assorties des observations nécessaires concernant la méthodologie et les données utilisées pour chaque pays ou région. Des fonctions de production sont utilisées dans le cas des estimations des services du FMI pour le Japon et les pays de la zone euro; une méthode conjuguant une tendance temporelle fractionnée et une fonction de production est utilisée pour les Etats-Unis6. Au Japon, l’estimation de la croissance potentielle établie par les services du FMI pour la période 1992-98 est inférieure à celle qui est tirée de la fonction de production indicative, surtout parce que la quantité de facteur travail mise en œuvre a été corrigée en fonction de la réduction du nombre moyen d’heures ouvrées au cours de la période. Pour la zone euro, l’estimation des services du FMI est une moyenne pondérée des taux de croissance potentiels estimés pour chaque pays participant, ces taux étant essentiellement établis à partir des fonctions de production. (Les différents calculs indicatifs sont fondés sur des agrégations des données fondamentales.)

La fonction de production permet d’expliquer les différences que présentent les estimations de la croissance potentielle d’un pays à l’autre par les écarts entre les taux de croissance des quantités de facteurs travail et capital mises en œuvre (pondérées en fonction de leurs parts respectives dans la rémunération totale des facteurs) et de la PTF7. Si l’on considère la période 1990-98, une plus forte contribution de la croissance de la population active aux États-Unis (0,9 point contre 0,2 et 0,3 point dans la zone euro et au Japon, respectivement) compense les plus faibles contributions de l’accumulation du capital et de la croissance de la PTF dans ce pays, par rapport au Japon. La plus forte contribution de la croissance de la population active aux États-Unis s’explique quant à elle, d’une part, par une expansion plus rapide de la population d’âge actif et, d’autre part, par une baisse apparente du NAIRU dans ce pays au cours de la période considérée, alors que le NAIRU estimé a augmenté en Europe et au Japon8. En Europe, la hausse du NAIRU au cours des années 90 et son niveau élevé ont contribué à réduire la production potentielle par rapport à la valeur qu’elle aurait prise en l’absence de ce phénomène9.

Les contributions de l’accumulation du capital à la croissance de la production potentielle sont comparables en Europe et aux États-Unis dans les années 80 et 90. La légère baisse de la contribution du capital aux États-Unis s’explique par la récession de 1990-91 qui a réduit l’accroissement moyen du stock de capital pendant cette période. La contribution du capital a toutefois augmenté dans la seconde moitié de la période avec la reprise de l’investissement. La baisse de la contribution de l’accumulation du capital au Japon correspond à la contraction de l’investissement dans les années 90; elle explique la moitié de la baisse du taux de croissance potentiel, qui est passé de 3½% dans les années 80 à 2½ % dans les années 90, d’après les estimations établies sur la base de la fonction de production. L’accroissement de la PTF explique une très faible part des différences de la croissance potentielle estimée entre les trois régions. Ce résultat peut notamment tenir au fait que l’accroissement moyen de la PTF est supposé être inchangé, dans chaque cas, d’une période à l’autre, et que par conséquent les récents progrès des techniques de l’information aux États-Unis, ou dans les autres pays, ne sont pas saisis10. II est aussi possible que l’impact des nouvelles techniques ne se traduise pas par des variations de l’accroissement de la PTF mais par une évolution du coefficient de capital11.

Un autre indicateur de la productivité est la production par personne occupée, c’est-à-dire la productivité de la main-d’œuvre12; il est directement observable. contrairement à la PTF qui peut seulement être déduite des données communiquées. Dans une perspective à long terme, la croissance de la productivité est liée au stade de développement de l’économie; elle tend à augmenter lorsque la production passe de l’agriculture à l’industrie manufacturière, puis à ralentir lorsque les services gagnent de l’importance13. Entre les années 60 et les années 80, la productivité de la main-d’œuvre a augmenté plus vite au Japon et en Europe, parce que ces économies «rattrapaient» alors les États-Unis (graphique 3.3). Néanmoins, dans les années 80, le rythme du rattrapage a commencé à ralentir, étant donné que les niveaux de productivité convergeaient. Cette évolution, conjuguée à l’importance grandissante des secteurs des services dans les économies considérées, porte à croire que la croissance de la productivité et, par conséquent, celle de la production potentielle pourraient bien ralentir à l’avenir avec la fin du processus de rattrapage.

Graphique 3.3.États-Unis, zone euro et Japon: production par salarié et par habitant1

(Dollars aux prix de 1992: échelle logarithmique)

Les niveaux de productivité ont converge et la croissance de la productivité a ralenti.

1Chiffres convertis en dollars sur la base des taux de change ajustés en fonction de la parité de pouvoir d’achat. Les zones ombrées correspondent aux projections des services du FMI.

Néanmoins, dans une perspective à court terme, on peut s’attendre à une reprise de la croissance de la productivité de la main-d’œuvre pour deux raisons. Il est possible, et même probable, que le ralentissement observé de la croissance de la productivité de la main-d’œuvre au Japon et. dans une moindre mesure, en Europe dans les années 90 soit un phénomène cyclique qui prendra fin avec une reprise de la demande. En second lieu, la croissance de la productivité pourrait se renforcer au Japon et en Europe comme elle l’a récemment fait aux États-Unis, dans la mesure où il s’agit d’un phénomène induit par la technologie et en supposant que les techniques en question seront transférées avec succès vers ces pays. Des explications de cette accélération de la croissance de la productivité aux États-Unis sont présentées dans la prochaine section.

Le rythme du rattrapage a été plus lent en Europe qu’au Japon et, au début des années 80, le Japon avait dépassé la zone euro sur le critère du revenu par habitant, mais pas sur celui de la production par salarié (partie inférieure du graphique 3.3). Cette différence peut s’expliquer par la montée du chômage et par la baisse du taux d’activité en Europe, dont l’effet conjugué est de réduire le rapport des effectifs occupés à la population totale. Ainsi, même si les niveaux de production par salarié étaient les mêmes dans tous les pays, la production par habitant serait plus faible en Europe. Le taux d’activité a augmenté aux États-Unis et au Japon entre les années 70 et les années 90, pour passer à environ 80 %, mais il est resté à peu près stable à 65 % dans la zone euro. Les institutions du marché du travail, les taux d’imposition élevés, et des dispositions généreuses en matière de protection sociale et de retraite anticipée contribuent probablement beaucoup à expliquer la faiblesse des taux d’activité en Europe.

États-Unis: le bon temps va-t-il durer?

Les performances économiques réalisées par les États-Unis dans les années 90 ont été impression-nantes. L’expansion actuelle deviendra la plus longue jamais enregistrée si elle se poursuit au début de l’année prochaine (graphique 3.4)14. Elle se singularise également à plusieurs autres égards. Par exemple, le taux de chômage est tombé à 4¼ %, ce qui se situe au bas de la fourchette des estimations actuelles du NAIRU, et est aussi inférieur aux estimations du NAIRU au début des années 90, alors que l’inflation a ralenti; en général, il commence à augmenter lorsque la reprise se prolonge15. Contrairement à ce qui s’est passé au cours des autres phases d’expansion récentes, la croissance de la production et celle de la productivité de la main-d’œuvre sont lentement reparties au début, mais elles ont commencé à se renforcer après cinq ans alors qu’à ce stade, l’activité marque la plupart du temps une décélération. Certains analystes ont interprété celte évolution inhabituelle, en particulier l’accélération récente de la croissance de la productivité, comme la manifestation d’une «nouvelle économie» dans laquelle il est possible de soutenir une croissance plus forte qu’on ne le croyait précédemment. Néammoins, même si les données les plus récentes indiquent effectivement que les taux de croissance de la production potentielle et de la productivité ont été plus élevés dans les années 90 qu’on ne l’avait estimé, il n’est pas sûr que l’expansion accélérée de la productivité de la main-d’oeuvre enregistrée ces trois dernières années sera durable16.

Graphique 3.4.États-Unis: production, productivité de la main-d’oeuvre et inflation au cours des récentes phases d’expansion1

(Variations en pourcentage par rapport à l’année précédente)

Durant la phase d’expansion acutelle, la croissance de la production et celle de la productivité ont été au départ moins rapides qu’au cours des reprises précédentes, mais elles se sont renforcées récemment. L’inflation a ralenti pour ensuite rester stable pendant six ans et pour ralentir à nouveau récemment.

1Les trimestres sont représentés en abscisse, à compter du début de chaque expansion. L’expansion actuelle a commencé au deuxième trimestre de 1991.

2Secteur des entreprises non agricoles.

La demande intérieure a été soutenue pendant la majeure partie de la phase d’expansion. La vigueur de son essor récent a surpris nombre d’analystes, étant donné le stade du cycle économique auquel il s’est produit et les crises financières sur les marchés émergents. La demande est aussi restée ferme dans une période d’assainissement budgétaire pendant laquelle le déficit structurel primaire a été réduit (de 1½ % de la production potentielle entre 1995 et 1998; graphique 3.5). La vigueur de la demande de biens de consommation tient à l’expansion soutenue de l’emploi et à l’augmentation du revenu réel, mais aussi à une baisse du taux d’épargne des ménages—qui est tombé de 6 % au début de l’expansion en 1993 à zéro puis à une valeur négative en 1998—qui a été imputée à la hausse des cours boursiers et au fait que de plus en plus de ménages ont eu accès au crédit à la consommation. Les crises sur les marchés émergents et la faiblesse de la demande au Japon et en Europe ont contribué au dynamisme des marchés d’obligations et d’actions, ce qui a procuré aux entreprises des financements à moindre coût. Le manque de dynamisme de l’environnement international a exercé sur l’inflation un effet modérateur supplémentaire et il n’a donc pas été nécessaire de durcir les conditions monétaires. Ces effets fortuits semblent avoir neutralisé l’impact négatif sur les exportations des États-Unis (graphique 3.6). À partir de 1997, la forte expansion de la demande intérieure a pour une large part été satisfaite par une augmentation du déficit extérieur, étant donné que le dollar s’est apprécié en valeur effective réelle et que la croissance a été plus lente dans les pays partenaires.

Graphique 3.5.États-Unis: indicateurs de la politique économique et de la demande1

Les buns résultais de l’économie des États-Unis dans les années 90 se reflètent dans l’écart de production relatif. IIs ont été appuyés par la vigueur des dépenses du secteur privé, en partie fondée sur l’essor du marché boursier et qui, conjuguée au dollar fort, a entraîné une augmentation du déficit extérieur courant. Une amélioration sensible du solde budgétaire structurel a sans doute aidé à limiter la hausse des taux d’intérêt.

1Les chiffres de 1999 relatifs au solde budgétaire structurel, au solde extérieur courant et à l’écart de production sont des projections des services du FMI.

2L’écart de production relatif est l’écart de production aux États-Unis diminué d’une moyenne pondérée des écarts de production dans les autres principaux pays industrialisés.

Graphique 3.6.États-Unis, zone euro et Japon: évolution des hypothèses concernant l’expansion des marchés à l’exportation formulées dans les Perspectives de l’économie mondiale1

(Pourcentages)

L’expansion des marchés à l’exponation a généralement été sous-esiimée pour l’année 1997 dans les hypothèses utilisées pour les Perspectives de l’économie mondiale de mai 1997. Le ralentissement prononcé de l’expansion des marchés survenu ensuite en 1998 est largement imputable aux crises en Asie et en Russie.

1L’expansion des marchés à l’exportation est représentée par une moyenne pondérée par les échanges de l’expansion des importations dans les pays partenaires. Les projections commencent en 1997 pour les hypothèses de mai 1997 relatives à la demande sur les marchés à l’exponation, et en 1999 pour les hypothèses actuelles.

La question de savoir comment l’expansion de la demande a été satisfaite sans une accélération de l’inflation fait l’objet d’un large débat: cette situation s’explique en partie par l’augmentation des importations nettes (et par une intensification connexe des apports de capitaux) mais il s’est peut-être aussi produit dans l’économie des phénomènes qui ont relevé la production potentielle ou son taux de croissance17. Plusieurs hypothèses ont été avancées à cet égard, notamment la possibilité qu’une série d’événements fortuits ait temporairement supprimé l’inflation.

Le taux de croissance de la production potentielle a peut-être augmenté. D’après l’hypothèse de la «nouvelle économie» ou du «nouveau paradigme», la hausse du taux de croissance de la productivité de la main-d’œuvre observée en 1996-98 restera probablement acquise et elle permettra une augmentation durable du taux de croissance potentiel, peut-être jusqu’à 3 % par an ou davantage. Les principales raisons qui ont été avancées devant cette plus forte croissance de la productivité de la main-d’œuvre ont trait aux nouvelles techniques de l’information, à de nouvelles méthodes de gestion qui visent à réduire les coûts et favorisent de continuelles améliorations de la productivité et aux efforts connexes que déploient les entreprises pour rechercher une plus grande efficience face aux pénuries de main-d’œuvre et à l’intensification de la concurrence. Il est certes assez tentant de souscrire à l’argument suivant lequel ces nouvelles techniques et pratiques comportent des avantages considérables, comme c’est par exemple le cas d’une gestion des stocks optimale, mais la relation avec l’essor constaté de la productivité reste à prouver.

La croissance de la production potentielle n’a ni ralenti au début des années 90, comme on l’avait précédemment estimé, ni accéléré récemment. De nombreux économistes croyaient, encore récemment, que la croissance potentielle avait ralenti vers 1990 mais les nouvelles données tendent à montrer qu’il n’en a pas été ainsi. En effet, le ralentissement de la croissance de la productivité observé au début et au milieu des années 90 semble à présent avoir été passager ou cyclique, et sans doute lié à la faiblesse relative de la phase d’expansion initiale qui a suivi la récession de 1990-91. C’est probablement cela qui a fait croire à un ralentissement durable de la croissance de la productivité et de la production potentielle. Néanmoins, en 1996-98, le rythme des accroissements de la productivité s’est accéléré, de sorte que le ralentissement de la croissance potentielle à long terme qu’on avait estimé précédemment n’est plus confirmé par les données18. Ces considérations ont amené les services du FMI à réviser cette année leur estimation de la croissance potentielle, pour la porter à environ 2¾% par an, contre 2¼% précédemment. Ce relèvement est suffisant pour qu’on puisse conclure que l’économie des États-Unis a disposé de capacités inutilisées pendant la majeure partie des années 90 et n’a comblé l’écart de production qu’en 1998 (voir graphique 3.2). L’hypothèse révisée peut expliquer la récente conjonction d’une forte croissance et d’une faible inflation.

L’évolution démographique a réduit le chômage et produit un déplacement non récurrent de l’offre potentielle. Cela revient à dire que le repli du taux de chômage à 4¼% en 1998-99 n’a pas relancé l’inflation parce que le NAIRU a baissé. D’après une étude récente, il est possible qu’avec le vieillissement de la génération du baby-boom de l’après-guerre, le taux de chômage global ait baissé pour un niveau donné d’utilisation des ressources sur le marché du travail, étant donné que de nombreux membres de ce groupe ont rejoint les cohortes plus âgées, qui ont généralement connu des taux de chômage plus faibles19. Cela peut aider à expliquer pourquoi le chômage est tombé à son taux le plus bas depuis trente ans et semble indiquer que le niveau de la production potentielle a augmenté en conséquence, même si son taux de croissance tendanciel n’est pas nécessairement plus élevé.

Le comportement des salaires et des prix a changé. En 1996, M. Greenspan, Président de la Réserve fédérale, a cité des indications suivant lesquelles la sécurité de l’emploi inquiétait les travailleurs qui, pour cette raison, étaient disposés à accepter de moindres augmentations de salaires pour un niveau donné d’utilisation des ressources sur le marché du travail mais, en février 1999, il a nóté que les préoccupations de cet ordre ne semblaient plus être de nature à expliquer une évolution des salaires favorable à l’économie20. Des travaux récemment réalisés par les services du FMI concluent que le comportement des salaires, exprimé par des estimations de la courbe de Phillips, n’a pas changé ces dernières années, et que les faibles taux de hausse des prix à la consommation en 1995-98 sont imputables à des gains de productivité, au ralentissement depuis 1995 de l’expansion des éléments non salariaux dans la rémunération de la main-d’œuvre et à la baisse des prix des importations (voir ci-après)21.

Les modifications apportées aux méthodes de calcul de l’indice des prix ont rehaussé tes estimations de la croissance de ta production et de la productivité, surtout depuis 1995. Une étude récente montre que les perfectionnements qui ont été apportés à l’estimation de l’inflation, sur la base du déflaleur du PIB, notamment dans le but de réduire les erreurs systématiques dans le calcul de l’indice des prix à la consommation, ont rehaussé le taux moyen estimé de la croissance de la productivité du secteur des entreprises non agricoles en 1996-98, d’environ ½ point par rapport à la période 1972-9522. Cette augmentation du taux de croissance estimé de la production réelle (et par conséquent de la production par travailleur) tient au fait que les indices de prix qui servent à déflater les chiffres de la production nominale font maintenant apparaître un taux d’inflation plus faible que celui qui découlait des indices de prix fondés sur les méthodes précédemment utilisées. Celte rupture possible dans les séries de données incite par conséquent à interpréter avec prudence les comparaisons de la croissance de la productivité avant et après 1995 (année pendant laquelle l’essentiel des modifications a été apporté).

Des facteurs spéciaux et non récurrents dissimulent les signes de surchauffe. La baisse des cours mondiaux des produits de base et la fermeté du dollar ont réduit les prix des importations et exercé des pressions en baisse sur les prix intérieurs, dissimulant ainsi les signes de surchauffe. Des estimations récentes indiquent que la baisse des prix des importations a ralenti la hausse des prix à la consommation de 0,8 point par an en moyenne pendant la période 1996-98, surtout par l’effet exercé sur les prix des biens échangeables (graphique 3.7)23. Les conditions favorables dans lesquelles a été financé le déficit extérieur courant des États-Unis peuvent être considérées comme un autre facteur spécial ayant dissimulé les conséquences possibles de la surchauffe. Lorsque le déficit s’est creusé en 1997-98, les taux d’intérêt ont baissé et le dollar s’est apprécié en valeur effective, stimulant la demande intérieure aux États-Unis, notamment à cause de la crise financière sur les marchés émergents et de la sous-utilisation des ressources en Amérique latine, en Asie et en Europe. Avec la reprise de la croissance dans ces régions, il deviendra sans doute plus difficile de financer le déficit extérieur courant aux taux d’intérêt et de change actuellement en vigueur.

Graphique 3.7.États-Unis: principaux indices de prix

(Variations en pourcentage par rapport à l’année précédente)

Les prix des biens échangeables ont baissé en 1997-98.

Source: base de données de Haver Analytics

S’il est vrai que chacune de ces hypothèses pourrait expliquer «la forte croissance assortie d’un repli de l’inflation» enregistrée ces dernières années, les conséquences à en tirer pour l’avenir, et pour la politique économique, sont assez différentes. Le «nouveau paradigme» et les autres explications fondées sur l’hypothèse d’une augmentation durable des taux de croissance de la productivité laissent supposer que l’expansion économique aux Etats-Unis peut se poursuivre à une allure qu’on considérait précédemment comme intenable. Les autres explications renvoient à un changement de palier de la production potentielle ou à des variations transitoires dans l’économie et elles portent donc à croire que des signes de surchauffe pourraient rapidement apparaître lorsque ces effets non récurrents s’estomperont. Ces derniers comprennent une augmentation temporaire de la productivité en 1996-98 qui correspond au rattrapage d’un retard par rapport au cours normal du cycle, des facteurs temporaires qui limitent l’inflation et des entrées de capitaux supérieures à la normale, dues au ralentissement de l’économie dans les autres pays.

Il est impossible, à ce stade, de répondre catégoriquement à la question de savoir si l’économie des États-Unis est entrée dans un nouvel âge d’or caractérisé par une croissance potentielle plus forte ou si elle a bénéficié d’effets temporaires ou cycliques. Les données empiriques et l’expérience acquise incitent toutefois â considérer cette question avec prudence. Premièrement, des effets temporaires—comme par exemple la baisse des prix des importations—s’exercent incontestablement et ils pourraient bien disparaître ou même s’inverser à terme. Deuxièmement, les études qui appuient l’hypothèse de la «nouvelle économie» ne semblent pas, jusqu’à présent, avoir assez de poids pour écarter les données et les analyses qui aboutissent aux conclusions opposées. Comme on l’a noté plus haut, il se peut que l’augmentation du taux de croissance de la productivité aux États-Unis en 1996-98 corresponde à un essor conjoncturel exceptionnel et non à un changement dans la tendance de longue période. Une étude récente, qui n’appuie pas l’hypothèse de la «nouvelle économie», ne parvient pas à déceler une hausse du taux de croissance de la PTF entre 1988 et 1996, période pendant laquelle on pourrait s’attendre à des gains liés aux progrès de l’informatique24. D’après une autre étude, l’impact des progrès techniques récents sur la croissance de la production potentielle se limite à 0,15 point, et une autre encore établit que l’essor de l’investissement dans le matériel informatique a relevé le taux de croissance potentiel de 0,35 point entre 1996 et 199825. Cette dernière étude conclut toutefois qu’il est trop tôt pour établir si cette hausse est une augmentation durable du taux de croissance potentiel ou le résultat d’une réaction passagère à la baisse des prix des ordinateurs. Troisièmement, étant donné que les estimations de la croissance potentielle ont tendance à être relevées pendant les phases d’expansion cyclique, et abaissées durant les périodes de faible croissance, il semblerait prudent, sans écarter la possibilité que le taux de croissance potentiel ait un peu augmenté, d’élaborer des mesures de politique économique en partant de l’hypothèse que des changements temporaires ou non récurrents de l’environnement économique ont joué un rôle important. Quatrièmement, il y a lieu d’être prudent, car, à la fin des années 80 et au début des années 90 au Japon, au Royaume-Uni et dans les pays Scandinaves, les conséquences défavorables de la surchauffe n’ont pas été décelées. Enfin, par deux fois aux États-Unis, dans les années 20 puis dans les années 60, on a pu croire qu’une forte croissance laissait augurer un nouvel âge d’or. Cela n’a évidemment pas été le cas et il y a de nombreuses et solides raisons de penser que l’expansion récente connaîtra le même sort26.

Japon: pourquoi dix années sans croissance sont probablement une aberration

Les résultats économiques médiocres du Japon dans les années 90 trouvent leur origine dans la bulle spéculative dont ont commencé à faire l’objet les prix des actifs dans les années 80 et qui a éclaté assez tardivement en 1990. L’effondrement des cours des valeurs immobilières et mobilières qui a suivi a ouvert une longue période de faible croissance économique, caractérisée par des capacités excessives et par un mauvais état général de la confiance, dû notamment à l’accumulation des craintes et des incertitudes suscitées par l’évolution future de l’emploi et les perspectives de restructuration, ainsi que par le gonflement de la dette publique. Les effets économiques de l’effondrement des prix des actifs ont été aggravés par la très forte contraction de l’investissement des entreprises, qui a ralenti la croissance potentielle, et par ses conséquences pour le système bancaire, bien que le cloisonnement réglementaire des marchés les ait empêchées de se manifester, pour l’essentiel, jusqu’en 1996/97. Les autorités ont réagi à ces problèmes de façon énergique, quoiqu’un peu tardive, en adoptant un vaste ensemble de mesures de relance budgétaire, et en assouplissant la politique monétaire, étant donné que les taux d’intérêt directeurs étaient en fait nuls depuis le début de l’année. En 1996, la relance budgétaire a aidé à amorcer une reprise, mais la fin de l’expansion budgétaire l’année suivante, conjuguée à l’instabilité du système financier et au début de la crise en Asie, a contribué à faire reculer la production de 5 ½ % entre le début de 1997 et la fin de 1998, soit une contraction sans précédent pour un pays industrialisé dans la période de l’après-guerre. Les prix à la consommation n’ont presque pas augmenté depuis 1995, à cause du degré élevé de sous-emploi des ressources dans l’économie et de la baisse des prix des importations: malgré une légère orientation en baisse du niveau des prix, les pressions déflationnistes ont été limitées.

Facteurs cycliques influant sur l’activité économique au Japon

Si l’on considère les composantes des dépenses, la récession au Japon est surtout imputable à un fléchissement prononcé de l’investissement des entreprises et de la construction de logements. L’investissement des entreprises a diminué d’environ 20 % par rapport au maximum qu’il a atteint au début des années 90, et le recul de la construction de logements est encore plus prononcé, puisqu’il a dépassé 30 % entre 1990 et 1998. L’ajustement des stocks, consécutif à la forte accumulation du capital qui a eu lieu pendant la période de spéculation sur les prix des actifs, a beaucoup contribué à cette faiblesse de l’investissement. Après l’éclatement de la bulle spéculative en 1990 et le ralentissement de l’activité qui l’a suivi, de nombreuses entreprises se sont retrouvées avec des surcapacités considérables. D’après les estimations, même si l’investissement s’est sensiblement contracté dans les années 90, le rapport du capital net des entreprises à la production potentielle reste supérieur à la valeur de longue période qu’il enregistrait avant les années de la bulle spéculative27.

Les dépenses d’investissement ont aussi été déprimées par l’endettement des sociétés, qui a atteint des niveaux élevés en particulier dans les secteurs de l’immobilier et de la construction, et dans d’autres secteurs non manufacturiers. Les entreprises de ces secteurs avaient massivement emprunté sur la base de prévisions concernant la croissance économique qui ne se sont pas réalisées. Leur situation financière s’est nettement détériorée et leur capacité d’obtenir des ressources pour financer de nouveaux investissements ou leurs fonds de roulement a été gravement réduite. En revanche, les résultats financiers des grandes entreprises manufacturières se sont améliorés depuis 1991-92 et, en outre, nombre de ces entreprises ont accès aux marchés internationaux de capitaux où elles peuvent se procurer des ressources directement.

Les problèmes récents du système bancaire ont contribué au durcissement des conditions financières, surtout pour les petites et moyennes entreprises qui ont recours aux banques pour se financer. Cela a même pesé, semble-t-il, sur l’accès au crédit de nombreuses entreprises solvables. Cette situation a contribué non seulement à réfréner des projets d’investissement fixe, mais aussi à limiter le financement des fonds de roulement, ce qui a entravé la production et réduit la capacité, pour certaines entreprises, d’exploiter de nouveaux débouchés28.

La contraction de la consommation privée de 1 % environ en 1998 a aussi contribué au ralentissement de l’activité. Cette contraction tient en particulier, semble-t-il, à une baisse de la rémunération de la main-d’œuvre et aux préoccupations des travailleurs à propos de l’évolution future de l’emploi, notamment dans la perspective d’une restructuration des entreprises. De nouvelles baisses des prix des actifs, bien qu’elles aient été faibles, ont sans doute aussi réfréné la demande de biens de consommation. Il y a lieu de se féliciter de la reprise de la consommation privée au cours des deux premiers trimestres de 1999 mais il n’est pas encore sûr que cela marque le début d’un redressement durable de la demande privée, étant donné la fragilité du marché de l’emploi.

La diminution des ressources procurées par le secteur extérieur a aggravé la récession. Pendant la majeure partie de la seconde moitié des années 90, les exportations nettes ont apporté une légère contribution positive à la croissance, grâce à la vigueur de la demande dans certains pays partenaires, surtout les États-Unis, et aux effets de la dépréciation du yen en valeur effective réelle par rapport à son maximum de 1995. En revanche, le volume des exportations a diminué en 1998, parce que ta demande d’importations s’est contractée dans les pays d’Asie en crise, et à nouveau au premier trimestre de 1999, lorsque l’effet de la dépréciation du yen s’est estompé.

Les autorités ont eu recours à la fois à la politique macroéconomique et à des mesures structurelles pour tenter de remédier à l’anémie prolongée de l’économie nippone. Elles ont appliqué de nombreux dispositifs de relance, qui ont abouti à faire passer le solde budgétaire structurel du Japon d’un excédent égal à 2 % de la production potentielle en 1991 à un déficit qui. d’après les projections, s’établirait à environ 6 % du PIB en 1999 (graphique 3.8)29. La dette publique brute est passée d’environ 70 % à 120 % du PIB entre 1990 et 1998. Les mesures de relance budgétaire ont aidé à amorcer une reprise en 1996, lorsque la demande privée a fortement augmenté et que le taux de croissance de la production s’est porté à 5 %, mais le durcissement budgétaire opéré ensuite au début de 1997, conjugué aux remous financiers et au début de la crise en Asie, a entraîné un nouveau fléchissement de l’activité économique. Les derniers trains de mesures, appliqués en 1998, ont contribué à une reprise de la demande privée aux deux premiers trimestres de 1999 mais il est encore trop tôt pour savoir s’ils ont pu amorcer un redressement durable. En ce qui concerne la politique monétaire, les autorités maintiennent depuis mars le taux d’intérêt au jour le jour à une valeur proche de zéro mais les problèmes de désintermédiation dans le secteur financier et le taux d’inflation très faible qui a assujetti les taux d’intérêt réels à un plancher ont réduit l’efficacité de l’action gouvernementale30. Néanmoins, depuis la fin de 1998, les autorités ont mis en place un cadre de règlement global des problèmes du secteur bancaire.

Graphique 3.8.Japon: indicateurs de la politique économique et de la demande1

La faiblesse de l’économie japonaise dans les années 90 se reflète dans l’écart de production relatif. Malgré la forte détérioration du solde budgétaire structurel, le solde extérieur est resté excédentaire en raison du niveau déprimé de la demande privée et de la baisse du yen. L’assouplissement de la politique monétaire a fait tomber les taux d’intérêt à zéro.

1Les chiffres de 1999 relatifs au solde budgétaire structurel, au solde extérieur courant et à l’écart de production sont des projections.

2Les taux d’intérêt réels ne prennent pas en compte le relèvement de la taxe à la valeur ajoutée (TVA) en avril 1997.

3L’écart de production relatir est l’écart de production au Japon diminué d’une moyenne pondérée des écarts de production dans les autres principaux pays industrialisés.

Les raisons du ralentissement de la demande privée peuvent aider à comprendre pourquoi les mesures de relance budgétaire et monétaire appliquées dans les années 90 semblent jusqu’à présent n’avoir que partiellement réussi à réactiver la demande (graphique 3.8). De nombreuses entreprises ont encore des capacités excessives, et celles dont les bilans laissent à désirer ont sans doute des difficultés à obtenir des financements. Le ralentissement de l’intermediation financière empêche probablement des entreprises viables d’investir. Dans ces conditions, ni une baisse des taux d’intérêt ni des mesures de relance budgétaire ne seraient très efficaces pour stimuler l’investissement privé. Il se peut aussi que la demande des ménages ne réagisse pas aux mesures expansionnistes en raison de réductions d’impôt temporaires ou parce que les politiques suivies ne sont pas jugées de nature à apaiser l’incertitude latente qui entoure les perspectives de l’emploi. Étant donné que le déficit des finances publiques est proche de 10 % du PIB. il est clair que les ménages risquent de réagir au relâchement de la politique budgétaire en escomptant un durcissement futur et donc en augmentant leur taux d’épargne.

La croissance de la production potentielle à long terme a-t-elle ralenti au Japon?

D’après les estimations, le taux de croissance potentiel a baissé au Japon, pour passer d’environ 3½–4 % dans les années 80 à environ 1–2½ % dans les années 90 (voir tableau 3.1). La large fourchette dans laquelle se situent ces estimations, surtout dans la seconde période, témoigne de l’incertitude qui entoure l’évaluation de la croissance potentielle lorsque le taux de croissance effectif tombe très nettement, et durablement, au-dessous de la tendance â long terme qu’il suivait jusqu’alors. Cette incertitude signifie que toute estimation ponctuelle de la croissance potentielle au Japon se situant au bas de la fourchette risque d’être entachée d’une erreur systématique par défaut. Néanmoins, si l’on considère les estimations établies sur la base de la fonction de production, environ ½ point de la baisse du taux de croissance potentiel, qui se replie grosso modo de 3½% à 2½%, peut-être expliqué par une diminution du taux de croissance de la population active entre les années 80 et les années 90, l’autre ½ point étant imputable au ralentissement de l’accumulation du capital (voir tableau 3.1)31.

En ce qui concerne la période à venir, la projection de référence laisse prévoir une baisse du taux de croissance de la production potentielle, qui s’établirait juste au-dessus de 1 % par an en 1999–2002, contre 2¼% en 1992-98. Les ralentissements prévus de la croissance de la population active et de l’accumulation du capital expliquent à peu près autant l’un que l’autre cette baisse. À plus long terme, toutefois, il est envisageable que le taux de croissance potentiel du Japon augmente par rapport à sa faible valeur actuellement estimée. Premièrement, il est évident que les estimations de la croissance potentielle dans les années 90—en particulier les estimations les plus pessimistes, établies sur la base des tendances temporelles et des modèles structurels d’autorégression vectorielle—ont été systématiquement faussées par les conditions exceptionnellement déprimées de la demande en 1991-98. Deuxièmement, malgré le vieillissement de la population, la main-d’œuvre disponible pourrait augmenter en quantité et en qualité à condition que l’âge moyen du départ à la retraite soit repoussé et que la pratique de l’emploi à vie devienne moins répandue, au profit d’une plus grande mobilité. Cela aiderait à relever le taux de croissance potentiel pendant la période de transition. Troisièmement, lorsque les effets défavorables du surinvestissement passé seront surmontés et que les problèmes récents du secteur bancaire seront résolus, les entreprises recommenceront à investir et à constituer le stock de capital. Il est toutefois peu probable que l’accumulation du capital revienne aux taux enregistrés dans les années 80, pendant lesquelles on estimait généralement que les dépenses d’équipement n’étaient pas viables. En outre, l’accumulation du capital ralentira probablement en même temps que la croissance de la population active. Enfin, la mesure dans laquelle l’accumulation du capital contribuera à la croissance potentielle dépendra aussi de façon décisive des incitations en faveur des activités nouvelles et d’une affectation plus efficiente des ressources.

Il sera indispensable, pour augmenter le taux de croissance potentiel, d’adopter des mesures structurelles qui s’attaquent aux causes fondamentales de la mauvaise affectation des ressources qui, dans le passé, a entraîné la détérioration des résultats économiques du Japon32. Par exemple, le taux d’épargne élevé dans ce pays, conjugué à l’inefficience du marché des capitaux, a procuré aux entreprises japonaises des financements à bon marché et réduit les incitations à utiliser efficacement ces ressources, tandis que des pratiques établies sur le marché du travail, comme l’emploi à vie, ont limité l’adaptation des entreprises aux innovations qui permettaient d’augmenter la productivité. La réforme du marché financier, appuyée par une meilleure gestion des sociétés et par un dispositif de protection pour les chômeurs, favoriserait ta mobilité de la main-d’œuvre et une affectation plus efficiente des ressources, ce qui devrait relever la productivité et permettre à l’économie de mieux s’ajuster aux chocs défavorables. L’assouplissement de la réglementation et des autres contraintes augmentera aussi l’efficience, en particulier dans le secteur des biens non échangeables.

La croissance peut-elle s’accélérer en Europe?

La croissance en Europe pendant les années 90, et plus particulièrement dans les principaux pays d’Europe continentale pendant la seconde moitié de la décennie, a été plus faible qu’aux États-Unis et un peu en recul par rapport au taux moyen qu’elle avait enregistré dans les années 80, comme le montrent les données concernant la zone euro (graphiques 3.1 et 3.9). Le chômage a poursuivi l’augmentation tendancielle commencée dans les années 70 et la reprise conjoncturelle de 1997-98 n’a que légèrement réduit le nombre des sans-emploi. Une faible expansion de la demande semble expliquer pourquoi la croissance de la production a ralenti dans les années 90, étant donné que les estimations de la croissance potentielle établies par les services du FMI n’ont pas changé entre les années 80 et les années 90 (tableau 3.1). Néanmoins, des facteurs qui influent sur l’offre à plus long terme contribuent beaucoup à expliquer pourquoi la croissance est plus faible en Europe qu’aux États-Unis.

Graphique 3.9.Zone euro: indicateurs de la politique économique et de la demande1

L’assainissement budgétaire réalisé à l’approche de l’UEM a apporté une amélioration considérable du solde budgétaire structurel et une baisse des taux d’intérêt réels, qui ont par conséquent contribué aux résultats vigoureux affichés par les marchés boursiers dans la seconde moitié des années 90. La position cyclique défavorable de l’économie de la zone euro se reflète dans la contraction de l’écart de production relatif.

1Les chiffres de 1999 relatifs au solde budgétaire structurel, au solde extérieur courant et à l’écart de production sont des projections des services du FMI.

2L’écart de production relatif est l’écart de production dans la zone euro diminué d’une moyenne pondérée des écarts de production dans les autres principaux pays industrialisés.

Comme on l’expose dans les précédents numéros des Perspectives de l’économie mondiale, cette performance médiocre peut être imputée à un certain nombre d’éléments défavorables, notamment les effets des rigidités du marché du travail, les tensions et l’instabilité du marché financier dans les pays qui participaient au mécanisme de change européen après l’unification de l’Allemagne, la nécessité d’un assainissement budgétaire, une orientation monétaire qui a parfois tardé à réagir à l’insuffisance de la demande en l’absence de tensions inflationnistes et, plus récemment, les conséquences défavorables pour le commerce extérieur des crises financières survenues sur les marchés émergents (voir graphique 3.6). Dans certains des petits pays de la zone euro, la croissance a été sensiblement supérieure à la moyenne pour diverses raisons, notamment la convergence du revenu par habitant, les plus faibles taux d’intérêt en vigueur, dus à la convergence des taux nominaux et à une inflation relativement forte et, enfin, les effets favorables des réformes des marchés du travail et des produits. Si l’on considère l’ensemble des années 90, le taux de croissance du Royaume-Uni n’a guère différé du taux moyen des pays de la zone euro. Il l’a toutefois dépassé chaque année pendant la période 1993-97. Cette performance supérieure à la moyenne est sans doute le fruit des réformes structurelles commencées dès le début des années 80, ainsi que d’une politique macroéconomique prudente.

Les pays à croissance relativement faible

En Allemagne, la reprise qui a commencé en 1993 a été lente, le taux de croissance de la production ayant été inférieur à 2 % par an en moyenne. L’assainissement budgétaire, nécessaire après les lourdes dépenses auxquelles a donné lieu l’unification, explique largement ce phénomène. En outre, le coût élevé de la main-d’œuvre a contribué à une contraction de 5 % de l’emploi entre 1992 et 1998. Le recul de l’emploi pendant cette longue période peut être imputé en partie aux institutions du marché du travail qui ne sont pas parvenues à faire concorder l’évolution des salaires et la croissance de la productivité, mais aussi aux contrecoups de l’unification, à savoir les augmentations de salaires généralisées et les relèvements des taux de cotisations sociales qui ont alourdi davantage les coûts de main-d’œuvre. Le recul de l’emploi a été plus important en Allemagne de l’Est, où l’augmentation des coûts de main-d’œuvre a été plus prononcée et où la productivité n’a pas encore rattrapé le niveau des salaires. Pendant une bonne partie de 1997 et au début de 1998, la reprise a semblé se raffermir en Allemagne, après que le pays a atteint l’objectif budgétaire de Maastricht. Cette reprise a toutefois été temporairement enrayée en 1998 par la contraction de la demande d’exportations liée aux crises sur les marchés émergents; outre leur effet sur les exportations, ces crises ont porté atteinte à la confiance des entreprises et à l’investissement. Il semble que l’Allemagne a été plus durement touchée par les crises sur les marchés émergents que certains de ses voisins. On examinera ci-après les raisons de ce phénomène.

Parmi les principaux pays européens, l’Italie est celui qui a enregistré le plus faible taux de croissance dans les années 90, notamment à cause de la politique budgétaire particulièrement stricte qui a dû être suivie: les mesures d’ajustement budgétaire prises au cours de cette décennie ont produit un redressement du solde structurel primaire équivalant à environ 9 % du PIB. En outre, des mesures de rigueur monétaire se sont imposées au début de la décennie pour réduire l’inflation, puis à nouveau en 1994—95 pour permettre à la lire de réintégrer rapidement le mécanisme de change européen Les obstacles structurels à une plus forte croissance, notamment la hausse des taux d’imposition, l’inefficacité du système de protection sociale et les rigidités du marché du travail expliquent aussi pourquoi l’Italie a affiché des résultats inférieurs à la moyenne pendant les années 90. Les raisons du ralentissement de l’activité au second semestre de 1998 et au début de 1999 restent un peu obscures, surtout si l’on tient compte de la forte baisse des taux d’intérêt liée à la convergence des conditions monétaires et à l’alignement de l’inflation sur les taux plus faibles enregistrés par l’Allemagne et ta France. Comme en Allemagne, le choc de la demande extérieure dû aux crises sur les marchés émergents a beaucoup contribué au ralentissement (voir ci-après). De surcroît, le fléchissement de la demande intérieure, surtout celui de l’investissement des entreprises, tient peut-être au fait que ces dernières ont eu tendance à différer leurs projets d’investissement jusqu’à ce que tous les effets de l’union monétaire et de la convergence des taux d’intérêt puissent être évalués. Les effets décalés du durcissement antérieur des conditions budgétaires, et l’incertitude que suscitent les politiques budgétaire et structurelle futures, ont peut-être aussi affaibli la demande.

En France, la croissance a été faible au début des années 90, mais elle s’est accélérée dans la seconde moitié de la décennie pour atteindre 2½ % par an en moyenne, soit un taux supérieur à ceux qu’ont enregistrés l’Allemagne et l’Italie pendant cette période. Bien que la reprise soit loin d’être totale en France, elle a été un peu plus vigoureuse dans ce pays qu’en Allemagne ou en Italie, pour plusieurs raisons. Premièrement, l’assainissement budgétaire a été plus faible en France—de l’ordre de 2¼% du PIB. contre 3¾% en Allemagne et 9 % en Italie. Deuxièmement, la modération des salaires a stimulé la compétitivité de la France dans la zone euro pendant la majeure partie des années 90 (tableau 10 de l’appendice statistique). Troisièmement, la construction est repartie en France, alors qu’en Allemagne, elle s’est relâchée après la période de forte activité qui a suivi l’unification. Enfin, la confiance des consommateurs et. par conséquent, la demande ont été plus robustes en France qu’en Allemagne, notamment grâce à une politique du marché du travail un peu plus efficace. Des emplois ont été créés en France dans la seconde moitié des années 90, alors que le niveau de l’emploi a baissé en Allemagne. Il se peut que la réduction du nombre d’heures ouvrées qui est en cours d’application en France facilite un accroissement de la productivité mais elle exercera aussi une contrainte sur le niveau de la production potentielle et, partant, sur le niveau de la production qu’il sera possible de maintenir à moyen terme.

Il semble également que le ralentissement de la croissance qui s’est produit en 1998-99 a été plus prononcé en Allemagne et en Italie qu’en France, sans doute parce que la structure des exportations de ces pays les exposait davantage aux crises financières qui ont éclaté en Asie et en Russie. En 1997, environ 20 % des exportations allemandes ont eu pour destination les marchés émergents d’Asie de l’Est et d’Europe de l’Est, contre environ 12 % des exportations françaises. Qui plus est, ces crises ont eu davantage d’impact en Allemagne parce que environ 80 % des exportations de ce pays consistent en biens d’équipement et en biens intermédiaires, dont la demande est sensible aux fluctuations cycliques, contre 50 % dans le cas des exportations françaises. En Italie, les exportations nettes ont enregistré en 1998 une perte équivalant à presque 1 % du PIB, notamment à cause de leur structure, qui comporte une plus large part de textiles, de vêtements et de produits du cuir. L’Italie semble avoir cédé du terrain, sur les marchés de ces produits, aux pays d’Asie en crise. Les exportations italiennes de biens de consommation de haute qualité ont aussi été touchées par le ralentissement de la demande mondiale en 1997-98.

Les pays à croissance relativement rapide

Contrairement à l’Allemagne, à la France et à l’Italie, dont les résultats ont été décevants, plusieurs autres pays européens ont connu des périodes d’expansion rapide dans les années 90; ce sont, pour les pays de la zone euro, l’Espagne, la Finlande, l’Irlande, les Pays-Bas et le Portugal et, pour les autres pays, te Danemark, la Norvège et le Royaume-Uni. La plupart d’entre eux ont été touchés par la récession dans les premières années de cette décennie, mais ils ont ensuite enregistré des reprises qui ont réduit le chômage à des taux inégalés, dans certains cas, depuis le début des années 70. L’Irlande se distingue particulièrement avec un taux de croissance qui s’est établi en moyenne à 9 % en 1994—98. Des gains de productivité solides (favorisés par des investissements directs étrangers que des dispositions fiscales avantageuses ont attirés), conjugués à la modération salariale (facilitée par un accord tripartite), ont produit une amélioration forte et durable de la compétitivité et ils ont contribué, la situation budgétaire ayant été maîtrisée, à une interaction bénéfique entre la progression du revenu réel, la forte croissance de l’emploi et le dynamisme de l’activité intérieure. Le risque de surchauffe, qui se manifeste en particulier dans la forte hausse des prix de l’immobilier, est récemment devenu de plus en plus préoccupant.

Au Danemark, en Espagne, aux Pays-Bas et au Royaume-Uni, une atténuation des rigidités sur le marché du travail a réduit le chômage structurel, alors que le chômage tant effectif que structurel est resté stable ou a continué d’augmenter dans d’autres pays européens (graphique 3.10). Ce succès peut être imputé à tout un ensemble de réformes du marché du travail dont les éléments ont différé d’un pays à l’autre. Un élément commun, toutefois, est la réforme du système de prestations de chômage qui a réduit les incitations négatives que comportaient les anciens dispositifs. La modération salariale, qui est une autre composante importante de ces réformes, a été obtenue soit par la décentralisation des négociations, comme au Royaume-Uni et, dans une moindre mesure, au Danemark, soit par une approche consensuelle tripartite, comme aux Pays-Bas et en Autriche33.

Graphique 3.10.Zone euro: indicateurs des performances économiques1

(Pourcentages)

Les solides résultats économiques des pays figurant dans la partie gauche du graphique sont illustrés par des baisses sensibles du taux de chômage. L’inflation a ralenti dans tous les pays. Le taux de chômage devrait baisser légèrement dans les pays figurant dans la partie droite du graphique.

1Les zones ombrées correspondent aux projections des services du FMI.

A l’approche de l’union monétaire, tous les pays de l’UE, y compris ceux qui ne prévoyaient pas de rejoindre l’union dès la première étape, ont appliqué des mesures de réduction sensible du déficit (tableau 3.2). L’impulsion restrictive de ces mesures a largement cessé d’agir. Plus récemment, alors que le lancement de l’union se rapprochait, les taux d’inflation et les taux d’intérêt ont convergé vers les valeurs plus faibles qui étaient en vigueur dans les principaux pays. En Espagne, en Grèce et au Portugal, les taux d’intérêt réels à long terme ont baissé de 4½ à 4½ points par rapport à leurs valeurs de 1995, ce qui a par conséquent contribué à des réductions sensibles des déficits budgétaires (tableau 3.2), à un regain de confiance des investisseurs et des consommateurs et à la reprise de la demande du secteur privé.

Tableau 3.2.Échantillon d’économies européennes: solde structurel des administrations publiques et taux d’intérêt à long terme
Solde budgétaire

en pourcentage de

la croissance potentielle
Taux d’intérêt à long terme
Solde structurelSolde structurel primaireNominalRéel
1998Variation 1995–981998Variation 1995–981998Variation 1995–981998Variation 1995–98
Allemagne–0,72,22,22,04,6–2,34,00,2
France–1,32,31,61,94,8–2,84,1–1,7
Italie–1,55,66,02,14,9–7,33,1–3,9
Royaume-Uni–0,34,32,64,45,5–2,72,9–2,5
Autriche–1,83,11,22,74,7–2,43,9–1,6
Belgique0,12,87,31,34,7–2,63,8–2,1
Danemark–0,11,62,31,04,9–3,43,2–3,0
Espagne–1,34,02,42,74,8–6,43,1–3,5
Finlande1,52,63,43,74,8–4,03,4–4,3
Grèce–2,57,76,64,07,8–7,73,3–3,3
Irlande0,82,03,40,54,7–3,52,3–3,4
Pays-Bas–1,41,92,61,14,8–2,42,8–2,4
Portugal–2,42,21,0–0,64,1–5,91,3–4,6
Suède4,110,07,110,45,0–5,25,2–2,6
Source: FMI, base de données des Perspectives de l’économie mondiale

Rattrapage et convergence en Europe

Les écarts entre les taux de croissance en Europe peuvent être interprétés en regard de l’hypothèse de la convergence, formulée dans le cadre de la théorie de la croissance économique, suivant laquelle les pays où le niveau initial de la production par travailleur est faible tendent à enregistrer une plus forte croissance de la productivité de la main-d’œuvre, et donc une croissance économique plus rapide que les pays où le niveau initial de la production par travailleur est plus élevé. Dans les pays de la zone euro, il semble effectivement y avoir une corrélation négative entre le niveau initial et la croissance ultérieure de la production par travailleur (graphique 3.11). Par conséquent, si certains pays de la zone euro enregistrent une croissance économique plus forte que d’autres, ce n’est pas le signe d’une divergence, mais plutôt celui d’un rattrapage ou d’une convergence. Ce processus s’est sans doute accéléré avec les progrès de l’intégration économique européenne.

Graphique 3.11.Zone euro: convergence de la production par travailleur

Les pays où la production par travailleur était relativement faible en 1965 ont généralement enregistré des taux de croissance de la production par travailleur plus élevés au cours de ta période 1966-98.

À terme, peut-on envisager que la croissance de la production en Europe, en particulier dans les pays où elle a été la plus faible, finisse par égaler celle qu’ont enregistrée les Etats-Unis dans la seconde moitié des années 90? Comme on l’indique au chapitre I, les taux de croissance devraient augmenter un peu, d’après les projections, dans l’avenir proche. 11 est toutefois possible qu’ils augmentent davantage si les réformes du marché du travail prennent de la vitesse dans toute l’Europe et si la libéralisation des marchés des produits marque de nouveaux progrès. Surtout, une politique du marché du travail qui aide à réduire le chômage structurel serait de nature à relever la production potentielle. Cette action serait renforcée par un accroissement du taux d’activité. De surcroît, le processus d’intégration économique en cours, qui a d’ores et déjà facilité la convergence vers des niveaux de revenu plus élevés dans les pays européens qui étaient initialement plus pauvres, continuera sans doute de promouvoir la concurrence et l’efficience de l’économie européenne et. par conséquent, pourra favoriser une hausse du taux de croissance à long terme34. Enfin, les nouvelles techniques de l’information seront peut-être profitables à la croissance en Europe, comme c’est sans doute le cas actuellement aux États-Unis.

Différents scénarios: ralentissement brutal ou accélération de la croissance mondiale?

Le scénario de référence des Perspectives de l’économie mondiale repose sur l’hypothèse d’un ajustement harmonieux des déséquilibres de la croissance et des soldes extérieurs courants qui se sont développés dans les années 90. En particulier, la croissance devrait s’accélérer suffisamment en Europe et au Japon pour combler les écarts de production actuels au cours de la période de cinq ans qui s’achèvera en 2004, tandis qu’aux États-Unis, elle devrait ralentir pour continuer à un rythme viable. Dans la logique de cette évolution, le taux d’épargne des ménages augmenterait aux États-Unis, continuerait de baisser au Japon et resterait à peu près inchangé dans la zone euro (graphique 3.12). Les pays en développement et les pays en transition verraient leur environnement externe s’améliorer peu à peu. Les chances que se réalise cette lente résorption des déséquilibres macroéconomiques se sont améliorées au premier semestre de 1999, parce que la reprise s’est confirmée dans les pays à marchés émergents qui étaient récemment en crise, que les indicateurs économiques se sont orientés à la hausse en Europe, que les premiers signes d’une reprise se sont fait jour au Japon et que la Réserve fédérale a relevé les laux d’intérêt pour freiner l’essor de l’activité aux États-Unis. Cependant, il reste possible que les déséquilibres actuels évoluent vers d’autres dénouements.

Graphique 3.12.États-Unis, zone euro et Japon: taux d’épargne des ménages et taux d’épargne nationale1

Le taux d’épargne des ménages aux États-Unis est tumbé à zéro à la fin de 1998 mais il devrait remonter un peu. d’après les projections. Le taux d’épargne nationale du Japon est plus élevé que ceux des États-Unis et de la zone euro, bien qu’il ait baissé après la période de la huile spéculative.

1Les zones ombrées correspondent aux projections des services du FMI.

Dans un autre scénario, un ralentissement brutal pourrait être déclenché de plusieurs manières, par exemple par une reprise de l’inflation aux États-Unis et par le resserrement monétaire qui s’ensuivrait probablement, ou par un revirement de l’appréciation portée par les marchés financiers à propos de la viabilité du déficit extérieur courant des États-Unis, provoquant une dépréciation du dollar (tableau 3.3). Cette évolution, qui est décrite de façon plus détaillée dans les Perspectives de l’économie mondiale de mai 1999, pourrait bien aboutir à une baisse des cours boursiers, qui contribuerait à déprimer la demande intérieure et la croissance de la production aux États-Unis. Ces perturbations se transmettraient aux pays partenaires, par le biais d’un ralentissement de l’expansion du commerce mondial, d’une hausse des taux d’intérêt et de répercussions sur les marchés boursiers dans les autres pays. En conséquence, la production mondiale diminuerait d’environ I %. à court terme, par rapport au scénario de référence.

Tableau 3.3.Ralentissement brutal: résultats des simulations1(Écarts en pourcentage par rapport au scénario de référence, sauf indication contraire)
Première

année
Deuxième

année
Troisième

année
Quatrième

année
Cinquième

année
Monde
PIB réel–1,2–0,8–0,6–0,3–0,2
Économies industrialisées
Etats-Unis
PIB réel–1,9–1,5–0,8–0,3–0,5
Demande intérieure–3,3–3,5–3,1–2,5–2,3
Épargne privée nette
(en pourcentage du PIB)1,82,32,32,12,1
Solde extérieur courant
(en milliards de dollars)79,0173,0235,0280,0282,0
(en pourcentage du PIB)0,91,82,32,72,6
Inflation (IPC)0,1–0,8–0,40,10,5
Taux d’intérêt réel à court terme0,4–0,6–1,7–2,4–2,4
Taux de change effectif–10,3–6,8–3,10,95,5
Zone euru
PIB réel–1,2–0,6–0,4–0,20,1
Demande intérieure0,71,31,41,41,3
Épargne privée nette
(en pourcentage du PIB)–0,1–0,9–1,4–1,8–1,9
Solde extérieur courant
(en milliards de dollars)–8,0–40,0–72,0–100,0–111,0
(en pourcentage du PIB)–0,4–0,7–1,0–1,2–1,3
Inflation (IPC)–0,8–0,6–0,7–0,7–0,7
Taux d’intérêt réel a court terme–0,4–0,8–1,2–1,3–1,5
Taux de change effectif10,88,86,54,22,2
Japon
PIB réel–1,1–0,8–0,50,10,7
Demande intérieure0,41,11,62,02,2
Épargne privée nette
(en pourcentage du PIB)–0,4–1,2–1,8–2,3–2,4
Solde extérieur courant
(en milliards de dollars)–3,0–44,0–74,0–92,0–90,0
(en pourcentage du PIB)–0,7–1,3–1,7–1,9–1,8
Inflation (IPC)–1,2–0,7–0,7–0,6–0,3
Taux d’intérêt réel a court terme0,4–0,6–1,0–1,8
Taux de change effectif15,812,18,24,50,8
Pays en développement
PIB réel–0,8–1,0–1,2–1,3–1,2

Le plus fort impact sur la croissance se produirait aux États-Unis, où les hypothèses du deuxième scénario entraînent une contraction de la demande intérieure (par rapport au scénario de référence) et par conséquent une correction du solde net épargne-investissement du secteur privé. Ces conséquences sont en partie neutralisées par des mesures budgétaires et monétaires anticycliques. Les États-Unis sont mieux à même que les autres pays industrialisés de recourir avec souplesse à la politique budgétaire, parce que les efforts qu’ils ont déployés pour résorber le déficit du budget fédéral ont porté leurs fruits. La zone euro et le Japon sont défavorisés par la contraction de la demande d’importations aux États-Unis et par l’expansion des exportations de ce pays qui sont devenues plus compétitives par suite de la dépréciation du dollar par rapport à l’euro et au yen. La production dans la zone euro et au Japon diminue dans un premier temps par rapport au scénario de référence, sous l’effet de la réduction des excédents extérieurs, mais elle repart ensuite parce que la baisse des taux d’intérêt stimule l’investissement. La contraction à court terme de la production est un peu plus prononcée dans la zone euro qu’au Japon, parce que les rigidités sur les marchés du travail et des produits en Europe sont de nature à gêner l’ajustement face à ce type de perturbations économiques.

Dans les pays en développement, la production est inférieure d’environ 1 % à son niveau estimé dans le scénario de référence, surtout à cause d’effets liés au jeu des relations commerciales et de la contraction de la demande dans les pays industrialisés. En outre, la plus lente reprise de la production mondiale retarde la remontée des cours mondiaux des produits de base dont on fait l’hypothèse dans le scénario de référence à moyen terme, ce qui aggrave les difficultés des exportateurs de ces produits. Ces conséquences défavorables pour les pays en développement sont dans une certaine mesure compensées par la baisse des taux d’intérêt dans les économies avancées qui a pour effet d’alléger les coûts du service de la dette.

Il est également possible que le processus d’ajustement donne lieu à une plus forte croissance en dehors des États-Unis, comme l’illustre un autre scénario, dit de «l’ajustement accéléré» (tableau 3.4). Dans ce dernier scénario, on fait l’hypothèse d’un redressement de la demande en Europe et au Japon. En Europe, ce serait dû à une amélioration de la confiance des entreprises et à un assouplissement supplémentaire des conditions monétaires rendu possible par un nouveau recul de l’inflation et, au Japon, à de nouvelles mesures de relance monétaire et à un apaisement de la crise du crédit35. L’expansion initiale de la demande est un peu plus forte au Japon qu’en Europe, parce que la profonde récession qu’à récemment traversée le Japon et la lente reprise prévue dans le scénario de référence renferment la possibilité d’une forte remontée conjoncturelle. Ce scénario comprend en outre des mesures de réforme qui à la fois augmentent le niveau et accélèrent la croissance de la production potentielle en Europe et au Japon, mesures dont les effets se manifestent progressivement. Si l’on écarte cette hypothèse, la croissance économique ralentit en Europe et au Japon, passé l’effet initial sur la demande, lorsque l’économie atteint sa pleine capacité.

Tableau 3.4.Scénario de l’ajustement accéléré1(Écarts en pourcentage par rapport au scénario de référence, sauf indication contraire)
Première

année
Deuxième

année
Troisième

année
Quatrième

année
Cinquième

année
Monde
PIB réel0,30,70,80,80,8
Économies industrialisées
Étals-Unis
PIB réel0,20,20,2
Demande intérieure–1,0–1,1–1,0–1,1–1,1
Épargne privée nette
(en pourcentage du PIB)0,30,60,80,91,0
Solde extérieur courant
(en milliards de dollars)17,046,062,076,089,0
(en pourcentage du PIB)0,20,50,60,70,8
Inflation (IPC)0,80,10,20,30,4
Taux d’intérêt réel à court terme0,30,20,10,10,2
Taux de change effectif–10,0–8,0–6,5–5,3–4,1
Zone euro
PIB réel0,61,41,31,10,9
Demande intérieure1,12,02,12,01,9
Épargne privée nette
(en pourcentage du PIB)–0,3–1,3–1,6–1,6–1,5
Solde extérieur courant
(en milliards de dollars)15,0–3,0–5,0–13,0–24,0
(en pourcentage du PIB)–0,1–0,2–0,2–0,3–0,4
Inflation (IPC)–0,8–0,3–0,2–0,2–0,2
Taux d’intérêt réel à court terme–1,4–2,0–2,0–1,7–1,6
Taux de change effectif3,83,53,84,04,1
Japon
PIB réel0,81,41,72,12,5
Demande intérieure1,52,32,73,03,3
Épargne privée nette
(en pourcentage du PIB)–0,8–1,2–11,5–1,8–1,9
Solde extérieur courant
(en milliards de dollars)–14,0–31,0–44,0–51,0–57,0
(en pourcentage du PIB)–0,6–0,9–1,0–1,1–1,1
Inflation (IPC)–0,10,1–0,1–0,2
Taux d’intérêt réel à court terme–0,4–0,4–0,4–1,0–1,0
Taux de change effectif3,41,1–1,3–3,0–4,3
Pays en développement
PIB réel0,10,40,50,60,6

Un renforcement de la croissance en Europe et au Japon a des conséquences pour les soldes des opérations en capital et des transactions courantes et, en fin de compte, pour l’économie des États-Unis. Une hausse des taux de croissance effectif et attendu en Europe et au Japon entraînerait une augmentation de la demande de capital et les investisseurs, escomptant des rendements supérieurs dans ces régions, rééquilibreraient leurs portefeuilles en faveur des actifs libellés en yen et en euros (et au détriment des actifs libellés en dollars), ce qui provoquerait une dépréciation du dollar. Ces flux, correspondant à des opérations portées au compte de capital, entraîneraient une réduction des excédents extérieurs courants en Europe et au Japon, initialement parce que les importations augmenteraient sous l’effet de la reprise de la demande intérieure et de l’appréciation de la monnaie et ensuite, dans le cas du Japon, parce que des mesures de réforme renforceraient la propension à importer. Dans le même temps, l’expansion des exportations japonaises ralentirait sous l’effet conjugué de l’appréciation du yen et de la contraction de la demande aux Etats-Unis.

Le déficit extérieur courant des États-Unis se résorberait en conséquence. L’essor de la demande d’importations en Europe, au Japon et dans les économies émergentes, de même que la baisse du dollar, stimulerait les exportations des États-Unis. Or, le taux d’utilisation des ressources est déjà élevé aux États-Unis dans le scénario de référence. Par conséquent, il faudrait que l’expansion de la demande intérieure ralentisse sensiblement plus dans le scénario de l’ajustement accéléré. Ce ralentissement se réalise par une hausse des coûts des projets d’investissement et du financement des dépenses de consommation, étant donné que les sources de financement extérieures se raréfient: les taux d’intérêt augmentent et le dollar se déprécie. Le scénario de l’ajustement accéléré retient aussi l’hypothèse suivant laquelle la Réserve fédérale durcira son action pour atteindre son objectif de stabilité des prix si la demande intérieure ne ralentit pas d’elle-même.

En conséquence, l’Europe et le Japon prendraient pendant un certain temps la place des États-Unis pour devenir les moteurs de la croissance dans l’économie mondiale. La redistribution progressive de la de mande des États-Unis vers l’Europe et le Japon augmenterait le taux de croissance de la production dans l’ensemble des pays industrialisés, ainsi que dans les pays en développement. Ces derniers bénéficieraient d’un renforcement de leurs marchés à l’exportation en Europe et au Japon, ainsi que d’une remontée plus vigoureuse des prix des produits de base qui compenserait les conséquences défavorables de la hausse des taux d’intérêt aux États-Unis. En supposant que les États-Unis puissent, en réorientant leur production vers la demande étrangère, la maintenir à un niveau proche de son potentiel, le PIB mondial augmenterait d’environ ¾ % a moyen terme. Dans les pays en développement, la production augmenterait moins, de ½ % environ, bien que l’évolution envisagée risque d’avoir des conséquences négatives dans certaines régions qui sont plus tributaires des marchés aux États-Unis. Ce résultat à plus long terme est suspendu à l’application en Europe et au Japon de mesures structurelles qui soient de nature à accroître la productivité et, partant, la production potentielle.

Même dans le scénario plus favorable de l’ajustement accéléré, le processus suivant lequel les exportations des États-Unis repartent en même temps que la demande intérieure ralentit ne serait pas nécessairement aussi progressif qu’on le décrit ci-dessus. Il se pourrait par exemple que les investisseurs, craignant un regain d’inflation ou une récession, transfèrent rapidement des ressources hors des États-Unis, ce qui provoquerait une baisse prononcée sur les marchés boursiers et une détérioration de la confiance. La demande pourrait fortement baisser et l’inflation augmenter avec la hausse des prix des importations. Les conséquences pour la production intérieure, la stabilité des prix et la politique gouvernementale pourraient se révéler encore plus rudes si l’on s’apercevait, après coup, que la remarquable période de forte croissance et de faible inflation aux États-Unis n’était pas due (principalement) à une augmentation de la production potentielle mais à des facteurs temporaires. Dans ce cas, le risque d’intensification des pressions inflationnistes s’accentuerait, surtout si une reprise de la demande en dehors des Étals-Unis entraînait une hausse des prix des produits de base et des autres biens échangeables, augmentant le prix des importations aux États-Unis. La situation pourrait s’aggraver davantage si les investisseurs retiraient leurs fonds encore plus vite face à une détérioration des perspectives de rendements futurs élevés que présentent actuellement les actifs aux États-Unis.

Les soldes budgétaires structurel et effectif different parce que le rapport des dépenses effectives à la production tend à baisser, et que le ratio des recettes augmente, lorsque l’activité économique est supérieure à sa tendance de longue période. On apporte des ajustements comparables aux importations et aux exportations (en utilisant des estimations de l’écart de production pour les pays partenaires) pour établir les soldes extérieurs structurels.

D’autres méthodes sont présentées dans Charles Adams et David T. Coe, «A Systems Approach to Estimating the Natural Rate of Unemployment and Potential Output for the United Stales», FMI. Staff Papers (juin 1990), pages 232-93. Stefan Gerlach el Frank Smets, «Output Gaps and Monetary Policy in the EMU Area», European Economic Review, no 43 (1999), pages 801–12, utilisent un modèle comportant des composantes non observées qui donnent une estimation de l’incertitude liée à l’estimation de l’écart de production lui-même.

La fonction de production, ou cadre comptable de la croissance, est tirée de Robert Solow. «Technical Change and the Aggregate Production Function», Review of Economics and Statistics, volume 39, no 3 (août 1957), pages 312-20. Robert E. Hall et Charles I. Jones. «Why Do Some Countries Produce So Much More Output Per Worker Than Others?», NBER. document de travail no 6564 (Cambridge, Massachusetts, National Bureau of Economic Research, mai 1998), utilisent un modèle comparable pour expliquer les différences des niveaux de productivité d’un pays à l’autre. On trouvera par ailleurs un examen de la comptabilisation de la croissance avec des coûts d’ajustement dans Michael T. Kiley, «Computers and Growth with Costs of Adjustment: Will the Future Look Like the Past?» (non publié: Washington. Conseil des gouverneurs de la Réserve fédérale, juillet 1999).

Cette lacune découle du fait que l’accroissement de la PTF est calculé comme le terme résiduel, après qu’on ait déduit de la croissance de la production effective la somme des contributions estimées des facteurs pendant une période donnée, en l’occurrence entre les deux années les plus récentes pendant lesquelles la demande est censée avoir été proche de la production potentielle. Pour estimer les contributions des facteurs à la croissance, on fait l’hypothèse que leurs rémunérations sont proportionnelles aux produits marginaux, ce qui serait vérifié dans une situation de concurrence assortie de rendements constants à l’échelle. On peut aussi utiliser. pour estimer l’accroissement de la PTF, des comparaisons d’un pic ou d’un creux conjoncturel à l’autre, ou encore des régressions des résidus annuels représentant la PTF.

Les modèles «structurels» d’autorégression vectorielle en question sont fondés sur l’analyse d’autorégression vectorielle (VAR) et ils se distinguent par une hypothèse fondamentale, à savoir que les facteurs temporaires (ou cycliques) n’influent pas sur la production ou l’inflation à long terme. Voir Olivier Blanchard et Danny Quah, «The Dynamic Effects of Supply and Demand Disturbances». American Economic Review, volume 79 (septembre 1989), pages 655-73. Les estimations présentées au tableau 3.1 sont obtenues à partir d’un modèle d’autorégression vectorielle dans lequel la croissance de la production et l’inflation sont les variables endogènes.

Pour le Japon, voir Tamim Bayoumi, «Where Are We Now and Where Are We Going? Estimating the Output Gap and Growth of Potential Output in Japan», dans Japan—Selected Issues. Série des Rapports des services du FMI sur les États membres (Washington. FMI, à paraître). Pour les États-Unis, voir Paula R. De Masi, Jorge Chan-Lau et Alex Keenan, «Measures of Potential Output. NAIRU, and Capacity Utilization», dans United Slates—Selected Issues. Série des Rapports des services du FMI sur les États membres (Washington, FMI, à paraître en 1999).

En principe. les quantités de fadeurs capital et travail intervenant dans le processus de production sont les flux de services de capital et de main-d’œuvre, mais ces derniers sont difficiles à évaluer, surtout au niveau macroéconomique. Par exemple, le véritable flux des services de la main-d’a’uvre devrait inclure le nombre d’heures ouvrées (qui est généralement connu) et une évaluation de la qualification du travailleur (qui ne l’est pas). L’évaluation des services du capital est également difficile, et elle dépend de l’utilisation et de l’anciennelé du bien d’équipemcnl considéré, ainsi que de son taux de dépréciation économique.

On utilise les estimations du NAIRU (taux de chômage non accélérateur de l’inflation) dans les séries chronologiques de la population active potentielle pour obtenir une évaluation de l’emploi soutenable, c’est-à-dire de la population active qui peut être pleinement occupée sans que des pressions inflationnistes se produisent. Une baisse du NAIRU correspond à une augmentation de la population active potentielle.

Voir le chapitre IV des Perspectives de l’économie mondiale de mai 1999, qui contient un examen approfondi des problèmes du marché du travail en Europe.

Le U.S. Bureau of Labor Statistics, Multifactor Productivity Trends, 1997, estime chaque année la productivité mullifactorielle (ou productivité totale des facteurs) pour les États-Unis. En 1997, l’accroissement de la PTF dans les entreprises privées non agricoles a été de 0,4 %, soit un taux inchangé par rapport à la moyenne 1990–97.

On trouvera dans Dale W. Jorgenson et Kevin J. Stiroh, «Information Technology and Growth», American Economic Review Papers and Proceedings (mai 1999), pages 109-15, un exposé de cette distinction entre la substitution du capital au travail (sous l’effet d’une évolution des prix relatifs) et le progrès technique, qui a seulement lieu si l’on produit davantage avec les mêmes quantités de facteurs.

La croissance de la productivité de la main-d’œuvre peut être tirée de la fonction de production, comme le laux de croissance de la PTF augmenté du taux de croissance du coefficient de capital, multiplié par la part de la rémunération du facteur capital dans le revenu total.

Cette question est examinée par Robert Rowthorn et Ramana Ramaswamy, «Deindustrializaiion: Causes and Implications», dans Staff Studies for the World Economic Outlook (décembre 1997), pages 61-77.

On trouvera une analyse approfondie de l’expansion actuelle dans Victor Zaniowitz. «Theory and History Behind Business Cycles: Are the 1990s the Onset of a Golden Age?». Journal of Economic Perspectives, volume 13 (printemps 1999), pages 69–90.

De Masi, Chan-Lau et Keenan, «Measures of Potential Output, NAIRU, and Capacity Utilization», présentent diverses estimations du NAIRU aux États-Unis. Ces estimations vont de 4¼ % à 6½ %.

Voir Mark E. Schweitzer. «Productivity Gains During Business Cycles: What’s Normal>. Economic Commentary, Banque fédérale de réserve de Cleveland (juillet 1998).

De Masi, Chan-Lau el Keenan, «Measures of Potential Outpul», présentent des estimations de la production potentielle aux États-Unis établies d’après leurs propres calculs et ceux d’autres organismes.

Voir De Masi, Chan-Lau et Keenan. «Measures of Potential Output».

Robert Shimer, «Why Is the U.S. Unemployment Rate So Much Lower?», NBER Macroeconomics Annual, 1998 (Cambridge, Massachusetts, MIT Press. 1998), pages 11-61. Les autres facteurs qui ont contribué à réduire le chômage sont l’évolution du travail temporaire, l’accroissement de la population carcérale, l’intensification de la concurrence et le déclin de la syndicalisalion. Voir Lawrence F. Kalz. et Alan B. Krueger, «The High-Pressure U.S. Labor Markets of the 1990s» (non publié; mai 1999).

Alan Greenspan, dépositions devant le Committee on Banking, Housing, and Urban Affairs, Sénat des États-Unis (18 juillet 1996 et 23 février 1999). Dans sa déposition de février 1999, M. Greenspan. Président de la Réserve fédérale, a indiqué que les salaires étaient désormais freinés par une baisse du pouvoir des entreprises en matière de fixation des prix et par des accroissements de la productivité.

Stephen Tokarick, Jorge Cban-Lau el Gustavi) Ramirez, «Wage and Price Determination», dans United StatesSelected Issues. Rapport des services du FMI sur les États membres (Washington. FMI. à paraître en 1999).

Voir Robert J, Gordon. «Has the New Economy Rendered the Productivity Slowdown Obsolete?» (non publié, juin 1999). L’auteur estime par ailleurs que l’accroissement de la productivité dans l’industrie informatique, qui a dépassé 40 % par an enire le quatrième trimestre de 1995 el le premier trimestre de 1999, explique intégralement la hausse du taux de croissance de la productivité dans l’industrie manufacturière pendant celte période.

L’estimation est fondée sur le modèle présenté dans Tokarick. Chan-Lao el Ramirez. «Wage and Price Determination», et prend en compte les effets de rétroaction dynamiques par le biais du taux d’inflation décalé. Roger E. Brinner, «ls Inflation Dead?», New England Economie Review (Banque fédérale de réserve de Boston. janvier/février 1999), trouve un effet comparable. Il faut considérer que l’impact de la baisse des prix des importations sur l’inflation intérieure, estimé à 0,8 %, est en partie temporaire et en partie dû à la baisse tendancielle des prix des importations des Etats-Unis, qui a commence vers 1980.

Roben J. Gordon. «U.S. Economic Growth Since 1870: One Big Wave?», American Economic Review, volume 89 (mai 1999), payes 123-28.

Jorgenson et Stîroh, «Information Technology and Growth», estiment que les techniques de l’information ont ajouté environ 0.15 point a la croissance de la productivité totale des facteurs. Daniel E. Sichel, «Computers and Aggregate Economic Growth». Business Economics (avril 1999j, pages 18-24, estime que l’investissement en matériel informatique a ajouté 0,35 pomi par an à la croissance de la production des entreprises privées non agricoles en 1996-98.

Victor Zamowitz, «Theory and History Behind Business Cycles», enumere sept raisons pour lesquelles l’économie des Etats-Unis n’esl pas devenue plus stähle. Par exemple, alors que le ralio stocks/chiffre d’affaires a peu à peu baissé dans les années 90, la formation de slocks a été à peu près aussi instable et cyclique dans cette période que par le passé. L’instabilité reste suffisamment importante pour contribuer à la propagation d’une récession.

Voir Ramana Ramaswamy, «The Slump in Business Investment in Japan in the 1990s», dans JapanSelected issues. Série des Rapport des services du FMI sur les États membres (Washington. FMI. à paraître).

Bayoumi, «Where Are We Now and Where Are We Going?», expose la croissance potentielle au Japon en utilisant plusieurs modèles. La croissance potentielle ralentit dans tous les cas mais à des degrés trés divers.

On trouvera une description plus détaillée des mesures de relance budgétaire au Japon dans le chapitre IV des Perspectives de l’économie mondiale d’octobre 1998. Voir aussi Martin Mühleisen, «Implementation and Effectiveness of Fiscal Stimulus», dans JapanSelected Issues. Série des Rapports des services du FMI sur les États membres (Washington, FMI, à paraître en 1999).

Voir Tamim Bayoumi et James Morsink, «A Peck Inside the Black Box: The Monetary Policy Transmission Mechanism in Japan», dans Japan—Selected Issues. Série des Rapports des services du FMI sur les États membres (Washington, FMI, à paraître en 1999).

On trouvera un examen approfondi de la production potentielle au Japon et des incertitudes que suscite son estimation dans Bayoumi, «Where Are We Now and Where Are We Going?».

On trouvera une analyse détaillée de ces questions, ainsi qu’un exposé de toute la gamme des avantages estimés de la déréglementation, dans Ichiro Oishi et Christopher Towe, «Governance, Deregulation, and Economic Performance», dans Japan—Selected Issues, Série des Rapports des services du FMI sur les États membres no 98/113 (Washington, FMI, 1998), pages 146-63. Ce document présente aussi des estimations des gains de production que pourrait apporter la réforme structurelle. Ces estimations varient amplement, allant de 2½% à presque 19%, suivant l’étude considérée et les hypothèses formulées.

On trouvera un exposé plus détaillé de la réforme du marché du travail en Europe dans le chapitre IV des Perspectives de l’économie mondiale de mai 1999. Les raisons pour lesquelles les négociations salariales centralisées ont contribué à des taux de chômage élevés en Espagne et en Italie sont examinées dans Paulo Mauro, Es war Prasad et Antonio Spilimbergo, Perspectives on Regional Unemployment in Europe, Élude spéciale n° 177 (Washington, FMI, 1999), Voir aussi C. Max Watson. Bas B, Bakker. Jan Kees Martijn et toannis Halikias, The Netherlands: Transforming a Market Economy, Etude spéciale n° 181 (Washington. FMI, 1999).

On trouvera un examen approfondi du chômage et de l’augmentation du NA1RU en Europe dans le chapitre IV des Perspectives de l’économie mondiale de mai 1999. Il ressort de cet examen que, dans certains pays, la réforme du marché du travail a aidé a réduire le chômage structurel. Cependant, les mesures prises mettent en général longtemps à porter leurs fruits, comme le montrent les cas des Pays-Bas et du Royaume-Uni, où les réformes ont été engagées dans les années 80.

La relance monétaire implique un taux d’expansion de la masse monétaire plus élevé que dans le scénario de référence. Cela tend à augmenter le laux d’inflation attendu et done à réduire les taux d’intérêt réels.

    Other Resources Citing This Publication