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I. Perspectives économiques et enjeux de l’ajustement dans le monde

Author(s):
International Monetary Fund
Published Date:
October 1999
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La situation économique et financière internationale s’est nettement améliorée après les turbulences qui ont agité les marchés émergents en 1997–98 et fait craindre une compression généralisée du crédit et une récession mondiale. La plupart des économies qui étaient en crise il y a peu amorcent une reprise. Il reste beaucoup à faire, néanmoins, pour s’assurer que celleci sera durable et pour favoriser une croissance plus rapide et plus stable de l’économie mondiale au cours de la prochaine décennie. On peut être préoccupé, en effet, par le rythme de croissance inégal observé depuis quelque temps entre les principaux pays industrialisés, et par les conséquences économiques et financières qu’un ralentissement plus brutal que prévu de la demande aux États-Unis pourrait avoir à travers le monde. Enfin, le retour à la stabilité globale des prix reste un objectif majeur, mais l’instabilité macroéconomique qui persiste dans une grande partie du monde continue d’opposer de sérieux obstacles aux politiques mises en oeuvre, en même temps qu’elle leur donne, à plus d’un titre, une importance accrue.

Après le ralentissement global de l’activité en 1998, qui faisait suite à la crise asiatique et aux deux épisodes de turbulences financières et de contagion liés aux crises russe et brésilienne, l’économie mondiale semble se porter mieux. Le retour de la confiance sur les marchés financiers de la plupart des pays émergents a permis de détendre les conditions monétaires et a ouvert la voie à la reprise. Les projections de croissance pour 1999 des économies asiatiques en crise ont été révisées très nettement à la hausse, et le recul de l’activité au Brésil et en Russie a été moins prononcé que prévu. Les prix pétroliers se sont redressés, et l’arrêt de la baisse des cours de nombreux autres produits de base a soulagé certains pays exportateurs touchés par les répercussions du ralentissement de l’activité. Les perspectives d’expansion ont été aussi revues à la hausse au Japon, où la reprise a été très sensible au premier semestre de 1999, après la contraction brutale de 1997–98. Enfin, le raffermissement prévu de la croissance en Europe paraît se concrétiser, tandis que la phase d’expansion économique impressionnante se poursuit aux États-Unis, où l’on perçoit peu de signes de résurgence des tensions sur les prix ou les salaires.

Bon nombre des chiffres antérieurs ayant été ainsi révisés à la hausse, les projections tablent désormais sur une croissance globale de l’ordre de 3 % en 1999, soit ¾ de point de plus que ne le prévoyaient les Perspectives de l’économie mondiale de mai 1999 (tableau 1.1). Il semble donc que la croissance mondiale, qui s’établissait à 2½% en 1998, soit repartie après une contraction de l’activité qui aura été la moins sensible des quatre phases de ralentissement que l’économie mondiale a connues au cours des trente dernières années, même si son impact a été particulièrement rude pour certains pays (graphique 1.1).

Graphique 1.1.Indicateurs mondiaux1

(Variations annuelles en pourcentage, sauf indication contraire)

Le ralentissement récent de l’économie mondiale semble avoir été, dans l’ensemble, le moins prononcé des quatre épisodes de contraction de l’activité qui ont marqué ces trente dernières années.

1Les zones ombrées correspondent aux projections des services du FMI. Sauf indication contraire, les agrégats sont pondérés sur la base des parités de pouvoir d’achat (PPA).

2Moyenne pondérée par les PIB des rendements des obligations d’État à dix ans (ou à échéance la plus proche de dix ans) diminués des taux d’inflation pour les États-Unis, le Japon, l’Allemagne, la France, l’Italie, le Royaume-Uni et le Canada. Avant 1972, Italie non comprise.

Tableau 1.1.Perspectives de l’économie mondiale: aperçu des projections(Variations annuelles en pourcentage, sauf indication contraire)
19971998Projections

actuelles
Écart par rapport

aux projections

de mai 19991
1999200019992000
Production mondiale4,22,53,03,50,70,1
Économies avancées3,22,22,82,70,80,4
Principaux pays industrialisés2,92,22,62,40,70,4
États-Unis3,93,93,72,60,40,4
Japon1,4−2,81,01,52,41,2
Allemagne1,82,31,42,5−0,1−0,3
France2,33,22,53,00,30,1
Italie1,51,31,22,4−0,30,0
Royaume-Uni3,52,21,12,40,40,3
Canada4,03,13,62,61,00,1
Autres économies avancées4,22,13,53,61,00,2
Pour mémoire
Pays industrialisés3,02,42,62,50,60,3
Zone euro2,42,82,12,80,1−0,1
Nouvelles économies industrielles d’Asie5,8−1,85,25,13,10,6
Pays en développement5,83,23,54,80,4−0,1
Afrique3,13,43,15,0−0,1−0,1
Asie6,63,75,35,40,6−0,3
Chine8,87,86,66,00,0−1,0
Inde5,55,85,75,50,50,4
ASEAN-413,6−9,81,43,62,50,6
Moyen-Orient et Europe4,53,21,83,1−0,2−0,2
Hémisphère occidental5,32,20,13,90,60,4
Brésil3,70,1−1,04,02,80,3
Pays en transition2,2−0,20,82,81,70,3
Europe centrale et orientale3,02,21,03,3−1,0−0,4
Bélarus et Ukraine non compris3,42,31,74,0−1,3−0,6
Russie0,9−4,60,02,07,02,0
Transcaucasie et Asie centrale2,52,22,02,90,2−0,2
Volume du commerce mondial (biens et services)9,93,63,76,2−0,10,4
Importations
Économies avancées9,24,85,95,90,90,2
Pays en développement11,4−1,31,17,2−1,50,4
Pays en transition7,02,9−2,78,2−2,52,0
Exportations
Économies avancées10,33,23,06,20,20,6
Pays en développement11,44,92,45,6−2,20,1
Pays en transition5,05,92,77,2−3,70,6
Prix des produits de base
Pétrole2
En DTS−0,2−31,227,27,436,4−6,0
En dollars−5,4−32,127,77,836,0−5,6
Produits de base hors combustibles3
En DTS2,0−13,5−7,63,0−2,71,1
En dollars−3,3−14,8−7,23,4−3,21,6
Prix à la consommation
Économies avancées2,11,51,41,80,00,1
Pays en développement9,210,36,75,8−1,9−1,7
Pays en transition28,220,939,318,1−1,65,7
Taux du LIBOR à six mois (en %)4
Dépôts en dollars5,85,55,46,10,20,9
Dépôts en yen0,70,60,20,20,0−0,1
Dépôts en euros3,53,73,03,50,00,4
Note: On suppose que les taux de change effectifs resteront constants en valeur réelle aux niveaux observés entre le 26 juillet et le 16 août 1999.

L’évolution de l’économie mondiale dans les deux ans qui viennent n’en demeure pas moins très incertaine. S’il est clair que l’expansion américaine a joué un rôle majeur dans la modération du ralentissement global de l’activité économique1, il est tout aussi évident que, pour empêcher l’accumulation de tensions inflationnistes internes et contenir le déficit extérieur courant, la croissance devra ralentir aux États-Unis. Le scénario de référence des services du FMI prévoit un «atterrissage en douceur» de l’économie américaine, c’est-à-dire un ralentissement qui ramènerait la croissance à un rythme viable sans occasionner trop de frictions ou de perturbations. Mais ce résultat ne doit pas être considéré comme acquis. Qu’il s’agisse de la valorisation généreuse du marché boursier, de la forte contraction de l’épargne des ménages (devenue négative ces dernières années), de l’ampleur des dépenses en capital des entreprises, de la forte dépendance des États-Unis vis-à-vis de l’épargne extérieure ou de la surévaluation du dollar en regard des fondamentaux de l’économie américaine à moyen terme, tout semble indiquer en effet l’existence de tensions et de déséquilibres qui pourraient entraîner un ralentissement plus abrupt de la demande intérieure. La reprise de la demande sera-t-elle assez vigoureuse au Japon et dans la zone euro pour compenser un fléchissement de l’économie américaine et soutenir leur propre activité et celle de l’économie mondiale? Le raffermissement de la conjoncture hors des États-Unis aiderait certes à résorber le déficit extérieur courant américain, mais il réduirait aussi l’attrait des actifs libellés en dollars pour les investisseurs. Le risque d’une forte correction du cours du dollar par rapport aux autres grandes monnaies s’en trouverait dès lors accru, étant donné le déséquilibre actuel des transactions courantes entre les États-Unis, le Japon et la zone euro (tableau 1.2). Et ce déséquilibre pourrait aussi exacerber les tensions commerciales.

Tableau 1.2.Échantillon d’économies: solde des transactions courantes(En pourcentage du PIB)
1997199819992000
Économies avancées
États-Unis−1,8−2,6−3,5−3,5
Japon2,23,23,43,1
Allemagne−0,1−0,2−0,00,2
France2,82,82,62,8
Italie2,81,71,61,7
Royaume-Uni0,80,2−1,3−1,6
Canada−1,6−1,8−1,0−0,9
Australie−3,1−4,8−6,0−5,2
Autriche−2,4−2,1−1,8−1,5
Corée−1,712,55,93,4
Espagne0,4−0,2−0,6−0,7
Finlande5,65,85,35,4
Grèce−2,6−2,7−2,3−2,4
Hong Kong (RAS)1−3,20,71,52,4
Irlande2,50,90,60,4
Israël−3,4−0,7−2,6−2,8
Norvège5,2−0,80,63,2
Nouvelle-Zélande−7,1−6,1−6,7−5,8
Singapour15,720,921,120,4
Suède2,81,91,11,4
Suisse8,98,48,08,3
Taiwan, province chinoise de2,71,32,63,0
Pour mémoire
Zone euro1,71,31,21,4
Pays en développement
Afrique du Sud−1,5−1,6−0,6−0,8
Algérie7,2−1,9−0,10,8
Arabie Saoudite0,2−11,1−4,6−4,6
Argentine−4,1−4,9−4,0−3,6
Brésil−4,1−4,3−3,8−3,1
Cameroun−2,8−2,7−4,3−3,3
Chili−5,4−6,2−2,6−3,7
Chine3,83,41,31,1
Côte d’Ivoire−4,8−4,5−3,6−3,5
Égypte0,2−3,0−3,5−3,7
Inde−1,3−1,0−1,3−1,5
Indonésie−1,84,02,40,7
Malaisie−5,112,911,75,1
Mexique−1,9−3,8−2,3−3,0
Nigéria4,9−8,4−14,3−5,5
Ouganda−0,9−2,0−3,7−2,7
Pakistan−5,6−2,7−2,7−1,7
Philippines−5,32,02,20,8
Thaïlande−2,012,88,85,9
Turquie−1,40,9−0,6−1,8
Pays en transition
Estonie−13,3−8,7−8,2−9,2
Hongrie−2,1−4,8−5,5−5,1
Lettonie−5,1−9,5−8,4−7,7
Lituanie−10,2−12,1−11,1−9,9
Pologne2−3,0−4,2−6,5−6,5
République slovaque−10,1−10,1−4,9−2,3
République tchèque−6,0−1,9−1,5−1,9
Russie−0,70,87,84,8
Ukraine−2,7−3,0−2,3−1,8

Si la croissance devait ralentir de façon significative aux États-Unis sans être compensée par une accélération de l’expansion au Japon et en Europe, la reprise engagée dans les économies asiatiques qui sortent de la crise et dans une grande partie de l’Amérique latine serait sérieusement fragilisée. Les marchés financiers des pays émergents se sont repris depuis la crise brésilienne mais certaines de ces économies, toujours fragiles, sont à la merci d’une volte-face des investisseurs. De fait, le sentiment de ces derniers envers les marchés émergents reste plus défavorable qu’il ne l’a été durant l’essentiel de la période 1996–97 et pour une bonne partie de 1998. L’ampleur et la volatilité incessante des écarts de rendement pour nombre de ces pays témoignent d’une conscience accrue des risques liés à l’investissement dans les marchés émergents (graphique 1.2).

Graphique 1.2.Conditions de financement des marchés émergents

Les conditions de financement des économies de marché émergentes se sont améliorées depuis la crise brésilienne, mais restent moins favorables qu’avant la crise russe.

Sources: Bloomberg Financial Markets, LP; estimations des services du FMI

1Écart de l’indice J.P. Morgan des obligations des marchés émergents (EMBI) par rapport à la courbe de rendement théorique d’une émission obligataire américaine à coupon zéro, et écart de rendement sur le marché secondaire par rapport aux euro-obligations libellées en dollars.

2Non compris les flux interbancaires. Moyennes mobiles sur trois mois, annualisées.

La réaction possible des investisseurs au manque de préparation avéré ou supposé des marchés émergents au «bogue» de l’an 2000 est un autre facteur de risque (voir l’appendice au présent chapitre). Pour éviter que cette incertitude ne provoque un renversement des flux de capitaux, il est indispensable que les pays concernés fassent connaître très clairement leur état de préparation et les plans d’urgence qu’ils ont prévus en cas de panne des systèmes informatiques dans des domaines sensibles.

Les problèmes en suspens et les risques ne manquent donc pas. L’ajustement global des rythmes de croissance inégaux et des déséquilibres des paiements constitue sans doute le principal défi à relever aujourd’hui, et c’est d’ailleurs le fil conducteur d’une grande partie du présent rapport. Si l’atterrissage en douceur de l’économie américaine, la reprise vigoureuse du Japon et des marchés émergents qui sortent de la crise ou le renforcement durable de la croissance en Europe—retenus dans le scénario de référence des services du FMI—sont de toute évidence possibles, il n’en existe pas moins un risque réel de voir les événements prendre une tournure moins favorable. Les choix stratégiques qui seront faits pèseront lourdement sur la tournure des événements et sur le degré de stabilité macroéconomique et financière qui accompagnera le processus d’ajustement.

Stabilité macroéconomique et dynamique de la mondialisation: les leçons des années 90

Le problème d’ajustement qui se pose aujourd’hui au niveau global trouve son origine dans la disparité et, souvent, l’instabilité des conditions macroéconomiques qui ont caractérisé l’essentiel des années 90. Au plan mondial, l’instabilité macroéconomique s’est traduite par deux ralentissements très nets de l’activité en moins d’une décennie—en 1991–93, puis à nouveau en 1998–99—et par un taux de croissance moyen de la production mondiale qui, à 3 % à peine pour les années 90, s’inscrit en recul par rapport aux taux des années 80 (3½ %) ou des années 70 (4½ %).

Cette instabilité s’est manifestée par une série de crises monétaires—qui ont touché le mécanisme de change européen (MCE), le Mexique, l’Asie, la Russie et le Brésil—, d’amples fluctuations des taux de change entre les principales monnaies (de la parité yen/dollar, en particulier), des épisodes de flambée des prix des actifs suivis d’une déflation brutale de ceux-ci (notamment au Japon, dans les pays nordiques et sur les marchés émergents d’Asie) et des crises bancaires qui ont affecté presque toutes les régions du monde et qui étaient souvent—mais pas toujours—liées à un effondrement des prix des actifs. L’économie américaine est peut-être l’exception la plus spectaculaire—mais non la seule, là aussi—à l’instabilité qui a marqué la dernière décennie: la récession que les États-Unis ont traversée en 1990–91 a été d’une modération inhabituelle, et la phase d’expansion qui lui a succédé sera la plus longue période de croissance ininterrompue enregistrée par ce pays si elle se poursuit encore l’an prochain. D’autres économies—l’Australie (voir encadré 1.1), la Chine, l’Inde, l’Irlande, la Norvège, les Pays-Bas et la province chinoise de Taiwan—ont connu elles aussi une croissance relativement stable et soutenue dans les années 90. Néanmoins, les résultats de bon nombre de pays industrialisés et d’économies de marché émergentes sont restés médiocres ou instables, quand ce n’était pas l’un et l’autre.

Il n’est pas évident que l’instabilité macroéconomique se soit dans l’ensemble aggravée. On peut être surpris, cependant, qu’elle soit toujours si répandue alors que les politiques macroéconomiques nationales sont pour la plupart mieux orientées qu’elles ne l’ont été au cours des deux décennies précédentes—ainsi qu’en témoignent, en particulier, le repli de l’inflation et la meilleure maîtrise des déséquilibres budgétaires—et que l’on a beaucoup progressé, à travers le monde, dans les réformes structurelles visant à accroître le rôle du marché dans l’allocation des ressources au sein de chaque pays et au plan international. Pourquoi, dans ces conditions, la fréquence des crises et des épisodes d’instabilité macroéconomique n’a-t-elle pas franchement diminué?

Il est difficile aussi d’analyser la contribution spécifique de tel ou tel facteur aux fluctuations des résultats économiques, car, en règle générale, de multiples changements se produisent simultanément. Tel a été le cas, précisément, dans les années 90. Le système économique et financier mondial contemporain diffère profondément, à bien des égards, de celui que l’on a connu dans les années 80 ou auparavant. Il s’en distingue notamment sur quatre points essentiels:

Premièrement, et c’est l’une des grandes réussites des responsables économiques, l’inflation mondiale a été ramenée à son rythme le plus bas depuis quarante ans, tandis que la dispersion des taux affichés dans les différents pays a diminué. C’est la preuve que l’objectif de faible inflation a mobilisé, au sein des autorités monétaires à travers le monde, un consensus croissant facilité, il est vrai, par l’expérience que l’on a pu avoir de l’option inverse et par un effet d’émulation et d’entraînement. Dans beaucoup de pays, le resserrement de la discipline budgétaire a favorisé aussi la discipline monétaire et le recul de l’inflation effective et anticipée. Bien que leur impact soit difficile à cerner ou à chiffrer, une série de facteurs—la libéralisation du commerce, la déréglementation très avancée de nombreux secteurs économiques, les progrès des privatisations, la réticence croissante des pouvoirs publics à renflouer les entreprises ou secteurs non compétitifs, l’amélioration de l’information sur les prix dans les différents pays—semble aussi avoir facilité cette convergence de l’économie mondiale vers la stabilité des prix.

On peut s’attendre à ce que l’impact de cette série de facteurs—qui, pour l’essentiel, influent sur le niveau des prix plutôt que sur les taux de change—sur l’inflation s’estompe au fil du temps, et il n’est pas dit que la stabilité des prix sera durable. Pour le moment au moins, la modération de l’inflation a désamorcé en partie une source potentielle d’instabilité cyclique: l’émergence, à la fin des phases d’expansion économique, de pressions sur les prix obligeant à resserrer très sensiblement les conditions monétaires. En fait, dans certains pays—en Chine et au Japon, par exemple—, les autorités monétaires se sont surtout inquiétées, ces derniers temps, du risque de baisse des prix, c’est-à-dire de déflation (voir encadré 4.3). Cette situation ajoute encore à l’instabilité macroéconomique, ne serait-ce que parce que la politique monétaire est moins à même de stabiliser la production à des taux d’inflation négatifs, compte tenu de la difficulté de faire tomber les taux d’intérêt nominaux en dessous de zéro.

Cela dit, même lorsque l’inflation sur le marché des produits (mesurée par la hausse de l’indice des prix à la consommation, par exemple) est restée très faible, les prix des actifs ont continué d’afficher une grande volatilité et ont culminé à plusieurs reprises à des niveaux élevés depuis le milieu des années 80. Le fait que cette volatilité des marchés d’actifs (en particulier des cours de bourse et des prix immobiliers) soit pour beaucoup dans l’instabilité macroéconomique accusée par plusieurs pays a relancé le débat sur le poids que les autorités monétaires devraient attacher à l’évolution des marchés d’actifs dans les décisions qu’elles prennent.

Deuxièmement, les années 90 ont été marquées aussi par l’intégration rapide des marchés financiers internationaux, dans le sillage du processus de libéralisation amorcé dans les pays industrialisés dès les années 70 et 80 et, plus récemment, de la levée progressive du contrôle des changes et des mouvements de capitaux dans les marchés émergents. Conséquence, l’afflux de financements privés dans les marchés émergents a atteint, durant les années 90, des niveaux sans précédent (par rapport à l’activité économique) depuis la première guerre mondiale au moins. La hausse séculaire des flux de capitaux bruts peut s’expliquer, dans une large mesure, par l’intégration des marchés financiers et par l’attrait des rendements élevés et de la diversification des portefeuilles pour les investisseurs internationaux. Cependant, l’afflux massif des capitaux dans les marchés émergents durant la période qui a précédé les crises récentes—en termes bruts et, surtout, en termes nets—résulte en partie de décisions que les pays bénéficiaires ne pouvaient soutenir durablement (l’octroi de garanties de change explicites ou implicites, par exemple) et de la faible demande de capitaux du Japon et de l’Europe occidentale, où l’activité économique est restée atone pendant la majeure partie des années 90. Après la crise asiatique, une fraction croissante de l’excédent d’épargne du Japon et de l’Europe s’est portée vers les États-Unis. On peut donc penser que, de façon quelque peu paradoxale, la vigueur de la reprise cyclique en Europe, au Japon et sur les marchés émergents d’Asie risque de compliquer la poursuite d’une expansion soutenue aux États-Unis.

Encadré 1.1.Australie et Nouvelle-Zélande: divergences, perspectives et vulnérabilités

L’Australie et la Nouvelle-Zélande se sont comportées de manière très différente en 1998, puisque la première a connu une forte croissance (5 %) tandis que la seconde a traversé une récession passagère marquée par une contraction de la production de ¼ % sur l’ensemble de l’année. Cette divergence a de quoi surprendre, lorsqu’on connaît les liens financiers et commerciaux étroits qui unissent ces deux pays, et que l’on sait que leurs variables économiques fondamentales sont, à bien des égards, similaires. L’Australie et la Nouvelle-Zélande ont en commun, à leur actif, une dette publique peu élevée et en diminution, une inflation modérée, un système financier solide et un bilan des réformes structurelles satisfaisant mais aussi, au passif, une épargne très faible des ménages, un déficit extérieur courant relativement important et une forte exposition aux risques commerciaux sur les marchés des économies asiatiques en crise.

Cette divergence des deux économies en 1998 s’explique en partie par une différence de comportement notable dans la période qui a conduit à la crise asiatique. Ainsi, les exportations ont été beaucoup plus dynamiques en Australie qu’en Nouvelle-Zélande sur la période 1995–97, durant laquelle leur progression a été respectivement de 9 % par an (en volume) et 3½ %. Les meilleurs résultats à l’exportation de l’Australie, conjugués à la renégociation des contrats d’exportation de certains produits de base à des prix relativement favorables avant que la crise n’éclate, ont permis au pays d’amortir l’impact du ralentissement consécutif des échanges, ce que n’a pu faire la Nouvelle-Zélande. Le fléchissement de l’activité en Nouvelle-Zélande s’explique également par la grave sécheresse qui, en 1998, a provoqué une chute brutale de la production agricole. La politique monétaire a joué un rôle important elle aussi. Après une longue période de fortes tensions inflationnistes alimentées par la croissance soutenue de la production, les vagues d’immigration et le dynamisme du marché de l’immobilier résidentiel, la Banque de réserve de Nouvelle-Zélande a détendu—de façon progressive—les conditions monétaires en 1996–97. En Australie, par contre, la hausse modérée des prix des actifs et le rythme plus faible de l’inflation ont permis à la banque centrale de détendre plus nettement les conditions monétaires en 1996. Suite à ces évolutions (entre autres), la consommation et l’investissement privés se sont très sensiblement redressés en Australie après 1996, alors qu’ils ont fléchi en Nouvelle-Zélande. La construction résidentielle a redémarré en Australie en 1997 et 1998 après deux années de repli, tandis que l’activité du bâtiment se contractait fortement en Nouvelle-Zélande en 1998. La forte appréciation du taux de change réel du dollar néo-zélandais—près de 30 % entre 1993 et le milieu de 1997—a entraîné, par ailleurs, une dégradation de la balance commerciale. Enfin, les cours des actions australiennes ont confirmé, dans une large mesure, leurs gains antérieurs en 1997 et par la suite, étayant la confiance et la demande du secteur privé, tandis que le marché boursier néo-zélandais s’effondrait brutalement au second semestre de 1997 pour perdre près d’un tiers de sa valeur dans les années qui ont suivi, jusqu’à la récente correction des cours.

Selon les projections, la production devrait augmenter de 4 % en Australie en 1999, et de 3 % en l’an 2000. Le tassement de l’activité en 1999 est imputable surtout au recul de l’investissement privé—en particulier dans le secteur minier—qui a suivi la baisse des prix des produits de base, et à une accumulation de stocks beaucoup plus réduite qu’en 1998 (où elle avait apporté 1,7 point de croissance). Ce tassement devrait se confirmer en l’an 2000, car le coup de frein très net enregistré par la croissance des dépenses de consommation ne sera compensé qu’en partie par un rebond des exportations (en particulier des recettes du tourisme, sous l’impulsion des Jeux olympiques de Sidney). L’inflation devrait repartir au cours de cette même année, suite à l’entrée en vigueur de la nouvelle taxe à la valeur ajoutée sur les biens et services, mais son rythme se situera aux alentours du point médian de la fourchette-objectif de 2–3 % retenue par la Banque de réserve d’Australie.

En Nouvelle-Zélande, la croissance a repris après la récession du premier semestre de 1998, grâce à une détente très sensible des conditions monétaires, et devrait approcher 2½ % en 1999, puis 3¼ en l’an 2000. Le regain de confiance des ménages et des entreprises a relancé la consommation et l’investissement, tandis que l’essor des exportations a été étayé par une amélioration de la situation sur les marchés extérieurs et par la baisse de 20 % du taux de change effectif réel depuis le milieu de 1997. L’inflation devrait demeurer inférieure à 2 %.

Les déséquilibres externes sont le point faible des deux économies. Leur déficit extérieur courant devrait se creuser, pour avoisiner 6 % du PIB en Australie en 1999 et 7 % en Nouvelle-Zélande, avant de diminuer en l’an 2000 (voir graphique). La persistance de ces déficits a entraîné l’accumulation d’engagements extérieurs nets considérables, qui atteignent environ 60 % du PIB en Australie et près de 100 % en Nouvelle-Zélande. Résultat, les sorties nettes de revenus de l’investissement ont représenté entre 3 et 4 % du PIB en Australie ces dernières années, et de 7 à 8 % du PIB en Nouvelle-Zélande: dans ce dernier cas, ces sorties de capitaux évoluent de manière procyclique et expliquent en grande partie les variations récentes du déficit.

Évolution des balances courantes1

(En pourcentage du PIB)

1Les zones ombrées correspondent aux projections des services du FMI.

Ces déficits sont-ils viables?1. La question n’est pas simple, car l’impact de ces déficits peut être atténué, par exemple, par l’importance de l’investissement direct étranger dans chaque pays, qui représente 27 % des engagements extérieurs en Australie et approche 50 % en Nouvelle-Zélande. L’investissement direct étranger est en effet une forme assez stable de financement extérieur (comme le montre l’expérience récente des marchés émergents) et tend à générer des flux de bénéfices réinvestis. D’autres facteurs importants doivent aussi être pris en considération: ainsi, une grande partie de la dette (environ 40 % en Australie et 50 % en Nouvelle-Zélande) est libellée en monnaie nationale, et une fraction non négligeable de sa composante à court terme est détenue par les banques, qui bénéficient d’une excellente signature et qui font l’objet, dans le cas de la Nouvelle-Zélande, d’une forte participation étrangère. Les performances macroéconomiques et structurelles très solides affichées par les deux pays les ont beaucoup aidé, par ailleurs, à traverser des turbulences récentes des marchés financiers internationaux. Le sentiment des investisseurs leur est resté favorable, ainsi qu’en témoigne le resserrement très sensible, depuis le milieu des années 90, des écarts de rendement entre leurs obligations à long terme et les instruments américains comparables. Enfin, Standard & Poor’s vient de relever la cote de crédit de l’Australie pour la porter à AA+ (ce qui est aussi la cote de la Nouvelle-Zélande).

Quoiqu’il en soit, l’ampleur croissante de leur endettement extérieur rend l’Australie et la Nouvelle-Zélande plus vulnérables aux chocs exogènes. Il semble que l’on ne risque guère, à l’heure actuelle, d’assister à une volte-face massive des investisseurs, mais on ne saurait écarter totalement l’hypothèse d’un revirement d’opinion à l’avenir. Si elles se produisent, ces volte-face risquent fort d’être brutales et d’entraîner une dépréciation très sensible des deux monnaies. Compte tenu de la structure des engagements extérieurs de ces pays, toutefois, les perturbations qu’un tel ajustement pourrait occasionner seront sans doute moins graves que celles observées, par exemple, dans certains des pays asiatiques en crise. À moyen terme, le déficit extérieur courant devrait diminuer en Australie et en Nouvelle-Zélande, sous l’effet conjugué de la dépréciation récente des taux de change effectifs réels, de l’augmentation des excédents budgétaires et de la reprise attendue des cours des produits de base, mais aussi des importations de leurs partenaires commerciaux. Cela dit, cet ajustement risque d’être long, et il faudra donc poursuivre les efforts engagés pour augmenter l’épargne nationale à moyen terme afin de réduire le risque d’un revirement de l’opinion du marché. La réforme de la sécurité sociale engagée en Nouvelle-Zélande pourrait y contribuer, de même qu’un rééquilibrage de la fiscalité en faveur des impôts indirects, comme le prévoit le train de mesures fiscales adopté récemment par l’Australie.

1Voir par exemple l’analyse de la viabilité du compte des transactions courantes dans les Perspectives de l’économie mondiale de mai 1998 (encadré 8, pages 94–95) et de mai 1999 (pages 41–47).

Troisièmement, comme le montre le dernier point, les liens économiques et financiers et les mécanismes de diffusion internationale des politiques menées par chaque pays sont devenus plus complexes dans les années 90, ce qui justifie un nouvel examen de ces relations essentielles. Historiquement, le cycle des pays en développement a été le plus souvent corrélé de façon positive à celui des pays industrialisés, en raison des impulsions transmises par le commerce et les prix des produits de base. Mais, lorsque les pays industrialisés ont traversé des phases successives de fléchissement conjoncturel au début des années 90, la croissance s’est en fait accélérée sur beaucoup de marchés émergents, sous l’effet conjugué d’un essor rapide des échanges entre ces derniers (en Asie, surtout) et d’un afflux massif de capitaux.

Plus récemment, on aurait pu s’attendre à ce que la crise asiatique porte un coup à la croissance des pays industrialisés qui ont des relations commerciales étroites avec l’Asie. Or, si le Japon et, dans une moindre mesure, l’Europe en ont effectivement souffert, les États-Unis ont vu au contraire leur expansion économique s’accélérer encore. La fuite des capitaux vers les actifs libellés en dollars après la crise asiatique a soutenu l’expansion américaine, car elle a stimulé la demande intérieure en entraînant une baisse des taux d’intérêt et une appréciation du dollar qui a eu un effet modérateur sur les prix—en dépit de son impact négatif sur les exportations américaines.

Dans ces deux exemples, l’intégration des marchés de capitaux semble avoir renforcé la tendance qui pousse les financements internationaux à se diriger vers les pays ou les régions qui, à un moment donné, se distinguent par leur dynamisme. Cette réorientation des flux financiers bénéficie en principe aux pays qui les accueillent, mais améliore aussi la croissance et l’efficience de l’économie mondiale dans son ensemble. Toutefois, l’expérience montre que l’afflux net d’un volume de capitaux considérable dans des économies déjà en forte croissance peut exacerber le risque de surchauffe et favoriser la formation de bulles spéculatives sur les marchés d’actifs, tandis qu’un renversement rapide de ces flux peut mettre à mal les systèmes financiers fragiles et provoquer des fluctuations déstabilisatrices des monnaies.

Quatrièmement, enfin, les taux de change flexibles gagnent de plus en plus de terrain aujourd’hui. Dans les années 90, certains des principaux pays émergents ont laissé leur monnaie flotter pour résoudre, souvent, une crise déclenchée par la défense d’une parité intenable. L’adoption d’une monnaie unique dans la zone euro et le relatif succès de quelques expériences de caisse d’émission (en Argentine et dans la RAS de Hong Kong, surtout) font donc exception à une tendance qui pousse l’économie mondiale—depuis l’effondrement du régime de Bretton Woods—vers une plus grande flexibilité des taux de change. Les parités peuvent par conséquent refléter plus clairement, désormais, la différence des politiques économiques suivies ou des possibilités d’investissement offertes. La volatilité à court terme des taux de change est restée importante dans les années 90, sans dégager pour autant de tendance claire, ce qui a de quoi surprendre compte tenu de la décrue de l’inflation mondiale. Mais, s’il n’est plus aussi nécessaire que des fluctuations des taux de change nominaux viennent compenser les différentiels d’inflation d’un pays à l’autre depuis que les taux convergent vers des niveaux peu élevés, les déterminants des fluctuations des taux de change réels—tels que les divergences cycliques—pourraient bien s’être renforcés dans nombre de cas, ainsi qu’en témoignent l’instabilité cyclique déjà citée, l’intégration de plus en plus poussée des marchés financiers et la prédominance de plus en plus nette des taux de change flottants.

Parallèlement à cette évolution, les années 90 ont aussi été marquées par une reconnaissance croissante, parmi les décideurs et les analystes, de l’effet bénéfique que les fluctuations de parité liées aux évolutions cycliques peuvent avoir en facilitant un «lissage» du cycle, pour autant que les écarts qu’elles entraînent par rapport au taux de change d’équilibre fondamental (TCEF) ne se transforment pas en désalignements durables et n’exacerbent pas les tensions inflationnistes (ou déflationnistes). Mais cette attitude plus positive vis-à-vis des fluctuations de parité est surtout le fait des grands pays. La préférence pour l’ancrage du taux de change—qui prévaut, pour diverses raisons, parmi les économies de moindre taille—pourraît déboucher, à terme, sur l’abandon des régimes de flottement actuels au profit d’unions monétaires régionales (comme dans la zone euro), de régimes de caisse d’émission ou d’expériences de dollarisation (adoption d’une devise internationale majeure comme monnaie nationale).

Existe-t-il un lien entre ces évolutions et l’instabilité macroéconomique généralisée des années 90? Si, de toute évidence, la stabilisation approximative des prix dans la majeure partie de l’économie mondiale n’a pas suffi à supprimer l’instabilité macroéconomique, les facteurs qui ont contribué au maintien de celle-ci sont complexes. Certains analystes ont fait valoir que les forces du marché (le «capitalisme») sont en elles-mêmes une source d’excès et d’instabilité. Et d’autres estiment que, bien qu’une inflation modérée puisse être nécessaire pour maximiser le taux de croissance viable, elle offre aussi parfois un terreau fertile à l’instabilité des marchés des actifs en encourageant les investisseurs à prendre des risques excessifs pour obtenir des rendements élevés:

«Ainsi que l’expérience récente le prouve, la stabilité durable des prix n’aide pas à asseoir la stabilité économique. Mais, comme nous avons pu le voir aussi depuis plusieurs années, et d’autres avant nous, cet environnement économique lénifiant peut inciter les investisseurs à prendre davantage de risques et porter les prix des actifs à des niveaux non viables.» (Alan Greenspan, déclaration devant la commission économique conjointe du Congrès, 17 juin 1999.)

Cela pourrait expliquer, en partie, l’afflux massif de capitaux dans les marchés émergents au moment où l’inflation ralentissait sur les marchés matures. Sur la base des analyses actuelles des événements qui ont précédé la dépression de l’entre-deux-guerres, certains ont aussi suggéré que, si les autorités monétaires s’efforcent de maintenir l’inflation à un rythme (légèrement) positif alors que les gains de productivité sont élevés—et entraîneraient sans cela une baisse des prix et une augmentation du pouvoir d’achat des revenus nominaux—, elles risquent de donner des signaux de profits erronés, d’alimenter la hausse des prix des actifs et d’exacerber les risques d’instabilité2.

Les travaux en cours sur ces questions gagneraient à être approfondis, mais il semble que plusieurs hypothèses puissent d’ores et déjà être avancées pour expliquer le fonctionnement du système économique et financier mondial et ses conséquences probables pour les politiques économiques:

  • i) S’il est vrai que certaines caractéristiques de l’économie globalisée aident à contenir l’inflation sur les marchés de produits, il faudrait peut-être se montrer plus vigilant vis-à-vis d’autres manifestations des déséquilibres macroéconomiques et des tensions inflationnistes potentielles, notamment sur les marchés d’actifs et dans le secteur financier. En particulier, les soldes épargne-investissement des ménages, du secteur financier et des entreprises non financières, ou les balances des paiements, peuvent signaler des tensions et une vulnérabilité aux chocs en fin de phase d’expansion, alors même que l’inflation est faible. Ces déséquilibres financiers peuvent être étroitement liés à une flambée des prix des actifs, ce qui aiderait à expliquer pourquoi ces envolées sont suivies parfois de corrections fortement déstabilisatrices.

  • ii) L’intégration internationale des marchés financiers signifie que la politique économique d’un pays peut avoir des répercussions importantes au-delà de ses frontières. Les phases de fléchissement cyclique et de détente des conditions monétaires tendent à encourager les sorties de capitaux vers les pays qui affichent les taux et les perspectives de croissance les plus intéressants. Quand ces flux de capitaux sont importants par rapport à la taille des économies bénéficiaires, ils peuvent les déstabiliser si les politiques conduites ne sont pas corrigées de façon à prendre en compte—et, dans une certaine mesure, à compenser—l’effet de stimulation supplémentaire importé du reste du monde, et si les systèmes financiers nationaux ne sont pas suffisamment solides.

  • iii) Inversement, dans les pays où la croissance est faible et l’inflation inexistante (ou qui traversent une période de déflation), l’intégration des marchés financiers et le risque concomitant de fuite des capitaux rendent encore plus nécessaire d’adopter une politique monétaire expansionniste et de l’accompagner de progrès suffisants dans la levée des obstacles structurels à la croissance—rigidités du marché du travail ou autres carences structurelles—pour que cette orientation expansionniste stimule efficacement la demande et l’activité intérieures.

  • iv) La surchauffe des marchés d’actifs peut justifier un resserrement monétaire, non seulement lorsqu’elle menace d’entraîner une accélération non souhaitée de la hausse des prix des produits par son impact sur la demande globale, mais aussi lorsqu’il apparaît clairement que les prix des actifs ont atteint des niveaux de moins en moins viables qui aggravent le risque d’une correction susceptible de déstabiliser sensiblement l’économie et le système financier. Dans ce dernier cas, les autorités monétaires sont confrontées à l’une de leurs tâches les plus ardues: il est impossible, en effet, de déterminer avec certitude si le niveau atteint par les prix des actifs est viable ou non, car leur appréciation peut traduire aussi bien une réorientation durable des portefeuilles des détenteurs de patrimoine qu’une hausse durable du taux de rendement du capital; au demeurant, l’effet d’un resserrement de la politique monétaire sur les prix des actifs est lui aussi incertain. Enfin, il est le plus souvent politiquement difficile de ralentir ou de stopper la hausse, en général populaire, des prix des actifs—surtout pour des banques centrales dont l’indépendance repose sur le mandat de contrôler la hausse de l’indice des prix à la consommation. Pourtant, cette action peut être nécessaire pour réduire au minimum le risque d’instabilité macroéconomique et financière, qui peut être plus coûteux. Et elle doit être considérée comme le pendant de la responsabilité des autorités monétaires, auxquelles il revient en effet de fournir les liquidités nécessaires et de détendre au besoin les conditions monétaires lorsqu’une chute brutale des prix des actifs menace de perturber le secteur financier et le système de paiement. La politique budgétaire a elle aussi un rôle à jouer, bien sûr, en cas de surchauffe des marchés des actifs. En particulier, lorsque les entrées de capitaux poussent déjà le taux de change à la hausse, il peut être préférable de resserrer la politique budgétaire pour désamorcer les pressions sur la demande.

Ensemble, ces évolutions qui ont marqué l’économie mondiale dans les années 90 et les hypothèses auxquelles elles donnent naissance ne sont pas des plus rassurantes. Elles semblent indiquer que, si le système économique et financier mondialisé permet une allocation plus efficiente des ressources dans chaque pays et au plan international, il porte aussi en lui le risque de réactions excessives des marchés d’actifs et du secteur privé, donc d’instabilité macroéconomique récurrente même si les autorités s’imposent dans ce domaine une discipline suffisante, comme cela a été le cas dans les années 90. En dépit du succès de la lutte contre l’inflation, et bien que de nombreux pays aient réussi de surcroît à assainir leurs finances publiques, la stabilisation macroéconomique reste à l’ordre du jour. À certains égards, elle est même devenue plus difficile, si i’on en juge par les multiples dilemmes ou défis auxquels les responsables économiques sont confrontés à travers le monde.

Ralentissement et ajustement inévitables de l’économie américaine

La vigueur de la demande et de l’activité aux États-Unis reste supérieure aux anticipations du premier semestre de 1999, et il semble désormais que la croissance de la production approchera 4 % en rythme annuel—pour la troisième fois d’affilée—en 1999 (tableau 1.3). Si, comme l’indiquent les projections, l’expansion se poursuit en l’an 2000, la phase actuelle deviendra, en février prochain, la plus longue depuis le milieu du XIXe siècle au moins, c’est-à-dire depuis que l’on dispose de données comparables. Cette expansion est remarquable non seulement par sa durée, mais aussi par l’accélération de la croissance de la productivité de la main-d’oeuvre ces deux dernières années, inhabituelle à un stade aussi avancé d’une expansion cyclique. Le phénomène semble lié, d’une part, à l’essor rapide de l’investissement fixe et du stock de capital depuis quelques années et, d’autre part, à l’accélération du progrès technique. C’est cette croissance plus rapide de la productivité et, surtout, la réévaluation a posteriori des données antérieures, qui ont conduit les services du FMI à réviser en hausse, cette année, l’hypothèse de taux de croissance du potentiel de production américain, pour le porter de 2¼ % à 2¾ %.

Tableau 1.3.Économies avancées: PIB réel, prix à la consommation et chômage(Variations annuelles en pourcentage; chômage en pourcentage de la population active)
PIB réelPrix à la consommationTaux de chômage
199719981999200019971998199920001997199819992000
Économies avancées3,22,22,82,72,11,51,41,86,86,76,56,5
Principaux pays industrialisés2,92,22,62,42,01,31,41,76,56,26,26,4
États-Unis3,93,93,72,62,31,62,22,54,94,54,34,5
Japon1,4−2,81,01,51,70,6−0,40,03,44,15,05,8
Allemagne1,82,31,42,51,50,60,40,89,99,49,18,6
France2,33,22,53,01,30,70,51,112,511,611,310,7
Italie1,51,31,22,41,71,71,51,611,711,811,711,4
Royaume-Uni13,52,21,12,42,82,72,32,25,74,74,85,3
Canada4,03,13,62,61,41,01,51,79,28,38,08,1
Autres économies avancées4,22,13,53,62,42,51,42,17,88,17,56,9
Espagne3,74,03,43,51,91,82,12,120,818,815,714,0
Pays-Bas3,63,82,62,52,22,02,32,15,54,13,63,7
Belgique3,02,91,42,51,50,91,11,29,49,59,29,2
Suède1,82,63,23,00,5−0,10,21,08,06,55,45,1
Autriche2,53,32,02,51,20,80,70,94,44,74,34,2
Danemark3,12,91,31,52,21,72,52,57,76,36,06,2
Finlande5,65,63,63,81,21,31,32,312,611,410,39,2
Grèce3,23,73,33,65,44,52,32,210,310,110,310,2
Portugal3,83,93,03,22,22,82,32,26,75,04,64,6
Irlande10,78,97,57,01,52,42,02,09,87,76,56,2
Luxembourg4,85,73,54,41,41,00,71,43,43,12,92,8
Suisse1,72,11,21,90,50,10,81,05,23,93,02,9
Norvège4,32,11,02,82,62,32,32,34,13,23,64,0
Israël2,72,01,73,09,15,45,54,67,78,69,38,8
Islande5,45,15,64,71,81,73,53,23,73,01,71,7
Corée5,0−5,86,55,54,47,50,72,82,66,87,06,0
Australie23,95,14,03,01,71,61,83,88,58,07,27,0
Taiwan, province chinoise de6,84,95,05,10,91,71,01,22,72,83,02,7
Hong Kong (RAS)5,3−5,11,23,65,72,6−3,11,02,24,76,15,4
Singapour9,00,34,55,02,0−0,30,20,61,83,24,34,2
Nouvelle-Zélande22,1−0,32,63,31,71,51,31,96,67,57,27,0
Pour mémoire
Union européenne2,62,72,02,71,81,41,31,510,49,69,18,8
Zone euro2,42,82,12,81,61,21,01,311,710,910,39,7

Cette expansion a été remarquable aussi par l’absence de dérapage inflationniste durable alors même que l’utilisation des ressources augmentait dans l’ensemble de l’économie. La légère hausse des prix à la consommation en 1999 par rapport au taux d’environ 1½ affiché en 1998 s’explique avant tout par le renchérissement du pétrole et des autres produits de base. Par ailleurs, on n’observe guère de signes d’accélération durable de la hausse des salaires jusqu’à présent, bien que le chômage soit tombé, aux alentours de 4¼ %, à son plus bas étiage depuis près de trente ans. Les services du FMI estiment que le NAIRU (taux de chômage non accélérateur de l’inflation) se situe aujourd’hui autour de 5 %, contre près de 6 % au début de la phase d’expansion.

Les résultats impressionnants affichés récemment par l’économie américaine sont imputables, dans une large mesure, à la bonne orientation de la politique conduite par les autorités. En effet, le déficit budgétaire a laissé place à un excédent—pour une amélioration structurelle équivalant à environ 3½ % du PIB depuis 1993—, la gestion avisée de la politique monétaire par la Réserve fédérale a permis de ramener puis de maintenir l’inflation à un faible niveau, tout en contribuant à stabiliser la croissance et à apaiser les turbulences financières internationales, et la politique structurelle a continué de privilégier la flexibilité des marchés. Mais, en dépit de la vigueur évidente de l’économie, il ne fait aucun doute qu’un ralentissement très sensible s’imposera dans la période à venir pour ramener l’activité à un rythme viable: seule la question du moment reste posée.

Selon les estimations, la croissance du PIB a ralenti au deuxième trimestre pour revenir à 1,8 % en rythme annuel, mais la demande intérieure—celle du secteur privé, en particulier—a continué de croître à un rythme bien supérieur à la plupart des estimations du potentiel. Le repli des prix des produits de base et l’appréciation du dollar ont permis de maintenir l’inflation à un faible niveau ces dernières années, entraînant une progression des salaires réels qui a contribué à modérer la hausse des salaires nominaux (voir chapitre III). Maintenant que ces forces déclinent ou commencent à s’inverser, on peut s’attendre à ce que de nouvelles pressions s’exercent sur les ressources et ravivent l’inflation si l’on n’enregistre pas de ralentissement durable de la croissance. Et ce ralentissement devra aider aussi à contenir le déficit extérieur courant, qui vient de dépasser 3 % du PIB et se rapproche des sommets historiques du milieu des années 80. La demande intérieure—dont le rythme d’expansion se situait il y a peu autour de 5 %, et de 4 % au second trimestre si l’on exclut l’accumulation de stocks—devra donc marquer très sensiblement le pas. Selon les projections, cet ajustement s’opérera en douceur.

Quatre risques essentiels et interdépendants menacent de s’opposer au ralentissement harmonieux—l’«atterrissage en douceur»—retenu dans le scénario de référence. Premièrement, l’émergence de vives tensions inflationnistes pourrait obliger les autorités à resserrer très sensiblement les conditions monétaires. Deuxièmement, le dollar—sensiblement surévalué aujourd’hui par rapport aux niveaux jugés conformes aux variables économiques fondamentales à moyen terme—pourrait être soumis à des pressions à la baisse. Les investisseurs risquent en effet de s’inquiéter du poids de plus en plus lourd de la dette extérieure américaine, ou préférer les placements plus attrayants offerts par les économies où la croissance repart. Une forte dépréciation de la monnaie américaine amplifierait les pressions sur les prix, au risque d’entraîner un relèvement très net des taux d’intérêt. Troisièmement, la chute brutale des cours des actions pourrait provoquer un ralentissement des dépenses privées et de la croissance plus abrupt que dans les projections du scénario de référence, assorti d’une correction du déficit—sans précédent—de l’épargne privée par rapport à l’investissement. Quatrièmement, enfin, une forte baisse des impôts risquerait de stimuler encore davantage la consommation privée, tout en entravant l’investissement privé et les exportations via un relèvement des taux d’intérêt et un raffermissement du dollar. Ces divers scénarios pourraient certes dynamiser l’expansion à court terme, mais ils ne feraient qu’exacerber les déséquilibres actuels et accroître le risque d’un atterrissage plus difficile par la suite.

Comment les responsables économiques peuvent-ils réduire au minimum ces diverses menaces? C’est à la politique monétaire de prévenir une résurgence de l’inflation par des mesures s’inscrivant dans un cadre prospectif. Le relèvement des taux d’intérêt à court terme par la Réserve fédérale en juin et août 1999, en revenant en partie sur les baisses de taux antérieures—qui ont été pour beaucoup dans la stabilisation des marchés financiers internationaux à la fin de l’année dernière—marque un pas dans la bonne direction. Conjuguées aux relèvements des taux longs survenus ces derniers mois, ces mesures aideront à freiner la demande intérieure, même si d’autres initiatives seront sans doute nécessaires pour éviter un retour des tensions inflationnistes. Il importe donc que la Réserve fédérale continue à inscrire son action dans un cadre prospectif afin de pouvoir répondre à nouveau sans tarder si la croissance de la demande intérieure ne ralentit pas (ou si le risque de tensions inflationnistes persiste), mais reste aussi très attentive aux répercussions de l’appréciation des cours boursiers sur l’économie ou à tout autre signe de propagation de cette hausse des prix à d’autres actifs. Enfin, la Réserve fédérale doit aussi signaler clairement aux marchés financiers son intention de freiner l’expansion de la demande. C’est en anticipant ainsi sur l’avenir que les autorités pourront le mieux réduire au minimum les risques de nouvelle surchauffe et d’atterrissage difficile de l’économie.

Encadré 1.2.Hypothèses de politique économique retenues pour les projections d’un échantillon d’économies avancées

Les hypothèses concernant la politique budgétaire à court terme reposent sur les budgets officiels corrigés, le cas échéant, des écarts avec les résultats estimés par les services du FMI et des différences entre les hypothèses économiques retenues par ces derniers et celles des autorités nationales. Les hypothèses à moyen terme tiennent compte des mesures prévues par les autorités et dont l’application est jugée probable. Projections et hypothèses s’appuient sur les données disponibles jusqu’au début du mois de septembre 1999. Lorsque les autorités n’ont pas annoncé les mesures prévues de façon suffisamment détaillée pour permettre d’en apprécier la faisabilité, on suppose que le solde structurel primaire reste inchangé, sauf indication contraire. Les hypothèses suivantes ont été adoptées pour les principales économies avancées (les projections qui en découlent figurent aux tableaux 14 à 16 de l’appendice statistique).

États-Unis. Les projections budgétaires reposent sur l’examen de mi-session du budget pour l’an 2000 (y compris le projet de réforme de la sécurité sociale) effectué par l’Administration américaine en juin 1999, corrigé des différences entre les hypothèses macroéconomiques des services du FMI et celles des autorités américaines. On suppose que les soldes budgétaires des États et des administrations locales demeurent constants en pourcentage du PIB.

Japon. Les projections tiennent compte du budget initial pour l’exercice 1999 et du programme de relance budgétaire de 24 billions de yen annoncé en novembre dernier. Ce programme, qui doit accroître l’investissement public de 4 billions de yen en 1999, produira l’essentiel de ses effets dès le premier semestre. On suppose que les collectivités locales compenseront en grande partie leur participation aux projets financés conjointement dans le cadre du plan de relance en comprimant leurs propres dépenses dans d’autres postes. Sur les 9,3 billions de yen d’allégements prévus dans le programme de novembre, une baisse d’impôts de ¾ de billion de yen devait prendre effet dès le premier trimestre de 1999, et le gros des autres mesures suivra en 1999 et au premier trimestre de l’an 2000. Les projections tablent par ailleurs sur un collectif budgétaire de 520 milliards de yen pour l’exercice 1999.

Allemagne. Les projections des services du FMI relatives au déficit du budget fédéral pour 1999 (1,9 % du PIB) reposent sur celles du Conseil de planification financière, corrigées des différences entre les hypothèses macroéconomiques. Pour l’an 2000 et à moyen terme, les projections des services du FMI intègrent l’impact de la réforme de l’impôt sur le revenu approuvée par le Parlement en mars 1999, et tablent sur l’exécution du programme d’assainissement budgétaire et de réforme fiscale annoncé par le gouvernement en juin dernier.

France. Les projections cadrent avec les objectifs budgétaires annoncés, corrigés des différences entre les hypothèses macroéconomiques des services du FMI et celles de l’administration. Pour 1999, elles postulent que les recettes continueront à bénéficier du dynamisme de la croissance en 1998; en l’an 2000 et au-delà, l’évolution des finances publiques devrait être conforme au programme de stabilité adopté par le gouvernement.

Italie. Les projections budgétaires reposent sur les chiffres des autorités pour 1999, corrigés en fonction des évolutions récentes, des prévisions de taux d’intérêt et, s’agissant du programme budgétaire à moyen terme pour 2000–03, des différences entre les hypothèses macroéconomiques. Pour 2000–03, on suppose que les actions annoncées seront exécutées et auront l’impact indiqué dans le programme à moyen terme. Le détail des mesures prévues pour l’an 2000 sera dévoilé dans la loi de finances soumise au Parlement en septembre prochain.

Royaume-Uni. On suppose que les objectifs de recettes et les plafonds de dépenses inscrits au budget pour l’exercice 1999/2000 (avril-mars) seront respectés et que, par la suite, la croissance des dépenses courantes suivra celle de la production potentielle et les dépenses d’équipement évolueront conformément aux nouveaux programmes de dépenses annoncés dans la loi de finances pour 1999/2000. Côté recettes, les projections tablent sur une élasticité du revenu égale à un sur le moyen terme, mais intègrent aussi les engagements pris précédemment dans le domaine fiscal, qui devraient rester valables durant la période couverte par les projections.

Canada. Les dépenses des ministères fédéraux et les subventions aux entreprises sont supposées correspondre aux engagements inscrits au budget fédéral annoncé en février 1999. La baisse de 15 cents de la cotisation d’assurance-chômage a pris effet en janvier 1999, et les services du FMI supposent que ce mouvement se poursuivra pour ramener progressivement la cotisation, d’ici 2004, à 2,20 dollars canadiens pour 100 dollars de revenu imposable. Les autres dépenses et recettes devraient évoluer conformément aux projections macroéconomiques des services du FMI. On fait aussi l’hypothèse que le gouvernement fédéral continuera, après 1998/99. à dégager des excédents budgétaires qui devraient atteindre 1 % du PIB. Enfin, la situation budgétaire des provinces est censée cadrer avec les objectifs à moyen terme annoncés.

Australie. Les perspectives budgétaires reposent sur les projections retenues, dans la loi de finances de mai 1999, pour les ratios des dépenses et des recettes au PIB jusqu’à 2002/03 (juillet-juin), lesquels sont censés demeurer constants par la suite. Les projections budgétaires intègrent l’impact du plan de réforme fiscale prévu pour l’an 2000.

Belgique. Pour 1999, le déficit budgétaire repose sur les chiffres de la loi de finances, corrigés des différences entre les projections des services du FMI et celles des autorités. Les projections à moyen terme incorporent une légère diminution du solde primaire structurel cadrant avec le programme de stabilité pour 1999–2002.

Corée. Les projections pour 1999 reposent sur le collectif budgétaire annoncé en juin dernier. On suppose que les recettes fiscales augmenteront de 1 % de plus que le PIB nominal, tandis que les autres recettes progresseront au rythme de celui-ci et que les dépenses courantes hors paiements d’intérêts augmenteront de 5 % en termes réels. Enfin, les projections tablent sur une réduction progressive des dépenses d’équipement (en pourcentage du PIB), qui reviendront à leur niveau de 1996–97 en 2002.

Espagne. À quelques différences près qui ont trait aux hypothèses macroéconomiques, les projections pour 1999 postulent que le budget sera exécuté comme prévu (y compris la réforme de l’impôt sur le revenu des personnes physiques). Pour l’an 2000 et au-delà, les projections tablent sur une politique inchangée.

Pays-Bas. Les projections pour 1999 reposent sur la loi de finances et le collectif budgétaire de l’exercice, corrigés en fonction des projections macroéconomiques des services du FMI. Pour 2000–04, elles tiennent compte des règles qui régissent désormais la politique budgétaire du gouvernement, et notamment des normes de dépenses et du sentier d’évolution prévu des recettes (qui incorpore lui-même la réforme fiscale annoncée pour 2001). Les projections gouvernementales ont été ajustées en fonction des projections de croissance un peu plus optimistes des services du FMI ainsi que des postes de recettes et de dépenses non inclus dans le cadre budgétaire adopté par le gouvernement.

Suisse. Les projections pour 1999 reposent sur les chiffres du budget, corrigés pour tenir compte du ralentissement de la croissance et des dépenses exceptionnelles. Les projections pour 2000–01 cadrent avec les estimations officielles et intègrent les mesures budgétaires annoncées en vue d’équilibrer le budget de la Confédération d’ici 2001. Après 2001, le solde structurel primaire du budget des administrations publiques reste par hypothèse constant.

Les hypothèses relatives à la politique monétaire sont définies à partir du cadre de référence établi dans chaque pays. Ce dernier suppose le plus souvent une politique de non-accompagnement de la conjoncture sur l’ensemble du cycle, de sorte que les taux d’intérêt officiels se tendent lorsque les indicateurs économiques montrent que l’inflation dépassera le taux ou la fourchette de taux acceptable, et diminuent lorsque les indicateurs suggèrent que l’inflation ne devrait pas dépasser ce taux ou cette fourchette de taux, que la croissance prévue de la production est inférieure au potentiel et que l’économie dispose d’un volant appréciable de ressources inemployées. Sur cette base, les hypothèses suivantes ont été retenues: le taux interbancaire offert à Londres (LIBOR) sur les dépôts en dollars à six mois sera en moyenne de 5,4 % en 1999 (soit 20 points de base au-dessus du taux projeté dans les Perspectives de l’économie mondiale de mai 1999) et 6,1 % en l’an 2000. L’évolution projetée des taux d’intérêt à court terme sur le dollar reflète l’hypothèse que, conformément aux anticipations du marché début août, la Réserve fédérale relèvera son objectif de taux des fonds fédéraux de 75 points de base, au total, avant la fin du premier trimestre de l’an 2000. Le taux offert sur les dépôts en yen à six mois s’établira en moyenne à 0,2 % en 1999 (c’est-à-dire à son niveau des Perspectives de l’économie mondiale de mai 1999) et se maintiendra à 0,2 % en l’an 2000. Le taux moyen des dépôts en euros à six mois devrait être de 3,0 % en 1999 et de 3,5 % en l’an 2000. Les changements par rapport aux hypothèses de taux d’intérêt retenues dans les Perspectives de l’économie mondiale de mai 1999 sont récapitulés au tableau 1.1.

La politique budgétaire a aidé aussi à freiner l’essor de la demande dans la phase d’expansion actuelle, ainsi qu’on peut le déduire du retournement du solde du budget fédéral, passé d’un déficit à un excédent qui devrait frôler 1½ % du PIB en 1999, alors que l’impasse budgétaire était de 3½ % du PIB en 19933. Si le cap est maintenu, les prochains budgets devraient continuer à dégager des excédents, ce qui sera important non seulement pour brider la demande vu la position de l’économie américaine dans le cycle et son déficit extérieur, mais encore pour se préparer à faire face à l’augmentation des engagements non couverts qu’entraînera le vieillissement démographique attendu dans les décennies à venir (encadré 1.2). En revanche, le risque de surchauffe grandira si l’on profite de l’excédent budgétaire pour abaisser les impôts ou accroître les dépenses. Le maintien de cet excédent élargirait aussi la marge de manoeuvre disponible pour assouplir la politique budgétaire et stabiliser l’économie en cas de ralentissement brutal de la demande intérieure.

L’expansion vigoureuse de l’économie américaine est pour beaucoup dans la solide croissance affichée par le Canada au cours de la période récente. Depuis le milieu de 1996, en effet, l’expansion a le plus souvent dépassé le potentiel et, après le fléchissement accusé fin 1997–début 1998 suite à la crise asiatique et à la baisse des prix des produits de base, la croissance s’est de nouveau raffermie. Le chômage a atteint—à moins de 8 %—son niveau le plus bas depuis dix ans, et la hausse des principaux prix à la consommation s’est maintenue à la limite inférieure de la fourchette-objectif de 1 à 3 %. La dette publique a encore diminué, et le redressement de la situation budgétaire permettra de laisser jouer les stabilisateurs automatiques si l’activité ralentit fortement. Les signes de raffermissement de l’expansion et de reprise de l’inflation pourraient indiquer qu’il y a lieu de revenir peu à peu à une politique monétaire plus restrictive, bien que le ralentissement attendu de la croissance américaine tendra à désamorcer les risques d’inflation.

Tableau 1.4.Principaux pays industrialisés: soldes budgétaires et dette des administrations publiques1(En pourcentage du PIB)
1982–92199319941995199619971998199920002004
Principaux pays industrialisés
Solde effectif−3,0−4,3−3,5−3,4−2,7−1,2−0,8−1,0−0,60,8
Écart de production−0,9−2,7−2,2−2,3−1,7−1,2−1,3−1,0−0,80,4
Solde structurel−2,6−3,0−2,4−2,4−1,9−0,6−0,2−0,5−0,10,7
États-Unis
Solde effectif−2,9−3,6−2,3−1,9−0,90,41,31,62,02,3
Écart de production−1,7−3,6−2,8−3,2−2,5−1,3−0,10,90,80,4
Solde structurel−2,4−2,2−1,2−0,8−0,00,81,31,31,72,2
Dette nette39,354,254,954,554,151,448,445,041,527,6
Dette brute53,568,567,867,967,965,962,157,753,235,4
Japon
Solde effectif−0,3−1,6−2,3−3,6−4,2−3,4−5,3−7,3−7,1−1,4
Écart de production0,2−0,4−1,7−1,91,10,4−4,1−4,2−3,71,1
Solde structurel−0,0−1,5−1,8−3,0−4,6−3,5−3,8−5,7−5,6−1,8
Dette nette18,45,27,713,016,419,530,537,644,352,2
Dette brute68,075,182,289,794,4101,1117,9127,8137,2149,9
Pour mémoire
Solde effectif, sécurité sociale non comprise−3,3−4,8−5,1−6,5−6,8−5,9−7,5−9,5−9,3−4,1
Solde structurel, sécurité sociale non comprise−3,4−4,7−4,7−6,0−7,1−6,0−6,5−8,5−8,4−4,4
Allemagne2
Solde effectif−2,1−3,1−2,4−3,2−3,4−2,6−2,0−1,9−1,1−0,3
Écart de production−1,3−0,20,0−0,3−1,6−1,9−1,8−2,4−2,0−0,0
Solde structurel−1,6−3,0−2,3−3,0−2,3−1,3−0,7−0,40,0−0,3
Dette nette22,035,540,649,452,152,852,451,950,944,6
Dette brute41,348,050,258,360,861,561,160,659,653,3
France
Solde effectif−2,4−5,9−5,8−5,5−4,1−3,0−2,7−2,4−1,80,1
Écart de production0,3−3,8−3,0−2,7−3,3−3,2−2,2−2,1−1,40,0
Solde structurel−2,6−3,4−3,7−3,6−1,9−0,9−1,3−1,1−0,90,1
Dette nette319,434,440,243,646,348,148,448,948,745,7
Dette brute31,545,248,352,555,457,858,258,758,555,4
Italie
Solde effectif−10,9−9,4−9,1−7,7−7,0−2,8−2,7−2,4−1,6−0,1
Écart de production0,3−2,6−2,5−1,1−2,0−2,3−2,8−3,4−2,80,1
Solde structurel−10,9−8,2−7,9−7,0−6,0−1,7−1,5−1,0−0,4−0,1
Dette nette77,4111,8117,2116,6116,0113,8112,4109,6104,389,2
Dette brute84,7118,1123,8123,2122,5120,1118,7115,7110,294,2
Royaume-Uni
Solde effectif−2,4−8,0−6,8−5,8−4,4−2,10,3−0,4−0,6−0,7
Écart de production−1,1−4,0−2,2−1,1−0,90,60,6−1,1−0,9−0,0
Solde structurel−1,7−4,8−4,4−4,6−3,7−2,1−0,3−0,50,1−0,6
Dette nette34,432,733,039,141,643,944,842,941,936,0
Dette brute55,061,859,464,564,865,865,862,661,051,2
Canada
Solde effectif−5,3−7,6−5,6−4,3−1,80,80,91,51,21,8
Écart de production−0,9−4,3−2,1−1,9−2,9−1,9−1,4−0,3−0,20,1
Solde structurel−4,8−4,6−4,1−3,1−0,11,81,61,71,31,8
Dette nette36,166,268,770,269,865,562,357,854,339,5
Dette brute68,498,899,4102,2101,897,795,890,085,265,7
Note: Les projections budgétaires reposent sur les informations disponibles jusqu’à la mi-septembre 1999. Les hypothèses spécifiques récentes pour chaque pays sont présentées dans l’encadré 1.2.

Japon: reprise en vue?

En enregistrant une expansion spectaculaire de 2,0 % du PIB réel au premier trimestre de 1999 après cinq trimestres consécutifs de recul, le Japon a surpris les observateurs et a fait espérer que son économie sortait finalement de la récession. Cette croissance du PIB provient pour moitié d’un essor de l’investissement public qu’expliquent les vastes programmes de relance engagés en 1998, mais c’est la progression de la demande privée qui doit, surtout, retenir l’attention. Bien que l’expansion se soit modérée au second trimestre sous l’effet, en particulier, du repli de l’investissement public, les signes de renversement de tendance sont de plus en plus nets. Les craintes suscitées par le risque de déflation et l’état de santé du système financier semblent aussi s’être apaisées. Cela dit, les signes de fragilité et les incertitudes ne manquent pas. La confiance des ménages reste hésitante, car les revenus baissent et la menace des licenciements subsiste, et bon nombre d’entreprises—celles qui sont le moins exposées à la concurrence internationale et aux pressions en faveur des restructurations, surtout—souffrent encore du surendettement massif et des capacités excédentaires considérables accumulés entre la fin des années 80 et le début des années 90, lorsque la spéculation battait son plein sur les marchés d’actifs. Le risque existe aussi que l’investissement public se contracte au second semestre de 1999, une fois que les précédents programmes de relance auront cessé de produire leurs effets. Les exportations nettes bénéficieront certes de la reprise en Asie, mais le raffermissement du yen qui s’est amorcé fin 1998 et confirmé (jusqu’ici) en 1999 limitera probablement l’impulsion que le secteur extérieur pourra apporter à la croissance.

En dépit de ces sujets de préoccupation, les chiffres de croissance ont été révisés très sensiblement à la hausse par rapport aux chiffres des Perspectives de l’économie mondiale de mai 1999. Les projections tablent désormais sur une expansion de I % en 1999, puis de 1½ % en l’an 2000, et il est tout à fait possible que la reprise soit plus vigoureuse l’an prochain si la confiance du secteur privé se raffermit encore. Tout risque de révision à la baisse de ce chiffre n’est pas écarté pour autant, ne serait-ce qu’à cause de la restructuration indispensable du secteur des entreprises, qui se poursuit. La montée du chômage devrait se poursuivre en l’an 2000, et l’inflation demeurer à peu près nulle.

Les problèmes macroéconomiques auxquels se heurte le Japon restent formidables. Ils concernent non seulement l’ampleur et la forme des mesures à mettre en oeuvre pour soutenir la reprise qui se dessine, mais aussi l’équilibre à trouver entre ces impératifs à court terme et les objectifs à plus long terme de la politique économique. La question est difficile à trancher, en particulier sur le plan budgétaire. Si la politique conduite à l’heure actuelle se poursuit, le déficit des administrations publiques (non compris la sécurité sociale) devrait approcher 10 % du PIB, selon les projections, en 1999 (contre 7,5 % en 1998) et se maintenir autour de ce niveau en l’an 2000. Pour soutenir la demande intérieure et faciliter l’ajustement économique, ce qui sera nécessaire, il faudra veiller à ce que la stimulation budgétaire se poursuive tant que la reprise de la demande privée ne sera pas fermement établie. Mais le Japon a une autre tâche primordiale à accomplir à moyen terme: assainir ses finances publiques. En effet, les déficits considérables accumulés durant la récession ont fait exploser la dette publique, et les craintes des marchés financiers—qui redoutent que cette tendance soit durable—ont d’ores et déjà poussé les taux longs à la hausse. Selon la majorité des indicateurs, la dette publique du Japon est sensiblement plus élevée que celle de la plupart des grands pays industrialisés (encadré 1.3). Sachant que le Japon sera confronté, dès le début du siècle prochain, à des pressions dues au vieillissement démographique, il est d’autant plus important de procéder à la réforme fiscale et aux autres mesures qui permettront d’améliorer la viabilité financière des régimes de retraite. La Diète a été saisie d’un projet de loi dans ce sens en juillet dernier.

La politique monétaire s’applique elle aussi à stimuler résolument l’activité, puisque les taux au jour le jour sont nuls, de facto, depuis mars. La Banque du Japon s’est engagée à tenir ce cap jusqu’à ce que la menace d’une déflation ait été conjurée. Cet engagement, conjugué à la reprise des achats d’obligations d’État à long terme par le Trust Fund Bureau, a permis d’abaisser les taux longs depuis février, même si ces derniers se sont redressés à nouveau lorsque l’espoir d’une reprise a conduit les marchés à anticiper que la politique monétaire serait resserrée plus tôt que prévu. Le principal instrument toujours à la disposition des autorités monétaires est l’injection de liquidités dans le système bancaire par le biais, notamment, des opérations d’open-market et des interventions sur le marché des changes. La Banque du Japon a élargi la gamme des effets qu’elle achète pour augmenter la liquidité, et les accepte désormais assortis d’échéances plus longues. Elle peut encore aller plus loin dans ce sens, à condition de n’accorder ses financements qu’à des établissements disposant d’une bonne cote de crédit et de veiller à ne pas encourager, ce faisant, un relâchement du processus de restructuration des banques et des entreprises. Le yen s’est nettement repris depuis le début du mois de juillet, bien que la banque centrale soit, semble-t-il, intervenue sur le marché des changes pour empêcher son appréciation trop rapide.

Encadré 1.3.Comparaison des soldes des finances publiques des pays du G-7—Qui a un problème d’endettement?

Les conseils que le FMI donne aux États membres dans le domaine des finances publiques découlent du jugement qu’il porte sur leur dette et sa viabilité à long terme, mais aussi de la situation de la demande globale à court terme. Si, dans bien des cas, le diagnostic ne fait aucun doute, il arrive parfois que les considérations à long et à court terme conduisent à des conclusions contradictoires. On l’a vu récemment avec le Japon, auquel le FMI a recommandé une forte stimulation budgétaire à court terme pour compenser l’atonie de la demande globale alors même que le pays figure parmi les grandes économies industrielles les plus endettées. Le poids de sa dette brute et le vieillissement rapide de la population niponne font de la viabilité à long terme de la dette une question majeure au Japon, et militent en faveur d’une relance de l’assainissement budgétaire dès que la situation le permettra. Cela dit, d’autres indicateurs privilégiant l’endettement net plutôt que l’endettement brut font apparaître la situation du Japon sous un jour moins préoccupant. Le présent encadré analyse les indicateurs utilisés par le FMI pour évaluer la viabilité de la dette lorsqu’il formule ces conseils de politique budgétaire, et le tableau récapitule les estimations relatives aux pays du G-7 pour 1998.

  • La dette brute correspond à l’encours des engagements financiers de l’État. Selon cet indicateur, l’Italie et le Japon sont les pays du G-7 les plus endettés, puisqu’ils affichaient une dette brute équivalant à 119 % et 118 % du PIB, respectivement, fin 1998.

  • La dette nette (actifs de la sécurité sociale inclus) soustrait tous les actifs financiers de l’État de la dette brute—y compris ceux du système de sécurité sociale, que celui-ci détient souvent sous forme de créances sur l’État. Le Japon est le seul pays du G-7 dans lequel ces dernières sont significatives. Lorsque les actifs de la sécurité sociale sont inclus dans la dette de l’État, le Japon—dont l’endettement net représente environ 30 % du PIB en 1998—est le moins endetté des pays du G-7. Le chiffre correspondant pour l’Italie, de l’ordre de 112 % du PIB, est là aussi le plus élevé, et n’est que légèrement inférieur à la dette brute du pays, car le système de sécurité sociale italien ne détient aucun actif. On peut considérer cependant qu’inclure les actifs de la sécurité sociale dans la dette nette sans prendre en compte les créances futures du système sur les actifs de l’État donne une idée trompeuse de la situation financière de ce dernier.

  • Le concept de dette nette (actifs de la sécurité sociale exclus) permet de résoudre en partie la question de ces actifs en postulant que le système de sécurité sociale est indépendant et que, par conséquent, ses créances sur l’État ne doivent pas être considérées comme des actifs de ce dernier. Selon cet indicateur, la dette nette du Japon s’élevait à 79 % du PIB en 1998, faisait de lui le pays le plus endetté du G-7 après l’Italie (dont la dette nette atteignait 112 % du PIB, avec ou sans la sécurité sociale). Pour les autres membres du G-7, cet indicateur oscille entre 40 et 65 % du PIB.

Indicateurs de finances publiques, 19981(En pourcentage du PIB)
AllemagneCanadaÉtats-UnisFranceItalieJaponRoyaume-Uni
Dette brute61,195,862,158,2118,7117,962,2
Dette nette (actifs de la sécurité sociale inclus)52,462,348,448,4112,430,542,4
Dette nette (actifs de la sécurité sociale exclus)252,462,356,148,4112,479,142,4
Solde global (sécurité sociale incluse)−2,00,91,3−2,7−2,7−5,30,3
Solde global (sécurité sociale exclue)−2,32,9−1,7−2,61,3−7,5
Solde structurel (sécurité sociale incluse)−0,71,61,3−1,3−1,5−3,8−0,3
  • On peut aussi ajouter les engagements nets futurs au titre des régimes publics de retraite—égaux à la valeur présente des engagements futurs au titre de ces régimes moins leurs actifs—à la dette nette (actifs de la sécurité sociale exclus) pour obtenir une mesure globale de la dette nette, y compris les engagements futurs au titre des régimes publics de retraite. Les estimations les plus récentes de ces engagements pour les pays du G-7 sont celles de Chand et Jaeger (1996)1. Cependant, elles ne couvrent que la période 1995–2020 et ne reflètent donc pas les réformes d’envergure en cours dans ce domaine depuis 1995, ni l’impact de l’évolution démographique divergente de ces pays après 2020. Il n’y a pas grand intérêt, par conséquent, à établir une mesure globale de la dette nette fondée sur ces estimations. D’une manière générale, toutefois, les engagements futurs au titre des régimes publics de retraite sont aujourd’hui sensiblement plus importants en Allemagne, en France et au Japon que dans les autres pays du G-7: selon Chand et Jaeger, ils dépasseraient 100 % de leur PIB. L’Italie et le Japon restent les membres du G-7 les plus endettés sur la base de cette évaluation globale de la dette nette, mais il est difficile de déterminer lequel des deux pays est le plus endetté.

Les indicateurs susmentionnés ont pour défaut majeur de ne pas prendre en compte l’impact de l’évolution projetée des déficits budgétaires sur le niveau futur de la dette. Comme le montre le tableau, les pays du G-7 partent de situations très différentes—qu’il s’agisse de solde budgétaire ou de position dans le cycle—et, selon les projections des Perspectives de l’économie mondiale, ces situations n’évolueront pas de la même façon d’une économie à l’autre. Le graphique compare la dette brute, la dette nette (actifs de la sécurité sociale inclus) et la dette nette (actifs de la sécurité sociale exclus) en 2004 à la situation de 1998. Dans chaque cas, la dette augmente dans des proportions significatives au Japon, en dépit des projections qui tablent sur une forte diminution de son grave déficit structurel initial. La dette brute dépasse 150 % du PIB, faisant de l’économie niponne la plus endettée, de loin, de toutes celles du G-7. La dette nette du Japon progresse également et, si l’on exclut la sécurité sociale, elle est la plus élevée en 2004. Pour les autres membres du G-7, ces divers indicateurs diminuent entre 1998 et 2004.

Endettement brut et endettement net

(En pourcentage du PIB)
1Voir Sheetal K. Chand et Albert Jaeger. Aging Populations and Public Pension Schemes. Étude spéciale n° 146 (FMI, décembre 1996).

Si la politique macroéconomique peut étayer vigoureusement l’activité à court terme, c’est néanmoins des réformes structurelles que dépendront la durée et la solidité de la reprise. Les dispositifs nécessaires pour traiter les problèmes du secteur bancaire sont, pour l’essentiel, en place. Il faut maintenant les appliquer. Il est d’autant plus urgent de restructurer ce secteur et de rétablir la confiance que l’on envisage de remplacer, dès le mois de mars 2001, le système d’assurance globale des dépôts par une couverture limitée de ceux-ci. Les conditions préalables à cette restructuration sont claires: la recapitalisation des établissements viables et la nationalisation des banques en faillite se poursuivent, les normes de contrôle prudentiel et de comptabilité bancaire semblent s’être améliorées—sous l’impulsion, entre autres, de la nouvelle agence de contrôle financier—et les nouvelles incitations fiscales, conjuguées à la création d’un consortium de recouvrement des créances et de réalisation des actifs, devraient faciliter le règlement du problème des créances irrécouvrables. On note néanmoins, ici ou là, des signes de fragilité et des sujets d’inquiétude. C’est ainsi que l’ampleur des problèmes de bilan des banques, et notamment des prêts improductifs accordés durant la récession récente, n’est sans doute pas encore parfaitement connue. Le secteur bancaire reste important par rapport à l’économie nipponne dans son ensemble, et l’on peut craindre que le programme de recapitalisation atténue les pressions en faveur de sa restructuration. Afin de conjurer ce risque, les autorités doivent user de toute l’influence que leur assurent les participations publiques au capital des banques pour promouvoir la consolidation du système, veiller à la rentabilité des activités bancaires essentielles et favoriser, s’il le faut, la recomposition du capital ou des équipes dirigeantes de tel ou tel établissement. Enfin, des progrès ont été accomplis dans la «reprivatisation» des banques nationalisées, du moins en ce qui concerne leurs actifs négociables.

Les autres réformes en cours dans le secteur des services financiers sont en général bien avancées, même si le secteur public doit encore réduire sa participation à leur prestation (il gère encore les comptes d’épargne postale, par exemple) et si un resserrement des contrôles doublé d’un regain de pression en faveur des réformes s’imposent pour redresser la situation précaire du secteur de l’assurance-vie. La restructuration des entreprises devrait être facilitée par les mesures adoptées en juin 1999 pour permettre aux banques de recourir davantage aux conversions de titres de créances en participations et faciliter les fusions de grande envergure. L’amélioration du code de la faillite sera à l’ordre du jour de la Diète plus tard cette année, et l’on envisage d’approfondir la réforme de la législation et de la fiscalité pour encourager les entreprises à se restructurer et faciliter les recompositions de capital. Les progrès enregistrés dans d’autres domaines ont été inégaux. Il semble que les entreprises manufacturières aient bien progressé dans l’assainissement de leurs bilans, mais que dans les secteurs tournés vers le marché intérieur, le manque de concurrence freine les restructurations et dissuade la création d’entreprises. Ainsi, on n’a enregistré que des progrès limités dans la déréglementation et la libéralisation des transports, des télécommunications, du commerce de détail ou de l’agriculture, toujours très abrités de la concurrence étrangère.

Relancer durablement la croissance en Europe

Après un ralentissement sensible de la croissance dans la majeure partie de l’Europe occidentale au second semestre de 1998, on observe depuis quelques mois les signes d’un redémarrage de l’expansion. Comme dans les Perspectives de l’économie mondiale de mai dernier, les projections tablent sur une reprise qui porterait la croissance au-dessus de son potentiel au second semestre de 1999, puis à 2¾% (en moyenne) dans la zone euro en l’an 2000, après un fléchissement qui l’aura ramenée à 2 % cette année4. Plusieurs facteurs tendent à réduire les risques d’une détérioration de la situation par rapport aux prévisions actuelles: l’amélioration de la conjoncture économique extérieure, la baisse des taux directeurs de la Banque centrale européenne—50 points de base en avril—et de plusieurs autres pays européens non membres de la zone euro, le léger regain de confiance des chefs d’entreprise et les signes d’un élargissement de la reprise. La confiance des ménages reste quant à elle très solide, ce qui s’explique en particulier par un recul persistant—quoique modeste—des chiffres du chômage (graphique 1.3).

Graphique 1.3.Principaux pays européens, États-Unis et Japon: indicateurs de la confiance des ménages et des entreprises1

La confiance des entreprises s’est raffermie dans plusieurs des principaux pays industrialisés, et celle des ménages est restée le plus souvent solide, bien qu’elle ait légèrement fléchi en Allemagne et en France.

Sources: confiance des ménages: pour les États-Unis, le Conference Board; pour les membres de l’Union européenne, la Commission européenne. Confiance des entreprises: pour les États-Unis, le Département du commerce. Purchasing Managers Composite Diffusion Index; pour les membres de l’Union européenne, la Commission européenne; pour le Japon, la Banque du Japon

1Les indicateurs ne sont pas comparables d’un pays à l’autre.

2Pourcentage des personnes interrogées qui s’attendent à voir leur situation s’améliorer, diminué du pourcentage de celles qui s’attendent à une détérioration.

La dépréciation de l’euro depuis son lancement en début d’année—10 % face au dollar, et 6 % (en termes effectifs nominaux) une fois pris en compte le léger raffermissement survenu fin juillet—a beaucoup aidé à soutenir la demande et l’activité dans la zone. Cette dépréciation s’est révélée utile compte tenu du fléchissement récent de la conjoncture, et n’a pas compromis l’objectif de maintien de l’inflation en dessous de 2 %: celle-ci se situait il y a peu autour de 1 % dans la zone euro et, selon les projections, elle devrait rester, en 1999–2000, dans les limites de la stabilité des prix telle que la définit la BCE. Cependant, le repli de l’euro a porté celui-ci à un niveau sensiblement inférieur à celui jugé compatible avec les variables économiques fondamentales à moyen terme—même s’il n’est sans doute pas incompatible avec les conditions cycliques actuelles—et l’on peut s’attendre à ce que la monnaie européenne se raffermisse encore dans la période à venir, à mesure que la croissance s’accélérera dans la zone euro et ralentira aux Etats-Unis. L’attente d’une appréciation de l’euro est attestée, du reste, par les écarts de taux d’intérêt en faveur des actifs libellés dans la plupart des monnaies extérieures à la zone euro, le yen et le franc suisse faisant toutefois exception.

Les conditions monétaires en vigueur dans la zone euro soutiennent clairement la reprise. Qui plus est, étant donné l’ampleur des capacités de production inemployées dans la zone et l’effet de freinage que cela exerce sur l’inflation, les taux directeurs peuvent sans doute être maintenus à leurs niveaux actuels jusqu’à la fin de l’année au moins. Il faudra peut-être, bien sûr, infléchir la politique monétaire l’an prochain en fonction de la vigueur de la croissance, de l’évolution des marchés du travail et des changes ou d’autres facteurs susceptibles de peser sur l’inflation et sur la poursuite de l’expansion.

La politique monétaire de la BCE est déterminée par l’évolution d’ensemble de la zone euro. C’est donc aux politiques budgétaires et structurelles nationales de prendre en compte les divergences cycliques des rythmes de croissance ou des tensions inflationnistes au sein de cette zone—sensibles entre la croissance assez robuste et le risque de surchauffe manifeste dans certains pays (Espagne, Irlande. Pays-Bas, Portugal), la vigueur relative de l’expansion en France et l’atonie de l’activité observée depuis peu en Allemagne ou en Italie. A ce niveau, toutefois, une série de problèmes chroniques ne sont toujours pas réglés.

Ainsi, dans la majeure partie de la zone euro, l’assainissement budgétaire n’a guère progressé depuis 1997 (année de référence du Traité de Maastricht) et la pression fiscale atteint ou approche des sommets historiques. Pour asseoir les finances publiques sur des bases saines et améliorer les chances de reprise durable de l’activité, la plupart de ces pays doivent résorber peu à peu leur déficit structurel, et ceux d’entre eux qui affichent aujourd’hui une dette particulièrement lourde ou des perspectives d’évolution démographique très défavorables doivent même s’efforcer de dégager des excédents structurels. En regard de ces impératifs, les programmes budgétaires à moyen terme de plusieurs pays—qui prévoient des déficits jusqu’à 2002—manquent d’ambition. Dans l’hypothèse où la reprise actuelle serait appelée à durer, tous les pays de la zone euro devraient s’assurer que leur programme budgétaire est assez vigoureux pour dégager un solde proche de l’équilibre ou excédentaire d’ici 2002, mais aussi pour permettre d’alléger une pression fiscale qui handicape l’Europe. À cet égard, le plan d’assainissement budgétaire que l’Allemagne a engagé récemment vient à point nommé: il prévoit un freinage ciblé des dépenses et une réforme de l’imposition des revenus qui devraient permettre, ensemble, de rééquilibrer à peu près la situation budgétaire à moyen terme tout en allégeant la pression fiscale. Les mesures supplémentaires à mettre en oeuvre pour équilibrer le budget à l’horizon du moyen terme représentent de 1 à 1½ % du PIB en Autriche, en France, en Italie et au Portugal. Si l’ajustement requis est moins important ailleurs, cet assainissement supplémentaire des finances publiques aiderait aussi à modérer les tensions inflationnistes et à réduire le risque d’un atterrissage difficile en Espagne, en Irlande ou aux Pays-Bas—deux considérations qui renforcent aussi les arguments en faveur d’un resserrement budgétaire au Portugal. Quant aux pays qui connaissent une croissance relativement médiocre, il peuvent encore faire jouer les stabilisateurs automatiques tant que le plafond des déficits publics fixé par le Pacte de stabilité et de croissance (3 %) ne risque pas d’être dépassé.

La résorption graduelle des déficits budgétaires structurels et la baisse des prélèvements obligatoires indispensable pour encourager davantage la lutte contre le chômage et la création d’emplois ne seront possibles que si l’on engage une série de réformes pour endiguer l’essor des dépenses consacrées aux subventions, aux pensions de retraite et à la sécurité sociale. Mais ces déséquilibres budgétaires structurels sont aussi liés au problème du chômage structurel. La réforme nécessaire du marché du travail—sans laquelle il n’y aura pas de recul sensible du chômage en Europe—a été analysée dans les Perspectives de l’économie mondiale de mai 1999. Elle consiste, entre autres, à revoir l’indemnisation de chômage et la taxation du travail, à libéraliser la législation relative à la protection de l’emploi et à réformer le processus de détermination des salaires. Quant aux initiatives contestables telles que la réduction obligatoire du temps de travail, elles doivent être mises en oeuvre de façon flexible lorsqu’elles ne peuvent être évitées. Le pacte pour l’emploi conclu lors du Conseil européen de Cologne début juin ajoute des entretiens sur l’évolution macroéconomique (auxquels participeront les gouvernements, la BCE, la Commission et les organisations syndicales et patronales) aux procédures déjà en vigueur, qui portent sur les programmes de réforme nationaux. Il ne semble pas, toutefois, devoir intensifier suffisamment la pression en faveur des réformes de fond qui s’imposent de longue date.

Depuis quelques mois, on observe aussi de plus en plus, dans certains pays, les signes de l’amorce d’un raffermissement de la croissance hors de la zone euro. Au Royaume-Uni, l’expansion a ralenti—et pour ainsi dire cessé—fin 1998–début 1999 sous l’effet, surtout, d’un recul prononcé des exportations nettes qui s’explique par la vigueur de la livre sterling et le fléchissement de la demande extérieure. Les derniers chiffres disponibles, qui font état d’une légère reprise de la croissance au deuxième trimestre, laissent penser que l’économie est repartie après avoir échappé à la récession, et que la croissance devrait s’accélérer tout au long de 1999 pour atteindre son potentiel au début de l’an prochain. L’«atterrissage en douceur» qui semble se dessiner a été rendu possible notamment par l’inflation modérée qui a caractérisé l’économie britannique à l’apogée du cycle—depuis avril dernier, le taux d’inflation reste inférieur à l’objectif de 2½ %—et qui traduisait elle-même, en partie, l’embellie observée sur le marché du travail et la gestion avisée de la politique monétaire. La hausse des revenus du travail a encore ralenti au cours de la phase récente de fléchissement de la croissance, facilitant une nouvelle décrue du chômage, qui est retombé désormais à un niveau sans précédent depuis dix-neuf ans, La Banque d’Angleterre a abaissé ses taux directeurs en deux étapes (avril et juin) pour les ramener à 5 %, avant de les relever à nouveau de ¼ % en septembre dernier face à l’essor de la demande des consommateurs. Le sens et le moment des modifications dont ces taux pourraient faire l’objet par la suite dépendront de la vigueur de la reprise, du comportement de la livre sterling et des autres facteurs susceptibles d’influer sur les perspectives d’inflation.

En Suède, les réformes macroéconomiques et structurelles engagées pour répondre aux graves difficultés économiques du début des années 90 ont donné des résultats spectaculaires, sous forme d’une croissance robuste—qui, selon les projections, devrait se maintenir autour de 3 % en 1999 et en l’an 2000—accompagnée non seulement d’une décrue du chômage, mais aussi d’excédents budgétaires et d’une inflation négligeable. La politique budgétaire doit tenir fermement le cap pour consolider cet acquis, continuer d’alléger une dette publique toujours élevée—puisqu’elle est de l’ordre de 70 % du PIB—et réduire la taille du secteur public5. Les réformes en cours sur le marché du travail devront être poursuivies afin d’accélérer la création d’emplois dans le secteur privé. Au Danemark et en Norvège, en revanche, on s’attend à ce que la croissance ralentisse pour s’établir en dessous de 1½ en 1999, avant de se reprendre en l’an 2000. Le fléchissement observé cette année s’explique en partie par le resserrement de la politique macroéconomique qui a répondu aux signes de surchauffe observés en 1998, mais il est dû avant tout, en Norvège, à la forte contraction de l’investissement qui a suivi des années d’essor spectaculaire. La Norvège devra tenir le cap de la rigueur budgétaire pour désamorcer les tensions qui s’exercent sur ses taux d’intérêt déjà relativement élevés par rapport à la moyenne européenne. La croissance, qui s’était accélérée en 1997–98 après plusieurs années de stagnation, a ralenti à nouveau en Suisse l’an passé suite au tassement des exportations. Le franc suisse étant resté à peu près stable vis-à-vis de l’euro depuis le début de 1999, les conditions monétaires appuient désormais une accélération de l’expansion. Néanmoins, des réformes structurelles s’imposent—en particulier sur le marché des produits—pour améliorer les perspectives de croissance à moyen terme.

Économies de marché émergentes d’Asie et d’Amérique latine: assurer une reprise durable

L’amélioration des résultats macroéconomiques des pays d’Asie frappés par la crise s’est confirmée ces derniers mois. On s’attend à une croissance du PIB dans presque toutes les économies de la région sur l’ensemble de 1999, et certaines projections ont même été révisées très sensiblement à la hausse (tableau 1.5). En règle générale, les exportations de ces pays ont été favorisées par l’adoption de taux de change plus compétitifs et l’accélération de la croissance de leurs partenaires commerciaux régionaux. Le rebond des prix de certains produits de base et le redressement de l’industrie électronique ont entraîné aussi un relâchement des contraintes de financement dans bon nombre de ces économies, et le retour de la confiance, conjugué à la baisse de l’inflation, a permis une nouvelle détente des conditions monétaires, La politique budgétaire continue d’accompagner fermement la conjoncture. La reprise de l’accumulation de stocks est sensible, tandis que le redémarrage de la production agricole facilité par des conditions climatiques plus clémentes contribue à la croissance en Indonésie et aux Philippines—et se fait sentir aussi en Inde. Les projections tablent sur une accélération de la croissance en l’an 2000 dans la plupart de ces pays, car le raffermissement récent de la confiance et de l’activité devrait être suivi d’un essor plus diversifié de la demande intérieure. Pour que la reprise soit durable, toutefois, une série de réformes structurelles doivent encore être menées à bien. Les plans de restructuration du secteur financier sont le plus souvent bien avancés: des normes prudentielles strictes sont en place, la recapitalisation des banques se poursuit et des programmes de privatisation des banques publiques ont été adoptés. Mais la réforme des entreprises est à la traîne dans tous les pays en crise, et l’expérience de nombre d’autres économies fait craindre que les pertes essuyées par ce secteur, plutôt que d’être supportées par les actionnaires des entreprises, seront répercutées largement sur le système financier et, en dernière analyse, sur les contribuables via les recapitalisations d’établissements bancaires.

Tableau 1.5.Pays en développement (échantillon): PIB réel et prix à la consommation(Variations annuelles en pourcentage)
PIB réelPrix à la consommation1
19971998199920001997199819992000
Pays en développement5,83,23,54,89,210,36,75,8
Médiane4,13,53,74,46,25,34,34,0
Afrique3,13,43,15,011,18,79,06,9
Afrique du Sud2,50,50,73,58,66,96,55,5
Algérie1,14,74,65,46,86,25,35,0
Cameroun5,15,04,44,85,22,82,02,0
Côte d’Ivoire6,05,45,55,85,64,52,52,5
Ghana4,24,65,56,028,819,310,06,4
Kenya2,11,52,13,511,26,65,05,0
Maroc−2,06,30,65,11,02,72,02,5
Nigéria3,11,90,53,38,510,012,512,5
Ouganda5,25,57,07,07,85,85,05,0
Soudan6,75,05,55,246,717,016,99,0
Tanzanie3,53,33,95,116,112,67,85,1
Tunisie5,45,15,56,53,73,63,63,5
Pays FAS ou FASR25,24,65,65,88,07,75,94,3
Pays de la zone franc5,14,94,55,34,43,62,72,5
Asie6,63,75,35,44,88,03,13,5
Bangladesh5,24,84,54,54,87,97,97,0
Chine8,87,86,66,02,8−0,8−1,51,5
Inde5,55,85,75,57,213,06,57,2
Indonésie4,7−13,7−0,82,66,659,622,75,7
Malaisie7,7−6,72,46,52,75,33,02,4
Pakistan1,23,33,14,012,57,86,16,5
Philippines5,2−0,52,23,56,09,78,56,0
Thaïlande−1,3−9,44,04,05,68,10,52,0
Vietnam8,23,53,54,53,27,77,66,0
Moyen-Orient et Europe4,53,21,83,123,123,618,313,1
Arabie Saoudite2,71,6−2,01,1−0,4−0,21,51,1
Égypte5,05,46,05,46,23,83,74,0
Iran, Rép. islamique d’3,01,71,02,517,322,015,010,0
Jordanie1,32,22,02,53,04,51,92,8
Koweït2,52,2−1,10,70,70,50,91,7
Turquie7,62,81,22,685,784,660,438,2
Hémisphère occidental5,32,20,13,913,210,69,87,6
Argentine8,13,9−3,01,50,80,9−0,80,6
Brésil3,70,1−1,04,06,03,84,64,8
Chili7,63,4−0,45,56,15,14,03,3
Colombie2,80,60,02,618,518,711,710,8
Équateur3,50,4−7,01,530,636,155,136,2
Guatemala4,14,93,94,57,17,56,56,0
Mexique7,04,63,05,020,616,717,111,2
Pérou7,20,73,05,58,57,34,45,3
République Dominicaine8,27,37,07,08,34,87,84,2
Uruguay5,14,5−2,02,519,810,86,03,0
Venezuela5,9−0,7−7,61,650,035,824,417,3

La Corée s’est ressaisie avec une rapidité surprenante après la contraction brutale de 1998. Elle doit sa réussite à une politique macroéconomique fondée sur des taux d’intérêt inférieurs à leurs niveaux d’avant la crise et sur une politique budgétaire expansionniste, à la faiblesse de l’inflation et à l’adoption d’un taux de change compétitif. L’excédent extérieur courant considérable et des entrées de capitaux soutenues ont entraîné un certain raffermissement du won, bien que la Banque de Corée soit intervenue pour freiner cette appréciation et reconstituer ses réserves. Cela dit, la reprise observée ne sera durable que si les autorités s’emploient avec énergie à mener à leur terme les réformes d’envergure déjà engagées dans les secteur industriel et financier. Dans le secteur financier, leur attention doit se porter désonnais du système bancaire—dont la restructuration est bien avancée—aux intermédiaires financiers non bancaires. Dans le secteur des entreprises, il faut absolument résoudre au plus vite et de manière équitable la situation de Daewoo et, en règle générale, consolider le processus de restructuration des autres chaebols, grands ou moyens.

La reprise semble également bien partie en Malaisie, où elle bénéficie des mesures de stimulation budgétaire et monétaire et de l’adoption d’une parité compétitive pour le ringgit. Il est fort possible que les projections actuelles, qui tablent sur une croissance de l’ordre de 2½ % pour l’ensemble de l’année, doivent être revues à la hausse. La persistance de surcapacités dans l’économie s’est traduite par un recul de l’inflation et par un excédent commercial considérable. Le contrôle des mouvements de capitaux institué en septembre 1998 reste en vigueur, mais ses modalités ont été modifiées. La restructuration du secteur financier et des entreprises se poursuit. Maintenant que la recapitalisation du secteur bancaire et le rachat des prêts improductifs sont pour l’essentiel achevés, il reste à absorber les dernières créances irrécouvrables et à consolider l’ensemble du système. A mesure que la reprise progressera, les autorités devront ajuster la parité du ringgit et réexaminer les contrôles des mouvements de capitaux encore en vigueur.

On observe aussi un raffermissement de la croissance en Thaïlande. Divers indicateurs témoignent d’une reprise de la consommation, et les exportations nettes progressent. Mais le taux d’utilisation des capacités, toujours faible, tend à prolonger l’atonie de l’investissement. Les politiques budgétaire et monétaire continuent d’appuyer la reprise. Selon les projections, le déficit global du secteur public—y compris le coût de la restructuration du secteur financier—devrait dépasser 7 % du PIB en 1998/99, avant de se résorber peu à peu à mesure que la reprise prendra corps. Le taux de l’argent au jour le jour est tombé récemment à 1 % à peine, contre plus de 10 % durant la période qui a précédé la crise. La restructuration du secteur financier est en général bien avancée, et les banques s’appliquent maintenant à lever des capitaux supplémentaires pour répondre à des normes prudentielles plus exigentes, tandis que le programme de privatisation engagé dans ce secteur se poursuit après quelques retards initiaux. Le cadre de la restructuration des entreprises, qui est pour l’essentiel en place, vient d’être consolidé par l’adoption récente de lois sur la faillite et les saisies. Il reste maintenant à l’appliquer.

L’économie asiatique la plus durement touchée par la crise, l’Indonésie, semble avoir passé le cap le plus difficile; même si l’on s’attend toujours à ce que le PIB réel se comprime quelque peu sur l’ensemble de 1999, la croissance a redémarré au cours du premier semestre. L’inflation devait quant à elle revenir en dessous de 10 % sur douze mois avant la fin de l’année. Cependant, le scandale qui entoure la Bank of Bali et la crise du Timor oriental risquent de repousser les perspectives de rétablissement rapide de la stabilité financière et de reprise de la croissance. Si, jusqu’à présent, celle-ci a été tirée par la production agricole et les exportations, l’Indonésie reste en proie à des problèmes structurels très profonds, qui devront être résolus pour qu’une reprise robuste s’établisse. L’ampleur des créances irrécouvrables (qui représentaient environ 55 % des prêts fin avril, mais sont retombées à 40 % après le transfert de certaines créances à l’agence de restructuration bancaire) tend à multiplier les cas d’insolvabilité dans le secteur bancaire, et alourdit le coût de sa restructuration. La stratégie de relance cohérente en place désormais doit être appliquée sans faiblir. Pour contenir les coûts de la restructuration bancaire, il est indispensable d’accélérer le recouvrement des prêts auprès des principaux débiteurs industriels. Il faut aussi mieux appliquer la nouvelle législation sur la faillite, faciliter l’entrée en vigueur effective de la loi anticorruption et engager le large éventail des réformes qui s’imposent pour renforcer le gouvernement d’entreprise.

Aux Philippines, le redressement du secteur agricole et l’essor des exportations étayent un redémarrage plus diversifié de la production et des dépenses intérieures. Le raffermissement de la confiance et le recul de l’inflation ont permis de ramener les taux d’intérêt à leurs niveaux d’avant la crise. La réforme du secteur financier se poursuit en général comme prévu, mais la réforme du secteur public doit être accélérée dans plusieurs domaines.

Après le fléchissement de l’activité en 1998, Singapour affiche une reprise vigoureuse qui devrait se situer entre 4 et 5 % en 1999–2000. L’activité est soutenue par un desserrement très sensible de la politique budgétaire—opportun quand on sait le civisme fiscal de la population et l’ampleur des avoirs extérieurs du pays—et par la reprise des exportations dans le secteur électronique. En dépit de la détente des conditions monétaires qui a suivi l’éruption de la crise économique régionale, l’inflation est restée proche de zéro.

On observe aussi, maintenant, des signes de renversement de la conjoncture économique dans la RAS de Hong Kong où, après cinq trimestres consécutifs de recul, la production a enregistré un vif essor au second trimestre de 1999 grâce au rebond de la consommation privée. Le processus de contraction des exportations semble s’être inversé, mais l’investissement privé stagne à un niveau médiocre. L’évolution des marchés financiers est encourageante. On assiste en effet à une reprise du marché boursier et de l’immobilier, les pressions à la baisse de la monnaie s’atténuent et les taux d’intérêt sont tombés à un niveau proche de ceux des avoirs libellés en dollars E.U. Mais, compte tenu de la baisse persistante du niveau des prix, les taux d’intérêt réels restent relativement élevés. Le secteur bancaire est solide, malgré la multiplication récente des créances irrécouvrables et le fait que certaines banques (et leur clientèle) pourraient être exposées à des difficultés en Chine.

La Chine a traversé de façon assez satisfaisante la crise asiatique, aidée en cela par l’impulsion budgétaire donnée au milieu de 1998, mais aussi par une position extérieure relativement solide. Bien qu’elle ait quelque peu marqué le pas, la croissance du PIB est restée rapide si l’on en juge par la plupart des indicateurs disponibles. L’appréciation des monnaies des pays de la région et la déflation en Chine ont inversé, par ailleurs, le mouvement d’appréciation effective réelle du renminbi au début de la crise. Quoi qu’il en soit, les tensions de l’économie se manifestent par l’atonie de la demande privée, des pressions déflationnistes, des sorties de capitaux et une montée du chômage. Dans ces conditions, on ne peut que se féliciter que les autorités aient affiché leur intention de procéder à une nouvelle détente de la politique budgétaire en 1999, en particulier si celle-ci est mise à profit pour consolider les dispositifs de protection sociale et accélérer les restructurations. Cependant, après la baisse récente des taux d’intérêt, la marge de manoeuvre disponible pour détendre les conditions monétaires risque d’être limitée par le creusement d’écarts significatifs en faveur des taux étrangers. Sur le plan structurel, la première des priorités doit être d’accélérer la réforme des entreprises d’État et du secteur financier, mais il importe aussi de renforcer, à moyen terme, la mobilisation des recettes. La création fort opportune de sociétés de gestion d’actifs devra s’accompagner du développement d’une solide culture du crédit et de nouvelles restructurations d’entreprises pour prévenir de nouvelles pertes à l’avenir. Vu le coût probable de la restructuration des banques et des entreprises, il faudra aussi consolider la position budgétaire à moyen terme en s’appliquant, en particulier, à mobiliser des recettes supplémentaires.

L’activité est restée relativement soutenue en Inde tout au long de la crise financière asiatique, ce qui s’explique en partie par les réformes structurelles antérieures, qui ont aidé à porter la croissance au-dessus de 7 % au milieu des années 90. Selon les indicateurs, l’expansion devrait demeurer vigoureuse et se maintenir autour de 5½ à 6 % en 1999 et en l’an 2000. L’accroissement des revenus agricoles stimule la demande intérieure et, avec la reprise des exportations, la production industrielle est elle aussi repartie. Dans le même temps, les tensions inflationnistes ont diminué—la hausse des prix de gros, notamment, est la plus faible de ces dix dernières années—grâce au desserrement des contraintes qui pesaient sur l’offre d’un certain nombre de produits agricoles clés. Des initiatives s’imposent néanmoins sur divers fronts si l’on veut créer les conditions d’une croissance soutenue et viable à moyen terme. L’Inde connaît un problème majeur: le lourd déficit du secteur public—qui devrait augmenter pour frôler les 10 % du PIB en 1999/2000—se traduit par un endettement considérable du secteur public et pèse sur l’investissement. La priorité du gouvernement qui devrait être constitué courant octobre sera d’élaborer un programme d’ajustement budgétaire à moyen terme ambitieux et précis, qui traduise sa volonté de faire fond sur les acquis déjà manifestes dans un certain nombre de domaines de la réforme structurelle. Outre la réforme du secteur public indispensable pour assainir les finances de l’État, les perspectives de redressement significatif du revenu par habitant seront grandement améliorées si les autorités accélèrent la privatisation des entreprises publiques et prennent des mesures pour assouplir le fonctionnement du marché du travail, déréglementer celui des produits et libéraliser le système commercial.

La position extérieure du Pakistan s’est renforcée au premier semestre de 1999 grâce à la reconstitution des réserves internationales, qui étaient tombées à un niveau précaire en début d’année. Ces progrès s’expliquent par la reprise de l’aide financière du FMI, le rééchelonnement concomitant de la dette envers les créanciers bilatéraux officiels et un resserrement de la politique économique qui a pris la forme, en particulier, d’un renforcement du budget et d’une unification du taux de change. Cela dit, il n’y aura pas de redressement durable de la position extérieure ou de reprise de la croissance sans une mise en oeuvre plus résolue que par le passé des réformes structurelles d’envergure prévues, en particulier sur le plan budgétaire où il y a lieu d’élargir l’assiette de l’impôt et d’améliorer son recouvrement.

L’évolution récente des pays d’Amérique latine ne fait pas apparaître de tendance nette, ce qui a entraîné des révisions divergentes des projections économiques. On s’attend désormais à ce que la croissance du PIB réel pour l’ensemble de la région soit à peu près nulle en 1999, et les chiffres pour l’an 2000 ont été revus en hausse—jusqu’à 4 % parfois. La réévaluation des projections de croissance du Brésil et du Mexique est compensée en partie par une révision à la baisse des projections concernant l’Argentine, le Chili, la Colombie, l’Équateur et le Venezuela. Il est fort possible, cependant, que les résultats effectifs soient inférieurs à ces prévisions, compte tenu des difficultés économiques auxquelles bon nombre de ces pays restent confrontés, des échéances politiques particulièrement nombreuses dans la région et de la fragilité de la confiance des marchés financiers à leur égard, dont témoigne le regain de turbulences observé début juillet. La possibilité d’un ralentissement cyclique de l’économie américaine doit aussi être prise en considération.

La reprise a été plus rapide que prévu au Brésil, où la mise en oeuvre énergique des mesures de stabilisation a permis un retour de la confiance dès le mois de mars. Le real s’est stabilisé après une correction initiale excessive et, comme la répercussion de ces mouvements sur l’inflation a été contenue, les autorités monétaires ont pu abaisser progressivement les taux d’intérêt. L’amélioration des recettes fiscales et la maîtrise des dépenses ont permis, par ailleurs, de dégager un excédent primaire supérieur à l’objectif fixé pour 1999. Grâce à cela, mais aussi à la baisse des taux d’intérêt et au raffermissement du real, le processus d’accumulation rapide (en termes nets) de la dette publique observé ces dernières années a commencé à s’inverser. Le commerce extérieur est resté maussade: au premier semestre de 1999, les exportations ont diminué de 14 % et les importations de 17 %. Cela dit, le Brésil devrait gagner des parts de marché à l’exportation au cours de la période à venir, car le taux de change effectif réel du real a baissé de 35 % au premier semestre de 1999. Pour épauler la reprise et diminuer la prime de risque élevée qui se manifeste encore dans les taux d’intérêt réels brésiliens, il faudra continuer de renforcer la politique macroéconomique—en contrôlant mieux les dépenses publiques, en assurant le ciblage de l’inflation autour duquel s’ordonne la politique monétaire—et de progresser dans les réformes structurelles.

Les perspectives économiques du Mexique se sont aussi améliorées grâce à l’accélération des exportations, de la production industrielle—et, plus récemment, de la consommation privée—mais également au dynamisme de ses principaux partenaires commerciaux d’Amérique du Nord. Les indicateurs du marché financier font état, par ailleurs, d’un regain de confiance depuis la fin de 1998; la parité du peso et le marché des actions se sont tous deux renforcés et les taux d’intérêt ont baissé, non sans se reprendre quelque peu en milieu d’année, dans le sillage des taux américains. La politique budgétaire reste rigoureuse, mais il serait souhaitable de prendre de nouvelles mesures pour réduire le poids des recettes pétrolières dans le budget. Les autorités monétaires se dirigent progressivement vers un ciblage de l’inflation qui devrait permettre de ralentir encore celle-ci. Le secteur bancaire demeure fragile après la crise financière de 1994–95, ainsi qu’en témoignent son manque de rentabilité, une capitalisation insuffisante, le poids des créances irrécouvrables et la désintermédiation persistante du crédit: une accélération très sensible de sa restructuration s’impose. Les autorités ont annoncé récemment de nouvelles mesures pour renforcer le cadre normatif de l’activité bancaire en s’attachant, en particulier, à resserrer les règles applicables aux fonds propres et aux provisions pour pertes sur prêts, de façon à ce que le démantèlement du système de garantie universelle des dépôts engagé plus tôt cette année soit achevé d’ici la fin de 2002. Enfin, le projet de réforme de la loi sur la faillite, qui devrait être présenté au Congrès plus tard cette année, visera à améliorer les relations entre créanciers et débiteurs et à faciliter la reprise du crédit au secteur privé.

Depuis la fin de 1998, l’activité a diminué de façon plus abrupte que prévu en Argentine, où les projections tablent désormais sur une contraction du PIB de 3 % en 1999, et l’on n’écarte pas le risque que le rythme de la reprise puisse être inférieur au taux projeté. Les conditions financières rigoureuses et la détérioration des termes de l’échange—consécutive à la baisse des prix agricoles—ont contribué à l’atonie de la demande intérieure, laquelle a entraîné à son tour un repli très net des importations, qui affichaient récemment un recul de plus de 25 % (en moyenne sur douze mois). La récession a contribué aussi à la détérioration du solde budgétaire. Le gouvernement issu des élections d’octobre prochain devra mener une politique macroéconomique ferme et s’engager résolument à approfondir les réformes structurelles. Au Chili, le ralentissement amorcé en 1998 s’est confirmé au premier semestre de 1999. Si le repli des exportations a coïncidé avec une conjoncture défavorable sur les marchés extérieurs, la faiblesse de la demande intérieure a entraîné quant à elle une chute brutale des importations et une réduction du déficit extérieur courant. Ces évolutions, conjuguées au maintien de l’inflation à un faible niveau et à la montée du chômage, ont permis à la banque centrale d’abaisser son objectif de taux d’intérêt réel de plus de 3 points depuis le début de l’année. Elles ont incité aussi les autorités à adopter un train de mesures budgétaires expansionnistes.

La Colombie, l’Equateur et le Venezuela connaissent depuis quelques mois de graves difficultés économiques. Les projections tablent sur une forte contraction de la production en Equateur et au Venezuela en 1999, suivie d’une reprise très modérée en l’an 2000. Si l’inflation est en recul au Venezuela depuis 1998, elle n’en reste pas moins rapide et a entraîné une appréciation significative du taux de change réel. La hausse des prix pétroliers ces derniers mois est pour beaucoup dans le redressement très sensible de la balance extérieure et du solde budgétaire, mais le déficit du secteur public vénézuélien devrait se maintenir autour de 5 % du PIB en 1999. Bien que les autorités aient pris les mesures pour enrayer le dérapage budgétaire, en limitant notamment les hausses de salaire dans le secteur public, d’autres réformes seront nécessaires pour améliorer la qualité de l’ajustement budgétaire. À plus long terme, il sera indispensable aussi de consolider le secteur non pétrolier. L’économie de l’Équateur est particulièrement fragile: l’inflation s’accélère, des pans entiers du secteur bancaire sont en crise et la situation budgétaire se détériore. On s’attend à une nouvelle accélération de l’inflation via l’expansion de la masse monétaire, car la banque centrale a fourni des liquidités aux établissements en difficulté et le taux de change s’est fortement déprécié en début d’année. Le contrôle de l’évolution monétaire doit être rétabli sans tarder. Il est urgent aussi d’engager une stratégie crédible de résolution de la crise bancaire, et de procéder à l’assainissement structurel indispensable des finances publiques.

Après des années de relative stabilité macroéconomique et de croissance régulière, la Colombie vient de subir la récession la plus grave qu’elle ait connue depuis les années 30. Le chômage a atteint des sommets sans précédent (20 %) et le secteur bancaire traverse une crise aiguë. Le peso a été dévalué d’environ 12 % fin juin pour stopper l’hémorragie de réserves internationales. Les mesures qui ont été prises par la suite pour assainir les finances publiques et restructurer le secteur bancaire sont primordiales pour que la Colombie retrouve le chemin d’une croissance durable.

Moyen-Orient et Afrique: des ripostes diverses aux pressions de l’ajustement

Trois facteurs ont pesé sur l’évolution récente des économies du Moyen-Orient et de l’Afrique. Le premier, c’est l’évolution des cours des produits de base. La hausse des prix pétroliers depuis mars dernier a facilité l’amélioration des balances extérieures, des soldes budgétaires et des perspectives de croissance à court terme des pays exportateurs, tandis que la faiblesse persistante des marchés des autres produits de base a continué de brider la croissance de bon nombre d’autres pays, en Afrique surtout (encadré 1.4). Le second de ces facteurs a été l’intensification des pressions en faveur des réformes structurelles, qui a répondu parfois aux difficultés économiques entraînées par la dépression des marchés de produits de base ces dernières années. Les autorités ont donc accordé une attention accrue à l’élaboration, et dans certains cas à la mise en oeuvre, de plans de privatisation de services publics et d’entreprises de transport (dans bon nombre des vingt pays d’Afrique subsaharienne où ces programmes sont appuyés par la FASR—Cameroun, Côte d’Ivoire, Ghana, Mozambique, Sénégal et Tanzanie, notamment—ainsi qu’en Afrique du Sud, en Algérie, en Arabie Saoudite, en Jordanie ou au Koweït), mais aussi à d’autres réformes touchant au secteur public ou aux structures, et destinées à améliorer la maîtrise des finances publiques (dans tous les pays de l’Afrique subsaharienne qui bénéficient de la FASR) ou le cadre de l’activité économique et de l’investissement (au Maroc, par exemple). Si elles sont menées à bien, ces réformes auront un impact particulièrement bénéfique sur les perspectives économiques à long terme des deux régions. Le troisième facteur qui influe sur ces perspectives économiques, ce sont les progrès accomplis dans le domaine de la coopération politique et commerciale. Des initiatives positives ont en effet été prises: l’Union économique et monétaire ouest-africaine a adopté son tarif extérieur commun; des baisses tarifaires ont eu lieu dans le cadre de l’Accord panarabe de libre-échange; des accords de commerce ont été conclus avec l’Union européenne par l’Afrique du Sud, le Maroc et la Tunisie, et plusieurs autres mesures de libéralisation bilatérale du commerce ont été engagées; la constitution de zones de libre-échange en l’an 2000 est prévue dans le cadre du Marché commun de l’Afrique orientale et australe et de la Communauté du développement de l’Afrique australe et, au Moyen-Orient, le processus de paix a été relancé. On notera aussi que quelques pays, notamment en Afrique, commencent à recueillir les fruits d’un allégement de leur dette extérieure qui résulte principalement de l’Initiative en faveur des pays pauvres très endettés. Les pays qui ont obtenu des concours au titre de cette initiative ont utilisé les ressources ainsi libérées pour accroître les dépenses publiques consacrées à la lutte contre la pauvreté. Enfin, les conflits militaires—dans lesquels près d’un tiers des pays d’Afrique subsaharienne sont directement ou indirectement impliqués—opposent un obstacle majeur à la stabilisation politique et économique (voir chapitre VI).

Les projections de croissance pour l’ensemble de l’Afrique ont été revues légèrement à la baisse. On table désormais sur une croissance du PIB de l’ordre de 3 % en 1999 et de 5 % en l’an 2000. Ce tableau d’ensemble masque toutefois les résultats macroéconomiques relativement satisfaisants enregistrés par l’Algérie et bon nombre de petites économies (Cameroun, Côte d’Ivoire, Ghana, Mozambique, Ouganda, Soudan, Tanzanie et Tunisie): on prévoit en effet une croissance de l’ordre de 4 à 5½ % en 1999—et un peu plus en l’an 2000—pour la plupart de ces pays, où l’inflation a été maintenue assez nettement en dessous de 10 %. Ces performances relativement solides s’expliquent en partie par la poursuite de politiques macroéconomiques avisées et, dans certains cas, par des conditions climatiques beaucoup plus favorables. Au Ghana, au Mozambique et en Ouganda, les solides performances enregistrées récemment s’inscrivent dans le droit fil d’une croissance soutenue depuis le début des années 90, L’Algérie, qui a resserré ses politiques budgétaire et monétaire en 1999 en réponse à la détérioration de la conjoncture extérieure entraînée par la chute des prix pétroliers, applique depuis 1995 un ambitieux programme de réformes structurelles. En Tunisie, les projections pour 1999 et l’an 2000 tablent sur une croissance soutenue, qui devrait être tirée par de solides résultats à l’exportation et étayée par un assainissement des finances publiques et une gestion flexible du taux de change.

L’activité a nettement fléchi, en revanche, dans trois des principales économies africaines. En Afrique du Sud, on s’attend à ce que la croissance se raffermisse quelque peu en 1999—après la contraction accusée en 1998—grâce au retour de la confiance sur les marchés financiers, à la baisse très sensible des taux d’intérêt et à l’amélioration des perspectives d’exportation, en particulier vers l’Asie. Une légère diminution des taux d’intérêt pourrait s’imposer à nouveau si l’inflation confirme son repli—à condition toutefois que le cap de la rigueur budgétaire soit tenu—, mais la marge de manoeuvre disponible pour abaisser ces taux est limitée par la nécessité de défendre la position de change à terme de la banque centrale. Cette baisse des taux d’intérêt réduirait la prime de risque appliquée à l’Afrique du Sud et stimulerait le taux de croissance tendanciel de l’économie. La mise en oeuvre rapide des réformes structurelles améliorerait aussi les chances d’accélération de l’expansion en l’an 2000 et à moyen terme. Les projections tablent sur une croissance du PIB de ½ % seulement au Nigéria en 1999, accompagnée d’une impasse budgétaire et d’un déficit extérieur courant d’environ 8 % et 14 % du PIB, respectivement. Cette évolution défavorable est imputable en partie à la baisse des prix pétroliers en 1998 et au début de 1999 ainsi qu’à la contraction très nette de la production pétrolière qui a suivi l’abaissement des quotas de l’OPEP—le PIB hors pétrole devrait augmenter de 3 % en 1999, tandis que le PIB, pétrole inclus, devrait diminuer de 4 %—, mais les dérapages budgétaires et monétaires observés au premier trimestre de 1999 ont encore exacerbé la situation. Ces problèmes ont été partiellement corrigés depuis, et la reprise des prix pétroliers a amélioré les recettes d’exportation et celles du secteur public. Pour relancer la croissance à moyen terme, cependant, il faudra approfondir l’effort entrepris pour assainir les finances publiques, ralentir l’inflation—qui reste supérieure à celle des autres pays de la région—et poursuivre résolument les nouveaux programmes de privatisation, de déréglementation et de réformes structurelles. La croissance médiocre du Maroc en 1999 est due en partie au recul de la production agricole provoqué par la sécheresse, et l’on s’attend à un rebond en l’an 2000. Cependant, un nouvel effort s’impose dans l’assainissement budgétaire et les réformes structurelles, car tout progrès dans ce sens augmenterait les bénéfices potentiels des mesures ambitieuses de libéralisation des échanges qui viennent d’être prises.

Encadré 1.4.Hypothèses de prix pétroliers et Perspectives de l’économie mondiale

Les prix pétroliers enregistrent depuis quelques années des fluctuations erratiques (voir graphique ci-dessous). Après avoir culminé à 25 dollars le baril début 1997, les cours ont brutalement baissé—pour tomber au-dessous de 11 dollars le baril début 1999—suite à la contraction de la demande de pétrole entraînée par le ralentissement de l’économie mondiale alors même que l’offre continuait d’augmenter. Les pays producteurs se sont efforcés, depuis mars 1998, de relever les prix en limitant la production, mais leurs efforts n’ont pas été couronnés de succès avant qu’ils ne s’intensifient en mars 1999 lorsque la demande mondiale de pétrole a commencé à se redresser. Les cours ont connu ensuite un vif essor, au point de dépasser 21 dollars le baril en août. Du fait de cette reprise, ils se situent maintenant au-dessus de leur moyenne des dix dernières années.

Comme celle d’autres produits de base, l’évolution à venir des prix pétroliers est une hypothèse fondamentale des Perspectives de l’économie mondiale. La méthode employée pour bâtir cette hypothèse repose sur des considérations techniques plutôt que sur un postulat ou un modèle. Les projections à court terme—qui couvrent les huit prochains trimestres—s’appuient sur les cotations du marché à terme, calculées en moyenne sur cinq séances afin d’atténuer l’impact des fluctuations au jour le jour1. Au-delà, les prix pétroliers du scénario de référence sont supposés constants en termes réels, le déflateur utilisé étant la projection des valeur unitaires à l’exportation des biens manufacturés retenue dans la dernière édition des Perspectives de l’économie mondiale.

Marchés pétroliers mondiaux: production, consommation et prix1

Sources: Bloomberg Financial Markets, LP; Agence internationale de l’énergie; estimations des services du FMI

1Moyenne simple des prix de trois bruts (U.K. Brent, Dubai et West Texas Intermediate).

2Le solde production-consommation pour 1999 est une estimation. Le prix du pétrole correspond à l’estimation des Perspectives de l’économie mondiale.

3Sur la base des cours à terme le 18 août 1999.

L’hypothèse de prix retenue dans la présente édition des Perspectives de l’économie mondiale a été arrêtée le 18 août dernier, en même temps que d’autres hypothèses concernant en particulier l’évolution des prix des produits de base, des taux de change et des taux d’intérêt des principales monnaies. Le prix retenu pour le scénario de référence pour 1999, à savoir 16,70 dollars, reflète l’évolution effective des cours durant les sept premiers mois de 1999, y compris l’étiage de moins de 11 dollars le baril atteint en février dernier, ainsi que les cours du marché à terme (sur les cinq séances précédant le 18 août) pour les livraisons prévues jusqu’à la fin de l’année (voir premier graphique). L’hypothèse de prix pour l’an 2000—18 dollars—repose entièrement sur les cours à terme et traduit l’orientation à la baisse de la structure des échéances du marché à terme pour les livraisons de l’année en cours.

Depuis que les hypothèses de base des Perspectives de l’économie mondiale ont été élaborées à la mi-août, les prix du pétrole au comptant et pour les livraisons les plus proches ont augmenté pour atteindre 23 dollars le baril à la mi-septembre. Si elle se confirme, cette orientation du marché obligerait à rehausser les prix pétroliers du scénario de référence d’environ 7 à 8 % en 1999–2000 au cas où une révision devrait être opérée maintenant. Quant à la révision pour 2001, elle est de l’ordre de 3 à 4 %, donc inférieure, car la tendance des prix à terme pour les livraisons plus éloignées est moins influencée par les fluctuations quotidiennes du marché au comptant et davantage ancrée (quoique de façon assez lâche) aux prix pétroliers moyens enregistrés par le passé.

Les variations des prix pétroliers influent sur l’économie mondiale par plusieurs canaux, et l’examen de ceux-ci donne une indication de la façon dont les projections macroéconomiques peuvent être touchées par une révision de cette hypothèse. L’analyse et les tableaux qui suivent reposent sur une hausse des prix pétroliers de 10 %, c’est-à-dire du même ordre que celle survenue sur les marchés depuis que le scénario de référence a été arrêté.

  • Une hausse des prix pétroliers entraînerait un transfert de revenus des consommateurs vers les producteurs de pétrole. À titre d’exemple, pour une augmentation de 10%, soit environ 2 dollars par baril aux cours actuels, les pays producteurs engrangeraient à peu près 16 milliards de dollars de recettes d’exportation si les cours se maintenaient à ce niveau pendant une année et si les volumes exportés demeuraient inchangés (voir second graphique). Les pays importateurs verraient leur facture pétrolière s’alourdir du même montant. Au niveau régional, les pays du Moyen-Orient gagneraient environ 10 milliards de dollars, soit à peu près 2 % de leur PIB global, alors que les gains des autres régions seraient plus limités. Les économies avancées importatrices de pétrole supporteraient l’essentiel de cette hausse du coût des importations, car, sauf dans le cas du Moyen-Orient, les échanges pétroliers entre économies émergentes sont pour l’essentiel équilibrés au sein d’une même région.

Impact immédiat d’une hausse de 10 % des prix pétroliers sur les soldes extérieurs courants

(Milliards de dollars)

Source: estimations des services du FMI

Impact d’une hausse de 10 % des prix pétroliers1
PIB réelHausse de l’IPC
Principaux pays industrialisés
États-Unis−0,10,2
Japon−0,10,1
Zone euro−0,10,2
Royaume-Uni0,1
Canada−0,10,2
Pays en développement importateurs de pétrole2
Afrique0,3
Asie−0,20,4
Hémisphère occidental0,3
Source: MULTIMOD pour les pays industrialisés; estimations des services du FMI pour les pays en développement
  • Dans les pays industrialisés, une hausse de 10 % des prix pétroliers relancerait l’inflation et réduirait sensiblement la production réelle (voir premier tableau). Toutefois, la compression de la production et l’accélération de l’inflation seraient inférieures à celles enregistrées dans les années 70 et au début des années 80, car le ratio pétrole consommé/PIB de ces pays a très sensiblement diminué depuis en raison des économies d’énergie. De surcroît, l’impact estimé sur l’inflation devrait être amorti, car les autorités monétaires des principaux pays industriels sont supposées cibler l’inflation, donc resserrer leur politique en cas de hausse des prix pétroliers.

  • Dans les pays en développement exportateurs de pétrole, une hausse de 10 % des prix pétroliers gonflerait les recettes à l’exportation et les recettes fiscales, et entraînerait par conséquent un redressement des finances publiques (voir second tableau). La réaction de ces pays et la mesure dans laquelle la hausse des revenus réels sera répercutée sur le secteur privé dépendront, en partie, de leur accès aux financements extérieurs par le passé. L’Arabie Saoudite ou le Koweït, qui sont traditionnellement des créanciers nets, pourraient ainsi choisir de reconstituer leurs réserves. Dans ce cas, la hausse des prix pétroliers n’aura guère d’impact immédiat sur l’économie intérieure. En revanche, s’ils choisissent d’utiliser ce surcroît de recettes pour desserrer les contraintes imposées aux dépenses suite à la baisse des prix pétroliers, ils faciliteront une reprise de la demande intérieure. Pour d’autres exportateurs de pétrole qui, par le passé, ont été débiteurs nets—Mexique, Nigéria, Venezuela—, la hausse des prix pétroliers aura non seulement pour effet d’accroître les recettes d’exportation et les revenus réels, mais aussi d’abaisser le coût des emprunts extérieurs. En effet, le renchérissement du pétrole tendra à réduire la prime de risque qui leur est imposée dans la mesure où il laissera espérer une augmentation de leurs recettes d’exportation. Son impact sur le PIB des pays exportateurs de pétrole dépendra de l’origine de la hausse des prix: si celle-ci répond à un essor de la demande mondiale, la production pétrolière et donc le PIB total pourraient augmenter par rapport au scénario de référence; si la hausse des prix est due au contraire à une chute de l’offre, la production pétrolière et le PIB risquent de tomber en deçà des hypothèses de référence. Dans la conjoncture actuelle, les restrictions qui brident la production mondiale de pétrole ont abaissé le niveau de celle-ci.

Échantillon de pays en développement ou en transition exportateurs de pétrole: impact, au cours de la première année, d’une hausse de 10 % des prix pétroliers sur les recettes du secteur public1
Moyennes 1997–98
Recettes pétrolières en % des recettes publiquesSolde globalImpact estimé sur les recettes publiques (en % du PIB)
Solde budgétaire (en % du PIB)
Afrique
Algérie18,4−0,81,4
Angola75,0−17,46,0
Cameroun25,3−1,40,4
Congo, Rép. du68,5−10,31,2
Gabon58,9−5,01,4
Nigéria77,8−5,71,9
Asie
Brunéi Darussalam80,0−16,26,4
Moyen-Orient et Europe
Arabie Saoudite67,2−6,51,0
BahreΪn55,4−5,11,1
Égypte8,1−1,20,1
Iran54,0−2,71,1
Koweït59,813,41,4
Oman74,1−1,41,3
Qatar57,6−9,20,6
République arabe syrienne39,3−3,20,8
Hémisphère occidental
Mexique34,7−1,10,4
Trinité-et-Tobago11,2−0,70,4
Venezuela69,3−2,41,2
Pays en transition
Kazakhstan10,0−7,50,2
Russie4,0−7,90,1
Source: estimations des services du FMI
  • Dans les pays en développement importateurs de pétrole, la hausse des cours mondiaux du pétrole entraînerait une hausse des prix intérieurs et, dans l’immédiat, un recul des importations non pétrolières dans la mesure où la demande de pétrole est plus inélastique par rapport au prix que celles d’autres importations, et que les financements extérieurs additionnels censés pallier le renchérissement des importations pétrolières ne sont pas disponibles (voir premier tableau). Les revenus réels seront érodés par la détérioration des termes de l’échange, et la production devrait diminuer. L’impact estimé sur la production des pays en développement est faible, car certaines des principales économies de chaque région produisent aussi du pétrole (et sont moins tributaires, de ce fait, de ces importations) même si elles ne sont pas classées parmi les pays exportateurs de combustibles. En outre, plusieurs pays en développement, tels que l’Egypte et les économies d’Asie du Sud, dépendent du commerce avec les pays producteurs de pétrole et pourraient tirer profit de cette hausse des cours, qui permettra aux producteurs d’accroître leurs importations.

1Les projections fondées sur les cours du marché à terme semblent plus fiables que celles qui reposent sur un modèle de cheminement aléatoire, c’est-à-dire avant tout sur l’hypothèse que la meilleure projection d’évolution des prix pétroliers est donnée par leur niveau le plus récent. Ces modèles aléatoires sont souvent utilisés come référence pour tester les méthodes de prévisions. Voir Manmohan Kumar, «The Forecasting Accuracy of Crude Oil Futures Prices», FMI. Staff Papers (juin 1992), pages 432–61.

L’expansion devrait rester modérée au Moyen-Orient, même si l’Arabie Saoudite et le Koweït risquent d’afficher une croissance négative cette année suite à la baisse de leur production pétrolière. On s’attend à ce que l’Égypte continue à bénéficier d’une expansion relativement soutenue en 1999, dans le contexte d’une inflation stabilisée autour de 4 %. Toutefois, les évolutions récentes soulignent que les réformes économiques et les mesures de libéralisation devront être poursuivies pour que l’économie égyptienne confirme ces solides résultats. Le solde extérieur courant est retombé du léger excédent de 1996/97 à un déficit modéré en 1998/99 en raison, pour partie, d’une envolée du crédit intérieur. D’autre part, les réserves extérieures ont diminué tandis que les taux d’intérêt restaient relativement faibles, ce qui a conduit à recourir à la banque centrale pour financer le déficit budgétaire. En République islamique d’Iran, la détérioration très sensible de la plupart des indicateurs économiques en 1998 a incité les autorités à engager un vaste programme de consolidation macroéconomique et de réformes structurelles pour réduire quelque peu les graves distorsions économiques et revigorer la croissance à moyen terme. Les autorités se sont donné comme objectifs de réduire fortement le déficit budgétaire, de ralentir l’inflation en diminuant de moitié le taux de croissance de la masse monétaire tout en portant à nouveau les taux d’intérêt réels à des niveaux positifs, et de déréglementer le marché des changes et les prix intérieurs. La baisse des prix pétroliers l’an dernier a incité l’Arabie Saoudite et le Koweït à resserrer leur politique budgétaire—en prenant notamment des mesures pour maîtriser les dépenses et élargir l’assiette de l’impôt—et à accélérer la privatisation de certaines grandes entreprises. Le rebond récent des cours du pétrole devrait entraîner un redressement de la demande intérieure dans la période à venir.

Après la contraction amorcée au second trimestre de 1998, l’activité semblait avoir redémarré en Turquie avant les dégâts causés par le séisme récent6. Le gouvernement issu des dernières élections a affirmé sa volonté de mener à bien l’ajustement et les réformes économiques indispensables pour lever les grandes incertitudes qui entourent les perspectives à court et à moyen terme du pays, compte tenu de la précarité de l’environnement macroéconomique et du rythme toujours rapide de l’inflation. Le relâchement de la politique budgétaire avant les élections d’avril 1999 a encore alourdi le coût du service la dette, qui avait déjà fortement augmenté suite à la hausse des taux d’intérêt survenue au second semestre de 1998. À moins d’un ajustement, le déficit opérationnel du secteur public pourrait atteindre 10 % du PIB en 1999. L’inflation, après être tombée à son plus bas étiage de la décennie, menace de reprendre. La dépréciation de la monnaie, qui s’était accélérée dans le sillage de la crise russe pour passer de 2½ % par mois à un taux de l’ordre de 4 à 5 %, a été ramenée récemment autour de 3 à 3½ %. La stabilité économique et financière ne pourra être préservée que si l’on resserre très sensiblement la politique macroéconomique en s’appliquant, en particulier, à durcir la discipline budgétaire et à relancer la lutte contre l’inflation. Cela suppose qu’un large éventail de mesures soient prises dans des domaines tels que les régimes de retraite, la politique agricole ou le secteur financier.

Bilan de dix années de transition: l’écart se creuse entre les pays les plus performants et les autres

La crise des pays émergents a creusé les écarts entre les économies bien avancées dans la transition et les autres. Le ralentissement des exportations a été sensible dans toute la région, mais plus prononcé dans les pays qui ont des liens commerciaux importants avec la Russie, même si l’on a observé en fait de profondes différences dans la résistance et la riposte de ces pays à la crise et à ses répercussions. La dépréciation des monnaies en Russie et dans les pays voisins pourrait faciliter leur ajustement, mais on peut penser que les craintes suscitées par les perspectives et les politiques économiques de certains d’entre eux ont contribué à la volatilité persistante de leur taux de change et retardé sans doute la diminution des primes de taux d’intérêt. Dans d’autres pays, la crédibilité macroéconomique a été améliorée par l’adoption d’une politique beaucoup plus propice à la stabilisation des parités. L’état des structures des différents pays a aussi joué un rôle déterminant dans leur comportement face aux compressions récentes de l’activité. Dans ceux d’entre eux qui ont abordé la crise avec des systèmes bancaires fragiles et des entreprises non restructurées, les difficultés ont été encore exacerbées par la contraction économique qui a suivi. Les flux d’investissements étrangers, d’autre part, sont devenus plus sélectifs. En Europe du Sud-Est, enfin, les perspectives économiques ont été affectées par le conflit du Kosovo (encadré 1.5).

Après avoir enregistré une croissance modeste en 1997 et au début de 1998—pour la première fois depuis le début de la transition—, la Russie a subi une nouvelle contraction de l’activité dans le sillage de la crise financière de 1998. L’incertitude qui continue d’entourer sa situation économique et politique a provoqué de nouvelles fuites de capitaux et une chute brutale de l’investissement direct étranger par rapport à la situation avant la crise. Néanmoins, l’évolution récente semble indiquer que ce repli économique commence à s’inverser. La production industrielle est repartie, et son niveau est supérieur aujourd’hui à ce qu’il était il y a un an. Ce redressement semble dû en partie à la relance de la production de biens de substitution aux importations après la forte dépréciation du rouble. La hausse des prix pétroliers a eu un impact positif sur la balance courante et les recettes de l’Etat. La politique monétaire est restée assez ferme, et les autorités n’ont recouru que de façon limitée au financement monétaire du déficit budgétaire. Résultat, l’inflation a ralenti pour s’établir aux alentours (ou au-dessous) de 3 % par mois, les réserves de change brutes ont augmenté et le rouble est resté à peu près stable depuis avril.

Compte tenu de l’évolution récente, et dans l’hypothèse où un programme de stabilisation et de réformes cohérent sera mis en oeuvre, les projections des services du FMI tablent désormais sur une croissance nulle en 1999, suivie d’une expansion de 2 % en l’an 2000 (tableau 1.6). Des problèmes majeurs doivent encore être résolus. Ainsi, le programme que le FMI vient d’approuver inclut un volet budgétaire qui prévoit un excédent primaire de 2 %. Pour y parvenir, et pour atteindre aussi les autres objectifs macroéconomiques que les autorités se sont fixés, il faudra mener à bien toute une série de réformes. Sans cela, la situation budgétaire se détériorera à nouveau, les pressions en faveur d’un financement accru du déficit budgétaire par la banque centrale risquent de s’intensifier, et la situation économique fragile pourrait se dégrader très vite. La réforme du secteur bancaire a enregistré des progrès—certes très limités—avec la création d’une agence de restructuration bancaire, et les autorités ont retiré leur licence à 6 des 18 principales banques moscovites. Le fait est que bon nombre des grands établissements sont insolvables, que peu d’entre eux ont été fermés et que les institutions en difficulté ont été, semble-t-il, «délestées» illégalement d’une grande partie de leurs actifs. Si, pour l’essentiel, le cadre juridique des faillites et des opérations de l’agence de restructuration bancaire est d’ores et déjà en place, la restructuration des entreprises et nombre d’autres réformes continuent de s’imposer.

Tableau 1.6.Pays en transition: PIB réel et prix à la consommation(Variations annuelles en pourcentage)
PIB réelPrix à la consommation
19971998199920001997199819992000
Pays en transition2,2−0,20,82,828213918
Médiane3,53,71,83,7151086
Europe centrale et orientale3,02,21,03,337182116
Bélarus et Ukraine non compris3,42,31,74,0391596
Albanie−7,08,08,08,0322176
Bélarus11,48,3−2,00,06473320250
Bosnie-Herzégovine30,018,08,014,0141053
Bulgarie−7,03,51,54,01.08222−14
Croatie6,52,3−2,02,54643
Estonie10,64,00,55,011843
Hongrie4,65,13,74,5181498
Lettonie6,53,82,04,08523
Lituanie7,35,10,54,09523
Macédoine, ex-Rép. yougoslave de1,52,9−4,03,02122
Moldova1,3−8,6−5,01,0128286
Pologne6,84,83,75,0151275
République slovaque6,54,40,74,96797
République tchèque0,3−2,30,01,581135
Roumanie−6,9−7,3−3,52,5155594017
Slovénie4,63,93,03,88855
Ukraine−3,0−1,7−2,50,016112615
Russie0,9−4,60,02,015288823
Transcaucasie et Asie centrale2,52,22,02,937151615
Arménie3,17,23,55,014938
Azerbaïdjan5,810,03,82,84−1−54
Géorgie11,02,92,05,074225
Kazakhstan2,0−2,5−1,53,0177711
Mongolie4,03,53,54,037996
Ouzbékistan2,43,32,12,071292822
République kirghize9,92,02,73,526123216
Tadjikistan1,75,35,56,08843157
Turkménistan−25,95,018,5−1,084172754

La crise russe a entraîné une détérioration générale des projections de croissance de ses voisins. Dans la plupart des pays de la région, la monnaie s’est dépréciée, l’inflation s’est accélérée et la situation budgétaire s’est dégradée. Cependant, la riposte à ces événements a été très différente selon les économies. L’Ukraine, par exemple, a pris des mesures supplémentaires pour améliorer le recouvrement de l’impôt, maîtriser les dépenses publiques et remettre ainsi sa politique budgétaire dans le droit chemin. Les autorités ont maintenu le cap de la rigueur monétaire et ont pu entretenir une certaine dynamique dans d’autres domaines essentiels, tels que la réforme du secteur bancaire. En revanche, dans l’économie toujours très largement planifiée et imperméable aux réformes du Bélarus, l’expansion du crédit s’est accélérée en raison des aides aux ménages et au secteur agricole. Le taux de change a poursuivi sa chute et l’inflation est restée rapide.

Bien que l’essentiel des exportations des États baltes soient destinées maintenant à l’Europe occidentale, les problèmes posés par leur exposition toujours importante aux risques sur les marchés d’Europe de l’Est ont très sensiblement freiné leur croissance et ont creusé leur déficit budgétaire. Grâce à ce ralentissement, toutefois, leurs balances courantes, toujours fortement déficitaires, ont donné des signes de redressement. Le cadre dans lequel s’inscrit la politique monétaire de ces pays, qui ont opté de jure ou de facto pour un régime de caisse d’émission, est resté solide et leur a permis d’endiguer efficacement l’inflation et de conserver la confiance des investisseurs étrangers. Leurs secteurs bancaires connaissent certes des difficultés, mais ils sont bien contrôlés et suffisamment capitalisés (même si certaines banques lettones pourraient faire l’objet de nouvelles recapitalisations). Les réformes structurelles sont en général bien avancées, et l’on observe en particulier que les privatisations progressent—non sans retard, parfois—dans des secteurs complexes tels que l’énergie ou les transports. Les États baltes devraient donc pouvoir renouer avec la croissance dans des délais assez brefs.

L’expérience récente de la Bulgarie montre comment un pays peut surmonter une crise économique interne et affronter les difficultés extérieures en s’imposant une discipline macroéconomique et en progressant dans les réformes structurelles. L’économie bulgare n’a pas été épargnée par les turbulences qui ont secoué la région récemment: les exportations ont diminué, et le conflit du Kosovo a entraîné un creusement du déficit extérieur courant. Aussi la reprise de la croissance observée en 1998 devrait-elle être suivie d’une augmentation plus modeste du PIB en 1999. La Bulgarie affiche de solides résultats budgétaires et, suite à la stabilisation de sa monnaie facilitée par la caisse d’émission, l’inflation et les taux d’intérêt ont chuté pour s’établir à leur niveau le plus bas de cette décennie. La restructuration des banques et des entreprises publiques est elle aussi bien avancée. En Roumanie, l’activité s’est contractée d’environ 14 % en 1997–98, et l’on devrait assister à un nouveau repli cette année. L’application énergique du programme appuyé par le FMI, qui vient d’être adopté et qui prévoit un assainissement des finances publiques et une accélération des réformes structurelles, est essentielle pour réduire les déséquilibres économiques et améliorer l’accès de la Roumanie aux financements internationaux. Enfin, si les privatisations se sont accélérées, il reste néanmoins beaucoup à faire pour restructurer le secteur bancaire et les entreprises.

La croissance s’est poursuivie à un rythme relativement satisfaisant en Hongrie et en Pologne, bien que l’essor des exportations ait ralenti et que les déficits extérieurs courants se soient creusés suite à la crise russe et au fléchissement de l’expansion dans l’Union européenne. En dépit d’un accès de faiblesse en début d’année, les monnaies de ces deux pays sont demeurées le plus souvent proches de la limite supérieure de leur bande de fluctuation, ce qui s’explique en partie par l’afflux massif d’investissements directs étrangers. La confiance a été étayée par la vigueur et la réglementation efficace du secteur bancaire et par les progrès de la restructuration des entreprises. L’assainissement des finances publiques peut aider grandement à réduire le déficit extérieur courant et à dégager une marge de manoeuvre utile en vue d’une nouvelle détente monétaire. Le ralentissement de l’activité a été plus brutal dans les Républiques tchèque et slovaque, et le PIB a confirmé son recul début 1999 en République tchèque après la forte contraction de 1998. Si le repli des marchés d’exportation explique en partie la récession économique, celle-ci est due avant tout à des facteurs d’ordre interne. Les autorités tchèques ont commencé à resserrer leur politique économique en 1997 (et les autorités slovaques début 1999) pour répondre au creusement des déséquilibres budgétaire et extérieur. Mais le noeud du problème réside dans la situation financière médiocre de l’essentiel du secteur bancaire de ces deux pays, et dans la lenteur de la restructuration de leurs grandes entreprises industrielles.

Encadré 1.5.Impact économique régional de la crise du Kosovo

Le conflit qui a ravagé le Kosovo—province de la République fédérale de Yougoslavie (Serbie-Monténégro), ou Yougoslavie dans le reste de l’encadré—entre la fin mars et le début juin 1999 a eu un impact majeur sur les économies voisines, même si la sensibilité à la crise et les canaux de transmission de celle-ci ont varié d’un pays à l’autre. Si l’on excepte la Yougoslavie, qui n’appartient pas au FMI, les États membres les plus affectés par cette crise sont l’Albanie, la Bosnie-Herzégovine, la Bulgarie, la Croatie, l’ex-République yougoslave de Macédoine (Macédoine) et la Roumanie1. Dans ces six pays, le conflit a creusé des déficits de balance des paiements et des déséquilibres budgétaires qui ont été ou seront comblés, à des degrés divers, par les bailleurs de fonds internationaux et par l’ajustement des politiques intérieures. Le présent encadré examine les canaux de transmission de la crise du Kosovo et l’impact que celle-ci a eu sur les paiements extérieurs et les comptes budgétaires2.

La crise s’est transmise pour l’essentiel par l’afflux massif de réfugiés, la perturbation des échanges internationaux de biens et services, la fermeture des axes de transport passant par la Yougoslavie, la perte de confiance des consommateurs et des investisseurs, la diminution de l’accès des pays de la région aux marchés internationaux de capitaux et le coup d’arrêt donné aux réformes structurelles et au développement, et notamment à l’amélioration de la gestion des affaires publiques. Bien que le conflit ait pris fin début juin, il continuera sans doute de peser sur plusieurs de ces économies bien au-delà de 1999, mais avec une intensité beaucoup plus faible. Cela dit, ses effets seront compensés en partie par l’impact positif que la reconstruction devrait avoir sur la croissance dans la région.

L’arrivée de nombreux réfugiés venus du Kosovo est la conséquence la plus visible du conflit: à son apogée, leur nombre approchait du million3. Ils ont été absorbés avant tout par l’Albanie et la Macédoine, qui ont accueilli toutes deux l’équivalent de 13 % de leur population, mais la Bosnie-Herzégovine a recueilli elle aussi un nombre considérable de réfugiés. Le coût direct de l’aide humanitaire apportée à ces derniers—vivres, hébergement, médicaments, vêtements—a été supporté en grande partie par des organisations caritatives étrangères, mais les budgets des pays d’accueil ont été mis largement à contribution eux aussi, ce qui a tendu encore davantage leur situation budgétaire déjà précaire. La présence de forts contingents de réfugiés a entraîné aussi de lourdes dépenses pour assurer le maintien de l’ordre public dans ces pays. Enfin, l’afflux de réfugiés et l’aide humanitaire ont mis à rude épreuve l’infrastructure économique des pays hôtes, occasionnant dans plusieurs cas une congestion de celle-ci accompagnée d’une compression de l’activité et des échanges internationaux. Le rapatriement de la majorité des réfugiés au cours de l’été a entraîné une détente très sensible des finances publiques et de la balance des paiements des pays d’accueil. L’Albanie, toutefois, devra continuer à bénéficier d’un soutien budgétaire pour venir en aide aux réfugiés qui passeront vraisemblablement l’hiver prochain dans les familles hôtes, et pour couvrir le coût de l’effort de reconstruction et des réparations en cours. En Macédoine, les dépenses liées au maintien de l’ordre, qui resteront sans doute élevées, s’ajouteront à l’impact négatif persistant de la crise sur les recettes budgétaires.

Ces six économies ont toutes souffert, dans une certaine mesure, de la perturbation de leurs échanges avec l’extérieur, qu’il s’agisse de l’interruption des échanges directs avec la Yougoslavie ou du repli du trafic en transit avec les pays tiers (avec l’Union européenne, surtout) qui passait auparavant par la Yougoslavie. La fermeture des frontières avec la Yougoslavie a été ressentie avec une acuité particulière par la Macédoine, dont les deux tiers des exportations correspondent à des échanges directs ou au trafic en transit avec la Yougoslavie. La Bosnie-Herzégovine a été durement touchée elle aussi, car la Yougoslavie est son principal marché d’exportation. Quant à la Bulgarie et à la Roumanie, qui ont peu de liens commerciaux directs avec la Yougoslavie, elles ont souffert néanmoins de la perturbation du transit due aux dommages causés à l’infrastructure de transport ou de stockage et au détournement du trafic qui empruntait auparavant le Danube. Ces perturbations, sources de congestion et de retard sur les itinéraires de remplacement, mais aussi d’une hausse des coûts de transport et de la perte de marchés d’exportation, devraient continuer à se faire sentir en l’an 2000.

Les problèmes de sécurité ont entraîné une vague d’annulations de réservations dans la région dès le début du conflit: pour la Croatie, dont le tourisme constitue une source majeure de recettes en devises, le coup a été rude. Comme la saison estivale était déjà engagée lorsque le conflit a pris fin, le tourisme n’a pas totalement repris, ce qui a encore aggravé le déficit de financements extérieurs considérable dont souffrent les pays touchés par la crise. Par ailleurs, l’effritement de la confiance des investisseurs durant cette période a entraîné le report d’investissements directs étrangers—dont divers projets de privatisation—et un renchérissement des emprunts à l’étranger qui a obligé plusieurs pays de la région à ajourner leur retour sur les marchés internationaux de capitaux.

Tous ces facteurs ont occasionné, dans la plupart des pays touchés, un ralentissement de la croissance assez prononcé pour susciter, ici ou là, une contraction de la production. Si l’impact sur les importations a été en partie atténué par la baisse des revenus et des dépenses dans chaque pays, la perturbation des échanges de biens et services et le fléchissement des flux de capitaux ont débouché sur un déficit des balances des paiements d’environ un milliard de dollars, en 1999, pour l’ensemble des pays de la région concernés. De même, le déficit budgétaire s’est creusé, pour totaliser 450 millions de dollars, sous l’effet conjugué des pertes de recettes (dues à une baisse des revenus et des importations doublée de problèmes de recouvrement des recettes douanières), au coût des mesures d’assistance aux réfugiés non couvertes par l’aide humanitaire et à la hausse des dépenses consacrées à la défense et au maintien de l’ordre public.

Le FMI, en collaboration avec la Banque mondiale et divers autres organismes, a pris la tête des efforts déployés pour évaluer les conséquences économiques régionales de la crise du Kosovo, projeter les besoins de financement extérieur et coordonner la réponse de la communauté internationale au défi économique et financier que constitue cette crise4. Parallèlement à ses conseils de politique économique et à l’assistance technique qu’il fournit, le FMI a apporté, dans le cadre de ses mécanismes de financement, un soutien additionnel aux pays les plus durement touchés par la crise, à savoir l’Albanie, la Bosnie-Herzégovine et la Macédoine.

L’aide qu’elles ont reçue a permis à l’Albanie, à la Bosnie-Herzégovine, à la Bulgarie et à la Macédoine de réduire leur déficit de balance des paiements. Un groupe de pilotage de haut niveau a été mis sur pied pour coordonner l’assistance financière apportée à la région des Balkans. Ce groupe, qui rassemble des représentants des principaux pays industrialisés et de diverses organisations internationales (dont le FMI et la Banque mondiale), a tenu sa première réunion—pour lever des fonds en faveur de l’administration civile et de l’aide humanitaire au Kosovo—fin juillet. D’autres réunions des donneurs d’aide sont prévues pour répondre aux besoins plus larges de reconstruction et de développement.

La région des Balkans a plusieurs problèmes économiques majeurs à résoudre. Depuis la signature de l’accord de paix, la priorité est désormais à la reconstruction, en particulier dans le Kosovo. Le processus en cours est coordonné par la mission d’administration intérimaire des Nations Unies (UNMIK) créée conformément à la résolution du Conseil de sécurité autorisant le Secrétaire général de l’ONU à mettre en place une présence civile internationale au Kosovo. Province d’un État non membre du FMI, le Kosovo n’a pas accès aux ressources de l’institution. Cependant, à la demande de l’UNMIK, le Conseil d’administration du FMI a approuvé récemment la fourniture d’une assistance technique au Kosovo dans les domaines budgétaire, fiscal et douanier ainsi que par la mise en place d’un système de paiement.

Les résultats économiques de la région étaient décevants avant même qu’éclate le conflit du Kosovo, comme le montre la lenteur des progrès accomplis dans la restructuration de ces économies et le renforcement de leurs institutions. Les pays des Balkans doivent non seulement faire face aux besoins de reconstruction immédiats, mais aussi accélérer les efforts engagés pour réussir la transition vers l’économie de marché, de manière à favoriser leur stabilité et leur croissance économiques et, partant, à réduire le risque de résurgence du conflit. Pour atteindre ces objectifs, il faudra qu’ils puissent compter sur une aide extérieure soutenue et qu’ils s’intègrent davantage au reste de l’Europe et à l’économie mondiale. L’intensification de la coopération intrarégionale, y compris par la libéralisation et la promotion des échanges entre les économies balkaniques, a un rôle important à jouer. Le processus de réforme et de développement de la région et son intégration à l’économie mondiale devraient profiter de la dynamique créée par le pacte de stabilité de l’Europe du Sud-Est adopté au sommet de Cologne en juin 1999 et inauguré lors du sommet de Sarajevo en juillet dernier.

1L’Ukraine et la Moldova n’ont pas été épargnées non plus par l’onde de choc de la crise. La première a enregistré surtout une perte de recettes de transport, et la seconde a souffert de la chute de ses exportations vers la Roumanie. Compte tenu de leur situation géographique et des liens étroits qui les unissent aux pays voisins directement touchés, les économies autrichienne, grecque, hongroise, italienne, slovène et turque ont été elles aussi quelque peu affectées par cette crise, tout comme les budgets des pays qui ont financé l’intervention militaire.2Si l’on ne dispose guère d’informations fiables sur la situation économique de la Yougoslavie, il est clair que le conflit a mis à mal ses infrastructures et sa capacité de production et constitue, pour son activité économique, un sérieux revers—exacerbé encore par une longue période de stagnation et de vive inflation qui traduit elle-même l’échec des tentatives de stabilisation précédentes, l’absence de réformes et l’impact des sanctions des Nations Unies. La dislocation de l’économie yougoslave et le bouleversement de son réseau de transports ont été durement ressentis par les pays voisins, pour qui la Yougoslavie est un axe de transit important doublé, dans certains cas, d’un partenaire commercial majeur.3Non compris les réfugiés venus de Serbie et du Monténégro.4Voir «The Economic Consequences of the Kosovo Crisis—Preliminary Assessment of External Financing Needs and the Roles of the IMF and World Bank in the International Response», préparé par les services du FMI et de la Banque mondiale, 16 avril 1999, «The Economic Consequences of the Kosovo Crisis—An Updated Assessment», FMI. 25 Mai 1999 (http://www.imf.org/external/pubs/fl/kosovo/052599.htm).

Annexe: préparation du passage à l’an 2000

On craint, en cette fin de XXe siècle, que les ordinateurs et autres dispositifs intégrant des microprocesseurs entraînent, en confondant l’an 2000 avec 1900, des défaillances de systèmes informatiques à travers le monde. Ce problème, qualifié de bogue de l’an 2000, trouve son origine dans un «raccourci» utilisé par les informaticiens: identifier l’année par deux chiffres au lieu de quatre dans les logiciels. Cette technique remonte aux débuts de l’informatique, époque à laquelle la mémoire vive était beaucoup plus chère qu’aujourd’hui. Les programmeurs pensaient alors, sans doute, que leurs produits seraient devenus obsolètes bien avant l’an 2000. Hélas, en dépit de la baisse spectaculaire du coût de la mémoire informatique, cette pratique s’est perpétuée jusqu’à une date récente. Vu le rôle crucial des ordinateurs dans tous les secteurs d’une économie moderne—finances, production et distribution d’électricité, autres services publics, industrie, commerce, communications, transports, santé, éducation, recherche, administration publique—, le bogue de l’an 2000 aurait pu avoir des répercussions économiques considérables si des dispositions n’avaient été prises.

Fort heureusement, la préparation des systèmes informatiques au passage à l’an 2000 a beaucoup progressé, ce qui devrait permettre de remédier à la plupart des problèmes. Dans le monde entier, nombre d’entreprises, d’établissements financiers et d’organismes publics ont pris conscience de ce problème depuis un certain temps déjà, et ont entrepris de tester, d’adapter ou de remplacer leurs ordinateurs et logiciels pour les mettre en conformité. À l’échelle internationale, des organismes professionnels, des administrations et des organisations internationales telles que la Banque des règlements internationaux (BRI), les Nations Unies, la Banque mondiale ou le FMI ont lancé des campagnes de sensibilisation à la question du passage à l’an 2000, et chaque institution a fourni une assistance technique dans son domaine de compétence afin de faciliter, entre autres, la mise en place de plans de sauvegarde. Ainsi, la Banque mondiale a accordé des prêts spécifiques pour aider les pays en développement à se préparer au basculement à l’an 2000, et plusieurs organisations—la BRI (coordinateur du Conseil conjoint an 2000) et les Nations Unies, notamment—suivent l’évolution de la préparation d’un large éventail de pays. Le Conseil conjoint an 2000 a été créé pour aider les autorités du secteur financier—banques centrales, autorités de contrôle et de régulation des systèmes bancaires, des valeurs mobilières et des assurances—à coordonner le mieux possible la communication internationale sur l’évolution du bogue du millénaire.

En dépit de tous ces efforts, le degré de préparation réelle des différents pays ou secteurs économiques et les ramifications économiques et financières qu’il pourrait avoir restent incertains. Les difficultés imputables au bogue de l’an 2000, réelles ou supposées, risquent de porter préjudice à une économie par leur impact direct sur le secteur réel, mais aussi en suscitant des volte-face des marchés financiers. Par exemple, les défaillances causées par ce bogue pourraient avoir des effets réels directs sur l’activité d’un pays en perturbant sa production dans des secteurs vitaux. L’apparition de problèmes similaires chez ses partenaires commerciaux risque de comprimer la demande d’exportations, de gêner la livraison d’importations cruciales, ou de déclencher une flambée des prix. Le passage à l’an 2000 risque aussi d’influer sur la demande en suscitant des achats de précaution motivés par la crainte de perturbations de l’offre: les consommateurs et les entreprises pourraient constituer des stocks avant la fin de cette année, puis les réduire au début de l’an 2000. L’acquisition d’ordinateurs et de services informatiques par les entreprises et les organismes publics qui remplacent ou modernisent leurs systèmes pour les mettre en conformité risque aussi d’avoir un impact sur la demande. Ce type de dépenses a déjà augmenté, même s’il est difficile de distinguer l’incidence directe du passage à l’an 2000 des autres déterminants de la demande de matériel informatique. L’anticipation des difficultés à venir pourrait également avoir des répercussions sur les marchés financiers en provoquant, notamment, des vagues de restructurations de portefeuille opérées à titre de précaution. Afin de réduire leur exposition au risque, il se pourrait alors que les investisseurs se tournent vers les grands centres financiers internationaux et les placements jugés plus sûrs ou plus liquides, notamment vers les actifs libellés en monnaies de réserve. On peut craindre que cette réorientation déclenche des turbulences sur les marchés financiers intérieurs et n’entraînent des sorties de capitaux, en particulier pour les économies de marché émergentes. Cependant, même dans les économies matures, la restructuration préventive des portefeuilles risque d’influer sur la demande de monnaie et sur les primes de risque associées aux diverses catégories d’actifs financiers.

D’après les enquêtes effectuées, la plupart des pays industrialisés et de nombreuses économies en développement ou en transition sont bien avancés dans leurs préparatifs, et presque tous les secteurs clés devraient être prêts pour le passage à l’an 20007. Les perturbations de l’offre devraient donc être limitées, en particulier dans les pays industrialisés. Cela dit, l’effort d’adaptation demandé est considérable et complexe, et les renseignements disponibles reposent souvent sur des «auto-évaluations» dans lesquelles les sondés peuvent être tentés de surestimer leur état de préparation: la fiabilité de ces données reste par conséquent incertaine. Même si les perturbations de l’offre sont en définitive restreintes, la crainte que le bogue du millénaire ne crée des difficultés—plutôt que la concrétisation de celles-ci—n’en risque pas moins d’alimenter une forte «demande de précaution» et d’inciter les investisseurs financiers à privilégier les actifs liquides libellés en monnaies de réserve à mesure que l’on s’approche de la fin de 1999.

Cette incertitude se manifeste d’ores et déjà sur les marchés financiers. Ainsi, les marchés à terme de l’eurodollar affichent une hausse marquée des taux courts vers la fin de 1999, et plus modérée au début de l’an 2000 (graphique 1.4). On s’accorde à voir dans ce «pic du millénaire» le signe que les investisseurs s’attendent à une vive accélération de la demande de liquidités vers la fin de l’année. Les conditions monétaires se resserrent d’ordinaire à cette époque, car les institutions se préparent à présenter leur bilan, mais la hausse des taux d’intérêt à terme fin 1999 est beaucoup plus prononcée que par le passé, et la tendance s’accentue depuis quelques mois. On observe des indices semblables sur d’autres marchés financiers émergents ou matures, mais pas sur tous8. Qui plus est, pour certains analystes, la majoration récente des primes sur les obligations émises par les entreprises ou sur les marchés émergents est due en partie aux préoccupations suscitées par le bogue de l’an 2000, même si d’autres facteurs jouent à l’évidence un rôle capital. L’impact de cette incertitude sur les marchés financiers montre qu’il importe de diffuser des informations aussi complètes que possible et que tous les pays, même ceux qui sont considérés comme techniquement prêts, doivent se doter de dispositifs de prévoyance.

Graphique 1.4.Pic des taux d’intérêt liés au passage à l’an 20001

(Pourcentages)

La menace du bogue de l’an 2000 se traduit par une forte prime à la liquidité fin 1999.

1Chaque courbe représente les taux d’intérêt à terme découlant du LIBOR pour le dollar au début du mois indiqué pour les instruments à échéance de un à douze mois.

Les banques centrales ont déjà arrêté ou préparent des plans d’urgence destinés à corriger ou réduire d’éventuelles perturbations du secteur financier. Elles détiennent en général d’abondantes réserves de billets de banque pour répondre à la demande du public en période de pointe (pendant la saison des fêtes, par exemple) ou dans des circonstances imprévues (en cas d’intempéries, par exemple) et assurer, en leur qualité de prêteur en dernier ressort, la liquidité du secteur bancaire dans des situations exceptionnelles. Un grand nombre de banques centrales se préparent au passage à l’an 2000 en constituant des stocks de billets—au cas où le public chercherait à se prémunir contre d’éventuelles difficultés en thésaurisant des encaisses monétaires—et prévoient de fournir des liquidités supplémentaires au secteur bancaire via des mécanismes déjà en place ou créés à cet effet, afin d’assurer s’il le faut le bon fonctionnement du marché du crédit.

C’est ainsi que l’autorité monétaire de Hong Kong va porter ses réserves de billets à 150 milliards de dollars de Hong Kong (alors que la circulation fiduciaire est de l’ordre de 90 milliards en général), la Banque du Japon à 40 billions de yen (pour une circulation fiduciaire d’environ 56 billions) et la Riksbank suédoise à 90 milliards de couronnes (pour une circulation fiduciaire proche de 80 milliards). De son côté, la Réserve fédérale des États-Unis augmente son stock de monnaie fiduciaire de 50 milliards de dollars pour le porter à 200 milliards au total, pour une circulation fiduciaire hors banques d’environ 475 milliards de dollars.

La Réserve fédérale a annoncé par ailleurs la mise en place d’un mécanisme de liquidité spécial (Century Date Change Special Liquidity Facility) pour faire face au changement de siècle. Cet instrument permettra d’apporter des concours exceptionnels mais temporaires aux établissements de dépôts entre le 1er octobre 1999 et le 7 avril 2000—sans restrictions sur l’emploi ni la durée des prêts—mais à des taux d’intérêt majorés de 150 points de base—afin d’assurer une liquidité suffisante pour répondre à toute demande inhabituelle au cours de la période charnière. Un certain nombre de banques centrales d’économies de marché émergentes (Corée, El Salvador, Hongrie et Inde, notamment) ont annoncé la création de mécanismes analogues. Bon nombre d’autres banques centrales entendent suivre avec une attention particulière l’évolution du marché du crédit en fin d’année et sont prêtes, au besoin, à réagir avec rapidité et efficacité en fournissant des liquidités supplémentaires aux établissements financiers. Beaucoup de banques centrales ont aussi élaboré des plans de secours pour assurer la bonne marche des systèmes de paiement et de règlement si le bogue du millénaire occasionne des défaillances hors du système financier en perturbant, par exemple, les communications ou la distribution d’électricité.

Comme on l’a dit plus haut, les organisations multilatérales préparent elles aussi des plans destinés à réduire les dysfonctionnements qui pourraient se faire jour. Les services du FMI ont entrepris pour leur part, depuis quelques mois, d’évaluer l’impact économique et financier possible du bogue informatique. Ils étudient les conséquences d’une grave défaillance des systèmes informatiques et d’une perte de confiance des investisseurs internationaux pour toute une série de pays membres. Ce scénario englobe 17 pays en développement ou en transition—représentant près de 60 % de la production de ces deux catégories d’économies—, dont certains pays d’importance systémique, plusieurs économies exportatrices de produits stratégiques—tels que le pétrole—et quelques économies de taille plus réduite. Les pays analysés varient par la dimension, le stade de développement, l’ouverture aux échanges, la diversification des exportations, l’accès aux marchés internationaux de capitaux et le poids de la dette extérieure.

Les scénarios relatifs à ces pays reposent sur le postulat que le nombre de défaillances de systèmes dues au bogue du millénaire sera, grosso modo, inversement proportionnel au niveau de préparation de chacun d’eux. Des hypothèses plus générales ont été adoptées quant aux effets sur la demande et aux volte-face des investisseurs, notamment à l’échelle mondiale. Elles prévoient, entre autres, une accumulation de stocks de précaution qui entraînera une accélération de la production et du commerce au plan mondial durant le second semestre de 1999 (par rapport au scénario de référence des Perspectives de l’économie mondiale) avant d’accuser, au premier semestre de l’an 2000, un ralentissement (un peu plus prononcé que dans le scénario de référence) dû au déstockage et aux perturbations causées par le bogue du millénaire. Sur la même période, on suppose que les perturbations de l’offre provoqueront un renchérissement de certains produits de base (toujours par rapport au scénario de référence), et en particulier du pétrole. Qui plus est, l’ébranlement de la confiance des investisseurs internationaux conduira ceux-ci à moins prendre de risques et à privilégier les actifs de qualité, ce qui entraînera une hausse du dollar. D’autres pays enregistreront une dépréciation de leur monnaie, une perte de réserves internationales ou un relèvement de leurs taux d’intérêt, selon la riposte adoptée par leurs autorités nationales respectives. Quant aux marchés émergents, la recherche de qualité et de liquidité se traduira pour eux par une augmentation des primes de risque, un renouvellement plus difficile des crédits à court terme et une perte de réserves internationales.

Les hypothèses de vulnérabilité de tel ou tel pays au bogue de l’an 2000 reposent sur une évaluation minutieuse comparant l’état de préparation à l’ampleur des risques, fondée sur une analyse sectorielle de données recueillies auprès de sources internationales ou communiquées par les pays eux-mêmes. Cette vulnérabilité dépend en grande partie du niveau d’informatisation de l’économie et de la possibilité de passer facilement aux systèmes manuels de secours en cas de besoin. Et le degré de préparation de chaque pays est fonction de l’ampleur des travaux de mise en conformité—tests, adaptations, plans de sauvegarde—engagés et de leur état d’avancement. Si l’évaluation des risques et du degré de préparation a été grandement facilitée par les échanges avec les experts de la Banque mondiale, qui possèdent des connaissances bien plus approfondies que les services du FMI dans nombre de secteurs spécifiques, la mise en conformité des banques centrales et des systèmes budgétaires a été estimée directement par le FMI. Bien sûr, toute analyse de ce type s’accompagne d’une forte marge d’incertitude qu’expliquent le manque d’informations fiables sur l’envergure des problèmes, l’état de préparation des pays et l’impact économique que pourrait avoir la défaillance de systèmes informatiques centraux.

Ces réserves étant posées, il ressort de l’analyse sectorielle qu’en règle générale, les secteurs les plus exposés sont sans doute les mieux préparés. On peut donc penser que les perturbations de l’offre seront dans la plupart des cas limitées. Selon les estimations, les secteurs financiers—banques centrales, systèmes de règlement et de paiement, banques commerciales et autres établissements financiers—sont dans l’ensemble assez bien préparés, car les tests et adaptations qui s’imposaient sont le plus souvent à peu près achevés. Seules quelques économies semblent en retard dans la mise en conformité de leur système informatique, où elles sont néanmoins plus avancées que dans la plupart des autres secteurs de leur économie. Dans de nombreux pays, il devrait être facile de recourir aux systèmes manuels de secours parce que l’informatisation est très récente, ou parce que les pannes de secteur indépendantes du bogue de l’an 2000 sont déjà chose courante.

D’autres secteurs paraissent un peu moins avancés, en moyenne, mais aussi moins menacés par le bogue. Pour plusieurs pays, toutefois, les risques semblent réels, car les systèmes de production et de distribution d’électricité sont relativement vulnérables et n’ont fait l’objet que d’un minimun de préparation. Si le secteur énergétique—dont dépendent d’autres activités—connaît des défaillances, celles-ci risquent de se propager dans l’ensemble de l’économie. Dans quelques pays, les télécommunications et les transports (deux secteurs étroitement liés, là aussi, à d’autres pans de l’économie) semblent également menacés. Et l’état de préparation de certaines sociétés non financières privées—parmi les petites et moyennes entreprises et les services ou entreprises du secteur public, en particulier—soulève des inquiétudes. Enfin, si les producteurs de pétrole publics ou privés sont crédités en général d’une assez bonne préparation, on se préoccupe de la distribution et, surtout, du transport des hydrocarbures via les ports ou les oléoducs.

Selon les hypothèses du scénario relativement pessimiste esquissé plus haut, la croissance du PIB des économies en développement ou en transition que pourrait toucher le bogue du millénaire risque de ralentir temporairement d’environ 2 points, en moyenne, au cours de l’an 2000 (tableau 1.7). La constitution de stocks de précaution en 1999 et le déstockage en l’an 2000 expliqueraient en partie le repli de la production attendu l’an prochain. L’inflation devrait quant à elle s’accélérer d’environ 1 point, en moyenne, sous l’effet conjugué du renchérissement mondial des produits de base et de perturbations plus localisées de l’offre. Dans bon nombre de pays, le recul de la production entraînera une détérioration des finances publiques, mais, pour certains exportateurs de pétrole, la situation budgétaire pourrait s’améliorer, car la hausse temporaire des prix mondiaux du pétrole fera plus que compenser les pertes de recettes dues aux perturbations de la production. Les chocs sur les soldes extérieurs courants des pays de l’échantillon tendront à se neutraliser en raison, là encore, de l’effet favorable de la hausse des prix du pétrole pour les pays exportateurs. Selon ce scénario, les sorties de capitaux motivées par une recherche de qualité pourraient être relativement importantes, et la réduction moyenne des réserves internationales en l’an 2000 représentera environ 15 % de celles-ci, quoique certains pays risquent d’être beaucoup plus touchés. On insistera à nouveau sur la forte incertitude qui entoure cette analyse purement indicative, et sur les différences considérables qui existent entre les scénarios de chaque pays, ainsi qu’en témoignent les écarts-types relativement élevés du tableau 1.7.

Tableau 1.7.Économies en développement ou en transition: résultats du scénario de passage à l’an 20001(Écart par rapport au scénario de référence des Perspectives de l’économie mondiale, en pourcentage)
Impact moyen2Écart-type3
1999200019992000
Croissance du PIB0,2−1,90,40,8
Inflation0,31,20,41,1
Solde budgétaire0,1−0,30,21,2
(pourcentage du PIB)
Balance courante0,10,00,51,3
(pourcentage du PIB)
Réserves−6,7−13,07,813,5
(en % des réserves totales)

La moyenne des estimations de l’impact du bogue informatique selon les scénarios de prévoyance porte à croire que ses conséquences pourraient être assez sérieuses, mais resteront le plus souvent gérables. Les économies en développement ou en transition les plus avancées sont en général plus tributaires de l’informatique. Mais, outre qu’elles sont d’ordinaire mieux préparées au passage à l’an 2000, ces économies sont aussi mieux dotées en ressources—intérieures ou extérieures, puisqu’elles ont les moyens financiers d’importer—pour remédier aux dysfonctionnements éventuels. Certains de ces pays risquent néanmoins d’enregistrer des sorties de capitaux dues davantage à l’appréhension du bogue du millénaire qu’à des difficultés concrètes. Même si l’impact sur le sentiment des marchés est moins grave que ne le suppose le présent scénario, ces pays risquent davantage d’enregistrer des perturbations induites par la contagion financière. Cette remarque vaut aussi pour les pays qui sont sans doute assez bien préparés, mais risquent de ne pas être considérés comme tels au milieu de l’incertitude générale. Paradoxalement, les économies en développement ou en transition les moins avancées pourraient bien, même si elles sont moins dépendantes de l’informatique, subir des perturbations plus graves et plus durables de l’offre, car leur préparation à l’an 2000 n’a guère progressé jusqu’ici et continuera d’être entravée par le manque de ressources financières et humaines.

En dépit des incertitudes qui pèsent inévitablement sur cette mise en conformité—suivie souvent à travers des évaluations de l’état de préparation faites par les intéressés eux-mêmes—, on peut estimer que la plupart des pays se sont assez bien préparés à résoudre les problèmes soulevés par le basculement à l’an 2000 et à mettre en oeuvre des plans de sauvegarde. Même les scénarios élaborés sur la base d’autres hypothèses assez pessimistes laissent penser que la plupart des pays exposés à des chocs sur le secteur réel ou sur les marchés financiers devraient pouvoir surmonter ces difficultés, qui ont toutes les chances de n’être que passagères. On ne saurait pour autant exclure que quelques économies soient plus durement touchées, surtout par les turbulences qui risquent de secouer les marchés financiers. Le FMI pourrait être appelé, alors, à leur fournir une assistance financière supplémentaire pour atténuer les pressions sur leurs réserves internationales, raffermir la confiance et endiguer la contagion.

Le FMI s’est doté d’un mécanisme de prêt temporaire destiné à fournir des concours à court terme aux pays où le bogue de l’an 2000 créera des problèmes de balance des paiements. Dans le cadre de cette nouvelle facilité, qui viendra à expiration le 31 mars 2000, des financements assortis d’un taux supérieur de 300 points de base au taux de référence du FMI seront proposés pour une durée de six mois (prolongée au besoin de six mois, le surcoût passant alors à 350 points de base) aux pays dont les difficultés seront clairement liées au passage à l’an 2000. Sauf circonstances exceptionnelles, l’accès à ces financements sera plafonné à 50 % des quotes-parts des États membres. Pour en bénéficier, chacun d’eux devra montrer qu’il mène une politique économique saine, qu’il coopère avec le FMI et qu’il ne ménage pas ses efforts pour résoudre les problèmes causés par le bogue de l’an 2000. Ce mécanisme assurera aux États membres et aux investisseurs que les pressions qui pourraient se faire jour sur les marchés financiers internationaux en réponse aux difficultés—ou aux craintes—liées au passage à l’an 2000 seront contenues.

Si la demande intérieure réelle aux États-Unis avait augmenté de pair avec la croissance potentielle en 1998–99 (plutôt qu’au rythme de 5,3 % affiché en 1998 et de 4,9 % projeté pour 1999), la croissance mondiale aurait été inférieure d’environ ½ point ces deux années.

«Beyond Price Stability: A Reconsideration of Monetary Policy in a Period of Low Inflation», Banque fédérale de réserve de Cleveland, Rapport annuel, 1998.

Les deux tiers environ de ce recul du déficit budgétaire (5,2 points du PIB) depuis 1993 s’expliquent par les mesures économiques qui ont été prises (tableau 1.4).

Durunt la période de transition vers le nouveau Système européen de comptes économiques intégrés (SEC 95) amorcée en 1999, l’interprétation des données comptables nationales est assujettie d’une marge d’incertitude plus importante que d’ordinaire.

La part des dépenses des administrations publiques dans le PIB est tombée de 70 % en 1993 à 59 %, selon les projections, en 1999. Elle reste néanmoins plus élevée que dans tout autre pays industrialisé.

Les projections relatives à la Turquie ont été préparées avant le séisme d’août dernier. D’après les premières estimations de la Banque mondiale concernant l’ampleur des dommages, les services du FMI estiment que le PIB pourrait être révisé en baisse de ½ % à ¾ %—par rapport aux projections de référence—en 1999, et en hausse de 1 % à 1¼ % en l’an 2000 suite à l’effort de reconstruction. Le déficit extérieur courant devrait se creuser, notamment en l’an 2000, a mesure que l’activité suscitée par la reconstruction s’amplifiera. D’autre part, les derniers indicateurs laissent penser que la récession de 1998–99 a été plus grave qu’on ne le supposait, mais que l’économie se reprenait rapidement avant le tremblement de terre. De ce fait, et compte tenu de l’impact du séisme, on table désormais sur une contraction du PIB proche de 1 % en 1999, suivie d’une croissance légèrement supérieure à 5 % en l’an 2000.

L’enquête effectuée par le Gartner Group indique que les principaux pays industrialisés, qui obtiennent une note moyenne de 3,8 sur 4,0—4,0 correspondant à des perturbations mineures et isolées—, sont bien préparés. Les pays en développement sont moins avancés, puisque leur moyenne est de 2½ et que leurs notes s’échelonnent entre 1 (perturbations graves à modérées) et 3 (perturbations modérées et isolées). Selon une enquête des Nations Unies sur l’état de préparation des États membres (évalué par ces derniers), la plupart des quelque 100 pays en développement sondés estiment qu’ils auront achevé leur mise en conformité d’ici le 1er janvier 2000.

Voir, par exemple, Elaine Buckberg et John Montgomery, «Global: Y2K and Emerging Markets—Financial Risk Dominates», Morgan Stanley, Dean Witter (New York, 1999).

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