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Author(s):
International Monetary Fund. Research Dept.
Published Date:
January 2019
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Études économiques et financières

Perspectives de l’économie mondiale

Octobre 2018

Obstacles à une croissance stable

FONDS MONÉTAIRE INTERNATIONAL

©2018 Fonds monétaire international

Production : FMI, Division des services multimédias

Couverture et conception artistique : Luisa Menjivar et Jorge Salazar

Composition : AGS, une société du groupe RR Donnelley

Edition française

Services linguistiques du FMI, Section française

Traduction : Marc Servais

Correction : Monica Nepote-Cit, Sophie Ruberti et Van Tran

PAO : Fernando Sole

Cataloging-in-Publication Data

Joint Bank-Fund Library

Names: International Monetary Fund.

Title: World economic outlook (International Monetary Fund) French

Other titles: WEO | Occasional paper (International Monetary Fund) | World economic and financial surveys.

Description: Washington, DC : International Monetary Fund, 1980- | Semiannual | Some issues also have thematic titles. | Began with issue for May 1980. | 1981-1984: Occasional paper / International Monetary Fund, 0251-6365 | 1986-: World economic and financial surveys, 0256-6877.

Identifiers: ISSN 0256-6877 (print) | ISSN 1564-5215 (online)

Subjects: LCSH: Economic development—Periodicals. | International economic relations— Periodicals. | Debts, External—Periodicals. | Balance of payments—Periodicals. | International finance—Periodicals. | Economic forecasting—Periodicals.

Classification: LCC HC10.W79

HC10.80

ISBN 978-1-4843-8281-3 (version imprimée)

978-1-4843-8297-4 (version ePub)

978-1-4843-8298-1 (Mobi)

978-1-4843-8299-8 (version PDF)

Les Perspectives de l’économie mondiale (PEM) sont une étude des services du FMI publiée deux fois par an, au printemps et à l’automne. Rédigées par les services du FMI, les PEM ont bénéficié des commentaires et suggestions des administrateurs à l’issue de la séance du conseil d’administration consacrée à l’examen des PEM le 20 septembre 2018. Les points de vue exprimés dans cette publication sont ceux des services du FMI, et ne représentent pas nécessairement ceux du conseil d’administration ou des autorités nationales qui y sont représentées.

Référence recommandée : Fonds monétaire international. 2018. Perspectives de l’économie mondiale : Obstacles à une croissance stable. Washington (octobre).

Les commandes doivent être adressées à :

International Monetary Fund, Publication Services

P.O. Box 92780, Washington, DC 20090, U.S.A.

Téléphone : (202) 623-7430 Télécopie : (202) 623-7201

Messagerie électronique : publications@imf.org

www.imfbookstore.org

www.elibrary.imf.org

TABLE DES MATIÈRES

Hypothèses Et Conventions

Les projections de la présente édition des Perspectives de l’économie mondiale (PEM) reposent sur un certain nombre d’hypothèses. On suppose que les taux de change effectifs réels resteront constants aux niveaux moyens observés entre le 17 juillet et le 14 août 2018, et que les taux bilatéraux des monnaies faisant partie du mécanisme de change européen II resteront constants en valeur nominale par rapport à l’euro; que les politiques économiques nationales actuelles seront maintenues (en ce qui concerne les hypothèses relatives aux politiques budgétaires et monétaires de certains pays, voir l’encadré A1 de l’appendice statistique); que le cours moyen du baril de pétrole sera de 69,38 dollars le baril en 2018 et de 68,76 dollars le baril en 2019, et qu’il restera constant en valeur réelle à moyen terme; que le taux offert à Londres (LIBOR) sur les dépôts interbancaires à six mois en dollars s’établira en moyenne à 2,5 % en 2018 et à 3,4 % en 2019; que le taux des dépôts interbancaires à trois mois en euros sera en moyenne de —0,3 % en 2018 et –0,2 % en 2019; que le taux des certificats de dépôt à six mois au Japon se chiffrera en moyenne à 0,0 % en 2018 et à 0,1 % en 2019. Il s’agit évidemment d’hypothèses de travail plutôt que de prévisions, et l’incertitude qui les entoure s’ajoute aux marges d’erreur inhérentes à toute projection. Les estimations et projections sont fondées sur les statistiques disponibles au 18 septembre 2018.

Les conventions suivantes sont utilisées dans la présente étude :

... indique que les données ne sont pas disponibles ou pas pertinentes;

— entre des années ou des mois (par exemple 2017–18 ou janvier—juin) indique la période couverte, de la première à la dernière année ou du premier au dernier mois inclusivement;

/ entre deux années (par exemple 2017/18) indique un exercice budgétaire (financier).

Par « billion », il faut entendre mille milliards.

Sauf indication contraire, lorsqu’il est fait référence au dollar, il s’agit du dollar des États-Unis.

Par « points de base », on entend un centième de point (de pourcentage). Ainsi, 25 points de base équivalent à V de point (de pourcentage).

Les données portent sur les années civiles, sauf dans le cas de quelques pays qui utilisent les exercices budgétaires. Le tableau F de l’appendice statistique énumère les pays dont les périodes de déclaration pour les comptes nationaux et les finances publiques sont différentes.

Pour certains pays, les données de 2017 et des années antérieures sont établies à partir d’estimations et non de chiffres effectifs. Le tableau G de l’appendice statistique donne pour chaque pays les dernières données réelles pour les indicateurs des comptes nationaux, des prix, des finances publiques et de la balance des paiements.

Ce qui est nouveau dans la présente édition :

  • Les prix à la consommation de l’Argentine, qui étaient exclus des données de groupe en raison de problèmes liés aux données, sont maintenant inclus à compter de 2017.

  • Les données pour Aruba sont incluses dans les données agrégées pour les pays émergents et les pays en développement.

  • Pour l’Egypte, les prévisions à partir desquelles les hypothèses relatives au taux de change nominal sont calculées qui étaient précédemment exclues parce que le taux de change nominal était une question sensible pour les marchés sont maintenant publiées.

  • Le Swaziland a changé de nom : il s’appelle dorénavant Eswatini.

  • Le Venezuela a relibellé la monnaie le 20 août 2018 en remplaçant 100.000 bolivars forts (VEF) par 1 bolivar souverain (VES). Les données en monnaie locale, y compris les données rétrospectives, sont exprimées dans la nouvelle monnaie à compter de la base de données des PEM d’octobre 2018.

Les conventions suivantes s’appliquent aux graphiques et aux tableaux :

  • Si aucune source n’est indiquée dans les tableaux et graphiques, les données sont tirées de la base de données des PEM.

  • Lorsque les pays ne sont pas classés par ordre alphabétique, ils le sont sur la base de la taille de leur économie.

  • Les chiffres ayant été arrondis, il se peut que les totaux ne correspondent pas exactement à la somme de leurs composantes.

Dans la présente étude, le terme « pays » ne se rapporte pas nécessairement à une entité territoriale constituant un État au sens où l’entendent le droit et les usages internationaux. Son emploi désigne aussi un certain nombre d’entités territoriales qui ne sont pas des États, mais dont les statistiques sont établies de manière distincte et indépendante.

Des données composites sont fournies par divers groupes de pays selon leurs caractéristiques économiques ou région. Sauf indication contraire, les données composites pour les groupes de pays représentent des calculs basés sur 90 % ou plus des données de groupe pondérées.

Les frontières, couleurs, dénominations et autres informations figurant sur les cartes n’impliquent, de la part du FMI, aucun avis sur le statut juridique d’un territoire, ni aucun aval de ces frontières.

Autres Informations

Corrections et révisions

Les données et analyses figurant dans les Perspectives de l’économie mondiale (PEM) sont établies par les services du FMI au moment de la publication du rapport. Les services du FMI s’attachent à assurer leur ponctualité, leur exactitude et leur exhaustivité. Lorsque des erreurs sont notées, des corrections et révisions sont incluses dans les éditions numériques qui sont disponibles sur le site Web du FMI et dans sa bibliothèque en ligne (voir ci-dessous). Tous les changements de fond figurent dans la table des matières en ligne.

Éditions imprimée et numériques

Des exemplaires papier du présent rapport peuvent être commandés à l’adresse https://www.bookstore.imf.org/books/title/world-economic-outlook-october-2018.

Les PEM figurent sur le site Web du FMI à l’adresse http://www.imf.org/publications/WEO. Ce site inclut une version PDF du rapport et des ensembles de données pour chacun des graphiques y figurant.

La bibliothèque en ligne du FMI contient diverses éditions numériques du rapport (ePub, PDF, Mobi et HTML : http://elibrary.imf.org/OCT18WEO).

Copyright et réutilisation

Des informations sur les modalités de réutilisation du contenu de la présente publication figurent à l’adresse http://www.imf.org/external/terms.htm.

Données

La présente édition des Perspectives de l’économie mondiale (PEM) peut être consultée en version intégrale sur le site de la bibliothèque en ligne du FMI (www.elibrary.imf.org) et le site du FMI (www.imf.org). On trouvera à la même adresse un ensemble d’informations (extraites de la base de données) plus étoffé que celui contenu dans le rapport, sous forme de fichiers renfermant les séries le plus souvent demandées par les lecteurs. Ces fichiers peuvent être téléchargés et sont utilisables avec divers logiciels.

Les données figurant dans les PEM sont établies par les services du FMI au moment de la rédaction du rapport. Les données rétrospectives et les projections reposent sur les informations rassemblées par les économistes chargés des pays dans le cadre de leurs missions dans les pays membres et de leur analyse permanente de la situation dans chaque pays. Les données rétrospectives sont mises à jour continuellement à mesure que les informations sont disponibles, et les interruptions structurelles sont souvent ajustées de manière à produire des séries lisses à l’aide de techniques d’agrégation, entre autres. Les estimations des services du FMI demeurent des données supplétives pour les séries rétrospectives lorsque des informations complètes ne sont pas disponibles. En conséquence, les données des PEM peuvent différer de celles d’autres sources avec des données officielles, y compris les International Financial Statistics du FMI.

Les données et les métadonnées des PEM sont fournies «telles quelles» et «telles que disponibles», et l’on s’efforce d’assurer leur ponctualité, leur exactitude et leur exhaustivité, mais sans pouvoir le garantir. Lorsque des erreurs sont découvertes, on cherche de manière concertée à les corriger si nécessaire et si possible. Les corrections et les révisions effectuées après la publication sont incluses dans les éditions électroniques disponibles dans la bibliothèque en ligne du FMI (www.elibrary.imf.org) et sur le site Internet du FMI (www.imf.org). Tous les changements importants figurent en détail dans les tables des matières en ligne.

Pour des détails sur les modalités d’utilisation de la base de données des PEM, veuillez vous référer au site Internet du FMI sur les droits d’auteur (www.imf./external/terms.htm).

Les demandes de renseignements sur le contenu des PEM et de la base de données y afférentes doivent être adressées par courrier classique, par télécopie ou sur le forum en ligne (le service ne peut répondre aux demandes de renseignements par téléphone) à :

World Economic Studies Division

Research Department

International Monetary Fund

700 19th Street, NW

Washington, DC 20431, USA

Télécopie : (202) 623-6343

Forum en ligne : www.imf.org/weoforum

Préface

Les projections et l’analyse présentées dans les Perspectives de l’économie mondiale font partie intégrante de la surveillance que le FMI exerce sur l’évolution et les politiques économiques des pays membres, les marchés financiers internationaux et le système économique mondial. Le rapport sur les perspectives et politiques économiques mondiales est l’aboutissement d’une étude interdépartementale exhaustive, fondée pour l’essentiel sur les renseignements recueillis par les services du FMI dans le cadre de leurs consultations avec les pays membres. Ces consultations sont menées en particulier par les départements géographiques (le département Afrique, le département Asie et Pacifique, le département Europe, le département Hémisphère occidental et le département Moyen-Orient et Asie centrale) et divers départements de soutien : le département de la stratégie, des politiques et de l’évaluation, le département des marchés monétaires et de capitaux et le département des finances publiques.

L’analyse que présente le rapport sur les perspectives de l’économie mondiale est coordonnée par le département des études sous la direction générale de Maurice Obstfeld, conseiller économique et directeur du département des études. Les travaux sont dirigés par Gian Maria Milesi-Ferretti, directeur adjoint du département des études et Oya Celasun, chef de division du département des études.

Les principaux collaborateurs de la présente édition ont été Rudolfs Bems, Christian Bogmans, Francesca Caselli, Wenjie Chen, Francesco Grigoli, Bertrand Gruss, Zsóka Kóczán, Toh Kuan, Weicheng Lian, Akito Matsumoto, Mico Mrkaic, Malhar Nabar, Natalija Novta, Andrea Pescatori et Petia Topalova.

Ont aussi contribué : Michal Andrle, Gavin Asdorian, Luisa Calixto, Yan Carrière-Swallow, Federico Diez, Angela Espiritu, Rachel Yuting Fan, Gregg Forte, Meron Haile, Mandy Hemmati, Benjamin Hilgenstock, Ava Yeabin Hong, Benjamin Hunt, Deniz Igan, Christopher Johns, Lama Kiyasseh, Jungjin Lee, Daniel Leigh, Daniela Muhaj, Susanna Mursula, Cynthia Nyanchama Nyakeri, Emory Oakes, Rafael Portillo, Evgenia Pugacheva, Adrian Robles Villamil, Susie Xiaohui Sun, Suchanan Tambunlertchai, Nicholas Tong, Julia Xueliang Wang, Shan Wang, Jilun Xing, Juan Yépez, Yuan Zeng, Qiaoqiao Zhang, Candice Huiyuan Zhao, Caroline Chenqi Zhou et Jillian Zirnhelt.

Joseph Procopio (du département de la communication) a dirigé l’équipe qui a corrigé le manuscrit anglais, avec le soutien de Christine Ebrahimzadeh et Linda Kean pour la correction et la production de la publication; James Unwin, Lucy Scott Morales, Sherrie Brown et Vector Talent Resources ont participé à la correction du manuscrit.

Le présent rapport a bénéficié des commentaires et suggestions d’autres départements et des administrateurs, qui l’ont examiné le 20 septembre 2018. Cependant, les projections et les évaluations sont celles des services du FMI et ne doivent être attribuées ni aux administrateurs, ni aux autorités nationales qu’ils représentent.

Avant-Propos

Un avant-propos typique des Perspectives de l’économie mondiale (PEM) montre comment les données devenues disponibles depuis notre dernière projection modifient nos hypothèses de croissance de référence. Il accorde une attention détaillée aux plus récents développements et en interprète les implications pour l’action à entreprendre. Le présent avant-propos, qui est aussi mon dernier, situera plutôt la conjoncture actuelle dans un contexte historique plus large, afin de mieux en tirer des enseignements pour l’avenir.

L’occasion justifie mon approche inhabituelle. Le présent rapport est publié peu après le 10e anniversaire de l’effondrement de Lehman Brothers et, par ailleurs, à un moment où l’incertitude monte, non seulement à propos des politiques économiques, mais aussi en ce qui concerne le cadre des relations internationales dans lequel s’élaborent ces politiques.

Les dix années qui se sont écoulées depuis la crise financière mondiale de 2008–09 ont de fait été le théâtre d’événements économiques et politiques spectaculaires, une tendance qui semble avoir peu de chances de s’inverser bientôt. Comment les dirigeants pourront-ils guider leur économie à travers les eaux agitées ? Comment peuvent-ils renforcer et moderniser le système multilatéral de l’après-Seconde Guerre mondiale, qui a contribué à soixante-dix années de paix et de prospérité sans précédent ? Pour répondre à ces questions, nous devons prendre en considération non seulement l’impact de la crise elle-même, mais aussi les années qui l’ont précédée, lorsque certaines tendances importantes qui ont défini l’après-crise sont apparues pour la première fois.

Les dix années avant la crise

C’est avant la crise que certains des facteurs actuels de vulnérabilité économique ont vu le jour. Le graphique suit la croissance réelle de l’économie mondiale depuis 1980, ainsi que les contributions des pays avancés et des pays émergents et des pays en développement. Après la crise asiatique (1997–98) et l’éclatement de la bulle « dotcom» (2000–01), la croissance des pays émergents et des pays en développement s’est accélérée notablement, tandis que les pays avancés, même s’ils ont rebondi, ont connu une croissance inférieure aux niveaux antérieurs.

Graphique 1.Croissance du PIB réel, par groupe de pays

(Sur un an)

Source : FMI, Perspectives de l’économie mondiale, octobre 2018. Note : La zone grisée indique des projections.

Deux choses sautent aux yeux. Premièrement, la croissance des pays avancés a été généralement orientée à la baisse depuis le milieu de la première décennie 2000. Ce fléchissement à long terme tient au vieillissement de la population active et au ralentissement de la croissance de la productivité, qui coïncident avec une baisse du dynamisme économique et une hausse de la concentration des marchés. Il est à noter que les taux de croissance à plus long terme qui sont prévus par les PEM pour les pays avancés sont inférieurs aux niveaux actuels.

Deuxièmement, le début du nouveau millénaire a amené une accélération de la croissance dans les pays émergents et les pays en développement qui a résolument placé ces derniers devant les pays avancés en termes de croissance. L’expansion rapide de l’économie chinoise explique en partie, mais certainement pas en totalité, ce découplage, parce que ces tendances subsistent même après avoir déduit la contribution algébrique de la croissance de la Chine (ainsi que de l’Inde, en fait). L’accélération de la croissance est une conséquence robuste du renforcement des cadres d’action dans beaucoup de pays émergents et de pays en développement, y compris leur ouverture au commerce. Parce qu’il tient aussi au poids accru de ces pays à croissance rapide dans l’économie mondiale, leur avantage notable par rapport aux pays avancés en termes de croissance persistera probablement, à moins que les pays avancés puissent résoudre leurs problèmes économiques structurels.

La crise asiatique et l’éclatement de la bulle « dotcom », ainsi que des événements intermédiaires comme le sauvetage forcé de Long-Term Capital Management (LTCM) en 1998, qui a évité une éventuelle crise du système financier, illustrent précisément comment la fragilité des bilans et la bulle des prix des actifs peuvent mettre à mal des établissements financiers et des économies entières. En 1998, dans son allocution prononcée en hommage à Henry L. Stimson à l’université Yale, Alexandre Lamfalussy évoquait de manière visionnaire les turbulences sur les marchés américains qui ont suivi la défaillance de la Russie cette année-là : « Si de tels événements peuvent se produire dans le marché modèle du monde, quelle valeur pratique y a-t-il à recommander que les pays émergents copient ce modèle ? »

Bon nombre de pays émergents et de pays en développement ont tiré les enseignements de ces crises et ont agi en conséquence, par exemple en optant pour un ciblage de l’inflation, en adoptant des régimes de change plus flexibles et en appliquant des politiques macropru-dentielles : il vaut la peine de se souvenir de ces enseignements aujourd’hui. Cependant, les pays avancés ont été plus complaisants, considérant souvent les crises financières comme des problèmes auxquels seuls les pays émergents et les pays en développement étaient exposés, même si plusieurs accidents évités de justesse, parmi lesquels LTCM, indiquent le contraire. Le résultat, ce fut la crise financière mondiale, qui mit fin à l’expansion mondiale du milieu de la décennie. De manière générale, les pays émergents et les pays en développement ont bien surmonté cette crise, étant donné sa gravité, et ont continué d’enregistrer une croissance plus rapide que pendant les années 80 et 90.

Les dix années après la crise

En 2009, la croissance mondiale a chuté comme rarement elle ne l’avait fait, mais toutes les régions du monde ont rebondi en 2010–11, grâce à la mise en œuvre de politiques anticycliques vigoureuses dans l’ensemble des pays membres du Groupe des Vingt. Bon nombre de pays avancés ont abaissé leurs taux directeurs à la borne limitant à zéro les taux d’intérêt nominaux et ont commencé à expérimenter l’application de politiques monétaires non conventionnelles.

Cependant, après 2010–11, une succession de chocs, parmi lesquels la crise dans la zone euro, les abandons de mesures de relance budgétaire dans de grands pays, les hésitations de la croissance chinoise et la baisse des prix des produits de base, ont empêché qu’une croissance vigoureuse et synchronisée se poursuive. Étant donné la solidité relative des paramètres économiques fondamentaux des États-Unis, il était probable que la Réserve fédérale soit la première des grandes banques centrales à normaliser sa politique monétaire, et le dollar s’est affermi à compter de l’été 2014. Un an plus tard, les marchés mondiaux ont pris peur lorsque la Chine, ressentant les pressions subséquentes sur son taux de change fortement administré, a commencé à laisser sa monnaie se déprécier par rapport au dollar. Les tensions ne se sont pas atténuées rapidement. Dans le mois qui a suivi le premier relèvement des taux d’intérêt par la Réserve fédérale en près de dix ans, à la fin de 2015, les marchés financiers mondiaux se sont écroulés, et les prix des produits de base ont encore baissé. La croissance enregistrée en 2016, 3,3 %, fut la plus faible depuis 2009.

L’optimisme a commencé à revenir au milieu de 2016, en dépit des répercussions du résultat surprenant du référendum sur le Brexit en juin. À la fin de 2016, l’activité manufacturière a augmenté fortement, et la croissance s’est accélérée de manière générale dans le monde, avec pour résultat l’expansion mondiale la plus équilibrée depuis 2010. Le commerce mondial, qui avait progressé de manière exceptionnellement lente pendant la période 2012–16, a rebondi aussi, avec un début de redressement de l’investissement. Dans notre édition d’avril 2018 des PEM, nous prévoyions que la croissance mondiale monterait à 3,9 % en 2018 et en 2019, et, pour la première fois depuis longtemps, nous étions d’avis que notre prévision de croissance avait autant de chance d’être révisée à la hausse qu’à la baisse à court terme.

Aujourd’hui, en octobre 2018, nous tablons sur une expansion moins équilibrée et plus timide que nous l’espérions en avril dernier. La croissance aux États-Unis reste exceptionnellement robuste pour l’instant, portée par une expansion budgétaire procyclique qui pourrait cependant peser sur la croissance américaine et mondiale ultérieurement. Mais nous avons révisé à la baisse nos prévisions de croissance à court terme pour la Corée, le Royaume-Uni et la zone euro. Notre révision est plus prononcée pour le groupe des pays émergents, avec un fléchissement de la croissance en Amérique latine (notamment en Argentine, au Brésil et au Mexique), au Moyen-Orient (notamment en Iran) et dans les pays émergents d’Europe (notamment en Turquie). Notre projection pour la croissance chinoise en 2019 est plus faible qu’en avril dernier aussi, en raison de la dernière série de droits de douane imposée par les États-Unis sur les importations chinoises, et il en va de même pour nos projections relatives à l’Inde. En conséquence, nos projections de la croissance mondiale pour cette année et l’année prochaine sont abaissées à 3,7 %, soit 0,2 point de pourcentage de moins que notre dernière évaluation et le même taux que celui observé en 2017. À l’échelle mondiale, les données récentes font état d’un fléchissement du commerce, de l’activité manufacturière et de l’investissement. Globalement, la croissance économique mondiale reste solide par rapport aux premières années de la décennie, mais elle semble marquer le pas.

Cette croissance plus modérée et les nouvelles données plus faibles qui étayent ces chiffres s’expliquent en partie par une forte hausse de l’incertitude au cours de l’année écoulée, un phénomène qui ne s’est pas encore reflété sur les marchés financiers des pays avancés, mais qui apparaît clairement dans les indicateurs de l’incertitude reposant sur les actualités. L’incertitude entourant la politique commerciale est notable à la suite des mesures prises sur plusieurs fronts par les États-Unis (ou des mesures qu’ils menacent de prendre), des réactions de leurs partenaires commerciaux et d’une détérioration générale des consultations multilatérales relatives au commerce. Un éventuel échec des négociations sur le Brexit constitue un autre risque. Sur fond de ces incertitudes concernant le commerce, les conditions financières se durcissent pour les pays émergents et les pays en développement, qui s’ajustent à des relèvements progressifs des taux d’intérêt par la Réserve fédérale et à la fin imminente des achats d’actifs par la Banque centrale européenne. Par rapport à il y a dix ans, l’endettement des entreprises et des États est plus élevé dans bon nombre de ces pays, qui sont donc plus vulnérables. Comme les tensions géopolitiques sont importantes aussi dans plusieurs régions, nous sommes d’avis que, même à court terme, la possibilité de mauvaises surprises l’emporte sur la probabilité de bonnes nouvelles imprévues.

Enjeux

Pour de nombreux pays avancés, les enjeux les plus importants sont peut-être la lenteur de la croissance des revenus des travailleurs, l’impression d’une mobilité sociale réduite et, dans certains pays, une réaction inadéquate des pouvoirs publics aux changements économiques structurels. Non seulement la croissance à long terme dans les pays avancés est orientée à la baisse, mais, de plus, dans bon nombre de pays, les gains plus modestes reviennent principalement à ceux qui sont relativement riches. Aux États-Unis, par exemple, le revenu réel médian des ménages était environ le même en 2016 qu’en 1999. Cette tendance date manifestement d’avant la crise financière mondiale et la crise dans la zone euro. Mais les crises elles-mêmes, de même que certains aspects de la réaction des pouvoirs publics, ont aigri davantage l’opinion publique. À son tour, ce mécontentement a contribué à engendrer les tensions actuelles concernant la politique commerciale, ainsi qu’un scepticisme plus large à l’égard des politiques et des dirigeants centristes, qui, traditionnellement, considèrent que la coopération mondiale constitue la bonne réponse aux problèmes communs.

Les dirigeants doivent adopter une perspective à long terme face à ce malaise. Des politiques budgétaires inclusives, des investissements dans l’éducation et des mesures qui garantissent l’accès à des soins de santé adéquats peuvent réduire les inégalités et constituent des priorités importantes. Il en va de même pour des dispositifs de protection sociale plus sûrs qui peuvent aider les travailleurs à s’ajuster à une série de chocs structurels, qu’ils soient dus à la mondialisation, au progrès technologique ou (dans certains pays) au changement climatique. Il est particulièrement important de promouvoir le taux d’activité et l’inclusion économique des femmes et des jeunes. Les priorités en matière de réformes structurelles diffèrent d’un pays à l’autre, mais, de manière générale, leur exécution permettra d’accélérer la production et la croissance à moyen terme. Cela dit, il convient de prendre en considération ceux qui sont déjà désavantagés, mais qui pourraient l’être encore plus. Le soutien des activités de recherche et de développement, ainsi que de la recherche scientifique de base et appliquée, promet de rehausser la croissance, comme l’ont montré de nombreuses études. Ces priorités concernent aussi les pays émergents et les pays en développement.

La plupart des pays doivent aussi constituer des amortisseurs budgétaires pour être en mesure de réagir face à la prochaine récession lorsqu’elle se produira et réduire le coût fiscal à long terme du service d’une dette publique élevée. Plusieurs pays émergents et pays en développement doivent entreprendre des réformes budgétaires afin de garantir la viabilité de leurs finances publiques et améliorer l’attitude des marchés. Des mesures qui ont été prises aux niveaux mondial et national ont consolidé la stabilité financière depuis la crise, mais le travail reste incomplet à plusieurs égards, notamment pour ce qui est de sécuriser le secteur financier non bancaire et de résoudre les banques en situation d’insolvabilité, surtout des banques internationales importantes pour le système, un domaine où il est urgent de mettre en place un dispositif mondial fondé sur la coopération. Certaines mesures de surveillance financière qui ont été adoptées à la suite de la crise pourraient être simplifiées, mais un détricotage général risquerait de déstabiliser le système. Même une déréglementation fragmentée doit être prudente et considérée avec soin, car une succession de mesures de plus petite portée pourrait finir par fragiliser le système. En fait, c’est précisément parce que la politique monétaire devra rester accommodante là où l’inflation s’inscrit en deçà des objectifs fixés et devra être prudente ailleurs que des leviers macroprudentiels et micropru-dentiels efficaces doivent rester disponibles.

Le poids croissant des pays émergents et des pays en développement dans l’économie mondiale signifie que les pays avancés intériorisent une plus petite partie des gains mondiaux tirés de leur propre appui à la coopération multilatérale. Les pays avancés perçoivent une fuite des bienfaits au profit des autres pays qui est relativement plus importante aujourd’hui que par le passé, et ce par rapport à leurs propres gains. Ce changement pourrait inciter certains pays à se retirer dans une autosuffisance imaginée. Mais l’interdépendance économique est plus forte que jamais, par la voie, entre autres, du commerce, de la finance, du transfert des connaissances, des migrations et des effets sur l’environnement, et cela rend la coopération dans les domaines d’intérêt commun plus importante que jamais aussi, y compris pour les pays avancés.

Le multilatéralisme doit évoluer de manière à ce que chaque pays considère qu’il y va de son propre intérêt, même dans un monde multipolaire. Mais cela exigera un soutien politique national à la collaboration internationale. Des politiques d’inclusion qui veillent à ce que les gains de la croissance économique soient partagés par le plus grand nombre sont non seulement souhaitables en tant que telles, mais peuvent aussi contribuer à convaincre les citoyens que la coopération internationale leur profite. Je suis fier que, pendant mon mandat, le FMI ait défendu de plus en plus de telles politiques, tout en cherchant à trouver des solutions multilatérales aux problèmes mondiaux. Sans davantage de politiques d’inclusion, le multilatéralisme ne peut pas survivre. Et, sans multilatéralisme, le monde sera plus pauvre et plus dangereux.

Maurice Obstfeld

Conseiller économique

Résumé Analytique

L’expansion régulière qui est en cours depuis la mi-2016se poursuit : la croissance mondiale devrait rester à son niveau de 2017 en 2018–19. Par ailleurs, cependant, l’expansion est devenue moins équilibrée et pourrait avoir culminé dans certains grands pays. Les risques de révision à la baisse de la croissance mondiale ont augmenté au cours des six derniers mois, et les chances de révision à la hausse ont diminué.

La croissance mondiale devrait s’établir à 3,7 % en 2018–19, soit 0,2 point de pourcentage de moins que prévu en avril pour les deux années. Aux États-Unis, l’expansion reste vigoureuse, car la relance budgétaire continue de s’amplifier, mais la prévision pour 2019 a été révisée à la baisse en raison des mesures commerciales qui ont été annoncées récemment, notamment les droits de douane appliqués à 200 milliards de dollars d’importations américaines en provenance de la Chine. Les projections de croissance ont été révisées à la baisse pour la zone euro et le Royaume-Uni, l’activité ayant été moins dynamique que prévu au début de 2018. Parmi les pays émergents et les pays en développement, les perspectives de croissance de bon nombre de pays exportateurs d’énergie ont été rehaussées par la montée des prix du pétrole, mais la croissance a été révisée à la baisse pour l’Argentine, le Brésil, l’Iran et la Turquie, entre autres, en raison de facteurs propres à ces pays, du durcissement des conditions financières, de tensions géopolitiques et de la hausse des factures d’importations de pétrole. La Chine et un certain nombre de pays asiatiques devraient aussi enregistrer une croissance un peu plus faible en 2019 à la suite des mesures commerciales qui ont été annoncées récemment. Au-delà des deux prochaines années, tandis que les écarts de production se combleront et que les paramètres des politiques monétaires continueront de se normaliser, la croissance dans la plupart des pays avancés devrait ralentir pour s’établir à son taux potentiel, soit bien en deçà des moyennes atteintes avant la crise financière mondiale d’il y a dix ans. Le ralentissement de l’expansion de la population en âge de travailler et les faibles gains de productivité qui sont attendus constituent les raisons principales du fléchissement de la croissance à moyen terme. Aux États-Unis, la croissance s’affaiblira, car les effets de la relance budgétaire commenceront à s’estomper en 2020, à un moment où le cycle de durcissement monétaire devrait être à son sommet. En Chine, la croissance restera vigoureuse, mais devrait ralentir progressivement, et les perspectives restent médiocres dans quelques pays émergents et pays en développement, surtout pour ce qui est de la croissance par habitant, y compris dans des pays exportateurs de produits de base qui continuent d’être confrontés à des besoins considérables d’assainissement budgétaire ou sont plongés dans des guerres et des conflits.

Le solde des aléas influant sur la croissance mondiale est négatif dans un contexte d’incertitude élevée. Plusieurs des risques mis en évidence dans les Perspectives de l’économie mondiale (PEM) d’avril 2018, par exemple une montée des obstacles au commerce et une inversion des flux de capitaux vers les pays émergents dont les paramètres fondamentaux sont plus faibles et le risque politique plus élevé, sont devenus plus prononcés ou se sont matérialisés en partie. Si les conditions financières restent accommodantes dans les pays avancés, elles pourraient se durcir rapidement si, par exemple, les tensions commerciales et l’incertitude s’accentuaient. La politique monétaire constitue un autre déclencheur éventuel. L’économie américaine opère au-delà du plein emploi, mais la trajectoire des relèvements des taux d’intérêt que les marchés anticipent est moins pentue que celle prévue par la Réserve fédérale. Une inflation exceptionnellement élevée aux États-Unis pourrait donc pousser les investisseurs à réévaluer abruptement les risques. Un durcissement des conditions financières dans les pays avancés pourrait provoquer des ajustements de portefeuille perturbateurs, de vives fluctuations des taux de change et de nouvelles réductions des entrées de capitaux dans les pays émergents, en particulier les plus vulnérables d’entre eux.

La reprise a contribué à rehausser l’emploi et les revenus, a renforcé les bilans et a permis de reconstituer les amortisseurs. Cependant, le solde des aléas influant sur les perspectives étant maintenant négatif, il est plus urgent de renforcer les perspectives d’une croissance vigoureuse et inclusive. Pour préserver et amplifier l’expansion mondiale, il demeure essentiel d’éviter les réactions protectionnistes aux changements structurels et de trouver des solutions fondées sur la coopération qui encouragent la croissance constante des échanges de biens et services. A un moment où la croissance est supérieure à son potentiel dans bon nombre de pays, les dirigeants devraient viser à promulguer des réformes qui rehaussent les revenus à moyen terme au profit de tous. Comme les capacités excédentaires diminuent et que les risques de dégradation augmentent, de nombreux pays doivent reconstituer leurs amortisseurs budgétaires et renforcer leur résilience à un environnement où les conditions financières pourraient se durcir soudainement et nettement.

Dans les pays avancés, l’activité économique a perdu de sa vigueur au premier semestre de 2018 après avoir culminé au second semestre de 2017. Les résultats ont été inférieurs aux projections dans la zone euro et au Royaume-Uni; la croissance du commerce et de la production industrielle à l’échelle mondiale a fléchi, et certains indicateurs à haute fréquence se sont repliés. L’inflation hors alimentation et énergie reste très différente parmi les pays avancés : elle s’inscrit bien en deçà de l’objectif dans la zone euro et au Japon, mais elle en est proche aux États-Unis et au Royaume-Uni. Parmi les pays émergents et les pays en développement, l’activité a continué de s’affermir progressivement dans les pays exportateurs d’énergie, mais s’est modérée dans certains pays importateurs. L’activité a ralenti plus nettement en Argentine, au Brésil et en Turquie, où des facteurs propres à ces pays et une détérioration de l’opinion des investisseurs ont joué un rôle aussi. L’inflation est montée de manière générale dans les pays émergents et les pays en développement, ce qui s’explique en partie par la répercussion des dépréciations monétaires. Si les conditions financières se sont durcies dans bon nombre de pays émergents et de pays en développement, elles restent favorables dans les pays avancés, en dépit des relèvements successifs du taux des fonds fédéraux aux États-Unis.

La croissance mondiale devrait atteindre 3,7 % pour 2018–19, soit 0,2 point de pourcentage en deçà de la projection des PEM d’avril 2018, et devrait fléchir à moyen terme. Les conditions financières mondiales devraient se durcir tandis que les politiques monétaires se normalisent; les mesures commerciales appliquées depuis avril pèseront sur l’activité en 2019 et au-delà; la politique budgétaire américaine amputera l’expansion à compter de 2020, et l’économie chinoise ralentira, du fait de l’affaiblissement de la croissance du crédit et de la montée des obstacles au commerce. Dans les pays avancés, un ralentissement marqué de la croissance de la population en âge de travailler et les faibles gains de productivité freineront la progression de la production potentielle à moyen terme. Parmi les pays émergents et les pays en développement, les perspectives à moyen terme sont mitigées. Les projections restent favorables pour les pays émergents d’Asie et d’Europe, en dehors de la Turquie, mais elles sont ternes pour l’Afrique subsaharienne, l’Amérique latine et le Moyen-Orient, où, en dépit de la reprise en cours, les perspectives à moyen terme des pays exportateurs de produits de base restent généralement modérées, la diversification de l’économie et l’ajustement des finances publiques devant être poursuivis. Les perspectives pour 2018–19 ont été révisées nettement à la baisse pour l’Iran, du fait de la réimposition des sanctions américaines. Pour la Turquie, les turbulences sur les marchés, la forte dépréciation de la monnaie et l’incertitude élevée pèseront sur l’investissement et la demande des consommateurs, ce qui justifie aussi une nette révision à la baisse des perspectives de croissance. En ce qui concerne la Chine et un certain nombre de pays asiatiques, la croissance a été révisée à la baisse également, à la suite des mesures commerciales qui ont été annoncées récemment. Environ 45 pays émergents et pays en développement, qui représentent 10 % du PIB mondial selon les parités de pouvoir d’achat, devraient enregistrer une croissance par habitant inférieure à celle des pays avancés sur la période 2018–23, et devraient donc se laisser distancer davantage sur le plan du niveau de vie.

Le solde des aléas qui influent sur la prévision de croissance mondiale est négatif, tant à court terme qu’au-delà. Les chances de révision à la hausse ont diminué, étant donné le fléchissement de la dynamique de croissance et le durcissement des conditions financières dans les pays émergents et les pays en développement. Par ailleurs, plusieurs des risques de dégradation qui ont été mis en évidence dans les PEM d’avril 2018, par exemple une montée des obstacles au commerce et une inversion des flux de capitaux vers les pays émergents dont la position extérieure est plus faible, tels que l’Argentine et la Turquie, sont devenus plus prononcés ou se sont matérialisés en partie.

L’escalade des tensions commerciales et l’abandon éventuel d’un système commercial multilatéral et fondé sur des règles constituent des menaces importantes pour les perspectives de l’économie mondiale. Depuis les PEM d’avril 2018, la rhétorique protectionniste est devenue de plus en plus concrète : les États-Unis ont imposé des droits de douane sur diverses importations, notamment sur 200 milliards d’importations en provenance de Chine, et leurs partenaires commerciaux ont pris ou ont promis des mesures de rétorsion, ainsi que d’autres mesures de protection. Une intensification des tensions commerciales — et la montée connexe de l’incertitude — pourrait éroder la confiance des entreprises et des marchés financiers, rendre les marchés financiers volatils et ralentir l’investissement et le commerce. L’augmentation des obstacles au commerce perturberait les chaînes mondiales d’approvisionnement et entraverait la propagation des nouvelles technologies, pour, en fin de compte, réduire la productivité et la prospérité à l’échelle mondiale. Par ailleurs, l’imposition de restrictions supplémentaires aux importations ferait monter le prix des biens de consommation échangeables, ce qui nuirait de manière disproportionnée aux ménages à faible revenu.

Les conditions financières mondiales, qui restent accommodantes, pourraient se durcir brutalement, sous l’effet d’un resserrement plus agressif de la politique monétaire dans les pays avancés ou de la matérialisation d’autres risques qui modifient l’humeur des marchés. Cela exposerait les vulnérabilités qui se sont accumulées au fil des années, saperait la confiance et compromettrait l’investissement (un moteur essentiel de la prévision de référence pour la croissance). À moyen terme, les risques sont liés à une accumulation continue de facteurs de vulnérabilité financière, à la mise en œuvre de politiques macroéconomiques insoutenables sur fond de perspectives de croissance modérée, à la hausse des inégalités et à la baisse de la confiance dans les politiques économiques traditionnelles. Une série d’autres risques non économiques sont importants aussi. Si l’un de ces risques se matérialise, la probabilité d’autres événements négatifs augmentera.

L’expansion qui se poursuit offre une ultime occasion de faire avancer, aux niveaux multilatéral et national, des politiques et des réformes qui consolident l’élan et accélèrent la croissance à moyen terme au profit de tous, tout en constituant des amortisseurs en vue de la prochaine récession et en accroissant la résilience à un environnement où les conditions financières pourraient se durcir soudainement et nettement.

Favoriser la coopération. Les pays doivent œuvrer ensemble pour s’attaquer aux problèmes qui vont au-delà de leurs propres frontières. Afin de préserver et d’élargir les gains tirés de plusieurs décennies d’intégration commerciale mondiale fondée sur des règles, les pays doivent coopérer pour continuer de réduire les coûts du commerce et résoudre leurs différends sans établir de barrières ayant des effets de distorsion. Il est essentiel aussi de coopérer pour achever le programme de réforme de la réglementation financière, améliorer la fiscalité internationale, renforcer la cybersécurité, s’attaquer à la corruption et atténuer le changement climatique.

Aligner l’inflation sur les objectifs fixés, constituer des amortisseurs, réduire les déséquilibres excessifs. Il convient de continuer de mener une politique monétaire accommodante là où l’inflation est faible, mais, lorsque l’inflation est proche de l’objectif fixé, une normalisation prudente, bien communiquée et tributaire des données doit être entreprise. La politique budgétaire doit avoir pour objectif de reconstituer les amortisseurs en vue de la prochaine récession, et la composition des dépenses et des recettes publiques doit être à même de favoriser la production potentielle et l’inclusion. Dans les pays qui fonctionnent à plein emploi ou presque, et qui affichent un déficit courant excessif et une position budgétaire insoutenable (notamment les États-Unis), il convient de stabiliser et, en fin de compte, de réduire la dette publique, ainsi que de retirer les mesures de relance procyclique, qui contribuent à aggraver les déséquilibres mondiaux et à accroître les risques pesant sur l’économie américaine et l’économie mondiale. Les pays ayant un excédent courant et de l’espace budgétaire (par exemple l’Allemagne) devraient augmenter leur investissement public pour rehausser leur croissance potentielle et réduire les déséquilibres extérieurs.

Renforcer le potentiel de croissance plus élevée et plus inclusive. Tous les pays doivent saisir l’occasion pour adopter des réformes et des mesures structurelles qui accroissent la productivité et garantissent des gains généralisés, par exemple en encourageant les innovations technologiques et leur diffusion, en rehaussant les taux d’activité (en particulier des femmes et des jeunes), en aidant les personnes déplacées par les changements structurels, ainsi qu’en investissant dans l’éducation et la formation afin d’augmenter les possibilités d’emploi.

Accroître la résilience. Les politiques macropruden-tielles et microprudentielles doivent avoir pour objectif de constituer des amortisseurs financiers, de réduire l’endettement croissant, de limiter la prise de risque excessive et de maîtriser les risques pesant sur la stabilité financière (y compris en matière de cybersécurité). Dans la zone euro, il convient de continuer de réparer les bilans. Les pays émergents doivent viser à maîtriser les passifs conditionnels et les asymétries de bilan. Sur la base des efforts qu’elle a déployés récemment, la Chine doit continuer de freiner la croissance du crédit et de s’attaquer aux risques financiers, même si sa croissance ralentit de manière temporaire. Au chapitre 2, il est noté que les pays dont la position budgétaire était plus solide avant la crise financière mondiale, ainsi que les pays disposant d’un régime de change plus flexible, ont enregistré des pertes de production plus faibles. Les pays plus vulnérables sur le plan financier avant la crise financière mondiale ont subi des pertes de production plus élevées, ce qui souligne l’importance des politiques macroprudentielles et d’un contrôle efficace. L’analyse figurant au chapitre 3 montre comment les pays émergents et les pays en développement peuvent tirer parti d’institutions plus solides. Tandis que les conditions financières mondiales sont en train de se normaliser, des cadres plus crédibles de politique monétaire qui ancrent bien les anticipations inflationnistes peuvent rendre l’économie plus résiliente aux chocs extérieurs en améliorant l’arbitrage entre inflation et production.

Améliorer les perspectives de convergence pour les pays en développement à faible revenu. Il est impératif de continuer de progresser vers les objectifs de développement durable des Nations Unies à l’horizon 2030 pour favoriser une plus grande sécurité économique et une amélioration du niveau de vie d’une part croissante de la population mondiale. Comme leur endettement public est généralement élevé, les pays en développement à faible revenu doivent renforcer considérablement leur position budgétaire, tout en accordant la priorité à des mesures bien ciblées pour réduire la pauvreté. Ils doivent aussi rendre leur système financier plus résilient. L’investissement dans le capital humain, l’amélioration de l’accès au crédit et la réduction des déficits d’infrastructures peuvent promouvoir la diversification économique et améliorer la capacité d’ajustement aux chocs climatiques.

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