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Chapitre 4. Fluctuations des cours des produits de base et conséquences pour les exportateurs*

Author(s):
International Monetary Fund. Research Dept.
Published Date:
June 2012
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Comment les fluctuations des cours des produits de base influent-elles sur les exportateurs de ces produits et comment ces derniers doivent-ils réagir? Ces questions sont à nouveau soulevées par la conjonction de la faiblesse de l’économie mondiale et de la résistance des marchés des produits de base après leur affaissement dans les années 80 et 90. Ce chapitre réexamine les résultats macroéconomiques des exportateurs de produits de base pendant les cycles des cours de ces produits. Il fait ressortir le parallélisme entre résultats et cycles. Lorsque les cours des produits de base sont déterminés par l’évolution de l’économie mondiale, l’effet économique sur les exportateurs est très marqué. Les politiques budgétaires anticycliques —qui consistent à accumuler des marges de manœuvre pendant les phases de hausse pour les utiliser quand des baisses se produisent —peuvent protéger les petits exportateurs de produits de base exposés à la volatilité induite par ces variations. Toutefois, lorsque les hausses prennent un caractère permanent, une progression des investissements publics couplée à une baisse des impôts sur le travail et le capital est susceptible d’accroître la productivité du secteur privé et la prospérité. Dans le contexte actuel, caractérisé à la fois par des niveaux de cours proches des records et par l’incertitude inhabituelle des perspectives générales, la priorité des exportateurs de produits de base est de perfectionner leur cadre d’actions et leurs institutions, tout en constituant des marges de manœuvre budgétaires. Mais si les cours restent élevés, il sera judicieux de suivre une démarche prudente: maintien des marges de manœuvre budgétaires et intégration graduelle de nouvelles informations pour permettre un ajustement en douceur à des niveaux de cours peut-être durablement supérieurs.

On assiste depuis une dizaine d’années à une vive poussée des cours des produits de base que la crise financière mondiale n’a que brièvement interrompue. À la fin de 2011, les cours moyens en termes réels de l’énergie et des métaux de base, multipliés par trois en seulement dix ans, approchaient ou dépassaient leurs niveaux records des quarante dernières années (graphique 4.1). Les cours de l’alimentation et des matières premières ont aussi beaucoup augmenté, mais en restant bien inférieurs aux maximums atteints dans les années 70. De nombreux experts attribuent le renchérissement des cours des produits de base à la croissance soutenue des pays émergents au cours de la décennie écoulée1.

Graphique 4.1.Cours mondiaux des produits de base, 1970–2011

(En termes réels)

Une hausse générale des cours des produits de base a été observée pendant la dernière décennie.

Source: calculs des services du FMI.

Note: L’indice des cours réels d’une catégorie de produits de base est la moyenne pondérée de leurs cours mondiaux en dollars déflatée par l’indice des prix américains à la consommation et normalisée pour être à 100 en 2005. Les lignes verticales en bleu indiquent les points culminants des cycles longs et les lignes rouges les points bas. Les dates exactes de ces points de retournement sont, pour l’énergie: 1981: M1, 1998: M12, 2008: M7; pour les métaux: 1974: M4, 2001: M12, 2008: M6; pour l’alimentation: 1977: M4, 2001: M11, 2011: M2; pour les matières premières: 1973: M9, 2002: M1, 2011: M2. Voir l’appendice 4.1 pour une description complète des données sous-jacentes.

À l’avenir, les exportateurs de produits de base pourraient connaître une phase de retournement en raison de la mollesse de l’économie mondiale et des risques accrus qui pèsent sur les perspectives à court terme (voir chapitre 1). Si les risques se concrétisaient, ces pays exportateurs, dont la plupart sont émergents ou en développement (graphique 4.2), pourraient être confrontés à des problèmes encore plus grands. À l’inverse, en cas de confirmation des aléas géopolitiques concernant le pétrole, son cours pourrait s’élever temporairement, mais le freinage général de l’expansion qui en résulterait pourrait faire baisser les cours des autres produits de base. Le présent chapitre traite ces problèmes en posant les questions suivantes:

Graphique 4.2.Part des exportations nettes de produits de base dans les exportations totales et le PIB

(En pourcentage)

Dans de nombreux pays émergents et en développement, les exportations nettes de produits de base représentent une proportion notable des exportations totales de marchandises et du PIB.

Source: calculs des services du FMI.

Note: Les cartes montrent les moyennes pour les différents pays au moyen des données annuelles disponibles couvrant la période 1962–2010. On trouvera à l’appendice 4.1 une description complète des données sous-jacentes.

  • Quelle est l’influence des cycles des cours des produits de base sur les résultats économiques de leurs exportateurs? Comment les indicateurs standards —comme la croissance du PIB réel, la progression du crédit ainsi que les soldes extérieurs et budgétaires —se comportent-ils au cours de ces cycles?
  • Quelle est l’incidence sur les exportateurs de produits de base des fluctuations de leurs cours entraînées par des changements inattendus de l’activité mondiale?
  • Comment les petits exportateurs ouverts doivent-ils protéger leur économie de l’instabilité des cours? Quel est le rôle de la politique budgétaire? Quelle doit être l’interaction des politiques budgétaires et monétaires? Quelle est l’influence sur les choix de politique économique du niveau préexistant de la dette publique et d’autres caractéristiques structurelles, telles que le poids des exportations de produits de base dans l’économie?

Ce chapitre contribue au débat de plusieurs manières. D’abord, il montre que la sensibilité des exportateurs aux cycles des cours des produits de base peut différer selon leur nature: énergie, métaux, alimentation et matières premières agricoles. Il est noté aussi que toutes les variations des cours des produits de base n’ont peut-être pas les mêmes effets et explique l’incidence des chocs sur les marchés de produits de base induits par l’activité mondiale2. Enfin, en utilisant le modèle monétaire et budgétaire mondial intégré du FMI (GIMF), il évalue la réaction optimale de la politique budgétaire aux fluctuations générales des cours pour les exportateurs de petite taille et ouverts. Cette analyse par modèle vient en complément d’autres études sur la politique budgétaire dans les pays exportateurs de produits de base en établissant une distinction entre les conséquences des chocs mondiaux sur leurs cours selon qu’ils découlent de la demande ou de l’offre. Il en ressort aussi que la réaction budgétaire appropriée dépend des autres politiques en vigueur, des caractéristiques structurelles de l’exportateur de produits de base et de l’incidence de ces mesures à vocation interne sur la stabilité économique mondiale3.

Il convient de souligner que la stabilisation macroéconomique face à la volatilité des cours des produits de base n’est que l’une des nombreuses priorités des pays émergents et en développement qui les exportent. Les autres problèmes sont le caractère épuisable de ces ressources, l’équité entre les générations et le risque du «syndrome néerlandais», lié à leur découverte. La hiérarchie des priorités dépend des spécificités du pays, notamment sa dotation en produits de base, ses moyens institutionnels et son niveau de développement4. Même si nous étudions aussi les effets des changements permanents des cours, une étude complète des politiques optimales dépasse le cadre de ce chapitre en raison de la multiplicité d’objectifs cycliques et à plus long terme des exportateurs.

Les principales conclusions de l’analyse sont les suivantes:

  • Les résultats macroéconomiques des exportateurs de produits de base tendent à évoluer parallèlement aux cycles de leurs cours. L’activité ainsi que les soldes extérieurs et budgétaires se dégradent (s’améliorent) pendant les phases de baisse (de hausse), que cellesci soient durables ou qu’il s’agisse de fluctuations se limitant à quelques années. Le phénomène est généralement plus marqué pour les exportateurs d’énergie et de métaux que pour ceux d’alimentation et de matières premières; c’est peut-être parce que les cours de l’énergie et des métaux sont plus sensibles au cycle conjoncturel mondial et parce qu’ils représentent généralement une part plus élevée des exportations totales et du PIB.
  • L’origine d’une variation des cours importe aussi, en raison de ses effets économiques sur les exportateurs de ces produits. On constate en particulier que les niveaux de cours déterminés par des changements inattendus de l’activité mondiale (demande) ont une incidence notable sur l’activité réelle des exportateurs ainsi que sur leurs soldes extérieurs et budgétaires, alors que les effets produits par des changements non anticipés de la production mondiale de produits de base (offre) n’ont pas toujours des effets significatifs. L’effet est en général plus marqué sur les exportateurs de pétrole que sur ceux d’autres produits de base.
  • Pour les petits exportateurs de produits de base, la réaction budgétaire optimale aux fluctuations de cours consiste à adopter une orientation anticyclique: épargner le surcroît de recettes lié à une hausse pendant la durée de celle-ci et s’en servir en période de baisse. Ce mode de gestion budgétaire atténue l’instabilité macroéconomique due aux fluctuations des cours des produits de base.
  • Toutefois, l’efficacité des mesures anticycliques dépend aussi de deux autres facteurs: d’abord le degré d’autonomie de la politique monétaire —la politique budgétaire est plus efficace en régime de ciblage de l’inflation et de flexibilité de taux de change, car la politique monétaire atténue la volatilité de l’inflation; ensuite, le montant de la dette publique nette —s’il est élevé, sa réduction doit devenir prioritaire pour faire baisser la prime de risque souverain et établir la crédibilité. En outre, face à certains chocs sur les marchés de produits de base et dans certaines circonstances, une réaction moins anticyclique des principaux exportateurs de produits de base peut être préférable dans une optique d’action collective.
  • Si la variation des cours des produits de base revêt un caractère permanent, la question centrale devient celle de l’ajustement optimal à un niveau de recettes budgétaires émanant des produits de base constamment supérieur ou inférieur. Dans le cas d’une hausse durable, une progression des investissements publics couplée à un allégement des impôts sur le travail et le capital bénéficie à la productivité du secteur privé et au bien-être. Mais il n’est pas facile de faire la distinction entre les variations temporaires et permanents des cours des produits de base. Cela montre bien la nécessité d’améliorer le cadre de politique économique et de dégager des marges budgétaires, tout en intégrant graduellement de nouvelles informations sur le caractère permanent des cours.

Qu’indiquent ces conclusions aux producteurs de produits de base? Les médiocres perspectives de l’économie mondiale laissent penser que les cours des produits de base n’augmenteront sans doute pas au rythme observé pendant la décennie écoulée. En fait, selon les projections du scénario de référence des Perspectives de l’économie mondiale, ils fléchiraient quelque peu en 2012—13 (voir le chapitre 1). Les risques non négligeables qui pèsent sur la croissance mondiale pourraient aussi entraîner un recul plus marqué de ces cours. Par ailleurs, si les cours du pétrole s’envolaient en raison d’une aggravation des craintes concernant l’offre, cela pourrait affaiblir de manière inattendue la demande mondiale et faire finalement baisser tous les autres produits de base. À supposer qu’un fléchissement cyclique se produise, l’expérience passée montre que les exportateurs de ces produits seraient probablement touchés. Un certain nombre d’entre eux sont prêts à faire face à une situation de ce type, parce qu’ils ont renforcé leurs cadres de politique économique au fil du temps ou déjà adopté des principes opératoires pour guider la politique budgétaire. Les autres devraient profiter du niveau élevé des cours pour réduire la dette publique, améliorer les institutions et dégager des marges d’action budgétaire permettant de prendre des mesures anticycliques en temps opportun dans l’hypothèse d’une baisse des cours des produits de base.

Quelles leçons tirer pour le plus long terme? Il est possible que les cours des produits de base connaissent une phase de hausse prolongée et se maintiennent à proximité des points culminants atteints dans le passé5. Mais il est aussi envisageable qu’ils reculent en réaction à une plus grande efficience de la part des usagers et à la suppression des contraintes antérieures sur l’offre. Face à un degré d’incertitude inhabituel et à la difficulté de prévoir l’évolution des marchés de produits de base en temps réel, il est préférable de faire preuve de prudence en constituant des volants de sécurité pour faire face à l’instabilité cyclique et en intégrant progressivement de nouvelles informations de façon à permettre un ajustement en douceur à des niveaux de cours qui pourraient être en permanence supérieurs6.

Le chapitre s’ordonne de la façon suivante. La première section présente des faits stylisés concernant le comportement des indicateurs économiques internes quand les cours des produits de base fluctuent. La deuxième évoque les effets des chocs sur les marchés de produits de base. La troisième examine les réactions optimales de la politique économique aux variations des cours de ces produits. Enfin, la dernière section résume et conclut.

Fluctuations des cours des produits de base et résultats macroéconomiques

Quelle est la relation entre les résultats économiques des exportateurs de produits de base et les cours de ces derniers7? La réponse à cette question comporte deux parties. D’abord, nous examinons les résultats obtenus pendant les deux récentes périodes les plus notables de hausse soutenue des cours —le début des années 70 et les années 2000 —ainsi qu’au cours des phases intermédiaires de chute des années 80 et 908. Cet exercice montre le rapport qui existe entre les résultats des exportateurs de produits de base et les niveaux des cours. Ensuite, nous étudions les fluctuations et les cycles réguliers de ces cours depuis 50 ans. Cela permet de détecter d’éventuels parallélismes entre la situation économique des exportateurs et les cycles de cours, quelles que soient leurs tendances sous-jacentes. Ces analyses descriptives révèlent des corrélations utiles entre les cycles mondiaux des cours de produits de base et les indicateurs internes sans impliquer un rapport de causalité. Des différences apparaissent entre les quatre catégories distinctes de produits —l’énergie, les métaux, l’alimentation (et les boissons) et les matières premières agricoles. Elles portent sur de nombreux aspects —la structure de base des marchés sous-jacents, la nature du produit (par exemple les ressources renouvelables par opposition aux ressources épuisables) et leurs liens avec l’activité mondiale (ainsi, comme les métaux et l’énergie sont plus importants pour l’industrialisation et l’édification d’infrastructures, leurs cours sont peutêtre plus fortement corrélés au cycle conjoncturel mondial que ceux de l’alimentation et des matières premières agricoles). Nous nous intéressons aussi à un produit important appartenant à chacune des quatre catégories —le pétrole brut (énergie), le cuivre (métaux), le café (alimentation) et le coton (matières premières) —afin de voir si les grandes tendances constatées pour ces catégories de produits de base se vérifient aussi pour chacun d’entre eux9.

Résultats économiques en phase d’envolée et de chute des cours des produits de base

Les exportateurs de produits de base ont obtenu de meilleurs résultats macroéconomiques dans les années 70 et 2000, époques où les cours des produits de base étaient élevés en termes réels, que dans les années 80 et 90 pendant lesquelles ils étaient bas (tableau 4.1)10. En comparaison avec la période intermédiaire, la croissance du PIB réel de l’exportateur médian de produits de base a été supérieure de 1½ à 3½ points pendant les années 70 et de 2 à 4 points pendant les années 200011. En outre, malgré la hausse de ces cours, l’inflation mesurée par l’indice des cours à la consommation (IPC) a été moindre au cours des deux périodes de hausse que dans l’intervalle, au cours duquel de nombreux exportateurs ont connu des crises et peiné à atteindre la stabilité macroéconomique et financière.

Tableau 4.1.Performance économique moyenne des exportateurs nets de produits de base, 1970–2010
Hausse des années 70Chute de 1980–2000Hausse des années 2000Moyenne 1960–2010
Croissance du PIB réel

(points de pourcentage)
Exportateurs nets d’énergie5,62,54,64,3
Exportateurs nets de métaux5,62,26,43,5
Exportateurs nets d’alimentation5,12,94,54,0
Exportateurs nets de produits bruts5,03,35,34,3
Écart de croissance du PIB réel avec les pays émergents

et en développement n’exportant pas de produits de base

(points de pourcentage)
Exportateurs nets d’énergie1,1–0,8–0,80,5
Exportateurs nets de métaux2,0–1,80,5–0,4
Exportateurs nets d’alimentation0,6–0,8–0,60,2
Exportateurs nets de produits bruts1,4–0,60,20,5
Ratio dette publique/PIB

(en pourcentage du PIB)
Exportateurs nets d’énergie31,363,924,144,4
Exportateurs nets de métaux36,252,727,352,4
Exportateurs nets d’alimentation21,978,737,450,0
Exportateurs nets de produits bruts33,680,234,557,4
Variation du ratio dette publique/PIB

(en points de pourcentage, hausse = dégradation)
Exportateurs nets d’énergie0,71,1–4,5–0,4
Exportateurs nets de métaux1,51,2–4,0–0,4
Exportateurs nets d’alimentation0,81,5–3,90,4
Exportateurs nets de produits bruts0,11,7–5,9–0,3
Inflation moyenne

(en points de pourcentage)
Exportateurs nets d’énergie8,614,46,612,5
Exportateurs nets de métaux8,422,59,216,1
Exportateurs nets d’alimentation6,413,27,310,7
Exportateurs nets de produits bruts4,612,46,810,1
Source: calculs des services du FMI.Note: Les chiffres indiquent la valeur médiane des moyennes des pays pendant la période couverte, à l’exception du ratio dette publique/PIB qui est la valeur médiane en fin de période, sauf indication contraire. Les exportateurs de produits de base sont les pays où le rapport entre les exportations nettes de produits d’une certaine catégorie et les exportations totales de marchandises est supérieur ou égal à 10 %. Les pays non exportateurs de produits de base sont ceux où le rapport entre les exportations nettes de produits d’une certaine catégorie et les exportations totales de marchandises est inférieur ou égal à zéro. On trouvera au graphique 4.1 les dates exactes qui marquent les différentes périodes de cycle long pour les catégories de produits de base mentionnées ici. Comme les données du tableau ci-dessus sont annuelles, les dates sont arrondies à la dernière année.
Source: calculs des services du FMI.Note: Les chiffres indiquent la valeur médiane des moyennes des pays pendant la période couverte, à l’exception du ratio dette publique/PIB qui est la valeur médiane en fin de période, sauf indication contraire. Les exportateurs de produits de base sont les pays où le rapport entre les exportations nettes de produits d’une certaine catégorie et les exportations totales de marchandises est supérieur ou égal à 10 %. Les pays non exportateurs de produits de base sont ceux où le rapport entre les exportations nettes de produits d’une certaine catégorie et les exportations totales de marchandises est inférieur ou égal à zéro. On trouvera au graphique 4.1 les dates exactes qui marquent les différentes périodes de cycle long pour les catégories de produits de base mentionnées ici. Comme les données du tableau ci-dessus sont annuelles, les dates sont arrondies à la dernière année.

Il s’avère que les exportateurs d’énergie et de métaux ont fait plutôt mieux pendant la dernière décennie qu’au cours des années 70. Ils ont bénéficié d’une nette accélération de la croissance du PIB réel et d’un sensible recul de l’inflation au cours des années 2000. Cela résulte peut-être de son ciblage dans les pays émergents et en développement, dont ceux qui exportent des produits de base (Afrique du Sud, Brésil, Chili, Colombie et Thaïlande par exemple)12. Ces pays ont aussi beaucoup plus réduit leurs dettes publiques au cours des années 2000 que pendant la période de hausse des années 7013. Enfin, ce n’est qu’au cours des années 2000 qu’on a observé un redressement des soldes budgétaires moyens, représentés par l’évolution du ratio dette publique/PIB, des exportateurs de toutes les catégories de produits de base, alors qu’il n’y en avait eu aucun dans les années 70.

Les politiques macroéconomiques des exportateurs de produits de base ont continué à s’améliorer dans les années 2000. Nous examinons le comportement de leurs indicateurs économiques à trois moments précis de la dernière décennie, au début de la période de hausse, au milieu de la décennie, et à la fin de celle-ci (tableau 4.2)14. Malgré la Grande Récession, les taux d’inflation et la dette publique ont fortement diminué pendant cette décennie. En revanche, les soldes budgétaires globaux et corrigés des variations cycliques se sont redressés jusqu’au milieu de la décennie, mais dégradés jusqu’à son terme. La dégradation observée en 2010 est probablement due aux mesures budgétaires prises en réponse à la crise mondiale. De plus, l’interaction des politiques et des situations économiques a abouti à une certaine diminution de la dette des exportateurs de produits de base à la fin de la décennie en dépit de l’évolution négative des soldes budgétaires15.

Tableau 4.2.Performance macroéconomique des exportateurs nets de produits de base dans les années 2000
200120052010Moyenne 2001–2010
Ratio dette/PIB

(en pourcentage)
Exportateurs nets d’énergie59,838,720,741,1
Exportateurs nets de métaux52,741,136,447,6
Exportateurs nets d’alimentation78,765,837,454,5
Exportateurs nets de produits bruts80,252,934,553,9
Variation du ratio dette publique/PIB

(en points de pourcentage)
Exportateurs nets d’énergie–1,0–6,7–1,8–4,2
Exportateurs nets de métaux–7,1–7,6–0,8–3,0
Exportateurs nets d’alimentation1,5–5,4–0,4–3,4
Exportateurs nets de produits bruts–1,0–6,5–0,3–4,8
Solde budgétaire global

(en pourcentage du PIB)
Exportateurs nets d’énergie–0,90,7–1,3–0,7
Exportateurs nets de métaux–1,80,8–0,4–0,9
Exportateurs nets d’alimentation–3,4–2,1–2,1–1,8
Exportateurs nets de produits bruts–2,6–2,4–2,3–2,1
Solde budgétaire structurel

(en pourcentage du PIB potentiel)
Exportateurs nets d’énergie2,50,3–2,2–0,9
Exportateurs nets de métaux0,8–0,2–3,1–1,6
Exportateurs nets d’alimentation–3,2–2,6–2,6–3,2
Exportateurs nets de produits bruts–4,8–1,6–3,1–2,6
Inflation

(en points de pourcentage)
Exportateurs nets d’énergie4,97,44,77,5
Exportateurs nets de métaux8,47,96,98,6
Exportateurs nets d’alimentation5,77,24,87,7
Exportateurs nets de produits bruts5,16,95,37,0
Log de la variation du taux de change effectif réel

(multipliée par 100)
Exportateurs nets d’énergie3,21,50,31,5
Exportateurs nets de métaux1,32,91,50,8
Exportateurs nets d’alimentation1,62,2–2,10,9
Exportateurs nets de produits bruts1,60,4–2,81,0
Source: calculs des services du FMI.Note: Les cycles indiquent la valeur médiane de l’année concernée au sein de l’échantillon, sauf indication contraire. Les exportateurs de produits de base sont les pays où le rapport entre les exportations nettes de produits de base d’une certaine catégorie et les exportations totales de marchandises est supérieur ou égal à 10 %.
Source: calculs des services du FMI.Note: Les cycles indiquent la valeur médiane de l’année concernée au sein de l’échantillon, sauf indication contraire. Les exportateurs de produits de base sont les pays où le rapport entre les exportations nettes de produits de base d’une certaine catégorie et les exportations totales de marchandises est supérieur ou égal à 10 %.

Résultats économiques pendant des fluctuations plus brèves des cours des produits de base

Des éléments indiquant une correspondance positive entre les résultats macroéconomiques, d’une part, et les hausses et les chutes des cours des produits de base, d’autre part, nous examinons maintenant les conséquences des cycles plus brefs des cours de ces produits. À cette fin, nous distinguons les points de retournement des cours réels au sein de chaque catégorie de produits de 1957 à octobre 201116. On obtient ainsi plus de 300 cycles complets pour 46 produits, la durée médiane (moyenne) d’une phase de hausse étant de 2 (2½) années et celle d’une phase de baisse de 2½ (3) années. Dans une phase de baisse moyenne, les cours réels reculent (du point haut au point bas) de 38 à 52 %, les variations étant plus fortes pour ceux de l’énergie et des métaux (voir appendice 4.2). On résume ci-dessous les relations entre les principaux indicateurs économiques pendant les phases de hausse et de baisse.

À quelques exceptions près, les indicateurs des résultats économiques des exportateurs de produits de base tendent à évoluer parallèlement aux cycles des cours de ces produits —ils s’améliorent lors des phases de hausse et se dégradent lors des phases de baisse. On observe ce phénomène pour chacune des quatre catégories de produits de base. De plus, les différences de résultats économiques entre périodes de hausse et de baisse s’amplifient en général lorsque les cycles durent plus longtemps et/ou lorsqu’ils s’accompagnent de variations des cours supérieures à la moyenne. Plus précisément17:

  • Le PIB réel (graphique 4.3, plages 1 et 2): dans les quatre catégories d’exportateurs de produits de base, la croissance médiane du PIB réel est inférieure d’½ à 1¼ de point au cours des phases de baisse comparativement aux périodes de hausse.
  • La progression du crédit est de 1 à 2 points moins forte dans une phase de baisse typique que dans une phase de hausse pour les exportateurs d’énergie et de métaux; la différence est plus marquée pour les exportateurs de denrées alimentaires, puisqu’elle atteint 6 points (graphique 4.3, plages 3 et 4)18.
  • Les soldes extérieurs (graphique 4.3, plages 5 et 6): le solde courant se dégrade lors d’une baisse comparativement à ce qui se passe pendant une hausse. L’écart est le plus marqué pour les exportateurs d’énergie, dont le solde courant passe d’un excédent de ¾ % du PIB lors d’une phase de hausse à un déficit de 2¼ % du PIB lors d’une phase de baisse. Chez tous les exportateurs de produits de base, les différences sont plus accentuées quand la phase de variation des cours est plus durable ou plus marquée que d’ordinaire. Ainsi, la dégradation des termes de l’échange découlant d’un recul des cours à l’exportation d’un produit de base fait plus que compenser l’éventuel effet positif de ce recul sur la demande.

Graphique 4.3.Performance macroéconomique des exportateurs de produits de base lors des fluctuations des cours de ces produits

Les résultats économiques des exportateurs de produits de base évoluent parallèlement aux variations des cours de ces produits.

Source: calculs des services du FMI.

Note: Chaque barre montre la valeur médiane des moyennes des pays au sein de l’échantillon de la variable concernée. Il n’y a de barres que si l’on dispose d’au moins trois années de données pour au moins trois pays. On trouvera à l’appendice 4.1 une description complète des données sous-jacentes.

  • Les soldes budgétaires (graphique 4.3, plages 9—12): la situation budgétaire est moins bonne dans les périodes de baisse que dans celles de hausse. Nous en présentons deux mesures: la variation du ratio dette publique/PIB et le solde budgétaire global19. Elles indiquent une dégradation du solde de ½ à 4 points de PIB dans les périodes de baisse comparativement à celles de hausse, avec une plus grande variation chez les exportateurs d’énergie et de métaux.
  • La stabilité financière: chez les exportateurs de produits de base, les crises bancaires vont plus souvent de pair avec des baisses de leurs cours qu’avec des hausses (tableau 4.3).
  • Le taux de change effectif réel (TCER) est généralement plus ferme au cours d’une phase de hausse des cours des produits de base que lors d’une baisse (graphique 4.3, plages 7 et 8). Sa variation cumulée en pourcentage pendant une phase de hausse (du point le plus bas au point culminant) dépasse habituellement ce que l’on observe lors d’une phase de baisse (du point culminant au point le plus bas). La variation est particulièrement remarquable pour les exportateurs d’énergie et de métaux, alors qu’on ne l’observe pas chez les exportateurs de denrées alimentaires20.
Tableau 4.3.Rapport entre les fluctuations des cours des produits de base et les crises bancaires chez les exportateurs nets de ces produits(Nombre d’observations)
Exportateurs nets d’énergie
Pas de crise bancaireCrise bancaireTotal
Hausse40967476
Baisse39977476
Total808144952
Exportateurs nets de métaux
Pas de crise bancaireCrise bancaireTotal
Hausse26225287
Baisse34049389
Total60274676
Exportateurs nets d’alimentation
Pas de crise bancaireCrise bancaireTotal
Hausse43383516
Baisse825168993
Total1.2582511.509
Exportateurs nets de matières premières
Pas de crise bancaireCrise bancaireTotal
Hausse52046566
Baisse492105597
Total1.0121511.163
Source: calculs des services du FMI.Note: Les tableaux croisent l’indice des cours des produits de base indiqué avec les crises bancaires dans la catégorie correspondante d’exportateurs nets de produits de base. L’indicateur de crise bancaire est tiré de Laeven et Valencia (2008, 2010). On trouvera à l’appendice 4.1 une description complète des données.
Source: calculs des services du FMI.Note: Les tableaux croisent l’indice des cours des produits de base indiqué avec les crises bancaires dans la catégorie correspondante d’exportateurs nets de produits de base. L’indicateur de crise bancaire est tiré de Laeven et Valencia (2008, 2010). On trouvera à l’appendice 4.1 une description complète des données.

Le synchronisation cyclique entre indicateurs économiques et cours des produits de base devient moins claire pour les produits de base considérés individuellement au sein de leurs catégories (graphique 4.4).

Graphique 4.4.Performance macroéconomique des exportateurs de quatre grands produits de base lors des fluctuations des cours de ces produits

Le parallélisme entre cycles des cours de produits de base et indicateurs économiques est plus marqué pour les exportateurs de pétrole et de cuivre que pour ceux de café et de coton.

Source: calculs des services du FMI.

Note: Chaque barre montre la valeur médiane des moyennes des pays au sein de l’échantillon de la variable concernée. Les variations durables se situent dans le quartile supérieur par durée, les variations fortes par amplitude. Il n’y a de barres que si l’on dispose d’au moins trois années de données pour au moins trois pays. On trouvera à l’appendice 4.1 une description complète des données sous-jacentes.

  • Activité: la procyclicité de la croissance du PIB réel est plus remarquable chez les exportateurs de pétrole et de cuivre que chez ceux de café et de coton. Le parallélisme plus accentué entre activité économique et cycles des cours pourrait résulter du poids supérieur du pétrole et du cuivre dans l’activité économique de leurs exportateurs —le ratio moyen exportations nettes/ PIB dépasse 20 % chez les exportateurs de pétrole et 10 % chez ceux de cuivre. Chez les exportateurs de café et de coton, il est de 3 % à 4 % en moyenne.
  • Solde extérieur: le solde courant est procyclique chez tous les exportateurs de produits, les différences entre phases de hausse et de baisse étant amplifiées quand le cycle sous-jacent est plus durable ou quand les variations des cours sont supérieures.
  • Solde budgétaire: le parallélisme entre les soldes budgétaires et les cycles des produits de base est plus frappant chez les exportateurs de pétrole brut et de cuivre que chez les exportateurs d’alimentation et de matières premières.

Cycles des cours des produits de base et politique économique

Après avoir démontré le parallélisme entre la situation économique interne des exportateurs de produits de base et les cycles de leurs cours, nous recherchons si ce parallélisme est atténué ou accentué par différentes politiques économiques. Nous nous intéressons en particulier à la nature du régime de change (fixité ou non) et au degré d’ouverture du compte de capital (relativement poussé ou limité). Comme auparavant, il ne faut pas interpréter à tort ces corrélations de base comme un lien de causalité entre les caractéristiques structurelles, d’une part, et le parallélisme entre situation économique et cours des produits de base, d’autre part.

Régime de change

La variabilité cyclique des indicateurs macroéconomiques est légèrement plus forte en régime de change fixe qu’en régime flexible, surtout pour les exportateurs d’énergie et de métaux (graphique 4.5). Dans le cadre d’un régime de change fixe, la croissance de la production fléchit plus nettement pendant les phases de baisse chez tous les exportateurs de matières premières, tandis que les différences sur le plan du solde courant sont supérieures pour les exportateurs de métaux et d’énergie. La fixité du taux de change peut théoriquement réduire la volatilité économique en limitant les fluctuations; néanmoins, elle ne peut amortir les chocs externes, notamment ceux liés aux variations des cours réels des produits de base. Peu de données indiquent une domination du deuxième effet chez les exportateurs d’énergie et de métaux21.

Graphique 4.5.Régime de change et performance des exportateurs lors des fluctuations des cours des produits de base

Dans les pays exportateurs d’énergie et de pétrole, le parallélisme entre cycles des cours de produits de base et indicateurs économiques est amplifié par la fixité du taux de change.

Source: calculs des services du FMI.

Note: Chaque barre montre la valeur médiane des moyennes des pays au sein de l’échantillon de la variable concernée. Il n’y a de barres que si l’on dispose d’au moins trois années de données pour au moins trois pays. Les régimes de change correspondent au classement «grossier» de Ilzetzki, Reinhart et Rogoff (2008), actualisé en 2010. On trouvera à l’appendice 4.1 une description complète des données sous-jacentes.

Ouverture du compte de capital

Si le compte de capital est très ouvert, le parallélisme entre indicateurs macroéconomiques et cycles des cours des produits de base est supérieur pour les exportateurs d’énergie et de métaux, mais pas pour ceux des autres produits de base (graphique 4.6). Globalement, il peut y avoir compensation de divers facteurs. Les pays pouvant plus facilement accéder aux capitaux internationaux devraient être mieux en mesure de lisser la volatilité de la production lorsque les cours des produits de base fluctuent, par exemple en empruntant sur ces marchés en phase de baisse des cours. Toutefois, il est possible que les marchés jouent un rôle procyclique chez certains, les flux de capitaux augmentant en période de hausse des cours des produits de base et diminuant quand ils baissent22. Le second facteur semble dominer chez les exportateurs d’énergie et de métaux, mais pas chez les exportateurs d’alimentation et de matières premières.

Graphique 4.6.Ouverture du compte de capital et performance des exportateurs lors des fluctuations des cours des produits de base

Dans les pays exportateurs d’énergie et de pétrole, il semble y avoir un plus grand parallélisme entre cycles des cours de produits de base et indicateurs économiques quand le compte de capital est très ouvert.

Source: calculs des services du FMI.

Note: Chaque barre montre la valeur médiane des moyennes des pays au sein de l’échantillon de la variable concernée. Il n’y a de barres que si l’on dispose d’au moins trois années de données pour au moins trois pays. Un pays est classé comme ayant une forte ouverture si sa mesure d’ouverture du compte de capital selon Chinn et Ito (2010) est supérieure ou égale à la médiane de l’échantillon. Dans le cas contraire, il est classé comme ayant une faible ouverture. On trouvera à l’appendice 4.1 une description complète des données sous-jacentes.

Pour résumer, les résultats macroéconomiques des exportateurs de produits de base sont étroitement liés à l’évolution des cours. Ce comportement procyclique vis-à-vis des cours est accentué quand leurs fluctuations sont de longue durée ou de grande ampleur. Mais on relève des différences profondes entre les exportateurs de produits de base. Ceux d’énergie et de métaux collent habituellement davantage aux à-coups des cours des produits de base que ceux de denrées alimentaires et de matières premières, le phénomène tendant à être plus prononcé en régime de change fixe et avec une grande ouverture du compte de capital.

Le fait que les différences de résultats macroéconomiques entre phases de hausse et de baisse soient en général plus grandes chez les exportateurs d’énergie et de métaux que chez ceux de produits alimentaires et agricoles s’explique peut-être en partie par des variations des cours plus marquées chez les premiers que chez les seconds. Mais, de façon plus générale, les corrélations mentionnées ci-dessus ne tiennent pas compte des mesures susceptibles d’atténuer ou d’accentuer le parallélisme entre situations économiques et cycles des produits de base. Pour l’énergie et les métaux, par exemple, les royalties sont le plus souvent supérieures à celles que rapportent d’autres produits de base, ce qui est de nature à renforcer le parallélisme entre indicateurs économiques et fluctuations des cours si elles sont dépensées pendant les phases de hausse.

Les déterminants des marchés de produits de base et leurs effets macroéconomiques

Comment une dégradation inattendue des perspectives économiques mondiales influe-t-elle sur les cours des produits de base et sur leurs exportateurs? Pour répondre à cette question, la présente section montre d’abord la manière dont les chocs sur l’activité mondiale se répercutent sur les cours des produits de base, puis estime l’incidence macroéconomique sur les exportateurs de ces produits.

Les déterminants des marchés de produits de base

En utilisant un modèle autorégressif vectoriel (VAR) des marchés mondiaux des produits de base appliqué au pétrole brut, au cuivre, au coton et au café, nous faisons apparaître la contribution aux fluctuations des cours des produits de base des chocs sur l’activité mondiale et sur la production de ces produits. Les variations de cours (non expliquées) qui subsistent découlent d’autres facteurs impossibles à identifier avec précision; mais il s’agit probablement d’une conjonction de facteurs de demande propres à chaque produit et d’anticipations à propos de l’évolution future de la production et de la demande mondiales23.

Les chocs sur la demande globale ont un effet positif sur les cours de tous les produits de base à l’exception du café (tableau 4.4). Un choc positif sur la demande globale de 1 écart-type (égal à une hausse de 0,6 % de l’indice mensuel de la production industrielle mondiale pour le pétrole et de 0,75 % pour le cuivre) fait augmenter le cours réel dans l’année impactée de 3,5 % pour le pétrole et de 2,4 % pour le cuivre. S’agissant du coton, une hausse de la demande mondiale de 1 écart-type, représentée par une progression de 0,8 % du PIB réel mondial, élève le cours du coton de 0,7 %. L’effet positif du choc sur la demande mondiale reste significatif même trois ans après l’impact pour les cours du pétrole brut et du coton.

Tableau 4.4.Effets dynamiques des chocs mondiaux sur les marchés des produits de base
Production de produits de baseActivité mondialeCours réel des produits de base
Produit de baseChocLors de l’impactÀ 3 ansLors de l’impactÀ 3 ansLors de l’impactÀ 3 ans
PétroleProduction0,488†0,2630,0240,059–1,0981,975
Activité mondiale0,128†–0,0800,610†0,2153,526†3,693†
CuivreProduction0,949†0,696†–0,031–0,076–0,873–2,106
Activité mondiale0,305†0,2290,752†0,475†2,414†0,693
CaféProduction6,933***1,767–0,144–0,163–1,050*–1,481
(0,731)(1,175)(0,156)(0,321)(0,557)(1,252)
Activité mondiale2,393*1,041***1,162***0,517–1,466
(1,263)(0,110)(0,328)(0,544)(1,319)
CotonProduction4,149***0,0950,370***0,425–0,038–0,296
(0,437)(1,059)(0,132)(0,345)(0,369)(0,536)
Activité mondiale–3,005**0,848***1,320***0,693*1,410**
(1,178)(0,089)(0,373)(0,361)(0,614)
Source: calculs des services du FMI.Note: Comme les modèles des marchés du pétrole et du cuivre sont à fréquence mensuelle, on montre pour ces produits de base l’effet moyen sur l’année correspondante. † est accolé à la statistique si 50 % au moins des données sont individuellement significatives au niveau de 10 %. Les erreurs-types sont entre parenthèses sous l’estimation correspondante. Le niveau de significativité est donné par * = 10 %, ** = 5 %, *** = 1 %. L’expérimentation par la pensée est une hausse de 1 écart-type de la production mondiale du produit ou une hausse de 1 écart-type de l’activité mondiale à la fréquence en question. Aucune valeur n’est indiquée lorsque le choc n’a aucun effet contemporain. Voir appendice 4.3 pour plus d’informations.
Source: calculs des services du FMI.Note: Comme les modèles des marchés du pétrole et du cuivre sont à fréquence mensuelle, on montre pour ces produits de base l’effet moyen sur l’année correspondante. † est accolé à la statistique si 50 % au moins des données sont individuellement significatives au niveau de 10 %. Les erreurs-types sont entre parenthèses sous l’estimation correspondante. Le niveau de significativité est donné par * = 10 %, ** = 5 %, *** = 1 %. L’expérimentation par la pensée est une hausse de 1 écart-type de la production mondiale du produit ou une hausse de 1 écart-type de l’activité mondiale à la fréquence en question. Aucune valeur n’est indiquée lorsque le choc n’a aucun effet contemporain. Voir appendice 4.3 pour plus d’informations.

En revanche, même si les chocs sur la production mondiale entraînent des mouvements de cours de sens opposé, il n’y a d’effet significatif sur aucun produit de base sauf le café. Un choc positif de 1 écart-type sur la production la fait augmenter à l’échelle mondiale de 7 % pour le café et de 4 % pour le coton la même année. Les hausses moyennes de la production mensuelle de pétrole et de cuivre s’élèvent respectivement à 0,5 % et 1 %. L’incidence négative de cette augmentation de la production sur les cours n’est significative que pour le café, dont le cours baisse de 1 % dans l’immédiat, mais elle ne l’est pas pour les autres produits. Le résultat est contraire aux conclusions des études économiques selon lesquelles les chocs passés sur les cours du pétrole étaient largement imputables à l’offre globale24. Cela signifie sans doute que les perturbations passées de l’offre sur les marchés pétroliers étaient largement anticipées. À l’inverse, les chocs sur l’offre liés aux conditions climatiques pourraient être plus difficiles à prévoir que ceux sur l’offre d’énergie et de métaux, d’où des effets plus significatifs sur les cours de produits agricoles tels que le café25.

Il ressort de ces constatations que tous les effets sur les cours des produits de base ne sont pas semblables et que beaucoup dépendent de l’origine du choc et de la nature du produit. Plus important encore: les cours des produits de base peuvent varier sensiblement du fait de variations non anticipées de l’activité mondiale.

Les effets macroéconomiques internes des chocs mondiaux sur les marchés de produits de base

Comment les chocs sur les marchés de produits de base générés par l’activité mondiale influent-ils sur les exportateurs? Nous répondons à cette question en estimant un modèle dynamique de panel sur les effets économiques de différents déterminants des marchés de produits de base pour les exportateurs de chacun d’entre eux26. Comme on l’a mentionné ci-dessus, nous pouvons distinguer deux types de chocs sous-jacents qui font varier les cours de ces produits: les chocs sur l’activité mondiale (demande) et les chocs sur la production globale de produits (offre). Le modèle de panel suivant est estimé par produit de base pour chaque catégorie d’exportateurs27:

Yi,t est la variable macroéconomique intéressante pour l’économie i au moment t (nous nous concentrons sur le PIB réel, le ratio solde des paiements courants/PIB et l’évolution du ratio dette publique/PIB). αi est un effet fixe propre à cette économie, ut,j est le je choc sur les marchés de produits de base au moment t, Wi,t représente l’exposition aux produits de base de l’économie i au moment t, exprimée comme une moyenne mobile retardée sur trois ans du rapport entre les exportations nettes du produit de base et le PIB de l’économie, et ηi,t est un terme d’erreur à zéro de moyenne. Les termes d’interaction permettent que les effets des variables des marchés des produits de base se modifient parallèlement à la dépendance de l’économie aux exportations de ces produits.

Les résultats confirment que les chocs sur les produits de base déterminés par la demande mondiale ont une incidence économique significative sur les exportateurs (graphique 4.7; tableau 4.5). Ce n’est pas surprenant puisque les évolutions imprévues de l’activité mondiale sont susceptibles d’influer sur la demande de tous les biens. Un exportateur diversifié de produits de base sera donc confronté à une augmentation de la demande de toutes ses exportations. En particulier:

Graphique 4.7.Effets sur la production réelle des chocs sur les marchés de produits de base

(Réaction en pourcentage)

Les chocs générés par la demande mondiale peuvent avoir des répercussions économiques significatives sur les exportateurs de produits de base.

Source: calculs des services du FMI.

Note: L’abscisse indique le nombre d’années écoulées, 0 étant l’année où le choc s’est produit. L’échantillon se compose d’exportateurs nets des produits de base, le rapport entre les exportations nettes du produit et les exportations totales de marchandises étant d’au moins 10 %. Les lignes en pointillé montrent les intervalles de confiance à 90 %. Les magnitudes des chocs sont de 1 écart-type de baisse de la production mondiale et de hausse de l’activité mondiale. On trouvera à l’appendice 4.3 une description du modèle d’autorégression vectorielle utilisé pour estimer l’activité mondiale sous-jacente et les chocs sur la production.

Tableau 4.5.Effets macroéconomiques des chocs mondiaux sur les marchés des produits de base
Produit de baseChocPIB réelSolde courant/PIBVariation du ratio dette

publique/PIB
Lors de l’impactÀ 3 ansLors de l’impactÀ 3 ansLors de l’impactÀ 3 ans
PétroleProduction0,1910,923**0,5102,802–1,990***–4,316***
(0,182)(0,432)(0,329)(1,851)(0,671)(1,043)
Activité mondiale0,404*1,862***0,840***5,458***–1,333***–3,269***
(0,228)(0,448)(0,230)(0,980)(0,395)(0,433)
CuivreProduction–0,1040,6580,098–1,253**0,984–0,094
(0,235)(0,908)(0,287)(0,576)(0,675)(1,077)
Activité mondiale0,2101,4061,049**2,486***0,338–0,851
(0,412)(1,428)(0,549)(0,952)(0,752)(1,191)
CaféProduction0,1210,0010,2200,5322,873*0,860
(0,212)(0,437)(0,237)(0,560)(1,657)(1,090)
Activité mondiale0,603***1,229***0,364*1,589*4,5796,128
(0,146)(0,270)(0,217)(0,915)(4,192)(5,895)
CotonProduction–0,275–0,325–0,399–1,1532,8541,697
(0,210)(0,491)(0,324)(1,124)(3,718)(2,176)
Activité mondiale0,0900,4791,258*4,110***0,469–0,435
(0,218)(0,359)(0,648)(1,588)(2,074)(1,464)
Source: calculs des services du FMI.Note: Les erreurs-types sont entre parenthèses sous l’estimation correspondante. Le niveau de significativité est donné par * = 10 %, * = 5 %, *** = 1 %. L’expérimentation par la pensée est une baisse de 1 écart-type de la production mondiale du produit ou une hausse de 1 écart-type de l’activité mondiale. Pour le pétrole et le cuivre, il s’agit de la moyenne des chocs intervenus sur une année, qui figure dans le modèle sous-jacent du tableau 4.4, décrit à l’appendice 4.3. Les effets dynamiques indiqués ici sont évalués à leur moyenne de l’échantillon de la mesure de l’exposition aux produits (exportations nettes du produit/PIB): 22,9 % pour le pétrole, 10,3 % pour le cuivre, 4,2 % pour le café et 3,2 % pour le coton.
Source: calculs des services du FMI.Note: Les erreurs-types sont entre parenthèses sous l’estimation correspondante. Le niveau de significativité est donné par * = 10 %, * = 5 %, *** = 1 %. L’expérimentation par la pensée est une baisse de 1 écart-type de la production mondiale du produit ou une hausse de 1 écart-type de l’activité mondiale. Pour le pétrole et le cuivre, il s’agit de la moyenne des chocs intervenus sur une année, qui figure dans le modèle sous-jacent du tableau 4.4, décrit à l’appendice 4.3. Les effets dynamiques indiqués ici sont évalués à leur moyenne de l’échantillon de la mesure de l’exposition aux produits (exportations nettes du produit/PIB): 22,9 % pour le pétrole, 10,3 % pour le cuivre, 4,2 % pour le café et 3,2 % pour le coton.
  • Un choc positif sur l’activité mondiale améliore la situation économique de tous les exportateurs de produits de base par la voie de la croissance du PIB, des soldes extérieurs ou des deux. S’agissant du pétrole, un choc ordinaire sur la demande mondiale fait augmenter le PIB réel des exportateurs nets de près de 0,4 % dans l’année en question, alors que la hausse est de 0,6 % pour le café (tableau 4.5)28. Les effets sur le PIB réel des exportateurs de pétrole et de café s’amplifient au cours des trois années suivantes en restant positifs et significatifs. Dans les autres cas, l’incidence sur la croissance des chocs sur la demande est négligeable. Toutefois, le solde courant de tous les exportateurs de produits de base s’améliore sensiblement, et cet effet reste significatif même au bout de trois ans pour les exportateurs de tous ces produits. Les chocs sur la demande mondiale ne sont bénéfiques aux soldes budgétaires que pour les exportateurs de pétrole, cet effet s’amplifiant à un horizon de trois ans.
  • En revanche, il n’est pas surprenant qu’un choc négatif mondial sur la production d’un produit de base, qui en augmente le cours, n’ait pas toujours un effet économique significatif. La raison en est qu’un événement de cette nature peut découler en partie d’un choc négatif sur la production intérieure ou entraîner éventuellement une chute du PIB mondial, laquelle est susceptible de compenser en tout ou partie l’incidence positive de l’amélioration des termes de l’échange (comme on l’observe pour le cuivre et le coton).

Comment les effets économiques susmentionnés de l’activité ou de la production mondiales se manifestent-ils pendant la durée totale d’une phase de hausse ou de baisse des cours des produits de base? Pour le savoir, nous nous servons du modèle VAR qui permet de séparer les hausses de cours du pétrole générées surtout par la demande mondiale de celles principalement imputables aux variations de la production mondiale29. Les résultats sont résumés au graphique 4.8.

Graphique 4.8.Déterminants des cours du pétrole, cycles et performance des exportateurs nets de pétrole

Les cycles des cours du pétrole générés par la demande mondiale accentuent l’instabilité macroéconomique.

Source: calculs des services du FMI.

Note: Les cercles noirs indiquent le niveau médian de l’échantillon dans les phases de hausse et de baisse sans tenir compte de leurs déterminants. Il y a deux fluctuations des cours du pétrole déterminées par la production et quatre par la demande. Celles déterminées par la production sont une baisse de M1: 1996 à M12: 1998 et une hausse de M1: 1999 à M9: 2000. Les fluctuations générées par la demande sont deux baisses de M10: 1990 à M12: 1993 et de M10: 2000 à M12: 2001 ainsi que deux hausses de M1: 1994 à M10: 1996 et de M1: 2002 à M7: 2008. On trouvera à l’appendice 4.1 une description complète des données sous-jacentes. L’appendice 4.3 présente le modèle d’autorégression vectorielle employé pour estimer l’activité mondiale et les chocs sur la production.

  • L’effet économique cyclique des fluctuations des cours du pétrole est un peu plus important quand elles découlent de la demande mondiale. La différence de croissance du PIB réel entre une hausse et une baisse ordinaires est de 1 point pour un cycle des cours du pétrole lié à la demande au lieu de 0,5 point en moyenne pour tous les cycles de ces cours. La variation des soldes courants et l’appréciation cumulée du TCER au cours d’une phase de montée des cours du pétrole déterminée par la demande, relativement à une phase de baisse, sont en moyenne similaires à celles observées pour tous les cycles de ces cours.
  • La situation budgétaire progresse moins pendant les hausses du cours du pétrole tirées par la demande que pendant les baisses de même origine. Le solde budgétaire, représenté par la variation annuelle du ratio dette publique/PIB, s’améliore de quelque 2½ points de PIB au cours d’une hausse générée par la demande mondiale (contre une amélioration de près de 4 points de PIB en moyenne pour tous les cycles des cours du pétrole). Ce phénomène résulte peut-être de la tendance des exportateurs de pétrole à réagir sur le plan budgétaire de façon moins anticylique (ou plus procyclique) aux chocs sur la demande mondiale qu’aux autres; et, par suite, il pourrait expliquer pourquoi les cycles des cours du pétrole liés à la demande entraînent de plus grandes variations économiques intérieures.

Il est important de distinguer les sources des fluctuations des cours des produits de base, car ces facteurs n’ont pas les mêmes effets sur les cours et la situation macroéconomique des exportateurs de différents produits de base. Globalement, les chocs sur l’activité mondiale ont une incidence économique significative sur les exportateurs de produits de base. Elle est la plus forte pour le pétrole brut, mais se vérifie aussi pour les exportateurs d’autres produits. Chez les exportateurs de pétrole, la variation de l’activité réelle entraînée par les cycles de cours du pétrole liés à la demande mondiale est un peu supérieure à celle résultant des autres cycles de ces cours. Toutefois, ces conclusions ne permettent pas de dire comment les exportateurs de produits de base devraient réagir aux chocs mondiaux sur ces produits de façon à réduire le plus possible les retombées économiques internes. Ces questions sont traitées dans la section suivante.

Les ripostes budgétaires optimales aux chocs sur les marchés de produits de base

Comment les exportateurs de produits de base doivent-ils réagir aux fluctuations des cours? Pour eux, la politique macroéconomique pourrait jouer un rôle plus important de réduction de l’instabilité compte tenu de la persistance et de la volatilité des variations des cours des produits de base. Comme on l’a noté, une phase ordinaire de baisse des cours réels du pétrole et des métaux peut durer de deux à trois ans, être d’une amplitude de 40 % à 50 % entre le point haut et le point bas, et freiner la croissance du PIB réel de ½ à 1 point. La politique budgétaire peut donc jouer un rôle essentiel en raison de l’effet direct des cours des produits de base sur les recettes publiques et, du fait de l’action des pouvoirs publics, sur le reste de l’économie30.

Cette section est consacrée à la riposte budgétaire optimale aux fluctuations des cours des produits de base dans un pays exportateur, de petite taille et ouvert, ainsi qu’à l’interaction avec la politique monétaire à travers le choix du système de change. Bien que le modèle soit calibré pour le pétrole, comme on l’explique ci-dessous, les résultats qualitatifs s’appliquent également à d’autres produits de base. On analyse comment le choix de la meilleure politique budgétaire possible dépend de l’origine des fluctuations des cours des produits en question, des différences entre les situations macroéconomiques et des caractéristiques structurelles du pays exportateur. Tout en reconnaissant les limites de la modélisation, nous évoquons aussi les arbitrages possibles entre les politiques optimales, au niveau national par opposition au niveau mondial, pour les grands exportateurs de produits de base en raison de leurs éventuelles répercussions. Nous recherchons aussi la riposte budgétaire optimale aux changements permanents des cours des produits de base. Enfin, nous nous demandons quelle est la meilleure orientation concevable pour les exportateurs de ces produits face à l’incertitude qui règne actuellement sur l’évolution future de leurs cours.

Modalités

Nous employons une version bi-régionale du modèle monétaire et budgétaire mondial intégré (GIMF) comprenant un exportateur de pétrole de petite taille et ouvert ainsi que le reste du monde, lequel est un importateur net de ce produit31. Le petit exportateur ouvert considère le cours mondial du pétrole comme une donnée de fait. Il écoule la plus grande part de sa production, ses exportations nettes équivalant à 18 % de son PIB et représentant 45 % de ses exportations32. Dans ces conditions, un choc généré par la demande mondiale l’affecterait non seulement du fait de la variation du cours du pétrole, mais aussi de celle de la demande des autres produits qu’il vend à l’étranger (on tient compte des effets de type syndrome hollandais). La population de l’exportateur se compose de ménages à générations imbriquées et de ménages subissant une contrainte de liquidité, afin d’appréhender de façon plus réaliste l’incidence de la politique budgétaire. L’État peut emprunter sur les marchés de capitaux internationaux, mais il supporte une prime de risque qui augmente parallèlement au montant de sa dette extérieure nette33. Dans le scénario de référence, nous supposons aussi que 1) la production de pétrole est largement contrôlée par l’État, qui s’approprie la plus grande part de la rente (au moyen de royalties); 2) que la dette publique nette est relativement réduite et que la prime de risque souverain est peu sensible à ses variations; 3) que la politique monétaire est régie par un système de ciblage de l’inflation couplé au flottement du taux de change nominal. Ces hypothèses sont assouplies dans les analyses de robustesse qui suivent.

On modélise la conduite de la politique budgétaire au moyen de règles qui ciblent le solde du budget de l’État de façon à réduire le plus possible la volatilité de la production et de l’inflation. Plus précisément, l’autorité budgétaire utilise pendant chaque période un instrument en réaction aux écarts des recettes fiscales non pétrolières et des royalties par rapport à leurs niveaux à long terme. Si, par exemple, le cours mondial du pétrole et les recettes fiscales connaissent temporairement une hausse inattendue, les royalties s’élèvent momentanément au-dessus de leur niveau de long terme et l’autorité réagit éventuellement en ajustant l’instrument budgétaire. Il s’agit spécifiquement du taux de la taxe sur la main-d’œuvre, choisi par souci de simplicité sans que cela constitue une recommandation. Les conclusions en la matière ne dépendent pas non plus de ce choix. Nous retenons trois grandes orientations:

  • Une règle d’équilibre budgétaire: en vertu de cette règle, le budget de l’État est équilibré dans chaque période, de sorte qu’il y a redistribution immédiate aux ménages de toutes les royalties et recettes fiscales exceptionnelles par abaissement des taux d’imposition. Cette règle est procyclique par définition, mais maintient le solde budgétaire et la dette publique nette au niveau des cibles à long terme.
  • Une règle d’excédent structurel: en vertu de cette règle, les royalties et les recettes fiscales exceptionnellement élevées sont épargnées, alors que leurs montants exceptionnellement bas entraînent une désépargne (on ne majore donc pas les taux d’imposition pour compenser le manque à gagner). Cette règle implique une variation à due concurrence du solde budgétaire global et de la dette publique en réponse aux écarts des royalties et des recettes fiscales par rapport à leurs valeurs de long terme. Elle est cycliquement neutre puisqu’elle n’a pas pour effet d’augmenter ou de diminuer la demande globale.
  • Une règle anticylique: en vertu de cette règle, l’autorité budgétaire ne se contente pas d’épargner les royalties et les recettes publiques exceptionnellement élevées; elle majore aussi les impôts pour atténuer la stimulation exercée sur la demande globale par le surcroît de revenus pétroliers revenant au secteur privé. Si les royalties et les recettes fiscales sont exceptionnellement faibles, on allège temporairement les impôts. Cette règle a pour corollaire des variations supérieures des soldes budgétaires et de la dette publique en réaction aux fluctuations des cours du pétrole. Elle a toutefois un caractère anticylique en améliorant (dégradant) le solde structurel pendant les périodes de fermeté (de faiblesse) des cours du pétrole et/ou de l’activité économique.

En pratique, la politique budgétaire d’un certain nombre d’exportateurs de produits de base est influencée par des règles de ce type. Le Chili et la Norvège ont même adopté des règles spécifiques analogues à celles utilisées dans les simulations du modèle. Le Chili suit une règle d’excédent structurel qui laisse jouer les stabilisateurs automatiques. La règle en vigueur en Norvège cible un solde structurel non pétrolier tout en ménageant la possibilité de réactions anticyliques sur toute la durée du cycle conjoncturel34.

Réactions aux chocs temporaires sur les cours des produits de base

Pour comparer les effets des trois types de politique budgétaire, nous analysons les résultats de simulations basées sur deux scénarios où les cours du pétrole augmentent. Dans le premier, ils s’élèvent sous l’effet d’un accroissement inattendu de l’activité mondiale. Dans le second, la hausse est due à un choc négatif sur la production mondiale de ce produit. Dans les deux scénarios, les chocs sont calibrés de façon à entraîner des augmentations comparables des cours du pétrole (de près de 20 % au bout d’un an). En outre, ces augmentations perdurent trois ans environ, ce qui est conforme à la distribution de la durée des cycles des cours pétroliers dans l’analyse empirique.

Nous constatons que les effets sur l’économie intérieure des hausses des cours pétroliers diffèrent selon que les hausses sont provoquées par la demande ou par l’offre extérieures, ce qui correspond aux résultats empiriques.

Dans le cas d’une hausse résultant de l’offre extérieure, une contraction temporaire de la production de pétrole dans le reste du monde fait augmenter son cours réel de 20 % la première année. Il fléchit graduellement au cours des deux années suivantes (graphique 4.9). La demande extérieure réelle de tous les produits vendus par le petit exportateur ouvert de pétrole baisse parallèlement au PIB du reste du monde. Toutefois, ce recul est compensé par la progression de la valeur réelle des exportations de pétrole qui améliore sa balance commerciale. Malgré la hausse de l’inflation globale entraînée par la majoration du cours du pétrole, l’affaiblissement de la demande mondiale réduit les cours réels des biens finaux et génère en fait un recul de l’inflation hors alimentation et énergie. Cela est en partie atténué par une politique monétaire un peu plus stimulante.

Graphique 4.9.Effets dynamiques d’une réduction temporaire de l’offre de pétrole dans le reste du monde sur un petit exportateur ouvert de pétrole

Une politique d’équilibre budgétaire en réaction à une hausse du cours du pétrole générée par l’offre mondiale augmente l’instabilité macroéconomique interne dans le pays exportateur. Une riposte budgétaire anticyclique est le meilleur moyen d’atténuer cette instabilité.

Source: FMI, modèle monétaire et budgétaire mondial intégré du FMI (GIMF).

Note: L’abscisse montre le nombre d’années écoulées, zéro étant l’année où le choc se produit. On trouvera à l’appendice 4.4 une description du modèle.

Dans le cas d’une hausse des cours suscitée par la demande extérieure, un gonflement temporaire de la liquidité dans le monde stimule l’activité et fait monter le cours réel du pétrole de quelque 20 % dans les trois années suivantes, après quoi la demande mondiale ralentit. Les cours du pétrole suivent aussi un cycle de hausse et de baisse. À la différence d’un choc résultant de l’offre de pétrole, l’essor de l’activité mondiale fait augmenter la demande et les cours de toutes les exportations du petit pays exportateur ouvert.

Pour les deux catégories de chocs, une politique budgétaire visant à équilibrer le solde accentue l’instabilité macroéconomique par rapport aux actions structurelles et anticycliques (graphiques 4.9 et 4.10). Avec une règle d’équilibre, le surcroît de recettes fiscales et de royalties pétrolières résultant de la hausse des cours est dépensé en allégeant la taxe sur la main-d’œuvre. Réciproquement, lorsque la montée des cours du pétrole prend fin, la baisse des recettes fiscales et des royalties est compensée par une majoration des impôts sur le travail. Dans l’un et l’autre cas, l’écart de production et l’inflation deviennent plus instables. Quand on opte pour la règle de l’excédent structurel, le surcroît de recettes et de royalties découlant de l’envolée des cours est épargné, de sorte que les impôts sur le travail ne changent pas et que le ratio dette publique/PIB diminue. De même, on laisse ces rentrées publiques tomber en deçà de leur montant potentiel lorsque les cours cessent de monter. Dans les deux cas, la règle de l’excédent structurel contribue à atténuer la volatilité de l’inflation et de la production par rapport à la règle d’équilibre35. Avec une règle anticyclique, le taux des impôts sur le travail s’élève pendant la hausse des cours, ce qui freine la demande et l’inflation. À l’inverse, il diminue quand la hausse prend fin, ce qui amortit la contraction de la demande. Ainsi, une règle anticyclique réduit davantage l’instabilité de l’écart de production et de l’inflation qu’une règle d’excédent structurel dans les deux types de chocs cycliques sur les cours des produits de base; elle constitue la riposte budgétaire optimale à l’un comme à l’autre. Dans les simulations, l’amplitude des réactions anticycliques au niveau temporairement élevé des royalties est très modérée. Cela résulte de l’hypothèse selon laquelle l’essentiel des royalties étant versé à l’État, il suffit pour l’essentiel d’isoler l’économie des variations des recettes pétrolières pour assurer la stabilisation macroéconomique.

Autres cadres de politique économique et autres caractéristiques structurelles

Le caractère optimal d’une politique budgétaire anticyclique est un résultat généralement robuste à d’autres hypothèses concernant les cadres de politique économique et les caractéristiques structurelles. Il convient néanmoins d’apporter certaines nuances (graphique 4.11).

Graphique 4.10.Effets dynamiques de l’augmentation temporaire de la liquidité dans le reste du monde sur un petit exportateur ouvert de pétrole

L’instabilité économique interne induite par une hausse du cours du pétrole résultant de la demande mondiale est encore plus forte que celle induite par une hausse résultant de l’offre mondiale. Dans les deux cas, une politique anticyclique est préférable à la politique d’équilibre du solde pour réduire le plus possible l’instabilité.

Source: FMI, modèle monétaire et budgétaire mondial intégré du FMI (GIMF).

Note: L’abscisse montre le nombre d’années écoulées, zéro étant l’année où le choc se produit. On trouvera à l’appendice 4.4 une description du modèle.

Graphique 4.11.Gestion budgétaire optimale dans différents cadres de politique économique et avec différentes caractéristiques structurelles

Les graphiques ci-dessous comparent la règle budgétaire optimale à la règle d’équilibre dans le contexte d’un gonflement temporaire de la liquidité (similaire au graphique 4.10). Une politique anticyclique est toujours optimale dans des situations macroéconomiques diverses ou avec des caractéristiques différentes des exportateurs de produits de base, sauf quand la prime de risque est très sensible au montant de la dette souveraine, auquel cas la riposte optimale est plus proche d’une règle structurelle.

Source: modèle monétaire et budgétaire mondial intégré du FMI (GIMF).

Note: L’abscisse montre le nombre d’années écoulées, zéro étant l’année où le choc se produit. Les plages 1 et 2 indiquent la situation de fixité du taux de change. Les plages 3 et 4 indiquent la situation où la dette publique nette est égale à 100 % du PIB. Les plages 5 et 6 indiquent la situation où des intérêts privés contrôlent 90 % de la production de pétrole. Les plages 7 et 8 indiquent la situation où le ratio exportations nettes de pétrole/PIB est égal à 36 %.

Fixité du taux de change

Dans un régime de taux de change fixe, la riposte budgétaire anticyclique aux chocs sur les cours pétroliers doit être plus agressive. C’est surtout parce que la politique budgétaire n’a pas le soutien de la politique monétaire qui, à la différence de ce qui se passerait avec un ciblage de l’inflation, ne réagit pas de façon complémentaire, mais bien procyclique aux chocs sur les cours des produits de base. Dans le cas, par exemple, d’une hausse inattendue des cours du pétrole, la politique monétaire est assouplie pour compenser la tendance à la hausse du taux de change nominal. Cette situation rappelle l’observation empirique suivante: l’évolution de l’économie intérieure colle davantage au cycle des cours des produits de base si le taux de change est fixe, comme indiqué précédemment36.

Niveau initial de la dette publique

L’ampleur de la riposte anticyclique pourrait aussi être fonction du montant initial de la dette publique nette, selon le degré de réactivité de la prime de risque souverain à son évolution. Dans une autre simulation avec un niveau initial de la dette nette de 100 % du PIB (au lieu de 30 % dans le scénario de référence), les variations de la dette dues aux mesures anticycliques peuvent faire évoluer sensiblement la prime de risque souverain, et donc les taux d’intérêt intérieurs. Si, par exemple, les cours du pétrole chutaient inopinément, une forte riposte anticyclique ferait augmenter substantiellement la prime de risque à cause du gonflement de la dette publique nette, d’où une vive contraction de la demande intérieure privée. Cet effet pourrait être assez fort pour compenser totalement l’effet initialement expansionniste de la riposte budgétaire37. C’est pourquoi, à un niveau élevé de dette nette, on doit donner plutôt la priorité à sa réduction et à l’établissement de la crédibilité budgétaire qu’à une riposte budgétaire anticyclique.

Structure différente de l’actionnariat dans le secteur pétrolier

Si l’actionnariat privé occupe une plus grande place dans le secteur pétrolier, le comportement d’épargne des ménages est important38. En supposant qu’une proportion supérieure des royalties pétrolières du secteur privé bénéficie à des ménages qui peuvent lisser leur consommation en épargnant plus (comparativement au cas de l’actionnariat public dans lequel l’État distribue les recettes de façon à peu près similaire à tous les ménages, qu’ils lissent ou non leur consommation), il y a une moindre volatilité de la production et de l’inflation que dans le scénario de référence. Toutefois, une riposte budgétaire anticyclique, atténuant l’instabilité de l’inflation plus que les autres règles budgétaires, reste optimale.

Part élevée du pétrole dans la production

Si le secteur pétrolier représente une proportion élevée de la production39, la solution optimale est de n’apporter une riposte budgétaire anticyclique qu’aux variations des recettes fiscales, tout en épargnant le surcroît de royalties pétrolières. Même si les recettes pétrolières ont des répercussions sur le secteur non pétrolier, celui-ci contribue moins aux fluctuations de la demande globale que dans le scénario de référence. En outre, comme le secteur pétrolier domine l’économie, une riposte budgétaire anticyclique vigoureuse à l’augmentation des royalties peut faire baisser la production. C’est pourquoi épargner la différence de montant des royalties perçues par l’État pourrait suffire à assurer la stabilisation macroéconomique.

Subventions à la consommation de pétrole

De nombreux producteurs de pétrole subventionnent implicitement la consommation d’essence et de produits pétroliers, ce qui limite la répercussion de l’évolution des cours pétroliers sur l’inflation globale. Pourtant, les fluctuations de la production sont similaires à celles du modèle de référence en raison des variations du montant des royalties et de leur effet sur l’économie non pétrolière. Une règle budgétaire anticyclique demeure donc préférable à une règle structurelle pour lisser la volatilité de la production. Une analyse approfondie du caractère souhaitable de ces subventions devrait prendre en compte leur viabilité à long terme, ce qui dépasse le cadre de ce chapitre.

Produits de base autres que le pétrole

Les résultats du modèle sont facilement applicables à des produits de base autres que le pétrole. Bien que l’on ait choisi dans les simulations des valeurs de paramètres spécifiques pour reproduire les caractéristiques des exportateurs de pétrole, rien dans la structure de ce modèle ne limite sa portée à ce produit40. En ce qui concerne le cuivre au Chili, nos résultats sont par exemple similaires à ceux de Kumhof et Laxton (2010). La principale différence est que les chocs sur les cours du pétrole ont peut-être des effets supérieurs sur l’inflation globale à ceux sur le cuivre et les autres matières premières à usage industriel, puisque le pétrole pèse plus dans le panier des biens de consommation. Pour l’alimentation, en revanche, la différence en ce qui concerne l’effet sur l’inflation globale pourrait être encore plus marquée. Intuitivement, l’amplitude optimale de la riposte budgétaire anticyclique augmente donc parallèlement à la part du produit concerné dans le panier de consommation.

Ces résultats montrent bien l’importance d’une politique budgétaire anticyclique chez les exportateurs de produits de base pour atténuer la volatilité interne induite par des chocs mondiaux temporaires sur leurs cours. Une politique budgétaire anticyclique est préférable, que le taux de change soit fixe ou flexible, mais doit être plus active en régime de fixité quand la politique monétaire devient procyclique. En outre, pour que l’action anticyclique soit efficace et crédible, la dette publique nette doit être de faible montant. Lorsque les produits de base représentent une grande part de la valeur ajoutée du pays, l’amplitude de la riposte budgétaire anticyclique est plus proche de celle découlant d’une règle d’excédent structurel.

Au regard de ce qui précède, que peut-on dire de la politique économique des exportateurs de produits de base? En général, ils évoluent dans le bon sens, surtout depuis une dizaine d’années en réduisant leur endettement et en renforçant leurs soldes budgétaires. Toutefois, les pays diffèrent beaucoup en ce qui concerne leur capacité macroéconomique et institutionnelle à appliquer des politiques budgétaires axées sur la stabilisation. Certains opèrent effectivement dans le cadre d’une règle budgétaire structurelle ou anticyclique ou de lois de responsabilité budgétaire (Botswana, Chili) et/ou ont perfectionné leur cadre de politique monétaire en ciblant l’inflation (Afrique du sud, Indonésie et plusieurs pays d’Amérique latine). Certains ont beaucoup diminué leur endettement (cas de nombreux pays de l’OPEP) ou sont en train de parfaire leurs institutions budgétaires41. À ceux qui doivent encore lancer des réformes, la fermeté actuelle des cours des produits de base offre une bonne occasion de constituer des marges budgétaires supplémentaires ainsi que de préparer les institutions budgétaires et monétaires à tout changement cyclique imprévu en ce domaine.

Répercussions mondiales des politiques nationales des pays exportateurs de produits de base

Pourrait-il y avoir des arbitrages entre la réaction optimale à des chocs temporaires sur les cours des produits de base considérée du point de vue de chaque pays et la réaction optimale vue sous l’angle de la stabilité économique générale? Dans ce chapitre, on a analysé les politiques optimales en supposant que les exportateurs de produits de base sont de petite taille et que leurs politiques n’influent pas sur l’activité dans le reste du monde, pas même sur les marchés de produits de base. S’il s’agit d’une hypothèse raisonnable pour la plupart de ces exportateurs et de leurs produits, elle n’est peut-être pas réaliste pour les plus grands. Ainsi, il y a des exportateurs de pétrole qui représentent une proportion substantielle de l’absorption mondiale, de la richesse et des capacités de production inutilisées de ce produit. Lorsqu’un pays exportateur de produits de base est de grande taille, ses politiques peuvent avoir des retombées sur d’autres pays. De même, des réactions à peu près identiques d’un groupe d’exportateurs de produits de base ayant un poids relativement élevé peuvent avoir des répercussions notables. Il faut donc se demander si ces répercussions pourraient modifier les conseils concernant les ripostes optimales aux variations des cours des produits de base.

Une analyse complète de la gestion optimale des grands exportateurs de produits de base dépasse le cadre de ce chapitre, car elle nécessiterait d’étudier non seulement les différents types de chocs, mais aussi les politiques d’autres grands pays, y compris celles des importateurs de ces produits. Au lieu de cela, cette section s’intéresse aux conflits éventuels entre les mesures qui sont optimales pour les grands exportateurs de pétrole dans une optique nationale et celles qui le sont d’un point de vue mondial dans le cas d’un choc temporaire sur l’offre de pétrole. Cette interrogation s’inscrit dans le contexte des inquiétudes actuelles à propos de la montée des risques géopolitiques qui pèsent sur l’offre de pétrole et, partant, sur l’économie mondiale. La riposte des grands exportateurs de pétrole est donc à prendre très sérieusement en considération dans la riposte mondiale à de tels chocs (voir chapitre 1).

Un choc temporaire sur l’offre de pétrole aurait des effets asymétriques sur les exportateurs pour lesquels il est le principal produit vendu à l’extérieur, comparativement aux importateurs et aux autres exportateurs de pétrole. Dans les pays dont le pétrole est le produit d’exportation dominant, l’amélioration des termes de l’échange due à son renchérissement en réaction à un choc sur l’offre l’emporterait sur l’éventuel effet négatif de la baisse de la demande extérieure. La riposte budgétaire optimale aux recettes exceptionnelles d’un exportateur de petite taille et ouvert (qui ne subit pas le choc sur l’offre) serait anticyclique. Chez les grands exportateurs, en revanche, cette réaction ne permettrait pas de compenser les effets négatifs directs pour les importateurs de pétrole du choc sur la demande mondiale. Dans ces conditions, la croissance de la production mondiale pourrait ralentir ou diminuer davantage qu’en l’absence d’une politique de cette nature dans les pays exportateurs de pétrole42. En temps normal, toutefois, la hausse de l’épargne des grands exportateurs pourrait faire baisser les taux d’intérêt réels à l’échelle mondiale et stimuler les composantes de la demande globale sensibles aux taux dans les pays importateurs.

Ces répercussions des actions des grands exportateurs de pétrole conduisent-elles à modifier les conseils de politique économique? Pas nécessairement. Dans de nombreux cas, la riposte budgétaire anticyclique de ces pays a toujours de bonnes chances d’être optimale. Les importateurs peuvent répondre aux chocs sur l’offre par leurs propres mesures anticycliques. Néanmoins, dans certaines circonstances, d’autres choix peuvent mieux convenir. C’est le cas quand la marge de manœuvre des importateurs est limitée ou quand la récession mondiale est si forte ou si durable que la chute consécutive de la demande risque finalement de déprimer les cours de tous les produits de base, pétrole compris. Dans une situation de ce type, il se peut que la riposte anticyclique ne soit pas optimale pour les grands exportateurs.

Quelles sont alors les possibilités d’action? La meilleure (dans une perspective mondiale) serait une hausse de la production des exportateurs de pétrole non touchés par les perturbations initiales de l’offre, à condition qu’ils aient des capacités inemployées. Cela compenserait le choc et stabiliserait les cours mondiaux du pétrole. Si l’on ne pouvait pas augmenter l’offre de pétrole, la conjonction d’une riposte moins anticyclique des grands exportateurs et d’une politique de soutien à l’activité des principaux importateurs (là où ce serait possible) atténuerait aussi l’incidence négative de la hausse des cours du pétrole sur la production mondiale. Quelle pourrait être l’importance de cet effet? Si les principaux exportateurs de pétrole décidaient de dépenser en importations la totalité des recettes exceptionnelles dues à une hausse de 50 % du cours du pétrole, la demande réelle dans le reste du monde s’élèverait d’un maximum de ¾ de point, soit un montant non négligeable43.

Riposte budgétaire face à une hausse permanente des cours du pétrole

Outre les fluctuations cycliques, les cours des produits de base suivent des tendances à long terme. Même s’il est difficile de les prévoir, il est possible que certains chocs sur les cours aient une composante permanente. La principale différence avec les poussées temporaires est qu’un relèvement permanent des cours du pétrole exerce un effet également permanent sur les royalties potentielles et même éventuellement sur la production potentielle. Cela conduit naturellement à s’interroger sur les moyens les plus efficaces d’utiliser cette manne permanente dans le but de maximiser la production potentielle et la prospérité globale.

Une hausse permanente des cours du pétrole soulève de nombreuses questions pour les pouvoirs publics, dont celle de l’équité entre les générations; les analyser en profondeur dépasse le cadre du chapitre44. Néanmoins, en employant le modèle GIMF, nous pouvons rechercher l’instrument budgétaire le plus efficace pour maximiser la production et la prospérité. En explorant une gamme relativement large d’instruments, nous complétons les travaux antérieurs qui ont porté principalement sur le caractère souhaitable du placement de l’épargne en actifs étrangers (Davis et al., 2001; Barnett et Ossowski, 2003; Bems et de Carvalho Filho, 2011) ou de son affectation à des investissements publics (Takizawa, Gardner et Ueda, 2004; Berg et al., à paraître). Il convient de souligner que cette analyse s’applique à un exportateur de pétrole, mais, comme on l’a indiqué, les résultats valent aussi pour d’autres produits de base.

Les options de politique budgétaire en réaction à une augmentation des royalties pétrolières sont les suivantes: accroissement des investissements publics (par exemple en infrastructures), majoration des transferts en faveur des ménages, baisse des taux d’imposition générateurs de distorsions (par exemple ceux frappant les revenus du travail et du capital), réduction de la dette publique ou développement des investissements de l’État à l’étranger. La caractéristique majeure de ce modèle est l’hypothèse selon laquelle augmenter l’investissement et diminuer les impôts stimule la demande de main-d’œuvre, alors que majorer les transferts amenuise l’offre de main-d’œuvre, ce qui correspond aux données empiriques45. Pour évaluer ces différentes options, nous examinons leurs effets sur le nouvel équilibre à long terme du modèle, comparé à l’équilibre à long terme antérieur au choc. Comme la rapidité de la transition vers le nouvel équilibre diffère selon les choix de politique budgétaire, les résultats incluent aussi la valeur actuelle nette de chacun d’entre eux sous forme d’utilité pour les ménages (tableau 4.6). Mais il faut bien garder à l’esprit que les résultats dépendent du choix des paramètres du modèle. Bien que les paramètres employés dans ce modèle suivent étroitement ceux des ouvrages spécialisés, les résultats peuvent varier en fonction des caractéristiques propres aux différents pays.

Tableau 4.6.Comparaison des instruments de politique économique pour gérer une hausse permanente des royalties pétrolières
PIB réel

(en pourcentage)
Consommation

réelle

(en pourcentage)
Solde courant

(en points de

pourcentage)
Ratio dette/PIB

(en points de

pourcentage)
VAN de l’utilité

(en pourcentage)
Réduction des impôts sur le travail1,79,70,80,024,6
Réduction des impôts sur le capital12,211,9–0,60,025,1
Majoration des transferts à caractère général–0,66,50,20,021,8
Hausse des investissements publics53,731,60,30,019,0
Réduction de la dette nette à partir d’un niveau initial bas4,112,65,5–109,012,8
Réduction de la dette nette à partir d’un niveau initial élevé15,421,57,6–109,020,1
Source: modèle monétaire et budgétaire mondial intégré du FMI (GIMF).Note: Les quatre premières colonnes montrent la différence entre le nouveau et l’ancien niveau à long terme de la variable indiquée. La dernière colonne indique la valeur actuelle nette (VAN) de l’utilité pour les ménages évaluée pendant la durée de la transition vers le nouvel état stationnaire.
Source: modèle monétaire et budgétaire mondial intégré du FMI (GIMF).Note: Les quatre premières colonnes montrent la différence entre le nouveau et l’ancien niveau à long terme de la variable indiquée. La dernière colonne indique la valeur actuelle nette (VAN) de l’utilité pour les ménages évaluée pendant la durée de la transition vers le nouvel état stationnaire.

C’est la progression des investissements publics qui a le plus d’effet sur la production (voir aussi Takizawa, Gardner et Ueda, 2004). Mais il importe de souligner que les simulations ne tiennent pas compte d’une gouvernance médiocre et des goulets d’étranglement, ces éléments étant de nature à gêner sérieusement une conversion efficace des ressources en capital public (voir encadré 4.2). En outre, les avantages des investissements publics ne se manifestent que lentement, car il faut du temps pour les réaliser. La valeur actuelle nette du flux anticipé d’utilité est donc moindre qu’avec certains autres choix, bien que ce résultat dépende du degré d’actualisation opéré par les responsables de la politique économique. Plus eux-mêmes et les citoyens se montrent patients, plus l’option en faveur des investissements publics devient bénéfique46. Une majoration des transferts généraux aux ménages —même si elle accroît leurs revenus et donc la consommation privée —a un effet négatif sur l’offre de main-d’œuvre, d’où une diminution à long terme du nombre total d’heures ouvrées et de la production.

Toutefois, des arbitrages sont possibles entre la maximisation de la production et celle de la prospérité, le choix définitif de l’instrument dépendant des préférences nationales. Ainsi, une majoration des transferts généraux aux ménages augmente la valeur actuelle nette de l’utilité (du fait du développement de la consommation et des loisirs) davantage qu’une progression des investissements publics, même si la première solution a moins d’effets sur la production. L’affectation des recettes publiques au remboursement de la dette n’a des avantages significatifs pour la population que si son montant initial est élevé et que si sa réduction fait sensiblement baisser la prime de risque. Dans ce cas, le principal avantage est de réduire le risque souverain, ce qui permet à l’État d’emprunter à des taux d’intérêt inférieurs pour financer des investissements et assurer le service de la dette (voir, par exemple, Venables, 2010). Le fait d’emprunter à moindre coût stimule la demande, tandis que l’allégement du service de la dette élargit les marges budgétaires. En revanche, rembourser moins de dettes et accumuler des actifs (par exemple au moyen d’un fonds souverain) procure un rendement relativement faible sous forme de revenus de placement dans des actifs internationaux sûrs. Ce pourrait être une option judicieuse en réaction à des exigences sur le plan de la politique prudentielle et de l’équité intergénérationnelle. Néanmoins, avec ce modèle où il n’y a pas d’incertitude, l’acquisition d’actifs étrangers à faible rendement présente de moindres avantages sur le plan de la production comme de la prospérité.

Que les cours montent ou baissent, les divers instruments de la politique budgétaire ont à peu près les mêmes effets. Cela plaide en faveur d’une diminution des transferts à caractère général pour réduire au minimum les effets sur la production d’un recul permanent des cours du pétrole, le modèle faisant l’hypothèse que leur majoration fait baisser l’offre de main-d’œuvre. Toutefois, si l’on cherche à optimiser la valeur actuelle nette de l’utilité en satisfaisant des besoins sociaux, diminuer les transferts ne sera pas une solution optimale. À supposer que l’économie ait démarré avec un endettement public relativement faible, on pourrait aussi choisir de détenir moins d’actifs, ce qui pénaliserait relativement peu la production et le bien-être des ménages. À l’inverse, tailler dans les investissements en infrastructures publiques est la réaction budgétaire la moins souhaitable si l’on cherche à limiter le plus possible la contraction de la production découlant d’une baisse permanente des cours des produits de base.

Conclusions et leçons

Ce chapitre montre de façon tangible la vulnérabilité des exportateurs de produits de base aux fluctuations de leurs cours. Dans le passé, les résultats macroéconomiques de ces pays ont suivi les cycles des cours des produits de base, s’améliorant pendant les phases de hausse et se dégradant pendant les phases de baisse. Le parallélisme entre la situation économique intérieure et les cycles des cours des produits de base s’amplifie quand ces derniers sont plus longs ou plus marqués que de coutume. Après avoir distingué les facteurs des variations des cours, nous constatons que les chocs sur les marchés de produits de base générés par la demande mondiale ont un effet positif et significatif sur l’activité et le solde extérieur des exportateurs. Pour les exportateurs de pétrole, les indicateurs économiques nationaux tendent à suivre les cycles des cours de ce produit déterminés par la demande mondiale.

Quelles en sont les leçons pour les exportateurs de produits de base? Si toutes les fluctuations des cours des produits de base étaient temporaires, la riposte budgétaire optimale pour un petit exportateur serait anticyclique: il épargnerait les recettes fiscales et les royalties exceptionnelles en période de hausse et les dépenserait lors des baisses, afin d’atténuer l’instabilité macroéconomique induite par les cycles de ces produits. Ces politiques sont souhaitables tant avec un régime de change fixe qu’avec un régime flexible, mais plus efficaces avec une conjonction de flexibilité du change et de ciblage de l’inflation, la politique monétaire complétant alors l’action budgétaire en réduisant la volatilité de l’inflation. Toutefois, en présence d’une dette publique élevée, la priorité doit être de la réduire et de faire baisser la prime de risque souverain pour établir la crédibilité avant d’adopter des mesures budgétaires anticycliques. Pour les grands exportateurs de produits de base, dont les politiques ont des répercussions sur les autres pays, la riposte optimale peut dépendre de la nature du choc et de l’état de l’économie mondiale. Ainsi, quand la demande mondiale est faible et quand les marges de manœuvre sont limitées dans le reste du monde, une riposte budgétaire moins anticyclique peut se justifier.

En cas de hausse permanente des cours des produits de base, il s’agit principalement de trouver les moyens d’utiliser au mieux le surcroît de royalties dans le but de maximiser la prospérité. Les dépenses consacrées aux investissements publics ont l’effet le plus puissant sur la production en augmentant la productivité du secteur privé (par exemple au moyen de l’amélioration de l’éducation, de la santé et des infrastructures), puis en faisant progresser le capital privé, les revenus du travail et des entreprises ainsi que la consommation. Si, à l’inverse, les cours connaissent une baisse permanente, réduire les transferts à caractère général peut être la meilleure façon de limiter le recul de la production, même s’il faut tenir compte des conséquences sociales de ces coupes.

Que doivent conclure les exportateurs de produits de base de ces constatations? À court terme, ils sont confrontés à la faiblesse de l’économie mondiale. Si les risques qui pèsent sur les perspectives mondiales se concrétisent, il est possible que les cours des produits de base continuent à baisser. Il est encore plus difficile de prévoir leur évolution à plus long terme. Ils peuvent rester à leurs niveaux actuels en termes réels si la croissance rapide, et demandeuse de ces produits, des pays en développement se poursuit. Mais ils peuvent aussi reculer sous l’effet d’une plus grande efficience de la part des usagers et de la levée des contraintes antérieures sur l’offre. Face à cette incertitude plus grande que de coutume et à la difficulté de prévoir en temps réel les perspectives des marchés de produits de base, la meilleure solution est d’opter pour la prudence. Il faut perfectionner les cadres de politique économique et les institutions, ainsi que dégager des marges pour répondre à l’instabilité cyclique, tout en intégrant progressivement de nouvelles informations qui permettent de lisser l’ajustement à des niveaux de cours peut-être constamment supérieurs.

Appendice 4.1. Description des données

Cours réels des produits de base

Les données mensuelles relatives aux cours des produits de base émanent principalement du système de suivi des cours des produits de base du FMI (PCPS). Il s’agit de moyennes de périodes représentatives des cours des marchés mondiaux, déterminées par le plus grand exportateur de chaque produit. La principale exception est la série mensuelle des cours du pétrole, qui est celle des cours à l’importation de brut acquittés par les raffineries et relevés par les services américains d’information sur l’énergie (EIA) de janvier 1974 à août 2011. Cette série est rétropolée jusqu’en 1973 en se référant aux calculs effectués par Barsky et Kilian (2002). Tous les cours sont libellés en dollars, comme dans d’autres travaux (par exemple ceux de Cashin, McDermott et Scott, 2002) et déflatés par l’indice des cours à la consommation (IPC) des États-Unis pour obtenir les cours réels des produits de base (l’IPC provient de la base de données de la Banque de réserve fédérale de St. Louis, série CPIAUCSL). Ces cours réels sont ensuite normalisés de sorte que leur moyenne en 2005 soit égale à 100. On calcule les données annuelles sur les cours des produits de base en prenant la moyenne mensuelle de l’année correspondante.

Exportations et importations par produit de base

Les données annuelles sur les importations et les exportations utilisées dans le chapitre sont tirées de la base de données ONU-NBER sur les flux commerciaux bilatéraux de produits de base qui couvre la période 1962–2000 (Feenstra et al., 2005). Elles sont prolongées de 2001 à 2010 par les données COMTRADE de l’ONU, en suivant la méthodologie décrite dans Feenstra et al., (2005) et en s’appuyant sur la deuxième version de la classification-type pour le commerce international (CTCI) pour définir les échanges de chaque produit. Les données sont ensuite agrégées pour calculer les exportations et les importations totales par pays ainsi que par produit de base.

Indices des cours des produits de base

Les indices de cours des quatre catégories de produits de base (énergie, métaux, alimentation et boissons, matières premières) sont des moyennes pondérées de leurs cours réels. La pondération de chaque produit est la moyenne mobile sur trois ans du total des exportations mondiales divisée par les exportations mondiales de tous les produits de base de la catégorie.

Variables macroéconomiques par pays

Elles émanent en grande partie de la base de données des Perspectives de l’économie mondiale (PEM): production réelle (série NGDP_R), production nominale en dollars (série NGDPD), solde courant en dollars courants (série BCA), solde budgétaire global (GGXOFB) et solde budgétaire corrigé des variations cycliques en pourcentage du PIB potentiel (série GGCB). La variation du ratio dette publique/PIB est tirée de la base de données du FMI sur la dette publique (Abbas et al., 2011). Le taux de change effectif réel vient de la série EREER de la base de données du Système des avis d’information (INS) du FMI pour la période allant de 1980 jusqu’à maintenant. Nous construisons une série comparable couvrant les années antérieures à 1980 en combinant les pondérations INS avec les taux de change nominaux bilatéraux historiques. Nous prenons le taux de croissance de cette série construite et interpolons la série INS d’origine en utilisant ce taux aussi loin que possible dans le passé. Les données relatives à la croissance réelle du crédit privé sont le montant du crédit bancaire au secteur privé exprimé en unités de monnaie locale de valeur courante tirées de la ligne 22 de la base de données des Statistiques financières internationales du FMI (SFI). La série sur le crédit privé est réajustée chaque fois que l’on observe une discontinuité ou une rupture. Les données sont déflatées au moyen de l’IPC du pays concerné pour obtenir le crédit privé en termes réels. L’indicateur du régime de change provient de Ilzetzki, Reinhart et Rogoff (2008). Nous transformons ce classement approximatif en un indicateur binaire, les catégories 1 et 2 étant regroupées dans la rubrique «fixe» et les catégories 3 et 4 dans la rubrique «flexible». Pour prolonger l’indicateur jusqu’à la période actuelle, nous prenons la valeur de 2008 pour chaque pays et supposons qu’elle ne change pas de 2009 à 2011. L’indicateur d’ouverture du compte de capital (importante par opposition à faible) est calculé par référence à la mesure d’ouverture de Chinn et Ito (2006, 2008) intitulée KAOPEN. Pour le prolonger, nous prenons la dernière valeur pour chaque pays et la projetons jusqu’à la période actuelle. Nous prenons ensuite la médiane de cette mesure et qualifions une observation d’élevée si elle dépasse cette médiane et de basse si elle lui est inférieure. L’indicateur des crises bancaires émane de Laeven et Valencia (2008, 2010). Il prend une valeur de 1 si l’on juge que le pays connaît une crise bancaire systémique et de zéro autrement.

Production et stocks de produits de base

Les quatre principaux produits de base étudiés dans ce chapitre sont le pétrole brut, le cuivre, le café et le coton. Les statistiques relatives à leur production émanent de sources diverses.

Les données mensuelles relatives à la production de pétrole sont tirées de la série International Energy Statisticsétablie par l’EIA, qui couvre la production mondiale de pétrole (en milliers de barils par jours) de janvier 1974 à août 2011. Ces données sont rétropolées jusqu’en 1973 en utilisant les calculs de Barsky et Kilian (2002). Les stocks mensuels mondiaux de pétrole sont représentés par ceux de l’OCDE, qui proviennent aussi des statistiques internationales sur l’énergie de l’EIA, et sont mesurés en millions de barils en fin de période. Pour les périodes antérieures à 1988, nous suivons les méthodes de Kilian et Murphy (2010) en rétropolant les stocks de l’OCDE jusqu’en 1970 au moyen du taux de croissance mensuel des stocks américains (également de source EIA).

Les données mensuelles sur la production de cuivre ont deux origines. À partir de janvier 1995, la production mondiale émane du World Bureau of Metal Statistics —WBMS (qui se base sur le US Geological Survey). Pour retrouver une mesure mensuelle de la production mondiale de cuivre antérieure à 1995, il faut procéder en deux temps. D’abord, nous prenons le taux de croissance mensuel de la production des États-Unis fourni par le Commodity Research Bureau (CRB), les statistiques remontant jusqu’en 1955. On s’en sert pour rétropoler la série WBMS. Ensuite, nous ajoutons les séries prolongées obtenues aux séries de la production extérieure aux États-Unis émanant du CRB, qui remontent jusqu’en 1955 (elles émanaient à l’origine de l’American Bureau of Metal Statistics). Nous calculons alors le taux de croissance de la série de production mondiale ainsi obtenue et nous l’utilisons pour rétropoler la série de production mondiale du cuivre WBMS de 1995 à 1955. Les stocks mensuels mondiaux de cuivre sont la somme des stocks enregistrés par le London Metal Exchange, par COMEX (qui fait partie du New York Mercantile Exchange) et par le marché des métaux de Shanghai. Les données, exprimées en milliers de tonnes métriques, nous ont été aimablement communiquées par la Comisión Chilena del Cobre.

Les données annuelles relatives à la production de café et de coton émanent du service étranger du ministère américain de l’agriculture (USDA). Nous faisons correspondre l’année de la récolte à l’année calendaire pendant laquelle la plus grande partie de la production a eu lieu. Les stocks de ces produits de base sont des montants en fin d’année qui proviennent aussi de l’USDA.

Activité mondiale

À la fréquence mensuelle, on mesure l’activité mondiale comme la variation du logarithme naturel d’un indice de la production industrielle mondiale. On utilise l’indice établi par le Bureau néerlandais d’analyse des politiques économiques (CPB) pour la période allant de 1991 jusqu’à maintenant. Pour la période antérieure à 1991, on a rétropolé les données du CPB au moyen du taux de croissance de l’indice SFI de la production industrielle des économies avancées. À la fréquence annuelle, l’activité mondiale est mesurée comme la variation du logarithme naturel du PIB réel mondial, que l’on prend dans la base de données des PEM. Pour contrôler la robustesse de l’autorégression vectorielle à la fréquence mensuelle, nous avons utilisé l’indice d’activité mondiale de Kilian (2009). Il s’agit d’un indice des coûts réels du fret maritime, épurés de la tendance, dans le monde entier.

Erreur de prévision des cours du pétrole

Les prévisions des cours du pétrole utilisées à l’appendice 4.3 sont les projections à 12 mois du cours en dollars du brut de type West Texas Intermediate (WTI), tirées de l’enquête faite en mars/avril par Consensus Economics. L’erreur de prévision correspond à la différence entre le log de cette projection et le log du cours moyen réel au comptant du WTI en mars/avril de l’année suivante.

Erreur de prévision du PIB mondial

La prévision de croissance du PIB mondial utilisée à l’appendice 4.3 est la moyenne pondérée des prévisions de croissance des sept économies du G-7 plus le Brésil, la Chine, l’Inde et la Russie. Il s’agit des projections à 12 mois, à partir de mars/avril, effectuées par Consensus Economics. Les pondérations des PIB en parités de pouvoir d’achat pour 2011 proviennent de la base de données des PME. L’erreur de prévision est calculée comme la différence entre cette prévision et la moyenne pondérée de façon similaire des taux de croissance effectifs des pays en question.

Échantillon

L’échantillon se compose de pays émergents et en développement exportateurs de produits de base; on choisit celles qui ont une population d’au moins 1 million et dont les exportations nettes de produits de base (pour la catégorie ou le produit concernés) représentent au moins 10 % en moyenne des exportations totales de biens pendant toutes les années disponibles (tableau 4.7).

Tableau 4.7.Intensité en produits de base des exportations(Rapport entre les exportations nettes de produits de base et les exportations totales de marchandises multiplié par 100)
Code SFICode

Banque

mondiale
Tous produits

de base
Groupes de produits de basePrincipaux produits de base
ÉnergieMétauxAlimentationMatières

premières
PétroleCuivreCaféCoton
Afghanistan, Rép. islam. d’512AFG23,5
Afrique du Sud199ZAF24,112,5
Algérie612DZA60,568,453,7
Angola614AGO80,965,615,568,013,4
Arabie saoudite456SAU82,686,384,0
Argentine213ARG37,335,3
Azerbaïdjan912AZE27,838,113,545,213,0
Bénin638BEN27,732,531,3
Bolivie218BOL61,422,026,1
Brésil223BRA29,029,414,4
Burkina Faso748BFA33,647,143,0
Burundi618BDI70,764,463,2
Cambodge522KHM25,2
Cameroun622CMR78,822,833,519,433,013,7
Chili228CHL51,248,548,9
Colombie233COL56,116,742,312,036,2
Congo, Rép. dém. du636COD58,911,734,714,332,8
Congo, Rép. du634COG75,954,517,256,2
Costa Rica238CRI48,451,920,2
Côte d’Ivoire662CIV61,949,619,617,5
Égypte469EGY29,431,112,730,215,6
El Salvador253SLV39,439,939,1
Émirats arabes unis466ARE65,567,769,9
Équateur248ECU74,328,849,729,6
Éthiopie644ETH38,740,553,9
Géorgie915GEO12,7
Ghana652GHA62,846,9
Guatemala258GTM44,641,229,2
Haïti263HTI12,914,717,8
Honduras268HND56,850,315,4
Inde534IND10,6
Indonésie536IDN49,132,110,624,3
Iran, Rép. islam. d’429IRN77,885,485,0
Iraq433IRQ61,189,893,5
Kazakhstan916KAZ69,044,119,042,8
Kenya664KEN30,239,823,6
Koweït443KWT67,069,567,7
Lettonie941LVA15,413,2
Libéria668LBR19,414,5
Libye672LBY88,190,288,9
Madagascar674MDG26,729,120,4
Malaisie548MYS36,025,5
Malawi676MWI23,225,0
Mali678MLI43,457,555,0
Maurice684MUS37,542,2
Mauritanie682MRT49,826,022,5
Mexique273MEX23,515,016,1
Moldova921MDA13,8
Mongolie948MNG34,016,312,715,8
Mozambique688MOZ40,315,913,610,2
Myanmar518MMR59,626,228,8
Nicaragua278NIC56,041,117,921,116,6
Niger692NER19,010,7
Nigéria694NGA87,880,579,1
Oman449OMN85,189,386,4
Ouganda746UGA77,569,110,365,8
Ouzbékistan927UZB53,611,141,841,7
Panama283PAN12,227,7
Papouasie-Nouvelle-Guinée853PNG72,722,724,311,519,925,611,3
Paraguay288PRY58,540,122,813,3
Pérou293PER54,331,216,018,6
Philippines566PHL12,210,2
République arabe syrienne463SYR49,750,510,151,0
République centrafricaine626CAF43,815,828,515,912,9
République dém. pop. lao544LAO32,613,8
République dominicaine243DOM19,817,9
République kirghize917KGZ12,0
Russie922RUS55,534,812,128,7
Rwanda714RWA63,657,051,5
Sierra Leone724SLE11,412,5
Soudan732SDN47,914,333,839,032,3
Sri Lanka524LKA26,324,4
Tadjikistan923TJK65,343,130,329,9
Tanzanie738TZA34,924,113,520,111,7
Tchad628TCD83,013,970,068,268,5
Thaïlande578THA16,020,6
Togo742TGO27,118,910,311,1
Tunisie744TUN12,612,214,5
Turkménistan925TKM68,848,223,923,3
Ukraine926UKR15,434,9
Uruguay298URY35,626,3
Venezuela299VEN59,558,157,3
Vietnam582VNM16,1
Yémen, Rép. du474YEM67,080,479,4
Zambie754ZMB72,371,772,9
Zimbabwe698ZWE33,319,0
Maximum88,190,271,769,170,093,572,965,868,5
Moyenne47,947,827,131,823,550,135,826,829,2
Médiane49,446,222,728,419,551,029,220,226,6
Écart-type21,828,015,915,514,426,621,717,217,6
Nombre d’économies78301740322962214
Source: calculs des services du FMI.Note: Les données ne figurent pas si la part est inférieure à 10, chiffre qui correspond au critère utilisé pour définir l’échantillon. Le tableau montre les moyennes de chaque part calculées à partir des données disponibles sur la période 1962–2010. Pour les groupes de produits de base, la part moyenne est calculée pour chaque composante, puis ces moyennes sont agrégées. La catégorie tous produits de base comprend l’or et l’argent. Voir l’appendice 4.1 pour plus de détails sur les données source.
Source: calculs des services du FMI.Note: Les données ne figurent pas si la part est inférieure à 10, chiffre qui correspond au critère utilisé pour définir l’échantillon. Le tableau montre les moyennes de chaque part calculées à partir des données disponibles sur la période 1962–2010. Pour les groupes de produits de base, la part moyenne est calculée pour chaque composante, puis ces moyennes sont agrégées. La catégorie tous produits de base comprend l’or et l’argent. Voir l’appendice 4.1 pour plus de détails sur les données source.
Appendice 4.2. Propriétés statistiques des cycles de cours des produits de base

Afin de distinguer les points de retournement (points hauts et points bas) dans le cheminement temporel des cours des produits de base, nous adoptons la méthodologie de datation des cycles conjoncturels d’Harding et Pagan (2002)47. Un cycle complet des cours réels des produits de base se compose d’une phase ascendante —du point bas au point culminant —et d’une phase descendante —du point culminant au point bas. En s’inspirant de Cashin, McDermott et Scott (2002), on distingue comme point de retournement possible un maximum et un minimum local si le cours pendant ce mois est supérieur ou inférieur à celui relevé deux mois auparavant et deux mois plus tard. L’ensemble des points de retournement sélectionnés doit ensuite donner une alternance de points hauts et de points bas. En outre, chacune des phases (ascendantes ou descendantes) définies par les points de retournement doit durer au moins 12 mois de façon à donner un cycle complet de 24 mois au minimum.

Avec cet exercice, on obtient pour 46 produits de base plus de 300 cycles complets d’une durée moyenne de cinq ans (tableau 4.8). La durée moyenne (médiane) des phases ascendantes et descendantes est respectivement de l’ordre de 2½ (2) ans et de 3 (2½) ans (graphique 4.12). Il existe toutefois des variations significatives de la distribution au sein des catégories de produits de base et entre elles. Ainsi, une phase de baisse du pétrole brut dure en moyenne 31 mois au lieu de 33 mois pour une phase de hausse. Pour les autres produits de base, les phases descendantes sont en général plus longues que les phases ascendantes, en particulier pour les cours de l’alimentation et des matières premières. Il est possible que ces derniers subissent l’effet de certains facteurs négatifs persistants en rapport avec les conditions climatiques, les maladies des plantes, etc., qui n’influent généralement pas sur les cours de l’énergie et des métaux. À l’exception du pétrole brut et de quelques métaux, les phases de baisse des cours sont d’amplitude un peu plus grande que celles de hausse (graphique 4.13).

Tableau 4.8.Propriétés statistiques des cours réels des produits de base
Produit de baseDate de

début de la

série (année;

mois)
Nombre de

phases du

point haut

au point

bas
Nombre de

phases du

point bas au

point haut
Durée moyenne

du point

haut au

point bas
Durée moyenne

du point bas au

point haut
Amplitude

moyenne du

point haut au

point bas
Amplitude

moyenne

du point

bas au

point haut
Durée

moyenne

du cycle
Amplitude entre la

dernière observation

disponible et la

dernière phase point

haut/point bas
Durée de la

dernière

période
Énergie1973: M27631,033,00,70,965,30,117
Charbon1993: M124525,020,40,60,745,0–0,19
Pétrole brut1973: M27631,332,70,80,965,30,215
Gaz naturel1992:M16616,718,50,40,536,60,625
Alimentation1970:M17837,926,00,50,460,9–0,28
Cacao1957:M191038,828,50,90,863,2–0,322
Café1957:M17836,140,00,90,877,6–0,26
Thé1957:M1101035,729,00,70,665,30,16
Seigle1975:M17834,024,50,70,657,10,03
Maïs1957:M191039,227,90,60,666,6–0,26
Riz1957:M19840,733,60,80,876,00,216
Blé1957:M1101035,626,80,60,564,00,616
Bœuf1957:M17758,631,70,50,581,9–0,16
Agneau1957:M17839,439,50,50,472,1–0,111
Volaille1980:M16621,540,20,20,267,20,08
Porc1980:M16737,022,11,10,946,3–0,12
Poissons1979:M14564,525,20,90,682,5–0,76
Crevettes1957:M1121124,331,20,60,549,50,218
Huile de noix de coco1957:M1121325,825,50,90,951,0–0,68
Huile d’olive1978:M94434,544,30,60,584,5–0,879
Huile de palme1957:M1101127,627,70,80,853,7–0,38
Farine de soja1965:M191032,625,40,70,755,6–0,14
Huile de soja1957:M191037,327,90,80,765,4–0,18
Graines de soja1965:M18841,325,50,70,770,30,220
Huile de tournesol1960:M76751,839,01,00,989,8–0,14
Bananes1975:M16640,031,50,80,869,3–0,18
Farine de poisson1957:M191028,437,20,70,767,1–0,418
Arachides1980:M15637,626,50,80,662,00,03
Oranges1978:M16543,723,20,90,969,60,310
Sucre1957:M17752,939,41,31,287,1–0,19
Métaux1970:M18833,028,50,70,660,1–0,18
Aluminium1972:M56737,533,60,80,756,0–0,26
Cuivre1957:M18942,832,80,70,769,0–0,38
Plomb1957:M191035,126,90,90,959,1–0,36
Nickel1979: M125634,627,81,11,257,4–0,48
Acier1987:M14537,327,60,60,765,3–0,18
Étain1957:M18944,325,00,60,668,0–0,46
Uranium1980:M14439,034,00,81,081,00,219
Zinc1957:M1101134,026,70,70,758,7–0,38
Or1968:M46539,030,40,60,761,21,6126
Argent1976:M17727,332,40,80,957,3–0,36
Matières premières1970:M15648,640,30,60,556,4–0,38
Bois dur1980:M16621,732,70,60,759,00,518
Bois dur scié1980:M15623,237,30,50,661,20,04
Bois tendre1975:M15645,432,30,60,470,4–0,15
Bois tendre scié1975:M16635,734,00,50,472,60,18
Coton1957:M1121324,924,80,60,548,7–0,77
Cuirs et peaux1957:M17758,133,91,01,055,7–0,17
Caoutchouc1957:M18941,133,90,80,855,3–0,48
Laine1957:M19942,429,80,70,769,7–0,34
Source: calculs des services du FMI.Note: Toutes les séries prennent fin en octobre 2011 (2011: M10), sauf celle du pétrole brut, qui se termine en août 2011 (2011: M8). Les points hauts et les points bas sont déterminés selon l’algorithme de Harding et de Pagan (2002) dans les conditions décrites à l’appendice 4.2. La longueur ou durée d’une phase est donnée en mois. L’amplitude d’une phase est donnée en unités en logarithme naturel. On trouve à l’appendice 4.1 une description complète des données.
Source: calculs des services du FMI.Note: Toutes les séries prennent fin en octobre 2011 (2011: M10), sauf celle du pétrole brut, qui se termine en août 2011 (2011: M8). Les points hauts et les points bas sont déterminés selon l’algorithme de Harding et de Pagan (2002) dans les conditions décrites à l’appendice 4.2. La longueur ou durée d’une phase est donnée en mois. L’amplitude d’une phase est donnée en unités en logarithme naturel. On trouve à l’appendice 4.1 une description complète des données.

Graphique 4.12.Durée des phases de hausse et de baisse des cours des produits de base

(En mois)

Pour la plupart des catégories des produits de base, à l’exception de l’énergie, les baisses durent un peu plus longtemps que les hausses.

Source: calculs des services du FMI.

Note: Dans chaque cadre, la ligne verticale interne est la durée médiane au sein de la catégorie, tandis que les parties droite et gauche indiquent les quartiles supérieur et inférieur. La distance à partir des carrés noirs (valeurs adjacentes) aux deux extrémités indique l’étendue de la distribution dans cette catégorie de produits à l’exclusion des valeurs aberrantes. On trouvera à l’appendice 4.2 une description de l’algorithme des points de retournement utilisé pour distinguer les points hauts et bas.

Graphique 4.13.Amplitude des phases de hausse et de baisse des cours des produits de base

(Log de la variation du cours réel)

Sauf pour l’énergie, l’amplitude des baisses est généralement supérieure à celle des hausses.

Source: calculs des services du FMI.

Note: Dans chaque cadre, la ligne verticale intérieure est l’amplitude médiane au sein de la catégorie, tandis que les parties droite et gauche indiquent les quartiles supérieur et inférieur. La distance à partir des carrés noirs (valeurs adjacentes) aux deux extrémités indique l’étendue de la distribution dans cette catégorie de produits à l’exclusion des valeurs aberrantes. On trouvera à l’appendice 4.2 une description de l’algorithme des points de retournement utilisé pour distinguer les points hauts et bas.

Ces constats rejoignent les conclusions des travaux économiques sur le sujet (Cashin, McDermott et Scott, 2002) et des études antérieures qui constatent que les cours des produits de base agricoles sont caractérisés par de longues périodes de marasme entrecoupées de courtes «pointes» de hausse (Deaton et Laroque, 1992). Pour le café et le coton, toutefois, les différences de durée entre hausses et baisses sont faibles. Cela pourrait être dû au fait que, s’agissant de produits pouvant être stockés, les stocks contribuent sans doute beaucoup à lisser les cours dans les deux sens.

Appendice 4.3. Description du modèle d’autorégression vectorielle

Dans cet appendice, nous décrivons le modèle des marchés mondiaux de produits de base employé pour trouver les sources des fluctuations des cours de ces produits évoquées dans la section consacrée aux déterminants des marchés de produits de base et à leurs effets macroéconomiques.

Modèle structurel d’autorégression vectorielle (VAR) des marchés mondiaux de produits de base

En nous inspirant des travaux de Kilian (2009) sur le marché mondial du pétrole, nous estimons un modèle structurel VAR du marché mondial des produits de base pour chacun des quatre produits d’importance majeure: pétrole brut, cuivre, café et coton. Chaque VAR comprend l’ensemble des variables suivantes:

t est l’indice du temps, Δqi,t la variation du log de la production mondiale du produit i, Δyt représente les variations de l’activité économique mondiale, Δki,t est le changement du log des stocks mondiaux du produit i, Δst la variation du log du taux de change effectif réel du dollar (TCER) et Δpi,t la variation du log du cours réel du produit i48. Pour chaque produit i, le modèle VAR structurel prend la forme suivante:

ei,t est un vecteur d’innovation (5 x 1) de moyenne zéro et sans corrélation sérielle, αi est un vecteur de constantes (5 x 1), et Am,i est une matrice de coefficients (5 x 5) des variables au retard m pour un total de Mi retards. Nous supposons que les innovations peuvent être exprimées comme ei,t = A0,t = εi,t, où εi,t est un vecteur des chocs structurels sans corrélation spatiale et sérielle avec une variance 1 et A0,i est une matrice des coefficients qui caractérise les chocs structurels par rapport aux chocs contemporains de la forme réduite. Pour identifier les chocs sur la demande et la production, nous élaborons des hypothèses concernant la structure de la matrice A0,i.

En particulier, nous supposons que la variation de la production mondiale d’un produit de base (Δqi,t) ne réagit pas aux autres chocs instantanément, mais seulement avec un certain délai. Cela signifie que l’innovation estimée de l’équation de production représente le choc structurel sur la production. En d’autres termes, les changements de la courbe de demande des produits de base dus aux chocs sur l’activité mondiale ou à d’autres facteurs n’influent pas sur la production pendant la même période, mais peuvent le faire peu après et ultérieurement. Cette hypothèse semble justifiable avec les données mensuelles dont nous disposons pour le pétrole brut et le cuivre. S’agissant du café et du coton, seules les données annuelles de production mondiale sont disponibles, mais l’hypothèse semble encore pouvoir être validée, parce que leurs cycles de production sont relativement longs49. Parmi les exemples de chocs t sur la production figurent les accidents climatiques imprévisibles qui nuisent au rendement, comme les inondations ou la sécheresse (pour les produits de base agricoles), les perturbations imputables à des incidents techniques ou à des arrêts de travail non anticipés (pour le pétrole et les métaux) ou encore les avancées technologiques imprévues qui stimulent la production.

Nous supposons aussi que l’activité mondiale (Δyi) puisse être influencée instantanément par un choc structurel sur la production, mais seulement avec retard par les autres chocs. Cela signifie que l’innovation estimée à partir de l’équation sur l’activité mondiale, après prise en compte de l’effet du choc sur la production, représente le choc structurel sur l’activité mondiale. Là encore, ces hypothèses semblent justifiables avec une fréquence mensuelle. Même lorsque les données sous-jacentes sont annuelles, les hypothèses semblent encore raisonnables tant que le produit de base considéré contribue relativement peu au PIB mondial. Néanmoins, il convient d’interpréter avec précaution les résultats concernant les produits de base agricoles50.

Considérées ensembles, ces hypothèses impliquent ce qui suit:

où 0 indique que le choc structurel n’a pas d’effet sur le choc de forme réduite correspondant, tandis que le point montre qu’il n’y a pas de restrictions à la corrélation. Répétons qu’avec les restrictions indiquées ici, nous ne pouvons trouver que les chocs structurels sur la production et l’activité mondiale (εi,tΔq et εi,tΔy)

On remarquera que nous intégrons dans le modèle les variations des stocks des produits de base et du log du TCER des États-Unis, car on sait que ces deux variables améliorent les projections des cours et de la production du pétrole, des métaux et des autres produits de base51. En outre, comme ces variables peuvent réagir rapidement à d’autres données, elles intègrent probablement des informations prospectives sur le marché des produits de base considéré (dans le cas des stocks) et sur l’activité mondiale (dans le cas des stocks et du TCER) allant au-delà de ce que contiennent la production, l’activité et les cours. De ce fait, les chocs identifiés sur la production et la demande mondiale sont plus précis dans notre modèle VAR à cinq variables que dans un modèle VAR à trois variables sans le TCER et les stocks.

Les fluctuations de cours non expliquées par les chocs sur la demande ou la production découlent d’une conjonction de facteurs que nous ne pouvons isoler. Ils comprennent des chocs propres à certains produits de base, mais aussi la diffusion d’informations à propos de l’évolution future des marchés de ces produits52. Dans ces conditions, les variations de la production totalement ou partiellement anticipées apparaissent dans la composante inexpliquée du cours au moment où l’information concernant l’évolution à venir devient connue plutôt qu’au moment où elle se produit effectivement. On pourrait citer comme illustration de ce type de choc anticipé sur la production le cas récent de la Libye où l’on s’attendait à ce que l’agitation politique perturbe la production de pétrole, et donc l’offre globale de ce produit, provoquant à l’avance une hausse des cours53. Nos résultats confirment également ceux de Kilian (2009) pour les autres produits de base. On peut en conclure que les chocs sur la demande expliquent mieux les fluctuations des cours des produits de base que les chocs non anticipés sur la production.

Un autre exercice auquel nous nous sommes livrés laisse penser que les chocs sur la demande ont plus d’importance que ceux sur la production, ce qui corrobore les résultats de nos modèles VAR (dans le cas du pétrole). Nous notons une corrélation positive et significative entre les révisions des prévisions de cours des produits de base et celles du PIB réel mondial, d’où il semble ressortir que les cours du pétrole sont déterminés par l’activité mondiale (graphique 4.14). En fait, si les révisions des prévisions de cours du pétrole sont étroitement liées aux chocs négatifs sur la production des produits de base, qui pèsent sur le PIB mondial, il devrait y avoir une corrélation négative entre les révisions portant sur les prévisions de cours et celles portant sur l’activité économique mondiale. Nous n’avons pu procéder à cette analyse pour d’autres produits de base en raison de l’absence de séries temporelles sur les prévisions de Consensus Economics pour leurs cours.

Graphique 4.14.Corrélation entre la croissance du PIB réel mondial et les erreurs de prévision des cours du pétrole

Les évolutions inattendues des cours mondiaux du pétrole sont corrélées positivement à celles de l’activité mondiale.

Sources: Consensus Economics; calculs des services du FMI.

Note: Les erreurs de prévision sont calculées comme la valeur effective moins la valeur prévue. L’erreur de prévision sur la croissance du PIB réel mondial est exprimée en points de pourcentage, alors que celle sur les prix réels du pétrole est en logarithme multiplié par 100. La ligne indique la ligne de régression du meilleur ajustement par les moindres carrés. On trouvera à l’appendice 4.1 une description complète des données sous-jacentes.

À quel degré de variation du PIB des exportateurs de produits de base peut-on s’attendre en réaction aux évolutions des cours réels de ces produits entraînées par des chocs sur la demande ou la production mondiales? Pour répondre à cette question dans les cas du cuivre et du pétrole, nous devons rendre les chocs sur la demande et la production mondiales du modèle VAR mensuel comparables aux chocs utilisés dans la régression de panel, qui sont à une fréquence annuelle. Pour cela, nous faisons l’hypothèse d’une série de chocs pour les 12 premiers mois dont chacun est égal au choc d’un écart-type employé dans la régression annuelle. Pour le pétrole, le résultat est une hausse de 12,2 % de son cours réel pendant l’année concernée du fait d’un choc annuel sur la demande mondiale et une hausse de 3,8 % du fait d’un choc (négatif) sur la production mondiale de pétrole. Pour le cuivre, on obtient une hausse de quelque 8 % de son cours réel sous l’effet de 1 choc sur la demande mondiale et une hausse de 3 % sous l’effet d’un choc (négatif) sur la production mondiale de cuivre. Ainsi, l’élasticité du PIB réel des exportateurs en réaction aux variations des cours peut maintenant être obtenue à partir de leurs effets sur le PIB réel pendant un an (voir tableau 4.5). S’agissant du pétrole, par exemple, l’élasticité implicite du PIB réel à un changement du cours de ce produit entraîné par la demande mondiale s’élève à 0,03 dans l’année de l’impact et à 0,15 trois ans après. Bien que l’élasticité à un changement du cours du pétrole suscité par la production mondiale soit d’importance comparable (0,05 lors de l’impact et –0,14 trois ans après), l’effet du choc sur le PIB d’un exportateur n’est pas statistiquement significatif (comme on le voit au tableau 4.4).

Robustesse

Nous avons effectué plusieurs contrôles de robustesse de notre modèle VAR de référence, à savoir: 1) utilisation du log des cours réels des produits de base et du log du TCER américain en niveaux plutôt qu’en différences, puisqu’il n’y a pas de raison manifeste de croire que ces variables devraient être non stationnaires; 2) recours à l’indice d’activité mondiale réelle de Kilian (2009) dans les modèles VAR avec des données mensuelles au lieu de la variation du log de la production industrielle mondiale; 3) emploi d’un déflateur de substitution pour les cours des produits de base se référant à l’indice pondéré des cours de gros en DTS au lieu de l’IPC américain. De manière générale, les résultats sont qualitativement inchangés pour tous les produits de base.

Recensement des phases de variation des cours déterminées par la demande mondiale et de celles déterminées par la production

Nous considérons qu’une phase est déterminée par la demande mondiale si la contribution à l’amplitude de cette phase de la composante demande mondiale est d’au moins 25 % et dépasse la contribution de la composante production mondiale —et vice versa pour une phase générée par la production. Pour le pétrole, cela aboutit à distinguer quatre phases déterminées par la demande mondiale, dont deux de baisse (octobre 1990–décembre 1993 et octobre 2000–décembre 2001) ainsi que deux de hausse (janvier 1994–octobre 1996 et janvier 2002–juillet 2008). Elles figurent au graphique 4.8. Les phases générées par la production comprennent une baisse (janvier 1996–décembre 1998) et une hausse (janvier 1999–septembre 2000).

Appendice 4.4. Principales caractéristiques du modèle GIMF et application à un exportateur de pétrole de petite taille et ouvert

Le modèle monétaire et budgétaire mondial intégré (GIMF) est un modèle général d’équilibre dynamique plurisectoriel et plurinational qui comporte une large gamme de types de friction réels et nominaux considérés comme intéressants par les études macroéconomiques récentes54. Nous employons dans ce chapitre une version bi-régionale du GIMF incluant un pays exportateur de petite taille et ouvert ainsi que le reste du monde, lequel est un importateur net de pétrole. Le secteur pétrolier est modélisé selon les modalités décrites au chapitre 3 des Perspectives de l’économie mondiale d’avril 2001. Les emprunts à l’étranger de ce pays sont modé-lisés de façon telle que la prime de risque souverain s’élève parallèlement au niveau de la dette publique nette. Avec le calibrage retenu ici, qui est un niveau d’endettement de 100 % du PIB, une diminution (augmentation) de 20 points de la dette entraîne une baisse (hausse) de 53 (103) points de base de la prime de risque. En revanche, si la dette représente 30 % du PIB, une diminution/augmentation de 20 points de pourcentage entraîne une baisse (hausse) de 11 (16 points) de la prime de risque.

Politique budgétaire

La règle de politique budgétaire est définie comme un simple objectif numérique assigné au ratio solde budgétaire de l’État/PIB, qui a pour but de stabiliser la dette à proximité de la cible à long terme tout en limitant le plus possible l’instabilité de la production et de l’inflation. Elle prend la forme suivante:

gst est le ratio excédent budgétaire/PIB;gs* est l’objectif à long terme portant sur ce ratio; τt et ct sont respectivement les recettes fiscales non pétrolières et les royalties pétrolières; τtpot et ctpot sont les niveaux potentiels des recettes fiscales et des royalties55. Les différences entre les valeurs réelles et potentielles sont les écarts («gaps»). Les coefficients dtax et dcom déterminent le type de règle adopté56. Le choix de dtax et de dcom assure une continuité des règles donttrois formes sont évoquées dans ce chapitre: 1) règle d’équilibre budgétaire quand dtax et dcom sont égaux à zéro, 2) règle d’excédent structurel quand dtax et dcom sont égaux à 1; 3) règle anticyclique quand dtax et dcom sont supérieurs à 157.

Pour appliquer le ratio excédent/PIB prescrit par la règle, le gouvernement dispose en principe d’une panoplie d’instruments budgétaires utilisables. Toutefois, par souci de simplicité, nous supposons qu’il la respecte en modifiant le taux de la taxe sur la main-d’œuvre. Comme on l’a mentionné plus haut, les résultats qualitatifs ne changent pas si l’on se sert d’un autre instrument budgétaire pour se conformer à la règle. Pour déterminer la règle optimale, on évalue les différents paramètres de façon à trouver la fonction minimum de perte des écarts-types de l’inflation et de la production. Nous évaluons la valeur actuelle nette de l’utilité actualisée des ménages dans le cadre de l’analyse des variations permanentes des cours du pétrole.

Encadré 4.1.Effets macroéconomiques des chocs sur les cours des produits de base dans les pays à faible revenu*

Les chocs sur les cours des produits de base peuvent avoir d’importantes conséquences économiques, sociales et politiques sur les pays à faible revenu, qu’ils en soient importateurs ou exportateurs. La plupart de ces pays sont importateurs nets d’alimentation et de pétrole, beaucoup acquittant en particulier une lourde facture pétrolière. En même temps, les produits de base représentent plus de la moitié des exportations de marchandises d’un tiers environ d’entre eux; les fluctuations des cours peuvent donc entraîner des variations marquées des soldes extérieurs, les uns étant gagnants et les autres perdants en fonction de la structure des échanges et de la nature des produits dont les cours évoluent. Les chocs mondiaux sur les cours des produits de base suscitent aussi en général de l’inflation et des tensions sociales dans les pays à faible revenu. En effet, les cours de l’alimentation, qui y représentent près de la moitié du panier du consommateur, sont fortement corrélés à ceux des autres produits de base1. La ponction qui en résulte sur les revenus réels des ménages peut aggraver la pauvreté et susciter des pressions politiques en faveur de mesures budgétaires de compensation, elles-mêmes susceptibles de peser sur les finances publiques.

L’expérience récente montre bien l’importance des cours des produits de base pour les pays à faible revenu. La poussée des cours de l’alimentation et du pétrole en 2007–08 a été à l’origine de tensions inflationnistes (graphique 4.1.1) jusqu’en 2009 lorsque les cours des produits de base ont chuté sous l’effet de la crise financière mondiale. À la fin de 2010 et au début de 2011, les pays à faible revenu ont été confrontés à une résurgence générale de ces cours. À cette occasion, le mouvement de hausse a été plus général qu’en 2007–08, ce qui a amorti le choc sur les pays à faible revenu exportateurs de produits de base non pétroliers. En outre, l’accélération de l’inflation a été davantage contenue dans la plupart des cas, parfois grâce à de bonnes récoltes. À peu près la moitié des pays à faible revenu ont pris des mesures budgétaires, dont on estime le coût médian à plus de 1 point de PIB, pour atténuer l’impact du choc sur le plan social et sur l’inflation. Il s’est agi de subventions à l’alimentation et/ou aux produits pétroliers (quelques-unes seulement ciblant les pauvres), de mesures de protection sociale ainsi que d’allégements des impôts et des droits à l’importation.

Graphique 4.1.1.Inflation globale dans les pays à faible revenu et indice des cours mondiaux des produits de base

En 2011, l’inflation globale n’a que peu accéléré dans la plupart des pays à bas revenu.

Sources: Perspectives de l’économie mondiale de septembre 2011; estimations des services du FMI.

Simulation des effets macroéconomiques d’une nouvelle poussée des cours mondiaux des produits de base

Nous examinons les conséquences éventuelles d’un nouveau choc mondial sur les cours des produits de base au moyen du cadre d’analyse de la vulnérabilité des pays à faible revenu récemment mis au point par le FMI2. Le scénario est construit par référence aux anticipations des marchés intégrées aux contrats d’options sur les produits de base, tandis que les chocs sur les différents produits sont harmonisés sur la base de cours se situant dans les 7 % les plus élevés de la distribution anticipée des probabilités3. Nous simulons les effets du choc pays par pays, en tenant compte de l’expérience des chocs antérieurs ainsi que des différences internationales dans la composition des échanges et les paniers de consommation.

L’analyse par scénario montre qu’une nouvelle envolée des cours des produits de base pourrait avoir de graves retombées macroéconomiques et sociales. L’incidence sur la croissance serait modeste, mais le choc sur les cours ferait passer 31 millions de personnes sous le seuil de pauvreté en raison surtout de l’accélération de l’inflation et de l’absence d’une protection sociale efficace (graphique 4.1.2). Des mesures budgétaires de compensation, modélisées sur la base des expériences antérieures, pourraient entraîner une dégradation du solde budgétaire médian de plus de 1 point de PIB en 2012, dont à peu près les trois quarts seraient imputables à la hausse des cours du pétrole et le dernier quart à celle des prix de l’alimentation (graphique 4.1.3).

L’incidence extérieure du scénario des cours des produits de base pénaliserait la grande majorité des pays à faible revenu, la dégradation médiane de la balance commerciale atteignant près de 3 % du PIB (graphique 4.1.4). Elle résulterait principalement de la montée des cours du pétrole et, à moindre degré, de celle des prix de l’alimentation. Seuls les exportateurs nets de pétrole seraient gagnants. Les exportateurs nets d’alimentation ne feraient qu’un peu mieux que les importateurs nets, car les uns comme les autres souffriraient de la majoration des cours du pétrole. Les pays à faible revenu subissant un choc négatif sur les termes de l’échange verraient leurs besoins de financement externes augmenter de quelque 9 milliards de dollars, dont l’essentiel au titre de quelques grands pays n’exportant pas de produits de base.

Graphique 4.1.2.Effet sur l’inflation de la hausse des cours des produits de base dans les pays à faible revenu en 2011 et 2012

(Points de pourcentage, médiane)

Dans le scénario de hausse des cours mondiaux des produits de base, l’inflation pourrait doubler dans les pays à faible revenu par rapport à la projection de référence, surtout sous l’effet de la hausse des prix de l’alimentation.

Sources: Perspectives de l’économie mondiale de septembre 2011; calculs des services du FMI.

Note: Le scénario simulait l’incidence d’une hausse des prix mondiaux de l’alimentation et du pétrole (de 25 % et 31 % en 2011 et 2012 pour l’alimentation ainsi que de 21 % et 28 % pour le pétrole comparativement au scénario de référence).

Riposte face aux chocs sur les cours des produits de base et mesures destinées à établir une capacité de résistance

Comme beaucoup de pays à faible revenu ont utilisé une partie de leur marge de manœuvre macroéconomique pendant la récente crise, un nouveau choc mondial sur les cours des produits de base pourrait présenter des difficultés4. Le meilleur conseil habituel de politique budgétaire, c’est-à-dire répercuter la hausse des cours sur les consommateurs, ne conviendrait peut-être pas à la plupart des pays à faible revenu, parce qu’ils ne disposent pas d’un système complet de protection sociale permettant d’aider les catégories vulnérables. Mais il est aussi difficile de trouver des solutions optimales de second rang, pragmatiques et efficaces par rapport à leur coût, compte tenu des moyens budgétaires limités de ces pays. La conduite de la politique monétaire en réaction aux chocs sur les cours des produits de base, en particulier ceux de l’alimentation, est également loin d’aller de soi, puisque les autorités doivent choisir entre accompagner une inflation supérieure et procéder à un resserrement qui fait augmenter les coûts réels. Mais, même si l’effet direct d’une hausse des prix alimentaires sur l’inflation globale est habituellement plus marqué dans les pays à faible revenu que dans les pays avancés, l’inertie de l’inflation est relativement faible. Une politique monétaire accommodante est donc moins susceptible de conduire à une inflation persistante5.

Graphique 4.1.3.Effet direct d’une hausse des cours des produits de base sur le solde budgétaire des pays à faible revenu en 2012

(En pourcentage du PIB, médiane)

Le solde budgétaire du pays médian à faible revenu se dégraderait de plus de 1 point de PIB en 2012 surtout à cause du renchérissement du pétrole.

Sources: Perspectives de l’économie mondiale de septembre 2011; calculs des services du FMI

Note: L’incidence budgétaire est estimée au moyen des élasticités des recettes et des charges par rapport aux variations des prix mondiaux de l’alimentation et du pétrole, tout en faisant l’hypothèse d’une riposte similaire à celle observée pendant la phase 2007-08 d’augmentation générale de ces prix. Les calculs étant basés sur la médiane des différences, la somme des composantes peut différer du total. Les chiffres entre parenthèses indiquent la taille de l’échantillon (nombre de pays).

Graphique 4.1.4.Effet direct d’une hausse des cours des produits de base sur le solde commercial des pays à faible revenu en 2012

(En pourcentage du PIB de 2010, médiane)

Certains pays profiteraient de la hausse mondiale des cours des produits de base, mais le solde commercial du pays médian à bas revenu se dégraderait en 2012 de près de trois points de PIB, surtout à cause du pétrole.

Sources: Perspectives de l’économie mondiale de septembre 2011; calculs des services du FMI.

Note: Le scénario simulait l’incidence d’une hausse des prix mondiaux de l’alimentation, des métaux (à l’exception de l’or et de l’uranium) et du pétrole (respectivement à hauteur de 31 %, 36 % et 48 % au dessus du scénario de référence). Les calculs étant basés sur la médiane des différences, la somme des composantes peut différer du total. Les chiffres entre parenthèses indiquent la taille de l’échantillon (nombre de pays).

S’il est important de réagir judicieusement aux chocs, les pays peuvent prendre des mesures avant même qu’une crise ne se produise pour y être moins exposés ou pour se ménager une marge de manœuvre en prévision de chocs futurs. Outre la constitution de marges de manœuvre pendant les périodes de prospérité, les pays à faible revenu peuvent 1) renforcer leurs budgets sur le plan structurel, 2) mettre en place des systèmes de protection sociale plus solides et plus flexibles, 3) opérer des réformes visant à encourager l’épargne interne et à approfondir le système financier, 4) rechercher des mesures permettant de diversifier davantage leur production et leurs exportations.

*L’auteur de cet encadré est Julia Bersch, qui s’est inspirée de FMI (2011a). Les pays à faible revenu dont il est question dans cet encadré sont ceux qui ont droit à des financements assortis de conditions avantageuses du FMI dans le cadre du Fonds fiduciaire pour la réduction de la pauvreté et la croissance, à l’exception de la Somalie, qui en a été exclue faute de pouvoir fournir des données.1En revanche, la part de l’alimentation dans les paniers de consommation est inférieure à 20 % dans les pays de l’OCDE.2On trouvera des précisions dans FMI (2011a).3Dans ce scénario spécifique, on suppose que les cours de l’alimentation augmentent de 25 % en 2011 et de 31 % en 2012 par rapport à la prévision de référence; les cours du pétrole augmenteraient de 21 % en 2011 et de 48 % en 2012, ceux des métaux de 21 % en 2011 et de 36 % en 2012.4On trouvera dans FMI (2010) une analyse détaillée de la manière dont les pays à faible revenu ont traversé la crise mondiale.5On trouvera au chapitre 3 des Perspectives de l’économie mondiale de septembre 2011 une analyse des conséquences pour la politique monétaire d’une inflation induite par les cours des produits de base dans les économies avancées et émergentes. Ces travaux soulignent à quel point il est important de «cibler ce que l’on peut atteindre» pour établir la crédibilité de la politique monétaire et obtenir de meilleurs résultats macroéconomiques.

Encadré 4.2.La volatilité des cours des produits de base et le défi du développement dans les pays à faible revenu*

La conjonction des récentes découvertes de ressources naturelles dans de nombreux pays à faible revenu et de l’instabilité des cours des produits de base leur offre de grandes possibilités, mais pose aussi de sérieux problèmes. L’horizon de la production étant souvent limité, ils ne disposent que d’un court laps de temps pour mettre ces ressources exceptionnelles au service du développement1. En même temps, le fait de vouloir faire trop et trop vite est en soi une source de difficultés.

Les obstacles sont en partie analytiques. La recommandation habituelle, qui repose sur l’hypothèse du revenu permanent, est de placer l’essentiel des revenus tirés des ressources naturelles dans un fonds souverain composé d’actifs financiers à faible rendement (par exemple, Davis et al., 2001; Barnett et Ossowski, 2003; Bems et de Carvalho Filho, 2011). Cela permet de préserver cette richesse, d’assurer l’équité entre les générations et de maintenir la stabilité.

Toutefois, cette démarche ignore les besoins de développement à plus long terme de ces pays qui disposent de peu de capitaux et font face à des contraintes en matière de crédit. En général, l’analyse ci-dessus ajoute à l’hypothèse de revenu permanent celle que le compte de capital soit ouvert et que le rendement des fonds, y compris des placements publics, soit égal aux taux d’intérêt mondiaux. Or, il ressort de nombreuses données empiriques que le taux de rendement des investissements publics dans les pays à faible revenu pourrait être bien supérieur aux taux d’intérêt mondiaux2. Il est possible qu’à cause de leur accès limité aux marchés de capitaux mondiaux et de la faiblesse de leur système fiscal, ils ne soient pas en mesure d’exploiter cette possibilité avant un essor des exportations de ressources naturelles. Plusieurs études, qui recourent à des modèles intégrant les investissements, concluent d’ailleurs qu’il peut être optimal d’effectuer en priorité des investissements publics productifs (Takizawa, Gardner et Ueda, 2004; van der Ploeg et Venables, 2011; Araujo et al., 2012).

Malgré l’attrait théorique de l’investissement par les pays à faible revenu du produit de leurs ressources naturelles, l’expérience dément généralement l’idée selon laquelle leur abondance favorise la croissance économique; c’est ce que l’on appelle la malédiction des ressources naturelles3. Ainsi, l’expérience de quatre pays d’Amérique latine (Bolivie, Équateur, Mexique, Venezuela) dans les années 70 ne montre pas de façon évidente des effets sur l’offre au-delà de la période d’augmentation exceptionnelle des ressources (Sachs et Warner, 1999).

Tout cela laisse penser que les pays à faible revenu devraient tenter d’investir le produit des ressources naturelles, mais avec prudence. Compte tenu de la volatilité des cours des produits de base, le fait d’utiliser les revenus correspondants au moment où on les perçoit a pour résultat un cheminement chaotique des dépenses publiques qui aggrave l’instabilité économique et rend plus difficile une exécution efficace des projets d’investissement. En outre, dépenser en interne des entrées exceptionnelles de devises peut entraîner une appréciation du taux de change réel de nature à nuire au secteur des biens échangés (syndrome hollandais). Comme les pays à faible revenu souffrent souvent d’une gouvernance médiocre et de goulets d’étranglement dans la production, un accroissement rapide des investissements publics est aussi susceptible d’entraîner des inefficiences liées à la fois à la conversion des revenus tirés des ressources naturelles en capital public et aux contraintes en matière de capacité d’absorption.

Dans le but de remédier à ces éventuelles difficultés, Berg et al., (2012) proposent un concept d’«investissement soutenable», qui consiste à utiliser un fonds dédié pour épargner une partie de ces revenus et la hausse éventuelle des recettes fiscales non liées aux ressources naturelles4. On accroît progressivement les investissements publics en tenant compte des contraintes en matière d’institutions et de capacité d’absorption. Cette manière de procéder peut beaucoup limiter l’incidence de la volatilité des cours des produits de base sur l’économie nationale, atténuer les effets du syndrome hollandais et réduire le coût des contraintes sur le plan de la capacité d’absorption. Quand l’augmentation des investissements dépasse le rendement du fonds de placement, de nouveaux ajustements budgétaires s’imposent. Cette démarche revient à préserver la richesse momentanée que représentent les ressources naturelles sous la forme d’un capital public permettant d’améliorer la productivité de la production privée. Comme il y aussi élévation permanente de la consommation, elle est largement conforme au principe du revenu permanent.

L’expérience récente des pays à faible revenu montre que la grande majorité d’entre eux ne s’est pas inspirée de l’hypothèse du revenu permanent dans la gestion des revenus tirés des ressources naturelles (voir appendice II dans Baunsgaard et al., à paraître). Au Tchad, par exemple, lors de l’envolée des cours du pétrole, les dépenses en capital à financement intérieur sont passées de 2,1 % du PIB non pétrolier en 2003 à 12,6 % en 2008–10 (FMI, 2011b). Le Timor-Leste, en revanche, pratique depuis assez longtemps une stratégie de type HRP. Après le démarrage de sa production de pétrole au début de 2000, il a constitué un fonds pétrolier de dimension importante qui a atteint, en 2011, 886 % du PIB hors pétrole (FMI, 2012). Les investissements sont restés faibles avant 2011, mais le gouvernement a récemment adopté une stratégie de développement qui prévoit d’importantes dépenses en infrastructures qui seront financées en partie par des prélèvements sur le fonds pétrolier.

*L’auteur de cet encadré est Susan Yang.1Le Ghana, par exemple, a commencé à produire du pétrole en 2011 et ses réserves résultant de découvertes récentes devraient être épuisées au début de 2020 (projection des services du FMI).2Ainsi, le taux de rendement annuel médian de l’ensemble des projets de la Banque mondiale est passé de quelque 12 % en 1987–88 à 24 % en 2005–07 (Banque mondiale, 2010).3L’enquête de van der Ploeg (2011) montre que de nombreux pays, comme le Botswana et le Chili, ont échappé à cette malédiction, bien qu’une corrélation négative moyenne existe entre la croissance et la part des ressources naturelles dans les exportations.4Collier et al. (2010) proposent également d’investir dans un fonds souverain liquide, qui aurait pour vocation principale de lisser l’évolution des investissements publics. On peut considérer la création d’un fonds distinct comme une construction intellectuelle permettant d’appréhender la dynamique d’une politique budgétaire appropriée. En pratique, des facteurs institutionnels pourraient aller à l’encontre d’une division sous la forme d’un fonds séparé, mais les conclusions concernant la trajectoire de l’épargne et des dépenses de l’État resteraient valides.
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*

Les auteurs principaux de ce chapitre sont John Bluedorn, Rupa Duttagupta (chef d’équipe), Andrea Pescatori et Stephen Snudden, qui ont bénéficié du concours de Murad Omoev, Katherine Pan et Marina Rousset. Julia Bersch et Susan Yang ont également contribué au chapitre.

1

Voir Heap (2005) et certains chapitres des éditions antérieures des Perspectives de l’économie mondiale (chapitre 5 de septembre 2006, chapitre 5 d’avril 2008 et chapitre 3 d’octobre 2008).

2

Nous employons une variante de la stratégie de recherche suivie par Kilian (2009), Kilian, Rebucci et Spatafora (2009) ainsi que Kilian et Murphy (2010) pour estimer l’effet de chocs émanant de la demande mondiale et de la production de produits de base sur les cours du pétrole brut, du cuivre, du café et du coton.

3

Voir FMI (2009) et Baunsgaard et al.,(à paraître) à propos du rôle que jouent les institutions budgétaires des exportateurs de produits de base pour assurer la stabilisation macroéconomique face aux chocs sur les cours de ces produits.

4

Certains de ces problèmes sont évoqués dans Baunsgaard et al.,(à paraître), Medas et Zakharova (2009), Deaton (1999), Collier et Goderis (2007) et dans Eyzaguirre et al.(2011).

5

Voir la partie sur l’évolution des produits de base au chapitre 1 ainsi que Erten et Ocampo (2012).

6

Ces conclusions ne sont pas nouvelles. Frankel (2011) souligne que les exportateurs de produits de base doivent se garder de mener une politique budgétaire procyclique accentuant l’instabilité économique. Selon Baunsgaard et al.,(à paraître), il faut absolument concevoir des cadres budgétaires aptes à intégrer progressivement de nouvelles informations.

7

Nous définissons les exportateurs de produits de base comme les pays où les exportations nettes d’un produit (ou d’une catégorie de produits) représentent au moins 10 % des exportations totales de marchandises. On trouvera des précisions à l’appendice 4.1.

8

Nous nous concentrons sur trois épisodes prolongés d’évolution des cours des produits de base depuis 50 ans (voir graphique 4.1 et Radetzki, 2006): celle précédant le point haut atteint au milieu des années 70 (les cours de l’énergie ont culminé dans les années 80); la rechute qui a suivi jusqu’en 2001 (les cours de l’énergie ont touché leur point le plus bas en 1998); enfin, le rebond ultérieur.

9

Ces produits de base présentent aussi un intérêt particulier au sein de leurs catégories parce qu’ils comptent le plus grand nombre d’exportateurs de l’échantillon (il s’agit du nombre le plus élevé d’exportateurs de produits de base ayant une part d’au moins 10 % des exportations nettes de ces produits dans les exportations totales de marchandises).

10

Pour toute la période étudiée, nous nous référons aux cours réels des produits de base, c’est-à-dire les cours mondiaux libellés en dollars américains et déflatés par l’IPC des États-Unis. On trouvera des précisions à l’appendice 4.1.

11

Pour chaque indicateur, nous prenons la valeur médiane des moyennes nationales dans l’ensemble de l’échantillon.

12

Voir Heenan, Peter et Roger (2006) et Roger (2010) pour des données internationales sur l’adoption du ciblage de l’inflation. Batini et Laxton (2005) constatent que les pays émergents et en développement ayant choisi cette voie ont sensiblement progressé en matière d’ancrage de l’inflation et d’anticipations.

13

Nous employons la variation du ratio dette publique/PIB pour représenter la situation budgétaire, sachant que le solde primaire corrigé des variations cycliques est indisponible dans de nombreux pays pendant la période 1960-2010. De plus, nous ne disposons pas des chiffres sur le PIB réel hors produits de base pour tous les exportateurs figurant sur l’échantillon, alors qu’ils pourraient permettre de mieux mesurer les résultats économiques en dehors du secteur des produits de base.

14

On remarque que les cours de l’énergie et des métaux ont culminé en 2008, tandis que ceux de l’alimentation et des produits agricoles ont culminé en 2010.

15

L’analyse empirique de la gestion budgétaire des producteurs de produits de base pendant les cycles de leurs cours est relativement récente (comparativement aux études qui évaluent la procyclicité de la politique budgétaire avec la production). Voir le chapitre 3 de l’édition de septembre 2011 des Perspectives économiques régionales —Hémisphère occidental; Medina (2010) et Kaminsky (2010) sur la procyclicité des politiques budgétaires des producteurs latinoaméricains, surtout dans les pays à revenu faible et moyen. Toutefois, Céspedes et Velasco (2011) constatent que les politiques budgétaires des exportateurs de produits de base (englobant une catégorie plus nombreuse) sont devenues moins procycliques dans les années 2000.

16

En s’inspirant de Cashin, McDermott et Scott (2002), nous recourons à la méthodologie d’Harding et Pagan (2002) pour distinguer les points hauts et bas dans le cheminement temporel des cours réels des produits de base. Un point de retournement éventuel peut être défini comme un maximum ou un minimum local si le cours pendant le mois considéré est supérieur ou inférieur à celui des deux mois antérieurs et des deux mois postérieurs. Il faut ensuite établir une séquence des points de retournement possibles pour faire alterner points hauts et points bas. En outre, chaque phase (de hausse ou de baisse) définie par les points de retournement doit être d’une durée d’au moins 12 mois. On trouvera des précisions à l’appendice 4.2.

17

Pour chaque phase (de hausse ou de baisse), nous étudions les variables économiques au moyen de trois mesures: la médiane internationale pour la totalité de la phase, la médiane quand la phase se situe dans le quartile supérieur sur le plan de la durée (fluctuations prolongées) et la médiane quand la phase se situe dans le quartile supérieur sur le plan de l’amplitude (fortes fluctuations). Nous comparons aussi les valeurs moyennes (au lieu des valeurs médianes) des indicateurs macroéconomiques pour différentes fluctuations des cours des produits de base. La configuration est la même avec des différences de variation un peu supérieures entre les hausses et les baisses.

18

Nous n’avons pas assez de données en ce qui concerne la progression du crédit chez les exportateurs de matières premières.

19

On dispose de données plus complètes pour l’évolution de la dette publique que pour le solde budgétaire global.

20

Cela correspond aux études empiriques. Chen, Rogoff et Rossi (2010), par exemple, constatent que les taux de change réels des exportateurs de produits de base sont plus élevés dans les périodes de hausse de leurs cours. Toutefois, la croissance moyenne du TCER lors d’une hausse ne se situe pas toujours au-dessus de la croissance moyenne observée lors d’une baisse (on ne l’indique pas ici), ce qui est un peu surprenant. Nous proposons deux explications possibles. D’abord, le TCER (comme toutes les variables) ne réagit pas seulement aux variations des cours des produits de base, mais aussi aux politiques en vigueur et à d’autres facteurs; or, l’exercice ne recense aucun de ces éléments et n’en élimine pas les effets. Ensuite, un certain surajustement du TCER peut avoir lieu au début d’une phase de hausse, suivie d’une correction, de sorte que la croissance moyenne du TCER n’est pas forcément plus marquée lors d’une hausse que lors d’une baisse.

21

On trouvera chez Rafiq (2011) des données tangibles émanant des exportateurs de pétrole du Conseil de coopération du Golfe, tandis qu’Adler et Sosa (2011) présentent des données relatives à ceux d’Amérique latine.

22

Adler et Sosa (2011) trouvent des preuves de cette procyclicité chez les exportateurs latino-américains de produits de base.

23

Pour le pétrole et le cuivre, les modèles VAR sont estimés avec une fréquence mensuelle, tandis que, pour le café et le coton, ils fonctionnent avec des données annuelles en raison de l’insuffisance des données. On trouvera à l’appendice 4.3 des précisions sur le modèle de référence et les contrôles de robustesse. On peut citer comme exemples de chocs sur la production les accidents climatiques imprévisibles tels que les inondations et la sécheresse, qui pénalisent les rendements (pour l’alimentation et les matières premières); les perturbations de la production résultant de défaillances des équipements ou d’interruptions du travail inattendues (pour l’énergie et les métaux); les progrès technologiques imprévus qui stimulent la production. Un choc sur l’activité mondiale peut consister en une contraction soudaine due à des difficultés inattendues dans un pays ayant une importance systémique. Les chocs propres à un produit de base peuvent consister, par exemple, en un changement de goût au profit du café et au détriment du thé (ce qui s’est produit pendant la décennie écoulée), en une intensification progressive de l’usage d’un produit ainsi qu’en un changement des anticipations sur la production future et l’activité mondiale. Les variations de la production ou de l’activité entièrement ou partiellement anticipées feraient donc partie de la composante non expliquée du cours, qui interviendrait au moment où l’on reçoit les nouvelles à propos du changement à venir plutôt qu’à celui où il se produit eff ectivement. La situation récente de la Libye pourrait illustrer ce type de choc anticipé sur la production: on s’attendait à ce que l’agitation politique perturbe la production de pétrole, et donc l’offre mondiale de ce produit, ce qui a fait monter les cours à l’avance. De même, une hausse anticipée de la demande de produits de base due à l’essor actuel de l’immobilier en Chine ferait monter à l’avance les cours des produits de base.

24

Voir par exemple Hamilton (2011). Toutefois, Kilian (2009) ainsi que Kilian et Murphy (2010) soutiennent le point de vue contraire.

25

Le fait que la demande globale n’influe pas sensiblement sur les cours du café pourrait découler de leur sensibilité supérieure aux préférences en matière de boissons et d’une faible élasticité par rapport aux revenus (Bond, 1987).

26

Les mouvements des cours des produits de base peuvent aussi avoir des conséquences sérieuses sur les importateurs de ces produits, dont beaucoup sont des pays à faible revenu (PFR). Le chapitre porte principalement sur les exportateurs, mais l’encadré 4.1 présente un synopsis des effets variables sur les PFR de majorations des cours de l’alimentation et du pétrole.

27

Dans l’échantillon, chaque part moyenne nette de l’exportateur de produits de base dans les exportations totales de marchandises sur toute la période de l’échantillon est d’au moins 10 %.

28

On remarque qu’un choc habituel sur la demande (ou la production) mondiale représente dans le cas des cours du pétrole et du cuivre la moyenne annuelle des chocs structurels mensuels dans le modèle VAR mensuel. On trouvera à l’appendice 4.3 des précisions sur les moyens d’utiliser ces résultats pour obtenir une estimation des élasticités implicites du PIB réel par rapport aux augmentations des cours à une fréquence annuelle.

29

Cette séparation claire entre les cycles de cours tirés par la demande et la production n’est pas possible pour les autres produits de base. On trouvera des précisions à l’appendice 4.3.

30

Toutefois, les données empiriques indiquent que les politiques budgétaires sont procycliques, ce qui accentue l’instabilité intérieure. Ainsi, Husain, Tazhibayeva et Ter-Martirosyan (2008) constatent que les réactions aux chocs sur les cours du pétrole augmentent l’instabilité intérieure en termes réels. Comme on l’a indiqué, Frankel (2011) soutient que les exportateurs de produits de base ont une gestion macroéconomique trop procyclique. Pour leur part, Céspedes et Velasco (2011) trouvent que les exportateurs de produits de base ont peut-être eu moins recours à des politiques budgétaires procycliques ces dernières années.

31

Voir l’appendice 4.4 pour plus de détails.

32

Ce qui est similaire aux parts moyennes des exportateurs de pétrole dans l’échantillon (voir appendice 4.1).

33

L’endettement net tient compte d’une éventuelle position créditrice en actifs étrangers (liée par exemple à l’existence d’un fonds souverain).

34

Depuis une vingtaine d’années, la politique budgétaire suit de plus en plus des règles qui se réfèrent à un certain concept de solde ou à ses composantes (recettes et/ou charges) et/ou au montant de la dette publique. Plus de 65 pays appliquent actuellement des règles budgétaires sous une forme ou sous une autre. Voir FMI (2009).

35

C’est conforme aux conclusions de Kumhof et Laxton (2010), qui constatent qu’une règle d’excédent structurel peut atténuer l’instabilité macroéconomique dans un petit exportateur de cuivre comme le Chili.

36

Voir aussi Broda (2004); ou Rafiq (2011).

37

Voir aussi Demirel (2010), qui conclut qu’une politique budgétaire et monétaire procyclique (anticyclique) est optimale en présence (en l’absence) d’une prime de risque nationale. FMI (2009) constate que, pour un échantillon de pays de l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE), les règles budgétaires sont efficaces lorsque les ratios de dette publique sont inférieurs à un certain seuil.

38

Dans ce scénario, on suppose que le secteur privé contrôle 90 % de la production de pétrole comparativement au scénario de référence dans lequel il n’en possède que 10 %.

39

Dans ce scénario, la part des exportations nettes de pétrole dans le PIB total s’élève à 36 %, comme chez certains membres de l’Organisation des pays exportateurs de pétrole (OPEP), au lieu de 18 % dans le scénario de référence.

40

Quand il s’agit de quantifier la riposte budgétaire optimale aux fluctuations cycliques des cours des produits de base, la structure des pays exportateurs est, bien sûr, importante pour les raisons suivantes: différences d’élasticité des cours à la demande et à l’offre, hétérogénéité des cours de ces produits selon les régions et niveau des rentes liées à la production. En outre, les pays les plus diversifiés en matière de produits de base connaissent de moindres variations intérieures sous l’effet des chocs sur l’offre mondiale que sous celui des chocs sur la demande mondiale. Enfin, les caractéristiques structurelles, comme la forte intensité en produits de base de la production et le contrôle de l’État, s’appliquent davantage aux métaux et au pétrole qu’aux produits agricoles.

41

Voir Céspedes et Velasco (2011); FMI (2009); De Gregorio et Labbé (2011); Ossowski et al.(2008); Roger (2010).

42

L’arbitrage entre stabilité économique intérieure et mondiale peut seulement avoir lieu quand les effets des chocs sur les produits de base sont asymétriques dans les différents pays. Il ne peut donc y en avoir lorsque les cours de ces produits sont déterminés par l’activité mondiale, laquelle influe de façon similaire sur les exportateurs de ces produits et sur le reste du monde.

43

Ces calculs présentent la limite supérieure des effets positifs de dépenses accrues des grands exportateurs de pétrole assurant plus d’un tiers de la production mondiale (par exemple, la majorité des producteurs de l’OPEP considérés ensemble). Nous supposons que leurs recettes budgétaires progressent proportionnellement à la montée des cours du pétrole et qu’ils recyclent dans le reste du monde la totalité des rentrées exceptionnelles en augmentant leurs importations. On trouvera dans Beidas-Strom (2011) une analyse sur les effets de répercussion des dépenses budgétaires globales de l’Arabie saoudite.

44

Parmi ces questions figurent le caractère épuisable des ressources, les effets du syndrome hollandais, les objectifs de transmission ainsi que les besoins institutionnels et de développement des pays exportateurs. L’encadré 4.2 traite certains de ces sujets.

45

Voir Eissa et Hoynes (2004) et Keane (2010). On fait aussi implicitement l’hypothèse que l’équilibre initial ne correspondait pas déjà à des niveaux optimaux de capital et de production en raison des distorsions de l’économie, ce qui paraît raisonnable pour la plupart des pays en développement.

46

Nous faisons l’hypothèse d’un facteur d’actualisation de 5 %.

47

Les études économiques consacrées aux cycles conjoncturels font traditionnellement la distinction entre cycles classiques et cycles de croissance. Dans le premier cas, les variables intéressantes ne sont pas pré-traitées ou transformées avant l’identification des points de retournement. Dans le deuxième cas, les variables sont filtrées avant l’analyse de datation —ainsi, on choisit les points de retournement de façon à appréhender les périodes de croissance supérieure ou inférieure à la tendance. Comme nous ne nous prononçons pas à propos de la présence éventuelle de tendances dans les cours des produits de base, nous nous concentrons sur les niveaux en séparant périodes d’expansion et de contraction. Chose plus importante encore: en retenant le cycle classique, on n’est pas obligé de choisir entre les différentes méthodes de filtrage ou d’épuration de la tendance, dont on sait qu’elles introduisent des changements de phase fallacieux qui faussent l’algorithme des points de retournement.

48

Pour les VAR du cuivre et du pétrole, nous prenons l’indice de la production industrielle mondiale comme mesure de l’activité mondiale. Pour les produits de base agricoles, nous prenons le taux de croissance du PIB mondial, car les VAR sont estimés avec une fréquence annuelle. Dans un contrôle de la robustesse des résultats à fréquence mensuelle, nous testons la mesure différente de l’activité mondiale proposée par Kilian (2009).

49

Il faut plus de cinq ans aux nouveaux caféiers pour arriver à maturité (Wellman, 1961). Pour le coton, dont le cycle de récolte est d’un an environ, l’hypothèse retenue n’est peut-être pas aussi évidente (Smith et Cothren, 1999).

50

Dans le cas de la fréquence annuelle, le problème plus important se pose du fait que les variations réelles des cours des biens peuvent être corrélées avec d’autres facteurs qui déterminent le PIB mondial, mais ne sont pas incluses dans le système VAR. Cela peut générer le biais de variable omise, ce qui influence l’interprétation des résultats.

51

Voir De Gregorio, González et Jaque (2005) pour le rôle du TCER américain dans la formation des cours du cuivre ainsi que Kilian et Murphy (2010) pour celui des stocks de pétrole brut dans la formation des cours de ce produit.

52

Il y a différents exemples de ces chocs spécifiques. On peut citer celui d’un changement de goût du consommateur au profit du café et au détriment du thé (ce qui s’est produit pendant la décennie écoulée), ce choc étant pris en compte par notre composante résiduelle. Il y a d’autres exemples: les progrès technologiques qui influent sur l’intensité d’utilisation du pétrole, le recours à une source d’énergie de substitution ou un essor/effondrement mondial du secteur du logement qui modifie la demande de cuivre.

53

La financiarisation des marchés de produits de base a peut-être accentué la sensibilité de leurs cours aux informations portant sur les perspectives des marchés (on trouvera au chapitre 1 des Perspectives de l’économie mondiale de septembre 2011 un examen de l’influence de la financiarisation sur les cours des produits de base).

54

On trouvera une description intégrale du modèle GIMF dans Kumhof et al., (2010), ainsi que dans Kumhof et Laxton (2009a).

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Plus précisément, les recettes fiscales correspondent à la somme des prélèvements sur le travail et le capital opérés sur le secteur non pétrolier, à quoi s’ajoutent les taxes sur la consommation et les transferts. On définit les recettes potentielles comme les taux actuels d’imposition multipliés par l’assiette en situation d’équilibre à long terme. Les recettes pétrolières potentielles sont calculées à partir des valeurs à long terme de la production et des cours de ce produit.

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Par construction, on est certain que les ratios excédent budgétaire/PIB et dette/PIB atteignent finalement leurs objectifs à long terme, car tous les écarts disparaissent quand les chocs temporaires sont résorbés. Kumhof et Laxton (2009b) montrent que cette catégorie de règles convient particulièrement pour appréhender les périodes de haute (basse) conjoncture et se montre donc efficace pour stabiliser les fluctuations du cycle conjoncturel.

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On trouvera dans Snudden (à paraître) une présentation plus détaillée de la règle budgétaire et du secteur des administrations.

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