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Chapitre 2. Perspectives nationales et régionales

Author(s):
International Monetary Fund. Research Dept.
Published Date:
November 2009
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L’économie mondiale semble être sur le point d’amorcer une reprise. Après avoir été frappés de plein fouet par les crises financières et l’effondrement du commerce mondial, les pays avancés donnent des signes de stabilisation, grâce notamment à une riposte sans précédent des pouvoirs publics. Cela dit, le profil de la reprise ne sera pas le même partout. Dans les pays qui ont subi une crise financière, la reprise sera vraisemblablement plus timide que dans ceux qui ont surtout souffert du repli de la demande mondiale. Le rebond des pays émergents et en développement est impulsé par l’Asie, et en particulier par la Chine et l’Inde, sous l’effet des politiques de relance et d’une inflexion du cycle de l’industrie manufacturière mondiale. D’autres pays émergents profitent de la montée des cours des matières premières et d’un dispositif de politique économique plus solide que durant les crises précédentes. Cela dit, la reprise dans la Communauté des Etats indépendants (CEI) et dans les pays émergents d’Europe risque d’être difficile, surtout dans les pays les plus touchés par le tarissement des flux de capitaux et les turbulences du système financier intérieur.

L’économie des États-Unis se stabilise avec l’accalmie de la crise

L’économie américaine donne des signes de plus en plus manifestes de stabilisation. La production a accusé un net recul au premier semestre 2009 et le taux de chômage est remonté au niveau du début des années 80. Cependant, des interventions sans précédent sur le front de la politique monétaire, financière et budgétaire contribuent à stabiliser la consommation et les marchés financiers et immobiliers, autant de facteurs qui laissent présager un regain modéré de croissance au second semestre de 2009 (graphique 2.1).

Graphique 2.1.États-Unis : signes de stabilisation

Sources : Bloomberg Financial Markets; Haver Analytics; calculs des services du FMI.

1 La croissance réelle trimestrielle annualisée de la consommation et le taux d’épargne sont exprimés en pourcentage; le patrimoine net des ménages est le ratio par rapport au revenu disponible.

2 Variation trimestrielle des effectifs totaux hors agriculture, en milliers de personnes.

3 Indice janvier 2002 = 100; Indice Case-Shiller composite 20; FHFA : Federal Housing Finance Agency; HS : mises en chantier en milliers; NAR : National Association of Realtors.

4 PMI : indice composite des directeurs d’achats. Des valeurs positives dénotent un optimisme dans l’indice de confiance des consommateurs.

5 L’écart LIBOR-OIS traduit la différence entre le taux LIBOR à trois mois et le swap au jour le jour indiciel (OIS) à trois mois.

6 Toutes les séries proviennent de l’enquête auprès des responsables du crédit. CIL : restriction des crédits commerciaux et industriels aux grandes entreprises; CNC : restriction des cartes de crédit à la consommation; CNM : restriction des crédits hypothécaires aux particuliers; CNMS : restriction des crédits hypothécaires subprime aux particuliers; CNMP : restriction des crédits hypothécaires de haut rang aux particuliers.

Les conditions financières se sont améliorées beaucoup plus que ne le laissaient entrevoir les prévisions d’avril 2009 des Perspectives de l’économie mondiale. Les écarts de taux interbancaires sont revenus à des niveaux proches de ceux d’avant la crise et les marchés boursiers se sont redressés, encore qu’ils restent nettement en dessous des maxima atteints par le passé. L’émission d’obligations d’entreprise de qualité a repris et les écarts de taux sur les valeurs d’entreprise et les titres hypothécaires se sont fortement réduits, dans le cas de ces derniers en partie grâce aux achats massifs par la Réserve fédérale de valeurs adossées à des crédits hypothécaires. En revanche, si le dispositif de rachat d’actifs (Term Asset Loan Facility ou TALF) a contribué à une amorce de titrisation sur les marchés du crédit à la consommation et aux petites entreprises, globalement l’activité de titrisation reste faible. Beaucoup de ménages et d’entreprises peinent toujours à obtenir des crédits et les banques continuent de durcir leurs normes de prêt, certes avec moins de rigueur qu’avant.

S’agissant des banques, les résultats du programme d’évaluation des niveaux de capitalisation (Supervisory Capital Assessment Program ou SCAP) rendus publics en mai ont renforcé la confiance des investisseurs, beaucoup d’entre elles ayant depuis fait appel public à l’épargne en plaçant des actions ordinaires ou des titres de créance non garantis. Les résultats du deuxième trimestre de 2009 ont dépassé les prévisions, certes en partie du fait d’une poussée temporaire du produit des souscriptions, même si les provisions pour pertes sur la plupart des catégories d’actifs continuent de s’accroître, car la performance des prêts risque de continuer de se dégrader.

Les données sur la production confirment que l’économie se stabilise. Les estimations préliminaires du PIB réel pour le deuxième trimestre 2009 font état d’un recul de 1 % seulement (au taux annuel corrigé des variations saisonnières), ce qui représente une nette amélioration par rapport à la chute de 6,4 % du premier trimestre. Cependant, le taux d’épargne continue de grimper et l’investissement des entreprises de chuter. Compte tenu de l’effondrement de la demande dans le reste du monde, les exportations ont eu une contribution négative durant ces derniers trimestres, plus que compensée par la compression des importations. Les dépenses des autorités fédérales et locales ont eu un impact positif au deuxième trimestre, sous l’effet du plan de relance budgétaire.

L’économie américaine devrait enregistrer une contraction de l’ordre de 2¾ % en 2009, principalement à cause du net repli du premier semestre (tableau 2.1). La croissance devrait devenir positive au second semestre 2009 grâce au maintien de la politique de relance budgétaire et à une inflexion des cycles des stocks et du logement. Cependant, même si les conditions financières se sont sensiblement améliorées durant ces derniers mois, les marchés restent tendus, au détriment de l’investissement et de la consommation. Si l’on ajoute à cela l’impact de la montée du chômage, la nature temporaire de la relance budgétaire et la faiblesse de la croissance chez les partenaires commerciaux, la croissance américaine devrait rester timide et se situer à environ 1½ % pour l’ensemble de 2010. Le chômage devrait dépasser 10 % au second semestre de 2010 et l’augmentation de l’écart de production devrait maintenir l’inflation sous-jacente en dessous de 1 % pendant le gros de l’année prochaine.

Tableau 2.1.Pays avancés : PIB réel, prix à la consommation et chômage(Variation annuelle en pourcentage; chômage en pourcentage de la population active)
PIB réelPrix à la consommationTaux de chômage
200720082009201020072008200920102007200820092010
Pays avancés2,70,6−3,41,32,23,40,11,15,45,88,29,3
États-Unis2.10,4−2,71,52,93,8−0,41,74,65,89,310,1
Zone euro12.70,7−4,20,32,13,30,30,87,57,69,911,7
Allemagne2,51,2−5,30,32,32,80,10,28,47,48,010,7
France2,30,3−2,40,91,63,20,31,18,37,99,510,3
Italie1.6−1,0−5,10,22,03,50,70,96,16,89,110,5
Espagne3.60,9−3,8−0,72,84,1−0,30,98,311,318,220,2
Pays-Bas3.62,0−4,20,71,62,20,91,03,22,83,86,6
Belgique2.61,0−3,20,01,84,50,21,07,57,08,79,9
Grèce4,02,9−0,8−0,13,04,21,11,78,37,69,510,5
Autriche3,52,0−3,80,32,23,20,51,04,43,95,36,4
Portugal1,90,0−3,00,42,42,7−0,61,08,07,69,511,0
Finlande4,21,0−6,40,91,63,91,01,16,86,48,79,8
Irlande6,0−3,0−7,5−2,52,93,1−1,6−0,34,56,112,015,5
République slovaque10,46,4−4,73,72,74,61,52,311,09,610,810,3
Slovénie6,83,5−4,70,63,65,70,51,54,94,46,26,1
Luxembourg5,20,7−4,8−0,22,33,40,21,84,44,46,86,0
Chypre4.43,6−0,50,82,24,40,41,23,93,75,65,9
Malte3,72,1−2,10,50,74,72,11,96,45,87,37,6
Japon2.3−0,7−5,41,70,01,4−1,1−0,83,84,05,46,1
Royume-Uni12.60,7−4,40,92,33,61,91,55,45,57,69,3
Canada2.50,4−2,52,12,12,40,11,36,06,28,38,6
Corée5.12,2−1,03,62,54,72,62,53,33,23,83,6
Australie4.02,40,72,02,34,41,61,54,44,26,07,0
Taiwan, province chinoise de5,70,1−4,13,71,83,5−0,51,53,94,16,15,9
Suède2.6−0,2−4,81,21,73,32,22,46,16,28,58,2
Suisse3.61,8−2,00,50,72,4−0,40,52,52,73,54,5
Hong Kong (RAS)6.42,4−3,63,52,04,3−1,00,54,03,56,06,5
République tchèque6.12,7−4,31,32,96,31,01,15,34,47,99,8
Norvège3.12,1−1,91,30,73,82,31,82,52,63,33,8
Singapour7.81,1−3,34,12,16,5−0,21,62,12,23,63,7
Danemark1.6−1,2−2,40,91,73,41,72,02,71,73,54,2
Israël5.24,0−0,12,40,54,63,62,07,36,28,28,6
Nouvelle-Zélande3.20,2−2,22,22,44,01,51,03,74,25,97,9
Islande5,61,3−8,5−2,05,012,411,74,41,01,68,610,5
Pour mémoire
Principaux pays avancés2.20,3−3,61,32,13,2−0,11,15,55,98,29,4
Nouvelles économies industrielles d’Asie5,71,5−2,43,62,24,51,01,93,43,44,54,4

Vu l’ampleur des chocs et les perspectives assombries pour le reste du monde, des incertitudes considérables continuent de peser sur les perspectives à moyen terme. Côté positif, la vigueur de la riposte des pouvoirs publics et le redressement rapide des pays émergents pourraient enclencher un cercle vertueux de confiance accrue, d’amélioration de la conjoncture financière et de forte croissance de la demande globale. Mais la persistance des risques baissiers continue de préoccuper. De manière plus précise, la poursuite du désendettement des ménages et la montée du chômage risquent de peser sur la consommation plus que prévu, tandis que l’accélération des défaillances dans le secteur des entreprises et l’immobilier commercial pourrait freiner l’embellie de la conjoncture financière.

S’agissant des perspectives à moyen terme, la croissance potentielle risque de se situer en dessous de 2 % pendant un certain temps. Il ressort de l’analyse des crises financières précédentes (voir chapitre 4) que beaucoup d’entre elles ont été suivies d’importantes pertes de production permanentes par rapport aux tendances d’avant-crise, car le système financier met un certain temps à se redresser et à rejouer de façon effective son rôle d’intermédiation, d’où un ralentissement de l’investissement et de l’innovation. Un chômage conjoncturel élevé pourrait aggraver le chômage structurel, encore que la flexibilité du marché américain du travail et des produits pourrait contribuer à accélérer et rendre moins douloureux le redéploiement nécessaire de l’emploi et du capital entre secteurs, par rapport aux autres régions où les marchés sont plus rigides. Sur le plan de la demande, même si le taux d’épargne des ménages a déjà grimpé aux alentours de 5 %, il faudra qu’il augmente davantage pour permettre de reconstituer leurs bilans.

La vigueur et la viabilité de la reprise seront tributaires de trois types d’action :

  • la poursuite de la stabilisation de l’économie et du système financier;

  • un dénouement ordonné et au bon moment du soutien des pouvoirs publics au système financier et l’élaboration d’une stratégie pour alléger le bilan de la Réserve fédérale;

  • la prise en charge du dossier des déséquilibres à long terme des bilans dans les secteurs public et financier et dans celui des ménages.

La relance monétaire et budgétaire doit continuer jusqu’à ce que la reprise soit bien établie. Si des risques baissiers extrêmes venaient à se matérialiser et que la reprise marquait le pas, il faudrait alors vraisemblablement adopter d’autres mesures budgétaires pour étayer la demande puisque le taux des fonds fédéraux est proche de zéro, encore que la Réserve fédérale pourrait mettre en place d’autres facilités de crédit bien ciblées et acquérir d’autres actifs. Les travaux doivent se poursuivre pour remettre les institutions financières d’aplomb en les recapitalisant et en purgeant leurs bilans; c’est là une condition indispensable pour une croissance soutenue. Les résultats du SCAP ont, à n’en pas douter, dopé la confiance des investisseurs dans les grandes institutions financières. Cependant, cela pourrait changer si la reprise venait à caler, entraînant une diminution des bénéfices, un gonflement des avoirs improductifs et d’autres pertes de fonds propres.

Tout soutien apporté aux institutions financières pour les aider à délester les actifs compromis de leur bilan contribuera également à la reprise du crédit. Telle est la vocation du programme d’investissement public-privé (PPIP) mis en place pour acheter ce type d’actifs en mettant en valeur les capitaux publics et privés dans le cadre partenariats, permettant aux banques et aux autres institutions financières de libérer des fonds propres et de stimuler l’octroi de nouveaux crédits. Le PPIP comprend deux volets. Le programme relatif aux créances dites «héritées» (Legacy Loan Program) vise à drainer des capitaux privés sur les marchés du crédit en fournissant des garanties de la FDIC (l’agence fédérale de garantie des dépôts) et des prises de participation conjointes du Trésor; la FDIC a engagé une opération pilote. Le programme relatif aux titres dits «hérités» (Legacy Securities Program) vise les valeurs héritées en offrant un financement sous forme de créances de la Réserve fédérale en y associant des capitaux privés mobilisés pour racheter les titres en question. Des gestionnaires de fonds ont été désignés, mais aucun actif n’a été acheté pour le moment. Il reste à voir dans quelle mesure ces programmes vont être utilisés, car certaines banques pourraient préférer garder leurs actifs jusqu’à échéance plutôt que d’avoir à les céder et à comptabiliser d’emblée une perte.

Une fois que la reprise sera bien enclenchée et que les larges écarts de production auront commencé à se rétrécir, il faudra commencer à dénouer la relance monétaire. Cette échéance reste assez éloignée, mais il est essentiel de communiquer le plus rapidement possible une stratégie de sortie explicite afin d’entretenir la confiance des marchés. Un retrait prématuré avant que le système financier ne soit assaini bloquerait la reprise. Il sera d’autant plus difficile de choisir correctement l’échéance qu’il existe des incertitudes sur la réduction du potentiel de production provoquée par la crise financière. Qui plus est, il faudra éviter que l’augmentation massive des réserves bancaires (l’une des conséquences du gonflement du bilan de la Réserve fédérale) ne se traduise par une croissance excessive du crédit génératrice d’inflation.

Si, avec l’amélioration de la conjoncture du marché, plusieurs des mécanismes de liquidités à court terme ont entamé leur retrait, le gros volume d’avoirs à plus long terme au bilan de la Réserve fédérale sera plus difficile à réduire, ce qui expose cette dernière à un risque considérable de taux d’intérêt. Cela vaut notamment pour les avoirs qui n’ont pas de marché liquide, à la différence des titres publics et des valeurs adossées à des créances hypothécaires émises par des organismes publics. Le calendrier de cession de ces avoirs à plus long terme devra être défini avec soin compte tenu de l’impact que les ventes pourraient avoir sur le marché, mais la Réserve fédérale peut commencer à utiliser d’autres instruments — pensions livrées et intérêts sur les dépôts — pour commencer à durcir les conditions si les circonstances l’exigent, même si son bilan reste gonflé.

S’agissant de la réglementation du secteur financier, la crise a mis en évidence de graves faiblesses, et notamment une incapacité à détecter les signes d’accumulation de risque systémique. Les propositions du gouvernement de M. Obama en matière de réforme réglementaire sont judicieuses et prévoient notamment un meilleur suivi du risque systémique avec la création du Conseil de surveillance des services financiers (Financial Services Oversight Council) et de nouveaux mécanismes capables d’engager promptement des mesures correctives pour tous les grands établissements interconnectés (et notamment dotés de facultés d’administration et de liquidation). Il sera essentiel d’engager les mesures de façon globale, par opposition à une démarche ponctuelle, et de faire face aux problèmes des entités dont la défaillance, vu leur taille et leurs interconnexions, aurait des conséquences redoutables. Face à ce dernier aspect, il est une solution qui consisterait à pénaliser la taille et la complexité en imposant un niveau plus élevé de fonds propres obligatoires. Cela contribuerait par ailleurs à régler en partie la concentration croissante du système financier américain qui, si elle n’était pas résolue, risquerait d’amoindrir fortement la concurrence et l’innovation.

Sur le plan des finances publiques, la crise laisse comme séquelle un endettement élevé et grandissant qui, sans mesures énergiques à moyen terme, risque de devenir insoutenable. Selon les prévisions, les déficits devraient se situer à 10 % du PIB en 2009/10 et 2010/11. Bien qu’ils descendent en dessous de 10 % par la suite, l’endettement brut des administrations publiques devrait continuer de s’alourdir rapidement, jusqu’à atteindre près de 110 % du PIB en 2014, détérioration qui a lieu d’inquiéter compte tenu des pressions croissantes en matière de dépenses de santé et de pensions issues d’une population vieillissante. L’actuelle proposition de budget présente avec plus de transparence ces pressions en incluant des prévisions à moyen terme, mais celles-ci s’appuient sur des hypothèses de croissance qui paraissent optimistes. D’autres ajustements seront vraisemblablement nécessaires pour assurer la viabilité des finances publiques à long terme, notamment au plan des recettes, car les dépenses discrétionnaires hors défense se trouvent proches de leurs plus bas historiques. Les modalités de la réforme de la santé publique seront également capitales. Si l’on peut s’attendre à ce que les pays plus riches, dont les États-Unis, dépensent relativement plus en soins de santé, le système de soins de santé américain accuse des inefficiences notables; en effet, pour des niveaux de prestations comparables, les différents états ne présentent pas les mêmes coûts. Au vu de cela, la couverture médicale ne devrait être étendue que si son effet était neutre sur le plan budgétaire, et des mesures s’imposent pour réduire le taux de croissance des coûts afin de contribuer à préserver la viabilité de la dette.

Asie : du rebond à la reprise?

Bien que les pays d’Asie à vocation exportatrice aient été frappés de plein fouet par le coup de frein brutal de la conjoncture mondiale, les perspectives économiques pour la région se sont sensiblement améliorées au cours du premier semestre de 2009. L’évolution récente met en évidence un renforcement de la demande intérieure et des exportations, mais il reste à savoir si ce rebond pourra se transformer en reprise durable, annonciatrice d’un redressement plus énergique dans le reste du monde.

Le rapide retournement de conjoncture observé depuis peu est remarquable. Au début de la crise, les exportateurs d’Asie avaient été durement touchés par l’effondrement de la demande extérieure. La détérioration de l’activité a été particulièrement marquée pour les pays à vocation exportatrice (graphique 2.2). Au Japon, le PIB s’est contracté de bien plus de 10 % en rythme annualisé durant les deux trimestres qui ont suivi la faillite de Lehman Brothers, en septembre 2008. L’effondrement de la demande de biens durables, notamment d’automobiles, et le repli des investissements dans les pays émergents de la région ont porté atteinte aux exportations de biens manufacturés. La demande intérieure a souffert des conséquences d’une crise de confiance, de l’aggravation des incertitudes, de l’affaiblissement des marchés du travail, du durcissement des conditions financières et de l’augmentation des capacités inutilisées. Ailleurs en Asie, les économies à vocation industrielle (Corée, Singapour, province chinoise de Taiwan) ont également connu le même sort et, à la fin de 2008, leur production industrielle accusait une contraction record d’environ 25 % par rapport à l’année précédente. Seules la Chine, l’Inde et l’Indonésie ont échappé à une grave récession, grâce à une vaste politique de relance et, dans le cas de l’Inde, à une moindre dépendance à l’égard des exportations.

Graphique 2.2.Pays avancés et émergents d’Asie : la reprise peut-elle être soutenue?

Sources : Banque des règlements internationaux; Horton et al. (2009); calculs des services du FMI.

1 Corrigee des variations saisonnieres.

2 À l’exclusion du Vietnam.

3 Les nouvelles economics industrielles d’Asie (NEI) sont la Coree, la RAS de Hong Kong, Singapour et la province chinoise de Taiwan.

4 ÀA l’exclusion de la Malaisie.

La tendance baissière s’est modérée au premier semestre de 2009. De récents indicateurs mettent en évidence une reprise tirée par un rapide rebond de la Chine, où la croissance s’est accélérée pour se situer à un taux annuel de 7,1 % au premier semestre, impulsée entièrement par la demande intérieure. Au Japon, le retournement a été plus graduel. La production industrielle a renoué avec la croissance en mars, et la distribution lui a emboîté le pas en avril, d’où un retour à la croissance au deuxième trimestre (2,3 %). Les autres pays émergents et en développement d’Asie ont donné des signes comparables de stabilisation. La production industrielle s’inscrivait en augmentation en Corée, dans la RAS de Hong Kong, en Inde, aux Philippines, dans la province chinoise de Taiwan et en Thaïlande, ce qui a permis à la croissance de redevenir positive au deuxième trimestre dans plusieurs de ces économies. Le rebond a été principalement alimenté par le secteur électronique, lequel avait accusé un repli brutal dès le début de la crise. La santé globale des secteurs bancaires de la région a également limité l’impact de la crise financière.

L’intensification du rebond en Asie peut s’expliquer par trois facteurs : 1) une politique budgétaire et monétaire de relance, particulièrement intense dans certains pays; 2) une embellie des marchés financiers et des entrées de capitaux, qui a relâché les contraintes de financement pour les petites entreprises et redonné confiance aux consommateurs et aux entreprises; 3) l’impulsion de croissance industrielle induite par les importants ajustements des stocks.

Les vastes plans de relance budgétaire et monétaire ont contribué à apaiser les tensions sur les marchés financiers et à modérer le repli de la demande intérieure, voire à l’impulser en Chine et en Inde. Les banques centrales ont injecté d’abondantes liquidités (Japon) et abaissé les taux directeurs (Corée, Inde, Indonésie, Malaisie, Philippines, province chinoise de Taiwan, Thaïlande). En Chine, l’assouplissement des plafonds de crédit et le faible niveau des taux d’intérêt ont nourri la croissance du crédit (le crédit privé a progressé de 24 % au premier semestre 2009). Étant donné qu’au début de la crise les situations budgétaires étaient comparativement robustes, le soutien discrétionnaire des pouvoirs publics dans les pays asiatiques a été plus solide que dans d’autres régions. Les plans de relance budgétaire en Chine et au Japon devraient atteindre près de 5 % du PIB en 2009-10. La plupart des plans visent à doper la consommation, notamment de produits durables (Corée, Japon), à améliorer les infrastructures et à rénover l’équipement industriel (Chine).

Le rebond enregistré par les marchés boursiers et la reprise des entrées de capitaux sur fond de déclin généralisé de l’aversion au risque alimentent davantage la vigueur des économies asiatiques. Durant les huit premiers mois, les indices boursiers sont repartis en hausse, gagnant 28 % au Japon, 65 % dans les pays de l’ASEAN-41 et 52 % dans les économies nouvellement industrialisées2. Ce redressement est allé de pair avec une reprise des entrées de capitaux. Les États ont fait appel aux marchés de capitaux et les entrées nettes de capitaux sous forme de prises de participation sont redevenues positives au deuxième trimestre. En outre, les banques créancières des pays avancés ont cessé de réduire leurs engagements dans les pays émergents d’Asie. Parallèlement à cela, la plupart des monnaies se sont renforcées, même si elles se maintiennent en deçà de leur niveau d’avant la crise. Cette évolution est allée de pair avec un rétrécissement de plus de 250 points de base des écarts sur les obligations d’entreprise depuis janvier 2009, ce qui a contribué à relâcher les contraintes de financement des entreprises et des ménages. La croissance du crédit s’est stabilisée dans plusieurs pays, notamment en Inde et dans les nouvelles économies industrielles, où la demande intérieure privée est repartie en hausse et les banques bénéficient d’amples liquidités et de solides positions de fonds propres.

La reconstitution des stocks est un troisième facteur qui a contribué au rebond d’activité. La plupart des pays d’Asie ont réagi à l’effondrement de la demande du dernier trimestre de 2008 en réduisant la production et les stocks. Vers le milieu de 2009, le processus de déstockage était bien avancé en Corée, au Japon et dans la province chinoise de Taïwan, ce qui porte à croire que l’actuel rebond de la demande extérieure, conjugué aux progrès constatés dans l’ajustement des stocks, aura un effet d’entraînement sur la production dans le secteur des exportations.

Malgré ces indices positifs, on ne saurait miser avec certitude sur un retournement soutenu. L’affaiblissement des marchés du travail pèsera vraisemblablement sur la consommation et les considérables excédents de capacité industrielle limiteront la demande d’investissements. Qui plus est, le principal moteur des précédentes reprises — un rebond durable de la demande extérieure à la région — ne sera peut-être pas au rendez-vous cette fois-ci. Globalement, les exportations en provenance d’Asie demeurent inférieures aux sommets atteints en 2008 (de 30 % environ), y compris dans des secteurs porteurs comme celui de l’électronique. Cela dit, la nette augmentation de la demande intérieure en Chine a donné un coup de fouet aux importations en provenance de la région, notamment de Corée et d’Indonésie, ce qui a contribué à maîtriser la forte contraction du secteur des exportations régional.

Dans les projections de base, la dynamique de la croissance s’intensifiera au second semestre 2009, et contribuera ainsi à une reprise généralement modérée en 2010, à mesure que s’affermira la demande extérieure des pays avancés (tableau 2.2). La Chine et l’Inde seront à la tête de l’expansion cette année et afficheront des taux de croissance de 8,5 et 5,4 %, respectivement, principalement sous l’effet de vastes politiques de relance visant à doper la demande intérieure. Au Japon, après une forte contraction au premier trimestre, l’activité devrait accuser un repli de 5,4 % pour l’ensemble de 2009. Cela dit, une importante relance budgétaire et une modeste augmentation des exportations soutiendront la croissance au second semestre de 2009 et aboutiront à une reprise de 1,7 % en 2010. Compte tenu de l’ampleur des capacités inutilisées, l’inflation restera négative jusqu’en 2012. Les perspectives de croissance et d’inflation sont semblables dans les nouvelles économies industrielles à vocation exportatrice. En 2009, la production devrait connaître une contraction de 2,4 %, mais s’accélérer au second semestre, et ouvrir la voie à une expansion modérée en 2010 (3,6 %). Pour les pays de l’ASEAN, les perspectives sont plus mitigées. Dans les pays qui dépendent davantage de leurs exportations (Malaisie, Thaïlande), l’activité devrait s’intensifier progressivement au second semestre 2009, et la croissance s’affermir en 2010.

Tableau 2.2.Pays d’Asie (échantillon) : PIB réel, prix à la consommation et solde des transactions courantes(Variation annuelle en pourcentage, sauf indication contraire)
PIB réelPrix à la consommation1Solde des transactions courantes2
200720082009201020072008200920102007200820092010
Pays émergents d’Asie9,86,75,06,84,97,02,73,26,75,65,25,3
Nouvelles économies industrielles d’Asie5,71,5−2,43,62,24,51,01,95,74,46,45,9
Corée5.12,2−1,03,62.54,72,62,50,6−0,73,42,2
Taiwan, prov. chinoise de5.70,1−4,13,71,83,5−0,51,58,66,47,98,0
Hong Kong (RAS)6,42,4−3,63,52.04,3−1,00,512,314,210,710,8
Singapour7,81,1−3,34,12.16,5−0,21,623,514,812,612,5
Asie, pays en développement d’310,67,66,27,35,47,53,03,47,05,95,05,2
Chine13,09,08,59,04,85,9−0,10,611,09,87,88,6
Inde9.47,35,46,46.48,38,78,4−1,0−2,2−2,2−2,5
ASEAN-56,34,80,74,04,39,22,64,64,92,63,32,0
Indonésie6,36,14,04,86.09,85,06,22,40,10,90,5
Thaïlande4,92,6−3,53,72.25,5−1,22,15,7−0,14,92,7
Philippines7.13,81,03,22.89,32,84,04,92,53,21,2
Malaisie6.24,6−3,62,52,05,4−0,11,215,417,913,411,0
Vietnam8.56,24,65,38,323,17,011,0−9,8−11,9−9,7−9,4
Asie, autres pays en dév. d’46,53,93,34,110,112,811,68,30,0−2,3−1,0−1,4
Pakistan5,62,02,03,07,812,020,810,0−4,8−8,3−5,1−4,8
Bangladesh6,36,05,45,49,17,75,35,61,11,92,11,0

Les risques qui pèsent sur les perspectives de croissance tendent à s’équilibrer graduellement. Pour l’heure, la reprise est le produit de plusieurs facteurs qui pourraient fort bien être passagers : rebond des marchés de capitaux, ajustement des stocks et politiques budgétaires et monétaires de relance. Ces phénomènes pourraient ne pas suffire à donner un élan décisif à la reprise si l’acti vite ne s’intensifie pas dans les autres régions. Il est cependant un aspect positif en ce sens que la politique de relance chinoise pourrait contribuer à la reprise dans d’autres pays d’Asie.

A mesure que la reprise gagnera en vigueur, les gouvernements auront pour redoutable tâche de déterminer quand ils devront mettre fin à leur politique de soutien et selon quelles modalités, tout en assurant une bonne transition vers une croissance à moyen terme plus équilibrée. La dépendance de l’Asie à l’égard de la demande extérieure a contribué à creuser les déséquilibres mondiaux et rendu la région vulnérable aux fluctuations de la demande mondiale (tableau 2.3). Un retour aux profils de croissance et de demande du passé est peu probable — compte tenu des ajustements qui se poursuivront aux États-Unis et en Europe — aussi de nombreux pays asiatiques doivent-ils recentrer davantage leur modèle de croissance sur la demande intérieure.

Tableau 2.3.Pays avancés : solde des transactions courantes(En pourcentage du PIB)
2007200820092010
Pays avancés−0,9−1,3−0,7−0,4
États-Unis−5,2−4,9−2,6−2,2
Zone euro10.3−0,7−0,7−0,3
Allemagne7.56,42,93,6
France−1,0−2,3−1,2−1,4
Italie−2,4−3,4−2,5−2,3
Espagne−10,0−9,6−6,0−4,7
Pays-Bas7.67,57,06,8
Belgique1,7−2,5−1,0−0,9
Grèce−14,2−14,4−10,0−9,0
Autriche3.13,52,12,0
Portugal−9,4−12,1−9,9−9,7
Finlande4,12,40,52,0
Irlande−5,3−5,2−1,70,6
République slovaque−5,3−6,5−8,0−7,8
Slovénie−4,2−5,5−3,0−4,7
Luxembourg9,89,17,67,0
Chypre−11,7−18,3−10,0−9,8
Malte−7,0−5,6−6,1−6,1
Japon4,83,21,92,0
Royaume-Uni−2,7−1,7−2,0−1,9
Canada1,00,5−2,6−1,8
Corée0,6−0,73,42,2
Australie−6,3−4,6−3,2−5,6
Taiwan, prov. chinoise de8.66,47,98,0
Suède8,67,86,45,4
Suisse9.92,46,17,1
Hong Kong (RAS)12,314,210,710,8
République tchèque−3,1−3,1−2,1−2,2
Norvège15,919,513,915,6
Singapour23,514,812,612,5
Danemark0,71,01,11,5
Israël2,81,03,22,4
Nouvelle-Zélande−8,2−8,9−7,1−6,7
Islande−19,9−40,6−5,30,7
Pour mémoire
Principaux pays avancés−1,3−1,5−1,1−0,8
Zone euro20.1−0,5−1,0−1,0
Nouvelles économies industrielles d’Asie5,74,46,45,9

Au vu de ce qui précède, la durabilité de la rapide croissance du crédit que connaissent certains pays, dont la Chine, doit être traitée avec prudence. Maintenir cette croissance à ce niveau entraîne un risque d’incitation au surinvestissement, d’inflation insoutenable du prix des actifs, et de détérioration de la qualité du crédit dans le système bancaire. Autrement dit, il conviendra donc de dénouer les récentes politiques d’expansion monétaire dès que la reprise donnera des signes clairs de permanence. Pour pouvoir promouvoir une croissance davantage axée sur le renforcement de la demande intérieure et moins dépendante des investissements et des exportations, le soutien budgétaire doit pouvoir encourager la consommation privée comme en Corée, au Japon et dans la province chinoise de Taiwan, par exemple. Dans certains pays il faut répondre aux préoccupations que suscite la viabilité des finances publiques, notamment en adoptant des plans crédibles de rééquilibrage à moyen terme (Inde, Japon et Malaisie). Il faudra par ailleurs notamment veiller à concevoir des stratégies de sortie pour affranchir les entreprises des dispositifs de garantie de crédit adoptés dans de nombreux pays d’Asie durant la crise. L’expérience de la Corée et du Japon durant la dernière décennie montre que ces dispositifs peuvent inciter à une prise de risque excessive et qu’il ne sera pas nécessairement aisé de réduire leur ampleur.

Pour promouvoir un profil de croissance plus équilibré, il faudra un ensemble de mesures agissant sur l’offre et sur la demande.

En mettant en place des dispositifs de protection sociale et de santé publique ou en améliorant ceux qui existent, beaucoup de pays émergents ou en développement peuvent contribuer à réduire l’épargne de précaution des ménages. Cela libérerait des ressources pour la consommation et ouvrirait aux entreprises un marché intérieur plus vaste.

Le développement des secteurs financiers devrait aider à assurer une meilleure affectation du crédit. A mesure que les marchés financiers gagneront en profondeur et en solidité, ils pourront offrir des formules stables d’épargne et de placement qui elles-mêmes permettront de réduire la dépendance à l’égard des financements extérieurs et feront de l’épargne des ménages une base de financement plus importante pour le secteur financier. Un accès plus facile des petites entreprises au financement intérieur par la voie du marché contribuerait également à réduire les taux élevés d’épargne des entreprises, à développer les secteurs nationaux des services et à encourager la consommation. Bien entendu, le développement du secteur financier doit s’inscrire dans un cadre de supervision et de réglementation approprié.

L’assouplissement des régimes de change aiderait à rééquilibrer la croissance. L’appréciation des taux de change dans les pays où elle va de pair avec une croissance de la productivité signifierait une augmentation des revenus réels des ménages avec la diminution des prix à l’importation et, partant, un renforcement de la demande intérieure. En outre, cela indiquerait aux entreprises qu’elles doivent davantage orienter leur offre vers le secteur intérieur. L’assouplissement des taux de change permettrait aussi aux économies asiatiques de faire de la politique monétaire un outil indépendant de gestion macroéconomique, propre à amortir l’impact économique des chocs extérieurs ou intérieurs.

Europe : reprise timide en perspective

Les données récentes sur l’Europe font apparaître une modération du rythme de la contraction. Au deuxième trimestre 2009, la contraction du PIB de la zone euro a été inférieure aux prévisions, l’Allemagne et la France ayant affiché une croissance positive et le Royaume-Uni un repli plus modéré. La contraction se poursuit dans la majeure partie des pays émergents d’Europe, mais la Pologne a connu une croissance positive au premier et deuxième trimestres. Cela dit, le rebond européen sera vraisemblablement lent. Si la conjoncture sur les marchés financiers de la région s’est améliorée, il faudra un certain temps au système financier — dont la structure est principalement bancaire — pour jouer de nouveau pleinement son rôle d’intermédiation. Les contraintes de crédit continueront de limiter l’investissement privé et la montée du chômage pèsera sur la consommation, et les pouvoirs publics devront progressivement retirer leur soutien. Les pays émergents d’Europe devront s’adapter à des contraintes de financement extérieur beaucoup plus rigoureuses.

La baisse de la production dans l’ensemble de la région a été le résultat d’un effondrement de la demande intérieure — notamment en matière d’investissement — et d’une diminution des échanges dans une région fortement intégrée, chacun des pays ayant été touché à des degrés divers, surtout selon les déséquilibres qu’ils connaissaient avant la crise (graphique 2.3). Le retournement brutal de l’expansion des prix des actifs, notamment dans l’immobilier, a fortement freiné l’activité en Espagne, en Irlande et au Royaume-Uni, et dans plusieurs autres pays, dont certaines économies émergentes. L’Islande a été frappée de plein fouet et, depuis l’effondrement de son secteur financier, elle reçoit l’appui du FMI. Les pays dont le déficit ou l’excédent courants étaient modérés ont généralement connu un ralentissement moins prononcé. Cependant, comme son économie est principalement axée sur les exportations, l’Allemagne a été durement touchée par la chute de la demande extérieure, mais plus qu’ailleurs dans la région son activité profite désormais de la reprise du commerce mondial. A titre de comparaison, le ralentissement a été un peu moins marqué en France, en partie du fait d’une moindre ouverture aux échanges et d’un secteur public plus vaste. Les pays émergents d’Europe ont fortement souffert de la diminution des entrées de capitaux. C’est ainsi que les pays baltes, la Bulgarie et la Roumanie ont accusé de fortes contractions, encore que les taux de change aient atté nué les chocs dans les pays dotés d’un régime de change souple. La Bosnie, la Hongrie, la Lettonie, la Roumanie et la Serbie reçoivent actuellement un soutien du FMI pour leur balance des paiements, tandis que la Pologne a conclu un accès à la ligne de crédit modulable du FMI afin de préserver la confiance des marchés. Durant ces derniers mois, le rythme de la contraction s’est considérablement modéré dans la plupart des pays de la région; on constate ainsi un regain d’appétit du risque, une accélération des exportations et une modération du déstockage. Le crédit privé continue cependant de marquer le pas et le chômage est en hausse (graphique 2.4).

Graphique 2.3.Europe : un timide rebond

Sources : Banque des règlements internationaux; Haver Analytics; Direction of Trade Statistics, FMI; estimations des services du FMI.

1 Variation annualisée en pourcentage de la moyenne trimestrielle mobile par rapport à la moyenne trimestrielle mobile précédente. Pays avancés d’Europe ; Allemagne (DEU), Autriche (AUT), Danemark (DNK). Espagne (ESP), Finlande (FIN), France (FRA), Grèce (GRC), Irlande (IRE), Italie (ITA), Norvège (NOR), Pays-Bas (NLD), Portugal (PRT), République Slovaque (SVK), Slovénie (SLV), Suède (SWE), République tchèque (CZE) et Royaume-Uni (UKG); pays émergents d’Europe ; Bulgarie (BUL), Estonie (EST), Hongrie (HUN), Lettonie (LTV), Lituanie (LIT), Pologne (POL), Roumanie (ROU) et Turquie (TUR); autres pays avancés ; Canada, Corée, États-Unis, Israël, Japon, Singapour et province chinoise de Taiwan; autres pays émergents ; Afrique du Sud, Argentine, Brésil, Chili, Chine, Colombie, Indonésie, Malaisie, Mexique, Pérou, Philippines, Russie, Thaïlande et Ukraine.

2 Contributions trimestrielles annualisées à la croissance. La Croatie, le Danemark, l’Irlande, le Luxembourg et la Turquie ne sont pas inclus au 2009:T2.

3 ALB : Albanie; BEL : Belgique; BIH : Bosnie-Herzégovine; CHE : Suisse; CRO : Croatie; CYP : Chypre; ICE : Islande; LUX : Luxembourg, MKD ; Macédoine, ERY; MLT : Malte; MNE : Monténégro; SRB ; Serbie.

Graphique 2.4.Europe : des défis en perspective

Sources : Haver Analytics; Statistiques financières internationales, FMI; estimations des services du FMI.

1 Variation annualisée en pourcentage de la moyenne trimestrielle mobile par rapport à la moyenne trimestrielle mobile précédente.

2 BCE : Banque centrale européenne; BoE : Banque d’Angleterre. Les actifs sont exprimés en pourcentage du PIB de 2008 et correspondent à l’échelle de gauche. Les taux directeurs sont exprimés en pourcentage et correspondent à l’échelle de droite.

L’intensité de la riposte macroéconomique initialement engagée par les pouvoirs publics a été en grande partie fonction de la marge de manœuvre existante, or celle-ci variait considérablement d’un pays à l’autre. Comme les taux d’inflation étaient faibles et que les marchés du crédit étaient fortement perturbés, les banques centrales des pays avancés ont résolument abaissé les taux d’intérêt et adopté des mesures atypiques, dont les acquisitions directes d’actifs par la Banque d’Angleterre et l’achat d’obligations couvertes par la Banque centrale européenne. Beaucoup de pays avancés ont engagé des ressources budgétaires considérables pour appuyer le secteur financier, principalement par le biais de garanties. Pour l’heure, les injections de capital et les achats d’actifs ont été généralement plutôt limités, sauf en Autriche, en Belgique, en Irlande, en Norvège, aux Pays-Bas et au Royaume-Uni. Plusieurs pays, dont l’Allemagne, l’Espagne et le Royaume-Uni, ont adopté de vastes plans de relance pour appuyer l’économie de manière plus globale, en sus du considérable soutien apporté par les stabilisateurs automatiques. Les pays, dont la marge de manœuvre était plus limitée au début de la récession, comme par exemple la Grèce, l’Italie et la plupart des pays émergents, n’ont pas été en mesure d’engager d’importantes mesures de relance. En outre, la plupart des pays émergents d’Europe se sont vus limités dans leur action par les sorties massives de capitaux étrangers (voire par le risque de sorties); certains ont même été contraints de durcir leur politique monétaire et de rééquilibrer leurs comptes budgétaires, surtout les pays à taux de change fixe. Plus récemment, l’aversion au risque s’étant quelque peu estompée, certains pays émergents ont été en mesure d’abaisser leurs taux d’intérêt.

Le ralentissement de l’activité semble être moins marqué, mais la reprise sera probablement modeste durant les trimestres à venir. Le retournement du second semestre de 2009 devrait résulter principalement d’une augmentation des exportations et de l’inflexion du cycle des stocks, avec l’appui des mesures de relance. La zone euro devrait sortir de la récession au second semestre 2009, et la reprise devrait gagner en vigueur durant 2010, tandis que l’inflation devrait rester faible (tableau 2.1). Le retournement est d’autant plus manifeste en glissement annuel au quatrième trimestre : la contraction de 2,5 % en 2009 cède le pas à une croissance de 0,9 % en 2010. Le rythme modeste de la reprise est conforme à la persistance des tensions sur le marché du logement de certains pays, aux contraintes que continue de subir un secteur financier principalement axé sur les banques, et à un ralentissement induit par les marchés du travail. Bien que dans un premier temps les licenciements aient été modérés, le chômage devrait se rapprocher des 10 % en 2009 et atteindre près de 12 % en 2011; la création d’emplois sera vraisemblablement modeste avec l’inversion des réductions généralisées des heures travaillées. Au Royaume-Uni, la croissance du PIB réel devrait devenir positive au second semestre 2009, à mesure que les marchés immobiliers et financiers se stabiliseront et que la dépréciation de la livre alimentera les exportations nettes. Dans les pays émergents d’Europe, après une contraction du PIB réel de près de 5¼ % en 2009, la croissance devrait redevenir positive en 2010 (tableau 2.4). La reprise devrait être plus lente que dans les autres régions émergentes, car de nombreux pays resteront aux prises avec de graves problèmes d’ajustement, les flux de capitaux transfrontaliers devant rester vraisemblablement faibles pendant un certain temps. La reprise sera par ailleurs inégale : certains pays émergents d’Europe — en particulier les pays baltes — continueront de subir une contraction en 2010, mais des gains de production notables devraient être enregistrés ailleurs, notamment en Pologne et en Turquie.

Tableau 2.4.Pays émergents d’Europe (échantillon) : PIB réel, prix à la consommation et solde des transactions courantes(Variation annuelle en pourcentage, sauf indication contraire)
PIB réelPrix à la consommation1Solde des transactions courantes2
200720082009201020072008200920102007200820092010
Pays émergents d’Europe5,52,9−5,21,86,28,04,74,2−7,6−7,6−2,7−3,6
Turquie4.70,9−6,53,78,810,46,26,8−5,8−5,7−1,9−3,7
Turquie non comprise6.04,1−4,30,54,56,53,82,5−8,9−8,9−3,2−3,5
Pays baltes8,9−0,7−17,4−3,77,312,22,6−2,5−17,7−11,42,32,6
Estonie7.2−3,6−14,0−2,66,610,40,0−0,2−17,8−9,31,92,0
Lettonie10,0−4,6−18,0−4,010,115,33,1−3,5−21,6−12,64,56,4
Lituanie8,93,0−18,5−4,05,811,13,5−2,9−14,6−11,61,00,5
Europe centrale5,53,9−0,71,53,74,63,62,9−5,2−6,1−2,4−3,1
Hongrie1.20,6−6,7−0,97,96,14,54,1−6,5−8,4−2,9−3,3
Pologne6.84,91,02,22,54,23,42,6−4,7−5,5−2,2−3,1
Europe du Sud et du Sud-Est6,16,1−7,5−0,15,18,44,53,0−13,9−13,8−6,6−6,0
Bulgarie6,26,0−6,5−2,57,612,02,71,6−25,2−25,5−11,4−8,3
Croatie5,52,4−5,20,42,96,12,82,8−7,6−9,4−6,1−5,4
Roumanie6,27,1−8,50,54,87,85,53,6−13,5−12,4−5,5−5,6
Pour mémoire
République slovaque10,46,4−4,73,72,74,61,52,3−5,3−6,5−8,0−7,8
République tchèque6,12,7−4,31,32,96,31,01,1−3,1−3,1−2,1−2,2

Les risques baissiers qui pèsent sur les perspectives de l’Europe commencent à s’estomper et certains risques haussiers se sont par ailleurs manifestés dans plusieurs pays. La reprise pourrait s’essouffler si la situation du secteur financier et des entreprises se dégradait davantage et si le chômage progressait plus vite que prévu. Les institutions financières sont vulnérables à toute autre détérioration de la qualité des actifs, car les pertes du secteur des entreprises peuvent s’aggraver et les capitalisations restent relativement faibles. Les pays émergents d’Europe sont particulièrement vulnérables à d’autres contractions des financements transfrontaliers et les considérables engagements transfrontaliers de l’Autriche, de la Belgique et d’un certain nombre d’autres pays avancés continuent de représenter un risque pour les banques dans ces pays. Le recours généralisé à la réduction des horaires de travail afin de préserver l’emploi a sans doute ralenti les licenciements jusqu’à présent, mais à mesure que les tensions subsisteront sur les marchés du travail durant les mois à venir et que les plans de promotion de l’emploi atteindront leurs limites, les suppressions d’emploi risquent de s’intensifier plus que prévu. Les risques baissiers pourraient être plus marqués si dans les pays avancés les pouvoirs publics retiraient leurs politiques de soutien trop tôt, que les pressions politiques retardaient les corrections au secteur financier, ou que la coordination des politiques échouait. Les risques haussiers seraient principalement ceux d’une reprise plus rapide que prévu du commerce mondial et de la confiance.

A moyen terme, la croissance du PIB ne devrait revenir aux niveaux d’avant la crise que progressivement, car l’offre reste timide et les ajustements bilanciels continuent de peser sur la demande. Les prévisions font état d’un chômage qui devrait rester élevé pendant un certain temps, et il est probable que son augmentation devienne en partie structurelle, car les travailleurs licenciés auront du mal à trouver un emploi, notamment dans la zone euro et dans certains pays émergents. Comme les conditions de crédit continueront d’être tendues et que les pouvoirs publics retireront progressivement leurs concours, l’investissement restera probablement faible, tandis qu’une partie du stock de capital existant devra être retirée au rythme des restructurations d’entreprises dans un certain nombre de pays. L’expérience montre en effet que l’emploi, l’accumulation de capital et la productivité restent longtemps atones au sortir d’une crise financière (voir chapitre 4). Par ailleurs, il est probable que la demande privée continue d’être particulièrement limitée dans les nombreux pays où les prix des actifs et l’expansion du crédit ont connu un renversement brutal par rapport à l’avant-crise. Au regard de cela, les déficits courants devraient diminuer dans plusieurs pays, notamment en Espagne, en Grèce et en Irlande et dans la plupart des pays émergents d’Europe. Il est prévu que les excédents de compte courant se rétrécissent en Allemagne et dans quelques autres pays en 2009, avant de s’accroître de nouveau par la suite.

Des politiques résolues et novatrices ont sensiblement réduit les risques négatifs dans les pays soumis à de fortes pressions, mais il convient de faire davantage pour assurer une reprise durable dans toute la région. Des politiques concertées continuent d’être nécessaires, notamment pour définir des stratégies face aux tensions que connaît le secteur financier et fournir une assistance aux économies durement touchées. Certaines mesures ont été adoptées qui vont dans la bonne direction, dont la refonte récemment annoncée de l’architecture de la stabilité financière de l’Union européenne, les tests de résistance coordonnés des principales banques de l’UE et les tests de résistance bancaires réalisés dans les régions centrale, orientale et méridionale d’Europe avec le concours du FMI. Cependant, ces initiatives doivent être suivies de recapitalisations bancaires afin de rétablir la confiance dans le système financier et de reconstituer les capacités de prêt. De plus, il subsiste une très grande incertitude quant à la valeur des actifs compromis et à la qualité des actifs en général, et donc des questions continuent de se poser sur la structure des fonds propres bancaires et sur leur capacité à jouer leur rôle d’intermédiation financière. Il demeure par ailleurs prioritaire de définir un dispositif global et transparent de traitement des banques en difficultés, notamment celles qui ont une envergure internationale. Des mesures ont aussi été prises pour résoudre les problèmes rencontrés dans les pays émergents durement touchés, notamment au moyen de l’Initiative de coordination bancaire pour appuyer les flux bancaires transfrontaliers, mais il manque toujours une stratégie commune dotée d’un cadre approprié pour aider les pays durement touchés et pour faire face à l’accumulation de dettes.

S’agissant des politiques macroéconomiques, les pays avancés doivent continuer de soutenir la demande jusqu’à ce que la reprise s’affirme davantage. En raison du ralentissement brutal de l’activité et de l’effondrement des prix des matières premières par rapport aux sommets atteints avant la crise, l’inflation globale est faible dans l’ensemble de la région. Dans cette situation, il y a suffisamment de marge de manœuvre pour maintenir les taux d’intérêt à un très faible niveau et pour utiliser des instruments non conventionnels afin de contrer les interactions négatives entre les secteurs réel et financier. Cependant, à mesure que la reprise s’intensifiera, il faudra définir des stratégies de sortie prudentes, en prenant soin de maintenir les mesures d’accompagnement, mais en prévenant toute poussée d’inflation dans un contexte de compression des écarts de production, d’autant que la production potentielle aura vraisemblablement chuté. Les mesures de relance discrétionnaires ne doivent pas être retirées prématurément, mais les coûts budgétaires de la crise sont lourds. Les finances publiques des pays avancés devraient se détériorer considérablement : le déficit moyen des administrations publiques dépassera 5 % du PIB en 2009 et 2010 et les niveaux d’endettement augmenteront rapidement. La viabilité de la dette préoccupe au plus haut point, car l’endettement excessif risque de nuire à l’accumulation de capital privé et de brider davantage la croissance potentielle sur fond de pressions dé mographiques croissantes. Autrement dit, il faudra permettre un dénouement des mesures de relance et mettre en œuvre des plans de rééquilibrage une fois la reprise bien engagée, en s’ap-puyant sur des dispositifs budgétaires nationaux efficaces et sur le Pacte de stabilité et de croissance de l’UE.

Compte tenu des perspectives de faible croissance à moyen terme, il faudra faire davantage pour veiller à ce que les chômeurs soient réintégrés dans la population active. Les politiques liées au marché du travail continuent de se concentrer sur la protection des participants en perdant de vue d’autres groupes (les travailleurs migrants, par exemple) qui risquent de souffrir le plus de l’état d’hystérésis. Par ailleurs, à mesure que les économies se remettront d’aplomb, les mesures visant à accroître le montant et la durée de l’assurance-chômage et d’autres prestations sociales et les subventions à la réduction du temps de travail devront être inversées pour ne pas porter atteinte de façon durable aux incitations à l’emploi. Les réformes des marchés des services et des produits sont nécessaires pour contribuer à la croissance de la productivité et faciliter le redéploiement des ressources entre les secteurs échangeables et non échangeables. A cet égard, la crise pourrait offrir l’occasion de faire avancer des réformes ambitieuses pouvant concourir à doper la croissance en Europe durant les années à venir.

Communauté des États indépendants : reprise difficile pour certains pays, gestion de crise pour d’autres

La crise mondiale a frappé de plein fouet la CEI et elle pèse lourdement sur les perspectives économiques de la région. Venant s’ajouter aux conséquences de la récession mondiale et de la crise financière, la forte contraction accusée par la Russie a abouti à de douloureux ajustements dans les pays à revenu plus faible importateurs nets d’énergie de la région. Beaucoup de ces pays dépendent encore de la Russie sous la forme d’envois de fonds des travailleurs expatriés et de débouchés à l’exportation, et donc la crise a plombé la demande intérieure, coupé court à l’expansion du crédit et, dans certains cas, bloqué l’accès aux marchés de capitaux internationaux. La plupart des pays exportateurs de produits énergétiques parviennent à surmonter relativement bien les turbulences financières et la chute des cours, car ils ont pu se prévaloir des dispositifs mis en place pour amortir les chocs et sont moins tributaires de l’évolution de l’économie russe.

La Russie pâtit du retournement de la montée en puissance des flux de capitaux induite par l’expansion du secteur pétrolier, lequel a abouti à la dévaluation du rouble de janvier 2009 (graphique 2.5). L’importance initialement accordée à la stabilité du taux de change avait encouragé les entreprises et les ménages à s’endetter fortement en devises et contribué à pousser la croissance du crédit à des taux insoutenables. La chute des cours des matières premières et le renversement brutal des flux de capitaux ont provoqué un repli de l’investissement fixe et brisé le lien entre forte croissance des investissements, productivité et salaires réels. De ce fait, le PIB a perdu près de 10 % au premier semestre 2009 par rapport à la même période un an plus tôt. Il ressort cependant des données récentes que la contraction a commencé à se modérer : le repli de la production industrielle n’était plus que de −1,0 % au deuxième trimestre 2009 après avoir atteint −40 % au début de l’année3, et les tensions sur le compte de capital et le taux de change se sont apaisées.

Graphique 2.5.Communauté des États indépendants (CEI) : le chemin de la reprise est semé d’embûches

Sources : Haver Analytics; Statistiques financières internationales, FMI; estimations des services du FMI.

1 Exportateurs nets d’énergie : Azerbaïdjan, Turkménistan et Ouzbékistan. Pays à faible revenu de la CEI : Arménie, Géorgie, République kirghize, Moldova et Tadjikistan. Autres pays de la CEI : Belarus et Ukraine.

2 ARM : Arménie; AZE : Azerbaïdjan; BLR : Belarus; GEO : Géorgie; KAZ : Kazakhstan; KGZ : République kirghize; MDA : Moldova; RUS : Russie; TJK : Tadjikistan; TKM : Turkménistan; UKR : Ukraine; UZB : Ouzbékistan.

Les pays de la CEI à plus faible revenu ont accusé un net ralentissement d’activité doublé de dévaluations (Arménie, République kirghize, Tadjikistan). Plusieurs d’entre eux avaient précédemment enregistré une rapide croissance alimentée par une expansion des crédits extérieurs et par l’essor de la demande intérieure, elle-même dopée par les envois de fonds des travailleurs expatriés. Ces sources de financement s’étant évaporées, l’activité a marqué un coup d’arrêt, notamment dans le BTP. La crise est particulièrement redoutable en Ukraine, gros exportateur d’acier et emprunteur sur les marchés internationaux, qui aujourd’hui reçoit le soutien du FMI. Les pays exportateurs de produits énergétiques s’en sont comparativement mieux sortis grâce à la remontée des cours et la croissance n’a connu qu’un repli modéré au premier semestre 2009. Le Kazakhstan fait figure d’exception, la crise mondiale ayant durement frappé un secteur financier déjà affaibli par une inversion soudaine des entrées de capitaux au début de 2008 puis par l’effondrement du marché immobilier.

Pour la plupart des pays de la CEI le chemin de la reprise sera semé d’embûches (tableau 2.5). La Russie devrait subir une profonde récession en 2009, avec une contraction de 7,5 % de son PIB qui pourrait être suivie d’une timide reprise en 2010 grâce à une politique de relance budgétaire, une remontée des cours des matières premières et la reprise en Europe et aux États-Unis. Sans l’effet d’entraînement de cette locomotive régionale, la croissance des pays de la CEI à plus faible revenu non exportateurs de pétrole (Arménie, République kirghize, Moldova, Tadjikistan) devrait fléchir considérablement en 2009 avant d’entamer une modeste reprise en 2010 (croissance de moins de 3 %). La récession devrait être particulièrement dure en Ukraine qui peine encore à mobiliser des financements extérieurs (les prévisions tablent sur une croissance du PIB de −14 % en 2009).

Pour les pays exportateurs de produits énergétiques, les perspectives de croissance sont plus favorables. En Azerbaïdjan et en Ouzbékistan, le ralentissement ne devrait être que modéré en 2009 et il sera suivi d’une croissance inchangée en 2010 grâce à la reprise des cours des produits énergétiques et à une relance budgétaire propice à la demande intérieure. Le Kazakhstan devrait connaître un sort différent puisque son économie devrait se contracter de 2 % cette année du fait des ajustements dans le secteur financier. L’année 2010 devrait être celle d’une reprise timide, principalement grâce aux 10 milliards de dollars du plan de lutte contre la crise qui vise à recapitaliser les banques et à accompagner la reprise économique.

Les risques qui pèsent sur les perspectives pointent au ralentissement pour l’ensemble de la région; les pays qui connaissent une récession plus profonde et des difficultés de financement y sont plus exposés. Pour ces derniers, la marge de manœuvre propice à une relance budgétaire est limitée compte tenu des craintes de viabilité et les mesures de relâchement du crédit risquent de n’y avoir qu’un effet limité. Un ralentissement persistant de l’économie mondiale retarderait par ailleurs la reprise de l’économie russe, ce qui aurait des retombées néfastes pour les pays qui en sont tributaires. Pour les pays exportateurs de produits énergétiques, les risques qui pèsent sur les perspectives sont liés à l’évolution des cours, qui eux-mêmes sont tributaires de la reprise mondiale en 2010. Certaines retombées positives pourraient provenir de la Chine, dont les échanges avec la région s’intensifient, notamment avec les exportateurs de produits énergétiques tels que le Kazakhstan.

Tableau 2.5.Communauté des États indépendants : PIB réel, prix à la consommation et solde des transactions courantes(Variation annuelle en pourcentage, sauf indication contraire)
PIB réelPrix à la consommation1Solde des transactions courantes2
200720082009201020072008200920102007200820092010
Communauté des États indépendants (CEI)38,65,5−6,72,19,715,611,89,44,24,92,94,4
Russie8.15,6−7,51,59,014,112,39,95.96,13,64,5
Ukraine7.92,1−14,02,712,825,216,310,3−3,7−7,20,40,2
Kazakhstan8,93,2−2,02,010,817,27,56,6−7,85,1−2,03,9
Belarus8,610,0−1,21,88,414,813,08,3−6,8−8,4−9,6−7,1
Turkménistan11,610,54,015,36,314,50,43,515,518,717,829,1
Azerbaïdjan23,411,67,57,416,620,82,25,328,835,519,623,1
Pays de la CEI à faible revenu314,28,83,05,412,615,95,86,68,212,05,57,9
Arménie13,76,8−15,61,24,49,03,03,2−6,4−11,5−13,7−13,7
Géorgie12,32,1−4,02,09,210,01,23,0−19,7−22,7−16,3−17,6
République kirghize8,57,61,53,010,224,58,06,7−0,2−8,2−7,8−12,4
Moldova3,07,2−9,00,012,412,71,47,7−17,0−17,7−11,8−11,9
Tadjikistan7,87,92,03,013,220,48,010,9−8,6−7,9−13,7−13,3
Ouzbékistan9,59,07,07,012,312,712,59,57,312,87,26,7
Pour mémoire
Exportateurs nets d’énergie48,65,8−6,12,19,414,511,59,45,67,03,95,5
Importateurs nets d’énergie58,44,4−9,62,411,321,413,59,1−5,2−8,7−4,5−4,2

Vu l’ampleur du ralentissement, l’une des tâches les plus redoutables consistera à fournir un soutien budgétaire efficace. La Russie dispose d’une marge pour accentuer la relance, mais les mesures budgétaires devraient être bien ciblées et de nature temporaire pour éviter que les déficits ne perdurent. Les pays importateurs d’énergie, qui ont été durement touchés, devraient s’efforcer de nourrir la demande intérieure en mobilisant des transferts vers les couches de population qui souffrent le plus (par exemple, celles qui ne peuvent plus compter sur les envois de fonds de l’étranger), mais ce soutien est limité par les fonds disponibles et par des considérations de viabilité des finances publiques. Certains de ces pays pourraient être amenés à faire appel à l’aide multilatérale ou à un concours plus généreux des bailleurs de fonds. Les pays exportateurs d’énergie, en revanche, devraient se prévaloir des ressources disponibles pour lisser la demande intérieure (par exemple en anticipant les investissements en infrastructure).

La principale difficulté sur le plan de la politique monétaire consistera à concilier correctement la stabilité intérieure et la stabilité extérieure.

Suite aux dévaluations du début de 2009, la politique monétaire a principalement misé sur la stabilité par le relèvement des taux d’intérêt. Dans les pays où cette politique a réussi et où les conditions extérieures sont devenues plus favorables, comme en Russie, la politique monétaire pourrait être plus accommodante pour réagir au creusement des écarts de production. Dans les pays à plus faible revenu de la région, il convient de préserver la flexibilité du régime de change pour faire en sorte que les dépréciations entretiennent la compétitivité des secteurs exportateurs en difficulté.

S’agissant des politiques de secteur financier, l’impératif primordial est de jeter les bases d’une reprise de la croissance du crédit, en lui donnant une assise beaucoup plus solide que dans un passé récent. Il faudra pour cela que de nombreux pays se dotent d’une stratégie globale axée sur une surveillance réglementaire plus rapprochée et sur des mesures capables d’éviter que la part croissante des prêts improductifs ne provoque de difficultés systémiques. Les décideurs doivent également être prêts à réagir rapidement à toute résurgence de tensions dans le secteur financier, en injectant des liquidités, en recapitalisant les institutions financières solides en difficulté et en facilitant la restructuration du secteur financier ou des autres secteurs de l’économie.

Autres pays avancés : sur la voie de la reprise

Après avoir traversé de graves récessions ou ralentissements, l’Australie, le Canada et la Nouvelle-Zélande s’orientent vers la reprise. La croissance du PIB réel au premier trimestre 2009 a été négative pour le Canada et la Nouvelle-Zélande et légèrement positive pour l’Australie. Il ressort de l’évolution récente des indicateurs de production industrielle, de distribution et de confiance que l’économie australienne a mis le cap sur la reprise et que celle du Canada et de la Nouvelle-Zélande se stabilisent (graphique 2.6). L’activité devrait s’accroître au second semestre de 2009 dans les trois pays. Le récent rebond des cours des matières premières et la moindre dépendance à l’égard de l’exportation de produits manufacturés ont eu un effet bénéfique sur les exportations, notamment dans le cas de l’Australie. Compte tenu de la faiblesse des résultats du premier semestre de 2009, les projections de base mettent en évidence une contraction du PIB réel en 2009, suivie d’une modeste croissance en 2010 (tableau 2.1). En glissement annuel (quatrième trimestre), la croissance du PIB réel dans ces pays devrait se situer à quelque 3 % en 2010. La Nouvelle-Zélande et, dans une moindre mesure, l’Australie, compte tenu de leur considérable endettement extérieur à court terme, sont plus vulnérables que d’autres pays avancés à un repli de la confiance des investisseurs.

Graphique 2.6.Australie, Canada et Nouvelle-Zélande : remise en route1

Sources : Haver Analytics; base de données Comtrade, Nations Unies; calculs des services du FMI.

1 AUS : Australie; CAN : Canada; NZL : Nouvelle-Zélande.

2 Moyenne de 2005 et 2008.

L’Australie, le Canada et la Nouvelle-Zélande ont profité de la longue période de prospérité qui a précédé l’actuelle récession mondiale pour mettre en place de solides dispositifs macroéconomiques et réglementaires. Ils ont ainsi bénéficié d’une ample marge de manœuvre pour mener des politiques de relance, propres à atténuer les retombées de la récession mondiale et à offrir l’accompagnement nécessaire à la reprise. Depuis le 1er septembre 2008, les banques centrales de ces pays ont fortement réduit leurs taux d’intérêt (de quelque 275 à 550 points de base). Les régimes de change flottants ont joué un rôle d’amortisseur et contribué à limiter l’impact des chocs exogènes. De vastes plans de relance budgétaire pour 2009 et 2010 ont été engagés pour étayer la demande intérieure (ils représentent environ 2 % du PIB par an au Canada et en Australie). Si la reprise s’essoufflait, ces pays disposeraient encore d’une marge de manœuvre pour poursuivre la relance, tant monétaire (Australie et Canada) que budgétaire, mais ils sont aux prises avec de redoutables défis. Ils doivent définir et exécuter des stratégies de retrait des politiques d’expansion et renforcer davantage la supervision et la réglementation financières. De manière plus précise, les directives de liquidité destinées à encourager les banques néo-zélandaises et australiennes à dépendre moins des financements de gros à court terme doivent être appliquées, tandis que le Canada doit mettre en œuvre la centralisation annoncée de la réglementation des valeurs mobilières.

Amérique latine et Caraïbes : politiques propices à la resilience

La région Amérique latine et Caraïbes donne des signes de stabilisation et de redressement. Elle bénéficie d’une embellie des marchés mondiaux de la finance et des matières premières et de la mise en place de dispositifs qui lui ont permis de renforcer sa capacité d’adaptation et d’engager des politiques de soutien à l’activité économique.

L’activité a accusé un repli au quatrième trimestre de 2008 et au premier trimestre de 2009, du fait de la forte chute de la consommation, de l’investissement et des exportations, elle-même imputable au durcissement des conditions de financement extérieur, à la détérioration de la demande extérieure et à la diminution des envois de fonds des travailleurs expatriés. L’activité ne s’est pas dégradée de la même manière dans toute la région, chaque pays ayant évolué selon la nature et l’intensité des chocs exogènes et ses caractéristiques propres. Par exemple, la diminution du tourisme et des envois de fonds des travailleurs expatriés a frappé de plein fouet plusieurs pays d’Amérique centrale et des Caraïbes. Les exportateurs nets de matières premières, dont les principales économies de la région (Argentine, Brésil, Chili, Colombie, Mexique, Pérou et Venezuela), ont vu leurs termes de l’échange se dégrader. Les pays où le secteur énergétique revêt une importance fondamentale, comme la Bolivie, l’Equateur et Trinité-et-Tobago, ont essuyé de considérables pertes de recettes d’exportation. Beaucoup de pays de la région ont pu atténuer l’intensité des chocs, car ils étaient mieux à même de mener des politiques monétaires et budgétaires contracy-cliques, leurs secteurs financiers étaient plus rési-lients et ils étaient disposés à se servir du taux de change comme amortisseur.

Selon certains indices, la reprise aurait commencé à se manifester au deuxième trimestre de 2009 et elle devrait s’accélérer modérément au second semestre, avec le Brésil en tête (graphique 2.7). Les flux de capitaux vers la région ont repris et les écarts de taux des titres souverains se sont rétrécis. La production industrielle a commencé à se redresser dans beaucoup de pays, notamment au Brésil, et la contraction au Mexique est en train de se modérer. Le récent rebond des cours des matières premières contribue aussi à améliorer les perspectives globales de la région, compte tenu de l’importance que revêtent les exportations de produits de base. La confiance des ménages et des entreprises se redresse et la distribution se raffermit.

Graphique 2.7.Amérique latine : la reprise est en vue1

Sources : Haver Analytics; base de données Comtrade, Nations Unies; calculs des services du FMI.

1 LATAM : Amérique latine; BRA : Brésil; CHL : Chili; COL : Colombie; MEX : Mexique; PER : Pérou. L’Amérique latine comprend les pays ci-dessus ainsi que l’Argentine, I’Equateur, I’Uruguay et le Venezuela.

2 LATAM à l’exclusion de l’Uruguay.

3 LATAM à l’exclusion de l’Equateur et de l’Uruguay.

Malgré ces signes positifs, le PIB réel de la région devrait perdre 2,5 % en 2009 (tableau 2.6) en raison de la faiblesse de l’activité du premier semestre, pour ensuite afficher une croissance de 2,9 % en 2010. Cependant, le rythme de la reprise n’est pas le même dans tous les pays. Le Brésil viendra en tête, en partie grâce à l’ampleur de son marché intérieur et au caractère diversifié de ses produits et marchés d’exportation, et notamment à l’intensification de ses liens avec l’Asie. L’économie péruvienne, après plusieurs années de croissance rapide, a pratiquement stagné au premier semestre 2009, mais elle devrait enregistrer de nouveau une forte croissance au second semestre. En revanche, le Mexique — le pays le plus touché du continent américain4 — mettra plus de temps à se redresser, car son économie dépend davantage d’un rebond des échanges mondiaux, compte tenu de leur intégration commerciale plus forte, de leur plus grande dépendance à l’égard des Etats-Unis et de l’importance plus marquée des exportations de produits manufacturés.

Tableau 2.6.Pays de l’Hémisphère occidental (échantillon) : PIB réel, prix à la consommation et solde des transactions courantes(Variation annuelle en pourcentage, sauf indication contraire)
PIB réelPrix à la consommation1Solde des transactions courantes2
200720082009201020072008200920102007200820092010
Hémisphère occidental5,74,2−2,52,95,47,96,15,20,4−0,7−0,8−0,9
Amérique du Sud et Mexique35,74,2−2,73,05,37,76,35,30,7−0,3−0,6−0,6
Argentine48,76,8−2,51,58,88,65,65,01,61,44,44,9
Brésil5,75,1−0,73,53,65,74,84,10,1−1,8−1,3−1,9
Chili4,73,2−1,74,04,48,72,02,34,4−2,00,7−0,4
Colombie7,52,5−0,32,55,57,04,63,7−2,8−2,8−2,9−3,1
Equateur2,56,5−1,01,52,38,45,03,03,52,3−3,1−3,0
Mexique3,31,3−7,33,34,05,15,43,5−0,8−1,4−1,2−1,3
Pérou8,99,81,55,81,85,83,22,01,1−3,3−2,1−2,3
Uruguay7,68,90,63,58,17,97,57,4−0,3−4,6−1,6−2,0
Venezuela8,44,8−2,0−0,418,730,429,530,08,812,31,85,4
Amérique centrale56,94,2−0,71,86,811,23,83,8−7,0−9,3−5,0−6,6
Caraïbes55,63,0−0,51,66,711,93,55,2−2,0−3,7−4,1−2,3

Les tensions inflationnistes se sont dissipées dans la région comme conséquence de la langueur persistante de l’activité économique et des importants écarts de production. Après s’être située aux alentours de 8 % en 2008, l’inflation devrait être ramenée à 6,1 % en 2009, puis à 5,2 % en 2010. Malgré le risque de répercussion des dépréciations, les régimes de ciblage d’inflation ont contribué à ancrer les anticipations de prix et dans les pays concernés l’inflation devrait se situer dans la fourchette de 2 à 5 %. Le Venezuela continuera d’afficher le taux d’inflation le plus élevé des Amériques en raison de l’importance des dépenses publiques et d’une politique monétaire accommodante, et par ailleurs des problèmes de données subsistent en ce qui concerne les taux d’inflation enregistrés en Argentine5. Le deficit courant de la région devrait se creuser légèrement tout en se maintenant à un niveau modeste en 2009, sous l’effet de l’effondrement des excédents du Venezuela et des autres pays exportateurs d’énergie. Cela dit, le déficit courant de plusieurs pays, dont la plupart des pays d’Amérique centrale, devrait se rétrécir en 2009, la contraction des importations y étant plus forte que celle des exportations.

Les risques de ralentissement s’estompent, mais continuent de préoccuper. Une reprise mondiale plus faible que prévue pourrait entraîner un repli simultané des exportations et des envois de fonds des travailleurs expatriés, et partant menacer les perspectives de croissance dans certains pays. Un durcissement des conditions financières mondiales pourrait alourdir les coûts de financement extérieur et réduire les entrées de capitaux et ainsi porter atteinte aux entreprises et aux Etats les plus vulnérables de la région.

La riposte des pouvoirs publics aux chocs exogènes a été rapide et, dans certains cas, massive6. Les pays dotés d’un régime de ciblage de l’inflation (Brésil, Chili, Colombie, Mexique, Pérou et Uruguay) disposaient d’une marge de manœuvre plus ample que d’autres, car ils avaient réussi à renforcer leur dispositif de politique économique et leurs fondamentaux macroéconomiques dès le début de la récession mondiale. Ces pays ont notamment abaissé leurs taux directeurs dans une proportion de 375 à 775 points de base depuis septembre 2008, tout en préservant le flottement de leur monnaie. D’autres banques centrales de la région (dont celles de la République Dominicaine et du Venezuela) ont assoupli leurs conditions monétaires. Certaines ont par ailleurs pris des mesures pour injecter des liquidités, notamment en diminuant les niveaux de réserves obligatoires des banques (Argentine, Brésil, Colombie, Pérou) et en élargissant l’éventail d’instruments admissibles à l’escompte. Ces banques centrales devraient maintenir le faible niveau des taux d’intérêt jusqu’à ce qu’une reprise soit fermement engagée et que les tensions inflationnistes s’accentuent sensiblement. Si la croissance s’affaiblissait plus que prévu, certains pays pourraient avoir une marge de manœuvre suffisante pour réduire davantage les taux.

Pour la première fois depuis plusieurs décennies, la politique budgétaire de nombreux pays de la région est devenue contracyclique. Cela tient à l’amélioration des cadres macroéconomiques, au désendettement et à l’augmentation des réserves. Plusieurs pays ont annoncé de vastes plans de relance budgétaire, représentant de ½ % du PIB, dans le cas du Brésil, à 3 % du PIB, dans celui du Chili. La mise en œuvre de ces plans en temps opportun a contribué à accompagner la reprise et l’expansion des programmes de prestations sociales ont atténué les coûts sociaux du ralentissement de la conjoncture. La chute des recettes pétrolières et le repli de l’activité économique ont entraîné une nette détérioration des soldes budgétaires de certains pays (dont le Venezuela) et considérablement réduit la marge de manœuvre pour d’autres mesures de relance budgétaire. Enfin, les possibilités d’une politique budgétaire contracyclique sont limitées dans beaucoup de pays des Caraïbes, du fait du net repli des recettes budgétaires, des niveaux élevés d’endettement et de l’accès limité aux financements extérieurs.

Les systèmes financiers nationaux en Amérique latine ont plutôt bien résisté à la crise financière mondiale. Les systèmes bancaires en particulier ont généralement préservé leur solidité, grâce en partie aux importantes réformes de réglementation et de supervision adoptées avant la crise mondiale. Dans un contexte de ralentissement de la croissance du crédit au secteur privé, les pouvoirs publics ont encouragé les banques à accroître leurs prêts aux entreprises privées (en particulier au Brésil), évolution qu’il importe de suivre de près pour éviter l’accumulation d’engagements conditionnels pour les budgets nationaux.

La région doit relever de considérables défis à moyen terme. Les progrès doivent se poursuivre dans le renforcement des dispositifs de gestion financière et budgétaire, notamment en donnant à la politique budgétaire une perspective à long terme. Dans certains pays, des réformes s’imposent dans le domaine fiscal et celui des retraites, notamment là où les recettes publiques dépendent fortement du secteur énergétique. Pour être en mesure de mieux s’adapter à tout autre choc exogène, les pays exportateurs de pétrole et de matières premières devraient envisager de concevoir, ou de renforcer, des structures de politiques contracyliques liées aux cours du brut et des autres matières premières, en s’ins-pirant de la réussite chilienne. Ces pays doivent aussi faire en sorte que les régimes d’investissement prévoient suffisamment d’incitations à investir dans de nouvelles installations afin de prévenir le repli de leur production.

Renforcement des perspectives de croissance au Moyen-Orient

Les perspectives du Moyen-Orient se sont récemment éclaircies sur fond de stabilisation de l’économie mondiale et de redressement des cours du pétrole. Les pays de la région ont été frappés de plein fouet par la récession mondiale, laquelle a donné un coup de frein à la croissance. L’effondrement des cours du pétrole et la forte contraction des envois de fonds des travailleurs expatriés et de l’investissement direct étranger ont lourdement pesé sur les économies de la région. Depuis peu, l’embellie des conditions financières mondiales et le rebond des cours des matières premières ont toutefois aidé à rétablir la cadence de l’activité économique. Cela étant, les séquelles de l’effondrement régional des prix des actifs continuent de peser sur les perspectives.

Les prévisions de croissance du PIB réel de la région s’établissent à 2 % en 2009 et à près de 4¼ % en 2010 (graphique 2.8; tableau 2.7). La croissance du PIB réel des importateurs de pétrole devrait être de quelque 4½ % en 2009, soit plus du triple du taux de croissance des pays exportateurs de brut. Le net ralentissement de l’activité chez ces derniers s’explique par une baisse de la production attribuable aux efforts déployés par l’Organisation des pays exportateurs de pétrole pour stabiliser les cours, encore que la plupart des producteurs de brut aient maintenu un niveau élevé de dépenses publiques pour accompagner leur secteur non pétrolier. Ces dépenses se sont en partie répercutées sur les pays non producteurs de pétrole de la région, leur fournissant ainsi un important soutien. Ces agrégats régionaux cachent d’importantes disparités entre pays. Par exemple, parmi les producteurs de brut, les Émirats arabes unis (EAU), de par leur intégration au commerce et aux marchés financiers mondiaux et des suites de l’effondrement des prix de l’immobilier, ont été les plus touchés dans le secteur non pétrolier. En revanche, le Liban continue d’afficher une solide capacité de résistance à la crise mondiale, car l’amélioration des conditions sécuritaires a donné un coup de fouet à l’économie, notamment dans le tourisme et les services financiers.

Graphique 2.8.Moyen-Orient : la croissance en perspective1

Sources : Haver Analytics; Statistiques financières internationales, FMI; base de données des Perspectives de l’économie mondiale; calculs des services du FMI.

1 Les exportateurs de brut comprennent l’Arabie Saoudite, Bahreïn, les Émirats arabes unis, la Rïpublique islamique d’Iran, I’lraq, le Koweït, la Lybie, Oman, le Qatar et la République du Yémen. Les importateurs de pétrole comprennent I’Égypte, la Jordanie, le Liban et la République arabe syrienne.

2 Déflaté à partir de l’indice des prix à la consommation.

Tableau 2.7.Pays du Moyen-Orient (échantillon) : PIB réel, prix à la consommation et solde des transactions courantes(Variation annuelle en pourcentage, sauf indication contraire)
PIB réelPrix à la consommation1Solde des transactions courantes2
200720082009201020072008200920102007200820092010
Moyen-Orient6,25,42,04,211,215,08,36,618,118,32,67,9
Pays exportateurs de pétrole36,04,91,34,211,815,87,06,321,521,84,010,4
Iran, Rép, islamique d’7,82,51,52,218,425,412,010,011,96,73,03,6
Arabie Saoudite3,34,4−0,94,04,19,94,54,024,328,64,111,4
Émirats arabes unis6,37,4−0,22,411,112,32,53,316,115,7−1,65,2
Koweït2,56,3−1,53,35,510,54,64,444,744,729,435,3
Levant6,87,04,54,49,112,313,07,5−1,6−2,7−4,1−4,4
Egypte7,17,24,74,511,011,716,28,51,90,5−2,4−2,8
République arabe syrienne4,25,23,04,24,715,27,56,0−3,3−4,0−3,2−4,3
Jordanie8,97,93,04,05,414,90,24,0−17,2−11,3−10,0−8,8
Liban7,58,57,04,04,110,82,53,5−6,8−11,6−11,3−10,5
Pour mémoire
Israël5,24,0−0,12,40,54,63,62,02,81,03,22,4

L’inflation au Moyen-Orient est en repli du fait du ralentissement de l’économie. Pour l’ensemble de la région, après s’être située à 15 % en 2008, elle devrait être ramenée à 8,3 % en 2009. Au plan national, le repli de l’inflation sera le plus net en Jordanie et au Liban (taux à deux chiffres en 2008 pour descendre à un faible niveau à un seul chiffre en 2009), en raison de la diminution des prix des produits et des combustibles importés dans ces pays qui dépendent des importations. L’inflation en Egypte et en République islamique d’Iran devrait en revanche rester à deux chiffres. L’excédent des transactions courantes de la région devrait se rétrécir de 15¾ % du PIB en 2009, principalement en raison d’une forte chute des exportations de pétrole (Arabie Saoudite, Koweït, Qatar).

Le principal risque pour les perspectives régionales est que la reprise mondiale ne soit pas soutenue et que les cours du brut chutent, ce qui pourrait avoir de graves retombées sur les exportateurs de brut et sur leurs partenaires commerciaux de la région. Pour tenter de renforcer leur situation budgétaire, les pays exportateurs de pétrole pourraient être amenés à comprimer leurs dépenses publiques. Cette réduction pourrait avoir de fortes retombées régionales sur les pays importateurs de pétrole sous l’effet d’une réduction sensible des envois de fonds des travailleurs expatriés. Il est un autre risque : celui de voir les tensions se multiplier sur les systèmes bancaires de plusieurs pays exportateurs de pétrole si les conditions financières mondiales se durcissent de nouveau.

Les pouvoirs publics doivent centrer leur politique sur le soutien de la demande intérieure tant que la reprise demeure fragile et pour autant qu’ils disposent de la marge de manœuvre voulue. La politique monétaire doit concilier le besoin d’un accompagnement de la demande intérieure et la nécessité de prévenir les risques d’accumulation de tensions inflationnistes (Egypte). Certains pays ont abaissé les taux d’intérêt (Arabie Saoudite, EAU, Koweït) dans un contexte de repli de l’inflation. La marge pour procéder à d’autres réductions est désormais limitée, mais certaines banques centrales pourraient opérer une diminution modeste si l’économie locale ralentit.

Dans de nombreux pays du Moyen-Orient, la politique budgétaire a soutenu la demande intérieure. Cela a été notamment le cas des exportateurs de pétrole qui ont maintenu un niveau élevé de dépenses publiques en dépit de la chute des recettes. Les pays qui disposent de la latitude budgétaire voulue devraient continuer à mettre en œuvre ce type de politique (dont la fonction est comparable à celles des stabilisateurs automatiques) pour imprimer un élan vigoureux à la reprise. L’Arabie Saoudite, qui durant le boom pétrolier jouissait d’excédents publics considérables, a engagé le plan de relance le plus vaste (en pourcentage du PIB) des pays du G-20. Cependant, les pays dont la position budgétaire est plus faible vont devoir réduire les dépenses improductives pour ne pas compromettre la viabilité de leur profil d’endettement. Dans cette perspective, une maîtrise des politiques de subventions s’impose.

Certains pays de la région auront pour tâche importante de rétablir la santé de leur secteur financier et de jeter les bases d’une plus grande stabilité. Les instances de supervision bancaire doivent suivre de près la santé des établissements, notamment dans les pays du Conseil de coopération du Golfe, au moyen de tests de résistance classiques, et évaluer les éventuels besoins de recapitalisation. Il est par ailleurs nécessaire d’avancer dans la mise en place de mécanismes de supervision transfrontalière. Le crédit bancaire au secteur privé s’est asséché suite aux difficultés de secteur financier à Bahreïn et à Dubaï, les principales places financières de la région, ce qui affaiblit l’élan de la reprise7. Pour aider leur système bancaire, certaines banques centrales ont injecté des liquidités, tandis que d’autres ont apporté des garanties pour les dépôts du secteur privé et augmenté leurs propres dépôts auprès des banques commerciales. Enfin, les fonds souverains doivent être gérés selon des cadres plus transparents, compte tenu notamment de leur participation croissante à l’économie nationale.

Un regain d’élan en Afrique

Suite à l’effondrement des échanges mondiaux et aux turbulences des marchés financiers de la planète, la croissance a accusé un net ralentissement en Afrique, mais elle devrait regagner de l’élan à mesure que la reprise mondiale se mettra en marche. L’effet de la récession mondiale s’est d’abord fait fortement sentir dans les pays les plus intégrés aux marchés financiers mondiaux, dont l’Afrique du Sud. Par la suite, l’impact de la diminution des flux financiers s’est propagé aux producteurs de pétrole (dont l’Algérie, l’Angola, la Libye et le Nigeria), de produits manufacturés (Maroc et Tunisie) et d’autres matières premières (Botswana) avec l’effondrement des échanges internationaux. La récente embellie des conditions financières et des cours des matières premières aidera cependant ces pays à se redresser.

La croissance du PIB réel de l’Afrique devrait reculer d’une moyenne de 6 % en 2004—08 à ¾ % en 2009, avant d’accélérer pour remonter à 4 % en 2010 (tableau 2.8). Ces chiffres, quoique décevants par rapport aux résultats du milieu des années 2000, n’en sont pas moins encourageants au vu de la gravité des chocs exogènes. L’utilisation des soldes budgétaires par de nombreux gouvernements pour amortir les chocs, en soutenant la demande intérieure et en contribuant à contenir les pertes d’emploi, a joué un rôle important en ce sens. Le net repli des exportations de la région devrait entraîner une modération de la croissance (graphique 2.9). Par rapport à leur performance sur la période 2004-08, les exportateurs de pétrole (Angola, Guinée équatoriale et Nigeria) devraient accuser les ralentissements de croissance les plus prononcés en 2009, car les recettes pétrolières ont fortement chuté. La croissance du PIB des importateurs de pétrole devrait également subir une perte de régime, passant de 5 % en 2004-08 à 1½ % en 2009, conséquence de la contraction de leurs exportations. Le PIB réel de l’Afrique du Sud, la plus grande économie de la région et un importateur de pétrole, devrait connaître une contraction de 2,2 % en 2009. Il est prévu que la croissance reprenne au second semestre 2009, sous l’effet des politiques budgétaires et monétaires de relance et de la reprise projetée du commerce mondial. Le récent redressement des flux de capitaux vers l’Afrique du Sud devrait aussi contribuer à la reprise, compte tenu notamment du récent relèvement de la notation des obligations souveraines du pays. Le Botswana et les Seychelles sont deux des pays les plus touchés par la récession mondiale. Le premier a souffert de la chute de la demande mondiale de diamants et le second, qui a entrepris un vaste programme de réformes, de la forte compression des recettes du tourisme. Par ailleurs, beaucoup de pays à faible revenu dont les exportations de matières premières sont plus diversifiées semblent traverser la récession mondiale relativement bien et devraient être en mesure de renouer rapidement avec les profils de croissance plus élevés du milieu des années 2000.

Tableau 2.8.Pays d’Afrique (échantillon) : PIB réel, prix à la consommation et solde des transactions courantes(Variation annuelle en pourcentage, sauf indication contraire)
PIB réelPrix à la consommation1Solde des transactions courantes2
200720082009201020072008200920102007200820092010
Afrique6,35,21,74,06,010,39,06,52,92,5−3,1−1,7
Maghreb3,54,13,23,63,04,43,93,212,010,6−1,11,8
Algérie3,03,02,13,73,64,54,63,422,623,22,77,3
Maroc2,75,65,03,22,03,92,82,8−0,1−5,4−5,5−4,7
Tunisie6,34,63,04,03,15,03,53,4−2,5−4,2−3,8−2,9
Afrique subsaharienne7,05,51,34,16,811,910,57,30,20,2−3,7−2,7
Corne de l’Afrique310,48,75,46,011,218,721,07,4−10,1−8,1−9,0−9,2
Ethiopie11,511,67,57,015,825,336,45,1−4,5−5,6−5,6−9,3
Soudan10,26,84,05,58,014,311,09,0−12,5−9,0−11,2−9,1
Région des grands lacs37,35,84,35,19,111,914,98,2−4,8−8,1−8,9−9,4
Congo, Rép. dém. du6,36,22,75,416,718,039,214,6−1,5−15,3−14,6−23,7
Kenya7,11,72,54,09,813,112,07,8−4,1−6,8−8,1−6,3
Tanzanie7,17,45,05,67,010,310,64,9−9,0−9,7−9,9−9,1
Ouganda8,49,07,06,06,87,314,210,8−3,1−3,2−5,5−5,7
Afrique du Sud311,68,50,06,17,612,611,010,86,30,2−6,3−3,8
Angola20,313,20,29,312,212,514,015,415,97,5−3,42,2
Zimbabwe4−6,9−14,13,76,0−72,7156,29,012,0−10,7−29,5−21,4−19,9
Afrique de l’Ouest et Afrique centrale35,85,32,64,44,510,18,86,68,09,31,44,3
Ghana5,77,34,55,010,716,518,510,2−12,0−18,7−12,7−15,4
Nigeria7,06,02,95,05,411,612,08,818,820,46,913,8
Zone franc CFA34,64,11,83,61,57,03,73,0−2,6−1,0−2,9−4,1
Cameroun3,32,91,62,71,15,32,92,0−0,8−1,0−7,2−4,6
Côte d’Ivoire1,62,33,74,01,96,35,93,2−0,72,424,61,1
Afrique du Sud5,13,1−2,21,77,111,57,26,2−7,3−7,4−5,0−6,5
Pour mémoire
Pays importateurs de pétrole5,34,71,43,36,310,88,95,7−5,2−7,1−5,7−7,3
Pays exportateurs de pétrole57,86,12,25,15,59,49,47,814,814,90,96,2

Graphique 2.9.Resilience de l’Afrique

Sources . Haver Analytics; Direction of Trade Statistics, FMI; estimations des services du FMI

1 À l’exclusion de la République démocratique du Congo, de Sâo Tomé-et-Prîncipe et du Soudan.

2 Les données pour le Maroc et la Tunisie ont été corrigées des variations saisonnières à partir de la méthodologie TRAMO-SEAT mise au point par la Banque d’Espagne. Les données pour l’Afrique du Sud ont été corrigées des variations saisonnières par la source.

3 Brésil, Russie, Inde et Chine.

L’inflation en Afrique devrait reculer d’environ 1014 % en 2008 à 9 % en 2009, puis à 6½ % en 2010. A l’exclusion du Zimbabwe, dont les informations ne sont pas fiables, trois pays (République démocratique du Congo, Ethiopie et Seychelles) présentent des taux d’inflation projetés pour 2009 de plus de 20 %. En revanche, la majorité des pays de la zone franc et du Maghreb devraient afficher des taux d’inflation inférieurs à 5 %. A la différence du passé, plusieurs pays de la région ont eu une marge de manœuvre budgétaire qui leur a permis de faire jouer les stabilisateurs automatiques. C’est ainsi que le solde budgétaire de la région devrait passer d’un excédent de plus de ½ % du PIB en 2008 à un déficit de 4½ % du PIB en 2009. Cette marge de manœuvre a été possible grâce à des politiques budgétaires relativement prudentes et à l’allégement de dette obtenu ces dernières années.

De considérables incertitudes pèsent sur les perspectives régionales. Une reprise mondiale plus faible que prévue pourrait ralentir le redressement des marchés des matières premières et assombrir les perspectives de flux financiers, y compris les envois de fonds des travailleurs expatriés et les investissements directs étrangers. Qui plus est, un durcissement des conditions financières mondiales pourrait avoir des retombées sur les marchés émergents de la région, certes sans doute moins marquées qu’ailleurs compte tenu de l’importance relativement limitée des financements privés. Cependant, les pays donateurs, eux-mêmes aux prises avec de graves récessions, pourraient réduire les flux d’aide vers la région, ce qui porterait gravement atteinte aux pays où l’aide extérieure représente une grande partie des recettes totales. La pauvreté pourrait en outre s’aggraver considérablement dans la région subsaharienne à mesure que le PIB réel par habitant se contractera en 2009 — pour la première fois en dix ans —, que le chômage augmentera et que le manque de vastes dispositifs de protection sociale se fera davantage sentir.

Les gouvernements doivent s’employer à atténuer l’impact de la récession mondiale sur l’activité économique et la pauvreté, tout en continuant de conforter les bases d’une croissance soutenue.

La riposte des pouvoirs publics doit accompagner la reprise économique. Dans les pays qui disposent de la marge de manœuvre voulue, la priorité doit aller à la mise en œuvre des mesures de relance déjà annoncées. Lorsque la reprise sera bien engagée, la politique budgétaire devra miser sur la croissance et la viabilité des finances publiques. Les pays qui ne disposent pas de marge de manœuvre devraient s’efforcer de redéfinir leurs priorités en matière de dépenses ou d’accroître leurs recettes, ce qui leur permettrait d’investir davantage dans l’infrastructure et dans les dispositifs de protection sociale, sans compromettre davantage la viabilité de la dette.

La politique monétaire doit continuer d’étayer la demande intérieure et les taux de change doivent remplir une fonction d’amortisseurs des chocs exogènes. Dans les pays à forte inflation, les banques centrales doivent réitérer leur engagement à maintenir un faible taux d’inflation et, le cas échéant, durcir leur politique monétaire. Là où l’inflation est faible et où les taux de change sont flexibles, la politique monétaire doit continuer de soutenir la demande intérieure jusqu’à ce que la croissance ait sainement repris.

Globalement, les institutions financières de la région ont bien résisté à la baisse de conjoncture. Dans certains pays les bilans bancaires ont toutefois accusé le coup. Les instances de supervision financière doivent déceler les vulnérabilités du secteur bancaire, notamment en réalisant à intervalles fréquents des tests de résistance de nature à détecter les risques de crédit et d’éventuels problèmes de solvabilité ou de liquidité, et prendre les mesures qui s’imposent.

Par-delà les défis à court terme, l’Afrique doit poursuivre l’application d’un certain nombre de réformes pour être mieux à même de résister aux chocs exogènes et pour élargir ses perspectives de croissance. Il importe de promouvoir davantage la conception et la mise en œuvre de politiques saines et transparentes, notamment en renforçant les capacités de gestion des finances publiques et l’application de cadres économiques à moyen terme. L’une des priorités du secteur public doit être de dégager et de mettre en valeur la marge de manœuvre budgétaire qui permettra d’améliorer l’infrastructure des transports et les services de santé et d’éducation et de mettre en place des programmes bien ciblés de réduction de la pauvreté. Pour faciliter la croissance du secteur privé, il est nécessaire de poursuivre la réforme du climat des affaires, notamment en réduisant les coûts de création de nouvelles entreprises. Dans le secteur financier, il convient d’accroître les capacités de contrôle bancaire et d’étendre le périmètre de la réglementation et de la supervision du secteur financier. Certains pays doivent aussi adopter des mesures pour mieux s’intégrer à l’économie mondiale.

Les quatre économies les plus importantes de l’Association des nations de l’Asie du Sud-Est : Indonésie, Malaisie, Philippines et Thaïlande.

Corée, RAS de Hong Kong, Singapour, province chinoise de Taiwan. A partir des indices correspondants de Morgan Stanley Capital International.

Variation annualisée de la moyenne trimestrielle mobile par rapport à la moyenne du trimestre précédent.

La grippe H1N1 a accentué les retombées négatives de la récession mondiale en Argentine et au Mexique. Au Mexique, les pertes de croissance de PIB qui lui sont imputables sont estimées entre Vè et 1 % en 2009.

Les autorités ont mis sur pied un groupe consultatif composé d’universitaires pour traiter de la question.

Certains pays de la région reçoivent actuellement l’appui du FMI. Le Costa Rica, El Salvador et le Guatemala reçoivent un soutien à leur balance des paiements, tandis que la Colombie et le Mexique ont accès à la nouvelle ligne de crédit modulable.

Dubaï a été particulièrement touché par la correction des prix des actifs qui a commencé au deuxième trimestre 2008 et s’est accentuée avec l’aggravation de la crise financière en septembre 2008.

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