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Annexe: Examen des perspectives par le Conseil d’administration, avril 2009

Author(s):
International Monetary Fund. Research Dept.
Published Date:
June 2009
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Observations du Président par intérim du Conseil d’administration à l’issue de la séance consacrée aux Perspectives de l’économie mondiale, le 13 avril 2009.

Les administrateurs notent que l’économie mondiale est en proie à une grave récession causée par une crise financière massive et une vive perte de confiance. Les perspectives de l’économie mondiale se sont détériorées sensiblement depuis l’édition d’octobre 2008 des Perspectives de l’économie mondiale, une escalade spectaculaire de la crise financière ayant provoqué une contraction sans précédent de l’activité économique et du commerce mondiaux. Le fléchissement de l’activité, synchronisé à l’échelle internationale, a accentué la pression sur les bilans des institutions financières alors que la valeur des actifs a continué de baisser, décourageant les prêts aux ménages et aux entreprises. Les interactions négatives entre l’activité économique et le secteur financier se sont donc intensifiées. Des mesures de grande envergure et souvent peu orthodoxes ont contribué à réduire les risques systémiques les plus dangereux, mais la stabilisation des marchés financiers prend bien plus de temps que prévu. Par ailleurs, la crise, partie des pays avancés, s’étend maintenant aux pays émergents. L’accès des pays émergents et des pays en développement au financement extérieur devrait se réduire fortement.

Dans ces conditions, les Perspectives de l’économie mondiale tablent sur une contraction de la production mondiale de 1,3 % environ en 2009, ce qui représenterait de loin la récession la plus grave depuis la Seconde Guerre mondiale. Une reprise est prévue en 2010, mais elle sera peu soutenue par rapport aux reprises antérieures. Les tensions inflationnistes devraient s’atténuer, et quelques pays avancés devraient enregistrer une baisse des prix à la consommation. Selon les services du FMI, les perspectives actuelles sont exceptionnellement incertaines et les risques de révision à la baisse sont considérables. Un certain nombre d’administrateurs indiquent que la récession pourrait être plus longue, leur crainte principale étant que les mesures prises ne réussiront peut-être pas à mettre fin aux interactions négatives entre la détérioration de la situation financière et l’affaiblissement des économies. Cependant, un certain nombre d’autres administrateurs font état de signaux timides, certes, mais encourageants dans les données du secteur financier et de l’économie réelle, qui pourraient laisser présager une reprise plus rapide. Étant donné cette incertitude considérable et ce contexte sans précédent, les administrateurs soulignent qu’il est nécessaire de procéder à des évaluations équilibrées et nuancées. Ils notent avec intérêt l’intégration étroite des analyses du Rapport sur la stabilité financière dans le monde et des Perspectives de l’économie mondiale, et soulignent qu’il est nécessaire de rendre compte de cette intégration dans une stratégie de communication cohérente et systématique pour la présentation de ces documents au grand public.

Les administrateurs soulignent que ces perspectives ternes et incertaines exigent une action énergique sur les fronts financier et macroéconomique, tout en restant attentive aux implications internationales. Ils sont conscients aussi que toute mesure supplémentaire doit tenir compte des circonstances diverses des pays, des politiques appliquées antérieurement et des objectifs à moyen terme des pouvoirs publics.

Les administrateurs conviennent que la priorité au stade actuel est la restructuration du secteur financier, en particulier le traitement des actifs dépréciés et la recapitalisation des institutions fragiles mais viables. Ils ont noté avec intérêt les diverses initiatives annoncées dans de nombreux pays avancés pour faire face aux graves problèmes du secteur financier. Cependant, conscients que les tensions restent vives sur les marchés et que la confiance est loin d’être rétablie, les administrateurs soulignent qu’il est nécessaire d’agir avec fermeté. Toute solution durable doit être fondée sur une comptabilisation crédible des pertes sur les actifs compromis, appuyée par un financement adéquat et appliquée de manière transparente. En ce qui concerne la recapitalisation, les administrateurs soulignent qu’elle doit reposer sur une évaluation prudente de la viabilité à long terme des institutions et que les banques viables aux fonds propres insuffisants doivent être recapitalisées rapidement. Il convient d’intervenir promptement dans les institutions financières non viables, en les fermant, en les fusionnant ou peut-être en passant par une période temporaire de contrôle par l’État jusqu’à ce qu’une solution impliquant le secteur privé soit trouvée. En ce qui concerne les pays émergents, les administrateurs jugent encourageant que certains d’entre eux aient pris des mesures pour maintenir les échanges commerciaux et soutenir le crédit au secteur des entreprises.

Pour ce qui est de la politique macroéconomique, les administrateurs saluent les mesures concertées prises par de nombreux pays. Ils recommandent que la politique monétaire continue de réagir à la détérioration des perspectives. Bien que les taux directeurs soient déjà proches de la borne du zéro dans de nombreux pays avancés, il convient d’utiliser rapidement la marge de manœuvre restante, quelle qu’elle soit. Par ailleurs, les banques centrales devraient mettre l’accent sur leur détermination à éviter la déflation en maintenant l’aisance des conditions monétaires aussi longtemps que nécessaire. À cet effet, la plupart des administrateurs sont favorables à l’utilisation de mesures moins conventionnelles, notamment l’usage du bilan des banques centrales pour soutenir l’intermédiation, en particulier sur les marchés du crédit qui sont désorganisés.

Étant donné l’ampleur du ralentissement et l’efficacité limitée de la politique monétaire, les administrateurs soulignent que la politique budgétaire doit continuer de jouer un rôle crucial en soutenant à court terme l’économie mondiale. Comme la marge de soutien budgétaire sera limitée si la crédibilité est érodée, les administrateurs sont conscients que les gouvernements se trouvent face à un exercice d’équilibre délicat, à savoir mener une politique expansionniste à court terme tout en se montrant rassurants au sujet des perspectives à moyen terme. Cependant, il est possible d’atténuer cette tension en mettant l’accent sur des mesures de relance temporaires et à forte incidence qui relèvent le potentiel de production de l’économie. Les pouvoirs publics devraient compléter leurs initiatives à court terme par des réformes qui renforcent les cadres budgétaires à moyen terme, en particulier en prenant des mesures crédibles pour s’attaquer aux problèmes posés par le vieillissement de la population. En outre, une relance coordonnée dans tous les pays disposant d’une marge de manœuvre budgétaire profitera le plus à l’économie mondiale. En conséquence, les administrateurs saluent le fait que de nombreux pays contribuent à l’expansion budgétaire en 2009, et la plupart des administrateurs sont d’avis qu’un soutien budgétaire sera encore nécessaire en 2010. Quelques administrateurs jugent prématuré de poursuivre le relâchement budgétaire discrétionnaire, faisant état de l’incertitude entourant les décalages et les multiplicateurs de la politique budgétaire, et du risque que cette politique devienne procyclique lorsque la reprise sera engagée.

Les administrateurs expriment leur préoccupation devant les effets de plus en plus prononcés de la crise financière mondiale sur les pays émergents, tout en constatant les différences considérables qui existent d’une région à l’autre et au sein de chaque région. Plusieurs administrateurs notent que de nombreux pays émergents sont mieux placés pour surmonter la crise que lors de périodes antérieures de tensions financières, grâce à l’amélioration de leurs paramètres fondamentaux et au renforcement de leur cadre de politique macroéconomique. Cependant, les pays émergents d’Europe sont les plus touchés, du fait des déséquilibres intérieurs et extérieurs élevés de certains d’entre eux. Les administrateurs sont conscients aussi que les mesures de politique monétaire destinées à soutenir l’activité sont parfois compliquées par la nécessité de préserver la stabilité extérieure face aux flux de financement très fragiles dans un certain nombre des pays émergents. Dans la mesure où les banques centrales ne peuvent fournir les devises nécessaires, le FMI et d’autres institutions internationales pourraient jouer un rôle utile avec leurs diverses lignes de crédit et autres facilités. Les administrateurs notent que le FMI est bien armé pour appuyer ces efforts, notamment grâce à la modernisation récente de ses instruments de prêt, y compris la nouvelle ligne de crédit modulable.

Dans une perspective plus lointaine, les administrateurs notent les tâches importantes auxquelles les pouvoirs publics devront s’atteler à moyen terme. Alors que la réglementation financière s’est avérée impuissante face à la concentration des risques et aux mauvaises incitations à l’origine de l’explosion de l’innovation financière, les administrateurs s’accordent à dire qu’il convient d’élargir le périmètre de réglementation pour y inclure toutes les institutions d’importance systémique. En ce qui concerne la politique macroéconomique, la forte expansion en cours des bilans des banques centrales et des dépenses budgétaires exige un examen attentif des stratégies de sortie et un dénouement ordonné des positions en cours à mesure que la situation s’améliore. Un certain nombre d’administrateurs sont d’avis que les banques centrales devront peut-être adopter une perspective macroprudentielle plus large, en accordant à la stabilité financière et à la stabilité des prix toute l’attention qu’elles méritent. Les autorités devront réduire les déficits budgétaires et ramener la dette publique sur une trajectoire viable. Il faudra aussi maintenir la croissance de la productivité alors que les économies se redressent, et, à cet effet, poursuivre les réformes des marchés de produits et du travail, ainsi que l’intégration dans les marchés mondiaux. Les pays à faible revenu devront opérer des réformes structurelles pour diversifier les sources de leur croissance et renforcer leur capacité de résistance aux chocs économiques. Étant donné la dégradation des perpectives en matière d’exportation, les administrateurs notent aussi qu’une croissance plus vigoureuse de la consommation en Asie de l’Est pourrait contribuer à soutenir la croissance de la production. Quelques administrateurs sont d’avis qu’une gestion plus souple des taux de change pourrait faciliter cette évolution. Conjugué aux mesures prises dans les pays avancés pour remettre en place une intermédiation financière efficace et accroître l’épargne dans les pays en déficit, cela devrait faciliter le rééquilibrage de l’économie mondiale. Il sera important d’accorder une attention soutenue au volume et à la composition des dépenses, d’autant que le rythme d’un retour de la production à son niveau tendanciel lorsque la reprise s’engagera est incertain.

Les administrateurs conviennent qu’il faut renforcer la coordination de l’action et la collaboration à l’échelle internationale. La coopération est particulièrement urgente en matière financière, en raison des retombées considérables que les politiques nationales peuvent avoir sur d’autres pays. Les politiques varieraient à juste titre d’un pays à l’autre, mais les dirigeants devraient éviter de mener une politique (par exemple, favoriser les prêts intérieurs au détriment des prêts extérieurs) qui pourrait provoquer des distorsions. De manière plus générale, il convient de s’abstenir de recourir au protectionnisme commercial et financier. Les administrateurs notent avec satisfaction le moratorium convenu par les pays membres du G-20 en ce qui concerne la mise en place de nouveaux obstacles au commerce. L’effondrement marqué du commerce mondial dans la crise actuelle ne fait qu’accroître l’importance d’un achèvement rapide du cycle de Doha en vue d’ouvrir les marchés et de redynamiser les perspectives de croissance mondiale. Enfin, un soutien vigoureux des sources bilatérales et multilatérales, y compris du FMI, pourrait limiter les répercussions économiques et sociales de la crise financière dans de nombreux pays émergents et pays en développement.

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