Chapter

V. L’intégration des pays en transition dans l’économie mondiale

Author(s):
International Monetary Fund. Research Dept.
Published Date:
May 1997
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La réintégration des pays en transition dans l’économie mondiale est un élément essentiel de leur processus de transformation. Pendant 50 ans ou plus, ces pays firent l’expérience d’un système de planification centrale qui régissait non seulement l’économie intérieure, mais aussi les relations économiques internationales. Le commerce et les paiements internationaux obéissaient essentiellement aux décisions des autorités centrales plutôt qu’aux forces du marché, et ces pays limitèrent leurs relations économiques avec le reste du monde en s’attachant à renforcer la cohésion de leur groupe et leur interdépendance. Les relations commerciales et financières entre économies planifiées et économies de marché s’atrophièrent, tandis qu’elles s’épanouissaient entre économies de marché. L’échec de l’expérience est finalement devenu patent: avant le passage à la planification centrale, le revenu par habitant d’un certain nombre de pays de l’Europe centrale représentait entre la moitié et les deux tiers de celui des économies d’Europe occidentale les plus avancées; à la fin de l’expérience, il était considérablement plus faible.

Les pays en transition renoncent maintenant à la politique de repli sur soi héritée du système de la planification centrale, en s’efforçant de rattraper une économie mondiale dont les performances témoignent des bienfaits de relations économiques internationales libres. Cette réintégration par la voie du commerce et des flux de capitaux, comme d’autres éléments du processus de transformation, est forcément un processus de longue haleine, d’autant plus que la planification centrale et l’isolement qu’elle a entraîné ont causé de profonds bouleversements. Ces bouleversements, sans avoir comporté de destruction physique du capital, sont d’une certaine manière comparables à ceux qu’a connus l’Europe occidentale pendant la Deuxième Guerre mondiale; on peut estimer que dans ce dernier cas, il fallut au moins dix ans pour qu’un redressement économique substantiel se concrétise. La plupart des pays en transition sont engagés dans la transformation depuis cinq à sept ans. Où en sont-ils sur la voie de la réintégration? C’est la question centrale que nous proposons d’explorer dans ce chapitre.

Dans la première partie du chapitre, nous examinerons les progrès accomplis en matière de libéralisation des régimes de commerce et de paiement —domaine de la politique économique auquel l’objectif de réintégration est le plus étroitement lié. On verra que le rythme et l’ampleur de la libéralisation des échanges varient considérablement d’un pays à l’autre, qu’une majorité de pays ont éliminé la totalité des restrictions de change aux fins des transactions courantes et que plusieurs ont pris des mesures pour libéraliser les flux financiers.

Dans la deuxième partie, nous retracerons l’évolution de la croissance et de la répartition des échanges depuis le début de la transition. On constatera qu’une réorientation massive des flux d’importations et d’exportations, caractérisée par une répartition plus équilibrée et déterminée par le marché, s’est opérée dans de nombreux pays dont les échanges étaient auparavant concentrés dans la zone du Conseil d’assistance économique mutuelle (CAEM). En particulier, les pays de l’Union européenne géographiquement proches jouent maintenant un rôle beaucoup plus prépondérant. La réintégration progressive au système commercial mondial s’est déjà accompagnée d’une certaine augmentation de la productivité et des salaires dans les pays en transition, et ces liens commerciaux donnent à ces pays un important moyen d’accès aux connaissances techniques et aux compétences en matière de gestion. Bien que les restrictions commerciales dans les économies avancées ne semblent généralement pas constituer un obstacle majeur à l’exportation de la plupart des biens manufacturés, celles qui touchent certains produits industriels «sensibles» et l’agriculture, domaines dans lesquels les économies en transition ont un avantage comparatif, ont été et demeurent un obstacle non négligeable au plein épanouissement des relations commerciales.

La dernière partie du chapitre est consacrée à l’intégration des pays en transition au système financier mondial. À cet égard, l’intégration est moins avancée que dans le domaine du commerce, ce qui n’est pas surprenant étant donné qu’à la différence des échanges commerciaux, le développement des relations financières et des flux de capitaux est subordonné à un certain nombre de conditions, notamment les suivantes: un cadre juridique et fiscal et des règles en matière de droits de propriété et de gouvernance propres à attirer les investisseurs, la stabilité macroéconomique et politique, un système financier intérieur sain et la confiance des investisseurs. Comme l’expérience l’a montré dans de nombreux contextes, il faut du temps pour réunir toutes ces conditions, même avec les politiques de stabilisation et de réforme les plus saines et les plus cohérentes.

L’analyse des faits dans le présent chapitre indique que la réintégration des pays en transition à l’économie mondiale est toujours bel et bien un processus en cours. Et les progrès sur cette voie diffèrent considérablement d’un pays à l’autre, comme on peut le voir au tableau 21. Il en ressort que même si la relation n’est pas systématique, en partie parce que d’autres facteurs entrent en ligne de compte, les pays les plus avancés dans la transition, au vu de leurs progrès en matière de stabilisation et de réformes, tendent à être relativement avancés dans la réintégration et aussi relativement avancés en termes de performances économiques86. D’une manière générale, le peloton de tête a nettement plus progressé dans le domaine des échanges que dans celui des flux de capitaux. Mais de nombreux pays restent en retrait et quelques-uns ont à peine bougé.

Tableau 21.Pays en transition: progrès de l’intégration et performances économiques
Progrès

dans la

transition
Date

d’acceptation

de l’article

VIII2
Mesures de l’integrationPerformances économiques

en 1996
Indicateurs

de la

transition1
Ouverture

aux

échanges3
Notation

financière4


IDE par

habitant5
Inflation

annuelle

(en pourcentage)
Croissance

du PIB réel

(en pourcentage)
Pays les plus avancés dans la transition6
République tchèque3,410/9560IG58694,2
Hongrie3,41/9633IG1.198241,0
Estonie3.38/94807573233,1
Pologne3,36/9526IG121205.5
République slovaque3,210/9563IG13067.0
Croatie3,15/9549IG12235.0
Lettonie3,16/9450IG236192,5
Slovénie3,19/9549IG325103,5
Lituanie2,95/9430SIG66253,5
Pays les moins avancés dans la transition6
Russie2,96/9616SIG324S−2,8
Albanie2,72677138,2
République kirghize2,73/954422305,6
Moldova2,76/9553SIG4424−8,0
Bulgarie2,632SIG70123−9.0
Kazakstan2,67/9631SIG166391,0
Macédoine. ex-Rép. yougoslave de2,6453321,1
Roumanie2,630SIG66394,1
Arménie2,43710196.6
Géorgie2,412/961534010.5
Ukraine2,4442180−10,0
Ouzbékistan2,4308541,6
Azerbaïdjan1,84069201,3
Bélarus1.8395522,0
Tadjikistan1,716510443−7,0
Turkménistan1,117784992−3,0
Pour mémoire
Mongolie83813503,0
Sources: Banque européenne pour la reconstruction et le développement (BERD); estimations des services du FMI

Moyenne arithmétique des neuf indicateurs du progrès dans la transition retenus dans le rapport sur la transition de la BERD.

L’acceptation formelle des obligations découlant de l’article VIII des statuts du FMI représente généralement l’aboutissement d’un processus de libéralisation des paiements au titre des transactions courantes extérieures. La libéralisation est donc intervenue nettement avant les dates indiquées.

Moyenne des importations et des exportations rapportée au PIB en 1996.

BQ dénote un crédit de bonne qualité, Q1 un crédit de qualité inférieure: se reporter au tableau 25.

Investissement direct étranger par habitant, en dollars E.U., sur la base des apports cumulés en 1991–96: se reporter au tableau 26.

La répartition des pays en transition entre ces deux groupes est une simplification imparfaite étant donné que la courbe des progrès réalisés par les différents pays est plus ou moins continue.

Les autorités estoniennes ont choisi de ne pas obtenir de notation financière.

On ne dispose pas d’indicateurs de la transition pour la Mongolie.

Sources: Banque européenne pour la reconstruction et le développement (BERD); estimations des services du FMI

Moyenne arithmétique des neuf indicateurs du progrès dans la transition retenus dans le rapport sur la transition de la BERD.

L’acceptation formelle des obligations découlant de l’article VIII des statuts du FMI représente généralement l’aboutissement d’un processus de libéralisation des paiements au titre des transactions courantes extérieures. La libéralisation est donc intervenue nettement avant les dates indiquées.

Moyenne des importations et des exportations rapportée au PIB en 1996.

BQ dénote un crédit de bonne qualité, Q1 un crédit de qualité inférieure: se reporter au tableau 25.

Investissement direct étranger par habitant, en dollars E.U., sur la base des apports cumulés en 1991–96: se reporter au tableau 26.

La répartition des pays en transition entre ces deux groupes est une simplification imparfaite étant donné que la courbe des progrès réalisés par les différents pays est plus ou moins continue.

Les autorités estoniennes ont choisi de ne pas obtenir de notation financière.

On ne dispose pas d’indicateurs de la transition pour la Mongolie.

Libéralisation du commerce et des paiements

Le commerce international jouait un rôle plus limité dans le système de la planification centrale que dans les pays avancés et les pays en développement à économie de marché. Les pays du CAEM, coupés dans une large mesure du réseau mondial des échanges et assujettis à un système de répartition des activités de production qui était en grande partie dictée par les autorités centrales plutôt que par les avantages comparatifs, ont été privés de bien des avantages du commerce extérieur. Sous le régime de la planification centrale, les pays étaient aussi largement coupés du système financier international. Les monnaies nationales n’étaient pas convertibles et les secteurs financiers intérieurs et les systèmes de paiement étaient inadaptés aux transactions internationales. Les économies planifiées avaient accès aux emprunts internationaux, mais ceux-ci étaient effectués par des banques d’État pour le compte des administrations publiques, et il n’y avait pas de lien direct entre ces entrées de fonds et l’activité économique et les conditions financières intérieures.

Régimes monétaires et de paiement

Des régimes monétaires ordonnés et une politique de taux de change bien définie, conjugués à un système de paiement et à un secteur bancaire efficaces et à des marchés des changes bien organisés, sont des conditions indispensables à l’intégration financière internationale. Les pays d’Europe centrale et orientale et les pays baltes ont pu progresser dans ces domaines dès le début de la transition parce qu’ils étaient déjà dotés de monnaies nationales indépendantes ou qu’ils s’en sont dotés et que les flux commerciaux et financiers ont été rapidement réorientés vers les économies avancées, en particulier celles d’Europe occidentale. En revanche, la Russie et la plupart des autres pays de l’ex-URSS ont connu une plus longue période d’incertitude quant au régime monétaire.

La plupart des pays d’Europe centrale et orientale, qui avaient déjà une monnaie nationale, ont pris des mesures pour en assurer la convertibilité aux fins des transactions courantes dès le début de la transition. De même, peu après leur accession à l’indépendance, les États baltes ont pris des mesures pour se doter de monnaies convertibles; l’Estonie et plus tard la Lituanie ont aussi institué des caisses d’émission. L’Estonie et la Lettonie ont en fait instauré des monnaies pleinement convertibles, sans aucune restriction sur les mouvements de capitaux, et en pratique la Lituanie n’a pas non plus recouru à de telles restrictions. La Russie et d’autres pays de l’ex-URSS ont continué à participer à la zone rouble qui s’est constituée de facto à la suite de la dissolution de l’Union à la fin de 1991. Les tentatives de maintien de cette zone rouble ont échoué, étant donné que les Étast membres n’ont pas pu s’entendre sur une structure institutionnelle viable et des règles de coordination de la politique monétaire87.

Au début de 1994, tous les pays de la région, à l’exception du Tadjikistan, émettaient leurs propres monnaie ou coupons. Le Tadjikistan a mis sa monnaie en circulation en mai 1995, tandis que la Géorgie et l’Ukraine ont remplacé les monnaies nationales temporaires par des monnaies permanentes en septembre 1995 et septembre 1996, respectivement. Les progrès vers la convertibilité aux fins des transactions courantes se sont consolidés avec le nombre croissant de pays qui ont accepté les obligations découlant de l’article VIII des statuts du FMI (voir le tableau 21).

Plusieurs pays en transition ont aussi pris des mesures en vue d’assurer la convertibilité de leur monnaie aux fins des mouvements de capitaux, convertibilité qui, une fois réalisée, permettra la libre circulation des capitaux et constitue une condition de l’adhésion à l’Union européenne. Comme on l’a mentionné plus haut, les pays baltes n’ont appliqué aucune restriction aux mouvements de capitaux depuis le début du processus de transition. Les pays qui sont devenus membres de l’OCDE —la Hongrie, la Pologne et la République tchèque —ont pris des mesures pour atténuer les restrictions sur les mouvements de capitaux, y compris sur les acquisitions de propriétés immobilières par des étrangers et les placements de portefeuille à long terme à l’étranger. Des restrictions substantielles continuent de s’appliquer aux mouvements de capitaux dans un grand nombre de pays moins avancés dans la transition —y compris sous la forme de rétrocession obligatoire des recettes en devises et d’interdiction de prendre des participations à l’étranger —, mais ces restrictions sont souvent contournées dans la pratique.

Les pays en transition ont hérité un système de règlement et de banques qui n’avait pas été conçu dans l’optique de paiements internationaux décentralisés. La Russie et d’autres pays issus de l’ex-URSS se sont heurtés, en particulier, à de graves problèmes de paiement à la suite de la dissolution de l’Union lorsqu’ils ont essayé, sans succès, de maintenir la zone rouble. À partir du début de 1994, avec l’entrée en circulation de nouvelles monnaies et l’élimination progressive des restrictions afférentes aux comptes de correspondants, les possibilités de financement décentralisé des échanges dans la région se sont améliorées. Des problèmes subsistent cependant, et les délais de compensation atteignent parfois jusqu’à deux semaines. Les pays sont toujours dépourvus de facilités de financement du commerce extérieur et de mécanismes permettant de faire face aux fluctuations de taux de change et aux risques de défaut de paiement et de non-exécution des contrats. Plusieurs d’entre eux —le Bélarus, l’Ouzbékistan et le Turkménistan notamment —continuent à imposer des restrictions de change importantes.

Libéralisation du commerce extérieur

Le rythme et la portée de la libéralisation du commerce extérieur dans les pays en transition diffèrent considérablement selon les pays. Un certain nombre d’entre eux, notamment les Étast baltes et les pays d’Europe centrale et orientale, s’acheminent rapidement vers des régimes commerciaux relativement libéraux. La formation de zones régionales de libre-échange a contribué à la reprise du commerce entre ces pays après l’effondrement initial alors que s’amorçait la transition, mais ces zones présentent aussi des risques de détournement des échanges avec d’autres partenaires. Elles comprennent la Zone de libre-échange de l’Europe centrale (ZLEC), qui regroupe la Hongrie, la Pologne, la République slovaque, la République tchèque et la Slovénie, et la Zone de libre-échange de la Baltique (ZLEB), qui réunit les trois États baltes. Les tentatives de création de zones de libre-échange au sein de la Communauté des États indépendants (CEI), qui comporteraient aussi des risques de détournement des flux commerciaux, restent embryonnaires.

En dépit des progrès réalisés, des barrières commerciales subsistent parmi les pays en transition, même au sein des zones de libre-échange, les restrictions étant concentrées sur des biens, tels que les produits industriels légers et les produits agricoles, qui constituent une part importante des exportations de ces pays. Ces restrictions à l’importation ont pris la forme à la fois de barrières non tarifaires et de surtaxes à l’importation. Bien que la plupart des restrictions sur les exportations aient été levées, elles ont été remplacées dans certains cas par des procédures administratives qui entravent les échanges internationaux. En outre, la tendance protectionniste s’est accentuée dans les pays où la reprise tarde. Pour continuer à bénéficier d’une expansion du commerce, les pays en transition devront prendre des mesures aussi bien unilatérales que multilatérales pour réduire encore les obstacles.

L’accès aux marchés d’exportation des économies avancées —principale destination des exportations de la plupart des pays non membres de la CEI —est aussi d’une importance vitale pour les pays en transition. Le statut de la nation la plus favorisée prévu par l’Accord général sur les tarifs douaniers et le commerce a été accordé à un certain nombre de pays baltes et de pays d’Europe centrale et orientale au début de la transition, et beaucoup d’entre eux jouissent d’un accès préférentiel au marché en vertu d’accords bilatéraux tels que les «Accords européens» qui ont été conclus avec l’Union européenne. Les pays en transition d’Europe centrale et orientale ont été admis à devenir membres de l’OMC, à l’exception de l’Albanie, de la Croatie et de l’ex-République yougoslave de Macédoine, dont la candidature est encore à l’étude, et de la Mongolie. Les pays baltes, la Russie et la plupart des autres pays de l’ex-URSS ont aussi présenté leur candidature à l’OMC. Cependant, des obstacles substantiels, notamment sous la forme de contingents d’importation, continuent d’entraver les exportations de «produits sensibles» des pays en transition, tels que les produits agricoles et sidérurgiques, les textiles, l’habillement et les chaussures, tous articles pour lesquels il y a lieu de penser que les pays en transition auraient un avantage comparatif sur les économies avancées. Les exportations des pays en transition continuent aussi de faire l’objet de mesures antidumping qui pénalisent souvent les entreprises les plus performantes à l’exportation.

A la suite de la dissolution de l’Union soviétique, les gouvernements des pays de la CEI se sont efforcés de maintenir les partenariats commerciaux existants en négociant des accords bilatéraux de livraison de marchandises. L’intervention directe des gouvernements dans le commerce extérieur, à l’exception du Turkménistan, a nettement diminué depuis lors. Les pays de la CEI continuent cependant à négocier des accords de livraison, et les prix de certains produits échangés restent inférieurs aux cours mondiaux, bien que les pays en question continuent à s’orienter vers un système de détermination des prix fondé sur le marché. Cette intervention de l’État dans les échanges entrave la restructuration des industries, fausse les prix relatifs et encourage l’accumulation d’arriérés entre États, et les subventions grèvent les budgets publics. Il est important que les États réduisent ces interventions et n’achètent que dans la mesure de leurs besoins.

Relance et réorientation du commerce extérieur

Depuis le début de la transformation, le commerce, en particulier avec les économies avancées, joue un rôle de plus en plus important dans les économies des pays en transition. Alors que dans bien des pays d’Europe centrale et orientale, le ratio du commerce à la production n’était que de 10 % ou moins en 1990, il atteignait 20 % et plus en 1995 (graphique 42). Dans les Étast baltes, en Russie et dans d’autres pays issus de l’ex-URSS, le commerce extérieur a diminué en proportion du PIB, mais cela tient au fait que le commerce à l’intérieur de l’ex-URSS s’est effondré, alors qu’il a augmenté avec le reste du monde, en particulier dans les pays baltes. Pour ce qui est du degré moyen d’ouverture aux échanges, les économies en transition soutiennent aujourd’hui favorablement la comparaison avec les économies avancées comme avec les pays en développement. Ces données sont toutefois sujettes à caution, car il est possible que la production soit sous-estimée pour diverses raisons, auquel cas le ratio du commerce à la production serait inférieur. Comme il est expliqué dans l’encadré 5, par exemple, il y a lieu de penser que les chiffres officiels de la production ne rendent pas compte de l’activité en expansion des secteurs informels et privés et tendent, par conséquent, à gonfler le ratio du commerce au PIB, à moins que les échanges commerciaux, pour lesquels les données sont généralement plus fiables, soient sous-estimés de la même façon.

Graphique 42.Pays en transition: le commerce rapporté à la production

(Moyenne des exportations et des importations; en pourcentage du PIB)

Les pays en transition sont de plus en plus intégrés au système commercial mondial, bien que le commerce entre pays de l’ex-URSS soit devenu moins important.

1Estonie. Lettonie et Lituanie.

2Communauté des Étast indépendants: Arménie, Azerbaïdjan, Bélarus, Géorgie, Kazakstan, Moldova, Mongolie, Ouzbékistan, République kirghize, Russie, Tadjikistan, Turkménistan et Ukraine.

3Pays membres de la Zone de libre-échange de l’Europe centrale: Hongrie, Pologne, République slovaque. République tchèque et Slovénie.

L’effondrement de la planification centrale a été suivi d’une réorientation massive du commerce extérieur: la demande d’importations s’est écroulée avec la chute de la production dans la plupart des pays en transition, et la configuration artificielle des échanges sous l’ancien système a fait place à des relations commerciales déterminées par les forces du marché. Il en est résulté un accroissement des échanges avec les économies avancées, en particulier en Europe. Cette réorientation des flux commerciaux des économies anciennement planifiées vers les économies avancées est manifeste dans les pays d’Europe centrale et orientale (graphique 43). Ces pays ont bénéficié non seulement de la proximité géographique de l’Europe occidentale, avec laquelle s’effectuent maintenant 60 % de leurs échanges, mais aussi de leur situation économique plus favorable au départ, et du rythme plus rapide des réformes, de la stabilisation macroéconomique et de l’élargissement de l’accès au marché des économies avancées. Mais cette forte dépendance vis-à-vis des marchés de l’Europe occidentale rend les exportations des pays d’Europe centrale et orientale particulièrement tributaires de la croissance des pays de l’Union européenne, comme on a pu le constater au premier semestre de 1996 où les exportations à destination des pays d’Europe de l’Ouest ont diminué parallèlement au ralentissement de la croissance dans cette région. Le commerce entre les pays d’Europe centrale et orientale a été récemment en progression, en particulier au sein de la ZLEC, où il a augmenté de 6 à 9 % au premier semestre de 1996. Cela dit, hormis le commerce entre les Républiques slovaque et tchèque, ces échanges ne représentent que 6 à 10 % environ du commerce total de chacun des membres de la ZLEC. Le commerce avec les pays en développement a été grosso modo constant, compris dans une fourchette de 10 à 15 % du commerce total.

Graphique 43.Pays d’Europe centrale et orientale: répartition des échanges par partenaire

(En pourcentage du commerce total)

Les pays en transition ont réorienté leurs échanges vers les économies avancées.

Note: CEI = Communauté des États indépendants.

En ce qui concerne les Étast baltes, la Russie et les autres pays issus de l’ex-URSS, les échanges avec les économies avancées ont aussi beaucoup augmenté depuis l’ère de la planification centrale, et on a pu constater un changement considérable à cet égard dès la période de la pérestroïka, entre 1989 et 1991. Les difficultés de paiement se sont traduites d’emblée par une forte contraction des échanges libellés en roubles entre les nouveaux États indépendants de la CEI. Cette contraction a été amplifiée par le renoncement à la structure de production artificielle qui caractérisait la planification centrale et dépendait des échanges de matières premières, en particulier d’énergie: l’effondrement du commerce de l’énergie et d’autres produits a entraîné un recul marqué de la production, et par conséquent du commerce de produits finis. La levée des barrières commerciales, la libéralisation des régimes de paiement et l’instauration de monnaies convertibles dans un grand nombre de pays de la CEI ont relancé le commerce au sein de la CEI, ainsi que les échanges entre cette dernière et les pays baltes et les pays d’Europe centrale et orientale. En valeur, le commerce à l’intérieur de la CEI a progressé de 25 % entre le premier semestre de 1995 et le premier semestre de 1996, après avoir augmenté de 9 % entre 1994 et 1995; il convient toutefois de préciser que l’augmentation de la valeur des échanges tient pour une large part à la hausse des prix des produits de base plutôt qu’à une expansion du volume du commerce88.

Les pays baltes ont rapidement libéralisé le commerce extérieur, sauf pour l’agriculture, qui reste protégée en Lettonie et en Lituanie, et ils ont mis fin à l’intervention de l’État dans ce domaine et largement réorienté les échanges vers les pays industrialisés. Bien que la Russie demeure l’un des deux premiers partenaires commerciaux de ces trois pays, ceux-ci ont dans une large mesure échappé à l’effondrement du commerce entre la Russie et les autres pays issus de l’ex-URSS ou ils s’en sont remis rapidement.

La composition du commerce extérieur par produits s’est également modifiée avec la transition. Les exportations des pays d’Europe centrale et orientale, qui consistaient principalement en matières premières, ont été progressivement diversifiées pour inclure une part non négligeable de produits industriels légers, tels que textiles, chaussures et habillement. Ce succès des exportations de produits manufacturés est imputable à la fois aux coûts unitaires de main-d’oeuvre qui restent faibles par rapport à ceux des pays industrialisés et aux contingents qui frappent les exportations de différents pays à destination des marchés de l’Union européenne et des États-Unis et qui ont, dans une certaine mesure, protégé les pays en transition de la concurrence avec les exportateurs des pays en développement. L’investissement direct étranger a aussi contribué au succès des exportations: ainsi, des pays comme la Hongrie, les Républiques slovaque et tchèque et la Slovénie exportent actuellement vers l’Union européenne des automobiles et autres produits fabriqués dans des usines qui ont été construites avec des capitaux et des techniques provenant de pays étrangers. Cependant, les produits primaires et les produits semi-finis représentent encore entre 40 et 50 % des exportations des pays de la ZLEC, et nettement plus pour les pays moins avancés dans la transition, comme la Bulgarie et la Roumanie. Les exportations de produits alimentaires et agricoles vers l’Europe occidentale ont diminué en 1996, mais elles ont fortement augmenté à destination de la Russie et d’autres pays de la CEI. Les importations de machines et outillage sont restées robustes alors même que la croissance se ralentissait dans les pays d’Europe centrale et orientale, signe du dynamisme de l’investissement qui devrait être de bon augure pour la croissance future de ces pays. La diversification des structures de production continue de présenter un défi pour les pays de la CEI, dont certains sont fortement tributaires d’exportations d’un petit nombre de produits de base, comme le coton en Ouzbékistan et au Turkménistan et les produits alimentaires et autres produits agricoles en Moldova.

L’expansion du commerce: conditions préalables et conséquences

On peut dégager de l’expérience des pays en transition, en particulier des plus avancés dans ce processus, un certain nombre d’éléments qui ont sans doute facilité l’expansion des échanges. Les pays qui se sont le plus rapidement intégrés au système commercial mondial sont généralement ceux qui ont d’emblée adopté des politiques leur permettant de réaliser des progrès considérables sur la voie de la stabilisation macroéconomique. Certes, des pays comme la Pologne et la République tchèque se trouvaient dans une situation généralement plus favorable au départ que d’autres pays en transition, mais le succès rapide de leurs efforts de stabilisation a inspiré confiance aux investisseurs nationaux et étrangers, stimulant l’investissement et les apports de capitaux qui ont à leur tour entraîné une expansion des échanges. L’expérience des pays de la CEI fait ressortir l’importance de mécanismes efficaces de compensation et de paiement multilatéraux. Les carences des mécanismes qui étaient en place auparavant nécessitaient souvent de recourir à un système de troc et entravaient les échanges. La convertibilité des monnaies, que l’on a déjà évoquée, est une autre mesure importante qui a contribué à créer des conditions propices à l’expansion du commerce. La stabilisation macroéconomique est indispensable à cet égard, étant donné que de mauvaises performances macroéconomiques, notamment sous la forme d’une inflation élevée ou erratique, sont une source d’instabilité sur des marchés de change ouverts.

L’observation des faits donne aussi à penser que l’expansion des échanges va de pair avec la croissance de la productivité, bien que cette relation soit difficile à quantifier de manière crédible étant donné qu’avec les transformations majeures intervenues dans la structure des économies en transition, il est souvent difficile d’obtenir des mesures fiables de la croissance de la productivité89. Les réformes de structure de l’économie intérieure sont particulièrement importantes pour encourager la croissance des exportations, étant donné que des mesures qui faussent les prix intérieurs tendent à avoir des effets négatifs sur la productivité et à réduire la compétitivité des entreprises sur les marchés d’exportation. Même à l’intérieur des pays, on observe une dispersion considérable dans la progression des salaires et de la productivité entre les différentes branches d’activité, qui reflète l’inégalité des progrès en matière de privatisation et de libéralisation des prix et du commerce extérieur. L’augmentation des importations peut aussi se traduire par une productivité et une production accrues, notamment parce que les importations sont un moyen d’acquérir des technologies avancées90.

Salaires et compétitivité

Presque tous les pays en transition ont vu leurs monnaies respectives se déprécier fortement avec l’effondrement de la planification centrale, puis s’apprécier en termes réels dans le contexte de la stabilisation macroéconomique. Ces appréciations réelles sont intervenues alors que les prix augmentaient plus rapidement que dans les pays industrialisés, tandis que les taux de change par rapport aux monnaies de ces derniers sont restés à peu près stables ou ont baissé plus lentement que le différentiel d’inflation ne s’est rétréci (graphique 44). On constate des appréciations réelles aussi bien pour les taux de change réels bilatéraux vis-à-vis du dollar et du deutsche mark que pour les taux de change réels multilatéraux pondérés par le commerce extérieur. Les appréciations réelles que la plupart des pays en transition ont enregistrées dans le sillage de la phase initiale de stabilisation ont correspondu en grande partie à une correction de la forte sous-évaluation antérieure des monnaies qui reflétait le faible niveau des salaires et l’évolution défavorable du compte de capital liée à l’incertitude quant aux chances de succès de la stabilisation. Néanmoins, les appréciations réelles indéniables et substantielles qui ont été enregistrées ont éveillé la crainte que les produits des pays en transition ne viennent à perdre de leur compétitivité internationale et ont conduit des groupes de pression à militer pour l’érection d’obstacles aux importations et l’octroi de subventions à l’exportation, ainsi que pour l’assouplissement de politiques monétaires qui ont été fondées sur une valeur de change nominale stable afin de lutter contre l’inflation.

Graphique 44.Pays en transition (échantillon): taux de change réel par rapport au dollar E.U.1

(1988 = 100)

La plupart des pays en transition ont enregistré des appréciations réelles après avoir stabilisé leur situation macroéconomique.

1Sur la base des prix relatifs à la consommation.

Les préoccupations quant à l’érosion de la compétitivité sont en grande partie centrées sur la hausse rapide des salaires exprimés en dollars, lesquels ont augmenté de façon spectaculaire dans la plupart des pays en transition (tableau 22). Cette augmentation est en partie due à la remontée des monnaies auparavant sous-évaluées des pays en transition, qui s’est traduite par une hausse des salaires exprimés en dollars. Mais la poursuite récente de ce processus est le fait non seulement de cette correction, mais aussi des gains de productivité qui ont résulté de la restructuration des industries et de l’expansion du stock de capital au cours de la transition, évolution de nature à entraîner des augmentations des salaires. Tant que l’ajustement en hausse des salaires exprimés en dollars s’accompagne d’une progression correspondante de la productivité, cette hausse n’implique pas d’augmentation des coûts unitaires de main-d’oeuvre ou de perte de compétitivité, mais reflète plutôt les progrès réalisés dans la transition. La progression des salaires exprimés en dollars dans les économies les plus avancées d’Europe centrale et orientale s’est quelque peu ralentie en 1996, mais cette évolution s’explique peut-être dans une certaine mesure par l’appréciation générale du dollar, surtout par rapport au deustche mark et aux autres monnaies européennes. (Le mark est la monnaie du principal partenaire commercial de la plupart des pays en transition.) Exprimés en mark plutôt qu’en dollars, les salaires dans la plupart des pays en transition ont continué à augmenter fortement en 1996, faisant pression à la hausse sur les coûts unitaires de main-d’oeuvre en mark et justifiant les inquiétudes quant à la compétitivité91.

Tableau 22.Pays en transition: salaires en dollars dans le secteur manufacturier ou l’industrie(En dollars E.U. par mois, net des contributions de sécurité sociale)
19901991199219931994199519961
Bulgarie539612397117126
République tchèque132162196231296316
Hongrie176187224237249250246
Pologne107157168175220285329
Roumanie93617480101100
République slovaque129161175196242256
Estonie4678137211255
Lettonie6073143194221
Lituanie204887139170
Bélarus2723337495
Kazakstan277069117152
République kirghize1416345356
Moldova2022374860
Fédération de Russie326396115185
Ukraine2814264755
Source:Indicateurs économiques à court terme de l’OCDE, pays en transition

Sur la base de données pour le premier semestre de 1996.

Source:Indicateurs économiques à court terme de l’OCDE, pays en transition

Sur la base de données pour le premier semestre de 1996.

II y aurait certainement lieu de s’inquiéter si dans un quelconque pays en transition les salaires augmentaient relativement à la productivité de la main-d’oeuvre dans une mesure telle que la hausse des coûts de main-d’oeuvre conduisait à une dégradation substantielle de la balance commerciale. Cependant, même si les salaires exprimés en monnaies d’économies avancées ont augmenté, on ne peut affirmer avec certitude qu’ils ont atteint des niveaux insoutenables dans aucun des pays en transition92. Étant donné les possibilités de restructuration, d’accroissement de l’intensité de capital et, partant, de croissance de la productivité, on peut s’attendre à ce que les salaires exprimés en dollars continuent à augmenter; ils sont encore nettement inférieurs à ceux des pays industrialisés.

Les progrès de l’intégration financière

L’effondrement de la planification centrale et la dissolution des accords de commerce entre les économies planifiées qui lui étaient associés ont entraîné des besoins de financement extérieur substantiels, pour plusieurs raisons. Premièrement, le passage aux prix du marché mondial s’est traduit par une grave détérioration des termes de l’échange pour de nombreux pays en transition, en particulier pour les importateurs d’énergie. Deuxièmement, le passage à des monnaies convertibles aux fins des transactions courantes a également nécessité un soutien en devises relativement important. Troisièmement, la forte augmentation des emprunts à l’étranger pendant les années 80 dans un certain nombre de pays avait abouti à un endettement extérieur insoutenable; dans plusieurs cas, des moratoires ont dû être déclarés sur le service de la dette. Enfin, et d’une manière plus générale, les ressources nécessaires pour moderniser les structures industrielles et les infrastructures dépassaient de beaucoup les capacités d’épargne intérieure.

Les problèmes de financement étaient particulièrement graves en Russie et dans les autres pays de l’ex-URSS. Au temps de l’Union soviétique, un système élaboré de transferts par la voie du budget central et de livraisons de produits de base (énergétiques) à des prix inférieurs aux cours mondiaux permettait à la plupart des républiques de consommer davantage qu’elles ne produisaient, la Russie étant le principal donateur93. Après la dissolution de l’URSS, les transferts explicites ont été éliminés, et les principaux exportateurs d’énergie, à savoir la Russie et le Turkménistan, ont porté le prix des livraisons de pétrole et de gaz entre États à des niveaux proches des cours mondiaux. Les termes de l’échange des pays baltes et des pays de l’ex-URSS importateurs d’énergie s’en sont fortement ressentis. Les bénéficiaires des plus gros transferts implicites par habitant avant la transition, à savoir la Géorgie et la Moldova, ont été les plus gros perdants, avec une dégradation des termes de l’échange estimée respectivement à plus de 35 % et plus de 43 % des échanges entre États entre 1990 et 199494.

Dès le début du processus de transformation, il a été reconnu que les besoins de financement des économies en transition ne pourraient être satisfaits uniquement par les marchés de capitaux privés. Le FMI et le Groupe de la Banque mondiale ont assumé un rôle central dans l’organisation des efforts visant à mobiliser des concours financiers publics, y compris des allégements de dette. Les concours que les institutions de Bretton Woods ont elles-mêmes apportés, ont permis, du fait de la conditionnalité à laquelle ils étaient assujettis, de catalyser d’autres financements publics, y compris sous la forme d’aide à la balance des paiements fournie par l’Union européenne et d’autres économies avancées95. En même temps, il était entendu que les appuis financiers officiels ne seraient pas accordés sur une échelle massive et sur de longues périodes. Ces appuis avaient pour but principal d’aider les pays en transition à surmonter le choc extérieur qu’ils avaient subi, à stabiliser leur situation macroéconomique et à entreprendre des réformes structurelles, de manière à créer les conditions nécessaires pour attirer des capitaux privés étrangers96.

Au début de 1997, presque toutes les économies en transition avaient reçu des concours financiers des institutions de Bretton Woods et d’autres entités officielles97. Les apports de financements officiels nets à moyen et à long terme aux économies en transition entre 1990 et 1996 se sont élevés à environ 80 milliards de dollars, dont 17 milliards ont été fournis par le FMI. Ces financements publics ont ouvert la voie à une augmentation des flux de financements privés, dont la part dans le financement total est passée de 15 % en 1991 à 65 % en 1996, essentiellement sous la forme d’une augmentation des flux d’investissements directs étrangers (graphique 45 et tableau 23). La part des apports de financements publics aux pays d’Europe centrale et orientale a fortement diminué. Les pays les plus avancés dans le processus de transition ont pleinement accès aux capitaux privés et ne sont plus tributaires de l’aide publique. Un certain nombre de pays qui se trouvent à un stade intermédiaire dans la transition, comme le Kazakstan, la Moldova, la Roumanie et la Russie, ont mobilisé des capitaux à moyen et à long terme sur les marchés financiers internationaux tout en continuant à recourir à l’aide publique. Le rôle croissant des apports de capitaux privés dans les deux groupes de pays est examiné de manière plus détaillée dans la section suivante.

Graphique 45.Pays en transition: flux financiers nets à moyen et à long terme

(En milliards de dollars E.U.)

La pan des Financements privés est en augmentation.

Tableau 23.Pays en transition: flux financiers nets à moyen et à long terme(En milliards de dollars E.U.)
199119921993199419951996
Flux totaux16,825,727,318,333,838,9
Flux officiels14,311,913,09,412,713,1
Dons6,05,84,64,75,25,2
Prêts8,36,18,44,77,47,9
Bilatéraux4,12,51,61,00,62,9
Multilatéraux (hors FMI)1,82,13,11,32,12,7
FMI2.41,63,72,44,72,2
Flux privés2,613,814,38.921,125,9
Flux de dette0,29,57,92,76,08,5
Dette garantie0,19,17,01,02,16,9
Prëts bancaires−3,7−0,3−1,1−1,80,3
Obligations1,41,04.22,61,6
Autres3,08,53,50,30,2
Dette non garantie0,10,40,91,73,91,7
Investissement direct étranger2,44,26,05,413,111,3
Flux d’investissements de portefeuille0,10,50,82,16,1
Part des flux privés (en pourcentage)155453496366
Dont: Europe centrale et orientale et pays baltes
Flux totaux8,816,116,210,721,1
Flux officiels6,33,43,74,31,7
Dons3,42,11,52,33,7
Prêts2,91.32,22,0−1,9
Bilatéraux0,30,60,20,40,4
Multilatéraux (hors FMI)0,20,20,21,50,4
FMI2,40,51,80,1−2,7
Flux privés2,612,712,66,419,4
Flux de dette0,29,57,91.88,0
Dette garantie0,19,17,00,14,2
Prêts bancaires−0,6−1,7−0,8−2,21.7
Obligations1,41,04,22,32,4
Autres−0,2−0,50,10,1
Dette non garantie0,10,40,91,73,8
Investissement direct étranger2,43,24,23,89,5
Flux d’investissements de portefeuille0,10,50,92,0
Part des flux privés (en pourcentage)2979776092
Sources: Banque européenne pour la reconstruction et le développement; FMI; Banque mondiale
Sources: Banque européenne pour la reconstruction et le développement; FMI; Banque mondiale

Le rôle croissant des financements privés

Un grand nombre d’économies en transition ont désormais largement accès aux financements privés. Étant donné que la stabilisation macroénonomique associe généralement des taux d’intérêt intérieurs élevés et des taux de change nominaux globalement stables, les financements privés ont d’abord consisté principalement en flux à court terme, notamment de capitaux évadés qui ont été rapatriés. Ces entrées de capitaux ont souvent atteint des montants substantiels relativement à la taille des économies, présentant des défis considérables du point de vue de la politique monétaire98. Au stade suivant de l’expansion des financements privés dans ces pays, les apports plus stables à moyen et à long terme sont devenus plus importants. Nous verrons dans la présente section comment les pays en transition ont attiré les trois principales formes de financements privés à moyen et à long terme: les obligations et les prêts consortiaux internationaux, les investissements directs étrangers et les investissements étrangers sous forme de titres de dette et de participation intérieurs.

Marchés internationaux du crédit et des obligations

Un certain nombre de pays en transition ont accompli des progrès considérables en matière d’accès aux marchés internationaux du crédit et des obligations. L’accès à ces marchés peut aider les emprunteurs solvables à satisfaire des besoins de financement qui dépassent les capacités de leur marché intérieur et constituer une source précieuse de compétences et de discipline financière. Les conditions économiques fondamentales que les pays en transition doivent réunir pour avoir accès aux marchés financiers internationaux sont, outre une stabilité macroéconomique raisonnable et des progrès dans les réformes structurelles, la normalisation des relations avec les créanciers si les pays ont eu des difficultés à assurer le service de leur dette et une position soutenable en matière de dette extérieure.

Pour les pays en transition qui avaient des problèmes de service de la dette avant que le processus de transformation ne soit engagé ou au début de ce processus, des accords avec les créanciers officiels du Club de Paris et les créanciers commerciaux du Club de Londres étaient indispensables pour leur permettre d’avoir de nouveau accès aux marchés financiers internationaux. Un grand nombre d’économies planifiées, y compris l’URSS, avaient rapidement accru leurs emprunts extérieurs dans les années 80 au point de ne plus être en mesure d’assurer le service de leur dette. La Pologne avait déjà des difficultés à assurer le service de sa dette extérieure avant la fin de la décennie, tandis que la Bulgarie a déclaré un moratoire unilatéral sur sa dette extérieure au début de 1990. L’éclatement de l’URSS et de la Yougoslavie, deux pays qui étaient relativement endettés, n’a fait que compliquer encore davantage le problème du service de leur dette extérieure.

Des progrès substantiels ont été réalisés au cours des premières années du processus de transformation en vue de normaliser les relations avec les créanciers des Club de Paris et de Londres, et ce processus est maintenant presque achevé. Un certain nombre de questions restent à résoudre en ce qui concerne les créances de l’ex-URSS sur les pays en développement, les créances et obligations réciproques non réglées des Étast de la CEI et les créances des anciens membres du CAEM sur la Russie. Le règlement de la dette des pays en développement envers la Russie et des obligations réciproques des pays à faible revenu de la CEI exigera de nouvelles négociations sur la réduction de la dette et des accords de rééchelonnement; ces pourparlers ne devraient toutefois pas faire obstacle à la poursuite de l’intégration de la Russie et des autres Étast de la CEI aux marchés internationaux de capitaux (encadré 11).

Les accords conclus avec les Clubs de Londres et de Paris et les autres créanciers, conjugués à la croissance des recettes d’exportation, ont permis à la plupart des pays en transition d’assurer le service de l’encours de leur dette extérieure en leur laissant une marge prudente d’emprunt supplémentaire. La charge de la dette de l’Albanie, de la Bulgarie et de la Pologne, sur la base du ratio de la dette extérieure brute aux exportations, a été considérablement allégée, principalement grâce aux accords qui ont été conclus à cet effet. Mesurée selon le même critère, la charge de la dette de la Hongrie, qui était relativement endettée lorsqu’elle s’est engagée dans le processus de transformation mais n’a pas cherché à obtenir d’accords de rééchelonnement, s’est aussi sensiblement allégée, tandis que des pays comme la Croatie, la République tchèque, la Slovaquie et la Slovénie ont maintenu leur endettement au niveau relativement faible d’avant la transition. Après avoir conclu des accords aux termes desquels la Russie a assumé la totalité des obligations extérieures de l’URSS, les autres Étast de la CEI ont abordé la transition dans une position favorable, tandis que la Russie a elle-même bénéficié d’une série d’accords avec ses créanciers extérieurs. Sur la base du ratio brut de la dette aux exportations et selon les critères de classement retenus par la Banque mondiale, en 1996, quatre pays en transition —l’Arménie, la Bulgarie, la Hongrie et la République kirghize —étaient modérément endettés, tandis que l’Albanie et la Géorgie l’étaient gravement (tableau 24)99.

Tableau 24.Pays en transition: dette extérieure brute rapportée aux exportations(En pourcentage)
199119921993199419951996
Albanie6029861.810657268242
Arménie0076131195158
Azerbaïdjan006295047
Bélarus11534413852
Bulgarie387247262208172160
Croatie3454346537170
Estonie0476611
Géorgie035147204259253
Hongrie219186267320206201
Kazakstan03236756256
Lettonie0315242023
Lituanie2814202932
Macédoine, ex-Rép. yougoslave de00086102129
Moldova0265102105128
Mongolie6579109130115133
Ouzbékistan01834332738
Pologne308277276184123112
République kirghize0180113133164
République slovaque813546443949
République tchèque715954656160
Roumanie516376777398
Russie155183168152128126
Slovénie02123252730
Ukraine05927495043

Le nombre croissant de pays en transition dont la qualité du crédit international est notée par les principales agences de cotation et la revalorisation de la cote de certains pays témoignent des progrès réalisés récemment par ces pays en matière d’accès aux marchés internationaux de capitaux. Au cours des deux dernières années, les pays les plus avancés dans le processus de transition sont aussi ceux qui ont le plus progressé dans le classement des risques-pays, d’après les enquêtes semestrielles, et ils représentent la grande majorité des pays dont la cote de crédit a été revalorisée (tableau 25). Sept pays en transition —à savoir les pays parties à l’accord de Visegrâd (Hongrie, Pologne, République tchèque et Slovaquie), la Croatie, la Lettonie et la Slovénie —bénéficient maintenant d’une bonne notation.

Tableau 25.Pays en transition: notation financière et classement des risques-pays
19931994199519961
Notation financière2
BulgarieSIG
CroatieIG
HongrieSIGSIGSIGIG
KazakstanSIG
LettonieGI
LituanieSIG
MoldovaSIG
PologneIGGI
République slovaqueSIGSIG*GI
République tchèqueGIIG*IG*IG*
RoumanieSIG
RussieSIG
SlovénieIG
Classement des risques-pays3
Estonie1221027671
Hongrie46444444
Lettonie13212511675
Lituanie13012111859
Pologne72737255
République slovaque63665149
République tchèque43394135
Roumanie75776461
Slovénie61535034
Sources: communiqués de presse de Moody’s et Standard & Poor’s et, pour le classement,Euromoney (septembre 1996)

Janvier à mars 1997 inclus.

Notation de la dette souveraine à long terme en devises. BQ dénote un crédit de bonne qualité, QI un crédit de qualité inférieure, *une revalorisation. Un crédit de qualité inférieure est indiqué aussi longtemps que cette note est attribuée à au moins un établissement. Les pays en transition qui ne figurent pas sur la liste n’ont pas reçu de notation.

Le classement par risque-pays est établi sur la base des scores pondérés donnés par des indicateurs analytiques et des indicateurs du crédit et de l’accès au marché dans neuf catégories.

Sources: communiqués de presse de Moody’s et Standard & Poor’s et, pour le classement,Euromoney (septembre 1996)

Janvier à mars 1997 inclus.

Notation de la dette souveraine à long terme en devises. BQ dénote un crédit de bonne qualité, QI un crédit de qualité inférieure, *une revalorisation. Un crédit de qualité inférieure est indiqué aussi longtemps que cette note est attribuée à au moins un établissement. Les pays en transition qui ne figurent pas sur la liste n’ont pas reçu de notation.

Le classement par risque-pays est établi sur la base des scores pondérés donnés par des indicateurs analytiques et des indicateurs du crédit et de l’accès au marché dans neuf catégories.

Encadré 11.Normalisation des relations avec les créanciers dans les pays en transition

Les pays en transition qui étaient aux prises avec des difficultés de service de la dette avant ou au moment de s’engager dans le processus de transformation ont réalisé des progrès considérables dans la normalisation de leurs relations avec les créanciers des Clubs de Paris et de Londres.

Un certain nombre depays d’Europe centrale et orientale (PECO) ont conclu des accords de rééchelonnement de dette pendant les années 1991–95. Entre 1991 et 1994, laBulgarie a obtenu des créanciers du Club de Paris trois accords successifs portant sur sa dette publique; en 1994, un accord de réduction de la dette et de son service a été conclu avec les créanciers commerciaux du Club de Londres dans le cadre du plan Brady. Le Club de Paris a convenu en 1994 de passer à la deuxième étape d’un accord de réduction de la dette conclu en 1991 avec laPologne, et un accord s’inspirant du plan Brady a été conclu avec les créanciers commerciaux en octobre 1994. Au milieu de 1995, l’Albanie a signé avec les banques commerciales étrangères dont elle était débitrice un accord de restructuration de sa dette moyennant une forte réduction.

Dans l’ex-Yougoslavie, la résolution du problème de la dette continue à être compliquée par des questions en suspens relatives à la répartition de la dette «non attribuée» entre les États successeurs1. Trois des États successeurs ont néanmoins réussi à normaliser leurs relations avec leurs créanciers publics et commerciaux. À la fin de 1996, laCroatie, l’ex-République yougoslave de Macédoine et laSlovénie étaient parvenues à des accords avec les créanciers des Clubs de Londres et de Paris, chacun de ces pays assumant la responsabilité d’une partie de la dette non attribuée. Pour ce qui est de l’endettement envers les participants au Club de Paris, la Slovénie est en train de négocier des accords bilatéraux avec les gouvernements créanciers conformément aux dispositions convenues au milieu de 1993, tandis que la Croatie et l’ex-République yougoslave de Macédoine ont obtenu des rééchelonnements de leur dette dans le cadre des accords de 1995 avec le Club.

Les relations de laRussie et des autres pays issus de l’ex-URSS avec leurs créanciers officiels ont été clarifiées dans un accord de rééchelonnement signé en avril 1993, aux termes duquel laRussie, dans un accord de principe avec d’autres États successeurs, s’est déclarée seule responsable de la totalité de la dette de l’ex-URSS. La Russie a signé trois autres accords avec le Club de Paris sur la restructuration à long terme de sa dette publique, le plus récent étant intervenu en avril 1996, et elle a conclu un accord de principe avec le Club de Londres en novembre 1995, qui doit être finalisé vers le milieu de 1997. La Russie a fini de normaliser ses relations financières avec toutes les principales économies avancées à l’automne 1996 en concluant des accords sur ses obligations impayées envers des créanciers français, notamment des détenteurs de bons émis sous le régime tsariste, et en concluant un accord de rééchelonnement de la dette commerciale non assurée de l’ex-URSS2.

Tandis que des progrès considérables ont été réalisés dans la normalisation des relations avec les créanciers commerciaux et officiels des économies avancées, un certain nombre de questions restent à résoudre en ce qui concerne les créances sur les pays en développement héritées de l’ex-URSS, les créances réciproques impayées des membres de la Communauté des États indépendants (CEI) et les créances réciproques de la Russie et des membres de l’ancien Conseil d’assistance économique mutelle (CAEM). Les créances sur les pays en développement résultent des crédits substantiels qui leur avaient été consentis par l’URSS. Leur montant exact reste à déterminer, les parties concernées devant notamment se mettre d’accord sur le taux de change du rouble à retenir aux fins de ce calcul. La Russie a hérité de toutes ces créances après avoir assumé l’entière responsabilité de la dette extérieure de l’URSS en contrepartie de ses avoirs extérieurs. Les créances réciproques impayées des États correspondent à trois grandes catégories de transactions: les crédits publics, y compris les soldes des comptes correspondants bilatéraux de la période 1992–93; les arriérés de paiements sur des livraisons, principalement de gaz et de pétrole, effectuées en exécution de contrats commerciaux bilatéraux passés sous l’égide des autorités, la Russie et le Turkménistan étant les principaux créanciers; enfin, les arriérés croisés transfrontaliers d’entreprises, que les gouvernements ont assumés pour venir en aide à certains secteurs ou industries3. Enfin, il subsiste des créances réciproques entre certains PECO et la Russie, qui correspondent aux soldes en roubles transférables impayés au moment de la dissolution du CAEM.

Les négociations ne sont pas encore achevées en ce qui concerne le règlement de la dette des pays en développement envers la Russie et des obligations réciproques des pays à faible revenu de la CEI. En 1996, la Russie a conclu des accords avec le Nicaragua et le Pérou, aux termes desquels la valeur nominale des créances a été fortement réduite, et les négociations se poursuivent avec les autres pays de la CEI ainsi qu’avec la République tchèque et la Hongrie. Des pourparlers sont en cours au sujet d’une éventuelle participation de la Russie au Club de Paris, dans le cadre des efforts visant à régulariser les relations de créancier de la Russie avec les pays en développement débiteurs.

1 La dette non attribuée correspond aux obligations contractées par l’ancienne Yougoslavie et sa banque nationale, pour lequelles il n’a pas été possible d’identifier les projets qu’elles ont pu servir à financer dans aucun des Étast successeurs.2 Un certain nombre de pays de la CEI, qui avaient de modestes obligations lorsqu’ils ont accédé à l’indépendance, après la signature de l’accord avec la Russie sur la dette de l’ex-URSS, ont accumulé des obligations considérables envers les pays extérieurs à la CEI au cours de la période 1991–94, qui se sont ajoutées à leurs obligations envers d’autres pays de la CEI. À partir de 1994, la Géorgie a accumulé des arriérés de paiements sur le service de sa dette extérieure, et en 1995–96 elle a conclu un certain nombre d’accords bilatéraux de rééchelonnement, notamment avec l’Autriche et la République islamique d’Iran.3 Amer Bisat, «Ukraine’s Gas Arrears: Issues and Recommendations», document du FMI sur l’analyse et l’évaluation des politiques 96/3 (avril 1996), présente une analyse des arriérés extérieurs de l’Ukraine envers la Russie liés aux ventes de gaz.

Le nombre de pays et la gamme des emprunteurs qui mobilisent des fonds sur les marchés internationaux de capitaux ne cessent de croître100. A la fin de 1994, trois pays seulement —la Hongrie, la République tchèque et la Slovaquie —avaient mobilisé des montants substantiels sur ces marchés. Le nombre de pays en transition empruntant sur les marchés internationaux a fortement augmenté en 1995: la Pologne et la Roumanie y sont revenues après une longue absence, la Lettonie et la Lituanie ont lancé leur première émission d’obligations internationales, tandis que la République kirghize a obtenu son premier emprunt international. Le nombre d’emprunteurs a continué à augmenter en 1996 et au début de 1997; la Croatie, le Kazakstan, la Russie et la Slovénie ont lancé leurs premières émissions d’euroobligations, et la Croatie a contracté son premier emprunt consortial à moyen terme. Les municipalités et les autorités régionales ainsi que des sociétés privées et partiellement privatisées sont venues grossir les rangs des emprunteurs qui, jusqu’à une date récente, étaient presque exclusivement constitués d’Étast et de banques centrales.

L’amélioration des conditions auxquelles les capitaux sont consentis à certains pays en transition sont un autre signe du progrès de leur intégration aux marchés internationaux de capitaux. La marge d’intérêt pour les prêts consortiaux libellés en dollars E.U. qui ont été négociés par la Hongrie s’est rétré-cie de 180 points de base pendant l’été de 1995 à 50 points de base au cours de l’été 1996 et à moins de 30 points de base à la fin de 1996. Des marges analogues ont été offertes pour les prêts consortiaux souverains à la Slovénie, ainsi qu’à de grandes sociétés tchèques qui empruntent à présent à des conditions proches de celles qui sont consenties aux sociétés emprunteuses des pays d’Europe occidentale. La première émission d’euro-obligations de la Pologne en juin 1995 avait été lancée moyennant une marge de plus de 180 points de base; à l’automne 1996, les obligations se négociaient à raison d’une marge d’environ 70 points de base. Les premières euro-obligations de la Croatie au début de 1997 et de la Slovénie au milieu de 1996 ont été émises avec des marges analogues. Mais, pour les pays qui se trouvent à un stade intermédiaire de la transition, les marges restent substantielles, comme celle de 365 points de base pour le lancement de la première émission euro-obligataire de la Russie.

Le rôle de l’investissement direct étranger

L’investissement direct étranger (IDE) peut jouer un rôle vital dans le processus de transformation. Les pays en transition, qui ont hérité d’un stock de capital fixe obsolète et d’infrastructures inadéquates, ont des besoins substantiels d’investissement fixe. Du point de vue macroéconomique, l’investissement direct étranger complète l’épargne intérieure et contribue à l’investissement total dans l’économie sans ajouter au fardeau de la dette extérieure. En outre, il a l’avantage d’inclure habituellement des apports de technologie avancée et des compétences en matière de gestion et de commercialisation, et de donner accès aux marchés d’exportation101. Cependant, les incertitudes quant aux droits de propriété et au cadre juridique et fiscal dans lequel les entreprises sont appelées à opérer ont naturellement tendance à décourager l’investissement direct étranger. En raison de ces incertitudes, l’investissement direct étranger dans un grand nombre d’économies en transition est resté relativement limité et souvent axé sur les marchés intérieurs. On peut s’attendre à ce qu’à mesure des progrès de la transition économique, l’investissement direct étranger prenne de l’importance et devienne plus diversifié et axé sur l’exportation.

Bien que l’investissement direct étranger dans les économies en transition ait augmenté depuis 1991, les apports sont restés relativement faibles par rapport aux montants reçus dans d’autres régions et aux attentes initiales. Les flux annuels vers les pays d’Europe centrale et orientale, les Étast baltes et la CEI sont passés d’environ 2,5 milliards de dollars en 1991 à quelque 13 milliards de dollars en 1995102. On estime qu’en partie sous l’effet d’un ralentissement des privatisations, l’investissement direct étranger dans ces pays a diminué à environ 11 milliards de dollars en 1996, contribuant à un stock de capital fondé sur l’investissement direct étranger d’environ 42 milliards de dollars. Néanmoins, les flux d’investissements directs étrangers qu’attirent les économies en transition restent sensiblement inférieurs à ceux qui vont vers d’autres régions; pour la période 1991–96, le montant cumulé de ces investissements dans les pays en transition est estimé à environ 4 % du PIB, contre environ 6 % en Amérique latine et autour de 13 % dans les pays en développement d’Asie de l’Est.

La répartition géographique et sectorielle de l’investissement direct étranger au cours des premières années de la transformation a été inégale. S’agissant de la destination, les pays d’Europe centrale et orientale et les pays baltes ont attiré plus de 70 % du montant cumulé de l’investissement direct étranger dans les économies en transition pendant la période 1991–96, la Hongrie et la République tchèque ayant reçu à elles seules près de 50 % du total de ces flux. En moyenne, l’investissement direct étranger par habitant dans les pays de la CEI a représenté moins de 15 % des montants reçus en Europe centrale et orientale et dans les pays baltes (tableau 26). S’agissant de l’origine de ces flux, l’Allemagne, l’Autriche et les États-Unis ont été les principaux investisseurs, leur contribution représentant plus des deux tiers de l’investissement dans les économies en transition en 1994 et près des deux tiers des flux d’investissements cumulés sur la période 1988–94. D’autre part, de toutes les économies avancées, ce sont l’Allemagne et l’Autriche qui ont canalisé la plus forte part de leurs investissements directs à l’étranger vers les économies en transition. Pour finir, en ce qui concerne la répartition de l’investissement direct étranger par secteur, les données allant jusqu’à la fin de 1994 indiquent qu’une large part de cet investissement au cours des premières années du processus de transition est allée à des secteurs principalement axés sur l’approvisionnement des marchés intérieurs, comme les secteurs du commerce et de la distribution, et, dans les secteurs manufacturiers, les industries de transformation des produits alimentaires, des boissons et du tabac103.

Tableau 26.Pays en transition: investissement direct étranger net(En millions Je dollars E.U.)
Apports annuelsApports

cumulés
Apports cumulés

par habitant1
199119921993199419951996
Total2.3744.1955.9505.41213.08211.25042.263100
Albanie104553707024871
Arménie310233610
Azerbaïdjan22275601898120
Bélarus71810712545
Bulgarie56424010516518058865
Croatie1001374100100200587123
Estonie80154212202210859558
Géorgie8620346
Hongrie1.4741.4712.3291.0974.4101.98612.7671.256
Kazakstan1004736358599302.997180
Lettonie4351155165200614239
Lituanie102360559624465
Macédoine, ex-Rép. yougoslave de2412357032
Moldova25161418724619143
Mongolie287773113
Ouzbékistan94873−24841908
Pologne1172845805421.1342.2054.862126
République kirghize1045613114631
République slovaque197501341707066687128
République tchèque3939835527492.5261.1656.368617
Roumanie3773953474174101.37961
Russie−257009006302.0002.0006.20542
Slovénie113112140140145650325
Tadjikistan9121213135910
Turkménistan1179103648033781
Ukraine170200912664361.16323

Investissement direct étranger par habitant, en dollars E.U., sur la base des apports cumulés pour la période 1991–96.

Investissement direct étranger par habitant, en dollars E.U., sur la base des apports cumulés pour la période 1991–96.

L’inégalité de la répartition géographique et sectorielle de l’investissement direct étranger est liée à un certain nombre de facteurs qui tiennent en partie aux caractéristiques du processus de transformation104. Premièrement, les pays les plus avancés dans le processus de transition sont généralement ceux qui ont reçu les plus gros flux d’investissements directs étrangers. Deuxièmement, la forme et le calendrier du processus de privatisation ont eu des effets sur ces apports: des pays comme l’Estonie et la Hongrie, qui ont opté pour une politique de privatisation comportant des ventes massives à des investisseurs étrangers, de préférence à des formules de privatisation de masse par distribution de bons ou au rachat des entreprises publiques par les cadres et le personnel, ont particulièrement bien réussi à attirer l’investissement direct étranger. Troisièmement, une part considérable de cet investissement est venue de pays voisins ou de pays qui avaient des liens historiques et culturels ou économiques et commerciaux avec les destinataires. Quatrièmement, l’investissement direct étranger effectué à un stade précoce de la transition a souvent été motivé par l’avantage qu’il offrait aux investisseurs d’être les premiers arrivants sur de nouveaux marchés; ces incitations ont beaucoup compté pour l’investissement direct étranger axé sur le marché intérieur dans les plus grands pays en transition et pour l’investissement dans les secteurs du commerce et de la distribution et les industries de construction de véhicules et l’agro-alimentaire105.

L’Estonie, la Hongrie et la République tchèque ont attiré des flux d’investissements directs étrangers comparables à ceux qui sont allés à d’importantes économies à marchés émergents dans d’autres régions, et dans la mesure où les quatre facteurs cités ci-dessus sont en partie temporaires, on peut s’attendre à ce que l’investissement direct étranger suive le même schéma dans d’autres pays en transition. On peut aussi s’attendre à ce que l’investissement direct étranger soit de plus en plus tourné vers l’extérieur et engendre un accroissement des flux commerciaux dans la mesure où les entreprises étrangères tireront parti de la main-d’oeuvre relativement instruite et qualifiée des pays en transition et de son faible coût. Les mesures qui ont été prises dans un certain nombre de pays en transition pour ouvrir les infrastructures, les entreprises de services publics et les secteurs d’intermédiation financière aux participations étrangères donneront une incitation supplémentaire à l’investissement direct étranger (encadré 12)106.

Investissements étrangers en titres nationaux et en actions

Les investissements étrangers en titres nationaux et les placements internationaux en actions sous forme de certificats de titres en dépôt sont une source de plus en plus importante de financements extérieurs pour certaines des économies en transition et la catégorie d’investissement privé qui connaît l’expansion la plus rapide. La mise en place de marchés d’actions et de titres de dette privée et publique de mieux en mieux organisés conjuguée aux rendements initialement élevés de ces valeurs mobilières ont attiré un nombre croissant d’investisseurs étrangers, en particulier les fonds de placement spécialisés. La demande des investisseurs devrait à son tour contribuer à faire baisser les taux d’intérêt sur les instruments de dette intérieurs et à accroître la liquidité des marchés boursiers nationaux, tout en encourageant une gestion responsable des entreprises locales; les investisseurs étrangers peuvent apporter des compétences précieuses et faire pression sur les institutions financières et les marchés intérieurs pour qu’ils se conforment aux normes internationales dans la conduite de leurs opérations.

Les marchés nationaux de titres d’État font partie des marchés de capitaux les plus développés dans un certain nombre d’économies en transition, et ils ont suscité un vif intérêt chez les investisseurs étrangers. Les rendements élevés exprimés en devises les ont incités à acheter des montants considérables de titres d’Etat en République tchèque en 1994–95, en Pologne en 1995 Extra Tag, à la suite d’une ouverture partielle du marché des bons du Trésor aux placements étrangers, en Russie en 1996. Les investisseurs étrangers ont placé quelque 4 milliards de dollars sur le marché russe des bons du Trésor en 1996, et l’on s’attend à ce que les achats par les non-résidents augmentent encore davantage après l’annonce par le gouvernement russe d’un nouvel élargissement de l’accès des investisseurs étrangers à ce marché.

Les investissements étrangers sous forme d’actions, qui sont restés modestes jusqu’en 1995, ont fait un bond dans un certain nombre de pays en 1996. À l’heure actuelle, les investisseurs non résidents détiennent et négocient une part substantielle des actions échangées sur les marchés boursiers en Hongrie, en Pologne, en République tchèque et en Russie, et leur participation a contribué à de très fortes hausses des cours en 1996; les indices boursiers calculés en dollars E.U. ont enregistré une hausse de presque 100 % à Budapest, de plus de 70 % à Varsovie et de plus de 150 % à Moscou. Les indices d’investibilité de la Société financière internationale pour les marchés émergents incluent les marchés hongrois et polonais depuis 1993, le marché tchèque depuis 1995, et les marchés russe et slovaque depuis février 1997. A la fin de 1996, des marchés boursiers fonctionnaient dans huit autres économies en transition; la plupart d’entre eux restent toutefois peu développés et relativement illiquides, et n’ont pas encore suscité grand intérêt chez les investisseurs étrangers.

Face aux problèmes pratiques et aux risques que présentent les placements directs sur les marchés boursiers des pays en transition, les sociétés établies dans ces pays ont commencé à organiser des placements internationaux d’actions sous forme de certificats de titres en dépôt américains ou mondiaux107. Des sociétés de quatre économies en transition ont placé des certificats de titres en dépôt pour un montant d’environ 300 millions de dollars en 1994, dont la majeure partie a été émise par des sociétés hongroises. Ce montant a doublé en 1995 et le groupe d’émetteurs a été élargi à trois autres pays. Principalement en raison de l’activité des sociétés russes, qui ont été autorisées à placer des certificats de titres en dépôt en septembre 1995, les placements ont à nouveau doublé en 1996, notamment avec les émissions lancées par les grands producteurs russes d’énergie, Gazprom et Lukoil.

Encadré 12.Stratégies d’investissement direct étranger en Hongrie et au Kazakstan

La Hongrie et le Kazakstan sont au nombre des économies qui ont le mieux réussi à attirer l’investissement direct étranger (IDE) durant la période 1991–96. De toutes les économies en transition, c’est la Hongrie qui a reçu les plus gros apports d’IDE tant en valeur absolue que par habitant; le montant cumulatif de 1.250 dollars par habitant est l’un des plus élevés du monde. Dans les pays de la CEI, le Kazakstan arrive en tête des bénéficiaires d’IDE par habitant, bien que le montant cumulatif de moins de 200 dollars soit faible comparé aux apports enregistrés par la plupart des pays d’Europe centrale et orientale et l’Estonie. Une analyse plus approfondie des flux d’IDE dans ces deux pays met aussi en lumière la structure de l’IDE dans les économies en transition en général, y compris les différences sensibles entre l’Europe de l’Est et les pays de la CEI à cet égard. En général, l’expérience de la Hongrie et du Kazakstan illustre à la fois à quel point la stabilisation et la réforme sont essentielles pour attirer l’IDE et combien les spécificités des pays peuvent aussi jouer un rôle important.

Le premier rang tenu par la Hongrie parmi les pays en transition qui ont attiré l’IDE tient au fait qu’elle a été prompte à engager le processus de transformation et qu’elle s’est résolument tournée vers l’extérieur. Elle a devancé les autres économies en transition en libéralisant les prix, le commerce extérieur et les prises de participations étrangères, et elle a mis en place un cadre juridique stable et transparent pour l’IDE dès le début de la transition, après avoir adopté une nouvelle loi sur l’investissement en 1988. Ayant déjà noué de solides relations avec des sociétés occidentales et rehaussé sa cote de crédit en honorant ses obligations de service de la dette, la Hongrie s’est donné pour politique de promouvoir la participation des investisseurs étrangers à l’économie intérieure. Le programme de privatisation de 1989, dans le cadre duquel de moyennes et grandes entreprises d’Etat ont été vendues à des investisseurs étrangers, a constitué l’un des piliers de cette politique d’ouverture sur l’extérieur et dopé les apports d’IDE qui ont fait un bond de 300 millions de dollars en 1990 à 2,3 milliards en 19931. À la suite d’un ralentissement des privatisations et des apports d’IDE en 1994, un programme révisé de privatisation a été adopté en mai 1995, en vue de vendre de grandes entreprises dans le secteur de l’énergie, le secteur financier et l’infrastructure à des investisseurs étrangers; en conséquence, environ 95 % du produit des privatisations en 1995 a été reçu en devises et l’IDE a culminé à plus de 4 millliards de dollars contre à peine plus de 1 milliard l’année précédente. Les sociétés à participation étrangère ont commencé à jouer dans l’économie hongroise un rôle semblable à celui qu’elles jouent dans les petits pays d’Europe occidentale. Ces entreprises représentent maintenant un élément très dynamique de l’économie en matière d’investissement et de production et sont à l’origine d’une bonne moitié des exportations du pays. D’après l’institut hongrois d’études sur les privatisations, à la fin de 1996, plus des deux tiers des 200 plus grandes entreprises du pays avaient des participations étrangères; les investisseurs étrangers détiennent des intérêts majoritaires dans des entreprises de services publics et le secteur bancaire.

L’expérience de la Hongrie illustre aussi la manière dont la répartition sectorielle et l’orientation de l’IDE évoluent à mesure des progrès du processus de transformation et d’intégration internationale. Au départ, l’IDE est surtout allé à l’industrie et était principalement motivé par le désir de prendre position sur un marché nouveau et en expansion2. À partir de 1994, les apports d’IDE dans d’autres secteurs que l’industrie ont pris de l’importance et la part des apports cumulatifs d’IDE allant à l’industrie qui représentait environ les deux-tiers à la mi-1993 a été ramenée à moins de la moitié à la fin de 1996. La diversification sectorielle s’est intensifiée après l’adoption du programme révisé de privatisation en 1995, en conséquence de quoi la part du secteur privé et des investisseurs étrangers dans le secteur de l’énergie, l’infrastructure, les télécommunications et les banques est maintenant plus importante en Hongrie que dans plusieurs pays d’Europe occidentale. L’IDE dans l’industrie est réorienté de projets axés sur le marché intérieur vers des projets qui développent la spécialisation interne des entreprises et le commerce extérieur. Le processus de privatisation touchant à sa fin, le réinvestissement des bénéfices et les projets d’investissement non liés aux privatisations prennent de plus en plus d’importance.

Le Kazakstan a suivi l’exemple de la Hongrie en mettant en place un cadre juridique pour l’investissement direct étranger au début de la transition et en ciblant son programme de privatisation des grandes entreprises sur les investisseurs étrangers, en particulier en cherchant à attirer des participations étrangères à l’exploitation des vastes ressources naturelles du pays. Les premières lois sur l’IDE sont entrées en application alors que le pays était encore en train d’accéder à l’indépendance, et le premier grand programme de privatisation, adopté en mars 1993, comportait d’ambitieux projets de vente à des investisseurs étrangers de 180 grandes entreprises concentrées dans les secteurs des matières premières et de l’industrie lourde. Mais au cours des deux années suivantes le fort accroissement escompté des apports d’IDE ne s’est pas matérialisé et la vente de grandes entreprises publiques à des investisseurs étrangers n’a guère progressé.

Un certain nombre de facteurs expliquent l’hésitation des étrangers à investir au Kazakstan durant les premières années de la transition. À cette époque, l’instabilité macroéconomique et les fréquents remaniements gouvernementaux étaient générateurs d’incertitude économique et politique. Cette incertitude était renforcée par les pratiques de la bureaucratie, la complexité et l’administration erratique des réglementations en matière de fiscalité et d’investissement et les modifications ad hoc des lois en vigueur et des dispositions contractuelles. Enfin, les procédures de vente des grandes entreprises à des investisseurs étrangers étaient complexes et l’évaluation de ces entreprises était compliquée par l’absence de normes comptables reconnues à l’échelle internationale3. Dans de telles circonstances, les investisseurs étaient peu désireux d’engager des montants substantiels de ressources financières, sauf dans un petit nombre de projets dans les secteurs du pétrole et du gaz, caractérisés par leur orientation à long terme, et dans l’industrie agro-alimentaire et celle du tabac où la position de premier partant confère des avantages importants.

À la fin de 1994, cherchant à attirer les compétences en matière de gestion et l’expertise technique des investisseurs étrangers tout en limitant leurs risques financiers, le gouvernement kazak a adopté une formule de contrat de gestion des grandes entreprises d’État, qui donnait à des sociétés étrangères le droit de gérer les entreprises pendant une durée définie. En contrepartie de primes ou de participation aux bénéfices, ou les deux, et dans la plupart des cas, du droit prioritaire d’acheter la majorité des actions de l’entreprise à la fin du contrat, les sociétés de gestion devaient régler d’emblée les arriérés des entreprises, procéder à la restructuration préalable à la privatisation ou réaliser des projets d’investissement spécifiés. À partir de la fin de 1994, une soixantaine des plus grandes entreprises du pays, dont la plupart des usines dans le secteur de l’industrie lourde, ont été mises sous contrat de gestion. En 1995, environ 40 % de l’IDE étaient absorbés par des entreprises sous gestion étrangère, et la part de ces entreprises dans les exportations totales était peut-être du même ordre qu’en Hongrie.

Les contrats de gestion au Kazakstan ont connu un succès mitigé. Ces contrats ont été souvent adjugés en l’absence de procédures concurrentielles, sur la base de dispositions juridiques vagues et incomplètes et sans mesures de précaution suffisantes contre des comportements opportunistes à courte vue; un certain nombre de contrats ont été annulés en raison de mauvaises performances. Mais d’un autre côté, ces contrats ont accru l’efficacité des opérations et des restructurations préparatoires aux privatisations dans un certain nombre de cas. Ils doivent donc être considérés comme une solution temporaire jusqu’à ce que l’incertitude se dissipe suffisamment pour que les investisseurs étrangers soient prêts à engager des ressources financières. En 1996, le suivi des contrats a été renforcé et les ventes directes de grandes entreprises se sont accélérées; à la fin de l’année, le gouvernement a cessé d’adjuger de nouveaux contrats. Au début de 1997, la plupart des grandes mines de métaux et fonderies, un certain nombre de mines de charbon, des entreprises d’exploitation pétrolière et des usines d’électricité, ainsi que l’énorme usine sidérurgique du pays avaient été vendues, en majeure partie à des investisseurs étrangers. Le gouvernement a aussi entrepris de vendre à des investisseurs étrangers une partie des infrastructures, des télécommunications et des services publics, suivant l’exemple du recentrage de la privatisation en Hongrie après 1995. Cependant, la situation géographique du Kazakstan fait sans doute de ce pays une destination moins attractive pour l’IDE dans les petites entreprises, sur lesquelles porte normalement la majorité des projets d’IDE. À la fin de 1996, le Kazakstan comptait moins de 3.000 sociétés à participation étrangère, contre environ 30.0 en Hongrie.

Une comparaison de la structure de l’IDE en Hongrie et au Kazakstan montre bien, que si l’existence d’un cadre juridique et une politique économique tournée vers l’extérieur sont des conditions nécessaires, elles ne sont toutefois pas suffisantes pour générer des apports massifs d’IDE. Ces apports sont freinés si la situation financière fait régner l’incertitude et si les lois et réglementations ne sont pas dûment appliquées. Dès lors qu’un environnement juridique et économique propice est en place, les pays en transition peuvent s’attendre à une progression constante de l’IDE dans de vastes pans de leur économie. Mais en même temps, le montant et la composition de l’IDE resteront sensibles à des facteurs tels que la situation géographique, la proximité de grands marchés, les ressources humaines et la dotation en ressources naturelles.

1 Pour une analyse de l’IDE pendant la période 1990–95. se reporter à Gâbor Hunya, «Foreign Direct Investment in Hungary: A Key Element of Economic Modernization», Institut de comparaison économique de Vienne, rapport n° 226 (février 1996).2 Les réponses à une enquête effectuée auprès des investisseurs témoignent de l’importance de l’accès aux marchés parmi les facteurs déterminants des premiers apports d’IDE en Hongrie. Voir Miklôs Szanyi, «Experiences with Foreign Direct Investment in Hungary»,Russian and East European Finance and Trade, volume 31 (mai-juin 1995), pages 6–30.3 SeIon une enquête effectuée en juin 1996 par l’international Tax and Investment Centre auprès de 46 investisseurs étrangers, les pratiques de la bureaucratie et le manque de transparence du cadre fiscal et réglementaire étaient considérés comme des obstacles majeurs à l’IDE au Kazakstan.

L’intégration des pays en transition aux marchés internationaux de capitaux est encore à ses débuts à de nombreux égards, nonobstant les progrès remarquables réalisés par les pays les plus avancés qui ont gagné accès à ces marchés et obtenu une amélioration des conditions qui leur sont consenties. Les apports de capitaux privés à ces pays sont restés relativement faibles. En 1996, l’investissement direct étranger dans les pays en transition ne représentait que 14 % du montant reçu par les pays d’Asie de l’Est et d’Amérique latine, tandis que les émissions obligataires internationales des pays en transition représentaient moins de 5 % des émissions lancées par les deux autres groupes de pays et les engagements de prêts consortiaux à moyen et à long terme moins de 15 %.

Par ailleurs, des progrès de nature plus qualitative sont également nécessaires à un certain nombre d’égards en ce qui concerne l’intégration financière. Premièrement, tandis que certains pays peuvent s’attendre à avoir accès aux financements privés lorsqu’ils auront rattrapé leur retard sur la voie de la stabilisation macroéconomique et des réformes structurelles, il est probable que certaines des plus petites économies d’Europe du Sud-Est, du Caucase et d’Asie centrale, à faible revenu et peu dotées en ressources naturelles, resteront tributaires des financements officiels pendant de longues années. Deuxièmement, les pays en transition doivent continuer à faire des progrès pour endiguer l’exode des capitaux et rétablir l’ordre dans les sorties de capitaux, lesquelles —dans la mesure où elles constituent des investissements légitimes à l’étranger par des résidents de ces pays —pourraient être pour les pays un moyen supplémentaire de tirer parti des effets bénéfiques de l’intégration financière internationale. La plupart des pays en transition ont enregistré des fuites de capitaux substantielles au cours des premières années de transformation. En Russie, par exemple, les excédents considérables des transactions courantes n’ont été que partiellement expliqués par l’augmentation déclarée des créances détenues sur des pays étrangers sous forme de titres de dette ou d’actions. Récemment, les sorties de capitaux légitimes ont commencé à prendre de l’ampleur. L’investissement direct à l’étranger en provenance des économies en transition, de la République tchèque et de la Russie dans les pays voisins en particulier, sont en augmentation, et la couronne tchèque, la couronne slovaque et la kuna croate ont été retenues comme monnaies de libellé d’euro-obligations. Troisièmement, les économies en transition doivent remédier aux faiblesses structurelles de leurs secteurs financiers pour que l’intégration puisse aller plus avant. Les techniques bancaires insuffisamment développées au plan international, les prêts improductifs, les réglementations inadéquates et les marchés d’actions illiquides et non transparents sont autant de facteurs qui s’opposent au développement de l’activité avec l’étranger108.

Initiatives d’intégration régionale

Tout en cherchant à s’intégrer davantage à l’économie mondiale, la plupart des économies en transition ont opté pour de nouvelles formes de coopération régionale. Outre un certain nombre de nouveaux accords et institutions à l’échelle régionale, deux grandes initiatives d’intégration sont en cours: 10 pays d’Europe centrale et orientale et de la région balte sont candidats à l’Union européenne, tandis que 12 nouveaux pays indépendants issus de l’ex-URSS s’emploient à développer la coopération économique et financière au sein de la CEI.

L’Union européenne a pris un certain nombre de mesures pour préparer son élargissement éventuel vers l’Europe centrale et orientale. Depuis 1991, elle a signé dix accords d’association, dits Accords européens, avec des pays en transition109. Aux termes de ces accords, les pays associés se sont engagés à adapter leur législation économique à celle de l’Union européenne, et les deux parties ont institué le libre-échange, bien qu’avec des exceptions notables dans certains secteurs comme ceux de l’acier, des textiles et de l’agriculture. Le Conseil européen réuni à Essen en décembre 1994 a décidé que les pays signataires des Accords européens pourraient être admis à devenir membres de l’Union, et il a défini la stratégie dite de préadhésion. Pour aider les pays associés à se préparer à l’intégration au marché unique, un livre blanc décrivant la marche à suivre a été diffusé et le programme Phare, initialement mis au point pour aider les pays d’Europe centrale et orientale à relever les défis des réformes structurelles, a été recentré sur l’intégration. Les négociations sur l’adhésion de ces pays pourraient être entamées dans les six mois suivant la conférence intergouvernementale qui se déroule actuellement. Les travaux de cette conférence portent sur la réforme du processus de décision de l’Union européenne et doivent être achevés au milieu de 1997.

L’élargissement de l’Union européenne vers l’est soulève un certain nombre de questions cruciales110. Premièrement, cet élargissement pourrait entraîner des coûts économiques et budgétaires importants et inégalement répartis à la fois pour les membres actuels et pour les pays associés; il serait sans doute nécessaire de procéder à une réforme des programmes de transferts par l’intermédiaire des fonds agricoles et structurels si ces programmes devaient être maintenus avec la pleine participation des nouveaux arrivants. Deuxièmement, l’élargissement de l’Union lance un défi au fonctionnement du marché unique, étant donné que les nouveaux membres ne seront peut-être pas en mesure d’appliquer intégralement la législation de base qui constitue l’acquis communautaire, ou d’opérer dans des conditions de pleine concurrence dans tous les secteurs. Troisièmement, l’adhésion d’un groupe de nouveaux pays dont le nombre pourrait aller jusqu’à dix, pourrait compliquer le processus de décision de l’Union et finir par nécessiter une réforme institutionnelle plus vaste que celle qui est actuellement envisagée dans le cadre de la conférence intergouvernementale. Quatrièmement, les pays candidats à l’Union pourraient aussi souhaiter participer au projet d’union monétaire; mais la fixation définitive des taux de change pourrait être particulièrement difficile pour ces pays, tant qu’ils continuent à procéder à des transformations structurelles rapides et profondes.

Nonobstant les incertitudes quant aux conditions et à la date d’adhésion des pays associés à l’Union européenne, la meilleure stratégie pour ces pays consiste à mobiliser leurs efforts en vue de se réintégrer progressivement à l’économie mondiale, notamment à l’Europe occidentale. Les mesures qu’ils doivent mettre en oeuvre pour continuer à progresser dans la transition vers une économie de marché et sur la voie de l’intégration internationale en général les aideront aussi à remplir les conditions requises pour adhérer à l’Union européenne.

* * *

Des décennies de planification centrale ont laissé en héritage aux économies en transition un système commercial emprunt de distorsions et des systèmes financiers inadéquats, largement coupés des flux de capitaux internationaux. Depuis le début de la transformation, ces économies ont fait des progrès considérables dans la réorientation de leurs échanges commerciaux et elles ont engagé le processus de réintégration aux marchés internationaux de capitaux. Ce processus, qui suppose de gagner la confiance des investisseurs et de mettre en place des infrastructures financières appropriées, sera long. Tandis que les pays d’Europe centrale et orientale les plus avancés dans la transition sont devenus des économies à marchés émergents, un certain nombre de pays moins avancés dans la transition ne font que commencer à se voir ouvrir l’accès aux marchés internationaux de capitaux. Les pays qui ont différé les efforts de stabilisation et de réforme ne peuvent toujours guère compter sur des apports appréciables de capitaux privés dans l’avenir proche.

L’expérience des premières années de la transition montre que les progrès dans cette voie sont en général clairement associés à une intégration croissante à l’économie mondiale et que les avancées sur ces deux fronts se reflètent dans les performances économiques au travers des taux de croissance et d’inflation. La question reste de savoir où la poursuite des progrès dans le processus de transformation mènera ces pays, et quel sera, à terme, leur rôle dans l’économie mondiale. L’aspiration première des pays en transition est d’améliorer leurs perspectives de croissance et de prospérité à long terme: alors que les économies d’Europe centrale et orientale aspirent à s’intégrer à l’Europe de l’Ouest et à atteindre le même niveau de vie, la Russie espère s’établir comme un acteur de premier plan sur la scène économique mondiale, et les pays du Caucase et de la région Caspienne visent à tirer parti des possibilités qu’offrent leurs vastes ressources énergétiques. Comme on l’a vu dans l’édition d’octobre 1996 desPerspectives de l’économie mondiale, les pays en transition ont la perspective de parvenir à des taux de croissance assez élevés dans le moyen terme, à condition qu’ils persévèrent dans l’application des politiques de stabilisation macroéconomique et des réformes structurelles, notamment en s’ouvrant sur l’économie mondiale. L’expansion des flux commerciaux et financiers internationaux sera indispensable pour générer la croissance qui permettra à ces pays de réaliser leurs aspirations.

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