Chapter

IV. La mondialisation et ses possibilités pour les pays en développement

Author(s):
International Monetary Fund. Research Dept.
Published Date:
May 1997
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Á partir du milieu des années 80, la mondialisation de l’économie s’est accélérée considérablement. Le commerce mondial a augmenté à un taux presque deux fois plus élevé que le PIB mondial, les marchés de capitaux de nombreux pays ont connu une libéralisation rapide et le rythme des entrées de capitaux s’est accru dans beaucoup de pays en développement. D’évidence, les bienfaits de la mondialisation ont été énormes pour certaines économies. Avec la présente édition desPerspectives de l’économie mondiale, la Corée, Hong Kong, Singapour et la province chinoise de Taiwan (de même qu’Israël) passent du groupe des pays en développement au nouveau groupe des économies avancées; leur cas illustre de manière frappante les résultats extrêmement positifs que permettent d’obtenir des politiques tirant parti des courants que l’on vient d’évoquer. Mais, plus généralement, quel est l’impact des forces de la mondialisation sur les résultats et les orientations de la politique économique des pays en développement? Tous les pays bénéficient-ils également de l’amplification des flux commerciaux et de l’existence de marchés de capitaux plus libéraux, ou certaines économies sont-elles mieux placées que d’autres à cet égard? Qu’implique le resserrement des échanges commerciaux et des liens financiers pour ce qui est de la convergence des revenus des divers pays? Voit-on d’autres groupes de pays en développement suivre le chemin des économies d’Asie qui ont réussi? Existe-t-il des politiques économiques susceptibles d’aider les pays à bénéficier de la mondialisation, à améliorer leurs résultats économiques et à réduire les risques de marginalisation? Tels sont les points essentiels dont va traiter le présent chapitre.

Le chapitre commence par une analyse des mutations qui sont en train de se produire dans les pays en développement à mesure que progresse la mondialisation de l’économie —sur les plans du commerce, des marchés de capitaux et des flux migratoires. Nous dégagerons ensuite les caractéristiques de la croissance économique en vue de déterminer jusqu’à quel point les revenus par habitant de ces pays se sont rapprochés de ceux des économies avancées. Dans de nombreux pays en développement, le niveau de vie a nettement progressé et le revenu réel moyen par habitant a grosso modo doublé au cours des trente dernières années. Pourtant, comme cette progression moyenne n’est pas supérieure à celle des économies avancées, l’on ne constate pas de convergence des revenus moyens par habitant des deux groupes de pays; de fait, si l’on raisonne en valeur absolue, l’écart moyen s’est creusé. En outre, les faits d’expérience présentés ci-après tendent à témoigner d’une polarisation grandissante dans le monde en développement: les pays très performants, comme le Chili, la Malaisie et la Thaïlande, ont vu leur revenu par habitant se rapprocher à un niveau fort rapide de celui des économies avancées, mais le retard de nombreux pays pauvres s’est creusé davantage. Les raisons de cette évolution autour de deux pôles et les facteurs liés à l’accélération de la croissance et à la convergence feront ensuite l’objet d’une analyse.

L’un des grands enseignements qui semble se dégager, c’est que les courants de la mondialisation contribuent, en particulier depuis une dizaine d’années, à amplifier les avantages des bonnes politiques et les coûts des mauvaises. Les pays qui se joignent au mouvement de mondialisation et qui adhèrent aux réformes nécessaires à cette fin, en libéralisant les marchés et en pratiquant la discipline macroéconomique, ont de bonnes chances de s’engager sur la voie de la convergence avec les économies avancées, comme l’ont déjà fait les nouvelles économies industrielles (NEI) performantes d’Asie. Ils peuvent s’attendre à recueillir les fruits du commerce international, à accroître leur part des marchés mondiaux et à se voir de plus en plus récompensés par une expansion des entrées de capitaux privés. Les pays qui n’adoptent pas de telles politiques risquent fort de voir diminuer leur part du commerce mondial et des apports de capitaux privés et d’être distancés par d’autres pays.

Nous examinerons ensuite les conditions qui semblent nécessaires et suffisantes pour que se produise une accélération du revenu par habitant. Une conclusion principale s’en dégage —l’importance de la complémentarité des politiques. Il ne suffit pas de mener l’action sur un seul front, par exemple l’ouverture du commerce extérieur. Il faut surtout mettre en oeuvre un ensemble de mesures et de réformes qui se renforcent mutuellement. Dans la dernière partie du chapitre, nous examinerons le cas des pays qui semblent menacés par la marginalisation, et nous esquisserons les politiques qui pourraient aider ces pays à se placer sur des sentiers de croissance plus forte et de convergence ultérieure avec les pays plus performants.

Les facteurs d’intégration

La transformation des relations commerciales

La participation accrue des pays en développement représente l’un des traits saillants de l’expansion du commerce et des flux de capitaux observée dans le monde au cours des dix dernières années. Ces pays ont non seulement porté leur part du commerce mondial de 23 % en 1985 à 29 % en 1995, ils ont aussi resserré et diversifié leurs relations commerciales. Entre 1985 et 1995, le commerce entre pays en développement est passé de 31 % à 37 % du total de leurs échanges commerciaux et la part des produits manufacturés dans leurs exportations de 47 % à 83 %, l’augmentation traduisant dans le second cas l’industrialisation en cours dans ces pays (tableau 16). Cette évolution globale encourageante dissimule toutefois de fortes disparités entre les pays (graphique 33). Sauf en Asie et dans quelques pays d’Amérique latine, l’intégration à l’économie mondiale a été plutôt lente. En Afrique, la part du commerce mondial a fléchi constamment à partir de la fin des années 60, tandis que dans les principaux pays pétroliers, elle s’est contractée de manière spectaculaire depuis que les recettes et les prix du pétrole ont culminé au début des années 80.

Tableau 16.Économies avancées et pays en développement, y compris les nouvelles économies industrielles (NEI): diversification des exportations(En pourcentage des importations ou des exportations de marchandises)
Économies avancées

(NEI non comprises)
Pays en développement

et NEI
ImportationsExportationsImportationsExportations
197519851995197519851995197519851995197519851995
Produits primaires autres que les combustibles10,26,85,27,15,64,25,76,15,010,17,45,7
Combustibles26,022,48,45,98,93,815,919,97,261,445.411,2
Produits manufacturés63,870,886,487,085,592.078,474,087.828,247.283,0

Graphique 33.Pays en développement et nouvelles économies industrielles (NEI) d’Asie: commerce extérieur1

(En pourcentage du total du commerce mondial)

Alors que la part des exportations mondiales des NEI d’Asie et celle des économies en voie d’industrialisation rapide se sont accrues au cours des dix dernières années, celles de la plupart des autres régions en développement sont restées à peu près stables ou ont diminué.

1 À l’exclusion de Chypre et de Malte.

2 À l’exclusion de l’Iraq.

3 À l’exclusion des principaux pays exportateurs de pétrole.

4 Chili, Indonésie, Malaisie et Thaïlande.

5 À l’exclusion des NEI d’Asie, de la Malaisie, de l’Indonésie et de la Thaïlande.

6 À l’exclusion des principaux pays exportateurs de pétrole et du Chili.

L’expansion, la diversification et le resserrement des relations commerciales des pays en développement résultent dans une grande mesure du remaniement des dispositions régissant le commerce international et les changes. Le protectionnisme et la substitution aux importations pratiqués au moyen de mesures étatiques de repli sur l’intérieur ont cédé de plus en plus de terrain à des politiques d’ouverture grandissante sur l’extérieur; le commerce international et les changes ont été libéralisés, les entraves tarifaires et non tarifaires étant réduites sensiblement. D’après la définition assez stricte du degré d’ouverture retenue dans une étude, 33 pays en développement dont le commerce extérieur était relativement fermé ont adopté une politique d’ouverture entre 1985 et 199553. En outre, de nombreux pays en développement se sont engagés à continuer de desserrer les entraves tarifaires et non tarifaires dans le contexte multilatéral du Cycle de l’Uruguay. La participation des pays en développement aux accords régionaux de commerce, qui peuvent comporter des risques de détournement de flux commerciaux aussi bien que présenter l’avantage de créer de nouveaux courants, s’est aussi accrue depuis une dizaine d’années54.

Le renforcement des liens entre les marchés de capitaux

Les pays en développement s’intègrent aussi de plus en plus au système financier mondial. L’apport net de capitaux privés au monde en développement (non compris les NEI d’Asie) s’est chiffré en moyenne à quelque 150 milliards de dollars par an entre 1993 et 1996 et il a presque atteint cette dernière année le niveau de 200 milliards de dollars, soit près du sextuple du chiffre annuel moyen observé entre 1983 et 1989. De fait, en 1996, l’apport de capitaux à un seul pays —la Chine —a été plus élevé qu’il ne l’avait été à une date aussi récente que 1989 pour tous les pays en développement. Si l’on se réfère au PIB, les entrées de capitaux ont approximativement doublé entre 1985 et 1996. À la différence des années 70 et du début des années 80, époque durant laquelle la majeure partie des apports de capitaux consistait en prêts bancaires, ce sont les titres de participation et les investissements de portefeuille qui ont représenté l’essentiel des entrées ces dernières années (graphique 34). Rapportés au PIB des pays en développement, les flux de capitaux privés de ce type sont passés d’un minimum de ½% en 1983—89 à un montant compris entre 2 et 4 % au cours de chacune des années de la période 1994–96. La plus forte expansion a été le fait de l’investissement direct étranger, qui a afflué en très grande partie dans les pays à marchés émergents dont l’expansion économique a été relativement rapide. Toujours par rapport au PIB, l’apport net de capitaux privés a été presque deux fois plus élevé en Asie qu’en Afrique entre 1990 et 1996 (graphique 35). La libéralisation des marchés de capitaux des pays à l’origine ou à l’arrivée des flux a contribué à stimuler cette intégration grandissante des marchés. Les pays en développement performants ont de plus en plus levé les contrôles visant les mouvements internationaux de capitaux, en particulier les entrées, et supprimé les restrictions aux paiements au titre des transactions courantes. Le nombre de pays en développement qui ont accepté les obligations de l’article VIII des statuts du FMI relatives à la convertibilité de leur monnaie aux fins des transactions courantes est passé de 41 en 1985 à 99 aujourd’hui. La Chine ayant adopté le régime de l’article VIII à la fin de 1996, la proportion du commerce des pays en développement qui s’effectue dans des conditions de convertibilité aux fins des transactions courantes approche de 70 % en 1997, contre environ 30 % en 1985 (graphique 36). Des taux de croissance impressionnants et la plus grande stabilité macroéconomique dans de nombreux pays en développement, en particulier les économies à marchés émergents, ont eux aussi facilité l’intégration des marchés de capitaux en les rendant plus attrayants aux yeux des investisseurs d’économies avancées soucieux de diversifier leur portefeuille.

Graphique 34.Pays en développement: apport net de capitaux privés1

(En pourcentage du PIB)

D’une manière générale, les apports de capitaux aux pays en développement se sont redressés vivement dans les années 90, alors qu’ils s’étaient situés à de bas niveaux dans les années 80.

L’impulsion déterminante est venue des investissements directs.

1À l’exclusion des principaux pays exportateurs de pétrole. En raison de leur caractère partiel, ces données peuvent comprendre des capitaux privés. Les données pour 1994 ne comprennent pas le Brésil.

Graphique 35.Pays en développement: apport net de capitaux privés, 1990–961

(En moyenne annuelle et en milliards de dollars E.U.)

En pourcentage du PIB, les apports de capitaux en Asie ont été deux fois plus élevés qu’en Afrique.

1À l’exclusion du Brésil en 1994.

2Afrique du Sud, Argentine, Brésil, Chili, Chine, Colombie, Inde, Indonésie, Malaisie, Mexique, Pakistan. Pérou, Philippines, Thaïlande, Turquie et Venezuela.

3Afghanistan, Bangladesh, Bénin, Bhoutan, Botswana, Burkina Faso. Burundi, Cambodge, Cap-Vert, Comores. Djibouti. Ethiopie, Gambie, Guinée. Guinée-Bissau, Guinée équatoriale, Haïti, IIes Salomon, Kiribati. Lesotho, Libéria. Madagascar, Malawi, Maldives, Mali. Mauritanie, Mozambique. Myanmar. Népal. Niger. Ouganda, République Centrafricaine, République démocratique populaire lao, Rwanda, Samoa-Occidental, Sâo Tomé-et-Principe, Sierra Leone, Somalie, Soudan, Tanzanie, Tchad, Togo, Vanuatu, République du Yémen. Zaïre et Zambie.

Graphique 36.Économies avancées, en développement et en transition: convertibilité aux fins des transactions courantes1

(En pourcentage)

La libéralisation des régimes de change des pays en développement s’est accélérée ces dernières années.

1 Pourcentage des économies avancées, en développement et en transition qui ont accepté le régime de l’article VIII des statuts du FMI; la valeur attribuée à chaque économie est pondérée en fonction de sa part des exportations totales de son groupe entre 1990 et 1995. Au 31 mars 1997, 138 pays avaient accepté ce régime.

L’évolution de l’emploi et des salaires relatifs

Comme on l’a vu au chapitre III, l’évolution relative de l’emploi et des salaires des travailleurs qualifiés et non qualifiés des économies avancées ne semble pas avoir été étroitement liée à l’accroissement des échanges commerciaux ou de la mobilité du capital. Les études imputent plutôt la majeure partie du fléchissement de l’emploi ou des salaires relatifs des travailleurs non qualifiés des économies avancées à un processus naturel allant de pair avec la maturation économique. Le développement économique a donné lieu le plus souvent à des transferts de ressources et de production du secteur agricole aux activités manufacturières à coefficient de main-d’oeuvre non qualifiée élevé, aux services et aux activités manufacturières à forte valeur ajoutée. Par conséquent, la déperdition d’emploi constatée dans le secteur manufacturier semble tenir dans une grande mesure au progrès technologique et à l’intensification du capital, plutôt qu’aux courants commerciaux internationaux55. Si les économies avancées jouissent de marchés du travail flexibles et de bons mécanismes d’ajustement, on peut penser qu’il est naturel et hautement conforme à leurs intérêts qu’elles effectuent des transferts de production sur des secteurs dont la valeur ajoutée unitaire dépasse le faible niveau de celle des activités manufacturières.

Des forces analogues sont aussi en jeu dans les pays en développement. Nombre de ceux qui se sont intégrés à l’économie mondiale ont constaté, par exemple, que leur main-d’oeuvre très qualifiée passait aux secteurs produisant des biens commercialisables, tandis que les travailleurs non qualifiés se tournaient vers les autres secteurs, par exemple les transports ou le bâtiment et les travaux publics56. Cette évolution pourrait entraîner une augmentation temporaire du chômage tandis que ces économies s’ajustent pour satisfaire aux exigences d’une intégration plus étroite aux marchés mondiaux. La progression des revenus des pays en développement a contribué à l’expansion des débouchés de certaines productions à forte valeur ajoutée des pays industrialisés. On peut donc prévoir que les progrès de l’intégration et l’expansion du commerce Nord-Sud entraîneront un accroissement de la prospérité dans les économies avancées aussi bien que dans les pays en développement à mesure qu’augmentera la part des biens et des services à valeur ajoutée plus forte dans les deux groupes de pays. Dans les économies avancées, l’emploi peut se maintenir à des niveaux élevés parallèlement à l’augmentation de la demande de services, sous réserve que les marchés du travail soient flexibles, et il peut augmenter dans les pays en développement à mesure que la main-d’oeuvre passera du secteur informel au secteur formel. Cependant, les pressions technologiques qui tendent à faire baisser les revenus relatifs de certaines catégories de travailleurs non qualifiés des deux groupes de pays doivent être identifiées et il convient d’y remédier au moyen de mesures relevant de domaines tels que la protection sociale, l’éducation et la formation57.

L’évolution des flux migratoires

Les mouvements migratoires internationaux se sont aussi accrus à mesure que l’économie mondiale est devenue plus intégrée, mais ces flux restent relativement faibles. Entre 1965 et 1990, le nombre de personnes vivant dans un pays où elles n’étaient pas nées est passé de 75 millions à environ 120 millions. Entre 1965 et 1990, la part de la population active mondiale d’origine étrangère s’est accrue d’environ la moitié. Bien que les mouvements migratoires se fassent dans une grande mesure d’un pays en développement à un autre, les flux des pays en développement vers les pays industrialisés sont ceux qui se sont le plus accrus durant les vingt dernières années. Dès lors que les revenus augmentent dans les pays pauvres et que le rapport de salaire entre une économie avancée recevant des émigrants et un pays pauvre dont le flux migratoire est négatif tombe à moins de quatre pour un environ —les migrations vers les économies avancées tendent à fléchir58.

Il est à peu près certain que les flux de main-d’oeuvre auraient été plus importants si le commerce international n’avait pas connu l’expansion que l’on vient de décrire. Etudiant la relation entre les migrations et le commerce, certains chercheurs ont signalé que ce dernier contribue à l’établissement de contacts, de réseaux d’information et de circuits qui peuvent entraîner un gonflement temporaire des flux migratoires des pays pauvres vers les pays riches dans le court et le moyen terme59. À plus long terme, toutefois, le gonflement disparaît: le commerce se substitue au transfert physique de capital et de main-d’oeuvre.

La libre circulation des facteurs, y compris la main-d’oeuvre, présente de nombreux avantages économiques, le principal étant qu’elle facilite la maximisation de la production mondiale en promouvant l’efficience aussi bien dans les pays fournisseurs de main-d’oeuvre que dans ceux qui l’accueillent. Les pays où arrivent les travailleurs émigrants verront certains goulets d’étranglement se desserrer, ce qui peut faire tomber les tensions inflationnistes, tandis que l’offre globale est accrue. Les pays qui reçoivent des cadres d’entreprise ou des experts techniques venant de l’étranger pour contribuer à la création ou à la gestion d’entreprises constateront probablement que la productivité de ces entreprises s’améliore. Il est probable que les pays exportateurs de main-d’oeuvre recevront des ressources étrangères sous la forme de rapatriement de fonds des travailleurs émigrés, dont le total mondial a été estimé à plus de 70 milliards de dollars par une étude portant sur 1995, ou d’autres apports60. Ces entrées de ressources étrangères ont été particulièrement importantes pour certains pays, dont le Bangladesh, le Pakistan et les Philippines. En outre, il est possible que les travailleurs venus de ces pays acquièrent à l’étranger des compétences qui seront précieuses pour l’économie intérieure lorsqu’ils rentreront chez eux.

Ces mouvements migratoires n’en provoquent pas moins des inquiétudes dans les deux types de pays considérés. Ceux qui reçoivent des travailleurs craignent, par exemple, que l’entrée de main-d’oeuvre non qualifiée ne fasse baisser les salaires ou ne réduise les possibilités d’emploi des travailleurs nationaux non qualifiés, ou n’ait ces deux effets à la fois. Toutefois, comme on l’a indiqué, l’innovation technique joue vraisemblablement un plus grand rôle, du fait de la recomposition de la demande de main-d’oeuvre et de la désindustrialisation. Pour leur part, les pays exportateurs de main-d’oeuvre s’inquiètent souvent de ce que la perte de capital humain, et en particulier de main-d’oeuvre qualifiée —notamment «l’exode des cerveaux» —, ne soit pas compensée par les virements de fonds des travailleurs à l’étranger, une partie substantielle des salaires de la main-d’oeuvre étrangère n’étant pas rapatriée ou étant investie dans le pays sous la forme d’actifs improductifs, par exemple de biens immobiliers61.

En ce qui concerne les tendances futures probables des flux migratoires, les facteurs économiques qui peuvent inciter les individus à émigrer, y compris l’écart grandissant entre les revenus par habitant des pays prospères et ceux des autres pays, sembleraient indiquer qu’une augmentation substantielle du nombre des candidats au départ est probable. En revanche, les pressions à la baisse sur les bas salaires dans les économies avancées et la tendance au resserrement des politiques d’immigration de nombreux pays pourraient jouer dans le sens d’une limitation des flux migratoires aussi bien légaux que clandestins.

Conséquences pour la structure et la convergence des revenus relatifs

Quel a été l’impact de ces courants intégrationnistes sur les taux de croissance et le niveau des revenus relatifs? Si l’on raisonne en valeur absolue, les niveaux de vie qu’expriment les revenus réels par habitant ont fortement progressé au cours des trente dernières années dans la plupart des pays en développement. C’est ce que montre le graphique 37, où les variations du revenu réel par habitant en valeur absolue sont présentées en pourcentage de la moyenne pour 1995 des pays industrialisés. Même si l’on fait abstraction des NEI d’Asie performantes, l’ensemble des pays en développement a plus que doublé son revenu réel par habitant entre 1965 et 1995, évolution parallèle à celle des pays industrialisés. Au cours de cette période, les avancées économiques ont été substantielles dans la plupart des pays en développement et les progrès ont été tout à fait spectaculaires dans certains cas. Ainsi, en Corée, le revenu par habitant a presque décuplé entre 1965 et 1995, tandis qu’il a quintuplé en Thaïlande et quadruplé en Malaisie. Dans les pays en développement de l’Hémisphère occidental, le revenu moyen par habitant a doublé entre 1965 et 1980 puis il a stagné les 15 années suivantes, période qui a été en grande partie dominée par la crise de la dette et ses séquelles.

Graphique 37.Pays en développement et NEI d’Asie: revenu réel par habitant1

(En pourcentage du PIB par habitant des pays industrialisés (1995); sur la base de la parité des pouvoirs d’achat)

Le revenu par habitant a augmenté dans la plupart des groupes de pays en développement depuis 1965, mais les progrès sont loin d’être uniformes.

1À l’exclusion de Chypre et de Malte.

2À l’exclusion des principaux pays exportateurs de pétrole.

3Chili, Indonésie, Malaisie et Thaïlande.

4À l’exclusion des principaux pays exportateurs de pétrole et du Chili.

5À l’exclusion de l’Iraq.

6À l’exclusion des NEI d’Asie, de la Chine, de l’Indonésie, de la Malaisie et de la Thaïlande.

Si les cas de réussite économique montrent bien que les niveaux de vie peuvent être améliorés de manière spectaculaire, de nombreux pays ne parviennent malheureusement pas à concrétiser leur potentiel: la plupart des pays en développement ne sont pas arrivés à réduire l’écart qui sépare leur revenu par habitant de celui des pays industrialisés (graphique 38). De fait, l’Asie est la seule grande région qui ait amélioré sa position de manière significative, en ce sens que le niveau de vie de la population s’est nettement rapproché de celui des pays industrialisés. Dans les quatre NEI d’Asie, le revenu par habitant est passé entre 1965 et 1995 de 18 à 66 % de celui des pays industrialisés. D’autres économies d’Asie ont aussi réduit cet écart, tout particulièrement de 1985 à 1995. Par contre, dans trois régions (Hémisphère occidental, Moyen-Orient et Afrique du Nord, et Afrique), les écarts se sont creusés depuis 1965 et en particulier depuis le milieu des années 70. Ainsi, les pays de l’Hémisphère occidental, dont le revenu moyen par habitant était presque le double de celui des NEI en 1965, ont vu la différence entre leur revenu et celui des pays industrialisés s’élargir progressivement après la crise de la dette des années 80. En Afrique, le revenu moyen par habitant est tombé entre 1965 et 1995 de 14 à 7 % seulement de celui des pays industrialisés. En gros, l’Afrique et l’Asie ont échangé leur position au cours de cette période de 30 ans. Cette évolution régionale des revenus semble avoir suivi un cours parallèle à celui de l’intégration exprimée de manière approximative, par exemple en fonction des parts du commerce mondial (graphique 33).

Graphique 38.Pays en développement et NEI d’Asie: performances économiques comparées1

(En pourcentage du PIB actuel par habitant des pays industrialisés; sur la base de la parité des pouvoirs d’achat)

À l’exception des NEI d’Asie, de la Chine et de quatre pays en voie d’industrialisation, la plupart des groupes de pays n’ont pas vu leur revenu par habitant converger sur celui des pays industrialisés.

1À l’exclusion de Chypre et de Malte.

2À l’exclusion de l’Iraq.

3A l’exclusion des principaux pays exportateurs de pétrc et du Chili.

4A l’exclusion des principaux pays exportateurs de pétrole.

5Chili, Indonésie, Malaisie et Thaïlande.

6À l’exclusion des NEI d’Asie, de la Chine, de l’Indonési de la Malaisie et de la Thaïlande.

En outre, les pays en développement ont vu leur progression dans la hiérarchie internationale des revenus moyens par habitant se ralentir très nettement, et ils ont eu de plus en plus tendance à se polariser en deux groupes: les pays à revenu élevé et les pays à revenu faible. Si l’on utilise la moyenne des revenus par habitant observée chaque année dans les pays en développement pour définir cinq tranches de revenu —le quintile inférieur rassemblant les revenus moyens compris entre 0 et 20 % du revenu du pays en développement le plus riche, le quintile suivant la fourchette de 20 à 40 %, etc. —, une évolution intéressante se dégage. Sur les 108 pays en développement non pétroliers pour lesquels on dispose de données, 52 se trouvaient dans le quintile inférieur en 1965, mais le nombre était passé à 84 en 1995 (tableau 17). En revanche, le nombre des pays en développement regroupés dans les catégories intermédiaires a fléchi rapidement: en 1965, 49 se situaient dans les deuxième et troisième quintiles (de 20 à 60 % du niveau de revenu du pays en développement le plus riche), mais ce nombre a fléchi de manière spectaculaire puisqu’il n’était plus que de 21 en 199562. Pour schématiser l’évolution au cours des trente dernières années de la grande majorité —84 sur 108 —des pays en développement, on peut dire qu’ils sont soit restés dans le quintile le plus bas, soit tombés dans ce quintile alors qu’ils se trouvaient auparavant dans une position relativement meilleure. En outre, les pays des catégories intermédiaires sont à présent moins nombreux et la «mobilité à la hausse» des pays semble avoir diminué au fil des années. Alors qu’entre 1965 et 1975, les pays avaient eu plutôt tendance à passer dans des catégories supérieures de revenu moyen par habitant et à progresser par rapport aux économies avancées, il semble que les facteurs de polarisation se soient renforcés à partir du début des années 80.

Tableau 17.Pays en développement et nouvelles économies industrielles d’Asie: renforcement de la polarisation et diminution de la mobilité des revenus relatifs1(Revenu par habitant exprimé à parité des pouvoirs d’achat, réparti en quintiles) Les pays qui se trouvaient au départ dans le quintile de revenu le plus bas sont généralement restés dans ce quintile.
1965–75
Position finale dans la répartition

des revenus de 19752
Nombre de

pays
1er2e3e4e5e
Position relative initiale dans la réparti ton des revenus de 1965Premier46652
Deuxième423734
Troisième76215
Quatrième22
Cinquième145
Nombre de pays50291478108
1975–85
Position finale dans la répartition

des revenus de 1985’
Nombre de

pays
1er2e3e4e5e
Position relative initiale dans la répartition des revenus de 1975Premier5050
Deuxième20929
Troisième111214
Quatrième527
Cinquième628
Nombre de pays71251002108
1985–95
Position finale dans la répartition

des revenus de 19952
Nombre de

pays
1er2e3e4e5e
Position relative initiale dans la répartition des revenus de 1985Premier7171
Deuxième1311125
Troisième63110
Quatrième0
Cinquième22
Nombre de pays8417412108
1965–95
Position finale dans la répartition

des revenus de 19952
Nombre de

pays
1er2e3e4e5e
Position relative initiale dans la répartition des revenus de 1965Premier501152
Deuxième276134
Troisième761115
Quatrième112
Cinquième325
Nombre de pays8417412108

À l’exclusion des principaux pays exportateurs de pétrole, de Malte et Chypre.

Le chiffre indiqué dans chaque cellule est le nombre de pays dont la position relative pour l’année initiale et pour l’année finale se situait dans la tranche de revenu correspondant à la ligne et à la colonne de cette cellule. Ainsi, pour la période 1965–95, les chiffres de la première ligne montrent que sur 52 pays qui se trouvaient dans le quintile le plus bas en 1965, 50 se trouvaient encore en 1995 dans ce même quintile, tandis qu’un pays était passé au deuxième quintile et un autre au troisième quintile. De même, les nombres de la première colonne montrent que sur les 84 pays qui se trouvaient dans le quintile le plus bas en 1995, 50 se trouvaient dans ce même quintile, tandis que 27 et 7 étaient passés respectivement au deuxième et au troisième quintiles, de la répartition de 1965. On trouvera une analyse identique dans V.V. Chari. Patrick J. Kehoe et Ellen R. McGratten,The Poverty of Nations: A Quantitative Exploration, rapport des services du FMI n° 204, Federal Reserve Bank of Minneapolis (janvier 1996).

À l’exclusion des principaux pays exportateurs de pétrole, de Malte et Chypre.

Le chiffre indiqué dans chaque cellule est le nombre de pays dont la position relative pour l’année initiale et pour l’année finale se situait dans la tranche de revenu correspondant à la ligne et à la colonne de cette cellule. Ainsi, pour la période 1965–95, les chiffres de la première ligne montrent que sur 52 pays qui se trouvaient dans le quintile le plus bas en 1965, 50 se trouvaient encore en 1995 dans ce même quintile, tandis qu’un pays était passé au deuxième quintile et un autre au troisième quintile. De même, les nombres de la première colonne montrent que sur les 84 pays qui se trouvaient dans le quintile le plus bas en 1995, 50 se trouvaient dans ce même quintile, tandis que 27 et 7 étaient passés respectivement au deuxième et au troisième quintiles, de la répartition de 1965. On trouvera une analyse identique dans V.V. Chari. Patrick J. Kehoe et Ellen R. McGratten,The Poverty of Nations: A Quantitative Exploration, rapport des services du FMI n° 204, Federal Reserve Bank of Minneapolis (janvier 1996).

Pour qu’il y ait convergence, il faut que le revenu par habitant des pays pauvres augmente plus vite que celui des pays riches. Étant donné les tendances que l’on vient de décrire, il n’est pas surprenant de ne guère constater au cours des récentes décennies de signes d’une telle convergence des revenus entre les pays en développement et les économies avancées. Le graphique 39 présente la dispersion des taux d’augmentation des revenus moyens par habitant entre 1965 et 1995 par rapport aux niveaux initiaux (1965) des pays avancés et des pays en développement. Si les revenus de ces derniers avaient eu tendance à converger vers une certaine moyenne mondiale, il n’y aurait guère de points dans les quarts nord-est et sud-ouest —les pays les plus riches ne progresseraient pas plus rapidement, ni les pays les plus pauvres moins rapidement, que la moyenne. Cependant, comme le diagramme le montre bien, une telle tendance à la convergence ne s’est pas produite. Même si l’on exclut du diagramme les économies avancées, afin de déterminer s’il y a eu convergence seulement entre les pays en développement et les NEI, aucune tendance de ce type ne se dégage (graphique 40).

Graphique 39.Économies avancées et pays en développement: convergence des revenus par habitant, 1965–951

(Sur la base de la parité des pouvoirs d’achat)

Le fait que de nombreuses économies se trouvent dans le quadrant sud-ouest du graphique (revenus par habitant inférieurs à la moyenne en 1965 et croissance plus lente de 1965 à 1995) témoigne de l’absence de convergence.

1À l’exclusion de l’Iraq, du Koweït, du Liban et du Qatar. En pourcentage du revenu par habitant (1995) des pays industrialisés. Une condition nécessaire de la convergence est la concentration des économies dans les quadrants nord-ouest et sud-est.

Graphique 40.Pays en développement et NEI d’Asie: convergence des revenus absolus, 1965–951

(Sur la base de la parité des pouvoirs d’achat)

Même si la comparaison se borne aux pays en développement et aux nouvelles économies industrielles, on ne constate aucun signe de convergence au cours de la période 1965–95.

1À l’exclusion de Chypre, du Liban, de Malte et des pays exportateurs de pétrole. En pourcentage du revenu par habitant (1995) des pays industrialisés. Une condition nécessaire de la convergence est la concentration des pays dans les quadrants nord-ouest et sud-est.

Cette absence de convergence internationale des revenus peut sembler surprenante. En effet, il y a de nombreuses raisons de s’attendre à un rétrécissement des écarts, en particulier dans une économie mondiale plus ouverte et intégrée. En premier lieu, étant donné l’ampleur de l’écart technologique qui sépare les économies avancées des pays en développement, ces derniers devraient voir se présenter à eux de grandes possibilités de rattrapage dans ce domaine. Grâce à l’ouverture du commerce international et à la libéralisation des marchés de capitaux, les pays les plus pauvres devraient être en mesure de bénéficier de retombées technologiques, notamment sous la forme des connaissances incorporées dans les biens d’équipements importés. En second lieu, les ratios capital/main-d’oeuvre des pays en développement sont inférieurs à ceux des économies avancées et, toutes autres choses étant égales, on pourrait penser que cette pénurie relative de capital se traduirait notamment par une rentabilité de l’investissement plus forte dans les pays en développement que dans les économies avancées. Étant donné que les capitaux peuvent circuler librement de par le monde à la recherche des rendements les plus élevés, il y a des raisons d’escompter qu’ils se dirigeront de plus en plus vers les pays en développement où ils peuvent contribuer à stimuler la progression des revenus. Ces facteurs devraient être favorables à la productivité et à la croissance des revenus dans les pays en développement et, partant, accroître les chances de convergence.

Par conséquent, étant donné les faits d’expérience disponibles, qu’en est-il de la convergence des revenus? Les données semblent indiquer que les revenus par habitant des pays ont tendance à converger à long terme vers des niveaux déterminés par les politiques économiques et les ressources nationales. Les comparaisons de la croissance des divers pays font apparaître un certain nombre de facteurs qui contribuent d’une manière positive et importante à renforcer le potentiel d’augmentation à long terme du revenu par habitant. Il s’agit notamment des qualifications de la population active, de l’absence de distorsions qui influent sur les décisions d’investissement, du degré d’ouverture de l’économie, de la stabilité macroéconomique et de l’absence d’agitation politique et de troubles civils. De ce fait, le taux de convergence d’un pays sera fonction de ces facteurs et de l’écart entre le niveau initial et le niveau potentiel de revenu. Plus l’écart sera ample, plus rapide sera la croissance économique, mais plus de temps il faudra pour qu’il y ait convergence63. Dans le cas de la Chine, il faudrait quelque 16 années pour que se réduise de moitié l’écart actuel de revenu avec les économies avancées si le pays maintient le taux de croissance réelle par habitant de 10 % qu’il a enregistré ces dernières années (tableau 18). Par contre, au Chili, bien que l’expansion ait été inférieure à la moitié de celle de la Chine, le retard sur les économies avancées serait réduit de moitié en dix ans seulement si le taux récent est maintenu, car le niveau actuel de revenu est plus élevé. Ce que font ressortir ces deux exemples, c’est que si les niveaux de revenu de la plupart des pays en développement ne convergent pas vers ceux des économies avancées, l’on constate dans un certain nombre de cas que les politiques économiques et la situation générale sont extrêmement favorables à la croissance et que le rapprochement des revenus peut s’opérer dans des délais relativement brefs.

Tableau 18.Monde en développement: convergence et croissance de certains pays1(En pourcentage)
Revenu relatif

par habitant
Taux de croissance

moyen

du revenu

relatif par

habitant,

1985–95
Taux

moyen de

convergence,

1985–952
Taux de croissance

moyen

du revenu

relatif par

habitant

1990–95
Taux

moyen de

convergence,

1990–952
Nombre

d’années

nécessaires

pour combler

la moitié de

l’écart de

1995 au taux

de croissance

de 1990–95
Taux implicite

de

convergence2
Revenu relatif

implicite

une fois comblée

la moitié

de l’écart

actuel
19851995
Chili33,646,73,31,34,51,8102,673.3
Indonésie13,718,83,20,55,00,8231,759,4
Malaisie39,948,01,90,85,22,283,174,0
Thaïlande20,536,15,81,66,01,8113,068,0
Argentine33.531.4−0,6−0,22,80,8261,365.7
Chine7,313,36,20,69,51,0162,756,6
Inde35,86,91,70,11,90,11120,453,4
Ouganda3,56,97,20,34,00,2520,953.5
Sri Lanka14,515,80,90,12,80,4460,957,9
Uruguay32,839,31,80,62,00,7291,069,6
Bangladesh6,66,90,40,031,50,11410,353,4
Vietnam0,70,92,70.024,80,04870,650,4
Pour mémoire
Nouvelles économies industrielles d’Asie456,486,74,72,94,63,4

Tous les taux de croissance et de convergence et tous les revenus relatifs sont calculés par référence à la moyenne des économies avancées (à l’exclusion des nouvelles économies industrialisées). Par exemple, le revenu relatif par habitant de chaque pays (deux premières colonnes) est son revenu par habitant exprimé en pourcentage du revenu moyen par habitant des économies avancées (à l’exclusion des nouvelles économies industrialisées). Le revenu se rapporte au PIB exprimé en dollars E.U., à parité des pouvoirs d’achat. La présente simulation résumée dans les trois dernières colonnes suppose que le taux de croissance moyen actuel du groupe des pays industrialisés se poursuit.

Le taux de convergence est égal au pourcentage de l’écart avec la moyenne du revenu par habitant des économies avancées (à l’exclusion des nouvelles économies industrialisées) qui est comblé chaque année.

Pour l’Inde, la croissance du PIB réel par habitant en 1995 et 1996 a été sensiblement supérieure à la moyenne pour 1990–95. Le taux moyen de croissance du revenu relatif par habitant en 1995–96 était de 3 %. Si l’Inde maintient ce taux de croissance, le nombre d’années requis pour combler la moitié de son écart avec les économies avancées sera ramené de 112 ans. comme l’indique le tableau, à 69 ans.

En 1995, les revenus de Hong Kong, de la Corée, de Singapour et de la province chinoise de Taiwan représentaient respectivement 114,6%, 54,6 %, 105,6 % et 72,1% du PIB moyen par habitant des économies avancées (à l’exclusion des nouvelles économies industrialisées).

Tous les taux de croissance et de convergence et tous les revenus relatifs sont calculés par référence à la moyenne des économies avancées (à l’exclusion des nouvelles économies industrialisées). Par exemple, le revenu relatif par habitant de chaque pays (deux premières colonnes) est son revenu par habitant exprimé en pourcentage du revenu moyen par habitant des économies avancées (à l’exclusion des nouvelles économies industrialisées). Le revenu se rapporte au PIB exprimé en dollars E.U., à parité des pouvoirs d’achat. La présente simulation résumée dans les trois dernières colonnes suppose que le taux de croissance moyen actuel du groupe des pays industrialisés se poursuit.

Le taux de convergence est égal au pourcentage de l’écart avec la moyenne du revenu par habitant des économies avancées (à l’exclusion des nouvelles économies industrialisées) qui est comblé chaque année.

Pour l’Inde, la croissance du PIB réel par habitant en 1995 et 1996 a été sensiblement supérieure à la moyenne pour 1990–95. Le taux moyen de croissance du revenu relatif par habitant en 1995–96 était de 3 %. Si l’Inde maintient ce taux de croissance, le nombre d’années requis pour combler la moitié de son écart avec les économies avancées sera ramené de 112 ans. comme l’indique le tableau, à 69 ans.

En 1995, les revenus de Hong Kong, de la Corée, de Singapour et de la province chinoise de Taiwan représentaient respectivement 114,6%, 54,6 %, 105,6 % et 72,1% du PIB moyen par habitant des économies avancées (à l’exclusion des nouvelles économies industrialisées).

Mesures propres à accélérer la croissance et à promouvoir la convergence

Étant donné que les tendances du revenu par habitant au cours des dernières décennies révèlent que l’écart s’est creusé entre de nombreux pays en développement et les économies avancées, la question de savoir comment améliorer les taux de croissance des pays en développement est d’autant plus urgente. Quelles sont les sources d’expansion économique? Quelles mesures sont susceptibles de favoriser la convergence vers les niveaux élevés de revenu par habitant? En simplifiant à l’extrême, on peut dire que la croissance économique est la résultante de l’accumulation de capital physique et humain, de main-d’oeuvre et de progrès sur le plan des techniques de production (productivité totale des facteurs). Bien que les points de vue ne soient pas unanimes quant à l’importance relative de ces facteurs (encadré 9), les études traditionnelles de comptabilité de la croissance montrent que dans la plupart des pays en développement, l’accumulation des facteurs, en particulier le capital physique, est le principal moteur de l’accroissement de la production. Selon des estimations récentes portant sur la période 1960–92, la contribution du capital physique par travailleur à la progression du revenu par habitant s’est située entre 60 et 70 %, tandis que celle de l’éducation a été d’environ 15 à 20 %, la productivité totale des facteurs représentant le reste64. Si l’on établit une distinction entre les pays en développement selon que leur croissance a été forte ou faible de 1965 à 1985 et de 1985 à 1995, il apparaît que la part de l’investissement et celle de l’épargne dans le PIB ont été sensiblement plus grandes dans le cas des premiers (tableau 19). Par conséquent, il semble que les mesures qui augmentent les taux d’investissement et d’épargne puissent jouer un rôle décisif dans l’accélération de l’expansion, s’il s’agit d’investissements productifs65. Dans la section qui suit, on examinera comment les politiques économiques peuvent contribuer à renforcer l’accumulation de capital et la productivité totale des facteurs.

Tableau 19.Pays en développement et nouvelles économies industrielles d’Asie: politiques et résultats économiques1
Croissance faible2Croissance

intermédiaire
Croissance forte
1970–841985–951970–841985–951970–841985–95
Situation initiale
PIB par habitant au cours de l’année initiale31.6972.1852.2662.1881.7762.734
Capital humain42,23,33,23,83,55,4
Situation macroéconomique
Épargne517.816,518,519,226,031,4
Investissement519,019,422,121,127,431,9
Taux d’inflation annuel (médiane)11,014,110,911,111,37,8
Situation budgétaire
Solde budgétaire5−5,7−5,6−4,2−3,3−2,0−2,4
Dépenses publiques519,925,019.620,019,518,9
Recettes publiques514,219,415,416,717,616,5
Situation monétaire
Monnaie + quasi-monnaie533,038,428,736,425,664,9
Quasi-monnaie516,524,313,822,910,036,6
Crédit bancaire au secteur privé520,425,418,531,021,063,1
Secteur international
Apport net de capitaux privés620,211,812,919,966,968,3
Solde des transactions courantes5−1,0−2,6−3,7−1,4−1,90,3
Exportations511,317,214,917,218,233,0
Importations512,217,717,418,119,532,4

À l’exclusion des principaux pays exportateurs de pétrole, de Malte et Chypre et de Malte.

La croissance est faible lorsque la progression du revenu réel par habitant est inférieure à ½ % par an, ce qui représente approximativement la moyenne arithmétique minorée de la moitié de l’écart type de la croissance des pays de l’échantillon au cours de la période considérée. De même, la croissance est forte lorsque les taux sont supérieurs à la moyenne arithmétique majorée de la moitié de l’écart type (2,9 %).

Moyenne du groupe exprimée en dollars E.U., la pondération se faisant sur la base de la parité des pouvoirs d’achat.

Nombre moyen d’années de scolarisation des personnes âgées de 15 ans au moins. Voir Robert J. Barro et Jong-Wha Lee, «International Measures of Schooling Years and Schooling Quality»,American Economic Review, Papers and Proceedings, volume 86 (mai 1996). pages 218–23.

En pourcentage du PIB.

En pourcentage de l’apport total de capital privé aux pays en développement. À l’exclusion des nouvelles économies industrielles d’Asie.

À l’exclusion des principaux pays exportateurs de pétrole, de Malte et Chypre et de Malte.

La croissance est faible lorsque la progression du revenu réel par habitant est inférieure à ½ % par an, ce qui représente approximativement la moyenne arithmétique minorée de la moitié de l’écart type de la croissance des pays de l’échantillon au cours de la période considérée. De même, la croissance est forte lorsque les taux sont supérieurs à la moyenne arithmétique majorée de la moitié de l’écart type (2,9 %).

Moyenne du groupe exprimée en dollars E.U., la pondération se faisant sur la base de la parité des pouvoirs d’achat.

Nombre moyen d’années de scolarisation des personnes âgées de 15 ans au moins. Voir Robert J. Barro et Jong-Wha Lee, «International Measures of Schooling Years and Schooling Quality»,American Economic Review, Papers and Proceedings, volume 86 (mai 1996). pages 218–23.

En pourcentage du PIB.

En pourcentage de l’apport total de capital privé aux pays en développement. À l’exclusion des nouvelles économies industrielles d’Asie.

La stabilité macroéconomique

Du fait qu’elle réduit l’incertitude, la stabilité macroéconomique permet de décider de l’investissement et de l’épargne d’une manière conforme aux paramètres économiques fondamentaux et, par conséquent, de favoriser l’allocation efficiente des ressources. En outre, elle renforce la confiance, ce qui peut encourager l’in vestissement intérieur et l’arrivée de capitaux étrangers. Entre 1985 et 1995, l’inflation médiane s’est chiffrée à environ 8 % par an et le déficit des finances publiques à environ 2 % du PIB dans les pays en développement dont la croissance était forte, tandis que dans les économies dont l’expansion était faible les taux correspondants ont été d’environ 14 % et 6 %, respectivement (tableau 19). Selon des études empiriques portant sur un vaste échantillon de pays, l’inflation exercerait sur la croissance un effet de plus en plus négatif à partir du moment où le taux d’inflation annuel s’élève au-delà d’une certaine zone, que certains estiment proche de 8 % par an, et la relation pourrait être non linéaire66. Lorsque l’inflation est faible à modérée, son augmentation ou sa baisse marginales influent plutôt faiblement sur la croissance, mais si son taux est élevé, l’impact tend à être nettement négatif. De même, des déficits budgétaires amples et persistants peuvent freiner la croissance, car ils ont tendance à réduire l’offre de fonds pouvant être prêtés au secteur privé ainsi qu’à évincer l’investissement privé. C’est ce qui s’est passé dans beaucoup de pays, notamment —c’est un cas limite —en Argentine, où le taux de croissance est passé de -6 % en 1989 à près de 9 % en 1993, tandis que l’inflation annuelle était réduite de près de 5.000 % à 18 %. Bien que ces données ne permettent guère de conclure qu’il existe une relation étroite entre d’amples déficits budgétaires et un faible taux de croissance économique, on observe que de nombreux pays dont le taux de croissance a été faible ont accusé des déficits budgétaires élevés. Au Chili et en Ouganda, par exemple, où de vigoureuses politiques de redressement des finances publiques ont été engagées dans les années 80 pour contribuer à la stabilité macroéconomique, l’augmentation de la production s’est concrétisée par une courbe dont la pente est devenue beaucoup plus forte67.

Encadré 9.Quantification des gains de productivité dans les économies d’Asie de l’Est

Depuis quelques années, de nombreux économistes cherchent à déterminer dans quelle mesure l’expansion économique rapide de l’Asie de l’Est est imputable, d’une part, à l’augmentation de la productivité et, d’autre part, à celle des facteurs employés. Le but est de mettre à jour le processus qui sous-tend les réussites impressionnantes d’économies comme la Corée, Hong Kong, Singapour et la province chinoise de Taiwan depuis les années 70, et l’Indonésie, la Malaisie et la Thaïlande plus récemment. L’identification de ce processus est importante pour évaluer non seulement le rôle joué par les politiques économiques, mais aussi les perspectives d’expansion de ces économies et les enseignements que peuvent en tirer d’autres pays. Cependant, pour des raisons tenant surtout à la grande diversité des méthodes comptables et des techniques empiriques, qui peuvent présenter un caractère hautement arbitraire, on ne constate guère de consensus quant à l’importance relative de ces deux facteurs de croissance —l’augmentation de la productivité et l’accumulation de ressources. Si certaines études imputent la quasi-totalité de la croissance de ces pays au niveau exceptionnellement élevé de la mobilisation de ressources, ce qui réduirait à peu de chose le rôle des gains de productivité, d’autres estiment ces gains de productivité à non moins de 4 % par an, et ils expliqueraient alors une grande partie de l’augmentation de la production(voir le tableau).

Pour ceux qui ne constatent guère de signes d’amélioration significative de la productivité des facteurs, les niveaux élevés auxquels s’est maintenue l’augmentation de la production en Asie de l’Est s’expliquent par le fort accroissement des moyens de production employés au cours de cette période1. Ils sont plus pessimistes en ce qui concerne la poursuite de l’expansion économique de ces pays aux taux élevés enregistrés depuis vingt ans, car elle supposerait que la mobilisation des ressources reste forte —notamment que l’épargne intérieure continue à dépasser 30 % du PIB et que ces pays puissent employer une main-d’oeuvre de plus en plus qualifiée. Cependant, d’autres études sont plus optimistes, en raison des signes d’accroissement de la productivité qu’elles constatent. En effet, si cette tendance se prolonge, la production pourra continuer à augmenter à un rythme relativement rapide, même si l’accumulation des facteurs se ralentit.

En règle générale, la comptabilisation de la croissance déduit de l’accroissement de la production (qu’exprime par exemple la variation annuelle du PIB réel) la moyenne pondérée des variations des intrants capital physique agrégé, capital humain et main-d’uvre et considère que le résidu représente la progression de la productivité totale des facteurs (PTF). Cette méthode soulève deux séries de problèmes qui sont à l’origine des fortes différences dans les estimations de l’augmentation de la productivité que donnent ces diverses études. La quantification du stock de capital physique agrégé est non seulement difficile à établir, mais elle n’est pas fiable, car elle repose généralement sur des données historiques relatives à l’investissement faisant intervenir des hypothèses simplificatrices et dans une certaine mesure arbitraires quant à la qualité et à l’amortissement du capital. Les variables représentatives du capital humain, par exemple le nombre moyen d’années de scolarisation de la main-d’oeuvre, la proportion de la main-d’oeuvre passée par l’enseignement supérieur, etc., sont en grande partie arbitraires, et en outre ne parviennent pas à intégrer pleinement les différences de qualité de l’éducation d’un pays à l’autre. La quantification de l’emploi soulève des problèmes analogues de données. De surcroît, il n’y a guère d’uniformité dans les méthodes utilisées pour rassembler et classifier ces données d’un pays à l’autre.

Le second type de problème se présente lorsqu’on détermine le coefficient de pondération qu’il convient d’attribuer à l’augmentation d’un facteur afin de calculer sa contribution à l’accroissement de la production totale. En principe, le coefficient devrait être l’élasticité de la production par rapport au facteur considéré —c’est-à-dire l’accroissement proportionnel de la production qu’entraîne l’utilisation d’une unité supplémentaire du facteur considéré. Or, on ne peut le mesurer directement et l’estimation soulève des difficultés. Par exemple, si elle fait appel à des techniques de régression, le résultat souffre généralement de ce que les coefficients sont supposés constants durant la période couverte. L’importance relative des différents facteurs pourrait fort bien varier dans le temps, en particulier si l’économie connaît une transformation rapide, ce qui a été le cas en Asie de l’Est. Une autre méthode, plus utilisée, consiste à obtenir une approximation de l’élasticité-pro-duction d’un facteur en utilisant sa part du revenu national. Cette technique est valable si l’on rémunère les produits marginaux des facteurs; mais l’opération suppose qu’il n’y ait pas de rendement d’échelle croissant ni d’externalité dans l’emploi d’aucun facteur, que le progrès technologique ne soit pas incorporé dans les facteurs et qu’une concurrence parfaite règne sur tous les marchés des facteurs et des produits. Or, de nombreuses branches d’activité se caractérisent par des rendements croissants et des facteurs tels que le capital humain sont à l’origine de fortes externa-lités. En outre, les nouvelles entrées de capital et de main-d’oeuvre incorporent fréquemment des progrès technologiques2, tandis que les fortes marges bénéficiaires3observées sur certains marchés de produits ne viennent pas étayer l’hypothèse de concurrence parfaite. Lorsqu’il existe de telles marges bénéficiaires sur les marchés des produits, l’accroissement de la productivité, exprimé par la composante résiduelle de la croissance (ce qui subsiste après prise en compte des différents facteurs), risque d’être surestimé. En outre, des faits d’expérience font apparaître une corrélation entre la composante résiduelle de la croissance et des variables relatives à la demande, par exemple les politiques monétaire et budgétaire4, de sorte qu’il pourrait être erroné d’imputer tout le résidu à une augmentation de la productivité. Une autre considération cruciale est la période sur laquelle porte l’analyse. On a pu constater qu’en période de croissance rapide, le taux moyen d’augmentation de la PTF dépasse dans une mesure disproportionnée celui que l’on observe en période de faible croissance5. Pour résumer, étant donné le caractère très arbitraire de la quantification des facteurs et de leurs effets sur la production et le fait que la comptabilisation de la croissance porte sur des périodes différentes, il n’est pas surprenant que les estimations de l’augmentation de la PTF varient énormément dans le cas de l’Asie de l’Est(voir le tableau).

Pays en développement et nouvelles économies industrielles d’Asie (échantillon): estimations de la productivité totale des facteurs(En pourcentage annuel)
Young(1995)Bosworth et Collins

(1996)
Bosworth et Collins

(1996)
Sarel (1995)Sarel (1996)
1966–901960–941984–941975–901979–96
Hong Kong2,33,8
Corée1,71,52,13,1
Singapour0,21,53,11,92,5
Taiwan, province chinoise de2,62,02,83,5
Indonésie0,80,90,9
Malaisie0,91,42,0
Philippines0,4−0,9−0,9
Thaïlande1,83,32,0
Sources: Alwyn Young, «The Tyranny of Numbers: Confronting the Statistical Realities of the East Asian Growth Experience»,Quarterly Journal of Economics, volume 110 (août 1995), pages 641–80; Barry Bosworth et Susan M. Collins, «Economic Growth in East Asia: Accumulation Versus Assimilation».Brookings Papers on Economic Activity: 2 (1996), pages 135–203; Michael Sarel. «Growth in East Asia: What We Can and What We Cannot Infer From It», document de travail du FMI 95/98 (septembre 1995); Michael Sarel, «Growth and Productivity in ASEAN Economies», article présenté à la conférence qui s’est tenue à Djakarta. Indonésie, du 6 au 8 novembre 1996, sur le thème des enjeux macroéconomiques des pays membres de l’ASEAN
Sources: Alwyn Young, «The Tyranny of Numbers: Confronting the Statistical Realities of the East Asian Growth Experience»,Quarterly Journal of Economics, volume 110 (août 1995), pages 641–80; Barry Bosworth et Susan M. Collins, «Economic Growth in East Asia: Accumulation Versus Assimilation».Brookings Papers on Economic Activity: 2 (1996), pages 135–203; Michael Sarel. «Growth in East Asia: What We Can and What We Cannot Infer From It», document de travail du FMI 95/98 (septembre 1995); Michael Sarel, «Growth and Productivity in ASEAN Economies», article présenté à la conférence qui s’est tenue à Djakarta. Indonésie, du 6 au 8 novembre 1996, sur le thème des enjeux macroéconomiques des pays membres de l’ASEAN

Les faibles taux d’augmentation de la PTF dans les économies d’Asie de l’Est à croissance économique rapide, tels qu’ils ressortent de certaines études, contrastent avec l’observation selon laquelle la PTF a été le principal facteur d’accroissement de la production au cours des dernières décennies dans les pays industrialisés6. Cependant, il n’est peut-être pas surprenant que l’importance relative des différents facteurs de croissance se modifie à mesure du développement économique. La croissance économique des États-Unis au dix-neuvième siècle semble avoir tenu en grande partie à l’augmentation des facteurs, et non à la progression de la productivité7comme au Japon entre le début de l’ère Meiji et la Première Guerre mondiale. Ce qui s’est passé dans les économies plus avancées tend à montrer que l’accumulation du capital physique est un facteur important de croissance aux premiers stades du développement économique, mais qu’une fois atteint un niveau relativement élevé d’intensité capitalistique (ratio capital/main-d’uvre), le progrès technologique devient le premier moteur de la croissance8. L’intensité capitalistique des économies d’Asie de l’Est, et même celle des nouvelles économies industrielles, est encore sensiblement inférieure aux niveaux observés au début des années 60 dans les pays industrialisés. Étant donné ces ratios capital/main-d’oeuvre relativement bas, il existe encore dans cette région de grandes possibilités d’expansion alimentée par les facteurs de production. En conséquence, même si les gains de productivité n’ont peut-être pas contribué autant à la croissance que certaines études l’indiqueraient, les perspectives de croissance des économies d’Asie de l’Est demeurent excellentes, et la rapidité et l’efficience de leur accumulation de capital restent impressionnantes.

1 Voir Paul Krugman, «The Myth of Asia’s Miracle», Foreign Affairs, volume 73 (novembre—décembre 1994), pages 62—78.2 Voir Paul M. Romer, «Crazy Explanations for the Productivity Slowdown»,NBER Macroeconomics Annual, 1987, publié sous la direction de Stanley Fischer (Cambridge, Massachusetts, MIT Press, 1987). pages 163–203.3 Peu d’études ont estimé les marges bénéficiaires des branches d’activité de l’Asie de l’Est. Dans les pays industrialisés, où la concurrence est généralement plus grande, les marges sont positives et élevées dans la quasi-totalité des branches. Voir, par exemple, Joaquim O. Martins, Stefano Scarpetta et Dirk Pilât, «Mark-Up Ratios in Manufacturing Industries: Estimates for 14 OECD Countries», document de travail de l’OCDE n° 162 (Paris, OCDE, 1996).4 Voir, par exemple, Charles L. Evans, «Productivity Shocks and Real Business Cycles», Journal of Monetary Economies, volume 29 (avril 1992), pages 191–208.5 Voir Arnold C. Harberger, «Reflections on Economic Growth in Asia and the Pacific», Journal of Asian Economies, volume 7, n° 3 (1996), pages 365–92.6 Voir Barry Bosworth, Susan M. Collins et Yu-chin Chen, «Accounting for Différences in Economie Growth», BrookingsDiscussion Papers on International Economics. n° 115 (octobre 1995), pages 1–630.7 Moses Abramovitz et Paul A. David, «Reinterpreting Economic Growth: Parables and Realities»,American Economic Review, volume 63 (1973), pages 428–39.8 Voir Lawrence J. Lau, «The Sources of East Asian Economic Growth», document de travail de l’université Stanford (Palo Alto, Californie, université Stanford, novembre 1996).

L’ouverture

Les politiques relatives au commerce extérieur figurent parmi les principaux facteurs qui favorisent la croissance économique et la convergence dans les pays en développement68. Quand le commerce s’effectue librement, les prix intérieurs reflètent les prix mondiaux, ce qui contribue à une allocation efficiente des ressources. Des politiques d’ouverture sur le plan du commerce extérieur et des mouvements de capitaux permettent non seulement aux pays de tirer parti de leur avantage comparatif dans le domaine de la production, mais elles favorisent aussi l’importation des produits dont les coûts sont les plus bas, et qui incorporent souvent des techniques de pointe. Grâce au commerce extérieur, un pays peut aussi utiliser une plus grande variété de biens intermédiaires et de biens d’équipement, renforçant ainsi la productivité de ses propres ressources. Dans les pays en développement, de telles retombées du progrès technique peuvent être déterminantes pour combler l’écart de productivité par rapport aux économies avancées69. Le tableau 19 fait clairement apparaître la corrélation étroite qui existe entre les mesures contribuant à l’ouverture du commerce extérieur et une croissance forte. Entre 1985 et 1995, le groupe des pays en développement dont la croissance économique a été la plus rapide a été aussi celui dont les ratios importations/PIB et exportations/PIB ont été les plus élevés. Là où la croissance a été modérée ou faible, ces ratios ont été approximativement deux fois plus bas que ceux des pays à croissance forte. Le graphique 41 montre que les pays qui ont fortement libéralisé leur commerce extérieur entre 1988 et 1992 ont connu une très vive progression de leurs exportations aussi bien que de leurs importations ainsi qu’une augmentation sensible de leur revenu en valeur absolue.

Graphique 41.Échantillon d’économies: exportations, importations et revenu réel par habitant1

(Moyenne simple du groupe; en pourcentage du PIB, sauf indication contraire)

Dans un groupe de pays ayant libéralisé leur commerce extérieur de 1988 à 1992, les exportations et les importations se sont redressées vigoureusement et les revenus par habitant ont augmenté.

1 Argentine, Brésil. Chine, Inde, Indonésie, Kenya, Mexique, Ouganda, Philippines, Sri Lanka, Turquie et Uruguay, Sur la base du PIB, ces douze pays étaient les plus importants de tous ceux qui ont opéré de grandes réformes commerciales de 1988 à 1992.

2En pourcentage du PIB par habitant (à parité des pouvoirs d’achat) des pays industrialisés (1995).

Le rôle des entreprises d’État

L’intervention excessive de l’État dans l’économie limite le rôle du secteur privé dans l’activité économique, tandis que les contrôles auxquels sont soumis les marchés des produits et des capitaux faussent l’allocation des ressources. Il en résulte fréquemment de faibles taux d’investissement et de croissance ainsi que des investissements de mauvaise qualité. Dans de nombreux pays en développement, ces interventions directes de l’Etat sont très fréquentes et intenses et les entreprises d’Etat sont en situation de monopole dans un grand nombre de secteurs, y compris les activités manufacturières et les finances (encadré 10). Alors que dans les pays en développement, les entreprises d’Etat ont fourni en moyenne 11 % du PIB au cours de la période 1978–91, le taux correspondant n’a été que d’environ 5 % dans les pays industrialisés. Parfois, comme en Ethiopie, en Somalie, au Sri Lanka et en Tanzanie, elles ont été à l’origine de plus de 30 % de la production manufacturière.

Si le secteur public représente une part considérable de l’activité économique dans un grand nombre des pays en développement les plus pauvres, il en va de même pour les activités manufacturières relevant de l’Etat dans les pays en développement les plus performants. La participation des entreprises d’Etat n’en a pas moins fléchi de manière sensible dans les économies qui obtiennent les meilleurs résultats. Ainsi, dans la province chinoise de Taiwan, la production manufacturière des entreprises d’Etat est tombée de 56 % du total en 1952 à environ 21 % en 1970 et elle ne se chiffrait plus qu’à 11 % en 199070. En Chine aussi, la contribution des entreprises d’Etat à la production manufacturière a baissé rapidement, mais leur part des ressources financières reste importante, ce qui pourrait compliquer la politique macroéconomique et freiner la croissance si l’on n’y remédie pas promptement. Les entreprises d’Etat sont fréquemment gérées de manière inefficiente. Bien qu’elles se trouvent en situation de monopole, leurs bénéfices sont souvent faibles, ou leurs déficits persistant à des niveaux élevés viennent grever le budget de l’État. En Inde, par exemple, les bénéfices après impôt exprimés en pourcentage du total des ventes ont été de 1989 à 1994 approximativement quatre fois plus élevés dans les sociétés privées que dans les entreprises d’Etat de secteurs comparables71. Quand elles limitent l’intervention publique aux domaines dans lesquels les mé-canismes de marché sont réellement inopérants (par exemple, les secteurs de la santé, de l’éducation et de l’infrastructure) et qu’elles accroissent l’efficience des administrations publiques, les réformes structurelles axées sur le marché sont de nature à renforcer la croissance du fait qu’elles réduisent les distorsions et encouragent une plus grande participation du secteur privé.

La libéralisation financière

La mobilisation de l’épargne et son affectation efficiente entre les projets d’investissement concurrents supposent des marchés de capitaux stables sur lesquels se négocient des instruments bien conçus. L’analyse de données portant sur de longues périodes montre qu’il existe une corrélation stable et positive entre la croissance et les indicateurs de développement financier, ainsi qu’entre le niveau initial de maturité du secteur financier et la croissance ultérieure72. Les pays qui souffrent d’une faible croissance se caractérisent le plus souvent par un développement financier sensiblement moindre que celui des économies à forte croissance, comme en témoigne le ratio monnaie au sens large/PIB (tableau 19). Bien que la relation positive entre le développement financier et la croissance économique résulte vraisemblablement d’effets réciproques, et que certains pays aient connu un développement rapide alors que leur ouverture financière était modeste, des marchés de capitaux et des institutions financières embryonnaires risquent fort d’entraver gravement le développement économique d’ensemble73. En outre, il est de plus en plus manifeste que la libéralisation financière doit nécessairement s’accompagner d’un renforcement de la réglementation et de la supervision des institutions financières si l’on veut que l’économie en bénéficie au maximum.

La bonne gouvernance

La mesure dans laquelle un ensemble de réformes économiques se solde par une croissance plus rapide et la prospérité à long terme dépend souvent de la qualité de la gouvernance dans le pays considéré. Ce concept de bonne administration des affaires publiques n’est pas simple à définir, et les appréciations portées sur la qualité de la gouvernance ont un caractère subjectif, mais un certain consensus se dégage sur plusieurs points. Dans de nombreux pays en développement, le fait que les pouvoirs publics ne rendent pas compte de leur action, que celle-ci manque de transparence et que l’intervention des pouvoirs publics et la réglementation de l’activité économique sont excessives a été propice à la généralisation de la corruption et de la recherche de situations de rente. Non seulement la mauvaise administration des affaires publiques et la corruption ont tendance à abaisser les recettes fiscales74et par conséquent à contribuer aux déficits budgétaires et à réduire les investissements publics vitaux dans des domaines tels que ceux de la santé et de l’éducation, mais elles ont aussi pour effet de décourager l’investissement direct intérieur et étranger. De même, la protection insuffisante des droits de propriété privée et l’absence de la primauté du droit sont considérées depuis longtemps comme des entraves redoutables à la croissance75. Une moindre intervention publique dans les affaires économiques et une transparence accrue des politiques réglementaires peuvent limiter la corruption et la recherche de rentes et permettre aux gouvernements de se consacrer essentiellement à leurs tâches essentielles: maintenir l’ordre et la justice, affecter les ressources publiques aux emplois prioritaires —y compris l’investissement dans la santé et l’éducation —, préserver la stabilité macroéconomique et assurer des filets de protection sociale efficients et bien ciblés. Il est difficile de quantifier l’efficience de la gouvernance et l’ampleur de la corruption, mais certaines études utilisant des indicateurs rudimentaires et parfois subjectifs tendent à indiquer que si la situation laisse à désirer sur ces deux plans, la croissance peut en souffrir sensiblement et de manière durable76. D’autres études, qui quantifient l’efficacité des administrations publiques au moyen de méthodes différentes, par exemple la qualité de la fonction publique (notamment la mesure dans laquelle les fonctionnaires sont à l’abri des pressions politiques), les risques d’expropriation, etc., estiment qu’il n’y a guère d’effet sur la croissance77.

Encadré 10.Stabilisation et réforme dans les économies anciennement planifiées d’Asie de l’Est

Plusieurs pays d’Asie de l’Est—le Cambodge, la Chine, la République démocratique populaire lao et le Vietnam —sont engagés dans un processus qui associe au développement économique la transition de la planification centrale à un système largement fondé sur les principes du marché1. L’expérience de ces pays se démarque nettement de celle des pays en transition étudiés au chapitre V2.

Bien que ces pays diffèrent considérablement de par la taille de leur population, leur structure économique présente bien des similitudes, notamment avec une population qui reste essentiellement rurale et dont l’agriculture est la principale activité. Au Cambodge, dans la RDP lao et au Vietnam, bien que l’industrie soit en expansion, l’économie reste dominée par un secteur agricole fondé sur l’exploitation familiale plutôt que collectivisée(voir le tableau). Dans ces trois pays, le secteur privé est resté actif sous le régime de la planification centrale et la contribution des industries d’Etat à l’économie a été en général relativement réduite. C’est là une différence fondamentale avec les pays en transition d’Europe de l’Est et de l’ex-URSS, où les industries situées dans les zones urbaines employaient la majorité des travailleurs et fournissaient le plus gros de la production, et où les entreprises d’État occupaient une place prépondérante dans l’économie avant la transition. Tel est même le cas de la Mongolie dont l’économie étroitement alignée sur celle de l’ex-URSS se caractérise par une population urbanisée et par une structure industrielle plus semblable à celle des pays en transition qu’à celle d’autres nouvelles économies à marchés émergents d’Asie. En Chine, bien que l’économie soit restée largement rurale et que la population active ait été concentrée dans le secteur agricole jusqu’à une date récente, la planification centrale était plus profondément ancrée que dans les autres pays est-asiatiques, et il n’y avait pratiquement pas d’entreprises privées avant que les réformes ne soient engagées.

En raison des caractéristiques structurelles des économies est-asiatiques, leur évolution a été sensiblement différente de celle des pays en transition. Le plus frappant est que ces pays n’ont pas accusé de forte contraction de la production, bien que la croissance se soit certes ralentie dans tous les cas au moment où les réformes ont été engagées et qu’elle soit devenue brièvement négative dans la RDP lao. La production augmente à présent de 7 à 10 % par an dans les quatre pays. L’absence de forte contraction de la production s’explique dans une certaine mesure par le faible niveau initial de la production, en partie dû aux guerres et aux conflits civils. Mais elle tient aussi au fait que les distorsions économiques étaient moins généralisées au départ et que la transformation a donc été moins radicale. En Asie de l’Est, celle-ci a essentiellement consisté en réformes économiques relativement circonscrites qui ne se sont pas accompagnées de changements politiques et sociaux, ce qui explique en partie qu’il y ait eu beaucoup moins d’incertitude et d’instabilité à court terme que dans bien des pays en transition. En outre, étant donné la part plus réduite de l’industrie, en particulier du point de vue de l’emploi, et l’absence relative de base de production industrielle à forte intensité de capital, les pays d’Asie de l’Est n’ont pas eu à remplacer une part massive du stock de capital soudainement périmée avec le démantèlement de la planification centrale. Mais la transformation a consisté à permettre la réorientation de l’activité économique de l’agriculture vers l’industrie.

Ces pays étaient aussi moins étroitement intégrés au dispositif commercial de l’ancien Conseil d’assistance économique mutuelle (CAEM); ils n’ont donc pas souffert de son démantèlement dans la même mesure que les autres membres, bien que le Cambodge, la RDP lao et le Vietnam aient tous subi les conséquences à la fois de la perte d’assistance financière de l’ancien bloc soviétique et de la dégradation de leurs termes de l’échange avec le relèvement au niveau du marché des prix des importations en provenance des pays en transition, telles que les produits énergétiques et les matières premières. Ce degré limité d’intégration au système commercial des autres économies anciennement planifiées est un autre aspect qui distingue les pays d’Asie de l’Est des économies en transition d’Asie centrale, lesquelles ont été beaucoup plus gravement perturbées par la désintégration du réseau d’échanges intrarégionaux de matières premières. Les pays d’Asie de l’Est ont aussi bénéficié dans une certaine mesure de la proximité géographique des nouvelles économies industrielles (NEI) et d’autres économies en croissance rapide de la région, sous la forme d’investissements dans des coentreprises et des filiales à 100 % qui ont été effectués dans le but de tirer parti des marchés en expansion et des bas salaires offerts par ces pays.

Le processus de réforme a été engagé en 1978 en Chine et en 1979 dans la RDP lao, puis intensifié à partir de 1986, en 1985 au Vietnam, avec de vastes réformes à partir de 1989, et au début des années 90 au Cambodge. Le Cambodge, le Vietnam et la RDP lao ont lancé leurs réformes alors qu’ils sortaient de leur isolement ou de conflits armés. Les premières réformes étaient plus ou moins calquées sur le modèle chinois en ce qu’elles visaient principalement à accroître la productivité, en particulier dans l’agriculture. Parallèlement, des entreprises indépendantes de l’Etat ont été autorisées à se développer afin d’absorber le surplus de main-d’uvre agricole, tandis que d’autres réformes, notamment l’assouplissement des réglementations régissant les coentreprises et l’investissement direct étranger, ont été introduites de façon plus graduelle. Bien que les réformes aient accru la productivité agricole, la différence frappante entre la part de la population active employée dans l’agriculture et la part du PIB provenant de l’agriculture met en évidence la très faible productivité de ce secteur et, partant, les possibilités d’expansion de l’industrie. Ce constat est particulièrement flagrant pour la Chine qui a pourtant été la première à entreprendre des réformes, peut-être parce que son économie était la plus centralisée et sa structure de production et de prix la plus empreinte de distorsions.

Comparaison entre les pays en développement est-asiatiques se détachant de la planification centrale et certains pays en transition d’Europe orientale et de l’ex-URSS
1993

Part du PIB
1990

Part de la population active
1994

Population

urbaine

en % du total
AgricultureIndustrieAgricultureIndustrie
Pays en développement se détachant de la planification centrale
Cambodge5174720
Chine2048721529
République démocratique populaire lao511878621
Vietnam2928711421
Échantillon de pays en transition
Albanie4013552337
Moldova3548333051
Mongolie2146322260
République tchèque63573565
Russie951144273
Ukraine3547204070
Sources: Banque mondiale.Rapport sur le développement dans le monde, 1996; Indicateurs sociaux du développement
Sources: Banque mondiale.Rapport sur le développement dans le monde, 1996; Indicateurs sociaux du développement

Un système de prix à deux niveaux est apparu dans ces pays, avec des prix réglementés pour un petit nombre de produits essentiels, mais ceux de la plupart des biens sont maintenant déterminés par le marché. Dans certains pays, même avant la libéralisation des prix, de vastes marchés informels alimentés par les envois de fonds d’expatriés et des recettes d’exportation détournées avaient pour effet de réduire les distorsions de prix inhérentes au système de la planification centrale.

En Chine, la croissance s’est nettement accélérée depuis le début du processus de réforme, à la faveur de l’accroissement de la productivité dans l’agriculture et de l’emploi de l’excédent de main-d’oeuvre dans le secteur manufacturier non-étatique. Les réformes agricoles qui ont permis aux exploitants de conserver le produit de leurs récoltes au-delà d’un certain seuil ont suscité une réaction immédiate du côté de l’offre, bien que le renforcement de la production ait été moins sensible dans les entreprises d’Etat principalement industrielles où les faibles contraintes budgétaires et la réglementation fiscale complexe continuent de faire obstacle aux incitations à accroître la productivité. En revanche, le secteur non-étatique a été marqué par une croissance rapide, en particulier dans les régions côtières qui ont bénéficié d’investissements directs étrangers dès 1984, avec une montée en flèche au début des années 90. Les réformes ultérieures ont porté sur la libéralisation du commerce extérieur, les marchés financiers, avec l’ouverture de bureaux de banques étrangères, et la libéralisation des changes qui a débouché sur la convertibilité aux fins des transactions courantes en décembre 1996.

Au Cambodge, dans la RDP lao et au Vietnam, des réformes ont été entreprises à des périodes où la monétisation d’importants déficits budgétaires a provoqué de brusques poussées d’inflation accompagnées d’un mouvement de dollarisation à grande échelle et d’un élargissement des écarts entre les taux de change officiel et parallèle. Au départ, les politiques de stabilisation dans les trois pays conjuguaient des taux de change flexibles, la libéralisation des échanges, des taux d’intérêt élevés et la compression des dépenses publiques, en particulier sous forme de réduction des subventions à la consommation et de restrictions des crédits concessionnels aux entreprises d’État. La stabilisation consécutive aux poussées d’inflation a surtout consisté à ralentir l’expansion monétaire à l’aide de compressions des dépenses. Faute de ressources, il n’était pas possible de maintenir un taux de change stable au début du processus de réforme; les taux officiels étaient donc ajustés de plus en plus souvent en fonction des taux des marchés parallèles. Malgré la compression des dépenses publiques, l’accroissement de la productivité consécutif aux réformes, en particulier dans l’agriculture, a permis de maintenir une croissance positive avant et pendant toute la durée de la stabilisation, tandis que la progression rapide de l’emploi dans l’industrie et les services privés au début de la transition a contribué à l’absorption des travailleurs mis à pied dans le secteur public.

La poursuite des réformes axées sur le marché est nécessaire pour assurer une croissance continue correspondant au potentiel de ces pays. Après le succès de la stabilisation initiale, les nouvelles économies à marchés émergents d’Asie de l’Est ont toutes eu à faire face à la surchauffe souvent associée à une forte croissance, y compris à l’afflux de capitaux étrangers. L’amélioration des infrastructures et le développement de secteurs bancaires modernes, de nature à promouvoir l’investissement, sont essentiels. L’intégration plus étroite au système commercial et financier mondial contribuera également à la poursuite de la croissance, notamment par la voie des échanges.

1 Le Myanmar a aussi pris certaines mesures en vue de se détacher de la planification centrale; mais ces réformes ont été jusqu’à présent partielles et n’ont pas débouché sur une transformation fondamentale du système économique.2 Voir John R. Dodsworth, Ajai Chopra, Chi D. Pham et Hisanobu Shishido, «Macroeconomic Experiences of the Transition Economies in Indochina», document de travail du FMI 96/112 (octobre 1996) pour une analyse approfondie de la stabilisation au Vietnam, au Cambodge et dans la République démocratique populaire lao: Eduardo Borensztein et Jonathan D. Ostry, «Accounting for China’s Growth Performance»,American Economic Review, volume 86 (mai 1996), pages 224—28 pour un examen des effets des réformes sur la Chine; et Richard W.T. Pomfret.Asian Economies in Transition: Reforming Centrally Planned Economies (Cheltenham, Edward Elgar, 1996) pour une vue d’ensemble des réformes dans les pays d’Asie.

La gestion des ressources humaines: éducation et croissance démographique

L’investissement dans l’éducation et le capital humain se traduit par l’acquisition de qualifications qui accroissent l’efficience, généralisent l’emploi des techniques existantes et favorisent l’innovation technique. Grâce à de tels investissements, le niveau du capital humain initial était sensiblement plus élevé dans les pays à croissance forte que dans les pays moins performants (tableau 19). Des analyses plus formelles montrent elles aussi que le niveau initial de formation, en particulier l’éducation primaire, est un facteur important de la croissance ultérieure78. Pourtant, rares sont les études qui ont rassemblé des faits prouvant que la modification des niveaux d’éducation a un effet positif marqué sur la croissance79. Il apparaît que l’enseignement supérieur exerce un impact positif relativement marqué sur la croissance et que les dépenses publiques d’éducation rapportées au PIB présentent une corrélation forte et positive avec la croissance. On peut en conclure que la qualité de l’éducation est importante. En outre, des facteurs sociaux tels que la nature des institutions du pays considéré influent sur le rythme de son développement économique. Le développement social initial, dont le niveau du capital humain est l’une des composantes notables, présente lui aussi une corrélation significative avec l’augmentation ultérieure de la productivité et du revenu par habitant80.

Dans nombre des pays les plus pauvres, l’augmentation rapide de la population a compromis le succès des efforts déployés pour relever les niveaux moyens d’éducation et de santé. Un tel accroissement démographique augmente la population active et renforce la capacité de production intérieure, mais des comparaisons portant sur divers pays et sur une longue période ont montré que la croissance de la population totale était préjudiciable à la hausse du revenu par habitant81. Bien que de nombreux pays se soient efforcés de contenir l’accroissement démographique —tentatives qui se sont différenciées en fonction de la culture et des valeurs nationales —, les progrès sont lents. Dans ces pays, le développement économique et social à long terme et l’allégement de la pauvreté dépendent de manière critique de meilleurs résultats sur le plan de la réduction du rythme d’accroissement de la population.

Convergence économique et importance de politiques complémentaires

En agissant dans tous les domaines évoqués ci-avant, les pouvoirs publics peuvent faciliter l’accumulation du capital physique et humain ainsi que le développement technologique et par conséquent influer sur la croissance économique du pays, mais un petit nombre de politiques, qui relèvent de domaines clés, semblent particulièrement importantes. Pour étudier l’effet de certaines d’entre elles sur les taux de croissance réalisés, on a rassemblé des statistiques portant sur 110 pays en développement et sur la période 1985–95, pendant laquelle le processus de mondialisation décrit plus haut battait son plein. Les données se rapportent à l’ouverture du commerce extérieur; au degré de stabilité macroéconomique (exprimé de manière approchée par l’écart type du taux d’inflation) et à l’ampleur de l’intervention des pouvoirs publics dans l’économie. Cette intervention est elle-même exprimée en valeur approchée par le ratio dépenses des administrations publiques/PIB. qui, s’il ne représente pas la mesure optimale des interventions publiques, est moins affecté que d’autres données par des problèmes statistiques. Une note —«forte», «intermédiaire», ou «faible» a été attribuée aux pays pour chacune de ces catégories sur la base de critères statistiques, un certain degré d’arbitraire étant toutefois inévitable82. Au tableau 20, les pays en développement dont le taux moyen de croissance du PIB réel par habitant a été d’au moins 2,9 % entre 1985 et 1995 ont été rangés dans la catégorie «croissance forte» (il s’agit, par exemple, du Chili, de l’Ouganda et de la Thaïlande), ceux dont le taux était compris entre 0,5 % et 2,9 % dans la catégorie «croissance intermédiaire» (Colombie, Maroc et Pakistan, par exemple) et ceux dont le taux était inférieur à 0,5 % dans la catégorie «croissance faible» (il s’agit, par exemple, du Cameroun, de l’Equateur et de la Zambie). Les catégories «croissance forte» et «croissance intermédiaire» regroupent respectivement 28 % et 44 % de la totalité des pays en développement.

Tableau 20.Pays en développement et nouvelles économies industrielles d’Asie: relations entre les politiques économiques et la croissance, 1985–95 et probabilité conditionnelle de succès1(En points de pourcentage)
Croissance

forte
Croissance

intermédiaire
Croissance

faible
Nombre de

pays dans

l’échantillon
Distribution en pourcentage
Pourcentage du total des pays282844110
Politiques prises en considération
Ouverture forte241194137
Stabilité macroéconomique forte341322741
État de petite taille430333743
Ouverture forte avecau moins une autre note «faible»
etau mieux une autre note «intermédiaire»2525508
Stabilité macroéconomique forte avecau moins une autre note «faible» etau mieux une autre note «intermédiaire»60405
État de petite taille avecau moins une autre note «faible» etau mieux une autre note «intermédiaire21334624
Faible ouverture avecau moins une autre note «forte»2, l’autre note étantau moins «intermédiaire»19433821
Stabilité macroéconomique faible avecau moins une autre note «forte», l’autre note étantau moins «intermédiaire»1001
État de grande taille avecau moins une autre note «forte», l’autre note étantau moins «intermédiaire»25175812
Combinaison de politiques avecau moins deux notes «fortes»2, la troisième étant «intermédiaire»57192421
Sources: Jahangir Aziz et Robert Wescott, «The Washington Consensus and Policy Complementarities in Developing Countries», document de travail du FMI (à paraître)

Les pays à croissance forte sont ceux dont le taux de croissance réelle moyenne par habitant a été d’au moins 2,9 % au cours de la période 1985–95, tandis que les pays à croissance faible sont ceux où il a été inférieur à ½ %. Dans le cas de toutes les variables, les marges supérieure et inférieure de la fourchette représentent la moyenne arithmétique majorée de la moitié de l’écart type et la moyenne minorée de la moitié de l’écart type des distributions respectives.

L’ouverture est exprimée par le ratio commerce extérieur total/PIB. L’ouverture est forte si la moyenne des exportations et des importations représente plus de 45% du PIB, et faible si cette moyenne est inférieure à 27 %.

La stabilité macroéconomique est exprimée par l’écart type du taux d’inflation de la période considérée. La stabilité macroéconomique est faible si l’écart type est supérieur à 19, forte s’il est inférieur à 5.

La taille de l’État est exprimée par le ratio dépenses publiques/PIB. L’État est de grande taille si les dépenses publiques de l’administration centrale dépassent 38 % du PIB: il est de petite taille si cette proportion est inférieure à 23 %.

Sources: Jahangir Aziz et Robert Wescott, «The Washington Consensus and Policy Complementarities in Developing Countries», document de travail du FMI (à paraître)

Les pays à croissance forte sont ceux dont le taux de croissance réelle moyenne par habitant a été d’au moins 2,9 % au cours de la période 1985–95, tandis que les pays à croissance faible sont ceux où il a été inférieur à ½ %. Dans le cas de toutes les variables, les marges supérieure et inférieure de la fourchette représentent la moyenne arithmétique majorée de la moitié de l’écart type et la moyenne minorée de la moitié de l’écart type des distributions respectives.

L’ouverture est exprimée par le ratio commerce extérieur total/PIB. L’ouverture est forte si la moyenne des exportations et des importations représente plus de 45% du PIB, et faible si cette moyenne est inférieure à 27 %.

La stabilité macroéconomique est exprimée par l’écart type du taux d’inflation de la période considérée. La stabilité macroéconomique est faible si l’écart type est supérieur à 19, forte s’il est inférieur à 5.

La taille de l’État est exprimée par le ratio dépenses publiques/PIB. L’État est de grande taille si les dépenses publiques de l’administration centrale dépassent 38 % du PIB: il est de petite taille si cette proportion est inférieure à 23 %.

On constate que trois combinaisons de politiques économiques rassemblent une majorité de pays. Dans un cinquième environ des pays en développement considérés, l’économie était fermée, la stabilité macroéconomique médiocre et l’Etat de grande taille, ce que l’on présume être la combinaison des politiques les moins favorables. Pour un autre cinquième des pays, l’économie était modérément ouverte, la stabilité macroéconomique modérée et la taille de l’État intermédiaire. Pour un autre cinquième, l’économie était extrêmement ouverte et la stabilité macroéconomique de modérée à forte tandis que la taille de l’État était de petite à moyenne —ce que l’on présume être la combinaison des meilleures politiques possibles. Comme on s’y attendait, on a consaté une forte corrélation globale entre les politiques et la croissance effective du revenu: là où l’ouverture du commerce extérieur allait de pair avec la stabilité macroéconomique et un Etat de taille relativement petite, la croissance tendait à être plus forte que là où l’ouverture et la stabilité étaient moindres et l’État de taille plus grande.

La constatation qui pourrait être la plus intéressante, c’est qu’aucune de ces politiques désirables ne semble avoir suffi en elle-même pour garantir une forte croissance économique. En d’autres termes, si les résultats sont bons dans le cas d’une politique mais médiocres ou mauvais dans le cas des deux autres, il est à prévoir que la croissance sera faible. Ainsi, les pays dont l’ouverture commerciale était la plus grande mais dont la stabilité macroéconomique était faible ou intermédiaire tandis que la taille de l’État était grande ou intermédiaire n’ont connu que dans environ un cas sur quatre une forte croissance économique, et la moitié d’entre eux environ ont enregistré une faible croissance. De même, si l’on considère les 24 pays dont l’Etat était de la taille la plus réduite, alors que l’ouverture et la stabilité étaient faibles ou intermédiaires, on constate que la croissance a été forte dans seulement un cinquième environ des cas et qu’elle a été faible dans environ la moitié des cas. Si l’on considère une seule politique, la probabilité d’échec était à peu près aussi forte dans le cas d’une large ouverture que dans celui d’un Etat de petite taille (tableau 20).

L’analyse amène aussi à penser que si une seule politique se traduit par des résultats médiocres, l’expansion économique peut être tenue en échec, même si les autres politiques se soldent par des résultats favorables. Afin de mettre en lumière cette nécessité pour toutes les politiques d’être menées à bien, prenons le cas des pays dont la stabilité macroéconomique était intermédiaire ou forte et où l’Etat était de taille petite ou intermédiaire, mais dont l’économie était peu ouverte: le cinquième seulement a connu une croissance rapide et une proportion deux fois plus grande —c’est-à-dire deux sur cinq —une croissance lente. De même, si l’on considère les pays dont l’ouverture et la stabilité étaient intermédiaires ou fortes, mais où l’État était excessivement développé, on constate que dans moins d’un cas sur trois la croissance a été rapide tandis que dans près de deux cas sur trois elle a été lente.

L’enseignement essentiel qui se dégage, c’est qu’aucune politique ne suffit en elle-même pour assurer une croissance rapide et qu’il faut que plusieurs d’entre elles se soldent par un succès au moins modéré pour qu’il soit possible d’enregistrer une croissance économique rapide83. Autrement dit, les bonnes politiques ont tendance à se renforcer mutuellement et il est important que les politiques soient complémentaires. Par exemple, en économie relativement ouverte, les marchés des capitaux sanctionnent parfois plus durement les mauvaises politiques macroéconomiques et récompensent plus généreusement les bonnes qu’ils ne le feraient en économie fermée. L’importance de ces complémentarités ressort aussi de l’observation suivante: les pays en développement ayant obtenu une note intermédiaire ou élevée dans les trois domaines considérés avaient trois chances sur cinq de connaître une croissance forte entre 1985 et 1995 et plus de trois chances sur quatre d’enregistrer une croissance intermédiaire ou forte (17 des 21 pays de l’échantillon se trouvaient dans ce cas). Le taux de croissance a été faible dans moins d’un sur quatre de ces pays.

Cette analyse simple ne tend pas à indiquer l’existence d’une relation rigide entre de bonnes politiques et de bons taux de croissance et il est certain que la règle souffre d’exceptions qui tiennent au jeu de nombreux autres éléments (facteurs sociaux et institutionnels, dotation en ressources, etc.) qui influent eux aussi fortement sur la croissance. Par exemple, en Uruguay, l’ouverture commerciale était faible et la stabilité macroéconomique n’avait été que modérée de 1985 à 1995, mais la croissance économique a été relativement rapide. D’autres pays, tels que le Botswana, ont enregistré une croissance relativement rapide en dépit de la grande taille du secteur public. Ce que cette analyse tend plutôt à indiquer, c’est que pour la plupart des 110 pays en développement considérés au cours de cette période 1985—95, le moyen le plus sûr d’atteindre l’objectif de croissance rapide du revenu était de pratiquer des politiques axées sur le marché (commerce extérieur ouvert et État de taille petite à intermédiaire) dans un contexte de stabilité macroéconomique.

Récolter les fruits de la mondialisation sans risque de marginalisation

Là où les paramètres fondamentaux étaient relativement bons et où les politiques mises en oeuvre étaient de nature, selon l’analyse qui précède, à faciliter la croissance, l’ouverture a contribué à accélérer le processus de convergence. La Malaisie et la Thaïlande sont des exemples de pays présentant de telles caractéristiques. Le défi pour ces pays consistait à préserver leurs avancées en maintenant des politiques orientées sur le marché, en préservant la stabilité macroéconomique et en améliorant l’infrastructure et l’offre de main-d’oeuvre qualifiée de manière à desserrer les contraintes que l’offre exerce sur l’économie. La surchauffe a souvent été une conséquence de l’afflux de capitaux, et l’expérience montre que si des entrées de capitaux peuvent renforcer l’épargne intérieure et contribuer à de vigoureuses performances économiques, ces apports risquent, s’ils ne s’accompagnent pas de mesures appropriées ou en cas de chocs extérieurs importants, d’accroître la vulnérabilité du pays aux turbulences financières extérieures et intérieures. Cette situation, que l’on a pu constater au cours de la crise mexicaine, fait une fois de plus ressortir combien il importe de maintenir la stabilité macroéconomique et financière et de faire en sorte que la balance des paiements soit viable. De plus, la pénurie de main-d’oeuvre qualifiée peut intensifier la hausse des salaires, éroder la compétitivité extérieure et alimenter les tensions inflationnistes. La réforme des marchés du travail pourrait donc s’imposer elle aussi pour atténuer de telles contraintes de capacité.

En outre, les pays devraient aussi se fixer pour objectif de laisser les investisseurs intérieurs diversifier leur portefeuille au plan international, de réduire leurs risques et de lutter contre l’apparition de «bulles» de prix sur les marchés de l’immobilier et sur d’autres marchés d’actifs intérieurs. À cet égard, la levée progressive et prudente des mesures de contrôle de capitaux, dans le cadre d’une politique visant à promouvoir un système bancaire intérieur solide, parallèlement à une politique de taux de change offrant une flexibilité appropriée, allégera la tâche de l’ajustement des finances publiques et permettra d’utiliser de manière plus équilibrée les divers instruments de la politique économique grâce à un secteur financier plus développé. En outre, de nombreux pays, dont la Chine, la Thaïlande et la Malaisie, doivent faire face à la montée rapide de la demande de moyens de transport et d’autres services publics. En participant à ces activités, comme il le fait déjà en Malaisie (installations portuaires), aux Philippines (approvisionnement énergétique) et au Chili (services publics), le secteur privé peut compléter les efforts de I’État pour desserrer les goulets d’étranglement de l’offre sans grever les finances publiques.

Les mesures destinées à éviter la marginalisation

Beaucoup de pays qui sont près du bas de l’échelle mondiale des revenus par habitant sont aux prises avec une situation difficile due, par exemple, à l’insuffisance du capital humain, à leur médiocre dotation en ressources et à l’instabilité politique prenant parfois la forme de guerres civiles et de conflits régionaux qui ont freiné l’investissement et la croissance. En outre, beaucoup de ces pays souffrent de la lourdeur de la dette publique, notamment extérieure, accumulée pendant de longues années de mauvaise gestion des finances publiques, de variations brutales des cours des produits de base, de l’instabilité macroéconomique et d’une mauvaise gouvernance. Un certain nombre de pays en développement n’en ont pas moins surmonté ces obstacles et l’on a constaté une reprise de l’augmentation du PIB dans beaucoup des pays qui ont engagé des réformes macroéconomiques et structurelles à partir du début des années 90. Entre 1990 et 1995, le nombre des pays d’Afrique subsaharienne dont le PIB réel a progressé de plus de 4 % par an a augmenté constamment, passant de 14 à 25, tandis que celui des pays dont la croissance était négative fléchissait de 18 à 9. L’Ouganda, qui a appliqué de vastes réformes à partir de la fin des années 80, a comblé dans les années 90 une partie de son écart de revenu par rapport aux économies avancées, et l’Inde a enregistré une croissance moyenne de 7 % en 1995 et en 1996, sous l’effet du programme de libéralisation lancé en 1992. Au Vietnam, le revenu réel moyen par habitant était inférieur à 1 % de celui des économies avancées en 1990, mais il augmente de plus de 7 % par an grâce à la poursuite de réformes macroéconomiques et structurelles. Cependant, étant donné les faibles niveaux du revenu par habitant dans ces pays en développement. des taux d’expansion économique relativement élevés seront nécessaires pendant de nombreuses années pour combler l’écart par rapport aux économies avancées (tableau 18).

Comme le suggère cette analyse de la complémentarité des politiques, le succès d’une stratégie de croissance suppose l’ouverture au commerce international, la stabilité macroéconomique et des interventions restreintes des pouvoirs publics dans l’économie84. Des politiques commerciales protectionnistes, prenant par exemple la forme de tarifs douaniers élevés et d’entraves non tarifaires très fréquentes, ont manifestement fait obstacle à l’intégration de nombreux pays dans l’économie mondiale. Ainsi, en Afrique subsaharienne, les droits de douane moyens sont d’environ 27%, alors qu’ils sont de 15 % pour les échanges entre pays de l’Asie de l’Est, et le ratio moyen de couverture des entraves non tarifaires est le multiple de celui du groupe des pays en développement du monde dont la croissance est la plus rapide. C’est au moins en partie du fait de telles politiques que l’Afrique subsaharienne a vu sa part du commerce mondial tomber d’environ 3 % au milieu des années 50 à un peu plus de 1 % en 1995. Au cours des dernières années, la région n’a attiré qu’environ 3 % du total de l’investissement direct étranger dans les pays en développement. Étant donné le desserrement progressif des entraves non tarifaires que prévoient les accords du Cycle de l’Uruguay, beaucoup de pays à faible revenu devront aussi renforcer la compétitivité de leurs exportations, qui ont joui d’un régime préférentiel dans le passé.

Si les pays pauvres doivent accroître leur ouverture, il leur faut aussi réformer le fonctionnement de l’État. Alors que leurs besoins sont considérables dans les domaines de la santé, de l’éducation et de l’infrastructure, ces pays ont consacré une part excessive des dépenses publiques à la défense nationale (du moins jusqu’à une date récente), au subventionnement d’entreprises d’État inefficientes et fonctionnant à perte ainsi qu’à des administrations inefficientes. L’affectation des dépenses doit être modifiée au profit d’activités dont l’utilité sociale est plus grande et, en particulier dans le cas de l’aide internationale, l’exécution des projets doit être renforcée. En outre, les gouvernements de ces pays doivent réformer leurs systèmes de recettes. Dans de nombreux pays, les exonérations arbitraires et la faiblesse de l’application de l’impôt ont conduit en fait à taxer à des taux élevés une base imposable étroite. En conséquence, certains secteurs sont fortement incités à la fraude. Afin de financer d’amples déficits budgétaires, beaucoup de ces gouvernements ont recouru à la répression financière, ce qui a entravé le développement des marchés de capitaux, ainsi qu’à la monétisation directe, laquelle a alimenté l’inflation; en outre, nombre d’entre eux ont emprunté massivement sur un marché intérieur des capitaux exigu, évinçant l’investissement privé tout en accroissant la dette publique. Ces pratiques ont entretenu l’inflation et renforcé l’instabilité macroéconomique.

Beaucoup de pays pauvres ont accumulé une dette extérieure considérable, notamment envers les institutions multilatérales. Afin de remédier au problème que posent les pays pauvres très endettés, le FMI et la Banque mondiale ont lancé conjointement une initiative dans le cadre de laquelle une aide spéciale sera apportée aux pays ayant pratiqué des politiques saines mais qui n’ont pas pu s’assurer d’une position extérieure soutenable au moyen des mécanismes traditionnels d’allégement de la dette (voir le chapitre II)85. Comme l’ont montré de nombreux pays en développement qui sont ou qui ont été pauvres, le retour à la viabilité extérieure, une plus grande ouverture internationale, la stabilité macroéconomique intérieure et une bonne gouvernance allant de pair avec des dépenses publiques conformes aux priorités peuvent, du fait que leurs avantages se renforcent mutuellement, conduire à des taux de croissance économique plus élevés et à une convergence rapide.

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