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II. Situation de l’économie mondiale et perspectives à court terme

Author(s):
International Monetary Fund. Research Dept.
Published Date:
May 1997
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La croissance de la production mondiale devrait se poursuivre, pour se situer aux alentours de 4½ % en 1997 et garder ce rythme en 1998, selon des projections qui s’inscrivent en légère hausse par rapport à celles des Perspectives de l’économie mondiale d’octobre dernier. On s’attend à ce que l’expansion soit relativement vigoureuse aux États-Unis et au Royaume-Uni —en dépit des pressions inflationnistes qui pourraient se faire jour dans les deux pays —et s’accélère au Canada, où le volant de ressources inemployées reste considérable. Au Japon, la reprise devrait continuer à un rythme modéré. On prévoit que le repli des taux d’intérêt amorcé depuis deux ans et le rétablissement de taux de change plus compétitifs soutiendront la reprise en Allemagne, en France et dans le reste de l’Europe continentale, bien que la poursuite des efforts engagés pour rééquilibrer les finances publiques et la confiance toujours fragile des ménages et des entreprises tendront à freiner l’expansion. La croissance des nouvelles économies industrielles d’Asie devrait aussi s’améliorer légèrement en 1998, car les exportations reprendront après le fléchissement observé durant la période récente.

À mesure que la reprise qui a suivi la crise mexicaine de 1995 se confirmera, les pays en développement de l’Hémisphère occidental devraient enregistrer une activité plus forte. En Afrique, on s’attend à ce que la poursuite des progrès dans la stabilisation et les réformes débouche sur une croissance proche des résultats en hausse affichés en 1996. Une croissance soutenue de l’ordre de 8 % est prévue dans les pays en développement d’Asie, alors que la reprise fléchira quelque peu dans les pays en développement du Moyen-Orient et d’Europe, où la situation reste contrastée. Quant aux pays en transition, leurs perspectives de croissance pour 1997 apparaissent un peu moins bonnes qu’on ne le pensait en octobre dernier, mais les prévisions tablent toujours sur une extension de la reprise, car de plus en plus de pays recueillent les fruits de leur constance dans l’effort de stabilisation et de réforme.

L’inflation est restée faible en 1996 dans les économies avancées et a encore ralenti dans les pays en développement ou en transition, malgré la forte hausse des prix du pétrole. L’indice des prix des produits de base du FMI a progressé de 5 % en dollars E.U. en 1996, l’augmentation d’environ 20 % du prix du pétrole brut étant partiellement compensée par une baisse de 1 % des prix des produits de base hors combustibles (graphique 4, page 17)2. Le faible niveau des stocks, après un hiver 1995–96 particulièrement rigoureux dans l’hémisphère Nord, a exacerbé l’impact de la hausse de la demande de fuel domestique sur les prix du pétrole, en particulier au second semestre de 1996 (encadré 3). Après avoir culminé à la mi-janvier 1997, ils ont diminué d’environ 23 % à la fin février suite à l’accroissement de la production pétrolière mondiale et à l’amélioration des stocks disponibles, pour se maintenir à peu près à ce niveau jusqu’à la fin mars. Aucune autre pression à la hausse ne se fait sentir, et l’on prévoit que les prix du pétrole seront inférieurs d’environ 20 %, fin 1997, à leur niveau de la fin 1996.

Graphique 4.Indice des prix des produits de base1

(En dollars E.U., 1990 = 100)

Les prix du pétrole ont augmenté en 1996, mais on s’attend à ce qu’ils baissent en 1997.

1La zone ombrée correspond à des projections des services du FMI.

2La pondération est de 57,7 % pour l’indice des produits de base hors combustibles et de 42,3 % pour l’indice des prix du pétrole.

Économies avancées: activité économique, inflation et orientation de la politique économique

Après avoir marqué le pas en 1995 dans la plupart des grands pays industrialisés, la croissance a évolué de manière plus différenciée en 1996 (graphique 5). Aux États-Unis, les hésitations de 1995 ont fait place, en 1996, à une expansion plus vigoureuse due en partie à la détente des taux d’intérêt. Au Japon, la reprise s’est affirmée à la fin de 1995 et au début de 1996 pour conserver, au-delà de ses fluctuations, un rythme modéré. Au Canada, l’expansion s’est accélérée au second semestre de 1996 après 18 mois de faible croissance; la baisse prononcée des taux d’intérêt et le regain de confiance contribuent à cette reprise. Le Royaume-Uni a bénéficié en 1996 d’une croissance sensiblement supérieure à celle de l’année précédente, ce qui a fait craindre une accumulation de pressions inflationnistes. Cette même année, en revanche, a confirmé la morosité de l’activité économique en Europe continentale. Dans un certain nombre de pays, dont l’Allemagne et la France, la confiance des ménages et des entreprises est restée fragile, la production industrielle a stagné et la montée du chômage a continué, atteignant de nouveaux records pour l’après-guerre. À la fin de l’année, toutefois, la détente des taux d’intérêt et le retour à des taux de change plus compétitifs portaient à croire que les conditions d’un redressement étaient réunies. Dans d’autres économies avancées, et notamment en Corée, à Hong Kong et à Singapour, la croissance —qui était supérieure à son rythme tendanciel —a ralenti en 1996 suite au fléchissement des exportations et, dans certains cas, au resserrement des conditions monétaires.

Graphique 5.Principaux pays industrialisés: écart de production1

(Production effective diminuée de la production potentielle, en pourcentage de cette dernière)

Les différences entre les postions cycliques relatives des principaux pays industrialisés se sont accentuées récemment.

1La zone ombrée correspond à des projections des services du FMI. Les estimations de l’écart comportent une marge significative d’incertitude. La méthode utilisée pour le calcul de la production potentielle est décrite dans les Perspectives de l’économie mondiale d’octobre 1993, page 109.

2Jusqu’à la fin de 1991, les données se rapportent à l’Allemagne de l’Ouest uniquement.

Encadré 3.Hausse des prix du pétrole en 1996

Après être restés relativement stables aux alentours de 17 dollars le baril pendant la majeure partie de la période 1994–95, les prix du pétrole ont augmenté pour s’établir à environ 21 dollars le baril en avril 1996, avant de baisser puis de remonter à nouveau vers la fin de l’année1. Entre 1995 et 1996, la hausse moyenne a été de l’ordre de 20 %. Le prix du marché libre a atteint environ 25 dollars le baril durant la seconde semaine de janvier 1997, et il avait diminué d’à peu près 6 dollars à la fin de février en raison d’un hiver plutôt clément —par rapport à l’année précédente —en Europe et en Amérique du Nord, de l’augmentation de la production mondiale (et en particulier de la reprise des exportations iraquiennes) et de l’appréciation du dollar E.U.

La hausse des prix pétroliers en 1996 peut s’expliquer par l’interaction entre le faible niveau des stocks et la demande de fuel domestique. En général, les stocks de pétrole brut et de produits pétroliers sont épuisés à la fin de la saison hivernale dans l’hémisphère Nord, et la reconstitution commence en mai et juin, avant la période de maintenance en Mer du Nord, et bien avant l’hiver suivant. Cependant, après l’hiver relativement rigoureux de 1995/96, la reconstitution initiale des stocks a été plus limitée qu’à l’accoutumée, et il n’y a guère eu d’accumulation supplémentaire avant la fin octobre. Aussi les stocks étaient-ils inférieurs, au début de l’hiver 1996/97, à leur niveau du début de la saison 1995/96.

Le faible niveau des stocks s’expliquait en partie par le refus d’accumuler des quantités importantes de pétrole alors que l’on continuait d’anticiper une baisse des prix dans un avenir proche. Durant l’essentiel de 1995 et tout au long de 1996, les prix des livraisons à terme de pétrole brut ont été assortis d’une forte décote par rapport aux livraisons immédiates, car on anticipait une augmentation de l’offre en provenance de l’Iraq, mais aussi d’autres sources. En septembre 1996, par exemple, le prix à terme du brut West Texas pour la livraison de septembre 1997 était inférieur d’environ 3,50 dollars le baril (15 %) aux prix des contrats de décembre 1996 (voir graphique). Cette structure de prix n’incitait guère à accroître les stocks privés au-dessus des niveaux requis pour répondre à la demande de consommation immédiate. C’est pourquoi, chaque fois qu’une dégradation imprévue des conditions météorologiques a accru la demande de fuel domestique, les prix sont montés en flèche faute de stocks régulateurs. L’Organisation des pays exportateurs de pétrole (OPEP) ne semble pas être à l’origine de la hausse des prix du pétrole en 1996 et au début de 1997. De fait, les journaux spécialisés indiquent que certains pays ont dépassé les quotas de production fixés par l’OPEP, et que ces dépassements ont été fréquents et substantiels dans le cas du Venezuela et du Nigéria2.

Prix du pétrole West Texas: contrats au comptant et à terme1

(En dollars E.U. le baril)

1Les prix au comptant sont des moyennes mensuelles.

En décembre, l’Iraq et les Nations Unies se sont accordés sur un plan autorisant ce pays à reprendre ses exportations de pétrole, à concurrence de 1 milliard de dollars par période de quatre-vingt-dix jours, et à en utiliser le produit pour importer des produits alimentaires. L’accroissement attendu de la production pétrolière mondiale —dû à la reprise des exportations iraquiennes et à l’augmentation des exportations en provenance de la Mer du Nord et de plusieurs autres sources —devrait ramener les stocks à des niveaux plus normaux, et permettre ainsi un relâchement des contraintes qui pèsent sur l’offre et qui ont facilité la hausse des prix en 1996. Les cours pratiqués sur les marchés à terme indiquent qu’en 1997, ces prix seront inférieurs de 5 % environ à leur moyenne de 1996, et qu’ils auront perdu à peu près 20% entre la fin 1996 et la fin 1997. Il semble que la correction des prix pétroliers reflétée dans les contrats à terme récemment conclus soit presque entièrement intervenue à la mi-février, donc plus tôt que ne l’avaient anticipé les marchés.

1Les prix du pétrole correspondent à la moyenne arithmétique des prix des bruts U.K. Brent, Dubaï et West Texas.2La production du pétrole brut des pays de l’OPEP au quatrième trimestre de 1996 aurait été de 26,3 millions de barils par jour, contre 25,9 millions au troisième trimestre, et on l’estimait à 26,6 millions de barils par jour en décembre, dont 0,85 million pour l’Iraq. Ces chiffres sont à rapprocher du total des contingents de l’OPEP, à savoir 25,033 millions de barils par jour. Voir par exemple, Agence internationale de l’énergie (AIE), Oil Market Report. 14 janvier 1997.

La croissance des économies avancées devrait s’affermir en 1997 pour approcher 3 %, selon des projections qui ne s’éloignent guère de celles des Perspectives de l’économie mondiale d’octobre 1996, et conserver ce rythme en 1998 (tableau 2). Elle devrait s’améliorer en Europe en 1997, mais le taux de 2½ % projeté ne suffira pas à abaisser de manière significative le niveau élevé du chômage.

Tableau 2.Économies avancées: PIB réel, prix à la consommation et chômage(Variations annuelles en pourcentage; chômage en pourcentage de la population active)
PIB réelPrix à la consommationTaux de chômage
199519961997199819951996199719981995199619971998
Économies avancées2,52,52,92,92,62,42,52,57,37,37,27,0
Principaux pays industrialisés2,02,22,62,62,32,22,32,36,96,97,06,7
États-Unis12,02,43,02,22,82,92,93,05,65,45,55,5
Japon1,43,62,22,9−0,10,11,31,23,13,33,13,0
Allemagne1,91,42,33,01,81,51,82,09,410,311,310,6
France2,21,32,43,01,82,01,61,811,612,412,812,3
Italie3,00,71,02,45,43,92,42,012,012,112,312,0
Royaume-Uni22,52,13,32,82,82,92,62,58,27,56,26,0
Canada2,31,53,53,42,21,71,71,89,59,79,48,8
Autres économies avancées4,23,73,84,13,73,33,13,08,58,48,27,9
Espagne2,82,22,83,44,73,52,52,322,922,121,420,7
Pays-Bas2,12,73,02,92,02,12,72,58,37,67,16,3
Belgique1,91,42,32,21,52,12,02,012,912,612,812,6
Suède3,61,12,02,52,50,52,32,27,78,17,26,7
Autriche1,81,11,72,82,21,91,91,94,64,74,84,8
Danemark2,72,42,72,52,12,12,52,710,38,88,28,1
Finlande4,53,24,43,41,00,61,31,617,216,315,114,0
Grèce2,02,63,03,19,38,56,96,010,09,89,69,3
Portugal2,33,23,33,54,13,12,52,37,27,37,47,5
Irlande10,37,06,35,62,51,62,22,113,412,411,611,0
Luxembourg3,53,73,73,51,91,82,02,02,82,82,82,8
Suisse0,1−0,70,72,31,80,81,01,54,24,75,55,5
Norvège3,34,84,23,22,51,32,52,54,94,84,03,8
Israël7,14,44,84,810,011,37,96,66,36,76,86,5
Islande2,15,53,02,41,72,32,82,55,04,34,14,0
Corée8,97,15,66,34,55,04,44,12,02,12,22,2
Australie33,24,03,23,72,72,72,12,88,58,68,48,0
Taiwan, province chinoise de6,05,66,06,33,73,13,43,31,82,62,52,4
Hong Kong4,84,55,05,09,06,07,16,53,22,92,92,8
Singapour8,87,06,66,11,71,41,82,02,73,03,03,0
Nouvelle-Zélande33,42,73,73,02,42,41,91,66,36,26,05,9
Pour mémoire
Union européenne2,51,62,42,93,02,52,22,111,211,311,310,8

Les projections relatives au chômage ont été ajustées d’après la nouvelle méthode de collecte adoptée par le Bureau of Labor Statistics des États-Unis en janvier 1994.

Les prix à la consommation sont fondés sur l’indice des prix de détail, non compris les intérêts hypothécaires.

Les prix à la consommation excluent les taux d’intérêt; pour l’Australie, d’autres composantes particulièrement fluctuantes sont exclues.

Les projections relatives au chômage ont été ajustées d’après la nouvelle méthode de collecte adoptée par le Bureau of Labor Statistics des États-Unis en janvier 1994.

Les prix à la consommation sont fondés sur l’indice des prix de détail, non compris les intérêts hypothécaires.

Les prix à la consommation excluent les taux d’intérêt; pour l’Australie, d’autres composantes particulièrement fluctuantes sont exclues.

Le maintien de la stabilité des prix, primordial pour la poursuite de l’expansion économique, suppose que l’on suive avec attention les tensions inflationnistes sous-jacentes. Les problèmes qui se posent sont illustrés au tableau 3 —inséré pour la première fois dans les Perspectives de l’économie mondiale d’octobre 1996 et mis à jour afin de tenir compte des évolutions récentes —, qui s’efforce d’apporter un certain nombre de réponses aux questions soulevées par les diverses manifestations des tensions inflationnistes dans les principaux pays industrialisés. En règle générale, l’engagement crédible des autorités à défendre une stabilité raisonnable des prix a joué un rôle important dans la maîtrise de l’inflation, et restera indispensable pour maintenir celle-ci à de faibles niveaux. Aux États-Unis et au Royaume-Uni, où le taux d’utilisation des ressources est élevé, l’inflation demeure modérée, même si des données récentes laissent craindre une augmentation des pressions sur les prix dans les deux pays. L’écart de production relativement important dû au retard ou au manque de dynamisme de la reprise en Allemagne, au Canada, en France, en Italie et au Japon indique que la consolidation de la croissance dans l’année qui vient ne risque guère de raviver l’inflation.

Tableau 3.Principaux pays industrialisés: indicateurs des tensions inflationnistes1(Les italiques signalent les modifications intervenues depuis l’ édition d’ octobre 1996 des
AllemagneCanadaÉtats-UnisFranceItalieJaponRoyaume-Uni
1. L’inflation est-elle en dehors d’une fourchette que les auto­rités jugent compatible avec la stabilité des prix?NonNonNonNonSonNonOui, légère­ment au-dessus
2. Le FMI prévoit-il une accélération de l’inflation en 1997?Oui, mais légère et due en partie au relèvement des prix administrésOui, mais légèreOui. mais lé gèreNonNonOui. mais due principalement au relèvement des taxes de consommationNon (hors intérêts hypothécaires)
3. Les marchés anticipent-ils une accé­lération de l’inflation en 1997? (Consensus Forecasts, Consensus Economics, Inc.)Oui. mais

légère
Oui, mais légèreOui, mais légèreNonNonOuiOui, mais légère (sur la base de l’indice glo­bal des prix)
4. L’expansion monétaire suscite-t-elle des inquiétudes?NonNonNonNonNonNonOui
5. L’écart de production se resserre-t-il?NonOuiOuiNonNonOui, mais il reste relativement largeOui
6. Les capacités excéden­taires se résorbent-elles trop rapidement?NonNonVolant de ressources réduit, voire inexistantNonNonNonPeut-être
7. Le marché du travail est-il tendu?NonNonOuiNonNonNonIl le devient
8. Les courbes de rende­ment ou les variations des taux d’intérêt du marché indiquent-elles une hausse de l’infla­tion anticipée?NonNon2NonNonNonNon2Non
9. La faiblesse de la monnaie stimule-t-elle l’inflation?Oui, mais- légèrementNonNonOui, mais légè­rementNonOui, mais

l’inflation

prévue reste faible
Non
10. Les comptes extérieurs signalent-ils une sur­chauffe de l’économie?NonNonPossibleNonNonNonNon
11. A-t-on observé une hausse rapide des cours des actions?OuiDans une certaine mesureOuiOuiOuiNonOui, jusqu’à la fin de 1996
12. Les prix ont-ils aug­menté rapidement ces derniers temps?NonNonNonNonNonNonReprise de la hausse après une longue stagnation

Ce tableau vise à donner une vue d’ensemble internationale des tensions inflationnistes et exprime l’opinion des services du FMI. Certains indicateurs diffèrent d’un pays à l’autre quant à la mesure dans laquelle ils contribuent au processus inflationniste.

La courbe des rendements s’est accentuée, mais il est peu probable qu’elle reflète une hausse de l’inflation anticipée.

Ce tableau vise à donner une vue d’ensemble internationale des tensions inflationnistes et exprime l’opinion des services du FMI. Certains indicateurs diffèrent d’un pays à l’autre quant à la mesure dans laquelle ils contribuent au processus inflationniste.

La courbe des rendements s’est accentuée, mais il est peu probable qu’elle reflète une hausse de l’inflation anticipée.

De même, dans d’autres économies avancées telles que l’Autriche, la Belgique, la Finlande et la Suède, qui ont donné récemment des signes de reprise, l’existence d’un volant considérable de ressources inutilisées devrait désamorcer les tensions inflationnistes. En Australie et en Nouvelle-Zélande, la modération de la croissance en 1996 a dissipé les craintes d’une éventuelle surchauffe de l’économie. Parmi les économies avancées, la Grèce, Hong Kong et Israël enregistrent les taux d’inflation les plus élevés, puisqu’ils devraient s’établir aux alentours de 7 à 8 % en 1997. Globalement, toutefois, l’inflation reste faible dans la majorité des économies avancées et, si l’on tient compte des fluctuations récentes et de l’évolution projetée des prix des produits de base —de la baisse récente des prix du pétrole, en particulier—, elle devrait se maintenir autour de 2½ % jusqu’à la fin de 1998.

Encadré 4.Causes et effets du biais de l’indice des prix à la consommation aux États-Unis

Les fluctuations de l’indice des prix à la consommation (IPC) sont le moyen le plus communément utilisé pour mesurer l’inflation. Une étude de l’U.S. Advisory Commission to Study the Consumer Price Index estime que l’IPC utilisé aux États-Unis a surestimé l’inflation de 1,1 point en 1996, et d’un peu plus pour chacune des vingt dernières années1. Si l’inflation a été officiellement de 2,9 % en 1996, le taux réel a dû être en fait de l’ordre de 1,8 %. Ce biais par excès tient à la méthode suivie pour établir l’IPC, qui ne saisit pas comme il le faudrait la redistribution des achats des consommateurs lorsque les prix relatifs évoluent, non plus que l’impact des variations de qualité, de l’introduction de nouveaux produits ou de la multiplication des points de vente à marge réduite. Si certains experts contestent que la distorsion soit aussi forte que ne le suggère la Commission, on s’accorde de plus en plus à reconnaître qu’elle pourrait être considérable.

La surestimation du taux officiel d’inflation est lourde de conséquences. Premièrement, la croissance des salaires réels a peut être été beaucoup plus forte durant les deux dernières décennies que ne l’indiquent les chiffres officiels, selon lesquels elle a été quasi inexistante2. Deuxièmement, ce biais par excès a un coût considérable pour les finances publiques: les dépenses budgétaires indexées sur l’IPC augmentent plus que nécessaire pour compenser l’inflation, et le surajustement des tranches d’imposition par l’IPC diminue les recettes fiscales. Il ressort d’observations récentes que si cette surestimation de l’inflation continue pendant dix ans, le déficit du budget fédéral augmentera de ce seul fait de 140 milliards de dollars sur cette période, et que la dette des États-Unis augmentera de plus de 650 milliards de dollars.

Causes des biais de l’IPC aux États-Unis, 1996
CausesPoints de pourcentage
Qualité/nouveauté du produit0,6
Substitution de produits0,4
Substitution des points de vente0,1
Total1,1
(Ordre de grandeur plausible)(0,8-1,6)

Le rapport de la Commission recense et mesure trois sources de distorsion, qui découlent toutes les trois des limites de la méthode suivie pour calculer l’IPC (voir tableau).

1) Les variations de qualité et l’introduction de nouveaux produits sont la principale source de distorsion. L’IPC ne tient pas assez compte de l’amélioration de la qualité des biens et services ou de l’arrivée de nouveaux produits. Si la qualité n’est pas prise en compte, les fluctuations de l’IPC ne montrent pas l’inflation réelle, car elles reflètent en partie l’évolution des caractéristiques des produits. De même, les nouveaux produits doivent être incorporés suffisamment tôt dans l’IPC pour saisir les baisses initiales de prix, qui font partie intégrante du cycle de vie d’un produit.

2) Les substitutions de produits créent une distorsion, car l’IPC repose sur un panier constant (en quantités) de biens et de services que les consommateurs sont censés acheter quelles que soient les fluctuations des prix relatifs. Dans la réalité, si le prix d’un bien augmente par rapport à un autre, les consommateurs se reportent de préférence sur le produit le moins cher. Les pondérations des composantes de l’IPC étant rarement révisées (tous les dix ans environ), cet effet de substitution est ignoré, ce qui crée un biais par excès.

3) Enfin, les substitutions de points de vente causent une distorsion dans la mesure où l’IPC ne tient pas correctement compte des nouvelles formes de distribution à marge réduite, qui détournent les consommateurs des magasins traditionnels, mieux représentés dans [le panier de] l’IPC.

Pour supprimer ces diverses distorsions, la Commission recommande de renoncer au mode de calcul actuel de l’IPC au profit d’une méthode rendant mieux compte de l’évolution des structures de dépenses3. Elle recommande aussi d’adopter de nouvelles procédures assurant la mise à jour annuelle des pondérations retenues et des données chronologiques, de modifier les données de prix et les méthodes de collecte, et de créer un comité d’experts indépendants chargé d’une mission de suivi et de conseil dans ce domaine.

Les conclusions de la Commission ont soulevé diverses critiques. Si les économistes s’accordent à penser que l’IPC introduit effectivement un biais par excès, l’ampleur de celui-ci reste controversée. La plus grande incertitude règne en ce qui concerne la distorsion causée par les différences de qualité et l’introduction de nouveaux produits. Il est très difficile, vu la rareté des données quantitatives directes, de mesurer des variations de qualité, et le rapport n’apporte aucune innovation de fond sur ce point, pas plus qu’il ne rend compte de la détérioration de la qualité de certains biens et services.

Le débat sur le biais par excès de l’IPC s’est développé surtout aux États-Unis, mais les conclusions de la Commission ont une portée plus générale, car beaucoup de pays emploient des techniques très proches de la méthode américaine. Les analyses effectuées au Canada laissent penser que l’IPC introduit un biais par excès de l’ordre de ½ à 1 point, donc un peu plus faible qu’aux États-Unis, ce qui s’explique en partie par la mise à jour plus fréquente des pondérations des biens et services du panier retenu4. Une étude sur l’indice des prix de détail au Royaume-Uni donne un ordre de grandeur plausible de 0,35 et 0,8 point, mais des travaux sont en cours pour évaluer si le biais n’est pas plus important5. Plus généralement, l’ampleur de cette distorsion dans d’autres pays dépend, entre autres, de la fréquence de révision des pondérations et des biens et services retenus pour l’IPC, du rythme auquel des produits nouveaux et améliorés sont introduits sur le marché, des formules d’estimation utilisées et des ajustements qui peuvent être effectués pour tenir compte des variations de qualité. La Norvège, le Royaume-Uni et la Suède, qui révisent leurs pondérations chaque année, sont donc moins exposés au biais de substitution. Bien que la majorité des pays industrialisés —États-Unis compris —s’efforcent d’intégrer l’évolution de la qualité des produits, ils ne parviennent pas à supprimer totalement cette forme de distorsion. En revanche, la plupart des pays en développement ou en transition ne font aucun ajustement à ce titre, et cette forme de distorsion pourrait donc être importante, surtout lorsque l’ouverture récente des marchés accroît la diversité et la qualité des biens et services proposés aux consommateurs.

1Toward a More Accurate Measure of the Cost of Living. Rapport final de l’Advisory Commission to Study the Consumer Price Index à la Commission des finances du Sénat, 4 décembre 1996. Le rapport observe que la distorsion de 1,1 point estimée reste dans l’ordre de grandeur plausible de 0,8 à 1,6 point.2Les premiers résultats laissent penser que le déflateur du PIB est lui aussi surestimé, ce qui implique que la croissance du PIB réel et la productivité ont peut être été sous-estimées ces vingt dernières années. L’ampleur de cette distorsion reste cependant à préciser.3Il faudrait pour cela passer de l’indice des prix actuel, fondé sur les pondérations, à une formule d’indice en chaîne. En tenant compte des comportements d’achat présents et passés, cette dernière méthode corrigerait très largement le biais lié aux effets de substitution.4Voir, par exemple, A. Crawford, «Measurement Bias in the Canadian CPI», Technical Report n° 64 (Ottawa, Banque du Canada, 1993). L’étude conclut que le biais est au maximum de 0,5 point.5Alastair Cunningham, «The Measurement Bias in Price Indices: An Application to the U.K.’s RPI», document de travail de la Banque d’Angleterre n° 47 (mars 1996).

Les projections globales de croissance et d’inflation masquent des différences considérables quant au rythme d’expansion des économies avancées, à leur situation dans le cycle conjoncturel et aux risques auxquels elles sont exposées. En 1997, la croissance devrait se situer légèrement au-dessus du potentiel aux États-Unis et au Royaume-Uni, qui entrent dans leur cinquième ou sixième année d’expansion. On prévoit que l’inflation restera relativement modérée dans ces deux pays, mais la forte utilisation des capacités augmentera le risque de surchauffe.

Aux États-Unis, l’économie est restée proche du plein emploi des capacités en 1996, et la confiance des entreprises et des consommateurs s’est encore améliorée. Le chômage est tombé à 5¼ % au milieu de l’an-née, et s’est maintenu depuis à ce niveau que la plupart des estimations jugent inférieur à son taux naturel. En dépit du niveau élevé d’utilisation des ressources, l’inflation sous-jacente est restée faible, puisqu’elle est d’un peu plus de 2½ %3; on a observé toutefois une certaine accélération des salaires. Après avoir atteint 3 % en 1997, la croissance devrait ralentir pour retrouver un rythme proche de son potentiel en 1998, et l’inflation se maintenir aux alentours de 3 %. Cependant, le risque qu’une résurgence de l’inflation oblige à resserrer la politique monétaire davantage que prévu n’est pas écarté. Le déficit du budget fédéral a été ramené à 1½ % du PIB pour l’exercice 1996, son ratio le plus bas depuis 1974, sous l’effet conjugué du freinage des dépenses et de la position favorable de l’économie dans le cycle conjoncturel (tableau 4). Après avoir maintenu l’objectif de taux des fonds fédéraux à 5¼ % entre février 1996 et la fin mars 1997, la Réserve fédérale l’a relevé de 25 points de base pour contenir une demande toujours soutenue et prévenir le risque de tensions inflationnistes. Fin janvier 1997, le Trésor a émis pour la première fois des titres indexés sur l’inflation, et un peu plus de 7 milliards de dollars E.U. de ces effets, assortis d’une échéance de dix ans, ont été adjugés à un rendement réel de 3½ %. L’écart par rapport au rendement d’obligations non indexées d’échéance comparable, qui donne une idée approximative des anticipations inflationnistes du marché pour le moyen terme4, était d’environ 3¼ % au moment de l’adjudication.

Tableau 4.Principaux pays industrialisés: soldes budgétaires et dette des administrations publiques1(En pourcentage du PIB)
1980–901991199219931994199519961997199820002002
Principaux pays industrialisés
Solde effectif−2,9−2,7−3,8−4,3−3,5−3,4−3,0−2,3−2,1−1,5−1,4
Écart de production0,7−0,2−1,7−1,3−1,4−1,4−1,0−0,7−0,10,3
Solde structurel−2,8−3,1−3,5−3,3−2,7−2,6−2,2−1,6−1,6−1,4−1,6
États-Unis
Solde effectif−2,6−3,3−4,4−3,6−2,3−2,0−1,4−1,5−1,3−1,1−1,1
Écart de production−0,4−0,8−0,5−0,50,60,40,51,21,10,90,7
Solde structurel−2,4−3,1−4,1−3,4−2,5−2,1−1,6−1,9−1,7−1,5−1,3
Dette nette35,446,750,052,152,953,953,853,352,851,550,0
Dette brute49,462,164,666,466,066,267,066,565,864,162,3
Japon
Solde effectif−1,12,91,5−1,6−2,3−3,7−4,6−2,9−2,7−2,2−3,1
Écart de production0,34,11,5−1,4−3,3−4,2−3,1−3,2−2,6−1,1
Solde structurel−1,21,50,9−1,1−1,1−2,0−3,3−1,7−1,6−1,8−3,1
Dette nette20,94,84,25,28,011,816,018,520,623,928,1
Dette brute66,566,770,075,182,490,194,998,8101,2106,4112,7
Pour mémoire
Solde effectif, sécurité sociale
non comprise−4,0−0,7−2,0−4,8−5,4−6,5−7,3−5,5−4,9−5,4−5,8
Solde structurel, sécurité
sociale non comprise−4,1−2,0−2,5−4,3−4,3−5,1−6,3−4,5−4,1−5,0−5,7
Allemagne2
Solde effectif−2,1−3,3−2,8−3,5−2,4−3,5−3,8−3,3−2,9−1,8−1,3
Écart de production−1,33,42,0−2,0−2,0−2,2−3,1−3,1−2,4−0,7
Solde structurel−1,5−5,2−3,8−2,3−1,2−2,2−1,8−1,1−1,2−1,3−1,3
Dette nette21,021,427,735,440,749,151,553,053,552,951,4
Dette brute40,141,144,148,250,458,160,361,561,660,258,2
France
Solde effectif−1,9−2,0−4,0−5,8−5,8−5,0−4,1−3,3−3,4−2,7−2,0
Écart de production0,60,6−0,5−3,8−3,0−2,7−3,3−2,7−2,1−0,90,3
Solde structurel−2,2−2,4−3,5−3,3−3,7−3,2−1,9−1,4−1,8−2,0−2,1
Dette nette322,027,130,234,440,243,546,948,449,550,650,2
Dette brute29,635,839,745,748,652,956,357,858,960,059,6
Italie4
Solde effectif−10,9−10,2−9,5−9,6−9,0−7,1−6,8−3,3−4,1−3,6−2,9
Écart de production2,61,9−3,1−2,8−1,7−2,7−3,5−3,0−1,5−0,2
Solde structurel−12,0−11,2−9,6−8,1−7,6−6,2−5,4−1,7−2,7−2,9−2,8
Dette nette73,496,3103,0111,8117,3116,8116,4115,0113,0108,9102,0
Dette brute79,0101,4108,5119,3125,5124,9123,0121,5119,3115,0107,8
Royaume-Uni
Solde effectif−2,0−2,5−6,3−7,8−6,8−5,6—4,4−3,1−2,1−0,40,1
Écart de production−0,6−2,3−4,5−4,7−3,1−2,5−1,9−1,4−0,8−0,7
Solde structurel−1,3−2,7−3,8−4,3−3,9−3,6−2,9−2,1−1,50,20,3
Dette nette40,326,728,132,537,740,943,945,743,141,337,2
Dette brute48,033,634,840,446,047,349,349,449,647,843,7
Canada
Solde effectifl−4,5−6,6−7,4−7,3−5,3−4,1−1,8−0,30,31,42,1
Écart de production0,1−2,6−3,7−4,0−2,6−2,6−3,3−2,3−1,4−0,10,3
Solde structurel−4,4−4,9−4,8−4,6−3,6−2,70,91,01,41,9
Dette nette30,149,756,961,964,767,568,766,362,955,347,1
Dette brute60,279,486,992,594,698,399,996,591,781,570,9
Note: Les projections budgétaires reposent sur les informations disponibles à la fin mars 1997. Les hypothèses spécifiques retenues pour chaque pays sont présentées dans l’encadré 2. Voir également les notes du graphique 3.

L’écart de production correspond à la production effective diminuée de la production potentielle, en pourcentage de cette dernière. Les soldes structurels sont exprimés en pourcentage de la production potentielle. Le solde budgétaire structurel est le solde qui serait enregistré si la production effective coïncidait avec la production potentielle. Les variations de ce solde incluent, par conséquent, les effets des mesures budgétaires temporaires, l’impact des fluctuations des taux d’intérêt et du coût du service de la dette ainsi que d’autres fluctuations non cycliques du solde budgétaire. Le calcul des soldes structurels repose sur l’estimation par les services du FMI du PIB potentiel et des élasticités des recettes et des dépenses (voir les Perspectives de l’économie mondiale d’octobre 1993, annexe 1). La dette nette représente la dette brute moins les avoirs financiers, lesquels comprennent les avoirs détenus par le système de sécurité sociale. Les estimations de l’écart de production et du solde budgétaire structurel comportent une marge d’incertitude significative.

Les données relatives à l’Allemagne avant 1990 se rapportent à l’Allemagne de l’Ouest. La première colonne correspondant à la dette nette se rapporte aux années 1986 à 1990. À partir de 1995, la dette et le service de la dette de la Treuhandanstalt (et de divers autres organismes) ont été pris en charge par les administrations publiques. Cette dette équivaut à 8 % du PIB, et son service à ½ %.

Le chiffre indiqué dans la colonne 1980–90 correspond à la moyenne pour les années 1983–90.

À partir de 1996, les données reposent sur de nouvelles méthodes comptables.

Note: Les projections budgétaires reposent sur les informations disponibles à la fin mars 1997. Les hypothèses spécifiques retenues pour chaque pays sont présentées dans l’encadré 2. Voir également les notes du graphique 3.

L’écart de production correspond à la production effective diminuée de la production potentielle, en pourcentage de cette dernière. Les soldes structurels sont exprimés en pourcentage de la production potentielle. Le solde budgétaire structurel est le solde qui serait enregistré si la production effective coïncidait avec la production potentielle. Les variations de ce solde incluent, par conséquent, les effets des mesures budgétaires temporaires, l’impact des fluctuations des taux d’intérêt et du coût du service de la dette ainsi que d’autres fluctuations non cycliques du solde budgétaire. Le calcul des soldes structurels repose sur l’estimation par les services du FMI du PIB potentiel et des élasticités des recettes et des dépenses (voir les Perspectives de l’économie mondiale d’octobre 1993, annexe 1). La dette nette représente la dette brute moins les avoirs financiers, lesquels comprennent les avoirs détenus par le système de sécurité sociale. Les estimations de l’écart de production et du solde budgétaire structurel comportent une marge d’incertitude significative.

Les données relatives à l’Allemagne avant 1990 se rapportent à l’Allemagne de l’Ouest. La première colonne correspondant à la dette nette se rapporte aux années 1986 à 1990. À partir de 1995, la dette et le service de la dette de la Treuhandanstalt (et de divers autres organismes) ont été pris en charge par les administrations publiques. Cette dette équivaut à 8 % du PIB, et son service à ½ %.

Le chiffre indiqué dans la colonne 1980–90 correspond à la moyenne pour les années 1983–90.

À partir de 1996, les données reposent sur de nouvelles méthodes comptables.

Après avoir ralenti en 1995, la croissance s’est redressée au Royaume-Uni pour atteindre en 1996 des taux proches du potentiel ou supérieurs grâce à la reprise de la consommation privée. Le chômage était tombé à 6¼ % au début de 1997, soit un des taux les plus bas en Europe —même si, dans la phase actuelle de reprise conjoncturelle, le chômage a diminué beaucoup plus que l’emploi n’a effectivement augmenté, ce qui s’explique en partie par les modifications apportées au système d’indemnisation du chômage. L’inflation est restée supérieure à l’objectif de 2½ % tout au long de 1996, et a dépassé pour un temps 3 % au quatrième trimestre. La tension croissante du marché du travail (dont témoigne l’accélération de la hausse des rémunérations, qui atteignait 5 % en rythme annuel au début de 1997), le vif essor des prix des logements et l’expansion monétaire rapide peuvent être considérés comme des signes avant-coureurs d’une montée des pressions inflationnistes. Les projections de croissance pour 1997 ont été révisées en hausse et portées à 3¼ % pour tenir compte du renforcement de la consommation privée et du redémarrage attendu des dépenses d’investissement. La menace que le dynamisme croissant de l’économie faisait peser sur la réalisation de l’objectif d’inflation du Royaume-Uni a conduit les autorités à relever le taux minimum des avances de 25 points de base, pour le porter à 6 % en octobre 1996. L’appréciation de la livre sterling depuis août dernier devrait également atténuer les pressions sur la demande et les prix. Les dérapages budgétaires observés en 1995–96, qui étaient dus principalement à l’insuffisance des recettes publiques par rapport aux prévisions, ont ralenti le processus d’assainissement budgétaire, et la loi de finances présentée en novembre ne prévoyait qu’un léger resserrement de la politique budgétaire à court terme. Le plan de réduction du déficit à l’horizon du moyen terme a donc été décalé d’un an en 1996, et les projections tablent sur un déficit global des administrations publiques proche de 3 % en 1997.

Le rythme de l’expansion économique s’est ralenti en Australie en 1996 en raison d’un fléchissement des dépenses de consommation. L’amélioration des perspectives d’évolution de l’inflation a permis aux autorités d’abaisser les taux d’intérêt à la fin de 1996, ce qui devrait favoriser la croissance en 1997. En Nouvelle-Zélande, l’expansion a aussi ralenti mais, bien que le taux de 23/4 % affiché en 1996 soit le plus bas enregistré depuis quatre ans, il n’en est pas moins bienvenu, car il réduit le risque de surchauffe. L’activité économique devrait s’accélérer en 1997, car on s’attend à ce que les allégements fiscaux récents et à venir entraînent une reprise de la consommation.

À l’inverse des pays qui se trouvent à un stade avancé de leur phase d’expansion, le Japon n’a pas véritablement retrouvé la croissance avant la fin de 1995. Depuis, celle-ci a fluctué autour d’une tendance modérée. La croissance de la demande intérieure est restée modeste, l’essor de l’investissement fixe des entreprises étant largement compensé par un léger recul de la consommation privée et un fléchissement de l’investissement public après une période de forte hausse. Avec un taux d’escompte officiel stable à 1½ % depuis septembre 1995, la politique monétaire vise à stimuler vigoureusement la reprise (graphique 6). La politique budgétaire poursuivant le même objectif, le déficit des administrations publiques (non compris les régimes de sécurité sociale) a atteint 7 ¼ % du PIB en 1996, dont 6¼ points au titre du déficit structurel. Ce déficit structurel devrait être ramené aux alentours de 4½ % du PIB en 1997 grâce à de nouvelles compressions des investissements publics, à l’élimination des mesures d’allégement temporaire de l’impôt sur le revenu et au relèvement de la taxe de consommation. On s’attend aussi à ce que le redressement des rémunérations et l’essor des exportations nettes compensent l’arrêt des mesures de relance budgétaire et étayent la croissance. Les projections de croissance du Japon pour 1997 ont été révisées légèrement à la baisse et ramenées à 2¼ % afin de tenir compte des répercussions que pourraient avoir la baisse récente des cours des actions et l’effritement de la confiance. La légère accélération de l’inflation attendue en 1997 sera due en grande partie au relèvement de la taxe de consommation.

Graphique 6.Trois principaux pays industrialisés: taux d’intérêt directeurs et taux des obligations d’État à dix ans1

(Taux annuels, en pourcentage)

1Le taux-«objectif» des fonds fédéraux pour les États-Unis, le taux des appels d’offres au jour le jour pour le Japon, le taux de prise en pension pour l’Allemagne et tous les rendements d’obligations d’État à dix ans sont des moyennes mensuelles. Tous les autres taux sont les taux observés en fin de mois.

Au Canada, la reprise relativement vigoureuse de 1993–94 avait été suivie d’un net ralentissement en 1995. Un redressement de l’activité économique a été observé au second semestre de 1996, mais la croissance n’a été que de 1½ % sur l’ensemble de l’année. La demande intérieure, et notamment le redémarrage de la construction de logements et l’investissement dans les biens d’équipement professionnel, a alimenté cette reprise récente. Le chômage s’est maintenu pour l’essentiel autour de 9½ à 10 % depuis la fin de 1994, et l’inflation sous-jacente a encore diminué pour s’établir à environ 1½ % l’an passé, c’est-à-dire dans la moitié inférieure de la bande fixée par les autorités (1 à 3 %). Dans ce contexte caractérisé par une inflation modérée, un écart de production important et des pressions à la hausse du dollar canadien, la Banque du Canada a abaissé les taux d’intérêt à court terme de près de 3 points en 1996, confirmant ainsi l’orientation moins restrictive de la politique monétaire. Ce relâchement des conditions monétaires, conjugué au retour de la confiance et à la poursuite des progrès dans la résorption du déficit budgétaire, a favorisé la baisse des taux longs. La solidité des données économiques fondamentales augure bien de la poursuite de la reprise en 1997–98 au Canada et du maintien de l’inflation dans les limites fixées.

Contrairement à l’expansion soutenue de pays tels que les États-Unis et le Royaume-Uni, à la confirmation d’un redressement modéré au Japon et à la reprise prometteuse que connaît le Canada, la croissance a été plus modeste en Europe continentale et ses perspectives demeurent incertaines. L’environnement économique n’en a pas moins enregistré certaines évolutions positives qui devraient favoriser un regain d’activité en 1997. Le dosage des politiques mises en oeuvre a été rééquilibré, depuis 1995, dans un sens plus favorable à la poursuite d’une croissance soutenue à moyen terme. La grande stabilité des prix et l’approfondissement des efforts d’assainissement budgétaire ont facilité l’adoption de politiques monétaires moins restrictives, et les conditions monétaires, définies largement pour inclure les effets des fluctuations des taux de change, se sont nettement assouplies depuis le début de 1995, notamment en France (graphique 7). L’Allemagne a abaissé ses taux d’intérêt à court terme de 75 points de base en 1996, après les réductions plus franches encore opérées au cours de chacune des trois dernières années, et d’autres pays européens lui ont emboîté le pas. L’engagement à assainir les finances publiques a facilité également la baisse des taux d’intérêt à long terme, et les taux de change vis-à-vis des principales monnaies ne participant pas au mécanisme de change du SME ont retrouvé des niveaux plus compétitifs qu’au début de 1995, ce qui a stimulé les exportations nettes et permis de profiter de la vigueur de la demande mondiale.

Graphique 7.Principaux pays industrialisés: indices des conditions monétaires1

On prévoit qu’une détente des conditions monétaires —définies au sens large de manière à tenir compte des variations à la fois des taux d’intérêt et des taux de change - en Allemagne et en France soutiendra une reprise de la croissance.

1Pour chaque pays, l’indice est défini comme une moyenne pondérée de la variation en points de pourcentage du taux d’intérêt réel à court terme et de la variation en pourcentage du taux de change effectif réel par rapport à une période de référence (janvier 1990). Une pondération relative de 3 à 1 est appliquée au Canada, à la France, à l’Italie et au Royaume-Uni, de 4 à 1 à l’Allemagne, et de 10 à 1 au Japon et aux États-Unis. Cette pondération vise à exprimer l’effet relatif des taux d’intérêt et des taux de change sur la demande globale; il convient de la considérer à titre indicatif plutôt que comme une estimation précise. Par exemple, le ratio de 3 à 1 indique qu’une variation de 1 point du taux d’intérêt réel à court terme a à peu près le même effet à terme sur la demande globale qu’une variation de 3 % du taux de change effectif réel. Les fluctuations de l’indice sont donc équivalentes aux variations en points de pourcentage du taux d’intérêt réel. Le décalage avec lequel une variation de l’indice agit en principe sur la demande globale dépend de la mesure dans laquelle cette variation résulte d’une variation du taux d’intérêt ou d’une variation du taux de change; ce décalage varie selon la conjoncture de même que selon les pays. Il n’est pas attaché de signification à la valeur absolue de l’indice; cet indice a plutôt pour objet d’indiquer le degré de resserrement ou d’assouplissement des conditions monétaires par rapport à la période de référence (choisie de façon arbitraire). Les légères variations des poids relatifs utilisés modifient la valeur de l’indice mais non l’aspect qualitatif des conditions.

Cette conjoncture favorable semble militer en faveur d’un dépassement possible du taux de croissance de 2½ % projeté pour l’Europe en 1997, mais cette éventualité est contrebalancée par un certain nombre de considérations inverses. Ainsi, on attend toujours un redressement convaincant de la demande intérieure dans des pays tels que l’Allemagne, la France ou l’Italie (graphique 8). Le niveau record du chômage a érodé la confiance des consommateurs et leurs dépenses (graphique 9). L’existence de larges volants de ressources inemployées pourrait signifier que l’investissement des entreprises restera médiocre pendant quelque temps encore. D’autre part, la poursuite des efforts engagés pour rééquilibrer les finances publiques afin de respecter le critère de Maastricht limitant les déficits budgétaires à 3 % du PIB aura vraisemblablement pour effet de brider la demande intérieure (tableau 5)5. Parallèlement, toutefois, le nonrespect du critère de déficit risque de rendre la réalisation de l’UEM plus incertaine et de miner davantage encore la confiance des entreprises et des ménages. Outre les facteurs macroéconomiques, les rigidités structurelles des marchés du travail européens ont aussi contribué à ce manque de dynamisme en déclenchant un cercle vicieux de sous-utilisation prolongée des ressources, d’érosion du capital humain et de relèvement des taux de chômage structurel déjà élevés. Cette composante structurelle, que la reprise ne permettra pas de réduire à elle seule, représente probablement près des trois-quarts du taux de chômage de 11¼ % que connaît l’Europe.

Graphique 8.Pays européens (échantillon): demande intérieure totale réelle

(Variation en pourcentage, en glissement sur quatre trimestres)

Une reprise convaincante de la demande intérieure se fait toujours attendre en Europe continentale.

Graphique 9.Union européenne et États-Unis: indicateurs de la confiance des consommateurs1

Le moral des consommateurs reste particulièrement bas dans les pays de l’Union européenne.

Sources: Conference Board, pour les États-Unis: Commission européenne

1Les indicateurs ne sont pas comparables entre tous les pays.

2Pourcentage des personnes interrogées qui s’attendent à voir leur situation s’améliorer moins pourcentage de celles qui s’attendent à une détérioration.

Tableau 5.Union européenne: indicateurs de convergence pour 1995, 1996 et 1997(Pourcentages)
Taux d’inflation surSolde budgétaireTaux d’inté­
la base des prixdes administrationsDette publiquerêt à long
à la consommationpubliques/PIBbrute/PIB3terme4
199519961997199519961997119972199519961997Mars 1997
Allemagne51,81,51,8−3,5−3,8−3,3−2,958,160,361,55,8
France1,82,01,6−5,0−4,1−3,3−3,052,956,357,85,7
Italie5,43,92,4−7,1−6,8−3,3−3,0124,9123,0121,57,6
Royaume-Uni62,82,92,6−5,6−4,4−3,147,349,349,47,5
Espagne4,73,52,5−6,6—4,4−3,23,065,369,569,07,1
Pays-Bas2,02,12,7−4,0−2,3−2,279,778,876,15,7
Belgique1,52,12,0−4,1−3,4−2,9−2,9133,5130,0127,15,9
Suède2,50,52,3−7,9−2,5−0,8−2,678,278,676,67,1
Autriche2,21,91,9−5,3−3,9−2,5−3,069,369,868,15,7
Danemark72,12,12,5−1,9−1,6−0,10,272,269,967,36,5
Finlande1,00,61,3−5,2−2,6−1,9−1,458,558,058,76,1
Grèce89,38,56,9−9,2−7,6−5,1−4,2111,8110,7107,710,3
Portugal4,13,12,5−4,9−4,0−2,9−2,971,770,869,26,9
Irlande2,51,62,2−2,4−1,0−1,6−1,584,876,472,36,3
Luxembourg1,91,82,00,4−0,1−0,15,45,95,76,1
Ensemble de l’UE93,02,52,2−5,2−4,4−3,172,173,273,06,6
Valeur de référence102,92,43,1−3,0−3,0−3,060,060,060.07,9
Sources: sources nationales; projections des services du FMINote: Ce tableau présente les indicateurs de convergence stipulés dans le Traité de Maastricht, à l’exception du critère relatif au taux de change. Les trois critères de convergence sont les suivants: 1) le taux d’inflation sur la base des prix à la consommation ne doit pas dépasser de plus de 1½ point celui des trois pays qui obtiennent les meilleurs résultats à cet égard; 2) les taux d’intérêt sur les titres d’État à long terme ne doivent pas dépasser de plus de 2 points ceux des trois États membres susmentionnés; 3) la position financière doit être viable, ce qui signifie en particulier que le déficit des administrations publiques doit être égal ou inférieur à la valeur de référence de 3 % du PIB. Si ce niveau n’est pas respecté, le déficit public doit avoir diminué de manière substantielle et constante et atteint un niveau proche de la valeur de référence, ou l’excédent par rapport à la valeur de référence doit être temporaire et exceptionnel. La dette brute des administrations publiques doit être égale ou inférieure à 60 % du PIB, ou si ce niveau n’est pas respecté, le ratio d’endettement doit diminuer dans une mesure suffisante et s’approcher de la valeur de référence à un rythme satisfaisant. Le critère du taux de change est défini comme suit: la monnaie doit avoir été maintenue à l’intérieur des marges normales de fluctuation du mécanisme de change européen pendant deux ans sans avoir fait l’objet d’un réalignement à l’initiative de l’État membre considéré.

Sur la base des informations disponibles à la fin mars 1997.

Objectifs officiels ou intentions. Les projections budgétaires des services du FMI figurant dans les deux colonnes précédentes reposent dans certains cas sur des hypothèses différentes de celles qui sont retenues par les autorités nationales en ce qui concerne la croissance, l’inflation ou les taux d’intérêt, et elles ne tiennent pas compte des mesures supplémentaires de rééquilibrage que les gouvernements de l’UE prévoient de prendre dans leurs programmes de convergence, mais qui n’ont pas encore été annoncées, Se reporter à l’encadré 2 pour plus de détails sur les hypothèses retenues par les services du FMI en ce qui concerne les finances publiques.

Les données relatives à la dette se rapportent à la fin de l’année. Il s’agit de la dette des administrations publiques, mais il se peut qu’elle ne corresponde pas à la définition retenue à Maastricht.

Rendement des obligations d’État à dix ans ou à l’échéance la plus proche de dix ans.

Alors que d’autres pays de l’UE (la France et l’Italie, par exemple) ont pris des dispositions budgétaires supplémentaires en 1997, les autorités allemandes n’ont encore annoncé aucune mesure additionnelle visant à assurer le respect des critères de Maastricht relatifs au déficit budgétaire.

Indice des prix de détail hors intérêts hypothécaires.

Les dépôts des administrations publiques à la banque centrale, les obligations non publiques détenues par l’État et la dette publique liée aux entreprises publiques ont représenté quelque 20 % du PIB en 1995.

Le taux d’intérêt à long terme est celui des bons du Trésor à 12 mois.

Moyenne pondérée par les parts du PIB en 1994, sur la base de l’évaluation du PIB des différents pays à parité des pouvoirs d’achat (PPA), pour l’indice des prix à la consommation, les soldes budgétaires des administrations publiques et la dette.

Le Traité ne spécifie pas la méthode à utiliser pour calculer les valeurs de référence pour l’inflation et le taux d’intérêt, notant seulement qu’elles doivent être fondées sur les trois pays où l’inflation est la plus faible. À des fins d’illustration, les valeurs de référence sont calculées sur la base d’une moyenne arithmétique pour les trois pays.

Sources: sources nationales; projections des services du FMINote: Ce tableau présente les indicateurs de convergence stipulés dans le Traité de Maastricht, à l’exception du critère relatif au taux de change. Les trois critères de convergence sont les suivants: 1) le taux d’inflation sur la base des prix à la consommation ne doit pas dépasser de plus de 1½ point celui des trois pays qui obtiennent les meilleurs résultats à cet égard; 2) les taux d’intérêt sur les titres d’État à long terme ne doivent pas dépasser de plus de 2 points ceux des trois États membres susmentionnés; 3) la position financière doit être viable, ce qui signifie en particulier que le déficit des administrations publiques doit être égal ou inférieur à la valeur de référence de 3 % du PIB. Si ce niveau n’est pas respecté, le déficit public doit avoir diminué de manière substantielle et constante et atteint un niveau proche de la valeur de référence, ou l’excédent par rapport à la valeur de référence doit être temporaire et exceptionnel. La dette brute des administrations publiques doit être égale ou inférieure à 60 % du PIB, ou si ce niveau n’est pas respecté, le ratio d’endettement doit diminuer dans une mesure suffisante et s’approcher de la valeur de référence à un rythme satisfaisant. Le critère du taux de change est défini comme suit: la monnaie doit avoir été maintenue à l’intérieur des marges normales de fluctuation du mécanisme de change européen pendant deux ans sans avoir fait l’objet d’un réalignement à l’initiative de l’État membre considéré.

Sur la base des informations disponibles à la fin mars 1997.

Objectifs officiels ou intentions. Les projections budgétaires des services du FMI figurant dans les deux colonnes précédentes reposent dans certains cas sur des hypothèses différentes de celles qui sont retenues par les autorités nationales en ce qui concerne la croissance, l’inflation ou les taux d’intérêt, et elles ne tiennent pas compte des mesures supplémentaires de rééquilibrage que les gouvernements de l’UE prévoient de prendre dans leurs programmes de convergence, mais qui n’ont pas encore été annoncées, Se reporter à l’encadré 2 pour plus de détails sur les hypothèses retenues par les services du FMI en ce qui concerne les finances publiques.

Les données relatives à la dette se rapportent à la fin de l’année. Il s’agit de la dette des administrations publiques, mais il se peut qu’elle ne corresponde pas à la définition retenue à Maastricht.

Rendement des obligations d’État à dix ans ou à l’échéance la plus proche de dix ans.

Alors que d’autres pays de l’UE (la France et l’Italie, par exemple) ont pris des dispositions budgétaires supplémentaires en 1997, les autorités allemandes n’ont encore annoncé aucune mesure additionnelle visant à assurer le respect des critères de Maastricht relatifs au déficit budgétaire.

Indice des prix de détail hors intérêts hypothécaires.

Les dépôts des administrations publiques à la banque centrale, les obligations non publiques détenues par l’État et la dette publique liée aux entreprises publiques ont représenté quelque 20 % du PIB en 1995.

Le taux d’intérêt à long terme est celui des bons du Trésor à 12 mois.

Moyenne pondérée par les parts du PIB en 1994, sur la base de l’évaluation du PIB des différents pays à parité des pouvoirs d’achat (PPA), pour l’indice des prix à la consommation, les soldes budgétaires des administrations publiques et la dette.

Le Traité ne spécifie pas la méthode à utiliser pour calculer les valeurs de référence pour l’inflation et le taux d’intérêt, notant seulement qu’elles doivent être fondées sur les trois pays où l’inflation est la plus faible. À des fins d’illustration, les valeurs de référence sont calculées sur la base d’une moyenne arithmétique pour les trois pays.

Les indicateurs de l’activité économique continuent de donner des résultats contrastés en Allemagne, où le PIB réel a enregistré une forte reprise au second et au troisième trimestres de 1996 alors que la croissance a ralenti au point de s’arrêter pratiquement au quatrième trimestre. Le secteur des exportations a été le principal moteur de l’économie, et les chefs d’entreprises se sont montrés plus confiants. Mais la croissance de la demande intérieure est restée médiocre, les consommateurs n’ont pas retrouvé la confiance et le chômage (corrigé des variations saisonnières) a atteint un nouveau sommet de 11¼ % en janvier, avant d’enregistrer un léger recul en février. L’inflation est restée modérée aux alentours de 1½%, les hausses de salaire n’ayant généralement pas dépassé 2 % en 1996 et se cantonnant jusqu’à présent autour de 1 % pour 1997.

Si les conditions monétaires ont été assouplies, ainsi qu’il a été dit plus haut, la politique budgétaire allemande a été resserrée en 1997 pour corriger les dérapages de 1995 et pallier le manque de progrès enregistré en 1996. Partant d’un déficit des administrations publiques de l’ordre de 4 % du PIB en 1996, le programme budgétaire prévoit de ramener le déficit budgétaire en deçà de 3 % en 1997 pour satisfaire au critère de Maastricht, mais il semble difficile d’atteindre totalement cet objectif sans adopter des mesures supplémentaires. La politique monétaire suivie vise à accompagner la reprise modérée qui se fait jour, et les projections tablent sur une croissance de 2¼% en 1997, l’expansion vigoureuse des exportations devant se confirmer et favoriser ainsi une relance de l’investissement dans les biens d’équipement professionnel. On prévoit que la consommation redémarrera plus tard dans l’année et que l’inflation restera modérée, car l’écart de production est considérable. La reprise attendue pourrait toutefois être retardée si l’investissement et la consommation sont plus faibles que prévu.

L’économie est restée léthargique en France, où le PIB réel n’a augmenté que d’environ 1¼ % en 1996. En dépit de la faible augmentation des revenus et du peu de confiance des consommateurs, les dépenses de consommation et les exportations nettes ont apporté une contribution positive à l’expansion. Cependant, l’investissement n’a pas progressé et le déstockage a continué de freiner la croissance. Le chômage a atteint un nouveau sommet de 123/4 % au début de 1997. L’inflation est toujours fermement maîtrisée. Suite à l’adoption du collectif budgétaire de novembre, le déficit budgétaire a été maintenu dans les limites de l’objectif de 4 % du PIB arrêté par le gouvernement pour 1996. Les mesures budgétaires prévues pour 1997 visent à maintenir les dépenses de l’administration centrale inchangées en valeur nominale et à plafonner strictement les dépenses de sécurité sociale; des mesures supplémentaires semblent toutefois nécessaires pour ramener durablement le déficit en deçà de 3 % du PIB. Depuis que la Bundesbank a abaissé ses taux à court terme en août, la Banque de France a diminué ses taux d’intervention de 15 à 25 points de base; le franc est resté stable vis-à-vis du deutsche mark, mais il s’est déprécié face au dollar et en termes effectifs.

La croissance devrait s’accélérer en 1997 et approcher 2½%, car on s’attend à ce que l’expansion tendancielle de la consommation privée se poursuive et que les exportations continuent de progresser. Le chômage devrait dépasser 13 % au milieu de l’année, alors que les tensions inflationnistes resteront probablement négligeables. Il se peut que la croissance soit plus vigoureuse si les taux de change restent à leurs niveaux du début de 1997, mais le risque est au moins aussi grand que la montée du chômage affaiblisse la consommation et que la mollesse de la croissance en Europe freine l’essor des exportations.

En Italie, la stagnation de l’activité économique en 1996 s’explique notamment par le raffermissement de la lire amorcé au milieu de 1995 et le manque de dynamisme de ses principaux marchés d’exportation européens. La production industrielle s’est contractée au cours de l’année et le chômage est resté relativement stable autour de 12 %. L’inflation, qui est tombée de 6 % (sur 12 mois) en novembre 1995 à 2¼ % en mars 1997, est la grande réussite de la période récente. On s’attend à une croissance modeste de 1 % en 1997, car les répercussions directes du resserrement de la politique budgétaire sont renforcées par les effets décalés de l’appréciation de la lire et par la faiblesse de la demande du secteur privé. L’inflation devrait rester modérée et conforme à l’objectif officiel de 2½ % pour l’année.

Après les progrès considérables enregistrés par l’Italie dans ce domaine durant la période de 1992–95, la réduction du déséquilibre budgétaire a marqué le pas en 1996 en raison des carences du contrôle des dépenses et de la faiblesse de la croissance. En dépit des mesures correctives prises en milieu d’année, le déficit des administrations publiques a atteint 63/4 % du PIB (compte tenu de toutes les révisions comptables), dépassant ainsi largement l’objectif officiel. Pour que l’Italie participe d’emblée à l’UEM, comme le souhaite le gouvernement, un redressement relativement important doit encore intervenir dans les finances publiques. Diverses initiatives viennent d’être prises dans ce sens, parallèlement à l’annonce d’un prochain examen des dépenses de retraite et de sécurité sociale. Ce nouveau train de mesures devrait aider à rapprocher le déficit du critère de Maastricht en 1997. Toutefois, la large part faite aux mesures purement ponctuelles entraînera, en l’absence de mesures supplémentaires, un nouveau creusement du déficit dans les années à venir. Il importe donc que l’examen annoncé des transferts sociaux débouche sur des économies structurelles qui assurent que l’ajustement sera soutenable en 1998 et à moyen terme. La confiance accrue du marché dans l’engagement des autorités à réduire le déficit budgétaire et à endiguer l’inflation a joué un rôle dans la baisse prononcée des taux d’intérêt à long terme depuis deux ans. Le comportement de la lire depuis qu’elle a réintégré le mécanisme de change du SME en novembre 1996 et la modération persistante de l’inflation ont permis une baisse de 75 points de base des taux directeurs fin janvier 1997, après une réduction du même ordre en octobre dernier.

La reprise économique est manifeste dans un certain nombre de petites économies européennes. En Suède, l’activité a redémarré vers le milieu de 1996 sous l’impulsion, principalement, du secteur extérieur et des dépenses d’investissement. La politique monétaire a été considérablement assouplie en 1996, comme en témoigne l’abaissement des taux des pensions, et la croissance devrait se renforcer encore en 1997. Le redressement des exportations a aussi contribué aux signes de reprise qui se précisent en Autriche, en Finlande et en Espagne. En Autriche, le secteur extérieur et l’investissement fixe des entreprises devraient appuyer l’accélération de la croissance escomptée en 1997 et 1998. Cependant, la poursuite de l’effort d’assainissement des finances publiques destiné à ramener le déficit budgétaire aux alentours de 1 % du PIB en 1997 risque de freiner quelque peu l’activité économique. En Finlande, l’essor des exportations en 1996 explique en partie la reprise de la croissance. Le dynamisme de la consommation et de l’investissement se confirme et soutient également la croissance, qui devrait dépasser 4 % en 1997. En Espagne, les exportations et les investissements dans les biens d’équipement sont les moteurs de la reprise qui se fait jour. La croissance de l’emploi a été plus forte que lors des cycles économiques précédents mais le chômage, qui dépasse 22 %, reste le problème majeur.

Ailleurs en Europe continentale, le redémarrage de la demande intérieure alimente la reprise après le ralentissement de 1995. L’activité s’est accélérée au début de 1996 au Danemark, où l’on a enregistré une forte reprise du bâtiment et des travaux publics ainsi que de la consommation privée, de même qu’aux Pays-Bas, qui ont bénéficié de l’amélioration de la situation de l’emploi et d’un raffermissement des dépenses de consommation. La croissance des exportations et une demande intérieure toujours soutenue devraient permettre à ces deux pays de connaître une croissance relativement vigoureuse cette année. Le Portugal a connu lui aussi, en 1996, une accélération de la croissance due à l’essor de la consommation et de l’investissement. On prévoit que l’activité s’intensifiera au cours de l’année grâce à une nouvelle progression de l’investissement. De même, le redémarrage de l’investissement fixe des entreprises devrait contribuer à la reprise en Belgique. La Grèce bénéficiera pour sa part d’une accélération de la croissance sous l’impulsion des investissements, en dépit des mesures d’assainissement destinées à réduire très sensiblement le déficit budgétaire structurel en 1997. En revanche, la demande intérieure reste faible en Suisse, où le PIB réel s’est contracté de ¾% en 1996. Maintenant que la politique monétaire a été considérablement assouplie, les projections tablent sur une croissance du PIB réel —inférieure à 1 %, toutefois —en 1997, qui sera appuyée principalement par une correction partielle de l’appréciation excessive du franc suisse.

La solide reprise que connaissaient l’Irlande, la Norvège et Israël s’est ralentie ou devrait le faire bientôt pour retrouver un rythme plus soutenable. La croissance s’est modérée en Irlande pour s’établir à 7 % en 1996 après avoir culminé à plus de 10 % en 1995, et l’inflation a elle aussi ralenti. La Norvège, qui a continué de bénéficier d’une reprise vigoureuse et diversifiée, a vu la croissance du PIB réel s’accélérer pour atteindre 5 % en 1996. L’expansion devrait retrouver un rythme plus modéré en 1997, mais l’accentuation des tensions sur le marché du travail dans cette phase de reprise et l’assouplissement récent de la politique monétaire, qui répondait à des considérations de taux de change, font craindre une recrudescence de l’inflation. En Israël, six années de croissance rapide accompagnée d’un creusement du déficit budgétaire ont abouti à une aggravation très sensible du déficit des transactions courantes en 1995–96 et une inflation proche de 10 %. S’il est mené à bien, le resserrement prévu de la politique budgétaire devrait permettre de retrouver un taux de croissance plus viable, et favoriser la réduction des déséquilibres externes et la décélération de l’inflation.

Dans plusieurs des économies avancées d’Asie, la croissance s’est ralentie en 1996 et les projections pour 1997 ont été révisées à la baisse. Ce fléchissement, qui correspond à une légère correction cyclique après les taux de croissance supérieurs à la tendance enregistrés en 1994–95, s’explique en partie par un resserrement opportun des politiques économiques destiné à diminuer le risque de surchauffe. Parallèlement, les exportations ont ralenti en raison de la perte de compétitivité externe des monnaies liées au dollar E.U. (qui s’est apprécié), du tassement de la demande d’importations en provenance d’autres économies avancées et du reste de la région ainsi que de la décélération générale de l’activité industrielle à travers le monde, particulièrement sensible sur le marché de l’électronique. Le fléchissement de la croissance des recettes d’exportation en dollars E.U. a été particulièrement net, et reflète l’appréciation de la monnaie américaine; mesuré en DTS, il est moins prononcé (graphique 10). Les exportations devraient reprendre en 1997 avec le redressement de la demande mondiale. À Hong Kong, l’essor de la consommation privée et la poursuite de la croissance rapide en Chine devraient permettre une certaine accélération de la croissance en 1997. À Singapour, le redressement du secteur extérieur compensera la modération de la consommation publique et de l’investissement privé —qui ont largement contribué à la croissance du PIB l’an passé —et permettra une croissance d’environ 6½% pour l’année qui vient. Dans la province chinoise de Taiwan, la reprise de la demande intérieure devrait étayer l’activité économique en 1997. En Corée, la croissance a ralenti pour retomber à 7 %, ce qui réduit le risque de surchauffe. Les perspectives de croissance à court terme semblent favorables, même si l’agitation sociale et les incertitudes suscitées par la faillite récente de Hanbo pourraient avoir des conséquences néfastes.

Graphique 10.Pays d’Asie (échantillon): croissance des recettes d’exportation1

(Variation en pourcentage en glissement sur douze mois; moyennes mobiles centrées sur trois mois)

Les exportations, sur la base des recettes exprimées en dollars E.U., ont accusé un net ralentissement dans un certain nombre de pays d’Asie en 1995–96; dans un certain nombre de pays, le ralentissement est moins prononcé lorsque les recettes d’exportation sont exprimées en DTS.

1Commerce des biens et des services.

Situation et perspectives économiques des pays en développement

La croissance des pays en développement s’est accélérée pour s’établir à 6½ % en 1996, marquant ainsi la cinquième année consécutive d’expansion proche de 6 %, et le taux d’inflation médian est tombé aux alentours de 7 %, son niveau le plus bas en près d’un quart de siècle (tableau 6). On s’attend à une croissance soutenue de l’ordre de 6½ % accompagnée d’une nouvelle décélération de l’inflation au cours de l’année qui vient.

Tableau 6.Pays en développement (échantillon): PIB réel et prix à la consommation(Variations annuelles en pourcentage)
PIB réelPrix à la consommation
199519961997199519961997
Pays en développement6,06,56,621,313,19,7
Médiane4,14,34,710,07,05,4
Afrique2,95,04,732,124,812,0
Afrique du Sud3,43,12,28,67,410,2
Algérie3,94,05,021,915,17,0
Cameroun3,35,05,126,96,43,5
Côte d’Ivoire7,06,56,014,36,63,0
Ghana4,55,05,059,545,621,5
Kenya4,94,23,81,79,08,0
Maroc−7,610,33,06,13,03,5
Nigéria2,52,14,770,029,314,1
Ouganda9,87,07,07,45,05,0
Soudan4,54,04,057,085,055,0
Tanzanie3,84,55,034,025,715,0
Tunisie2,57,57,06,35,04,5
Pays FAS ou FASR14,96,05,522,015,77,4
Pays de la zone franc4,65,25,715,36,03,2
Asie8,98,28,311,86,66,2
Bangladesh4,95,05,06,33,53,3
Chine10,59,79,514,86,06,0
Inde7,46,96,610,27,08,0
Indonésie8,27,88,09,47,97,3
Malaisie9,58,48,03,43,53,8
Pakistan4,46,05,012,110,311,0
Philippines4,85,56,38,18,46,5
Thaïlande8,76,76,85,85,84,5
Vietnam9,59,59,512,86,07,0
Moyen-Orient et Europe3,84,53,933,824,521,0
Arabie Saoudite0,02,52,05,01,01,0
Égypte3,24,35,09,47,26,2
Iran, Rép, islamique d’3,14,23,849,423,015,7
Jordanie6,95,26,52,46,54,0
Koweït1,61,60,80,70,91,2
Turquie7,56,43,993,682,375,0
Hémisphère occidental1,33,54,436,020,412,9
Argentine−4,64,45,03,40,11,1
Brésil24,23,04,511,18,0
Chili8,57,25,88,27,46,0
Colombie5,43,03,420,920,818,0
Equateur2,31,83,023,024,430,4
Guatemala4,93,14,08,410,69,5
Mexique−6,25,14,535,034,117,3
Pérou7,02,85,011,211,59,9
République Dominicaine4,87,35,012,55,45,0
Uruguay−2,44,84,542,328,319,3
Venezuela3,4−1,23,959,999,946,6

Pays africains qui, à la fin de 1996, avaient des accords en vigueur avec le FMI au titre de la facilité d’ajustement structurel (FAS) ou de la facilité d’ajustement structurel renforcée (FASR).

Les «prix à la consommation» sont fondés sur un indice des prix de la demande intérieure, qui est une moyenne pondérée de l’indice des prix à la consommation, de l’indice des prix de gros et d’un indice des prix des activités liées à la construction. L’augmentation de cet indice des prix sur douze mois en 1995 a été de 59,6 %, et a traduit en grande partie les répercussions de la forte inflation qui a précédé l’entrée en circulation du real, le 1erjuillet 1994. Par conséquent, le taux d’inflation de 14,8 %, enregistré de décembre 1994 à décembre 1995 reflète plus fidèlement le taux sous-jacent pour 1995. De décembre 1995 à décembre 1996, le taux d’inflation a été de 9,3 %.

Pays africains qui, à la fin de 1996, avaient des accords en vigueur avec le FMI au titre de la facilité d’ajustement structurel (FAS) ou de la facilité d’ajustement structurel renforcée (FASR).

Les «prix à la consommation» sont fondés sur un indice des prix de la demande intérieure, qui est une moyenne pondérée de l’indice des prix à la consommation, de l’indice des prix de gros et d’un indice des prix des activités liées à la construction. L’augmentation de cet indice des prix sur douze mois en 1995 a été de 59,6 %, et a traduit en grande partie les répercussions de la forte inflation qui a précédé l’entrée en circulation du real, le 1erjuillet 1994. Par conséquent, le taux d’inflation de 14,8 %, enregistré de décembre 1994 à décembre 1995 reflète plus fidèlement le taux sous-jacent pour 1995. De décembre 1995 à décembre 1996, le taux d’inflation a été de 9,3 %.

Dans les pays en développement de l’Hémisphère occidental, la croissance s’est consolidée pour atteindre 3½ % en 1996 —soit un peu plus que ne l’indiquaient les projections d’octobre dernier —et le ralentissement de l’inflation s’est poursuivi. On prévoit que la région connaîtra une croissance proche de 4½ % en 1997, car la reprise amorcée dans plusieurs pays devrait s’accentuer et la modération de l’inflation se confirmer. Au Mexique, la reprise observée en 1996 a dépassé la plupart des prévisions, le PIB réel ayant augmenté en effet de 5 %. Les excellents résultats à l’exportation et le redressement de l’investissement intérieur —qu’expliquent à la fois le regain de confiance et la baisse des taux d’intérêt —devraient soutenir la reprise cette année. On s’attend en outre à ce que le durcissement des politiques budgétaire et monétaire permette de ramener l’inflation en deçà de 20 %. La reprise s’est aussi accélérée en Argentine, où le PIB a augmenté d’environ 4½% en 1996 après avoir subi une contraction du même ordre l’année précédente, et l’inflation a été pour ainsi dire nulle. Le Brésil, qui a enregistré une accélération de la croissance au second semestre de 1996, affiche une expansion de 3 % sur l’ensemble de l’année alors que l’inflation a atteint, à environ 11 %, son niveau le plus bas depuis longtemps. Le succès du plan real devrait confirmer le redressement de la croissance et le recul de l’inflation cette année. Au Chili, le niveau élevé des taux d’intérêt réels et de moins bons résultats à l’exportation qu’explique de la chute des cours mondiaux du cuivre ont ramené la croissance à 7 % en 1996, et l’on s’attend à un nouveau ralentissement cette année. Quoiqu’il en soit, le taux de croissance de l’économie chilienne, qui devrait avoisiner 5¾% en 1997, sera une fois encore l’un des plus élevés de la région. Au Venezuela, les mesures d’ajustement mises en oeuvre au début de 1996 ont contribué au recul de 1 % de la production, mais elles ont permis néanmoins de redresser la situation financière: le taux de change s’est stabilisé et l’inflation a amorcé un repli au second semestre de 1996. On prévoit un redémarrage de l’activité économique cette année, étayé par la hausse des prix pétroliers et le dynamisme de l’investissement direct étranger dans les secteurs pétroliers et miniers récemment privatisés.

Un nombre croissant de pays progressent de façon significative dans la stabilisation macroéconomique et les réformes structurelles en Afrique, et le redressement économique qui s’est engagé en 1994–95 a encore pris de l’ampleur en 1996. De fait, l’expansion de 5 % enregistrée en 1996 constitue la meilleure performance de l’Afrique en deux décennies, et témoigne du dynamisme du secteur des produits primaires —et notamment de l’agriculture, car plusieurs pays se sont repris après avoir souffert de mauvaises conditions météorologiques —et parfois du secteur manufacturier. La croissance devrait être en moyenne de l’ordre de 4¾ % en 1997. En Afrique du Sud, les engagements pris par le gouvernement dans le domaine de la responsabilité budgétaire et des réformes structurelles gagnent en crédibilité, mais les efforts engagés pour stabiliser l’économie et les incertitudes qui subsistent risquent de freiner la croissance à court terme. La détérioration des résultats du secteur agricole devrait entraîner un ralentissement de l’expansion au Maroc mais, dans beaucoup d’autres pays africains, les perspectives de croissance sont tout à fait encourageantes et l’on prévoit un nouveau recul de l’inflation. Le Kenya a poursuivi son effort d’ajustement dans de nombreux domaines, en s’attachant notamment à assainir ses finances publiques, mais la croissance fléchira sans doute en 1997 à cause de la sécheresse et du ralentissement des réformes structurelles. La forte croissance que connaît l’Ouganda a continué d’être alimentée en partie par les entrées de capitaux ainsi que par les investissements dans l’industrie manufacturière et dans le bâtiment et les travaux publics, preuve d’un raffermissement de la confiance. En Ethiopie, la croissance s’est accélérée pour approcher 8 % en 1996 sous l’impulsion d’un secteur agricole dynamique, et l’inflation est tombée à environ 1 %; une politique monétaire restrictive et le maintien d’une croissance soutenue de la production devraient permettre de contenir l’inflation à ce niveau en 1997. Le Malawi a continué à bénéficier d’une expansion rapide tirée par la production agricole et les exportations en 1996, et a enregistré une décélération très sensible de l’inflation. Le redémarrage de la croissance en Zambie après la sécheresse de 1995 est dû principalement à la reprise du secteur agricole et de la production de cuivre, et devrait se conforter encore en 1997. La stabilisation économique a légèrement progressé au Nigéria en 1996 où l’inflation reste cependant élevée, même si elle tend à se modérer, et l’on s’attend à une reprise de la production et à une nouvelle diminution de l’inflation en 1997.

Suite à la dévaluation du franc CFA en 1994 et à l’adoption de mesures d’accompagnement dans le domaine structurel, les pays de la zone franc ont retrouvé le chemin de la croissance en 1995. En 1996, l’activité économique s’est renforcée et l’on a enregistré des taux d’expansion de l’ordre de 5 %. Selon les projections, la croissance de la production devrait rester relativement vigoureuse en 1997, alors que l’inflation demeurera faible ou confirmera son recul. Au Sénégal, le rebond de la production agricole s’est conjugué à un regain d’activité dans le secteur industriel et dans le bâtiment et les travaux publics, qui s’est confirmé, pour porter la croissance à 5 % en 1996. En Côte d’Ivoire, l’expansion vigoureuse de 1996 a été stimulée principalement par des progrès à l’exportation (de cacao et de pétrole, surtout) dus en partie aux gains de compétitivité. Le ralentissement de l’inflation s’est poursuivi en dépit des nouvelles mesures de libération des prix.

Le rythme de la croissance s’est modéré dans les pays en développement d’Asie pour s’établir à 8¼ % en 1996. Ce résultat global masque toutefois des disparités selon les régions. Ainsi, le ralentissement de l’expansion des exportations déjà noté dans le cadre des économies asiatiques avancées s’est manifesté aussi dans certains pays en développement à croissance rapide de la région. En Indonésie, en Malaisie et en Thaïlande, l’impact de ce ralentissement des exportations sur la production a coïncidé avec un durcissement de la politique financière destiné à réduire le risque de surchauffe. L’expansion moins rapide des exportations a davantage pesé sur l’activité économique en Thaïlande que dans d’autres pays d’Asie de l’Est, même si le PIB réel a augmenté de près de 7 % en 1996, et le déficit extérieur courant est resté considérable. En revanche, ce ralentissement des exportations a été limité en Indonésie, où il a été compensé en partie par un dynamisme persistant de la demande intérieure qu’explique notamment l’afflux massif de capitaux; aussi le taux de croissance est-il resté proche de 8 %. En Malaisie, l’essor plus modéré des exportations et le resserrement de la politique monétaire ont aidé à enrayer un début de surchauffe. Le marché du travail est tendu et l’expansion du crédit au secteur privé, des transactions immobilières et de la demande d’investissement s’est poursuivie à un rythme soutenu, mais les pressions qui s’exercent sur les capacités de production devraient être atténuées par le resserrement de la politique budgétaire prévu dans le budget pour 1997. Aux Philippines, la reprise amorcée en 1994 se poursuit et la production continue de croître. Les mesures de déréglementation et de libéralisation y contribuent en facilitant la réponse de l’offre et, selon les projections, la croissance s’accélérera légèrement en 1997 sous l’impulsion des investissements et des exportations.

Après trois années d’inflation à deux chiffres, la Chine a réussi son atterrissage en douceur en 1996. L’inflation est retombée à 6 %, mais la croissance du PIB a pu être maintenue à environ 9½ %. Les perspectives pour 1997 restent favorables, puisque la croissance devrait se poursuivre à un rythme à peu près identique, et l’inflation se maintenir en deçà de 10 %. En Inde, la forte croissance de la production agricole a partiellement compensé le ralentissement enregistré dans le secteur industriel, et la croissance du PIB réel n’a que légèrement ralenti pour s’établir aux alentours de 7 % en 1996, alors que l’inflation est retombée à 7 %. Au Pakistan, le redémarrage de l’activité économique au début de 1996 a entraîné une détérioration de la situation budgétaire et une crise de la balance des paiements plus tard dans l’année, lorsque le déficit commercial s’est creusé et que les entrées de capitaux se sont ralenties. On prévoit que l’ajustement requis freinera la croissance en 1997, mais il aidera à améliorer les perspectives à moyen terme.

Les pays d’Asie en transition de la planification centrale vers l’économie de marché continuent d’afficher de bons résultats. L’adoption d’une politique budgétaire et monétaire prudente a permis au Vietnam de ralentir l’inflation en 1996 tout en continuant à bénéficier d’une croissance rapide, qui devrait se poursuivre en 1997 et ne s’accompagner que d’une légère accélération de l’inflation. La reprise économique amorcée au Cambodge s’est poursuivie en 1996 malgré un certain essoufflement de la croissance dû aux répercussions des inondations récentes sur la production de riz, et de nouveaux progrès ont été accomplis dans la lutte contre l’inflation. En République démocratique populaire lao, la croissance est restée soutenue grâce au dynamisme des secteurs du bâtiment et des travaux publics et des services, qui ont compensé l’essoufflement d’un secteur manufacturier tributaire des exportations.

Pendant près de dix ans, les résultats de nombreuses économies en développement du Moyen-Orient et de l’Europe ont été décevants. Si la région a souffert périodiquement des tensions politiques et des fluctuations des recettes pétrolières, l’inadaptation des politiques économiques menées a aussi sa part de responsabilité dans la médiocrité de la situation économique. Ces dernières années, cependant, un certain de nombre de pays ont engagé des programmes de réforme, même s’ils s’y sont attelés avec une détermination inégale et des fortunes diverses. En Égypte, la poursuite des progrès vers la stabilisation macroéconomique et la déréglementation de l’économie en cours depuis quelques années se sont traduites par une croissance de l’ordre de 4 % en 1996 et une inflation contenue autour de 7 %. Les politiques monétaire et budgétaire prudentes mises en oeuvre par la Jordanie ont appuyé une croissance robuste, qui devrait se poursuivre dans l’année qui vient. L’assainissement progressif des finances publiques a été la clé de voûte des efforts de réforme déployés par l’Arabie Saoudite depuis dix ans. L’amélioration de la situation budgétaire et de la position extérieure, facilitée par la hausse des recettes dégagées par les exportations pétrolières, a aidé à renforcer la confiance du secteur privé et à relancer l’activité en 1996. En revanche, la surchauffe de l’économie s’est poursuivie l’an passé en Turquie, où l’inflation s’est accélérée pour culminer aux alentours de 80 %, alors que le déficit budgétaire est monté en flèche pour dépasser 9 % du PIB et que les taux d’intérêt ont franchi la barre des 120 %.

Évolution et perspectives économiques dans les pays en transition

Le processus de contraction de l’activité dans le groupe des pays en transition semble s’être inversé en 1996 après avoir été particulièrement brutal six années durant, et l’inflation a atteint, à 40 % en moyenne annuelle, son niveau le plus bas depuis le début de la transition, puis des niveaux plus faibles encore, sur 12 mois, à la fin de l’année (tableau 7 et graphique 11). On s’attend à ce que la croissance augmente de 3 % en 1997 —elle atteindra ou dépassera 2 % dans tous les pays sauf cinq —et que l’inflation confirme son repli. Il faut rappeler, toutefois, que les chiffres de production de ces pays peuvent sous-estimer la croissance effective, car ils ne prennent pas forcément en compte toutes les formes d’activité économique, en particulier la production des nouvelles entreprises et activités de services dans le secteur informel (encadré 5).

Tableau 7.Pays en transition: PIB réel et prix à la consommation(Variations annuelles en pourcentage)
PIB réelPrix à la consommation1
199519961997199519961997
Pays en transition−0,80,13,01194031
Médiane1,52,74,0462416
Europe centrale et orientale1,61,63,0683638
Bélarus et Ukraine non compris5,03,43,3243041
Albanie8,98,22,081320
Bélarus−10,22,00,07095230
Bulgarie2,6−9,0−4,862123769
Croatie1,55,05,5234
Estonie3,23,14,4292317
Hongrie1,51,02,0282418
Lettonie0,42,54,0251912
Lituanie3,13,54,5392512
Macédoine, ex-Rép. yougoslave de−1,41,15,01622
Moldova−3,0−8,03,0302411
Pologne6,55,55,5282016
République slovaque6,87,06,01066
République tchèque4,84,24,5998
Roumanie7,14,1−1,53239109
Slovénie3,93,54,013108
Ukraine−12,0−10,02,73768025
Russie−4,0−2,83,01904814
Transcaucasie et Asie centrale−3,91,62,82607052
Arménie6,96,65,5177198
Azerbaïdjan−11,01,35,2412209
Géorgie2,410,510,01634012
Kazakstan−8,91,02,01763921
Mongolie6,33,05,0575039
Ouzbékistan−0,91,62,03055487
République kirghize1,35,66,9533027
Tadjikistan−12,5−7,0−5,361044332
Turkménistan−8,2−3,01,71,005992153

Les variations annuelles en pourcentage des prix à la consommation peuvent différer considérablement des variations en cours d’année. Voir graphique 11 pour les données mensuelles d’un échantillon de pays en transition.

Les variations annuelles en pourcentage des prix à la consommation peuvent différer considérablement des variations en cours d’année. Voir graphique 11 pour les données mensuelles d’un échantillon de pays en transition.

Graphique 11.Pays en transition (échantillon): inflation

Dans les pays les plus avancés dans la transition, l’inflation a baissé régulièrement. Dans le groupe des pays les moins avancés, elle a été réduite dans ceux où des politiques financières restrictives ont été maintenues.

En règle générale, les pays les plus avancés dans le processus de transition ont continué à progresser dans la stabilisation macroéconomique et les réformes structurelles6. À la fin de 1996, l’inflation était inférieure ou égale à 20 % dans tous ces pays, et même à 10 % en République tchèque, en République slovaque, en Croatie et en Slovénie. La croissance de la production, tout en restant assez soutenue, s’est néanmoins modérée en Estonie, en Pologne, en République slovaque et en République tchèque, en raison surtout d’un fléchissement des exportations vers l’Union européenne. Un risque de surchauffe persiste néanmoins dans les Républiques slovaque et tchèque, où des hausses de salaires relativement fortes contribuent à soutenir la demande intérieure. En dépit d’un ralentissement de la croissance en 1996, l’adoption de politiques budgétaire et monétaire strictes a jeté les fondements d’une croissance élevée et durable en Hongrie, où les signes d’une reprise de l’activité économique se sont fait jour au second semestre de 1996. Les réformes structurelles continuent de progresser dans ces pays, bien qu’à un rythme souvent plus modéré que précédemment, car il s’agit désormais de s’attaquer aux tâches relativement difficiles que sont la restructuration des entreprises, la modernisation et la reconstruction des infrastructures ou la mise en place d’institutions financières et juridiques solides.

Les efforts de stabilisation macroéconomique consentis par certains des pays les moins avancés dans la transition ont été récompensés par une décélération durable et sensible de l’inflation en 1996 et, sauf dans le cas de la Russie et de l’Ukraine, par des chiffres de croissance en forte progression. L’inflation a nettement marqué le pas en Arménie, en Azerbaïdjan, en Géorgie, au Kazakstan, en Russie et en Ukraine, alors qu’elle est restée à peu près étâle en République kirghize et en Moldova, ce qui tient en partie à la stabilité accrue des taux de change nominaux. L’Azerbaïdjan, le Kazakstan et l’ex-République yougoslave de Macédoine ont enregistré une croissance positive en 1996, qui a atteint 5 % en Arménie et en République kirghize et dépassé 10 % en Géorgie. La Russie et l’Ukraine ont enregistré quant à elles des résultats économiques en demi-teinte au cours de la période récente. En effet, si la lutte contre l’inflation a beaucoup progressé dans les deux pays en 1996 —celle-ci est retombée à 22 % en rythme annuel à la fin de l’année en Russie, et à 39 % en Ukraine —, ni l’un ni l’autre n’ont retrouvé une croissance positive depuis qu’ils ont engagé leur transition. La situation budgétaire de la Russie reste fragile, car le recouvrement des recettes est particulièrement médiocre, mais les indicateurs récents laissent penser que la reprise longtemps attendue de la production pourrait se concrétiser en 1997. On prévoit en particulier que l’investissement privé commencera à se redresser sous l’effet conjugué des réformes et des progrès de la stabilisation macroéconomique. L’Ukraine est allée de l’avant dans la privatisation des grandes et moyennes entreprises ces deux dernières années, mais le processus s’est essoufflé au début de 1997 et les incertitudes de la réglementation continuent d’entraver le fonctionnement du marché.

Dans d’autres pays moins avancés dans la transition, et notamment en Albanie, en Bulgarie, en Ouzbékistan et en Roumanie, les dérapages survenus récemment dans le processus de stabilisation macroéconomique ont entraîné une recrudescence sensible de l’inflation ces derniers mois. La situation a été particulièrement délicate en Bulgarie, où le système bancaire a été soumis à des pressions considérables à la fin de 1996. Au début de 1997, les gouvernements bulgare et roumain ont adopté d’ambitieux programmes de stabilisation et de réforme. Depuis, l’inflation a enregistré un très net ralentissement en Bulgarie, et le taux de change s’est stabilisé. L’Albanie a dû faire face, au début de 1997, à une crise financière provoquée par la faillite des institutions d’investissement de type «pyramidal», qui a provoqué des troubles civils et l’effondrement de l’état de droit dans le pays. L’Ouzbékistan est revenu sur certaines réformes, en réimposant notamment des restrictions à la convertibilité de sa monnaie aux fins des transactions courantes. Les troubles se sont poursuivis au Tadjikistan, et les réformes structurelles peu avancées du Bélarus ont été en partie annulées. Enfin, l’inflation est restée plus élevée au Turkménistan que dans tout autre pays en transition.

Marchés financiers et marchés des changes

L’évolution des marchés des changes et des marchés financiers des économies avancées depuis l’édition d’octobre 1996 des Perspectives de l’économie mondiale témoigne d’une modification du sentiment du marché quant aux perspectives de croissance à court terme de chaque pays, au maintien d’une inflation mondiale modérée et aux progrès de l’assainissement budgétaire et de la marche vers l’union monétaire en Europe. Dans la plupart des cas, les taux d’intérêt à court terme sont restés inchangés ou ont baissé, à l’exception notable des États-Unis et du Royaume-Uni, où ils ont été légèrement relevés en octobre 1996 et mars 1997, respectivement. Les taux longs ont confirmé leur baisse tendancielle jusqu’au début de décembre aux États-Unis et au Canada, et jusqu’à la mi-février dans la plupart des autres pays, les marchés obligataires à rendement élevé d’Europe enregistrant le repli le plus sensible. La résurgence des risques d’inflation aux États-Unis, conjuguée aux signes de renforcement de l’activité en Europe et à de nouvelles incertitudes au sujet de l’UEM, a déclenché une forte hausse des taux d’intérêt à long terme dans la plupart des pays (mais pas au Japon) à la fin février et en mars. L’évolution des taux de change a pour l’essentiel confirmé les tendances observées depuis le milieu de 1995, le dollar continuant de s’apprécier vis-à-vis de la plupart des autres grandes devises, même si l’appréciation très nette de la livre sterling à la fin de 1996 et au début de 1997 mérite de retenir l’attention. Le mécanisme de change du Système monétaire européen, qui a enregistré l’adhésion du markka finlandais en octobre et le retour de la lire en novembre, n’a pas subi de tensions notables. La faiblesse de l’inflation, la stabilité ou la baisse des taux d’intérêt et les perspectives de croissance modérée ou en hausse affichées par la plupart des pays ont jeté les bases de nouveaux gains sur les marchés d’actions des principaux pays industrialisés, à l’exception notable du Japon, jusqu’à la correction partielle intervenue début mars en réponse, semble-t-il, aux craintes suscitées par la hausse des taux d’intérêt, en particulier aux États-Unis.

Depuis le début du mois de septembre, les autorités monétaires de la plupart des pays industrialisés ont stabilisé ou abaissé les taux d’intérêt à court terme. Les exceptions les plus remarquables sont venues du Royaume-Uni —où les taux officiels ont été relevés de 25 points de base en octobre afin de désamorcer les risques d’inflation liés à une reprise de l’activité tirée par la consommation —et des États-Unis, où la Réserve fédérale a relevé l’objectif de taux des fonds fédéraux de 25 points de base à la fin mars en réponse à la vigueur persistante de la demande et au risque croissant de résurgence de l’inflation (graphique 12). Les taux courts sont restés inchangés au Japon (depuis septembre 1995) et en Allemagne (depuis août 1996). La Banque de France a apporté quatre légères retouches à ses taux directeurs pour les abaisser au total de 15 à 25 points de base entre la fin de 1996 et le début de 1997, de sorte que les taux courts français et allemands ont convergé à la fin février alors qu’un écart de plus de 100 points de base en faveur des taux français les séparait un an plus tôt.

Graphique 12.Principaux pays industrialisés: taux d’intérêt nominaux

(Taux annuels, en pourcentage)

Dans la plupart des pays, les taux courts sont restés stables ou ont diminué, et la tendance à la baisse des taux longs s’est confirmée.

Sources: WEFA, Inc.; Bloomberg Financial Markets

1Rémunération des obligations d’État à échéance résiduelle de dix ans ou à échéance la plus proche de dix ans.

2Échéances de trois mois.

Ailleurs en Europe, la Banque d’Italie a abaissé par deux fois (octobre et janvier) son taux d’escompte pour un total de 150 points de base, afin de tenir compte de la modération de l’inflation, tombée en deçà de 3 %, ainsi que du manque de dynamisme de l’économie, et les autorités ont annoncé un resserrement très sensible de la politique budgétaire en 1997. L’assainissement des finances publiques et l’évolution favorable de l’inflation ont aussi donné aux autorités une marge de manoeuvre pour abaisser les taux directeurs en Espagne, au Portugal et en Suède, où les taux d’intérêt à court terme ont diminué de 90 à 150 points de base depuis le début de septembre, alors que la banque centrale de Norvège a abaissé le taux de ses prêts au jour le jour de 125 points de base entre novembre et janvier pour enrayer les pressions à la hausse du taux de change. À l’inverse, la banque centrale des Pays-Bas a relevé à deux reprises (fin février et début mars) le taux spécial de ses avances, pour un total de 40 points de base. Hors d’Europe, les taux courts canadiens ont encore diminué de 100 points de base en octobre et début novembre lorsque la Banque du Canada a décidé d’abaisser ses taux directeurs pour compenser le resserrement des conditions monétaires lié à l’appréciation du dollar canadien. Les banques centrales d’Australie et de la Nouvelle-Zélande ont laissé elles aussi leurs taux à court terme baisser de 100 et 200 points de base, respectivement, depuis le début de septembre en réponse au ralentissement de la croissance et à l’amélioration des perspectives d’inflation.

Encadré 5.Problèmes posés par l’évaluation de la production dans les pays en transition

La production réelle des économies en transition s’est fortement contractée durant la phase initiale de la transformation. Dans plusieurs pays issus de l’ex-URSS, les chiffres officiels de production ont diminué au total de plus de moitié en quelques années. Si la croissance a redémarré dans la plupart des pays en transition en 1996, les données officielles indiquent néanmoins une nouvelle année de recul de la production dans cinq pays issus de l’ex-URSS, dont la Russie et l’Ukraine. Il semble toutefois que l’ampleur et les conséquences effectives de cette contraction ont été moins graves que ne le suggèrent les chiffres officiels. En effet, les mesures officielles de la production surestiment sans doute cette contraction pour diverses raisons: elles exagèrent en général le niveau de la production avant la transition, l’élaboration d’indicateurs de la production réelle est compliquée par des problèmes méthodologiques, la couverture des données est incomplète et certaines activités économiques sont sous-estimées. Enfin, l’impact social des fluctuations de la production qui suivent un tel bouleversement du régime économique est difficile à évaluer, et la contraction de la production risque fort d’exagérer nettement la détérioration des niveaux de vie durant la transition.

Les statisticiens des pays en transition, qui ont entrepris d’établir progressivement des statistiques du PIB sur la base du Système de comptabilité nationale de 1993, ont rencontré de nombreux problèmes méthodologiques dans le calcul des indicateurs de la production réelle. Ces difficultés ont été exacerbées par la forte inflation et la distorsion permanente des prix relatifs, car la mesure des fluctuations de la production réelle impose des choix, qui concernent notamment le système de pondération à utiliser pour agréger les indicateurs sectoriels de la production physique et le calcul de la part de la consommation intermédiaire dans la production brute. Or, ces questions ont souvent été traitées de façon inadéquate. Maintenant que les systèmes statistiques se sont nettement améliorés et que l’inflation est plus modérée, les méthodes utilisées pour mesurer les agrégats de la production réelle sont devenues plus sûres. Dans bien des cas, toutefois, les estimations erronées de la période initiale n’ont toujours pas été révisées.

La méthodologie statistique traditionnelle, fondée sur la communication exhaustive des chiffres de production des entreprises publiques (de grande taille, en général) n’était pas adaptée aux privatisations et à la multiplication rapide d’entreprises privées de taille le plus souvent modeste. C’est pourquoi beaucoup d’entreprises et d’activités ne sont toujours pas couvertes, ou seulement de façon partielle. Ainsi, les ménages engagés dans des activités privées à petite échelle (commerce de détail, agriculture) et les entreprises privées qui ne figurent pas au registre du commerce ne communiquent aucune donnée. Et beaucoup d’entreprises couvertes par le système sous-estiment leur activité pour échapper à l’impôt. Étant donné que de nouvelles formes d’activité économique sont mal mesurées, les données communiquées tendent à surestimer la part des secteurs en déclin hérités de la planification centrale par rapport aux secteurs nouveaux, privés et en expansion. Les statisticiens des pays en transition reconnaissent depuis longtemps que la couverture incomplète du système et la sous-estimation de certaines données communiquées sont des problèmes majeurs. Ils s’efforcent d’ajuster à la hausse les chiffres de production obtenus par les voies traditionnelles et d’estimer l’ampleur des activités non déclarées. L’office statistique russe a estimé récemment qu’en 1996, 85 % seulement de la production industrielle et environ 45 % des activités commerciales avaient été effectivement déclarés.

L’idée que la contraction globale de la production au début de la transition a été surestimée recueille un consensus croissant. Après une révision en profondeur, les comptes nationaux de la Russie font apparaître que la baisse cumulée du PIB réel a été d’environ 35 % entre 1990 et 1994, contre une estimation initiale proche de 47%1. Cette révision rend compte à la fois des corrections méthodologiques (y compris les corrections des données sous-jacentes pour 1991), des estimations plus fines de la valeur ajoutée et de la meilleure couverture du commerce et des services. De même, au Kazakstan, la révision de la contraction de la production entre 1990 et 1994 ramène celle-ci de 51 % à environ 35 %. On ne dispose pas encore des chiffres des autres économies en transition, et notamment des pays issus de l’ex-URSS, mais ils risquent de déboucher pour cette période sur des corrections du même ordre.

En dépit de la nette amélioration de la méthodologie et de la couverture des statistiques, les autorités sont peut- être encore prudentes dans leurs estimations de la «sous-déclaration» de certaines activités. Les services du FMI estiment que la prise en compte de l’aggravation de la fraude fiscale en Russie ramènerait la contraction de la production à 2,8% en 1996, au lieu des 6 % officiellement annoncés. Ailleurs, et notamment en Azerbaïdjan et en République kirghize en 1995, le FMI a aussi révisé en hausse les chiffres de production officiels. Faute d’être corrigée pour tenir compte des problèmes de couverture et de sous-déclaration, la reprise de la production dans les pays où la croissance a redémarré est de même sous-estimée. Les statistiques du PIB réel des pays en transition présentées dans les Perspectives de l’économie mondiale correspondent aux estimations les plus précises que peuvent faire actuellement les services du FMI.

Il faut à l’évidence continuer d’améliorer la qualité des estimations des comptes nationaux dans les pays en transition, en renforçant les procédures suivies, en combinant les informations obtenues de sources diverses telles que les enquêtes sur le budget des ménages et en développant des méthodes d’estimation des activités difficiles à mesurer2. Il faut aussi reconnaître non seulement que ces améliorations prendront du temps, mais que l’essor des activités qui échappent à l’impôt et aux statistiques atteste l’existence de problèmes de fond. Ces activités répondent en effet à l’inefficience du recouvrement de l’impôt, au poids et au manque de transparence de la fiscalité, à la mauvaise exécution des droits et règlements et à l’instabilité macroéconomique en général3. L’expérience de différents pays d’Europe centrale et orientale montre que les activités menées en marge du cadre fiscal et réglementaire normal tendent à diminuer à mesure que la transformation progresse et que l’on redéfinit le rôle et les limites de l’intervention de l’État dans l’économie. La fraude fiscale n’en continue pas moins de poser, y compris dans les économies avancées, un problème grave qu’il sera difficile d’éradiquer totalement.

1Voir State Statistics Committee of the Russian Federation and The World Bank, Russian Federation: Report on the National Accounts (Washington, Banque mondiale, octobre 1995); cette révision confirme les conclusions et les calculs d’Evgeny Gavrilenkov et Vincent Koen, «How Large Was the Output Collapse in Russia? Alternative Estimates and Welfare Implications», Staff Studies for the World Economic Outlook (FMI, septembre 1995), pages 106-19.2Voir Adriaan M. Bloem, Paul Cotterell et Terry Gigantes, «National Accounts in Transition Countries: Distortions and Biases», document de travail du FMI 96/130 (novembre 1996).3Voir Daniel Kaufman et Aleksander Kaliberda, «Integrating the Unofficial Economy into the Dynamics of Post-Socialist Économies: A Framework of Analysis and Evidence», document de travail des services de recherche de politique générale de la Banque mondiale n° 1691 (Washington, Banque mondiale, décembre 1996).

L’évolution divergente des taux d’intérêt à long terme ces six derniers mois a entraîné une baisse des rendements obligataires dans la quasi-totalité des grands pays industrialisés entre début septembre et début décembre. Les rendements ont diminué de 60 à 90 points de base dans de nombreux pays, et de 150 à 200 points de base dans certains cas, ce qui s’explique par la dissipation partielle des craintes de résurgence de l’inflation mondiale devant la modération persistante ou le relâchement des pressions sur les prix dans de nombreux pays, et à mesure que le ralentissement de la croissance aux États-Unis au troisième trimestre est apparu plus clairement dans les données disponibles. L’écart entre les rendements obligataires a continué en outre à se resserrer en Europe suite aux progrès de la convergence des taux d’inflation et des efforts d’assainissement budgétaire, qui ont rassuré les marchés sur les perspectives de l’UEM. D’autres facteurs ont contribué à la baisse des rendements, en particulier l’abaissement des taux directeurs dans plusieurs pays et le sentiment que la politique d’accompagnement monétaire menée par le Japon serait maintenue plus longtemps que prévu en raison du caractère encore hésitant de la reprise. Cette baisse a été le plus sensible en Espagne, en Italie et au Portugal, où l’on a enregistré un recul de l’inflation et une intensification des efforts déployés pour satisfaire aux critères de participation à l’UEM. Les taux longs ont aussi diminué de 100 à 150 points de base sur plusieurs autres marchés obligataires à rendement élevé, notamment en Australie, au Canada et en Suède.

Entre début décembre et début avril, les taux à long terme ont regagné environ 90 points de base aux États-Unis à mesure que les marchés ont eu confirmation de la reprise de l’activité au quatrième trimestre et ont pris connaissance des chiffres indiquant que la croissance s’était poursuivie à un rythme supérieur au potentiel au premier trimestre de 1997. Les taux canadiens ont enregistré une hausse équivalente qui s’explique à la fois par le redressement de l’économie canadienne et les effets de contagion de la hausse des taux aux États-Unis. En Europe, les rendements obligataires ont dans l’ensemble poursuivi leur repli jusqu’à la mi-février, avant de se redresser en réponse à la hausse des taux américains, mais aussi aux signes d’un raffermissement de l’activité en Europe continentale et à la réévaluation, par le marché, de la probabilité que certains pays participent d’emblée à l’UEM. En revanche, les taux longs ont continué à baisser au Japon pour atteindre un étiage historique de 2,1 % début avril. À cette date, les taux longs avaient retrouvé leurs niveaux du début de septembre aux États-Unis, mais pas dans la plupart des autres pays, et en particulier au Canada et sur les marchés à rendement élevé d’Europe. Suite à ces mouvements, la prime de rendement des obligations américaines par rapport à leurs concurrentes allemandes ou françaises s’est creusée pour approcher un point de pourcentage, après avoir été négative pendant la plus grande partie de 1995 et au début de 1996. Cette évolution des écarts de rendement est particulièrement bienvenue, car elle traduit la baisse des taux d’inflation sous-jacents en Europe continentale, les positions respectives des États-Unis et des principales économies continentales dans le cycle conjoncturel et la correction de la surévaluation excessive du deutsche mark vis-à-vis du dollar E.U.

Sur les marchés des changes, le dollar E.U. s’est raffermi vis-à-vis de la plupart des autres grandes monnaies depuis la fin septembre, mais il a cédé du terrain à la lire et n’a pratiquement pas bougé par rapport au dollar canadien (graphique 13). Début avril, il était supérieur d’environ 15 % à son niveau de début septembre par rapport au yen, au deutsche mark et au franc français, et de plus de 20 % par rapport au franc suisse; en revanche, il avait cédé environ 3 % à la livre sterling. Ces fluctuations se compensant en partie, le dollar E.U. avait gagné environ 10 % en termes effectifs nominaux depuis le début de septembre 1996, et près de 19 % par rapport à son creux d’avril 1995. De son côté, le yen a encore perdu 9 % en termes effectifs nominaux entre début septembre 1996 et début avril 1997, soit une dépréciation totale de 30 % depuis avril 1995. La livre s’est raffermie face à toutes les autres grandes monnaies au quatrième trimestre de 1996, gagnant 10 % vis-à-vis du deutsche mark et en termes effectifs nominaux, avant de fléchir légèrement en janvier puis de s’apprécier à nouveau en février. La lire italienne a cédé près de 2 % en termes effectifs, alors que le dollar canadien a repris environ 3 %.

Graphique 13.Principaux pays industrialisés: taux de change effectifs

(1990 = 100: échelle logarithmique)

Alors que le dollar est remonté à des niveaux jamais atteints durant les années 90, le yen est redescendu à son niveau du début de 1993.

1Défini en fonction des coûts unitaires de main-d’oeuvre relatifs normalisés, d’après les estimations du Système des indicateurs de la compétitivité du FMI, sur la base des coefficients de pondération du commerce extérieur de la période 1989–91.

2Établi sur la base des coefficients de pondération du commerce extérieur de la période 1989–91.

Ces fluctuations des taux de change sont imputables en partie aux positions toujours asynchrones des principales économies, dont témoignent les écarts de taux d’intérêt observés alors que l’inflation est faible dans ces pays. Ainsi, l’appréciation du dollar E.U. a été étayée par les performances toujours très solides de l’économie américaine et par les écarts de taux d’intérêt favorables qui en découlent pour les actifs libellés en dollars. Les écarts de taux en faveur des actifs libellés en livre sterling et le sentiment qu’un relèvement des taux d’intérêt pourrait être nécessaire pour éviter un regain d’inflation au Royaume-Uni ont aussi contribué à l’appréciation de la livre. En revanche, le recul du yen s’est poursuivi, car les craintes relatives à la vigueur de la reprise au Japon ont conduit le marché à tabler sur le maintien de taux d’intérêt intérieurs faibles pendant quelque temps encore. De même, les taux peu élevés en vigueur en Suisse et la médiocrité des perspectives de croissance intérieure ont contribué à la dépréciation très nette du franc suisse.

Pour l’essentiel, ces réalignements monétaires ont aidé à répondre aux pressions sur la demande induites par les positions différentes des principales économies dans le cycle conjoncturel. En effet, ils ont redistribué la demande entre les pays d’une manière généralement favorable à une croissance durable et, semble-t-il, sans porter les taux de change à des niveaux manifestement incompatibles avec la viabilité des balances des paiements à moyen terme. Dans le cas du dollar, les fluctuations récentes ont plus que compensé la forte dépréciation qui l’avait fait tomber au plus bas en avril 1995 et, début avril 1997, la monnaie américaine était à son plus haut en valeur réelle depuis 1989. De même, la valeur effective réelle du yen était revenue, début avril, au niveau qui était le sien avant les attaques dont il a fait l’objet à partir de 1993, tandis que le deutsche mark retrouvait son niveau de la fin 1994 et que la livre sterling avait regagné l’essentiel du terrain perdu depuis son retrait du mécanisme de change du SME au milieu de 1992. Suite à leur réunion du début de février, les ministres des finances des sept principaux pays industrialisés ont publié un communiqué indiquant que les désalignements observés précédemment sur les marchés des changes avaient été corrigés, et qu’ils étaient convenus de suivre l’évolution de ces marchés et de coopérer en tant que de besoin. Depuis cette réunion, les principales monnaies ont fluctué dans des marges généralement étroites en février et en mars.

Les cours des actions ont fortement augmenté dans la plupart des pays industrialisés entre début septembre 1996 et début mars 1997, confirmant les gains enregistrés avant cette date en 1996. À la mi-mars, les cours des actions aux États-Unis, au Canada et sur plusieurs grands marchés européens dépassaient de 30 à 45 % leurs niveaux de la fin de 1995. Fin mars et début avril, la plupart des grands marchés ont fait l’objet d’une forte correction à la baisse —de l’ordre de 10 % aux États-Unis et au Canada, et un peu plus faible en Europe —en réponse à la hausse des rendements obligataires.

Avant cette correction, le mouvement de hausse qui avait porté le marché boursier des États-Unis à de nouveaux sommets fin 1996-début 1997 avait suscité la préoccupation des autorités. Selon des estimations, la capitalisation boursière globale aux États-Unis atteignait près de 140 % du PIB au début de 1997, dépassant largement les niveaux que l’on a connus durant les trois dernières décennies. La hausse des cours des actions observée depuis quelques années est liée de toute évidence à la montée en flèche des bénéfices des entreprises, qui sont passés d’environ 8 % du PIB en 1990–91 à 11 % en 1996. L’essor des ratios de capitalisation des résultats a donc été moins spectaculaire que la hausse des actions; mais ces ratios n’en ont pas moins largement dépassé leur moyenne des trente dernières années (graphique 14). Et l’on a assisté, parallèlement, à une baisse des rendements apparents des actions, qui les a ramenés bien en deçà de leurs moyennes historiques. La baisse de rendement des actions et la hausse des coefficients de capitalisation des résultats peuvent être imputées, dans une certaine mesure, à une baisse de rendement des actifs concurrents due principalement au recul des taux d’intérêt et de l’inflation. Aussi, bien que l’écart de rendement entre les obligations et les actions soit désormais plus large (en faveur des obligations) qu’il ne l’a été en moyenne depuis 1960, il reste très nettement inférieur aux sommets atteints ces dernières années, notamment dans la période immédiatement antérieure à la chute du marché de 1987. L’essor du marché des actions aux États-Unis depuis quelques années peut donc s’expliquer en grande partie par la vigueur des données économiques fondamentales, et en particulier par la forte croissance des bénéfices et la détente des taux d’intérêt. Mais c’est aussi la preuve que ce marché pourrait être vulnérable à un relèvement des taux d’intérêt ou à une révision en baisse des anticipations relatives à la croissance future des bénéfices, deux facteurs qui semblent avoir motivé la correction partielle des prix intervenue fin mars-début avril.

Graphique 14.États-Unis: indicateurs boursiers

Avec la forte augmentation des cours des actions aux États-Unis ces dernières années, la capitalisation boursière a atteint un sommet, les multiples de capitalisation ont augmenté et le rendement des actions a chuté; mais l’écart de rendement par rapport aux obligations est resté inférieur aux récents records.

Sources: WEFA, Inc.: Bloomberg Financial Markets

1L’écart de rendement des actions est défini comme la différence entre le rendement des obligations d’État à dix ans et l’inverse du multiple de capitalisation de l’indice S&P des cours de 500 actions.

2Le rendement des actions est calculé sur la base des dividendes bruts rapportés aux cours des actions.

Les marchés d’actions canadien et européens ont souvent été à la traîne du marché américain avant 1996 et leur reprise plus récente traduit, semble-t-il, l’amélioration des perspectives de croissance dans beaucoup de ces pays et la baisse des rendements obligataires. La principale exception à cette tendance vient du Japon, où les cours des actions ont baissé de 13 % entre début septembre et début avril en raison des préoccupations liées aux perspectives de croissance et de rentabilité des entreprises, à la fragilité des bilans des banques et aux incertitudes pesant sur le rythme et la portée des mesures de déréglementation financière. De même, les inquiétudes suscitées par l’endettement des entreprises et ses conséquences pour le secteur financier ont contribué à une nouvelle baisse des cours des actions en Corée, où la croissance et les exportations ont fléchi.

Dans un contexte caractérisé par des entrées de capitaux toujours soutenues dans les économies émergentes, les marchés des changes des pays en développement sont restés relativement stables au second semestre de 1996, exception faite des quelques périodes de turbulence qui ont agité certains marchés sans avoir en général d’effets de contagion significatifs dans d’autres pays7. Après plusieurs mois de stabilité relative, le peso mexicain a accusé au mois d’octobre une baisse d’environ 6 % imputable notamment aux incertitudes concernant l’annonce du programme économique pour 1997 et aux préoccupations des investisseurs quant aux privatisations. Cependant, le peso n’a pas tardé à se stabiliser une fois que la banque centrale a resserré la politique monétaire et qu’un accord sur les objectifs économiques pour 1997 a été conclu avec les partenaires sociaux; depuis, le marché financier mexicain s’est repris. À la mi-janvier, la banque centrale du Chili a décidé d’élargir la bande de fluctuation du peso et d’en réévaluer le taux de change de référence d’environ 4 % vis-à-vis du dollar E.U. Au Brésil, le real a continué de se déprécier graduellement —dans les limites de sa bande de fluctuation —, tandis que l’accumulation de réserves ralentissait en raison de la baisse des taux d’intérêt et des mesures prises au début de 1996 pour freiner les entrées de capitaux. En février 1997, la bande de fluctuation du real vis-à-vis du dollar a été abaissée d’environ 7 %. Au Venezuela, la hausse des prix du pétrole et le redressement du compte de capital ont contribué à l’accumulation de 6 milliards de dollars de réserves supplémentaires en 1996, et le bolÍvar s’est stabilisé après l’unification du taux de change et l’adoption, courant avril, d’un programme appuyé par le FMI. En Colombie, les réserves ont fortement progressé vers la fin de 1996 lorsque les autorités se sont efforcées de contenir les pressions à la hausse du peso.

Les entrées soutenues de capitaux extérieurs ont favorisé une nouvelle accumulation massive de réserves dans plusieurs pays asiatiques en 1996. La plupart d’entre eux ont stabilisé leur taux de change vis-à-vis du dollar E.U., entraînant ainsi une appréciation de leur monnaie en termes effectifs réels compte tenu des écarts d’inflation et de l’appréciation du dollar, notamment par rapport au yen. En Chine, les réserves se sont accrues de 30 milliards de dollars après avoir enregistré des augmentations du même ordre les deux années précédentes. En Indonésie, les autorités ont continué d’abaisser graduellement la bande de fluctuation du rupiah vis-à-vis du dollar, et ont permis une plus grande flexibilité en élargissant à trois reprises cette bande en 1996; en Malaisie, elles ont laissé le ringgit s’apprécier modérément en termes effectifs nominaux au début de 1997 pour faire face à des entrées de capitaux soutenues. La Thaïlande a dû répondre à des pressions à la baisse de sa monnaie en 1996 et au début de 1997, qui témoignaient en partie des préoccupations soulevées par son déficit extérieur courant. Bien que le baht ne se soit que faiblement déprécié vis-à-vis du dollar E.U., les autorités sont intervenues massivement pour soutenir leur monnaie en trois occasions —juillet, décembre et janvier-février. À la fin du mois d’octobre, la roupie pakistanaise a été dévaluée de 8½ % dans le cadre d’un train de mesures destinées à faire face au creusement des déséquilibres macroéconomiques et à l’amenuisement très sensible de ses réserves de change.

Parmi les autres pays à marchés émergents, l’Afrique du Sud a de nouveau enregistré des pressions à la baisse sur le rand en octobre, que sous-tendaient les craintes suscitées par l’accélération de l’inflation et la déception face au peu de progrès dans la mise sur pied du plan macroéconomique annoncé plus tôt dans l’année. Les autorités ont résisté à ces pressions en relevant les taux d’intérêt. Le rand s’est déprécié d’environ 28 % en 1996, avant de se reprendre quelque peu au début de 1997. En Turquie, la livre a poursuivi sa dépréciation régulière mais rapide, qui suit dans l’ensemble l’évolution de l’inflation. Tous les pays d’Europe centrale et orientale, à l’exception de la Bulgarie et de la Roumanie, ont vu leur monnaie s’apprécier en termes réels; la couronne tchèque a même progressé en termes effectifs nominaux suite à un resserrement des conditions monétaires intérieures destiné à atténuer les pressions inflationnistes et à enrayer l’aggravation du déficit extérieur courant.

Contrairement aux résultats des marchés des pays industrialisés, les cours des actions ont évolué de façon très disparate dans les pays à marchés émergents au second semestre de 1996. Les gains enregistrés ont été au total modestes, ainsi qu’en témoigne l’indice composite de la Société financière internationale (SFI), qui n’a progressé que de 7½ % sur l’ensemble de 1996 (graphique 15). Cependant, cette stabilité globale masque de fortes fluctuations dans certains pays. En Chine, les cours des actions ont parfois doublé ou triplé avant la correction partielle survenue courant décembre, en réponse aux préoccupations exprimées par les autorités devant les spéculations illégales et au durcissement de la réglementation. À l’inverse, ces cours ont enregistré une chute brutale en Thaïlande, où la croissance a fléchi suite au resserrement de la politique monétaire et à la détérioration rapide des résultats à l’exportation. Le raffermissement de la confiance des investisseurs imputable au succès des mesures de stabilisation s’est traduit par un doublement approximatif des prix des actions (en dollars) en Hongrie, en Russie et au Venezuela en 1996. Dans la plupart des autres pays à marchés émergents, les gains mesurés en dollars ont été modestes, et une baisse des cours a été enregistrée au second semestre en Afrique du Sud, au Chili et en République tchèque. Après des performances d’ensemble très moyennes en 1996, les marchés d’actions de la plupart des pays en développement ont affiché des gains significatifs au début de 1997, l’indice composite de SFI s’inscrivant en effet en hausse de 10 % jusqu’au début d’avril.

Graphique 15.Pays à marchés émergents: cours des actions

(En dollars E.U., échelle logarithmique; janvier 1990 = 100)

Après les turbulences de 1995, les marchés boursiers ont été plus stables pendant la majeure partie de cette année.

Sources: WEFA, Inc.; Société financière internationale, base de données des marchés émergents

Paiements extérieurs, financement et dette

L’expansion du commerce mondial a nettement marqué le pas en 1996 après deux années de croissance exceptionnelle (graphique 16). Les Perspectives de l’économie mondiale d’octobre 1996 tablaient sur un ralentissement de l’expansion des échanges, en termes absolus et relatifs, par rapport à la croissance de la production. Mais la contraction observée l’an passé a dépassé toutes les attentes puisqu’elle a ramené l’élasticité du commerce par rapport à la production à son niveau le plus bas depuis le milieu des années 80. Cette élasticité est restée néanmoins élevée par rapport aux moyennes enregistrées dans les années 70 et 80. Bien que la croissance de la production mondiale ait augmenté en 1996, l’atonie de la demande d’importations dans certaines économies avancées —qui tient dans certains cas aux efforts déployés pour réduire des stocks excessifs —et la modération de la croissance dans plusieurs pays asiatiques semblent avoir contribué à ce ralentissement disproportionné des échanges8. Si le Japon, l’Allemagne et la France ont vu leurs parts de marché à l’exportation diminuer légèrement dans le cadre de ce ralentissement global du commerce, les autres grands pays industrialisés et les économies à marchés émergents ont préservé ou accru les leurs (tableau 8). Les négociations commerciales multilatérales se sont poursuivies, et la première Conférence ministérielle de l’Organisation mondiale du commerce s’est conclue en décembre par un accord visant à libéraliser les échanges mondiaux dans le secteur des technologies de l’information.

Tableau 8.Échantillon d’économies: parts de marché à l’exportation(En pourcentage des exportations mondiales de biens et services)
Projections
1970–791980–891990–941995199619971998
États-Unis12,412,213,112,612,813,213,2
Japon6,37,98,17,97,26,86,7
Allemagne10,39,710,39,89,48,88,7
France7,06,66,45,95,75,45,4
Italie4,44,44,94,85,04,84,7
Royaume-Uni6,05,65,35,05,15,25,1
Canada4,03,73,43,43,43,53,5
Hong Kong1,01,63,03,43,43,63,8
Corée0,71,51,92,42,42,52,6
Singapour0,71,31,92,42,42,52,5
Taiwan, province chinoise de0,71,51,92,02,02,22,2
Chine0,71,11,72,42,42,62,7
Indonésie0,60,80,80,90,91,01,0
Malaisie0,50,71,01,31,31,41,5
Thaïlande0,30,40,91,11,11,11,2
Argentine0,50,40,30,40,40,40,4
Brésil0,91,00,80,80,80,80,9
Mexique0,61,01,01,11,21,31,4
République tchèque0,50,40,30,50,40,50,5
Pologne0,90,50,40,50,50,60,6
Russie2,52,71,51,51,51,61,5

Graphique 16.Élasticité du commerce mondial par rapport à la production mondiale1

L’élasticité du commerce mondial par rapport à la production mondiale a nettement diminué en 1996, mais elle est restée supérieure à la moyenne des années 70 et 80.

1La croissance du commerce mondial (constitué par les échanges de biens et de services) est exprimée par la variation annuelle moyenne, en pourcentage, des exportations et importations mondiales. L’élasticité est exprimée par la variation annuelle, en pourcentage, du commerce mondial, divisée par la variation annuelle, en pourcentage, du PIB mondial. La zone ombrée correspond à des estimations des services du FMI.

Les déséquilibres extérieurs courants de la majorité des pays industrialisés sont restés le plus souvent limités, et inférieurs à ceux qu’accusaient certains pays au milieu des années 80. Tels qu’ils se présentent depuis quelque temps, ces déséquilibres témoignent du réalignement des taux de change des principales monnaies qui s’est amorcé ces dernières années, même si l’évolution de chaque pays dans le cycle conjoncturel est loin d’être étrangère à ces progrès (tableau 9). Au Japon, l’appréciation du yen jusqu’au début de 1995 et la poursuite des efforts de restructuration ont aidé à ramener l’excédent extérieur courant à 1½ % du PIB en 1996; on s’attend à ce qu’il augmente quelque peu pour atteindre 1¾ % du PIB en 1997. Le déficit extérieur courant s’est légèrement creusé en 1996 aux États-Unis, où la croissance économique a été relativement forte, et l’appréciation récente du dollar devrait plus que neutraliser l’impact de la reprise attendue de l’expansion dans d’autres économies avancées, entraînant une légère aggravation du déficit cette année. Si les transactions courantes ont été pratiquement équilibrées en 1996 au Canada et au Royaume-Uni, on prévoit dans ce dernier cas que la vigueur de la demande intérieure et l’appréciation récente de la livre sterling provoqueront l’apparition d’un léger déficit cette année. Le redressement des exportations en 1996 a entraîné une légère réduction du déficit extérieur courant en Allemagne, et une légère augmentation de l’excédent en France, et ces tendances devraient se confirmer en 1997. L’excédent extérieur courant de l’Italie s’est encore accru pour s’établir à 3½ % du PIB en 1996, le ralentissement de la demande intérieure ayant donné un coup de frein aux importations; on prévoit un excédent un peu plus important cette année.

Tableau 9.Échantillon d’économies: soldes des transactions courantes(En pourcentage du PIB)
19931994199519961997
Économies avancées
États-Unis−1,5−2,1−2,0−2,2−2,3
Japon3,12,82,21,41,8
Allemagne−0,7−1,0−0,9−0,7−0,5
France0,70,51,11,31,6
Italie1,11,52,53,53,7
Royaume-Uni−1,7−0,4−0,5−0,9
Canada−4,0−3,0−1,4−0,2_
Australie−3,4−5,0−5,3−3,7−3,6
Autriche−0,4−0,9−2,0−1,8−1,6
Corée0,1−1,2−2,0−4,9−4,1
Espagne−1,1−1,40,20,50,6
Finlande−1,31,34,33,43,4
Grèce−0,40,2−1,5−1,4−2,0
Hong Kong7,42,0−2,01,31,1
Irlande3,92,72,41,11,3
Israël−1,7−3,1−4,5−5,2−3,8
Norvège3,02,43,17,28,5
Nouvelle-Zélande−1,2−3,0−4,3−5,5−5,8
Singapour7,215,917,715,715,8
Suède−2,00,42,12,54,3
Suisse8,46,96,96,66,2
Taiwan, province chinoise de3,02,61,92,72,4
Pays en développement
Afrique du Sud1,6−0,3−2,1−1,6−1,1
Algérie1,6−5,3−5,30,4−0,4
Arabie Saoudite−14,6−8,7−5,5−0,22,0
Argentine−3,1−3,6−1,4−2,1−2,7
Brésil−0,1−0,3−2,5−3,3−3,1
Cameroun−5,2−4,2−0,4−2,4−2,4
Chili−4,6−1,20,2−4,1−3,5
Chine−2,70,60,2−0,1−0,7
Côte d’Ivoire−11,0−1,0−4,7−4,9−4,9
Égypte4,70,41,2−0,6−1,9
Inde−0,7−0,8−1,5−1,7−2,0
Indonésie−1,5−1,7−3,4−3,6−3,9
Malaisie−4,8−6,3−8,5−6,0−4,8
Mexique−5,8−7,0−0,3−0,5−1,2
Nigéria−2,9−3,2−1,75,011,9
Ouganda−1,5−2,2−1,8−1,6−1,8
Pakistan−7,7−3,7−3,7−6,9−5,9
Philippines−5,5−4,6−4,4−4,3−4,3
Thaïlande−5,9−5,6−8,1−8,2−7,4
Turquie−3,52,0−1,4−3,8−3,4
Pays en transition
Hongrie−9,0−9,5−5,6−3,8−3,7
Pologne1−0,12,33,3−0,8−2,2
République tchèque2,2−0,1−3,0−7,9−8,2
Russie1,43,81,21,70,6

D’après les données du solde courant, y compris un excédent des transactions commerciales non identifiées, estimées par les services du FMI.

D’après les données du solde courant, y compris un excédent des transactions commerciales non identifiées, estimées par les services du FMI.

Parmi les autres économies avancées, la Nouvelle-Zélande et l’Australie devraient enregistrer des déficits extérieurs courants à peu près inchangés en 1997. En Corée, la chute brutale des prix des exportations et l’appréciation du won vis-à-vis du yen se sont soldées par un creusement du déficit extérieur courant, qui a approché 5 % du PIB l’an passé en dépit d’une forte augmentation des exportations en volume. On s’attend à ce que la croissance plus lente des importations contribue au resserrement du déficit en 1997.

L’évolution du solde des transactions courantes en 1996 dans les pays en développement d’Asie traduit divers facteurs. En Malaisie, le déficit extérieur courant a été ramené à 6 % du PIB suite au resserrement de la politique monétaire, qui a comprimé la demande d’importations et plus que compensé le fléchissement des exportations. En Indonésie, où le déficit extérieur courant est resté à peu près inchangé à environ 3½ % du PIB, le tassement des recettes d’exportation non pétrolières a été contrebalancé par l’essor des exportations pétrolières et la faible croissance des importations; le déficit extérieur courant est aussi demeuré inchangé aux alentours de 8 % du PIB en Thaïlande, où le recul des importations a été compensé par l’augmentation des paiements d’intérêts à l’étranger au titre d’engagements bancaires à court terme. Le déficit de l’Indonésie pourrait se creuser davantage en 1997. En Chine, enfin, le solde des transactions courantes est resté pratiquement équilibré en 1996, passant d’ un léger excédent àun léger déficit suite à la contraction de l’excédent commercial et à une nouvelle augmentation des rapatriements de bénéfices à l’étranger.

La confirmation de la reprise dans un certain nombre de pays d’Amérique latine s’est traduite, en 1996, par un creusement des déficits extérieurs courants imputable à l’accélération des importations, en particulier dans le domaine des biens d’équipement. Le déficit extérieur courant du Mexique s’est légèrement creusé en 1996 pour s’établir à ½ % du PIB et, selon les projections, il devrait atteindre 1¼ % du PIB en 1997. On s’attend aussi à ce que le déficit extérieur courant de l’Argentine se creuse modérément en 1997, et se resserre quelque peu au Brésil. Au Chili, le renversement du solde extérieur courant, passé d’un quasi-équilibre en 1995 à un déficit de 4 % du PIB en 1996, s’explique essentiellement par la chute des cours du cuivre et d’autres produits de base. Au Venezuela, enfin, la hausse des prix du pétrole en 1996 a donné un coup de fouet aux exportations et consolidé l’excédent extérieur courant malgré l’essor des importations.

Dans un certain nombre de pays africains, la baisse des prix de divers produits de base a entraîné un creusement des déficits extérieurs courants en 1996, et on prévoit que la région enregistrera une légère détérioration de ce solde en 1997. Ce tableau d’ensemble masque toutefois une grande diversité des situations selon les pays. Ainsi, les déficits extérieurs courants devraient se creuser en Ethiopie et en Zambie où la détérioration des termes de l’échange se poursuivra, mais ils s’amélioreront ou demeureront à peu près inchangés dans plusieurs autres pays, et en particulier dans certains États de la zone franc ainsi qu’au Kenya et en Tanzanie. En revanche, la hausse des prix du pétrole en 1996 a permis au Nigéria et à l’Algérie d’éliminer leur déficit extérieur courant.

C’est aussi le renchérissement du pétrole qui a permis à l’Arabie Saoudite d’enregistrer des recettes d’exportation de pétrole en hausse de 17 % en 1996 et de rééquilibrer pratiquement son solde des transactions courantes après avoir connu en 1992 et 1993 des déficits proches de 15 % du PIB, qui avaient été ramenés progressivement à un peu plus de 5½ % en 1995. Le déficit extérieur courant de la Jordanie a été réduit de près d’un point en 1996 pour s’établir à 3 % du PIB.

De nombreux pays en transition ont vu leur solde extérieur courant se détériorer en 1996. Ainsi, les déficits se sont creusés pour avoisiner 8 % du PIB en République slovaque et en République tchèque, où les importations sont montées en flèche alors que les entrées de capitaux ont favorisé une appréciation des taux de change réels. En Hongrie, le resserrement de la politique financière a aidé à réduire le déficit extérieur courant.

Les entrées nettes de capitaux privés dans les pays en développement ont atteint un niveau sans précédent, approchant un total de 200 milliards de dollars en 1996, dont près de 40 milliards sont allés à la Chine (tableau 10). L’ampleur de cet afflux net de capitaux s’explique par les taux d’intérêt relativement faibles proposés dans les pays industrialisés, et par la poursuite du développement des marchés de capitaux —marchés d’actions et d’obligations, en particulier —dans de nombreuses économies à marchés émergents, ainsi que par les progrès accomplis par beaucoup d’entre eux dans les privatisations et les autres réformes structurelles.

Tableau 10.Pays en développement: flux de capitaux1(Moyennes annuelles; milliards de dollars E.U.)
1983–881989–95199119921993199419951996
Pays en développement
Flux de capitaux privés nets215,1107,6136,1127,4141,2118,3151,2200,7
Investissements directs nets10,441,826,734,350,269,572,590,7
Investissements de portefeuille
nets3,444,036,153,089,383,616,944,6
Autres investissements nets1,322,173,241,62,3−35,061,764,9
Flux de capitaux publics nets29,021,420,814,323,320,431,0−3,8
Variation des réserves38,4−42,7−49,7−45,7−40,0−42,2−60,7−82,3
Afrique
Flux de capitaux privés nets23,57,25,55,74,712,713,69,0
Investissements directs nets1,12,32,41,91,23,42,35,1
Investissements de portefeuille
nets−0,9−0,2−1,6−0,70,90,41,90,7
Autres investissements nets3,35,14,74,52,58,89,43,2
Flux de capitaux publics nets5,06,05,98,66,25,54,06,4
Variation des réserves30,2−2,3−3,22,4−1,0−5,8−2,2−4,4
Asie
Flux de capitaux privés nets211,943,632,421,852,763,289,294,7
Investissements directs nets3,625,012,117,734,043,649,554,8
Investissements de portefeuille
nets1,25,20,51,811,710,010,29,2
Autres investissements nets7,113,619,83,77,69,229,430,1
Flux de capitaux publics nets7,68,410,610,710,16,25,67,2
Variation des réserves3−2,2−23,8−26,7−15,1−25,3−47,4−28,3−43,2
Moyen-Orient et Europe
Flux de capitaux privés nets21,823,973,244,522,0−2,412,619,4
Investissements directs nets1,11,31,41,91,50,90,80,8
Investissements de portefeuille
nets4,213,522,621,215,612,212,27,6
Autres investissements nets−3,49,049,221,34,9−15,6−0,510,9
Flux de capitaux publics nets6,71,41,1−3,05,910,3−1,3−5,8
Variation des réserves39,9—4,4−4,3−11,76,1−0,1−6,5−13,9
Hémisphère occidental
Flux de capitaux privés nets2−2,033,024,955,561,744,935,777,7
Investissements directs nets4,713,210,912,913,421,519,929,9
Investissements de portefeuille
nets−1,125,414,530,661,160,8−7,527,1
Autres investissements nets−5,7−5,6−0,512,0−12,8−37,523,320,7
Flux de capitaux publics nets9,75,73,2−2,01,1−1,722,7−11,6
Variation des réserves30,5−12,2−15,5−21,3−19,911,2−23,6−20,8

Flux nets de capitaux, qui se composent des investissements directs nets, des investissements de portefeuille nets et d’autres flux d’investissement nets à court et à long terme, y compris des emprunts publics et privés.

En raison des carences des données, il se peut que les autres investissements nets comprennent certains flux de capitaux publics.

Le signe moins indique une augmentation.

Flux nets de capitaux, qui se composent des investissements directs nets, des investissements de portefeuille nets et d’autres flux d’investissement nets à court et à long terme, y compris des emprunts publics et privés.

En raison des carences des données, il se peut que les autres investissements nets comprennent certains flux de capitaux publics.

Le signe moins indique une augmentation.

S’agissant de la composition des flux de capitaux privés, la tendance à s’écarter des prêts bancaires au profit des investissements directs étrangers et des investissements de portefeuille s’est poursuivie, en particulier en Amérique latine et en Asie. Sur les cinq dernières années, les deux derniers types de flux ont représenté de 2 à 4 % du PIB des pays en développement, contre moins de 1 % avant 1990. Les émissions obligataires ont progressé elles aussi, y compris dans certains pays en transition. En Russie, par exemple, l’émission récente de 1 milliard de dollars d’euro-obligations est la plus importante jamais lancée par un État souverain. Le coût du capital pour les pays à marchés émergents a également diminué depuis le début de 1995. Les écarts sur les obligations Brady en Amérique latine se sont considérablement réduits après la crise mexicaine, preuve d’une confiance retrouvée dans les programmes d’ajustement. Le mouvement a été moins net ailleurs, mais ces écarts sont tombés récemment en deçà de 100 points de base pour la Pologne et les Philippines. S’il reflète dans bien des cas l’amélioration de la situation économique et des politiques suivies dans les pays bénéficiaires, ce resserrement des écarts est tel qu’on peut penser que, dans certains cas, les rendements attendus sont peut-être surestimés et les risques sous-estimés.

L’afflux net de capitaux privés dans les pays en développement devrait se poursuivre et peut-être dépasser ses niveaux actuels dans les années qui viennent. La demande de capitaux liée au financement des infrastructures devrait augmenter avec la croissance économique, notamment en Asie. Cependant, les flux de capitaux restent vulnérables aux aléas des taux d’intérêt et à l’évolution des marchés d’actions des principaux pays industrialisés, ainsi qu’aux effets de contagion des perturbations que pourraient connaître certains pays à marchés émergents. Si, globalement, les flux de capitaux semblent soutenables dans les conditions actuelles du marché, certains pays risquent d’être affectés par d’éventuelles volte-face des marchés financiers. Ceux où l’assainissement financier n’a pas assez progressé et où l’on compte donc trop sur les taux d’intérêt à court terme pour freiner la demande intérieure (et atténuer les risques de surchauffe) pourraient être particulièrement vulnérables à ces retournements d’opinion. Dans leur évaluation des perspectives d’évolution des flux de capitaux, les services du FMI supposent que les pays en développement continueront de progresser dans leur effort de réforme et de stabilisation.

L’expansion économique vigoureuse et régulière du groupe des pays en développement et les progrès de la stabilisation et des réformes dans les pays en transition ont entraîné un nouvel allégement du fardeau global de la dette extérieure en 1996, et ce pour la cinquième année consécutive (graphique 17). Le ratio dette/PIB devrait diminuer pour atteindre 29 % en 1997, et le ratio dette/recettes d’exportation tomber à 139 %, soit à son plus bas niveau depuis 19849. Beaucoup de pays pauvres, en Afrique subsaharienne notamment, continueront de souffrir d’un endettement extérieur considérable. Dans certains cas, les mécanismes traditionnels d’allégement de la dette ne suffiront sans doute pas à ramener cet endettement à un niveau viable à moyen terme, même si ces pays persévèrent dans leur effort d’ajustement et de réforme. Afin que tous les pays pauvres très endettés (PPTE) qui mènent des politiques appropriées puissent ramener leur dette à un niveau supportable, la Banque mondiale et le FMI ont approuvé et engagé une initiative en faveur des PPTE, qui prévoit que l’ensemble des créanciers des pays bénéficiaires agiront en concertation pour ramener l’endettement total à des niveaux viables.

Graphique 17.Pays en développement et pays en transition: dette et service de la dette extérieure1

(En pourcentage des exportations de biens et de services)

Le fardeau de la dette extérieure a continué de s’alléger en 1996.

1Le ratio du service de la dette se rapporte aux paiements d’intérêts effectifs sur la dette totale plus les paiements effectifs au titre de l’amortissement de la dette à long terme. Les projections (zones ombrées) tiennent compte des postes de financement exceptionnel.

Depuis l’édition d’octobre 1996 des Perspectives de l’économie mondiale, un certain nombre de pays ont conclu avec des créanciers officiels ou privés des accords portant sur l’encours et le service de leur dette. Sous l’égide du Club de Paris, des rééchelonnements des flux aux conditions de Naples prévoyant une réduction de 67 % de la valeur actuelle nette (VAN) de la dette ont été conclus avec le Mozambique en novembre 1996, le Niger en décembre 1996, l’Ethiopie et la Tanzanie en janvier 1997 et la Guinée en février 1997, ce dernier accord prévoyant une réduction de 50 % de la VAN de l’ensemble des arriérés. Un accord a aussi été conclu avec le Bénin, en octobre 1996, pour une opération sur l’encours de la dette prévoyant une réduction de 67 % de la VAN de toute la dette couverte. D’autres pays ont progressé dans la négociation d’accords sur l’encours et le service de la dette avec les banques commerciales. Ainsi, la Côte d’Ivoire a conclu en novembre 1996 un accord fortement concessionnel qui porte sur 5,4 milliards de dollars de dette, et le Vietnam s’est entendu sur le remboursement de 900 millions de dollars —qui apurera les arriérés accumulés depuis la fin des années 70 —en janvier 1997.

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