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Chapitre I. Les Perspectives et Les Enjeux Économiques Mondiaux

Author(s):
International Monetary Fund. Research Dept.
Published Date:
October 2003
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Après une série de chocs au premier semestre de 2003, les signes d’un rebond de la croissance se multiplient et les risques, qui, en avril, se trouvaient dans leur grande majorité du côté d’un ralentissement de l’activité, sont maintenant beaucoup plus équilibrés. Cependant, l’allure et la vigueur de la reprise étant incertaines et les tensions inflationnistes faibles, les politiques monétaires devraient rester pour l’instant accommodantes. Les politiques budgétaires devraient de plus en plus privilégier un assainissement à moyen terme des finances publiques, compte tenu surtout des pressions démographiques à venir. Étant donné que les déséquilibres mondiaux s’aggravent et que la croissance mondiale continue d’être tributaire des États-Unis, il faudrait que de nombreux pays accélèrent leurs réformes structurelles, que les États-Unis prennent parallèlement des mesures pour freiner à moyen terme leur déficit budgétaire et que certains pays donnent progressivement davantage de flexibilité à leur taux de change.

Lorsque la dernière édition des Perspectives a été publiée en avril 2003, les services du FMI s’attendaient, à condition que la guerre en Iraq soit courte et limitée, à ce que la croissance reprenne au second semestre de l’année, et passe à 4% environ en 2004 (tableau 1 et graphique 1.1). En fait, l’essentiel des hostilités ayant rapidement pris fin en Iraq, les indicateurs précurseurs se sont en général raffermis, aux États-Unis en particulier, les cours des actions augmentant nettement et la confiance des ménages et des entreprises enregistrant une certaine amélioration (graphique 1.2). Cependant, d’autres données sont dans un premier temps restées faibles: la croissance de la production industrielle et du commerce international a ralenti sensiblement au deuxième trimestre (graphique 1.2), à cause de la persistance des incertitudes géopolitiques, des répercussions continues de l’éclatement de la bulle boursière et, en Asie notamment, de l’impact du syndrome respiratoire aigu sévère (SRAS). Plus récemment, toutefois, les signes d’un redressement de l’activité, investissement inclus, se sont multipliés, en particulier aux États-Unis, au Japon et dans plusieurs pays émergents, surtout d’Asie.

Graphique 1.1.Indicateurs mondiaux1

(Variations annuelles en pourcentage, sauf indication contraire)

La croissance mondiale devrait rester faible en 2003, mais se rapprocher de sa tendance longue en 2004.

1Les zones ombrées correspondent aux projections des services du FMI. Sauf indication contraire, les agrégats sont pondérés sur la base de la parité de pouvoir d’achat.

2Taux moyens de croissance des pays (somme pondérée en fonction de la parité de pouvoir d’achat) Au fil des ans, la pondération des pays à croissance plus rapide augmente, donnant à la courbe une orientation vers le haut.

3Moyenne pondérée par les PIB des rendements, diminués des taux d’inflation, des obligations d’État à dix ans ou à échéance la plus proche de dix ans des pays suivants: États-Unis, Japon, Allemagne, France, Italie (sauf avant 1972), Royaume-Uni et Canada.

4Moyenne non pondérée des cours du disponible des bruts U.K. Brent, Dubaï et West Texas Intermediate.

Graphique 1.2.Indicateurs courants et précurseurs

(Variations trimestrielles en pourcentage, en taux annuels, saut indication contraire)

La croissance de la production industrielle et des échanges mondiaux est restée faible au deuxième trimestre de 2003, notamment dans les pays industrialisés; les indicateurs précurseurs se sont légèrement améliorés, surtout aux États-Unis.

Sources: confiance des entreprises: pour les États-Unis, National Association of Purchasing Managers; pour la zone euro, Commission européenne; pour le Japon, Banque du Japon. Confiance des consommateurs: pour les États-Unis, Conference Board: pour la zone euro, Commission européenne; pour le Japon, Bureau du Premier ministre (Agence de planification économique). Pour les autres indicateurs: Haver Analytics.

1Australie, Canada, Danemark, États-Unis, Japon, Norvège, Nouvelle-Zélande, Royaume-Uni, Suède, Suisse et zone euro.

2Afrique du Sud, Argentine, Brésil, Chili, Chine, Colombie, Corée, RAS de Hong Kong, Hongrie, Inde, Indonésie, Israël, Malaisie, Mexique, Pakistan, Pérou, Philippines, Pologne, République tchèque, Russie, Singapour, province chinoise de Taiwan, Thaïlande, Turquie et Venezuela.

3Les données pour la Chine, l’Inde, le Pakistan et la Russie ont été calculées par interpolation.

Les tensions inflationnistes étant très modérées, les politiques macroéconomiques ont continué d’être assouplies dans toutes les régions. Les taux d’intérêt ont été abaissés en Europe et aux États-Unis, ainsi que dans un certain nombre d’autres pays industrialisés ou émergents; par ailleurs, les États-Unis et plusieurs pays asiatiques ont encore desserré leur politique budgétaire. Cela dit, l’ampleur des mesures macroéconomiques de relance continue de varier fortement selon les grands pays industrialisés: les États-Unis et le Royaume-Uni y ont largement recours, contrairement à la zone euro et au Japon (graphique 1.3).

Graphique 1.3.Assouplissement budgétaire et monétaire dans les principaux pays avancés

(Pourcentage)

Les politiques monétaire et budgétaire demeurent beaucoup plus expansionnistes aux États-Unis et au Royaume-Uni que dans la zone euro et au Japon.

Source: estimations des services du FMI.

1Abstraction faite de l’aide octroyée aux banques.

Sur les marchés financiers matures, les taux d’intérêt à long terme étaient, à la mi-juin, au plus bas depuis quarante ans, en raison d’une liquidité abondante, de l’assouplissement monétaire et des anticipations selon lesquelles les taux d’intérêt directeurs resteraient faibles plus longtemps que prévu. Depuis lors, les taux d’intérêt à long terme ont rebondi, surtout aux États-Unis (graphique 1.4), sous l’effet apparemment de plusieurs facteurs — on s’attend de plus en plus à une reprise de l’activité, l’inflation devrait s’accélérer et l’offre de titres d’État continue d’être importante1.

Graphique 1.4.Évolution des marchés financiers matures

Les taux d’intérêt à long terme ont rebondi depuis le milieu de juin, tout en restant assez bas par rapport au passé. Les cours des actions ont continué d’augmenter, parallèlement à une réduction des marges.

Sources: Bloomberg Financial Markets, LP; State Street Bank; HBOS plc.; Office of Federal Housing Enterprise Oversight; Japan Real Estate Institute; estimations des services du FMI.

1Indicateurs de la propension au risque FMI/State Street Bank.

2Indice Halifax des prix de l’immobilier (valeur de toutes les maisons).

3Indice des prix de l’immobilier (valeur des maisons unifamiliales).

4Indice des prix des terrains urbains moyenne de toutes les catégories dans six grandes communautés urbaines.

Tableau 1.1.Perspectives de l’économie mondiale: aperçu des projections(Variations annuelles en pourcentage, sauf indication contraire)
20012002Projections actuellesÉcart par rapport aux projections d’avril 20031
2003200420032004
Production mondiale2,43,03,24,1
Économies avancées1,01,81,82,9−0,1
États-Unis0,32,42,63,90,40,3
Zone euro1,50,90,51,9−0,6−0,4
Allemagne0,80,21,5−0,5−0,4
France2,11,20,52,0−0,7−0,4
Italie1,80,40,41,7−0,7−0,6
Japon0,40,22,01,41,20,4
Royaume-Uni2,11,91,72,4−0,3−0,1
Canada1,93,31,93,0−0,9−0,2
Autres économies avancées1,62,71,73,0−0,8−0,2
Nouvelles économies industrielles d’Asie0,84,82,34,2−1,8−0,3
Pays en développement4,14,65,05,6−0,2
Afrique3,73,13,74,8−0,2−0,4
Subsaharienne3,53,03,15,0−0,7−0,4
Asie5,86,46,46,50,1
Chine7,58,07,57,5
Inde4,24,75,65,90,5
ASEAN-422,94,34,14,40,20,1
Moyen-Orient et Turquie32,04,85,14,6−0,3
Hémisphère occidental0,7−0,11,13,6−0,4−0,6
Brésil1,41,51,53,0−1,3−0,5
Pays en transition5,14,24,94,70,90,6
Europe centrale et orientale3,13,03,44,1−0,2
Communauté des États indépendants et Mongolie6,44,95,85,01,41,0
Russie5,04,36,05,02,01,5
Russie exclue9,25,95,45,00,10,1
Pour mémoire
Croissance mondiale calculée sur la base des cours de change1,31,92,33,20,1
Volume du commerce mondial (biens et services)0,13,22,95,5−1,8−0,7
Importations
Economies avancées−1.02,21,64,8−1,9−1,1
Pays en développement1,66,05,17,80,4−0,2
Pays en transition11,96,36,68,10,55,0
Exportations
Économies avancées−0,82,21,65,2−2,2−0,6
Pays en développement2,76,54,36,90,6−0,7
Pays en transition6,06,35,85,6−0,12,9
Prix des produits de base (en dollars)
Pétrole4−14,02,814,2−10,5−10,08,8
Produits de base hors combustibles (moyenne fondée sur la pondération des exportations mondiales de produits de base)−4,00,65,02,4
Prix à la consommation
Économies avancées2,21,51,81,3−0,1−0,4
Pays en développement5,85,35,94,90,1−0,2
Pays en transition16,211,19,79,10,31,7
Taux du LIBOR à six mois (en pourcentage)
Dépôts en dollars3,71,91,32,0−0,4−1,5
Dépôts en euros4,23,32,22,4−0,1−0,1
Dépôts en yen0,20,10,10,2−0,1
Note: On suppose que les taux de change effectifs restent, en valeur réelle, aux niveaux observés entre le 1er et le 28 juillet 2003.

Calculé en utilisant la parité de pouvoir d’achat (PPA) révisée, telle que résumée au tableau A de l’appendice statistique.

Indonésie, Malaisie, Philippines et Thaïlande.

Y compris Malte.

Moyenne non pondérée des cours du disponible des bruts U.K. Brent, Dubaï et West Texas Intermediate. Le prix moyen du pétrole en 2002 était de 24,96 dollars le baril; hypothèse pour 2003: 28,50 dollars le baril et pour 2004: 25,50 dollars le baril.

Note: On suppose que les taux de change effectifs restent, en valeur réelle, aux niveaux observés entre le 1er et le 28 juillet 2003.

Calculé en utilisant la parité de pouvoir d’achat (PPA) révisée, telle que résumée au tableau A de l’appendice statistique.

Indonésie, Malaisie, Philippines et Thaïlande.

Y compris Malte.

Moyenne non pondérée des cours du disponible des bruts U.K. Brent, Dubaï et West Texas Intermediate. Le prix moyen du pétrole en 2002 était de 24,96 dollars le baril; hypothèse pour 2003: 28,50 dollars le baril et pour 2004: 25,50 dollars le baril.

Pourtant, ce récent rebond n’a eu qu’un effet limité sur les cours des actions, qui ont conservé les gains substantiels enregistrés depuis mars, et sur les marges imposées aux entreprises, grâce aux résultats obtenus ou escomptés de leur restructuration et à une propension au risque toujours positive. Sur les marchés monétaires, le dollar n’a cessé de se déprécier jusqu’au milieu de mai, par suite du niveau relativement faible des taux d’intérêt et des inquiétudes que suscite toujours chez les investisseurs le déficit courant élevé des États-Unis; cependant, il s’est légèrement redressé par la suite. Dans l’ensemble, depuis le pic du début de 2002, le dollar a reculé de quelque 12% en termes effectifs nominaux, alors que, parallèlement, l’euro, le dollar canadien et la monnaie de certains autres pays industrialisés s’appréciaient considérablement.

En ce qui concerne les pays émergents, les conditions de financement se sont nettement assouplies jusqu’à la fin de juin, grâce entre autres au bas niveau des taux d’intérêt dans les pays industrialisés et à une amélioration de la confiance envers un certain nombre de pays importants, le Brésil notamment. Les frais de financement ont depuis lors augmenté à cause de la hausse des taux d’intérêt aux États-Unis, mais les marges ont continué de diminuer (graphique 1.5) et le ralentissement des émissions primaires qui a été observé semble, pour l’essentiel, discrétionnaire, faute de preuves manifestes d’un rétrécissement structurel de l’accès au marché. Les sorties de capitaux ralentissant dans de nombreux pays, les apports nets de capitaux privés aux pays émergents devraient, d’après les projections, dépasser en 2003 110 milliards de dollars, leur plus haut niveau depuis le milieu des années 90 (tableau 1.2). En général, la chute du dollar n’a guère eu d’effet sur les monnaies des pays émergents, qui, depuis son pic, se sont en fait pour la plupart dépréciées en termes effectifs nominaux (graphique 1.6). En Asie, les excédents importants qu’ont continué d’enregistrer les comptes des transactions courantes et de capital se sont accompagnés d’une très forte augmentation des réserves (voir le deuxième essai du chapitre II intitulé «Les réserves de change de l’Asie sont-elles trop élevées?»).

Graphique 1.5.Conditions de financement pour les marchés émergents

Sur les marchés émergents, les marges ont fortement diminué et les cours des actions se sont redressés comme sur les marchés matures.

Sources: Bloomberg Financial Markets, LP; Capital Data; estimations des services du FMI.

1Corrélation moyenne glissante sur 60 jours entre les marges des marchés obligataires émergents.

Graphique 1.6.Évolution du taux de change et des taux d’intérêt dans un échantillon de pays

(Depuis février 2002; pourcentage)

La chute du dollar EU (depuis son pic de février 2002) s’est accompagnée d’une appréciation de l’euro et du dollar canadien, ainsi que de la monnaie de quelques petits pays industrialisés qui, pour la plupart, ont totalement ou en partie compensé l’effet de contraction subi par un assouplissement monétaire. Les monnaies des pays émergents se sont en général dépréciées.

Sources: Bloomberg Financial Markets, LP; Global Insight.

1Australie et Nouvelle-Zélande.

2Danemark, Norvège et Suède.

3Corée, Hong Kong (RAS), Singapour et province chinoise de Taiwan.

4Chili, Colombie, Pérou et Venezuela.

5Indonésie, Malaisie, Philippines et Thaïlande.

6Hongrie, Pologne et République tchèque.

Tableau 1.2.Économies de marché émergentes: flux nets de capitaux1(Milliards de dollars)
1995199619971998199920002001200220032004
Total2
Flux nets de capitaux privés3192,9226,5132,677,886,747,142,780,3113,193,8
Investissements directs nets101,5116,2143,9156,0175,4165,7180,9142,9143,9145,2
Investissements de portefeuille nets23,983,263,311,019,5−3,8−51,2−52,9−22,9−16,8
Autres flux nets de capitaux privés67,427,1−74,6−89,2−108,2−114,9−87,1−9,7−8,0−34,6
Flux nets de capitaux publics49,5−1,842,657,67,6−12,821,17,110,1−16,0
Variation des réserves4−117,9−104,6−71,1−49,7−88,4−117,2−122,4−211,6−255,1−148,5
Pour mémoire
Solde des transactions courantes5−95,2−89,0−71,1−51,134,5126,779,1133,2128,982,3
Afrique
Flux nets de capitaux privés311,310,14,28,112,20,25,25,08,19,5
Investissements directs nets1,93,67,86,89,77,924,011,213,311,6
Investissements de portefeuille nets2,52,87,03,78,2−2,2−8,8−0,7−0,70,2
Autres flux nets de capitaux privés6,93,7−10,6−2,4−5,8−5,5−10,0−5,5−4,5−2,3
Flux nets de capitaux publics5,6−2,33,95,64,55,13,53,54,84,4
Variation des réserves4−3,1−6,6−11,22,7−3,5−13,1−12,6−7,2−13,9−11,0
Asie, pays en développement d’6
Flux nets de capitaux privés399,3124,610,8−42,14,6−3,325,257,062,413,7
Investissements directs nets55,855,059,860,960,658,450,957,866,559,6
Investissements de portefeuille nets22,330,07,3−17,211,54,3−13,5−21,1−10,9−16,5
Autres flux nets de capitaux privés21,239,6−56,3−85,8−67,5−66,0−12,220,26,8−29,4
Flux nets de capitaux publics3,8−13,017,126,13,91,9−9,7−9,9−7,1−7,6
Variation des réserves4−42,9−46,9−15,1−67,8−78,9−49,0−84,9−167,1−159,9−93,7
Pour mémoire
Hong Kong (RAS)
Flux nets de capitaux privés3−3,5−7,110,8−8,51,14,2−6,6−24,9−27,7−25,6
Moyen-Orient et Turquie7
Flux nets de capitaux privés38,19,717,09,6−1,2−14,1−33,6−15,1−17,0−8,0
Investissements directs nets6,45,05,36,24,97,911,26,39,38,5
Investissements de portefeuille nets2,01,8−0,8−13,0−1,9−11,1−19,5−16,6−10,8−6,1
Autres flux nets de capitaux privés−0,32,912,616,4−4,3−10,8−25,4−4,9−15,4−10,3
Flux nets de capitaux publics4,86,56,24,02,4−5,89,61,82,42,2
Variation des réserves4−11,8−22,6−20,59,3−6,9−28,7−8,2−10,1−22,5−11,3
Hémisphère occidental
Flux nets de capitaux privés343,476,474,474,453,455,329,87,828,341,8
Investissements directs nets24,540,356,161,076,368,169,039,629,136,3
Investissements de portefeuille nets3,548,029,125,32,58,7−3,8−7,93,77,0
Autres flux nets de capitaux privés15,4−11,9−10,8−12,0−25,5−21,5−35,3−23,9−4,5−1,4
Flux nets de capitaux publics19,7−4,89,210,2−2,8−10,223,413,612,7−13,0
Variation des réserves4−22,9−28,3−14,47,88,6−2,81,1−1,8−29,0−8,9
Pays en transition8
Flux nets de capitaux privés330,75,626,127,817,79,016,025,631,236,7
Investissements directs nets12,912,314,921,223,823,425,927,925,829,2
Investissements de portefeuille nets−6,40,520,712,1−0,9−3,4−5,7−6,7−4,2−1,4
Autres flux nets de capitaux privés24,2−7,2−9,4−5,5−5,2−11,0−4,24,49,68,9
Flux nets de capitaux publics15,611,86,211,7−0,4−3,8−5,6−1,9−2,7−2,1
Variation des réserves4−37,2−0,2−10,0−1,7−7,7−23,7−17,8−25,4−29,8−23,5
Pour mémoire
Pays exportateurs de pétrole
Flux nets de capitaux privés35,0−20,29,52,6−27,9−55,5−37,2−52,6−37,8−20,2
Pays non exportateurs de pétrole
Flux nets de capitaux privés3187,9246,7123,175,1114,6102,579,8132,9150,9114,0

Les flux nets de capitaux se composent des investissements directs nets, des investissements de portefeuille nets et d’autres flux d’investissement nets à court et à long termes, y compris les emprunts publics et privés. Les économies de marché émergentes sont les pays en développement ou en transition, la Corée, Singapour, la province chinoise de Taiwan et Israël.

Non compris la RAS de Hong Kong.

En raison des lacunes présentées par ces données, les «autres flux nets de capitaux privés» peuvent comprendre certains flux de capitaux publics.

Le signe moins indique une augmentation.

La somme du solde des transactions courantes, des flux nets de capitaux privés, des flux nets de capitaux publics et de la variation des réserves est égale, mais avec le signe contraire, à la somme du solde du compte de capital et d’opérations financières et des erreurs et omissions. Pour les soldes des transactions courantes par région, voir le tableau 27 de l’appendice statistique.

Y compris Corée, Singapour et province chinoise de Taiwan.

Y compris Israël et Malte.

Les données cumulées de la Russie ayant été révisées, et un certain nombre de problèmes d’interprétation réglés, les données rétrospectives ont elles aussi été révisées.

Les flux nets de capitaux se composent des investissements directs nets, des investissements de portefeuille nets et d’autres flux d’investissement nets à court et à long termes, y compris les emprunts publics et privés. Les économies de marché émergentes sont les pays en développement ou en transition, la Corée, Singapour, la province chinoise de Taiwan et Israël.

Non compris la RAS de Hong Kong.

En raison des lacunes présentées par ces données, les «autres flux nets de capitaux privés» peuvent comprendre certains flux de capitaux publics.

Le signe moins indique une augmentation.

La somme du solde des transactions courantes, des flux nets de capitaux privés, des flux nets de capitaux publics et de la variation des réserves est égale, mais avec le signe contraire, à la somme du solde du compte de capital et d’opérations financières et des erreurs et omissions. Pour les soldes des transactions courantes par région, voir le tableau 27 de l’appendice statistique.

Y compris Corée, Singapour et province chinoise de Taiwan.

Y compris Israël et Malte.

Les données cumulées de la Russie ayant été révisées, et un certain nombre de problèmes d’interprétation réglés, les données rétrospectives ont elles aussi été révisées.

Les marchés des produits de base ont continué de subir fortement l’influence des facteurs géopolitiques, de la conjoncture et des perturbations de l’offre. Après avoir culminé à 34 dollars le baril avant la guerre, les prix du pétrole se sont sensiblement repliés en avril; cependant, ils étaient remontés à la fin d’août à 30 dollars le baril, en raison d’une reprise plus lente que prévu de la production en Iraq, de la faiblesse constante des stocks des pays industrialisés et des préoccupations au sujet du volume actuel de la production du Nigéria et du Venezuela. Au début de septembre, ils ont de nouveau diminué et, si l’on s’attend à ce qu’ils restent élevés jusqu’à la fin de l’année, ils devraient, selon les projections, tomber à 25,50 dollars en moyenne le baril en 2004 par suite d’un accroissement de l’offre, notamment iraquienne; en réalité, de nombreux analystes du marché du pétrole jugent possible une baisse nettement plus forte (voir appendice 1.1 «Perspectives d’évolution à long terme des prix du pétrole»). En revanche, les projections font état d’une légère hausse des prix des produits de base non pétroliers, grâce entre autres à l’augmentation de l’activité mondiale et à la disparition progressive des effets des chocs antérieurs (voir appendice 1.2 «Prix des produits primaires non pétroliers et marchés des semi-conducteurs»).

À l’heure actuelle, le rythme et la nature de la reprise continuent de dépendre de la réponse à plusieurs questions importantes:

  • Combien de temps les répercussions de l’éclatement de la bulle boursièreau sens large où on l’entend ciaprèsvont-elles durer? Comme on l’a mentionné dans la dernière édition des Perspectives, la fragilité récente de l’économie mondiale ne s’explique pas seulement par la guerre. L’envolée des cours des actions à la fin des années 90 a été sans pareille dans l’histoire moderne: ses conséquences sont imprévisibles et il n’est peut-être pas surprenant que, pour la plupart des observateurs, y compris les auteurs des Perspectives, elles semblent difficiles à évaluer. Bien que l’impact direct des pertes boursières sur la consommation des ménages ait sans doute atteint son maximum, la situation financière de ceux-ci dans certains pays, notamment les États-Unis, demeure tendue et la contribution à la reprise du marché immobilier (stimulé en partie ces trois dernières années par l’assouplissement énergique de la politique monétaire) ne sera sans doute pas la même que par le passé. En outre, le processus d’ajustement des entreprises et, dans une moindre mesure, du secteur financier (élimination des surcapacités, restructuration des bilans et reconstitution des fonds de pension à prestations définies) ne sera pas terminé avant un certain temps, en Europe surtout; en outre, il se pourrait que les récents scandales financiers continuent de peser sur la confiance dans les entreprises.

  • Le dollar subira-t-il une nouvelle dépréciation et, dans l’affirmative, l’euro continuera-t-il de supporter l’essentiel de l’ajustement qui en découlera? Jusqu’à présent, le recul du dollar a été relativement ordonné et, étant donné l’importance du déficit des transactions courantes des États-Unis, en général bien accueilli; la Banque centrale européenne (BCE) a largement compensé par des baisses de taux d’intérêt le durcissement des conditions financières qui en est résulté dans la zone euro (voir encadré 1.1 «Évolution récente des conditions monétaires et financières dans les grandes zones monétaires», page 13). Une nouvelle dépréciation sensible du dollar n’est pas à exclure, alors que nos projections sont comme d’habitude basées sur l’hypothèse que les taux de change réels demeurent constants; elle aurait des répercussions importantes sur les perspectives, surtout si, au lieu d’être répartie plus largement, l’appréciation des monnaies qu’elle entraînerait se concentrait encore sur la zone euro.

Dans leurs prévisions de référence, les services du FMI confirment les signes de reprise évoqués précédemment et continuent de faire état d’une accélération de l’activité à partir du second semestre de 2003 (graphique 1.7). On s’attend à ce que la croissance du PIB mondial soit de 3,2% en 2003, et passe à 4,1%, c’est-à-dire un taux proche de sa tendance longue, en 2004, grâce à la réduction des incertitudes géopolitiques, aux mesures de relance envisagées, au redressement des stocks, au repli prévu des prix du pétrole et à la résorption des répercussions de la bulle boursière (voir encadré 1.2 «Comment devrions-nous mesurer la croissance mondiale?», page 18). Les politiques monétaires devraient normalement rester accommodantes et il est peu probable qu’un retrait progressif des stimulants soit amorcé avant 2004; par ailleurs, on s’attend à ce que le Japon poursuive sa politique d’assouplissement quantitatif.

  • En ce qui concerne les pays industrialisés, les États-Unis devraient continuer de tirer la reprise, car c’est dans ce pays que, malgré un marché de l’emploi peu dynamique et des surcapacités considérables, les données courantes font apparaître les signes d’amélioration les plus prometteurs, les indicateurs précurseurs sont les meilleurs et le programme de relance envisagé le plus vaste (tableau 1.3). Pour la zone euro, les prévisions ont été nettement révisées à la baisse une fois encore, du fait d’une demande intérieure privée durablement décevante et de l’appréciation de l’euro. Comme, dans l’ensemble, les autorités soutiennent moins l’activité et que les difficultés continues de l’Allemagne pèsent sur les perspectives de toute la région, on s’attend à ce que la reprise soit relativement progressive, et soit encouragée essentiellement par un redressement graduel de la consommation privée (facilité par le faible niveau des taux d’intérêt et les stabilisateurs automatiques) et des stocks et par l’amélioration escomptée de la demande extérieure. Au Japon, grâce à des résultats meilleurs que prévu au deuxième trimestre, au rebond des cours des actions et au regain d’optimisme dans la reprise aux États-Unis, les prévisions ont été révisées nettement à la hausse pour 2003 et 2004. Cependant, les perspectives étant toujours assombries par la déflation et les difficultés des entreprises et des banques, on s’attend à ce que la reprise reste modérée.

  • Les perspectives des pays émergents continuent de dépendre, à des degrés divers, de la conjoncture dans les pays industrialisés, des conditions de financement extérieur, des facteurs géopolitiques et de la situation propre à chaque pays. En Asie, les répercussions du SRAS s’atténuant sensiblement, on s’attend à ce que la croissance s’accélère au second semestre de 2003 et demeure vigoureuse en 2004, grâce entre autres à l’adoption en temps voulu de mesures d’assouplissement supplémentaires et à une activité toujours robuste en Chine. Cependant, beaucoup dépendra d’un rebond rapide de la demande intérieure, ainsi que de la poursuite du redressement naissant du secteur des technologies de l’information. Dans la plupart des pays d’Amérique latine, l’activité semble se stabiliser et la confiance extérieure dans la région, le Brésil en particulier, s’est nettement améliorée. Néanmoins, la reprise reste fragile et, étant donné qu’un certain nombre de pays font face à de graves problèmes d’endettement et incertitudes politiques, la région demeure vulnérable à tout retournement du sentiment des marchés financiers. Au Moyen-Orient, si la fin rapide de la guerre en Iraq a renforcé la confiance, la précarité de la situation sécuritaire demeure une source majeure d’incertitudes; les prévisions de croissance du PIB de la région en 2003 ont été révisées à la hausse du fait de l’augmentation de la production de pétrole, mais la baisse des prix plombe les perspectives de 2004. La Turquie tire également parti de l’accalmie des problèmes géopolitiques, encore que, pour conserver la confiance des investisseurs, les autorités doivent maintenir fermement la viabilité de la position budgétaire. Dans les pays en transition, la croissance, tirée par la Russie et l’Ukraine, demeure forte et, dans les pays devant accéder à l’Union européenne (UE), l’investissement direct demeure élevé, mais la faiblesse de la demande dans la zone euro reste un risque important.

  • Pour ce qui est des pays les plus pauvres, la croissance du PIB en Afrique subsaharienne (compte non tenu de l’Afrique du Sud) devrait, d’après les projections, augmenter de 3,6% en 2003, car les effets positifs de l’amélioration des politiques macroéconomiques, de la hausse des prix des produits de base et des allégements de dette obtenus dans le cadre de l’initiative en faveur des pays pauvres très endettés (PTTE) sont en partie neutralisés par une instabilité politique continue, ainsi que par les intempéries (qui, conjuguées à la pandémie du VIH/sida, ont été à l’origine d’une grave pénurie alimentaire dans la corne de l’Afrique et en Afrique australe). On s’attend à ce que la croissance du PIB s’accélère fortement en 2004, mais, comme par le passé, ce résultat ne pourra fondamentalement être atteint que si la stabilité politique s’améliore nettement et si les conditions atmosphériques sont bonnes2.

Graphique 1.7.Perspectives mondiales

(PIB réel; variations en pourcentage sur quatre trimestres)

On s’attend à ce que, après avoir fléchi depuis la fin de 2002, la croissance mondiale, tirée par les États-Unis, reparte pendant le second semestre de 2003.

Sources: Haver Analytics; estimations des services du FMI.

1Australie, Canada, Danemark, États-Unis, Japon, Norvège, Nouvelle-Zélande, Royaume-Uni, Suède. Suisse et zone euro.

2Corée, Hong Kong (RAS), Singapour et province chinoise de Taiwan.

3Indonésie, Malaisie, Philippines et Thaïlande.

4Afrique du Sud, Hongrie, Israël, Pakistan, Pologne, République tchèque, Russie et Turquie.

5Argentine, Brésil, Chili, Colombie, Mexique, Pérou et Venezuela.

Tableau 1.3.Économies avancées: PIB réel, prix à la consommation et chômage(Variations annueiies en pourcentage; chômage en pourcentage de la population active)
PIB réelPrix à la consommationTaux de chômage
200120022003200420012002200320042001200220032004
Économies avancées1,01,81,82,92,21,51,81,35,96,46,76,6
États-Unis0,32,42,63,92,81,62,11,34,85,86,05,7
Zone euro11,50,90,51,92,42,32,01,68,08,49,19,2
Allemagne0,80,21,51,91,31,00,67,98,69,59,8
France2,11,20,52,01,81,91,91,78,58,89,59,7
Italie1,80,40,41,72,72,62,82,09,59,09,09,0
Espagne2,72,02,22,82,83,63,12,710,511,411,411,0
Pays-Bas1,20,2−0,51,45,13,92,62,02,02,34,24,5
Belgique0,80,70,81,92,41,61,41,46,77,38,18,3
Autriche0,71,00,71,52,31,71,31,23,64,14,44,4
Finlande0,71,61,32,62,72,01,81,79,19,19,39,3
Grèce4,14,04,03,93,73,93,83,010,49,99,89,7
Portugal1,60,4−0,81,64,43,73,12,04,15,16,56,7
Irlande6,26,91,03,84,04,74,02,63,94,45,15,6
Luxembourg1,00,51,54,02,72,12,01,72,62,83,23,3
Japon0,40,22,01,4−0,7−0,9−0,3−0,65,05,45,55,4
Royaume-Uni22,11,91,72,42,12,22,82,55,15,25,25,2
Canada1,93,31,93,02,52,32,81,77,27,67,97,7
Coree3,16,32,54,74,12,83,33,03,83,13,43,3
Australie2,73,63,03,54,43,02,92,36,76,36,16,0
Taiwan, prov. chinoise de−2,23,52,73,8−0,20,10,84,65,25,35,0
Suède1,11,91,42,03,01,61,52,04,04,04,54,2
Suisse0,90,1−0,41,41,00,70,40,51,92,84,23,8
Hong Kong (RAS)0,52,31,52,8−1,6−3,0−2,6−1,95,17,37,87,5
Danemark1,42,11,21,82,42,32,52,04,94,95,75,6
Norvege1,91,00,62,33,01,32,71,03,63,94,64,7
Israel−0,9−1,00,72,11,15,71,10,29,410,310,810,6
Singapour−2,42,20,54,21,0−0,40,61,23,34,44,94,2
Nouvelle-Zelande32,64,42,62,92,72,72,02,05,35,25,45,3
Chypre4,12,22,03,82,02,83,63,53,03,23,43,3
Islande2,9−0,52,33,76,64,82,22,11,42,53,02,5
Pour memoire
Principales économies avancees0,81,61,82,82,01,31,81,15,96,56,86,7
Union europeenne1,71,10,82,02,42,32,21,87,47,78,28,3
Nouvelles economies industrielles d’Asie0,84,82,34,21,91,01,51,74,14,14,44,2

Indice harmonisé des prix à la consommation d’Eurostat.

Les prix à la consommation sont fondés sur I’indice des prix de détail, hors intérêts hypothécaires.

Les prix à la consommation excluent les taux d’interet.

Indice harmonisé des prix à la consommation d’Eurostat.

Les prix à la consommation sont fondés sur I’indice des prix de détail, hors intérêts hypothécaires.

Les prix à la consommation excluent les taux d’interet.

Les tensions inflationnistes demeurent très modérées. Selon les projections, l’inflation dans les pays avancés devrait se situer en 2003 en deçà de 2% pour la seconde année consécutive et revenir à 1,3% en 2004, c’est-à-dire son taux le plus faible en 30 ans; on s’attend à ce que, dans les pays en développement, elle tombe à 5%, ce qui est également un taux rétrospectivement bas. Dans ce contexte, et étant donné la fragilité de la reprise mondiale, la déflation est un risque de plus en plus évoqué3. Récemment, un petit nombre de pays, le Japon surtout, ont été aux prises avec une déflation caractérisée; de plus, les projections font état, dans plusieurs pays avancés, d’une inflation inférieure à 1% en 2004 (c’est-à-dire un taux dangereusement proche de zéro compte tenu surtout de la tendance à surestimer l’inflation constatée). Le risque d’une spirale déflationniste mondiale semble éloigné et, depuis peu, les anticipations inflationnistes s’intensifient légèrement, sous l’effet des prévisions croissantes de reprise et de certaines mesures prises par les pays. Il est toutefois fort possible que, dans un contexte de faible inflation, les prix reculent temporairement en cas de choc dans un certain nombre de pays, l’Allemagne surtout, ce qui renforce les arguments avancés pour maintenir une politique monétaire relativement accommodante.

Si les prévisions de référence de la croissance mondiale n’ont guère varié ces derniers mois, l’équilibre des risques s’est nettement amélioré. La guerre ayant rapidement pris fin, les scénarios les plus pessimistes avaient beaucoup moins de chance de se concrétiser depuis les dernières Perspectives, et les politiques ont continué d’être assouplies. En réalité, comme le montre l’évolution récente des marchés financiers, il est possible que l’activité se redresse plus rapidement qu’on ne le prévoit à l’heure actuelle, surtout aux États-Unis, où les gains de productivité sont les plus robustes, la restructuration des bilans des entreprises semble la plus avancée et le programme de relance envisagé est particulièrement vaste (et sera sans doute amplifié compte tenu de la rallonge budgétaire qui doit permettre de financer les dépenses liées à l’Iraq et à l’Afghanistan). Une croissance plus forte aux États-Unis serait, cela va de soi, bénéfique pour le reste du monde, mais elle aggraverait le déficit déjà élevé des transactions courantes de ce pays, d’où la nécessité de réduire plus rapidement les risques à moyen terme qui pourraient en résulter (voir infra). Enfin, l’activité mondiale pourrait être stimulée si, comme cela est possible, les prix du pétrole s’établissaient à un niveau inférieur aux prévisions à partir de 2004.

Cependant, des facteurs négatifs subsistent, en particulier à partir de 2004. S’ils se sont éloignés depuis avril, les risques géopolitiques sont encore loin d’être éliminés, comme le montrent les événements tragiques survenus récemment dans un certain nombre de pays. Par ailleurs, outre les risques propres au Japon et, dans une moindre mesure, à l’Allemagne, les principaux sujets de préoccupation sont les suivants:

  • Les déséquilibres mondiaux des soldes des transactions courantes et la dépendance continue de l’économie mondiale à l’égard des États-Unis qui en résulte demeurent très inquiétants (tableau 1.4). Malgré la dépréciation du dollar, le déficit courant des États-Unis devrait se chiffrer, selon les projections, à 5% du PIB en 2003 et ne revenir qu’à 4% du PIB en 2008, ce qui laisse supposer qu’il faudra poursuivre l’ajustement du dollar pour parvenir à une situation viable à moyen terme. Bien qu’il soit impossible de prévoir l’étendue, la nature et le calendrier de cet ajustement supplémentaire, l’histoire économique tend à montrer que, même s’il est ordonné, il ira sans doute de pair avec un ralentissement de la croissance aux États-Unis et, au cas où l’activité continuerait d’être faible ailleurs, de la croissance mondiale4. En outre, un ajustement désordonné, en d’autres termes une dépréciation excessive du dollar, demeure un risque important, en particulier si, de nouveau, quelques monnaies seulement s’apprécient. L’instabilité des grandes monnaies, qui se double souvent d’un désalignement des taux de change, pourrait également être un sujet de préoccupation, en particulier pour les pays en développement qui appliquent un taux de change fixe ou dans lesquels il existe une profonde asymétrie entre la composition en monnaies des échanges et celle de la dette extérieure (voir le troisième essai du chapitre II, intitulé «Dans quelle mesure les pays en développement doivent-ils se soucier de la volatilité des taux de change des trois grandes devises (G-3)?»).

  • La récente reprise de l’investissement risque de ne pas être viable si, entre autres, les effets de l’éclatement de la bulle boursière persistent. Un ralentissement prolongé de la croissance aurait des coûts directs, mais aussi rendrait l’économie mondiale plus vulnérable aux chocs, étant donné surtout sa dépendance toujours forte à l’égard des États-Unis, le niveau assez faible de l’inflation dans certains pays et la marge de manœuvre de plus en plus limitée des autorités dans beaucoup de pays.

  • Sur les marchés financiers, comme le souligne le Global Financial Stability Report de septembre, une nouvelle hausse sensible des rendements des obligations pourrait perturber la reprise, en particulier si elle tenait à des raisons autres que l’anticipation d’une accélération de la croissance. Plus précisément, dans les pays où l’immobilier a fortement augmenté ces dernières années (Royaume-Uni, Australie, Irlande et Pays-Bas surtout et, dans une moindre mesure, États-Unis), une telle évolution réduirait l’élément qui soutient actuellement la demande dans la plupart de ces pays et accroîtrait le risque d’un éclatement de la bulle immobilière. En outre, si jamais la croissance et les bénéfices des entreprises étaient décevants, la récente hausse des cours des actions pourrait être éphémère, de sorte que de nouvelles pressions s’exerceraient sur la situation financière des ménages, ainsi que sur les bilans des entreprises et du secteur financier.

  • Dans les pays émergents, la récente amélioration des conditions de financement tient pour beaucoup à des facteurs conjoncturels et pourrait s’inverser si les taux d’intérêt venaient à augmenter rapidement dans les pays industrialisés. Cela souligne la nécessité de profiter des conditions de financement à l’heure actuelle assez favorables pour s’attaquer énergiquement aux graves faiblesses auxquelles il faudra remédier à moyen terme. À cet égard, la dette du secteur public de ces pays, qui, en moyenne, est maintenant supérieure en pourcentage du PIB à celle des pays industrialisés, est vraiment préoccupante et, dans nombre d’entre eux, atteint un niveau qui ne saurait être viable que s’ils améliorent leur taux de croissance et leurs résultats budgétaires tendanciels (voir chapitre III «La dette publique des pays émergents est-elle trop lourde?»).

Tableau 1.4.Échantillon d’économies: solde des transactions courantes(En pourcentage du PIB)
2001200220032004
Économies avancées−0,8−0,7−0,9−0,8
États-Unis−3,9−4,6−5,1−4,7
Zone euro10,20,90,80,
Allemagne2,32,42,1
France1,71,81,21,6
Italie−0,1−0,6−1,1−0,9
Espagne−2,8−2,4−2,7−2,7
Pays-Bas2,11,33,83,3
Belgique4,04,74,04,4
Autriche−2,20,70,1−0,2
Finlande7,16,96,15,8
Grèce−6,2−6,1−6,6−6,6
Portugal−9,6−7,3−4,9−4,2
Irlande−0,7−0,7−1,7−1,1
Luxembourg9,310,410,09,8
Japon2,12,82,92,9
Royaume-Uni−1,3−0,9−1,0−0,9
Canada2,42,01,61,6
Corée1,91,31,61,8
Australie−2,4−4,4−5,2−4,8
Taiwan, prov. chinoise de6,49,18,58,8
Suède3,94,54,53,6
Suisse9,112,310,510,5
Hong Kong (RAS)7,510,813,914,3
Danemark2,62,74,24,2
Norvège15,613,212,511,4
Israël−1,6−1,2−0,7−0,8
Singapour19,021,523,723,0
Nouvelle-Zélande−2,6−3,7−3,7−4,1
Chypre−4,3−5,6−4,9−4,7
Islande−4,0−0,1−0,9−2,1
Pour mémoire
Principales économies avancées−1,4−1,4−1,6−1,5
Union européenne2−0,20,50,50,5
Zone euro2−0,30,80,70,7
Nouvelles économies industrielles d’Asie5,76,87,27,3

Somme des soldes des pays membres de la zone.

Après correction pour tenir compte des discordances dans les données sur les transactions intérieures à la zone.

Somme des soldes des pays membres de la zone.

Après correction pour tenir compte des discordances dans les données sur les transactions intérieures à la zone.

Dans l’ensemble, les signes que la reprise mondiale escomptée se concrétise sont de plus en plus nombreux, mais il n’est pas encore sûr que cette reprise aura une assise large et sera robuste. Cela étant, et les tensions inflationnistes étant très faibles, il conviendrait que les politiques macroéconomiques continuent de soutenir l’activité. En même temps, les principaux enjeux à moyen terme pour les responsables économiques sont de réduire la dépendance de la croissance mondiale à l’égard des États-Unis, de faciliter une réduction ordonnée des déséquilibres mondiaux et de renforcer les positions budgétaires à moyen terme, compte tenu surtout des pressions qu’exercera dans l’avenir le vieillissement de la population. En général, la politique monétaire reste l’instrument privilégié pour intervenir à court terme et, si des taux d’intérêt directeurs continuellement faibles peuvent parfois aggraver certains déséquilibres (notamment sur le marché immobilier), ceux-ci doivent être conciliés avec la nécessité de soutenir la reprise et de réduire les risques de déflation. Sur le plan budgétaire, étant donné que de nombreux pays font face à d’intenses pressions à moyen terme, il faut trouver des compromis difficiles. En général, il convient de laisser opérer les stabilisateurs automatiques; cela dit, beaucoup dépend de la situation et des difficultés propres à chaque pays, ainsi que de la conjoncture. Un ralentissement de l’assainissement à court terme des finances publiques, voire une dégradation à long terme de la position budgétaire, est à l’évidence moins préoccupant s’il est prévu d’appliquer un programme crédible d’assainissement, des réformes structurelles qui stimuleront la croissance ou, ce qui est peut-être le plus important, des mesures pour s’attaquer au coût à venir du vieillissement de la population (ces dernières présentant l’avantage de n’avoir à court terme qu’un impact limité sur la demande).

Encadré 1.1.Évolution récente des conditions monétaires et financières dans les grandes zones monétaires

Il s’est produit un réalignement sensible des parités monétaires entre les pays industrialisés depuis le sommet atteint par le dollar EU (en valeurs nominale et effective réelle) en février 2002. Le fait saillant est la dépréciation du dollar par rapport à l’euro — il a chuté de 20% depuis le début de 2002 — mais il faut aussi noter qu’il a également fléchi par rapport au yen, à la livre sterling et au dollar canadien (de 10 à 12% dans chaque cas), ainsi que vis-à-vis du dollar australien (de 20%). Il s’agit ici d’évaluer l’impact de ces mouvements sur les perspectives à court terme des grandes régions, surtout lorsqu’on prend aussi en compte l’évolution des taux d’intérêt, de la valeur des actions et des prix de l’immobilier.

Les variations des taux de change pondérés en fonction des échanges ont été moins marquées que celles des taux bilatéraux (voir graphique 1.4). Le dollar EU a reculé de 11% en termes effectifs nominaux depuis février 2002 — en partie du fait que la moitié environ des échanges des États-Unis s’effectuent avec des pays en développement, dont la monnaie est restée stable ou s’est dépréciée par rapport au dollar EU ces dernières années. La Chine et le Mexique, par exemple, sont, après le Canada, les plus gros fournisseurs des États-Unis, or la Chine applique de fait une parité fixe avec le dollar et le peso mexicain s’est déprécié d’environ 17% par rapport à celui-ci depuis février 2002. L’appréciation effective réelle dans chacun des pays de la zone euro a été beaucoup plus faible que ne le suggère l’évolution du cours euro/dollar, en raison de l’importance du commerce intra-euro- péen, ainsi que de l’accroissement du volume des échanges avec l’Europe centrale et orientale. Par exemple, en Allemagne et en France, la monnaie ne s’est appréciée, en valeur effective réelle, que de 5 à 6% depuis le début de 2002.

En outre, l’évolution récente des taux de change a généralement concordé avec les fondamentaux à moyen terme. Comme l’ont indiqué à plusieurs reprises les Perspectives de l’économie mon- diale (et d’autres ouvrages) ces dernières années, la baisse de la valeur du dollar EU tient probablement aux préoccupations du marché quant à la viabilité des déséquilibres des paiements courants des grandes régions — surtout de l’énorme déficit des États-Unis. Les déséquilibres des comptes courants internationaux devront en définitive être corrigés par une reconfiguration des taux de change et des taux relatifs de croissance de la demande. Les ajustements des taux de change de ces 18 derniers mois s’opèrent dans la direction nécessaire pour réduire ces déséquilibres, encore que le dollar semble encore nettement surévalué dans une perspective à long terme — ce qui signifie qu’un nouvel ajustement à la baisse est à prévoir. Par exemple, d’après les projections actuelles, le déficit des transactions courantes des États-Unis pourrait ne baisser que d’environ I point — de 5 à 4% du PIB — sur les cinq années à venir, les effets de l’affaiblissement du dollar étant compensés par une reprise plus rapide aux États-Unis que dans la zone euro et au Japon.

Dans la plupart des régions, la réorientation de la politique monétaire a renforcé, ou aidé à contrebalancer l’impact des récents mouvements des taux de change sur les conditions monétaires glo- liales (moyenne pondérée du taux de change, des taux d’intérêt à court terme et des taux à long terme). Aux États-Unis et au Royaume-Uni, les conditions monétaires se sont nettement détendues depuis le début de 2002 par suite de la baisse des taux d’intérêt et de l’affaiblissement de la monnaie (voir le graphique). Dans la zone euro, les conditions monétaires ont été généralement stables pendant cette période, la réduction des taux d’intérêt compensant les effets de l’appréciation de l’euro. Au Japon, même après une intervention massive sur le marché des changes, les autorités ont seulement réussi à freiner l’appréciation du yen sans assurer la détente monétaire souhaitable pour lutter contre une déflation bien ancrée. Il convient en outre de noter que dans les pays en développement d’Asie, qui, grâce à des taux de croissance et un solde extérieur relativement élevés, seraient mieux placés que la zone euro et le Japon pour absorber en partie l’appréciation de leur monnaie, les liens implicites ou explicites avec le dollar EU ont limité l’ampleur de cette appréciation depuis le sommet atteint par celte devise. Il semble donc que, dans l’ensemble, les régions cycliquement les plus faibles sont celles qui ont été les plus durement touchées par les mouvements récents des taux de change.

Indice des conditions monétaires1

(2 janvier 2001 au 29 août 2003 = 100)

Sources: Bloomberg Financial Markets. LP. Global Insight. Inc. calculs des services du FMI.

1Moyenne pondérée des taux d’intérêt nominaux à court et à long terme et du taux de change effectif nominal.

Cette asymétrie des effets de l’évolution des conditions monétaires entre les principales régions a dans certains cas été renforcée par les mouvements des cours des actions et des prix de l’immobilier. En général, les variations des prix des actifs ont tendance à influer plus fortement sur la consommation et l’investissement dans les systèmes financiers des États-Unis et du Royaume-Uni. qui sont davantage fondés sur le marché des capitaux que ceux de l’Europe continentale et du Japon, où les banques occupent une place prédominante1. Ces dernières années, le renchérissement de l’immobilier aux États-Unis et, plus particulièrement. au Royaume-Uni a compensé les pressions à la baisse exercées sur les dépenses des ménages par le repli des cours des actions (voir le premier tableau). Si tel semble aussi le cas de la France, en Allemagne, par contre, l’évolution des prix de l’immobilier n’a guère compensé la forte contraction de la capitalisation boursière et, au Japon, le recul des prix dans ce secteur a renforcé les effets de patrimoine négatifs des baisses antérieures des cours boursiers.

Impact des variations des prix des actifs sur les dépenses des ménages(Variations en pourcentage)
États-UnisZone euroAllemagneFranceJaponRoyaume-Uni
Marchés boursiers
Capitalisation1−6−21−26−195−15
Impact sur les dépenses−0,4−0,2−0,2−0,2−1,4
Marchés immobiliers
Changement de valeur2717−830
Impact sur les dépenses0,600,3−0,42,4
Sources: sources nationales; DataStream International; Office of Federal Housing Enterprise Oversight; HBOS pic; Institut japonais de l’immobilier; calculs de la Bundesbank sur la base des données de Bulwein

Les pourcentages de variation vont de février 2002 a août 2003.

Les données couvrent les périodes suivantes: États-Unis et Japon, T1 2002 à T1 2003; Allemagne et France, T4 2001 à T4 2002; Royaume-Uni, février 2002 à juin 2003.

Sources: sources nationales; DataStream International; Office of Federal Housing Enterprise Oversight; HBOS pic; Institut japonais de l’immobilier; calculs de la Bundesbank sur la base des données de Bulwein

Les pourcentages de variation vont de février 2002 a août 2003.

Les données couvrent les périodes suivantes: États-Unis et Japon, T1 2002 à T1 2003; Allemagne et France, T4 2001 à T4 2002; Royaume-Uni, février 2002 à juin 2003.

Impact des variations des taux de change sur I’IPC(février 2002 à fin août 2003)
Élasticité de répercussionVariations du taux de change nominal effectifImpact sur I’IPC
États-Unis0,03−110,3
Zone euro0,0215−0,3
Japon0,034−0,1
Royaume-Uni0,08−70,6
Sources: estimations des services du FMI; Gagnon and Ihrig (2002).Note: Élasticité de répercussion pour les États-Unis, le Japon et le Royaume-Uni: Gagnon and Ihrig (2002). L’élasticité pour la zone euro est estimée par le FMI (2003a) et il se peut qu’elle ne soit pas tout à fait comparable, car elle est calculée suivant une méthodologie différente et se rapporte à l’IPC fondamental et non global.
Sources: estimations des services du FMI; Gagnon and Ihrig (2002).Note: Élasticité de répercussion pour les États-Unis, le Japon et le Royaume-Uni: Gagnon and Ihrig (2002). L’élasticité pour la zone euro est estimée par le FMI (2003a) et il se peut qu’elle ne soit pas tout à fait comparable, car elle est calculée suivant une méthodologie différente et se rapporte à l’IPC fondamental et non global.

À quel point l’évolution récente des taux de change devrait-elle influer sur la politique monétaire? L’impact direct des taux de change sur les prix à la consommation semble avoir diminué ces dernières décennies, en particulier sous l’effet de la baisse du niveau de l’inflation et de sa variabilité, et il se peut qu’il soit à présent très faible. Bien que les estimations de l’élasticité de répercussion — pourcentage de diminution (augmentation) des prix à la consommation en réponse à une appréciation (dépréciation) de 1% de la monnaie — varient fortement, il ressort d’études récentes qu’elle pourrait n’étre maintenant que de 0,02 à 0,03 dans plusieurs des économies avancées (dont les États-Unis, la zone euro et le Japon)2. Les prix à l’importation tendent à réagir plus fortement aux variations du taux de change (dans un rapport estimé être de un à un pour la zone euro, par exemple), mais l’effet de ces variations sur les prix à la consommation est atténué par le rôle important des coûts de distribution locaux ainsi que par les stratégies de valorisation au prix du marché. Sur cette base, les prix à la consommation fondamentaux dans la zone euro devraient baisser d’environ 0,3% sous l’effet de l’appréciation de l’euro depuis le début de 2002, dont l’impact se fera pleinement sentir d’ici à la fin de 20043. Dans les autres régions, la hausse de 1’ IPC: (consécutive à la dépréciation de la monnaie) serait elle aussi assez faible (voir le deuxième tableau).

L’ajustement de la politique monétaire aux variations des taux de change serait toutefois davantage justifié par les effets indirects de ces variations sur les prix — surtout par le biais de la demande. Dans la zone euro en particulier, l’impact potentiel d’un euro plus fort sur les exportations — moteur normal de la croissance au stade initial de la relance en Europe — risque d’affaiblir encore la demande, de retarder la reprise et d’ajouter aux pressions à la baisse sur l’inflation. Par conséquent, l’évolution récente des taux de change peut offrir la possibilité de nouvelles réductions des taux d’intérêt officiels dans la zone euro. Aux États-Unis et au Royaume-Uni, par contre, l’affaiblissement des taux de change et la détente des conditions monétaires globales dans le cycle en cours auraient tendance à favoriser la reprise et à avancer le moment où il y aurait lieu de supprimer progressivement le stimulant monétaire.

Note: Maitland MacFarlan est le principal auteur de cet encadré.1Voir l’essai intitulé -Le- patrimoine détermine-t-il de plus en plus la consommation?-, au chapitre II de l’edi- lion d’avril 2002 des Perspectives de l economic mondiale. Il est à noter que les effets estimes des variations du patrimoine sur la consommation s’étalent sur un certain nombre d’années.2Voir Gagnon and Ihrig (2002); FMI (2003b).3Bien que moins pertinent pour la politique monétaire, l’impact sur l’inflation globale serait plus fort, surtout en raison de la répercussion plus sensible des variations du prix du pétrole.

Dans ce contexte, les grandes priorités semblent être les suivantes.

  • Dans les pays industrialisés, la politique monétaire doit demeurer accommodante. Aux États-Unis, le taux des fonds fédéraux est tombé à son plus bas niveau en 40 ans. Pourtant, étant donné la faiblesse persistante de l’activité et les risques de déflation, la Réserve fédérale a indiqué à juste titre que les taux pourraient rester faibles pendant longtemps. La politique budgétaire a soutenu la demande, mais au prix d’une forte dégradation des perspectives à long terme; en conséquence, il est maintenant urgent de mettre en place un plan à moyen terme crédible pour rétablir l’équilibre budgétaire (hors sécurité sociale) et donner à celle-ci, ainsi qu’à Medicare, une assise solide (tableau 1.5). Dans la zone euro, où les tensions inflationnistes ont diminué dans un contexte marqué par le manque de dynamisme de l’activité et l’appréciation de l’euro, la baisse de 50 points de base des taux d’intérêt décidée par la BCE en juin était opportune. Il sera nécessaire de les réduire encore si l’inflation risque d’être nettement inférieure aux seuils retenus comme objectifs: par exemple, si l’activité ne se redresse pas rapidement ou si l’euro s’apprécie fortement. Dans les grands pays européens, l’assainissement à moyen terme des finances publiques demeure une priorité. Dans ces pays, un ajustement fondamental de ½% du PIB par an ou, s’il s’accompagne de mesures d’assainissement tangibles et crédibles et de réformes structurelles, un ajustement cumulé de 1½% du PIB sur la période 2004–06 permettrait, semble-t-il, de trouver un compromis acceptable entre objectifs à court et à moyen terme. Il conviendrait en outre de laisser jouer pleinement les stabilisateurs automatiques autour de cette trajectoire, même si cela aboutissait à dépasser le plafond de 3% du PIB fixé pour les déficits. Au Japon, bien que les récentes données soient meilleures que prévu, une politique monétaire beaucoup plus énergique, accompagnée d’une stratégie claire de communication et de l’engagement de mettre rapidement fin à la déflation, demeure essentielle pour inverser les anticipations déflationnistes. Etant donné que la dette et les déficits publics sont très élevés, un assainissement structurel modeste des finances publiques semble approprié. Dans presque tous les pays industrialisés, de nouvelles réformes des retraites et du système de santé sont indispensables pour s’attaquer aux pressions qui résulteront du vieillissement de la population.

  • En ce qui concerne les pays émergents, les priorités varient grandement d’une région à l’autre. En Amérique latine, il est devenu plus facile pour certains pays d’assouplir leur politique monétaire grâce à l’appréciation récente de leur monnaie, mais, malgré l’amélioration des conditions de financement, il faudra absolument veiller à ce que l’assainissement des finances publiques et les réformes structurelles progressent à un rythme soutenu. En Asie, la marge de manœuvre des autorités est plus grande et un certain nombre de pays ont judicieusement assoupli leur politique macroéconomique, en partie pour neutraliser les répercussions du SRAS. De nombreux pays émergents ou en développement doivent impérativement améliorer la viabilité de la dette publique à moyen terme par des réformes fiscales, un meilleur contrôle des dépenses, le renforcement des institutions et l’adoption de réformes structurelles visant à stimuler la croissance (voir chapitre III).

  • Étant donné qu ‘il faut continuer de réduire la dépendance de léconomie mondiale à l’égard de celle des États-Unis et de s’attaquer aux déséquilibres mondiaux, les réformes structurelles deviennent encore plus urgentes. Comme on l’a rappelé à plusieurs reprises dans les Perspectives, les priorités sont: en Europe, de réformer les marchés du travail et des produits pour doper la croissance potentielle; au Japon, de restructurer les entreprises et le secteur financier; dans les pays émergents d’Asie, de donner une place plus importante à la demande intérieure, soutenue là aussi par une réforme continue des entreprises et du secteur financier; aux États-Unis enfin, de prendre des mesures pour stimuler l’épargne nationale, en particulier en renforçant la position budgétaire à moyen terme. Ces dernières années, les résultats obtenus ont été malheureusement limités et, parfois, notamment en ce qui concerne le budget des États-Unis, les perspectives se sont dégradées. Il existe à l’heure actuelle un contraste frappant avec ce qui s’est passé au milieu des années 80, la dernière fois où les États-Unis ont accusé un déficit courant de cette ampleur, car ni le Japon, ni — dans une moindre mesure — l’Europe, ne sont bien placés pour relancer l’économie si la croissance ralentit aux États-Unis. Cela souligne la nécessité de redoubler d’efforts pour s’attaquer à ces problèmes. À cet égard, les initiatives lancées il y a peu en Europe, plus précisément l’agenda 2010 en Allemagne et la récente réforme des retraites en France, sont encourageantes, encore que beaucoup reste à faire. Dans de nombreux pays, il est également nécessaire de continuer de renforcer le gouvernement d’entreprise.

  • Les responsables économiques doivent être prêts à gérer toute nouvelle dépréciation du dollar si jamais elle se produit. Jusqu à présent, la dépréciation du dollar s’est surtout traduite par une appréciation de l’euro, du dollar canadien et de la monnaie d’un certain nombre de petits pays industrialisés. Cet ajustement reflète dans l’ensemble les fondamentaux à moyen terme (encadré 1.1) et la plupart des pays concernés ont pu l’absorber en assouplissant leur politique monétaire. Si le dollar continue de se déprécier fortement, la plupart de ces pays disposeront encore d’une certaine marge de manœuvre pour intervenir; cependant, leur monnaie étant nettement moins sous-évaluée, il serait indiqué qu’un plus grand nombre de monnaies s’apprécient. Au Japon, la nécessité impérieuse de mener une politique monétaire plus énergique pour s’attaquer à la déflation entraînera au moins certaines pressions à la baisse sur le yen. Dans ces conditions, une plus grande flexibilité à la hausse du taux de change dans les pays émergents d’Asie, qui sont relativement bien placés d’un point de vue cyclique, faciliterait grandement le processus d’ajustement mondial étant donné l’importance de la région dans le commerce international, tout en étant par ailleurs souhaitable sur le plan intérieur (chapitre II).

Tableau 1.5.Principales économies avancées: solde budgétaire et dette des administrations publiques1(En pourcentage du PIB)
1987–96199719981999200020012002200320042008
Principales économies avancées
Solde effectif−3,8−2,1−1,6−1,2−0,3−1,8−3,8−5,1−4,7−2,8
Écart de production2−0,3−0,3−0,20,11,0−0,7−1,4−2,0−1,6
Solde structurel−3,6−1,8−1,4−1,2−1,1−1,7−3,3−4,2−3,8−2,8
États-Unis
Solde effectif−4,2−1,3−0,10,51,2−0,7−3,8−6,0−5,6−3,0
Écart de production2−1,2−0,50,41,21,8−1,0−1,6−2,1−1,4
Solde structurel−3,8−1,1−0.20,6−0,5−3,2−5,1−4,9−3,0
Dette nette54,456,452,748,243,342,644,949,152,254,5
Dette brute68,469,865,962,757,157,058,862,565,064,8
Zone euro
Solde effectif−2,6−2,3−1,30,1−1,7−2,3−3,0−2,8−0,7
Écart de production2−1,2−0,50,11,20,5−0,7−2,2−2,4−0,1
Solde structurel−1,6−1,8−1,2−1,5−2,0−2,0−1,7−1,4−0,6
Dette nette62,961,460,858,658,458,459,560,056,2
Dette brute75,473,772,670,269,369,270,470,765,4
Allemagne3
Solde effectif−2,4−2,7−2,2−1,51,3−2,8−3,5−3,9−3,9−1,2
Écart de production20,4−0,5−0,4−0,10,90,3−0,9−2,4−2,5
Solde structurel4−2,5−2,0−1,7−1,2−1,6−2,9−2,9−2,3−2,3−1.2
Dette nette31,953,453,354,952,853,555,457,860,159,2
Dette brute46,461,060,961,260,259,560,863,265,564,6
France
Solde effectif−3,6−3,0−2,7−1,8−1,4−1,4−3,1−4,0−3,5−0,2
Écart de production2−0,8−3,1−1,7−1,00,70,4−0,6−2,1−2.4
Solde structurel4−3,0−1,0−1,6−1,1−1,8−1,8−2,8−2,7−2,1−0,2
Dette nette32,649,649,848,847,548,249,251,653,249,3
Dette brute41,659,359,558,557,156,858,961,362,959,0
Italie
Solde effectif−10,0−2,7−2,8−1,7−0,6−2,6−2,3−2,8−2,6−1,7
Écart de production20,2−0,3−0,11,00,6−1,0−2,3−2,3
Solde structurel4−9,9−1,9−2,8−1,8−2,4−3,1−2,7−2,1−1,7−1,7
Dette nette101,5113,8110,1108,4104,5103,7101,0100,999,893,0
Dette brute107,3120,2116,4114,6110,4109,5106,7106,6105,498,3
Japon
Solde effectif−0,9−3,8−5,5−7,2−7,4−6,1−7,5−7,4−6.5−6.2
Sécurité sociale non comprise−3,7−6,0−7,2−8,7−8,5−6,3−7,8−7,6−6.3−5,5
Écart de production20,91,1−1,5−2,5−1,1−1,9−2,8−2,0−1,7−0,1
Solde structurel−1,1−4,2−5,0−6,2−7,0−5,4−6,5−6,7−5,9−6,2
Sécurité sociale non comprise−3,9−6,2−6.9−8,1−8,2−5,9−7,1−7,1−6,0−5,5
Dette nette18,935,346,252,858,663,772,280,086,9103,7
Dette brute77,6105,5117,1130,5138,7148,4158,4166,8174,1183,2
Royaume-Uni
Solde effectif−3,6−2,20,21,14,00,9−1,3−2,5−2.7−2,5
Écart de production2−0,20,20,5−0,30,2−0,4−1,1−1.20,1
Solde structurel4−3,5−2,11,01,70,8−1,2−2,1−1,9−2,4
Dette nette28,845,442,440,334,433,033,133,534,838,3
Dette brute43,050,447,344,841,938,738,339,040,243,7
Canada
Solde effectif−6,10,20,11,63,01,40,81,51,51,6
Écart de production20,2−0,9−0,80,62,00,40,4−0,9−0.8−0,1
Solde structurel−6,10,80,51,42,11,20,82,12,01,6
Dette nette73,985,883,174,864,759,156,151,747,833,6
Dette brute105,8118,6116,2110,8101,899,696,089,583,963,4
Note: La méthodologie utilisée et les hypothèses propres à chaque pays sont examinées à l’encadré A1 de l’appendice statistique.

Les données sur la dette sont celles de la fin de l’année. Les données sur la dette ne sont pas toujours comparables entre les pays. Au Canada, par exemple, elles incluent les obligations non capitalisées au titre du régime de retraite des agents de l’État, qui se chiffraient à près de 18% du PIB en 2001.

En pourcentage du PIB potentiel.

Les données antérieures à 1990 se rapportent à l’Allemagne de l’Ouest. Dette nette: la première colonne porte sur les années 1988 à 1994. Depuis 1995, l’État fédéral prend en charge l’encours et le service de la dette, qui équivalent à 8% et ½–1%, respectivement, du PIB, de la Treuhandanstalt (et de divers autres organismes).

Ne prend pas en compte le produit exceptionnel tiré de la vente des droits d’utilisation des téléphones portables, soit un montant équivalant à 2,5% du PIB en Allemagne (en l’an 2000), 0,1% en France (en 2001 et en 2002), 1,2% en Italie (en l’an 2000) et 2,4% au Royaume-Uni (en l’an 2000), ni le produit exceptionnel d’importantes opérations sur actifs.

Note: La méthodologie utilisée et les hypothèses propres à chaque pays sont examinées à l’encadré A1 de l’appendice statistique.

Les données sur la dette sont celles de la fin de l’année. Les données sur la dette ne sont pas toujours comparables entre les pays. Au Canada, par exemple, elles incluent les obligations non capitalisées au titre du régime de retraite des agents de l’État, qui se chiffraient à près de 18% du PIB en 2001.

En pourcentage du PIB potentiel.

Les données antérieures à 1990 se rapportent à l’Allemagne de l’Ouest. Dette nette: la première colonne porte sur les années 1988 à 1994. Depuis 1995, l’État fédéral prend en charge l’encours et le service de la dette, qui équivalent à 8% et ½–1%, respectivement, du PIB, de la Treuhandanstalt (et de divers autres organismes).

Ne prend pas en compte le produit exceptionnel tiré de la vente des droits d’utilisation des téléphones portables, soit un montant équivalant à 2,5% du PIB en Allemagne (en l’an 2000), 0,1% en France (en 2001 et en 2002), 1,2% en Italie (en l’an 2000) et 2,4% au Royaume-Uni (en l’an 2000), ni le produit exceptionnel d’importantes opérations sur actifs.

Encadré 1.2.Comment devrions-nous mesurer la croissance mondiale?

L’estimation de la croissance mondiale étant l’une des principales opérations que permettent d’effectuer les prévisions mondiales, comme celles que publient les Perspectives de l’économie mondiale, il est étonnant que les taux de change utilisés pour agréger les données sur la croissance varient grandement selon les analystes, ce qui influe fortement sur les chiffres obtenus. Comme l’Organisation de coopération et de développement économiques et un certain nombre d’organismes privés, le FMI utilise dans les Perspectives de l’économie mondiale le taux de change déterminé sur la base de la parité de pouvoir d’achat (PPA), autrement dit celui qui permet d’égaliser le coût d’un panier type de biens dans les pays concernés. En revanche, la Banque mondiale et d’autres groupes privés utilisent le cours de change, c’est-à-dire le taux de change auquel les transactions sont effectuées sur le marché des changes. D’autres organismes enfin retiennent des solutions hybrides.

À l’évidence, le choix du mécanisme de pondération peut être fonction des travaux pour lesquels il est utilisé. Le cours de change se justifie lorsque ces travaux sont étroitement liés au taux de change en vigueur, et portent par exemple sur le solde courant. En outre, l’identité bien connue selon laquelle le solde courant mondial doit être égal à zéro ne se vérifie que si on utilise le cours de change. Ces arguments sont aussi valables dans le cas de nombreux concepts théoriques, ainsi que de quelques variables réelles, comme la demande effective dans un pays donné, car la rentabilité des exportations dépend des taux de change en vigueur. Pour ces raisons, on additionne dans les Perspectives de nombreuses variables sur la base des cours de change, tout en publiant une autre mesure de la croissance mondiale au tableau 1 de l’appendice statistique. Le principal point faible du cours de change est son instabilité à terme. Par exemple, le cours de l’euro s’est apprécié de plus d’un quart en termes réels par rapport au dollar depuis le début de 2002. L’utilisation des cours de change pour calculer le PIB mondial laisse supposer que les travailleurs de la zone euro ont fortement augmenté leur productivité par rapport à leurs homologues américains pendant une période au cours de laquelle les États-Unis semblent connaître une reprise plus robuste.

C’est en partie pour cette raison qu’on estime en général que les taux de change déterminés sur la base de la PPA permettent d’établir un meilleur indicateur de la prospérité mondiale. Grâce à la plus grande stabilité que la PPA apporte aux taux de change réels, les changements à court terme dans l’importance relative des pays ou des régions modifient moins l’estimation (par exemple) de la croissance mondiale. On pense aussi en règle générale que les taux de change déterminés sur la base de la PPA permettent de mieux évaluer l’importance relative des pays riches et des pays pauvres. Les cours de change laissent supposer que la majeure partie de la production mondiale vient des pays avancés, car, en principe, ils n’égalisent que les prix des biens exportés; or les biens non exportés sont relativement plus coûteux dans les pays riches. Par exemple, une coupe de cheveux est beaucoup plus chère à New York qu’à Bombay. Les taux de change déterminés sur la base de la PPA permettent de corriger ce biais, de sorte que le poids des pays avancés dans la production mondiale passe des quatre cinquièmes à un peu plus de la moitié (voir encadré A.1 des Perspectives de mai 2001).

Les pondérations calculées en fonction de la PPA aboutissent à une croissance mondiale nettement plus élevée que celles basées sur les cours de change. Comme la croissance est en général plus rapide dans les pays en développement que dans les pays industrialisés, l’utilisation de taux de change corrigés de la PPA se traduit par une croissance mondiale tendancielle plus forte (voir le graphique). L’écart a été particulièrement marqué ces dernières années, près de 1% par an en moyenne depuis 1990, du fait essentiellement du taux de croissance élevé de la Chine et de la stagnation au Japon, les principaux pays dont le passage des cours de change aux taux corrigés de la PPA modifie le poids dans la production mondiale; le poids du Japon diminue de moitié, revenant de 15 à 7½%, mais celui de la Chine passe de 3½ à 11 ½%1. Lorsque ces deux pays ne sont pas pris en compte, l’écart entre les deux schémas de pondération diminue de moitié.

Croissance mondiale: taux de change déterminés sur la base de parité de pouvoir d’achat contre cours de change

(Variations annuelles en pourcentage)
Croissance mondiale calculée au moyen de différentes pondérations, 1990–99(Pourcentage de variation annuelle)
Échantillon completChine et Japon non compris
Pondérations selon la PPA — Penn World tables3,43,0
Pondérations selon la PPA — Perspectives3,63,0
Cours de change2,62,7
Sources: Penn World Tables; base de données des Perspectives; calculs des services du FMI.
Sources: Penn World Tables; base de données des Perspectives; calculs des services du FMI.

L’un des problèmes soulevés par l’utilisation des taux corrigés de la PPA est que, si ces taux sont ajustés pour tenir compte des distorsions de prix entre les biens échangés et les autres, il est difficile d’ajuster de la même manière les données nationales. En conséquence, il se peut que le taux de croissance de la Chine, par exemple, soit calculé à partir des prix intérieurs, qui accordent un poids trop élevé aux biens échangés, en forte expansion, et trop faible aux services, dont la croissance est plus lente. L’activité mondiale risque donc d’être surévaluée lorsqu’on utilise les taux corrigés de la PPA, à moins que les pondérations soient ajustées pour tenir compte de l’évolution des prix intérieurs. Heureusement, ce biais peut être évité, car il existe une source de données, les Penn World Tables, qui additionne la production des pays après en avoir converti, dans un premier temps, les éléments en dollars en utilisant les prix relatifs aux États-Unis. Malheureusement, ces calculs ne sont pas simples. Si ces tableaux ne sont guère utilisables pour les Perspectives, ils peuvent être un point de référence utile pour des systèmes de pondération plus flexibles.

Si l’on suppose que le taux corrigé de la PPA est le bon choix, le biais tenant à son non-ajustement est faible par rapport à celui résultant du cours de change. Le tableau indique le taux de croissance du PIB mondial de 1990 à 1999 établi à partir des données des Penn World Tables, ainsi que sur la base de la PPA utilisée dans les Perspectives et des cours de change. Le biais vers le haut de 0,2% par an qui résulte des calculs faits sur la base de la PPA dans les Perspectives est nettement moins prononcé que le biais vers le bas de 0,8% par an imputable à l’utilisation des cours de change. En fait, lorsque la Chine et le Japon ne sont pas pris en compte, aucun biais ne peut être discerné dans les calculs des Perspectives, alors que la croissance pondérée par les cours de change continue d’être plus faible que dans le scénario de référence.

En somme, dans la mesure où on souhaite utiliser des pondérations fondées sur la PPA, la solution retenue actuellement dans les Perspectives permet d’obtenir une estimation assez exacte de la croissance mondiale. Cependant, on pourrait, en affinant les calculs, réduire le biais vers le haut qui existe toujours par rapport à d’autres pondérations plus rigoureuses, mais moins pratiques, reposant également sur la PPA.

Note: Tamim Bayoumi est le principal auteur de cet encadré.1Le poids de la Chine établi en fonction de la PPA fait l’objet d’une certaine controverse (voir un appendice qui peut être consulté sur le site des Penn World Tables: http://pwt.econ.upenn.edu).

Dans les pays où la pauvreté demeure très préoccupante, la croissance du PIB reste assez soutenue malgré la faiblesse de l’économie mondiale. Cependant, d’importantes différences continuent d’exister d’un pays à l’autre. En Chine et, dans une moindre mesure, en Inde, la croissance du PIB par habitant est plutôt robuste, mais, en Afrique subsaharienne, elle est toujours inférieure à 1%, c’est-à-dire un taux nettement insuffisant pour réduire la pauvreté conformément aux Objectifs de développement pour le Millénaire. À cet égard, il est important de souligner que la croissance du PIB par habitant est beaucoup plus forte dans les pays africains qui sont parvenus à la stabilité politique et où la stabilité macroéconomique et les réformes structurelles et institutionnelles ont le plus progressé. Cela souligne la nécessité de poursuivre la mise en œuvre, à l’échelle de la région, du Nouveau partenariat pour le développement de l’Afrique (NEPAD) dont les objectifs vont tout à fait dans le même sens.

L’amélioration des politiques intérieures des pays africains est nécessaire, mais non suffisante; une aide financière additionnelle de la communauté internationale est indispensable et, à condition que de bonnes politiques soient suivies dans les pays, peut être effectivement absorbée (encadré 1.3 «Comment gérer l’accroissement des apports d’aide aux pays en développement»). Des avancées ont été constatées depuis le Sommet de Monterrey: les États-Unis ont établi le Millenium Challenge Account et accordé une aide financière supplémentaire à la lutte contre la pandémie du sida et le Royaume-Uni a formulé des propositions originales en vue de créer une facilité internationale pour financer la réalisation des Objectifs de développement pour le Millénaire. S’il est difficile d’évaluer avec précision l’impact des grandes politiques macroéconomiques des pays industrialisés, notamment en matière d’aide, une récente analyse du Center for Global Development semble indiquer que, dans la plupart des cas, elles sont loin de soutenir le développement, d’où la nécessité de continuer d’aider les pays concernés à atteindre les Objectifs de développement pour le Millénaire (graphique 1.8).

Graphique 1.8.Dans quelle mesure les pays développés aident-ils les pays en développement?

(Indice de l’engagement pour le développement)

Les pays développés, les grands pays en particulier, ne semblent soutenir que modestement le développement

Source: Center for Global Development.

1L’indice mesure l’impact sur le développement des politiques des pays avancés dans les domaines du commerce international, de l aide, de l’investissement et de I’immigration; Iéchelle utilisée va de 0 à 10 pour chaque politique. Pour plus de précisions sur les calculs, voir Birdsall and Roodman (2003)

L’un des principaux défis que doit relever dans l’immédiat la communauté internationale est de poursuivre la libéralisation multilatérale des échanges dans le cadre du cycle de négociations de Doha. À l’évidence, l’ensemble du monde en retirerait des bienfaits considérables, car, comme l’a souligné le Directeur général du FMI, «… la réduction des obstacles au commerce… a permis les progrès spectaculaires du commerce mondial et de la prospérité pendant la seconde moitié du XXe’ siècle»5. En outre, près des trois quarts des agriculteurs des pays pauvres étant en concurrence avec ceux des pays industrialisés dont le revenu est protégé (au moyen de subventions, notamment) à hauteur d’un tiers, la libéralisation des échanges joue aussi à n’en point douter un rôle crucial dans la lutte contre la pauvreté. Les pays en développement ont beaucoup à faire pour abaisser leurs propres obstacles commerciaux, mais aussi beaucoup à y gagner. Cependant, pour que des progrès soient réalisés dans le cycle de Doha, il faut que les grands pays industrialisés se distinguent par leur esprit d’initiative et que les pays en développement placent manifestement l’intégration au commerce mondial au cœur de leur stratégie de développement. Malheureusement, les résultats obtenus jusqu’à présent sont en général décevants, bien qu’il convienne de saluer les initiatives prises récemment par l’UE pour réformer sa politique agricole, même si elles sont encore quelque peu partielles. Au sommet du G-7 à Evian en mai, les dirigeants des pays industrialisés se sont de nouveau engagés à faire en sorte que le cycle de Doha soit un succès; il est indispensable que la réunion ministérielle de l’OMC à Cancûn, qui n’était pas terminée au moment où nous mettions les Perspectives sous presse, soit l’occasion de passer des paroles aux actes.

Encadré 1.3.Comment gérer l’accroissement des apports d’aide aux pays en développement

Lors du Sommet du Millénaire organisé par l’ONU en septembre 2000, la communauté mondiale a adopté une série d’objectifs socioéconomiques — les Objectifs de développement pour le Millénaire — dans la lutte contre la pauvreté. Cette initiative, qui couvre les domaines de la santé, de la problématique hommesfemmes, de l’éducation, de l’environnement et de la stratégie de partenariat mondial pour le développement, vise à réduire de moitié le nombre de pauvres entre 1990 et 2015. La réalisation de ces objectifs nécessitant un surcroît substantiel de ressources externes, les pays industrialisés ont été invités, dans le cadre de la Conférence de Monterrey de mars 2002, à déployer des efforts tangibles afin de porter leur aide publique au développement (APD) à 0,7% du PNB, objectif fixé de longue date, que seuls quelques pays industrialisés ont atteint jusqu’ici.

Si tous les pays industrialisés portaient leur APD à 0,7% de leur PNB, les apports d’aide aux pays en développement augmenteraient de façon très substantielle (voir le graphique). Les flux d’aide, qui représentent en moyenne 0,24% du PIB des pays industrialisés, seraient quasiment multipliés par trois et pourraient atteindre 70 à 90% du PIB de certains pays bénéficiaires1. L’ampleur de ces flux serait sans précédent et dépasserait aisément les records d’apports de capitaux aux pays émergents enregistrés dans le milieu des années 90 (14 à 15% du PIB). Le niveau de l’aide, en outre, a souvent été extrêmement fluctuant: dans certains pays, les variations de flux absolues ont dépassé 30% du PIB sur une seule année durant la décennie 90. Comment les économies des pays bénéficiaires, dont les marchés financiers sont sous-développés et les comptes de capital relativement fermés, peuventelles faire face au gonflement des flux d’aide et à leurs fluctuations?

S’agissant des apports d’aide, un des problèmes les plus fréquemment mentionnés est le «syndrome hollandais»: une augmentation de l’aide entraîne généralement une hausse de la demande de biens échangés et non échangés. L’offre de biens non échangés étant peu élastique, le surcroît de demande fait monter les prix des biens par rapport à ceux des biens échangés, et cause une appréciation du taux de change réel. Les ressources se détournent alors du secteur des biens échangés, qui se contracte, ce qui est inquiétant si ce secteur des biens échangés constitue la principale source de gains de productivité de l’économie et si les flux d’aide sont particulièrement fluctuants2.

Distribution de 0,7% du PNB au titre de l’aide au développement (APD) suivant plusieurs scénarios

(APD en pourcentage du PNB)

Source: Heller and Gupta (2002)

1Aide distribuée en 1996

2Scénario basé sur l’étude de Collier et Dollar (1999) sur I efficacité de I aide dans la réduction de la pauvreté, relevé a l’échelle correspondant au surcroît d assistance si I APD est portée à 0.7% du PNB La part de la Chine et celle de I Inde ne peuvent être supérieures au pourcentage de l aide totale qu elles ont reçue en 1996.

3Tous les pays reçoivent le même niveau d’APD qu en 1996, plus un montant complémentaire réparti selon les critères de Collier et Dollar (1999). La part de la Chine et celle de I’Inde ne peuvent être supérieures au pourcentage de l’aide totale qu elles ont reçue en 1996.

Pour autant, il ne faut pas exagérer la gravité du syndrome hollandais. Les résultats préliminaires d’une étude récente (Prati, Sahay and Tressel, 2003) révèlent qu’un doublement des flux d’aide, de 10 à 20% du PIB, provoquerait une appréciation réelle de la monnaie de seulement 6%. L’appréciation, qui varie d’un pays à l’autre, pourrait même être moindre si l’aide se traduit principalement par une hausse des importations. En outre, dans certains cas, les pays sont intervenus sur le marché des changes pour limiter l’effet des afflux d’aide étrangère sur la valeur de leur monnaie (en achetant des devises) et stériliser l’impact monétaire de l’intervention (en vendant des effets publics). La stérilisation peut prévenir efficacement une appréciation réelle de la monnaie des pays dont le compte de capital est relativement fermé, mais elle peut aussi se révéler coûteuse dans la mesure où les taux d’intérêt intérieurs sont généralement plus élevés que les taux perçus sur les avoirs extérieurs.

Si l’on veut gérer correctement l’augmentation des flux d’aide, il faut d’abord choisir une forme d’aide appropriée. Les dons (par opposition aux prêts) sont la forme d’aide idéale si l’objectif est de relever la consommation des couches les plus pauvres de la population, d’intervenir en cas de catastrophe naturelle ou de pénurie alimentaire ou de fournir une assistance humanitaire et contribuer au rétablissement de la paix en cas de conflit. Mais les dons constituent aussi une solution appropriée quand on peut difficilement prédire l’ampleur et les délais du rendement des investissements publics et, de même, quand l’État peut difficilement récupérer ses investissements via l’impôt, afin d’assurer le service de la dette. Il ne faut pas être surpris si ce type d’aide n’entraîne pas de hausse du taux de croissance du PIB. Enfin, en recourant aux dons, on évite d’endetter les générations futures et on réduit le risque de devoir annuler des créances3.

D’une manière générale, le problème clé demeure l’efficacité avec laquelle on utilise l’aide. On se heurte à trois grandes difficultés: la capacité de l’administration à gérer et à utiliser les ressources efficacement, le caractère volatil et incertain des apports d’aide et, enfin, le risque d’encourager la corruption. Si les flux d’aide sont consacrés au financement d’investissements susceptibles d’accroître la productivité — dans l’éducation, la santé ou l’infrastructure, par exemple — le problème du syndrome hollandais est réduit d’autant. Cependant, il n’est pas suffisant d’accroître ici et là les dépenses d’éducation et de santé: il faut cibler ces dépenses et en assurer le suivi. De surcroît, comme la qualité du capital humain ne s’accroît qu’avec lenteur, il faut concevoir un mécanisme permettant de maintenir les ressources à un niveau plus élevé pendant au moins dix à quinze ans.

Si la qualité de l’administration laisse à désirer, les élites peuvent aisément détourner les transferts de ressources à leur profit, ce qui élimine tout gain de productivité et aggrave la mauvaise répartition des revenus dans les pays bénéficiaires. Les donateurs peuvent se trouver face à un dilemme si leur aide contribue simultanément à réduire le nombre absolu de pauvres et à aggraver les problèmes de distribution des revenus (dans le cas où le transfert de ressources profite beaucoup plus aux élites qu’aux pauvres). Dans ces circonstances, le bien-être général de la population peut s’améliorer, mais la corruption risque aussi d’augmenter. Il semble que dans le passé l’aide a été accordée aussi bien à des États corrompus qu’à des pays intègres (Alesina and Weder, 2002): à l’avenir, il faudrait donc prêter plus d’attention à la qualité des institutions locales dans la prise de décisions sur l’aide. Il faudrait se servir davantage de l’assistance extérieure pour soutenir les pays qui entreprennent d’améliorer leur gestion publique et investissent dans un capital humain et physique de qualité, pour renforcer les institutions grâce à l’assistance technique et pour aider les pays à internaliser les programmes et les projets par le biais du processus d’établissement des documents de stratégie pour la réduction de la pauvreté (DSRP).

Que faut-il faire si un pays ne parvient pas à améliorer rapidement l’efficacité de l’action gouvernementale et de ses institutions? Plutôt que de suspendre leur aide, les bailleurs de fonds devraient prendre des engagements pluriannuels, décaissements étant subordonnés aux progrès sur le plan politique et économique et consacrés aux besoins les plus urgents des pauvres. On inciterait ainsi les pays bénéficiaires à adopter des réformes, tout en rendant les flux d’aide plus prévisibles. En même temps, il faudrait que les pays dont la politique est avisée et les institutions solides puissent mettre de côté une partie de l’aide reçue, de manière à réduire les effets négatifs de la volatilité de l’aide et à aligner les décaissements sur la capacité d’absorption du pays. La dépendance des pays à faible revenu vis-à-vis de l’aide devrait diminuer à mesure que ceux-ci atteindront leurs objectifs de développement.

Note: Ratna Sahay est le principal auteur de cet encadré.1Voir Heller and Gupta (2002).2Voir Bulír and Hamann (2001).3Helbling, Mody, and Sahay (à paraître).

Amérique du Nord: les États-Unis peuvent-ils continuer d’être le moteur de la croissance mondiale?

Après s’être redressée pendant un an, la croissance du PIB aux États-Unis a nettement ralenti à compter du milieu de 2002, par suite d’une aggravation des incertitudes géopolitiques ayant précédé la guerre en Iraq et des répercussions que continuait d’avoir l’éclatement de la bulle boursière. Dans un contexte marqué par une demande faible et des surcapacités constamment élevées, le taux d’inflation a nettement diminué, la hausse sous-jacente des prix à la consommation étant toujours très en deçà de 2%. Comme la dépréciation sensible du dollar de l’an dernier commençait tout juste à faire sentir ses effets, le déficit extérieur courant a continué d’atteindre des niveaux records; contrairement à ce qui s’est passé les années précédentes, il a été financé beaucoup plus par des ventes de titres d’entreprises et d’organismes publics, à des banques centrales asiatiques notamment, que par des entrées de capitaux sous forme d’achats d’actions.

Après la fin de la guerre en Iraq, la reprise a recommencé à s’accélérer. Au deuxième trimestre, les données sur le PIB ont été meilleures que prévu, grâce à une forte augmentation des dépenses publiques, ainsi qu’aux signes de plus en plus nombreux d’un redressement de la consommation (encore qu’il soit en partie dû à la vigueur des ventes d’automobiles) et de l’investissement privé. Bien que les marchés du travail continuent de manquer de ressort et que les surcapacités restent importantes, les indicateurs précurseurs, ceux de la confiance des ménages et des entreprises notamment, se sont raffermis et les conditions monétaires et financières ont de nouveau ete assouplies. La politique budgétaire a été encore plus expansionniste par suite de l’adoption de nouvelles baisses d’impôts et de l’accroissement des dépenses militaires, les cours des actions ont sensiblement augmenté, le dollar s’est nettement déprécié par rapport à son pic du début de 2002 et les taux d’intérêt à long terme, malgré leur forte remontée depuis le milieu de juin, continuent d’être bas par comparaison avec le passé. Dans ce contexte, les projections des services du FMI font toujours état d’une accélération, un peu plus forte que prévu, de l’activité au second semestre de 2003 et en 2004, la croissance du PIB dépassant son potentiel à compter du troisième trimestre.

Le programme de stimulants, notamment macroéconomiques, actuellement envisagé étant très vaste, un rebond plus important de l’activité est à l’évidence possible. Cela dit, il se peut que le niveau relativement élevé des surcapacités, conjugué à la prudence dont ne cessent de faire preuve les entreprises suite aux récents scandales financiers, limite le rythme et l’ampleur de la reprise de l’investissement; en outre, bien qu’elle s’améliore, la situation financière des entreprises et des ménages demeure tendue (graphique 1.9) et il y a peu de chances que la contribution substantielle du secteur du logement à la consommation soit durable, tandis que le marché du travail continue d’être assez déprimé. De façon plus générale, le déficit sans précédent des transactions courantes, qu’accompagne maintenant un déficit également élevé des administrations publiques (graphique 1.10), reste un important facteur de vulnérabilité. Malgré sa dépréciation au cours de l’année écoulée, le dollar semble toujours surévalué à moyen terme et on ne peut écarter le risque que son ajustement devienne désordonné, voire que sa dépréciation soit excessive.

Graphique 1.9.États-Unis: situation financière des ménages

(En pourcentage du revenu disponible)

La situation financière des ménages a cessé de se dégrader, grâce entre autres au niveau toujours élevé des prix de l’immobilier, mais demeure tendue. L’augmentation de l’épargne des ménages a été financée entièrement par les réductions d’impôts.

Source: Haver Analytics.

1Non compris les parts de fonds communs de placement (à leur valeur en bourse).

Graphique 1.10.États-Unis: réapparition des déficits jumeaux

(En pourcentage du PIB)

Comme dans les années 80, des déficits jumeaux sont apparus, par suite de la forte dégradation de la position budgétaire des États-Unis. Le déficit budgétaire devant persister, la dette publique ne sera pas réduite avant le départ à la retraite de la génération de l’après-guerre.

1Tirées des précédentes éditions des Perspectives.

Dans ces conditions, la tâche est difficile pour les dirigeants des États-Unis, car ils doivent soutenir à court terme l’économie tout en réduisant au minimum le risque à long terme d’une aggravation des problèmes, et elle n’est pas facilitée par la faiblesse de la demande dans le reste du monde. La politique monétaire est très accommodante, et la Réserve fédérale a judicieusement indiqué qu’elle pourrait le rester pendant longtemps; l’adoption d’un objectif d’inflation à moyen terme pourrait aider à arrimer les anticipations inflationnistes et à éloigner le risque qu’un choc exerce des pressions à la baisse non souhaitables sur les prix. Les taux d’intérêt bas contribuant à la flambée continue des prix de l’immobilier, qui, après ajustement pour tenir compte de l’inflation, dépassent d’environ 30% leur précédent pic, d’aucuns craignent que les mesures de relance actuelles n’engendrent une bulle immobilière, dont l’éclatement pourrait avoir de graves répercussions sur la consommation et la croissance. Mais, il ne faut pas oublier que, faute d’assouplissement monétaire, l’économie serait assurément plus fragile encore, ce qui, dans la conjoncture actuelle, présenterait des risques pour les États-Unis et l’économie mondiale. Comme on ne s’attend pas à ce que les autorités relèvent les taux d’intérêt directeurs avant que la reprise soit solidement installée, l’impact d’un éventuel ajustement des prix de l’immobilier serait sans doute compensé par la vigueur de l’activité dans d’autres secteurs de l’économie. Malgré tout, le niveau élevé de ces prix constitue un risque, surtout si les taux d’intérêt à long terme devaient continuer d’augmenter sensiblement.

Sur le front budgétaire, les projections font état d’un déficit des administrations publiques (État fédéral et États) de plus de 6% du PIB en 2003, contre un excédent qui dépassait 1% du PIB en 2000, soit la plus forte variation de la position budgétaire en trois ans observée depuis au moins trois décennies. Alors qu’il soutient à court terme la reprise, ce déficit entraîne une forte dégradation de la position budgétaire à moyen terme; en pratique, étant donné que les projections de recettes et de dépenses de l’Administration semblent relativement optimistes et qu’une nouvelle rallonge budgétaire doit couvrir les dépenses liées à l’Iraq, il se pourrait fort bien que les perspectives soient plus sombres. S’il demeurait longtemps élevé, le déficit budgétaire pourrait annihiler les avantages à long terme des baisses d’impôts (déjà réduits à cause de leur étalement et de leur limitation dans le temps selon des mécanismes complexes et non transparents) et rendre encore plus difficile un ajustement ordonné du déficit des transactions courantes. En outre, la dette publique ne devant plus, selon les projections, diminuer au cours des prochains exercices, les autorités ne pourront pas se constituer une marge de sécurité pour faire face aux pressions qu’exerceront les retraites de ceux qui sont nés pendant la période ayant suivi la seconde guerre mondiale. Ces perspectives seraient moins préoccupantes si des actions rapides étaient envisagées pour réduire les coûts à venir du vieillissement de la population, ce qui ne semble pas être le cas à l’heure actuelle (en fait, les dépenses de Medicare sont accrues dans les récents projets budgétaires). En conséquence, il est devenu encore plus urgent de mettre en place un cadre d’action à moyen terme crédible pour rétablir l’équilibre général des finances publiques (hors sécurité sociale) sur le cycle et, parallèlement, de donner une assise financière solide à la sécurité sociale et à Medicare.

La croissance toujours robuste de la productivité de la main-d’œuvre demeure l’un des points forts des perspectives. Alors qu’elle tient en partie aux récentes compressions d’effectifs, cette croissance devrait demeurer solide au cours des prochaines années (tout en n’étant peut-être pas aussi rapide qu’à la fin des années 90) grâce aux progrès continus des technologies de l’information et à la généralisation progressive à tous les secteurs de l’économie des gains de productivité liés à ces technologies6. Cette évolution a en outre été facilitée par la flexibilité et le contexte favorable à l’investissement de l’économie des États-Unis, atouts sur lesquels il conviendrait de continuer de s’appuyer dans l’avenir, notamment en améliorant sans cesse le gouvernement d’entreprise et les règles comptables. Cela dit, un certain nombre de facteurs négatifs subsistent (voir supra) et, à en juger par l’expérience, l’ajustement du solde des transactions courantes, même s’il est ordonné, ira sans doute de pair avec un fléchissement de la croissance du PIB et, dans des proportions plus grandes, de la demande intérieure. Si le niveau élevé des gains de productivité limite à l’évidence ces risques, il semble peu probable que les États-Unis pourront, si tant est qu’ils devraient le faire, apporter à moyen terme à l’économie mondiale le même soutien que par le passé.

Après les taux impressionnants enregistrés pendant les trois premiers trimestres de 2002, la croissance du PIB au Canada a ralenti considérablement ces derniers mois, par suite de l’appréciation rapide et non négligeable du dollar canadien, de la faiblesse de la demande extérieure et de la lenteur de la reconstitution des stocks, ainsi que de l’impact temporaire du SRAS et de la maladie de la vache folle. En conséquence, et aussi parce que l’inflation de base était tombée nettement à l’intérieur de la fourchette objectif de 1-3%, la Banque du Canada est intervenue en juillet et en septembre pour inverser partiellement les précédentes hausses des taux d’intérêt. Sous l’effet du renforcement prévu de l’activité aux États-Unis, d’une amélioration de la confiance et de l’atténuation des répercussions des récents chocs, on s’attend à ce que la croissance se redresse à la fin de l’année. Les autorités continuent de préconiser la prudence dans la loi de finances de 2003/04 et, des excédents modestes étant encore prévus pour les deux prochains exercices, la dette publique devrait tomber en deçà de 40% d’ici à l’exercice 2004/05.

Europe occidentale: fragilité persistante de l’économie malgré des signes timides de redressement

Le ralentissement de l’activité dans la zone euro est plus profond et plus tenace que prévu, encore que de récents indicateurs (qui font état entre autres d’une hausse des cours des actions et d’un renforcement de la confiance des entreprises) laissent peut-être présager une amélioration des perspectives. Néanmoins, les signes d’un redressement général de l’activité réelle sont encore assez peu nombreux: le PIB a diminué au deuxième trimestre de 2003 dans l’ensemble de la zone (en Allemagne, en France et en Italie, notamment), ce qui signifie que l’Allemagne et l’Italie, ainsi que les Pays-Bas, étaient en récession, les indicateurs de la confiance des ménages et des entreprises demeurent le plus souvent déprimés bien que, depuis peu, les anticipations s’améliorent dans une certaine mesure, le chômage augmente toujours légèrement et la tendance de la production industrielle ne semble pas encore orientée durablement à la hausse. L’économie allemande reste fragile pour la troisième année consécutive, ce qui contribue à la dégradation des résultats de la zone euro et menace de freiner les perspectives de reprise dans la région. Dans ces conditions, les projections de croissance pour la zone ont de nouveau été révisées à la baisse, de ½% environ en 2003 et en 2004, et, dans certains pays, les risques semblent toujours du côté d’un ralentissement de l’activité.

Quelles sont les causes de ces difficultés continues de la zone euro? Les dépenses d’investissement (composante essentielle de la demande) ont été, ces dernières années, l’un des principaux points faibles, à cause du surendettement général des entreprises pendant la bulle boursière à la fin des années 90 et de la lenteur de l’ajustement subséquent. Ce facteur a été aggravé par le niveau très bas de la confiance des entreprises et le fait qu’en Allemagne, l’activité intense qu’a connue le secteur du bâtiment après la réunification tire à sa fin. Les problèmes des entreprises et les conséquences générales de l’éclatement de la bulle boursière mondiale ont également eu un impact sur les institutions financières de la zone euro. Par exemple, l’augmentation des provisions pour créances irrécouvrables depuis 2000 a réduit le volant de fonds propres des banques de la zone. L’année 2002 a été particulièrement difficile pour le secteur financier allemand et, malgré de récents signes encourageants selon lesquels cette dégradation avait été stoppée, grâce entre autres à une évolution plus positive des marchés financiers, un nouveau retard de la reprise intensifierait néanmoins les pressions sur un système déjà à la limite de ses possibilités.

Bien qu’elle continue d’être inégale au sein de la zone, la consommation s’est redressée lentement l’an dernier et devrait être davantage alimentée par la hausse des revenus réels à mesure que l’inflation ralentit. La situation financière des ménages semble en général bonne, l’endettement étant plus faible et l’épargne plus élevée qu’aux États-Unis. Cependant, ces points forts essentiels sont neutralisés par la médiocrité de la confiance des ménages, qu’explique la hausse du chômage. Le commerce extérieur a également été peu favorable à la croissance. Si les exportations ont été freinées du fait principalement de la faiblesse de la demande dans les grands pays, il se peut que l’appréciation sensible de l’euro ces deux dernières années limite en général la perspective d’une reprise tirée par les exportations aussi forte que celles observées par le passé dans la région (graphique 1.11). Cependant, cette appréciation reflète implicitement les fondamentaux à moyen terme et la baisse des taux d’intérêt a largement absorbé son impact sur les conditions monétaires dans la zone (encadré 1.1).

Graphique 1.11.Zone euro: une reprise cyclique relativement faible

Durant le cycle actuel, les exportations de la zone euro se redressent moins fortement que lors des précédentes phases de reprise et l’investissement, freiné par la lenteur de l’ajustement des bilans des entreprises, est particulièrement faible.

Sources: Banque centrale européenne; Système fédéral de réserves des États-Unis; estimations des services du FMI.

1Creux cyclique le plus récent quatrième trimestre de 2001.

Le pire est peut-être derrière nous, mais les perspectives à court terme paraissent dans l’ensemble plutôt sombres: la reprise ne pourra fondamentalement s’installer que si la demande extérieure se redresse, les taux d’intérêt sont bas et l’ajustement des bilans des entreprises est mené à bien. Les faiblesses tant intérieures qu’extérieures semblent particulièrement prononcées en Allemagne et, si la récente remontée de l’indice IFO de la confiance des entreprises est encourageante, on s’attend à ce que la croissance soit nulle en 2003 et n’enregistre qu’un léger mieux en 2004. Le taux de croissance pourrait être de ½% cette année et d’environ 2% en 2004 en France, et légèrement inférieur à ces chiffres en Italie; cependant, la confiance étant encore fragile et l’environnement extérieur peu favorable, la reprise dans ces deux pays risque de demeurer hésitante et contrastée pendant un certain temps. En ce qui concerne les petits pays, l’activité intérieure est singulièrement déprimée aux Pays-Bas et au Portugal. En 2003, la croissance, qui pourrait demeurer modeste (1% au maximum pour la troisième année consécutive) en Autriche et en Belgique, s’est effondrée en Irlande. Toutefois, elle devrait continuer d’être un peu plus robuste en Espagne et, surtout, en Grèce, grâce à une demande intérieure relativement soutenue (sous l’effet des investissements liés aux jeux olympiques en Grèce et par suite d’une augmentation de l’investissement en Espagne). L’inflation de base est tombée en deçà de 2% et devrait normalement continuer de ralentir en 2004. Il est même possible que l’Allemagne connaisse une période de légère baisse des prix, alors qu’on s’attend à ce que le taux d’inflation au-dessus de la moyenne enregistré par certains des petits pays diminue, voire chute en Irlande, aux Pays-Bas et au Portugal.

Dans ce contexte marqué par le recul de l’inflation et la faiblesse de l’activité, la décision de la BCE de réduire les taux d’intérêt de ½% en juin était parfaitement justifiée. Il sera nécessaire de les baisser encore si l’inflation risque d’être nettement inférieure aux seuils retenus comme objectifs —ce qui pourrait se produire, par exemple, si l’activité ne se redressait pas rapidement ou si l’euro s’appréciait fortement. La banque centrale a précisé qu’un taux d’inflation en deçà mais proche de 2% est conciliable avec son objectif de stabilité des prix, ce qui montre qu’elle a le souci d’éviter la déflation tout en tolérant par ailleurs des écarts d’inflation entre les pays. De façon plus générale, bien que la politique monétaire doive porter sur l’ensemble de la zone, une approche plus volontariste peut parfois se justifier, surtout lorsque les chocs subis par certains pays risquent de se répercuter sur toute la zone.

Le recours aux stabilisateurs automatiques mis à part, la marge de manœuvre des autorités budgétaires pour lutter contre la fragilité actuelle de l’économie a été limitée, surtout dans les grands pays. D’après les projections, le déficit budgétaire devrait dépasser nettement 3% du PIB pour le présent exercice et le suivant en Allemagne et en France et être proche de ce ratio en Italie, malgré les importantes mesures ponctuelles prises par ce pays. En Allemagne, l’entrée en vigueur des allégements fiscaux a été avancée à 2004 afin de soutenir une économie faible et il est prévu de réduire durablement les programmes de subventions et de protection sociale. Dans l’avenir, à partir de 2010 surtout, le vieillissement de la population pèsera lourdement sur les budgets dans l’ensemble de la zone. Au cours des 50 prochaines années, le ratio au PIB des dépenses publiques au titre des pensions de vieillesse pourrait augmenter de 4 à 5% environ dans plusieurs pays, sans compter parfois une hausse supplémentaire de 3 à 4% due à une progression des dépenses publiques au titre de la santé ou des soins de longue durée. Faute de mesures compensatoires, une telle évolution de ce ratio plomberait dans des proportions insoutenables les finances publiques et la dette. Dans ces conditions, il est impérieux d’améliorer les soldes budgétaires à moyen terme. À cet égard, les pays dont la position budgétaire est faible, y compris les grands pays, devraient essayer de parvenir à un ajustement fondamental de ce solde de ½% du PIB par an ou, s’il s’accompagne de mesures d’assainissement tangibles et crédibles et de réformes structurelles, un ajustement cumulé de 1½% du PIB sur la période 2004-06; il conviendrait en outre que, dans chaque cas, les pays laissent jouer pleinement les stabilisateurs automatiques autour de cette trajectoire. Avec de tels objectifs, les pays devraient pouvoir trouver un compromis acceptable entre objectifs à court et à moyen terme.

Il est essentiel de poursuivre les réformes structurelles pour améliorer les résultats économiques de la zone euro, et notamment éliminer les pressions que le vieillissement de la population exercera à long terme sur les positions budgétaires, l’offre de main-d’œuvre et la croissance. Des mesures visant à renforcer la compétitivité des marchés européens du travail et des produits pourraient aider grandement à accroître la production régionale (voir l’édition d’avril 2003 des Perspectives). Plusieurs pays ont récemment lancé, ou à tout le moins envisagé de le faire, des réformes profondes dans les domaines notamment de la libéralisation des marchés du travail et des produits (Allemagne) et des retraites (France, Italie et Autriche). L’application intégrale de ces mesures, aussi importante et encourageante qu’elle soit, ne saurait être que le début d’un programme indispensable de réformes. Par exemple, la récente réforme des retraites en France, adoptée malgré une forte contestation, n’amortira que les deux cinquièmes l’impact budgétaire du vieillissement de la population sur les retraites publiques. Pour atteindre les objectifs définis au sommet de Lisbonne en 2000, il faudrait poursuivre et amplifier les progrès accomplis sur les marchés du travail européens depuis le milieu des années 90. Par exemple, le taux d’activité des travailleurs âgés est encore inférieur à 40% (et n’est que de 32% en France et de 28% en Italie), c’est-à-dire très en deçà de l’objectif de 50%. Toute stratégie visant à soutenir l’offre de main-d’œuvre et la croissance potentielle au cours des années à venir doit nécessairement prévoir de relever l’âge effectif de la retraite et de faciliter l’emploi des travailleurs âgés.

Au Royaume-Uni, la croissance a fléchi pendant le premier semestre de 2003, sous l’effet d’un ralentissement de l’investissement et, dans une moindre mesure, de la consommation privée, ainsi que d’une dégradation de la demande extérieure. De récents indicateurs (ventes de détail et enquêtes auprès des entreprises, notamment) font état d’une amélioration des perspectives. Si elle a ralenti ces derniers mois, la hausse annuelle des prix de l’immobilier reste importante (près de 17% entre janvier et août) et le risque d’une chute brutale de ces prix ne peut être encore écarté. Le marché du travail a été résistant, le chômage étant toujours faible et la progression des rémunérations relativement stable. En juillet 2003, même si l’inflation continuait de dépasser légèrement l’objectif de 2½% en raison de facteurs temporaires, la Banque d’Angleterre a réduit son taux d’intérêt directeur de ¼%, le ramenant à 3½%, afin de répondre adéquatement à la détérioration des perspectives économiques. La politique budgétaire a fortement soutenu l’activité pendant la phase de ralentissement, grâce à la marge de manœuvre constituée au cours des exercices précédents. Sous l’effet conjugué de ces mesures macroéconomiques de soutien, d’un contexte intérieur relativement favorable et d’une amélioration progressive du commerce extérieur, la croissance devrait s’accélérer au cours de la période à venir.

Les projections concernant la croissance du Danemark, de la Norvège et de la Suède en 2003 ont été révisées à la baisse à cause de la fragilité de la confiance intérieure, de la hausse du chômage et du climat international médiocre. Dans ces trois pays, la banque centrale a baissé les taux d’intérêt depuis le début de juin et, l’inflation ralentissant, elle pourrait envisager de les réduire encore si l’activité restait morose. Cependant, on s’attend à ce que, grâce aux mesures de soutien déjà prévues, ainsi qu’à l’amélioration du contexte extérieur, la croissance se redresse légèrement au second semestre de 2003 et en 2004. En Suisse, l’activité devrait se contracter en 2003, mais un raffermissement des échanges et des mesures macroéconomiques d’accompagnement devraient contribuer à un léger mieux en 2004. Si la reprise s’essouffle de nouveau, il faudra peutêtre, pour atténuer les risques de déflation, assouplir encore la politique monétaire (au moyen sans doute de mesures quantitatives, car les taux d’intérêt sont proches de zéro) et lancer parallèlement des réformes structurelles visant à rendre la croissance plus dynamique et plus robuste.

Japon: des mesures énergiques s’imposent pour accélérer la restructuration et mettre fin à la déflation

Au Japon, les premières estimations de la croissance au deuxième trimestre ont nettement dépassé les anticipations de sorte que, grâce en outre à une nouvelle révision à la hausse du PIB pour le premier trimestre, l’amélioration du contexte extérieur et la remontée des cours des actions, les projections de croissance pour 2003 et 2004 ont été relevées sensiblement. Cependant, les informations divergentes que donnent les statistiques mensuelles incitent à une certaine prudence: si les exportations ont fortement augmenté et la production industrielle s’est redressée en juillet (après avoir régressé au deuxième trimestre), les ventes de détail continuent de diminuer et l’apparente vigueur de l’investissement fixe des entreprises dans les comptes nationaux ne semble pas correspondre à la tendance orientée à la baisse des expéditions de biens d’équipement et de matériaux de construction. En outre, le contexte financier soutient inégalement la reprise: les récentes hausses des cours des actions sont encourageantes, mais les rendements des obligations ont nettement rebondi par rapport au niveau historiquement bas qu’ils avaient atteint au début de cette année.

Malgré un meilleur équilibre des risques, les perspectives sont toujours assombries par une déflation endémique et la fragilité persistante des entreprises, du secteur financier et du secteur public. Il se pourrait que, pendant le reste de 2003 et en 2004, l’activité tire parti dans une certaine mesure d’une reprise mondiale plus vigoureuse, mais l’économie reste exposée à un ensemble de chocs intérieurs et extérieurs. Etant donné les progrès limités de la restructuration des banques et des entreprises, leurs bilans pourraient être fragilisés par une chute des cours des actions ou des obligations, ce qui amorcerait une contraction rapide du crédit bancaire et freinerait l’investissement. Les autres risques sont notamment l’impact que pourrait avoir une appréciation durable du yen sur les bénéfices des entreprises, l’investissement, la déflation et les exportations nettes; une remontée du taux d’épargne des ménages, si les incertitudes pesant sur les perspectives s’aggravent, et une flambée des taux d’intérêt réels déclenchée par une augmentation de la dette publique (en l’absence de stratégie pour rétablir la viabilité budgétaire).

Pour contenir ces risques, il est nécessaire de mettre en place une stratégie dynamique qui s’attaque aux faiblesses structurelles de l’économie. Cette stratégie comporterait des mesures rapides et énergiques visant à accélérer la liquidation des créances irrécouvrables et à s’attaquer à la mauvaise qualité des fonds propres des banques (dans le prolongement du programme de redressement financier annoncé en octobre 2002), des actions qui seraient lancées pour restructurer plus rapidement les entreprises (notamment un recours efficace à l’organisme de revitalisation industrielle récemment créé), un engagement de la part de la Banque du Japon de mettre fin à la déflation, étayé par une politique d’assouplissement quantitatif plus dynamique et une explication claire de cette stratégie, et un plan détaillé et ambitieux de rétablissement de la viabilité des finances publiques.

La restructuration des entreprises et du secteur financier demeure essentielle pour parvenir à un retournement durable des perspectives économiques du Japon. Si ces deux secteurs se sont attaqués avec un certain succès à leurs problèmes, de graves difficultés subsistent. Les grandes banques, par exemple, ont continué de réduire leurs créances irrécouvrables et leur exposition au risque boursier, mais la fragilité de l’économie et de la bourse a engendré de nouvelles créances irrécouvrables et des pertes boursières — de sorte que leurs pertes étaient proches de 1% du PIB pour l’année qui a pris fin en mars 2003. En outre, la qualité des fonds propres des banques reste médiocre, les crédits d’impôts différés (qu’elles peuvent utiliser uniquement si elles réalisent des bénéfices, et non pour compenser des pertes) représentant une fraction importante de leurs fonds propres de base. Un audit externe, dans lequel l’emploi de ces crédits dans les fonds propres déclarés avait été limité, a précipité l’effondrement en mai de la Resona Bank, qui par la suite a été recapitalisée avec des fonds publics. Cette recapitalisation, la première entreprise en vertu de la nouvelle législation de l’assurance-dépôt, semble s’être déroulée sans heurts, ni répercussions durables sur les marchés financiers; cependant, il convient d’épauler ce type d’opération par de vastes réformes visant à renforcer la gestion des banques et des entreprises, ainsi qu’à améliorer la comptabilisation des créances irrécouvrables et à en faciliter la liquidation, et à promouvoir l’assainissement du secteur bancaire. Il demeure indispensable d’accélérer la liquidation des créances irrécouvrables et d’affecter des fonds publics à la recapitalisation des banques fragiles, mais importantes pour le système financier, de façon à mettre fin à la dégradation de ce secteur qui dure depuis une dizaine d’années. En outre, il faudrait renforcer la réglementation sur les sociétés d’assurance vie, et notamment durcir les normes de solvabilité afin d’évaluer avec plus de précision leur situation financière.

Il convient aussi, parallèlement à la réforme du secteur financier, d’accélérer la restructuration des entreprises. Si leurs bénéfices ont globalement augmenté l’an dernier et leurs ratios emprunts/fonds propres diminué, nombre d’entre elles continuent de souffrir d’un endettement élevé, d’une rentabilité médiocre et de l’existence de surcapacités. La restructuration est particulièrement lente dans les petites et moyennes entreprises et dans les secteurs du bâtiment et du commerce de détail. Cette lenteur est aggravée par le fait que les banques ne sont pas incitées à faire avancer la restructuration des entreprises à cause de la faiblesse de leur assise financière. Elles ont en outre eu des difficultés à s’entendre avec les autres créanciers sur des plans de restructuration; à cet égard, l’organisme de revitalisation industrielle pourrait jouer un rôle utile, mais, pour être efficace, il devra être protégé contre les interventions politiques.

Si, dans le cadre de sa politique d’assouplissement quantitatif, la Banque du Japon a maintenu les taux d’intérêt à court terme à zéro et a aidé à stabiliser le système financier, elle n’a pu cependant ni mettre fin à la déflation, ni atténuer les anticipations inflationnistes, ni stimuler l’expansion de la masse monétaire au sens large et du crédit bancaire (graphique 1.12). Compte tenu de ces difficultés, une politique plus énergique s’impose à l’évidence: les autorités devraient publier le calendrier selon lequel elles envisagent d’éliminer la déflation, ainsi qu’un objectif transparent d’inflation à moyen terme, et acheter massivement des actifs très divers afin d’intervenir éventuellement aussi bien par la liquidité que par l’intermédiaire des prix des actifs, de faciliter l’inflation et de permettre une forte expansion de la monnaie centrale. Des achats additionnels d’obligations publiques auraient en outre l’avantage de réduire les avoirs du secteur privé en créances sur l’État et d’abaisser ainsi les futurs paiements d’intérêts du secteur public au secteur privé. La crainte de pertes de la Banque du Japon sur ses avoirs en obligations d’État ne devrait pas empêcher de poursuivre la stabilité des prix et pourrait, en tout état de cause, être atténuée par des accords de partage de telles pertes entre cet établissement et le Ministère des finances.

Graphique 1.12.Japon: indicateurs monétaires, financiers et budgétaires

Le crédit bancaire continue de se contracter, malgré la croissance rapide de la monnaie centrale et des taux d’intérêt très bas, et la dette publique atteint des niveaux insoutenables.

Sources: Bloomberg Financial Markets; Bureau du Premier ministre; Nomura Security; estimations des services du FMI.

1Fin de période.

2Corrigés en fonction de l’IPC ajusté pour tenir compte des variations des impôts indirects et des prix administrés.

L’accumulation rapide de la dette publique au cours de la dernière décennie et les pressions que menace d’exercer le vieillissement de la population soulignent la nécessité d’assainir les finances publiques. Compte tenu de ces problèmes, la modeste réduction du déficit structurel (aide aux banques non comprise) envisagée pour l’exercice 2003 est judicieuse. Cependant, il est impérieux de mettre au point, pour restaurer la viabilité des finances publiques, une stratégie à moyen terme claire et plus ambitieuse que les objectifs officiels consistant à maintenir le ratio dépenses/PIB à son niveau actuel jusqu’à l’exercice 2006 et à éliminer le déficit primaire, hors sécurité sociale, d’ici au début des années 2010. Cette stratégie devrait prévoir une réduction des dépenses publiques et une augmentation des recettes, notamment en élargissant l’assiette fiscale. Plus précisément, les autorités pourraient amputer les projets d’investissement public peu utiles, réformer les régimes publics de retraite et de soins de santé, renforcer l’assiette de l’impôt sur les revenus des personnes physiques ou morales et relever la taxe de consommation.

Amérique latine: le retour à la stabilité pourrait faciliter la prévention des crises

Une reprise fragile semble s’amorcer dans la majeure partie de l’Amérique latine, encore que le taux de croissance varie grandement au sein de la région et que les incertitudes politiques continuent d’exercer de fortes pressions dans certains pays. Cette reprise tient à divers facteurs, dont le redressement des exportations, qu’ont facilité une croissance mondiale plus forte et une dépréciation importante des taux de change réels, une meilleure propension au risque, qui a favorisé un rebond des marchés obligataires émergents et, dans plusieurs pays, a ramené les marges sur les marchés secondaires pour ainsi dire à leur plus bas niveau historique, et l’anticipation d’une amélioration des fondamentaux dans certains pays.

La reprise demeure néanmoins fragile, même si l’on tient pour acquise l’accélération progressive de la croissance mondiale. L’un des principaux risques est que le redressement des marchés obligataires dans les pays émergents ne soit pas soutenu, ce qui nuirait aux perspectives de croissance et à la stabilité macroéconomique, par suite d’un recul de la propension au risque, d’une hausse des taux d’intérêt dans les pays industrialisés ou de meilleures perspectives de placement sur les marchés matures. Des dérapages dans l’application de la politique économique ou de nouveaux déclassements de la dette souveraine des pays fortement dollarisés pourraient aussi avoir des répercussions sur la confiance. Des effets de contagion pourraient alors être observés dans la région, mais les emprunteurs de premier rang, comme le Mexique et le Chili, seraient moins vulnérables. Dans certains pays enfin, l’instabilité politique pourrait compromettre une situation économique en voie d’amélioration et l’avancement des réformes structurelles.

La fragilité de la reprise fait ressortir la nécessité d’appliquer des réformes pour que la région résiste mieux aux chocs, en bref d’ «immuniser» les économies d’Amérique latine contre les crises. Pour y parvenir, un ensemble de mesures s’imposent. L’une des plus importantes (voir chapitre III) est de ramener la dette publique à des niveaux permettant de mieux supporter les chocs (graphique 1.13). Il faudrait aussi renforcer les systèmes bancaires et donner plus d’autonomie aux banques centrales pour poursuivre une politique de faible inflation et, en outre, réformer le commerce extérieur, les marchés du travail, le cadre réglementaire et le système judiciaire, ainsi que les institutions afin d’améliorer la justice sociale et la gouvernance. Dans le cas de certains pays comme le Brésil, les marchés financiers s’attendent, à l’évidence, à ce que les réformes de cette nature continuent de progresser au cours de la période à venir (voir infra). Les bienfaits découlant de réformes ambitieuses sont manifestes: le Mexique et le Chili ont pu atténuer les répercussions de la crise argentine grâce essentiellement aux actions qu’ils ont engagées en vue d’établir des institutions budgétaires, monétaires et bancaires plus robustes. De même, les marchés risquent de pénaliser l’immobilisme par une hausse des marges ou le refus de nouveaux financements et, ainsi, de concourir à différer la transition à une croissance stable et à majorer les coûts de la phase de ralentissement de la croissance.

Graphique 1.13.Pays de l’Hémisphère occidental (échantillon): activité économique, indicateurs financiers et dette publique

Après la plus forte phase de ralentissement observée en deux décennies, on assiste à une reprise fragile. L’un des principaux défis est d’améliorer la résistance des économies d’Amérique latine aux chocs, notamment en réduisant la dette publique.

Sources: Bloomberg Financial Markets, LP; Haver Analytics; estimations des services du FMI.

1Argentine, Brésil, Chili, Colombie, Mexique, Pérou et Venezuela, Pondérations sur la base de la PPA.

2EMBI+, en points de base.

3Indice MSCI, en dollars EU.

4Dette totale, intérieure et extérieure. Les données pour 2003 sont des projections des services du FMI.

5Administrations et entreprises publiques.

En Argentine, l’activité (production industrielle et secteur du bâtiment, notamment), qui était tombée à un niveau très bas, se redresse, le taux mensuel d’inflation reste faible et l’excédent commercial a été élevé grâce, dans un premier temps, à la compression des importations, puis à la vive expansion des exportations (tableau 1.6). Les restrictions imposées sur les dépôts à terme (le corralôn) ont été éliminées avec succès en avril sans entraîner de grandes répercussions sur les dépôts bancaires. En réalité, les indicateurs du marché ont été dans l’ensemble stables: le peso s’apprécie nettement depuis la fin de 2002, les taux d’intérêt à court terme baissent légèrement et les réserves internationales brutes augmentent. Si la politique macroéconomique, y compris un excédent budgétaire primaire plus élevé que prévu au premier trimestre, a soutenu la stabilité financière, la reprise naissante demeure vulnérable à plusieurs facteurs: finances publiques non viables, absence de progrès dans le règlement de la question des banques fragiles, volume élevé des arriérés des entreprises, incertitudes continues sur le plan juridique et pauvreté généralisée. Le nouveau gouvernement doit activer la mise en œuvre d’un plan crédible visant à remettre en ordre les finances publiques et à rééchelonner la dette souveraine, à renforcer le système bancaire, à poursuivre le réaménagement de la dette des entreprises privées et à continuer de protéger suffisamment les pauvres pendant la phase de transition qui suivra. En Uruguay, le succès avec lequel a été mené l’échange de créances a permis de réduire les besoins de financement à court terme et d’améliorer le profil de la dette; d’importants problèmes subsistent dans les domaines budgétaire et bancaire, y compris la nécessité de maîtriser fermement les dépenses afin d’atteindre les objectifs d’excédent budgétaire primaire du gouvernement et d’accélérer la réorganisation des banques et les aliénations d’actifs en vue de limiter les points faibles que continue de connaître ce secteur.

Tableau 1.6.Pays de l’Hémisphère occidental (échantillon): PIB réel, prix à la consommation et solde des transactions courantes(Variations annuelles en pourcentage, sauf indication contraire)
PIB réelPrix à la consommation1Solde des transactions courante2
200120022003200420012002200320042001200220032004
Hémisphère occidental0,7−0,11,13,66,48,710,97,0−2,7−0,9−0,8−1,1
Mercosur3−1,12,23,24,911,614,86,7−3,50,40,5−0,2
Argentine−4,4−10,95,54,0−1,125,914,37,7−1,710,35,44,5
Brésil1,41,51,53,06,88,415,06,2−4,6−1,7−0,8−1.5
Chili3,12,13,34,53,62,53,43,0−1,7−0,8−1,0−1.2
Uruguay−3,4−10,8−1,04,54,414,021,618,9−2,81,61,81,3
Région des Andes2,0−0,6−2,94,910,610,113,313,70,41,61,31,4
Colombie1,41,52,03,37,86,36,95,3−1,5−2,2−2,4−2,4
Équateur5,13,43,15,037,712,68,24,4−2,4−4,2−3,8−2,4
Pérou0,65,34,04,02,00,22,52,5−2,2−2,1−2,0−1,5
Venezuela2,8−8,9−16,77,712,522,434,040,83,18,29,28,2
Mexique, Amérique centrale et Caraïbes0,31,11,43,26,65,15.94,5−3,1−2,6−2,5−2,7
Guatemala2,32,22,43,58,96,35,04,0−5,9−5,1−5,5−4,4
Mexique−0,20,71,53,56,45,04,63,4−2,9−2,2−2,2−2,7
République Dominicaine3,24,1−3,00,58,95,226,120,1−3,4−4,01,01,0

Comme c’est l’usage pour les Perspectives de l’économie mondiale, les variations des prix à la consommation sont données en moyennes annuelles, et non en glissement de décembre à décembre (comme dans certains pays).

En pourcentage du PIB.

Argentine, Brésil, Paraguay et Uruguay, ainsi que Bolivie et Chili (membres associés).

Comme c’est l’usage pour les Perspectives de l’économie mondiale, les variations des prix à la consommation sont données en moyennes annuelles, et non en glissement de décembre à décembre (comme dans certains pays).

En pourcentage du PIB.

Argentine, Brésil, Paraguay et Uruguay, ainsi que Bolivie et Chili (membres associés).

Au Brésil, les progrès accomplis sur le front de la politique économique ont aidé à renforcer la confiance, comme le montrent l’appréciation continue du real, la forte diminution des marges et le retour rapide de l’État sur les marchés des capitaux (la vigueur du real facilitant une réduction de la fraction de la dette liée au taux de change). Néanmoins, la croissance demeure faible — le PIB, corrigé des variations saisonnières, ayant reculé au cours du deuxième trimestre et la demande intérieure n’ayant pas encore rebondi — et le pays reste vulnérable à tout retournement de la confiance en cas de dérapages étant donné ses importants besoins d’emprunts extérieurs, le ralentissement de l’investissement direct étranger et le niveau toujours élevé des marges en termes absolus. La discipline budgétaire continue d’être indispensable afin de soutenir la confiance — et surtout de respecter l’objectif d’un excédent budgétaire primaire de 4¼% du PIB pour le présent exercice et à moyen terme. L’assouplissement de la politique monétaire décidé il y a peu était judicieux, en raison de l’impact d’une activité faible et de l’appréciation du real sur le futur taux d’inflation. Par ailleurs, en ce qui concerne les réformes de l’impôt et des retraites, il convient de consolider les acquis récents.

Au Venezuela, on s’attend à ce que, malgré la reprise de la production de pétrole qui a suivi la fin de la grève en février, le PIB réel diminue de 17% cette année, ce qui porterait sa baisse à 26% pour les deux dernières années. La stabilité macroéconomique ne pourra être rétablie que si les problèmes budgétaires et bancaires sont résolus, notamment en lançant une réforme du secteur public pour réduire le déficit budgétaire non pétrolier et une stratégie qui corrigerait l’impact sur la qualité des actifs des banques du tassement de l’activité dans le secteur non pétrolier. Un durcissement de la politique monétaire est nécessaire pour limiter les pressions exercées sur le taux de change et l’inflation. Il est indispensable d’assouplir le contrôle des changes et de stimuler par des mesures structurelles le secteur non pétrolier afin de rétablir la confiance des investisseurs, de redresser l’économie, de créer des emplois et de lutter contre la pauvreté.

Dans les autres pays de la région des Andes, les perspectives dépendent des progrès qui seront accomplis pour éliminer leurs principales faiblesses. En Colombie, l’application du programme des autorités visant à alléger la dette publique (y compris l’objectif d’un déficit budgétaire de 2½% du PIB pour le présent exercice) et à faire avancer les réformes des retraites et des soins de santé sera essentielle pour accélérer la croissance et freiner l’inflation; une autre priorité importante est de s’attaquer au problème des créances irrécouvrables des institutions de crédit hypothécaire. Au Pérou, la situation politique incertaine fait ressortir la nécessité de conserver des réserves suffisantes, de maintenir la flexibilité du régime de change, de préserver la crédibilité de la politique monétaire et d’assurer le suivi des réformes (dont celle de la fiscalité et celle visant à faire protéger par la loi les contrôleurs des banques) afin de s’attaquer aux faiblesses créées par une dette publique considérable et le degré élevé de dollarisation financière. En Equateur, l’un des principaux problèmes est également de maîtriser les difficultés budgétaires et bancaires; dans ce pays, l’émiettement politique compromet l’application des réformes et l’évolution tendancielle des salaires et des prix est incompatible avec les contraintes qu’impose une dollarisation intégrale. En Bolivie, si les conditions financières se sont stabilisées alors que les tensions politiques demeurent fortes, il est nécessaire d’activer la réduction du déficit du secteur public (tout en envisageant une certaine augmentation des dépenses consacrées à la lutte contre la pauvreté) et de s’attaquer à la situation précaire des banques et des entreprises.

Le Mexique et le Chili ont été plus ou moins à l’abri des difficultés qui ont touché de nombreux pays d’Amérique latine ces deux dernières années; l’accès aux marchés internationaux des capitaux a pu dans l’ensemble être maintenu à des conditions favorables et les pressions à la baisse sur le taux de change se sont atténuées dans ces deux pays; au début de l’année, le Mexique a émis avec succès des obligations assorties de clauses d’action collective. Dans le cas de ce pays, on s’attend à ce que la reprise s’accélère au second semestre, dans la logique du redressement de la croissance aux États-Unis et du récent assouplissement des conditions monétaires. Il conviendrait d’utiliser l’occasion fournie par les élections législatives de juillet pour poursuivre les réformes structurelles (et plus particulièrement rendre le marché du travail plus flexible, améliorer la structure de défaisance des banques et privatiser davantage le secteur de l’électricité); parallèlement, de nouveaux efforts en vue de réunir un consensus sur la politique budgétaire à moyen terme sont nécessaires pour soutenir l’assainissement des finances publiques. Au Chili, de précédentes baisses du taux d’intérêt directeur aident la demande intérieure à se redresser et la politique monétaire devrait continuer d’être axée sur le ciblage de l’inflation, le taux de change flottant librement sauf circonstances exceptionnelles. L’objectif budgétaire est dans l’ensemble adéquat et laisse judicieusement jouer les stabilisateurs automatiques. Si les vulnérabilités restent contenues grâce à la solidité du système bancaire et au faible volume de la dette publique, les besoins importants de financement extérieur du secteur privé pourraient constituer un risque dans l’avenir, encore que la majorité de la dette extérieure des entreprises a été souscrite par des filiales de sociétés étrangères qui, récemment, avaient tendance à les aider lorsqu’elles étaient en difficulté. En outre, les avoirs liquides du secteur privé couvrent une fraction importante de leurs engagements extérieurs à court terme, sans compter les garanties robustes qu’offre par ailleurs la position de réserve solide de la banque centrale.

Région Asie-Pacifique: une croissance mieux équilibrée passe par des taux de change plus flexibles

La région Asie-Pacifique est celle où, en 2003, la croissance doit de nouveau être la plus forte bien qu’elle ait ralenti depuis le début de l’année; par ailleurs, on s’attend à ce qu’en 2004, elle continue de s’accélérer dans cette région (tableau 1.7). L’une des particularités observées récemment a été la contribution des exportations nettes à cette croissance — même si l’on exclut la période de la crise pendant laquelle d’importantes dépréciations des taux de change réels ont nettement renforcé la demande extérieure (graphique 1.14). Si le rôle de la demande intérieure s’est, à l’évidence, beaucoup accru depuis la crise, le cycle mondial continue d’influencer fondamentalement celui de la région (voir les Perspectives d’avril 2003). Actuellement toutefois, le recul du dollar imposant un rééquilibrage de la demande mondiale, il est encore plus impérieux de stimuler la composante intérieure de la croissance en Asie. L’accélération des réformes structurelles devrait certes être au cœur de toute stratégie visant à atteindre cet objectif, mais certains pays pourraient aussi donner plus de flexibilité à leur taux de change. L’accumulation continue de réserves de change en 2002-03 (voir le deuxième essai du chapitre II intitulé: «Les réserves de change de l’Asie sont-elles trop élevées?») et la dépréciation des taux de change effectifs dans plusieurs pays dont la monnaie est liée explicitement ou non au dollar semblent à tout le moins indiquer que, parfois, les incitations à une croissance endogène continuent peut-être d’être étouffées. Par ailleurs, une politique de taux de change encore plus flexible comporterait un certain nombre d’avantages pour les pays (elle réduirait les risques de crise, isolerait davantage la croissance intérieure des aléas de la conjoncture mondiale, abaisserait les coûts de détention des réserves officielles et améliorerait les perspectives de consommation des résidents lorsque les taux de change sont éventuellement sous-évalués), sans compter qu’elle aiderait à résoudre les déséquilibres mondiaux.

Tableau 1.7.Pays d’Asie (échantillon): PIB réel, prix à la consommation et solde des transactions courantes(Variations annuelles en pourcentage, sauf indication contraire)
PIB réelPrix à la consommation1Solde des transactions courantes2
200120022003200420012002200320042001200220032004
Pays émergents35,16,25,96,22,61,82.32,72,83,83,22,9
Nouvelles économies industrielles0,84,82,34,21,91,01,51,75,76,87,27,3
Corée3,16,32,54,74,12,83,33,01,91,31,61,8
Hong Kong (RAS)0,52,31,52,8−1,6−3,0−2,6−1,97,510,813,914,3
Singapour−2,42,20,54,21,0−0,40,61,219,021,523,723,0
Taiwan, prov. chinoise de−2,23,52,73,8−0,20,10,86,49,18,58,8
ASEAN-42.94,34,14,46,65,93,93,35,25,64,43,6
Indonésie3,43,73,54,011,511,96,65,44,94,32,71,9
Malaisie0,34,14,25,31,41,81,72,28,37,68,27,1
Philippines4,54,44,04,06,13,13,03,41,85,42,61,9
Thaïlande1,95,35,05,11,50,61,40,15,46,05,34,8
Asie du Sud44,04,65,55,83,84,24,04,7−0,21,20,80,3
Bangladesh4,84,95,45,81,53,84,54,1−0,80,50,50,3
Inde4,24,75,65,93,84,34,04,8−0,21,00,60,3
Pakistan2,74,45,45,13,12,93,64,00,44,13,31,0
Anciennes économies à planification centrale57,47,97,47,50,7−0,60,91,61,52,71,31,1
Chine7,58,07,57,50,7−0,80,81,51,52,81,41,3
Vietnam5,05,86,07,0−0,44,04,03,52,2−1,1−3,6−3,2

Comme c’est l’usage pour les Perspectives de l’économie mondiale, les variations des prix à la consommation sont données en moyennes annuelles, et non en glissement de décembre à décembre (comme dans certains pays).

En pourcentage du PIB.

Pays en développement, nouvelles économies industrielles et Mongolie.

Bangladesh, Inde, Maldives, Népal, Pakistan et Sri Lanka.

Cambodge, Chine, Mongolie, République démocratique populaire lao et Vietnam.

Comme c’est l’usage pour les Perspectives de l’économie mondiale, les variations des prix à la consommation sont données en moyennes annuelles, et non en glissement de décembre à décembre (comme dans certains pays).

En pourcentage du PIB.

Pays en développement, nouvelles économies industrielles et Mongolie.

Bangladesh, Inde, Maldives, Népal, Pakistan et Sri Lanka.

Cambodge, Chine, Mongolie, République démocratique populaire lao et Vietnam.

Graphique 1.14.Asie: composition de la croissance, instabilité des taux de change et réserves

Dans la majeure partie de la région, la croissance continue d’être tirée essentiellement par les exportations nettes, bien que la demande intérieure joue un rôle plus important que pendant la période qui a suivi la crise. Le niveau élevé des excédents courants et des apports de capitaux s’est traduit par une accumulation sans précédent de réserves officielles, et non par une appréciation notable du taux de change effectif réel, même depuis le fléchissement du dollar amorcé en février dernier.

Sources: CEIC Data Company Limited; calculs des services du FMI.

1Fin de période. Moyenne des années 1995-96 pour l’Indonésie.

Dans ce contexte, le recul de l’activité observé depuis le début de 2003 dans la région, qui est dû essentiellement à la faiblesse de la demande intérieure, est préoccupant. La demande intérieure s’est nettement dégradée à cause, dans un premier temps, des incertitudes liées à la guerre et de l’envol des prix du pétrole, puis du SRAS. Autre facteur: le net tassement du crédit aux particuliers en Corée, imputable à un durcissement de la réglementation prudentielle, à la progression moins forte des prix de l’immobilier et à l’augmentation du nombre de défaillances parmi les détenteurs de cartes de crédit. Nonobstant l’expansion rapide du commerce intrarégional, la croissance des exportations a ralenti pendant les premiers mois de l’année dans plusieurs pays (Corée et Philippines, entre autres) par suite principalement de la faiblesse du secteur de l’électronique, encore que l’on s’attende à ce que les exportations se redressent sensiblement l’an prochain étant donné la reprise prévue aux États-Unis. Si l’activité, tirée par les exportations et la vigueur de l’investissement, s’est nettement accélérée en Chine au premier trimestre (la croissance du PIB atteignant 10% d’une année sur l’autre), elle a fléchi au deuxième trimestre, à cause essentiellement du SRAS.

L’épidémie a eu ses répercussions les plus tangibles au niveau du tourisme et des ventes de détail, surtout dans la RAS de Hong Kong et à Singapour (malgré le nombre plus élevé de cas en Chine); cependant, elle pourrait avoir des effets différés sur la production en raison des reports d’investissements et ces effets pourraient être amplifiés si elle revenait cet hiver. Le SRAS semble maintenant plus ou moins contenu, mais l’atonie du secteur des technologies de l’information (malgré la fin des incertitudes causées par la guerre) demeure un autre risque important, étant donné en particulier le récent fléchissement des exportations de produits électroniques et la faiblesse des indicateurs précurseurs, dont le ratio commandes/facturations. Enfin, un retournement des conditions d’emprunt favorables dont bénéficient les marchés émergents pourrait créer des difficultés pour les pays dont la dette publique est très élevée (les Philippines par exemple), notamment s’ils ne tiennent pas suffisamment compte du risque d’une inversion du niveau historiquement faible des marges.

La réaction des autorités à la faiblesse de la croissance a le plus souvent été adéquate. L’inflation étant contenue, la politique monétaire a été assouplie dans un certain nombre de pays, encore que l’accumulation continue de réserves officielles semble indiquer que les réformes visant à donner plus de flexibilité aux taux de change sont restées essentiellement au point mort. En outre, plusieurs pays ont adopté des mesures budgétaires de relance pour compenser l’impact du SRAS sur les secteurs durement touchés. Toutefois, la possibilité d’assouplir la politique budgétaire est beaucoup plus limitée dans les pays dont la dette publique est chroniquement élevée, comme l’Inde et les Philippines, ou dont le système bancaire est très fragile. Outre les questions de politique macroéconomique, les grands enjeux sont toujours de résoudre les problèmes de créances irrécouvrables (Chine, Indonésie, Philippines, Thaïlande), de renforcer la législation de la faillite afin de faciliter le rééchelonnement des créances et la restructuration des entreprises (Corée, Inde, Philippines, Thaïlande), de poursuivre la réforme du gouvernement d’entreprise, y compris en durcissant les pratiques comptables et d’audit (Corée), et de reprivatiser les banques pour que les pratiques d’intermédiation suivent les règles du marché (Corée, Indonésie).

En ce qui concerne les nouvelles économies industrielles, la demande intérieure continue de manquer de dynamisme en Corée, ce qui amènera peut-être les autorités à prendre de nouvelles mesures budgétaires de relance, même si un léger déficit (hors sécurité sociale) en résulte pour le présent exercice. Dans la RAS de Hong Kong, la déflation persistante et le taux élevé de chômage soulignent la nécessité de lancer des réformes pour accroître la compétitivité, tandis qu’à moyen terme, un assainissement budgétaire s’impose pour soutenir la confiance dans l’arrimage de la monnaie. Dans les pays de l’ASEAN-4, l’activité semble bien soutenue en Malaisie et en Thaïlande, grâce en partie aux mesures macroéconomiques d’accompagnement qui ont été prises. Aux Philippines, si les pressions exercées par le marché se sont atténuées, les autorités devront déployer des efforts considérables pour atteindre — même en 2009 — l’objectif d’équilibre budgétaire et accélérer l’élimination des créances irrécouvrables des banques. En Indonésie, la croissance est encore alimentée par la consommation privée, l’investissement continuant de stagner. Il demeure crucial, pour consolider la reprise, de poursuivre assidûment les réformes structurelles (et notamment d’améliorer le climat de l’investissement).

Pour ce qui est de la Chine, on s’attend toujours à ce que le SRAS ne soit qu’un choc temporaire, sans aucun effet durable sur les perspectives de croissance à moyen terme, et à ce que l’activité rebondisse à partir du troisième trimestre grâce à la vigueur continue de l’investissement et à l’expansion rapide du crédit (à la consommation, notamment). Il est d’autant plus important de donner graduellement davantage de flexibilité au taux de change que la position extérieure est ferme, qu’il serait opportun de réorienter la politique monétaire vers des objectifs de stabilisation intérieure et qu’il convient de faciliter l’ajustement aux mutations structurelles à moyen terme. L’assainissement des finances publiques demeure un objectif capital à moyen terme étant donné le volume considérable des passifs conditionnels liés à la fragilité des banques, au coût de la réforme des pensions et à la nécessité d’améliorer la protection sociale et les soins de santé. Les réformes structurelles prioritaires sont toujours de réaménager le système bancaire, d’accélérer les opérations d’aliénation auxquelles doivent procéder les sociétés de gestion des actifs et de restructurer et privatiser les entreprises d’État.

En Inde, pays où l’on s’attend à ce que la croissance s’accélère à la fin de cette année grâce au redressement de l’activité dans le secteur agricole après la sécheresse de l’an dernier, l’expansion reste nettement en deçà de la cible de 8% fixée par les autorités, ce qui compromet les objectifs officiels de réduction de la pauvreté et des disparités régionales. L’un des principaux problèmes demeure la lenteur des réformes budgétaire et structurelles. Le déficit des administrations publiques devant atteindre 10% environ du PIB pour la cinquième année consécutive et la somme de la dette et des passifs conditionnels comptabilisés se chiffrant à près de 100% du PIB, la politique budgétaire suit à l’évidence une trajectoire insoutenable. L’absence de mesures d’assainissement dans la loi de finances du présent exercice et les retards dans la mise en place de la taxe sur la valeur ajoutée (TVA) sont donc très préoccupants. Le Parlement a récemment approuvé la loi sur la responsabilité budgétaire, qui donne à l’administration centrale les grandes orientations à suivre pour formuler un plan clair et assorti d’un calendrier de retour à l’équilibre budgétaire courant d’ici à 2008. Par ailleurs, sous l’effet en partie du degré limité de flexibilité du taux de change et du niveau constamment élevé des entrées de devises, un volume sans précédent de réserves de change a été accumulé, ce qui complique l’exécution de la politique monétaire. L’accélération des réformes structurelles (élimination des obstacles réglementaires à la concentration des entreprises à forte intensité de main-d’œuvre, réorganisation du marché du travail, révision de la législation de la faillite et libéralisation de l’agriculture et du commerce extérieur) demeure indispensable pour stimuler la croissance potentielle et lutter contre la pauvreté. Au Pakistan, alors que la croissance s’est redressée, des mesures énergiques sont nécessaires pour réduire la dette publique, y compris en faisant progresser le civisme fiscal et en limitant les subventions aux entreprises publiques, ainsi qu’à la consommation, tout en prévoyant des crédits pour le développement humain afin de s’attaquer à la profonde fracture sociale. Au Bangladesh, bien que l’activité s’accélère grâce, entre autres, au renforcement de la politique macroéconomique, il est vital, pour relever la croissance potentielle et réduire la pauvreté conformément aux Objectifs de développement pour le Millénaire, de mettre en œuvre des réformes structurelles prévoyant, notamment, un effort soutenu de mobilisation des recettes budgétaires et une augmentation de la part des dépenses d’infrastructure et de capital humain, un assainissement des banques commerciales nationalisées et des entreprises d’État et une réorganisation du commerce extérieur.

On s’attend à ce qu’en Australie et en Nouvelle-Zélande, la croissance ralentisse en 2003 sous l’effet d’un certain nombre de facteurs, dont l’appréciation sensible des dollars australien et néo-zélandais ces deux dernières années, la baisse des prix des produits de base et l’impact persistant de la sécheresse. En Australie, la politique monétaire marque le pas depuis le premier retrait de stimulants au milieu de 2002 (notamment parce que de nouvelles réductions des taux d’intérêt pourraient continuer à alimenter la hausse des prix de l’immobilier), alors qu’en Nouvelle-Zélande, la banque centrale a réduit le taux au jour le jour de 25 points de base à trois reprises (avril, juin et juillet 2003), évoquant les effets du ralentissement de l’activité et de la vive appréciation de la monnaie sur l’évolution probable de l’inflation. En Australie, des risques considérables pèsent sur les perspectives à court terme (reprise de l’appréciation de la monnaie, incertitudes sur le rétablissement de l’activité après la sécheresse et correction rapide des prix de l’immobilier qui se sont envolés ces trois dernières années). Dans les deux pays, la politique budgétaire demeure saine, la dette publique continuant d’être remboursée conformément aux principes énoncés dans leur loi sur la responsabilité budgétaire. Sur le front structurel, les priorités sont notamment, en Australie et en Nouvelle-Zélande, une réforme sociale visant à accroître les incitations au travail et, en Australie, une plus grande flexibilité du marché du travail, notamment en assouplissant les règles de protection de l’emploi.

Pays candidats à l’UE: comment faire face aux difficultés de la zone euro

Dans les pays candidats à l’UE, la croissance se redresse et les perspectives à court terme sont en général favorables (tableau 1.8). Dans la plupart d’entre eux, l’activité était soutenue, ces derniers temps, par les exportations et la consommation privée. On s’attend à ce qu’en 2004, le PIB s’accélère grâce aux exportations qui, conjuguées à l’augmentation des bénéfices des entreprises, devraient aussi, selon les projections, stimuler les dépenses d’investissement. Si les exportations ont été jusqu’à présent vigoureuses, les perspectives de croissance des pays candidats à l’UE dépendent fortement du rythme de la reprise dans la zone euro, les exportations de marchandises à destination de cette zone représentant 10 à 35% du PIB de la majorité d’entre eux (graphique 1.15). Un autre danger pour la croissance est l’appréciation de l’euro depuis février 2002, qui a entraîné une certaine appréciation effective réelle du taux de change dans les pays dont la monnaie est étroitement liée à l’euro. En 2002-03, les exportations nettes ont d’autant moins contribué à la croissance que les pays exportaient vers la zone euro et que leur taux de change enregistrait une appréciation effective réelle sensible.

Tableau 1.8.Pays candidats à l’Union européenne: PIB réel, prix à la consommation et solde des transactions courantes(Variations annuelles en pourcentage, sauf indication contraire)
PIB réelPrix à la consommation1Solde des transactions courantes2
200120022003200420012002200320042001200220032004
Pays candidats à l’UE4,33,94,321,115,810,17,3−2,8−3,4−4,1−3,6
Turquie−7,57,85,35,054,445,026,013,42,3−0,9−3,2−1,9
Turquie exclue3,12,93,34,19,85,74,14,8−4,5−4,3−4,5−4,4
Pays baltes6,66,35,55,92,71,51,32,5−6,6−7,6−7,5−6,8
Estonie5,05,85,05,15,83,61,72,0−6,1−12,4−12,6−9,2
Lettonie7,96,15,56,02,51,93,03,0−9,6−7,8−7,3−6,8
Lituanie6,56,75,86,21,30,32,5−4,8−5,3−5,7−5,9
Europe centrale2,22,22,73,66,32,82,33,6−4,2−4,2−4,2−4,2
Hongrie3,83,33,03,59,25,34,75,5−3,4−4,0−5,7−5,4
Pologne1,01,42,94,15,51,90,82,2−3,9−3,5−3,3−3,8
République slovaque3,34,44,04,07,33,38,58,1−8,6−8,2−6,3−5,0
République tchèque3,12,01,72,64,81,80,63,5−5,7−6,5−5,7−5,1
Slovénie2,93,22,23,08,47,55,95,00,21,70,90,4
Europe du Sud et du Sud-Est5,14,64,65,025,116,911,29.5−5,4−4,0−4,7−4,7
Bulgarie4,14,85,05,57,55,82,64,2−6,2−4,4−4,6−4,4
Chypre4,12,22,03,82,02,83,63,5−4,3−5,6−4,9−4,7
Malte−1,21,22,83,82,92,22,02,0−4,5−3,9−3.4−3,4
Roumanie5,74,94,75,034,522,515,112,0−5,5−3,4−4,8−4,8

Comme c’est l’usage pour les Perspectives de l’économie mondiale, les variations des prix à la consommation sont données en moyennes annuelles, et non en glissement de décembre à décembre (comme dans certains pays).

En pourcentage du PIB.

Comme c’est l’usage pour les Perspectives de l’économie mondiale, les variations des prix à la consommation sont données en moyennes annuelles, et non en glissement de décembre à décembre (comme dans certains pays).

En pourcentage du PIB.

Graphique 1.15.Pays devant accéder à l’UE (échantillon): impact de la zone euro et de l’appréciation de sa monnaie

Les perspectives de croissance dans les pays devant accéder à I’UE dépendent fortement du rythme de la reprise dans la zone euro et des variations de la monnaie unique. Les exportations vers cette zone représentent une part croissante du PIB et le taux de change de certains pays est étroitement lié à l’euro, ce qui a des conséquences sur la contribution des exportations nettes à la croissance.

Sources: Haver Analytics; estimations des services du FMI.

Les réformes structurelles et l’accession à l’UE soutiendront la croissance à moyen terme, mais un certain nombre de risques pèsent sur un scénario de référence dans l’ensemble favorable, même si l’on exclut que la demande extérieure puisse être plus faible que prévu. La position budgétaire déjà difficile de beaucoup de pays se dégradera à cause du vieillissement de la population et des tensions exercées sur les dépenses par l’observation des normes environnementales de l’Union, ainsi que par l’absorption des fonds de développement de celle-ci (qui nécessite un cofinancement par le budget national). Les systèmes bancaires semblent en général solides, mais le crédit au secteur privé s’est récemment emballé et il est probable que l’entrée dans l’UE aiguisera la concurrence entre les banques et affectera les marges. Les déficits extérieurs courants sont le plus souvent élevés et atteignent déjà dans certains pays des niveaux inquiétants. Enfin, des sorties imprévues de capitaux risquent de se produire, car certains des apports récents ont surtout obéi, semble-t-il, à des considérations immédiates, notamment l’espoir que les taux d’intérêt à court terme s’aligneront sur ceux de la zone euro à mesure qu’approchera l’adoption de la monnaie unique.

Compte tenu de ces risques, il est primordial de réaliser rapidement des progrès substantiels sur le front de l’assainissement des finances publiques, de renforcer le contrôle des systèmes bancaires et de poursuivre avec détermination des réformes structurelles génératrices de croissance. Le climat économique toujours favorable dont bénéficient les pays candidats à l’UE est propice au lancement de telles réformes. L’adhésion de la plupart des pays à l’Union étant prévue pour le milieu de 2004, l’adoption de l’euro est un objectif qui pourrait leur imposer une forte discipline en les obligeant à mettre en place des politiques qui encouragent la stabilité macroéconomique — encore qu’il ne faille pas brûler les étapes du processus qui mènera à cette adoption de la monnaie unique.

En Pologne, la croissance devrait s’accélérer en 2003 et en 2004, grâce à un redressement de l’investissement, les bénéfices des entreprises progressant, et des exportations, parallèlement à la montée en puissance de la reprise dans les pays d’Europe occidentale. On s’attend à ce que, l’écart de production étant important, les tensions sur l’inflation de base demeurent faibles, ce qui permettrait éventuellement d’abaisser encore les taux d’intérêt dans le cadre de la politique de ciblage de l’inflation. Cependant, de graves risques pèsent sur les perspectives: dépendance à l’égard de la croissance dans les pays d’Europe occidentale, déficit budgétaire élevé et dégradation de la qualité du crédit. Pour accroître les chances de parvenir à une croissance durable et atténuer les facteurs de vulnérabilité, il est indispensable d’appliquer en temps voulu une réforme budgétaire qui réduirait sensiblement le déficit structurel à moyen terme. Il est nécessaire de régénérer le processus de privatisation afin d’encourager la restructuration des entreprises et de réduire les subventions budgétaires. Enfin, il est vital de surveiller étroitement la santé du système bancaire.

En Hongrie, la dévaluation du forint jusqu’à la fin de juillet et la hausse des taux d’intérêt font ressortir les choix critiques que doivent opérer les autorités monétaires qui, seules, ne peuvent simultanément freiner l’inflation et soutenir la compétitivité extérieure. La croissance rapide des salaires ayant alimenté les tensions inflationnistes et affaibli la compétitivité extérieure, il est essentiel d’appliquer une politique de modération salariale, surtout dans le secteur public, et notamment de maintenir les hausses de salaires en deçà de l’objectif d’inflation et d’encourager la concertation entre les partenaires sociaux. Il est également crucial de procéder rapidement à un important assainissement budgétaire et, en particulier, de comprimer les dépenses en faisant approuver par le Parlement des plafonds pour celles concernant les secteurs clés. Si le système financier est en général sain, il convient de suivre attentivement certains risques (expansion rapide du crédit et couverture du risque de change, entre autres).

En République tchèque, la croissance est actuellement soutenue par une augmentation du déficit des administrations publiques, mais ce stimulant budgétaire n’est pas viable. Il y a lieu de saluer la récente décision du gouvernement de ramener ce déficit à 4% du PIB d’ici à 2006; l’ajustement devra surtout être axé sur un freinage des dépenses, car, les niveaux d’imposition sont déjà plus élevés que dans les pays voisins. Étant donné le récent emballement du crédit à la consommation, il serait souhaitable de contrôler plus rigoureusement la gestion interne des risques des banques. Afin de promouvoir une amélioration durable de la croissance, il est essentiel de poursuivre les réformes structurelles, et surtout de renforcer le cadre juridique et de réduire les frictions sur le marché du travail. En Slovaquie, le niveau élevé du déficit courant et de celui des administrations publiques fait ressortir l’importance d’une réduction permanente des dépenses budgétaires, complétée par une réforme des retraites. On s’attend à ce que la réforme fiscale qui va être lancée simplifie le code des impôts et lui donne davantage de transparence, encore que les autorités doivent se tenir prêtes à remédier à tout dérapage éventuel des finances publiques.

Dans les États baltes, les perspectives favorables en matière de croissance et d’inflation tiennent au bon bilan des autorités dans les domaines de la stabilité macroéconomique et des réformes structurelles. Si l’investissement direct étranger est resté vigoureux, l’ampleur des déficits des transactions courantes est préoccupante. Comme les taux de change fixes limitent considérablement la portée de la politique monétaire, il faudrait que les autorités budgétaires réduisent durablement les dépenses non prioritaires, afin de dégager des crédits pour répondre aux dépenses nécessitées par l’accession à l’UE, et procèdent avec prudence en matière de baisses d’impôts, soit en veillant à ce que les réformes soient fiscalement neutres (en limitant les exonérations et en renforçant l’administration de l’impôt), soit en prévoyant des compressions correspondantes des dépenses. Si les systèmes bancaires demeurent sains, la croissance rapide du crédit, plus précisément l’augmentation du ratio créances/dépôts en devises, souligne l’importance d’une évaluation minutieuse du risque de crédit par les banques et d’un contrôle bancaire efficace.

En Bulgarie et en Roumanie, une demande intérieure robuste devrait soutenir la croissance, mais, d’après les projections, le déficit des transactions courantes devrait se creuser en 2003. En Bulgarie, la demande intérieure est actuellement stimulée par la forte progression du crédit au secteur privé, de sorte que les autorités doivent faire preuve de vigilance, notamment en contrôlant mieux les emprunts en devises des entreprises et leurs couvertures. L’expansion rapide du crédit et l’aggravation du déficit courant font ressortir la nécessité de poursuivre la politique de rigueur budgétaire pendant le reste de l’exercice 2003 et en 2004. Il est nécessaire d’améliorer l’administration de l’impôt et de faire progresser le civisme fiscal, ainsi que d’exécuter des réformes structurelles dans les secteurs de la santé, des chemins de fer et de l’énergie, pour pouvoir équilibrer le budget des administrations publiques d’ici à 2005. En Roumanie, la demande intérieure et l’inflation sont actuellement alimentées par la croissance rapide des salaires et du crédit; les autorités doivent redoubler d’effort pour maîtriser l’expansion du crédit, freiner les salaires du secteur public et, de façon plus générale, durcir les contraintes budgétaires, surtout dans le secteur de l’énergie, en procédant parallèlement à la restructuration ou à la liquidation des entreprises d’État déficitaires.

En Europe du Sud-Est également, les perspectives économiques ont continué de s’améliorer, même si des tensions politiques persistent dans la plupart des pays. L’Albanie, la Bosnie-Herzégovine, la Croatie, l’ex-République yougoslave de Macédoine et la Serbie-et-Monténégro ont obtenu des résultats tangibles dans le rétablissement de la croissance et la lutte contre l’inflation, mais leur déficit courant élevé constitue un point faible important. L’aggravation des déficits extérieurs ces derniers mois tient à la fois à une contraction de la demande d’exportations imputable au repli de l’activité en Europe occidentale et, dans certains cas, à un bond des importations qui s’explique par l’expansion rapide du crédit. Pour freiner cette expansion, les conditions monétaires ont été durcies et les contrôles prudentiels des banques renforcés, mais un suivi attentif demeure nécessaire. De nouvelles avancées dans l’assainissement des finances publiques et les réformes structurelles sont également indispensables pour stimuler l’investissement et la croissance et pour parvenir à une position extérieure viable.

En Turquie, les conditions financières et les perspectives économiques à court terme se sont améliorées. Les taux des obligations de référence ont baissé, la monnaie s’est appréciée et la marge sur les euro-obligations a diminué. En outre, étant donné que, depuis le début de l’année, la production se redresse vivement et la désinflation se poursuit, des taux de croissance de 5% et d’inflation de 20% ne sont pas hors de portée en 2003. Bien que la fin de la guerre en Iraq y ait contribué, ces résultats tiennent aussi aux actions énergiques que les autorités ont lancées dans le cadre des réformes liées à la candidature de leur pays à I’UE et, dans le domaine économique, aux politiques qui ont permis d’achever au début d’août la cinquième revue du programme appuyé par le FMI. Néanmoins, les taux d’intérêt réels restent élevés, du fait des faiblesses structurelles et des inquiétudes soulevées par la mise en œuvre de la politique économique. Pour s’attaquer à ces problèmes, les autorités ont besoin d’établir un bon bilan en matière d’application de leurs politiques et de s’assurer la maîtrise pleine et entière de leurs programmes. A cet égard, elles doivent impérativement maintenir la discipline budgétaire pour défendre leur objectif d’un excédent primaire de 6½% du PNB.

Communauté des États indépendants (CEI): des réformes structurelles sont indispensables pour soutenir la reprise

Les pays de la CEI ont continué de résister beaucoup mieux que prévu au ralentissement de l’activité dans les pays avancés et au rythme irrégulier de la reprise qui lui a fait suite. La croissance du PIB a été en moyenne de l’ordre de 7½% au cours de la période 1999-2002, grâce, dans un premier temps, au rebond qui, en Russie, a été observé après la crise financière de 1998, ainsi qu’à l’augmentation des prix du pétrole et des exportations d’énergie, et, parallèlement, des dépenses publiques et de l’investissement dans le secteur de l’énergie. En 2002, elle a été en outre stimulée par la nette progression de la consommation privée, qu’ont favorisée une hausse sensible des salaires et des pensions — en particulier, mais pas uniquement, en Russie et en Ukraine — et l’expansion sensible du crédit à mesure que la remonétisation se poursuivait à vive allure, et, ultérieurement dans l’année, par la forte augmentation des exportations dans la plupart des pays. En revanche, l’investissement est resté faible dans les secteurs autres que celui de l’énergie, à cause en partie de la diminution des bénéfices qu’ont entraînée les hausses de salaires et, surtout, un environnement qui continuait à ne pas être propice à l’investissement privé.

D’après les indicateurs actuels, l’activité est demeurée robuste au début de 2003 et la croissance du PIB dans la région devrait atteindre, selon les projections, 5,8% pour l’ensemble de l’année, c’est-à-dire une hausse de 1,4 point par rapport à ce qui était anticipé dans la précédente édition des Perspectives (tableau 1.9). Ces chiffres tiennent pour l’essentiel au taux de croissance élevé dont continuent à bénéficier les pays exportateurs nets d’énergie; celui de la Russie en particulier a été sensiblement révisé à la hausse du fait de l’impulsion plus forte que prévu donnée à l’activité par la vive augmentation des salaires réels, les conditions de liquidité favorables sur les marchés financiers intérieurs et l’élargissement de l’accès aux marchés internationaux des capitaux. On s’attend à ce que la croissance du PIB fléchisse légèrement dans les autres pays (à quelques exceptions près, dont la République kirghize, où elle devrait se redresser après son effondrement catastrophique de 2002), en raison surtout d’un recul de la consommation qui avait atteint auparavant des niveaux élevés. L’activité devrait encore ralentir en 2004, l’élan donné en 2003 à la production par le marché du pétrole s’étant inversé et la croissance de la consommation continuant de se rapprocher de taux plus viables. Dans l’avenir, si la région doit tirer parti de la reprise mondiale anticipée, un certain nombre de risques subsistent, qui ont notamment trait aux perspectives du marché du pétrole (encore que les pays les plus pauvres de la région devraient bénéficier nettement d’une baisse des prix du pétrole), aux hausses excessives de salaires dans un certain nombre de pays et à la faiblesse continue de l’investissement dans les secteurs autres que celui de l’énergie.

Tableau 1.9.Communauté des États indépendants: PIB réel, prix à la consommation et solde des transactions courantes(Variations annuelles en pourcentage, sauf indication contraire)
PIB réelPrix à la consommation1Solde des transactions courantes2
200120022003200420012002200320042001200220032004
Communauté des États indépendants6,44,95,85,020,414,513,111,77,97,06,53,8
Russie5,04,36,05,020,616,014,412,910,88,98,45,2
Russie exclue9,26,05,45,019,911,610,49,4−0,71,0−1,1
Pays avancés dans la réforme9,96,66,65,99,92,95,65,1−0,21,60,1−1,2
Arménie9,612,97,06,03,11,12,23,0−9,5−7,5−6,5−6,3
Azerbaïdjan9,910,69,29,11,52,82,72,5−0,9−12,4−30,5−32,6
Géorgie4,75,34,84,54,75,64,45,0−5,6−6,2−11,5−10,9
Kazakhstan13,59,59,08,08,35,96,45,9−4.0−1,91,3
Moldova6,17,26,05,09,85,38,14,5−6,1−6,9−6,0−5,4
République kirghize5,4−0,55,64,06,92,03,33,8−3,3−3,9−3,0−3,7
Tadjikistan10,29,16,04,038,612,214,55,0−7,1−2,8−5,0−4,8
Ukraine9,24,85,34,812,00,85,55,33,77,75,64,0
Pays moins avancés dans la réforme34,44,12,42,955,740,925,922,6−2,3−0,5−0,2−1,1
Bélarus4,74,74,03,261,142,629,024,1−3,6−2,5−2,8−3,4
Ouzbékistan4,13,20,32,548,938,721,920,7−1,02,54,63,1
Pour mémoire
Exportateurs nets d’énergie46,24,96,25,219,114,813,412,19,47,77,34,3
Importateurs nets d’énergie57,14,84,44,124,913,712,010,70,33,22,11,0
CEI-766,15,74,14,622,516,911,210,2−2,9−4,3−9,4−10,2

Comme c’est l’usage pour les Perspectives de l’économie mondiale, les variations des prix à la consommation sont données en moyennes annuelles, et non en glissement de décembre à décembre (comme dans certains pays).

En pourcentage du PIB.

On ne dispose pas de données à jour sur le Turkménistan.

Azerbaïdjan, Kazakhstan, Russie et Turkménistan.

Arménie, Bélarus, Géorgie, Moldova, Ouzbékistan, République kirghize, Tadjikistan et Ukraine.

Arménie, Azerbaïdjan, Géorgie, Moldova, Ouzbékistan, République kirghize et Tadjikistan.

Comme c’est l’usage pour les Perspectives de l’économie mondiale, les variations des prix à la consommation sont données en moyennes annuelles, et non en glissement de décembre à décembre (comme dans certains pays).

En pourcentage du PIB.

On ne dispose pas de données à jour sur le Turkménistan.

Azerbaïdjan, Kazakhstan, Russie et Turkménistan.

Arménie, Bélarus, Géorgie, Moldova, Ouzbékistan, République kirghize, Tadjikistan et Ukraine.

Arménie, Azerbaïdjan, Géorgie, Moldova, Ouzbékistan, République kirghize et Tadjikistan.

On s’attend à ce que l’excédent extérieur courant de la région se dégrade en 2003-04, sous l’effet d’une croissance de la demande toujours robuste, de la récente chute des prix du pétrole et d’une augmentation de la demande d’importations liée à l’investissement direct étranger (Azerbaïdjan, Géorgie et Kazakhstan). La Russie devrait continuer d’enregistrer un excédent (quoiqu’en recul). Les entrées de capitaux nettes ayant augmenté dans un certain nombre de pays, les réserves se sont accrues nettement dans certains d’entre eux, la Russie et le Kazakhstan en particulier. En revanche, les importateurs nets d’énergie, à l’exception de l’Ukraine qui a su profiter de la vigueur de ses exportations et d’une augmentation des transferts, devraient, selon les projections, accuser des déficits plus élevés et parfois considérables: ce problème est particulièrement préoccupant dans plusieurs des sept pays pauvres et très endettés de la CEI (Arménie, Azerbaïdjan, Géorgie, Moldova, République kirghize, Ouzbékistan et Tadjikistan). Si ces pays doivent maintenir une politique budgétaire judicieusement rigoureuse, un certain nombre d’entre eux ont en outre besoin d’une aide internationale supplémentaire pour pouvoir se rapprocher d’une position d’endettement extérieur viable.

Dans l’ensemble de la région, les taux d’inflation ont continué de baisser, tout en demeurant relativement plus élevés que dans les autres pays en développement. Cependant, la situation varie sensiblement d’un pays à l’autre. Dans la plupart des pays avancés dans la réforme, l’inflation est très en deçà de 10%. En Russie toutefois, la désinflation a pris du retard à cause essentiellement du dilemme auquel les autorités sont toujours confrontées: soit maîtriser l’inflation, soit contenir l’appréciation du rouble, compte tenu des importantes entrées de fonds comptabilisées dans la balance des paiements et de la croissance de la productivité, surtout dans le secteur des biens exportés. Une plus grande flexibilité du taux de change permettrait à l’inévitable appréciation réelle de la monnaie de se concrétiser, tandis que la banque centrale pourrait se concentrer judicieusement sur le ciblage de l’inflation; la mise en place, comme en Azerbaïdjan et au Kazakhstan, d’une caisse de stabilisation des prix du pétrole (actuellement à l’état de projet) pourrait aider à freiner l’instabilité du taux de change réel imputable aux prix du pétrole. En ce qui concerne les pays moins avancés dans la réforme, l’inflation, si elle diminue, demeure très élevée, au Bélarus et en Ouzbékistan entre autres, d’où la nécessité de renforcer la discipline monétaire en limitant le crédit accordé aux entreprises publiques non rentables. Dans la plupart des pays de la CEI, la remonétisation continue de poser de graves problèmes. Son rythme étant difficile à prévoir, l’évaluation de la demande structurelle de monnaie soulève des difficultés inhabituelles, de même que la gestion des risques du système bancaire, car cette remonétisation s’accompagne inévitablement d’une accélération de l’expansion du crédit, ce qui fait ressortir la nécessité de continuer de renforcer la réglementation prudentielle et le contrôle des banques.

Le coup de fouet donné récemment à l’économie par la hausse des prix du pétrole et l’augmentation des salaires réels ayant peu de chances de durer, les perspectives de croissance dans la région dépendent fondamentalement d’une accélération des réformes structurelles. L’an dernier, les progrès accomplis sur ce front ont nettement ralenti (sauf en Arménie et en Azerbaïdjan). Si la plupart des réformes structurelles avancent moins vite dans les pays de la CEI que dans ceux qui sont candidats à la l’UE, l’écart semble se creuser dans les domaines concernant le développement du secteur privé (entreprises, infrastructures et secteur financier), ce qui est particulièrement préoccupant étant donné la faiblesse de l’investissement dans les secteurs autres que celui de l’énergie (graphique 1.16). Bien que les priorités varient selon les pays, la Russie devrait donner un nouvel élan aux réformes visant à renforcer le système bancaire, à soumettre à la concurrence les secteurs de l’électricité et des transports, à réorganiser la fonction publique et à rationaliser l’administration de l’Etat, et l’Ukraine encourager l’investissement, notamment par une réforme fiscale, et s’attaquer aux problèmes financiers des entreprises d’État du secteur de l’énergie. Dans les pays pauvres de la CEI, il conviendrait d’axer les réformes structurelles sur une amélioration de la gouvernance et du climat de l’investissement. En outre, les pays pauvres et enclavés (Arménie, Ouzbékistan, République kirghize et Tadjikistan) devraient s’attaquer d’urgence aux graves obstacles à la croissance que constituent le retard pris par la réforme des infrastructures et les entraves au commerce intra CEI, dont certaines ont trait au commerce de transit et à son imposition (informelle) ou à l’approvisionnement en énergie des importateurs nets par les exportateurs nets. Toutefois, étant donné les contraintes de financement extérieur auxquelles font face ces pays, la poursuite du développement des infrastructures est une opération délicate qui exigera de réformer la politique fiscale et l’administration de l’impôt et d’améliorer la gestion des dépenses publiques.

Graphique 1.16.CEI: PIB réel, investissement et réformes structurelles1

(Moyennes non pondérées)

La croissance robuste des années 1999-2002 a aidé les pays de la CEI à maîtriser les facteurs à l’origine de la croissance négative observée pendant les premières années de la transition, mais les retards dans la réforme structurelle demeurent un sujet de préoccupation.

Sources: Banque européenne pour la reconstruction et le développement, Transition Reports; calculs des services du FMI.

1Les données portent sur la période de transition qui, pour les pays de la CEI, correspond aux années indiquées dans le graphique. En ce qui concerne l’année initiale (début de la transition) des autres pays, voir Fischer and Sahay (2000).

2Azerbaïdjan, Kazakhstan et Russie.

Moyen-Orient: la stabilité et une croissance plus forte supposent des réformes budgétaires

Au Moyen-Orient, la croissance du PIB devrait atteindre, selon les projections, 5,1% en 2003, soit 1,2 point de plus qu’en 2002 (tableau 1.10). Cette augmentation s’explique pour l’essentiel par une accélération de la croissance dans les pays exportateurs de pétrole, qui tient surtout au relèvement des contingents et de la production des pays de l’OPEP avant la guerre (en particulier en Arabie Saoudite et dans d’autres pays du Conseil de coopération du Golfe7), à la hausse des prix moyens du pétrole et, notamment en Iran, aux bienfaits durables des récentes réformes économiques. La fin rapide de l’essentiel des hostilités en Iraq est également un facteur positif, encore que la fragilité de la situation sécuritaire continue de plomber l’activité dans la région. En revanche, dans les pays du Levant, la croissance du PIB devrait se redresser plus lentement, à cause en partie des liens économiques relativement étroits qu’un certain nombre de ces pays (Jordanie, Syrie) entretiennent avec l’Iraq et des répercussions sur le tourisme des problèmes régionaux de sécurité (Egypte, Jordanie).

Tableau 1.10.Pays du Moyen-Orient (échantillon): PIB réel, prix à la consommation et solde des transactions courantes(Variations annuelles en pourcentage, sauf indication contraire)
PIB réelPrix à la consommation1Solde des transactions courantes2
200120022003200420012002200320042001200220032004
Moyen-Orient34,83,95,14,58,08,410,110,16,54,97,03,9
Pays exportateurs de pétrole45,04,56,05,010,110,412,612,28,96,59,05,2
Arabie Saoudite1,31,04,72,1−0,8−0,61,11,05,16,210,15,4
Iran, Rép, islamique d’5,96,76,15,711,415,818,017,05,33,01,1−1,2
Koweït−1,1−0,94,72,21,71,42,02,026,120,923,818,4
Levant54,02,32,53,11,82,22,93,7−1,6−0,5−1,3−1,7
Égypte3,52,02,83,02,42,53,24,20,61,30,9
Jordanie4,24,93,05,51,81,82,51,8−0,14,94,60,2
Pour mémoire
Israël−0,9−1,00,72,11,15,71,10,2−1,6−1,2−0,7−0,8

Comme c’est l’usage pour les Perspectives de l’économie mondiale, les variations des prix à la consommation sont données en moyennes annuelles, et non en glissement de décembre à décembre (comme dans certains pays).

En pourcentage du PIB.

Arabie Saoudite, Bahreïn, Egypte, Émirats arabes unis, République islamique d’Iran, Iraq. Jordanie, Koweït, Liban, Libye, Oman, Qatar, République arabe syrienne et République du Yémen.

Arabie Saoudite, Bahreïn, Émirats arabes unis, République islamique d’Iran, Iraq, Koweït, Libye, Oman et Qatar.

Égypte, Jordanie, Liban et République arabe syrienne.

Comme c’est l’usage pour les Perspectives de l’économie mondiale, les variations des prix à la consommation sont données en moyennes annuelles, et non en glissement de décembre à décembre (comme dans certains pays).

En pourcentage du PIB.

Arabie Saoudite, Bahreïn, Egypte, Émirats arabes unis, République islamique d’Iran, Iraq. Jordanie, Koweït, Liban, Libye, Oman, Qatar, République arabe syrienne et République du Yémen.

Arabie Saoudite, Bahreïn, Émirats arabes unis, République islamique d’Iran, Iraq, Koweït, Libye, Oman et Qatar.

Égypte, Jordanie, Liban et République arabe syrienne.

On s’attend à ce qu’en 2004, la croissance du PIB fléchisse quelque peu dans la région, bien que, une fois encore, les différences soient grandes entre les pays pétroliers et les autres. Elle devrait continuer d’augmenter légèrement au Levant, grâce à la reprise mondiale et à l’atténuation des incertitudes géopolitiques, mais ralentir dans les pays producteurs d’hydrocarbures, à cause de la baisse des prix et de la production de pétrole. Si, dans la région, la croissance du PIB doit rester à des taux élevés par rapport au passé, et la reconstruction de l’Iraq devrait être à cet égard un facteur positif (voir encadré 1.4 «La reconstruction de l’Iraq à l’issue du conflit»), un certain nombre de risques subsistent toutefois. En particulier, outre la précarité de la situation sécuritaire, de graves incertitudes continuent de peser sur les perspectives du marché du pétrole et de nombreux analystes envisagent à moyen terme une dégradation des prix (appendice 1.1), qui aurait de profondes conséquences pour les pays producteurs de la région. De façon plus générale, une dette publique considérable a été accumulée entre autres par les pays du Levant, mais aussi par certains pays exportateurs de pétrole — où ce problème serait aggravé par une nouvelle baisse des prix des hydrocarbures, du fait surtout du niveau assez élevé de leurs dépenses publiques (graphique 1.17). Nombre de pays de la région ont engagé à cet égard des actions importantes; par exemple, l’Arabie Saoudite s’est fixé comme objectif (en plus des mesures examinées ciaprès) de parvenir à l’équilibre budgétaire en 2003, ce qui suppose, malgré un accroissement des recettes pétrolières, des compressions de dépenses de plus de 4% du PIB, et la Jordanie a appliqué un ensemble de mesures visant à mobiliser des recettes de l’ordre de 2% du PIB, y compris un renchérissement des produits pétroliers, afin de pouvoir réduire comme prévu son déficit de 2003. Cependant, ces efforts devront être soutenus et, parfois, intensifiés à moyen terme (voir chapitre III).

Graphique 1.17.Moyen-Orient: cycles des prix du pétrole et politique budgétaire

L’un des principaux moyens utilisés par les pays exportateurs de pétrole du Moyen-Orient pour réduire leur déficit budgétaire a été d’ajuster les dépenses publiques aux variations des prix du pétrole.

Source: calculs des services du FMI.

1En s’inspirant de l’analyse des cycles économiques et de la méthodologie utilisées au chapitre III de l’édition d’avril 2002 des Perspectives, on a établi les cycles des prix du pétrole sur la base des prix réels maximums et minimums de ce produit. Les cycles sont: [1]: 1981-87, [2]: 1988-90, [3]: 1991-96,[4]: 1997-2000 et [5]: 2001–03.

2Conseil de coopération du Golfe: Arabie Saoudite, Bahreïn. Émirats arabes unis, Koweït, Oman et Qatar.

3République islamique d’Iran et Libye.

Encadré 1.4.La reconstruction de l’Iraq à l’issue du conflit

Le rôle du FMI dans les situations post-conflictuelles consiste essentiellement à aider les pays à asseoir la stabilité macroéconomique dans les meilleurs délais et à préparer le terrain pour une croissance soutenue et durable. Dans le cadre de cette mission, le FMI — en coordination avec la Banque mondiale, les organes des Nations Unies et d’autres entités multilatérales et bilatérales — a apporté de nombreux conseils stratégiques, une assistance technique en vue d’améliorer la capacité institutionnelle et la coordination des politiques, et son propre concours financier1. Sur le plan consultatif, il a dans un premier temps aidé les autorités, dans les situations d’après conflit, à élaborer un cadre macroéconomique visant à favoriser le rétablissement rapide de la stabilité macroéconomique, la Banque mondiale le soutenant dans cette démarche en évaluant les besoins sectoriels de reconstruction et de réhabilitation. L’assistance technique du FMI a notamment porté sur les banques centrales, la supervision bancaire, le mécanisme de paiements, la gestion des dépenses publiques, la politique fiscale, l’établissement de statistiques macroéconomiques et le suivi de la dette extérieure. Le FMI a joué un rôle directeur dans la coordination des conseils stratégiques avec toutes les institutions concernées, tout en participant à la préparation et à l’organisation des réunions des groupes consultatifs et des donateurs.

De précieux enseignements ont été dégagés du travail effectué dans ce cadre. Il importe tout particulièrement de rétablir ou d’améliorer la capacité institutionnelle et administrative dès les phases initiales, de mettre rapidement en place un cadre macroéconomique — fondé sur une position de principe simple mais réaliste — pour ramener la stabilité macroéconomique et créer les conditions nécessaires à une reprise rapide de la croissance, et de procéder à une évaluation minutieuse et réaliste des flux d’aide étrangère. Le FMI s’inspire de ces leçons pour conduire ses opérations en Iraq.

Bien que l’Iraq ait été l’un des membres fondateurs du FMI, le FMI n’a guère entretenu de contacts officiels avec son gouvernement depuis le début des années 80. Depuis lors, l’économie iraquienne a subi trois guerres, la répression politique, la mainmise et le contrôle envahissant de l’État et des sanctions internationales — de sorte qu’il est difficile d’évaluer la situation économique du pays. En outre, il existe très peu de statistiques économiques récentes sur l’Iraq, et celles qui existent ne sont pas faciles à interpréter. L’enregistrement des opérations est incomplet, et l’utilisation de prix et de taux de change artificiels et gravement faussés dans l’établissement des comptes économiques réduit l’intérêt de ces données.

La résolution 1483 du Conseil de sécurité des Nations Unies, qui levait toutes les sanctions précédemment imposées à l’Iraq (sauf celles concernant les ventes d’armes) a favorisé la réintégration de l’Iraq dans la communauté internationale. Cette résolution définit les modalités institutionnelles provisoires du pays. L’une de ses clauses principales porte sur la création d’une nouvelle structure gouvernant le traitement des avoirs, des recettes et des dépenses du pays «jusqu’à ce qu’un gouvernement représentatif, reconnu par la communauté internationale, soit mis en place». Dans ce contexte, un Fonds de développement pour l’Iraq a été créé pour recevoir le produit des exportations pétrolières (net des réparations de guerre) et certains avoirs iraquiens — y compris les transferts des soldes inutilisés du Programme «Pétrole contre nourriture» des Nations Unies, qui doit expirer en novembre 2003. Les ressources du Fonds de développement doivent être décaissées de manière transparente, sur ordre de l’Autorité provisoire de la coalition, en consultation avec l’Autorité provisoire iraquienne lorsque celle-ci sera établie. Un audit du Fonds de développement — ainsi que des exportations de produits hydrocarbures — sera réalisé par des experts-comptables indépendants qui seront agréés par un Conseil international consultatif et de contrôle constitué de représentants du Secrétaire général des Nations Unies, du Directeur général du FMI, du Président de la Banque mondiale et du Directeur général du Fonds arabe pour le développement économique et social.

Une mission des services du FMI s’est rendue à Bagdad en juin pour dresser un premier bilan de la situation économique et financière et définir les axes prioritaires du travail de conseil et d’assistance technique dans les domaines de compétence du FMI afin d’améliorer rapidement la capacité institutionnelle pour la formulation des politiques dans le pays. Le FMI a déjà entrepris de fournir une aide technique dans plusieurs domaines: adoption d’une nouvelle monnaie; législation de la banque centrale, agrément des banques commerciales et système de paiement; exécution du budget et gestion des dépenses publiques; compilation et diffusion de statistiques économiques. S’agissant de la politique macroéconomique, les services du Fonds contribuent à la mise au point d’un cadre macroéconomique (couvrant notamment l’élaboration d’un budget pour 2004 et l’adoption d’une politique monétaire et de change) pour assurer le rétablissement rapide de la stabilité macroéconomique et le redémarrage de la croissance dans les plus brefs délais. Sur le plan de l’aide extérieure, les services du FMI prêtent leur concours aux travaux du Groupe central de donateurs qui organise une réunion, prévue pour la deuxième quinzaine d’octobre, afin d’orienter l’aide à la réhabilitation et à la reconstruction de l’Iraq. Ils participent en outre aux travaux visant à obtenir des informations sur la dette extérieure de l’Iraq en prélude à l’élaboration d’une stratégie de restructuration de la dette.

Note: Carlos Pinerüa est l’auteur principal de cet encadré.1Depuis 1995, le Conseil des administrateurs du FMI a autorisé l’octroi d’une aide financière post-conflictuelle à l’Albanie, à la Bosnie-Herzègovine, au Burundi, à la République du Congo, au Rwanda, à la Guinée-Bissau, à la Sierra Leone, au Tadjikistan et à la République fédérale de Yougoslavie. Le FMI a aussi participé à la reconstruction économique de l’Afghanistan, du Kosovo et du Timor-Leste.

Le problème majeur qui se pose dans les pays du Moyen-Orient est d’accélérer la croissance à moyen terme pour réduire un taux de chômage en général élevé et absorber une population active qui augmente rapidement. Les déséquilibres macroéconomiques étant dans l’ensemble faibles (sauf au Liban) — encore que la hausse des prix reste relativement forte en Iran, ce qui fait ressortir la nécessité de freiner la croissance de la liquidité dans ce pays —, les principales difficultés sont de nature structurelle et institutionnelle. Les priorités varient selon les pays, mais tous doivent néanmoins réformer l’État afin d’en réduire le rôle et, de manière plus générale, renforcer les institutions et la gouvernance, ainsi que continuer de libéraliser le commerce extérieur et diversifier une économie trop dépendante du pétrole (pour plus de précisions, voir le premier essai du chapitre II intitulé: «Comment accélérer la croissance des pays de la région Moyen-Orient et Afrique du Nord?»). Au cours de la période récente, les réformes structurelles ont progressé de façon inégale dans la région; les principaux résultats obtenus sont: le désengagement partiel de l’État de ses participations (Arabie Saoudite, Iran, Jordanie et Oman), l’abaissement des obstacles non tarifaires (Iran), l’ouverture des principaux secteurs à l’investissement direct étranger (Iran, Koweït, Oman et Qatar), la mise en place de réformes institutionnelles visant à rendre plus efficace la prestation des services publics (Arabie Saoudite, Bahreïn et Jordanie), l’amélioration de l’administration de l’impôt et de la politique fiscale (Egypte, Iran, Jordanie et Liban) et la réforme du secteur financier (Arabie Saoudite et Émirats arabes unis). Dans les pays membres du Conseil de coopération du Golfe, l’établissement d’une union monétaire d’ici à 2010 est un objectif ambitieux qui nécessitera de vastes réformes pour réduire les divergences entre leurs principales variables macroéconomiques, la position budgétaire notamment, et les différences entre leurs institutions, systèmes juridiques et réglementations du secteur financier afin de jeter les bases d’une politique monétaire commune (voir encadré 1.5 ci-dessus). En Egypte, les perspectives économiques se sont améliorées après la fin de la guerre en Iraq et, selon certains signes, le tourisme, quoique toujours déprimé, commence à se redresser. Cependant, la confiance et la croissance restent relativement fragiles, à cause en partie d’une pénurie continue de devises sur le marché officiel malgré la dépréciation ponctuelle qui a suivi la décision de laisser la monnaie flotter à partir de janvier et le recours à des mesures administratives pour stimuler la liquidité. Afin de faciliter l’équilibre du marché, il conviendrait de laisser la livre s’ajuster en fonction des besoins. Sur le plan des finances publiques, il faut de toute urgence lancer un programme pluriannuel visant à assurer la viabilité à long terme de la position budgétaire; à cet égard, des mesures devront être prises pour renforcer le budget de 2003/04 récemment adopté. Au Liban, la stratégie des autorités (ajustement énergique du budget, privatisations massives, mobilisation d’une aide extérieure concessionnelle et partage des charges avec le système bancaire) permettra, si elle est intégralement appliquée, de réduire sensiblement le ratio dette publique/PIB qui se chiffre à près de 180% à l’heure actuelle. Cette stratégie a déjà stimulé la confiance depuis qu’elle est mise en œuvre et les indicateurs financiers se sont améliorés en 2003. Néanmoins, le stock très élevé de la dette continue d’être un grave facteur de vulnérabilité.

Encadré 1.5.Le Conseil de coopération du Golfe: les obstacles sur la voie de l’Union monétaire

Depuis la création du Conseil de coopération des États arabes du Golfe (CCG), au début des années 80, ses membres (Arabie Saoudite. Bahreïn. Emirats arabes unis. Koweït, Oman et Qatar) ont tiré parti de leurs affinités et de leurs liens culturels, politiques, démographiques et économiques pour prendre des mesures décisives en vue de leur intégration économique. Les obstacles à la libre circulation des produits, de la main-d’œuvre et des capitaux nationaux entre ces pays ont été levés, et les entreprises et particuliers de la région se sont vu accorder le régime de résident fiscal dans chacun d’eux. L’union douanière est née le ler janvier 2003, et le tarif extérieur commun a été mis en place. Le marché commun du CCG entrera en vigueur en 2007, dans le cadre d’un calendrier définissant précisément les étapes intermédiaires.

En janvier 2003, les autorités du CCG ont pris des dispositions en vue d’établir une union monétaire à l’horizon 2010 et ont officiellement arrimé leurs devises au dollar EU. Appuyée par des politiques macroéconomiques appropriées, l’union renforcera les effets bénéfiques des mesures déjà adoptées pour consolider l’intégration et les réformes structurelles en cours. Bien que les échanges intrarégionaux soient restreints, les pays du CCG sont confrontés aux mêmes crises résultant de la volatilité des cours pétroliers; l’union monétaire devrait améliorer leur aptitude à réagir à ces crises en facilitant la coordination des stratégies. Il est fort probable qu’elle réduira également les coûts de transaction et accroîtra la transparence des prix, créant ainsi un climat plus stable pour les affaires et facilitant les décisions en matière d’investissement sur un marché élargi. Par ailleurs, la croissance régionale devrait bénéficier de l’unification et du développement des marchés obligataires et boursiers, ainsi que de l’efficacité accrue des services financiers. Cela dit, compte tenu de la similitude des ressources naturelles et de la faible complémentarité des pays du CCG, l’effet création d’échanges pourrait être assez discret. Enfin, le coût de l’union monétaire pour les pays membres — en termes de perte d’indépendance de la politique monétaire et de souplesse des taux de change — devrait être modeste puisque, ayant raccroché leurs monnaies au dollar, ils n’usent plus de ces instruments depuis un certain temps et que, étant donné leur forte dépendance à l’égard du pétrole, les chocs extérieurs ont produit des effets comparables parmi eux.

Malgré les progrès accomplis sur la voie de l’intégration, les divergences sur le plan des résultats économiques et des choix politiques exigeront des décisions déterminantes pour créer une union monétaire efficace. Si l’inflation a toujours été faible dans la région du CCG, elle varie selon les pays, d’où des modes de calcul différents des taux de change effectifs réels sur la base de l’indice des prix. Des disparités sont également apparues en termes de croissance réelle, surtout dans les secteurs autres que les hydrocarbures. La situation des finances publiques diffère — ce qui tient à ce que le degré de dépendance à l’égard du pétrole et le niveau des dépenses ne sont pas les mêmes: certains pays du CCG accusent des déficits. Dans ce contexte, la dette publique a considérablement augmenté dans quelques-uns de ces pays. De plus, bien qu’il n’existe pratiquement pas de restrictions aux mouvements des capitaux dans les pays du CCG, les secteurs financiers continuent d’afficher des disparités substantielles, les marchés des capitaux et des titres étant encore rudimentaires dans certains pays membres. Les institutions, les systèmes juridiques et les pratiques réglementaires varient également. Les autorités s’emploient actuellement à gommer ces différences afin d’élaborer l’union monétaire, et poursuivent leurs efforts pour diversifier les activités économiques, les exportations et les recettes budgétaires du CCG pour qu’il soit moins tributaire du pétrole. Des initiatives ont par ailleurs été prises pour sélectionner des critères de convergence quantitatifs, coordonner les politiques dans des domaines stratégiques et créer les institutions sur lesquelles s’appuiera l’union monétaire.

Trois points essentiels devront être abordés:

  • Axer la politique économique sur l’union monétaire pliure. Les pays devront suivre une politique de finances publiques prudente de manière à favoriser la convergence budgétaire. Dans le contexte d’une politique monétaire centralisée, il sera crucial de respecter la discipline budgétaire, notamment en matière de réduction de la dette publique, pour prévenir d’importantes disparités financières qui créeraient des tensions et, partant, des dissensions politiques, et les empêcheraient de satisfaire aux autres critères essentiels de convergence économique. Qui plus est — étant donné la forte dépendance des pays du CCG envers les recettes fluctuantes des exportations pétrolières, et l’importance variable des réserves de pétrole, des taux d’épuisement de ces réserves, et du patrimoine financier des États—le choix des critères de convergence budgétaire et des règles sous-jacentes ne sera pas aisé. Dans une optique budgétaire à moyen terme, on pourrait retenir comme critère de convergence le ratio solde primaire non pétrolier/PIB non pétrolier, et définir un calendrier rigoureux pour ramener la dette publique à une norme convenue. En fonction de l’évolution des courants d’échanges et de la structure du commerce extérieur, le système actuel d’arrimage de la monnaie commune au dollar EU (qui a bien servi les intérêts des différents pays membres du CCG par le passé) pourrait être réexaminé à l’avenir. On peut envisager d’autres formules, telles que l’arrimage à un panier de devises et, éventuellement, un régime de change plus souple. À l’évidence, chaque option a ses propres implications politiques et impératifs opérationnels. Il conviendra également de réfléchir au choix des niveaux auxquels les taux bilatéraux seront irrévocablement fixés.

  • Mettre en place les règles et les institutions à l’appui de l’union monétaire. Il faudra avant tout jeter les fondements des institutions monétaires névralgiques: une banque centrale commune — chargée de prendre les décisions en matière de politique monétaire, de superviser les systèmes de paiements, et de coordonner les efforts dans la perspective de l’intégration financière — et un ensemble unique d’instruments de politique monétaire. Ceux-ci devront s’appuyer sur un cadre réglementaire, juridique et institutionnel commun. Autre réforme ambitieuse: la mise en place de processus budgétaires renforcés et d’un cadre comptable commun pour favoriser la convergence tout en respectant les caractéristiques individuelles des membres du CCG.

  • Améliorer la qualité des données et établir des normes statistiques communes pour faciliter l’évaluation du processus de convergence. Une base de données commune à tous les pays du CCG sera probablement très utile à la définition des politiques économiques à l’échelle de l’union.

La réussite de l’union monétaire nécessitera également une ferme volonté politique et la faculté d’ajuster les politiques économiques nationales de manière à gérer les conséquences de la monnaie unique. En particulier, malgré la nature globalement semblable de leurs ressources naturelles, les chocs exogènes communs risquent d’avoir des retombées différentes sur les pays du CCG en termes de croissance et d’inflation. L’exemple des autres unions monétaires a montré qu’une politique monétaire commune n’est pas toujours la solution optimale pour tous les membres de l’union. De ce fait, les politiques structurelles favorisant la flexibilité des marchés du travail et des produits revêtront une plus grande importance dans le cadre de l’union monétaire envisagée.

Note: Zubair Iqbal et Ugo Fasano sont les principaux auteurs de cet encadré.

En Israël, après la plus profonde récession que ce pays ait jamais connue, la croissance du PIB devrait redevenir légèrement positive en 2003. La demande intérieure reste morose, dans un contexte marqué par la fragilité de la confiance et de graves problèmes de sécurité, et le modeste redressement des exportations, facilité par la forte dépréciation du sheqel en 2002 et la diminution des salaires réels, a du mal à se poursuivre compte tenu du manque de vigueur de la reprise mondiale. La situation budgétaire à moyen terme étant délicate, le nouveau gouvernement a judicieusement mis en place de nouvelles mesures budgétaires en juin pour compenser le volume plus faible que prévu des recettes fiscales. L’inflation devant, selon les projections, tomber à moins de 1% en 2004, grâce, entre autres, à l’appréciation du sheqel depuis la fin de 2002, il semble possible d’assouplir encore la politique monétaire pour soutenir la reprise. En Cisjordanie et dans la bande de Gaza, l’activité demeure très déprimée, encore que, selon certains indices, l’économie se soit stabilisée à la fin de 2002. Cependant, faute de progrès durables sur le plan de la sécurité et d’une aide extérieure substantielle à la reconstruction des infrastructures, aucune amélioration sensible n’est à prévoir.

Afrique: une croissance qui reste beaucoup trop faible malgré sa bonne tenue

Ces trois dernières années, la croissance du PIB en Afrique est demeurée étonnamment vigoureuse dans un contexte marqué par le fléchissement, puis la reprise inégale, de l’activité dans les pays avancés (graphique 1.18). Ce résultat s’explique par l’évolution plus favorable des prix des produits de base autres que les combustibles, qui ne se sont pas contractés autant que lors des précédentes phases de ralentissement mondial, ainsi que par les allégements de dette accordés au titre de l’initiative en faveur des PPTE. Cependant, outre ces facteurs extérieurs, l’amélioration générale de la politique macroéconomique dans de nombreux pays africains a joué un rôle important. En particulier, hormis quelques exceptions (notamment le Zimbabwe et l’Angola et, dans une moindre mesure, le Nigéria), l’inflation est maintenant relativement faible et les déficits budgétaires des administrations publiques sont maîtrisés. Cela dit, nombre de pays d’Afrique subsaharienne continuent d’accuser des déficits extérieurs courants assez importants, à cause en partie d’un endettement toujours élevé, mais aussi d’un taux d’épargne bas, lié au faible niveau des revenus par habitant, et des obstacles structurels à la diversification économique.

Graphique 1.18.Réforme et croissance en Afrique subsaharienne pendant les phases de ralentissement dans les pays avancés1

(Moyennes non pondérées)

En Afrique subsaharienne, la bonne tenue de la croissance du PIB pendant la période 2000-02 s’explique par l’évolution favorable des cours des produits de base, mais aussi par le renforcement des politiques macroéconomiques.

Source: calculs des services du FMI.

1L’année du pic est celle où la croissance du PIB a le plus augmenté dans les pays avancés pendant les phases de ralentissement sensible de cette croissance.

2Cours des produits de base autres que les combustibles normalisés à l’aide du déflateur du PIB des pays avancés.

3Inclut les prévisions pour 2003–04.

4Pays qui appliquent en général des politiques macroéconomiques et structurelles énergiques (Bénin, Botswana, Burkina Faso, Cameroun, Mali, Maurice, Mozambique, Ouganda, Rwanda, Sénégal, Seychelles et Tanzanie).

D’après les projections, la croissance du PIB ne devrait augmenter que légèrement en 2003 pour l’ensemble du continent, l’effet expansionniste de la reprise mondiale et la hausse des prix des produits de base non pétroliers continuant d’être neutralisés par des facteurs locaux négatifs (intempéries, instabilité politique et conflits, surtout) et les incertitudes géopolitiques (tableau 1.11). On s’attend à ce que l’activité s’accélère au Maghreb, grâce à une météorologie favorable, une politique budgétaire de relance (Algérie) et des réformes économiques (Maroc et Tunisie); en Afrique de l’Ouest et en Afrique centrale, où elle serait induite par l’augmentation prévue de la production de pétrole du Nigeria, et en Afrique australe, où elle serait tirée par le Botswana dont la production minière devrait progresser. En revanche, on s’attend aussi à ce qu’elle ralentisse dans les autres pays, notamment dans la corne de l’Afrique (où une famine catastrophique continue de sévir en Ethiopie); dans la zone franc CFA (où elle devrait diminuer en Côte d’Ivoire pour la seconde année consécutive, l’instabilité politique se poursuivant); dans la région des Grands Lacs (où les risques d’attentats terroristes ont pénalisé le tourisme) et en Afrique du Sud (du fait en partie des répercussions temporaires d’un resserrement de la politique monétaire). La croissance du PIB, tant pour le continent que dans la plupart des grandes régions, devrait se redresser nettement en 2004 à la condition expresse qu’il y ait moins d’intempéries et que les conflits et autres troubles perdent beaucoup de leur intensité.

Tableau 1.11.Pays d’Afrique (échantillon): PIB réel, prix à la consommation et solde des transactions courantes(Variations annuelles en pourcentage, sauf indication contraire)
PIB réelPrix à la consommation1Solde des transactions courantes2
200120022003200420012002200320042001200220032004
Afrique3,73,13,74,812,99,310,67,7−0,5−1,3−0,7−1,4
Maghreb4,33,35,74,12,62,12,22,87,24,15,83,2
Algérie2,64,15,93,84,21,42,33,512,97,712,27,5
Maroc6,33,25,53,40,62,82,02,04,83,01,61,2
Tunisie4,91,75,55,81,92,82,52,5−4,3−3,5−3,1−3,2
Région subsaharienne33,83,13,65,921,412,715,711,2−4,7−4,7−4,2−4,4
Corne de l’Afrique6,13,82,66,41,83,610,36,2−11,0−8,2−7,6−7,6
Éthiopie7,71,2−3,86,7−7,1−7,214,65,5−4,2−6,0−6,1−8,3
Soudan5,35,05,86,54,98,37,05,0−16,9−11,0−10,2−9,4
Région des grands lacs2,44.23,95,254,47,58,45,2−5,0−2,5−4,7−6,7
Congo, Rép. dém. du−2,13,05,06,0357,927,79,16,0−4,7−2,9−3,2−7,0
Kenya1,21,01,32,64,92,012,43,9−3,50,5−3,1−6,9
Ouganda5,56,65,46,04,5−2,05,95,9−7,6−6,4−5,7−5,8
Tanzanie6,16,35,56,35,24,65,35,0−5,0−2,7−7,3−6,5
Afrique australe2,82,02,66,435,238,848,835,9−6,5−3,8−4,8−3,9
Angola3,215,34,411,4152,6108,995,230,1−15,1−5,8−4,3−3,2
Zimbabwe−8,8−12,8−11,05,176,7140,0420,0380,0−3,8−2,3−3,2−9,6
Afrique de l’Ouest et Afrique centrale4,02,84,15,711,68,08,55,8−2,3−5,2−2,9−3,1
Ghana4,24,54,75,032,914,826,48,6−5,30,6−1,4−1,6
Nigéria2,80,55,22,818,013,712,310,62,7−7,0−1,0−2.3
Zone franc CFA4,93,93,27,94,13,62,82,6−6,1−4,0−3,6−3,0
Cameroun45,36,54,04,42,86,32,52,1−1,7−7,2−5,5−5,8
Côte d’ivoire0,3−1,8−3,03,04,43,13,52,9−0,79,37,75,3
Afrique du Sud2,83,02,23,05,79,17,74,9−0,30,3−0,7−0,9
Pour mémoire
Pays importateurs de pétrole3,82,93,24,911,98,410,27,6−2,7−2,0−2,6−2,7
Pays exportateurs de pétrole3,23,75,54,216,512,512,08,35,30,54,92,5

Comme c’est l’usage pour les Perspectives de l’économie mondiale, les variations des prix à la consommation sont données en moyennes annuelles, et non en glissement de décembre à décembre (comme dans certains pays).

En pourcentage du PIB.

Non compris l’Afrique du Sud.

Les variations en pourcentage pour 2002 sont calculées sur une période de 18 mois, à cause du changement des dates de l’exercice (qui va, non plus de juillet à juin, mais de janvier à décembre).

Comme c’est l’usage pour les Perspectives de l’économie mondiale, les variations des prix à la consommation sont données en moyennes annuelles, et non en glissement de décembre à décembre (comme dans certains pays).

En pourcentage du PIB.

Non compris l’Afrique du Sud.

Les variations en pourcentage pour 2002 sont calculées sur une période de 18 mois, à cause du changement des dates de l’exercice (qui va, non plus de juillet à juin, mais de janvier à décembre).

Malgré le ressort dont elle a fait preuve, la croissance demeure à l’évidence beaucoup trop faible en Afrique. Afin de réaliser les Objectifs de développement pour le Millénaire, et surtout de réduire de moitié la pauvreté entre 1990 et 2015, elle doit nettement s’accélérer dans les pays d’Afrique subsaharienne pour atteindre approximativement 7% par an, autrement dit un taux très supérieur à celui (environ 5%) enregistré par les pays les plus performants au cours de la dernière décennie. L’Afrique continue de faire face à des problèmes de développement nombreux et terribles; à cet égard, il est possible de citer les conflits armés et la précarité du contexte politique, qui compromettent la stabilité macroéconomique et le potentiel de croissance à long terme; les systèmes judiciaire et légal fragiles, qui ne protègent pas suffisamment les droits de propriété et entravent le crédit au secteur privé; les intempéries et les désastres naturels qui sont à l’origine d’une forte volatilité de la production, au détriment du potentiel de croissance à long terme; les infrastructures et les conditions sanitaires médiocres qui freinent les gains de productivité, aggravant ainsi les répercussions des faibles taux d’épargne et d’investissement, et la pandémie du VIH/sida et les maladies tropicales, qui réduisent l’espérance de vie et affectent les perspectives de croissance d’un certain nombre de pays. Pour s’attaquer à ces problèmes, il est nécessaire — comme le souligne le Nouveau partenariat pour le développement de l’Afrique (NEPAD) — de lancer une stratégie pluridirectionnelle; cette stratégie prévoirait d’engager des initiatives visant à limiter les conflits, à protéger les droits de l’homme et à améliorer la gouvernance politique et des actions, soutenues par des mesures renforçant la politique macroéconomique, en faveur de la concurrence, du commerce international et de l’investissement étranger, et privilégierait le développement des aspects des politiques qui, en matière de santé, d’éducation, d’infrastructure et d’agriculture, sont plus spécifiquement axés sur les pauvres. Il est essentiel que les réformes intérieures s’accompagnent d’une assistance extérieure supplémentaire, y compris une augmentation des apports d’aide, des allégements de dette et, ce qui est peut-être le plus important, l’élimination des restrictions imposées par les pays industrialisés aux exportations des pays en développement (voir supra).

En ce qui concerne la mise en œuvre de cette stratégie, deux points méritent d’être soulignés. Premièrement, il est crucial de remédier sans relâche aux faiblesses des institutions qui, dans de nombreux pays africains, demeurent un obstacle majeur à la croissance (voir à cet égard le NEPAD et l’édition d’avril 2003 des Perspectives). Plusieurs pays ont réalisé des avancées significatives, par exemple en renforçant la réglementation et les institutions qui régissent l’investissement privé (Ghana, Mali, Maurice, Mozambique, Ouganda et Tanzanie), en améliorant la gestion des recettes tirées des ressources naturelles (Botswana, Cameroun et Tanzanie) et en développant les capacités budgétaires (Burkina Faso, Mali et Tanzanie). Cependant, beaucoup reste à faire; les institutions de ces pays reflétant profondément en général leur culture et leur histoire, il est essentiel que soient internalisées les réformes afin d’être adaptées au contexte spécifique de la région.

Deuxièmement, l’expérience des pays africains les plus performants confirme que de bonnes politiques sont bel et bien rentables (graphique 1.18). A cet égard, trois orientations semblent particulièrement importantes8. Premièrement, l’ouverture au commerce international favorise le développement et les transferts de technologie et les performances des économies ouvertes dépassent d’ordinaire celles des économies fermées9; elle stimule aussi la concurrence, qui tend à réduire les avantages tirés de rentes ou d’intérêts acquis. En second lieu, il est indispensable que les taux de change et les prix soient flexibles autant que de besoin dans les pays qui sont sensibles aux fortes variations des prix des produits de base qu’ils exportent (la plupart des pays d’Afrique subsaharienne sont, en général, plus exposés que ceux des autres régions en développement à ce type de choc). Enfin, si, comme il faut l’espérer, la communauté internationale tient les engagements qu’elle a pris à Monterrey d’accroître considérablement les flux d’aide, les pays devront se doter des moyens administratifs et institutionnels voulus pour employer efficacement ces ressources et en assurer avec soin le suivi macroéconomique (encadré 1.4). À cet égard, les pays africains étant toujours lourdement endettés, et leur capacité de supporter des risques supplémentaires limitée, il serait, semble-t-il, éminemment souhaitable que cette aide soit fournie sous la forme de dons et non de prêts.

En Afrique du Sud, la croissance du PIB a ralenti depuis la fin de 2002, à cause du durcissement de la politique monétaire qui avait été opéré lorsque le taux d’inflation dépassait la fourchette fixée comme objectif), ainsi que de la faiblesse de la reprise dans les pays industrialisés. Les tensions inflationnistes s’atténuant, grâce entre autres au rebond du rand et à la baisse des prix des denrées alimentaires, les taux d’intérêt ont été a juste titre réduits; en outre, la demande intérieure sera soutenue par la légère impulsion expansionniste que contient la loi de finances de 2003/04. En conséquence, on s’attend à ce que le repli de l’activité soit limité et temporaire, la croissance du PIB passant à 3% en 2004. Les facteurs extérieurs de vulnérabilité ont été grandement réduits du fait de la clôture récemment de la position à terme nette de la banque centrale; cependant, l’économie demeure sensible aux incertitudes mondiales, aux évolutions régionales et aux inquiétudes que soulève à long terme le VIH/sida. Le principal défi que les autorités doivent relever à moyen terme est de stimuler la croissance à long terme de façon à abaisser un taux de chômage très élevé et à lutter contre la pauvreté; cet objectif nécessitera une amélioration sensible du climat de l’investissement, y compris par la réforme du marché du travail et la réduction des disparités socio-économiques.

Au Nigéria, les projections font état d’un vif redressement de la croissance globale en 2003, qui tiendrait à l’évolution du marché du pétrole, mais aussi à ce que l’activité des secteurs autres que celui des hydrocarbures devrait rester dynamique. Grȃce à la hausse des prix du pétrole, au fait que le changement de gouvernement après les élections d’avril s’est opéré sans difficulté et à une politique de taux de change davantage axée sur le marché, il a été possible de stabiliser la position des réserves internationales, qui s’était fortement dégradée en 2002. Cependant, le Nigéria demeure très sensible à l’évolution du marché du pétrole, ainsi qu’aux troubles politiques et civils (comme le montrent les problèmes persistants de l’industrie pétrolière). Les prix du pétrole devant, selon les projections, diminuer au cours des prochaines années et la dette publique étant très élevée (70% du PIB), il est maintenant urgent d’assainir les finances publiques et il faudrait, parallèlement, prévoir un cadre plus rigoureux pour la politique budgétaire, afin d’éviter qu’alternent les phases d’expansion et de récession en fonction de l’évolution des prix du pétrole, et renforcer la transparence et l’efficacité des dépenses publiques. En outre, pour ramener l’inflation à moins de 10% d’ici à la fin de 2003, conformément à l’objectif qu’elles se sont fixé, les autorités doivent durcir la politique monétaire, qu’elles avaient nettement assouplie à la fin de 2002 et en 2003.

En Algérie, malgré le tremblement de terre qui a touché le centre du pays en mai, la croissance devrait, selon les projections, continuer de s’accélérer en 2003 grâce à une météorologie favorable et à une demande soutenue dans le secteur du bâtiment, qui s’explique par la situation démographique, mais aussi par les travaux indispensables de reconstruction. Du fait de la progression des dépenses imputable au tremblement de terre, le solde budgétaire continuera de se détériorer en 2003. Étant donné l’évolution probable des prix du pétrole et la dégradation du solde budgétaire depuis 2001, il faudra, à partir de 2004, resserrer la politique budgétaire pour que la dette publique reste sur une trajectoire viable. L’un des principaux problèmes demeure le taux élevé de chômage, dont la réduction nécessitera des efforts redoublés en vue d’accélérer les privatisations et la restructuration des entreprises publiques non financières, d’établir les conditions propices à un marché immobilier efficace, de réformer le système bancaire et de libéraliser le commerce extérieur.

Appendice 1.1. Perspectives d’évolution à long terme des prix du pétrole

Aasim Husain, Bright Okogu et Ximena Cheetham sont les principaux auteurs du présent appendice, pour lequel Paul Nicholson et Chakriya Bowman ont effectué des travaux de recherche. L’analyse repose sur des discussions avec des analystes de la Deutsche Bank, Goldman Sachs, J.P. Morgan, Energy Market Consultants, Center for Global Energy Studies, Oxford Institute for Energy Studies, BP et Shell, de même qu’avec des responsables de l’Agence internationale de l’énergie et de l’Organisation des pays exportateurs de pétrole.

Les récentes fluctuations prononcées des prix du pétrole et les changements concomitants du rythme de l’activité économique illustrent l’effet significatif que continuent d’avoir ces prix sur les perspectives de l’économie mondiale. À moyen terme, la baisse du prix du pétrole attendue par les marchés et les analystes devrait étayer l’activité mondiale, mais en cas de graves perturbations du secteur pétrolier, il est possible qu’ils s’écartent tres sensiblement de la trajectoire que laissent entrevoir les projections à plus long terme et obèrent gravement l’avenir.

Depuis la fin des années 70, les prix mondiaux du pétrole ont enregistré un fléchissement important en termes réels du fait du ralentissement de la demande et de l’expansion de l’offre (graphique 1.19)10. À la suite des chocs pétroliers des années 70, d’un alourdissement de la fiscalité, de la mise en œuvre de politiques environnementales plus strictes, des progrès technologiques et des changements de structure économique, l’efficacité énergétique s’est régulièrement améliorée. C’est pourquoi l’intensité énergétique de la production mondiale — la quantité d’énergie requise pour produire une unité de production —a chuté d’environ 1% par an au cours des trois dernières décennies11. La part du pétrole dans la consommation énergétique mondiale s’est contractée elle aussi, car on utilise de plus en plus des combustibles qui émettent moins de gaz à effet de serre (comme le gaz naturel) et la politique d’autosuffisance de certains pays s’est traduite par un recours accru à des sources d’énergie locales, notamment l’énergie nucléaire et le charbon.

Graphique 1.19.Pétrole: prix et consommation

Sources: Agence internationale de I’énergie; Bloomberg Financial Markets, LP; estimations des services du FMI.

1Moyenne des cours au comptant (APSP).

2Sur la base du prix du brut West Texas Intermediate.

Depuis 1990, la consommation mondiale de pétrole a augmenté en moyenne de 1,2% par an, soit moins de la moitié du taux de croissance économique mondial. Les pays en développement ont vu leurs revenus augmenter plus rapidement que les pays industrialisés et ils ont eu une plus grande propension marginale à consommer des produits énergétiques, d’où l’accroissement de leur part dans la consommation mondiale de pétrole. Du côté de l’offre, le renchérissement du pétrole dans les années 70 a favorisé un accroissement des investissements dans l’exploration et le développement des capacités de production, notamment dans les pays qui ne font pas partie de l’Organisation des pays exportateurs de pétrole (OPEP). En conséquence, la part de l’OPEP dans la production pétrolière mondiale est tombée d’environ la moitié au début des années 70 à moins d’un tiers au milieu des années 80. A cette même période, la baisse sensible des prix du pétrole a entraîné une chute des investissements dans le secteur pétrolier, notamment dans les pays non membres de l’OPEP, et un regain de la demande, ce qui a freiné la production de ces pays. L’OPEP, dont la capacité de réserve était importante, a été en mesure d’accroître sa production et de retrouver une part de marché supérieure à 40%, qui a toutefois été entamée ces dernières années par l’accélération marquée de la production pétrolière d’autres pays, notamment de la Russie. Des pressions à la baisse sur les prix réels du pétrole au cours des trois dernières décennies sont aussi imputables à la réduction des coûts de production rendue possible par une amélioration de la technologie, d’où l’accroissement des réserves mondiales récupérables, désormais plus accessibles.

La volatilité des prix du pétrole brut s’est aggravée au cours de la dernière décennie. La marge limitée de capacité de production inutilisée — en quasi-totalité dans les pays de l’OPEP — et la baisse des stocks de pétrole brut et de produits pétroliers de l’industrie privée, notamment aux États-Unis, mais aussi dans d’autres pays de l’OCDE (graphique 1.20), ont contribué à exacerber la volatilité des prix, car il est devenu plus difficile de faire face aux chocs temporaires en augmentant la production ou en ajustant les stocks.12 Les variations du volume de production de l’OPEP, y compris les perturbations temporaires de la production et des exportations pétrolières de l’Iraq dans le cadre du programme «Pétrole contre nourriture» depuis la fin des années 90, ont sans doute contribué à la volatilité des prix mondiaux du pétrole, de même que l’effet des troubles géopolitiques et des intempéries sur la demande. Il est possible que le synchronisme accru des cycles conjoncturels des principales économies ait aussi amplifié les mouvements des prix en aggravant les fluctuations de la demande mondiale13.

Graphique 1.20.Stocks de pétrole

Sources: U.S. Department of Energy; American Petroleum Institute; Agence internationale de I’énergie: estimations des services du FMI.

1Moyenne de chaque mois civil de la période 1992-2002, plus ou moins 75 millions de barils.

On sait depuis longtemps que les variations prononcées des prix du pétrole brut ont un effet sensible sur l’économie mondiale (graphique 1.21). Les chocs pétroliers des années 70 et les ralentissements économiques qui ont suivi montrent à quel point le monde dépend du pétrole. Les pics atteints plus récemment par les prix du pétrole — en 1990 et en 2000 — ont eux aussi préludé à des ralentissements de l’activité économique mondiale. De fait, la flambée des prix du pétrole en 2002 et au début de 2003 et leur volatilité redoublée pourraient bien être les causes de la reprise plus apathique que prévu. Les études quantitatives ont fait apparaître une relation significative entre les prix du pétrole et l’activité économique. Une étude récente des services du FMI montre comment les variations des prix du pétrole peuvent affecter la croissance mondiale de cinq manières — le transfert de revenu des consommateurs aux producteurs de pétrole, les changements dans le coût de production des biens et services, l’impact sur l’inflation et les prix globaux, l’impact sur les marchés financiers et la réaction de l’offre (par le biais des investissements) et de la demande de pétrole aux variations de prix — et a conclu qu’une hausse durable de 5 dollars EU le baril ferait chuter la croissance de l’économie mondiale l’année suivante de 0,3%14. D’autres travaux ont également tenté de juger les effets de la confiance et de l’incertitude des marchés financiers sur l’activité économique15. Dans la mesure où les pointes de hausse des prix du pétrole sont souvent associées à une baisse marquée de la confiance et du prix des actifs financiers attribuable à des causes sous-jacentes communes, il est fort possible que la corrélation entre les prix du pétrole et la croissance mondiale soit plus étroite encore.

Graphique 1.21.Croissance économique mondiale et prix du pétrole

Source: estimations des services du FMI.

Récents développements et perspectives à court terme

La récente envolée des prix du pétrole, suivie de leur chute rapide, témoigne de leur volatilité. En mars 2003, l’imminence de l’intervention militaire en Iraq a fait chuter les prix de 34 à 25,5 dollars EU le baril en deux semaines seulement. Les perturbations de l’offre de pétrole engendrées par la guerre sont restées limitées à l’Iraq et le relèvement de la production des autres membres de l’OPEP a grosso modo compensé la baisse des exportations de brut iraquien et la perte de production partielle du Nigéria en mars et avril du fait de troubles civils. La reprise de la production vénézuélienne après la grève a été plus rapide que prévu, mais des doutes subsistent néanmoins sur son ampleur et sa pérennité. La production de l’Arabie Saoudite s’est aussi nettement accélérée de mars à mai. Le fléchissement saisonnier de la consommation de pétrole après une recrudescence de la demande due à un hiver plus rigoureux que prévu en Amérique du Nord a également pesé à la baisse sur les prix pétroliers. En tout état de cause, les stocks de pétrole de l’industrie, tombés au début de 2003 à leur niveau le plus bas depuis des décennies, sont restés faibles, ce qui, conjugué à la demande accrue des centrales électriques aux États-Unis, à l’annonce de l’abaissement des objectifs de production de l’OPEP16 et aux soubresauts de la reprise de la production pétrolière en Iraq, a causé une remontée des prix depuis mai.

La trajectoire des prix du pétrole esquissée par les récents contrats à terme donne à penser que les marchés prévoient qu’en 2003 les prix se maintiendront à des niveaux proches des niveaux actuels avant de retomber à 25 dollars EU le baril vers la fin de 2004. Le niveau toujours aussi faible des stocks, les nouveaux ratés de la reprise de la production en Iraq et les difficultés persistantes du secteur de l’énergie nucléaire au Japon et du gaz naturel aux États-Unis, qui ont causé une hausse appréciable de l’utilisation de pétrole pour la production d’électricité au cours de l’année dernière, pourraient soutenir, voire doper les prix à court terme17.

Nombre d’analystes s’accordent toutefois à penser que d’ici à la fin de l’année prochaine, les prix pourraient chuter à pic — et tomber à des niveaux bien inférieurs à ce que suggèrent les prix actuels des contrats à terme — une fois que les stocks auront été reconstitués et que l’Iraq aura retrouvé ses niveaux de production d’avant la guerre. On s’attend également à ce que vers la fin de 2004 ou au début de 2005, plusieurs projets d’investissements dans des installations en eau profonde en Afrique de l’Ouest, au Brésil et dans le Golfe du Mexique aux États-Unis entrent en exploitation et à ce que l’achèvement de l’oléoduc Bakou-Tblissi-Ceyhan donne un coup de pouce au potentiel d’exportation de pétrole de la région de la Caspienne. Dans ces circonstances, à moins d’intempéries ou d’autres dérèglements affectant la demande de pétrole, ou d’un regain des tensions politiques au Nigéria, au Venezuela ou ailleurs, qui pourraient affecter l’offre, il est tout à fait concevable que les prix du pétrole soient soumis à de fortes pressions à la baisse à moins que l’OPEP, et éventuellement d’autres producteurs, réduisent leurs niveaux de production.

L’écart entre le prix du pétrole prévu par les analystes pour l’année prochaine et celui que laissent entrevoir les contrats à terme actuels est peut-être lié à l’éventualité, cependant peu vraisemblable, de chocs importants qui pourraient faire flamber les prix du pétrole. Les prix à terme — qui représentent les anticipations du marché s’agissant de la moyenne pondérée par la probabilité de tous les prix susceptibles de s’afficher à une date donnée — ne correspondent pas nécessairement à l’issue la plus crédible. Par exemple, si les marchés dans leur vaste majorité prévoyaient (avec une probabilité de 80 %) que les prix descendront à 20 dollars EU le baril, mais en même temps envisageaient la possibilité (20%) que des perturbations feraient grimper les prix à 40 dollars EU le baril dans un contexte de stocks pétroliers réduits, les prix à terme s’établiraient aux environs de 24 dollars EU le baril, soit un niveau nettement supérieur au scénario considéré comme le plus probable18. Les données récentes relatives aux contrats d’options attestent du fait que les anticipations ont été quelque peu faussées — à la fin-août 2003, les marchés semblaient estimer qu’il était à 60% probable que les prix au comptant du milieu de 2004 seraient inférieurs aux prix à terme prévalant à cette période (26 dollars EU le baril) et à 40% seulement que les prix au comptant seraient supérieurs aux prix à terme.

Perspectives à long terme

Les projections à long terme des prix du pétrole ne peuvent être que très incertaines. En 1981, les prévisionnistes s’entendaient sur une progression ininterrompue des prix du pétrole qui devaient atteindre 100 dollars EU le baril au milieu des années 90 alors que les réserves de pétrole mondiales commenceraient à s’épuiser et que la production mondiale atteindrait des records (graphique 1.22); mais ces craintes se sont révélées exagérées. Bien que des perturbations aient exacerbé la volatilité des prix, la tendance à la hausse attendue a été freinée par les progrès de la technologie, les nouvelles orientations de la politique environnementale et de la fiscalité de même que les changements dans la structure des économies dans le monde. De fait, les prévisions à long terme ont été régulièrement révisées à la baisse. Même les prévisions de 1989, annonçant correctement des prix supérieurs à 30 dollars EU le baril en 2000, semblent maintenant trop élevées. Selon ces prévisions, les prix du pétrole s’établiraient en moyenne en 2004–05 à 35 dollars EU le baril, environ 12 dollars audessus du niveau suggéré par les contrats à terme en cours qui arrivent à échéance à cette période.

Graphique 1.22.Prévisions historiques de l’évolution des cours du pétrole

(en dollars EU de 2002 le baril)

Sources: Bloomberg Financial Markets, LP; Goldman Sachs (2002); estimations des services du FMI.

1Moyenne des prévisions à long terme établies par le US Department of Energy en 1981,1985 et 1989 et par I’ International Energy Workshop en 1997.

2Cours au comptant du West Texas Intermediate.

Les contrats à terme actuels qui arrivent à expiration en 2008 et au-delà laissent entrevoir une nouvelle baisse des prix qui pourraient s’établir aux environs de 22 dollars le baril à plus long terme. Nonobstant le faible volume des opérations sur les contrats à terme à échéances lointaines, il semble que la probabilité d’un fléchissement continu des prix du pétrole soit assez largement reconnue. Du reste, nombre d’analystes du marché estiment qu’en l’absence de sérieuses perturbations de l’offre, les prix à long terme du pétrole pourraient bien tomber plus bas encore, dans une fourchette de 16 à 20 dollars.

Les projections de la croissance de la demande mondiale de pétrole par divers analystes et agences se situent aux environs de 1 à 2% par an sur le long terme. Si l’on suppose que l’intensité énergétique de la production mondiale continuera de baisser à un rythme similaire à celui des trois dernières décennies et que le pétrole tiendra de moins en moins de place dans la consommation d’énergie primaire, cette fourchette de croissance de la demande de pétrole correspond plus ou moins à une croissance mondiale du PIB réel de 3 à 4% par an, pondérée en fonction de la parité de pouvoir d’achat. À plus long terme, le gros de l’accroissement de la demande sera attribuable aux pays en développement où l’élasticité de la demande de pétrole par rapport aux revenus et le taux de croissance des revenus réels devraient être plus élevés que dans les économies industrialisées. Selon les projections préparées par l’Agence internationale de l’énergie (AIE), par exemple, la part des pays en développement dans la demande mondiale d’énergie primaire devrait passer de 30% en 2000 à 34% en 2010. La progression de la consommation de pétrole, notamment en Chine, devrait s’accélérer rapidement et ses importations de pétrole nettes sont projetées à 9,8 millions de barils par jour (mbj) d’ici à 2030, ce qui équivaut pratiquement aux importations nettes des États-Unis en 200019.

Bien qu’il soit probable que la croissance économique mondiale reste le principal facteur déterminant la demande de pétrole, d’importantes percées technologiques ou des modifications de la politique énergétique pourraient avoir des effets décisifs. La plupart des prévisions de la demande tiennent compte des améliorations constantes de la technologie et de l’efficacité énergétiques, y compris du recours croissant à d’autres sources d’énergie telles que le gaz naturel. Toutefois, les progrès techniques spectaculaires et les coûts moindres dans des domaines en cours de développement — tels que l’énergie à base d’hydrogène et les piles de combustibles — pourraient profondément bouleverser les schémas de la consommation de pétrole. De même, la demande mondiale de pétrole pourrait emprunter une trajectoire bien différente en cas d’ajustements marqués de la politique publique, notamment des modifications de la fiscalité de l’énergie ou de nouvelles mesures destinées à minimiser la dépendance à l’égard des produits énergétiques importés ou à renforcer la protection de l’environnement. Même si le Protocole de Kyoto sur les émissions de gaz à effet de serre n’entre pas en vigueur à moyen terme, certains pays pourraient durcir la réglementation environnementale pour réduire les émissions, éventuellement par le biais de taxes énergétiques plus élevées ou du passage obligatoire à des combustibles à moins forte intensité de carbone20.

Du côté de l’offre, les analystes du marché et les agences spécialisées dans l’énergie s’accordent sur l’idée que les réserves mondiales de pétrole sont suffisantes pour satisfaire la demande à long terme (tableau 1.12). Actuellement, le taux de remplacement des réserves mondiales se situe bien au-dessus de 100%, ce qui signifie que les découvertes nouvelles et l’expansion des gisements existants compensent largement la consommation actuelle de pétrole. Qui plus est, les avancées technologiques devraient encore améliorer l’accessibilité des réserves existantes — y compris les forages de puits en eau profonde et les variétés autres que le brut naturel telles que les sables pétrolifères canadiens — et réduire encore les coûts de production21. Cela dit, des investissements massifs seront requis, dont une grande partie dans les pays en développement, pour accroître la capacité de production afin de satisfaire la demande22.

Tableau 1.12.Réserves pétrolières et production
Réserves

prouvées1

(milliards de barils)
Production

2002

(millions de

barils par jour)
Pétrole conventionnel1.04873,1
Arabie Saoudite2627,6
Iraq1132,0
Émirats arabes unis982,0
Koweït971,9
Iran, Rép. islamique d’903,5
Venezuela782,3
Russie607,7
États-Unis308,1
Libye301,3
Nigéria242,0
Chine183,4
Qatar150,6
Mexique133,6
Norvège103,3
Algérie90,9
Kazakhstan90,9
Brésil81,7
Indonésie51,1
Royaume-Uni52,5
Autres7520,2
Ressources conventionnelles non encore découvertes939
Pétrole canadien et pétrole brut bitumineux lourd du Venezuela580
Sources: BP; Agence internationale de l’énergie (AIE); estimations des services du FMI.

Le pétrole qui a été découvert et qu’on pense pouvoir récupérer économiquement fait partie des réserves prouvées. Le pétrole dont l’existence est présumée et qu’on pense pouvoir récupérer économiquement fait partie des ressources non encore découvertes. Les données relatives à l’Arabie Saoudite et au Koweït incluent la moitié des réserves de la production de la zone neutre.

Sources: BP; Agence internationale de l’énergie (AIE); estimations des services du FMI.

Le pétrole qui a été découvert et qu’on pense pouvoir récupérer économiquement fait partie des réserves prouvées. Le pétrole dont l’existence est présumée et qu’on pense pouvoir récupérer économiquement fait partie des ressources non encore découvertes. Les données relatives à l’Arabie Saoudite et au Koweït incluent la moitié des réserves de la production de la zone neutre.

Il est à prévoir que la part des régions productrices de pétrole du monde changera avec le temps, certains des pays qui sont les plus gros consommateurs accroissant leurs importations de pétrole et de produits pétroliers. Les taux naturels de déclin de plusieurs gisements de pétrole parvenus à la maturité dans les pays de l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE), notamment en Mer du Nord et aux États-Unis, sont en hausse23. En dépit de prix et de taux de forage récemment plus élevés qui pourraient doper la production à court terme, il est probable que la production de ces gisements va diminuer sur le long terme. Le Canada, où des investissements accrus dans l’exploitation des ressources en sables pétrolifères pourraient fort bien compenser la baisse de la production de pétrole brut conventionnel, constitue sans doute une exception à la tendance à la baisse projetée pour les pays de l’OCDE. Selon les prévisions de référence de l’AIE, les importations nettes de pétrole des pays de l’OCDE grimperont de 23,6 mbj en 2000 à près de 30 mbj en 201024.

Il est vraisemblable que la production augmentera dans plusieurs pays qui ne sont pas membres de l’OPEP. La production pétrolière de la Russie, qui avait chuté de plus de 11 mbj en 1987 (environ 18% de la production mondiale) à 6 mbj en 1996, s’est redressée à 8 mbj aujourd’hui, principalement grâce à des investissements réalisés dans les réparations et la maintenance, qui sont tout à fait susceptibles de stimuler davantage la production, bien que le réseau de transport de la Russie commence à entraver sa capacité d’exportation. En fait, les exportations sont actuellement à un niveau record parce que la consommation intérieure, qui avait aussi chuté nettement au début des années 90, ne s’est pas sensiblement redressée. Pour développer le potentiel à l’exportation, plusieurs gros projets d’oléoducs en sont à divers stades de planification et de mise en service, notamment un projet de liaison avec la Chine. Ces projets, associés à d’éventuels investissements dans de grands projets de forage, devraient à plus long terme doper la production et les exportations de pétrole russe, bien que les analystes ne soient pas toujours d’accord sur l’ampleur et la rapidité de cette augmentation. En dehors de la Russie, on s’attend à ce que d’autres importants projets d’oléoducs et d’investissement, tels que l’oléoduc de Bakou-Tblissi-Ceyhan, améliorent le potentiel de production et d’exportations de pétrole des pays de la région de la Caspienne, notamment l’Azerbaïdjan et le Kazakhstan. Les récentes découvertes d’importantes réserves de pétrole offshore ouvrent de brillantes perspectives à long terme pour le Brésil et l’Angola, encore que le déploiement réussi de technologies avancées d’exploitation en eau profonde sera crucial pour concrétiser ce potentiel de production. Les analystes envisagent également une augmentation de la production dans d’autres pays d’Afrique de l’Ouest et du pétrole brut non conventionnel au Venezuela.

Les membres de l’OPEP, qui détiennent le plus gros des réserves mondiales de pétrole et dont les coûts de production sont les plus faibles, sont clairement en mesure d’accroître très nettement leurs capacités de production à long terme. Ce sont néanmoins les anticipations relatives à l’apport de l’OPEP — c’est-à-dire la différence entre la demande mondiale de pétrole et l’offre des pays non membres de l’OPEP — de même que la disponibilité des fonds d’investissement qui détermineront l’ampleur de cette croissance. Eu égard au taux élevé de croissance démographique et à la jeunesse de la population de nombre de pays de l’OPEP, il est probable que les dépenses sociales se verront accorder une plus grande priorité. À long terme, les investissements destinés à accroître la capacité de production de pétrole risquent d’être compromis, surtout si les investissements étrangers sont limités dans plusieurs pays par l’interdiction d’une participation étrangère en amont du secteur pétrolier. Degrandes incertitudes entourent aussi l’apport de l’OPEP à moyen et à long terme, notamment du fait de prévisions très disparates quant à la demande mondiale de pétrole et de l’imprévisibilité de l’échéancier et de l’ampleur de l’expansion de l’offre des pays non-membres de l’OPEP. Certains analystes estiment qu’à long terme, la part de marché de l’OPEP continuera de se rétrécir, alors que d’autres parlent d’une augmentation modérée de la production de l’OPEP pour compenser la production déclinante de gisements de pétrole parvenus à la maturité ailleurs.

L’autre grand point d’interrogation reste l’Iraq. Ses abondantes réserves de pétrole permettent d’envisager une augmentation à long terme de sa capacité de production de 2,5-3 mbj aujourd’hui à 6 mbj. Toutefois, les avis divergent beaucoup quant au temps que cela prendra ou aux investissements qui seraient requis. Certains analystes estiment que si la situation de la sécurité pouvait s’améliorer relativement rapidement, le flux des investissements étrangers pourrait démarrer et la capacité doubler en cinq ans. D’autres font remarquer que, même dans un contexte de sécurité plus favorable, il faudra du temps pour établir un climat d’investissement propice et qu’il est peu probable que la capacité se redresse au cours de cette décennie.

Implications pour l’économie mondiale

La baisse à court terme des prix du pétrole dont font état les projections devrait contribuer à conforter la reprise économique mondiale et les prévisions selon lesquelles cette baisse se poursuivrait devraient bien augurer des perspectives économiques mondiales à plus long terme. De fait, il est possible que si, comme le prévoient les analystes, les prix du pétrole baissent plus rapidement que ne le donnent à penser les prix des contrats à terme sur lesquels reposent les projections macroéconomiques mondiales, l’activité économique mondiale évolue dans un sens plus favorable. En même temps, la baisse des prix du pétrole pourrait nuire aux perspectives de croissance des pays exportateurs de pétrole et, dans certains cas, affecter leur équilibre budgétaire.

Il est vraisemblable cependant que les prix du pétrole resteront instables et des perturbations pourraient à nouveau peser sur les perspectives économiques. Les incertitudes qui entourent les prévisions à court et à long terme de la demande et de l’offre mondiales suggèrent que les prix du pétrole pourraient très bien s’écarter très nettement de la trajectoire que semblent tracer les marchés à terme. Si la tendance à la baisse des stocks de pétrole de l’industrie se confirme, l’impact des perturbations sur les prix mondiaux du pétrole pourrait être amplifié et se traduire par une volatilité accrue. Une nouvelle réduction de la marge de capacité de production inutilisée aurait un effet similaire. Qui plus est, les projets d’investissement dans le secteur pétrolier ayant tendance à se faire par à-coups, la production pétrolière réagit avec retard et les progrès sont lents. C’est peut-être la raison pour laquelle les chocs ont des effets durables sur les prix du pétrole et un ajustement final (important) de la production peut brusquement inverser la tendance des prix.

Une coopération plus étroite entre les pays producteurs et consommateurs de pétrole pourrait permettre de limiter la volatilité des prix et donc de dissiper les incertitudes qui entourent les perspectives de croissance mondiale à plus long terme. C’est pourquoi le Forum international de l’énergie a été créé en 1991 en vue de promouvoir le dialogue entre les pays producteurs et consommateurs d’énergie: au cours de la dernière décennie le nombre de participants aux réunions ministérielles a été porté à 65 et un Secrétariat sera prochainement établi à Ryad. Le Forum a lancé d’importantes initiatives en coopération avec diverses organisations et organismes, y compris l’exercice JODE (Joint Oil Data Exercice) dont le but est d’évaluer et d’améliorer la quantité, la qualité et la ponctualité des données pétrolières mensuelles et de déployer des efforts en vue d’optimiser la transparence du flux des informations sur les développements du marché du pétrole.

Appendice 1.2. Prix des produits primaires non pétroliers et marchés des semi-conducteurs

Aasim Husain et Ximena Cheetham sont les principaux auteurs de cet appendice, pour lequel Ivan Guerra et Paul Nicholson ont effectué des travaux de recherche.

Les prix des produits primaires non pétroliers ont diminué au premier semestre de 2003 en raison de la faible demande résultant des incertitudes liées à la guerre, des inquiétudes associées au SRAS, et du niveau d’activité économique inférieur aux prévisions. Par ailleurs, la résorption de certaines perturbations qui avaient affecté l’offre l’année dernière — pour la plupart, des intempéries — a inversé la hausse des cours observée à la fin de 2002. De ce fait, l’indice des prix des produits primaires non pétroliers a régressé de 3,8%, en DTS, durant le premier semestre de l’année. En raison de la dépréciation du dollar EU par rapport aux autres grandes devises, les cours de ces produits ont toutefois progressé de 1,6%, en dollars, au premier semestre de 2003.

À terme, la demande plus soutenue qui accompagne la reprise mondiale devrait se traduire par un raffermissement des cours des produits primaires non pétroliers vers la fin de l’année et le début de l’année prochaine. Néanmoins, étant donné le fléchissement des cours enregistré à ce stade, l’indice des prix des produits non pétrotiers devrait diminuer de quelque 2½% en termes de DTS (mais augmenter de 5% en dollars) en moyenne sur l’année 2003, avant de se redresser de 2% en 2004. Outre que d’autres chocs, dus aux intempéries ou à d’autres facteurs, pourraient affecter l’offre, l’évolution de ces cours, notamment ceux des produits sensibles à la conjoncture, comme les métaux industriels, sera de toute évidence influencée par le rythme de la reprise économique mondiale.

Comme le montre leur évolution récente, les cours des métaux industriels sont liés à l’activité industrielle mondiale (graphique 1.23). Ils ont reculé aux deuxième et troisième trimestres de l’année passée (en DTS), alors que les perspectives économiques internationales se dégradaient, avant de se ressaisir légèrement vers la fin de 2002 et le début de 2003, quand les indicateurs économiques globaux se sont raffermis. Ils ont cependant diminué à nouveau au deuxième trimestre de cette année, la reprise mondiale étant plus lente que prévu.

Graphique 1.23.Produits primaires non pétroliers et semi-conducteurs

Sources: World Semiconductor Trade Statistics; Semiconductor Equipment and Materials international; estimations des services du FMI.

À ce stade, les cours des matières premières agricoles et ceux des denrées alimentaires et des boissons sont également en repli, mais cette baisse paraît essentiellement liée à la dissipation des grands chocs ayant affecté l’offre l’an dernier. S’agissant des denrées alimentaires, les cours des céréales ont sensiblement chuté par rapport aux pics enregistrés l’an dernier par suite de la sécheresse, et sont maintenant proches des cours moyens (en DTS) de 2001. Les cours des huiles végétales et des tourteaux ont également fléchi cette année, mais ont été soutenus par une augmentation substantielle des importations en provenance de Chine. Parmi les boissons, les cours du cacao ont nettement baissé du fait que la production a été supérieure aux prévisions et que les perturbations des exportations que les troubles sociaux en Côte d’Ivoire laissaient présager ne se sont pas concrétisées. Les effets de la sécheresse de l’année dernière ont commencé à s’atténuer, mais les cours du café ont été soutenus ces derniers mois par la destruction des récoltes et la rétention croissante des exportations dans certains pays producteurs. En ce qui concerne les matières premières agricoles, les cours de la laine ont considérablement chuté récemment, les importations vers la Chine ayant enregistré un net ralentissement en raison des inquiétudes soulevées par le SRAS. Les cours du coton, quoique bien supérieurs à l’an dernier, ont également diminué ces derniers mois suite au ralentissement de la demande aux États-Unis. Les cours du caoutchouc, en revanche, ont augmenté au premier semestre de 2003, tirés par la demande grandissante des producteurs de pneumatiques, en Chine notamment.

Les ventes mondiales et d’autres indicateurs de l’activité actuelle dans le secteur des semi-conducteurs ont amorcé un redressement après les revers enregistrés en début d’année en raison de la conjoncture économique morose et des inquiétudes associées au SRAS. Néanmoins, des indicateurs prospectifs comme les carnets de commandes de matériel de fabrication de semi-conducteurs et les analyses des programmes d’investissement des sociétés du secteur des technologies de l’information demeurent atones. Si, à ce stade, les cours des actions du secteur des technologies ont enregistré de meilleures performances que les indices boursiers généraux en 2003, l’avenir du secteur reste lié aux perspectives économiques globales.

Bibliographie

Pour un examen approfondi de l’évolution des marchés financiers, voir le Global Financial Stability Report de septembre 2003.

En partie parce que les hypothèses de cette nature ne se sont pas concrétisées, on a surestimé de 1,5 point en moyenne la croissance pour l’année suivante en Afrique subsaharienne dans les éditions d’automne des Perspectives de ces dix dernières années.

Pour un examen approfondi de ce point, voir Kumar and others (2003).

Voir l’essai intitule «Faut-il s’inquieter des déséquilibres exterieurs?» au chapitre II des Perspectives de septembre 2002.

Voir la déclaration intitulée «La coopération en matière d’intégration commerciale et financière internationale» faite par M. Köhler à l’occasion de la réunion du Conseil général de l’OMC sur la conférence qui s’est tenue à Genève le 13 mai 2003 (http://www.imf.org/external/np/speeches/2003/051303.htm).

Voir l’encadré 1.2 intitulé «La nouvelle économie est-elle morte?» dans l’édition d’avril 2003 des Perspectives.

Les pays membres du Conseil de coopération du Golfe sont: l’Arabie Saoudite, Bahreàn, les Émirats arabes unis, le Koweït, Oman et le Qatar.

Voir également Rogoff (2003).

Voir le chapitre III des Perspectives de septembre 2002 et la bibliographie qui y est jointe.

Sauf indication contraire, les prix mentionnés renvoient à l’indice APSP (moyenne simple des cours au comptant des bruts West Texas Intermediate, U.K. Brent et Dubaï).

Voir AIE (2000), pages 56-60.

L’adoption de pratiques visant une plus grande efficacité, telles que la gestion tendue des stocks, les progrès technologiques et la multiplication des contrats à terme et options pour couvrir les risques de fluctuation des prix, ont permis une certaine tendance à la baisse des stocks commerciaux, sans perte de flexibilité.

Le synchronisme accru des cycles conjoncturels est décrit au chapitre II de l’édition d’octobre 2001 des Perspectives de l’économie mondiale.

FMI (2000), Département des études. 2000. Voir aussi FMI (2003c) pour un examen des effets des chocs des prix énergétiques sur l’économie américaine au chapitre VI.

Voir appendice 1.2 «Comment la guerre en Iraq affectera-t-elle l’économie mondiale?» de l’édition d’avril 2003 des Perspectives de l’économie mondiale.

Bien qu’il ait été relevé au milieu du mois de mai (avec effet au ler juin), le nouvel objectif correspondait à une diminution réelle de la production par rapport aux niveaux d’avril et de mai.

La poussée des prix du gaz naturel au cours des mois récents et l’augmentation de la consommation de pétrole qui l’a accompagnée ont également contribué à la faiblesse des stocks commerciaux de pétrole aux États-Unis. Pour de plus amples détails sur la fiscalité de l’énergie aux États-Unis, voir FMI (2003c), chapitre VII.

Les calculs de Melick et Thomas (1997) à l’aide de données sur les options indiquent qu’à la mi-janvier 1991, alors que l’opération militaire était lancée contre l’Iraq et qu’il semblait que les marches craignaient des perturbations de l’offre du pétrole, les anticipations ont été faussées. Pour les marchés, le risque que les prix descendent en dessous de 30 dollars EU le baril d’ici à avril était de 75%, mais la probabilité qu’ils grimpent a plus de 50 dollars EU le baril était de 15%.

Voir AIE (2002), pages 58–69, 89–94 et 237–268.

Okogu (1995) fait état d’une fourchette de 60 à 80% pour les taux de taxation de l’essence dans la plupart des pays de l’OCDE sur la base des données de l’AEI. Les États-Unis constituent une exception significative avec un taux d’environ 30%.

Selon l’AIE (2001), les coûts totaux de production — qui incluent l’extraction, la production et les coûts d’exploration et de développement — pour différentes installations de production de sables pétrolifères canadiens se situent aux environs de 5-16 dollars le baril. A titre de comparaison, l’AIE (2001) et Goldman Sachs (2002) évaluent le coût total de production à 4-5 dollars le baril au Moyen-Orient et en Russie et à 10-11 dollars le baril en Europe et aux États-Unis.

Les analystes prévoient qu’au total 1 billion de dollars d’investissements globaux serait requis aux différents stades de la chaîne de production du pétrole de 2000 à 2030 pour satisfaire la demande. Il faudrait investir un pourcentage important de ce montant dans les pays en développement.

En 2002, les pays de l’OCDE représentaient environ 29% de la production mondiale de pétrole de 76.6 mbj. Par taux de déclin naturel, on entend le taux de déclin de la production en l’absence de nouveaux investissements dans le forage de nouveaux puits et dans l’amélioration des techniques de récupération.

Voir AIE (2002), tableaux 3.1 et 3,4. S’agissant de la part de production de pétrole des pays qui ne sont pas membres de l’OCDE, l’AIE prévoit que les importations nettes de pétrole de I’OCDE fléchiront légèrement de 44% en 2000 à 43% en 2010.

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