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Chapitre III. Intégration Commerciale et Financière

Author(s):
International Monetary Fund. Research Dept.
Published Date:
November 2002
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L’intégration commerciale et celle des marchés financiers vont généralement de pair, et c’est là une caractéristique fondamentale et souvent méconnue de la mondialisation (tableau 3.1). Cette relation, que vérifient à la fois l’examen de l’évolution chronologique et les comparaisons entre pays, reflète les liens intrinsèques—qui sont mis en évidence par des travaux théoriques récents—entre les deux phénomènes. Non seulement la complémentarité entre les échanges commerciaux et les transactions financières traduit des possibilités de production—par exemple, des progrès techniques dans le domaine des transports maritimes élargissent les perspectives du commerce mondial en même temps qu’elles accroissent le besoin de financer les investissements à cet effet—mais elle est aussi souhaitable pour que la mondialisation puisse pleinement porter ses fruits. Par exemple, l’intégration commerciale est nécessaire pour que l’intégration financière internationale apporte tous ses avantages, parce qu’une faible pénétration des échanges tend à rendre une économie plus vulnérable face aux crises financières extérieures.

Tableau 3.1.Progrès de l’intégration mondiale
Variation du rapport au

PIB entre 1981–85

et 1997–2001
Commerce

extérieur1
Transactions

financières

extérieures2
Points de pourcentage
Pays industriels3,977,3
Pays en développement15,419,9
Source: estimations des services du FMI. Des précisions sont données à l’appendice 3.1.

Somme des exportations et des importations de biens et de services, rapportée au PIB.

Somme des actifs et des passifs extérieurs d’investissement direct étranger et d’investissement de portefeuille, rapportée au PIB.

Source: estimations des services du FMI. Des précisions sont données à l’appendice 3.1.

Somme des exportations et des importations de biens et de services, rapportée au PIB.

Somme des actifs et des passifs extérieurs d’investissement direct étranger et d’investissement de portefeuille, rapportée au PIB.

L’examen conjugué des deux principaux aspects de la mondialisation—l’intégration commerciale et l’intégration financière internationale—qui est présenté dans ce chapitre constitue une innovation importante, étant donné les liens étroits entre les deux phénomènes1. À un niveau élémentaire, le commerce international s’accompagne de flux financiers internationaux, de sorte qu’une intensification des échanges commerciaux tend à accroître la demande d’instruments financiers à des fins de couverture contre les risques inhérents à ces flux, et, en retour, une plus forte intégration financière tend à faciliter le commerce international. De même, les investissements étrangers directs qui financent des installations entièrement nouvelles entraînent généralement une augmentation des importations de biens d’équipement pendant la phase de construction du projet et un accroissement des exportations après l’achèvement du projet. Par ailleurs, le développement du secteur financier, qui est lié à l’intégration financière internationale, peut faciliter la spécialisation et l’exploitation d’économies d’échelle, qui sont liées au commerce extérieur, par exemple en aidant les entreprises qui sont tributaires du financement extérieur à surmonter leurs contraintes de liquidités.

Plus précisément, nous examinons dans ce chapitre trois aspects essentiels des récents progrès de l’intégration commerciale et de l’intégration financière internationale:

  • Comment l’intégration commerciale et financière internationale de ces trente dernières années se compare-t-elle à l’évolution observée depuis un siècle et demi? Les rôles du progrès technique et de la politique commerciale et financière ont-ils évolué au fil des périodes?

  • A quels facteurs peut-on imputer les différences de niveau d’intégration commerciale entre les pays en développement et les pays industriels, ainsi que les disparités entre les pays en développement? Quelle est l’importance, à cet égard, des politiques commerciales et des restrictions frappant les mouvements de capitaux?

  • Quelles sont les conséquences de l’intégration commerciale pour la fréquence des crises financières extérieures, et celles de l’intégration financière internationale pour l’instabilité de la production?

Un thème important, qui sera développé tout au long de ce chapitre, est que l’intégration commerciale et l’intégration financière internationale progressent habituellement de concert, étant donné qu’elles sont déterminées par un grand nombre de facteurs communs, qui tiennent à l’état des techniques et aux politiques suivies. Plusieurs aspects de cette complémentarité sont à considérer. Premièrement, l’ouverture au commerce extérieur et aux mouvements de capitaux s’est intensifiée au cours des dernières décennies tant dans les pays industriels que dans les pays en développement, sous l’effet de la libéralisation des politiques commerciales et du contrôle des changes. Deuxièmement, alors qu’à la fin du XIXe siècle, l’intégration économique mondiale était surtout induite par le progrès technique, elle est surtout entraînée depuis la seconde guerre mondiale par la libéralisation des politiques. Troisièmement, une analyse récente de la structure des échanges tend à montrer que le commerce international reste sensiblement inférieur au niveau attendu et que les restrictions frappant tant le commerce extérieur que les mouvements de capitaux contribuent largement à expliquer ce phénomène. Enfin, des indications empiriques donnent à penser que l’intégration commerciale réduit la probabilité des crises financières extérieures et que l’intégration financière tend à atténuer l’instabilité de la production.

L’intégration s’est intensifiée au cours des récentes décennies

Si l’on s’accorde largement à reconnaître que l’intégration économique mondiale s’est intensifiée au cours des dernières décennies, il reste à savoir comment quantifier le phénomène. Dans quelle mesure les progrès de l’intégration commerciale et ceux de l’intégration financière internationale sont-ils comparables, et sont-ils solidaires? Les marchés mondiaux des biens et des actifs sont-ils à présent pleinement intégrés ou peuvent-ils l’être davantage? Nous tenterons, dans la présente section, de répondre à ces questions.

Il n’est pas simple de quantifier l’intégration économique, en raison des difficultés que présente l’évaluation de la nature, de l’étendue, de l’intensité et de l’efficacité des obstacles aux transactions sur biens ou sur actifs. Malgré ces problèmes d’évaluation, les indicateurs de l’intégration du marché qui sont fondés sur les prix et ceux qui sont établis d’après les quantités donnent des conclusions comparables (encadré 3.1)2. Afin de saisir l’évolution du plus grand nombre de pays au cours de la plus longue période possible, nous considérons, dans ce chapitre, des indicateurs de l’intégration économique établis d’après les quantités (appendice 3.1). L’intégration commerciale se définit comme la somme des exportations et des importations de biens et de services rapportée au PIB (indice d’ouverture au commerce extérieur). En appliquant le même principe à l’évaluation de l’intégration des marchés d’actifs, on définit cette dernière comme la somme des actifs et des passifs extérieurs, sous forme d’investissements directs ou d’investissements de portefeuille, rapportée au PIB (indice d’ouverture financière). Les autres encours financiers, notamment la dette bancaire, ne sont pas retenus pour l’évaluation de l’ouverture financière parce qu’ils sont beaucoup trop instables (voir Edison and others, 2002). Ces indicateurs reflètent non seulement les politiques commerciales et les restrictions frappant les mouvements de capitaux, mais aussi les autres dispositions influant sur l’intégration (comme la politique du marché du travail ou le cadre institutionnel) ainsi que des facteurs techniques (comme les frais de transport et les coûts de transaction) et d’autres données fondamentales (par exemple, d’ordre géographique, culturel ou linguistique)3.

Les degrés d’ouverture commerciale et d’ouverture financière ont augmenté au cours des trente dernières années tant dans les pays industriels que dans les pays en développement (moitié supérieure du graphique 3.1). Les pays en développement se sont davantage ouverts au commerce extérieur qu’aux mouvements de capitaux alors que dans les pays industriels, l’ouverture financière a été beaucoup plus prononcée que l’ouverture commerciale. La hausse, puis la baisse, du degré d’ouverture commerciale entre le milieu des années 70 et le milieu des années 80 est surtout imputable aux variations des prix du pétrole par rapport aux prix des biens non échangeables pendant cette période. La plus grande ouverture commerciale dans les pays en développement reflète principalement la règle empirique selon laquelle la part des échanges dans le revenu augmente avec la taille de l’économie (le PIB moyen des pays en développement représente seulement la moitié de celui des pays industriels) et non l’incidence de politiques moins restrictives. En fait, même si les politiques visant les échanges commerciaux et les flux financiers ont été libéralisées ces trente dernières années, elles restent beaucoup plus restrictives dans les pays en développement que dans les pays développés (moitié inférieure du graphique 3.1). Le fléchissement de la libéralisation commerciale dans les pays en développement au cours des années 80 tient principalement à l’augmentation des droits d’importation dans deux relativement grands pays, l’Inde et la Colombie.

Graphique 3.1.Complémentarité de l’intégration commerciale et de l’intégration financière

(Pourcentage: sauf indication contraire)

L’ouverture commerciale et l’ouverture financière ont largement évolué de concert dans les pays industriels et les pays en développement, sous l’effet de la libéralisation parallèle des échanges commerciaux et des mouvements de capitaux.

Sources: FMI, Government Finance Statistics, International Financial Statistics et Perspectives de l’économie mondiale (octobre 2001); calculs des services du FMI.

1Degré d’ouverture commerciale: somme des exportations et des importations, rapportée au PIB (moyenne mobile sur cinq ans). Indice des restrictions aux échanges: droits de douane rapportés aux importations (moyenne mobile sur cinq ans).

2Degré d’ouverture financière: somme des encours des actifs et des passifs extérieurs d’investissement direct et d’investissement de portefeuille, rapportée au PIB. Indice des restrictions financières: indice des restrictions aux mouvements de capitaux.

Le degré d’ouverture financière a fortement augmenté dans les pays industriels, surtout pendant les années 80 et 90, en regard à la fois de l’accroissement du degré d’ouverture commerciale de ces mêmes pays et des progrès de l’ouverture financière dans les pays en développement. L’intensification des flux financiers entre pays industriels a permis aux États-Unis de devenir à la fois le principal créancier et le plus grand débiteur, tandis que les mouvements de capitaux vers les pays en développement sont restés stables à environ 4 % du PIB de ces pays (Obstfeld and Taylor, 2002). En d’autres termes, les pays industriels ont fortement intensifié leurs échanges mutuels d’actifs (par des opérations de couverture et de répartition du risque) au lieu d’accumuler de fortes positions unilatérales dans les pays en développement4. Le contraste entre l’intensification des flux de diversification et la stabilité des flux de développement fait écho à la libéralisation plus rapide des flux financiers dans les pays industriels et à la plus forte réduction des risques afférents à l’investissement enregistrées par ces pays—grâce à la relative stabilité du cadre de politique économique et des conditions institutionnelles.

La relation entre l’intégration commerciale et l’intégration financière est aussi manifeste dans les différents pays considérés. La corrélation entre l’ouverture commerciale et l’ouverture financière est positive et statistiquement significative tant dans les pays industriels que dans les pays en développement (graphique 3.2). C’est particulièrement le cas dans les pays en développement, où le coefficient de corrélation est égal à 0,66, contre 0,38 dans les pays industriels. La relation est aussi mise en évidence par le fait que dans les pays en développement, plus le rapport du commerce extérieur au PIB est élevé, moins l’investissement est tributaire de l’épargne intérieure, ce qui permet de penser que l’ouverture commerciale améliore, pour un pays, la capacité d’emprunter à l’étranger (tableau 3.2). En particulier, c’est dans l’Hémisphère occidental que la corrélation entre l’épargne intérieure et le taux d’investissement est la plus forte, et cette région comporte la plus faible proportion de pays qui sont ouverts au commerce extérieur (voir la section 5 sur les conséquences de l’intégration commerciale et financiére pour l’instabilité économique).

Graphique 3.2.Complémentarité de l’intégration commerciale et de l’intégration financière entre les pays1

Les degrés d’ouverture commerciale et financière sont en corrélation positive et significative. Le coefficient de corrélation est égal à 0,38 dans les pays industriels et à 0,66 dans les pays en développement.

Source: estimations des services du FMI.

1Le degré d’ouverture commerciale se définit comme la somme des importations et des exportations rapportée au PIB, sur la base des valeurs moyennes de la période 1975-99. Le degré d’ouverture financière se définit comme l’encours brut moyen des flux cumulés d’investissement direct et d’investissement de portefeuille par rapport au PIB, sur la base des valeurs moyennes de la période 1975–99.

Tableau 3.2.Ouverture commerciale et corrélation entre l’épargne et l’investissement
Coefficient1
Pays en développement0,47
Par degré d’ouverture commerciale:
Ouvert20,38
Fermé20,70
Par région
Afrique subsaharienne0,49
Asie
Asie de l’Est0,35
Asie du Sud0,75
Moyen-Orient et Afrique du Nord
Hémisphère occidental
Caraïbes et Amérique centrale0,76
Amérique du Sud0,78

Coefficient d’une régression empilée, calculée par la méthode des moindres carrés ordinaires, du taux d’épargne (épargne intérieure brute rapportée au PIB) par rapport à une constante et au taux d’investissement (investissement brut rapporté au PIB), estimée sur la période 1975-99. «—» indique que le coefficient n’est pas significativement différent de 0, au seuil de confiance de 5 %.

Sur la base du degré d’ouverture commerciale du pays par rapport à la médiane.

Coefficient d’une régression empilée, calculée par la méthode des moindres carrés ordinaires, du taux d’épargne (épargne intérieure brute rapportée au PIB) par rapport à une constante et au taux d’investissement (investissement brut rapporté au PIB), estimée sur la période 1975-99. «—» indique que le coefficient n’est pas significativement différent de 0, au seuil de confiance de 5 %.

Sur la base du degré d’ouverture commerciale du pays par rapport à la médiane.

Encadré 3.1.Estimer l’intégration des marchés de biens à partir des prix

Les flux d’échanges bilatéraux sont l’indicateur traditionnel de l’intégration des marchés de biens, qui est censée être d’autant plus forte que ces flux sont importants. Cette méthode doit beaucoup de son succès au fait que les données sur les flux d’échanges bilatéraux sont facilement consultables, notamment dans la publication du FMI Direction of Trade Statistics. Les déterminants de l’intégration sur les marchés de biens sont alors généralement analysés dans le cadre d’un modèle gravitationnel, qui établit invariablement que plus les pays sont proches les uns des autres et comparables (sur des critères historiques et culturels), plus ils sont intégrés (encadré 3.3). Or, les flux d’échanges ne sont peut-être pas un bon indicateur de l’intégration du marché, ce qui limiterait la portée de cette méthode. Par exemple, des pays dont les structures de production sont comparables n’ont peut-être pas intérêt à échanger certain biens même si les obstacles entravant ces échanges sont très faibles, ce qui se traduit par des flux commerciaux de faible intensité. Pour vérifier la solidité de la méthode reposant sur les flux d’échanges, il est utile de considérer les prix des biens sur les différents marchés, sachant que plus les écarts de prix sont faibles, plus l’intégration des marchés de biens est forte.

Dans une étude utilisant pour la première fois la dispersion des prix pour mesurer l’intégration des marchés de biens dans un grand nombre de pays, Parsley et Wei (2001) analysent les données relatives aux prix de 95 biens échangeables dans 83 villes du monde entier, de 1990 à 20001. Les catégories de biens considérées sont fortement désagrégées et essentiellement identiques—elles comprennent par exemple, le poulet congelé, les ampoules électriques, les mouchoirs en papier et la limonade—et elles sont toutes normalisées par poids ou volume. Une source unique, l’Economist Intelligence Unit (EIU), a établi l’ensemble de données, veillant à la comparabilité des biens dans les différents lieux où ils sont échangés. En utilisant tous les produits échangeables, les auteurs calculent l’écart type des différences de prix pour chaque paire de ville et pour chaque année, sachant que l’intégration des marchés est d’autant plus forte que l’écart type est faible. Les écarts types sont ensuite utilisés dans une analyse économétrique des facteurs déterminant l’intégration des marchés de biens, notamment les frais de transport, les droits de douane et les régimes de change.

Dispersion des prix par rapport à la RAS de Hong Kong1

(Points de pourcentage)

Source: Parsley and Wei (2001).

1Différence moyenne des prix absolus (mesurée en logarithmes) de 95 produits échangeables.

Il est rassurant de constater que la méthode basée sur les prix aboutit à des conclusions comparables à celle de l’approche plus classique fondée sur les flux d’échanges, à propos des caractéristiques et déterminants de l’intégration des marchés de produits2. Les deux méthodes révèlent en effet les éléments suivants:

  • L’intégration des marchés de biens a augmenté au cours des dix dernières années. Le graphique révèle une évolution en baisse de l’écart type des écarts de prix pour deux paires de villes: Hong Kong (RAS) et San José, Costa Rica; et Hong Kong (RAS) et Pékin, Chine.

  • Plus les frais de transport—représentés par la distance—sont élevés, plus l’intégration est faible. Dans le modèle gravitationnel fondé sur les flux d’échanges, la distance bilatérale a toujours un coefficient négatif, indiquant que les pays éloignés tendent à moins échanger. Dans l’approche fondée sur les prix, la variable représentant la distance a toujours un coefficient positif, ce qui signifie que pour des produits identiques, la dispersion des prix (c’est-à-dire, la non-intégration des marchés) augmente avec la distance. Par exemple, le graphique montre que les différences de prix sont plus faibles entre Pékin, Chine, et Hong Kong (RAS) qu’entre Hong Kong (RAS) et San José, Costa Rica.

  • Certains accords régionaux de commerce préférentiel ont un impact positif et sensible sur l’intégration des marchés de biens. Un moyen d’apprécier la force de cet impact consiste à considérer son équivalent en réduction de droits de douane, c’est-à-dire la réduction qui serait nécessaire pour parvenir au même effet. L’étude conclut que l’Accord de libre-échange nord-américain et l’Union européenne sont l’un et l’autre équivalents à des réductions de droits de douane d’environ 5 %. Cet effet est important en regard du tarif extérieur moyen appliqué par les pays industriels, qui représente environ 4 %.

  • Les accords monétaires institutionnalisés (unions monétaires ou caisses d’émission) renforcent généralement l’intégration des marchés de biens entre leurs pays membres3. Les auteurs constatent toutefois que les accords monétaires institutionnalisés ne produisent pas toujours le même effet. Par exemple, dans le cas de la Communauté financière africaine (CFA), la réduction tarifaire équivalente est faible et ne diffère pas significativement de zéro alors que dans celui de la zone euro, elle est d’environ 2 % et significative.

  • Enfin, les effets exercés par les frontières sont importants, même si l’on tient compte des unions monétaires et des zones de libre-échange. Les auteurs constatent que les paires de villes situées aux États-Unis sont les plus intégrées. En comparaison, l’intégration des marchés de biens pour les autres paires de villes, y compris celles qui appartiennent à une même union monétaire ou zone de libre-échange, a encore des progrès à faire.

Les similitudes des résultats obtenus montrent que les deux approches sont complémentaires, chacune apportant des indications utiles pour l’évaluation et l’analyse de l’intégration des marchés de biens.

Note: David Parsley et Shang-Jin Wei sont les principaux auteurs de cet encadré.1Engel et Rogers (1996) ont les premiers utilisé la dispersion des prix pour mesurer l’intégration des marchés de biens, mais leur examen se limite aux cas du Canada et des États-Unis. D’autres études récentes incluent Engel and Rogers (2001); Rogers (2001); Hufbauer, Wada, and Warren (2002).2Les deux approches tiennent compte des effets de divers facteurs—notamment les droits de douane—dans un cadre unique.3Une moindre variabilité du taux de change nominal réduit la dispersion des prix et améliore l’intégration des marchés de biens, mais pas autant qu’une union monétaire ou une caisse d’émission.

La relation inverse entre le degré d’ouverture commerciale et la corrélation entre l’investissement et l’épargne confirme l’idée selon laquelle les frictions commerciales peuvent être un facteur de segmentation des marchés financiers internationaux. Obstfeld et Rogoff (2002a) démontrent formellement que même en supposant une situation de parfaite intégration des marchés financiers internationaux, dans laquelle les capitaux mondiaux affluent nécessairement vers les pays qui affichent les taux réels de rendement les plus élevés, libérant ainsi l’investissement de toute contrainte imposée par l’épargne intérieure, les frictions commerciales peuvent encore donner lieu à des taux d’épargne et d’investissement fortement corrélés. Il semble bien que les frictions commerciales augmentent le taux d’intérêt réel effectif pour les emprunteurs et s’opposent ainsi à de plus amples déséquilibres entre l’épargne et l’investissement. Néanmoins, le résultat ne contredit pas non plus l’idée suivant laquelle à long terme, les frictions commerciales et les frictions financières internationales tendent à aller de pair, sans doute sous l’effet des politiques suivies.

Malgré les progrès de l’intégration commerciale et de l’intégration financière pendant les récentes décennies, les marchés internationaux restent beaucoup plus segmentés que les marchés intérieurs, même parmi les économies avancées (Obstfeld and Rogoff, 2000b). Le commerce intranational est sensiblement plus important que le commerce international, une fois pris en compte la distance, la taille économique et d’autres facteurs (McCallum, 1995; Wei, 1996; Anderson and van Wincoop, 2001), et les prix des biens manufacturés ne s’ajustent que lentement aux variations des taux de change—il faut en général un an pour que l’ajustement soit réalisé à 50 %. Tout indique également que les marchés financiers internationaux continuent d’être segmentés, bien que la segmentation se soit atténuée ces dernières années. Par exemple, la part des valeurs étrangères dans les portefeuilles d’actions des résidents des États-Unis est passée d’environ 4 % en 1987 à environ 11 % en 2001, mais c’est encore bien loin du taux de 50 % environ qui correspond à la valeur des actions non émises aux États-Unis dans la capitalisation boursière mondiale. De même, la corrélation entre l’épargne et l’investissement mondiaux (une forte corrélation est un signe de segmentation) s’est affaiblie, passant d’environ 0,9 à environ 0,6 au cours des vingt dernières années, mais elle reste plus forte que ne l’impliqueraient des conditions de parfaite intégration des marchés financiers internationaux5.

Comparaison avec les périodes précédentes

Les données rétrospectives sur l’intégration commerciale et l’intégration financière révèlent d’importantes similitudes mais aussi des différences entre les progrès de l’intégration qui ont eu lieu au cours des récentes décennies et ce qui s’est passé dans les périodes précédentes. L’intégration commerciale et l’intégration financière ont généralement progressé de concert au cours du siècle et demi écoulé (graphique 3.3). L’une et l’autre ont augmenté de la moitié du XIXe siècle jusqu’au début de la première guerre mondiale, puis elles ont généralement diminué jusqu’à la fin de la seconde guerre mondiale et pris un nouvel essor dans la période de l’après-guerre. Quels ont été les principaux déterminants de cette évolution, et les principaux liens entre les échanges commerciaux et l’activité financière internationale?

Graphique 3.3.Intégration mondiale

(Pourcentage)

L’intégration commerciale et l’intégration financière ont généralement évolué de concert au cours du siècle et demi écoulé.

Sources: Maddison (1995); Obstfeld and Taylor (2002); estimations des services du FMI.

1Rapport de la somme des exportations et des importations au PIB.

2Rapport des actifs extérieurs au PIB.

L’intensification de l’intégration commerciale et financiére qui s’est produite de 1870 à 1914 est surtout imputable au progrès technique dans les domaines des transports (chemins de fer, navigation à vapeur et ouverture des canaux de Suez et de Panama) et des communications (comme le télégraphe, le radiotéléphone et le cable transatlantique). Les avancées techniques qui ont stimulé le commerce international, comme la navigation à vapeur et les chemins de fer, ont aussi créé de nouvelles possibilités d’investissement, supposant la mobilisation de sommes considérables et de longues périodes d’attente avant que les rendements se matérialisent, qui ont favorisé le développement financier, notamment l’intégration financière internationale (Neal, 1990)6. L’étalon-or a facilité l’intensification des flux commerciaux et financiers7. Les transactions financières internationales privées restaient pour l’essentiel exemptes de contrôle étatique, ce que permettaient l’adhésion générale au régime de l’étalon-or et la volonté de vouer la politique monétaire au maintien des parités fixes8. La politique du commerce extérieur n’a pas quant à elle favorisé l’intégration ou l’a même limitée, les droits de douane ayant augmenté dans de nombreux pays (Bairoch, 1993).

Entre 1914 et 1945, l’intégration commerciale et l’intégration financière ont fortement régressé, étant donné que le contrôle étatique des flux commerciaux et financiers s’est intensifié pendant les deux guerres mondiales et la période de l’entre-deux-guerres. Les pays belligérants ont dû à la fois augmenter, dans la production, la part relative des biens militaires au détriment des biens d’exportation, et donc appliquer des restrictions au commerce extérieur, et financer au moindre coût le déficit commercial qui en a résulté, ce qui les a obligés à appliquer des mesures de contrôle des changes pour économiser leurs ressources rares en devises. Dans la première partie de l’entre-deux-guerres, les gouvernements ont multiplié les recours aux barrières commerciales pour tenter de repousser l’ajustement de l’économie à l’évolution structurelle de la production mondiale. Pendant la dépression, de nombreux pays ont tenté de stimuler leur économie en imposant des restrictions quantitatives et d’autres obstacles aux échanges, dans le but d’accroître les exportations nettes, et en appliquant à nouveau des mesures de contrôle des mouvements des capitaux, pour à la fois maintenir la parité-or de leurs monnaies et mener une politique monétaire indépendante9.

Depuis la seconde guerre mondiale, l’intégration commerciale et financière a progressé, surtout sous l’effet de la libéralisation des échanges commerciaux et des mouvements de capitaux. D’une manière générale, les obstacles aux échanges ont été réduits dans un premier temps, conformément au consensus de Bretton-Woods selon lequel le commerce international était indispensable à la prospérité économique mais les contrôles des mouvements de capitaux nécessaires pour assurer l’autonomie monétaire sous un régime de parités fixes10. Les pays industriels ont commencé à réduire les barrières commerciales dans les années 60 et 70, et les pays en développement dans les années 80 et 90 (Krugman, 1995; Sachs and Warner, 1995). Les progrès de l’intégration commerciale ont permis de contourner la réglementation des mouvements de capitaux par le termaillage et, par conséquent, les pressions exercées par les déséquilibres mondiaux ont pu ébranler—et finalement jeter à bas—le système des parités fixes. Après l’effondrement du système de Bretton Woods, les pays industriels—tout d’abord les émetteurs des principales monnaies—ont pu assouplir les contrôles financiers et conserver leur autonomie monétaire. Les pays en développement, d’une manière générale, ont libéralisé les mouvements de capitaux de façon plus graduelle pendant les années 80 et 9011. Les coûts des transports, en revanche, n’ont pas beaucoup baissé dans la période de l’après-guerre (encadré 3.2).

Ce bref examen historique révèle que l’intégration économique mondiale de ces dernières décennies a surtout été entraînée par la libéralisation des politiques commerciales et du contrôle des mouvements de capitaux alors que dans le précédent épisode de mondialisation, à la fin du XIXe siècle, l’intégration était surtout induite par le progrès technique. Les autorités doivent par conséquent, aujourd’hui, être très attentives à l’interaction entre les différents aspects de la mondialisation.

Variations régionales de l’intégration commerciale

Si les pays en développement se sont davantage intégrés au système commercial mondial ces vingt dernières années, les degrés d’intégration des différentes régions restent inégaux. En particulier, les obstacles artificiels au commerce international—notamment les mesures protectionnistes—empêchent une plus forte intégration. Dans la présente section, nous commencerons par établir un indicateur du commerce extérieur attendu, qui sera comparé au commerce extérieur effectif dans les différentes régions de pays en développement. Nous supposons en effet que la différence entre le commerce extérieur effectif et le commerce extérieur attendu constitue un indicateur global des obstacles artificiels aux échanges, inclusif non seulement de la politique commerciale mais de tous les aspects de la politique économique et du cadre institutionnel d’un pays donné.

Nous évaluerons ensuite la contribution d’indicateurs explicites des restrictions frappant le commerce et les paiements extérieurs à l’insuffisance du commerce extérieur des pays en développement. S’il est généralement admis que ces politiques exercent un effet important sur le commerce extérieur, la présente analyse s’inscrit parmi les premières qui les représentent par des variables dans le modèle gravitationnel12. Des calculs illustratifs de l’impact d’une politique de libéralisation sur les échanges seront présentés. Enfin, nous considérerons le rôle des politiques commerciales et financières en regard d’autres facteurs—comme la taille de l’économie, le niveau de développement ou la géographie du pays—déterminant les caractéristiques du commerce international dans les pays en développement. L’analyse visera à évaluer dans quelle mesure les politiques suivies expliquent pourquoi les pays en développement échangent moins que les pays industriels, et pourquoi l’Asie de l’Est échange davantage que les autres régions de pays en développement.

Quelles régions accusent une insuffisance du commerce extérieur?

Pour évaluer l’insuffisance du commerce extérieur effectif, il faut établir un indicateur du commerce extérieur attendu. Les indicateurs du volume attendu des échanges entre partenaires commerciaux sont tirés du modèle gravitationnel du commerce international n’incluant pas les variables représentant explicitement les politiques suivies (encadré 3.3). Partant des lois de la gravitation universelle, qui fait que deux corps quelconques s’attirent avec une force proportionnelle au produit de leurs masses et inversement proportionnelle au carré de leurs distances, le modèle gravitationnel du commerce international postule que l’intensité des flux commerciaux bilatéraux entre deux pays est positivement corrélée avec la taille économique conjuguée des deux partenaires, et négativement avec la distance qui les sépare. Au fil du temps, le modèle gravitationnel a été perfectionné et augmenté d’un vaste ensemble d’autres variables.

On considère qu’un pays est en situation de «sous-échange» si son commerce extérieur effectif avec ses différents partenaires est, en moyenne, sensiblement inférieur au niveau prévu par le modèle gravitationnel sans les variables explicites des politiques commerciales et financières. À l’inverse, dans une situation de «suréchange», le commerce bilatéral effectif est sensiblement supérieur au niveau moyen déterminé par le modèle gravitationnel. Étant donné que le modèle gravitationnel prend en compte les causes «naturelles» du commerce international, les situations de suréchange ou de sous-échange doivent largement correspondre à des obstacles «artificiels» supérieurs ou inférieurs à la moyenne (Rose, 2002)13. Cette méthode présente l’avantage de saisir l’impact global des politiques et du cadre institutionnel d’un pays, qui comprend un vaste ensemble d’obstacles artificiels, et pas seulement les politiques commerciales. Elle ne peut toutefois aboutir que si les causes naturelles sont saisies de façon rigoureusement exacte; en d’autres termes, les résultats sont sensibles à la spécification du modèle gravitationnel.

La présente analyse du sous-échange est fondée sur un modèle gravitationnel classique estimé sur la période 1995-99, conformément aux principes définis par Rose (2002). Les données sur le commerce bilatéral de marchandises couvrant 131 pays industriels et en développement sont tirées de la publication du FMI Direction of Trade Statistics. Les pays ont été sélectionnés en fonction de la disponibilité des données pour les variables explicatives du modèle gravitationnel14. On considère la moyenne des données sur la période 1995—99 pour faire abstraction de l’évolution cyclique. Les coefficients estimés du modèle gravitationnel sont comparables par leurs signes, leurs ordres de grandeur et leurs significations statistiques aux résultats des autres travaux récemment publiés.

Encadré 3.2.Frais de transport

Les frais de transport sont un déterminant majeur de la structure des courants commerciaux. Ils restent importants en comparaison des droits de douane et représentent le principal obstacle aux échanges commerciaux dans la majorité des pays (Banque mondiale, 2002). Les frais de transport, qui sont généralement représentés par la distance et par d’autres variables géographiques, exercent des effets significatifs dans le modèle gravitationnel (encadré 3.3) et ils contribuent largement à expliquer la spécialisation verticale internationale—c’est-à-dire la segmentation du processus de production en étapes distinctes, permettant une spécialisation entre les pays (encadré 3.4). Ils contribuent aussi à expliquer les phénomènes de substitution entre le commerce extérieur et l’investissement étranger direct (Loungani, Mody, and Razin, 2002).

Les frais de transport ont considérablement diminué au cours des cinquante dernières années mais pas autant qu’à la fin du XIXe siècle, qui était aussi une période de forte intégration économique mondiale. Il est difficile d’obtenir des séries chronologiques d’indicateurs des frais de transport parce qu’aucun ensemble de données ne couvre ces derniers dans leur intégralité et de façon systématique1. Le coût d’expédition d’un boisseau de blé de New York à Liverpool a diminué des deux tiers environ entre 1854 et 1913 et ce même coût de New York à Chicago a baissé des trois- quarts environ entre 1870 et 1913 (Harley, 1980). Le graphique montre que les frais des transports maritimes n’ont pas beaucoup changé depuis 1960 et que ceux des transports aériens sont stables depuis 1980. Ces tendances générales confirment, dans l’ensemble, les estimations plus détaillées présentées dans Hummels (1999)2. Elles confirment également la conclusion de Baier et Bergstrand (2001) selon laquelle l’effet de la baisse des frais de transport sur l’expansion du commerce extérieur des pays industriels entre la fin des années cinquante et la fin des années 80 représente seulement un tiers de celui des réductions des droits de douane.

Frais de transport

(Dollars EU constants; 1950 = 100)

Sources: Statistical Abstract of the United States; Review of Maritime Transport (CNUCED); calculs des services du FMI.

1Prix moyen du transport maritime et des frais portuaires par tonne de marchandise importée ou exportée.

2Prix moyen du transport aérien par mile/passager.

La baisse moins rapide des frais de transport dans la période récente tient à trois facteurs principaux:

  • Progrès technique dans le domaine des transports. Les avancées techniques dans le domaine des transports ont été plus spectaculaires à la fin du XIXe siècle, avec la mise en service des bateaux à vapeur et des chemins de fer, ainsi que la construction des canaux de Suez et de Panama. Les plus importantes avancées de ces cinquante dernières années sont l’utilisation des conteneurs pour le transport maritime depuis la fin des années 60, ainsi que l’introduction des moteurs à réaction et des avions gros-porteurs pour les transports aériens3.

  • Cadre concurrentiel. À la fin du XIXe siècle, la disparition des monopoles des grandes compagnies commerciales a fortement réduit les frais de transport. En revanche, à la fin des années 60, l’introduction des conteneurs a augmenté les coûts fixes, ce qui a renforcé la concentration du marché et empêché la transmission des gains d’efficience aux utilisateurs des services de transport (Gilman, 1984)4. En réponse, notamment, à ce mouvement de concentration, de nombreux pays en développement ont adopté des politiques visant à faire en sorte qu’une large part des transports maritimes soit assurée par des flottes battant pavillon national, ce qui a de nouveau mis un frein à la concurrence et alourdi les frais de transport, surtout pour les pays en développement.

  • Problèmes d’évaluation. Il est difficile de comparer la récente baisse des frais de transport avec celle d’une période antérieure parce que les services de transport ne sont pas homogènes. Les services de transport diffèrent en effet sous plusieurs aspects, comme la rapidité, la fiabilité ou la fréquence, et les prix ne sont pas ajustés en fonction de ces variations de la qualité des services. Cette dernière s’est considérablement améliorée ces dernières années: Hummels (2000) conclut que la réduction du délai de transport entre 1950 et 1998, due à l’introduction du fret aérien et à la mise en service de navires long-courriers plus rapides, a été équivalente à un abaissement de 32 % à 9 % des droits de douane sur les biens manufacturés. Cependant, étant donné que les prix ne sont pas ajustés en fonction de la qualité du service, ils ne saisissent pas cette augmentation sensible de la rapidité.

Malgré ces problèmes d’évaluation, il est probable que la baisse des frais de transport—induite par le progrès technique—a été plus importante pour l’intégration économique de la fin du XIXe siècle que pour la mondialisation de la fin du XXe siècle.

Il est important de considérer, en ce qui concerne les pays en développement, que la qualité de l’infrastructure est un déterminant non négligeable des frais de transport. Les frais de transport en pourcentage de la valeur des importations varient considérablement suivant les pays, allant d’environ 4,5 % dans les pays industriels à 12 % en Afrique (CNUCED, 2001). Ces variations sont surtout imputables à des différences des facteurs géographiques et de l’infrastructure. Limâo et Venables (2001) constatent que les frais de transport dans les pays enclavés sont supérieurs d’environ 50 % à la moyenne. Clark, Dollar et Micco (2002) établissent que si des améliorations portent l’efficience d’un port maritime d’un niveau inférieur à un niveau supérieur à la moyenne, les coûts de transport sont réduits de plus de 12 %. Des infrastructures de transport de faible qualité caractérisent particulièrement les pays les plus pauvres et elles limitent considérablement leurs possibilités d’expansion commerciale.

Il est probable que les attentats du 11 septembre 2001 entraîneront à long terme une augmentation des frais de transport. Le fait que ces derniers sont restés généralement stables après le 11 septembre, c’est-à-dire pendant une période de récession et de relative faiblesse des prix pétroliers (les frais de transport baissent habituellement dans ces conditions) donne à penser que leur niveau sous-jacent a sans doute augmenté. Cette augmentation pourrait résulter, par exemple, de la nécessité pour les autorités douanières de procéder à une inspection systématique des conteneurs. Le coût des mesures de sécurité pourrait être de l’ordre de 1 % à 3 % de la valeur des échanges commerciaux (OCDE, 2002). L’inspection des conteneurs, même si elle ne porte que sur une faible partie d’entre eux, donnera lieu à un coût explicite pour les pouvoirs publics et à un coût implicite bien plus lourd pour les importateurs et exportateurs, sous forme de retards. Hummels (2000) estime qu’un retard d’une journée équivaut à une perte de 0,8 % de la valeur du bien manufacturé. En outre, une plus grande incertitude à propos des délais obligera les entreprises à conserver des stocks plus importants.

Note: Antonio Spilimbergo est l’auteur principal de cet encadré.1Il est difficile d’estimer les frais de transport parce que les services de transport ne sont pas homogènes et que les indicateurs disponibles ne sont pas fiables. Une méthode courante consiste à calculer les frais de transport comme la différence entre la valeur des exportations f.à.b. et la valeur des importations c.a.f. pour une paire donnée de pays. Cependant, les sources originales de données ne sont pas fiables et la structure des échanges varie avec le temps, ce qui complique les comparaisons d’une période à l’autre (Hummels, 1999).2Hummels (1999) fait cependant état d’une augmentation des frais de transport maritime entre 1970 et 1985.3La part des transports aériens dans les importations totales des États-Unis est passée de 6,2 % en 1965 à 24,7 % en 1998.4La pratique de l’immatriculation de navires sous des pavillons de complaisance a cependant apporté une réduction des coûts d’exploitation, comprise entre 12 % et 27 % (Hummels, 1999).

Le modèle met en évidence un degré sensible de sous-échange dans certaines régions de pays en développement, étant entendu que des pays divergent parfois des moyennes régionales. Le tableau 3.3 présente les différences moyennes entre le commerce extérieur effectif et le commerce prévu, exprimées par convention sous une forme logarithmique15. Rose (2002), établit le même ordre de classement des régions en fonction de l’adéquation des échanges. Le degré de sous-échange est élevé au Moyen-Orient et en Afrique du Nord, conformément au résultat de Al-Atrash et Yousef (2000), ainsi qu’en Asie du Sud, bien que cette évaluation ne prenne pas en compte le commerce des services, dont l’essor a été particulièrement rapide dans cette région. Le degré de sous-échange est plus faible dans l’Hémisphère occidental. Les échanges des pays d’Afrique subsaharienne sont sensiblement supérieurs aux prédictions du modèle, ce qui confirme les résultats de Foroutan et Pritchett (1993), Rodrik (1998) et Coe et Hoffmaister (1999). Les pays d’Asie de l’Est affichent un commerce extérieur robuste, relativement aux autres pays en développement.

Tableau 3.3.Sous-échange dans les pays en développement, 1995–991(Différence moyenne entre le commerce effectif et le commerce attendu, en logarithmes)
Différence moyenne entre le commerce effectif et le commerce attendu
Commerce intrarégional3
RégionCommerce

total2
Commerce

Intrarégional
TotalPays en

développement4
Pays

industriels4
Afrique subsaharienne0,050,50−0,01−0,040,01
Asie
Asie de l’Est0,450,960,420,400,45
Asie du Sud−0,44−0,76−0,43−0,46−0,35
Moyen-Orient et Afrique du Nord−0,49−0,74−0,48−0,60−0,24
Hémisphère occidental
Caraïbes et Amérique centrale−0,120,82−0,24−0,41−0,09
Amérique du Sud−0,110,44−0,15−0,340,18
Source: estimations des services du FMI.

Sur la base d’une équation du modèle gravitationnel estimée avec des données moyennes pour la période 1995–99.

Ensemble des flux bilatéraux faisant intervenir au moins un pays de cette région.

Échanges bilatéraux avec d’autres pays en développement et avec les pays industriels.

Flux d’échanges interrégionaux faisant intervenir d’autres pays en développement ou des pays industriels.

Source: estimations des services du FMI.

Sur la base d’une équation du modèle gravitationnel estimée avec des données moyennes pour la période 1995–99.

Ensemble des flux bilatéraux faisant intervenir au moins un pays de cette région.

Échanges bilatéraux avec d’autres pays en développement et avec les pays industriels.

Flux d’échanges interrégionaux faisant intervenir d’autres pays en développement ou des pays industriels.

Le sous-échange concerne généralement moins le commerce intrarégional que le commerce interrégional. Ce résultat n’est pas une évidence, parce que les facteurs géographiques qui tendent à stimuler le commerce intrarégional sont déjà pris en compte dans le modèle gravitationnel. Les accords régionaux préférentiels, comme l’accord MERCOSUR, apportent sans doute un élément d’explication. Si des variables auxiliaires représentant les accords régionaux d’échanges préférentiels sont incluses dans le modèle gravitationnel, le suréchange intrarégional est sensiblement réduit dans l’Hémisphère occidental, bien qu’il ne soit guère modifié dans les autres régions. Les degrés de sous-échange ou de suréchange interrégional restent quant à eux à peu près inchangés, ce qui permet de penser que les accords commerciaux régionaux ne détournent pas les courants naturels des échanges dans les régions de pays en développement16.

Au cours des vingt dernières années, les degrés de sous-échange ont varié dans les différentes régions, sous l’effet de l’évolution des obstacles artificiels au commerce extérieur (tableau 3.4). Deux régions ont enregistré un affaiblissement relatif de leur commerce extérieur: l’Afrique subsaharienne et—surtout—le Moyen-Orient et l’Afrique du Nord qui sont passés d’un faible degré de suréchange à un degré élevé de sous-échange. La détérioration des performances commerciales de l’Afrique subsaharienne, qui est en partie, seulement, imputable à une baisse de longue période des prix des produits de base non pétroliers, confirme les préoccupations notées dans les Perspectives de l’économie mondiale de mai 2001, à propos de la marginalisation de cette région dans le système commercial mondial. Dans les autres régions—Asie de l’Est, Asie du Sud, Amérique du Sud, et tout particulièrement les Caraïbes et l’Amérique centrale—le commerce extérieur est devenu relativement plus robuste. L’évolution des accords régionaux d’échanges préférentiels ne peut pas expliquer les variations du degré du suréchange intrarégional dans les années 80 et 90, sauf en Amérique du Sud où l’accord MERCOSUR a entraîné un accroissement du commerce entre les pays membres pendant les années 9017.

Tableau 3.4.Variations du sous-échange au fil du temps1(Différence moyenne entre le commerce effectif et le commerce attendu, en logarithmes)
Différence moyenne entre le commerce effectif et le commerce attendu2
Région1980–841985–891990–941995–99Variation entre

1980–84 et 1995–99
Afrique subsaharienne0,290,320,250,05−0,24
Asie
Asie de l’Est0,270,190,280,450,18
Asie du Sud−0,68−0,54−0,65−0,440,24
Moyen-Orient et Afrique du Nord0,08−0,19−0,29−0,49−0,57
Hémisphère occidental
Caraïbes et Amérique centrale−0,49−0,40−0,30−0,120,37
Amérique du Sud−0,30−0,26−0,17−0,110,19
Source: estimations des services du FMI.

Sur la base d’une équation du modèle gravitationnel estimée avec des données moyennes pour les périodes considérées.

Ensemble des flux bilatéraux faisant intervenir au moins un pays de cette région.

Source: estimations des services du FMI.

Sur la base d’une équation du modèle gravitationnel estimée avec des données moyennes pour les périodes considérées.

Ensemble des flux bilatéraux faisant intervenir au moins un pays de cette région.

En résumé, l’analyse qui précède permet de penser que l’insuffisance du commerce extérieur reste un grave problème dans de nombreux pays en développement, surtout au Moyen-Orient et en Afrique du Nord, ainsi qu’en Asie du Sud. Le sous-échange est la manifestation d’obstacles artificiels supérieurs à la moyenne et érigés de toutes parts dans le cadre des politiques et institutions du pays en question.

Encadré 3.3.Le modèle gravitationnel du commerce international

Le modèle gravitationnel est largement utilisé, depuis quarante ans, dans le cadre des travaux de recherche empirique sur les échanges commerciaux. Empruntant à la physique newtonienne, ce modèle qui consiste en une seule équation postule que le montant des échanges entre deux pays est une fonction croissante de la masse économique et une fonction décroissante de la résistance: les principales variables de masse sont la taille conjuguée des deux économies procédant aux échanges et leur niveau conjugué de développement économique. L’inclusion à la fois du revenu et du revenu par habitant signifie que la taille de la population est également incluse, ce qui permet de tenir compte de la règle empirique selon laquelle la part du commerce extérieur dans le revenu diminue lorsque la taille du pays augmente.

La taille conjuguée, qui se mesure habituellement comme le produit des PIB, est importante pour la simple raison que le commerce extérieur—comme pratiquement tous les autres aspects de l’activité économique—augmente en général avec la taille globale de l’économie. Le niveau de développement conjugué, généralement mesuré comme le produit des revenus par habitant, est pris en compte parce que le commerce bilatéral tend à augmenter plus que proportionnellement lorsque les économies s’enrichissent (voir Frankel, 1997; Boisso and Ferrantino, 1997). En particulier, la demande de biens différenciés—les biens qui diffèrent légèrement les uns des autres du point de vue de la conception, des matériaux et des techniques utilisés—augmente avec le revenu, ce qui aboutit à des échanges bidirectionnels ou intra-industriels de produits comparables parce que, sous l’effet de rendements croissants à l’échelle, la production de bien différenciés reste spécialisée (voir Helpman and Krugman, 1985)1.

Le principal facteur de résistance dans le modèle gravitationnel est constitué par les frais de transport, qui sont généralement représentés par des variables géographiques, pour les raisons exposées dans l’encadré 3.2. La principale variable géographique est la distance absolue entre les deux pays partenaires considérés, les paires de pays voisins échangeant généralement davantage que celles de pays éloignés l’un de l’autre2. Il a récemment été avancé, dans le cadre de modèles théoriques des échanges, que la distance relative (c’est-à-dire, la distance entre deux partenaires commerciaux rapportée aux distances entre chacun d’entre eux et leurs autres partenaires), est plus importante que la distance absolue (voir, par exemple, Anderson and van Wincoop, 2001)3. Conformément à cette idée, des études empiriques récentes ont pris en considération la distance relative au lieu de la distance absolue, ou ajouté au modèle un indicateur d’éloignement comme la distance moyenne séparant chaque pays de ses partenaires (voir Frankel and Wei, 1998; Soloaga and Winters, 2001; Mélitz, 2001). Les résultats empiriques présentés dans ce chapitre résistent à l’inclusion d’une variable d’éloignement ou au remplacement de la distance absolue par la distance relative.

Les autres variables représentatives des frais de transport sont le nombre de pays enclavés en présence dans une relation commerciale bilatérale, la superficie des deux économies considérées (les frais de transport sont une fonction croissante de ces deux variables) et l’existence d’une frontière commune (qui réduit au contraire les frais de transport). En particulier, l’enclavement va de pair avec des effets défavorables importants sur le commerce extérieur4. Des affinités d’ordre historique ou culturel, notamment un passé colonial ou une langue commune, tendent à réduire les coûts de recherches et de communication grâce à une bonne connaissance mutuelle des coutumes, des institutions et du système juridique du partenaire, et par conséquent à faciliter les échanges.

Outre ces frictions «naturelles», il existe des frictions «artificielles»—résultant surtout des politiques suivies. Les plus évidentes sont les politiques affectant le commerce extérieur, notamment les droits de douane, les contingents et les accords régionaux d’échanges préférentiels. Les autres obstacles importants liés aux politiques suivies sont les mesures de contrôle des changes et des mouvements de capitaux, qui influent sur le commerce extérieur par divers canaux, notamment ceux du prix intérieur des importations et des coûts de transactions. Si l’on estime généralement que ces politiques ont d’importants effets sur les échanges, l’analyse présentée dans ce chapitre est l’une des premières à inclure explicitement des variables liées aux politiques suivies dans le modèle gravitationnel (voir également Tamirisa, 1999; Estevadeordal, Frantz, and Taylor 2002)5. D’après les conclusions de cette analyse, les restrictions frappant le commerce et les paiements extérieurs ont des effets négatifs, importants et statistiquement significatifs sur les flux d’échanges bilatéraux.

Le modèle gravitationnel s’est révélé très efficace pour rendre compte des flux d’échanges bilatéraux et les conclusions qu’il a permis de tirer sont parmi «les plus claires et les plus robustes en économie» (Leamer and Levinsohn, 1995). Des travaux montrant que l’équation gravitationnelle peut être tirée de modèles théoriques simples des échanges ont amplifié son succès auprès des économistes (voir Anderson, 1979; Deardorff, 1998). Néanmoins, comme c’est le cas de tout cadre d’analyse économétrique, le modèle gravitationnel comporte des limites. En tout premier lieu, il pose des problèmes d’endo-généité et de multicolinéarité, qui sont habituels dans l’analyse économétrique, bien que leurs effets sur la valeur et la signification statistique des coefficients estimés tendent à être faible, comme le démontre Frankel (1997) ou Rose (2000, 2002). En outre, le modèle gravitationnel est mieux adapté aux analyses en coupe transversale, comme c’est le cas dans le présent chapitre, parce qu’il fait abstraction des prix relatifs, des dotations en facteurs et de la structure de la production, qui sont des déterminants importants des variations dans le temps de la structure du commerce international6.

Note: Thomas Helbling est le principal auteur de cet encadré.1Le débat à propos des rôles relatifs des échanges intra-industriels et des échanges fondés sur les dotations en facteurs reste animé (voir, par exemple, Davis and Weinstein, 2001).2L’effet défavorable de la distance sur les flux d’échanges confirme l’idée selon laquelle les pays voisins sont des partenaires commerciaux naturels (voir Krugman, 1991). Néanmoins, le bien-fondé de l’hypothèse des partenaires commerciaux naturels peut être affaibli si d’autres éléments sont pris en considération (Panagariya, 2000).3Cela renvoie à la question plus générale de savoir comment il convient de prendre en compte les effets des pays tiers dans le modèle gravitationnel.4Limão et Venables (2001) établissent que, dans l’économie enclavée médiane de leur échantillon, les frais de transport sont 42 % plus élevés et le commerce extérieur trois fois moins important que dans l’économie côtière médiane.5Une importante exception générale à cette règle concerne les effets des accords commerciaux régionaux sur les échanges. Voir Bayoumi and Eichengreen (1997); Frankel (1997); Soloaga and Winters (2001).6Non seulement certains coefficients varient avec le temps, mais le sens de cette variation est parfois difficile à interpréter. Par exemple, de nombreuses études ont établi que l’effet défavorable de la distance sur les flux commerciaux bilatéraux est resté à peu près constant ou même a augmenté avec le temps, ce qui contredit l’optimisme souvent exprimé à propos de «l’abolition des distances» dans une économie mondialisée (Leamer and Levinsohn, 1995; Frankel, 1997; Boisso and Ferrantino, 1997). Récemment, Coe et al. (dans un ouvrage à paraître) ont décelé des indications à l’appui de l’abolition des distances.

Impact des restrictions frappant le commerce et les paiements extérieurs

Bien que le degré de sous-échange soit un indicateur des obstacles artificiels dans leur ensemble, il n’est directement relié à aucune mesure de politique commerciale ou financière en particulier. Cet indicateur ne peut donc pas servir à évaluer l’impact de la libéralisation du commerce ou des paiements extérieurs sur les flux d’échanges. Pour répondre à ce type de question, nous avons de nouveau estimé le modèle gravitationnel sur la période 1995-99 en considérant, comme variables explicatives, deux indicateurs du degré de restriction des politiques suivies: 1) l’indice de restriction globale du régime de commerce extérieur, qui est établi sur les droits d’importation moyens et les obstacles non tarifaires (FMI, 1998); et 2) un indice de restriction des paiements extérieurs, qui exprime le degré de rigueur des restrictions frappant les paiements courants et les flux de capitaux (Mody and Murshid, 2002)18.

D’après ces deux indicateurs, les politiques du commerce et des paiements extérieurs sont généralement moins restrictives en Afrique subsaharienne, en Asie de l’Est et dans l’Hémisphère occidental que dans les autres régions, bien que d’importants problèmes d’évaluation se posent (tableau 3.5)19. Autrement dit, la marginalisation de l’Afrique subsaharienne par rapport au système commercial mondial n’est pas imputable principalement aux restrictions pesant sur le commerce et les paiements extérieurs mais à d’autres aspects du cadre général des politiques et des institutions dans la région. De même, dans l’Hémisphère occidental, le niveau observé des restrictions frappant le commerce et les paiements extérieurs est relativement faible, alors que le degré de sous-échange de cette région permet de penser que les obstacles artificiels y sont, dans l’ensemble, supérieurs à la moyenne.

Tableau 3.5.Restrictions bilatérales dans les pays en développement, 1997-991(Écart par rapport à la moyenne pondérée des restrictions applicables dans tous les pays)
Restrictions frappant

le commerce

extérieur2
Restrictions frappant

les paiements

extérieurs3
RégionTotal des

échanges
Commerce

intrarégional
Total des

échanges
Commerce

intrarégional
Afrique subsaharienne0,211,520,512,00
Asie
Asie de l’Est−0,320,370,511,70
Asie du Sud2,955,071,623,18
Moyen-Orient et
Afrique du Nord3,196,760,701,59
Hémisphère occidental
Caraïbes et Amérique centrale−0,46−0,09−0,66−0,29
Amérique du Sud−0,93−1,48−0,04−0,13
Pour mémoire:
Échanges Nord-Nord−1,78−2,65
Échanges Nord-Sud−0,53−0,82
Échanges Sud-Sud0,871,33
Source: calculs des services du FMI.

Moyenne des indices sur la période 1997-99. L’échelle variant selon l’indice, seules des comparaisons ordinales d’un indice à l’autre sont possibles. Ces indices sont des moyennes des indices des relations commerciales bilatérales et ils ont été établis sous l’hypothèse d’additivité.

L’indice varie de 2 à 20, en fonction des taux moyens des droits de douane et des barrières non tarifaires. Voir FMI (1998).

L’indice varie de 0 à 8, sur la base de l’ouverture du pays aux transactions courantes et financières, de l’existence de taux de change multiples pour les transactions financières et de la rigueur des régimes de rétrocession et de rapatriement des revenus. Voir Mody and Murshid (2002).

Source: calculs des services du FMI.

Moyenne des indices sur la période 1997-99. L’échelle variant selon l’indice, seules des comparaisons ordinales d’un indice à l’autre sont possibles. Ces indices sont des moyennes des indices des relations commerciales bilatérales et ils ont été établis sous l’hypothèse d’additivité.

L’indice varie de 2 à 20, en fonction des taux moyens des droits de douane et des barrières non tarifaires. Voir FMI (1998).

L’indice varie de 0 à 8, sur la base de l’ouverture du pays aux transactions courantes et financières, de l’existence de taux de change multiples pour les transactions financières et de la rigueur des régimes de rétrocession et de rapatriement des revenus. Voir Mody and Murshid (2002).

Les deux variables représentant les politiques suivies exercent des effets sensiblement négatifs sur les flux d’échanges bilatéraux (tableau 3.6). Les coefficients mesurent les effets exercés sur le commerce extérieur par des variations du degré de rigueur des politiques. Un accroissement d’un point des deux indices des restrictions au commerce et aux paiements extérieurs abaisse d’environ 5 % le volume des échanges. En ce qui concerne les autres variables, les valeurs des coefficients sont généralement similaires à celles qui sont obtenues pour le modèle gravitationnel sans les indicateurs explicites des politiques du commerce et des paiements extérieurs et elles restent comparables par leurs signes, leurs ordres de grandeur et leur signification statistique aux résultats des travaux récemment publiés. Il est intéressant de constater que la valeur du coefficient du produit par habitant baisse un peu lorsque ces variables sont incluses, ce qui signifie que la rigueur des politiques suivies est négativement corrélée avec le niveau de développement économique. En d’autres termes, les politiques sont plus restrictives lorsque les pays sont plus pauvres, ce qui témoigne de l’effet défavorable des restrictions sur la croissance.

Tableau 3.6.Estimations du modèle gravitationnel1
Non compris

les variables

représentant

les politiques
Y compris

les variables

représentant les

politiques
Produit des PIB des partenaires commerciaux20,91*0,94*
Produit des revenus par habitant des partenaires commerciaux20,27*0,19*
Distance2−1,15*−1,17*
Nombre de pays enclavés3−0,34*−0,41*
Frontière terrestre commune40,75*0,70*
Nombre d’îles30,030,06
Produit des superficies des pays partenaires2−0,09*−0,09*
Langue commune40,46*0,45*
Puissance coloniale commune40,69*0,71*
Relation coloniale passée ou présente41,06*1,04*
Union monétaire stricte entre les partenaires commerciaux41,23*1,32*
Restrictions frappant le commerce extérieur5−0,05*
Restrictions frappant les paiements extérieurs6−0,05*
R2 ajusté0,7990,803
Nombre d’observations4,8154,815
Source: calculs des services du FMI.

Modèle estimé d’après la moyenne des données sur la période 1995-99. Un astérisque indique que les résultats sont statistiquement significatifs au seuil de 1 %. Les niveaux de signification statistique sont fondés sur les écarts types qui résistent aux tests d’hétéroscédasticité.

Variable exprimée en logarithmes.

Dans la relation bilatérale.

Variable auxiliaire.

L’lndice varie de 2 à 20, sur la base des taux moyens des droits de douane et des obstacles non tarifaires. Voir FMI (1998).

L’indice varie de 0 à 8, sur la base de l’ouverture du pays aux transactions courantes et financières, de l’existence de taux de change multiples pour les transactions financières et de la rigueur des régimes de rétrocession et de rapatriement des revenus. Voir Mody and Murshid (2002).

Source: calculs des services du FMI.

Modèle estimé d’après la moyenne des données sur la période 1995-99. Un astérisque indique que les résultats sont statistiquement significatifs au seuil de 1 %. Les niveaux de signification statistique sont fondés sur les écarts types qui résistent aux tests d’hétéroscédasticité.

Variable exprimée en logarithmes.

Dans la relation bilatérale.

Variable auxiliaire.

L’lndice varie de 2 à 20, sur la base des taux moyens des droits de douane et des obstacles non tarifaires. Voir FMI (1998).

L’indice varie de 0 à 8, sur la base de l’ouverture du pays aux transactions courantes et financières, de l’existence de taux de change multiples pour les transactions financières et de la rigueur des régimes de rétrocession et de rapatriement des revenus. Voir Mody and Murshid (2002).

Il est frappant de constater que les restrictions aux paiements extérieurs exercent un effet défavorable significatif et prononcé sur le commerce extérieur, ce qui corrobore l’idée selon laquelle les frictions financières peuvent contribuer à expliquer la segmentation sur les marchés mondiaux des biens. Cette idée fait écho à celle suivant laquelle les frictions commerciales sont une cause de la segmentation des marchés financiers internationaux (Obstfeld and Rogoff, 2000a). De plus en plus de travaux sont consacrés à l’effet dépressif qu’exercent les frictions financières internationales sur le commerce extérieur. Tamirisa (1999) établit que le contrôle des changes et des mouvements de capitaux constitue un obstacle significatif au commerce extérieur. Rose (2000) montre qu’après l’adhésion d’un pays à une union monétaire, ses échanges avec les autres membres de l’union sont plus que triplés, sans que cela donne lieu à un détournement des courants commerciaux20. Rose et Spiegel (2002) établissent que les défauts de paiement au titre de la dette souveraine tendent eux aussi à exercer des effets défavorables sur le commerce extérieur21.

Une libéralisation multilatérale du commerce et des paiements extérieurs produirait des effets considérables sur les échanges. Le tableau 3.7 présente des exemples de calcul de l’impact d’une libéralisation dans les pays industriels, dans les pays en développement et dans tous les pays22. Si les pays industriels abaissaient au plus faible niveau possible les restrictions frappant le commerce extérieur, leurs échanges avec les pays en développement (c’est-à-dire, le commerce Nord-Sud) augmenteraient d’environ 14 %. Les effets d’une libéralisation des paiements extérieurs sur le commerce sont généralement plus limités, étant donné les niveaux déjà faibles des restrictions applicables dans ce domaine dans les pays industriels. La libéralisation intégrale du commerce et des paiements extérieurs dans tous les pays augmenterait le commerce Nord—Nord d’environ 40 %, le commerce Nord—Sud d’environ 63 % et le commerce Sud-Sud d’environ 94 %.

Tableau 3.7.Effets de la libéralisation sur le commerce international1

(Réduction des indices de restriction en points; les effets sur le commerce sont exprimés en pourcentage du volume potentiel des échanges préalablement à la libéralisation)

Restrictions au

commerce extérieur2
Restrictions aux

paiements extérieurs3
Ensemble des

restrictions
RégionLibéralisation4Effets sur

le commerce
Libéralisation4Effets sur

le commerce
Effets sur

le commerce
Libéralisation dans les pays industriels exclusivement
Commerce Nord-Nord−5,330,5−1,57,340,0
Commerce Nord-Sud−2,714,4−0,63,117,9
Libéralisation dans les pays en développement exclusivement
Commerce Nord-Sud−3,921,4−2,713,738,0
Commerce Sud-Sud−8,049,0−5,429,993,6
Libéralisation dans tous les pays
Commerce Nord-Nord−5,330,5−1,57,340,0
Commerce Nord-Sud−6,538,9−3,317,262,8
Commerce Sud-Sud−8,049,0−5,429,993,6
Source: calculs des services du FMI à partir des estimations du modèle gravitationnel présentées dans le tableau 3.5.

Effets d’une réduction des indicateurs au plus faible niveau possible. Les effets sur les échanges commerciaux sont donnés par le coefficient et par la réduction de l’indicateur. Les indicateurs sont des valeurs moyennes pour les relations commerciales bilatérales pendant la période, et ils ont été établis sur l’hypothèse d’additivité.

L’indice varie de 2 à 20, en fonction des taux moyens des droits de douane et des barrières non tarifaires.

Variable auxiliaire variant de 0 à 8, sur la base de l’ouverture du pays aux transactions courantes et financières, de l’existence de taux de change multiples pour les transactions financières et de la rigueur des régimes de rétrocession et de rapatriement des revenus.

Réduction de la valeur moyenne de l’indice ordinal de restrictions par suite de la libéralisation.

Source: calculs des services du FMI à partir des estimations du modèle gravitationnel présentées dans le tableau 3.5.

Effets d’une réduction des indicateurs au plus faible niveau possible. Les effets sur les échanges commerciaux sont donnés par le coefficient et par la réduction de l’indicateur. Les indicateurs sont des valeurs moyennes pour les relations commerciales bilatérales pendant la période, et ils ont été établis sur l’hypothèse d’additivité.

L’indice varie de 2 à 20, en fonction des taux moyens des droits de douane et des barrières non tarifaires.

Variable auxiliaire variant de 0 à 8, sur la base de l’ouverture du pays aux transactions courantes et financières, de l’existence de taux de change multiples pour les transactions financières et de la rigueur des régimes de rétrocession et de rapatriement des revenus.

Réduction de la valeur moyenne de l’indice ordinal de restrictions par suite de la libéralisation.

Poids relatifs des politiques suivies et des autres facteurs

Afin de relativiser le rôle des politiques suivies, nous comparons dans cette section les effets des restrictions du commerce et des paiements extérieurs sur les échanges avec ceux qu’exercent d’autres facteurs déterminants, notamment la taille de l’économie, le niveau de développement économique et la géographie. Aux fins de cette comparaison, le commerce Nord-Nord sert de référence, parce que les pays industriels appliquent généralement des politiques moins restrictives, surtout en ce qui concerne les biens manufacturés qui représentent l’essentiel de leurs échanges mutuels23. L’analyse repose sur le modèle gravitationnel inclusif des variables des politiques du commerce et des paiements extérieurs.

La principale raison pour laquelle le niveau absolu du commerce entre pays industriels est bien supérieur à celui du commerce entre pays en développement tient au fait que le PIB des premiers est en moyenne deux fois plus grand que celui des seconds. D’après les coefficients du modèle gravitationnel, les différences de taille économique expliquent 80 % de l’écart entre les flux commerciaux bilatéraux moyens des deux groupes de pays. Étant donné que la taille de l’économie a un tel impact sur les flux commerciaux bilatéraux, les résultats présentés ci-après ont été ajustés pour en faire abstraction. Même après cet ajustement, les flux commerciaux bilatéraux auxquels participent des pays en développement restent plus faibles que les flux d’échanges entre les pays industriels.

Dans l’ensemble, les résultats indiquent que les restrictions frappant le commerce et les paiements extérieurs contribuent de façon non négligeable à expliquer pourquoi le commerce extérieur représente une moindre fraction du PIB pour les pays en développement que pour les pays industriels, bien que le développement économique et les facteurs géographiques jouent un rôle encore plus important (graphique 3.4). Le plus faible niveau du revenu par habitant est la principale raison pour laquelle le commerce Sud–Sud est inférieur au commerce Nord–Nord, et il explique environ un cinquième de la différence entre les échanges Nord-Sud et Nord-Nord (en données ajustées pour tenir compte de la taille de l’économie). Les différences de revenu par habitant sont très importantes pour le commerce extérieur parce que si les consommateurs sont plus riches, leur demande tend à être plus diversifiée, tandis que la production de biens différenciés reste spécialisée, ce qui donne lieu à des échanges intra-industriels. Les facteurs géographiques, en particulier l’éloignement, constituent le principal obstacle au commerce Nord-Sud, et expliquent, à raison des deux cinquièmes, l’insuffisance du commerce Sud—Sud par rapport aux prédictions du modèle.

Graphique 3.4.Pourquoi les pays en développement échangent-ils moins que les pays industriels?1

(Pourcentage)

Les restrictions frappant le commerce et les paiements extérieurs contribuent de façon significative à expliquer pourquoi les échanges commerciaux sont plus faibles par rapport au PIB dans les pays en développement que dans les pays industriels, mais le niveau de développement économique et les facteurs géographiques sont encore plus importants.

Source: calculs des services du FMI.

1Contribution des différentes variables à la moindre instabilité du commerce Nord-Sud et du commerce Sud-Sud, comparativement au commerce Nord-Nord, après correction des données en fonction de la taille économique.

2Les autres facteurs géographiques comprennent l’enclavement, la superficie, l’existence de frontières terrestres communes et l’insularité.

3Les politiques suivies comprennent les restrictions applicables à la balance globale des paiements, celles qui frappent le commerce extérieur et les régimes d’union monétaire.

4Les autres facteurs comprennent l’existence d’une relation coloniale passée, d’une langue commune ou d’une puissance coloniale commune.

Les politiques restrictives touchant le commerce et les paiements extérieurs représentent 10 % à 20 % de l’insuffisance des flux d’échanges bilatéraux ajustés. Les politiques restrictives pénalisent davantage le commerce Sud–Sud que le commerce Nord–Sud parce que l’effet défavorable de plus lourdes restrictions est doublé si ces dernières sont appliquées par chacun des deux partenaires, comme c’est en moyenne le cas dans les pays en développement. Les autres déterminants, comme les facteurs linguistiques ou historiques, sont beaucoup moins importants parce que les différences à cet égard entre pays industriels et en développement sont en moyenne faibles. Enfin, les différences inexpliquées représentent seulement une faible partie de l’insuffisance des échanges faisant intervenir des pays en développement.

Le modèle gravitationnel parvient moins bien à expliquer pourquoi les échanges représentent une plus grosse fraction du PIB dans les pays en développement d’Asie de l’Est (graphique 3.5). Contrairement aux résultats présentés plus haut, une bonne part de cette supériorité est imputable à des différences inexpliquées. En ce qui concerne les différences expliquées, les pays d’Asie de l’Est affichent en moyenne un revenu par habitant plus élevé et mènent des politiques moins restrictives, ces deux éléments tendant à stimuler les échanges, mais ils sont en revanche relativement éloignés de leurs partenaires commerciaux, ce qui tend à réduire les échanges.

Graphique 3.5.Pourquoi les pays en développement d’Asie de l’Est échangent-ils davantage que les autres?1

(Pourcentage)

Les échanges représentent une plus grosse fraction du PIB dans les pays en développement d’Asie de l’Est, en partie parce que les revenus par habitant de ces pays sont plus élevés et leurs politiques moins restrictives, mais la majeure partie de la différence est inexpliquée.

Source: calculs des services du FMI.

1Contribution des différentes variables à la plus forte intensité des échanges de l’Asie de l’Est, comparativement au commerce des autres régions de pays en développement.

2Les autres facteurs géographiques comprennent l’enclavement, la superficie, l’existence de frontières terrestres communes et l’insularité.

3Les politiques suivies comprennent les restrictions applicables à la balance globale des paiements, celles qui frappent le commerce extérieur et les régimes d’union monétaire.

4Les autres facteurs comprennent l’existence d’une relation coloniale passée, d’une langue commune ou d’une puissance coloniale commune.

La large différence inexpliquée entre le volume des échanges des pays d’Asie de l’Est et celui des pays en développement d’autres régions est peutêtre liée à la spécialisation verticale de plus en plus prononcée dans la production mondiale (encadré 3.4). La forte expansion du commerce international enregistrée ces dernières années s’est accompagnée d’un plus grand fractionnement de la chaîne de production. Sous l’effet des progrès de la spécialisation verticale internationale, les flux commerciaux augmentent par rapport au PIB même lorsque tous les autres facteurs restent inchangés. En effet, la contribution des échanges intrasectoriels à l’expansion du commerce total, qui découle en partie des progrès de la spécialisation verticale, est plus forte en Asie de l’Est que dans les autres régions (tableau 3.8). Par ailleurs, dans le modèle gravitationnel, la différence entre le commerce effectif et le commerce prévu diminue en Asie de l’Est dès lors que la part des échanges intrasectoriels est prise en compte24. Jusqu’à présent, l’externalisation des approvisionnements a surtout influé sur les flux commerciaux entre les pays industriels, entre ces derniers et les pays d’Asie de l’Est et entre les pays d’Asie de l’Est, mais elle prend de plus en plus une dimension mondiale.

Tableau 3.8.Échanges intra-industriels1(Pourcentage)
Part de l’expansion totale

des échanges imputable

à la croissance

du commerce intra-industriel
Région1986–901991–951996–2000
Afrique subsaharienne30,030,513,0
Asie
Asie de l’Est42,546,975,0
Asie du Sud31,221,834,4
Moyen-Orient
et Afrique du Nord6,45,826,1
Hémisphère occidental
Caraïbes et
Amérique centrale25,939,334,5
Amérique du Sud4,632,134,0
Source: calculs des services du FMI à partir de statistiques tirées de la base de données Comtrade des Nations Unies.

Contribution moyenne de la croissance du commerce intraindustriel à l’expansion totale des échanges sur trois périodes de cinq ans (au niveau de classification à deux chiffres de la CTCI). La méthodologie est fondée sur celle de Menon et Dixon (1996).

Source: calculs des services du FMI à partir de statistiques tirées de la base de données Comtrade des Nations Unies.

Contribution moyenne de la croissance du commerce intraindustriel à l’expansion totale des échanges sur trois périodes de cinq ans (au niveau de classification à deux chiffres de la CTCI). La méthodologie est fondée sur celle de Menon et Dixon (1996).

Le rôle de plus en plus important de la spécialisation verticale en Asie de l’Est confirme l’orientation de cette région vers la production à forte intensité de main-d’œuvre. Le graphique 3.6 présente la composition factorielle des exportations nettes, c’est-à-dire, les dotations en capital, maind’œuvre, terre, ressources naturelles et techniques dans les différentes régions de pays en développement25. L’Asie de l’Est est un exportateur net de produits manufacturés à forte intensité de maind’œuvre, l’Afrique subsaharienne et l’Amérique latine sont des exportateurs nets de produits agricoles et l’Afrique subsaharienne, l’Amérique latine ainsi que le Moyen-Orient et l’Afrique du Nord sont des exportateurs nets de matières premières et de combustibles. Bien que la part des produits manufacturés dans le commerce total ait augmenté au fil du temps dans nombre de pays en développement, le changement le plus sensible dans la structure de la spécialisation factorielle a eu lieu en Asie de l’Est, où les exportations nettes de produits manufacturés à forte intensité de main-d’œuvre ont augmenté, alors que les exportations nettes de produits agricoles et de matières premières ont diminué.

Graphique 3.6.Composition factorielle des exportations nettes, 1991–2000

(Par rapport au PIB; échelle logarithmique; moyennes sur dix ans)

Conformément au rôle de plus en plus important que joue la spécialisation verticale en Asie de l’Est, cette région est un grand exportateur net de produits manufacturés à forte intensité de main-d’oeuvre alors que la plupart des pays en développement continuent à exporter surtout des produits agricoles ou des matières premières.

Source: calculs des services du FMI, d’après Leamer (1984), à partir de statistiques tirées de la base de données Comtrade des Nations Unies.

Encadré 3.4.La spécialisation verticale dans l’économie mondiale

La spécialisation verticale internationale a accompagné l’expansion du commerce mondial. La spécialisation verticale désigne la segmentation du processus de production en plusieurs étapes distinctes, permettant la spécialisation dans l’espace (décentralisation géographique) et entre les entreprises (externalisation). Historiquement, la spécialisation verticale internationale remonte au milieu des années 60, avec le début des activités d’assemblage de composants électroniques à Hong Kong, en Thaïlande, en Malaisie et à Singapour, et de vêtements et produits du cuir en République Dominicaine et aux Philippines. Ainsi, la spécialisation internationale a pris un double aspect, les pays se spécialisant à la fois verticalement dans certaines étapes du processus de production et horizontalement, dans la fabrication de certaines catégories de produits finis.

Les progrès de la spécialisation verticale signifient que le rapport du commerce international à la valeur ajoutée augmente, étant donné le va-et-vient des pièces détachées et composantes qui traversent les frontières au gré des transformations successives tout au long de la chaîne de production. Le tableau indique que le rapport du commerce de marchandises à la valeur ajoutée des marchandises a fortement augmenté entre 1980 et l’an 2000 tant dans les pays industriels que dans les économies de marché émergentes, tout particulièrement dans les pays d’Asie et au Mexique. L’augmentation du rapport du commerce international à la valeur ajoutée est sans doute aussi imputable à une intensification des échanges de produits finis, mais d’autres données empiriques confirment le rôle croissant de la spécialisation verticale dans le commerce international1. Hummels, Ishii et Yi (2001) concluent que l’intensification de la spécialisation verticale explique un tiers de l’expansion du commerce mondial entre 1970 et 1990, une fois corrigés les effets des relations interindustrielles et intraindustrielles2. Yeats (2001) établit que la part des composantes et des pièces détachées dans le commerce de machines et de matériel de transport entre les pays industriels est passée de 26 % en 1978 à 30 % en 1995. En Asie, les exportations et les importations de composantes et de pièces détachées ont enregistré une expansion encore plus rapide que dans la plupart des pays industriels entre la moitié des années 80 et la moitié des années 90 (Ng and Yeats, 1999).

Rapport des échanges de marchandises à leur valeur ajoutée1(Pourcentage)
Pays198019902000
Principales économies industrielles46,251,676,3
Allemagne52,063,796,7
Canada63,770,6108,8
États-Unis30,935,154,6
France50,662,090,0
Italie45,746,976,7
Japon28,720,624,2
Royaume-Uni52,062,483,5
Économies de marché émergentes
Asie93,8115,6168,5
Chine12,123,732,9
Inde11,312,421,6
Économies récemment industrialisées2216,5259,3365,5
Autres339,452,484,3
Hémisphère occidental37,242,658,6
Argentine25,313,229,7
Brésil19,414,634,1
Chili42,855,860,9
Mexique22,848,3102,6
Autres444,452,363,0
Sources: Banque mondiale, 2002; U.S. Council of Economic Advisers.

Ce tableau met à jour et complète le tableau 2 dans Feenstra (1998). Moyennes non pondérées.

Corée, Hong Kong (RAS), Singapour et prov. chinoise de Taiwan.

Bangladesh, Indonésie, Malaisie, Pakistan, Philippines et Thaïlande.

Bolivie, Colombie, Costa Rica, Panama, Paraguay, Uruguay et Venezuela.

Sources: Banque mondiale, 2002; U.S. Council of Economic Advisers.

Ce tableau met à jour et complète le tableau 2 dans Feenstra (1998). Moyennes non pondérées.

Corée, Hong Kong (RAS), Singapour et prov. chinoise de Taiwan.

Bangladesh, Indonésie, Malaisie, Pakistan, Philippines et Thaïlande.

Bolivie, Colombie, Costa Rica, Panama, Paraguay, Uruguay et Venezuela.

Quels sont les conséquences de la spécialisation verticale? Premièrement, elle tend en s’intensifiant, à accélérer la diffusion des chocs dans le monde, car des chocs touchant telle ou telle industrie se transmettent immédiatement aux pays engagés dans la chaîne de production. En revanche, dans le cas de la spécialisation horizontale, un choc touchant une industrie donnée tendra dans un premier temps à se limiter à un plus petit nombre de pays. La sensibilité de plus en plus forte des économies est-asiatiques à l’évolution conjoncturelle dans le secteur mondial des techniques de l’information est examinée dans le chapitre III des Perspectives de l’économie mondiale d’octobre 2001. Deuxièmement, elle permet aux pays de se spécialiser dans les étapes de la production qui correspondent le mieux à leurs dotations relatives en ressources. En l’occurence, les pays en développement disposant d’une main-d’oeuvre abondante peuvent intensifier leur participation à la production manufacturière mondiale en se spécialisant dans la fabrication de pièces détachées et de composants, ou dans des activités d’assemblage, à forte intensité de main-d’oeuvre. Il est également probable que la spécialisation verticale facilite la convergence des salaires, pour des types de travail comparables, et des autres prix des facteurs entre les pays. Enfin, la spécialisation verticale met en évidence l’importance d’une plus ample réduction des barrières commerciales, parce que même si ces barrières sont relativement faibles, leurs effets sont amplifiés lorsque les biens vont et viennent à travers les frontières.

La spécialisation verticale est induite par trois principaux facteurs.

  • Amélioration des réseaux de services. Les réseaux de services entre les lieux de production, notamment les activités telles que les transports, les télécommunications, les assurances, la coordination et le contrôle, sont indispensables à la réussite de la spécialisation verticale. Les innovations techniques dans les domaines des transports et des télécommunications, ainsi que la déréglementation des prestations de services, ont rendu ces activités plus fiables et moins coûteuses (Jones et Kierzkowski, 2001). La croissance économique y a aussi contribué, étant donné qu’une plus forte demande a réduit la valeur relative des coûts fixes d’installation des réseaux de services.

  • Meilleure adaptation à la demande. Le progrès technique a augmenté la possibilité d’adapter à la demande à peu de frais des composants ou pièces détachées généralement normalisées, ce qui permet d’exploiter les rendements croissants à l’échelle de la production de ces éléments3. L’attrait accru de l’externalisation par rapport à une production réalisée sur place à petite échelle a abouti à la «marchandisation» de certains biens manufacturés, tout particulièrement les pièces détachées et composants électroniques et informatiques.

  • Réduction des barrières commerciales. Si les produits intermédiaires vont et viennent à travers les frontières, les effets des barrières commerciales sont multipliés, de sorte qu’une réduction de ces dernières a un impact favorable plus que proportionnel sur la spécialisation verticale. Il n’est pas surprenant que la spécialisation verticale ait parfois vu le jour dans le contexte de dispositions spéciales des régimes des droits de douane et des contingents pour des activités d’assemblage offshore ou dans le cadre d’accords régionaux d’échanges préférentiels4.

À terme, il est probable que la spécialisation verticale deviendra encore plus importante. Les effets négatifs des attentats du 11 septembre 2001 sur les frais de transport (encadré 3.2) seront probablement plus que compensés par de nouvelles avancées techniques dans le domaine des télécommunications, par les progrès de l’adaptation à la demande à peu de frais (surtout dans les domaines de l’électronique et de l’informatique) et par la libéralisation du commerce international (qui réduira plus que proportionnellement les effets défavorables des barrières commerciales). La spécialisation verticale a surtout touché jusqu’à présent le commerce extérieur des pays industriels, des pays d’Asie de l’Est et des pays d’Amérique centrale et des Caraïbes mais, de plus en plus, elle devient un phénomène mondial.

Note: Thomas Helbling est le principal auteur de cet encadré.1Il est souvent difficile de faire la part, dans les données sur le commerce international, entre les produits finis et les biens intermédiaires, notamment parce que cette distinction varie parfois au gré des circonstances.2Par une méthode comparable, Campa et Goldberg (1997) établissent que la part des biens intermédiaires importés dans la production manufacturière totale a augmenté d’environ un quart au Canada et a doublé aux États-Unis entre 1974 et 1993.3On trouvera dans Grossman and Helpman (2002) un examen de l’adaptation à la demande et de l’extemalisation.4On trouvera dans Graziani (2001) un examen des dispositions visant les droits de douane et les contingents dans le cadre d’activités offshore d’assemblage de textiles et de vêtements.

L’analyse des caractéristiques du commerce extérieur des pays en développement permet de formuler trois observations principales:

  • Le sous-échange, qui traduit l’impact global des obstacles artificiels aux échanges dans le cadre des politiques et des institutions du pays, reste un problème grave dans nombre de pays en développement, surtout au Moyen-Orient et en Afrique du Nord, ainsi qu’en Asie du Sud.

  • Les restrictions frappant le commerce et les paiements extérieurs sont d’importantes raisons pour lesquelles les pays en développement échangent comparativement moins que les pays industriels, bien que le niveau de développement économique et les facteurs géographiques soient encore plus déterminants.

  • La spécialisation verticale internationale a joué un rôle de plus en plus important en Asie de l’Est, où des politiques commerciales moins restrictives ont aidé à créer un cadre favorable. La spécialisation verticale a des chances de prendre de l’importance dans d’autres pays en développement qui ont des régimes commerciaux ouverts, une main-d’œuvre abondante et une économie souple.

Conséquences de l’intégration commerciale et financière pour l’instabilité macroéconomique

Dans la présente section, nous examinons de quelle manière l’intégration commerciale et l’intégration financière influent, par leur interaction, sur l’instabilité macroéconomique. L’instabilité est indésirable non seulement en elle-même, mais aussi parce qu’elle est en corrélation forte et négative avec la croissance de la production (Ramey and Ramey, 1995). L’intégration commerciale et l’intégration financière tendent par ellesmêmes l’une et l’autre à augmenter l’exposition d’une économie aux chocs externes: l’ouverture au commerce extérieur, dans l’ensemble, va de pair avec une instabilité de la production un peu plus forte, et l’ouverture financière est quant à elle liée à une plus grande instabilité des mouvements de capitaux, surtout des flux à court terme. Mais comment l’intégration commerciale influe-t-elle sur la vulnérabilité financière, et l’intégration financière sur l’instabilité de la production? La première partie de cette section est consacrée à l’impact de l’intégration commerciale sur la fréquence des crises financières extérieures et la seconde partie, à l’effet de l’intégration financière sur l’instabilité de la production.

Dans cette section, l’analyse établit une distinction entre les pays, en fonction de leur plus ou moins grande intégration dans l’économie mondiale. Pour chacun des deux aspects de cette intégration—échanges commerciaux et transactions financières—les pays sont divisés en deux groupes, de part et d’autre de l’indice d’ouverture médian. Le graphique 3.7 présente la valeur moyenne, sur les cinq dernières années, du niveau moyen d’ouverture commerciale et financière (aux investissements directs et investissements de portefeuille) par rapport au pays médian dans chacun des quatre groupes de pays ainsi définis (des précisions sont données dans l’appendice 3.1). L’analyse par région montre que l’Afrique subsaharienne et l’Asie de l’Est comprennent les plus fortes proportions de pays qui sont ouverts aux échanges commerciaux, alors que l’Asie de l’Est et les pays d’Amérique du Sud affichent les plus faibles (graphique 3.8). En revanche, l’Hémisphère occidental comprend la plus forte proportion de pays ouverts aux transactions financières et l’Asie du Sud, la plus faible proportion. L’Hémisphère occidental est la seule région dans laquelle la proportion de pays ouverts aux transactions financières dépasse sensiblement celle des pays qui sont ouverts aux échanges commerciaux.

Graphique 3.7.Ouverture commerciale et ouverture financière dans les pays en développement, 1995–991

(Écart par rapport à la médiane, en points de pourcentage)

Si les pays tendent, d’une manière générale, à être soit fermés soit ouverts selon chacun des deux critères, il existe aussi des cas dans lesquels l’intégration commerciale et l’intégration financière divergent.

Source: calculs des services du FMI.

1Un pays est défini comme ouvert si son degré d’ouverture est supérieur à celui du pays médian. Les degrés d’ouverture commerciale et financière dans chaque groupe sont exprimés sous forme d’écarts par rapport à la médiane.

Graphique 3.8.Intégration commerciale et financière dans les différentes régions de pays en développement, 1975–991

L’Hémisphère occidental est la seule région dans laquelle davantage de pays sont ouverts aux transactions financières qu’aux échanges commerciaux. C’est particulièrement le cas en Amérique du Sud.

(Proportion d’économies ouvertes: pourcentage)

Source: calculs des services du FMI.

1Proportion moyenne des pays de chaque région qui sont ouverts aux échanges ou aux transactions financières. Dans chaque année, un pays est classé comme ouvert si son degré d’intégration est supérieur à la médiane.

Bien que l’analyse ci-après repose sur des indicateurs simples de l’ouverture, les résultats résistent à des indicateurs et à des méthodes plus complexes. En effet, des résultats comparables sont obtenus si l’intégration commerciale est définie comme la variation de l’indice d’ouverture ou si ce dernier est ajusté en fonction de la taille de l’économie ou du niveau de développement économique (le degré d’ouverture tend à baisser avec la taille du pays et à augmenter avec sa richesse, toutes choses étant égales par ailleurs). Les effets de l’ouverture commerciale et financière sur l’instabilité macroéconomique restent par ailleurs significatifs après que d’autres déterminants sont pris en compte, dans le cadre d’analyses économétriques plus complexes.

Cette section complète les abondantes études croisées consacrées aux effets du commerce extérieur et à ceux de l’intégration financière sur la croissance économique. Tout porte à croire que les progrès de l’intégration commerciale ont un impact positif sur la croissance (encadré 3.5). Le commerce extérieur peut stimuler la croissance par le biais de divers mécanismes, notamment par une meilleure répartition des ressources entre les pays, par la diffusion des innovations et des techniques, par la réduction des activités de recherche de rente et en favorisant l’adoption de réformes propices à la croissance. De même, les progrès de l’intégration financière peuvent stimuler la croissance par un accroissement de l’investissement intérieur, par les effets de répercussion favorables des transferts de technologies et par le développement des marchés financiers intérieurs, comme l’expose le chapitre IV des Perspectives de l’économie mondiale d’octobre 2001. En revanche, dans le climat créé par des politiques macroéconomiques incohérentes et par un système financier intérieur déficient, une intensification de l’intégration financière peut aussi aboutir à des entrées de capitaux excessives et mal réparties et éventuellement provoquer une crise financière.

Pour se livrer à une évaluation complète du rythme et de l’enchaînement optimaux des mesures de libéralisation du commerce et des paiements extérieurs, il faudrait non seulement considérer les questions examinées dans cette section ainsi que les effets sur la croissance, mais aussi les réformes structurelles et institutionnelles à mettre en oeuvre dans d’autres domaines26. Bien qu’une telle évaluation sorte manifestement du cadre de la présente section, les résultats présentés ici confirment l’idée selon laquelle la libéralisation commerciale est indispensable pour que la libéralisation financière porte tous ses fruits. Or, la libéralisation commerciale peut prendre du retard pour plusieurs raisons. Il est en effet possible que des groupes de pression parviennent mieux que prévu à faire obstacle à la réforme, que les rendements des investissements se révèlent inférieurs aux attentes en raison d’une évolution de facteurs intérieurs ou extérieurs, ou encore que l’appareil décisionnel et institutionnel présente des déficiences.

Intégration commerciale et vulnérabilité face aux crises financières

Quelles sont les conséquences d’une plus grande intégration commerciale pour la vulnérabilité d’un pays face aux crises financières extérieures? Nous considérerons deux types de crises financières extérieures: les défauts de paiement au titre de la dette et les crises monétaires. Par définition, on pose qu’il y a défaut de paiement si les arriérés extérieurs envers les banques commerciales créancières dépassent 5 % de l’encours total de la dette envers les créanciers commerciaux ou si un accord de rééchelonnement ou de restructuration est conclu avec les créanciers commerciaux, conformément aux principes énoncés par Detragiache et Spilimbergo (2001). Une crise monétaire se définit comme une dépréciation de la monnaie nationale par rapport au dollar égale au moins à 25 % et à deux fois le taux de dépréciation enregistré dans l’année précédente, pourvu que ce dernier soit inférieur à 40 %—cette dernière condition vise à exclure les épisodes d’hyperinflation (Milesi-Ferretti and Razin, 1998). La partie supérieure du graphique 3.9 indique la fréquence des défauts de paiement et des crises monétaires pour chaque sous-période de cinq ans comprise entre 1975 et 1999. Tout au long de cette période, les deux types de crises financières extérieures présentent des profils d’évolution comparables, chacun atteignant son maximum, en particulier, au début des années 80.

Graphique 3.9.Fréquence des crises financières extérieures dans les pays en développement

(Proportion de pays en crise: en pourcentage annuel)

Les cessations de paiement de la dette extérieure et les crises monétaires sont plus fréquentes dans les pays qui sont moins intégrés au système commercial mondial.

Source: calculs des services du FMI.

1Sur la base du degré d’ouverture commerciale d’un pays par rapport à la médiane.

Les crises financières extérieures sont plus fréquentes dans les pays qui sont moins intégrés au système commercial mondial (partie intermédiaire du graphique 3.9). Au cours du quart de siècle écoulé, les chances, pour les pays moins intégrés, d’accuser un défaut de paiement ont été supérieures d’environ un cinquième à celles de la moyenne des pays en développement et celles d’essuyer une crise monétaire leur ont été supérieures d’environ un tiers. Parmi les différentes régions, celle de l’Hémisphère occidental a été sensiblement plus exposée que toute autre aux épisodes de troubles financiers (partie inférieure du graphique 3.9), comme le met en évidence le chapitre II des Perspectives de l’économie mondiale d’avril 2002. Les gains se révèlent par ailleurs être les plus importants dans les pays où les marchés de capitaux sont déjà ouverts.

La corrélation négative entre l’intégration commerciale et les crises financières extérieures reste statistiquement significative dans un cadre d’analyse économétrique à plusieurs variables. Sgherri (2002) montre que la corrélation résiste à d’autres définitions des crises financières extérieures et à la prise en compte des déterminants classiques des crises, notamment les variables économiques fondamentales du pays considéré, sa solvabilité, ses réserves de change et sa situation macroéconomique extérieure. En outre, le résultat reste significatif après la prise en compte—dans un modèle de probits à deux variables—de deux relations supplémentaires décisives, à savoir la possibilité que l’ouverture commerciale soit liée aux facteurs mêmes qui influent sur la fréquence des crises financières, et celle que la fréquence des crises financières extérieures aussi bien que le degré d’ouverture commerciale soient déterminés par des facteurs non pris en compte dans le cadre empirique27. Ce résultat rejoint ceux d’autres analyses des déterminants de la fréquence des crises, notamment celles de Klein et Marion (1997) et de Milesi-Ferretti et Razin (1998), bien que Detragiache et Spilimbergo (2001) concluent, quant à eux, que l’ouverture commerciale récente a généralement augmenté la probabilité des crises financières28.

Encadré 3.5.Commerce extérieur et croissance

Ces vingt dernières années, un mouvement général de libéralisation du commerce extérieur a eu lieu dans les pays en développement. Que révèle cette évolution à propos de la relation entre l’ouverture commerciale et la croissance? Les travaux récents consacrés au commerce extérieur et à la croissance se divisent en trois principaux groupes, à savoir les analyses économétriques comparative entre pays, les études de cas de pays et les analyses réalisées au niveau d’une branche ou d’une entreprise. Ces trois groupes de travaux empiriques convergent pour montrer que l’ouverture commerciale apporte une importante contribution à l’accroissement de la productivité et du revenu par habitant, et que la libéralisation du commerce extérieur favorise la croissance.

Nombre d’études économétriques comparatives entre pays ont conclu que l’ouverture commerciale est une variable explicative significative du niveau ou du taux de croissance du PIB réel par habitant. Un ensemble d’études a établi que les larges différences du niveau du revenu par habitant observées entre les pays sont systématiquement et fortement corrélées avec le degré d’ouverture (voir Hall and Jones, 1999; Frankel and Romer, 1999; Frankel and Rose, 2000). Ce résultat résiste à l’inclusion dans l’analyse de diverses autres variables qui peuvent déterminer le revenu, à la prise en compte d’un possible effet en retour du revenu sur le degré d’ouverture et à l’utilisation de plusieurs autres mesures de l’ouverture. Néanmoins, il est difficile de distinguer les effets de l’ouverture de ceux de la qualité des institutions—c’est-à-dire, l’état de droit et l’efficacité de l’action des pouvoirs publics—sur le revenu par habitant, parce que ces deux éléments sont très fortement corrélés dans les différents pays.

Un autre ensemble d’études a établi que la variation de l’ouverture est un déterminant important de la variation avec le temps du revenu par habitant dans les différents pays. En considérant les variations dans le temps, cette méthode évite le problème d’avoir à faire la part entre le rôle de facteurs institutionnels, qui évolue lentement, et celui de l’ouverture commerciale. Le graphique, qui est tiré de Dollar and Kraay (2001a), montre que les pays en développement qui ont enregistré, entre la fin des années 70 et le milieu des années 90, les plus fortes augmentations de leur part des échanges mondiaux, ont connu en moyenne pendant les années 90 une progression bien plus forte du revenu par habitant que les pays qui n’ont pas participé comme eux à la mondialisation. Dollar et Kraay (2002) établissent que les variations des volumes des échanges sont un déterminant important des variations de la croissance, même si l’on tient compte de divers autres déterminants de la croissance et de la possibilité que cette dernière induise en retour un essor du commerce extérieur.

Libéralisation du commerce et croissance

(Hausse moyenne du revenu par habitant; pourcentage)

Source: Dollar and Kraay (2001a).

1Par «mondialisateurs», on désigne les pays en développement qui ont vu la part du commerce extérieur dans le PIB augmenter le plus sensiblement de la fin des années 70 au milieu des années 90 (exclusion faite du Chili, de la Corée, de la RAS de Hong Kong, de Singapour et de la prov. chinoise de Taiwan). Les «non-mondialisateurs» sont les autres pays en développement.

Les études de cas de pays concluent elles aussi que la libéralisation commerciale apporte des avantages importants. De vastes études consacrées à la libéralisation commerciale dans de nombreux pays pendant les années 70 et 80 (notamment Krueger, 1978) ont attiré l’attention sur les fortes distorsions créées par les politiques de substitution de la production nationale aux importations en vigueur préalablement à la libéralisation. De même, Papageorgiou, Michaely et Choksi (1991) et Sachs et Warner (1995) ont établi que les épisodes de libéralisation énergique et durable se sont soldés par une forte croissance des exportations et du PIB réel.

Les études réalisées au niveau des branches ou des entreprises ont mis en évidence les divers mécanismes par lesquels l’ouverture contribue à la croissance des exportations, de la productivité et par conséquent du revenu (Hallward-Driemeier, 2001, présente un tour d’horizon récent de la question). L’accès à des moyens de production importés facilite la diffusion des connaissances, ce qui contribue à la productivité (Coe, Helpman, and Hoffmaister, 1997). La concurrence des importations augmente non seulement le nombre des entreprises résidentes qui disparaissent mais aussi le nombre de celles qui sont créées, ce qui stimule l’innovation (Wacziarg, 2001).

De nombreuses études ont montré que les entreprises exportatrices sont plus productives que les autres et des travaux récents ont mis en évidence des augmentations inhabituelles de la productivité d’entreprises ayant commencé à exporter, ce qui permet de penser que les exportations induisent une plus forte productivité (Kraay, 1999; Bigsten and others, 2000). En outre, Hallward-Driemeier, Iarossi et Sokoloff (2002) établissent que les entreprises des pays d’Asie de l’Est ciblent les marchés à l’exportation, de sorte que même des augmentations de la productivité qui précèdent leur entrée en activité sont imputables au moins en partie aux perspectives ouvertes par ces marchés. Enfin, l’exportation permet une plus forte expansion des entreprises très productives à vocation exportatrice, ce qui donne lieu à un transfert de ressources vers les activités à plus forte productivité et augmente par conséquent la productivité moyenne de l’économie dans son ensemble (Bernard and Jensen, 1999; Isgut, 2001).

Conformément aux indications selon lesquelles le commerce extérieur est favorable à la croissance de la productivité, les études empiriques ne sont jamais parvenues à appuyer la thèse de l’industrie naissante—suivant laquelle les nouvelles industries ont besoin de protection. Les activités protégées ont généralement enregistré une plus faible expansion que les autres, étant donné que la croissance de la productivité n’est pas seulement une question d’apprentissage sur le tas, auquel cas elle bénéficierait de la protection, mais qu’elle résulte aussi d’efforts actifs visant à acquérir des techniques plus complexes (Krueger and Tuncer, 1982; Bell, Ross-Larson, and Westphal, 1984). Par ailleurs, dans les pays en développement où le degré d’ouverture s’est accru, la production industrielle a augmenté par rapport à la production agricole, contrairement à ce que prévoyait la thèse de l’industrie naissante (Dodzin and Vamvakidis, 1999).

La principale conséquence de l’ouverture commerciale pour la réduction de la pauvreté tient à son effet sur la croissance globale du PIB, parce que les variations du revenu moyen par habitant constituent le principal déterminant de l’évolution de la pauvreté. La forte baisse de la proportion de pauvres dans le monde (c’est-à-dire, de personnes dont le revenu est inférieur à 2 dollars par jour) au cours des vingt dernières années est presque intégralement imputable à la croissance, et non à des variations de la répartition des revenus, parce que cette dernière varie beaucoup moins avec le temps que le revenu moyen par habitant. Les données empiriques indiquent que la croissance, qu’elle soit ou non liée au commerce extérieur, n’a pas d’effets systématiques sur la répartition des revenus. Il est bien évident que la situation des pauvres peut-être meilleure ou pire que la moyenne dans certains pays et durant certaines périodes, mais cela ne dépend aucunement de l’ouverture commerciale en elle-même (Dollar and Kraay, 2001b).

Le fait que l’effet de l’ouverture commerciale sur la croissance est difficile à distinguer de celui de la qualité institutionnelle, ou des effets des autres réformes mises en oeuvre en même temps, constitue un problème pour l’analyse économétrique mais ouvre des perspectives pour l’action gouvernementale. En l’occurence, la corrélation entre la libéralisation des échanges et les autres mesures de réforme montre qu’il y a intérêt à inscrire l’ouverture commerciale en bonne place dans le programme de réformes. L’ouverture commerciale a d’importantes répercussions positives sur les autres aspects de la réforme. Par exemple, la concurrence avec les entreprises étrangères peut mettre en évidence des politiques industrielles inefficaces, et les échanges commerciaux augmentent le produit marginal des autres réformes (une amélioration des infrastructures, du réseau téléphonique, des routes et des installations portuaires se traduisent par de meilleurs résultats du secteur d’exportation). La libéralisation du commerce extérieur modifie par ailleurs la dynamique politique des réformes parce qu’elle crée, dans le public, des groupes qui leurs sont favorables. Enfin, l’ouverture semble encourager la réforme institutionnelle et réduire la corruption (Ades and Di Tella, 1999).

Bien que l’ouverture commerciale ne soit pas un remède miracle (de nombreux autres éléments importent pour la croissance et la réduction de la pauvreté), les résultats des travaux empiriques montrent clairement qu’elle est un élément important de la réforme. Il n’est guère établi empiriquement que d’autres mesures de réforme soient nécessaires au préalable pour qu’une libéralisation commerciale soit efficace, bien qu’elles puissent dans de nombreux cas la compléter. Devant la force de la relation qu’entretiennent l’ouverture et la qualité institutionnelle, les autorités de tout pays devraient y réfléchir à deux fois avant d’envisager d’adopter une stratégie de développement nouvelle (ou ayant déjà fait la preuve de son inefficacité) qui ne soit pas centrée sur l’ouverture commerciale.

Note: Andrew Berg est l’auteur principal de cet encadré. L’analyse présentée ici s’inspire de Berg and Krueger (2002).

L’intégration commerciale réduit la fragilité financière d’un pays donné parce qu’elle le rend à la fois plus capable et plus désireux d’assurer le service de sa dette extérieure. Si le rapport des exportations au PIB augmente, une dépréciation de la monnaie nationale peut stimuler les recettes d’exportation, ce qui est indispensable pour assurer le service d’une dette libellée en devises. Ainsi, un ratio d’exportation élevé rend moins probable de brusques revirements des mouvements de capitaux, parce que le pays est jugé être mieux à même d’assurer le service de sa dette extérieure. Ce gage de stabilité est particulièrement important dans les pays en développement, où les marchés financiers intérieurs sont peu développés et où l’évolution future des politiques et de la situation économique est en général plus incertaine que dans les pays industriels29. En outre, l’ouverture commerciale incite au respect des obligations extérieures parce qu’elle expose davantage le pays à des sanctions de la part des créanciers en cas de défaut de paiement (Bulow and Rogoff, 1989)30.

En résumé, une plus forte intégration commerciale tend à réduire la fréquence des crises financières extérieures. Ce résultat peut signifier que l’intégration commerciale atténue beaucoup l’instabilité intrinsèquement liée à l’intégration financière. Il est possible d’en déduire que les pays déjà ouverts aux mouvements de capitaux s’exposeraient moins fréquemment à des crises financières s’ils s’ouvraient davantage aux échanges commerciaux.

Intégration financière et instabilité de la production

Quel est l’impact de l’ouverture aux investissements étrangers directs et aux investissements de portefeuille sur l’instabilité de la production? L’instabilité de la production est définie comme l’écart type non conditionnel du taux de croissance du PIB réel par habitant, observé ici pendant la période 1975-99. La partie supérieure du graphique 3.10 montre que l’instabilité de la production est à peu près deux fois plus forte dans les pays en développement que dans les pays industriels et que—parmi les pays en développement—elle dépasse la moyenne d’un tiers environ dans les petits pays (c’est-à-dire les pays dont la population est comprise entre ½ million et 1½ million d’habitants). L’instabilité de la production tend à être plus faible en moyenne dans les pays en développement qui sont relativement intégrés aux marchés des capitaux mondiaux (partie inférieure du graphique 3.10). Cela vaut pour l’ensemble de la période considérée et non pour le début des années 80 et la fin des années 90, périodes où les chocs financiers mondiaux ont été particulièrement prononcés.

Graphique 3.10.Instabilité de la production, 1975–991

(Pourcentage)

Une plus grande ouverture financière va de pair avec une moindre instabilité de la production, surtout dans les petites économies ouvertes.

Source: calculs des services du FMI.

1Moyenne des écarts types du taux de croissance du PIB réel par habitant calculés pour chaque période de cinq ans.

2Les petits pays en développement sont ceux dont la population est comprise entre 0,5 et 1,5 million d’habitants.

3Pour chaque période de cinq ans, les pays sont divisés entre ceux qui sont ouverts et ceux qui sont fermés aux transactions financières, en fonction de leur degré d’ouverture par rapport à celui du pays médian.

Parmi les petits pays en développement, en particulier, l’instabilité de la production est environ un tiers plus faible dans les pays ouverts aux transactions financières que dans les autres31. Ce résultat confirme ceux des autres travaux empiriques consacrés aux performances macroéconomiques des petites économies, selon lesquels les avantages d’une expansion des circuits financiers peuvent être considérables (Easterly and Kraay, 2000).

Il apparaît que l’ouverture financière est liée à l’instabilité de la production par deux mécanismes: l’amplitude des chocs de taux d’inflation et de change est réduite et les effets de l’ensemble des chocs sur la production sont atténués. Les pays ouverts aux transactions financières—qui sont aussi plus ouverts aux échanges commerciaux et enregistrent des taux d’endettement sensiblement plus élevés—subissent des chocs extérieurs plus importants, d’après les indicateurs de l’instabilité des termes de l’échange, des flux commerciaux et des flux financiers (tableau 3.9). En revanche, les taux de change réels sont un peu plus stables, et les taux d’inflation beaucoup plus stables, dans ces pays (l’instabilité du solde budgétaire est comparable dans les deux groupes de pays). La moindre instabilité des taux d’inflation et de change dans les pays ouverts aux transactions financières peut s’expliquer par la discipline qu’imposent les marchés financiers internationaux, ou par le transfert des pratiques optimales qu’ils facilitent, dans l’élaboration des politiques macroéconomiques32. Elle peut cependant aussi refléter une relation de causalité en sens inverse—une politique macroéconomique bien conçue facilitant une plus forte intégration.

Tableau 3.9.Instabilité de la production et d’autres indicateurs macroéconomiques1(Pourcentage, sauf indication contraire)
Économies en développement
Ouvertes aux

transactions

financières2
Fermées aux

transactions

financières2
Instabilité de la production3,23,6
Ouverture commerciale367,440,9
Instabilité des flux d’échanges6,54,4
Instabilité des variations des termes de l’échange5,74,9
Ouverture financière328,46,4
Ratio de la dette extérieure362,450,6
Instabilité des actifs et des passifs extérieurs5,01,5
Instabilité des variations du taux de change réel8,810,5
Instabilité du taux d’inflation6,911,8
Instabilité du solde budgétaire2,11,9

Sur la base de sous-périodes de cinq ans pendant la période 1975-99.

D’après le degré d’ouverture financière du pays par rapport à la médiane.

En pourcentage du PIB.

Sur la base de sous-périodes de cinq ans pendant la période 1975-99.

D’après le degré d’ouverture financière du pays par rapport à la médiane.

En pourcentage du PIB.

L’intégration financière semble aussi être liée à une moindre instabilité de la production parce que les effets des chocs sur la production sont atténués. Dans les pays fermés aux transactions financières, l’instabilité de la production est corrélée de façon significative avec celles du taux d’inflation et du solde budgétaire, mais cela n’est pas le cas dans les économies ouvertes (tableau 3.10). De même, les corrélations entre l’instabilité de la production et celle des chocs extérieurs—termes de l’échange, échanges commerciaux et taux de change réel—sont sensiblement plus faibles dans les économies ouvertes aux transactions financières. Il est intéressant de constater que si les mouvements de capitaux sont moins instables dans les économies fermées aux transactions financières, cette plus grande stabilité financière est corrélée de façon significative avec l’instabilité de la production. De surcroît, dans les pays où l’ouverture aux transations financières est inférieure à la médiane, l’instabilité de la production est négativement corrélée avec le degré d’ouverture financière. En d’autres termes, il apparaît que l’intégration financière atténue les effets des chocs sur la production, non seulement si l’on compare les économies ouvertes et les économies fermées aux transactions financières mais aussi si l’on observe le degré d’ouverture dans ce dernier groupe de pays.

Tableau 3.10.Corrélations avec l’instabilité de la production1
Économies en développement
Ouvertes aux

transactions

financières2
Fermées aux

transactions

financières2
Ouverture commerciale3
Instabilité des flux d’échanges0,260,46
Instabilité des variations des termes de l’échange0,100,45
Ouverture financière3−0,09
Ratio de la dette extérieure30,140,16
Instabilité des actifs et des passifs extérieurs0,09
Instabilité des variations du taux de change réel0,150,37
Instabilité du taux d’inflation0,28
Instabilité du solde budgétaire0,39

Sur la base de sous-périodes de cinq ans pendant la période 1975–99. «—» signifie que la corrélation n’est pas significativement différente de 0 au seuil de confiance de 5 %.

D’après le degré d’ouverture financière du pays par rapport à la médiane.

En pourcentage du PIB.

Sur la base de sous-périodes de cinq ans pendant la période 1975–99. «—» signifie que la corrélation n’est pas significativement différente de 0 au seuil de confiance de 5 %.

D’après le degré d’ouverture financière du pays par rapport à la médiane.

En pourcentage du PIB.

Il est important de distinguer l’effet sur la production d’une plus grande ouverture aux investissements directs ou de portefeuille de celui d’une augmentation de la dette extérieure. Le taux d’endettement extérieur est un peu plus élevé dans les pays ouverts aux mouvements de capitaux et il est corrélé positivement avec l’instabilité de la production dans les deux groupes de pays. La dette extérieure peut aggraver l’instabilité de la production si des effets de bilan amplifient les chocs, surtout lorsque le système financier intérieur n’est pas encore bien développé. En moyenne, il semble cependant que l’effet indirect de l’ouverture financière—une plus grande instabilité de la production résultant d’une hausse du ratio d’endettement—est plus faible que son effet direct—une moindre instabilité de la production.

La contribution de l’ouverture financière à une moins forte instabilité de la production reste significative dans un cadre d’analyse économétrique plus complexe, qui tient compte de l’endogénéité de l’ouverture financière et de l’hétéroscédasticité des chocs enregistrés dans les différents pays (Sgherri, 2002). Ces résultats confirment dans l’ensemble les autres travaux théoriques et empiriques. Les modèles théoriques du cycle économique international tendent à conclure que la diversification financière mondiale est sans doute la parade qui s’impose face aux chocs des termes de l’échange. (Razin and Rose, 1994; Heathcote and Perri, 2000; Kose, Prasad, and Terrones, à paraître)33. Les travaux empiriques de Bekaert, Harvey et Lundblad (2002) montrent que la libéralisation des marchés d’actions va de pair avec une moindre instabilité de la production et de la consommation. Kim, Kose et Plummer (à paraître) montrent que l’amplitude des fluctuations économiques a baissé dans les pays d’Asie de l’Est, à mesure que leur degré d’ouverture a augmenté. Kraay et Ventura (2001) établissent que les pays utilisent les actifs étrangers comme un stock régulateur aux fins de lisser la consommation et l’investissement.

En résumé, une plus forte intégration financière internationale va de pair avec une moindre instabilité de la production, bien que cette relation ne se réalise en général qu’à relativement long terme. L’instabilité de la production dépend aussi d’autres facteurs, notamment, la stabilité de la politique macroéconomique, le développement du système financier intérieur et la qualité des institutions. Une plus forte intégration financière semble être liée à une atténuation des chocs des taux d’inflation et de change, ainsi qu’à une réduction des effets de l’ensemble des chocs sur la production. On peut sans doute en déduire que les économies présentant une structure de production moins diversifiée, notamment les petites économies qui tendent à être très ouvertes au commerce extérieur, enregistreraient une moins forte instabilité de leur production si elle s’ouvraient davantage aux transactions financières extérieures.

Conclusion

L’intégration commerciale et l’intégration financière internationale sont largement complémentaires,—elles varient ensemble dans le temps et d’un pays à l’autre. Au cours des récentes décennies, l’ouverture commerciale et l’ouverture financière internationale ont été fortement corrélées, tant dans les pays en développement que dans les pays industriels. Les pays qui sont plus ouverts au commerce extérieur sont aussi davantage intégrés aux marchés financiers mondiaux, comme en témoigne une plus faible corrélation entre l’épargne et l’investissement. Si le progrès technique a été la principale force de l’intégration économique mondiale au cours du précédent grand courant de mondialisation (1870–1914), l’intégration depuis la seconde guerre mondiale a surtout été induite par la libéralisation des politiques commerciales et financières. Cela montre bien l’importance que revêt un examen attentif de l’interaction entre les aspects commerciaux et financiers de la mondialisation.

Si, au cours des vingt dernières années, les pays en développement se sont en général davantage intégrés au système commercial mondial, l’intégration n’a pas progressé au même rythme dans tous les pays. Une libéralisation intégrale multilatérale des échanges commerciaux et des mouvements de capitaux aurait un large impact favorable sur les flux d’échanges. Le niveau de développement économique est cependant la principale variable déterminant l’écart des rapports du commerce extérieur au PIB entre les pays en développement et les pays industriels. Par ailleurs, l’ouverture commerciale a un large effet positif et statistiquement significatif sur le développement économique. En d’autres termes, la mondialisation n’est pas seulement une cause de la croissance, elle en est aussi une conséquence naturelle.

L’interaction entre les volets commercial et financier de la mondialisation se manifeste par la fréquence des crises financières extérieures et par l’instabilité de la production. Bien que les crises financières extérieures soient liées à tout un ensemble de facteurs, l’ouverture commerciale par elle-même tend à les rendre moins probables parce qu’elle améliore la solvabilité extérieure du pays. De même, si une faible instabilité de la production dépend de la stabilité de la politique macroéconomique, du développement du système financier intérieur et de la qualité des institutions, elle va aussi de pair avec l’ouverture aux investissements étrangers directs et de portefeuille étant donné que celle-ci correspond à une moindre instabilité des politiques suivies et à des chocs moins prononcés. Il s’ensuit que les pays où l’intégration commerciale est déjà forte (comme par exemple les petites économies) pourraient réduire l’instabilité de leur production par une plus forte intégration financière et les pays où l’intégration financière est déjà forte (comme nombre de pays d’Amérique latine), réduire le risque de crises de financement extérieur par une plus forte intégration commerciale.

Appendice 3.1. Définitions, sources de données et pays pris en compte

Cet appendice définit les termes utilisés, présente les sources de données et indique les pays couverts par l’analyse.

L’indice d’ouverture commerciale se définit comme la somme des exportations et des importations de biens et de services (tirée des statistiques de la balance des paiements), divisée par le PIB. La source utilisée est la base de données des Perspectives de l’économie mondiale. Les pays couverts sont les mêmes que ceux qui sont considérés pour l’analyse des courants d’échanges commerciaux bilatéraux, et qui sont énumérés ci-après.

L’indicateur des restrictions frappant le commerce international est défini de deux manières, étant donné les lacunes que présentent les données. L’indice de restriction globale du régime de commerce extérieur, établi par le FMI (FMI, 1998), qui n’est disponible que pour la période 1997–2001, est utilisé dans l’analyse des courants d’échanges commerciaux. Les pays couverts sont les mêmes que ceux qui sont considérés pour l’analyse des courants d’échanges commerciaux bilatéraux, et qui sont énumérés ci-après. En ce qui concerne le graphique 3.1, qui présente l’évolution sur une période de 30 ans, l’indice des restrictions frappant les échanges commerciaux est défini comme le rapport des droits d’importation aux importations. Les chiffres des droits d’importation et ceux des importations sont tirés des publications du FMI Government Finance Statistics et International Financial Statistics, respectivement. Ces données sont disponibles dans un plus petit nombre de pays que dans le cas de l’indice précédent34.

L’indice d’ouverture financière se définit comme la somme des actifs et des passifs extérieurs d’investissement direct et d’investissement de portefeuille, divisée par le PIB. Les autres encours financiers extérieurs, notamment les prêts bancaires, ne sont pas pris en compte parce qu’ils sont beaucoup plus instables. La source utilisée est le chapitre IV des Perspectives de l’économie mondiale d’octobre 2001. Les données ont été initialement établies par Lane et Milesi-Ferretti (1999), qui ont cumulé les données de flux correspondantes et procédé à des ajustements de valeur. Les pays couverts sont les mêmes que ceux qui sont considérés pour l’analyse de l’interaction entre l’intégration commerciale et l’intégration financière, et qui sont énumérés ci-après.

L’indice des restrictions financières est défini comme l’indice des restrictions aux paiements extérieurs, tiré du Rapport annuel du FMI sur les régimes et restrictions de change, Annual Report on Exchange Arrangements and Exchange Restrictions. L’indice n’établit pas de distinction entre les types de restrictions applicables à une catégorie donnée et il ne saisit pas non plus l’efficacité des restrictions. Les données jusqu’à l’année 1995 incluse sont tirées du chapitre IV des Perspectives de l’économie mondiale d’octobre 2001, et elles ont été initialement établies par Grilli et Milesi-Ferretti (1995), qui ont créé une variable binaire indiquant l’existence de diverses restrictions frappant les mouvements de capitaux internationaux. Les pays couverts sont les mêmes que dans le cas de l’analyse de l’ouverture financière. En 1996, un système plus perfectionné de notification des restrictions frappant les paiements extérieurs a été adopté, mais les données ainsi obtenues ne sont pas compatibles avec les précédentes parce qu’elles sont établies d’après de nouvelles catégories. Ces nouvelles catégories fondent l’indicateur de restriction qui a été établi par Mody et Murshid (2002) et qui est utilisé dans l’analyse des courants d’échanges commerciaux. Les pays couverts sont les mêmes que dans le cas de l’analyse des courants d’échanges commerciaux.

Les pays pris en compte dans les analyses économétriques mentionnées dans ce chapitre sont énumérés ci-après. L’analyse des courants d’échanges commerciaux couvre beaucoup plus de pays que celle de l’interaction entre l’intégration commerciale et l’intégration financière parce que les données sur les actifs et les passifs extérieurs ne sont pas disponibles pour un grand nombre de pays35. À l’inverse, le Cambodge et le Zimbabwe ne sont pas inclus dans l’analyse des courants d’échanges internationaux parce que des données relatives à leur revenu par habitant ne sont pas disponibles pour la période 1995–99. Dans la liste ci-après, les noms des pays qui sont inclus seulement dans l’analyse des courants d’échanges commerciaux ne sont suivis d’aucun signe, ceux des pays qui sont inclus dans les deux analyses sont suivis d’un astérisque et ceux qui sont pris en compte seulement dans l’analyse de l’interaction entre l’intégration commerciale et l’intégration financière sont suivis d’une croix.

Pays industriels

Allemagne*, Australie*, Autriche*, Belgique*, Canada*, Danemark*, Espagne*, États-Unis*, Finlande*, France*, Grèce*, Irlande*, Islande, Italie*, Japon*, Norvège*, Nouvelle-Zélande*, Pays-Bas*, Portugal*, Royaume-Uni*, Suède* et Suisse*.

Pays en développement

Afrique subsaharienne

Afrique du Sud*, Angola, Bénin, Botswana*, Burkina Faso, Burundi, Cameroun, Cap-Vert, Comores, Congo, Côte d’Ivoire, Ethiopie, Gabon, Gambie*, Ghana, Guinée, Guinée-Bissau, Guinée équatoriale, Kenya*, Lesotho*, Madagascar, Malawi, Mali, Maurice*, Mozambique, Namibie*, Niger, Nigéria, Ouganda, Rwanda, Sénégal, Seychelles, Sierra Leone, Swaziland, République Centrafricaine, Tanzanie, Tchad, Togo, Zambie et Zimbabwe†.

Asie de l’Est

Cambodge†, Chine*, Corée*, Hong Kong (RAS), îles Salomons, Indonésie*, Malaisie*, Papouasie-Nouvelle-Guinée*, Philippines*, RDP lao, Samoa, Singapour*, Thaïlande*, Tonga et Vanuatu.

Asie du Sud

Bangladesh*, Bhoutan, Inde*, Népal*, Pakistan* et Sri Lanka*.

Moyen-Orient et Afrique du Nord

Algérie, Arabie Saoudite, Égypte*, Israël*, Iran, Jordanie*, Maroc*, Mauritanie, République arable syrienne*, Tunisie*, Turquie* et Yemen.

Hémisphère occidental—Caraïbes et Amérique centrale

Antigua-et-Barbuda, Barbade, Bélize, Costa Rica*, Dominique, El Salvador*, Grenada, Guatemala*, Guyana, Haïti*, Honduras, Jamaïque*, Mexique*, Nicaragua, Panama*, République Dominicaine*, Saint-Kitts-et-Nevis, Sainte-Lucie, Suriname et Trinité-et-Tobago.

Hémisphère occidental—Amérique du Sud

Argentine*, Bolivie, Brésil*, Chili*, Colombie*, Équateur*, Paraguay, Pérou*, Uruguay* et Venezuela.

Pays en transition

Arménie, Bulgarie, Estonie, Géorgie, Hongrie, Kazakhstan, Lettonie, Lituanie, Moldova, Mongolie, Pologne, République kirghize, République slovaque, République tchèque, Slovénie et Ukraine.

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Note: James Morsink (responsable), Thomas Helbling et Silvia Sgherri sont les principaux auteurs de ce chapitre. Emily Conover s’est chargée des travaux de recherche.

Les études consacrées à la mondialisation traitent en général soit du commerce extérieur, soit des transactions financières internationales. Par exemple, les Perspectives de l’économie mondiale de mai 1997 traitent des questions commerciales, alors que l’édition d’octobre 2001 est consacrée à l’intégration financière internationale. Une exception importante à cette règle concerne les études consacrées à l’enchaînement des mesures de libéralisation, qui tendent généralement à montrer que la libéralisation du commerce extérieur est une condition préalable à celle des mouvements de capitaux.

Ni les prix ni les quantités n’apportent la preuve incontestable de l’intégration.

Une hausse du degré d’ouverture commerciale peut aussi résulter d’une politique économique désastreuse qui réduit le PIB alors que les échanges extérieurs (par exemple le commerce d’une ressource minérale donnée) restent à peu près inchangés.

Cela confirme l’observation de Lucas (1990), selon laquelle il est surprenant que les flux vers les pays peu dotés en capital soient faibles, étant donné que le produit marginal du capital y est sans doute plus élevé.

Calvo et Végh (1999) trouvent peu d’indications selon lesquelles les pays en développement lissent leur consummation par des opérations internationales de prets et d’emprunts.

Rousseau et Sylla (2001) montrent par des exemples chiffrés comment l’intégration commerciale et l’intégration financière se sont mutuellement renforcées durant les premières étapes du développement des économies qui sont à présent avancées. Leur analyse économétrique conclut que, pour un vaste groupe de pays industriels entre 1850 et 1929, le développement financier a exercé un effet positif et significatif sur l’intégration commerciale et que cette dernière a exercé un effet positif et significatif sur la baisse des taux d’intérêt à long terme.

L’étalon-or a facilité la stabilisation des flux financiers à court terme entre les principaux pays et celle des flux à long terme de ces pays vers la périphérie, étant donné que l’adhésion à ce régime apportait la preuve que les pays suivaient des politiques macroéconomiques et financières responsables (Eichengreen, 1996; Bordo and Rockoff, 1996).

Les banques centrales ont à l’occasion exercé des pressions morales sur les banques et sont intervenues pour modifier les points d’entrée et de sortie de l’or (Obstfeld and Taylor, 2002). Lorsque la banque centrale ne pouvait plus défendre le taux de change par des méthodes non coercitives de ce type, elle a généralement laissé la monnaie flotter, comme cela s’est parfois produit en Amérique latine.

Ces mesures s’imposaient en raison de l’incompatibilité bien connue entre la libre circulation des capitaux, un taux de change fixe et une politique monétaire visant des objectifs nationaux—il s’agit de la «trinité impossible» ou du «trilemme» (Obstfeld and Taylor, 2002).

Cet enchaînement des mesures de libéralisation est à rapprocher des conclusions de Lane et Milesi-Ferretti (2000), selon lesquelles l’ouverture financière dans les années 90 a été fortement déterminée par l’ouverture commerciale, et le résultat de Rousseau et Sylla (2001), suivant lequel le développement du secteur financier n’a pas eu, dans la période de l’après-guerre, un effet sensible comme pendant la période précédente sur l’intégration commerciale.

Des pays d’Amérique latine ont fait, à la fin des années 70, des tentatives de libéralisation, mais ces dernières n’ont pas reçu l’appui nécessaire de la discipline budgétaire et de la réforme du système financier intérieur.

Les effets des accords commerciaux régionaux sur les échanges ont fait l’objet d’examens détaillés par, entre autres, Bayoumi et Eichengreen (1997), Frankel (1997) et Soloaga et Winters (2001).

Leamer (1988), Lee (1993) et Spilimbergo, Londoño et Székely (1999) utilisent également les différences entre le commerce effectif et le commerce attendu pour évaluer les distorsions liées aux politiques suivies.

Une large part de l’ensemble des données que nous a aimablement communiquées Andrew Rose peut être consultée sur le site: http://faculty.haas.berkeley.edu/arose/RecRes.htm.

Le degré de suréchange ou de sous-échange exprimé en pourcentage qu’implique un montant x est égal à 100 (ex−1). Pour les faibles montants, les résultats peuvent être interprétés comme des écarts en pourcentage. Pour les montants élevés, l’approximation de 100x par 100 (ex—1) disparaît parce que le terme ex s’écarte de plus en plus de la progression linéaire.

Soloaga et Winters (2001) établissent eux aussi que les effets du commerce intrarégional ne sont sensibles que dans les pays d’Amérique latine (non compris les Caraïbes) et que les preuves d’un détournement des courants naturels d’échanges imputable aux accords commerciaux régionaux ne sont concluantes que dans les cas de l’Union européenne et de l’Association européenne de libre-échange (AELE). Egoumé-Bossogo et Mendis (2002) constatent également des effets positifs sur le commerce intrarégional aux Caraïbes.

Soloaga et Winters (2001) présentent des résultats comparables. Dans une perspective historique à plus long terme, les effets des accords régionaux d’échanges préférentiels sur le commerce intrarégional et interrégional dépendent de l’accord en question (voir, par exemple, Frankel, 1997).

Le degré de restriction bilatérale est obtenu par addition des indices de chaque pays en relation bilatérale. Les résultats résistent à des spécifications multiplicatives ou sur la base de l’indice maximum entre les deux pays.

Les moyennes non pondérées des droits de douane posent un problème parce que des taux comparables peuvent exercer des effets économiques différents suivant les produits auxquels ils s’appliquent. Les obstacles non tarifaires sont bien évidemment difficiles à évaluer et leurs effets dépendent d’autres distorsions. En outre, de nombreux indicateurs sont établis d’après des renseignements selon lesquels une réglementation est applicable, et non sur la base de son application effective. Les difficultés sont aussi aggravées dans le cas des flux d’échanges bilatéraux parce que les effets d’une mesure donnée prise par un pays peuvent différer au gré des relations commerciales avec ses partenaires. On trouvera des examens généraux des indicateurs de la politique commerciale et de leurs lacunes dans Rodriguez and Rodrik (2000), Berg and Krueger (2002).

Dans le cadre de travaux ultérieurs consacrés à l’analyse de séries temporelles groupées, Rose constate des effets des unions monétaires sur le commerce extérieur un peu moins prononcés mais toujours importants (voir Glick and Rose, 2001; Rose, 2002).

Les résultats présentés par ces auteurs indiquent que les renégociations de la dette dans le cadre du Club de Paris (qui constituent une représentation indirecte des défauts de paiement de la dette souveraine) vont de pair avec une contraction du commerce bilatéral entre le débiteur et ses créanciers d’environ 8 % par an pendant une période d’environ quinze ans, une fois neutralisés les effets d’un ensemble de facteurs qui influent sur les flux commerciaux bilatéraux.

Ces calculs ne saisissent que les effets immédiats d’une libéralisation; les effets secondaires d’une libéralisation du commerce extérieur sur le revenu et les prix sont probablement considérables. Ces résultats sont cependant surévalués parce que les effets favorables des accords régionaux d’échanges préférentiels disparaîtraient probablement. Par ailleurs, les résultats sont sensibles à l’hypothèse d’additivité dans la construction des indicateurs des restrictions bilatérales.

Cependant, les barrières que les pays industriels maintiennent à l’encontre des pays en développement sont en général plus élevées, même dans le cas des biens manufacturés (voir FMI, 2001).

Cependant, d’une manière plus générale, la spécialisation dans certains produits de base ne contribue pas à expliquer le suréchange ou le sous-échange, sauf dans le cas des exportations de combustibles. Si l’on ajoute une variable auxiliaire pour les exportateurs de combustibles, cela réduit le degré de sous-échange entre pays exportateurs de pétrole, et par conséquent, celui de la région Moyen-Orient et d’Afrique du Nord.

La classification des produits utilisée dans ce graphique est très proche de celle de Leamer (1984). La principale différence concerne les produits du cuir et les fils et tissus textiles, qui sont inclus ici dans la catégorie des produits à forte intensité de main-d’œuvre.

On trouvera dans McKinnon (1973 et 1993), Brecher and Diaz-Alejandro (1977), Brecher (1983). Edwards (1984 et 2001), Hanson (1995), Arteta, Eichengreen, and Wyplosz (2001) des examens de l’enchaînement des mesures de libéralisation économique dans les pays en développement.

Ce résultat est conforme à ceux des travaux empiriques consacrés à l’impact de l’ouverture commerciale sur l’interaction entre la libéralisation financiere internationale et l’instabilité des taux de change. Edwards (1989) établit que le contrôles des flux s’intensifie généralement avant une crise monétaire. Alesina, Grilli et Milesi-Ferretti (1994) présentent des indications selon lesquelles les économies qui sont relativement fermees au commerce international ont plus de chances d’appliquer des restrictions aux mouvements de capitaux. Montiel et Reinhart (1999) examinent l’impact de la reglémentation des flux financiers sur le volume et la structure des mouvements de capitaux internationaux. Glick et Hutchison (2000) analysent la causalité réciproque entre la probabilité d’une crise monétaire et l’application de contrôles financiers.

Le rôle des relations commerciales dans la transmission des crises financières d’un pays à l’autre fait en outre actuellement l’objet d’un débat. Voir Baig and Goldfajn (1998); Masson (1998); Eichengreen and Rosé (1999); Glick and Rosé (1999); Forbes (2000 et 2001); Harrigan (2000); Kaminsky and Reinhart (2000); Van Wincoop and Yi (2000).

Romer (1993) établit que l’ouverture internationale tend à être corrélée avec de plus faibles taux d’inflation, ce qui peut par conséquent atténuer l’instabilité macroéconomique. Catão et Sutton (2002) montrent que l’instabilité est un déterminant fondamental des défauts de paiement de la dette souveraine, et analysent les composantes extérieure et intérieure de l’instabilité globale.

Par ailleurs, les pays ouverts aux échanges commerciaux sont en position d’enregistrer des baisses moins spectaculaires du taux de croissance réel et une reprise bien plus rapide après une crise monétaire (Milesi-Ferretti and Razin, 1998; Gupta, Deepak, and Sahay, 2000). Une forte expansion des exportations a aidé les économies d’Asie à sortir de la récession après la crise de 1997-98, tout en produisant automatiquement les recettes fiscales nécessaires pour assurer le service de la dette extérieure. Cela n’a pas eu lieu sur les marchès d’Amérique latine dans les années 80, malgré de fortes devaluations du même ordre. Au contraire, les pays d’Amérique latine, notamment à cause de leur manque d’ouverture commerciale, ont enregistré un accroissement persistant du rapport du service de leur dette extérieure à leurs recettes d’exportation (Catão, 2002).

Il ne s’agit pas là d’une évidence, parce qu’une plus forte intégration financière pourrait conduire à une plus grande spécialisation et, par conséquent, à une plus forte instabilité de la production.

Kim (2000) établit que l’intégration financière internationale entraîne une diminution sensible du déficit budgétaire. Rodrik (2000) et Acemoglu et al. (2002) étudient la relation entre la libéralisation financière internationale et la qualité institutionnelle. Wei (2000) étudie les relations entre l’ouverture aux échanges commerciaux et la gouvernance.

On trouvera, dans les Perspectives de l’économie mondiale d’octobre 2001, une analyse approfondie de la transmission des chocs externes aux pays en développement.

Afrique du Sud, Autriche, Bahamas, Bahreïn, Bangladesh, Botswana, Burundi, Cameroun, Canada, Colombie, Corée, Costa Rica, Chypre, Egypte, El Salvador, Espagne, États-Unis, Éthiopie, Fidji, Finlande, France, Grèce, Grenade, Guatemala, Inde, Indonésie, Iran, Islande, Israël, Italie, Jamaïque, Japon, Jordanie, Kenya, Koweït, Madagascar, Malte, Maroc, Maurice, Mexique, Myanmar, Nicaragua, Norvège, Nouvelle Zélande, Oman, Pakistan, Panama, Pérou, Philippines, République Dominicaine, Sierra Leone, Sri Lanka, Suède, Suisse, Swaziland, Thaïlande, Tunisie, Uruguay, Venezuela et Zambie.

En outre, l’analyse de l’interaction entre l’intégration commerciale et l’intégration financière exclut les pays dont la population est inférieure à un demi-million d’habitants, les pays pauvres très endettés et les économies en transition, comme c’est le cas de l’échantillon de pays considéré dans le chapitre IV des Perspectives de l’économie mondiale d’octobre 2001.

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