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Chapitre I. Les Perspectives et les Enjeux Économiques Mondiaux

Author(s):
International Monetary Fund. Research Dept.
Published Date:
November 2002
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Depuis la fin de 2001, une reprise de l’activité est en cours dans le monde et l’on observe un redressement généralisé de la production industrielle et des échanges. Cependant, après un premier trimestre prometteur, le rythme et la durabilité de cette reprise sont devenus un grave sujet de préoccupation. Les marchés financiers se sont nettement affaiblis, ceux des actions s’effondrant depuis la fin de mars parallèlement à une dépréciation du dollar, les conditions de financement pour les marchés émergents se sont dégradées, notamment en Amérique du Sud et en Turquie, et les données actuelles tant aux États-Unis que dans la zone euro sont en deçà des anticipations. On s’attend toujours à ce que la reprise se poursuive, mais la croissance mondiale au second semestre de 2002 et en 2003 sera inférieure aux prévisions (graphique 1.1 et tableau 1.1) et les risques de dégradation des perspectives prédominent. Les tensions inflationnistes étant en général faibles, les pays avancés devront appliquer une politique macroéconomique accommodante plus longtemps qu’on ne le jugeait initialement nécessaire et, si les données devaient faire ressortir un essoufflement de la reprise, il faudrait envisager un nouveau desserrement de la politique monétaire. Il convient également de réfléchir à des politiques permettant de réduire la dépendance à l’égard des États-Unis comme moteur principal de la croissance mondiale et de favoriser une réduction ordonnée des déséquilibres internationaux, qui continuent de présenter un risque grave pour l’économie mondiale.

Graphique 1.1.Indicateurs mondiaux1

(Variations annuelles en pourcentage, sauf indication contraire)

Après avoir fortement ralenti en 2001, la production mondiale se redressera, selon les projections, en 2002-03, tout en demeurant en deçà de la tendance longue.

1Les zones ombrées correspondent aux projections des services du FMI. Sauf indication contraire, les agrégats sont pondérés sur la base de la parité de pouvoir d’achat.

2Taux moyens de croissance des pays (somme pondérée sur la base de la parité de pouvoir d’achat). Au fil des ans, la pondération des pays à croissance plus rapide augmente, donnant à la courbe une orientation vers le haut.

3Moyenne pondérée par les PIB des rendements, diminués des taux d’inflation, des obligations d’État à dix ans ou à échéance la plus proche de dix ans des pays suivants: États-Unis, Japon, Allemagne, France, Italie (sauf avant 1972), Royaume-Uni et Canada.

4Moyenne non pondérée des prix du marché du disponible des bruts U.K. Brent, Dubaï et West Texas Intermediate.

Tableau 1.1.Perspectives de l’économie mondiale: aperçu des projections(Variations annuelles en pourcentage, sauf indication contraire)
Projections actuellesÉcart par rapport

aux projections

d’avril 20021
200020012002200320022003
Production mondiale4,72,22,83,7−0,3
Économies avancées3,80,81,72,5−0,5
Principales économies avancées3,40,61,42,3−0,1−0,5
États-Unis3,80,32,22,6−0,1−0,8
Japon2,4−0,3−0,51,10,50,3
Allemagne2,90,60,52,0−0,4−0,7
France4,21,81,22,3−0,2−0,7
Italie2,91,80,72,3−0,7−0,6
Royaume-Uni3,11,91,72,4−0,3−0,4
Canada4,51,53,43,40,9−0,2
Autres économies avancées5,31,62,63,30,1−0,4
Pour mémoire
Union européenne3,51,61,12,3−0,4−0,6
Zone euro3,51,50,92,3−0,5−0,6
Nouvelles économies industrielles d’Asie8,50,84,74,91,1−0,2
Pays en développement5,73,94,25,2−0,1−0,3
Afrique3,03,53,14,2−0,3
Asie6,75,66,16,30,2−0,1
Chine8,07,37,57,20,5−0,2
Inde5,44,15,05,7−0,5−0,1
ASEAN-425,12,63,64,20,30,1
Moyen-Orient et Turquie36,11,53,64,70,30,2
Hémisphère occidental4,00,6−0,63,0−1,3−0,7
Brésil4,41,51,53,0−1,0−0,5
Pays en transition6,65,03,94,50,1
Europe centrale et orientale3,83,02,73,8−0,3−0,2
Communauté des États indépendants et Mongolie8,46,34,64,90,10,3
Russie9,05,04,44,9
Russie exclue6,98,95,24,90,50,8
Pour mémoire
Croissance mondiale calculée sur la base
des taux de change du marché3,91,11,72,8−0,1−0,4
Volume du commerce mondial (biens et services)12,6−0,12,16,1−0,4−0,5
Importations
Économies avancées11,8−1,31,76,2−0,4−0,4
Pays en développement15,91,63,87,1−2,6−0,6
Pays en transition13,411,76,98,0−1,10,3
Exportations
Économies avancées12,0−1,11,25,40,3−0,9
Pays en développement15,02,63,26,5−1,6−0,5
Pays en transition14,75,95,36,20,10,1
Prix des produits de base (en dollars EU)
Pétrole457,0−14,00,5−0,85,83,5
Produits de base hors combustibles
(moyenne fondée sur la pondération
des exportations mondiales de produits de base)1,8−5,44,25,74,3−1,5
Prix à la consommation
Économies avancées2,32,21,41,70,1−0,1
Pays en développement6,15,75,66,0−0,20,9
Pays en transition20,215,911,38,80,50,1
Taux du LIBOR à six mois (en pourcentage)
Dépôts en dollars6,63,72,13,2−0,8−1,3
Dépôts en yen0,30,20,10,1
Dépôts en euros4,64,13,43,8−0,3−0,8
Note: On suppose que les taux de change effectifs restent, en valeur réelle, aux niveaux observés entre le 19 juillet et le 16 août 2002.

Calculé en utilisant la parité de pouvoir d’achat (PPA) révisée, telle que résumée au tableau A de l’appendice statistique.

Indonésie, Malaisie, Philippines et Thaïlande.

Y compris Malte.

Moyenne non pondérée des prix du marché du disponible des bruts U.K. Brent, Dubaï et West Texas Intermediate. Le prix moyen du pétrole en 2001 était de 24,28 dollars le baril; hypothèse pour 2002: 24,40 dollars le baril et pour 2003: 24,20 dollars le baril.

Note: On suppose que les taux de change effectifs restent, en valeur réelle, aux niveaux observés entre le 19 juillet et le 16 août 2002.

Calculé en utilisant la parité de pouvoir d’achat (PPA) révisée, telle que résumée au tableau A de l’appendice statistique.

Indonésie, Malaisie, Philippines et Thaïlande.

Y compris Malte.

Moyenne non pondérée des prix du marché du disponible des bruts U.K. Brent, Dubaï et West Texas Intermediate. Le prix moyen du pétrole en 2001 était de 24,28 dollars le baril; hypothèse pour 2002: 24,40 dollars le baril et pour 2003: 24,20 dollars le baril.

Depuis la fin de l’année dernière, une reprise tirée par les États-Unis et soutenue par un redressement de la production industrielle et des échanges est en cours dans le monde (graphique 1.2). Même si la croissance du PIB aux États-Unis a été fortement révisée à la baisse il y a peu, l’activité mondiale a moins ralenti en 2000-01 que lors des épisodes antérieurs de contraction de l’activité essentiellement parce que les pays ont eu, en particulier après les événements du 11 septembre, une réaction énergique qu’a rendue possible l’amélioration des fondamentaux pendant les années 90. Il convient également de mentionner le rôle joué par d’autres facteurs comme la baisse des prix du pétrole en 2001, la capacité de l’infrastructure financière mondiale à absorber plusieurs chocs graves et une certaine chance, en ce sens que l’impact des attentats terroristes sur la confiance a été d’une brièveté surprenante.

Graphique 1.2.Indicateurs courants et précurseurs

(Variations annuelles en pourcentage, sauf indication contraire)

Les indicateurs tant courants que précurseurs se sont en général renforcés depuis la fin de 2001, encore que, jusqu’à présent, il n’y a guère de signes d’un redressement de l’investissement.

Sources: Haver Analytics. Confiance des entreprises: pour les États-Unis. National Association of Purchasing Managers: pour la zone euro, Commission européenne; pour le Japon, Banque du Japon. Confiance des consommateurs: pour les États-Unis. Conference Board: pour la zone euro, Commission européenne: pour le Japon, Agence de planification économique. Indicateurs précurseurs de l’OCDE: Principaux indicateurs économiques.

1Australie, Canada, Danemark, États-Unis, Japon, Norvège, Nouvelle-Zélande, Royaume-Uni, Suède, Suisse et zone euro.

2Afrique du Sud. Argentine, Brésil, Chili, Chine, Colombie, Corée, RAS de Hong Kong, Hongrie, Inde. Indonésie. Israël, Malaisie. Mexique, Pérou, Philippines, Pologne. République tchèque, Russie. Singapour, province chinoise de Taiwan, Thaïlande, Turquie et Venezuela.

3Pour les premier et deuxième trimestres de 2002, les données pour la Chine, I’Inde et la Russie ont été calculées par interpolation.

L’activité a été étonnamment vigoureuse pendant le premier trimestre de 2002, la croissance du PIB dépassant les anticipations dans un certain nombre de régions, notamment en Amérique du Nord et dans les économies de marché émergentes d’Asie. Depuis, la reprise a ralenti, sauf dans ces économies, et les données ont en général été moins bonnes que prévu. Les indicateurs précurseurs ont eux aussi sensiblement régressé, même s’ils continuent d’être plus vigoureux qu’à la fin de 2001 (graphique 1.2). La croissance de la demande intérieure a été jusqu’à présent assez faible en dehors de l’Amérique du Nord et du Royaume-Uni (celui des grands pays industriels qui est le plus avancé dans le cycle), ce qui rend le redressement de l’activité ailleurs dans le monde fortement dépendant de la demande extérieure. En outre, les signes d’un redémarrage de l’investissement mondial, dont le rôle est crucial pour maintenir l’élan de la reprise au second semestre de l’année, sont jusqu’à présent limités.

Nonobstant le redressement de l’activité, les marchés financiers mondiaux se sont nettement repliés1. Depuis la fin de mars, les marchés des actions des pays industriels se sont effondrés, avec une simultanéité étonnante (graphique 1.3), sous l’effet, entre autres, de révisions à la baisse des prévisions antérieures—toujours optimistes—des bénéfices, de la crainte que la reprise ne soit pas durable et du sentiment d’inquiétude généralisé, en particulier aux États-Unis, causé par les pratiques comptables et d’audit. Si une fraction de ces pertes a pu être compensée depuis la fin de juillet, les marchés sont néanmoins demeurés instables. Les risques et incertitudes se multipliant, la demande d’obligations publiques et de billets de trésorerie de haute qualité a augmenté, de sorte que, comme on anticipait par ailleurs que le resserrement de la politique monétaire serait différé, les taux d’intérêt à long terme ont fortement baissé. Les marges imposées aux emprunts à risques ont augmenté et, en outre, le goût pour la prise de risques a diminué, même s’il ne s’est pas transformé en aversion pure et simple. Sur les marchés des changes, le dollar s’est profondément déprécié par rapport à l’euro et au yen, encore qu’une fois pondérée par les échanges, la dépréciation soit moins marquée. Cette évolution de la situation semble en partie refléter une diminution de l’attrait exercé par les actifs des États-Unis, un ralentissement de la diversification par les institutions de la zone euro des actifs libellés en euros2 et les inquiétudes croissantes que soulève le déficit courant élevé des États-Unis.

Graphique 1.3.Évolution des marchés financiers matures

Les marchés des actions se sont effondrés depuis la fin de mars, alors qu’on constatait parallèlement une dépréciation du dollar et une certaine augmentation de l’aversion au risque.

Sources: Bloomberg Financial Markets, LP; State Street Bank; estimations des services du FMI.

1Indicateurs de la propension au risque FMI/State Street Bank.

Bien qu’il soit toujours difficile de prédire quand vont s’ajuster les marchés, la tournure prise par les événements n’est pas particulièrement surprenante. Les Perspectives et le Global Financial Stability Report ont explicitement évoqué dans leurs récentes éditions le risque d’une nouvelle baisse des cours des actions, et jugent depuis longtemps préoccupante la surévaluation du dollar. La récente évolution des marchés des actions et des changes contribue peutêtre à une réduction des déséquilibres mondiaux à moyen terme, mais elle rend les perspectives à court terme plus difficiles (pour un examen approfondi de ce point, voir l’encadré 1.1). Si elle se poursuit, la chute des cours des actions aura sur la consommation et l’investissement aux États-Unis de profondes répercussions, que compensera toutefois en partie la baisse des taux d’intérêt à long terme et du dollar. Dans la zone euro et au Japon, l’impact du recul des cours des actions est plus faible, quoique non négligeable; cependant, les taux d’intérêt à long terme ont moins diminué qu’aux États-Unis et la vigueur de la monnaie pénalisera les exportations, principal moteur de la reprise jusqu’à présent. Ce problème est particulièrement préoccupant au Japon, pays où l’activité se redressera sans doute le plus lentement et où la marge de manœuvre des autorités est la moins grande.

De nombreux marchés émergents ont connu eux aussi de fortes turbulences dues en partie à une aversion plus prononcée au risque et à l’accroissement des incertitudes dans le monde, mais aussi et surtout à des facteurs qui leur sont propres. À partir du milieu d’avril, le sentiment des opérateurs à l’égard de l’Amérique latine, et plus particulièrement du Brésil, s’est dégradé, les incertitudes politiques et les inquiétudes causées par la dynamique de la dette s’aggravant. À mesure qu’augmentaient les marges, ces inquiétudes ne cessaient de se nourrir elles-mêmes, atteignant leur point culminant au milieu de juin avec un désengagement généralisé de ces marchés et un recul du financement dont ils pouvaient disposer (graphique 1.4). Depuis le début d’août, les conditions de financement se sont améliorées, grâce au rôle pilote joué à cet égard par le Brésil où les marges ont diminué sensiblement depuis l’annonce d’un nouveau montage financier par le FMI, alors que parallèlement les principaux candidats à l’élection présidentielle s’engageaient à poursuivre des politiques économiques avisées. Cependant, les marges demeurent élevées et, en Amérique latine, les emprunteurs de second rang continuent d’avoir des difficultés à obtenir des crédits non garantis. Dans la plupart des économies de marché émergentes, les cours des actions ont baissé ces derniers mois, alors que l’évolution des taux de change a été contrastée. Dans certains pays d’Amérique latine et en Turquie, la monnaie s’est effondrée par rapport au dollar, la chute ayant été encore plus forte en termes pondérés par les échanges. Dans les autres pays, la monnaie s’est dans l’ensemble appréciée vis-à-vis du dollar, mais a fléchi par rapport à l’euro et au yen. À quelques exceptions près, la dépréciation en termes pondérés par les échanges a en général été modeste.

Graphique 1.4.Conditions de financement pour les marchés émergents

Les marges ont été fortement relevées, notamment en Argentine et au Brésil, alors que, selon certains signes, la contagion s’aggravait.

Sources: Bloomberg Financial Markets. LP; estimations des services du FMI.

1Corrélation moyenne glissante sur 60 jours entre les marchés obligataires émergents.

Encadré 1.1.L’impact sur l’activité des récentes baisses des cours des actions

Les marchés des actions se sont effondrés entre la fin de mars et le début de septembre de cette année dans les pays industriels, perdant un cinquième environ de leur valeur dans les grands pays. En fait, cette chute sur cinq mois est comparable à celle qui a été observée entre l’éclatement de la bulle technologique au début de 2000 et la fin de mars de cette année, sauf dans le cas du Japon (premier tableau). Toute baisse aussi forte et aussi rapide des cours des actions est certes notable, mais la dernière en date présente un intérêt particulier pour plusieurs raisons. Premièrement, elle s’est accompagnée de fluctuations sensibles des prix des autres catégories d’actifs, y compris une dépréciation du dollar par rapport aux grandes monnaies et un recul généralisé des taux d’intérêt à long terme à mesure que les craintes inflationnistes se dissipaient et que les anticipations d’un resserrement monétaire s’éloignaient. Deuxièmement, la récente baisse a touché toutes les valeurs, alors que celle des deux années précédentes était concentrée sur les valeurs technologiques. Troisièmement, elle s’est produite dans un contexte inhabituel, marqué par le redressement de l’activité après le ralentissement de 2001, et traduit en partie les inquiétudes causées par les scandales financiers.

On examine dans le présent encadré les répercussions que peut avoir sur l’activité cette chute des cours des actions et l’on se demande comment les variations des prix des autres actifs peuvent les atténuer ou les amplifier. Tout effondrement des marchés des actions a essentiellement un triple impact sur l’économie réelle: il renchérit le crédit pour les ménages et les entreprises, car les garanties qu’ils peuvent offrir s’effritent, il augmente le coût du capital social pour les entreprises, d’où une baisse de l’investissement, et il réduit le patrimoine des ménages et, en conséquence, la consommation1. L’ampleur et la nature de ces effets varient considérablement selon les pays, en fonction de la dimension de leur marché des actions, de la proportion des actions détenues par les ménages et de la dépendance des sociétés à l’égard du marché des actions pour leur financement. En général, on constate que ces effets sont plus prononcés dans les pays dont le système financier est fondé sur le marché—notamment les pays d’Amérique du Nord et le Royaume-Uni—où la capitalisation boursière est élevée, les ménages possèdent davantage d’actions et les entreprises se financent amplement par des émissions d’actions. En revanche, les répercussions dans les économies dont le système financier repose sur les banques—telles que les pays d’Europe continentale et le Japon—sont en général plus faibles, encore qu’elles ne soient pas négligeables (elles peuvent influer considérablement sur le bilan des banques, car celles-ci disposent d’un portefeuille important d’actions, en particulier au Japon, étant donné la situation précaire du système bancaire et les retombées négatives de la chute des cours des valeurs sur le capital des banques). Dans les deux cas, l’impact des marchés des actions sur la croissance semble s’intensifier à mesure que les systèmes financiers deviennent plus actifs et plus flexibles, tendance qui devrait normalement se poursuivre dans l’avenir.

Variations des cours des actions(Pourcentages)
États-

Unis
Zone

euro
JaponRoyaume-Uni
Fin mars 2002/début septembre1
Total−21−27−16−22
Valeurs technologiques−34−40−25−32
Valeurs non technologiques−17−24−13−20
Fin mars 2000/fin mars 20022
Total−28−28−39−18
Valeurs technologiques−63−64−63−69
Valeurs non technologiques4−7−26−24
Source: Datastream.

Moyenne 25–29 mars/2–6 septembre 2002.

Moyenne 27–31 mars/25–29 mars 2002.

Source: Datastream.

Moyenne 25–29 mars/2–6 septembre 2002.

Moyenne 27–31 mars/25–29 mars 2002.

Il convient de souligner dès le départ que le calcul de l’impact d’une baisse des cours des actions sur l’activité est un exercice très théorique, car les prix des actifs peuvent fluctuer rapidement (notamment lorsqu’ils sont négociés dans un climat instable comme celui observé récemment) et les estimations qui sont faites sont imprécises et peuvent en tout état de cause varier au gré des circonstances. Ces réserves étant faites, le second tableau donne des estimations approximatives d’un tel impact sur les dépenses de consommation (par hypothèse, le recul des cours des actions constaté pendant la première semaine complète de septembre s’inscrit dans la durée). Les calculs ont été effectués à partir d’estimations des services du FMI de propensions marginales à consommer, après deux ans, sur le patrimoine en actions de 4¼ cents de dollar aux États-Unis et au Royaume-Uni et de 1 cent dans la zone euro et au Japon (voir à cet égard l’essai intitulé: «Le patrimoine détermine-t-il de plus en plus la consommation?» au chapitre II des Perspectives d’avril 2002)2. Ces chiffres sont dans l’ensemble comparables à ceux publiés dans d’autres travaux universitaires ou obtenus au moyen de modèles macroéconomiques comme MULTIMOD ou Oxford Analytics.

Impact sur l’activité des variations des cours des actifs (de fin mars à début septembre 20021)(En pourcentage du PIB, sauf indication contraire)
États-UnisZone euroJaponRoyaume-Uni
Marchés des actions
Capitalisation−23−20−12−23
Propension marginale à consommer sur le patrimoine (cents/dollar)11
Impact sur la dépense−1–¼¼−1
Conditions monétaires
Taux de change effectif (pourcentage)−957−1
Rendement réel des obligations à dix ans2 (points)−1¼–¾¼–¾
Impact sur la dépense31–¼–¼½
Source: calculs des services du FMI.

Moyenne 25–29 mars/2–6 septembre 2002.

Rendement des obligations d’État, sauf dans le cas des États-Unis où les obligations des entreprises notées AAA ont été utilisées après ajustement pour tenir compte de la variation du taux prévu d’inflation entre la dernière et la présente édition des Perspectives.

Les coefficients sont les suivants: pour la variable rendement des obligations, -0,.55 pour les États-Unis, -0,35 pour le Royaume-Uni et -0,27 pour la zone euro et le Japon; pour la variable taux de change effectif réel, -0,05 pour le Japon et les États-Unis, -0,07 pour la zone euro et−0,18 pour le Royaume-Uni. Ces coefficients ont été calculés à partir de l’indice des conditions financières de Goldman-Sachs pour les États-Unis et le Royaume-Uni encore qu’aux États-Unis, Goldman Sachs utilise des obligations notées A plutôt que AAA), et d’un indice analogue estimé par les services du FMI pour la zone euro et le Japon (pour lequel un coefficient égal à celui de la zone euro a été établi pour le rendement des obligations).

Source: calculs des services du FMI.

Moyenne 25–29 mars/2–6 septembre 2002.

Rendement des obligations d’État, sauf dans le cas des États-Unis où les obligations des entreprises notées AAA ont été utilisées après ajustement pour tenir compte de la variation du taux prévu d’inflation entre la dernière et la présente édition des Perspectives.

Les coefficients sont les suivants: pour la variable rendement des obligations, -0,.55 pour les États-Unis, -0,35 pour le Royaume-Uni et -0,27 pour la zone euro et le Japon; pour la variable taux de change effectif réel, -0,05 pour le Japon et les États-Unis, -0,07 pour la zone euro et−0,18 pour le Royaume-Uni. Ces coefficients ont été calculés à partir de l’indice des conditions financières de Goldman-Sachs pour les États-Unis et le Royaume-Uni encore qu’aux États-Unis, Goldman Sachs utilise des obligations notées A plutôt que AAA), et d’un indice analogue estimé par les services du FMI pour la zone euro et le Japon (pour lequel un coefficient égal à celui de la zone euro a été établi pour le rendement des obligations).

La baisse des dépenses de consommation qui résulte, selon les estimations, de celle des cours des actions est, sur les deux prochaines années, de l’ordre de 1 point de PIB aux États-Unis et au Royaume-Uni et de ¼ de point dans la zone euro et au Japon, en raison des différentes propensions à consommer sur le patrimoine. Cela dit, d’autres composantes du patrimoine privé peuvent avoir un certain effet compensateur. En particulier, le dynamisme du marché immobilier peut soutenir la demande, d’autant que, d’après les estimations, le patrimoine immobilier est plus important que le patrimoine mobilier et qu’une hausse du premier a davantage d’incidence sur la consommation qu’une augmentation semblable du second. Ces dernières années, les prix réels des logements ont sensiblement augmenté au Royaume-Uni et dans quelques plus petits pays européens, et, dans une moindre mesure, aux États-Unis et en France, mais ils ont baissé au Japon et en Allemagne (voir graphique).

On trouvera également au second tableau l’impact vraisemblable sur un an des changements survenus parallèlement dans les conditions monétaires (fluctuations des taux de change effectifs et baisse des taux d’intérêt à long terme) pendant les cinq derniers mois (les taux d’intérêt à court terme administrés n’ont pas varié dans les grandes économies, exception faite du Canada). La baisse des taux longs et la dépréciation du taux de change stimulent l’activité aux États-Unis et, dans une moindre mesure, au Royaume-Uni, tandis qu’au Japon et, là encore dans une moindre mesure, dans la zone euro, l’érosion de l’activité due à l’appréciation du taux de change dépasse légèrement, selon les estimations, les avantages procurés par la baisse des taux d’intérêt réel à long terme3.

Indices des prix réels du logement

(Échelle logarithmique; 1992 = 100)

Source: Banque des règlements internationaux.

Le résultat net de ces variations des prix des actifs sera sans doute un ralentissement généralisé de l’activité dans les pays industriels. Il est difficile d’évaluer l’impact global de ces variations, car on estime en général que les effets de patrimoine sont plus durables que ceux des taux d’intérêt et des taux de change, atteignant leur maximum au bout non pas d’un an mais de deux ans environ, et par ailleurs les incertitudes inhérentes aux calculs faits pour les différentes catégories d’actifs se cumulent. Cela dit, il semble raisonnable de supposer qu’aux États-Unis, les répercussions d’une diminution du patrimoine seront plus fortes que les effets d’un assouplissement des conditions monétaires (compte tenu de l’incidence potentielle sur l’investissement), encore que—comme en France—cela puisse être en partie compensé par la bonne tenue du marché immobilier. Au Royaume-Uni, le dynamisme de la consommation des ménages donne à penser que l’effet des prix immobiliers a plus que compensé l’impact négatif de la chute des cours des actions. Dans les autres principaux pays, l’appréciation du taux de change effectif réel sera un facteur plus important, aggravant la baisse de la valeur des actions et, dans le cas du Japon et de l’Allemagne, de celle des logements.

L’évolution des marchés des actions dans les pays industriels se répercute dans les économies émergentes. Étant donné la corrélation croissante entre ces marchés dans le monde, la baisse des cours des actions dans les pays industriels s’est propagée dans la plupart des économies émergentes, bien que des facteurs propres à chaque économie continuent de jouer un rôle important et, parfois, compensateur. Le système financier de la plupart des pays en développement étant toujours fondé pour l’essentiel sur l’intermédiation bancaire (les marchés des actions sont souvent faibles dans ces pays), l’impact direct sur la croissance en général sera modéré, encore que le recul de l’activité dans les pays industriels aura des répercussions sur la plupart des pays.

En pratique, l’impact indirect—par l’intermédiaire des marchés financiers—est souvent plus important. Le recul des cours des actions s’est accompagné dans les pays industriels d’une baisse des taux d’intérêt qui présente des aspects positifs pour les pays à marché émergent (voir supra). Cependant, la désaffection générale à l’égard des actifs à risques a provoqué une augmentation des marges imposées à ces pays. Depuis la fin de mars, l’indice EMBI+ a enregistré une hausse de l’ordre de 2 points (celle des marges sur les obligations déclassées aux États-Unis, qui sont en général considérées comme appartenant à la même catégorie d’actifs, a été analogue), soit un chiffre nettement plus élevé que la baisse des taux obligataires, ce qui suppose un certain durcissement des conditions de financement pour l’emprunteur moyen.

En somme, les récentes variations des prix des actifs semblent être à l’origine d’une baisse de l’activité mondiale, encore que la principale catégorie d’actifs en jeu varie selon les régions: le recul des actions a une incidence prépondérante en Amérique du Nord et au Royaume-Uni, l’appréciation du taux de change joue un rôle plus important dans la zone euro et au Japon et l’augmentation des marges sur les obligations est le principal facteur qui affecte les marchés émergents.

Note: Tamim Bayoumi et David J. Robinson sont les principaux auteurs de cet encadré.1Une description détaillée de la manière dont les mouvements des prix influent sur l’activité est présentée dans le chapitre intitulé «Prix des actifs et cycles économiques» dans l’édition de mai 2000 des Perspectives de l’économie mondiale.2Les estimations de l’impact sur les investissements sont moins précises, mais pourraient alourdir l’impact d’un demi-point ou plus.3Il convient de noter toutefois que les marchés à terme laissent entrevoir un changement plus net de l’orientation attendue de la politique monétaire dans la zone euro qu’ailleurs, qui ne se retrouve pas dans la variation des rendements obligataires. En outre, l’appréciation de l’euro pourrait soutenir l’activité à court terme en réduisant l’inflation et en rehaussant les revenus réels.

On s’attend que la reprise mondiale se poursuivra, mais sera plus faible que prévu. Selon les projections, le taux de croissance mondiale sera de 2,8 % en 2002, puis de 3,7 % en 2003, sous l’effet du renversement du cycle des variations des stocks et de la poursuite de politiques accommodantes, car l’on s’attend maintenant à ce que la hausse des taux d’intérêt aux États-Unis et dans la zone euro soit reportée à 2003. Le taux de croissance mondiale escompté pour 2002 n’a pas varié depuis les projections des Perspectives d’avril pour deux raisons: les résultats du premier trimestre de l’année ont été meilleurs que prévu et ceux des économies asiatiques ont été révisés à la hausse (bien que cette hausse soit en partie neutralisée par une croissance beaucoup plus faible en Amérique latine). À partir du deuxième trimestre, la reprise a en général ralenti sous l’effet de l’évolution récente des marchés financiers (graphique 1.5); en 2003, la croissance du PIB devrait donc être quelque peu inférieure aux projections antérieures.

Graphique 1.5.Perspectives mondiales

(Pourcentage de variation en glissement annuel)

On s’attend à ce que la croissance du PIB continue de se redresser en 2002 et en 2003, mais la reprise sera plus lente que prévu.

Sources: Haver Analytics; estimations des services du FMI.

1Australie, Canada, Danemark, États-Unis, Japon, Norvège, Nouvelle-Zélande, Royaume-Uni, Suède. Suisse et zone euro.

2Corée. RAS de Hong Kong, Singapour et province chinoise de Taiwan.

3Indonésie, Malaisie, Philippines et Thaïlande.

4Afrique du Sud, Hongrie, Israël, Pologne, République tchèque, Russie et Turquie.

5Argentine, Brésil, Chili, Colombie, Mexique, Pérou et Venezuela.

  • En ce qui concerne les pays industriels, on s’attend maintenant à ce que la reprise aux États-Unis soit nettement plus faible que prévu, la croissance du PIB ralentissant sensiblement en 2002, et davantage encore en 2003 (tableau 1.2). Pour la zone euro, les projections ont également été révisées à la baisse; à court terme, la croissance du PIB sera stimulée par un renversement du cycle des variations des stocks, mais la croissance de la demande finale intérieure se redressera sans doute plus lentement que prévu. Au Japon, où l’activité a peut-être atteint son point le plus bas, la croissance du PIB a été révisée à la hausse pour 2002 et 2003. Cependant, la demande finale intérieure restant faible, les perspectives risquent de pâtir de l’appréciation du yen et du niveau plus modéré de la reprise ailleurs dans le monde.

  • Pour ce qui est des grandes économies de marché émergentes, les perspectives varient considérablement d’un pays à l’autre. En Amérique latine, elles se sont profondément dégradées et l’on s’attend à ce que la production diminue en 2002. La croissance se redresse au Mexique et au Chili, deux pays dont l’économie est relativement ouverte et qui jouissent d’une bonne notation. Cependant, l’activité connaît un effondrement presque sans précédent en Argentine (abstraction faite des pays en transition et de ceux qui sont en guerre), l’Uruguay fait face à de graves difficultés et les perspectives pour le Brésil, le Venezuela et un certain nombre de petits pays se sont fortement détériorées. Dans les économies émergentes d’Asie en revanche, la reprise a jusqu’à présent été plus forte que prévu, grâce au rebond des échanges mondiaux et au redressement naissant du secteur des technologies de l’information (appendice 1.1), ainsi que, dans certains pays, la Chine, la Corée et l’Inde notamment, à la croissance de la demande intérieure. Si, selon certains signes, l’assise de la croissance de la demande finale intérieure est de plus en plus large, la reprise continue de dépendre de la demande extérieure et la perspective d’une reprise mondiale faible accroît les risques. Au Moyen-Orient, bien que les perspectives d’évolution des prix du pétrole se soient légèrement améliorées, les prévisions restent dans l’ensemble inchangées; cependant, les problèmes de sécurité ont pénalisé l’activité en Israël et dans les pays voisins. En Turquie, la croissance du PIB a quelque peu dépassé les anticipations, encore que les risques s’accumulent sous l’effet conjugué de la crise politique, de la forte dégradation des indicateurs financiers et d’un important besoin de financement. Pour les pays en transition, les perspectives demeurent solides, grâce à une croissance vigoureuse en Russie et en Ukraine, ainsi qu’à un investissement direct étranger soutenu en Europe centrale et en Europe de l’Est.

  • En ce qui concerne les pays les plus pauvres, la croissance du PIB a été étonnamment soutenue en Afrique, sous l’effet d’une amélioration des politiques macroéconomiques, de la diminution du nombre des conflits et des allégements de dette accordés dans le cadre de l’initiative en faveur des PPTE. Cependant, certaines régions de ce continent sont aux prises avec de graves difficultés (l’Afrique australe notamment fait face à une famine qui ne cesse de s’aggraver). D’après les projections, la croissance devrait atteindre 4,2 % en 2003, grâce, entre autres, à la remontée des cours des produits de base. Cependant, il convient de souligner que, à cause en partie des conflits ou catastrophes naturelles non prévues, les Perspectives ont constamment surestimé par le passé la croissance des pays africains3.

Tableau 1.2.Économies avancées: PIB réel, prix àla consommation et chômage(Variations annuelles en pourcentage; chômage en pourcentage de la population active)
PIB réelPrix à la consommationTaux de chômage
200020012002200320002001200220032000200120022003
Économies avancées3,80,81,72,52,32,21,41,75,95,96,46,5
Principales économies avancées3,40,61,42,32,32,11,21,65,76,06,66,7
États-Unis3,80,32,22,63,42,81,52,34,04,85,96,3
Japon2,4−0,3−0,51,1−0,8−0,7−1,0−0,64,75,05,55,6
Allemagne2,90,60,52,02,12,41,41,17,87,88,38,3
France4,21,81,22,31,81,81,81,49,58,69,08,9
Italie2,91,80,72,32,62,72,41,810,69,59,38,9
Royaume-Uni13,11,91,72,42,12,11,92,15,55,15,25,3
Canada4,51,53,43,42,72,51,82,16,87,27,66,7
Autres économies avancées5,31,62,63,32,42,92,32,26,25,75,85,7
Espagne4,22,72,02,73,53,22,82,413,910,510,79,9
Pays-Bas3,41,20,42,02,35,13,82,42,62,02,93,2
Belgique4,01,00,62,22,72,41,61,26,96,66,97,1
Suède3,61,21,62,51,02,62,32,24,74,04,24,2
Autriche3,01,00,92,32,02,31,81,63,73,64,33,8
Danemark3,01,01,52,22,92,22,22,15,25,05,15,1
Finlande5,60,71,13,03,02,72,21,99,89,19,49,3
Grèce4,14,13,73,22,93,73,83,311,210,410,210,3
Portugal3,21,70,41,52,84,43,72,74,04,14,75,1
Irlande11,55,93,85,35,34,04,43,04,33,94,54,7
Luxembourg7,53,52,75,13,22,72,01,82,62,62,92,8
Suisse3,00,91,91,61,00,71,02,01,92,72,7
Norvège2,41,41,71,93,13,01,52,53,43,63,63,6
Israël7,4−0,9−1,51,81,11,16,23,08,89,310,710,9
Islande5,53,1−0,51,75,06,75,22,21,31,72,32,6
Chypre5,14,02,54,04,12,02,52,23,43,63,84,0
Corée9,33,06,35,92,34,12,73,34,13,73,03,0
Australie3,12,64,03,84,54,42,82,56,36,76,36,0
Taiwan, prov. chinoise de5,9−1,93,34,01,30,41,63,04,65,04,9
Hong Kong (RAS)10,40,21,53,4−3,7−1,6−3,0−0,54,95,07,57,1
Singapour10,3−2,03,64,21,11,01,03,13,33,02,3
Nouvelle-Zélande23,82,53,02,92,72,72,61,96,05,35,45,6
Pour mémoire
Union européenne3,51,61,12,32,32,62,11,88,27,47,77,6
Zone euro3,51,50,92,32,42,62,11,68,88,08,48,2

Les prix à la consommation sont fondés sur l’indice des prix de détail, hors intérêts hypothécaires.

Les prix à la consommation excluent les taux d’intérêt.

Les prix à la consommation sont fondés sur l’indice des prix de détail, hors intérêts hypothécaires.

Les prix à la consommation excluent les taux d’intérêt.

Les tensions inflationnistes ont continué d’être relativement faibles dans le monde entier et, dans la zone euro, les hausses de salaires ont, malgré certaines craintes, été en général modérées. Sous l’effet en partie du redressement de l’activité mondiale, les cours des produits de base ont repris leur progression. Depuis le début d’août, les cours du marché libre du pétrole augmentent sensiblement en raison des craintes d’une nouvelle dégradation de la sécurité au Moyen-Orient (au moment de la mise sous presse de la présente édition des Perspectives, les cours à terme dépassaient de 5 % ceux pris par hypothèse dans le scénario de référence des Perspectives). Néanmoins, on s’attend à ce que l’inflation reste faible en 2003, ce qui montre bien que les politiques anti-inflationnistes menées dans les pays industriels et les pays émergents ces dernières années sont plus efficaces et plus crédibles. Au Japon toutefois, la déflation, qui demeure un grave problème, sera aggravée par la récente appréciation du yen, qui est aussi un sujet de préoccupation en Chine et dans la RAS de Hong Kong, encore que, dans ces économies, la récente dépréciation du dollar EU aura un effet compensateur. En revanche, le risque inflationniste est nettement plus présent dans un certain nombre de pays d’Amérique latine, l’Argentine surtout, où, malgré les progrès accomplis récemment, une politique monétaire crédible reste à mettre en place.

La tournure prise par les événements depuis le premier trimestre fait naître de plus en plus de doutes sur la durabilité de la reprise. Les perspectives pourraient s’améliorer si, par exemple, la croissance de la productivité aux États-Unis surpassait les attentes, mais elles risquent beaucoup plus de se dégrader, alors qu’en avril, on estimait qu’il y avait un assez bon équilibre entre les facteurs d’évolution favorables et défavorables.

  • La reprise continue de dépendre fortement des perspectives aux États-Unis, étant donné en particulier que, dans les pays d’Europe occidentale, elle n’a pu jusqu’à présent s’autoalimenter et que la croissance de la demande intérieure au Japon continuera probablement d’être limitée pendant un certain temps à cause des difficultés du secteur bancaire et des entreprises. Il y a nettement un risque que la reprise soit plus faible, surtout si l’impact de la récente baisse des cours des actions aux États-Unis et en Europe est plus fort que prévu, si le marché immobilier, qui a soutenu vigoureusement la demande au Royaume-Uni, dans certains petits pays européens et, dans une moindre mesure, aux États-Unis (encadré 1.1), se replie, si la demande finale intérieure en Allemagne, dont l’influence est importante dans les autres pays de la zone euro, demeure faible ou si, au Japon, des chocs, comme l’appréciation du yen, compromettent une reprise timide. À l’évidence, ces évolutions devraient avoir un impact important sur les économies de marché émergentes.

  • Les prix du pétrole risquent de s’envoler si la sécurité continue de se dégrader au Moyen-Orient. En fonction de son ampleur et de sa durée, cette hausse pourrait avoir sur la croissance mondiale de profondes répercussions directes ou indirectes en raison de ses effets sur la confiance (voir appendice 1.1) et, en outre, augmenterait la probabilité que de nouveaux risques viennent peser sur les perspectives ou que leur impact soit aggravé.

  • Les cours des actions demeurent très instables et pourraient encore baisser. Il se peut, certes, que l’exubérance irrationnelle de la fin des années 90 ait en grande partie disparu, mais les récents scandales touchant la comptabilité et l’audit des entreprises ont gravement miné la confiance. Les autorités des États-Unis sont rapidement intervenues pour renforcer le gouvernement d’entreprise, ainsi que les règles d’audit, et d’autres initiatives sont également envisagées. Il est encourageant de constater que la date limite (milieu d’août) à laquelle les grandes sociétés américaines devaient certifier leurs états financiers a pu être franchie sans que l’on signale de perturbations majeures. Néanmoins, il y a toujours un risque que les marchés des actions «surréagissent», en particulier si de nouveaux scandales financiers devaient éclater ou si la croissance de la productivité et la rentabilité étaient décevantes, l’endettement élevé des ménages et des entreprises aggravant cette surréaction dans certains pays. La chute des cours des actions pourrait en outre présenter des risques pour certains établissements financiers, notamment en Europe et au Japon.

  • Les risques sur les marchés émergents, en particulier en Amérique du Sud et en Turquie, sont plus nombreux. Le durcissement des conditions de financement pour les marchés émergents a profondément dégradé les perspectives dans plusieurs pays d’Amérique du Sud et commencé à avoir un impact sur un certain nombre d’autres pays (voir supra). Jusqu’à présent, la plupart des pays des autres régions ont préservé leur accès aux marchés mondiaux des capitaux et, à quelques exceptions près, les variations des principales monnaies ont pu être corrigées assez facilement grâce aux régimes de taux de change flexibles. En outre, les risques d’une contagion généralisée ont été réduits, les flux de capitaux étant relativement faibles et l’effet de levier ayant diminué sur les marchés financiers mondiaux (tableau 1.3). Néanmoins, si les problèmes de l’Amérique du Sud devaient s’aggraver (et surtout si, parallèlement, la croissance fléchissait dans les pays industriels), les risques d’un impact généralisé sur les actifs des marchés émergents, y compris par l’intermédiaire des prêts bancaires internationaux, augmenteraient considérablement.

  • Si le recul du dollar a jusqu ’a présent été ordonné, ledéficitdes transactions courantes des États-Unis demeure très élevé et un ajustement brutal et perturbateur ne peut être exclu (voir chapitre II). Étant donné que le ralentissement de la croissance mondiale a été synchronisé, le déficit courant des États-Unis ne s’est guère amélioré depuis l’an 2000 et il semble probable qu’il se creusera à court terme (tableau 1.4). Il faut se demander non pas si ce déficit se maintiendra aux niveaux actuels (la réponse à cette question est non), mais quand et comment se fera l’ajustement. Si les exemples tirés de l’histoire sont quelque peu rassurants, la surévaluation du dollar n’a pas encore été corrigée et le risque que cette correction soit brutale et perturbatrice reste grand. Il est particulièrement préoccupant que des problèmes structurels freinent, à des degrés divers, la croissance à moyen terme dans les pays excédentaires (Japon, économies émergentes d’Asie et, dans une moindre mesure, pays européens). Dans ces conditions, le passage sans heurts du relais de la demande intérieure entre les pays déficitaires et les pays excédentaires est plus difficile, ce qui accroît le risque que l’ajustement du compte des transactions courantes des États-Unis s’accompagne d’un ralentissement de la croissance mondiale. En outre, si l’excédent courant de certains pays ne diminue pas, l’ajustement qu’auront à supporter les autres pays sera plus important, et le taux de change de ces pays pourra s’apprécier en conséquence.

Tableau 1.3.Économies de marché émergentes: flux nets de capitaux1(Milliards de dollars)
1994199519961997199819992000200120022003
Total2
Flux nets de capitaux privés3151,7211,5228,8102,262,184,829,424,962,464,9
Investissements directs nets80,698,2114,4141,7153,6164,0158,0172,1151,3160,9
Investissements de portefeuille nets113,042,790,246,7−0,134,3−4,3−42,6−3,0−4,0
Autres flux nets de capitaux privés−41,970,524,1−86,2−91,5−113,4−124,3−104,6−85,9−91,9
Flux nets de capitaux publics3,526,5−2,368,369,912,20,215,420,618,2
Variation des réserves4−68,9−118,2−108,1−68,8−48,2−87,9−113,2−119,9−146,6−129,7
Pour mémoire
Solde des transactions courantes5−71,6−91,1−96,5−69,1−52,334,1128,494,761,341,7
Afrique
Flux nets de capitaux privés314,312,711,99,411,615,16,16,98,88,9
Investissements directs nets3,01,93,67,86,49,37,722,311,810,1
Investissements de portefeuille nets3,62,52,87,03,78,2−2,2−9,0−1,0−1,3
Autres flux nets de capitaux privés7,88,35,5−5,41,5−2,50,6−6,4−2,00,1
Flux nets de capitaux publics3,24,1−3,62,03,30,71,71,31,00,4
Variation des réserves4−5,3−2,5−7,9−11,12,5−3,5−13,3−12,7−4,7−8,4
Asie, pays en développement d’6
Flux nets de capitaux privés370,396,9122,17,1−45,96,8−12,916,731,67,9
Investissements directs nets44,752,653,456,859,761,254,247,158,759,0
Investissements de portefeuille nets20,822,732,87,3−17,914,44,3−13,50,7−9,7
Autres flux nets de capitaux privés4,721,635,9−56,9−87,7−68,8−71,4−16,8−27,8−41,3
Flux nets de capitaux publics3,24,5−12,416,926,14,45,1−5,7−1,43,3
Variation des réserves4−57,8−43,3−46,9−15,4−67,4−78,9−48,7−84,7−97,4−67,8
Pour mémoire
Hong Kong (RAS)
Flux nets de capitaux privés3−4,1−3,5−7,111,7−8,51,04,2−5,1−10,4−10,9
Moyen-Orient et Turquie7
Flux nets de capitaux privés315,79,97,215,09,10,2−22,4−48,4−19,6−9,4
Investissements directs nets4,86,54,85,56,55,57,910,88,811,5
Investissements de portefeuille nets7,62,01,8−0,9−13,2−3,2−13,7−22,0−9,8−6,6
Autres flux nets de capitaux privés3,31,40,610,415,8−2,1−16,7−37,1−18,6−14,4
Flux nets de capitaux publics3,54,56,69,33,02,10,46,68,84,7
Variation des réserves4−4,7−11,6−22,2−19,49,7−6,3−27,0−6,7−10,8−10,4
Hémisphère occidental
Flux nets de capitaux privés347,143,564,969,372,749,748,622,810,326,5
Investissements directs nets22,824,240,356,160,164,164,766,940,445,6
Investissements de portefeuille nets65,00,839,525,922,311,94,7−2,21,07,6
Autres flux nets de capitaux privés−40,718,5−14,9−12,7−9,8−26,3−20,8−41,9−31,1−26,7
Flux nets de capitaux publics4,719,24,714,916,01,5−3,521,115,814,6
Variation des réserves44,0−23,3−28,9−13,58,47,9−2,51,2−3,3−16,5
Pays en transition
Flux nets de capitaux privés34,348,422,61,314,613,010,026,831,231,1
Investissements directs nets5,313,112,315,520,923,923,425,131,534,7
Investissements de portefeuille nets16,114,613,37,55,02,92,64,26,16,0
Autres flux nets de capitaux privés−17,120,7−3,0−21,6−11,3−13,8−16,0−2,5−6,4−9,6
Flux nets de capitaux publics−11,2−5,82,325,321,43,6−3,6−7,9−3,6−4,8
Variation des réserves4−5,1−37,5−2,2−9,5−1,4−7,1−21,7−17,1−30,5−26,7
Pour mémoire
Pays exportateurs de pétrole
Flux nets de capitaux privés318,623,4−4,8−9,6−5,4−28,5−53,3−43,6−31,4−24,8
Pays non exportateurs de pétrole
Flux nets de capitaux privés3133,2188,0233,6111,867,4113,482,768,693,889,8

Les flux nets de capitaux se composent des investissements directs nets, des investissements de portefeuille nets et d’autres flux d’investissement nets à court et à long terme, y compris les emprunts publics et privés. Les économies de marché émergentes sont les pays en développement ou en transition, la Corée, Singapour, la province chinoise de Taiwan et Israël.

Non compris la RAS de Hong Kong.

En raison des lacunes présentées par ces données, les «autres investissements nets» peuvent comprendre certains flux de capitaux publics.

Le signe moins indique une augmentation.

La somme du solde des transactions courantes, des flux nets de capitaux privés, des flux nets de capitaux publics et de la variation des réserves est égale, mais avec le signe contraire, à la somme du solde du compte de capital et des erreurs et omissions. Pour les soldes des transactions courantes régionaux, voir le tableau 27 de l’appendice statistique.

Y compris Corée, Singapour et province chinoise de Taiwan.

Y compris Israël et Malte.

Les flux nets de capitaux se composent des investissements directs nets, des investissements de portefeuille nets et d’autres flux d’investissement nets à court et à long terme, y compris les emprunts publics et privés. Les économies de marché émergentes sont les pays en développement ou en transition, la Corée, Singapour, la province chinoise de Taiwan et Israël.

Non compris la RAS de Hong Kong.

En raison des lacunes présentées par ces données, les «autres investissements nets» peuvent comprendre certains flux de capitaux publics.

Le signe moins indique une augmentation.

La somme du solde des transactions courantes, des flux nets de capitaux privés, des flux nets de capitaux publics et de la variation des réserves est égale, mais avec le signe contraire, à la somme du solde du compte de capital et des erreurs et omissions. Pour les soldes des transactions courantes régionaux, voir le tableau 27 de l’appendice statistique.

Y compris Corée, Singapour et province chinoise de Taiwan.

Y compris Israël et Malte.

Tableau 1.4.Échantillon d'économies: solde des transactions courantes(En pourcentage du PIB)
2000200120022003
Économies avancées−0,9−0,8−0,8−0,9
Principales économies avancées−1,5−1,4−1,5−1,5
États-Unis−4,2−3,9−4,6−4,7
Japon2,52,13,02,9
Allemagne−1,10,11,92,1
France1,51,81,91,4
Italie−0,50,10,20,2
Royaume-Uni−2,0−2,1−2,1−2,3
Canada2,62,81,71,9
Autres économies avancées1,92,42,32,1
Espagne−3,4−2,6−1,7−1,8
Pays-Bas3,82,83,23,0
Belgique-Luxembourg4,55,24,74,5
Suède3,33,23,23,2
Autriche−2,5−2,2−2,3−2,3
Danemark1,62,62,83,4
Finlande7,46,57,37,6
Grèce−6,8−6,2−5,1−5,4
Portugal−10,4−9,2−8,0−7,5
Irlande−0,6−1,0−0,7−0,9
Suisse12,910,010,511,0
Norvège15,015,411,49,5
Israël−1,7−1,7−1,9−1,8
Islande−10,1−4,4−2,00,1
Chypre−5,2−4,4−5,5−3,6
Corée2,72,01,50,9
Australie−4,0−2,6−3,6−3,9
Taiwan, prov. chinoise de2,96,75,85,9
Hong Kong (RAS)5,47,39,29,7
Singapour16,720,421,722,3
Nouvelle-Zélande−5,5−2,9−3,5−4,1
Pour mémoire
Union européenne−0,40,60,5
Zone euro1−0,30,41,11,0

Somme des soldes des pays membres de la zone.

Somme des soldes des pays membres de la zone.

Il conviendra à terme de réorienter la politique macroéconomique, qui reste accommodante dans la plupart des pays industriels, de façon à lui donner un tour plus neutre. Il convient toutefois de signaler que les perspectives à court terme se sont dégradées et menacent nettement de se détériorer encore, que l’inflation reste relativement faible et que, sur le front de la lutte contre l’inflation, les autorités jouissent d’une forte crédibilité. La situation varie quelque peu selon les pays, sous l’effet de leur position cyclique relative, ainsi que des risques qui découlent des incertitudes pesant sur les marchés des actions et des changes (encadré 1.2). Dans la plupart des pays cependant, les autorités semblent incitées, une fois pris en compte les facteurs d’évolution favorable ou défavorable de la situation, à poursuivre une politique macroéconomique relativement accommodante plus longtemps qu’on ne l’estimait initialement nécessaire et, au Japon, un nouveau desserrement de la politique monétaire s’impose. Si les données devaient faire ressortir un essoufflement de la reprise, il faudrait aussi envisager un nouvel assouplissement monétaire dans d’autres pays. Cela étant, il semble que les principales priorités pour les pays soient les suivantes:

  • Dans les pays industriels, la politique macroéconomique devrait continuer de soutenir l’activité. Aux États-Unis, la Réserve fédérale n’a pas modifié les taux d’intérêt et la poursuite d’une politique accommodante demeure justifiée; si les perspectives continuaient de se dégrader, il conviendrait d’envisager de baisser encore les taux d’intérêt. Le solde budgétaire (hors sécurité sociale) devant, selon les projections, rester déficitaire au cours des prochains exercices, l’un des objectifs prioritaires à moyen terme est d’assainir les finances publiques (tableau 1.5), compte tenu surtout des pressions démographiques imminentes. Dans la zone euro, les risques de tensions inflationnistes ont diminué, l’euro s’étant apprécié et la reprise étant plus faible que prévu. En conséquence, la marge de manœuvre pour desserrer la politique monétaire est plus grande, et devrait être utilisée si l’activité reste hésitante et si les tensions inflationnistes s’atténuent conformément aux prévisions. Au Japon, l’application d’une politique énergique d’assouplissement monétaire demeure capitale pour s’attaquer aux tensions déflationnistes. Si l’exécution des réformes structurelles, qui risque d’avoir un impact négatif sur l’activité à court terme, s’accélère sensiblement, il pourrait être souhaitable de prendre de nouvelles mesures pour freiner le retrait des stimulants prévu à partir du second semestre de l’exercice 2002.

  • Sur les marchés émergents, la dégradation des perspectives tient en partie à un goût moins prononcé pour les risques et à des problèmes de contagion, mais aussi, et surtout, à des facteurs propres à chaque pays (incertitudes politiques et inquiétudes suscitées par la dynamique de la dette, entre autres). En Amérique latine et en Turquie notamment, il faudra pour rétablir la confiance sur les marchés financiers s’attaquer radicalement à ces questions. Dans les autres pays, les priorités varient considérablement (voir infra). Cependant, les perspectives économiques mondiales étant plus difficiles, les pays qui le pourront (les pays industriels par exemple) continueront sans doute d’appliquer une politique macroéconomique accommodante plus longtemps que prévu.

  • Les politiques à moyen terme devraient continuer de stimuler une croissance durable et diversifiée, ainsi qu’une réduction ordonnée des déséquilibres mondiaux. Depuis le milieu des années 90, on s’est beaucoup intéressé au redressement de la croissance de la productivité aux États-Unis, par rapport notamment aux autres grands pays industriels. Ces gains de productivité semblent attribuables en partie à la plus grande flexibilité de l’économie des États-Unis (encadré 1.3). Dans la zone euro, une réforme des marchés du travail et des produits pourrait donner plus de flexibilité à l’économie et aiderait par ailleurs à relever les taux d’emploi qui demeurent nettement en deçà de celui des États-Unis. Au Japon, une réforme du secteur bancaire et de celui des entreprises est primordiale; elle est également un objectif prioritaire dans les économies émergentes d’Asie, bien que leur situation soit différente. Dans le reste du monde, une croissance potentielle plus élevée est souhaitable en soi, et permettrait en outre de réduire la dépendance à l’égard des États-Unis comme moteur principal de la croissance mondiale et de promouvoir une correction ordonnée des déséquilibres mondiaux. Cela mis à part, il est à l’évidence nécessaire d’améliorer la transparence et le gouvernement d’entreprise aux États-Unis et ailleurs dans le monde (voir à ce sujet le Global Financial Stability Report). Si, lors de toutes les révolutions technologiques antérieures, on a pu constater que les entreprises se sont livrées à des agissements répréhensibles, les carences des pratiques comptables et d’audit ont sans doute amplifié la bulle du secteur des technologies de l’information et contribué aux déséquilibres mondiaux. Les réformes récemment adoptées aux États-Unis améliorent opportunément les règles de comptabilité et de gestion des entreprises, mais il faudra veiller à ce qu’elles soient effectivement appliquées.

  • Il convient de continuer de renforcer la capacité d’adaptation des pays aux chocs économiques. Le vieillissement de la population constitue une grave menace pour la stabilité économique et budgétaire des pays industriels, du Japon et de nombreux pays européens, entre autres, ainsi que, dans une moindre mesure, des États-Unis. Si les solutions sont multiples—une croissance potentielle plus forte aurait à cet égard un effet positif non négligeable—une accélération de la réforme des régimes de retraite et d’assurance maladie, soutenue par un assainissement des finances publiques à moyen terme, s’impose désormais de toute urgence. Les questions budgétaires sont un important sujet de préoccupation en Amérique latine, où une dette publique très élevée constitue en permanence un facteur majeur de vulnérabilité et limite la possibilité d’appliquer des politiques anticycliques; elles deviennent également de plus en plus préoccupantes en Asie, où l’endettement public a beaucoup augmenté récemment. En Asie, compte tenu des profondes mutations structurelles que connaît cette région, en particulier à mesure qu’elle s’adapte aux enjeux que fait naître le développement rapide de la Chine, la réforme du secteur financier et de celui des entreprises doit impérativement être menée à bien.

Tableau 1.5.Principales économies avancées: solde budgétaire et dette des administrations publiques1(En pourcentage du PIB)
1986–95199619971998199920002001200220032007
Principales économies avancées
Solde effectif−3,9−3,6−2,1−1,6−1,1−0,1−1,7−3,0−2,8−0,9
Écart de production2−0,5−1,1−0,5−0,5−0,10,7−1,1−2,2−2,4
Solde structurel−3,6−3,0−1,7−1,3−1,0−0,8−1,3−2,2−1,9−0,9
États-Unis
Solde effectif−4,5−2,4−1,3−0,10,61,5−0,2−2,6−2,8−1,0
Écart de production2−1,3−1,6−0,50,31,11,6−1,2−2,0−2,6
Solde structurel−4,0−1,9−1,1−0,20,30,90,1−1,9−1,9−1,0
Dette nette53,259,257,053,448,943,943,044,145,041,7
Dette brute67,372,870,366,663,457,756,457,057,451,5
Japon
Solde effectif−0,4−4,9−3,7−5,5−7,0−7,3−7,1−7,2−6,1−1,0
Sécurité sociale non comprise−3,2−7,0−5,8−7,1−8,5−8,4−7,4−7,1−5,9−1,5
Écart de production20,70,91,0−1,7−2,2−1,1−2,4−3,8−3,80,2
Solde structurel−0,6−5,2−4,1−4,9−6,1−6,8−6,1−5,7−4,6−1,0
Sécurité sociale non comprise−3,4−7,2−6,0−6,8−8,0−8,1−6,8−6,2−5,0−1,5
Dette nette13,821,627,938,145,257,565,574,080,280,3
Dette brute71,891,797,4108,6120,9135,6145,1155,1161,2152,3
Zone euro
Solde effectif−4,6−4,2−2,6−2,3−1,30,1−1,6−1,9−1,5−0,5
Écart de production2−0,2−1,8−1,6−1,0−0,60,5−0,4−1,7−1,8
Solde structurel3−3,1−1,5−1,5−0,8−1,1−1,4−1,1−0,6−0,4
Dette nette46,158,462,961,460,858,757,958,157,353,3
Dette brute60,976,175,473,772,670,269,269,468,260,2
Allemagne4
Solde effectif−2,2−3,4−2,7−2,2−1,51,1−2,8−2,9−2,2−0,6
Écart de production20,2−0,5−1,0−0,9−0,70,3−1,0−2,3−2,3
Solde structurel3−1,8−2,8−1,7−1,4−1,0−1,5−2,2−1,6−0,9−0,6
Dette nette27,651,152,352,252,551,550,852,553,149,2
Dette brute45,159,861,060,961,260,259,561,261,857,9
France
Solde effectif−3,5−4,1−3,0−2,7−1,6−1,3−1,4−2,5−2,1−1,4
Écart de production2−0,5−3,3−3,1−1,8−1,10,6−1,1−1,2
Solde structurel3−3,0−1,9−1,0−1,5−0,9−1,6−1,6−1,9−1,4−1,3
Dette nette30,348,149,649,848,847,648,247,647,353,3
Dette brute39,057,059,359,558,557,356,957,257,053,3
Italie
Solde effectif−10,4−7,1−2,7−2,8−1,8−0,5−2,2−2,0−1,5−0,8
Écart de production2−0,1−1,7−1,6−1,7−2,0−1,0−1,0−2,3−2,0
Solde structurel3−10,4−6,2−1,9−2,0−0,9−1,3−1,8−1,7−1,2−0,8
Dette nette97,8116,1113,8110,1108,4104,6103,9104,0100,989,7
Dette brute103,7122,7120,2116,4114,5110,6109,8109,8106,694,8
Royaume-Uni
Solde effectif−3,4−4,2−1,60,21,44,00,2−0,8−1,1−1,4
Écart de production2−0,2−1,3−0,40,50,21,10,4−0,9−1,1
Solde structurel3−3,3−3,4−1,00,31,21,3−0,1−0,6−0,5−1,4
Dette nette24,246,244,641,939,034,030,829,529,028,5
Dette brute42,651,849,646,643,840,437,936,335,735,1
Canada
Solde effectif−6,6−2,80,20,11,73,11,81,11,21,2
Écart de production20,3−1,4−0,9−0,80,51,2−0,8−0,6−0,1
Solde structurel−6,6−2,00,80,51,62,52,21,61,21,1
Dette nette70,188,185,681,875,665,461,257,453,139,7
Dette brute101,9120,7118,8115,3112,6102,1100,995,489,069,5
Note: La méthodologie utilisée et les hypothèses propres à chaque pays sont examinées à l’encadré A1.

Les données sur la dette sont celles de la fin de l'année (de la fin de mars dans le cas du Royaume-Uni).

En pourcentage de la production potentielle.

Ne prend pas en compte le produit exceptionnel tiré de la vente des droits d'utilisation des téléphones portables, soit un montant équivalant à 2,5 % du PIB en Allemagne (en l'an 2000), 0,1 % en France (en 2001 et en 2002), 1,2 % en Italie (en l'an 2000) et 2,4 % au Royaume-Uni (en l'an 2000), ni le produit exceptionnel d'importantes opérations sur actifs.

Les données antérieures à 1990 se rapportent à l'Allemagne de l'Ouest. Dette nette: la première colonne porte sur les années 1988 à 1994. Depuis 1995, l’État fédéral prend en charge l'encours et le service de la dette, qui équivalent à 8 % et 1/2-1 %, respectivement, du PIB, de la Treuhandanstalt (et de divers autres organismes).

Note: La méthodologie utilisée et les hypothèses propres à chaque pays sont examinées à l’encadré A1.

Les données sur la dette sont celles de la fin de l'année (de la fin de mars dans le cas du Royaume-Uni).

En pourcentage de la production potentielle.

Ne prend pas en compte le produit exceptionnel tiré de la vente des droits d'utilisation des téléphones portables, soit un montant équivalant à 2,5 % du PIB en Allemagne (en l'an 2000), 0,1 % en France (en 2001 et en 2002), 1,2 % en Italie (en l'an 2000) et 2,4 % au Royaume-Uni (en l'an 2000), ni le produit exceptionnel d'importantes opérations sur actifs.

Les données antérieures à 1990 se rapportent à l'Allemagne de l'Ouest. Dette nette: la première colonne porte sur les années 1988 à 1994. Depuis 1995, l’État fédéral prend en charge l'encours et le service de la dette, qui équivalent à 8 % et 1/2-1 %, respectivement, du PIB, de la Treuhandanstalt (et de divers autres organismes).

Encadré 1.2.Prévisions du marché relatives aux variations des taux de change

Après avoir continué à se renforcer l’an dernier malgré le ralentissement mondial, le dollar a fortement baissé par rapport aux autres grandes monnaies à partir de la mi-avril. Il demeure cependant bien supérieur à sa valeur de longue période, tandis que le déficit des transactions courantes des États-Unis s’est porté à un niveau record. Cette évolution soulève la question de savoir si un ajustement bien plus ample et sans doute désordonné des taux de change des principales monnaies constitue un risque pour les perspectives économiques mondiales.

Pour évaluer ce risque, il est intéressant de chercher à déterminer comment les participants au marché envisagent l’évolution probable des taux de change, tant en ce qui concerne leur orientation que leur volatilité. Il est possible d’utiliser les prix des contrats à terme et des options pour mieux connaître les appréciations portées par le marché, en l’occurrence en construisant des «fonctions de densité de probabilité» implicites des valeurs futures des taux de change. Dans l’hypothèse selon laquelle les participants au marché sont neutres face au risque, les fonctions de densité de probabilité indiquent les chances pour que, de l’avis de ces participants, le taux de change atteigne différents niveaux à une date future donnée1.

Des fonctions de densité de probabilité de ce type, pour le taux yen-dollar, sont présentées dans le graphique (partie supérieure). Elles reflètent les prévisions à trois mois du taux de change, formulées à trois dates différentes: 2 janvier 2002, 27 juin 2002 et 16 août 2002. La moyenne de la fonction de densité de probabilité pour le taux yen-dollar a diminué au cours de cette période, conformément à l’appréciation du yen par rapport au dollar. En effet, l’arbitrage des taux d’intérêt couverts fait en sorte que la moyenne de la fonction de densité de probabilité (c’est-à-dire, le taux des contrats à terme sur les marchés) est égale au taux de change au comptant, augmenté d’un ajustement au titre de l’écart entre les taux d’intérêt des actifs à court terme libellés dans chacune des deux monnaies. Les taux d’intérêt ont été stables ces derniers mois et, par conséquent, il en a été de même de l’écart entre les taux de change au comptant et à terme. Le taux de change yen-dollar à terme implique une nouvelle appréciation du yen, étant donné que le taux d’intérêt à court terme des actifs libellés en yen est inférieur à celui des actifs libellés en dollars; à l’inverse, le taux de change euro-dollar à terme implique une dépréciation de l’euro étant donné le rendement supérieur des actifs libellés dans cette monnaie.

Risque et volatilité implicite du dollar

Fonctions de densité de probabilité neutres par rapport au risque

(Yen par dollar; horizon à 3 mois)

Sources: Bloomberg Financial Markets, LP; estimations des services du FMI.

Étant donné le lien mécanique entre le taux de change au comptant, le taux de change à terme et l’écart des taux d’intérêt, les moments d’ordres supérieurs de la fonction de densité de probabilité apportent souvent d’autres renseignements intéressants sur les prévisions du marché. Par exemple, la volatilité attendue du taux de change futur se reflète dans la variance de la fonction de densité de probabilité implicite. Le sentier d’évolution de la volatilité prévue des taux yen-dollar et euro-dollar depuis le milieu de 2001 est présenté dans le graphique (partie intermédiaire). La volatilité prévue a augmenté après que le dollar a commencé à donner des signes de faiblesse en avril. L’augmentation de la volatilité du taux euro-dollar a été particulièrement forte au cours du mois de juin, mais elle s’est pour l’essentiel annulée au cours de l’été. La volatilité du taux yen-dollar a été plus stable, n’ayant que légèrement augmenté par rapport au creux du printemps. Dans l’ensemble, rien n’indique d’après ces données que les marchés perçoivent un risque anormalement élevé de brusques variations monétaires, en regard des tendances du passé récent.

Une autre caractéristique intéressante des fonctions de densité de probabilité implicites est leur «asymétrie». Il s’agit de l’asymétrie entre les deux côtés de la fonction de densité de probabilité, qui se produit lorsque, de l’avis des marchés, les risques de variations monétaires de même ampleur mais de sens opposés diffèrent. En pratique, l’asymétrie est mesurée par le coût d’une assurance contre une dépréciation du dollar par rapport à une appréciation du dollar de même ampleur—il s’agit du prix du risque de retournement (risk-reversal price)2. Des données récentes sur les prix du risque de retournement sont présentées dans le graphique (partie inférieure). Le coût relatif d’une assurance contre une dépréciation du dollar par rapport à la fois à l’euro et au yen a sensiblement augmenté depuis le début de l’année. Cela signifie que les marchés accordent un plus grand poids qu’auparavant à la possibilité d’une forte dépréciation du dollar par rapport au taux à terme, même si l’écart entre le taux à terme et le taux au comptant est resté à peu près constant.

Il convient de souligner que l’hypothèse de neutralité face au risque est nécessaire pour que l’on puisse interpréter les fonctions de densité de probabilité comme des indicateurs des prévisions du marché. De surcroît, pour que les prévisions du marché soient des indicateurs utiles des taux de change futurs, il faut que les marchés utilisent de façon efficiente toutes les informations disponibles. De nombreuses études ont montré que le taux à terme est un indicateur biaisé du taux au comptant futur, ce qui signifie qu’au moins l’une de ces hypothèses n’est pas vérifiée3. Les analyses de la relation entre les moments d’ordres supérieurs des fonctions de densité de probabilité implicites et les taux de change futurs sont moins concluantes, de sorte qu’il est plus difficile d’évaluer l’utilité de ces moments en tant qu’indicateurs prévisionnels des variations ou de la volatilité du taux de change.

Indépendamment du pouvoir de réalisation des prévisions du marché, les fonctions de densité de probabilité implicites apportent toutefois des informations qui peuvent être utiles pour estimer l’interaction entre l’évolution du marché et les mesures de politique gouvernementale. Par exemple, un cadre de fortes incertitudes à propos des taux de change futurs peut laisser craindre des réactions excessives des marchés face à des initiatives de politique gouvernementale, tandis qu’une asymétrie sensible des prévisions implique le risque d’amples variations unidirectionnelles des taux. Chacune de ces deux situations peut donner aux autorités des raisons de mener des politiques prudentes pour éviter de déstabiliser les marchés des changes. Les données récentes du marché n’indiquent nullement que les appréciations portées sur la volatilité ou l’asymétrie des résultats sont devenues anormales en regard des tendances de longue période, et les problèmes de sensibilité exceptionnelle du marché ne seraient donc pas de nature à contraindre les politiques.

Note: Peter Breuer et Guy Meredith sont les principaux auteurs de cet encadré.1L’hypothèse de neutralité face au risque signifie que les variations des prix des options correspondent à des variations de l’instabilité prévue, et non à des changements d’attitude des investisseurs face au risque. Breuer (2002) expose une méthode pour tenir compte de l’aversion pour le risque dans le calcul des fonctions de densité de probabilité.2Le prix du risque de retournement est égal à l’écart entre le prix d’une option d’achat de devises hors du cours et le prix d’une option de vente de devises également hors du cours.3Voir Meredith and Ma (2002).

Depuis le milieu des années 90, la plupart des pays africains ont fait des progrès sensibles dans la voie de la stabilité macroéconomique, mais la croissance du PIB demeure très en deçà de ce qui est nécessaire pour réduire durablement la pauvreté. Cela tient en partie à la faiblesse de l’investissement et de l’épargne, mais aussi à l’utilisation peu efficiente des ressources disponibles4, qui s’explique par une multitude de problèmes, dont les répercussions des guerres et des maladies, la faiblesse des institutions et des infrastructures, la médiocrité de la gouvernance et une espérance de vie peu élevée, ce dernier facteur étant nettement aggravé par la pandémie du VIH/SIDA. Le Nouveau partenariat pour le développement de l’Afrique, concept forgé par les chefs d’État et de gouvernement africains à la fin de 2001, offre une stratégie dynamique et cohérente pour s’attaquer à ces problèmes. Cependant, si leur résolution incombe au premier chef aux gouvernements et aux peuples d’Afrique, l’aide extérieure joue aussi à cet égard un rôle essentiel. Il y a donc lieu de se réjouir tout particulièrement du plan d’action pour l’Afrique annoncé par le G-8 au sommet de Kananaskis en juin, de même que de l’engagement de doubler les flux d’aide pris au sommet de Monterrey trois mois plus tôt. Les pays bénéficiaires de cette aide accrue pourront à terme augmenter sensiblement leurs dépenses publiques. Parallèlement, ils devront s’employer activement à améliorer leur capacité d’absorption, y compris en renforçant la gestion des dépenses publiques et en s’attaquant au dossier de la gouvernance. Ces actions seraient facilitées si, du côté des donateurs, les nouveaux engagements d’aide étaient aussi concrets et prévisibles que possible.

Encadré 1.3.Le revirement de la croissance de la productivité en Europe et aux États-Unis

La vive accélération de la productivité du travail aux États-Unis depuis le milieu des années 90 a suscité beaucoup d’intérêt, car non seulement elle a eu des effets positifs sur la production, les revenus et l’inflation, mais elle n’a été égalée nulle part ailleurs, notamment en Europe. Dans le présent encadré, on évalue le niveau et le taux de croissance de la productivité aux États-Unis et dans quatre grands pays européens durant ces dernières années et l’on constate que: 1) l’écart persistant entre le PIB par habitant aux États-Unis et en Europe tient beaucoup plus à des différences dans l’utilisation de la main-d’œuvre que dans la productivité du travail (mesurée par la production horaire), 2) la croissance de la productivité était plus élevée en Europe qu’aux États-Unis jusqu’au milieu des années 90, puis elle a ralenti tandis qu’elle s’accélérait aux États-Unis pour en fin de compte être plus forte qu’en Europe, et 3) on s’accorde à reconnaître que les secteurs des hautes technologies ont fortement contribué à cette accélération aux États-Unis, alors que leur impact ne s’est pas encore fait totalement sentir en Europe.

En Europe, après un rattrapage rapide pendant les trente années qui ont suivi la seconde guerre mondiale, le PIB par habitant s’établit en général depuis la fin des années 70 à 65-70 % de celui des États-Unis (voir tableau). Cet écart persistant ne semble pas imputable à des différences dans la productivité (production horaire), mais traduit plutôt de profondes divergences dans le fonctionnement des marchés du travail et dans l’utilisation de la main-d’œuvre. Trois facteurs sont à prendre en compte: les taux d’activité, surtout des femmes et des personnes âgées d’au moins 55 ans, sont nettement inférieurs en Europe continentale, les taux de chômage sont beaucoup plus élevés en Europe et le nombre annuel moyen d’heures travaillées par salarié est d’environ 20 à 30 % plus faible en Europe qu’aux États-Unis. Ces trois facteurs expliquent amplement l’écart entre le PIB par habitant des États-Unis et celui des grandes économies continentales; par contre, la production horaire en Allemagne, en France et en Italie est analogue à celle des États-Unis, voire la dépasse. Au Royaume-Uni, les taux d’activité et d’emploi sont aussi élevés qu’aux États-Unis, mais, comme sur le continent, le nombre d’heures travaillées est plus faible; dans l’ensemble, la production horaire semble inférieure à celle des États-Unis.

La dernière décennie a fait apparaître entre les deux régions certaines différences saisissantes dans les forces motrices de la croissance de la production par habitant. Pendant la majeure partie des années 90, la croissance du PIB par habitant a été plus rapide aux États-Unis qu’en Europe; cependant, la production horaire a progressé nettement moins vite aux États-Unis qu’en Europe au cours de la première moitié de la décennie. Ainsi se poursuivaient des tendances qui étaient manifestes depuis les années 60, la croissance annuelle moyenne de la productivité horaire aux États-Unis étant inférieure de plus de moitié à celle de l’Europe (ainsi que du Japon). (Voir graphique.) En fait, à cause de cet écart persistant, les évaluations des perspectives de productivité et de croissance aux États-Unis dans les années 80 et même jusqu’au milieu des années 90 étaient pessimistes (voir, par exemple, Gordon, 1996). Au cours de cette période, ce pays a toutefois pu conserver son avance en termes de PIB par habitant grâce à une meilleure utilisation de sa main-d’œuvre (voir supra). En outre, pendant la première moitié des années 90, la faiblesse relative de la croissance de sa productivité horaire a été plus que compensée par la vigueur de celle de l’emploi et un nombre d’heures travaillées plus élevé, de sorte que l’écart avec l’Europe sur le plan du PIB par habitant s’est creusé.

Croissance et productivité aux États-Unis et en Europe
20011990-951995-20011990-951995-2001
PIB par habitantPIB horaireNombre d’heures travailléesActifs dans la populationCroissance du PIB par habitantCroissance du PIB horaire
États-Unis100,0100,0100,0100,01,22,41,02,4
Allemagne171,8106,269,793,20,81,52,31,8
France72,3115,073,888,50,92,01,71,7
Italie69,0117,077,279,01,51,82,51,1
Royaume-Uni66,385,180,697,51,22,42,51,8
Sources: estimations des services du FMI; Organisation de coopération et de développement économiques (2002).

Les données sur la croissance sont des moyennes pour la période 1992-95.

Sources: estimations des services du FMI; Organisation de coopération et de développement économiques (2002).

Les données sur la croissance sont des moyennes pour la période 1992-95.

Pendant la seconde moitié de la décennie, la croissance de la productivité aux États-Unis a été étonnamment forte. En revanche, elle a nettement ralenti en Allemagne, en Italie et au Royaume-Uni et n’a pas varié en France, tombant dans tous les cas nettement en deçà de celle des États-Unis. La croissance de l’emploi s’est accélé rée aux États-Unis parallèlement à ces gains de productivité et, en Europe, même si elle s’est redressée vigoureusement au cours de cette période, elle était encore inférieure à celle des États-Unis. Grâce à la hausse de la productivité et de l’emploi, la croissance du PIB par habitant aux États-Unis a continué d’être plus élevée qu’en Europe, et ce dans des proportions encore plus fortes que pendant la première moitié des années 90.

Comment expliquer cette divergence d’évolution de la productivité pendant la seconde moitié de la décennie? Aux États-Unis, l’accélération de la croissance de la productivité est essentiellement attribuable à la production et aux technologies de l’information1. L’utilisation des nouvelles technologies a démarré plus lentement en Europe, ce qui revient à dire que, du moins jusqu’à une date très récente, l’Europe n’a pas tiré parti autant que les États-Unis de l’impulsion donnée à la productivité par la révolution technologique2. Cependant, un certain nombre d’autres facteurs, notamment sur les marchés du travail, ont peut-être contribué au redressement de la croissance de l’emploi en Europe, mais aussi, probablement, au ralentissement de celle de la productivité.

En particulier, la croissance relativement rapide de l’emploi dans la zone euro pendant la seconde moitié des années 90 tient en partie à la grande modération des revendications salariales, ainsi qu’aux mesures prises pour libéraliser les marchés du travail. Ces mesures ont notamment permis de réduire les prélèvements obligatoires (surtout en France et en Italie) et de conclure des contrats de travail plus flexibles, et ainsi d’ouvrir des perspectives d’emploi, surtout aux travailleurs temporaires ou à temps partiel3. Les tendances à la baisse du taux de participation et à la hausse du taux de chômage, qui étaient observées depuis longtemps, se sont inversées au cours de cette période. Il est frappant de constater que, pendant la majeure partie de la période, le travail à temps partiel, des femmes surtout, a représenté l’essentiel des gains en matière d’emploi. Si, dans certains pays comme la France, ce sont peut-être principalement des emplois peu qualifiés qui ont été créés, la croissance de l’emploi a en général bénéficié pour l’essentiel aux travailleurs non manuels hautement qualifiés. (Voir, par exemple, Commission européenne, 2000.) Mais même dans ce cas, elle s’est concentrée dans des secteurs dont la productivité est traditionnellement faible, entre autres celui des services (services sociaux et de santé, notamment). En outre, l’augmentation du nombre des emplois occupés par des jeunes—sans doute assez peu qualifiés—a peut-être contribué au ralentissement de la croissance de la productivité. (Voir Kumar and MacFarlan, en cours de publication.)

En Europe, le recul de la croissance de la productivité du travail n’est peut-être qu’un effet secondaire temporaire des ajustements susmentionnés du marché de l’emploi, certains indices donnant à penser que cette croissance s’est redressée en l’an 2000 avant la phase de tassement de l’activité. De façon plus générale toutefois, la faiblesse de cette croissance peut aussi traduire une progression plus lente du ratio capital/travail, qui avait été exceptionnellement forte par le passé en Europe. Ce ralentissement de la croissance de la productivité ne saurait être en soi un sujet de préoccupation, car il devrait normalement s’accompagner d’une hausse de la productivité du capital, qui pourrait laisser la productivité des facteurs globalement inchangée. D’après de récentes données toutefois, il se peut que la croissance de la productivité des facteurs ait reculé quelque peu en Europe et se soit accélérée aux États-Unis.

Beaucoup d’incertitudes entourent la croissance de la productivité, en raison notamment des turbulences qui ont agité récemment le secteur des hautes technologies et de leurs conséquences à long terme. Cependant, le fait que les États-Unis ont pu maintenir cette croissance à un niveau élevé même pendant la période de faible activité—alors qu’elle aurait dû normalement diminuer, les réductions d’effectifs ne suivant pas immédiatement la baisse de la production—laisse présager qu’elle pourrait continuer d’être aussi robuste que ces dernières années. En ce qui concerne l’Europe, il y a lieu de penser que les technologies de l’information sont maintenant utilisées de la même manière qu’aux États-Unis, quoique à un rythme légèrement plus lent4. Conjugué au redressement cyclique, ce facteur devrait soutenir le rebond de la croissance de la productivité, mais, pour tirer pleinement parti des nouvelles technologies, il est indispensable de procéder à des réformes structurelles plus profondes des marchés du travail, des produits et des capitaux. Ces réformes aideraient aussi à améliorer la participation et l’emploi dans ces économies, amorçant un cycle vertueux de hausse de la productivité, de la croissance de la demande intérieure et du PIB par habitant.

Note: Manmohan S. Kumar et Maitland MacFarlan sont les principaux auteurs de cet encadré.1Voir Nordhaus (2001), Baily (2002), Gust and Marquez (2002), Oliner and Sichel (2002) et l’édition d’octobre 2001 des Perspectives de l’économie mondiale.2Un grand nombre de facteurs, dont les différences entre les réglementations nationales, peut influer sur la réallocation du travail et du capital, ainsi que sur le rythme auquel les technologies de l’information sont adoptées. Voir, par exemple, Gust and Marquez (2002).3Ces mesures prévoyaient en outre l’octroi de subventions à l’embauche aux employeurs privés et le lancement de programmes de création d’emplois publics.4Voir, par exemple, Ark, Inklaar, and McGuckin (2002).

Comme l’a répété à maintes reprises le Directeur général du FMI, le commerce extérieur, qui est le thème de la présente édition des Perspectives de l’économie mondiale, revêt une importance encore plus grande que les flux d’aide—qu’il faut cependant absolument augmenter5. Le coût qu’imposent aux pays en développement les barrières dressées par les pays industriels est élevé et n’est guère éloigné, selon certaines estimations, du montant annuel de l’aide (chapitre II). En outre, l’ouverture au commerce extérieur est l’un des principaux fondements de la libéralisation financière (chapitre III). Comme le montre l’expérience de l’Amérique latine, les risques de crise peuvent augmenter sensiblement lorsque des pays, dont le marché financier est ouvert, sont relativement fermés au commerce extérieur. Les progrès les plus importants sont réalisés par les pays qui libéralisent leurs propres marchés, alors que les obstacles qui pénalisent le plus les échanges des pays en développement se trouvent en fait dans ces pays eux-mêmes. Cependant, les pays industriels, dont la dimension relative des secteurs agricoles et industriels est beaucoup plus faible et qui sont mieux à même de gérer le coût transitoire d’une restructuration, doivent jouer un rôle de premier plan dans ce domaine. Cela étant, l’intensification des pressions protectionnistes au début de l’année, du fait notamment de l’adoption du Farm Bill aux États-Unis, est particulièrement regrettable, encore que les récentes propositions, faites par les États-Unis et la Commission européenne, de réduire la protection du secteur agricole soient encourageantes. Il convient de ne ménager aucun effort pour contenir les pressions protectionnistes et faire en sorte que le cycle des négociations commerciales multilatérales de Doha donne des résultats tangibles.

Amérique du Nord: une reprise forte et durable est-elle possible?

Aux États-Unis, l’activité s’est nettement redressée à la fin de 2001 et au début de 2002, encore qu’elle ait depuis lors sensiblement ralenti. Les révisions apportées récemment aux données montrent que, pendant la majeure partie de 2000 et le premier semestre de 2001, la croissance du PIB a été beaucoup plus faible que prévu, bien que la récession de 2001 ait été un peu plus courte et moins prononcée que celles du passé, du fait essentiellement de la réaction énergique et prompte des responsables économiques. Cette réaction a été facilitée par l’amélioration significative de la position budgétaire au cours des années 90, ainsi que par la crédibilité de la gestion monétaire. Elle s’explique aussi par la forte croissance de la productivité au second semestre 2001 et au début de 2002, qui a permis une hausse des salaires réels et empêché un recul plus prononcé des bénéfices qui, au début de 2001, étaient presque retombés à leur plus bas niveau jamais enregistré (graphique 1.6).

Graphique 1.6.États-Unis: productivité, rentabilité et investissement

Leurs bénéfices étant encore relativement faibles, les entreprises ont nettement comprimé leurs effectifs, et réalisé ainsi d’importants gains de productivité. Malgré une forte croissance des salaires réels, les coûts unitaires de main-d’oeuvre ont diminué et les bénéfices ont commencé à se redresser.

Sources: DRI WEFA, Inc.: estimations des services du FMI

1Les zones ombrées correspondent au cycle, du pic au creux.

2Bénéfices avant impôts, ajustés pour tenir compte de la réévaluation des stocks et de la consommation de capital.

3Les données portent toutes sur le secteur des entreprises non financières. Par hypothèse, la dernière récession a commencé au premier trimestre de 2001 et s’est terminée au quatrième trimestre de 2001.

Pendant le premier trimestre de 2002, la reprise a été tirée par un renversement du cycle des variations des stocks et par la fermeté des dépenses des ménages, en particulier dans les secteurs de l’automobile et du logement, qu’expliquaient l’assouplissement antérieur de la politique monétaire, la progression sensible des salaires et les prix élevés de l’immobilier (autant de facteurs qui ont aidé à compenser l’effet négatif de la baisse des cours des actions)6. Au deuxième trimestre toutefois, la croissance du PIB a fortement ralenti, à cause en partie du bond des importations, mais aussi d’un fléchissement de la consommation. En même temps, la situation des marchés financiers s’est nettement dégradée. L’indice S&P 500 a beaucoup baissé depuis la mi-mars, par suite des inquiétudes croissantes suscitées par les pratiques de comptabilité et d’audit des entreprises, d’une révision des prévisions précédemment optimistes des bénéfices et de doutes quant à la durabilité de la reprise. Parallèlement, et en raison aussi des préoccupations croissantes qu’inspire le financement du déficit courant, le dollar s’est fortement déprécié par rapport à l’euro et au yen, encore que, pondérée par les échanges, la dépréciation soit moins marquée. La confiance des entreprises et des ménages s’est aussi sensiblement dégradée, bien qu’elle demeure au-dessus des bas niveaux observés à la fin de 2001.

À partir du second semestre de l’année, les perspectives dépendront fondamentalement de la vigueur de la demande finale. À l’évidence, la forte baisse récente des cours des actions aura des répercussions sensibles sur la demande, en 2003 notamment, encore qu’elles seront en partie neutralisées par la chute constatée depuis peu des taux d’intérêt à long terme et par la dépréciation du dollar (encadré 1.1). Le redressement de la consommation observé ces derniers mois résulte pour l’essentiel d’une augmentation des ventes d’automobiles—soutenues par des primes généreuses—qui a peu de chances d’être durable. Par conséquent, beaucoup continue de dépendre d’un redémarrage de l’investissement privé. Bien qu’on s’attende à ce que la reprise se poursuive, son rythme sera sans doute nettement plus faible que prévu, la croissance demeurant en deçà de son potentiel jusqu’à une date avancée en 2003. La croissance de la consommation devrait rester faible, sous l’effet principalement de la baisse des cours des actions et, selon les projections, l’investissement se redressera plus lentement que prévu. On s’attend aussi à ce que le déficit des transactions courantes, qui s’est nettement creusé au deuxième trimestre, passe à 4,6 % du PIB en 2002.

De profondes incertitudes demeurent toutefois, notamment en ce qui concerne les marchés financiers. Premièrement, les cours des actions pourraient continuer de baisser (voir supra) et l’impact de cette baisse sur la demande être aggravé par le niveau relativement élevé de l’endettement des ménages et des entreprises. Deuxièmement, le rebond de l’investissement dont font état les projections pourrait être retardé. Certains signes de redémarrage ont été décelés, dont un retournement des dépenses en matériels et logiciels au deuxième trimestre, et la baisse des taux d’intérêt, de même que les incitations à l’investissement précédemment offertes devraient faire sentir leur effet. Cependant, la surcapacité de certains secteurs et le durcissement général des conditions des marchés financiers et du crédit soulèvent des risques. Enfin, il y a également le risque d’une correction brutale et perturbatrice du dollar, qui demeure un sujet de préoccupation tant pour les États-Unis que pour le reste du monde (chapitre II). Il est important pour déterminer la gravité de ces risques de savoir si les récents gains de productivité, que n’ont guère remis en question les dernières révisions des comptes nationaux, sont durables. Si elle demeure ferme, la croissance de la productivité soutiendra les bénéfices (comme lors des précédentes reprises—graphique 1.6) et la consommation (par une augmentation des salaires réels) et réduira le risque d’une correction brutale du dollar; sinon, il se pourrait fort bien que le redressement de la demande soit plus lent et, par conséquent, que la reprise soit plus faible.

Les perspectives étant moins favorables, et l’inflation relativement faible, la Réserve fédérale n’a pas modifié le taux des fonds fédéraux qu’elle s’était fixé comme objectif. Cependant, elle a noté en août qu’il y avait nettement un risque de fragilisation de l’économie. De plus grandes incertitudes pesant sur les perspectives, elle peut attendre avant de retirer des stimulants que la reprise soit fermement installée et, si les données devaient rester faibles, elle devrait alors envisager d’abaisser encore les taux d’intérêt. Sur le plan budgétaire, les réductions d’impôts, les dépenses supplémentaires engagées après les attentats du 11 septembre et les stabilisateurs automatiques ont contribué fortement au soutien de la demande. Mais, ces mesures ont eu des répercussions importantes sur la position budgétaire, le budget de l’exercice 2002 devant, selon les prévisions actuelles, accuser un déficit de 1¾% du PIB au lieu de l’excédent de 3 % anticipé il y a un an. Plus inquiétant encore, les perspectives à moyen terme se sont nettement dégradées. Étant donné les pressions qu’exercera sur le budget le vieillissement de la population (encore qu’elles seront moins fortes que dans nombre de pays industriels) et le souci de renforcer l’épargne intérieure, il importera que les États-Unis reviennent à une politique visant clairement à équilibrer le budget (hors sécurité sociale) sur le cycle. Le budget prévoyant déjà de comprimer sensiblement (ce qui est sans doute irréaliste) les dépenses discrétionnaires non militaires, il faudra probablement pour parvenir à cet équilibre augmenter dans une certaine mesure les recettes à moyen terme. Il conviendra parallèlement de préserver à plus long terme la solidité de Medicare et de la sécurité sociale. Il faudra aussi continuer d’améliorer le gouvernement d’entreprise dans le prolongement des réformes en cours, y compris en veillant à ce que la commission de contrôle récemment créée mette au point les modifications à apporter aux règles comptables et à ce que toutes ces réformes soient effectivement appliquées.

Au Canada, l’économie s’est redressée plus rapidement que dans les autres pays du G-7, du fait que la correction des stocks est quasi achevée, que les dépenses de consommation sont fermes et que l’investissement a récemment rebondi. La vigueur de l’économie, surtout par rapport à celle des États-Unis, tient à un certain nombre de facteurs, dont une moindre surcapitalisation, une dépendance moins grande à l’égard du secteur des technologies de l’information et l’impact sur le secteur des ressources de la suractivité du secteur de l’immobilier aux États-Unis. Les indicateurs économiques continuent de faire état d’une forte croissance au cours de la période à venir encore que, comme aux États-Unis, la récente baisse des cours des actions freinera légèrement la croissance de la demande. La politique budgétaire a soutenu modérément l’activité, mais le budget fédéral reste largement excédentaire. La dette des administrations publiques a diminué considérablement ces dernières années, mais demeure proche de 60 % du PIB; en conséquence, les autorités restent à juste titre déterminées à équilibrer le budget et à continuer de réduire la dette à moyen terme. Étant donné la vigueur de la reprise, la Banque du Canada a relevé les taux d’intérêt jusqu’à la fin de juillet (de 75 points de base), mais a gelé toute nouvelle hausse en septembre, sous l’effet en partie du fléchissement de la reprise aux États-Unis. Dans l’avenir, il faudra continuer d’ajuster la politique monétaire en fonction, d’une part, du dynamisme de la demande intérieure et, d’autre part, des incertitudes pesant sur la demande extérieure, notamment aux États-Unis, et de l’évolution des marchés financiers.

Japon: les perspectives de croissance s’améliorent-elles enfin?

Au Japon, l’activité semble avoir atteint son point le plus bas après la troisième récession de la dernière décennie, qui a aussi été la plus grave. D’après les projections, elle devrait, malgré les risques qui persistent, se redresser légèrement d’ici à la fin de l’année et en 2003. La question fondamentale est toujours de savoir comment parvenir à une croissance de la production sous-jacente plus rapide et rompre avec l’alternance d’activité anémique et de récessions observée ces dix dernières années. Cet objectif ne peut être atteint par la seule politique macroéconomique, mais nécessite d’éliminer résolument les obstacles structurels bien ancrés, essentiellement dans le secteur bancaire où il faut mettre fin au cercle vicieux selon lequel les banques hésitent à accorder des prêts à cause du montant élevé des créances irrécouvrables non classées comme telles, ce qui pénalise l’intermédiation financière et l’activité et crée de ce fait de nouvelles créances irrécouvrables qui vont remplacer celles qui ont été annulées.

L’activité semble s’être stabilisée au début de 2002. Les comptes du revenu national révisés font ressortir une légère accélération de l’activité—attribuable aux exportations nettes—pendant le premier semestre de l’année, alors que la demande intérieure privée reste faible7. D’après des indicateurs plus récents, l’investissement des entreprises redémarrera probablement avant la fin de 2002, encore que les ventes au détail continuent de stagner. Beaucoup de ressources sont toujours inutilisées et la déflation demeure de l’ordre de 1 % par an, ce qui amplifie l’endettement réel. La destruction de richesses se poursuit, les cours des actions ayant baissé depuis le début de l’année et les prix des terrains poursuivant leur chute, de sorte que des pressions additionnelles s’exercent sur les bilans des banques.

D’après les projections, le PIB réel diminuera de ½ % en 2002 (sur une base annuelle) avant d’enregistrer une croissance modeste de l’ordre de 1 % en 2003. Cela suppose une reprise progressive de la demande intérieure privée, la consommation des ménages progressant légèrement au second semestre de 2002 et l’investissement des entreprises se redressant à la fin de l’année. On s’attend toutefois à ce que la contribution des exportations nettes fléchisse du fait que l’augmentation de la demande intérieure stimulera les importations et que l’appréciation du yen limitera la compétitivité. L’assainissement budgétaire neutralise en partie l’augmentation des dépenses du secteur privé, l’investissement public régressant pendant le second semestre de 2002 en raison de la diminution des dépenses liées aux mesures de relance antérieures, et le déficit budgétaire structurel de l’exercice 2003 devant, selon les projections, reculer d’environ 1 % du PIB, même si les baisses d’impôt qui seront sans doute annoncées prochainement limiteront peut-être dans une certaine mesure ce recul.

L’économie pourrait, certes, se redresser plus rapidement, en particulier si la reprise mondiale était plus forte que prévu, mais les risques de dégradation prédominent. La récente appréciation du yen montre que le redressement est sensible aux facteurs extérieurs, y compris une poursuite de cette appréciation ou un fléchissement de la reprise mondiale. Une nouvelle baisse des cours des actions pourrait également nuire à l’activité en sapant la confiance et en portant un nouveau coup à la position financière des banques déjà affaiblie par la lenteur de la croissance et la chute des cours des actifs.

Au cours de la dernière décennie, les autorités ont préféré réformer progressivement plutôt que de prendre des mesures radicales pour corriger les déficiences structurelles de longue date qu’a révélées l’éclatement de la bulle des prix des actifs au début des années 90. Cette approche a eu un coût très élevé pour l’économie japonaise: elle a pénalisé la croissance et détruit des richesses et s’est traduite par du chômage (graphique 1.7). Les mesures macroéconomiques anticycliques n’ont pu enclencher une croissance autoalimentée, ni éviter que la déflation s’installe, malgré l’adoption de stimulants qui ont fait passer l’endettement (hors sécurité sociale) à plus de 100 % du PIB en termes nets et à 140 % en termes bruts et ramené les taux d’intérêt à court terme à zéro.

Graphique 1.7.Japon: des solutions de fortune coûteuses

(Échelle logarithmique et indice 1989 = 100, sauf indication contraire)

Depuis l’éclatement de la bulle des prix des actifs au début des années 90, le gouvernement japonais n’a pu engager avec succès des initiatives structurelles énergiques, ce qui a un coût très élevé pour le long terme.

Sources: CEIC Data Company Limited; Nikkei Telecom; Nomura Security; estimations des services du FMI.

1Moyenne des prix des terrains dans six grandes villes.

2Dépôts de bilan: passif en billions de yen.

3Hors sécurité sociale.

Rompant avec le passé, le gouvernement du nouveau Premier ministre, M. Koizumi, a présenté en 2001, pour s’attaquer aux problèmes économiques fondamentaux du Japon, une stratégie globale conjuguant réforme des banques et assainissement des finances publiques, restructuration et déréglementation des entreprises; en outre, on s’attend à ce que le gouvernement annonce au cours des prochaines semaines un nouveau programme économique qui donnera davantage de précisions sur ses projets de réformes. Les initiatives engagées par les autorités sont les suivantes: vérifier par des inspections spéciales (récemment achevées) l’exactitude du classement des créances des principales banques sur les grandes sociétés particulièrement fragiles, accélérer l’élimination par les principales banques des créances les plus difficiles à recouvrer, encourager une réduction des portefeuilles d’actions des banques, élaborer des procédures de remise en état formelle ou non des sociétés en crise, plafonner à 30.000 milliards de yen (6 % du PIB) les émissions d’obligations de l’administration centrale au cours du présent exercice et établir de vastes objectifs d’assainissement budgétaire à moyen terme. Il s’agit, certes, d’actions dont il y a lieu de se féliciter, mais, pour s’attaquer aux obstacles structurels de l’économie japonaise et, de ce fait, améliorer sensiblement les perspectives de croissance à moyen terme, il conviendrait également, semble-t-il:

  • D’améliorer la santé financière et la rentabilité des banques en évaluant précisément la qualité de toutes les créances bancaires, en recapitalisant les banques viables (éventuellement avec des fonds publics, mais sous réserve d’une forte conditionnalité), en éliminant les banques non viables et en réduisant le rôle des institutions financières publiques. Il est indispensable de s’attaquer résolument aux problèmes structurels des banques si l’on veut supprimer en avril prochain, comme prévu, la garantie générale des dépôts à vue.

  • D’accélérer la restructuration des entreprises en offrant aux banques des incitations plus importantes, mais limitées dans le temps, pour conclure des plans de restructuration réalistes avec les entreprises viables et aliéner rapidement tous les actifs de celles qui ne sont pas viables.

  • De donner davantage de crédibilité à la stratégie d’assainissement budgétaire à moyen terme en fixant une cible d’endettement à moyen terme et en définissant des objectifs généraux pour les grandes catégories budgétaires afin de préserver la confiance des investisseurs dans un contexte marqué par un endettement élevé et en forte augmentation.

Sur le plan macroéconomique à court terme, il conviendrait d’utiliser des stimulants monétaires plus puissants pour soutenir la reprise naissante; la position budgétaire étant structurellement difficile, il faudrait toutefois mettre en place des mesures énergiques avant d’amorcer l’assainissement des finances publiques. Plus précisément:

  • Il est nécessaire, pour soutenir l’activité, d’appliquer une politique plus dynamique de stimulation monétaire comportant notamment un engagement des autorités, conforté par un nouvel assouplissement quantitatif, de mettre fin à la déflation au plus lard dans les 12-18 mois. La récente appréciation du yen est un argument en faveur d’un tel assouplissement, car si elle se maintient, elle aura un impact négatif sur l’activité et les prix. Malgré le risque qu’un assouplissement quantitatif excessif affaiblisse trop le yen, les répercussions régionales seront sans doute gérables, étant donné que les pays concernés adoptent de plus en plus des taux de change flexibles et acquièrent une position de réserves et d’endettement extérieur plus solide. Ces répercussions devraient en outre être atténuées si l’assouplissement quantitatif s’accompagnait d’initiatives visant à relancer la croissance à moyen terme au Japon.

  • Si les initiatives voulues ne sont pas engagées pour restructurer la dette, les autorités devront amorcer un assainissement budgétaire progressif de manière à stabiliser le ratio d’endettement à moyen terme. La situation budgétaire étant intenable (l’endettement net hors sécurité sociale passera, selon les projections, à plus de 120 % du PIB d’ici à la fin de l’exercice 2002/03), il est crucial que les autorités clarifient leur stratégie d’assainissement à moyen terme. Cela dit, si une politique structurelle appropriée, qui pourrait avoir un impact négatif à court terme sur l’activité, est suivie, il faudra prendre des mesures pour parvenir à une politique budgétaire neutre à court terme.

Europe occidentale: une reprise jusqu’à présent hésitante

La reprise dans la zone euro semble en retard sur celle des autres régions, l’Amérique du Nord et les économies de marché émergentes d’Asie notamment. C’est pourquoi le modeste redressement de la croissance observé depuis la fin de 2001 a été tiré par le secteur extérieur, les exportations augmentant progressivement et les importations continuant de reculer (graphique 1.8). Toutefois, comme l’indique la faiblesse des importations, la demande intérieure est restée déprimée dans la majeure partie de la région au début de 2002, la consommation privée étant toujours faible et les dépenses d’investissement n’ayant pas encore redémarré dans la zone après la baisse de 2001. Les récents indicateurs d’activité et de confiance (ventes au détail, PIB du deuxième trimestre et indice IFO du climat des affaires en Allemagne) sont en général décevants, ce qui donne à penser que la reprise dans la région sera plus lente que prévu. Cependant, plusieurs facteurs devraient contribuer à un certain renforcement de la croissance ultérieurement cette année et en 2003. Le cycle des variations des stocks, qui ne s’est pas encore inversé en Europe, devrait stimuler l’activité avant la fin de l’année. La reprise de la consommation, soutenue par la récente croissance des revenus, le recul de l’inflation et l’étonnante robustesse des marchés du travail ces dernières années devraient aussi jouer un rôle positif. Enfin, les dépenses d’investissement devraient s’accroître à mesure que se redresseront les bénéfices des entreprises (qui se sont mieux comportés qu’aux États-Unis) et l’utilisation des capacités. Dans l’ensemble, on s’attend maintenant à ce que, dans la zone euro, la croissance soit de 0,9 % en 2002 et de 2,3 % en 2003, c’est-à-dire inférieure de ½ % environ dans les deux cas aux projections de l’édition d’avril des Perspectives.

Graphique 1.8.États-Unis, zone euro et Royaume-Uni: contributions aux variations de la croissance du PIB1

La croissance récente du PIB aux États-Unis et au Royaume-Uni a été tirée essentiellement par la consommation privée, les dépenses publiques et, dans le cas des États-Unis, la correction des stocks, tandis que la croissance, beaucoup plus faible, de la zone euro est attribuable principalement aux exportations nettes.

Source: Haver Analytics.

1Pour la période de douze mois qui s’est terminée le 30 juin 2002.

Des doutes demeurent toutefois quant à la fermeté et au dynamisme de la reprise anticipée. Des tensions pourraient s’exercer sur la croissance (dont la vigueur est tirée par les exportations) si la demande extérieure devenait décevante ou si l’euro continuait de se renforcer. En outre, bien qu’en Europe la capitalisation des marchés des actions soit beaucoup plus faible qu’aux États-Unis et que moins de ménages détiennent des actions, les cours des actions ont baissé encore plus dans la zone euro qu’aux États-Unis depuis l’an 2000. Cela risque d’avoir un effet défavorable sur la confiance et la demande et d’accroître les tensions qui s’exercent sur les bilans des compagnies d’assurances et des autres institutions financières. Les perspectives semblent particulièrement incertaines en ce qui concerne la production industrielle et la demande intérieure en Allemagne, dont toute nouvelle dégradation pourrait avoir des conséquences importantes pour l’ensemble de l’Europe. On estime que l’impact net des graves inondations de l’été 2002 sur l’activité de la zone a été négligeable. En Allemagne et en Autriche, les répercussions que ces inondations ont eues dans un premier temps sur la production seront sans doute plus que compensées ultérieurement en 2002 et en 2003 par l’augmentation des dépenses occasionnée par les opérations de secours et de reconstruction.

Les résultats économiques varient considérablement selon les pays de la région, parce que les répercussions des récents chocs mondiaux (renchérissement du pétrole et recul du commerce international par exemple) sont différentes d’un pays à l’autre, de même que la pression fiscale qu’ils appliquent et leur situation structurelle. Parmi les grandes économies, la demande intérieure a été particulièrement faible en Allemagne et en Italie, tandis qu’en France, elle a été plus robuste grâce aux réformes du marché du travail qui ont stimulé l’emploi ces dernières années. Ces divergences peuvent aussi s’expliquer par l’évolution des prix de l’immobilier, qui ont augmenté en France, alors qu’ils ont régulièrement baissé en Allemagne. En outre, la restructuration en cours du système bancaire en Allemagne a peut-être en partie freiné la croissance du crédit. En ce qui concerne les autres pays, l’activité a été assez faible pendant la période récente en Autriche, en Belgique, aux Pays-Bas et au Portugal, alors que les résultats économiques sont à l’évidence meilleurs en Espagne, en Grèce et en Irlande.

Pendant la majeure partie de la phase de ralentissement économique, l’inflation a été proche du plafond de 2 % établi par la Banque centrale européenne (BCE), voire l’a dépassé, et l’inflation sous-jacente (hors énergie, denrées alimentaires, alcools et tabac) est demeurée de l’ordre de % depuis le début de 2002. Les craintes à ce sujet ont été aggravées par la tendance orientée progressivement à la hausse des salaires qui, si elle représentait en partie un rattrapage par rapport à leur faible croissance les années précédentes, s’est accompagnée d’une baisse de la productivité et, en conséquence, d’une forte majoration des coûts unitaires de main-d’œuvre. On s’attend néanmoins à ce que l’inflation ralentisse au cours de la période à venir à mesure que s’estompera l’impact de certains facteurs temporaires (dont le renchérissement intérieur du pétrole et des produits frais, ainsi que le passage à l’euro) et que la productivité amorcera un rebond cyclique, mais à condition que le récent renforcement de l’euro soit durable. L’écart de production considérable devrait également aider à contenir l’inflation sous-jacente. Au début de l’année, alors que celle-ci avait tendance à s’accélérer et que l’on anticipait une reprise de la croissance vers le milieu de l’année, la BCE a judicieusement laissé les taux d’intérêt inchangés. Ces derniers mois toutefois, l’appréciation de l’euro a été à l’origine d’un durcissement implicite des conditions monétaires, certains signes ont donné à penser que l’inflation sous-jacente commençait à ralentir et (voir supra) la reprise a été, seinble-t-il, de plus en plus hésitante. En conséquence, les perspectives risquant désormais de s’avérer trop optimistes et la marge de manœuvre budgétaire étant faible (voir infra), les autorités peuvent à bon droit souhaiter s’orienter vers un resserrement de la politique monétaire, même si cette mesure n’est pas justifiée pour l’instant.

Sur le front budgétaire, le déficit structurel de la zone euro devrait, d’après les projections, recommencer à diminuer durant le présent exercice, encore que les actions à engager par les autorités varient beaucoup d’un Etat membre à l’autre, essentiellement parce que les grands pays n’ont pas assaini leurs finances publiques autant que la plupart des petits pays pendant la période de croissance relativement forte de la fin des années 90. On s’attend à ce que, pour l’exercice 2002, le déficit de l’Allemagne soit proche du plafond de 3 % prévu dans le Pacte de stabilité et de croissance (plafond que le Portugal pourrait dépasser de nouveau cette année), ce qui suppose que des efforts considérables soient accomplis au cours des prochains exercices pour parvenir à l’équilibre budgétaire. En France, à cause des révisions apportées aux prévisions budgétaires et des décisions fiscales récemment prises, la situation budgétaire semble maintenant beaucoup plus difficile. L’Italie, enfin, devra redoubler d’efforts pour respecter son engagement d’atteindre l’équilibre budgétaire (qui sera réalisé en 2005 et non en 2003 comme prévu initialement). De façon plus générale, la plupart des économies de la zone euro doivent continuer de renforcer leur position budgétaire à moyen terme, surtout pour être en mesure d’alléger une fiscalité élevée et de remplir leurs obligations en matière de retraites et de soins de santé publics, qui, d’après les projections, augmenteront sensiblement au cours des 10 à 20 prochaines années. Les mesures crédibles que les trois grands pays pourraient prendre pour assurer l’équilibre structurel de leur budget permettraient en outre d’assouplir la politique monétaire.

Ces enjeux budgétaires et, de façon plus générale, la nécessité d’améliorer le potentiel de croissance de la zone, montrent que de nouvelles réformes structurelles doivent être lancées dans toute la région. Plusieurs mesures importantes ont été prises ces dernières années; par exemple, certains pays facilitent le recours aux emplois tempo raires, contractuels ou à temps partiel et d’autres réduisent les prélèvements obligatoires sur les bas salaires et autorisent une grande flexibilité dans les conditions de travail. Ces mesures, qu’a appuyées une modération générale des salaires, ont aidé à réduire le chômage et à redresser la croissance de l’emploi—au profit notamment de beaucoup de femmes et de jeunes—pendant la seconde moitié des années 90 (encadré 1.3). Cependant, il faut intensifier ces efforts afin de stimuler la croissance de l’emploi et de la production potentielle, ce qui devrait faciliter le règlement des problèmes que va soulever le vieillissement de la population. S’il a fortement baissé dans toute la zone, le taux de chômage demeure élevé lorsqu’on le compare avec celui des autres économies avancées; en outre, les taux d’activité, surtout pour les personnes âgées de plus de 55 ans, sont très bas par rapport aux États-Unis et à d’autres pays. Il sera aussi nécessaire de poursuivre la réforme du marché des produits et du secteur financier, qui sont d’autant plus importants à l’heure actuelle que le passage à l’euro ouvre de nouvelles perspectives d’intégration et d’efficience à l’échelle de la zone.

Au Royaume-Uni, la croissance a ralenti sensiblement pendant le dernier trimestre de 2001 avant de rebondir au deuxième trimestre de cette année. La consommation privée est demeurée relativement robuste, surtout par rapport aux grandes économies de la zone euro, et a été soutenue par des marchés du travail fermes, une augmentation des emprunts des ménages et une hausse rapide des prix de l’immobilier (20 % environ entre le début de l’année et août). Le secteur manufacturier donne des signes de redressement après la forte contraction, observée depuis l’an 2000, de la production et de l’investissement fixe. On s’attend à ce que la croissance reparte au second semestre de 2002 et soit de l’ordre de % en 2003, grâce, entre autres, au récent fléchissement de la livre (surtout par rapport à l’euro) et à l’augmentation depuis peu de la demande d’exportations. L’inflation étant en deçà de l’objectif prévu (2 % en juillet) et les cours des actions faibles, et étant donné les risques qui menacent la reprise mondiale, le Comité de la politique monétaire a à juste titre laissé les taux d’intérêt inchangés. Un certain durcissement de la politique monétaire s’imposera peut-être lorsque la reprise sera fermement installée, en particulier si les prix de l’immobilier continuent de grimper; il conviendra de l’accompagner d’une politique budgétaire constamment rigoureuse qui, alors qu’une forte augmentation des dépenses publiques est prévue au cours des exercices à venir, continuera d’être arrimée à un cadre à moyen terme solide.

Au Danemark, en Norvège et en Suède, la croissance semble se redresser régulièrement et l’on s’attend à ce qu’elle atteigne 1 ½ % environ en 2002 et 2 à % en 2003. Cette reprise devrait être soutenue par une augmentation de la consommation privée qui, grâce à des marchés du travail en général fermes et à la croissance des revenus, a été relativement robuste durant la phase de ralentissement de l’économie, ainsi que par un redressement des exportations, y compris, dans le cas de la Suède, un rebond du secteur des technologies avancées. L’activité et l’investissement sont encore faibles dans le secteur manufacturier qui devrait accuser un certain retard par rapport à la reprise générale. Les tensions inflationnistes étant toujours quelque peu préoccupantes et la croissance se redressant, la Suède a resserré sa politique monétaire au début de 2002; avant de corriger de nouveau cette politique, il conviendra d’attendre que la reprise soit fermement installée, compte tenu surtout de la récente appréciation de la monnaie. En Suisse, comme l’inflation demeurait très faible, les autorités ont abaissé les taux d’intérêt en mai afin d’atténuer les pressions à l’appréciation subie par le franc suisse en raison de sa nature de devise-refuge. On s’attend à une stagnation de l’économie dans ce pays en 2002, mais, selon les projections, la croissance devrait rebondir pour atteindre 2 % environ en 2003.

Amérique latine: de plus en plus d’incertitudes économiques et financières

Contrairement aux signes d’amélioration observés dans la plupart des autres régions, la situation économique et financière de l’Amérique latine s’est détériorée pendant le premier semestre de 2002 et demeure fragile. Dans cette région, la production s’est contractée de % pendant le premier trimestre (par rapport au dernier trimestre de 2001) et l’on s’attend à ce qu’elle diminue pour l’ensemble de l’année 2002 (tableau 1.6). Les indicateurs financiers ont été soumis à d’intenses pressions: les marges sur les obligations ont augmenté sensiblement pendant le premier semestre de 2002 (elles ont été fortement relevées pour le Brésil, l’Equateur et le Venezuela et ont continué de se dégrader pour l’Argentine et l’Uruguay), la plupart des monnaies se sont dépréciées, le real tombant à un niveau sans précédent et le bolivar se dépréciant lui aussi sensiblement, et les émetteurs de premier rang—le Chili et le Mexique—ont été pratiquement les seuls à pouvoir accéder aux marchés obligataires (graphique 1.9). Ces deux derniers pays continuent de surmonter assez bien les difficultés que connaît la région, grâce à une saine gestion économique, à un endettement public relativement faible (Chili) et à des relations étroites avec les États-Unis (Mexique).

Tableau 1.6.Pays de l’Hémisphère occidental (échantillon): PIB réel, prix à la consommation et solde des transactions courantes(Variations annuelles en pourcentage, sauf indication contraire)
PIB réelPrix à la consommation1Solde des transactions courantes2
200020012002200320002001200220032000200120022003
Hémisphère occidental4,00,6−0,63,08,16,48,69,3−2,4−2,8−1,9−1,6
Mercosur32,90,1−2,62,45,04,911,413,5−3,8−3,5−1,3−0,1
Argentine−0,8−4,4−16,01,0−0,9−1,129,048,0−3,1−1,610,815,4
Brésil4,41,51,53,07,06,86,54,3−4,2−4,6−3,8−3,6
Chili4,42,82,24,23,83,62,12,8−1,4−1,9−1,6−2,0
Uruguay−1,4−3,1−11,1−4,54,84,424,249,9−2,6−2,51,61,5
Région des Andes2,92,0−0,42,416,110,610,210,44,80,20,20,4
Colombie2,71,41,22,09,28,05,75,00,5−2,2−2,4−2,4
Équateur2,35,63,53,596,237,712,78,95,3−3,4−8,6−6,6
Pérou3,10,23,53,03,82,00,42,0−2,9−2,0−2,0−2,3
Venezuela3,22,8−6,22,216,212,522,725,210,83,25,76,4
Amérique centrale et Caraïbes6,00,21,73,98,76,54,84,0−3,5−3,2−3,1−3,4
Guatemala3,61,82,33,55,18,75,03,9−5,5−4,6−4,5−4,1
Mexique6,6−0,31,54,09,56,44,83,7−3,1−2,9−2,8−3,2
République Dominicaine7,22,83,55,37,78,94,84,5−5,2−3,9−3,9−3,8

Comme c’est l’usage pour les Perspectives de l’économie mondiale, les variations des prix à la consommation sont données en moyennes annuelles, et non en glissement de décembre à décembre (comme dans certains pays).

En pourcentage du PIB.

Y compris Argentine, Brésil, Paraguay et Uruguay, ainsi que Bolivie et Chili (membres associés du Mercosur).

Comme c’est l’usage pour les Perspectives de l’économie mondiale, les variations des prix à la consommation sont données en moyennes annuelles, et non en glissement de décembre à décembre (comme dans certains pays).

En pourcentage du PIB.

Y compris Argentine, Brésil, Paraguay et Uruguay, ainsi que Bolivie et Chili (membres associés du Mercosur).

Graphique 1.9.Pays de l’Hémisphère occidental (échantillon): taux de change et écarts de rendement mesurés par l’EMBI

Pour la plupart des pays d’Amérique latine, les taux de change ont sensiblement baissé et les marges sur les obligations ont été fortement relevées ces derniers mois.

Sources: Bloomberg Financial Markets. LP; J.P. Morgan Chase.

1EMBI Global: Chili et Uruguay.

2EMBI+: Argentine, Brésil, Équateur, Mexique. Pérou et Venezuela.

Le recul de la production en Amérique latine pendant les premiers mois de 2002 est pour l’essentiel imputable à la crise argentine et à ses répercussions sur certains pays voisins, l’Uruguay et le Paraguay notamment. De façon plus générale toutefois, bien que ses effets de contagion directe semblent limités, cette crise a sensibilisé les investisseurs aux vulnérabilités structurelles qui persistent dans la région. En particulier, la récente série de problèmes que doivent affronter de nombreuses économies résulte de l’effet conjugué des incertitudes politiques et des faiblesses économiques intérieures, y compris un endettement élevé, des besoins de financement extérieur considérables et, parfois, un système bancaire fragile. En outre, la défiance croissante des marchés financiers à l’égard du Brésil, pays qui, de loin, a les besoins de financement les plus élevés de la région, a peut-être été amplifiée par les difficultés auxquelles se heurtent les autres économies d’Amérique latine. L’accélération de la croissance mondiale devrait soutenir dans une certaine mesure l’activité dans la région au cours de l’année à venir. Cependant, à court terme, les facteurs d’évolution défavorables semblent toujours les plus nombreux et tout retournement de la confiance et des perspectives dépendra fortement d’un recul des incertitudes actuelles sur le triple plan politique, économique et financier.

L’Argentine subit actuellement la plus forte contraction économique de son histoire, et l’on s’attend à ce que la chute cumulée de la production pour les quatre années ayant précédé la fin de 2002 dépasse 20 %, soit deux fois celle enregistrée pendant la grande crise des années 30. Le PIB a régressé de 6 % au cours du premier trimestre (par rapport au trimestre précédent), la consommation, et plus particulièrement l’investissement, diminuant fortement, et le chômage a augmenté pour passer à 25 % environ. La balance commerciale et celle des transactions courantes se sont améliorées par suite d’un effondrement des importations, mais les exportations ont elles aussi reculé, à cause surtout d’un gel des crédits commerciaux. Le taux d’inflation a fortement augmenté pendant le premier semestre de 2002 et son récent fléchissement tient en partie à des facteurs temporaires, dont le gel persistant des prix des services publics. Quatre objectifs cruciaux sont prioritaires: arrêter définitivement une politique monétaire qui, dans la mesure du possible, conciliera la nécessité d’assurer la viabilité de la dette à moyen terme avec la conjoncture, définir une stratégie globale permettant de s’attaquer à la situation financière très difficile du secteur bancaire et l’appliquer de manière transparente et uniforme, établir un point d’ancrage monétaire durable pour le programme économique des autorités et renforcer l’indépendance de la banque centrale.

La crise argentine a en outre eu sur certains pays voisins, l’Uruguay notamment, mais aussi le Paraguay et la Bolivie, des répercussions plus ou moins fortes qui se sont propagées par l’intermédiaire du commerce extérieur, du tourisme et des circuits financiers. En Uruguay, les banques ont subi une ruée massive sur les dépôts en dollars, les retraits considérables effectués en Argentine ayant eu un effet de contagion sur les déposants uruguayens, de sorte que les opérations bancaires ont dû être temporairement suspendues à la fin de juillet. Le Paraguay et la Bolivie ont été soumis à des pressions analogues, quoique moins fortes, même si, en Bolivie, les retraits de dépôts tenaient essentiellement au climat d’incertitude créé par les élections générales. Les autorités uruguayennes se sont efforcées de limiter les ponctions sur les réserves en laissant flotter le peso depuis le 20 juin; par ailleurs, les ressources disponibles dans le cadre de l’accord de confirmation approuvé par le FMI ont été augmentées. Les retraits de fonds sur les dépôts, surtout par les Uruguayens, ont sensiblement ralenti en août, ce qui indiquait un retour de la confiance. Néanmoins, le niveau élevé de dollarisation du système bancaire est un facteur de vulnérabilité qui pénalise constamment l’Uruguay, ainsi que plusieurs autres économies de la région—dont l’Argentine comme l’ont déjà fait ressortir les difficultés de ce pays (graphique 1.10). En conséquence, la possibilité de recours à la politique monétaire pour répondre aux pressions qui s’exercent actuellement est limitée et les banques font face à de graves problèmes de bilan à mesure que les taux de change fléchissent. Dans ces conditions, les autorités doivent s’attacher à renforcer le système bancaire, notamment en durcissant les contrôles, ainsi qu’en s’attaquant aux causes des risques (grâce plus précisément à une amélioration des résultats budgétaires).

Graphique 1.10.Pays de l’Hémisphère occidental (échantillon); dette publique et dépôts en devises

Dans la plupart des pays d’Amérique latine, la forte dollarisation de la dette publique et des dépôts dans les banques privées limite la possibilité d’assouplir la politique monétaire et celle de change pour atténuer les difficultés économiques de la région.

Sources: autorités nationales; FMI, International Financial Statistics; estimations des services du FMI.

1Sauf indications à l’effet contraire, les données portent sur les stocks bruts de dette publique, y compris celle des entreprises publiques, mais non les engagements de la banque centrale.

2Prend en compte également les engagements de la banque centrale (monnaie centrale), déduction faite des avoirs liquides en devises.

3Dette consolidée de l’administration centrale, de la banque centrale et des entreprises publiques, déduction faite des réserves officielles et des dépôts dans le système financier. Ne comprend pas les obligations émises dans le cadre du nouveau régime de retraite.

4En pourcentage de la masse monétaire au sens large: estimations établies sur la base des réserves internationales brutes de la banque centrale.

Au Brésil, pays qui a assez bien résisté à la contagion directe de la crise argentine, la confiance a fortement diminué sur les marchés financiers au deuxième trimestre malgré la bonne politique macroéconomique appliquée depuis la crise de 1998 (encadré 1.4). Ce recul de la confiance, qui s’est traduit par une chute du real et l’augmentation des marges sur les obligations, tient principalement, semble-t-il, à l’impossibilité de prédire la politique que suivront les autorités après l’élection présidentielle d’octobre. Cette situation était jugée à certains égards inquiétante, étant donné le niveau élevé de la dette publique de ce pays, l’ampleur de ses besoins bruts de financement et le rôle important qu’il joue pour les marchés obligataires émergents. Le FMI a alors approuvé en faveur du Brésil un accord de confirmation de 30 milliards de dollars qui doit être décaissé essentiellement en 2003. Le plancher des réserves internationales nettes a été abaissé de 10 milliards de dollars. Selon le nouveau programme, l’excédent primaire ne saurait tomber en 2003 en deçà d’un seuil de 3¾% du PIB, qui sera revu tous les trimestres, et aucun objectif inférieur à ce seuil ne pourra être inclus dans la législation sur les directives budgétaires de 2004 et de 2005. À l’occasion de cet accord, les principaux candidats à l’élection présidentielle se sont engagés à suivre une politique macroéconomique prudente et les banques étrangères ont indiqué leur intention de maintenir le volume général de leurs activités, y compris les crédits commerciaux. Les marchés financiers sont, semble-t-il, plus stables depuis quelques semaines, et l’on observe une baisse sensible des marges sur les obligations, encore qu’elles demeurent très élevées. Ces évolutions ont contribué à une amélioration de la confiance et à une diminution des incertitudes, et devraient donc aider les autorités à poursuivre leur stratégie pour soutenir la stabilité macroéconomique et la croissance. Cependant, de graves vulnérabilités demeurent, qui risquent notamment de perturber le calendrier d’amortissement et de refinancement de la dette pour les mois à venir. A moyen terme, il importera d’alléger la dette du pays en maintenant l’excédent primaire à un niveau élevé et en procédant parallèlement à des réformes structurelles afin de réduire les rigidités budgétaires, ce qui aiderait à abaisser le taux d’intérêt réel, et de renforcer et diversifier les sources de croissance, y compris par une plus grande ouverture à l’investissement et au commerce extérieur.

Encadré 1.4.Le Brésil cherche à retrouver la confiance des marchés

Après plus de vingt années d’instabilité macroéconomique, le plan real de 1994—axé sur la mise en place d’une nouvelle monnaie, le real, et l’adoption d’une parité mobile vis-à-vis du dollar—fut un tournant pour la politique macroéconomique du Brésil. Dans les quatre années qui ont suivi, l’inflation a été ramenée à 5 % et le PIB a progressé à un rythme de 4 % en moyenne; dans le même temps, des progrès considérables ont été accomplis dans les réformes structurelles, notamment dans les domaines de la privatisation à grande échelle, de la démonopolisation et de la déréglementation des secteurs principaux, de la libéralisation extérieure et de la réforme financière. Cependant, le plan real a eu moins de succès face aux problèmes budgétaires structurels. Après un durcissement initial de la politique budgétaire, le secteur public consolidé—qui englobe l’administration centrale, le système de sécurité sociale, la banque centrale, les Etats et municipalités, ainsi que les entreprises publiques (tous les niveaux de l’administration publique)—a accusé un déficit primaire moyen de 0,4 % du PIB entre 1996 et 1998, tandis que la dette publique intérieure nette est passée de 21 % du PIB en 1994 à 30 % du PIB en 1997. En partie pour cette raison, et aussi du fait d’une nette appréciation de la monnaie à mesure que la situation se stabilisait, le déficit du compte des transactions courantes s’est élargi pour atteindre 4 % du PIB en 1997.

Ces vulnérabilités sous-jacentes ont été révélées par la crise asiatique en 1997 et plus encore par la crise russe et l’effondrement de LTCM en 1998, avec la forte baisse des flux de capitaux à destination de l’Amérique latine. En réaction aux pressions croissantes sur le real, les autorités ont choisi de défendre la parité mobile en relevant les taux d’intérêt, en remplaçant leurs créances assorties d’un taux fixe par un montant considérable de créances liées au dollar et au taux d’intérêt au jour le jour, et en durcissant leur politique budgétaire, avec l’appui, à partir de décembre 1998, d’un accord de confirmation avec le FMI portant sur 18 milliards de dollars. L’émission de créances indexées a permis aux autorités d’éviter le «verrouillage» de taux d’intérêt élevés sur la dette intérieure à long terme à taux fixe, mais au prix d’une vulnérabilité accrue aux chocs ultérieurs sur les taux d’intérêt et le taux de change. Si les tensions financières ont diminué dans un premier temps, elles sont vite réapparues, en partie à cause des doutes entourant la réussite de la stabilisation budgétaire prévue, et, après un élargissement initial de la bande de fluctuation du taux de change, les autorités ont décidé le 15 janvier 1999 de laisser flotter le real. Combinée à des relèvements ultérieurs des taux d’intérêt, cette décision a freiné les sorties de capitaux et la monnaie s’est rapidement stabilisée, quoique à un niveau bien plus bas. Après une flambée initiale des prix, l’inflation est retombée à 6 % à la fin de 2000, grâce à l’application efficace d’une politique de ciblage de l’inflation. La croissance du PIB réel est remontée à 4,4 % en 2000, après une quasi-stagnation du PIB en 1998 et 1999.

Après avoir décidé de laisser flotter le real, le Brésil a durci sa politique budgétaire et a dégagé un excédent primaire de 3,2 % du PIB en 1999 et de 3,5 % en 2000, soit un ajustement budgétaire de près de 4 points de PIB. Il a opéré aussi des réformes institutionnelles budgétaires qui ont renforcé notablement la gestion de ses finances publiques. L’élément central de cette stratégie fut la promulgation en mai 2000 d’une loi de responsabilité budgétaire qui a énoncé, pour tous les niveaux de l’administration publique, des règles budgétaires visant à assurer la viabilité des finances publiques à moyen terme. En outre, la loi sur les directives budgétaires établit des objectifs budgétaires à moyen terme qui servent de référence pour la loi de finances annuelle. Les finances locales ont été renforcées aussi grâce à la conclusion en 1999, et à l’application soutenue, d’accords de restructuration de la dette entre le Trésor national et les États et plus de 180 municipalités, qui prévoient la maîtrise des dépenses des municipalités et des Etats.

Néanmoins, en dépit de la nette hausse de l’excédent primaire, la dette publique a continué de progresser rapidement pour diverses raisons. Premièrement, les taux d’intérêt élevés utilisés pour défendre la monnaie en 1998 ont entraîné une forte augmentation des charges d’intérêt. En outre, la dévaluation de 1999 a accru notablement la valeur en real de la dette publique liée au dollar qui avait été contractée pour défendre la parité mobile. Enfin, environ 11 points de l’augmentation du ratio d’endettement s’expliquent par la prise en compte des «squelettes», c’est-à-dire des engagements implicites du secteur public, qui sont progressivement devenus explicites. Globalement, la dette publique nette (intérieure et extérieure) est passée de 35 % du PIB en 1997 à 50 % à la fin de 20001. Par ailleurs, la dette publique est restée fort indexée, 45 % au taux d’intérêt au jour le jour SELIC et 35 % au dollar américain à la fin de l’an 2000 (graphique).

Brésil: importance et structure de la dette publique nette

(En pourcentage du PIB)

Source: Banque centrale du Brésil.

En 2001, le Brésil a subi une série de chocs intérieurs et extérieurs, notamment une crise énergétique nationale, les répercussions de la situation en Argentine et le ralentissement de l’économie mondiale. La croissance de la production a ralenti, le real s’est affaibli considérablement en valeur réelle et les écarts d’intérêts sur les obligations souveraines du pays se sont élargis, de même que ceux des indices des marchés émergents en général. Les autorités ont réagi en durcissant la politique budgétaire, et ont reçu l’appui d’un accord de confirmation avec le FMI portant sur 15 milliards de dollars. Elles ont indiqué qu’elles n’avaient pas l’intention d’utiliser ces ressources sauf si la situation locale et extérieure se détériorait. Dans les semaines qui ont suivi les événements du 11 septembre, le real s’est déprécié et les écarts se sont encore élargis, en partie à cause des inquiétudes des investisseurs quant à la capacité du Brésil de faire face à ses besoins élevés de financement extérieur et intérieur pendant une période d’instabilité mondiale, et les autorités ont tiré 5 milliards de dollars dans le cadre de l’accord de confirmation qui venait d’être négocié avec le FMI. Au début de 2002, le real et les cours des obligations s’étaient redressés pour s’établir plus ou moins à leur niveau du milieu de 2001 et la croissance du PIB réel semblait repartir à la hausse tandis que la crise énergétique touchait à sa fin. La plupart des ressources achetées au FMI ont été remboursées de manière anticipée en avril 2002. Cependant, étant donné l’affaiblissement du real pendant l’année, la dette publique nette a continué d’augmenter, pour atteindre 53 % du PIB à la fin de 2001.

Le répit fut de durée relativement courte et, depuis le deuxième trimestre de 2002, la situation macroéconomique s’est détériorée nettement. Bien que la politique macroéconomique soit restée sur la bonne voie—les objectifs fixés pour l’excédent primaire ont été dépassés en dépit d’une croissance du PIB plus faible que prévu—les écarts d’intérêts sur la dette souveraine ont doublé, passant de 750 points de base à 1.500 points de base entre fin mars et fin juin, et le real s’est affaibli de 18 %, le taux de change s’établissant à 2,8 reais pour 1 dollar. Cette détérioration s’explique par plusieurs facteurs. Le plus important est peut-être que les opérateurs des marchés ont commencé à se préoccuper des incertitudes politiques liées à l’élection présidentielle d’octobre et de leurs implications pour la politique générale existante. Dans cette optique, les pertes étonnamment élevées de grandes banques internationales en Argentine les ont poussés à réévaluer et parfois à réduire nettement leurs engagements au Brésil. Dans le même temps, la situation extérieure s’est dégradée: la prise de risques a diminué à l’échelle internationale, les marchés boursiers ont chuté dans les pays industriels et les doutes quant à l’orientation de l’économie mondiale ont refait surface.

Le 13 juin, les autorités ont réagi en annonçant un nouveau durcissement de la politique budgétaire—l’objectif fixé pour l’excédent primaire passant de 3’/2 à 3¾ % du PIB—et leur intention de tirer jusqu’à 10 milliards de dollars au titre de leur accord avec le FMI après l’achèvement de la troisième revue du programme le 18 juin. Dès l’achèvement de la revue, le plancher des réserves internationales nettes a été abaissé de 20 à 15 milliards de dollars, les autorités pouvant ainsi plus facilement vendre leurs réserves de change sur les marchés et racheter la dette extérieure. Malgré ces mesures, la situation s’est encore dégradée en juillet et début août. Les résultats de l’élection à venir et leurs implications pour la viabilité des finances publiques du Brésil, en particulier après les sondages d’opinion du début juillet, ont rendu les marchés de plus en plus nerveux. Par ailleurs, l’affaiblissement du real a continué d’accroître la valeur de la dette indexée sur le dollar, la dette publique nette passant à 58 % du PIB fin juin. En conséquence, les lignes de crédit internationales ont continué de se tarir et les emprunteurs privés ont eu de plus en plus de mal à refinancer leurs crédits internationaux, ce qui a aggravé les problèmes susmentionnés. Le 6 août, les écarts d’intérêts étaient passés à plus de 20 points, tandis que le taux de change était tombé à 3,11 reais pour 1 dollar (soit une baisse de 24 % par rapport à fin mai).

Le 7 août, les autorités brésiliennes ont conclu avec le FMI un nouvel accord de confirmation qui signifierait un financement supplémentaire de 30 milliards de dollars, dont 80 % seraient décaissés en 2003. Pour assurer la viabilité des finances publiques à moyen terme, le nouveau programme prévoit le maintien d’un objectif minimum de 3¾ % du PIB pour l’excédent primaire en 2003 et l’inclusion de cet objectif minimum dans les directives budgétaires2. Dans le même temps, l’accord donne aux autorités plus de marge de manœuvre pour intervenir sur le marché des changes, le plancher des réserves internationales nettes prévu dans l’accord de confirmation en vigueur étant réduit immédiatement de 10 à 5 milliards de dollars dès l’approbation du programme par le Conseil d’administration, qui est intervenue le 6 septembre.

Le nouveau programme vise à ménager une passerelle pour le nouveau gouvernement qui entrera en fonction le 1er janvier 2003 et à appuyer une stratégie qui favorisera la stabilité macroéconomique. Sur la base d’hypothèses macroéconomiques plausibles, fondées sur une amélioration continue de l’opinion du marché, l’excédent primaire consolidé de 3¾ % minimum du PIB devrait permettre de réduire progressivement le ratio d’endettement net à moyen terme. Le programme prévoit un examen trimestriel de l’objectif d’excédent primaire à la lumière de l’évolution macroéconomique. Si la réaction initiale des marchés au programme a été positive, le real et les écarts sur la dette souveraine ont cédé leurs gains dans les jours qui ont suivi, en partie à cause d’une réaction mitigée des principaux candidats d’opposition au programme annoncé et des résultats de nouveaux sondages. Les entreprises ont continué d’avoir du mal à refinancer leurs crédits commerciaux auprès de banques étrangères. Pour faire face à ce problème, la banque nationale de développement (BNDES) a établi un programme de lignes de crédit à l’intention des exportateurs et la banque centrale a commencé à adjuger des devises aux banques locales qui financent les exportations, afin que celles-ci puissent les reprêter aux exportateurs brésiliens. Les banques étrangères se sont entretenues avec les autorités ces dernières semaines et ont déclaré leur intention de maintenir leur volume d’activité au Brésil, y compris les crédits commerciaux. Cette annonce, conjuguée à la promesse des principaux candidats aux présidentielles de poursuivre une politique macroéconomique prudente, entre autres facteurs, a conduit à une plus grande stabilité des marchés financiers au cours des dernières semaines. Les marges obligataires ont chuté par rapport à leur pic de juillet/août à un niveau inédit depuis mi-juillet; au moment où les Perspectives étaient mises sous presse, le taux de change n’avait guère regagné de terrain. Les marchés ont continué de se focaliser sur les questions à court terme concernant la nécessité de refinancer la dette publique arrivant à échéance et les possibilités d’accès au financement extérieur, ainsi que sur celles à plus long terme concernant la charge de la dette publique. Pour apaiser ces craintes, il est essentiel d’assurer qu’un cadre d’action approprié restera en place après les élections—à cet égard, les assurances déjà données par les principaux candidats à la présidence qu’ils maintiendront un excédent primaire adéquat et honoreront les contrats constituent un élément essentiel.

Note: Le principal auteur est Andrew Berg. Cet encadré porte sur la période allant jusqu’au 13 septembre 2002.1La dette nette est la dette totale moins la valeur de divers actifs publics, tels que les dépôts bancaires de l’État.2La loi de finances 2003 pour l’administration centrale et les entreprises fédérales sera soumise au Congrès en août 2002, comme prévu dans le programme.

Les risques qui peuvent être perçus pour de nombreux autres pays d’Amérique latine, dont l’Equateur, le Pérou et le Venezuela, se sont nettement multipliés depuis le premier trimestre. Comme au Brésil, cette dégradation semble tenir à un contexte où se conjuguent une recrudescence des incertitudes régionales (et dans une certaine mesure mondiales), des tensions politiques internes et des vulnérabilités économiques structurelles liées le plus souvent au montant et à la composition de la dette publique. Cependant, les défaillances, notamment d’importants dérapages budgétaires et le piétinement des réformes structurelles, ont également joué un rôle important. En Equateur par exemple, les retards dans le contrôle de la dépense publique, imputables en partie à la forte hausse des salaires dans le secteur public, et dans la réforme des entreprises publiques et de la sécurité sociale compromettent les bienfaits économiques de la dollarisation qui a été opérée au début de 2000 et du renchérissement sensible du pétrole. À cause de ces évolutions, des tensions à la hausse s’exercent sur le taux de change réel et le déficit des transactions courantes se creuse. Au Venezuela, on s’attend cette année à une contraction de l’activité par suite d’une réduction de la production de pétrole et des incertitudes qui pèsent sur le secteur non pétrolier. Nonobstant les prix à l’exportation assez élevés du pétrole, le déficit budgétaire devrait rester important (3,7 % du PIB) en 2002 et exercer de graves pressions sur les sources de financement intérieures et internationales. Les autorités doivent de toute urgence redoubler d’efforts pour accroître les recettes et limiter les dépenses. Un programme visant à s’attaquer aux déficiences du secteur financier est également nécessaire, d’autant plus que les retraits des comptes de dépôts et le fléchissement de l’activité ont fragilisé davantage encore le système bancaire. Les risques que l’on perçoit pour le Pérou ont eux aussi augmenté par suite d’une intensification des pressions exercées sur le gouvernement pour qu’il assouplisse sa politique macroéconomique d’ici aux élections régionales de novembre.

Dans l’ensemble de ces pays, l’ajustement des finances publiques (compression des dépenses et augmentation des recettes) est la condition préalable à toute réduction des vulnérabilités. II doit être appuyé par une politique monétaire rigoureuse et de vastes réformes structurelles (qui, notamment, s’attaquent aux faiblesses du secteur bancaire et libéralisent le commerce extérieur). De telles politiques—qui se renforcent les unes les autres—sont nécessaires pour rétablir la confiance des investisseurs, faire baisser les taux d’intérêt, attirer des financements extérieurs et ranimer la croissance.

Le Mexique et le Chili n’ont pas totalement échappé aux difficultés de la région. Le peso mexicain a fléchi depuis le début de l’année (bien que, étant donné son appréciation antérieure, cette évolution ne soit pas totalement malvenue); au Chili, les exportations à destination de l’Argentine ont diminué et certaines entreprises ont en outre subi des pertes dans ce pays. Les marges sur les obligations ont légèrement augmenté dans les deux pays, encore qu’elles demeurent faibles lorsqu’on les compare à celles appliquées dans d’autres économies de la région. Dans l’ensemble cependant, ces pays semblent se trouver dans une position suffisamment forte pour résister aux pressions actuelles et renouer à la fin de 2002 et en 2003 avec des taux de croissance plus élevés, soutenus par le raffermissement progressif de l’activité aux États-Unis (ce facteur revêt une importance particulière pour le Mexique) et dans d’autres économies avancées. Ces pays ont mieux résisté que d’autres grâce à leurs bons résultats, que traduit leur classement parmi les emprunteurs de premier rang et, au Chili, au faible niveau de la dette publique. Étant donné les risques importants dont s’accompagnent encore les perspectives de ces pays, il est indispensable qu’ils continuent d’appliquer une politique rigoureuse et crédible pour limiter l’impact des difficultés que connaissent les autres pays d’Amérique latine. Ses besoins de financement extérieur étant considérables, le Mexique reste exposé aux revirements d’opinion des investisseurs et les récentes réformes fiscales n’ont pas permis d’accroître, comme prévu, les recettes non pétrolières. Pour réduire les risques qui en résultent pour le pays, il importera que les autorités exécutent leur programme de réformes budgétaires et structurelles à moyen terme qui vise à atténuer les vulnérabilités extérieures, à accroître la productivité et à améliorer la compétitivité internationale. En outre, l’inflation s’étant récemment accrue, il faudra continuer d’appliquer une politique monétaire rigoureuse pour pouvoir atteindre l’objectif d’inflation prévu. L’aggravation de la crise argentine pourrait freiner la reprise de la croissance anticipée l’an prochain pour le Chili. Étant donné que ce pays jouit en général d’une meilleure position d’endettement et d’un secteur financier plus résistant, ses résultats devraient continuer d’être meilleurs que ceux des autres pays de la région.

Économies émergentes d’Asie: consolidation de la reprise

Dans les économies émergentes d’Asie, l’activité s’est redressée sensiblement depuis le début de l’année, la production industrielle et les exportations redémarrant grâce au retournement de la conjoncture mondiale et à l’amélioration du secteur des technologies de l’information. Les données du deuxième trimestre continuant de dépasser les anticipations et la reprise de la demande intérieure, appuyée par les politiques macroéconomiques, montrant des signes d’intensification, la croissance du PIB de la région passera en 2002, selon les projections, à 6 %, taux auquel elle restera en 2003 (tableau 1.7). Cependant, les perspectives demeurent fortement tributaires des évolutions extérieures, y compris le risque d’une reprise plus lente que prévu aux États-Unis et en Europe et d’un essoufflement du secteur des technologies de l’information. L’Asie est en outre assez vulnérable au renchérissement du pétrole, que pourrait provoquer une dégradation éventuelle de la sécurité au Moyen-Orient (appendice 1.1).

Tableau 1.7.Pays d’Asie (échantillón): PIB réel, prix à la consommation et soldé des transactions courantes(Variations armuelles en pourcentage, sauf indication contraire)
PIB réelPrix à la consommation1Solde des transactions courantes2
200020012002200320002001200220032000200120022003
Pays émergents37,05,05,96,11,82,52,03,12,83,02,62,1
Nouvelles économies industrielles8,50,84,74,91,11,91,12,24,46,05,75,5
Corée9,33,06,35,92,34,12,73,32,72,01,50,9
Hong Kong (RAS)10,40,21,53,4−3,7−1,6−3,0−0,55,47,39,29,7
Singapour10,3−2,03,64,21,11,01,016,720,421,722,3
Taiwan, prov. chinoise de5,9−1,93,34,01,30,41,62,96,75,85,9
ASEAN-45,12,63,64,23,06,66,25,57,85,93,82,1
Indonésie4,83,33,54,53,811,511,98,75,34,72,72,0
Malaisie8,30,53,55,31,61,41,82,59,48,26,96,4
Philippines4,43,24,03,84,36,14,05,011,36,33,3−3,3
Thaflande4,61,83,53,51,61,70,71,97,65,43,52,4
Asie du Sud45,34,04,85,54,03,84,55,1−1,2−0,10,1−0,1
Bangladesh5,64,74,04,02,31,94,86,2−1,3−0,8−0,3
Inde5,44,15,05,74,03,84,55,1−0,90,1
Pakistan4,33,64,65,04,43,13,44,0−1,90,31,30,1
Anciennes économies à planitication centrale57,97,27,47,20,40,7−0,31,61,91,51,40,8
Chine8,07,37,57,20,40,7−0,41,51,91,51,51,0
Vietnam5,55,05,36,5−1,70,14,13,82,12,2−2,5−4,0

Comme c’est l’usage pourles Perspectives de l’économie mondiale, les variations des prix à la consommation sont données en moyennes annuelles, et non en glissement de décembre à décembre (comme dans certains pays).

En pourcentage du PIB.

Pay sen développement, nouvelles économies industrielles et Mongolie.

Bangladesh, Inde, Maldives, Népal, Pakistan et Sri Lanka.

Cambodge, Chine, Mongolie, Rép, dém, pop, lao et Vietnam.

Comme c’est l’usage pourles Perspectives de l’économie mondiale, les variations des prix à la consommation sont données en moyennes annuelles, et non en glissement de décembre à décembre (comme dans certains pays).

En pourcentage du PIB.

Pay sen développement, nouvelles économies industrielles et Mongolie.

Bangladesh, Inde, Maldives, Népal, Pakistan et Sri Lanka.

Cambodge, Chine, Mongolie, Rép, dém, pop, lao et Vietnam.

Les répercussions de la tourmente qui a récemment agité les marchés financiers ont été jusqu’à présent modérées. Les cours des actions ont moins diminué que dans d’autres économies de marché émergentes. La plupart des pays continuent d’avoir accès aux marchés internationaux des capitaux et la contagion des problèmes de I’Amérique latine a été limitée. La légère majoration des marges aux Philippines (encore qu’elles demeurent nettement inférieures à leurs niveaux de la fin de 2001) semble essentiellement s’expliquer par des préoccupations tenant à la position budgétaire. Dans la région (la Chine, la RAS de Hong Kong et la Malaisie mises à part), les monnaies se sont appréciées vis-à-vis du dollar depuis la fin mars à mesure que celui-ci régressait par rapport à l’euro et au yen. Cependant, les taux de change pondérés par le commerce extérieur se sont en général dépréciés (sauf en Corée et en Indonésie), ce qui semble indiquer que les craintes que les variations du dollar EU puissent nuire à la compétitivité ou engendrer des tensions déflationnistes ne sont pas pour l’instant fondées.

À supposer que la reprise continue de se dérouler comme prévu, les autorités devront de plus en plus se préoccuper des enjeux à moyen terme, c’est-à-dire:

  • Créer les conditions d’un renforcement durable de la demande intérieure, qui, dans certains pays, n’a pas encore retrouvé son niveau d’avant la crise (à cause en partie de problèmes structurels). Une demande intérieure plus vigoureuse est nécessaire pour soutenir une croissance équilibrée et aider à corriger les déséquilibres mondiaux (voir le premier essai du chapitre II).

  • Renforcer la capacité de résistance aux chocs. Dans un certain nombre de pays, l’augmentation de l’endettement du secteur public, qui est le plus souvent imputable à la crise de 1997/98, a accru les vulnérabilités macroéconomiques (graphique 1.11). La dépendance à l’égard des semi-conducteurs, dont les prix sont très instables et dépendent du cycle des pays industriels (graphique 1.12), s’est elle aussi accrue dans de nombreux cas, même si l’on tient compte de la proportion assez importante d’importations dans les produits électroniques. En conséquence, ces pays devront gérer une situation marquée par une production et un solde extérieur courant beaucoup plus variables, de sorte qu’il deviendra de plus en plus important que les autorités se réservent une marge de manœuvre suffisante.

  • Faire en sorte que les économies soient suffisamment flexibles et dynamiques pour gérer les changements considérables en perspective dans les avantages comparatifs au sein de la région, y compris la croissance rapide de la Chine et l’accession de ce pays à l’OMC, et bien entendu en tirer parti. A plus long terme, il sera crucial pour la Chine, ainsi que pour la région, que ce pays mène à bien la réforme de ses banques et de ses entreprises.

Graphique 1.11.Asie: dégradation des positions budgétaires

(En pourcentage du PIB)

Dans la plupart des pays, la position budgétaire s’est nettement dégradée depuis le milieu des années 90, alors que la dette du secteur public, libellée pour l’essentiel en monnaie nationale, augmentait fortement.

Sources: autorités nationales; estimations desservices du FMI.

1Fin mars 1997 (avant 2000, l’exercice commençait le 1er avril et se terminait le 31 mars).

2Solde consolidé de l’administration centrale. Faute de données, la dette pour 2001 porte sur l’année civile 2000.

3Années civiles.

4Exercices 1995/96 et 2000/01.

5Exercices 1996/97 et 2001/02.

Graphique 1.12.L’Asie est-elle devenue exportatrice de produits primaires?

Au cours de la dernière décennie, la production de semi-conducteurs a augmenté considérablement dans de nombreux pays d’Asie qui deviennent ainsi plus vulnérables aux chocs extérieurs étant donné que les prix des semi-conducteurs, comme ceux des produits primaires, sont très instables et varient fortement en fonction du cycle économique des pays industriels.

Sources: Reed Electronic Research (2001): 0ECD Direct: Semiconductor Industry Association; estimations des services du FMI.

1Faute de données sur les prix, renvoie à l’instabilité et à la cyclicalité des valeurs à I exportation en dollars EU dans le cas des semi-conducteurs.

2Pour toutes les séries, la tendance a été éliminée au moyen de filtres passe-bandes.

Bien qu’elles varient selon les pays, les politiques à suivre pour atteindre ces objectifs reprennent toutes un certain nombre de thèmes: poursuivre les réformes structurelles en cours, surtout celles des banques et des entreprises, appliquer des programmes permettant d’assurer à moyen terme la viabilité des finances publiques et veiller à ce que les régimes de change soient gérés avec la flexibilité voulue (sans toutefois revenir aux arrimages de facto souples observés au cours des années antérieures).

En ce qui concerne les nouvelles économies industrielles et les quatre pays de l’ASEAN les plus touchés par la crise (Indonésie, Malaisie, Philippines et Thaïlande), la phase ascendante est jusqu’à présent la plus avancée en Corée, grâce à une demande intérieure dynamique (soutenue en partie par un crédit à la consommation abondant), ainsi que, plus récemment, aux exportations. Les prix de l’immobilier augmentant rapidement et l’inflation devant s’accélérer en 2002 et 2003, les taux d’intérêt ont été relevés en mai. L’appréciation du won aidera à freiner les tensions inflationnistes et, comme par ailleurs les incertitudes extérieures se multiplient, il ne sera peut-être pas nécessaire à court terme de les relever encore. Dans les autres économies, la demande intérieure finale semble, certes, se redresser, mais la reprise dépend toujours des exportations et d’un renversement du cycle des variations des stocks. Étant donné les risques qui pèsent sur la demande globale, alors que l’inflation est faible, il importe que la politique monétaire reste pour l’instant accommodante. L’endettement augmentant, la politique budgétaire devra de plus en plus être utilisée non pas à des fins anticycliques, mais pour assainir les finances publiques, notamment en Indonésie, aux Philippines, et dans la RAS de Hong Kong, économies où un important déficit structurel est apparu. La réforme structurelle progresse différemment selon les économies. Elle est avancée en Corée, bien qu’il faille encore renforcer la procédure de faillite, et en Malaisie, mais, dans les autres économies de la région, beaucoup reste à faire dans les domaines suivants: restructuration de la dette des entreprises et recouvrement de leurs actifs (Indonésie), élimination du surendettement et relance de l’intermédiation bancaire (Thaïlande) et résolution des difficultés du secteur bancaire et accélération de la réforme du secteur de l’électricité (Philippines).

En Chine, la croissance du PIB a continué de dépasser les anticipations, sous l’effet d’un investissement public dynamique et d’une forte croissance des exportations. La croissance des importations s’est elle aussi redressée sensiblement, soutenant la reprise dans les autres économies de la région. Grâce à des apports d’investissement direct étranger constamment élevés, la balance des paiements s’est nettement renforcée, les réserves augmentant de 31 milliards de dollars pendant le premier semestre de l’année. Une déflation modérée étant réapparue à la fin de 2001, la politique monétaire a été assouplie en février et n’a pas été modifiée depuis. Sur le front budgétaire, un assainissement limité pourrait être opéré, d’autant plus que les perspectives s’annoncent difficiles, compte tenu en particulier des importants engagements extrabudgétaires. À moyen terme, tant la croissance que la viabilité des finances publiques dépendent fortement des réformes structurelles qui seront exécutées, en vue surtout d’avancer dans la mise en place d’un système bancaire solide et régi par les lois du marché et d’achever la restructuration des entreprises d’État. Ces réformes sont d’autant plus importantes que la Chine a accédé à l’OMC. L’économie traversant une période de profondes mutations structurelles, une gestion graduellement plus flexible du taux de change, soutenue par la poursuite de l’aménagement de l’infrastructure du marché des changes, faciliterait l’ajustement, en raison surtout de la vigueur de la balance des paiements et de la faiblesse du dollar.

En Inde, un redressement cyclique est maintenant en cours, encore que l’agriculture ait été pénalisée par une mousson insuffisante et que la sécurité dans la région et le renchérissement du pétrole soient des sources de risques. L’inflation reste modérée et la position extérieure est confortable. Cependant, la croissance tendancielle fléchit depuis le milieu des années 90 à mesure que s’estompent les bienfaits des réformes structurelles antérieures. Le déficit budgétaire étant l’un des plus élevés du monde, il devient urgent d’assainir les finances publiques, et la loi sur la responsabilité budgétaire (en cours d’adoption) offre l’occasion de prévoir clairement et explicitement le rythme à moyen terme de cet assainissement. Les récents efforts visant à améliorer les finances des Etats sont accueillis avec satisfaction, mais le budget de l’exercice 2002/03 n’envisage qu’une modeste réduction du déficit, qui risque même d’être difficile à réaliser étant donné que les projections de recettes ne sont pas carrément optimistes. Sur le front structurel, des progrès importants ont été accomplis sur trois plans: privatisations, fixation des prix des produits pétroliers selon les règles du marché et libéralisation des taux d’intérêt. Cependant, beaucoup reste à faire, l’Inde devant notamment s’ouvrir davantage au commerce international et à l’investissement étranger (encadré 1.5), éliminer les restrictions aux activités agricoles et industrielles et renforcer le système financier.

Le Pakistan continue d’avancer dans la voie de la stabilité macroéconomique, comme l’indiquent la hausse de la croissance du PIB et le renforcement de la position extérieure, encore que la sécurité risque de nouveau de se dégrader dans la région. Le projet de loi de finances pour l’exercice 2002/03 aidera à maîtriser la dynamique négative de la dette et à réorienter les dépenses vers le développement humain. Une augmentation des dépenses militaires dues aux tensions régionales obscurcit toutefois les perspectives et il faudra une volonté politique puissante pour améliorer effectivement le recouvrement des impôts. Une réforme budgétaire—liée à la restructuration des entreprises financières ou publiques—est également cruciale au Bangladesh, pays où une politique macroéconomique expansionniste et le ralentissement de la réforme structurelle font peser davantage de risques sur les perspectives. Dans les deux pays, il est également prioritaire de s’employer sans relâche à améliorer la gestion des affaires publiques.

L’Australie et la Nouvelle-Zélande figurent parmi les pays industriels dont la croissance du PIB a été la plus forte en 2001, grâce à une politique macroéconomique bien orientée, des taux de change très compétitifs, une augmentation du patrimoine immobilier et une accélération des migrations à long terme (Nouvelle-Zélande). La demande étant demeurée robuste au premier trimestre de 2002, les deux banques centrales ont commencé à éliminer certaines mesures d’assouplissement monétaire adoptées antérieurement, mais n’ont pas modifié les taux d’intérêt ces derniers mois à cause de la dégradation des perspectives mondiales. La position budgétaire demeure solide dans les deux pays, malgré les pressions qu’exerce le vieillissement de la population. L’Australie devra peut-être prendre des mesures pour financer les grandes réformes structurelles qui s’imposent à moyen terme, tout en respectant l’objectif d’équilibre budgétaire sur l’ensemble du cycle. En Nouvelle-Zélande, où la croissance de la productivité a été décevante ces dernières années, l’innovation et la formation de personnels qualifiés sont à juste titre au cœur des préoccupations des autorités, qui devraient par ailleurs s’employer davantage à réduire les désincitations au travail, à l’épargne et à l’investissement.

Pays candidats à I’UE: des économies étonnamment résistantes malgré certaines pressions

Dans les pays d’Europe centrale et orientale et les États baltes candidats à l’adhésion à l’UE, la croissance a en général été assez bien soutenue pendant la phase de ralentissement mondial. On s’attend à ce que la plupart de ces économies enregistrent une croissance d’au moins 2½ à % en 2002, soit des taux sensiblement analogues en moyenne à ceux de 2001 (la Turquie mise à part), et, selon les projections, des taux encore plus élevés en 2003 à mesure que l’économie mondiale se redressera (tableau 1.8). La situation et les perspectives varient toutefois selon les pays: l’économie polonaise est toujours relativement faible, encore que les indicateurs de l’activité publiés il y a peu soient plus encourageants que ceux des derniers mois. La République tchèque a été gravement touchée par les récentes inondations—mais dans une moindre mesure, toutefois, que d’autres pays de la région—et la Turquie demeure vulnérable aux revirements d’opinion des marchés financiers (voir infra). Par ailleurs, l’évolution des marchés financiers mondiaux a aussi eu un impact sur l’ensemble de la région, les cours des actions ayant chuté, d’au moins 50 % dans la plupart des cas, depuis l’an 2000. Pendant cette même période, le taux de change effectif s’est fortement apprécié dans plusieurs pays, dont la Hongrie, la Pologne et la République tchèque, encore qu’en Pologne, la baisse des taux d’intérêt et l’aggravation des incertitudes ont en partie inversé cette appréciation ces derniers mois. Si les pays d’Europe centrale et les États baltes peuvent toujours accéder facilement aux financements internationaux et bénéficient par rapport à d’autres marchés émergents de marges faibles pour leurs emprunts obligataires, la plupart d’entre eux demeurent vulnérables à toute dégradation de la confiance des marchés en raison du niveau constamment élevé de leur déficit des transactions courantes.

Tableau 1.8.Pays candidats à l’adhesion à l’Union européenne: PIB réel, prix à la consommation et solde des transactions courantes(Variations annuelles en pourcentage, sauf indication contraire)
PIB réelPrix à la consommation1Solde des transactions courantes2
200020012002200320002001200220032000200120022003
Pays candidats à l’adhésion à l’Union européenne4,93,04,124,721,216,811,9−5,1−2,6−3,4−3,5
Turquie7,4−7,43,95,054,954,447,128,6−4,92,3−0,8−1,0
Autres pays3,83,02,73,713,19,86,25,7−5,3−4,3−4,5−4,4
Pays baltes5,56,24,65,22,22,72,32,8−6,2−6,7−6,9−6,6
Estonie7,15,04,55,04,05,83,73,0−5,8−6,1−6,9−7,4
Lettonie6,87,65,06,02,62,53,03,0−6,9−10,0−8,5−7,5
Lituanie3,85,94,44,81,01,31,12,5−6,0−4,8−5,9−5,7
Europe centrale3,92,22,13,38,96,23,23,5−5,2−3,9−4,1−4,2
Hongrie5,23,83,54,09,89,25,55,2−2,8−2,2−3,8−3,7
Pologne4,01,01,03,010,15,52,12,3−6,3−4,0−3,6−4,2
République slovaque2,23,34,03,712,07,34,27,1−3,6−8,6−8,5−7,2
République tchèque3,33,32,73,23,94,72,73,0−5,3−4,6−5,2−4,6
Slovénie4,63,02,53,28,98,47,75,5−3,4−0,4−0,8−0,6
Europe du Sud et du Sud-Est2,94,84,04,932,925,018,114,1−5,1−5,7−5,3−4,9
Bulgarie5,44,04,05,010,47,56,44,3−5,6−6,1−5,6−5,5
Chypre5,14,02,54,04,12,02,52,2−5,2−4,4−5,5−3,6
Malte5,2−1,02,04,92,42,92,02,0−14,9−5,0−5,7−4,4
Roumanie1,85,34,34,945,734,524,219,1−3,9−5,9−5,1−4,9

Comme c’est l’usagepour les Perspectives de l’économie mondiale, les variations des prix à la consommation sont données en moyennes annuelles, et non en glissement de décembre á décembre (commedans certains pays).

En pourcentage du PIB.

Comme c’est l’usagepour les Perspectives de l’économie mondiale, les variations des prix à la consommation sont données en moyennes annuelles, et non en glissement de décembre á décembre (commedans certains pays).

En pourcentage du PIB.

Dans la région, l’activité a été stimulée par d’importants apports d’investissement direct étranger, qui ont été la principale source de financement extérieur et ont aidé à soutenir la demande intérieure. Ces apports sont à n’en point douter le fruit de politiques macroéconomiques en général stables et crédibles, ainsi que d’un climat favorable au marché. Plus précisément, ils ont pour la plupart été attirés par les coûts de production assez bas qu’offrent ces pays et leur accès de plus en plus facile au marché de l’UE, d’autant plus que l’on s’attend à ce qu’ils commencent à adhérer à l’Union au cours des prochaines années. En fait, l’investissement direct étranger a augmenté beaucoup plus ces dix dernières années dans les pays d’Europe centrale et les États baltes que dans les autres économies en transition; cette tendance semble étroitement liée (elle en est probablement à la fois la cause et la conséquence) à leurs progrès relatifs dans la réforme des entreprises (graphique 1.13). En outre, la demande intérieure a été stimulée dans la plupart des pays par une forte hausse des salaires, un recul de l’inflation et, parfois, d’importants programmes de relance budgétaire. Bien qu’elle ait fléchi quelque peu depuis l’année 2000, la croissance des exportations s’est étonnamment bien comportée malgré le ralentissement de l’activité dans les pays de l’UE et l’appréciation généralisée des taux de change, la plupart des pays continuant de gagner des parts de marché (graphique 1.14).

Graphique 1.13.Économies en transition (échantillon): investissement direct étranger et restructuration des entreprises

Dans les économies en transition, l’IDE est positivement corrélé aux progrès accomplis dans la restructuration des entreprises.

Sources: Banque européenne pour la reconstruction et le développement (2000); estimations des services du FMI.

Graphique 1.14.Pays candidats à l’UE (échantillon): croissance des exportations et des parts de marché croissance des exportations et des parts de marché

(Pourcentages)

Bien que la croissance des exportations ait ralenti depuis 2000, la plupart des pays candidats à I’UE ont continué d enregistrer des résultats à l’exportation robustes et de gagner des parts de marché pendant la phase de ralentissement économique.

Si les politiques nécessaires pour soutenir et renforcer la croissance diffèrent au sein de la région en fonction de la situation conjoncturelle des pays et des tensions prévisibles, la plupart des pays doivent toujours en priorité suivre une politique d’austérité budgétaire appuyée par des réformes structurelles. À court terme, cette politique aidera à assurer un meilleur équilibre entre les politiques macroéconomiques, ainsi qu’à moyen et à long terme, à faire face aux pressions à la hausse des dépenses exercées par l’accession à l’UE et à l’OTAN et aux obligations croissantes au titre des retraites publiques. En Pologne, la réduction des dépenses publiques figurant dans la loi de finances de 2002 représente une avancée importante dans la maîtrise d’un déséquilibre budgétaire croissant. L’assainissement des finances publiques, y compris par des mesures structurelles visant à mieux cibler les transferts sociaux et à améliorer la qualité générale des dépenses, doit être poursuivi au cours de la période à venir de façon à freiner l’endettement public. Cette politique d’austérité devrait également permettre de continuer de resserrer la politique monétaire afin de soutenir la reprise. À cet égard, l’important assouplissement monétaire opéré depuis un an—notamment la baisse supplémentaire des principaux taux d’intérêt administrés effectuée le 28 août—est judicieux étant donné la fragilité de l’économie, la vigueur du zloty et la maîtrise de l’inflation.

Encadré 1.5.La libéralisation des échanges en Inde

On est très conscient en Inde qu’il reste beaucoup à faire pour tirer pleinement parti de la mondialisation de façon à exploiter le potentiel économique considérable de ce pays. M. Jalan, Gouverneur de la banque centrale, a lui-même déclaré: «… À en juger par les indicateurs de la mondialisation généralement utilisés, nous sommes très loin du compte malgré tout ce qui a pu être dit. En fait, nous sommes toujours, parmi les grands pays, l’un de ceux qui sont le moins mondialisés; cependant, nous suivons de près ce dossier…»1 En raison des objectifs de réforme choisis par l’Inde, le présent encadré est surtout axé sur l’intégration de ce pays à l’économie mondiale par l’ouverture du commerce extérieur (et non du compte de capital).

Pendant la majeure partie de la période qui a suivi l’indépendance, l’objectif qui guidait essentiellement la politique commerciale était l’autonomie économique par la substitution de produits nationaux aux importations. Les contingents à l’importation et autres obstacles non tarifaires étaient généralisés et les droits de douane extrêmement élevés, créant ainsi un fort biais anti-exportation. L’Inde a profondément modifié sa politique et commencé à libéraliser les échanges au début des années 90 dans le cadre des vastes réformes lancées pour faire face à une profonde crise de balance des paiements. Une libéralisation progressive des mouvements de capitaux et du régime de l’investissement étranger devait également être opérée. Ces réformes se sont traduites par d’excellents résultats sur le double plan du commerce extérieur et de la croissance.

Depuis 1997 toutefois, la réforme tarifaire a ralenti. Si le taux statutaire maximum a été progressivement abaissé, des droits élevés ont continué de s’appliquer à un certain nombre de produits, les taux de plusieurs droits de douane ont été majorés et de nouvelles surtaxes mises en place. En conséquence, le taux moyen des droits de douane est demeuré pour ainsi dire inchangé (plus de 30 %) au cours de la période 1997-2001. Les derniers contingents à l’importation ont été éliminés en deux étapes en 2000 et 2001, mais, parfois, de nouvelles barrières non tarifaires ont été érigées. La croissance des exportations et des importations a fléchi et la part du commerce extérieur dans le PIB n’a pas varié. Cependant, le ralentissement des exportations de biens a été tempéré par une forte expansion de celles de services (surtout logiciels, communications et gestion), car le secteur des services n’était guère pénalisé par des obstacles réglementaires.

Nonobstant les réformes des années 90, l’Inde continue de figurer parmi les pays qui ont un régime de commerce très restrictif. Le taux moyen des droits de douane demeure l’un des plus élevés du monde et, dans certains secteurs, ces taux ont été fortement majorés. Un arsenal de barrières non tarifaires est toujours en vigueur, y compris certaines interdictions d’importation et des contingents appliqués par l’intermédiaire des monopoles d’État, ainsi que des conditions de certification et des normes rigoureuses. L’Inde est également devenue l’un des principaux pays ayant recours aux mesures antidumping, avec quelque 250 actions engagées au cours de la période 1995-2001. Au total, l’indice de restriction au commerce du FMI situe l’Inde à 8 (sur une échelle de 1 à 10), contre 5 pour la Chine et 4-5 pour les autres pays d’Asie de l’Est.

En outre, la protection effective et le biais antiexportation ont peut-être été aggravés par la façon dont s’est faite la libéralisation du commerce extérieur, les droits de douane sur les biens de production et les biens intermédiaires ayant été abaissés plus rapidement que ceux sur les produits. Le développement des échanges a aussi été freiné par diverses entraves intérieures à l’investissement et à la croissance. Citons notamment: le régime assez restrictif de l’investissement étranger, la politique visant à réserver la production d’un grand nombre de biens à l’usage exclusif de la petite industrie, la qualité médiocre des infrastructures publiques (transports et électricité, par exemple), la lenteur des restructurations industrielles, due aux insuffisances de la législation de la faillite qui limitent sérieusement la souplesse du marché du travail, et les frais de transaction causés par les lourdeurs administratives.

Sous l’effet de ces contraintes, l’Inde continue d’être moins ouverte au commerce international que les autres pays d’Asie. Entre 1980 et 2000, cette ouverture a augmenté d’environ 50 % dans ce pays, contre un bond de 150 % en Chine. Une comparaison analogue peut être faite pour les parts du commerce international2. Au cours des vingt dernières années, la part de l’Inde dans les exportations mondiales de marchandises est certes passée de 0,5 % à moins de 0,7 %, mais celle de la Chine a plus que triplé pour atteindre près de 4 % (voir graphique). L’investissement direct étranger demeure également très faible en Inde par rapport à d’autres pays émergents. Il convient toutefois de souligner que, grâce à l’avantage compétitif de l’Inde dans le secteur des technologies de l’information, les chiffres du commerce extérieur de ce pays semblent meilleurs lorsque le secteur des services est pris en compte.

Indice des parts dans le commerce international

(1982 = 100)

Sources: FMI, International Financial Statistics; estimations des services du FMI.

Le fait que l’Inde s’intègre moins rapidement à l’économie mondiale est confirmé par des modèles gravitationnels du commerce, qui expliquent le commerce bilatéral en fonction de caractéristiques des pays comme leur dimension économique, la distance qui les sépare, leur unité géographique, leur unicité linguistique et les accords de libre-échange qu’ils ont passés. Selon l’une des séries d’estimations, le commerce de marchandises entre 1995 et 1999 a été, en moyenne, de l’ordre de 36 % en deçà du niveau «anticipé»3. Ce chiffre représente toutefois une amélioration par rapport au début des années 90, époque où le sous-échange était estimé à 50 % environ. Lorsque les variables représentant les politiques suivies sont incluses, les estimations résultant du modèle gravitationnel semblent indiquer que, pour la période 1995-99, les politiques relativement restrictives de l’Inde contribuent à hauteur de 25 % environ à l’insuffisance de l’ouverture commerciale de ce pays par rapport à celle des autres pays en développement, le reste étant atribuable au revenu par habitant relativement bas de l’Inde, à des facteurs géographiques et aux restrictions imposées par les autres pays.

Les autorités ont annoncé leur intention de poursuivre la libéralisation des importations et des exportations au cours de la période 2002-07. Elles s’emploient à identifier des débouchés potentiels et de nouveaux avantages comparatifs afin de porter à 1 % d’ici à 2007 la part de l’Inde dans les exportations mondiales. A cet effet, elles prévoient essentiellement d’établir de nouvelles zones économiques spéciales privées, d’assouplir les marchés du travail, de réduire sensiblement le nombre des marchandises réservées à la petite industrie, de simplifier les formalités administratives et d’améliorer l’infrastructure des exportations. Au niveau microéconomique, certains secteurs stratégiques bénéficieront d’une attention particulière, les produits des industries électronique, électrique et mécanique figurant au premier rang de ceux qui ont le plus grand potentiel d’exportation.

Pour atteindre leur objectif d’intégration commerciale, les autorités devront cependant redoubler d’efforts pour éliminer le biais anti-exportation. Les priorités devraient être de réduire et de simplifier sensiblement le tarif douanier, par exemple en le ramenant à 12 % en moyenne (son niveau dans les pays d’Asie), voire en deçà, et en éliminant les derniers obstacles non tarifaires et administratifs qui frappent les importations et les exportations. On pourrait aussi utilement libéraliser le régime de l’investissement étranger et laisser le taux de change répondre avec plus de souplesse aux mutations structurelles de l’économie. A titre d’exemple de l’impact potentiel de ces réformes, les estimations du modèle gravitationnel susmentionné semblent indiquer que, si l’Inde libéralisait unilatéralement son régime de commerce et de balance des paiements, les courants d’échanges bilatéraux augmenteraient en moyenne de 44 % environ. De façon plus générale, les bienfaits des nombreuses réformes intérieures nécessaires pour libérer l’industrie indienne et améliorer sa compétitivité internationale pourraient être amplifiés si les pays industriels abaissaient leurs barrières tarifaires qui, comme dans le cas des autres marchés en développement ou émergents, empêchent l’Inde d’exploiter intégralement ses avantages comparatifs.

Note: Jean-Pierre Chauffour est l’auteur principal de cet encadré. Pour un examen approfondi de ce sujet, voir Subramanian, Tamirisa, and Bhavnani, en cours de publication.1Allocution prononcée au trente-sixième congrès de l’Institut de statistique indieu par M. Bimal Jalan, Gouverneur de la Reserve Bank of India, 15 janvier 2002.2L’accroissement de la part de la Chine dans les exportations mondiales est toutefois surestimé, une fraction importante des exportations chinoises venant d’opérations de transformation.3Ces estimations ont été établies à partir du modèle examiné au chapitre III de la présente édition des Perspectives de l’économie mondiale. D’autres estimations du sous-échange sont même plus élevées: Subramanian, Tamirisa et Bhavnani (dans un ouvrage à paraître) constatent que le commerce de marchandises en Inde au cours de la période 1995-98 a été inférieur de 70 à 80 % à ce qui était prévu, compte tenu du revenu et de la géographie de ce pays.

La situation conjoncturelle de la Hongrie est demeurée plus solide que celle de la Pologne, une croissance d’environ 3 ½ % et de 4 % étant attendue en 2002 et en 2003, respectivement. À cet égard, des mesures de relance supplémentaires aussi importantes que celles envisagées en 2002—après les mesures substantielles mises en œuvre en 2001—ne semblent pas nécessaires. Ces stimulants, qui correspondent à une augmentation considérable des salaires dans le secteur public, pourraient compromettre l’objectif d’inflation, entraîner de nouvelles hausses des taux d’intérêt (que la banque centrale a déjà commencé à relever) et rendre plus difficile le maintien du déficit extérieur courant dans des limites prudentes. Les autorités pourraient atténuer ces pressions en s’attachant fermement à freiner les dépenses et à assainir les finances publiques à moyen terme.

Les mêmes priorités s’imposent au nouveau gouvernement de la République tchèque, pays où il semble que le déficit budgétaire se creusera sensiblement en 2002 à cause en partie sans doute des dépenses de reconstruction qu’il faudra engager après les récentes inondations (le gouvernement estime l’ensemble des dommages à 2½-4 %du PIB). Mais, comme l’essentiel de ces dépenses sera probablement exceptionnel, la progression du déficit est dans une large mesure imputable à une augmentation des dépenses non liées aux inondations, qui paraît peu justifiée, étant donné la solidité de l’économie pendant la période qui vient de s’écouler et l’accélération anticipée de la croissance en 2003, ainsi que les pressions qu’exerceront à moyen terme sur le budget le coût de l’accession à l’UE, la restructuration des banques et les déséquilibres croissants du système de retraites. Sur le front monétaire, l’appréciation sensible du taux de change a permis de rester en deçà de l’objectif d’inflation et la banque centrale a pu abaisser les taux d’intérêt, qui, il y a peu, étaient inférieurs à ceux de la zone euro. En République slovaque, où la croissance se redresse, les principaux sujets de préoccupation sont également les récents dérapages budgétaires et le déficit des transactions courantes élevé, de sorte que. la banque centrale a relevé les taux d’intérêt à la fin d’avril. Néanmoins, la monnaie s’est dépréciée sensiblement. De nouvelles hausses des taux d’intérêt pourraient être nécessaires si les pressions extérieures ne diminuaient pas et si aucun ajustement budgétaire n’était opéré.

En Bulgarie et en Roumanie, les évolutions macroéconomiques sont pour l’essentiel conformes aux prévisions. On s’attend à ce que, grâce au soutien que lui apportera la reprise envisagée dans les pays d’Europe occidentale, la croissance se poursuive à un taux de 4 à 5 % cette année et l’année prochaine. Les déficits extérieurs demeurant assez élevés, ces pays auront cependant besoin de continuer d’appliquer une politique budgétaire rigoureuse et, parallèlement, de restructurer leur économie et de stimuler la compétitivité extérieure. En Bulgarie, les priorités sont notamment de réduire les subventions publiques, de poursuivre les privatisations, d’accroître la flexibilité du marché du travail et d’améliorer le climat des affaires. En Roumanie, le niveau élevé de l’inflation demeure très préoccupant et doit être corrigé au moyen d’une politique macroéconomique avisée et d’une modération des salaires, y compris dans le secteur public et les entreprises d’État. À Chypre, qui a affiché une forte croissance de la production en 2000 et en 2001, l’activité ralentit actuellement par suite d’un recul du tourisme; néanmoins, les fondamentaux économiques restent solides.

On s’attend à ce que, malgré un léger ralentissement depuis 2001, la croissance continue d’être solide en 2002 et en 2003 dans les États baltes grâce à une demande intérieure robuste dans un contexte marqué par une inflation en général faible. Il est particulièrement important dans ces pays de poursuivre la politique d’austérité budgétaire et l’ajustement économique étant donné leur régime d’arrimage rigide du taux de change et le niveau constamment élevé de leur déficit des transactions courantes. Bien qu’ils soient financés essentiellement par l’investissement direct étranger, ces déficits sont néanmoins une source potentielle de vulnérabilité. À cet égard, l’Estonie renforcerait encore son excellent bilan économique si ce pays épargnait les recettes publiques tirées d’une croissance plus forte que prévu, compte tenu surtout d’une éventuelle intensification des tensions budgétaires au cours des prochains exercices. En Lettonie, pays où le déficit des transactions courantes reste très élevé, le gouvernement qui prendra ses fonctions après les élections législatives d’octobre devra formuler pour l’exercice 2003 une loi de finances qui visera à réduire le déficit budgétaire. En Lituanie enfin, la bonne situation économique et l’évolution favorable des politiques appliquées pourraient bénéficier de l’application de réformes structurelles visant à réaménager le système fiscal et à renforcer le secteur financier, ainsi que la compétitivité extérieure du pays.

En Turquie, la situation économique et financière s’est sensiblement améliorée pendant les premiers mois de 2002: la production industrielle et les recettes touristiques se sont redressées, l’inflation a reculé (grâce en partie à la stabilité relative du taux de change) et la position budgétaire est restée conforme aux prévisions. De mai à juillet toutefois, la confiance des marchés financiers s’est sensiblement érodée du fait d’un fléchissement du taux de change et des cours des actions, ainsi que d’une augmentation des marges sur les obligations. Cette dégradation s’explique essentiellement par les incertitudes politiques (la viabilité de la coalition gouvernementale suscitant des doutes), mais aussi par le repli généralisé des marchés financiers internationaux. Étant donné le niveau constamment élevé des taux d’intérêt et la nécessité de refinancer une dette intérieure à court terme considérable, dont la majeure partie est liée à des devises ou assortie de taux flottants, les autorités doivent absolument donner au marché des réassurances explicites sur la stabilité économique, financière et politique de leur pays, y compris en continuant d’appliquer vigoureusement la stratégie prévue dans leur programme. À la fin de juillet, le parlement a fixé une date pour les élections générales et adopté plusieurs lois indispensables pour que puissent être respectés les critères de Copenhague sur l’accession à l’UE. Il sera particulièrement important que, après les élections, une ère de stabilité politique s’ouvre en Turquie afin d’améliorer les conditions du marché et de ramener les taux d’intérêt à des niveaux viables. Les objectifs de la politique macroéconomique doivent toujours être de parvenir à un excédent primaire du secteur public de 6’/2 % du PIB et de réduire durablement l’inflation, notamment dans le cadre des travaux réalisés en vue de passer ultérieurement à un ciblage formel de l’inflation. La réforme bancaire, qui est menée avec doigté, a bien avancé, l’audit et la recapitalisation des banques étant maintenant achevés. Au cours de la période à venir, les réformes structurelles doivent viser en priorité à intensifier encore le contrôle des banques, poursuivre avec détermination les privatisations, améliorer le climat des affaires ainsi que la gestion financière publique.

Communauté des États indépendants (CEI): dichotomie persistante selon l’avancement des réformes

L’impact du ralentissement mondial sur les pays de la CEI a été relativement modéré. La capacité de ces pays à s’y adapter a été facilitée par une demande intérieure vigoureuse en Ukraine et en Russie, première économie de la région qui entretient des relations étroites (mais peut-être de moins en moins) avec les autres pays de la CEI (graphique 1.15). En 2002 toutefois, on s’attend à ce que, malgré le renforcement de la demande extérieure, la croissance du PIB soit modérée dans toute la région essentiellement pour deux raisons (tableau 1.9). Premièrement, l’activité en Russie et, dans une moindre mesure, au Kazakhstan a ralenti à cause d’une diminution des recettes pétrolières imputable à l’effet décalé de la baisse des prix observée à la fin de 2001 et au début de 2002. En Russie, la chute des recettes du secteur de l’énergie pourrait limiter les retombées de l’investissement sur les autres secteurs et pays (l’Ukraine notamment, qui dispose d’une industrie métallurgique puissante), encore que le récent raffermissement des prix du pétrole devrait atténuer ce facteur. Deuxièmement, la croissance du secteur agricole, qui a été très forte en 2001 grâce au rétablissement de l’activité après la sécheresse de 2000 et, dans le cas de l’Ukraine, aux réformes structurelles, devrait, selon les projections, revenir à des niveaux plus normaux. Cependant, on s’attend en général à ce que, sauf dans quelques pays où les réformes sont moins avancées, la croissance du PIB demeure assez soutenue. Jusqu’à présent, la contagion de la crise en Amérique latine a été limitée, en raison surtout de l’absence de relations commerciales avec cette région et du fait que la plupart des pays de la CEI ne sont guère touchés par la mondialisation financière.

Graphique 1.15.Communauté des États indépendants (CEI): évolution des exportations, de I’IDE et de la demande de monnaie

La Russie absorbe une fraction importante, qui semble cependant en recul, des exportations des autres pays de la CEI.

Sources: FMI, Direction of Trade Statistics; estimations des services du FMI.

1Arménie, Géorgie, Moldova, République kirghize et Ukraine.

2Belarus, Ouzbékistan et Tadjikistan.

Tableau 1.9.Communauté des États indépendants: PIB réel, prixà la consommation et soldé des transactions courantes(Variations annuelles en pourcentage, sauf indication contraire)
PIB réelPrix à la consommation1Solde des transactions courantes2
200020012002200320002001200220032000200120022003
Communauté des
États indépendants8,46,34,64,925,019,914,610,713,27,54,94,3
Russie9,05,04,44,920,820,715,811,017,510,37,06,3
Russie exclue7,08,95,24,934,918,011,910,11,6−1,2−1,7−2,3
Pays où les reformes ont progressé6,89,65,85,619,79,45,17,32,1−1,0−1,8−3,0
Arménie6,09,67,56,0−0,83,22,82,8−14,1−7,2−8,6−8,2
Azerbaïdjan11,19,07,97,31,81,52,43,3−2,4−1,3−17,7−30,4
Géorgie1,94,53,54,04,04,75,95,0−5,4−6,7−6,2−8,0
Kazakhstan9,813,28,07,013,38,35,86,23,2−6,9−3,6−2,5
Moldova2,16,14,85,031,39,86,68,4−8,4−7,4−7,3−7,7
République kirghize5,45,34,43,818,77,04,14,5−7,5−3,3−3,8−5,4
Ukraine5,99,14,85,028,212,05,19,14,73,72,61,7
Pays 0ù les réformes ont moins progressé35,14,63,43,689,445,132,617,8−0,6−1,8−1,4−0,2
Bélarus5,84,13,53,8168,961,343,122,5−2,5−2,2−1,40,5
Ouzbékistan3,84,52,73,025,027,223,213,51,6−1,0−1,1−0,7
Tadjikistan8,310,27,06,032,938,610,77,6−6,5−7,0−4,2−4,6
Pour mémoire
Exportateurs nets d’énergie49,36,14,75,019,619,214,710,516,18,95,85,2
Importateurs netsd’énergie55,27,04,24,445,222,114,211,61,00,60,2
Pays tres endettés64,16,55,04,713,09,35,75,3−8,3−6,4−6,3−7,1

Comme c’est l’usage pour les Perspectives de l’économie mondiale, les variations des prix à la consommation sont données en moyennes annuelles, et non en glissement de décembre à décembre (comme dans certains pays).

En pourcentage du PIB.

On nedispose pas de données à jour sur le Turkménistan.

Y compris l’Azerba’djan, le Kazakhstan, la Russie et le Turkménistan.

Y compris l’Arménie, le Bélarus, la Géorgie, la Moldova, l’Ouzbékistan, la République kirghize. le Tadjikistan et l’Ukraine.

Y compris l’Arménie, la Géorgie, la Moldova, la République kirghize et le Tadjikistan.

Comme c’est l’usage pour les Perspectives de l’économie mondiale, les variations des prix à la consommation sont données en moyennes annuelles, et non en glissement de décembre à décembre (comme dans certains pays).

En pourcentage du PIB.

On nedispose pas de données à jour sur le Turkménistan.

Y compris l’Azerba’djan, le Kazakhstan, la Russie et le Turkménistan.

Y compris l’Arménie, le Bélarus, la Géorgie, la Moldova, l’Ouzbékistan, la République kirghize. le Tadjikistan et l’Ukraine.

Y compris l’Arménie, la Géorgie, la Moldova, la République kirghize et le Tadjikistan.

La croissance du PIB devrait rester vive en 2003, car elle bénéficiera de la reprise mondiale qui se poursuivra (quoique à un rythme plus faible) et du raffermissement des prix du pétrole. Toutefois, il existe deux groupes très distincts de pays dans la région. En Russie et dans les autres pays dont les réformes ont progressé, on s’attend à ce que la demande intérieure continue de soutenir l’activité, sous l’effet essentiellement d’une consommation privée robuste et des réformes déjà exécutées. Dans les pays ayant moins progressé en revanche, la croissance devrait en général être plus faible, à cause de l’instabilité macroéconomique, de la non-restructuration des entreprises (Bélarus) et d’un climat peu propice à l’investissement. Cependant, la croissance restera peut-être assez forte au Tadjikistan, grâce à la vigueur de l’activité dans le secteur agricole et aux résultats satisfaisants du secteur industriel. Outre celle concernant le rythme de la reprise mondiale, les principales incertitudes qui pèsent sur les perspectives ont trait à l’évolution des cours des produits de base, étant donné l’importance du secteur pétrolier en Russie, et à la dépendance excessive d’autres pays (Ouzbékistan et Tadjikistan surtout) à l’égard d’un petit nombre de produits de base, La guerre en Afghanistan a eu des effets contrastés: certains pays tirent parti actuellement des travaux de reconstruction ou d’opérations de crédit-bail, ainsi que des redevances aéroportuaires qu’ils prélèvent (République kirghize), alors que, dans d’autres (Tadjikistan), l’augmentation des risques qui peuvent être perçus a peut-être freiné les crédits et l’investissement étrangers.

En ce qui concerne le secteur extérieur, l’excédent des transactions courantes devrait, selon les projections, diminuer à la fois en 2002 et en 2003 dans les pays de la région, principalement en Russie à cause de la vigueur de la demande intérieure et d’une appréciation réelle du rouble, et en Azerbaïdjan en raison de la forte augmentation anticipée de l’investissement dans le secteur pétrolier. Dans les autres pays, l’évolution du secteur extérieur sera plus modérée, encore que l’on s’attende à ce qu’en Ukraine, l’excédent courant diminue par suite du ralentissement de la croissance en Russie, de la robustesse de la demande intérieure et de l’appréciation du taux de change réel. Des déficits élevés devraient persister dans de nombreux pays, en particulier dans les économies les plus pauvres de la région où le niveau de l’endettement extérieur continue de menacer gravement la viabilité des soldes budgétaire et extérieur (Géorgie, Moldova, République kirghize et Tadjikistan). Ces pays doivent, certes, poursuivre l’ajustement intérieur et leurs réformes structurelles, mais il faut aussi que la communauté internationale les aide davantage par des opérations spécifiques d’assistance technique et financière, y compris des dons, et, parfois, un allégement de leur dette. À cet égard, les institutions financières internationales ont récemment proposé de lancer une initiative spécifique (l’initiative CEI-7) visant à renforcer le contenu et l’application de la politique économique dans les sept pays à faible revenu de la CEI (les quatre susmentionnés plus l’Arménie, l’Azerbaïdjan et l’Ouzbékistan), à stimuler la coopération régionale, à sensibiliser davantage les donateurs aux difficultés de la région et à améliorer la coordination entre les donateurs dans les sept pays en question.

Si l’inflation a continué de diminuer dans toute la région grâce aux progrès accomplis dans l’assainissement des finances publiques, elle demeure un sujet de préoccupation en Russie et dans un certain nombre de pays où les réformes ont moins progressé. En Russie, l’expansion monétaire est attribuable en premier lieu à la vigueur de la position extérieure (principalement l’excédent des transactions courantes) qui, étant donné le souci d’éviter une appréciation trop rapide du rouble, exerce des pressions à la hausse sur la liquidité, faute d’une stérilisation totale. Les projections faisant état d’une diminution de l’excédent des transactions courantes en 2002, la croissance de la masse monétaire devrait ralentir quelque peu, mais il faudra que la banque centrale soit prête à absorber la liquidité, le cas échéant, pour contenir les tensions inflationnistes. Afin de faciliter cette opération, il importera de limiter tout assouplissement de la politique budgétaire dans la loi de finances de 2003. Dans les pays moins avancés, l’inflation résulte essentiellement des interventions continuelles, souvent hors budget, de l’État dans l’économie (subventions aux entreprises publiques, par exemple), ce qui favorise le crédit et accélère la croissance de la masse monétaire. Dans de nombreux pays de la région, l’impact inflationniste de la hausse rapide des agrégats monétaires a été limité par l’augmentation de la demande de monnaie (remonétisation), ainsi que par une diminution du troc. S’il y a lieu de se féliciter de cette tendance, qui se poursuivra sans doute pendant un certain temps, il conviendra de suivre attentivement la forte expansion du crédit qui en résultera, et qui soulèvera des problèmes tant de qualité que de risque pour ce crédit.

Le principal défi que les pays de la CEI doivent relever à moyen terme est toujours d’accélérer les réformes, aux fins notamment de développer les institutions et de mieux gérer les affaires publiques. Il convient surtout d’appliquer effectivement la législation établissant les institutions fondamentales de marché, de libéraliser les marchés des facteurs et des biens, de restructurer les entreprises et de renforcer le secteur financier. Au cours des trois dernières années, la Russie a progressé sensiblement dans des domaines aussi cruciaux que le système fiscal (qui a été simplifié et a gagné en transparence), la gestion des finances publiques (y compris les relations avec les entités décentralisées), les retraites, le droit du travail, le droit foncier rural et les obstacles administratifs pénalisant les entreprises. Dans les autres pays de la CEI, les progrès ont en général été plus lents et l’application des réformes plus inégale du fait de l’opposition de puissants groupes d’intérêts. S’il incombe essentiellement à ces pays eux-mêmes de résoudre ces problèmes, il faut espérer que, étant donné le rôle capital que joue la Russie dans la région, l’accélération des réformes par ce pays leur servira d’exemple (comme les perspectives d’intégration à l’Union européenne aident les candidats à l’adhésion à cette union à accélérer leurs réformes).

Les pays de la région doivent également résoudre un certain nombre de problèmes spécifiques. En particulier, plusieurs d’entre eux continuent de dépendre fortement des produits de base, ce qui accroît leur vulnérabilité aux chocs extérieurs et complique la gestion macroéconomique (sur le plan budgétaire en particulier). Plus précisément, les graves incertitudes qui pèsent sur les recettes ont amené plusieurs pays à établir une caisse de stabilisation (le Kazakhstan par exemple) afin de protéger les dépenses publiques contre les variations de recettes ou à établir des programmes de dépenses conditionnelles (Kazakhstan et Russie) de façon à ne pas s’écarter de la discipline budgétaire en cas d’insuffisance des recettes. Cependant, le fonctionnement efficace des caisses de stabilisation, dans la transparence notamment, peut poser des problèmes, et il peut être difficile de comprimer les programmes de dépenses en cas de chocs sur les termes de l’échange. La diversification économique demeure donc prioritaire; elle serait facilitée par une accélération des réformes visant à améliorer le climat des affaires et à réorienter l’investissement direct étranger—qui pour l’instant est surtout axé sur l’extraction de ressources non renouvelables (graphique 1.15). Une meilleure intégration de ces pays à l’économie mondiale, notamment par leur accession à l’OMC, contribuerait également à réduire leur dépendance à l’égard de la Russie comme principal moteur de la croissance.

Afrique: établir les conditions d’une croissance permettant d’éliminer la pauvreté

D’après les projections, la croissance du PIB en Afrique devrait diminuer de 0,4 point en 2002 pour s’établir à 3,1 %, soit l’équivalent d’une croissance du revenu par habitant de l’ordre de 0,5 % (tableau 1.10). Cette région bénéficiera, certes, de l’amélioration prévue de l’activité mondiale, que pourraient cependant neutraliser divers facteurs internes et externes (par exemple l’évolution des cours des produits de base qui jouent toujours un rôle clé pour la santé économique de la plupart des pays de la région). Dans les économies exportatrices d’hydrocarbures, les perspectives de croissance sont affaiblies par un recul des recettes pétrolières imputable à l’effet décalé des baisses de prix antérieures et, dans certains cas, à la réduction de l’offre décidée par l’OPEP (Nigéria). Les récentes hausses des prix du pétrole aideront à compenser ces effets, mais entraîneront à l’évidence une dégradation des perspectives des pays importateurs, dont beaucoup figurent parmi les pays les plus pauvres. La faiblesse prolongée des cours du coton et du café continuera également de pénaliser de nombreux pays en 2002. Divers facteurs nationaux ont également joué un rôle, dont la propagation de la sécheresse et le recul prononcé de la production agricole qui en résulte dans un certain nombre de pays d’Afrique australe—et qui a presque réduit à la famine des millions de personnes—, la poursuite des conflits et une instabilité politique permanente, notamment au Libéria, au Soudan et au Zimbabwe, et le retour à des taux de croissance plus normaux au Maroc grâce au vigoureux redressement de l’activité en 2001, après la sécheresse. D’après les projections, la croissance du PIB passera à 4,2 % en 2003, grâce à la hausse des cours des produits de base non pétroliers (café, coton et métaux surtout) et à l’augmentation de la demande extérieure à mesure que la reprise mondiale s’accélérera. Cependant, les projections de croissance publiées dans les Perspectives ont toujours été optimistes par le passé (voir supra), et beaucoup dépendra d’une amélioration continue de la stabilité politique, ainsi que de l’absence de catastrophes naturelles.

Tableau 1.10.Pays d’Afrique (échantillon): PIB réel, prix à la consommation et soldé des transactions courantes(Variations annuelles en pourcentage, sauf indication contraire)
PIB réelPrix à la consommation1Solde des transactions courantes2
200020012002200320002001200220032000200120022003
Afrique3,03,53,14,214,313,19,69,51,20,3−1,7−1,6
Maghreb2,44,43,24,01,32,63,32,77,37,03,53,7
Algérie2,52,82,12,90,34,24,03,016,912,48,18,9
Maroc1,06,54,44,11,90,62,12,1−1,44,91,30,5
Tunisie4,75,03,86,43,01,93,43,0−4,2−4,2−4,6−3,8
Région sub-saharienne33,13,83,34,824,921,613,314,2−1,0−3,0−5,6−5,4
Cameroun4,25,34,44,70,82,84,03,0−1,7−2,2−3,8−4,3
Côte d’Ivoire−2,30,13,04,52,54,43,03,0−2,8−2,31,0−0,8
Ghana3,74,24,55,025,232,914,610,8−8,4−4,0−6,2−5,9
Kenya−0,11,21,42,810,05,82,04,7−2,7−3,0−4,6−5,9
Nigéria4,32,8−2,33,76,918,915,913,211,96,0−5,4−1,5
Ouganda5,05,65,76,56,34,6−1,81,0−12,1−11,3−12,4−13,1
Tanzanie5,15,65,86,06,25,24,43,9−1,6−1,6−4,9−4,6
Afrique du Sud3,42,22,53,05,45,77,96,0−0,4−0,10,80,6
Pour mémoire
Pays importateurs de pétrole2,93,63,34,413,811,78,08,8−3,0−2,2−3,2−3,4
Pays exportateurs de pétrole3,33,42,23,416,318,015,412,013,07,12,33,2

Comme c’est I’usage pour les Perspectives de l’économie mondiale, les variations des prix à la consommation sont données en moyennes annuelles, et non en glissement de décembre à décembre (comme dans certains pays).

En pourcentage du PIB.

Non compris l’Afrique du Sud.

Comme c’est I’usage pour les Perspectives de l’économie mondiale, les variations des prix à la consommation sont données en moyennes annuelles, et non en glissement de décembre à décembre (comme dans certains pays).

En pourcentage du PIB.

Non compris l’Afrique du Sud.

En ce qui concerne le secteur extérieur, on s’attend à ce que, pour la région, le déficit de la balance des transactions courantes passe à 1,7 % du PIB en 2002. Cette prévision repose essentiellement sur un recul de l’excédent des pays producteurs d’énergie (Nigéria et Algérie en particulier), que compensera en partie du moins l’apparition en Afrique du Sud d’un excédent attribuable à la hausse des cours de l’or et d’autres métaux et à une augmentation de la demande extérieure. En Afrique subsaharienne, à l’exception notable de la Côte d’Ivoire (dont les exportations sont actuellement stimulées par la forte augmentation des cours du cacao), les déficits des transactions courantes demeurent assez importants à cause de la faiblesse des cours des produits de base non pétroliers et du niveau historiquement élevé des prix du pétrole, ainsi que de la lourde charge que continue de représenter le service de la dette extérieure. A terme, celle-ci devrait être réduite grâce à l’initiative en faveur des pays pauvres très endettés (PPTE): à la fin de juillet 2002, quelque 22 pays africains (sur 26 admissibles) remplissaient les conditions voulues pour en bénéficier et avaient commencé à recevoir un allégement du service de leur dette nominale d’un montant total de 32,2 milliards de dollars, qui, en moyenne, réduira de moitié la valeur actuelle nette de leur dette. Les engagements pris récemment d’accroître les flux d’aide internationale et de majorer l’élément de libéralité contribueront également à un assouplissement des contraintes de financement.

Depuis le milieu des années 90, les pays africains ont sensiblement progressé dans la voie de la stabilité macroéconomique, la hausse des prix à la consommation devant tomber pour la première fois en deçà de 10 % en 2002 et rester à ce niveau en 2003. Cela tient dans une large mesure à ce que la discipline budgétaire a été mieux observée dans toute la région: les déficits de l’administration centrale en Afrique subsaharienne (le Nigéria mis à part) ont été réduits de plus de moitié depuis 1995. Les pays qui se sont davantage pliés à la discipline budgétaire ont pu financer un volume plus élevé de dépenses, au profit notamment des pauvres. Des résultats particulièrement remarquables ont été obtenus par des pays qui souffrent depuis longtemps d’un taux élevé d’inflation, comme la République démocratique du Congo, en raison du resserrement des politiques monétaire et budgétaire dont s’est accompagnée la décision de laisser flotter la monnaie et de lever le contrôle des changes, et le Ghana, grâce à la discipline budgétaire à laquelle se sont astreintes les autorités et à la plus grande autonomie dont jouit la banque centrale. Cependant, les tensions inflationnistes demeurent très préoccupantes dans un certain nombre de pays, l’Angola, le Nigéria, la Zambie et le Zimbabwe notamment, en général sous l’effet conjugué d’une expansion budgétaire excessive et d’une croissance rapide de la masse monétaire.

L’Afrique continue de faire face à une multitude de problèmes politiques et économiques. Les troubles civils, l’instabilité politique et les conflits armés menacent toujours la stabilité macroéconoinique et les perspectives de croissance à long terme dans un nombre élevé de pays; des catastrophes naturelles endommagent régulièrement les cultures de subsistance et la pandémie du VIH/SIDA (ainsi que d’autres maladies infectieuses) assombrit considérablement les perspectives de l’ensemble du continent, notamment celles des pays d’Afrique australe (où, plus précisément au Botswana et au Zimbabwe, l’espérance de vie s’est nettement réduite). On constate par ailleurs de nombreux autres problèmes: faible niveau de l’investissement et de l’épargne et apports limités d’investissement direct étranger (encadré 1.6), infrastructures médiocres (services publics et secteurs de la santé et de l’éducation), distorsions généralisées des marchés (surtout en ce qui concerne l’agriculture), cadre légal et réglementaire sous-développé et gouvernance déficiente. Fréquemment, ces difficultés s’autoalimentent: par exemple, la faible espérance de vie réduit la rentabilité de l’éducation et l’instabilité politique et les problèmes de gouvernance risquent d’aggraver les répercussions des catastrophes naturelles (comme semble le montrer, par exemple, la famine en Afrique australe).

Étant donné les résultats déjà obtenus par un nombre croissant de pays africains sur le plan de la stabilité macroéconomique, la priorité à l’heure actuelle est de s’attaquer à ces problèmes structurels et de créer un climat plus propice à l’investissement et à la croissance. Comme le souligne le Nouveau partenariat pour le développement de l’Afrique (NOPADA) proposé par les chefs d’État et de gouvernement africains à la fin de 2001, les solutions sont par nature pluridimensionnelles. Cependant, il est essentiel de continuer de renforcer l’infrastructure économique, y compris les institutions fondamentales de marché comme la protection des droits de propriété et, de façon plus générale, l’état de droit, la responsabilité démocratique, la lutte contre la corruption et la qualité de l’administration. On a constaté dans un nombre croissant d’études que ces facteurs jouent un rôle crucial pour expliquer les écarts de croissance entre les pays8. Les performances économiques et le développement humain sont fonction de la qualité des institutions (graphique 1.16, parties supérieures). Qui plus est, la relation entre le développement humain et la qualité des institutions demeure forte et positive lorsque l’on prend en compte les effets du PIB par habitant sur le développement humain (voir la partie inférieure du graphique 1.16).

Graphique 1.16.Impact de la qualité des institutions en Afrique

La qualité des institutions est positivement corrélée au développement humain, même une fois pris en compte sa contribution positive au PIB par habitant.

Sources: Banque mondiale, African Indicators; Political Risk Services Group, International Country Risk Guide (ICRG); PNUD, Rapport mondial sur le développement humain.

1L’indice de la qualité des institutions prend en considération les notes attribuées, à pondération égale, à la stabilité de l’État, la responsabilité démocratique, la qualité de l’administration, le respect de l’état de droit et le niveau de corruption. L’échantillon comprend 34 pays africains.

2La fraction ajustée, ou “inexpliquée», de l’indice du développement humain est le résidu d’une régression logarithmico-linéaire de l’indice sur le PIB par habitant.

Dans ces conditions, il convient de saluer tout particulièrement l’importance qu’accorde le NOPADA au développement de l’infrastructure économique et des institutions. Si beaucoup reste à faire, un certain nombre de pays ont déjà sensiblement avancé sur des dossiers comme la gouvernance (Botswana et Tanzanie par exemple), la libéralisation économique (Mozambique, Ouganda et Sénégal, notamment) et la gestion des recettes publiques, y compris le recouvrement des impôts, et des dépenses publiques, la réforme de la fonction publique et la priorité donnée à la réduction de la pauvreté (Burkina Faso, Mali et Mozambique entre autres). Pour sa part, la communauté internationale commence à soutenir ces initiatives en accroissant son assistance financière et technique, notamment par les nouveaux engagements d’aide pris à Monterrey et le Plan d’action pour l’Afrique annoncé par le G-8 en juin dernier. Cependant, ces initiatives doivent s’accompagner d’une libéralisation du commerce extérieur plus rapide et plus poussée qui profiterait notamment à l’Afrique subsaharienne (voir chapitre II).

En Afrique du Sud, l’une des premières économies de la région, l’activité s’est bien comportée lors de la phase de ralentissement de l’activité mondiale, aussi la hausse des cours de l’or et l’augmentation de la demande extérieure devraient-elles favoriser la croissance ultérieurement cette année et en 2003. Les perspectives à court terme en matière d’inflation subissent toutefois l’impact de la forte dépréciation du rand en 2001 et il est fort probable que l’objectif d’une hausse des prix de 3 à 6 % en 2002 ne sera pas atteint. I, es tensions inflationnistes devraient néanmoins s’atténuer considérablement à la fin de l’année par suite du redressement de la valeur du rand de quatre majorations consécutives de 100 points de base du taux de pension par la banque centrale. Les politiques monétaire et budgétaire devraient continuer de défendre fermement la stabilité macroéconomique et l’on s’attend à ce que l’inflation s’inscrive de nouveau en 2003 dans sa fourchette-objectif. Un excédent modeste des transactions courantes devrait normalement être enregistré en 2002 et en 2003.

Au Nigéria, pays qui a ramené sa production de pétrole au niveau du contingent établi par l’OPEP, le PIB devrait, selon les projections, se contracter de 2,3 % en 2002. Les incertitudes politiques ont réduit les chances d’améliorer la stabilité macroéconomique et de lancer des réformes dans un proche avenir et les autres incertitudes, de plus en plus nombreuses, qui pèsent sur la capacité de ce pays d’assurer le service de sa dette ont provoqué récemment un effondrement des prix des créances sur le Nigéria. En particulier, une politique excessive d’augmentation des dépenses publiques et d’expansion monétaire continue d’alimenter l’inflation et, parallèlement à la chute des exportations, conduit à une augmentation insoutenable du déficit des transactions courantes et à une diminution sensible des réserves internationales. Pour faire face à la dégradation de la situation macroéconomique et pour protéger les réserves internationales, la banque centrale a, en juillet, axé le régime de change davantage sur les lois du marché, ainsi que sur la vente par voie d’adjudications des recettes pétrolières de l’État. En conséquence, l’écart entre les taux de change officiel et parallèle s’est considérablement réduit. Bien que cette évolution soit positive, les priorités pour les responsables économiques devraient être de rétablir la stabilité macroéconomique, ce qui suppose de procéder à un important ajustement des finances publiques, d’unifier les taux de change et de renforcer le contrôle du secteur bancaire.

En ce qui concerne l’Algérie, les perspectives continuent d’être affectées par les troubles civils, la violence politique et un chômage considérable, surtout chez les jeunes. La croissance réelle, qui devrait rester faible (de l’ordre de 2,1 % cette année), est soutenue par la demande intérieure, y compris l’investissement, mais subit les effets de la réduction (qui a pris effet le 1er janvier 2002) de la production de pétrole décidée par l’OPEP. On s’attend à ce que l’excédent des transactions courantes diminue sous l’effet conjugué d’une politique budgétaire modérément expansionniste et d’une baisse des recettes pétrolières compte tenu des hypothèses actuelles en matière de prix et de production. L’inflation, qui s’est nettement accélérée en 2001, devrait ralentir quelque peu cette année. L’investissement étant concentré dans l’appareil de production pétrolier et gazier, l’évolution du marché du pétrole demeure une source importante de vulnérabilité, ce qui souligne la nécessité de poursuivre la diversification de l’économie.

Encadré 1.6.L'investissement direct étranger en Afrique

Entre 1980 et 2000, l’encours de l’investissement direct étranger (IDE) en Afrique a presque quintuplé, pour se chiffrer à un peu moins de 150 milliards de dollars. Cependant, la part de cette région dans L’IDE mondial a sensiblement reculé, même par rapport aux autres régions en développement (voir tableau). L’IDE s’est en majeure partie orienté vers le secteur primaire, les neuf pays exportateurs de pétrole recevant environ 75 % du total pendant les années 90. La privatisation des entreprises publiques a également absorbé des montants élevés d’investissement étranger dans un certain nombre de pays, dont l’Afrique du Sud (de loin la première économie de la région).

Un certain nombre de petits pays ont toutefois pu attirer, en dehors du secteur de l’énergie, un volume non négligeable d’IDE qui représente une part substantielle de leur PIB et de leur formation brute de capital. Les 34 pays les moins développés ont pour ainsi dire doublé leur part des apports d’IDE en Afrique pendant les années 90. Le présent encadré examine brièvement l’expérience et les perspectives de sept pays non producteurs de pétrole (Botswana, Lesotho, Namibie, Maurice, Mozambique, Ouganda et Swaziland) qui ont tous bénéficié de flux assez importants d’IDE dans les années 90 (voire, parfois, les années 80). On y analyse en particulier les quatre raisons qui expliquent peut-être dans une large mesure l’IDE en Afrique: les ressources naturelles de cette région, les récentes réformes économiques et structurelles, des politiques favorisant l’investissement étranger axé sur les exportations et des avantages géographiques spécifiques.

Ressources naturelles

L’exploitation de gisements miniers ou de pétrole de haute qualité est l’activité qui, en Afrique, a particulièrement attiré l’IDE et qui est nettement susceptible de continuer de l’attirer. Alors que les pays qui disposent en abondance de certaines ressources naturelles sont nombreux, quelques-uns seulement, le Botswana et la Namibie notamment, ont pu bénéficier d’un IDE diversifié. Dans ces deux pays, l’IDE a été assez élevé grâce à un climat de stabilité macroéconomique, conjugué à un système politique démocratique également stable. La bonne gouvernance, le faible niveau de la corruption, l’investissement en ressources humaines et matérielles et la protection des droits contractuels et de propriété sont des facteurs qui ont aussi contribué à attirer cet investissement.

Réformes économiques

Les investisseurs s’intéressent fortement depuis peu à quelques pays qu’ils négligeaient auparavant, le Mozambique et l’Ouganda entre autres, qui ont appliqué des réformes économiques et structurelles ambitieuses. Dans ces deux pays, qui ont connu, après leur indépendance, une longue période de mauvais résultats économiques dans un contexte marqué par l’instabilité politique, des troubles civils et des politiques inadaptées, les avancées dans la voie de la stabilité politique et la poursuite d’une réforme économique axée sur le marché ont permis au secteur privé de contribuer de plus en plus à la croissance. La réduction du rôle de l’État, y compris par une nette accélération de la privatisation de ses actifs, la réorientation des dépenses publiques de façon à améliorer la qualité et l’offre de ressources humaines et matérielles et l’élimination des obstacles à l’investissement étranger ont eu pour effet de faciliter l’accès aux flux mondiaux de capitaux. Pour soutenir l’importante participation étrangère à son programme de privatisation, chaque pays s’est délibérément employé à rassurer les investisseurs sur la sécurité de leurs placements, y compris en signant des accords internationaux de protection des investissements et en supprimant toute distinction entre les investisseurs qu’ils soient nationaux ou étrangers. Les investissements de nature à doper les exportations ont également fait l’objet d’une attention particulière; par exemple, les zones franches industrielles qui existent au Mozambique depuis 1998 exigent que 85 % au moins des biens qui y sont produits soient exportés. Dans ce contexte, l’accès préférentiel aux marchés de l’UE ou autres dans le cadre de l’accord de Cotonou ou du Système généralisé de préférences est un atout supplémentaire qui peut être pris en compte lorsqu’il s’agit de choisir le lieu de l’investissement.

Politiques ciblant l’investissement étranger axé sur les exportations

Maurice a tout particulièrement réussi à favoriser et à attirer l’IDE axé sur les exportations.

Investissement direct étranger: part mondiale par région hôte, 1980-2000
198019851990199519992000
Pays développés158,260,173,569,363,565,8
Pays en développement241,839,926,329,434,532,2
Afrique5,33,82,62,62,72,3
Amérique latine et Caraïbes8,18,96,26,910,09,6
Europe0,10,10,20,2
Asie28,127,017,419,821,520,0
Pacifique0,20,10,10,10,10,1
Europe centrale et orientale0,21,22,02,0
Source: World Investment Report (WIR).

Pour la facilité de l’exposé, ne comprend pas l’Afrique du Sud, contrairement au WIR).

Pour la facilité de l’exposé, comprend l’Afrique du Sud.

Source: World Investment Report (WIR).

Pour la facilité de l’exposé, ne comprend pas l’Afrique du Sud, contrairement au WIR).

Pour la facilité de l’exposé, comprend l’Afrique du Sud.

Un climat propice à l’investissement a pu se développer clans ce pays grâce à sa stabilité politique, à la discipline macroéconomique à laquelle il s’est plié et à la présence d’une maind’œuvre bilingue au coût peu élevé, ainsi qu’aux investissements publics effectués dans les domaines de l’éducation et des infrastructures. La création de zones de transformation pour l’exportation a également joué un rôle important: ces zones produisent maintenant plus des deux tiers des exportations de marchandises, textiles et habillement surtout, à destination, pour la plupart, de l’UE et des États-Unis.

Avantages géographiques

L’imposition de sanctions mondiales à l’Afrique du Sud a eu des effets positifs pour plusieurs pays de la région, le Lesotho et le Swaziland notamment, qui ont servi d’intermédiaires entre l’Afrique du Sud et un certain nombre de pays tiers. Les entreprises multinationales qui souhaitaient contourner les sanctions ont créé des filiales au Lesotho ou au Swaziland voisin en vue de produire des biens essentiellement exportés en Afrique du Sud. Outre ces avantages géographiques très spécifiques, ces deux pays étaient politiquement stables (du fait en partie de leurs relations avec l’Afrique du Sud), avaient adopté une politique macroéconomique relativement avisée et pouvaient offrir à un coût peu élevé une main-d’œuvre qualifiée et productive; dans une moindre mesure, l’octroi d’avantages fiscaux a aussi influencé les décisions d’y investir. Plus récemment toutefois, l’IDE a fléchi, encore que les filiales étrangères ont continué de réinvestir dans ces pays.

Conclusions

Si l’Afrique est à n’en point douter richement dotée de ressources naturelles, elle doit à l’évidence mettre en place une masse critique de mesures qui se renforcent mutuellement pour que sa part dans l’IDE mondial puisse augmenter. Il est indispensable d’avancer dans la résolution des conflits, car la stabilité politique joue un rôle important dans le choix du lieu de l’investissement. Cependant, cette stabilité est une condition nécessaire mais non suffisante pour accroître les apports d’IDE et un climat économique favorable est également indispensable. Même les pays qui sont bien placés pour attirer l’IDE en raison de leurs ressources naturelles et de leurs avantages géographiques se sont employés à améliorer leurs perspectives d’investissement en appliquant une politique macroéconomique saine et de vastes réformes structurelles. En outre, un certain nombre de pays qui n’ont pas ces richesses naturelles ont pu attirer l’IDE en créant le climat qui convenait. Par exemple, la privatisation des actifs publics a en général joué un rôle capital dans la libéralisation économique et a servi de catalyseur pour accroître l’investissement étranger. Les zones de transformation pour l’exportation et les incitations fiscales ont pu contribuer à cet investissement, mais les avantages que peuvent présenter de telles mesures doivent être évalués en fonction de divers risques (érosion de la base d’imposition, corruption et recherche de rentes). En conséquence, une libéralisation et un ajustement généralisés demeurent la meilleure solution pour améliorer le climat de l’investissement et faciliter l’accès à l’IDE.

Note: Anupam Basu et Krishna Srinivasan sont les principaux auteurs de cet encadré. Pour un examen complet de ce sujet, voir Basu and Srinivasan (2002).

Moyen-Orient: des divergences croissantes cette année, mais de meilleures perspectives pour 2003

La situation et les perspectives des économies du Moyen-Orient s’expliquent par un ensemble de facteurs mondiaux et locaux, notamment le ralentissement général de l’activité et l’évolution du marché du pétrole, les problèmes de sécurité de la région et des tensions propres à chaque économie. Cependant, l’impact et l’importance relative de ces divers facteurs varient considérablement. En ce qui concerne les pays exportateurs de pétrole, l’Arabie Saoudite et le Koweït ont vu leur croissance s’effondrer ces deux dernières années à cause en partie d’une diminution de leur PIB pétrolier (imputable aux contingents de production qui leur ont été imposés et à l’effet différé de la baisse des prix du pétrole) et, de façon plus générale, au ralentissement de l’économie mondiale (tableau 1.11). En revanche, grâce aux progrès réalisés récemment dans la diversification de son économie, l’Iran a pu compenser la faiblesse du secteur pétrolier par l’activité des autres secteurs, de sorte que la croissance robuste de 5 à 6 % semble devoir se poursuivre. S’agissant des autres économies, les problèmes de sécurité, qui touchent l’ensemble de la région, sont principalement à l’origine de l’important recul de la croissance observé en Israël, ainsi qu’en Cisjordanie et dans la Bande de Gaza. En Égypte, l’activité et la production ont continué de ralentir en 2002 à cause essentiellement de difficultés liées à la politique économique intérieure, qu’ont exacerbées dans une certaine mesure l’effondrement du tourisme après le 11 septembre et les problèmes politiques et de sécurité de la région. Les graves vulnérabilités économiques et financières auxquelles fait face le Liban tiennent essentiellement à l’application de politiques qui ont abouti à un déficit budgétaire persistant et à un endettement public élevé. En Jordanie par contre, la croissance et les exportations ont été robustes ces dernières années grâce au profond attachement des autorités à la stabilité macroéconomique et aux réformes structurelles.

Tableau 1.11.Pays du Moyen-Orient (échantillon): PIB réel, prix à la consommation et soldé des transactions courantes(Variations annuelles en pourcentage, sauf indication contraire)
PIB réelPrix à la consommation 1Solde des transactions courantes2
200020012002200320002001200220032000200120022003
Moyen-Orient35,74,23,54,69,88,09,49,211,87,64,43,2
Pays exportateurs de pétrole46,24,63,94,912,610,011,711,216,010,56,24,7
Arabie Saoudite4,91,20,73,3−0,6−0,81,17,67,82,10,2
Iran, Rép. islamique d’5,74,85,85,512,611,415,015,013,44,83,22,5
Koweït3,8−1,0−1,01,71,72,52,52,538,831,929,027,8
Levant54,23,22,43,61,81,92,73,3−2,2−2,2−2,3−2,6
Égypte5,13,32,03,72,82,42,53,4−1,2−0,20,1
Jordanie4,04,25,16,00,71,83,22,10,7−0,1−0,4−1,7
Pour mémoire
Israël7,4−0,9−1,51,81,11,16,23,0−1,7−1,7−1,9−1,8

Comme c’est l’usage pour les Perspectives de l’économie mondiale, les variations des prix à la consommation sont données en moyennes annuelles, et non en glissement de décembre à décembre (comme dans certains pays).

En pourcentage du PIB.

Arabie Saoudite, Bahrein, Égypte, Émirats arabes unis, République islamique d’Iran, Iraq, Jordanie, Koweït, Liban, Libye, Oman, Qatar, République arabe syrienne et République du Yémen.

Arabie Saoudite, Bahrein, Émirats arabes unis, République islamique d’lran, Iraq. Koweït, Libye, Oman et Qatar.

Égypte, Jordanie, Liban et République arabe syrienne.

Comme c’est l’usage pour les Perspectives de l’économie mondiale, les variations des prix à la consommation sont données en moyennes annuelles, et non en glissement de décembre à décembre (comme dans certains pays).

En pourcentage du PIB.

Arabie Saoudite, Bahrein, Égypte, Émirats arabes unis, République islamique d’Iran, Iraq, Jordanie, Koweït, Liban, Libye, Oman, Qatar, République arabe syrienne et République du Yémen.

Arabie Saoudite, Bahrein, Émirats arabes unis, République islamique d’lran, Iraq. Koweït, Libye, Oman et Qatar.

Égypte, Jordanie, Liban et République arabe syrienne.

On s’attend à ce que, dans la région, la croissance se redresse à la fin de 2002 et en 2003—en particulier si la production mondiale se renforce comme prévu, si les prix du pétrole demeurent relativement fermes et si les problèmes de sécurité s’atténuent. Le récent renchérissement du pétrole devrait normalement avoir un impact positif sur les perspectives des pays exportateurs d’énergie, mais les menaces de conflit armé représentent à l’évidence un risque pour la région. Pour pouvoir enregistrer durablement une croissance plus forte, les pays devront s’attaquer à des problèmes économiques croissants. En Arabie Saoudite par exemple, la baisse des prix du pétrole au début de l’année a entraîné une profonde dégradation des finances publiques. La dette intérieure est élevée et l’économie demeure vulnérable aux fluctuations potentielles des prix du pétrole. En conséquence, il convient de continuer, peut-être même encore plus vigoureusement, de limiter les dépenses et d’augmenter les recettes non pétrolières. Il importe également d’accélérer les réformes, entre autres la restructuration et la privatisation des entreprises publiques, l’intégration d’un marché du travail fragmenté et le développement du marché des capitaux.

En Iran, la politique macroéconomique devrait profiter du fait que l’unification des taux de change et le lancement d’un régime de flottement dirigé (en mars 2002) ont été couronnés de succès pour, notamment, réduire les tensions budgétaires et monétaires qui sont apparues il y a peu et mieux coordonner l’action des autorités. La récente augmentation des dépenses publiques—qu’explique dans une large mesure l’unification des taux de change (on a dû reconnaître explicitement dans les comptes publics des subventions implicites accordées précédemment par l’intermédiaire du système de change)—devrait être maîtrisée afin d’aider à freiner une inflation qui se situe constamment au-dessus de 10 %. Les réformes structurelles exécutées actuellement sont aussi importantes, en particulier la poursuite de la libéralisation des échanges et des prix, le réaménagement des subventions, l’amélioration du fonctionnement et du contrôle du secteur financier et la restructuration et la privatisation des entreprises publiques.

En Égypte, les perspectives économiques se sont améliorées grâce à un redressement du tourisme, La reprise serait toutefois plus solide si le régime de change fonctionnait mieux. Une plus grande flexibilité du taux de change officiel permettrait de réunifier les marchés officiel et parallèle, et de redonner au premier la liquidité dont il a tant besoin. Alors qu’elle était pour ainsi dire en équilibre à la fin des années 90, la position budgétaire globale s’est dégradée pour aboutir à un déficit de l’ordre de % du PIB, qui est essentiellement imputable au recours aux stabilisateurs automatiques alors que la croissance ralentissait; cependant, les limites de la souplesse qu’offre ce dispositif sont maintenant atteintes. La loi de finances de 2002/03 s’est à juste titre donné comme objectif de réduire le déficit, cette mesure étant d’autant plus urgente que la dette publique a fortement augmenté ces dernières années. Davantage de flexibilité étant donnée au taux de change, il importera que la politique monétaire joue un rôle stabilisateur plus important et plus transparent. En Jordanie, les autorités pourraient améliorer un bilan déjà bon en continuant d’assainir les finances publiques, parallèlement à la mise en œuvre de leur réforme énergique des retraites, ainsi que d’autres mesures structurelles. Le Liban est aux prises avec un problème extrêmement difficile de dynamique de la dette, bien que le déficit budgétaire ait été ramené de 25 % du PIB en 2000 à 17 % (selon les projections) en 2002. La dette publique (y compris les créances de la banque centrale et de certaines autres institutions publiques) dépassant 170 % du PIB, la première des priorités devrait être de s’attaquer aux tensions budgétaires en réduisant les dépenses publiques et en accroissant les recettes. La stratégie de réforme visant à améliorer les perspectives de croissance doit également prévoir une libéralisation du commerce extérieur, ainsi que des privatisations et d’autres mesures structurelles.

A cet égard, l’Égypte et plusieurs économies de la région continuent d’être fortement protégées par des obstacles tarifaires et non tarifaires, même après une réduction sensible des droits de douane dans certains pays (dont l’Égypte) dans les années 90. Il est à noter que le degré de restriction commerciale dans la plupart des pays tant du Levant (Égypte, Liban et République arabe syrienne) que du Maghreb (Maroc et Tunisie surtout) est beaucoup plus élevé que dans les autres pays en développement (graphique 1.17). En outre, les échanges bruts des pays du Levant sont particulièrement faibles, du fait des restrictions en vigueur, de l’appréciation du taux de change réel pendant les années 90 et des incertitudes politiques9. Cela donne à penser que ces pays disposent d’une marge de manœuvre importante pour mieux s’intégrer au commerce régional et international afin de soutenir leur croissance (voir chapitre III).

Graphique 1.17.Moyen-Orient: restrictions commerciales

Les pays du Levant, dont le volume des échanges est faible, imposent des restrictions commerciales assez lourdes.

Sources: FMI, Trade Policy Information Database (TPID); estimations des services du FMI.

1Égypte, Jordanie, Liban et République arabe syrienne

2Algérie, Maroc et Tunisie.

3Arabie Saoudite, Bahreïn. Émirats arabes unis. Koweït, Oman et Qatar.

4Argentine, Brésil, Chili et Mexique.

5Malaisie, Singapour et Thaïlande.

Les nombreuses incertitudes politiques et économiques que font naître les problèmes de sécurité ont amené à réviser sensiblement à la baisse les projections de croissance pour Israël en 2002 et en 2003 (voir supra). Ces problèmes ont intensifié des tensions déjà apparentes en 2001 qui s’expliquaient par le ralentissement de l’activité mondiale et les difficultés du secteur des technologies de l’information. La confiance diminuant, le sheqel s’est nettement affaibli depuis la fin de 2001, ce qui a exercé des pressions à la hausse des prix, qui devraient normalement augmenter de 6 % environ cette année. Devant ces pressions sur la monnaie et les prix, la Banque d’Israël a relevé les taux d’intérêt à plusieurs reprises depuis le début de l’année. Un redressement des exportations, favorisé par la baisse du sheqel et une croissance mondiale plus forte, devrait toutefois aider l’économie à redémarrer en 2003, surtout si les tensions régionales s’atténuent. Les problèmes de sécurité ont gravement pénalisé la Cisjordanie et la Bande de Gaza, dont le PIB réel devrait diminuer de 20 % environ en 2002. Il sera nécessaire, pour jeter les bases d’un retour à la croissance, que ces tensions diminuent et qu’une assistance internationale soit accordée pour rétablir les infrastructures et les institutions économiques essentielles.

Appendice 1.1. Marchés des produits de base10

Après avoir atteint leur plus bas niveau à la fin de 2001, les prix des produits de base sont remontés dans les premiers mois de cette année, la perspective d’une reprise mondiale s’étant améliorée. Les prix se sont toutefois stabilisés, en général, au deuxième trimestre, aucune autre surprise majeure n’étant venue perturber les perspectives de la croissance mondiale (graphique 1.18). Outre l’évolution attendue de la demande globale, les événements politiques au Moyen-Orient et au Venezuela ont sensiblement influé sur les prix du pétrole, dans un contexte d’équilibre relativement fragile entre l’offre et la demande mondiale. Les prix des produits de base non pétroliers sont restés dans l’ensemble à peu près stables depuis le mois d’avril, bien que la situation varie suivant les cas.

Graphique 1.18.Indices des prix du pétrole et des cours des produits de base non pétroliers

(1990 = 100)

Source: estimations des services du FMI.

1Moyenne simple des prix au comptant des pétroles bruts U.K. Brent, Dubaï et West Texas Intermediate.

Pétrole brut

L’amélioration des perspectives de la croissance mondiale, les réductions des objectifs de production de l’OPEP et, surtout, l’incertitude politique au Moyen-Orient ont eu pour effet conjugué de porter de nouveau les prix de référence de l’OPEP dans la fourchette des 22-28 dollars le baril au début de l’année (graphique 1.19). Les prix sont néanmoins restés inférieurs au maximum atteint en l’an 2000. Ils ont fortement augmenté dans la seconde moitié du mois d’août sous l’effet d’une aggravation des tensions régionales et ils ont un peu baissé à la mi-septembre lorsque ces tensions ont semblé s’apaiser en partie. Les récentes fluctuations des prix sont surtout dues à l’évolution de la situation au Moyen-Orient et au Venezuela, en raison des perturbations de l’offre qu’elle implique. Bien que la suspension temporaire des exportations iraquiennes ait été levée, l’ONU reste aux prises avec des problèmes non résolus concernant la fixation des prix de ses exportations et les modalités d’une reprise des inspections d’armes. Les stocks mondiaux de pétrole brut et de produits pétroliers sont retombés à peu près au même niveau que l’an dernier, à cause des récents prélèvements dus aux réductions temporaires des approvisionnements en provenance d’Iraq.

Graphique 1.19.Objectif de l’OPEP et production de pétrole effective1

(Millions de barils par jour, sauf indication contraire)

Source: Bloomberg Financial Markets, LP.

1Saut l’Iraq.

2Les cercles indiquent des relèvements, et les carrés des réductions, des objectifs de production de I’OPEP.

3Moyenne simple des prix au comptant des pétroles bruts U.K. Brent, Dubaï et West Texas Intermediate.

À sa réunion de la fin juin, l’OPEP a annoncé qu’elle laisserait inchangés les quotas de production au troisième trimestre. Néanmoins, la production effective a un peu augmenté par rapport à l’objectif ces derniers mois, comme cela a été le cas à la suite des précédentes réductions annoncées de la production. Dans le même temps, les producteurs non membres de l’OPEP ont appliqué de façon moins rigoureuse la limitation de la production dont ils avaient convenu auparavant. La Russie et la Norvège, qui sont les deux plus importants pays de ce groupe, ont annoncé leur intention d’augmenter la production au troisième trimestre. Au début de juillet, la Russie a effectué sa première livraison de pétiole aux États-Unis, à la suite de pourparlers entre les Présidents Bush et Poutine qui ont ouvert, pour les États-Unis, la possibilité d’élargir leur base d’approvisionnement et, pour la Russie, celle d’accroître les exportations d’énergie.

Il est prévu que l’OPEP examine les quotas de production à sa réunion d’Osaka le 19 septembre (juste après la parution de cette édition des Perspectives de l’économie mondiale). Les prix actuels du pétrole brut sur les marchés à terme laissent prévoir une baisse assez sensible des prix au comptant dans les trimestres à venir, qui rejoindront l’hypothèse de référence des Perspectives de l’économie mondiale, du fait de l’apaisement attendu des tensions qui s’exercent du côté de l’offre et aux indications, très récentes, selon lesquelles un apaisement des tensions politiques est possible après la décision par l’Iraq d’autoriser la reprise des inspections d’armes. En attendant, l’instabilité des prix futurs du pétrole qu’impliquent les prix des options s’est atténuée depuis la fin de l’an dernier, ce qui permet de penser que l’incertitude quant aux conditions futures du marché a diminué (graphique 1.20). Néanmoins, comme on l’a noté plus haut dans ce chapitre, la possibilité de nouvelles fortes hausses des prix du pétrole à la suite d’une détérioration de la situation politique au Moyen- Orient continue de représenter un risque important pour les perspectives mondiales. Le tableau 1.12 présente à ce propos des indicateurs de l’impact des variations des prix du pétrole sur la production et la balance commerciale par région.

Graphique 1.20.Volatilité des prix futurs du pétrole impliquée par les prix des options sur le NYMEX

(Écart type, en pourcentage)

Source: Bloomberg Financial Markets, LP.

Tableau 1.12.Impact aprés un an d’une hausse permanente des prix du pétrole de 5 dollars le baril(En pourcentage du PIB)
PIB réelBalance commerciale
PIB mondial−0,3
Pays industriéis−0,3−0,2
États-Unís−0,4−0,1
Zone euro−0,4−0,1
Japon−0,2−0,2
Autres−0,20,2
Pays en développement−0,20,2
Dont:
Amérique latine−0,1
Asie−0,4−0,5
Pays émergents d’Europe et d’Afrique0,10,2
Source: estimations des services du FMI (base 2000).
Source: estimations des services du FMI (base 2000).

Produits non pétroliers

Les conditions des marchés de produits agricoles ont été plus équilibrées que pendant l’année 2001, lorsqu’une faible demande et une expansion de l’offre ont exercé de graves pressions à la baisse sur les prix de nombreux produits. Bien que la demande ne se soit en général pas redressée autant que prévu, des prélèvements sur les stocks ont eu lieu, notamment à cause des conséquences de conditions météorologiques défavorables pour la production. Les perspectives d’augmentation sensible des prix dans un avenir proche sont toutefois limitées parce que les stocks restent élevés et les capacités excédentaires. L’adoption du projet de loi agricole aux États-Unis, qui à la fois augmente le soutien des prix et élargit l’aide aux nouvelles cultures, est également de nature à tempérer les perspectives d’augmentation des prix agricoles. Dans l’Union européenne, des réformes des subventions agricoles ont été proposées mais leur adoption reste incertaine et leur effet à court terme sur les niveaux du soutien serait faible. Comme indiqué dans la section suivante, le phénomène El Niño prévu pour 2002-03 pourrait aussi influer sur les marchés de produits de base mais son intensité, selon les prévisions, devrait être faible par rapport à celle du dernier épisode en date, survenu en 1997-98.

Les cours des céréales ont un peu augmenté au premier semestre de 2002, surtout à cause de conditions météorologiques défavorables aux États-Unis, au Canada et en Australie et de la baisse des stocks mondiaux qui en a résulté. Néanmoins, à court terme, les nouvelles hausses des cours seront limitées par une intensification de la concurrence d’autres producteurs comme l’Argentine et le Brésil, et il se peut aussi que l’Union européenne rétablisse des subventions à l’exportation. Les cours des huiles végétales et des tourteaux ont enregistré une reprise plus prononcée que ceux des autres produits agricoles, surtout parce que leur niveau avait été extrêmement déprimé en 2000-01. Les cours des huiles de palme et de coprah ont augmenté à cause de faibles récoltes dans les principaux pays producteurs et d’une réduction des stocks; les cours de l’huile de palme ont également augmenté sous l’effet d’achats massifs effectués en Inde et au Pakistan, en prévention d’éventuelles perturbations des approvisionnements dues au conflit politique.

Les cours de la viande de bœuf ont baissé ces derniers mois, en raison de la sécheresse dans certaines régions des États-Unis et de l’Australie qui a entraîné une augmentation des taux d’abattage, ainsi que de la forte concurrence des viandes de porc et de volaille. Les cours mondiaux du sucre devraient normalement baisser en 2002 par suite des importantes récoltes au Brésil et en Chine. Les cours du café ont continué à baisser, bien que le Brésil ait fait part de son intention de conserver une partie de la production pour limiter la chute des cours malgré les fortes augmentations de la production qui sont prévues. Une augmentation de 10 % de la production mondiale des plantations de café est attendue pour la prochaine campagne agricole. Les cours des fèves de cacao ont atteint un niveau inégalé depuis quatre ans, en raison de la baisse de l’offre. La production de la Côte d’Ivoire, qui est le premier producteur mondial, a diminué d’environ 14 % pendant la campagne 2001.

En ce qui concerne les biens intermédiaires industriels, les cours du bois d’œuvre sont restés fermes pendant le premier semestre de 2002, surtout en raison d’un différend commercial entre les États-Unis et le Canada et aussi à cause de la vigueur de la construction de logements. Ils se sont repliés en juillet et en août sous l’effet du déstockage. Les estimations de la production de coton pour l’année en cours ont augmenté, étant donné que des conditions favorables aux cultures ont porté les rendements au-dessus des moyennes de longue période. La réduction des surfaces cultivées en Amérique du Sud—qui constitue une riposte au niveau déprimé des cours mondiaux—compensera toutefois en partie l’effet de la hausse des rendements sur la production. Les stocks mondiaux de coton brut se contracteront dans la période à venir si la reprise économique mondiale stimule la demande de fil et de textiles de coton et si les conditions météorologiques redeviennent normales.

Les cours des métaux ont d’une manière générale suivi la conjoncture mondiale au premier semestre: ils ont augmenté au premier trimestre lorsque les perspectives de croissance se sont améliorées et ils se sont stabilisés au deuxième trimestre. Les stocks des principaux métaux, comme le cuivre et l’aluminium, demeurent généralement à des niveaux assez élevés et les conditions de l’offre sont relativement stables. L’évolution des perspectives de la production industrielle mondiale sera probablement le principal déterminant des cours des métaux dans la période à venir.

Marchés des semi-conducteurs

Les signes d’une forte reprise des marchés des semi-conducteurs, qui s’étaient manifestés au début de 2002, se sont estompés ces derniers mois. Les difficultés persistantes des grandes sociétés de télécommunications, notamment WorldCom et Qwest, ont limité les perspectives de la demande dans ce secteur. En même temps, les ventes au détail de produits électroniques, notamment les ordinateurs et les téléphones cellulaires, sont restées faibles. Les expéditions de semi-conducteurs n’ont que légèrement augmenté par rapport au niveau déprimé de l’an passé. Les prix des puces à mémoire sont retombés après une brève reprise au début de l’année, et tant Intel que AMD ont procédé à des réductions majeures des prix des microprocesseurs (graphique 1.21). L’enquête antitrust visant les producteurs, qui a été annoncée par les autorités des États-Unis, assombrit les perspectives d’évolution des prix des puces à mémoire, mais l’introduction de la mémoire à double vitesse de transfert («double-data-rate», ou DDR) pourrait stimuler un regain de la demande.

Graphique 1.21.Comparaison des indices des prix des semi-conducteurs, des unités centrales et des puces à mémoire (DRAM)

(Avril 2000 = 100)

Sources: Bloomberg Financial Markets, LP; Thomson Financial’s DataStream; calculs des services du FMI.

1L’indice DRAM est l’indice du prix coté par Datastream d’une barette SDRAM 100 mhz/128 mégaoctets (16×8 mégaoctets), établi sur la base avril 2000 et raccordé à un indice plus complet en janvier 2001. qui prend en compte plusieurs types de mémoire DDR et SDRAM.

2L’indice unités centrales est établi d’après le prix des processeurs Intel Celeron pondéré par la «vitesse d’horloge» et la longévité sur le marché.

3Les lignes de tendance sont calculées d’après une courbe d’ajustement des moindres carrés: on considère les logarithmes décimaux des indices, puis les exponentielles décimales des résultats.

Les exceptions, dans cette situation généralement morose, sont l’augmentation des dépenses de la défense dans le secteur des techniques de l’information, l’expansion de la demande dans certains pays (en particulier dans la province chinoise de Taiwan et en Chine), et une plus forte demande de moniteurs à écrans plats. Néanmoins, la situation financière difficile de nombreuses sociétés et les capacités excédentaires dans le secteur des télécommunications continuent d’assombrir les perspectives de l’ensemble du marché et limiteront dans la période à venir les investissements dans le secteur des technologies de l’information. Il n’y a actuellement guère de signes laissant prévoir un cycle majeur de remplacement des ordinateurs personnels, les utilisateurs ne semblant pas avoir absolument besoin de renouveler leurs matériels et systèmes d’exploitations. Les incertitudes qui entourent l’adoption par l’industrie de la norme envisagée concernant les systèmes de gestion des droits numériques pour les ordinateurs personnels sont peut-être aussi de nature à limiter la demande de modernisation du matériel.

El Niño et les prix des produits de base

Les conditions climatiques influent fortement sur les marchés de produits de base, surtout directement en modifiant les conditions de production. Elles influent aussi de façon moins visible sur d’autres aspects de l’économie mondiale, par exemple en stimulant les BTP, notamment dans les régions où le climat est particulièrement clément, ou en perturbant les réseaux de transport à la suite d’intempéries.

Le phénomène El Niño/Oscillation australe (ENSO) est l’un des indicateurs climatiques mondiaux les plus couramment suivis. Le phénomène ENSO désigne une inversion des systèmes habituels de température de l’eau et de pression atmosphérique dans le Pacifique sud, dont les effets sur le climat mondial ont une portée considérable. Les événements ENSO, qui sont systématiquement observés depuis la fin du XIXe siècle, tendent à se produire selon une fréquence d’environ quatre à cinq années. L’intensité du phénomène varie, et des manifestations d’ampleur particulièrement forte se sont produites en 1981-82 et en 1997-98. Sur la base des indicateurs disponibles, on prévoit un nouvel épisode ENSO pour l’automne 2002, qui ne devrait toutefois pas être aussi prononcé que celui de 1997-98 (graphique 1.22).

Graphique 1.22.Effets récents et prévus du phénomène ENSO

(Écarts de températures à la surface de l’océan par rapport aux moyennes saisonnières en degrés Kelvin)

Source: National Oceanic Atmospheric Administrations (NOAA).

Les effets de El Niño sur l’économie mondiale sont considérés avec un intérêt particulier depuis l’épisode majeur de 1981–82, dont l’impact a été très large. Cette expérience est en partie à l’origine de l’idée selon laquelle le phénomène risque d’avoir des conséquences défavorables pour la production de produits de base, et la production mondiale plus généralement. En théorie, néanmoins, les effets du phénomène sont moins bien établis. La modification des conditions climatiques qui en résulte peut en fait stimuler la production de certains types de produits, ainsi que des activités sans liens avec les produits de base, comme le bâtiment—à la fois les activités de reconstruction après les intempéries et, dans certains pays, un essor de la construction à la faveur de conditions climatiques plus favorables11. Par ailleurs, les orages tropicaux ont tendance à être plus rares sur l’océan Atlantique pendant les manifestations ENSO, et l’activité sur la côte est des États-Unis s’en trouve moins perturbée12.

Dans une étude récente consacrée aux effets du phénomène ENSO sur les prix des produits de base, Brunner (2000) constate que les prix des produits non pétroliers tendent à augmenter en réponse aux phénomènes ENSO. Mais l’impact sur le PIB mondial, s’il existe, est faible et positif, et l’impact sur la hausse des prix à la consommation est négligeable. L’analyse exposée dans cette section prolonge celle de Brunner en incluant des données plus récentes et en considérant d’autres définitions de l’activité économique. Il apparaît que les conclusions de cet auteur sont robustes: qu’elle soit mesurée par le PIB ou par la production industrielle, la production mondiale tend à augmenter en réponse aux manifestations ENSO, malgré l’effet à la hausse sur les prix des produits de base. Les prix à la consommation en général ne sont guère touchés par les effets du phénomène ENSO. Par conséquent, si le retour d’El Niño en 2002-03 peut avoir des conséquences graves pour certains pays, notamment sur la côte pacifique de l’Amérique latine, il ne risque pas en lui même de compromettre la reprise mondiale ou de relancer l’inflation.

Pour analyser l’impact du phénomène ENSO, des autorégressions vectorielles sont effectuées sur les quatre variables suivantes: les écarts que présente un indicateur du phénomène ENSO (température de l’eau à la surface ou pression atmosphérique) par rapport aux valeurs normales; la variation des prix réels des produits de base (indice des prix des produits de base non pétroliers établi par le FMI, déflaté par les prix à la consommation dans les pays du G-7; la croissance de l’activité réelle (soit le PIB des pays du G-7, soit la production industrielle mondiale; l’inflation, sur la base d’un indice général des prix (prix à la consommation dans les pays du G-7). L’analyse utilise les données trimestrielles entre 1961 et 2001. Des tests préliminaires ont indiqué que quatre décalages pour chaque variable permettent de saisir les principales interactions du système et, par conséquent, cette structure commune de retards entre dans la spécification des équations.

La signification statistique de l’impact décalé du phénomène ENSO sur les autres variables est donnée par les résultats du test du rapport des vraisemblances. Entre les deux indicateurs du phénomène ENSO, les résultats préliminaires indiquent que la température à la surface de l’océan a un effet plus prononcé sur le système dans son ensemble que la pression atmosphérique. La signification marginale de cet indicateur du phénomène ENSO dans l’ensemble du système et dans les différentes équations se présente comme suit. L’analyse donne des résultats comparables avec l’un ou l’autre des deux indicateurs de l’activité réelle—PIB ou production industrielle. Le phénomène ENSO détermine de façon significative les variables économiques dans leur ensemble, mais l’effet s’exerce presque exclusivement sur les prix des produits de base non pétroliers et non sur l’activité réelle ou l’évolution des prix à la consommation.

L’évolution temporelle de l’effet d’un choc ENSO sur les variables endogènes est indiquée par les fonctions de réaction aux impulsions. Ces dernières sont illustrées dans le graphique 1.23 pour 16 trimestres consécutifs à un choc temporaire subi par une variable ENSO (en l’occurrence, la pression atmosphérique, la variable de l’activité réelle étant la production industrielle). Il est manifeste que l’effet ENSO lui-même s’efface assez rapidement—environ trois trimestres après un choc. L’impact initial produit une hausse du taux d’inflation des prix des produits de base non pétroliers pendant plusieurs trimestres, cet effet s’inversant ultérieurement, comme prévu dans le cas d’un choc temporaire. La production industrielle augmente elle aussi en réponse à un choc ENSO, bien que cet effet soit de faible portée. Une évolution similaire est observée lorsque le PIB est la variable de l’activité réelle. Enfin, les prix à la consommation dans les pays du G-7, qui ne sont presque pas touchés par le phénomène, baissent un peu au moment du choc et augmentent légèrement par la suite.

Graphique 1.23.Fonctions de réaction à un choc ENSO

Sources: National Oceanic Atmospheric Administrations (NOAA); calculs des services du FMI.

Il ressort ainsi généralement des tests statistiques et de l’analyse des réactions aux impulsions que le phénomène ENSO a effectivement un effet à la hausse significatif sur les prix des produits de base. Par ailleurs, l’effet sur l’activité mondiale, s’il y en a un, est positif (bien que statistiquement non significatif). Deux réserves importantes sont toutefois à formuler (sans mentionner les problèmes habituels que soulèvent les conclusions d’analyses portant sur des périodes relativement courtes). Premièrement, l’impact sur certains pays pourrait être bien plus accentué; l’Equateur et le Pérou, par exemple, ont accusé des chocs défavorables sensibles par suite de chocs ENSO récents.

Deuxièmement, l’analyse ne tient pas compte de l’impact plus large des variations climatiques sur le patrimoine économique, par opposition au volume courant de la production (PIB). Étant donné que la production n’est pas un indicateur des pertes en capital dues aux dégâts causés par les orages, les incendies de forêt et autres phénomènes naturels liés à El Niño, rien n’autorise à conclure que ce dernier est une bonne chose du point de vue de l’intérêt public mondial.

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Pour un examen approfondi de l’évolution des marchés financiers et des risques y afférents, voir le Global Financial Stability Report.

Voir l’essai intitulé: «Qu’est-ce qui explique la faiblesse de l’euro et la vigueur du dollar?» au chapitre II des Perspectives de l’économie mondiale de mai 2001.

Voir l’encadré 3.1 des Perspectives intérimaires de décembre 2001.

«Bâtir un avenir meilleur en Afrique», allocution prononcée par Horst Köhler au Ghana en mai 2002, qu’il est possible de consulter sur Internet à l’adresse: www.imf.org/external/np/speeches/2002/050302.htm).

Voir l’essai intitulé: «Le patrimoine détermine-t-il de plus en plus la consommation?» au chapitre II des Perspectives de l’économie mondiale d’avril 2002.

Une importante réforme de la méthodologie utilisée pour les comptes nationaux a été adoptée en août. Une révision, selon cette méthodologie, des données remontant au début de 2001 montre que le rythme de l’activité a été plus régulier, ce que montrent aussi des données plus fréquentes.

Guy Meredith est l’auteur principal de cet appendice.

La reconstruction peut cependant être plus difficile dans les pays pauvres moins bien dotés en ressources.

La National Oceanographic and Atmospheric Agency (NOAA) examine l’effet du phénomène ENSO sur l’économie des États-Unis dans «The Economic Implications of an El Niño», consultable sur l’Internet à l’adresse: www.noaanews.noaa.gov/magazine/stories/mag24.htm.

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