Chapter

Chapitre III. la Révolution des Technologies de L’Information

Author(s):
International Monetary Fund. Research Dept.
Published Date:
November 2001
Share
  • ShareShare
Show Summary Details

Le monde connaît en ce moment une révolution technologique universelle qui repose sur les technologies de l’information, par quoi on entend ici les ordinateurs, les logiciels informatiques et les équipements de télécommunications. Les bienfaits macroéconomiques de la révolution des technologies de l’information sont déjà apparents dans certains pays, particulièrement aux États-Unis. L’histoire enseigne que ces révolutions s’accompagnent souvent de périodes d’expansion et de récession financière et la révolution des technologies de l’information ne fait pas exception à la règle. Mais si l’on peut s’attendre à ce que les achats de produits informatiques restent faibles dans l’avenir immédiat, jusqu’à ce que le surinvestissement des années passées soit digéré, il est probable que les effets à plus long terme sur l’économie mondiale vont continuer à se faire sentir, voire même s’accentuer dans les années qui viennent.

Le changement technologique est un processus évolutif, mais à certaines périodes les progrès sont particulièrement rapides, et donnent naissance à de nouveaux produits tandis que l’on voit chuter les prix des produits existants, qui sont largement utilisés dans le reste de l’économie. Ces périodes correspondent généralement à une révolution technologique universelle. Les exemples passés sont l’industrie textile et la machine à vapeur durant la révolution industrielle, les chemins de fer au XIXe siècle et l’électricité au début du XXe siècle (on pourrait aussi citer l’automobile, mais son développement a été relativement progressif). Les effets de ces révolutions se sont en général produits en trois grandes étapes. D’abord, le changement technologique accroît la productivité du secteur innovant; ensuite, la baisse des prix encourage l’intensification du capital; enfin, il peut y avoir une réorganisation sensible de la production autour des biens d’équipement qui incorporent la nouvelle technologie.

La révolution des technologies de l’information que nous vivons actuellement s’explique par les avancées des sciences de la matière, qui ont permis d’accroître la puissance des semi-conducteurs, dont le prix a en conséquence rapidement baissé (graphique 3.1). Au cours des quarante dernières années, la capacité des puces a doublé approximativement tous les 18 à 24 mois—phénomène connu sous le nom de «loi de Moore», d’après une prédiction faite en 1965 par Gordon Moore, alors directeur de la recherche chez Fairchild Semiconductor. Les semi-conducteurs meilleur marché ont permis le développement rapide de la production des ordinateurs, des logiciels et des équipements de télécommunication, ce qui a entraîné une chute abrupte des prix dans ces secteurs aussi. L’effondrement rapide des prix des produits technologiques a suscité des investissements considérables dans ces produits, d’où un accroissement sensible du rapport capital/travail (graphique 3.2). Cette intensification du capital a provoqué, dans certains pays, une hausse de la productivité globale et a probablement encouragé des changements dans l’organisation de la production qui ont pu mener à une nouvelle accélération des gains de productivité.

Graphique 3.1.États-Unis: prix relatifs des produits technologiques1

(1999: I = 100; échelle logarithmique)

Forte baisse des prix des composants informatiques, tels que les microprocesseurs.

Sources: U.S. Department of Commerce, Bureau of Economic Analysis: déflateurs des prix d’investissement des ordinateurs et périphériques, du matériel de communication et des logiciels; U.S. Department of Labor, Bureau of Labor Statistics: prix à la production des microprocesseurs.

1Par rapport au déflateur du PIB.

2Les indices des prix des microprocesseurs (semi-conducteurs) ne tiennent pas la qualité pour constante avant 1997, et ne rendent pas compte de la chute rapide des prix corrigés de l’effet qualité.

Graphique 3.2.Investissement dans les technologies de l’information aux États-Unis1

(Variation en pourcentage sur quatre trimestres)

L’investissement dans les ordinateurs, les logiciels et le matériel de communication a augmenté à un rythme extraordinaire durant les années 90.

Source: U.S. Department of Commerce, Bureau of Economic Analysis.

1Investissement fixe brut réel.

Ce chapitre traite des conséquences macroéconomiques de la révolution des technologies de l’information, et notamment des aspects suivants: enseignements des précédentes révolutions technologiques, incidence sur la hausse de la productivité, répartition des bienfaits entre producteurs et utilisateurs, conséquences pour le cycle économique et les marchés financiers, et implications pour la politique macroéconomique1. L’analyse porte essentiellement sur les pays les plus impliqués dans la révolution des technologies de l’information: les pays avancés et les pays émergents d’Asie qui produisent la plupart des équipements (graphique 3.3)2.

Graphique 3.3.Dépenses et production de technologies de l’information (TI)

(En pourcentage du PIB)

Les dépenses de Tl sont réparties de façon relativement équilibrée, mais seuls quelques pays ont un secteur producteur de TI important.

Sources: WITSA (2001): dépenses; Reed Electronics Research (2001): production; estimations des services du FMI.

1Matériel et logiciels informatiques et matériel de communication.

2 Composantsélectroniques actifs, matériel informatique et matériel de communication.

Les précédentes révolutions technologiques universelles

Les grandes révolutions technologiques universelles du passé sont l’industrie textile, la machine à vapeur, le chemin de fer et l’électricité3. Les précédentes révolutions ont manifestement engendré des bienfaits considérables, encore qu’il soit fort difficile de quantifier les produits nouveaux ou améliorés, et que les historiens de l’économie se voient contraints de moduler rétrospectivement leur jugement pour tenir compte des changements qualitatifs (tableau 3.1). Par exemple, le chemin de fer représentait un réel progrès, puisqu’il permettait de voyager plus vite avec plus de confort. Cependant le train coûtait souvent plus cher que les autres moyens de transport, aussi est-il important de tenir compte des aspects qualitatifs du nouveau service (rapidité et confort) pour mesurer les bienfaits de l’invention du chemin de fer.

Les technologies de l’information présentent un grand nombre de similarités frappantes avec les précédentes révolutions, mais aussi de notables différences. Les similarités les plus marquées sont les suivantes:

  • Les gains économiques induits par la nouvelle technologie étaient initialement constitués par l’intensification du capital causée par la baisse des prix relatifs, mais—lorsque les gains d’efficacité dus à la réorganisation de la production ont été importants—c’est ce dernier phénomène qui a pris le dessus. Comme le montre le tableau 3.1, dans le cas de l’adoption de l’électricité aux États-Unis, la contribution à la croissance est venue dans un premier temps (1899-1919) en majorité de l’intensification du capital, qui a été ensuite supplantée par les gains provenant de la réorganisation de son utilisation (1919-29).

  • Les gains ont dans un premier temps été engrangés par les pays industrialisés4. Par exemple, comme le montre le tableau 3.2, le chemin de fer s’est d’abord imposé dans les économies avancées de l’époque. Il s’est écoulé près d’un siècle entre l’ouverture de la ligne Liverpool-Manchester en 1830 et l’adoption des transports ferroviaires dans le monde entier vers 1920. Cela dit, comme on le verra plus bas, il semble que le taux de diffusion des technologies de l’information dans les pays en développement soit différent. À très longue échéance, les gains dépendent des circonstances. Par exemple, le tableau 3.3 montre qu’en définitive c’est au Mexique que le gain économique dû à l’apparition du fret ferroviaire a été le plus élevé, car les transports fluviaux y étaient quasiment inexistants.

  • Les gains sont allés principalement aux utilisateurs et non aux producteurs. Les utilisateurs ont bénéficié de la baisse des prix relatifs des produits incorporant la nouvelle technologie, tandis que les bénéfices et les gains salariaux des entreprises productrices ont rarement été exceptionnels en comparaison. Le cas d’école est l’industrie textile pendant la révolution industrielle en Grande-Bretagne, où la moitié des gains dus à la baisse des prix a été exportée en raison de la dégradation des termes de l’échange. La nouvelle technologie a par ailleurs induit une réorganisation de la production qui a marqué le début du système de l’usine pendant la première phase de la révolution industrielle. Comme ces retombées technologiques étaient localisées, elles ont contribué au maintien de la compétitivité de la Grande-Bretagne à l’exportation pendant de nombreuses années.

  • Les révolutions technologiques ont généralement donné lieu à des excès financiers. Les cas les plus connus sont les chemins de fer et l’électricité. Le graphique 3.4 (page 120) met en comparaison les trajectoires suivies par les prix des actions des entreprises innovantes, les investissements dans les produits incorporant les nouvelles technologies et le PIB réel durant la «folie du rail» des années 1840 en Grande-Bretagne et durant la «folie des technologies de l’information» de ces dernières années aux États-Unis. Comme dans d’autres cas, si l’éclatement de la bulle des chemins de fer des années 1840 n’a pas entraîné une récession globale, il a certainement induit une consolidation significative de ce pan de l’économie.

Graphique 3.4.Phases initiales des révolutions technologiques

(Investissement en pourcentage du PIB et variation annuelle du PIB reél en pourcentage)

Tant la révolution des chemins de fer que celle des technologies de 1’information (Tl) ont suscite initialement une flambée des cours des actions et de I’investissement.

Sources: Hawke (1970): pour rinvestissement ferroviaire; Mitchell (1988): pour les données sur le PIB.

1Moyenne des cours de clôture en livres sterling à la fin juillet de quatre compagnies ferroviaires britanniques: London & North Western, Great Western Railway, London & Lancashire Railway et Midland Railway.

2lnvestissement privé en matériel et logiciels informatiques.

Il y a aussi deux différences importantes:

  • La chute des prix des produits technologiques a été particulièrement marquée—il ne semble pas qu’il y ait eu précédemment une baisse des prix aussi rapide et continue que celle des semi-conducteurs, suivant la loi de Moore5. Bien qu’il soit difficile de comparer les données des entreprises d’une période de l’histoire à l’autre, les gains induits par les technologies de l’information semblent donc se faire sentir beaucoup plus vite que lors des précédentes révolutions technologiques universelles.

  • Par rapport aux révolutions précédentes, la production des produits incorporant les nouvelles technologies est beaucoup plus mondialisée. Cela tient au rapport élevé valeur/poids de ces produits, qui en facilite la commercialisation. La situation la plus comparable dans l’histoire est celle des textiles de coton durant la révolution industrielle en Grande-Bretagne, dont la moitié de la production environ était exportée.

Tableau 3.1.Contribution des nouvelles technologies à la croissance économique(Pourcentage annuel)
PériodeIntensification du capitalProgrès technologique dans la productionProgrès technologique dans l’utilisationTotal
Machine à vapeur—Royaume-Uni1780-18600,190,320,51
Chemins de fer—Royaume-Uni1840-18700,130,100,23
1870-18900,140,090,23
Chemins de fer—États-Unis1839-18700,120,090,21
1870-18900,320,240,56
Électricité—États-Unis1899-19190,340,070,41
1919-19290,230,050,700,98
Technologies de l’information—ÉtatsUnis1974-19900,520,170,69
1991-19950,550,240,79
1996-20001,360,501,86
Source: Crafts (2001). Les estimations relatives aux technologies de l’information ne reflètent pas les récentes révisions apportées aux comptes nationaux du revenu et des produits des États-Unis pour 1998-2000.
Source: Crafts (2001). Les estimations relatives aux technologies de l’information ne reflètent pas les récentes révisions apportées aux comptes nationaux du revenu et des produits des États-Unis pour 1998-2000.
Tableau 3.2.Extension du réseau de chemins de fer, 1840-1920(Pourcentage du total mondial)
184018801920
Amérique du Nord51,545,543,3
Europe46,337,923,7
Reste du monde2,216,633,0
Total100,0100,0100,0
Pour mémoire
Total mondial (milliers de miles)5,49220,76674,89

Hausse de la productivité du travail

Les études de plus en plus nombreuses consacrées aux technologies de l’information et à la hausse de la productivité du travail portent sur deux grandes questions: les problèmes de mesure de la production et la contribution des technologies de l’information à la hausse de la productivité du travail6. Les nouveaux produits et la baisse rapide des prix relatifs compliquent le calcul de la production et différents pays utilisent diverses méthodes statistiques pour parer au problème. Certains utilisent des méthodes hédoniques pour corriger les prix en fonction des changements qualitatifs, tandis que la pondération chaînée sert à corriger le biais de substitution dans les méthodes d’agrégation à pondération fixe (encadré 3.1). Par ailleurs, les statistiques officielles ne rendent souvent pas bien compte du secteur des technologies de l’information: dans la plupart des pays, la comptabilité nationale ne distingue pas pour ce secteur la production de l’investissement ou de la consommation. De ce fait, pour les comparaisons internationales, on se sert souvent des prix hédoniques du Bureau d’analyse économique américain (corrigés des effets de change) et de données sur la production et l’utilisation des technologies de l’information de sources privées, formule qui a été retenue dans ce chapitre7.

Les technologies de l’information peuvent contribuer à la hausse de la productivité du travail du fait à la fois de l’intensification du capital et de la hausse de la productivité globale des facteurs (PGF)8. L’intensification du capital fait référence à la variation de la productivité du travail due à l’augmentation du capital par travailleur. La hausse de la PGF est l’amélioration de l’efficacité avec laquelle le capital et le travail sont combinés pour engendrer la production. Il est établi que les technologies de l’information contribuent à la hausse de la productivité du travail du fait à la fois de l’augmentation du capital en haute technologie par travailleur («progrès technique incorporé» ou intensification du capital technologique) et de la hausse de la PGF dans la production technologique, encore que la grandeur exacte de ces contributions reste sujet à controverse. Reste à savoir si les technologies de l’information ont contribué plus généralement à la hausse de la PGF en accroissant l’efficacité de la production soit du fait de l’utilisation de produits technologiques, soit du fait de l’accroissement des connaissances découlant de la production de ces biens. Les études à ce sujet portent tantôt sur un seul pays, tantôt sur plusieurs.

Tableau 3.3.Gains de bien-être provenant de la mise en service des chemins de fer1(En pourcentage du PNB)
AnnéePassagersFret
Angleterre et pays de Galles18654,1
189010,2
Brésil18874,5
19131,622,0
Espagne18786,5
191218,5
États-Unis18593,7
18902,64,7-10,0
Inde19009,0
Mexique189514,6
19100,631,5
Russie19071,04,6
Source: Crafts (2001).

Les gains de bien-être se mesurent d’après la disposition à payer, qui correspond à la zone située en dessous de la courbe de la demande.

Source: Crafts (2001).

Les gains de bien-être se mesurent d’après la disposition à payer, qui correspond à la zone située en dessous de la courbe de la demande.

Tableau 3.4.Contribution des technologies de l’information à l’accélération de la productivité aux États-Unis
Gordon (2000)Jorgenson and Stiroh (2000)Oliner and Sichel (2000)U.S. Council of Economic Advisers (2001)
Période étudiée1995-991995-981995-991995-2000
Accélération de la productivité du travail1,330,951,161,63
Intensification du capital0,330,290,330,38
Technologique0,340,500,62
Autre−0,05−0,17−0,23
Productivité globale des facteurs0,310,650,801,19
Production technologique0,290,240,310,18
Reste de l’économie0,020,410,491,00
Autres facteurs0,690,010,040,04
Effet cyclique0,500,04
Mesure des prix0,14
Qualité de la main-d’œuvre0,050,010,040,00
Sources: Stiroh (2001) et U.S. Council of Economic Advisers (2001). Les différences de données de base et de méthodologie sont explicitées dans les études. Les estimations ne reflètent pas les récentes révisions apportées aux comptes nationaux du revenu et des produits, qui ont été substantielles pour l’an 2000.
Sources: Stiroh (2001) et U.S. Council of Economic Advisers (2001). Les différences de données de base et de méthodologie sont explicitées dans les études. Les estimations ne reflètent pas les récentes révisions apportées aux comptes nationaux du revenu et des produits, qui ont été substantielles pour l’an 2000.

Les études portant sur des pays spécifiques se situent généralement dans le sillage des travaux novateurs effectués aux États-Unis, qui s’accordent généralement sur le constat que l’intensification du capital technologique et la hausse de la PGF dans la production technologique ont beaucoup contribué à l’accélération de la productivité du travail à la fin des années 909. Le rythme de croissance de la productivité du travail dans le secteur non agricole est passé d’environ 1½% sur la période 1973-95 à environ 2½% sur la période 1996-2000. Environ ¼ à ½ point de cette accélération est attribué à l’intensification du capital, et encore environ ¼ de point à la hausse de la PGF dans la production technologique (tableau 3.4)10. Cependant, les avis divergent quant aux effets des technologies de l’information sur la hausse de la PGF d’ensemble. La question est de savoir si le reste de l’accélération est dû à des facteurs cycliques ou à une hausse de la croissance structurelle de la PGF et—même si c’est le cas—dans quelle mesure cette accélération de la PGF d’ensemble est due aux technologies de l’information. Une étude attribue le ½ point d’accélération supplémentaire de la productivité du travail à des facteurs cycliques, tandis que les autres considèrent que cette accélération est structurelle. Des études plus récentes donnent à penser que l’accélération de la productivité du travail n’est due qu’en faible partie à des changements de l’utilisation des facteurs, de l’accumulation des facteurs ou des rendements d’échelle et s’explique en quasi-totalité par l’utilisation et la production des technologies de l’information (encadré 3.2). Ces résultats, s’ils sont confirmés par les travaux empiriques, tendent à indiquer que l’on percevra peut-être bientôt un impact des technologies de l’information sur la PGF d’ensemble.

Un autre pays a connu une accélération de la productivité du travail dans les années 90: l’Australie. À l’aide de données provenant du Bureau australien de la statistique, des travaux des services du FMI indiquent que l’intensification du capital technologique et la hausse de la PGF d’ensemble ont beaucoup contribué à l’accélération de la productivité du travail (Cardarelli, 2001). En particulier, l’intensification du capital technologique a rapidement augmenté durant les années 90, jusqu’à représenter ces dernières années près des deux tiers de la contribution de l’intensification du capital à la croissance. Bien que les données de comptabilité nationale n’isolent pas les secteurs producteurs de technologies de l’information, les statistiques de l’emploi et du commerce international indiquent que la production australienne de technologies de l’information est très faible, ce qui implique que la hausse de la PGF dans la production technologique n’a guère contribué à l’accélération de la productivité du travail. Par contre, les services du FMI ont détecté dans l’ensemble des branches d’activité en Australie une corrélation positive entre l’intensification du capital technologique et l’accélération de la PGF. Cela cadre avec l’idée que l’utilisation accrue des technologies de l’information est allée de pair avec une réorganisation des activités économiques, accompagnée par des réformes structurelles.

Encadré 3.1.Problèmes de mesure

La mesure de la contribution des technologies de l’information à la croissance économique pose trois problèmes méthodologiques1. Le premier est de savoir comment ajuster les indices de prix pour tenir compte des nouveaux produits et de l’amélioration de la qualité des produits existants. Dans la comptabilité nationale des États-Unis (et d’un nombre croissant d’autres pays), les déflateurs des prix de nombreux produits technologiques sont fondés sur des indices de prix hédoniques, qui sont censés rendre compte des changements de qualité (voir tableau). Les indices hédoniques reposent sur l’hypothèse que la valeur d’un produit est la résultante de ses caractéristiques individuelles. Le prix d’un nouveau produit peut donc être calculé en fonction des caractéristiques qu’il présente. Les équations de prix hédoniques pour les ordinateurs, par exemple, comprennent habituellement des éléments tels que la vitesse du processeur, la mémoire vive et la capacité de stockage du disque dur.

Bien que la méthode hédonique ne soit pas parfaite pour ajuster les prix afin de tenir compte des changements de qualité, elle est plus systématique que les autres formules disponibles. En Allemagne, par exemple, on calcule cas par cas la valeur monétaire des changements de qualité en suivant un ensemble de règles qui peuvent être difficiles à appliquer en cas de grand saut qualitatif, de sorte que l’on risque de sous-estimer la baisse de prix après ajustement2. Comme les produits technologiques sont hautement commercialisables, les prix hédoniques corrigés des variations de change dans différents pays sont très proches les uns des autres et deux pays au moins ont décidé d’utiliser l’indice américain pour les ordinateurs, corrigé des effets de change.

Caractéristiques des comptes nationaux
Indice de prix hédoniques pour les ordinateursPondération chaînée
AllemagneNonNon
AustralieOui1Oui
BelgiqueNonNon
CanadaOuiOui
ChineNonNon
CoréeNonNon
DanemarkOuiNon
EspagneNonNon
États-UnisOuiOui
FinlandeNonNon
FranceOui2Oui
Hong Kong (RAS)NonNon
IndeNonNon
IndonésieNonNon
IrlandeNonNon
ItalieNonNon
JaponOuiNon
MalaisieNonNon
NorvègeNonOui
Pays-BasNonOui
PhilippinesNonNon
Royaume-UniNonOui
SingapourNonNon
SuèdeOuiNon
Taiwan, prov. chinoise deNonNon
ThaïlandeNonNon
Sources: Gust and Marquez (2000) et données communiquées par les autorités nationales.

Utilise l’indice de prix hédoniques américain, corrigé des variations de change.

Les prix hédoniques ne sont utilisés que pour les micro-ordinateurs.

Sources: Gust and Marquez (2000) et données communiquées par les autorités nationales.

Utilise l’indice de prix hédoniques américain, corrigé des variations de change.

Les prix hédoniques ne sont utilisés que pour les micro-ordinateurs.

L’effet de l’application de la méthode hédonique aux agrégats macroéconomiques (dans les pays qui ne l’ont pas encore adoptée) dépend de la structure de la production et de la demande. Dans les pays producteurs de technologies de l’information, la production réelle de produits technologiques tend à augmenter, ce qui fait gonfler le PIB et les exportations réelles. Du coup, la contribution des technologies de l’information à la croissance (du fait de la hausse de la PGF dans le secteur des technologies de l’information) tend à s’accroître. Dans les pays utilisateurs de technologies de l’information, l’investissement réel en technologies et les importations réelles de produits technologiques tendent à augmenter, ce qui accroît la contribution des technologies de l’information à la croissance du fait de l’intensification du capital technologique et diminue la contribution de la hausse de la PGF3.

Le deuxième problème consiste à calculer la production globale de produits dont les prix relatifs changent beaucoup. Les produits dont le prix relatif diminue rapidement sont utilisés de façons nouvelles avec un produit marginal inférieur, de sorte que toute méthode d’agrégation à pondération fixe—telle que l’indice de Laspeyres classique—accorde une pondération excessive à ces produits en rapide expansion (biais de substitution) et exagère donc la croissance de l’agrégat. Plus l’année de base est éloignée, plus ces produits en rapide expansion pèsent lourd, et plus la croissance est surestimée. On peut illustrer ce problème à l’aide du taux de croissance du PIB réel des États-Unis en 1998, mesuré avec un système de pondération fixe: aux prix de 1995, il est de 4,5 %; aux prix de 1990, de 6,5 %, aux prix de 1980, de 18,8 % et aux prix de 1970, de 37,4 % (Whelan, 2000).

Pour remédier au biais de substitution des systèmes à pondération fixe, un nombre croissant de pays calculent les agrégats réels à l’aide de pondérations chaînées basées sur des prix qui sont actualisés chaque année. Les États-Unis, par exemple, utilisent ce qu’il est convenu d’appeler «l’indice-chaîne idéal» popularisé par Irving Fisher4. Le principal avantage des pondérations chaînées est que la croissance du PIB réel mesurée ne dépend pas de quelque structure de prix arbitraire, de sorte que le choix de l’année de base n’a pas d’importance. Son principal défaut est que, sauf l’année de base, le PIB réel n’est pas égal à la somme de ses composantes réelles, parce que le schéma de pondération tient compte des variations des prix relatifs, et ne peut donc pas être interprété comme la quantité de produit si les prix étaient restés inchangés à leur niveau de l’année de base.

Le troisième problème est de répartir les dépenses de technologies de l’information, en particulier les achats de logiciels, entre consommation finale et intermédiaire5. En général, on soustrait du produit brut les dépenses des entreprises qui se rapportent à des produits intermédiaires, qui sont entièrement intégrés dans leur production, pour obtenir la valeur ajoutée (et éviter un double comptage). Les dépenses en technologies de l’information sont considérées comme de l’investissement si et seulement les produits correspondants peuvent être isolés physiquement, de sorte que les produits technologiques qui sont incorporés dans l’équipement (les microprocesseurs par exemple) sont considérés comme des produits intermédiaires. En pratique, le ratio investissement en technologies de l’information/consommation intermédiaire de technologies de l’information diffère beaucoup selon les pays, du fait qu’ils n’utilisent pas les mêmes méthodes statistiques (Colecchia, 2001). La France, par exemple, demande aux acheteurs de classer leurs dépenses dans telle ou telle catégorie, tandis que les États-Unis utilisent les données de production communiquées par les vendeurs avec des tableaux d’entrées-sorties. Dans les pays qui rangent une plus grande partie des dépenses en technologies de l’information dans la catégorie des investissements, la croissance du PIB mesurée est plus élevée lorsque les dépenses de ce type augmentent rapidement.

Les études comparant les méthodes statistiques utilisées par l’Allemagne, la France et le Royaume-Uni avec celle des États-Unis donnent à penser que le mode de répartition différent des dépenses correspondant aux achats de logiciels entre consommation intermédiaire et finale est ce qui a le plus d’impact sur le chiffre de la croissance de la production6. Cette différence fait qu’il y a un écart de croissance annuel d’environ 0,3 point entre la France et les États-Unis, qui utilisent tous deux des prix hédoniques et un système de pondération chaînée. Par ailleurs, l’effet conjugué des différences de méthodes utilisées pour tenir compte des changements de qualité, pour calculer le produit global et pour répartir des dépenses fait qu’il y a un écart de croissance annuel d’environ 0,4 point entre l’Allemagne et le Royaume-Uni, d’une part, et les États-Unis, d’autre part.

1Il se pose un quatrième problème: compte tenu du taux de dépréciation rapide de nombreux biens d’équipement technologiques, il serait préférable d’utiliser le produit net pour calculer la productivité. Aux États-Unis, le taux d’augmentation du produit intérieur net (PIN) réel a été inférieur de ¼ de point à celui du PIB réel entre 1995 et l’an 2000. Voir Landefeld and Fraumeni (2001).2Le déflateur des biens d’équipement technologiques a diminué des quatre cinquièmes environ entre 1991 et 1999 aux États-Unis, mais d’environ un cinquième seulement en Allemagne. Voir Deutsche Bundesbank (2000).3Schreyer (2001) montre que l’application de la méthode hédonique (dans les pays avancés qui ne l’utilisent pas d’ores et déjà) ne modifie guère le taux de croissance du PIB réel.4Le taux de croissance réel est la moyenne géométrique des taux de croissance d’un indice de Paasche (qui utilise les prix de la période en cours comme pondérations) et d’un indice de Laspeyres (qui utilise les prix de la période précédente comme pondérations). Voir Landefeld and Parker (1998) et Vavares, Prakken and Guirl (1998) pour la description de la méthodologie et des points connexes.5Le Système de comptabilité nationale 1993 (SCN 1993) stipule que les achats de logiciels des entreprises sont à considérer comme des dépenses d’investissement.6Voir Deutsche Bundesbank (2001), Lequiller (2001) et Wadhwani (2000).

Dans la plupart des autres pays avancés, la productivité du travail n’a pas augmenté ces dernières années, ce qui implique que la contribution positive des technologies de l’information a dû être contrebalancée par ailleurs:

Encadré 3.2.La hausse de la productivité globale des facteurs s’est-elle accélérée en dehors du secteur des technologies de l’information?

Les études sur la contribution des technologies de l’information à la hausse de la productivité du travail aux États-Unis vers la fin des années 90 montrent qu’elles ont joué un rôle à la fois du fait de l’intensification du capital dans l’ensemble de l’économie et du progrès technique dans ce secteur, encore que l’ampleur exacte de ces contributions demeure en question1. Environ ¼ à ½ point de cette accélération est attribué à l’intensification du capital, la contribution de ⅓ à ⅔ de point des technologies de l’information étant en partie compensée par une diminution dans les autres secteurs. Cependant, une partie de l’accroissement de l’intensification du capital pourrait avoir été temporaire, car induit par la flambée de l’investissement de la fin des années 902 (voir tableau 3.4). Enfin, encore environ ¼ de point d’accélération est attribué à la hausse de la productivité globale des facteurs (PGF) dans la production technologique.

Pour l’avenir, il est important de déterminer si les technologies de l’information ont déjà contribué à la hausse tendancielle de la PGF en dehors de leur secteur (PGF «d’ensemble»). Cela pourrait se produire du fait des retombées épistémologiques de la production de technologies de l’information ou de la réorganisation des entreprises sous l’effet de l’utilisation de produits technologiques (l’ensemble de ces phénomènes représentant les «retombées des technologies de l’information»). Ces progrès incitent à investir davantage dans les produits technologiques et expliquent une large part de l’accroissement à long terme de la production lors de la plupart des autres révolutions technologiques universelles. Nous passerons en revue dans cet encadré les conclusions des ré centes études réalisées aux États-Unis sur ce sujet, qui s’intègrent dans un débat plus général à propos des sources de l’accélération de la productivité du travail depuis 1996.

Les économistes sceptiques qui ont des doutes quant à l’importance du rôle des technologies de l’information dans l’accélération de la PGF observée à la fin des années 90 estiment qu’elle est due pour une large part à des facteurs cycliques liés à la phase d’expansion qui s’est produite alors, et qui a induit des hausses temporaires de la PGF3. À vrai dire, le ralentissement de l’activité économique et de la productivité du travail depuis le milieu de l’an 2000 tend à accréditer l’idée que des facteurs cycliques ont joué un certain rôle, ce qui est aussi corroboré par les récentes révisions des comptes nationaux, qui ont réduit le taux de croissance de la productivité du travail de 1 ¼ de point en l’an 2000 et de plus de ¼ de point par an pour l’ensemble de la période 1996-2000.

Ces sceptiques se sont en outre appuyés aussi sur des résultats initiaux montrant que la hausse de la productivité du travail était concentrée dans les secteurs des ordinateurs et des semiconducteurs pour mettre en question le fait que le reste de l’économie tirait profit des nouvelles technologies. Une analyse menée par la suite au niveau des entreprises indique cependant qu’il y a eu aussi une accélération sensible de la productivité du travail en dehors du secteur producteur de produits technologiques, et qu’elle est concentrée dans les secteurs utilisateurs de produits technologiques (ces résultats n’ont pas été ajustés pour tenir compte des récentes révisions des statistiques). On s’est aperçu en particulier que les branches d’activité en dehors du secteur technologique qui ont le plus massivement investi dans les technologies de l’information au début des années 90 ont connu par la suite les plus gros gains de productivité du travail (et expliquent, avec le secteur technologique, la quasitotalité de l’accélération de la productivité du travail); il a été établi que cette forte progression de la productivité du travail dans trois secteurs gros consommateurs de technologies de l’information (finances, commerce de détail et commerce de gros) tient à une amélioration du mode d’organisation des entreprises et de la façon dont elles utilisaient la technologie; il est apparu enfin que si l’on examine le volet revenu et non le volet produit de la comptabilité nationale, on observe que la moitié environ de l’accélération de la productivité du travail s’est produite en dehors du secteur technologique4. S’ils cadrent avec l’idée qu’une partie de l’accélération de la productivité du travail aux États-Unis est d’ordre structurel, les résultats de l’analyse au niveau des entreprises n’exclut pas la possibilité que l’accélération de la PGF soit due pour une large part à des facteurs cycliques. L’accélération de la productivité du travail observée pourrait être attribuable à l’intensification du capital, aussi bien qu’à de puissants facteurs cycliques, car les secteurs utilisateurs de produits technologiques ont connu une expansion particulièrement rapide durant la phase d’expansion de la fin des années 90.

Enfin, des études récentes abordent directement la question de la cyclicité de l’accélération de la productivité (en utilisant les données non révisées). À l’aide de variables représentatives de l’utilisation des facteurs, de l’accumulation de capital et des économies d’échelle, une étude établit que des facteurs cycliques et d’autres raisons temporaires affectent les estimations de la hausse de la PGF d’une année sur l’autre, mais n’expliquent pas l’accélération générale de la productivité du travail dans la seconde moitié des années 90 (Basu, Fernald, and Shapiro, 2001). Une autre étude conclut que l’accélération de la productivité du travail a un caractère structurel et que l’élément cyclique est quasiment négligeable (U.S. Council of Economic Advisers, 2001). Ces résultats suggèrent une accélération structurelle de la PGF, mais il est notoirement difficile de cerner avec précision les éléments cycliques inobservables, surtout tant que l’on n’a pas étudié le cycle complet.

En somme, bien qu’il semble qu’il y ait eu une accélération tendancielle de la hausse de la productivité du travail aux États-Unis au cours des cinq dernières années du fait des technologies de l’information, il subsiste des incertitudes bien plus grandes quant à l’ampleur et à la durée d’une hypothétique accélération de la PGF. L’innovation technique rapide dans le secteur des technologies de l’information est un fait indéniable. Il y a de bonnes raisons de penser qu’il y a eu intensification du capital (encore que l’investissement en produits technologiques pourrait se ralentir—peut-être très nettement—dans le proche avenir). En définitive, il n’y a pas suffisamment d’indices probants pour déterminer avec certitude s’il y a eu une hausse de la PGF en dehors du secteur technologique du fait de la réorganisation de la production.

1Voir Gordon (2000), Jorgenson and Stiroh (2000), et Oliner and Sichel (2000). De Masi (2000) fait un tour d’horizon de ces études.2La plupart de ces études initiales poussent l’analyse jusqu’à 1999, et ne sont donc pas affectées par les récentes révisions des données, qui ont abaissé la hausse de la productivité du travail marginalement en 1998 et 1999, mais très nettement en l’an 2000.3Thèse défendue en particulier par Gordon (2000).4Stiroh (2001), Baily and Lawrence (2001), et Nordhaus (2001).
  • Au Japon, la productivité du travail n’a pas augmenté dans les années 90, malgré le niveau relativement élevé de l’intensification du capital technologique et globale. D’après une étude officielle, la contribution de l’intensification du capital technologique à la croissance a augmenté d’environ ½-¾ de point entre le début et la fin de la décennie (Japon, Agence de planification économique, 2000). Cependant, la contribution de l’intensification du capital non technologique a diminué d’autant. Il n’y a pas d’étude portant spécifiquement sur la contribution de la production ou de l’utilisation des technologies de l’information à la croissance de la PGF au Japon.

  • En France, la productivité du travail a baissé dans la deuxième moitié des années 90. Les études réalisées par les services du FMI attribuent ce recul à une baisse de l’intensification du capital globale due à la réduction de l’investissement dans les équipements permettant des économies de main-d’œuvre en raison de la croissance modérée des salaires11. Alors que l’intensification du capital globale a diminué, la contribution de l’intensification du capital technologique à la croissance est, elle, passée de zéro à ¼ de point. Si la croissance de la PGF a rebondi dans la deuxième moitié des années 90, c’est probablement attribuable à la reprise économique d’ensemble (et à une PGF procyclique) et non à la production technologique, qui est relativement faible en France. Reste à savoir dans quelle mesure ce rebond était éventuellement lié à l’utilisation des technologies de l’information.

  • Au Royaume-Uni, la productivité du travail n’a pas augmenté, malgré un taux d’investissement en capital de technologies de l’information presque aussi élevé qu’aux États-Unis. Les études réalisées par les services du FMI indiquent que tant l’intensification du capital technologique que la hausse de la PGF dans la production technologique ont beaucoup contribué à l’accélération de la productivité du travail vers la fin des années 90 (Kodres, à paraître et Oulton, 2001). Ces contributions ont cependant été contrebalancées par la diminution de la PGF dans les secteurs autres que les technologies de l’information.

  • Dans la plupart des pays émergents d’Asie, la productivité du travail a baissé vers la fin des années 90, en raison notamment du ralentissement de la croissance de la production lié à la crise. Les études préliminaires réalisées par les services du FMI indiquent que les contributions de l’intensification du capital technologique et de la hausse de la PGF dans la production technologique à l’accélération de la productivité du travail ont augmenté durant la décennie, mais ont été plus que compensées par la baisse de la contribution des autres secteurs (encadré 3.3). L’augmentation de l’intensification du capital technologique tient à ce que l’investissement en technologies de l’information est resté relativement élevé, malgré le ralentissement de la croissance dû à la crise asiatique.

Les études comparatives portant sur plusieurs pays concluent aussi que l’intensification du capital technologique et la hausse de la PGF dans la production technologique ont contribué à l’accélération de la productivité du travail dans la deuxième moitié des années 90. Les indices sont de deux ordres: une série d’études calcule la contribution de l’intensification du capital technologique à l’aide de la méthode traditionnelle de la comptabilité de la croissance, tandis que les autres s’intéressent au rôle joué par les secteurs utilisateurs (et producteurs) des technologies de l’information12. De la première série d’études, il ressort que l’intensification du capital technologique a effectivement beaucoup contribué à la croissance dans un certain nombre de pays (tableau 3.5). Compte tenu de la baisse rapide des prix relatifs de l’équipement en technologies de l’information, sa contribution à la croissance du stock de capital est supérieure à la part nominale de l’investissement qu’il représente. D’après une étude, la baisse des prix des biens d’équipement compte pour un tiers de la croissance réelle du stock de capital aux États-Unis entre 1995 et 1999 (Colecchia, 2001).

L’autre méthode pour mesurer l’impact des technologies de l’information consiste à évaluer les contributions du secteur producteur des technologies de l’information et des secteurs qui les consomment à la croissance économique via l’intensification du capital. En d’autres termes, il s’agit de mesurer l’intensification globale du capital des secteurs qui produisent et utilisent les technologies de l’information et non l’intensification globale du capital technologique. Les résultats d’une étude de ce type (Van Ark, 2001) sont présentés au tableau 3.6. Il en ressort que la contribution des branches productrices ou grosses consommatrices d’équipement informatique à la croissance économique est de 0,5 à 0,9 point, soit de 28 % à 57 %. Dans la plupart des pays du G-7, la contribution des secteurs consommateurs est nettement supérieure à celle des secteurs producteurs.

La contribution du progrès technologique dans la production technologique à l’accélération de la productivité du travail est aussi relativement indiscutée. La hausse sensible de la PGF dans le secteur des technologies de l’information, qui est la contrepartie de la baisse rapide des prix des technologies de l’information tenant compte de la qualité a beaucoup contribué à l’accélération de la productivité du travail dans les pays ayant un secteur producteur de technologies de l’information relativement développé.

Tableau 3.5.Contribution de l’accumulation du capital technologique à la croissance de la production dans les pays du G-7(Points)
Colecchia (2001) 1995-99Daveri (2001) 1991-99Roeger (2001) 1995-99
Allemagne10,30,50,3
Canada20,4
États-Unis0,90,90,7
France0,40,40,3
Italie0,30,30,3
Japon0,3
Royaume-Uni0,80,4
Note: Colecchia (2001) et Daveri (2001) font référence à la croissance du secteur industriel et commercial, tandis que Roeger (2001) étudie la croissance du PIB. En plus des ordinateurs et équipements de télécommunications, Colecchia (2001) et Daveri (2001) prennent en compte les logiciels, tandis que Roeger (2001) prend en compte les semi-conducteurs.

L’estimation de Daveri (2001) porte sur la période 1992-99.

L’estimation de Colecchia (2001) ne tient pas compte des logiciels.

Note: Colecchia (2001) et Daveri (2001) font référence à la croissance du secteur industriel et commercial, tandis que Roeger (2001) étudie la croissance du PIB. En plus des ordinateurs et équipements de télécommunications, Colecchia (2001) et Daveri (2001) prennent en compte les logiciels, tandis que Roeger (2001) prend en compte les semi-conducteurs.

L’estimation de Daveri (2001) porte sur la période 1992-99.

L’estimation de Colecchia (2001) ne tient pas compte des logiciels.

Tableau 3.6.Contribution des branches d’activité technologiques à la croissance économique, 1990-98(Pourcentage annuel)
Contribution des branches d’activité technologiques
Croissance du PIB réelTotalUtilisatricesProductrices
Allemagne1,10,50,40,1
Canada2,10,80,60,2
Danemark1,80,50,30,2
États-Unis3,21,40,90,5
Finlande1,60,70,00,7
France1,30,50,20,3
Italie1,40,70,50,2
Japon1,40,80,50,3
Pays-Bas2,51,00,70,3
Royaume-Uni2,11,00,60,4
Source: Van Ark (2001). Pour l’Allemagne, les chiffres se rapportent à la période 1991-97.
Source: Van Ark (2001). Pour l’Allemagne, les chiffres se rapportent à la période 1991-97.

On peut évaluer l’impact des technologies de l’information sur la hausse de la PGF d’ensemble en examinant, pour un groupe de pays, la relation entre la hausse de la PGF, d’une part, et la production et l’utilisation des technologies de l’information, d’autre part. Comme celles qui portent spécifiquement sur les Etats Unis, les études comparatives ne mettent pas clairement en évidence les retombées des technologies de l’information. Il semble que les dépenses en technologies de l’information aient eu un effet positif sur l’accélération de la PGF dans 14 pays avancés (Gramlich, 2001). Une étude réalisée par les services du FMI étend l’analyse à un échantillon plus large de pays et en affine les paramètres. Il en ressort que l’effet des dépenses en technologies de l’information sur la hausse de la PGF est flou, car tant le coefficient calculé que l’erreur type sont sensibles aux paramètres retenus, à la période et à l’assortiment de pays sur lesquels porte la régression (voir Haacker and Morsink, 2001).

En somme, il semble manifeste que les technologies de l’information contribuent déjà de manière considérable à la hausse de la productivité du travail du fait des progrès technologiques dans la production technologique et de l’intensification du capital technologique. On ne dispose pas encore de preuves convaincantes de l’impact des technologies de l’information sur l’efficacité générale de la production.

Qui est gagnant: les producteurs ou les utilisateurs?

La plupart des études portant sur les conséquences macroéconomiques des technologies de l’information se sont fixées sur la productivité du travail, et la répartition des gains de bien-être a reçu moins d’attention. En principe, les bienfaits d’une révolution industrielle sont recueillis par les propriétaires des entreprises (dont les bénéfices augmentent), par la main-d’œuvre (dont les salaires progressent) ou par les utilisateurs (qui paient les produits moins cher). Dans le cas de la révolution des technologies de l’information, les bénéfices et les salaires ont un peu augmenté, mais ces variations sont faibles par rapport à la chute abrupte des prix relatifs des produits technologiques. Cela donne à penser que les pays utilisateurs de technologies de l’information gagnent davantage que les pays producteurs puisque ces derniers perdent une partie de leurs gains du fait de la dégradation des termes de l’échange13. Comme nous l’avons déjà noté, l’histoire enseigne que ce sont en pratique les utilisateurs qui profitent le plus des révolutions technologiques. Le cas de l’industrie textile durant la révolution industrielle en Grande-Bretagne en donne une bonne illustration: environ la moitié des gains de bien-être ont été exportés du fait de la dégradation des termes de l’échange.

Encadre 3.3.Les technologies de l’information et la croissance des pays émergents d’Asie

La plupart des études qui traitent des technologies de l’information et de la croissance portent sur les pays avancés d’Amérique du Nord et d’Europe, ainsi que sur le Japon, or beaucoup de pays à marché émergent d’Asie sont d’importants producteurs et utilisateurs de produits technologiques. Le FMI a entrepris une étude comparative de l’impact de 1’intensification du capital technologique sur la hausse de la productivité du travail en Chine, en Corée, dans la RAS de Hong Kong, en Indonésie, en Malaisie, aux Philippines, dans la province chinoise de Taiwan et en Thaï’lande (Lee and Khatri, 2001). Étant donné que les autorités statistiques de ces pays n’utilisent pas la méthode hédonique pour ajuster les prix de façon à tenir compte des changements de qualité ni des pondérations chaînées pour calculer le taux de croissance réel (encadré 3.1), et que la comptabilité nationale ne distingue pas la production, la consommation et l’investissement en produits technologiques, l’étude du FMI s’appuie sur des données comparatives cohérentes sur les dépenses en produits technologiques provenant de l’Alliance mondiale des services de technologies de l’information (World Information Technology Services Alliance—WITSA) et des données sur les prix établies par le Bureau d’analyse économique américain, corrigées des variations de change.

Les estimations du stock de capital technologique (rapporté au PIB) des pays émergents d’Asie et des États-Unis figurent au graphique ci-contre1. Les États-Unis et les nouvelles économies industrielles affichent les ratios du capital technologique au PIB les plus élevés, suivies des quatre pays de l’ASEAN, puis de la Chine, ce qui reflète les différences de revenu par habitant. Dans toutes les zones économiques, le stock d’équipements de télécommunication vient au premier rang, suivi du matériel informatique, puis des logiciels. En outre, les proportions sont sensiblement différentes, le matériel informatique représentant une part bien plus grande du capital technologique aux États-Unis et dans les nouvelles économies industrielles d’Asie qu’ailleurs. C’est un aspect important pour le calcul de l’intensification du capital technologique, car la baisse des prix relatifs qui induit le gain de bien-être des technologies de l’ est beaucoup plus prononcée dans le secteur du matériel informatique que dans les autres secteurs.

Technologies de l’information et productivité de la main-d’oeuvre

Source: estimations des services du FMI.

1Moyenne simple des nouvelles économies industrielles (NEI) d’Asie: Corée, RAS de Hong Kong, Singapour et province chinoise de Taiwan.

2Moyenne simple de quatre pays membres de l’ASEAN: Indonésie, Malaisie, Philippines et Thai’lande.

Les résultats fondés sur la décomposition classique de la comptabilité de croissance montrent que la contribution de l’intensification du capital technologique à la hausse de la productivité du travail dans les pays émergents d’Asie a augmenté durant les années 90 (voir graphique). Cette contribution est déjà importante pendant la première moitié de la décennie dans les nouvelles économies industrielles d’Asie et s’est encore accrue les cinq années suivantes. Dans les quatre pays de l’ASEAN et en Chine, la contribution de l’intensification du capital technologique, faible au départ, a grosso modo doublé pour représenter désormais de ¼ de point de PIB.

Cette intensification du capital technologique s’est cependant produite alors que, dans les pays à marché émergent d’Asie, la hausse de la productivité du travail est tombée de 5 % pendant la première moitié de la décennie à 2½% les cinq années suivantes. Cette baisse prononcée tient principalement au ralentissement de la croissance causé par la crise. En particulier, la décélération marquée de la productivité globale des facteurs (PGF) et le ralentissement de l’intensification du capital non technologique dans les nouvelles économies industrielles d’Asie et dans les quatre pays de l’ASEAN étaient liés à la crise de 1997-98, comme le donne à penser le contraste avec la Chine. Il est donc remarquable que la contribution de l’intensification du capital technologique à la croissance ait augmenté dans tous les pays, ce qui dénote la vigueur continue de l’investissement en produits technologiques. En fait, c’est le dynamisme de l’investissement en produits technologiques qui a aidé la croissance à repartir dans les pays touchés par la crise.

1Les calculs sont établis selon la methode de l’inventaire perpetuel.

Un des moyens de faire apparaître l’effet de la baisse des prix des produits technologiques sur la répartition internationale des bienfaits des technologies de l’information consiste à l’illustrer en appliquant la méthode des prix hédoniques aux produits technologiques et celle de la pondération chaînée pour calculer le PIB réel et la demande intérieure réelle. Les résultats montrent comment la baisse rapide des prix relatifs des produits technologiques fait augmenter la production et comment le commerce entre les pays transfère certains de ces gains des pays producteurs aux pays consommateurs de technologies de l’information. Comme le montrent les estimations (limite supérieure) du tableau 3.7, du côté de la production, les progrès techniques intégrés dans la baisse des prix des produits technologiques font augmenter la croissance annualisée de la production, tout particulièrement à Singapour et en Malaisie14. Cependant, comme la plus grande partie de ces produits sont exportés dans le reste du monde et donc échangés contre des produits non technologiques qui deviennent rapidement relativement plus chers, le gain du point de vue de la demande intérieure réelle est bien moindre. Par contre, les pays qui importent des produits technologiques y gagnent du fait que leurs termes de l’échange ne cessent de s’améliorer.

Une autre façon, théoriquement plus attrayante, d’évaluer les gains de bien-être découlant de la baisse des prix des technologies de l’information consiste à calculer la variation du surplus du consommateur, dans sa définition la plus large. L’accroissement du surplus du consommateur est représenté par l’aire située entre le prix initial (P0) et le prix final (P1) sous la courbe de la demande des produits à haute technologie (graphique 3.5)15. On utilise la totalité de la courbe de la demande parce que si l’on suppose un environnement complètement compétitif, tous les gains vont en définitive aux consommateurs, même si cela inclut des biens intermédiaires ou des biens d’équipement16. D’après la méthodologie utilisée pour de précédentes études des données des États-Unis, les services du FMI ont calculé les courbes de la demande de matériel et de logiciels informatiques et d’équipements de télécommunication à l’aide de données de panel sur les ventes de technologies de l’information pour 41 pays sur les années 1992-99 et les prix corrigés des taux de change des comptes nationaux du revenu et de la production des États-Unis17. Le surplus du consommateur de l’année 1999 a ensuite été calculé comme le gain résultant de la baisse des prix entre 1992 et 1999.

Graphique 3.5.Demande de produits technologiques et surplus du consommateur1

Plus le prix des produits technologiques diminue, plus le surplus du consommateur augmente.

1P0 est le prix initial, P1 le prix final, E0 la dépense nominale initiale et E1 la dépense nominale finale.

Tableau 3.7.Estimations illustratives de l’impact de la chute des prix des produits technologiques sur le PIB, les termes de l’échange et la demande intérieure1(Pourcentage annuel, par ordre de grandeur décroissant de l’impact sur la demande intérieure)
PaysPIBTermes de l’échange (contribution à la croissance du PIB)Demande intérieure (contribution à la croissance du PIB)
États-Unis0,380,280,67
Suède−0,090,500,41
Canada0,110,260,37
Australie0,030,300,33
Royaume-Uni0,300,020,32
Corée0,85−0,590,27
Singapour6,71−6,460,25
Danemark−0,010,260,25
Israël0,27−0,040,23
Taiwan, prov. chinoise de0,58−0,370,21
Norvège0,030,180,20
Hong Kong (RAS)0,20−0,010,20
Finlande−0,090,280,19
Pays-Bas0,130,050,18
Malaisie3,31−3,130,18
Irlande2,10−1,930,18
Suisse0,030,150,17
Japon0,37−0,190,17
Belgique0,100,030,12
Allemagne0,040,080,12
France0,100,020,12
Portugal0,070,050,12
Autriche0,030,090,12
Italie0,090,010,11
Brésil0,17−0,070,10
Philippines1,13−1,030,10
Espagne0,030,060,09
Thaïlande0,96−0,870,09
Grèce0,010,040,06
Source: Bayoumi and Haacker (2001).

L’impact de la chute des prix des produits technologiques sur le PIB réel, la demande intérieure réelle et les exportations nettes réelles est calculé en déflatant les dépenses finales en produits technologiques des prix hédoniques américains corrigés des effets de change (et non du déflateur du PIB), puis en appliquant une pondération chaînée.

Source: Bayoumi and Haacker (2001).

L’impact de la chute des prix des produits technologiques sur le PIB réel, la demande intérieure réelle et les exportations nettes réelles est calculé en déflatant les dépenses finales en produits technologiques des prix hédoniques américains corrigés des effets de change (et non du déflateur du PIB), puis en appliquant une pondération chaînée.

Bien qu’il faille interpréter les résultats avec prudence, étant donné les hypothèses fortes posées, l’augmentation du surplus du consommateur est très marquée, puisqu’elle équivaut déjà à plusieurs points de PIB (graphique 3.6). La hausse du surplus du consommateur ne dépend pas seulement du montant total des dépenses de technologies de l’information (en pourcentage du PIB), mais aussi de la composition de ces dépenses. Dans les pays qui affichent un niveau relativement élevé de dépenses en équipements de traitement des données, dont le prix a baissé plus vite que ceux des équipements de télécommunication et des logiciels, la hausse du surplus du consommateur est plus forte. Les comparaisons internationales font ressortir des variations intéressantes. Les pays qui enregistrent la plus forte hausse du surplus du consommateur (plus de 3 ⅓ % du PIB) sont les États-Unis, Singapour, la Nouvelle-Zélande, l’Australie et le Royaume-Uni. Les suivants (entre 2½% et 3½% du PIB) sont des pays d’Europe du Nord (Suède, Suisse, Danemark, Pays-Bas, Irlande, Norvège et Finlande), des pays d’Asie (Corée, RAS de Hong Kong, Japon et Malaisie) ou des pays ayant des liens étroits avec les États-Unis (Israël et Canada). Les plus faibles hausses sont enregistrées par la plupart des pays d’Europe continentale, du Sud en particulier, ainsi que par quelques gros producteurs de produits technologiques (Philippines, province chinoise de Taiwan et Thaïlande). Dans le cas de ces pays asiatiques, cependant, la hausse du surplus du consommateur reste relativement forte par rapport à d’autres pays non compris dans l’échantillon ayant un revenu par habitant comparable, ce qui indique que le secteur des technologies de l’information engendre des retombées technologiques bénéfiques.

Graphique 3.6.Hausses du surplus du consommateur, 1992-99

(En pourcentage du PIB)

La hausse du surplus du consommateur due à la baisse du prix relatif des produits technologiques varie de 1 ¼ % à 4 % du PIB dans les pays avancés et les pays émergents d’Asie.

La révolution des technologies de l’information affecte aussi la répartition du revenu du travail à l’intérieur des pays. Le développement des technologies de l’information accroît la demande de travailleurs hautement qualifiés qui peuvent faire reculer la frontière technologique et mettre la nouvelle technologie à la disposition du reste de la population active. Même l’adoption initiale des technologies de l’information accroît la demande de main-d’œuvre qualifiée, car la mise en place de systèmes informatisés entraîne souvent la banalisation des tâches simples et répétitives (dans les industries de services) ou l’automatisation des processus de fabrication (dans l’industrie manufacturière), bien que le secteur producteur des technologies de l’information—c’est important dans certains pays—crée lui-même un grand nombre d’emplois non qualifiés. En dehors des technologies de l’information, l’ordinateur peut plus facilement remplacer l’homme et le jugement dans les emplois de bureau ou la production que pour des emplois de type cadre de direction ou profession libérale18. Les technologies de l’information accroissent aussi l’efficacité des techniques de commercialisation et de résolution des problèmes utilisées pour mieux faire correspondre les produits existants aux besoins des consommateurs et mettre au point de nouveaux produits. Cependant, à la longue, à mesure que les technologies de l’information deviennent plus conviviales et que l’équipement informatique est plus largement disponible, les technologies de l’information permettent la création de valeur par des travailleurs moins qualifiés19.

En résumé, de même que lors des précédentes révolutions technologiques, ce sont les utilisateurs et non les producteurs des technologies de l’information qui en récoltent une grande partie des bienfaits. Si certains pays ont vu leur PIB réel augmenter sensiblement, ce gain a été annulé par la dégradation de leurs termes de l’échange, encore que l’utilisation plus large des technologies de l’information ait aussi eu des retombées bénéfiques. Les gains dus au progrès technique, qu’on les mesure par l’augmentation de la demande ou du surplus du consommateur, sont essentiellement liés aux achats de produits technologiques. Au niveau national, la révolution des technologies de l’information fait croître les salaires des travailleurs qualifiés par rapport à ceux des moins qualifiés, encore que la prime à la qualification soit appelée à diminuer à la longue.

Conséquences pour le cycle économique

L’augmentation rapide de la production et de l’utilisation des technologies de l’information dans le monde entier a une incidence importante sur les sources et la propagation des cycles économiques. À mesure que les technologies de l’information en viennent à représenter une part croissante de la production totale, les chocs liés aux technologies de l’information sont de plus en plus l’élément moteur des fluctuations macroéconomiques, cependant que l’utilisation de plus en plus répandue des technologies de l’information accélère la cadence de l’ajustement macroéconomique. Dans le même temps, la révolution des technologies de l’information a renforcé les liens réels et financiers entre les pays, si bien que les exportations, les investissements directs étrangers et les marchés boursiers des pays producteurs de technologies de l’information sont vulnérables aux fluctuations de la demande mondiale de produits technologiques. Par ailleurs, parce que les entreprises qui produisent des technologies de l’information se financent principalement par émission d’actions, les changements d’humeur des investisseurs (par opposition à une réaction raisonnée à l’évolution de la situation économique foncière) peuvent influer indépendamment sur les cycles économiques mondiaux des technologies de l’information.

Activité intérieure

À mesure que les technologies de l’information en viennent à représenter une part croissante de la production totale, les chocs liés aux technologies de l’information sont de plus en plus l’élément moteur des fluctuations macroéconomiques. Certains observateurs ont noté le parallélisme entre la conjonction actuelle progrès technologique rapide—intégration croissante des marchés de capitaux—plus grande discipline macroéconomique et le climat économique de la fin du XIXe siècle et du début du XXe siècle (analyse développée dans Bank for International Settlements, 2001). Il est admis qu’à cette époque, les chocs technologiques et leurs incidences sur l’investissement et la demande globale étaient le principal élément moteur du cycle économique20. Cela n’est plus vrai pour l’essentiel de la période suivant la seconde guerre mondiale, durant laquelle ce sont principalement la politique monétaire et la politique budgétaire qui ont été à l’origine du regain ou du ralentissement de l’activité économique.

La diffusion des technologies de l’information peut améliorer la gestion des stocks en réduisant les délais de collecte, de transmission et de traitement de l’information. Cette idée est confirmée par le fait que les ratios stocks/ventes ont diminué en Australie, au Canada et aux États-Unis dans les années 80 et 90. Les technologies de l’information peuvent aussi permettre aux entreprises, face à un choc donné, d’accumuler moins de stocks, même si les technologies de l’information ne peuvent pas atténuer l’ampleur ou la fréquence des chocs. L’observation de la tendance récente à la volatilité des stocks, qui contribue à la volatilité de la production, corrobore cette assertion (encadré 3.4).

Le caractère abrupt du récent ralentissement de l’activité dans le monde mais surtout aux États-Unis montre à quel point les technologies de l’information peuvent accélérer la cadence de l’ajustement macroéconomique. À la suite du ralentissement de la croissance des achats de biens de consommation durables au milieu de l’an 2000, la gestion plus perfectionnée de la chaîne de l’offre a permis aux entreprises américaines de déceler rapidement l’accumulation initiale des stocks, et la plus grande souplesse des processus de production leur a permis d’ajuster plus vite leur niveau de production. De ce fait, un mouvement de rééquilibrage des stocks—dans le secteur automobile en particulier—s’est rapidement enclenché et le fléchissement économique s’est intensifié, si bien que le ralentissement a en définitive été plus prononcé que prévu. L’une des conséquences de l’ajustement plus rapide de l’activité est que la politique monétaire risque fort de devoir réagir plus vite qu’auparavant (Greenspan, 2001a).

Activité internationale

Encadré 3.4.La révolution des technologies de l’information a-t-elle réduit l’amplitude du cycle conjoncturel?

Au cours des vingt dernières années, la volatilité de la production a considérablement diminué dans la plupart des pays du G-7. L’écart-type de la croissance du produit réel trimestriel a diminué de près de moitié entre les années 80 et les années 90 en Allemagne, au Canada, aux États-Unis et au Royaume-Uni, est resté à peu près stable en France et en Italie, et a augmenté au Japon. Cette moindre amplitude du cycle tient en partie à des changements structurels de long terme, tels que le développement des services, l’intensification de l’intermédiation financière et l’amélioration de la politique monétaire et budgétaire. Plus récemment, cependant, on en est venu à se demander si les technologies de l’information ont contribué à la diminution de l’amplitude du cycle conjoncturel.

On cherchera à déterminer dans cet encadré si l’adoption des technologies de l’information par les entreprises a contribué à réduire l’amplitude des variations conjoncturelles entre les années 80 et les années 90 grâce à une meilleure gestion des stocks. Les technologies de l’information peuvent affecter le comportement des stocks de deux manières au moins:

  • Améliorer la qualité de l’information que les entreprises utilisent et la rapidité avec laquelle elles la reçoivent (par exemple du fait des codes-barres et de la transmission en temps réel de l’information des détaillants aux distributeurs).

  • La conception assistée par ordinateur (CAO) a rendu les équipements fixes plus faciles et rapides à produire, réduisant les délais d’installation et la propension à produire en grande quantité à cause des coûts fixes élevés.

Les entreprises peuvent donc fonctionner avec des stocks moins importants et utiliser plus efficacement les stocks invendus comme volant face aux variations des ventes. C’est ainsi que les ratios stocks/ventes ont baissé ces dernières années, notamment dans les secteurs et les pays qui ont adopté le plus rapidement les technologies de l’information. Sur la base de données provenant d’entreprises de pays du G-7, le graphique ci-contre montre l’évolution des stocks en pourcentage des ventes annuelles entre 1988 et l’an 2000 pour trois branches d’activité: biens de consommation durables (électronique, automobiles et équipement ménager); biens de consommation non durables (boissons, produits alimentaires et produits de soins personnels); et produits technologiques (matériel et logiciels informatiques)1. Par rapport aux ventes annuelles, les stocks de biens de consommation durables ont baissé d’environ un cinquième depuis 1988, à partir d’un niveau de départ plus élevé que les stocks de biens de consommation non durables, essentiellement sous l’impulsion des entreprises japonaises, américaines et britanniques, plutôt que des firmes du Canada et d’Europe continentale. La diminution du ratio stocks/ventes est plus marquée et plus généralisée dans le secteur des technologies de l’information: il a baissé de près de moitié depuis 1988. Cela donne à penser qu’une partie au moins de la baisse du niveau des stocks depuis la fin des années 80 est due à l’effet technologie, car c’est dans le secteur technologique que les technologies de l’information sont probablement le plus largement adoptées2. En l’an 2000, les États-Unis affichaient le ratio global stocks/ventes le plus bas, suivis par le Royaume-Uni, le Canada et le Japon; la France, l’Allemagne et l’Italie avaient les ratios les plus élevés.

Comment ce changement du niveau des stocks a-t-il influé sur les fluctuations cycliques? À partir de la ventilation habituelle de la production réelle en ventes finales et investissements en stocks, il est possible de décomposer la variation de la volatilité de la croissance de la production réelle en ce qui provient de la variation de la croissance des ventes, de la variation de la croissance des investissements en stocks et de la variation de la corrélation entre ces variables3. Toute baisse de la production qui n’est pas attribuable à une diminution de la variance de la croissance des ventes est done liée soit à une meilleure prévisibilité de la croissance des stocks, soit à une meilleure utilisation des stocks pour lisser les irrégularités de la trajectoire des ventes finales.

Pour ce qui est des pays pris individuellement, on constate que la variance de la croissance du PIB réel trimestriel aux États-Unis a diminué de 68 % entre les années 80 et les années 90, tandis que la variance de la croissance des ventes a baissé de 50 % (voir graphique). Les stocks sont donc un élément important de la réduction de l’amplitude des cycles, du fait à la fois d’une baisse sensible de leur volatilité et du choix plus judicieux du moment de les faire varier. lls ont aussi joué un rôle significatif au Canada et au Royaume-Uni. Par contre, dans les pays d’Europe continentale où 1’utilisation des technologies de 1’information est moins développée, il n’y a guère d’indices d’une contribution de la gestion des stocks à la diminution de la volatilité de la production.

Le Japon est le seul pays du G-7 où 1’amplitude des cycles a sensiblement augmenté4. Comme le montre le graphique, les stocks ont modérément contribué à cette plus grande volatilité, bien que les technologies de l’information soient largement utilisées. Si la variabilité des variations des stocks a diminué, comme on pouvait s’y attendre étant donné la diminution du ratio stocks/ventes, les investissements en stocks n’ont pas compensé les mouvements des ventes autant que par le passé. Cela donne à penser que l’aptitude des producteurs à mieux compenser les variations des ventes aux États-Unis et ailleurs participe sans doute d’un phénomène cyclique qui atténue les fluctuations de la production, et non d’une meilleure gestion des stocks.

1Ces ratios par branche sont des moyennes pondérées des stocks rapportés aux ventes annuelles, la pondération étant fonction de la part de chaque entreprise dans le total des ventes de la branche. Les données sur les stocks et les ventes en fin d’exercice de 2.743 entreprises (en 1999) proviennent de Worldscope.2La baisse prononcée du niveau des stocks dans le secteur technologique par rapport aux autres secteurs tient peut-être aussi à des facteurs cycliques.3La variance de la production réelle peut alors s’exprimer par l’équation suivante:var(δyt) = var(δst) + var(δIt) + 2 cov(δsv δIt)Δyt est la croissance de la production réelle, Δyt la contribution des ventes finales, et ΔIt la contribution de la variation des investissements en stocks. Les variations des ventes et des stocks ont été des composantes relativement stables du PIB des années 80 jusqu’aux années 90 dans tous les pays du G-7, de sorte que les variations de leurs contributions à la croissance sont dues essentiellement aux variations de la volatilité de leurs taux de croissance.4L’encadré 1.2 de l’édition d’octobre 2000 des Perspectives de l’économie mondiale expose les raisons de cette évolution différente de la volatilite de la production.

Fluctuations des stocks et de la production

Sources: Thomson Financial, Worldscope; estimations des services du FMI.

1Changement de variance de la croissance trimestrielle du PIB réel entre le premier trimestre de 1981 et le quatrième trimestre de 1990 et entre le premier trimestre de 1991 elle quatrième trimestre de I’an 2000. Le changement de variance est ensuite decompose en ses elements stocks et ventes. La methode de calcul est decrite ci-contre.

En conclusion, les résultats s’accordent avec l’idée que les technologies de l’information contribuent à réduire l’amplitude du cycle conjoncturel du fait d’une meilleure maîtrise des stocks. Bien que la diminution de la volatilité de la production dans les pays du G-7 soit probablement attribuable à des facteurs cycliques, il est frappant que la volatilité des variations des stocks ait sensiblement diminué aussi bien au Japon (où la volatilité des ventes a augmenté) qu’aux États-Unis. Il est plus difficile de déterminer si les stocks sont aussi utilisés de manière plus efficace comme amortisseur pour parer aux variations des ventes. Il semble que cela se vérifie ici et là, mais il est plus difficile d’en trouver des indices probants au niveau macroéconomique. Le ralentissement actuel sera instructif, car il permettra d’évaluer dans quelle mesure la révolution des technologies de l’information a amélioré la gestion des stocks.

Les technologies de l’information ont affermi les liens réels et financiers entre les pays. Une des dimensions importantes de ce phénomène est l’augmentation rapide de la part des produits technologiques dans le commerce mondial, qui est passée de quelque 7½% en 1990 à 11 % en 1999 (graphique 3.7, page 141), ce qui tient, d’une part, à la demande croissante de nouvelle technologie et, d’autre part, au rapport élevé valeur/poids des produits technologiques, qui en facilite la commercialisation. La progression du commerce de produits technologiques a été particulièrement impressionnante dans le cas des marchés émergents d’Asie, notamment la Corée, la Malaisie, les Philippines, Singapour et la Thaïlande (graphique 3.8, page 142). Si l’on ajoute les autres composants électroniques, qui servent principalement à la production des biens incorporant les technologies de l’information, les produits électroniques représentent maintenant plus de 50 % des exportations d’un grand nombre de pays asiatiques. On observe une même tendance à la hausse, moins prononcée cependant, de la part des produits technologiques dans les exportations des États-Unis et de l’Europe.

Graphique 3.7.Exportations de produits technologiques1

(Pourcentage des exportations mondiales)

Les produits technologiques constituent une part croissante des échanges mondiaux.

Source: statistiques commerciales des Nations Unies.

1Exportations de produits technologiques de 32 pays. Produits sélectionnés: matériel informatique, logiciels, composants électroniques et matériel de télécommunication. Pays de l’échantillon: Afrique du Sud, Allemagne, Australie, Autriche, Belgique-Luxembourg, Brésil, Canada, Corée, Danemark, Espagne, États-Unis, Finlande, France, Grèce, Hong Kong (RAS), Inde, Indonésie, Irlande, Israël, Italie, Japon, Malaisie, Norvège, Pays-Bas, Philippines, Portugal, Royaume-Uni, Singapour, Suède, Suisse, province chinoise de Taiwan et Thaïlande.

2Les données sur les logiciels débutent en 1996.

Graphique 3.8.Commerce de produits technologiques1

(Pourcentage des exportations du pays ou du groupe de pays)

La part des produits technologiques dans le total des exportations a nettement augmenté en Asie.

Sources: United Nations Trade Database; estimations des services du FMI.

1Exportations de matériel informatique et de composants électroniques actifs.

2Australie, Corée, Hong Kong (RAS), Malaisie, Philippines, Singapour, province chinoise de Taiwan et Thaïlande.

3Allemagne, Autriche, Belgique-Luxembourg, Danemark, Espagne, Finlande, France, Grèce, Irlande, Italie, Norvège, Pays-Bas, Portugal, Suède et Suisse.

Il en résulte une conséquence importante: les recettes d’exportation de ces pays sont plus vulnérables aux fluctuations de la demande mondiale d’équipements et de composants technologiques. Comme indiqué à l’appendice I du chapitre I, les prix des produits technologiques ont été sujets à d’amples fluctuations ces dernières années. Les prix des semi-conducteurs en particulier ont décrit des cycles marqués à périodicité d’environ quatre ans. Cela tient, d’une part, à ce qu’il faut en général deux ans pour construire une usine de fabrication de puces et, d’autre part, au fait que ce type d’investissement se fait généralement vers la fin de la phase ascendante du cycle, lorsque les entreprises sont davantage en mesure de financer leur expansion à l’aide de leurs bénéfices réinvestis. En plus de ce mécanisme en toile d’araignée, le secteur a connu une série de chocs favorables vers la fin des années 90, y compris la déréglementation des télécommunications locales aux États-Unis, la crainte du bogue de l’an 2000 et le développement commercial d’Internet. L’accroissement de la capacité de production qui en a résulté aggrave la situation d’offre excédentaire dans la période actuelle de fléchissement de la conjoncture. Le lien entre le cycle de l’activité intérieure et le cycle international de l’industrie électronique est particulièrement notable dans plusieurs petites économies ouvertes d’Asie qui, comme déjà indiqué, se sont spécialisées de façon très pointue dans la production et l’exportation de semi-conducteurs et d’équipement de technologies de l’information (encadré 3.5).

Encadré 3.5.Le marasme des technologies de l’information et les perspectives de croissance à court terme de l’Asie orientale

Les résultats économiques de l’Asie orientale sont devenus de plus en plus sensibles aux fluctuations cycliques du marché mondial des technologies de l’information au cours des vingt dernières années, du fait de la croissance rapide de la part du secteur technologique dans la production, l’investissement et les exportations de la région. En l’an 2000, les exportations de ce secteur représentaient 30 % des exportations de biens de l’Asie orientale, soit près de 10 % de son PIB1. Sa sensibilité croissante est illustrée par l’évolution récente: le marasme du marché mondial des technologies de l’information depuis le milieu de l’an 2000 est l’un des principaux facteurs qui pèsent sur la croisance des exportations et du PIB de l’Asie orientale en 2001, de même que la vive expansion du secteur des technologies de l’information avait stimulé la reprise économique de la région en 1999-2000. De nombreux produits technologiques comportent de plus en plus des caractéristiques de produits de base—notamment des cycles des prix marqués—si bien que les pays d’Asie orientale connaissent désormais à des degrés divers une variabilité de leurs exportations et de leur production semblable à celle que l’on associe habituellement aux producteurs de produits de base.

L’effondrement du secteur des technologies de l’information a commencé au premier semestre de l’an 2000 par une inversion sensible de la flambée spéculative des cours des valeurs technologiques qui s’était produite auparavant dans le monde entier, suivie d’un recul marqué du volume des ventes et des prix des composants et produits technologiques durant le reste de l’année 2000, tendance qui s’est poursuivie en 2001. Sur les quatre premiers mois de 2001, les ventes mondiales de semi-conducteurs ont baissé de 10 % par rapport à la même période un an plus tôt. L’Asie orientale se ressent du fléchissement du secteur de l’électronique sur le plan commercial, puisque tant le volume des échanges que les prix ont baissé, et aussi sur le plan financier, car la baisse des cours des valeurs affecte l’investissement et les dépenses de consommation, tandis que tant l’investissement direct étranger que les investissements de portefeuille dans la région ont diminué.

Cet encadré traite de l’incidence du marasme du secteur des technologies de l’information sur la croissance de l’Asie orientale sur le plan commercial. Plus précisément, un modèle simple sert à estimer l’impact d’une baisse de 10 % du volume des exportations du secteur technologique. L’analyse fait ressortir trois facteurs déterminants à cet égard: 1) l’importance des exportations de produits électroniques, nettes des importations de produits intermédiaires, par rapport au PIB; 2) la réactivité des autres composantes du PIB à la baisse des recettes d’exportation; et 3) les retombées commerciales indirectes de la croissance plus faible du reste de la région.

Les exportations de produits électroniques représentent près de 10 % du PIB de la région dans son ensemble, et 20% du PIB des plus petits pays (graphique). Pour la plupart des pays, cependant, la production et les exportations de produits électroniques comportent une proportion élevée—entre 50 % et 75 %—de produits intermédiaires importés, pour l’essentiel d’autres pays de la région. De ce fait, une baisse des exportations de produits électroniques entraîne automatiquement une diminution de ces importations, ce qui atténue sensiblement les retombées sur les dépenses intérieures. L’ampleur des exportations nettes du secteur technologique par rapport au PIB varie beaucoup d’un pays à l’autre: de 25% du PIB pour la Malaisie à moins de 1 % pour la RAS de Hong Kong (non compris les réexportations), et l’impact initial sur les pays de la région est donc aussi très différent.

Le fait que les exportations de produits électroniques de l’Asie orientale comportent une grosse part de produits intermédiaires importés a une autre conséquence: la baisse des prix des produits électroniques affecte tant les importations que les exportations de la région, ce qui a un effet ambigu sur les termes de l’échange. Les produits électroniques qui se rapprochent le plus des produits de base, tels que les puces à mémoire, ont vu leurs prix chuter bien plus que les autres composants électroniques, si bien que les pays qui importent des puces et exportent d’autres produits électroniques peuvent même voir leurs termes de l’échange s’améliorer.

Les estimations et hypothèses retenues dans cette analyse à propos de la réactivité de différents postes de dépenses à la baisse des recettes d’exportation suggèrent qu’en Malaisie et à Singapour, des multiplicateurs plus faibles (reflétant un taux marginal d’épargne élevé) tendront à amortir l’impact du choc externe2. C’est le contraire en Indonésie et au Japon, où le taux marginal d’épargne est plus faible. Aux Philippines, l’effet du faible taux d’épargne est pour une large part compensé par la haute réactivité des importations non électroniques au fléchissement de la demande intérieure.

Commerce de produits technologiques

Source: estimations des services du FMI.

Globalement, une baisse de 10 % des exportations de produits électroniques de la région a pour effet direct d’amputer le PIB de l’Asie orientale d’environ½ point. L’incidence est beaucoup plus forte sur la croissance de la Malaisie, de Singapour, de la Corée, des Philippines et de la province chinoise de Taiwan (voir graphique), ce qui tient en grande partie à l’importance des exportations nettes de produits électroniques pour leur économie. Outre cet effet direct, le ralentissement de la croissance de la région va aussi réduire ses importations non électroniques, d’où une deuxième vague de contraction des exportations non électroniques et du PIB des autres pays. Une analyse utilisant les parts de commerce bilatéral pour estimer la contraction des échanges de produits non électroniques au sein de la région suggère que ces effets secondaires coûteraient encore ¼ de point de croissance, soit au total ¾ de point de PIB et presque le double pour l’Asie orientale moins la Chine et le Japon. L’Indonésie sera vraisemblablement le pays le plus touché par les retombées commerciales secondaires parce qu’une part exceptionnellement élevée de ses exportations s’effectue à destination d’autres pays de la région, et que la consommation y est relativement sensible aux variations des recettes d’exportation.

1Dans cette analyse, l’Asie orientale comprend la Chine, la Corée, la RAS de Hong Kong, l’Indonésie, le Japon, la Malaisie, les Philippines, Singapour, la province chnioise de Taiwan et la Thaïlande.2Les estimations de l’élasticité de la consommation privée sont fondées sur une étude récente de J.P. Morgan Chase & Co. (2001), et l’on pose en hypothèse que l’investissement réagit 2½ fois plus que la consommation privée. On suppose les dépenses du secteur public inchangées. La réactivité des importations non électroniques est fondée sur les élasticités calculées par Senhadji (1998).

En dehors des liens commerciaux, la mondialisation du secteur des technologies de l’information et son rôle croissant dans la transmission du cycle économique mondial se sont développés par le biais de l’investissement direct étranger, comme l’atteste l’expansion rapide à l’étranger de grandes sociétés de technologies de l’information telles que Intel, Cisco, Compaq, IBM, Motorola, Sony, Ericsson et Nokia. On peut établir un indicateur plus systématique de cette tendance à partir des données publiées par les sociétés de technologies de l’information sur le rapport du chiffre d’affaires de leurs filiales à l’étranger à leur chiffre d’affaires total. Le ratio est proche de l’unité dans le cas des sociétés ayant un vaste champ d’opérations multinationales, et avoisine zéro dans le cas des sociétés qui ne sont présentes que dans un seul pays21. Sur la base des données d’un échantillon de sociétés, pour la plupart très grosses et cotées en bourse de pays avancés, le graphique 3.9 (page 143) montre que le ratio du chiffre d’affaires à l’international (exclusion faite des exportations) au chiffre d’affaires total du secteur des technologies de l’information a suivi une trajectoire nettement plus ascendante que celui des autres secteurs depuis le début des années 90. Cette hausse est due pour une large part à la mondialisation de la production de matériel électronique et de logiciels.

Graphique 3.9.Mondialisation des sociétés technologiques1

(Pourcentages)

Le ratio des ventes à l’international au chiffre d’affaires total est plus élevé pour les sociétés technologiques que pour les autres et il est monté en flèche ces deux dernières années.

Sources: Thomson Financial, Worldscope; estimations des services du FMI.

1Ratio des ventes à l’international au chiffre d’affaires total, pondéré par le chiffre d’affaires total de chaque société.

L’affermissement des liens réels—par le commerce de marchandises et l’expansion des filiales à l’étranger des sociétés de technologies de l’information—a eu comme contrepartie le tissage de liens importants entre les marchés financiers. La corrélation transfrontalière des prix des actions depuis le milieu des années 90 est plus marquée pour le secteur des technologies de l’information que pour les autres, ce qui tient à ce que les sociétés de technologies de l’information sont plus exposées aux chocs courants des anticipations (quant à la rentabilité future des technologies de l’information) et plus internationalisées, de sorte qu’un choc affectant les résultats financiers d’une de ces sociétés dans un pays donné peut avoir un impact sensible sur d’autres pays, en raison de ses effets sur le bilan consolidé de la société au plan mondial (graphique 3.10, page 144). Une analyse statistique plus poussée, distinguant dans le rendement des actions d’une société le facteur conjoncture mondiale, le facteur implantation géographique et le facteur appartenance sectorielle montre que c’est de loin le facteur appartenance sectorielle qui pèse le plus lourd (Brooks and Catâo, 2000).

Graphique 3.10.Cours des valeurs1

(Moyenne de 1995 = 100; moyennes mensuelles)

Les cours des valeurs technologiques ont évolué de façon très corrélée d’un pays à l’autre.

Source: Thomson Financial Datastream.

1Pondérée par la valeur marchande.

2Allemagne, Autriche, Belgique, Danemark, Espagne, Finlande, France, Grèce, Irlande, Italie, Luxembourg, Norvège, Pays-Bas, Portugal, Royaume-Uni, Suède et Suisse.

3Argentine, Brésil, Chili, Colombie, Mexique et Pérou.

4Chine, Corée, Hong Kong (RAS), Inde, Indonésie, Japon, Malaisie, Philippines, Singapour, province chinoise de Taiwan et Thaïlande.

Dans le même temps, la solidité des liens financiers transfrontaliers entre les sociétés de technologies de l’information fait que les changements d’humeur des investisseurs (par opposition à une réaction raisonnée à l’évolution de la situation économique foncière) peuvent influer indépendamment sur les cycles économiques mondiaux des technologies de l’information. Il est difficile de déterminer dans quelle mesure la flambée des cours des actions technologiques de 1995 à l’an 2000 constituait une bulle, ou dans quelle mesure les cours correspondent maintenant à la situation foncière, mais il est clair que cette évolution des marchés financiers peut avoir des conséquences importantes pour l’activité économique. Cela tient, comme on le verra dans les paragraphes qui suivent, à ce que la disponibilité de capitaux externes a, semble-t-il, été un facteur clé pour l’investissement des sociétés de technologies de l’information, d’où il découle que l’on peut s’attendre à ce que le coût plus élevé et la moindre disponibilité des capitaux externes—conséquence de la faiblesse actuelle des cours—restreigne les investissements dans le secteur à l’échelle mondiale, du moins à court terme.

Le financement des technologies de l’information

Comme les précédentes révolutions technologiques, celle des technologies de l’information a, semble-t-il, été caractérisée par un optimisme excessif quant au potentiel de rentabilité des firmes innovantes. Cet excès de confiance a nourri pendant plusiseurs années une flambée des cours des actions technologiques, qui a permis aux sociétés de se procurer des capitaux par l’émission d’actions à moindre coût et sans restrictions, ce qui a stimulé leurs investissements. On peut voir le lien entre les cours des actions et le coût relatif du capital pour les producteurs de technologies de l’information dans la partie supérieure du graphique 3.11 (page 145), qui représente la courbe d’évolution du ratio valeur de marché/ situation nette comptable, largement utilisé pour mesurer le coût relatif de l’investissement et souvent connu sous le nom de ratio q de Tobin22. Du fait en partie de la flambée d’optimisme quant aux bénéfices à attendre des technologies de l’information, le ratio q de Tobin de ce secteur a augmenté beaucoup plus rapidement que celui du reste de l’économie dans les années 90 et est resté supérieur même en l’an 200023. Au cours de la même période, les dépenses d’investissement (rapportées au total de l’actif) dans le secteur des technologies de l’information a aussi nettement augmenté par rapport au reste de l’économie (panneau supérieur droit du graphique 3.11), comme cela s’était produit durant la «folie du rail» des années 1840 en Grande-Bretagne déjà évoquée.

Graphique 3.11.Financement des sociétés technologiques dans les pays avancés1

(Pourcentages)

La structure du financement des sociétés technologiques est très différente de celle des autres sociétés.

Source: Thomson Financial, Worldscope.

1Allemagne, Australie, Autriche, Belgique, Canada, Danemark, Espagne, États-Unis, Finlande, France, Irlande, Italie, Japon, Luxembourg, Norvège, Nouvelle-Zélande, Pays-Bas, Royaume-Uni, Suède et Suisse.

2Hors sociétés financières.

3Ratio pour chaque société, pondéré par sa situation nette comptable.

4Ratio pour chaque société, pondéré par son actif total.

5Ratio pour chaque société, pondéré par son chiffre d’affaires.

6Ratio pour chaque société, pondéré par sa capitalisation boursière.

7Ratio pour chaque société, pondéré par ses dépenses d’investissement.

8Ratio pour chaque société, pondéré par sa dette totale.

9Ratio pour chaque société, pondéré par ses fonds propres.

Cette évolution est conforme aux résultats d’un grand nombre d’études qui postulent que la structure du capital et les conditions de financement extérieur ont une grande incidence sur les décisions d’investissement des entreprises24. Dans un monde où l’information coûte cher et n’est pas entièrement accessible aux investisseurs, il est beaucoup moins onéreux d’utiliser les ressources internes (bénéfices réinvestis) de l’entreprise plutôt que de chercher à se procurer des capitaux extérieurs (par l’émission d’actions ou en empruntant), car la première solution dispense l’entreprise de se soumettre à un contrôle coûteux des décisions concernant sa gestion. De même, le choix entre les différentes formes de recours aux capitaux externes—émission d’actions ou emprunt, endettement à court ou à long terme—semble aussi avoir une incidence sur l’aptitude de l’entreprise à financer ses projets d’investissement et donc sur la manière dont ses actions sont cotées. D’aucuns pensent en particulier que les entreprises ayant des ratios élevés dette/actif ou dette à court terme/dette totale risquent davantage de laisser passer de bonnes occasions d’investissement par crainte de la faillite, ce qui ampute leurs perspectives de croissance (Myers, 1977; Myers and Majluf, 1984).

Lorsque l’on examine les résultats financiers des sociétés de technologies de l’information et leur aptitude à financer de nouveaux investissements à l’aide des bénéfices réinvestis, on note que le secteur a connu des taux de rendement sur investissement plus élevés et engrangé plus de bénéfices que les autres secteurs (graphique 3.11). Malgré cela, ces sociétés sont restées très tributaires des capitaux externes. Elles ont utilisé de plus en plus les bénéfices réinvestis (en pourcentage du total de leurs bénéfices) pour financer leurs besoins d’investissement, mais cela n’a pas suffi à couvrir tous les coûts. C’est ce que font ressortir les ratios du rendement des dividendes et des bénéfices réinvestis à l’investissement, qui ont tous deux diminué durant les années 90, ce qui est le signe de la baisse de la liquidité et de la capacité d’autofinancement du secteur25.

Lorsqu’elles ont fait appel à des capitaux externes, les sociétés de technologies de l’information ont eu beaucoup moins recours à l’emprunt que la moyenne des sociétés des autres secteurs. En outre, le ratio dette/actif des sociétés de technologies de l’information a diminué dans la seconde moitié des années 90, alors que les valeurs technologiques étaient orientées à la hausse26. Par ailleurs, la part de l’endettement à court terme dans le total de la dette est plus élevée dans le cas des sociétés de technologies de l’information que dans les autres. Cette tendance a été renforcée ces deux dernières années par les gros emprunts à court terme des sociétés de télécommunications en Europe (graphique 3.12, page 147).

Graphique 3.12.Ratio dette à court terme/situation nette comptable1

(Pourcentages)

Les compagnies de télécommunications européennes ont eu beaucoup plus recours à l’emprunt à court terme en l’an 2000.

Source: Thomson Financial, Worldscope.

1Pondéré par la situation nette comptable de la société.

2Allemagne, Australie, Autriche, Belgique, Canada, Danemark, Espagne, États-Unis, Finlande, France, Irlande, Italie, Japon, Luxembourg, Norvège, Nouvelle-Zélande, Pays-Bas, Royaume-Uni, Suède et Suisse.

3Allemagne, Autriche, Belgique, Danemark, Espagne, Finlande, France, Italie, Luxembourg, Norvège, Pays-Bas, Royaume-Uni, Suède et Suisse.

Plusieurs facteurs expliquent la préférence du secteur des technologies de l’information pour l’émission d’actions plutôt que l’emprunt et pour l’emprunt à court terme plutôt qu’à long terme. Premièrement, les entreprises spécialisées dans la mise au point de nouvelles technologies sont souvent assez jeunes, n’ont pas une réputation de crédit très fermement établie et présentent donc plus de risques du point de vue des détenteurs d’obligations. Dans ces conditions, il coûte moins cher d’émettre des actions, surtout durant les périodes d’euphorie à propos des perspectives économiques d’adoption des nouvelles technologies. Deuxièmement, l’un des traits qui distinguent la révolution des technologies de l’information de celles qui l’ont précédée est le fait que l’entreprise optimale est de plus petite taille27. Cela signifie que les sociétés ont un stock limité d’actifs immobilisés pouvant servir de garantie, ce qui tend à accroître le coût des emprunts. Troisièmement, dans la mesure où les nouvelles entreprises dans le domaine des technologies de l’information sont généralement plus risquées, avec des bénéfices plus fluctuants, mais aussi des promesses de plus grande rentabilité, la formule des fonds propres vaut mieux en théorie que le recours à l’emprunt (Myers, 1977). La préférence donnée à l’emprunt à court terme plutôt qu’à long terme tient aussi à une combinaison de facteurs se rapportant à la demande ainsi qu’à l’offre. Côté offre, les risques à long terme plus importants signifient que la courbe de rendement des entreprises plus jeunes et plus petites est plus escarpée. Côté demande, le taux de dépréciation plus élevé dans les technologies de l’information signifie que les actifs corporels ont une durée de vie plus courte, et dans un souci de cohérence de l’actif et du passif, mieux vaut dès lors opter pour l’emprunt à court terme.

Ces caractéristiques de la structure du capital dans le secteur des technologies de l’information ont des implications importantes pour l’ensemble de l’économie. Le recours plus intense aux capitaux externes encourage le développement du système financier intérieur. En particulier, la préférence pour le financement par fonds propres favorise le développement d’un marché boursier intérieur, ce qui est une bonne chose, notamment pour les pays en développement. Curieusement, ces caractéristiques des entreprises de technologies de l’information se retrouvent dans des pays très divers, dont ceux où les prêts bancaires sont la principale source de financement de l’activité industrielle et commerciale (Allemagne et Japon, par exemple) et ceux où le marché boursier joue un rôle prédominant (Canada, États-Unis et Royaume-Uni, par exemple). Dans le même temps, la dépendance du secteur des technologies de l’information à l’égard des capitaux externes, du marché boursier et de l’emprunt à court terme signifie aussi que les entreprises sont plus vulnérables aux changements des conditions macroéconomiques et aux fluctuations de la confiance des investisseurs. Comme les précédentes révolutions technologiques, cela pourrait présager une consolidation du secteur et une période relativement prolongée de baisse des investissements et de ralentissement de la diffusion des nouvelles technologies.

Perspectives

Si la demande mondiale de produits technologiques est en forte baisse actuellement, du fait notamment d’un repli par rapport au niveau excessivement élevé d’il y a un an, il faut cependant s’attendre à ce que les technologies de l’information soient de plus en plus largement adoptées à moyen terme. À mesure que les utilisateurs réajustent leurs achats de technologies de l’information à leurs besoins à moyen terme, il est possible que l’expansion des pays producteurs de technologies de l’information et la contribution de l’intensification du capital technologique à l’augmentation de la productivité du travail offrent des perspectives à court terme limitées. À moyen terme, cependant, la diffusion des technologies de l’information va vraisemblablement contribuer sensiblement à la hausse de la productivité, car l’utilisation croissante des ordinateurs et des équipements de télécommunication va rationaliser les processus et l’organisation des entreprises, et permettre une utilisation plus efficace des autres facteurs de production.

Pays avancés

À moyen terme, il est hautement probable que nous verrons de nouvelles innovations dans la production des équipements technologiques, d’où une hausse de la PGF dans le secteur et une augmentation des achats d’équipements et en définitive une intensification du capital technologique. La loi de Moore restera valable pendant quelque temps encore, et les progrès de la technologie des semi-conducteurs continueront à faire baisser les prix des ordinateurs (Jorgenson, 2001). Les innovations imminentes dans ce domaine vont permettre de fabriquer des plaques plus grandes, avec une réduction de coût de 30 %, et de tracer des lignes de circuits plus fines, grâce à quoi il sera possible de graver plus de transistors sur une puce. Le prix relatif de la puissance de calcul des ordinateurs va donc selon toute vraisemblance continuer à chuter nettement au moins pendant plusieurs années.

Outre la baisse des prix des ordinateurs, il y a deux caractéristiques des équipements informatiques qui donnent à penser que les investissements et la diffusion des technologies de l’information se poursuivront à un rythme vigoureux à moyen terme. Parce que les ordinateurs se déprécient rapidement, les entreprises vont probablement investir à une cadence supérieure pour maintenir un niveau donné de stock de capital. Le remplacement rapide de l’équipement signifie que le progrès technique est «incorporé» au stock de capital plus vite que dans le cas des actifs à durée de vie plus longue (Ferguson, 2001). Par ailleurs, des études empiriques ont montré que, à la différence des autres formes de capital, la demande d’ordinateurs est très sensible aux variations du coût du capital (Tevlin and Whelan, 2000). Cette conjonction d’une plus grande élasticité des prix et d’une baisse rapide des prix relatifs des ordinateurs devrait soutenir l’investissement dans les technologies de l’information, encore qu’à un rythme moins effréné que vers la fin des années 90, ce qui implique un ralentissement de l’intensification du capital et donc de la hausse de la productivité du travail. Cela s’accorde avec l’idée que les entreprises et les particuliers sont encore en train de découvrir de nouveaux usages pour les technologies de l’information, ce qui implique que l’élasticité-prix de la demande de biens et de services technologiques est supérieure à 1, de sorte que le progrès technique (et donc la baisse des prix) induit à la longue une croissance du secteur28.

Outre la hausse de la PGF dans la production technologique et l’intensification du capital technologique, la réorganisation de la production autour des technologies de l’information pourrait avoir une incidence positive sur la hausse de la productivité à moyen terme. Il y a déjà au niveau microéconomique des indices de gains de productivité liés à l’invention de nouveaux processus, procédés et schémas d’organisation qui tirent parti des technologies de l’information (Bryn-jolfsson and Hitt, 2000; Litan and Rivlin, 2000). Les technologies de l’information peuvent notamment réduire considérablement les coûts de transaction dans la production et la distribution de biens et services, surtout dans les professions grosses consommatrices d’informatique, telles que les soins médicaux ou les services financiers, et réduire les coûts de communication, ce qui permet aux entreprises de mieux gérer la chaîne de l’offre, de mieux évaluer les besoins des clients et d’accroître leur efficience interne. Il apparaît que les technologies de l’information ont déjà un impact disproportionnellement important sur les performances des entreprises, car elles permettent des innovations complémentaires (nouveaux processus et schémas d’organisation). Les technologies de l’information, associées à la réorganisation, entraînent une réduction des coûts et une amélioration de la qualité des produits.

Il faut s’attendre à ce que les technologies de l’information modifient non seulement l’organisation du travail, mais aussi les décisions concernant la sous-traitance et la localisation de l’entreprise. Parce qu’elles réduisent les coûts d’information et de communication qui entravent beaucoup les opérations transfrontalières, les technologies de l’information sont à même de favoriser l’expansion du commerce international, de réduire le biais en faveur du marché intérieur, de stimuler les flux financiers transfrontaliers et de faciliter les transferts de technologie. Des études récentes montrent que les mesures de distance types des modèles empiriques du commerce international intègrent en partie les coûts d’information. Si l’on y ajoute une variable représentative des flux d’information, le rôle de la distance diminue nettement (Portes and Rey, 1999).

L’incidence globale des technologies de l’information sur la localisation de la production (centralisation ou dispersion dans les zones périphériques) est moins manifeste. D’une part, la baisse des coûts de transaction et de communication, combinée au fait que la production de biens suit de plus en plus le principe de la spécialisation souple plutôt que celui des économies d’échelle, tend à favoriser la dispersion de l’activité économique. En fait, les villes construites autour d’une grosse concentration d’activités manufacturières sont une chose du passé dans certains pays (Glaeser, 1998). Par ailleurs, la conjonction d’une information de plus en plus actuelle sur l’évolution des préférences des clients, l’importance croissante des intermédiaires dans la production et les plus grandes possibilités d’externalisation tendent à favoriser l’implantation de la production à proximité des marchés. Si l’externalisation provoque une prolifération d’intermédiaires fournissant divers services (comptabilité, commercialisation ou achats), qui demandent encore du personnel, la proximité a aussi du bon, car elle économise du temps.

Pays en développement

Il semble probable que l’utilisation de produits des technologies de l’information va continuer à se développer rapidement dans les pays en développement, mais les gains de productivité n’apparaîtront que lentement. Comme dans les pays avancés, c’est la baisse rapide des prix des produits informatiques qui en stimule l’utilisation. Cependant, sa traduction en une augmentation de la productivité est un objectif de développement qui peut demander davantage de ressources humaines, une (dé) réglementation efficace des infrastructures de télécommunications et des flux d’information et, plus généralement, un assouplissement des rigidités d’organisation qui empêche de tirer entièrement parti des idées et des technologies nouvelles. De ce fait, quand bien même les technologies de l’information contribueront à rehausser le niveau absolu de productivité dans les pays en développement, elles risquent de creuser l’écart de productivité entre les pays avancés et les pays en développement.

Le rythme de diffusion des technologies de l’information aux pays en développement a été rapide comparativement aux précédentes révolutions technologiques universelles. Tout juste dix ans après le «début» de la révolution des technologies de l’information, les pays en développement (qui regroupent environ 85 % de la population mondiale) représentaient environ 10% des abonnés à Internet en l’an 2000. À titre de comparaison, il avait fallu 80 ans, après l’ouverture de la première ligne ferroviaire en 1830, pour que les pays en développement possèdent 30 % des voies ferrées, en 1913. Bien que parties de très bas, les dépenses en technologies de l’information ont augmenté pendant toute la décennie 1990 dans la plupart des pays en développement, souvent à un rythme sensiblement plus élevé que dans les pays avancés (tableau 3.8). Les dépenses d’investissement ont fléchi lorsque les conditions économiques étaient défavorables, comme en Indonésie vers la fin des années 90, mais en général elles ont beaucoup augmenté, de sorte qu’à la fin de la décennie, il y avait un nombre bien plus élevé d’ordinateurs personnels et de lignes téléphoniques par habitant qu’au début, ce qui a favorisé le développement de l’utilisation d’Internet. Cette tendance est sans doute appelée à se poursuivre.

Tableau 3.8.Indicateurs de l’utilisation des technologies de l’information (Tl) dans un échantillon de pays
TI/PIB (en pourcentage)Tl par habitant (en dollars EU)Ordinateurs personnels (pour 100 habitants)Lignes téléphoniques (pour 100 habitants)
PaysVariation 1992-991999Variation 1992-99 (en %)1999Variation 1990-20002000Variation 1990-20002000
En développement
Afrique du Sud1,87,249,5240,65,56,23,212,5
Argentine1,03,478,0294,34,45,112,021,3
Brésil2,35,8199,4267,44,14,48,414,9
Chili1,15,7121,8321,07,58,615,522,1
Chine3,04,9465,737,91,61,68,08,6
Corée−0,54,453,8521,515,319,015,446,4
Inde1,83,5220,815,40,50,52,63,2
Indonésie−0,31,47,013,70,91,02,53,1
Malaisie2,15,561,8168,49,710,512,221,1
Mexique5,21,030,6231,84,35,16,012,5
Philippines0,92,782,633,61,61,92,93,9
Avancés
Allemagne0,94,129,41.699,923,433,616,060,1
Canada1,65,331,61.808,728,339,011,167,6
Danemark1,04,545,32.540,331,643,113,870,5
États-Unis0,95,257,92.792,136,858,512,867,3
France0,83,827,51.706,623,430,58,558,0
Royaume-Uni0,74,752,01.979,523,033,812,656,7
Sources: Annuaire statistique de l’UlT 1999; World Information Technology Services Alliance,Digital Planet, 2001.
Sources: Annuaire statistique de l’UlT 1999; World Information Technology Services Alliance,Digital Planet, 2001.

Qu’est-ce qui explique les schémas de diffusion de ces nouvelles technologies? Une analyse récente met en lumière plusieurs facteurs (Dasgupta, Lall, and Wheeler, 2001). Les pays à taux de croissance relativement élevé, plus urbanisés et jouissant d’un cadre de politique économique de qualité supérieure sont ceux où l’utilisation de la téléphonie mobile et les raccordements à Internet se sont le plus développés. Abstraction faite de ces facteurs, les pays où les technologies de l’information étaient moins usuelles ont rattrapé leur retard. D’autres études telles que celles de Caselli and Coleman (2001), et Lee, (2000) corroborent ces résultats. Il y a une forte corrélation entre les niveaux élevés de capital humain et le rythme d’adoption des technologies de l’information. Comme les technologies de l’information sont en général incorporées dans les nouveaux équipements, leur adoption est accélérée lorsque les taux d’investissement sont élevés (le Chili, par exemple, a l’un des taux d’investissement les plus hauts d’Amérique latine et ceux de la Malaisie et de la Corée ont atteint des sommets dans les années 90). Enfin, un régime propice aux importations et à l’investissement direct étranger ouvre une fenêtre sur le monde et rend plus probable l’adoption des nouvelles technologies en général, et des ordinateurs en particulier.

Les implications sont donc contrastées. Une croissance vigoureuse et une bonne politique économique favorisent l’adoption plus rapide des technologies de l’information, ce qui a des effets bénéfiques à long terme sur la croissance; on peut donc supposer qu’il existe un cercle «vertueux» dans lequel croissance, bonne politique économique, urbanisation, éducation et technologies de l’information se renforcent mutuellement. Mais les pays ayant les infrastructures les moins développées sont aussi en train de combler l’écart. Un point important mis en lumière par les études est que dans certains des pays les plus pauvres, le ratio nombre d’utilisateurs d’Internet/téléphones n’est pas plus faible et est souvent plus élevé que dans les pays avancés. Cela suggère que la demande latente d’acces aux technologies de l’information (et aux reseaux internationaux de la connaissance) est forte, même dans les pays pauvres. La question cruciale dans le cas de ces pays est de savoir si les nouvelles technologies peuvent être utilisées de façon productive pour accélérer le rythme du développement.

Les technologies de l’information offrent la possibilité attrayanté de court-circuiter les technologies plus anciennes («saute-mouton»). Par exemple, les pays ayant un système téléphonique mécanique dépassé peuvent sauter l’ère de l’électronique analogique et passer directement aux technologies numériques de pointe, et c’est bien ce qui se produit. Ce progrès à saute-mouton est aussi rendu possible dans un sens plus radicalement propice au développement. Il est virtuellement possible d’éduquer à bien meilleur marché un bien plus grand nombre de gens. On peut démarginaliser les laissés-pour-compte qui restent à l’écart du marché intérieur et des marchés internationaux en leur fournissant de meilleures informations et en réduisant les coûts de transaction. Là encore, certains sont en train de réaliser ce potentiel. La Grameen Bank au Bangladesh, pionniére du microcrédit, a entrepris de développér la téléphonie mobile et l’accés à Internet dans les zones rurales. La gamme des applications des technologies de l’information et de leurs utilisations créatives pour rehausser la productivité est large et s’étend aux usines, aux banques, aux ports, et, depuis peu, aux activités des États eux-mêmes. L’innovation permanente et la diminution ininterrompue des coûts vont certainement renforcer cette tendance.

En dépit des nombreux exemples particuliers des bienfaits des technologies de l’information dans les pays en développement, leur impact global y a été jusqu’à présent limité29. Cela tient en partie à des obstacles fondamentaux, dont le manque de ressources humaines complémentaires, le manque de répondant des secteurs des télécommunications jusqu’à présent et des rigidités d’organisation. Pour ce qui est du capital humain, les technologies de l’information peuvent dans certains cas réduire la demande de ressources humaines en incorporant de «l’intelligence» dans les produits et services d’information, facilitant ainsi le développement. Par exemple, le contenu d’un cours électronique peut parfois remplacer en partie un maître convenablement formé. Cette possibilité de substituer les technologies de l’information au capital humain à l’ancienne mode va sans doute se développer à mesure que les technologies et les systèmes de diffusion se perfectionnent. Cependant, les besoins de ressources humaines complémentaires liés aux technologies de l’information sont souvent significatifs, surtout dans leurs applications dans le monde des affaires et les activités de l’État. Par exemple, on pensait pouvoir réaliser des gains d’efficacité dans les processus de production à l’aide de technologies à base d’équipement microélectronique, même dans un environnement de bas salaires, grâce à une réduction du gaspillage et à une augmentation de la capacité de production. Cependant, une série d’études a montré que pour obtenir ces gains d’efficacité, il faut une grande capacité de contrôle de la qualité, ce qui demande plutôt une bonne connaissance du processus de fabrication que des instruments perfectionnés (Mody, Suri, and Sanders, 1992).

L’infrastructure de télécommunications est primordiale. Le ratio utilisateurs d’Internet/lignes téléphoniques varie d’un pays a l’autre dans une fourchette bien moins large que le nombre de lignes telephoniques par habitant. La demande latente de raccordement au réseau—opération coûteuse dans la plupart des pays en développement—est done réfrénée par le manque de connections téléphoniques. Les privatisations ont amélioré la situation, mais le processus d’attribution des marchés et l’étendue de la concurrence qui s’est ensuivie demeurent en question. En particulier, la surveillance s’est révélée complexe et problématique, et laisse une place considérable aux abus de régulation. L’avenir réserve de nouveaux défis: fixer des normes et une réglementation, taxer et réguler les transactions électroniques, entreprendre des actions anti-trust et protéger la vie privée.

Enfin, la large diffusion et l’utilisation efficace des nouvelles technologies exigent que l’on ait une faculté d’adaptation et que l’on soit prêt à prendre des risques30. Par exemple, bien que leur emploi puisse améliorer considérablement le fonctionnement des administrations publiques, des structures bureaucratiques rigides s’opposent souvent à leur adoption plus systématique. La qualité des ressources humaines y est certes pour quelque chose, mais tout dépend en définitive de l’aptitude des institutions à se transformer.

En résumé, la baisse sans précédent des prix des technologies de l’information en a permis une diffusion beaucoup plus rapide que lors des précédentes révolutions technologiques. Les obstacles qui s’opposent actuellementàl’utilisation plus productive de ces technologies sont bien réels, mais la poursuite d’efforts vigoureux pour en exploiter le potentiel devrait porter ses fruits, au fur et à mesure de leur développement au cours des deux ou trois prochaines décennies.

Implications pour la politique macroéconomique

La révolution des technologies de l’information soulève au moins trois grandes questions pour les décideurs. Premièrement, comment un pays peut-il promouvoir l’utilisation des technologies de l’information et en maximiser l’impact sur la croissance? Deuxiémement, comment la politique macroéconomique doit-elle prendre en compte l’incertitude quant à la contribution des technologies de l’information a l’accélération de la productivité? Enfin, quelles conséquences a long terme les technologies de l’information ontelles pour la politique budgétaire, monétaire et financière?

Réformes structurelles

Les écarts de productivité récemment observés et prévisibles entre les pays avancés confortent les arguments en faveur de vigoureuses réformes structurelles. Parmi les pays du G-7, les États-Unis on vu leurs gros investissements dans les technologies de l’information se traduire par une accélération de la productivité tendancielle du travail, tandis qu’en Europe et au Japon, il est plus difficile de discerner le moindre impact positif sur la croissance. Cette différence tient probablement en partie au moins au fait que le marché du travail est moins souple et les industries de services—en particulier télécommunications, services financiers et distribution—moins efficaces en Europe et au Japon. Ces rigidités restreignent gravement l’aptitude des entreprises à exploiter les nouvelles possibilités, y compris celles qu’offrent les technologies de l’information. Par exemple, les conditions d’emploi—dictées par la réglementation officielle, les règies syndicales ou simplement la culture d’entreprise—peuvent empêcher les entreprises d’offrir une rémunération suffisamment alléchante, de modifier les tâches des employés en place ou de licencier du personnel. Or, des études théoriques soulignent qu’il est important pour la formation continue qui enrichit l’accumulation du capital humain que les travailleurs (et les cadres) se voient sans cesse confier de nouvelles tâches (Lucas, 1993). De même, si le secteur de la distribution est inefficace, non seulement cela fait augmenter les prix des produits technologiques, ce qui en entrave l’adoption, mais cela peut aussi en empécher l’utilisation efficace, par exemple à cause du net allongement des délais de livraison (Mann, Eckert, and Knight, 2000).

La révolution des technologies de l’information peut avoir pour la politique macroéconomique des conséquences plus profondes qui touchent les fondements mêmes des systèmes d’économie de marché. L’utilisation des technologies de l’information, et la réorganisation de l’activité économique qu’elle induit, créent inévitablement de nouveaux enjeux pour le système éducatif ainsi que sur le plan juridique et institutionnel, comme en témoignent les précédentes révolutions technologiques. Aux États-Unis, au XIXe siècle, l’innovation a été stimulée par le développement du système des brevets, et en particulier par la prolifération des intermédiaires (agents et hommes de loi) qui se spécialisaient dans le commerce des droits de brevet, bien avant l’avènement des grandes entreprises qui se sont équipées de leurs propres laboratoires de recherche et développement (Lamoreaux and Sokoloff, 1999). De même, l’apparition de la production de masse et l’ouverture d’un marché à l’échelle du continent aux États-Unis, à la fin du XIXe siècle et au début du XXe siècle ont demandé non seulement une amélioration des techniques de production, mais aussi des changements d’ordre juridique et institutionnel, y compris l’apparition du statut de la responsabilité limitée, de la banque d’investissement, d’un marché commun et d’une politique anti-trust (DeLong, 2001).

La politique macroéconomique face aux incertitudes entourant la productivityé

Les incertitudes considérables quant a l’ampleur exacte et a la duree probable de l’acceleration de la productivity tendancielle ont des consequences importantes pour la politique macroéconomique. Elles compliquent en particulier l’évaluation de la viabilite du solde extérieur courant et de la production potentielle. Pour ce qui est du solde exterieur courant, la theorie economique enseigne qu’un choc positif de la productivity d’un pays donne tend a accroitre son deficit extérieur courant parce qu’il provoque une hausse de l’investissement (du fait de l’accroissement du réndement marginal du capital) et une baisse de l’epargne (du fait que les menages anticipent des révenus futurs plus eleves). Les études empiriques donnent quelque confirmation de cet effet aux États-Unis a la fin des années 90, mais pour les autres grands pays avances les résultats sont contrasted (Marquez, 2001; voir aussi Glick and Rogoff, 1995). Plus généralement, le manque de certitude à propos de l’impact actuel et prévisible des technologies de l’information sur la hausse de la productivity fait qu’il est difficile de determiner dans quelle mesure les desequilibres du solde courant mondial sont dus a des facteurs structured ou cycliques.

La décennie 1970 montre bien combien il est difficile d’evaluer la production potentielle tandis que le rythme de croissance de la productivité fluctue. Aux États-Unis, les estimations officielles en temps réel utilisees par la Reserve federale ne réndaient pas compte du ralentissement de la croissance de la productivity qui s’est produit au debut des années 70 (graphique 3.13 et Orphanides, 2000). C’est une des raisons pour lesquelles la politique monétaire a sans doute tenté de «stabiliser» la production a un niveau trop élevé, contribuant ainsi à uné hausse de l’inflation. Plus generalement, dans un contexte d’incertitude quant a la croissance de la productivity, le cout d’une orientation erronee de la politique macroéconomique augmente rapidement, comme il etait explique dans le chapitre II des Perspectives de Ueconomie mondiale d’octobre 2000 et comme il est indique egalement a l’appendice II du chapitre I.

Graphique 3.13.États-Unis: evolution des estimations officielles de I’ecart de production1

(En pourcentage du PIB potentiel)

Dans les années 70, les décideurs économiques ont largement souse-stimé I’écart de production, ce qui les a conduit a mener une politique monetaire trop expansionniste.

Source: Orphanides (2000).

1À I’exception de la série finale, les courbes correspondent aux séries basées sur les données disponibles au premier trimestre de I’annee indiquee. La sene finale est base”e sur les donn6es disponibles a la fin de 1994.

Comment formuler la politique macroéconomique avec un «compteur de vitesse détraque?» Si la structure de l’economie est en train de se transformer, les décideurs doivent attacher plus d’importance aux observations récentes (qui integrent les changements) et donner moins de poids a celles qui datent (qui sont depassees). Us doivent en outre preter davantage d’attention aux variables observables, telle Tinflation courante, qu’aux concepts intangibles tels que l’ecart de production, qui depend de données historiques (Orphanides, 1998; Swanson, 2000). En d’autres termes, les decideurs doivent «attenuer» leurs réactions aux indicateurs les moins fiables. C’est un fait etabli que, vers la fin des années 90, la Reserve federale a decide d’accorder moins d’importance a l’ecart de production et au taux de chomage, pour privilegier l’inflation et tout un assortiment d’indicateurs avaricés capables de signaler une amorce d’inflation, y compris les conditions du credit, les traitements, salaires et autres elements de rémuneration, les marges beneficiaires, le marché boursier et les agregats monetaires31.

Comme pour la politique monétaire, la conduite d’une politique budgétaire contracyclique en période d’incertitude à propos de la croissance de la productivité suppose que ’ on accorde plus de poids aux indicateurs récents qu’aux tendances passées. Dans une perspective à moyen terme, il convient de manier les projections budgétaires avec prudence, car l’économie politique du processus budgétaire veut qu’il est plus facile de dépenser des réntrees exceptionnelles inopinées que de rattraper un deficit inattendu.

Effets à longue échéance sur la politique macroéconomique

À longue échéance, les technologies de l’information pourraient affecter la politique budgétaire, monétaire et financière de manière radicale. Elles peuvent premièrement transformer la manière de travailler des administrations publiques. Celles-ci peuvent se servir des technologies de l’information pour améliorer les achats de biens et services de l’État, la qualité et la prestation des services publics, notamment l’information, et l’efficacité avec laquelle les demandes sont remplies et les impôts payés. Cependant, les technologies de l’information peuvent aussi empêcher l’État de percevoir certaines taxes, comme par exemple la taxe sur les ventes aux États-Unis, encore que le manque à gagner soit faible, d’apres les estimations32. II peut aussi être plus difficile de définir un «établissement permanent» pour taxer les ventes de produits numériques, tels que la musique, les photographies, les conseils médicaux et financiers et les services éducatifs (Tanzi, 2000).

Les technologies de l’information peuvent aussi permettre de réduire la demande de liquidités bancaires en pension à la banque centrale, ce qui aurait une incidence sur l’aptitude de cette dernière à conduire la politique monétaire. À l’heure actuelle, la banque centrale dispose d’un levier extrêmement puissant, bien que son bilan soit de faible montant en comparaison du secteur privé, parce que la base monétaire—en particulier les liquidités bancaires qu’elle a en dépôt—sont le moyen de réglement final. Les technologies de l’information pourraient permettre au secteur privé de se charger du règlement final sans qu’il y ait besoin de passer par la compensation par l’intermédiaire de la banque centrale. Des particuliers pourraient ainsi conclure une transaction en transférant de la richesse d’un compte électronique à un autre, des algorythmes convenus d’avance déterminant les actifs financiers qui sont cédés par l’acheteur et acquis par le vendeur (King, 1999). Cela suppose que les systèmes d’information et de communication permettent de vérifier instantanément la qualité de la signature, moyennant quoi le secteur privé peut se charger du règlement brut en temps réel final. La nouveauté, c’est qu’il faudrait garantir l’intégrité des systèmes servant aux réglements, mais la base monétaire n’aurait plus sa fonction exclusive et la banque centrale perdrait la faculté de conduire la politique monétaire. II est cependant probable que la demande de liquidités bancaires en dépôt à la banque centrale restera forte pendant de nombreuses années, àtant donne le rôle qu’elles jouent actuellement dans le réglement final des transactions (Cecchetti, 2001).

Enfin, à mesure que le secteur des services financiers adopte les technologies de l’information, la réglementation et la supervision des systèmes financiers devront s’adapter. La révolution des technologies de l’information transforme les services financiers en modifiant la rapidité, l’étendue et la nature de l’information, des calculs et de la communication. Les institutions financières proposent de nouveaux produits, mettent au point de nouveaux processus et font face à une concurrence plus vive de la part des institutions non financiéres. Les banques devront adapter leur gestion du risque a un mode de fonctionnement plus risque (l’utilisation de technologies de plus en plus complexes par des employes qui ne les comprennent pas completement), a la localisation de leur correspondant (il deviendra plus difficile de situer le siege physique ou legal d’une institution financiére) et au risque systémique (dommage accidentel ou sabotage des logiciels partagés ou d’Internet) (Turner, a paraitre). Pour cerner et résoudre les nouveaux problemes, le controle prudentiel devra etre souple, réposer davantage sur de meilleures régies de publicite financiere et s’etendre aux nouveaux fournisseurs de services financiers.

Conclusion

Jusqu’à présent, la révolution des technologies de l’information a pour une large part suivi le même schema que les precedentes révolutions technologiques, y compris une phase initiale de flambee et de rétombee des cours des actions des entreprises innovantes ainsi que des achats de produits incorporant les nouvelles technologies. Elle différe cependant de celles qui l’ont précédé par le fait que la production est mondialisée, ce qui a renforcé les liens réels et financiers entre les pays. L’expansion rapide de la production de produits technologiques signifie que les variations de la demande mondiale, dictées essentiellement par les pays avancés qui utilisent les technologies de l’information, ont une incidence considérable sur les exportations des pays qui les produisent. Si les chocs positifs de la demande ont contribué à en stimuler la production en 1999 et en l’an 2000, le marasme des depénses mondiales en technologies de l’information pèse lourdement sur les pays producteurs.

En dépit des retombées négatives du fléchissement actuel sur quelque pays, les bienfaits économiques de la révolution des technologies de l’information sont déjà significatifs et vont vraisemblablement persister. Jusqu’à présent, les gains proviennent surtout de la chute des prix relatifs des semi-conducteurs et des ordinateurs, et ce sont principalement les utilisateurs qui en profitent. II est établi que la hausse de la PGF dans la production technologique et l’intensification du capital technologique ont induit une accélération de la productivité du travail dans certains pays et il est probable que, dans les années qui viennent, les activités économiques de divers pays seront de plus en plus réorganisées pour tirer parti des technologies de l’information, d’où des gains supplémentaires. La chute des prix relatifs des produits technologiques a aussi entrainé une augmentation sensible du surplus du consommateur dans les pays utilisateurs de technologies de l’information. À court terme, en dépit de la diffusion relativement rapide de la technologie dans le monde entier, la révolution des technologies de l’information profitera probablement plus aux pays avancés qu’aux pays en développement. À longue échéance, cependant, la répartition des gains de bien-étre dépendra plus des caractéristiques propres a chaque pays que des niveaux rélatifs de révenu.

La révolution des technologies de l’information a d’importantes conséquences pour la politique macroéconomique. Des réformes structurelles devraient encourager l’adoption généralisée et l’utilisation efficace des technologies de l’information, notamment en favorisant l’assouplissement du fonctionnement des marchés du travail et l’efficience des industries de services. Les incertitudes quant à l’ampleur exacte et à la durée probable de l’accélération de la productivité signifient que les responsables de la politique macroéconomique doivent accorder moins de poids aux variables à propos desquelles l’incertitude a grandi telles que l’écart de production, et plus de poids aux variables observables telles que l’inflation effective et tout un ensemble d’indicateurs capables de signaler une amorce d’inflation.

Références

    AbramovitzMoses andPaul A.David1996Convergence and Deferred Catch-up: Productivity Leadership and the Waning of American Exceptionalism,” in The Mosaic of Economic Growthed. byRalphLandauTimothyTaylor andGavinWright (Stanford: Stanford University Press).

    AutorDavid H.Lawrence F.Katz andAlan B.Krueger1998“Computing Inequality: Have Computers Changed the Labor Market?”Quarterly Journal of Economics Vol. 113 (November) p. 11691213.

    AutorDavid H.FrankLevy andRichard J.Murnane2001The Skill Content of Recent Technological Change: An Empirical Investigation,NBER Working Paper No. 8337 (Cambridge, Massachusetts: National Bureau of Economic Research).

    BailyMartin andRobertLawrence2001Do We Have a New E-Conomy,NBER Working Paper No. 8243 (Cambridge, Massachusetts: National Bureau of Economic Research).

    Banque des réglements internationaux200171e Rapport annuel (Bâle juin 2001).

    BasuSusantoJohn G.Fernald andMatthew D.Shapiro2001Productivity Growth in the 1990s: Technology, Utilization, or Adjustment?NBER Working Paper No. 8359 (Cambridge,Massachusetts: National Bureau of Economic Research).

    BayoumiTamim andMarkusHaacker2001It’s Not What You Make, It’s How You Use IT,” (unpublished; Washington: International Monetary Fund, Research Department).

    BermanEliJohnBound andStephenMachin1998Implications of Skill-Biased Technological Change: International Evidence,Quarterly Journal of Economics Vol. 113 (November) p. 124579.

    BresnehanTimothy F.ErikBrynjolfsson andLorin M.Hitt1999Information Technology, Workplace Organization, and the Demand for Skilled Labor: Firm-Level Evidence,NBER Working Paper No. 7136 (Cambridge, Massachusetts: National Bureau of Economic Research).

    BrookesMartin andZakiWahhaj2000Is the Internet Better Than Electricity?Global Economics Papers No. 49 Goldman Sachs (New York: Goldman Sachs).

    BrooksRobin andLuisCatao2000The New Economy and Global Stock Returns,IMF Working Paper No. 00/216 (Washington: International Monetary Fund).

    BrynjolfssonErik1996The Contribution of Information Technology to Consumer Welfare,Information Systems Research Vol. 7 (September) p. 281.

    BrynjolfssonErik andLorin M.Hitt2000Beyond Computation: Information Technology, Organizational Transformation, and Business Performance,Journal of Economic Perspectives Vol. 14 (Fall) p. 2348.

    CardarelliRoberto2001Is Australia a ‘New Economy’?” in Australia: Selected Issues and Statistical Appendix IMF Country Report No. 01/55 (Washington: International Monetary Fund).

    CaselliFrancesco andWilburJohn Coleman II2001Cross-Country Technology Diffusion: The Case of Computers,NBER Working Paper No. 8130 (Cambridge: Massachusetts: National Bureau of Economic Research).

    CecchettiStephen G.2001The New Economy and the Challenges for Monetary Policy,” paper for a conference on “New Technologies: Consequences and Challenges for Central Banks” Banque de France February 1-9. Disponible sur l’Internet: http://www.econ.ohio-state.edu/cecchetti/pub_pol_papers.shtml.

    ColecchiaAlessandra2001The Impact of Information and Communications Technologies on Output Growth: Issues and Preliminary Findings,OECD Directorate for Science Technology and Industry Working Paper No. 11 (Paris: Organization for Economic Cooperation and Development).

    CraftsNicholas2000‘The Solow Productivity Paradox in Historical Perspective,paper presented tothe conference on “Long-Term Trends in the World Economy,”University of CopenhagenDecember.

    CraftsNicholas2001Historical Perspectives on the Information Technology Revolution,” (unpublished; Washington: International Monetary Fund, Research Department).

    CreponBrunoetThomas Heckel2000«La contribution de l’information à la croissance francaise: une mesure a partir des données d’entreprises»Economie et statistique nos 339/340 p. 93116.

    DasguptaSusmitaSomikLall andDavidWheeler2001Policy Reform, Economic Growth and the Digital Divide: An Econometric Analysis,Development Research Group Working Paper No. 2567 (Washington: World Bank).

    DaveriFrancesco2001Information Technology and Growth in Europe,” (unpublished: Parma, Italy: University of Parma).

    DavidPaul A.1990The Dynamo and the Computer: An Historical Perspective on the Modern Productivity Paradox,American Economic Review Papers and Proceedings Vol. 80 (May) p. 35561.

    DavidPaul A.2000Understanding Digital Technology’s Evolution and the Path of Measured Productivity Growth: Present and Future in the Mirror of the Past,” in Understanding the Digital Economyed. byErikBrynjolfsson andBrianKahin (Cambridge, Massachusetts: MIT Press).

    DeLongBradford à paraîtreDo We Have a New’ Macroeconomy?” in Innovation Policy and the Economy Volume 2ed. byAdam jaffeeJoshua Lerner andScottStern (Cambridge, Massachusetts: MIT Press).

    DeLongBradford á paraitre2001A Historical Perspective on the New Economy,remarks prepared forthe Montreal New Economy Conference. June. Disponible sur l’Internet: www.econl61.berkeley.edu.

    De MasiPaula2000Does the Pickup in Productivity Growth Mean That There is a New Economy?” in United States: Selected Issues IMF Staff Country Report No. 00/112 (Washington: International Monetary Fund).

    DiNardoJohn E. andJorn-SteffenPischke1997The Returns to Computers Revisited: Have Pencils Changed the Wage Structure Too?Quarterly Journal of Economics Vol. 112 (February) p. 291303.

    Deutsche Bundesbank2000Problems of International Comparisons of Growth Caused by Dissimilar Methods of Deflation, With IT Equipment in Germany and the United States as a Case in Point,” in Monthly ReportAugust.

    Deutsche Bundesbank2001Problems of International Comparisons of Growth—A Supplementary Analysis,” Appendix in Monthly ReportMay.

    EstevãoMarcello andJoaquimLevy2000The New Economy in France: Development and Prospects,” in France: Selected Issues IMF Staff Country Report No. 00/148 (Washington: International Monetary Fund).

    FazzariStevenGlennHubbard andBrucePetersen1988Financing Constraints and Corporate Investment,Brookings Papers on Economic Activity: 1Brookings Institution p. 141206.

    FergusonRoger W.2001The Productivity Experience of the United States: Past, Present, and Future,” speech given at the U.S. Embassy The Hague Netherlands June. Disponible sur l’Internet: www.federalreserve.gov/boarddocs/speeches/2001.

    GertlerMark andSimonGilchrist1994Monetary Policy, Business Cycles, and the Behavior of Small Manufacturing Firms,Quarterly Journal of Economics Vol. 109 p. 30940.

    GlaeserEdward L.1998Are Cities Dying?Journal of Economic Perspectives Vol. 12 (Spring) p. 13960.

    GlickReuven andKennethRogoff1995Global versus Country-Specific Productivity Shocks and the Current Account,Journal of Monetary Economics Vol. 35 (February) p. 15992.

    GoolsbeeAustan2001The Implications of Electronic Commerce for Fiscal Policy (and Vice Versa),Journal of Economic Perspectives Vol. 15 (Winter) p. 1323.

    GordonRobert J.2000Does the “New Economy’ Measure up to the Great Inventions of the Past?Journal of Economic Perspectives Vol. 14 (Fall) p. 4974.

    GramlichEdward M.2001The Productivity Growth Spurt in the United States,” speech before the International Bond Congress London February 20. Disponible sur l’Internet: www.federalreserve.gov/boarddocs/speeches/2001.

    GreenspanAlan2001aEconomic Developments,” speech before the Economic Club of New York May 24. Disponible sur l’Internet: www.federalreserve.gov/boarddocs/speeches/2001.

    GreenspanAlan2001bThe Growing Need for Skills in the 21st Century,” speech before the U.S. Department of Labor June 20. Disponible sur l’Internet: www.federalreserve.gov/boarddocs/speeches/2001.

    GustChristopher andJaimeMarquez2000Productivity Developments Abroad,Federal Reserve BulletinThe Federal Reserve Board (October).

    HaackerMarkus andJamesMorsink2001You Say You Want A Revolution: Information Technology and Growth,” (unpublished; Washington: International Monetary Fund, Research Department).

    HallRobert E.2001Struggling to Understand the Stock Market,American Economic Review Papers and Proceedings Vol. 91 (May) p. 111.

    HawkeGary R.1970Railways and Economic Growth in England and Wales 1840-1870 (Oxford: Clarendon Press).

    HicksJohn1982Are there Economic Cycles?” in Money Interest and Wages: Collected Essays on Economic Theory Vol. 2ed. byJohnHicks (Oxford: Basil Blackwell).

    HubbardR. Glenn1998Capital-Market Imperfections and Investment,Journal of Economic Literature Vol. 36 (March) p. 193225.

    International Telecommunications Union1999Statistical Yearbook (Geneva: International Telecommunications Union).

    Japan Economic Planning Agency2000Keizai Hakusho (Economic Survey of Japan) en japonais et en anglais (Tokyo: Economic Planning Agency).

    JorgensonDale W.2001Information Technology and the U.S. Economy,American Economic Review Vol. 91 (March) p. 132.

    JorgensonDale W. andKevin J.Stiroh2000Raising the Speed Limit: U.S. Economic Growth in the Information Age,Brookings Papers on Economic Activity: 1Brookings Institution p. 16167.

    J.P. Morgan Chase & Co.2001The Asian Growth Hit From the U.S. Tech. Slowdown,” in Asia Economic Viewpoint (February).

    KelkarVijay Laxman1982Long-Term Growth Possibilities in the OECD Economies: An Alternative View,” in Trade and Development Report (Geneva: United Nations Conference on Trade and Development).

    KingMervyn1999Challenges for Monetary Policy: New and Old,” in New Challenges for Monetary Policy by the Federal Reserve Bank of Kansas City (Kansas City, MO: Federal Reserve Bank of Kansas City).

    KodresLaura à paraîtreThe New Economy in the United Kingdom,” in an IMF Country Report.

    LamoreauxNaomi R. andKenneth L.Sokoloff1999Inventive Activity and the Market for Technology in the United States, 1840-1920,NBER Working Paper No. 7107 (Cambridge, Massachusetts: National Bureau of Economic Research).

    Landefeld J.Steven andBarbara M.Fraumeni2001Measuring the New Economy,Survey of Current Business (March) p. 2340.

    Landefeld J.Steven andRobertParker1998BEA’s Chain Indexes, Time Series, and Measures of Long-Term Economic Growth,Survey of Current Business (May) p. 5868.

    LeeFrank C etDirkPilat2001«La croissance de la productivité dans les industries productrices et utilisatrices de technologies de 1’information et des communications, une source de differentiels de croissance dans la zone de l’OCDE?»OCDE Direction de la science de la technologie et de l’industrie—Document de travail n° 3 (Paris Organisation de cooperation et de developpement economiques). Lee Il-Houng and Yougesh Khatri 2001 “The Role of the New Economy in East Asia” (unpublished; Washington: International Monetary Fund, Asia and Pacific Department).

    LeeJong-Wha2000Education for Technology Readiness: Prospects for Developing Countries,” background Paper for the Human Development Report 2001 United Nations Development Programme (New York: UNDP).

    LequillerFrançois2001«La nouvelle économie et la mesure de la croissance du PIB», série des documents de travail de la direction des études et synthèsés économiques INSEE (Parisfévrier).

    LitanRobert E. andAlice M.Rivlin2000The Economy and the Internet: What Lies Ahead?Brookings Conference Report No. 4Brookings Institution.

    LucasRobert E.Jr.1993Making a Miracle,Econometrica Vol. 61 (March) p. 25172.

    MairesseJacquesGilbertCette etYussufKocoglu2000«Les technologies de l’information et de la communication en France: diffusion et contributionàla croissance»Economie et statistique no 339/340 p. 11746.

    MannCatherine L.Sue E.Eckert andSarahCleeland Knight2000Global Electronic Commerce: A Policy Primer (Washington: Institute for International Economics).

    MarquezJaime2001Reassessing Explanations of the Inverse Relation Between Private Investment and the Current Account” (unpublished; Washington: Federal Reserve Board).

    MeyerLaurence H.2000Structural Change and Monetary Policy,” remarks prepared for the Joint Conference of the Federal Reserve Bank of San Francisco and the Stanford Institute for Economic Policy Research San Francisco March. Disponible sur l’Internet: www.federalreserve.gov/boarddocs/speeches/2001.

    MitchellBrian R.1988British Historical Statistics (Cambridge: Cambridge University Press).

    ModyAshokaRajanSuri andJerrySanders1992Keeping Pace with Change: Organizational and Technological Imperatives,World Development Vol. 20 (December) p. 1797816.

    MyersStewart1977Determinants of Corporate Borrowing,Journal of Financial Economics Vol. 5 (November) p. 14775.

    MyersStewart andNicolasMajluf1984Corporate Financing and Investment Decisions When Firms Have Information that Investors Do not Have,Journal of Financial Economics Vol. 13 (June) p. 187221.

    NordhausWilliam2001Productivity Growth and the New Economy,NBER Working Paper No. 8096 (Cambridge, Massachusetts: National Bureau of Economic Research).

    OlinerStephen D. andDaniel E.Sichel2000The Resurgence of Growth in the Late 1990s: Is Information Technology the Story,Journal of Economic Perspectives Vol. 14 (Fall) p. 322.

    OCDE2000Perspectives des technologies de l’information de l’OCDE: TIC commerce électronique et économie de l’information (ParisOrganisation de cooperation et de développement économiques).

    OrphanidesAthanasios1998Monetary Policy Evaluation with Noisy Information,Finance and Economics Discussion Paper No. 1998-50 (Washington: Board of Governors of the Federal Reserve System).

    OrphanidesAthanasios2000The Quest for Prosperity Without Inflation,European Central Bank Working Paper No. 15 (Frankfurt: European Central Bank).

    OultonNicholas2001ICT and Productivity Growth in the United Kingdom,Bank of England Working Paper No. 140 (London: Bank of EnglandJuly).

    PohjolaMatti2000Information Technology and Economic Growth: A Cross-Country Analysis,World Institute for Development Economics Research Working Paper No. 173 (Helsinki: United Nations University).

    PortesRichard andHeleneRey1999The Determinants of Cross-Border Equity Flows,NBER Working Paper No. 7336 (Cambridge, Massachusetts: National Bureau of Economic Research).

    Reed Electronics Research2001Yearbook of World Electronics Data (Reed Business Information Ltd.).

    RoegerWerner2001The Contribution of Information and Communication Technologies to Growth in Europe and the United States: A Macroeconomic Analysis,Economic Papers No. 147 European Commission (January).

    SchreyerPaul2000The Contribution of Information and Communication Technology to Output Growth: A Study of the G7 Countries,OECD Directorate for Science Technology and Innovation Working Paper No. 2000/2 (Paris: Organization for Economic Cooperation and Development).

    SchreyerPaul2001Computer Price Indices and International Growth and Productivity Comparisons,OECD Statistics Directorate (unpublished; Paris: Organization for Economic Cooperation and Development).

    SenhadjiAbdelhak1998Time Series Estimation of Structural Import Demand Equations: A Cross-Country Analysis,IMF Staff Papers International Monetary Fund Vol. 45 (June) p. 23668.

    StirohKevin J.2001Information Technology and the U.S. Productivity Revival: What Do the Industry Data Say?Staff Report No. 115 (New York: Federal Reserve Bank of New York).

    SwansonEric T.2001On Signal Extraction and Non-Certainty-Equivalence in Optimal Monetary Policy Rules,Finance and Economics Discussion Paper No. 2000-32 (Washington: Board of Governors of the Federal Reserve System).

    TanziVito2000Globalization, Technological Developments, and the Work of Fiscal Termites,IMF Working Paper No. 00/181 (Washington: International Monetary Fund).

    TevlinStacey andKarlWhelan2000Explaining the Investment Boom of the 1990s,Finance and Economics Discussion Series No. 2000-11 (Washington: Board of Governors of the Federal Reserve System).

    TurnerPhilip à paraîtrePolicy, Regulatory, and Legal Issues Associated with E-Finance in Emerging Markets,” in Open Doors: Foreign Participation in Financial Systems in Developing Countries (Washington: Brookings Institution).

    U.S. Council of Economic Advisers2001Economic Report of the President (Washington: U.S. Government Printing Office).

    U.S. Department of Commerce Bureau of Economic Analysis (for hedonic price indices).Disponible sur l’Internet: http://www. bea.doc.gov/bea/cln/nipaxoeb/

    U.S. General Accounting Office2000Sales Taxes: Electronic Commerce Growth Presents Challenges, Revenue Losses are Uncertain,” Report to Congressional Requesters GAO/GGD/OCE-00-165 (Washington).

    Van ArkBart2001The Renewal of the Old Economy: Europe in an Internationally Comparative Perspective,” (unpublished; Groningen, The Netherlands: University of Groningen).

    VavaresChrisJoelPrakken andLisaGuirl1998Macro Modeling with Chain-Type GDP,Journal of Economic and Social Measurement Vol. 24 No. 2 p. 12342.

    WadhwaniSushil2000Monetary Challenges in a New Economy,” speech to the Hong Kong and Shanghai Banking Corporation Global Investment Seminar October. Disponible sur l’Internet: www.bankofengland.co.uk/speeches/speech103.pdf

    WhelanKarl2000A Guide to the Use of Chain Aggregated NIPA Data,Finance and Economics Discussion Paper No. 2000-35 (Washington: Boar fo Governors of the Federal Reserve System).

    WhiteEugene N.1990The Stock Market Boom and Crash of 1929 Revisited,Journal of Economic. Perspectives Vol. 4 (spring) p. 6783.

    WoodruffWilliam1966The Impact of Western Man (London: Macmillan).

    World Information Technology Services Alliance (WITSA)2001Digital Planet.

Nous nous intéresserons surtout à l’incidence des produits technologiques sur l’investissement, car la consommation privée ne répresente qu’une petite fraction des dépenses de capital fixe privées dans ce domaine (environ 7 % aux États-Unis en l’an 2000).

Pour plus de comparaisons internationales de la production et de l’utilisation des technologies de l’information, Voir OCDE (2000).

Cette section est largement inspirée de Crafts (2001), ouvrage commandé pour les Perspectives de l’économie mondiale. Cette analyse s’accorde avec celle d’autres spécialistes de l’histoire économique, dont David (1990 et l’an 2000), DeLong (2001) et White (1990).

Cependant, les premiers utilisateurs peuvent aussi subir des coûts non négligeables si la technologie est supplantée par une autre. Le Royaume-Uni et les États-Unis, par exemple, avaient construit un vaste réseau de canaux, qui est devenu obsolète du fait de l’invention du chemin de fer.

Par exemple, le prix réel de l’électricité aux États-Unis a baissé de 7 % par an entre 1900 et 1920 (Brookes and Wahhaj, 2000), tandis que le prix réel des ordinateurs (prenant en compte l’effet qualité) a chuté de 20 % par an entre 1990 et l’an 2000.

L’idée que les technologies de l’information pourraient contribuer à la hausse de la productivité du travail date d’avant l’accélération de la productivité récemment observée. Voir par exemple Kelkar (1982).

Les données sur les dépenses de consommation proviennent de la World Information Technology Services Alliance (2001) et les données sur la production de Reed Electronics Research (2001). Les données de sources privées couvrent un large échantillon de pays, mais ne sont pas établies de manière aussi exhaustive que les données de comptabilité nationale.

D’après les hypotheses standards, on peut exprimer la hausse de la productivity du travail (variation de la production par unité de travail) par l’equation suivante: (ŶL)=α(K̂L)+Â où Yest la production, L le travail, K le capital, a la part du capital dans le révenu national, A le niveau de la productivité globale des facteurs et A denote une variation en pourcentage.

Les récentes révisions annuelles des comptes nationaux des États-Unis ont réduit le taux de croissance annuel moyen de la productivité du travail au cours de la période 1996-2000 de 2,8 % à 2,5 %, en raison essentiellement du fléchissement de la productivité du travail en l’an 2000, et légèrement réduit la contribution de l’intensification du capital technologique à la croissance, principalement du fait de la baisse de l’investissement en logiciels.

Voir Estevao and Levy (2000). Mairesse, Cette et Kocoglu (2000) utilisent aussi des données agrégées pour évaluer l’impact des technologies de l’information sur la productivité du travail et arrivent à des résultats similaires. En travaillant sur des données microéconomiques, Crépon et Heckel (2000) détectent un impact plus sensible des technologies de l’information sur l’accélération de la productivité du travail.

Les études suivant la première méthode sont celles de Colecchia (2001), Daveri (2001), Roeger (2001) et Schreyer (2000). La deuxième approche est réprésentée par Lee and Pilat (2001) et Van Ark (2001).

Dans certains pays en développement producteurs de produits technologiques, il arrive que le secteur des technologies de l’information offre des salaires très supérieurs à ceux qui peuvent être obtenus ailleurs.

Spécifiquement, on suppose qu’un pays cesse de déflater la production du secteur des technologies de l’information ou les achats de produits technologiques par le déflateur du PIB et applique la méthode des prix hédoniques (corrigés des effets de change) et de la pondération chaînée pour tenir compte des effets de substitution (encadré 3.1). C’est un calcul majorant parce qu’il est très improbable qu’un pays évalue les produits technologiques comme étant égaux au déflateur du PIB, ce qui signifie que les calculs qui ne sont pas basés sur des prix hédoniques ne rendent pas compte des bienfaits de la révolution des technologies de l’information.

On désigne communément ce concept par l’expression «épargne sociale» (voir Crafts, 2001).

L’environnement hautement compétitif dans lequel la plupart des compagnies de technologies de l’information opèrent donne à penser que cette hypothèse est sans doute raisonnable, bien qu’il y ait des exceptions évidentes. Brookes et Wahhaj (2000) avancent l’idée que les taux de bénéfices ne sont pas exceptionnels dans le secteur des technologies de l’information.

Études des services du FMI dues à Bayoumi et Haacker (2001). La précédente étude sur les États-Unis est Brynjolfsson (1996).

Les données empiriques pour les pays avancés confirment pour l’essentiel que, jusqu’à présent, les technologies de l’information ont accru la demande de main-d’œuvre plus qualifiée et les salaires relatifs. Voir Autor, Katz, and Krueger (1998), Autor, Levy, and Murnane (2001), Berman, Bound, and Machin (1998), et Bresnahan, Brynjolfsson, and Hitt (1999). Cependant, Di Nardo et Pischke (1997) suggèrent que la différence de salaires tient peut-être simplement à ce que les travailleurs mieux rémunérés utilisent des ordinateurs dans leur travail.

Aujourd’hui déjà, un vendeur au détail ne se borne pas à faciliter une transaction de manière traditionnelle: il tient un livre de comptes, assure le contrôle des stocks et renouvelle les commandes aux fournisseurs. Voir Greenspan (2001b).

Hicks (1982) décrit brièvement les précédents modèles de cycles économiques en faisant ressortir l’importance des facteurs réels, plutôt que monétaires.

Le chiffre d’affaires à l’international exclut les exportations, de manière à éviter un double comptage.

Le secteur hors technologies de l’information ne comprend pas les banques et institutions financières, car, en raison de la nature de leurs activités, elles ont en général un ratio d’endettement élevé et de grands décalages entre les échéances des actifs et passifs, ce qui fausserait la comparaison avec les autres secteurs. L’analyse empirique présentée dans cette section est fondée sur des données communiquées par les entreprises couvrant 19 pays avancés et tirées de la banque de données Worldscope.

Hall (2001) avance que le ratio q de Tobin plus élevé du secteur des technologies de l’information tient à ce qu’il possède plus de capital humain, que la situation nette comptable ne prend pas en considération. Cependant, cette thèse impliquerait que les amples fluctuations récentes des cours des actions technologiques tiennent principalement à des variations rapides du capital humain.

Cette tendance a été beaucoup plus marquée pour les entreprises produisant du matériel électronique et des logiciels que pour les sociétés de télécoms. Parce que ces dernières sont en général plus grosses et ont une plus large assise financière, les ratios MBA/actif et bénéfices réinvestis/investissement sont souvent plus élevés que dans le secteur du matériel et des logiciels informatiques.

Cela vaut là encore davantage pour les entreprises produisant du matériel électronique et des logiciels que pour les sociétés de télécoms.

Le numérique et l’Internet tendent à faire diminuer la taille optimale de l’entreprise dans la mesure où ils facilitent l’externalisation de certaines activités et abaissent les frais fixes.

Par contre, l’élasticité-prix de la demande de produits agricoles est très inférieure à l, de sorte que le progrès technique (et donc la baisse des prix) induit à la longue une contraction du secteur.

Dans une etude comparative, Pohjola (2000) montre que les technologies de l’information contribuent à réhausser la croissance dans les pays avances, mais pas dans les pays en développement.

Abramowitz et David (1996) étudient les contraintes dues à une faible “capacité sociale”.

Voir Meyer (2000) et les proces-verbaux dés réunions du Comite de Fopen-market du Systeme federal de réserve de juin et d’aout 2000.

La taxe sur les ventes est perçue par les Etats de la federation. La Cour supreme americaine a decide qu’un Etat n’a pas juridiction pour obliger un negociant non résident qui n’a ni employes ni presence materielle dans cet Etat a percevoir la taxe. La legislation est analysee en detail dans U.S. General Accounting Office (2000). Goolsbee (2001) evalue le manque a gagner a environ 612 millions de dollars (moins de 0,01 % du PIB) en 1999, et prevoit qu’il passera a 6,88 milliards de dollars (0,06 % du PIB) en 2004.

    Other Resources Citing This Publication