Chapter

Chapitre II. Interactions Entre Économies Nationales: Trois Perspectives

Author(s):
International Monetary Fund. Research Dept.
Published Date:
November 2001
Share
  • ShareShare
Show Summary Details

Les trois essais rassemblés dans le présent chapitre abordent des questions d’actualité qui mettent en jeu les interactions entre économies nationales. Compte tenu du ralentissement synchrone de l’activité à travers le monde, les deux premiers sont consacrés à la transmission internationale du cycle économique (les liens cycliques, dans la suite du chapitre) entre les économies avancées—les pays du Groupe des Sept ou G-7, dans la suite du chapitre—puis entre ces derniers et les économies en développement. Le troisième essai aborde les questions soulevées par le projet d’ouverture d’un nouveau cycle de négociations commerciales multilatérales sous les auspices de l’Organisation mondiale du commerce (OMC).

Le premier essai, qui examine les liens cycliques entre les pays du G-7, part d’un constat paradoxal: bien que les progrès rapides de la mondialisation ces dernières années aient renforcé l’interdépendance économique et financière à travers le monde, l’importance de ces liens est mise en doute depuis quelques années. Ce scepticisme est dû en grande partie au fait que, contrairement à ce qui s’était passé dans les années 70 et 80, le ralentissement de l’activité aux États-Unis au début des années 90 n’a pas coïncidé avec celui de l’Europe continentale ou du Japon. L’analyse fait apparaître que la décennie écoulée a bien été marquée, dans le domaine financier en particulier, par un développement rapide des liens transfrontières qui a contribué à la dimension mondiale du ralentissement actuel de la conjoncture. Mais l’importance de ces liens a été occultée, au début des années 90, par deux chocs d’une ampleur et d’une idiosyncrasie inhabituelles: la réunification de l’Allemagne en Europe continentale et le gonflement puis l’explosion de la «bulle» spéculative des prix des actifs au Japon.

Le second essai explore le domaine encore peu connu des liens cycliques entre économies avancées et économies en développement. Il existe une corrélation très nette, sur un plan global, entre les cycles des deux groupes de pays. L’analyse des principaux mécanismes de transmission internationale des chocs—les échanges commerciaux et les marchés financiers—montre que des régions en développement telles que l’Asie, dont la production est souvent concurrente ou complémentaire de celle des pays industrialisés, dépendent en général beaucoup plus des conditions cycliques dans les pays avancés que des régions comme le Moyen-Orient ou l’Afrique subsaharienne, dont le cycle est lié bien davantage à l’évolution des marchés de produits.

Le troisième essai, déplaçant la réflexion de l’analyse des cycles vers l’amélioration structurelle de l’économie mondiale sur le long terme, dresse un bilan des efforts déployés pour ouvrir un nouveau cycle de négociations commerciales multilatérales après l’échec de Seattle en 1999. Il met en lumière les bienfaits considérables que l’économie mondiale peut retirer des échanges sur le plan, en particulier, des perspectives de croissance et de développement. L’analyse permet de conclure que, si la situation s’est améliorée depuis le fiasco de Seattle, bon nombre de questions doivent encore être résolues avant qu’un nouveau cycle puisse s’ouvrir.

Liens cycliques entre les principales économies avancées

L’évolution économique récente a entraîné un regain d’intérêt pour les liens cycliques entre pays avancés. Le ralentissement de la croissance aux États-Unis influera-t-il sur l’expansion ailleurs dans le monde—en Europe, notamment—et, dans l’affirmative, à quel point? La question suscite un large débat, qui a pour toile de fond deux aspects contradictoires de l’expérience des années 90. D’une part, l’asymétrie remarquable des fluctuations économiques des principales zones monétaires ces dix dernières années, qui semble attester l’existence de liens cycliques assez faibles au plan international. D’autre part, l’interdépendance de plus en plus poussée de l’économie mondiale—et en particulier des marchés financiers—qui devrait, de l’avis général, avoir resserré les liens cycliques. Cet essai retrace l’évolution de ces liens entre les pays du G-7 depuis le passage au flottement généralisé des monnaies en 1974. Il analyse comment l’interdépendance économique internationale s’est modifiée sur les marchés des biens et des actifs, avant d’évoquer l’impact que cette évolution pourrait avoir eu sur la transmission internationale des perturbations économiques et d’en examiner les conséquences pour le cycle actuel.

L’évolution récente en perspective

Les travaux sur le cycle économique ont montré, depuis longtemps, que les fluctuations cycliques enregistrées par les différents pays présentent des éléments communs (voir, par exemple, Haberler, 1958). Ainsi, les épisodes de récession ou de contraction de l’activité surviennent souvent avec une simultanéité remarquable, comme l’ont montré le ralentissement presque synchrone des économies du G-7 en 1974—75 et les récessions de 1980. Les phases de reprise ou d’expansion de l’activité coïncident fréquemment, elles aussi, bien que la durée moyenne des périodes d’expansion varie beaucoup d’un pays du G-7 à l’autre (McDermott and Scott, 2000). Enfin, et c’est primordial dans l’optique de cette étude, le sens et l’ampleur des fluctuations de la production autour de son potentiel tendent à être similaires, ainsi qu’en témoigne l’existence de corrélations bilatérales positives généralement fortes entre les écarts de production des pays du G-7, aux fréquences dites de cycle, entre 1974 et l’an 2000 (tableau 2.1)1. À partir des années 80, l’accumulation de preuves d’une covariation forte et systématiquement positive a donné naissance à la notion de cycle économique mondial ou international2.

Tableau 2.1.Corrélations croisées des écarts de production entre les pays du G-7, 1974-2000 et 1991-20001(Les chiffres en grisé sont les coefficients de corrélation pour la période 1991-2000)
États-UnisJaponAllemagneFranceItalieRoyaume-UniCanada
États-Unis0,280,470,350,460,660,78
Japon−0,600.650,550,530.270,10
Allemagne−0,570,530,610,740,230.26
France−0,100,050.720.700.500.32
Italie−0,280,380,750.740,450,50
Royaume-Uni0,68−0,36−0,38−0,140,150.60
Canada0,79−0,66−0,380.150.080,82
Source: calculs des services du FMI.

Les écarts de production aux fréquences de cycle (6-32 trimestres) sont calculés avec le filtre passe-bande approximatif proposé par Baxter et King (1999). Les coefficients de corrélation ont été calculés sur la base d’une estimation consistante (quant à la présence d’autocorrélation et d’hétéroscédasticité) de la matrice variance-covariance des écarts de production.

Source: calculs des services du FMI.

Les écarts de production aux fréquences de cycle (6-32 trimestres) sont calculés avec le filtre passe-bande approximatif proposé par Baxter et King (1999). Les coefficients de corrélation ont été calculés sur la base d’une estimation consistante (quant à la présence d’autocorrélation et d’hétéroscédasticité) de la matrice variance-covariance des écarts de production.

Cependant, l’évolution observée dans les années 90 ne cadre pas avec la notion de cycle économique mondial. Les récessions se sont déclenchées avec un décalage très sensible dans le temps: 1990-91 pour les États-Unis, le Royaume-Uni et le Canada, mais 1992-93 pour le Japon, l’Allemagne, la France ou l’Italie. Résultat, la moitié ou presque des coefficients de corrélation pour les années 90 sont devenus négatifs et le coefficient de corrélation moyen des écarts de production des pays du G-7 est tombé de 0,60 en 1974-90 à 0,12 durant la dernière décennie (partie grisée du tableau 2.1).

Doit-on, dans ces conditions, remettre en cause l’idée d’un cycle économique mondial? Pour mettre l’expérience des années 90 en perspective, il convient de comparer l’écart de production de chacun des pays du G-7 à une composante commune (graphique 2.1). Cette composante, qui permet de chiffrer la part de l’écart de production d’un pays due aux liens cycliques, est obtenue à partir d’un modèle généralisé à facteurs dynamiques, technique utilisée pour identifier et estimer un petit nombre de facteurs susceptibles d’expliquer une large proportion des fluctuations de la production selon les pays3. Ces facteurs reflètent des chocs mondiaux touchant tous les pays et des chocs spécifiques à certains pays du G-7 mais dont les répercussions se propagent aux autres membres du groupe. Bien que la série de facteurs prise en compte soit la même pour les sept pays et estimée simultanément, la valeur de la composante commune diffère d’un pays à l’autre, car le modèle permet à chacun d’eux d’opposer une réponse dynamique aux chocs que ces facteurs visent à saisir. La différence entre l’écart de production et la composante commune montre la partie idiosyncrasique des fluctuations de la production d’un pays, c’est-à-dire les perturbations spécifiques à ce pays nettes de tout effet de contagion important sur les autres membres du groupe.

Graphique 2.1.Composantes communes des écarts de production dans le Groupe des Sept (G-7)1

(Écarts de production et composantes communes en fraction du PIB potentiel)

Le mécanisme de transmission internationale du cycle économique dont rendent compte les composantes communes joue un rôle important dans les fluctuations cycliques entre les pays du G-7.

Source: calculs des services du FMI.

1Les composantes communes reposent sur deux facteurs, tels qu’estimés dans le modèle dynamique généralisé de Forni ét al. (2000). Le nombre de facteurs est déterminé par leur contribution (au moins 10 %) à l’explication des fluctuations de l’écart de production du G-7. R2 correspond au coefficient de détermination retenu, pour chaque pays, dans le modèle de composantes communes; il est mesuré par le degré de variation de l’écart de production expliqué par la composante commune.

Les chocs asymétriques expliquent pourquoi les liens cycliques contribuent dans des proportions très variables, au fil du temps, aux fluctuations de la production dans chaque pays. Les différences notables entre écart de production et composante commune qui apparaissent en Allemagne de la fin des années 80 au début des années 90 s’expliquent par la réunification du pays; elles ont été transmises aux pays européens, mais pas aux États-Unis ni au Japon. De même, les différences très sensibles observées au Japon depuis 1993 sont imputables à l’éclatement de la «bulle» des prix des actifs japonais au début des années 90 et aux difficultés économiques durables qui ont suivi4. Ces perturbations ont été d’une ampleur suffisante pour modifier radicalement le type de corrélation entre les écarts de production des pays du G-7 dans les années 90, ainsi que le montre l’analyse des intervalles de corrélation mobiles sur huit ans présentés au graphique 2.2. On observe surtout que la corrélation entre les écarts de production est devenue négative entre les États-Unis et le Japon, ainsi qu’entre les États-Unis et la zone euro5. Cela souligne à quel point l’ampleur, l’origine et le type de perturbations influent sur les liens cycliques, et combien les corrélations moyennes des écarts de production sont sensibles au moment choisi pour l’analyse.

Graphique 2.2.Groupe des Sept: échantillon de corrélations bilatérales des écarts de production1

(Intervalles mobiles de corrélation de huit ans)

Les perturbations asymétriques du début des années 90 ont modifié de façon radicale les corrélations entre les écarts de production aux Etats-Unis, au Japon et en Allemagne, tandis que les autres corrélations restaient beaucoup plus stables.

Source: calculs des services du FMI.

1Les pays sont appariés selon la corrélation bilatérale suivie.

Mais les chocs mondiaux et ceux qui ont eu des répercussions significatives ont sans doute été importants eux aussi, car les composantes communes ont apporté une contribution majeure aux variations des écarts de production dans tous les pays du G-7 entre 1974 et l’an 2000, même si l’amplitude de ces variations a été très différente d’un pays à l’autre. Les composantes communes semblent dominer aux États-Unis, au Canada et au Royaume-Uni. Dans les pays de la zone euro (Allemagne, France et Italie), leur rôle paraît moins important si l’on en juge par les différences plus fréquentes, et parfois considérables, entre écarts de production et composantes communes. Au Japon, la composante commune joue de même un moindre rôle que la composante idiosyncrasique dans les fluctuations de l’écart de production. Vu ces différences entre pays et le décalage très net, dans le temps, des pics et des creux des écarts de production et des composantes communes (en particulier au Japon et dans les pays de la zone euro), il est difficile de dire qu’un cycle économique mondial unique s’applique aux principales économies avancées.

Plusieurs observations portent à croire que les facteurs structurels et le type de politique conduite influent sur la solidité des liens cycliques. Premièrement, ces liens ont été moins touchés par les chocs asymétriques dans certains pays que dans d’autres. La covariation des écarts de production aux États-Unis, au Canada et au Royaume-Uni est restée positive tout au long des années 90. De même, les liens cycliques sont restés solides dans les pays de la zone euro, ce dont il n’y a sans doute pas lieu de s’étonner, puisque le processus d’intégration engagé au sein du Système monétaire européen s’est intensifié dans les années 90. Et l’affiliation étroite du cycle économique britannique à celui des États-Unis, alors que le Royaume-Uni entretient des relations commerciales beaucoup plus importantes avec la zone euro, pourrait s’expliquer par l’existence de liens très solides entre les marchés financiers (voir ci-après)6. Deuxièmement, les États-Unis paraissent jouer un rôle prééminent dans la transmission internationale des perturbations. La forte corrélation entre la composante commune et les écarts de production aux États-Unis, comparée à ce que l’on peut observer au Japon ou en Allemagne, conduit à penser que les perturbations de l’économie américaine, telles que les chocs de politique monétaire qui ont conduit à la récession de 1990-91, ont affecté en général tous les pays du G-7, tandis que la transmission internationale des perturbations en provenance des autres grandes zones monétaires semble plus faible. Cette asymétrie est due sans doute à la différence de taille des économies et à la profondeur inégale de leurs marchés financiers. Enfin, les amples fluctuations des composantes communes observées à tout moment entre les pays du G-7 laissent supposer que les pays ont réagi différemment aux perturbations parce que leurs structures économiques et, parfois, leur politique de stabilisation, étaient différentes.

Il semble aujourd’hui que les fortes composantes communes des fluctuations des cycles économiques nationaux observées dans les années 70 et 80 aient refait surface. L’asymétrie des fluctuations du cycle des pays anglo-saxons (Canada, États-Unis et Royaume-Uni) et de celui des pays de la zone euro a disparu en 1999 et en l’an 2000 lorsque les écarts de production ont évolué dans le même sens. Elle a persisté, toutefois, dans le cas du Japon.

Interdépendance croissante des économies et liens cycliques

La robustesse des liens cycliques entre les sept principales économies avancées dépend non seulement de l’ampleur et de l’origine des perturbations, mais aussi de la structure des échanges internationaux de biens, de services et d’actifs financiers. Celle-ci est le fruit d’un processus dynamique animé principalement par l’évolution, sur la longue période, du progrès technique et des règles commerciales. Mussa (2000) observe ainsi que l’interdépendance croissante des économies dans le domaine des échanges de marchandises depuis les années 50 résulte de la baisse des coûts de transaction—consécutive à la réduction progressive, mais substantielle, des obstacles artificiels au commerce mondial dans le cadre des efforts de libéralisation multilatérale et régionale (voir le troisième essai, consacré au commerce mondial)—et des progrès techniques dans les transports et les communications. Cependant, malgré la chute spectaculaire du coût des transactions transfrontières et les progrès concomitants de l’interdépendance (voir ci-après), les frontières nationales continuent d’opposer un obstacle majeur aux échanges de biens, de services et d’actifs financiers. Le commerce intranational dépasse encore les échanges internationaux dans une proportion surprenante, même si l’on tient compte des obstacles spécifiques—distance, différences linguistiques—qui perpétuent cette différence entre transactions nationales et internationales (voir Obstfeld and Rogoff, 2000).

Liens commerciaux

Les perturbations nées dans un ou plusieurs pays exercent, par le biais des échanges, un effet de contagion plus ou moins prononcé selon le degré d’interdépendance que le commerce crée entre les économies (dénommée interdépendance commerciale dans le reste du chapitre). La part des exportations et des importations dans les principaux pays avancés montre que leur interdépendance commerciale globale s’est en général accentuée entre 1974 et l’an 2000 (tableau 2.2). S’agissant des échanges directs de marchandises, le niveau d’interdépendance des pays du G-7 et la ventilation géographique des échanges entre ces derniers sont restés très proches, dans les années 90, de ce qu’ils étaient dans les années 70. Si l’on excepte le Canada, dont les échanges ont nettement progressé suite à l’entrée en vigueur de l’accord de libre-échange avec les États-Unis de 1989 et de l’Accord de libre-échange nord-américain (ALENA) en 1994, la part moyenne des exportations et importations en direction ou en provenance des autres pays du G-7, mesurée en pourcentage du PIB, n’a augmenté en effet que de 2 points ou moins7. Les chiffres de la comptabilité nationale, qui incluent les exportations et importations de services, font état d’une légère augmentation de l’interdépendance à ce niveau aussi8. On ne dispose malheureusement pas, en général, de statistiques cohérentes sur la ventilation géographique des échanges de services. Mais il semble plausible que l’interdépendance commerciale des pays du G-7, dans ce domaine ait contribué de façon au moins proportionnelle à l’augmentation globale observée, car la part des services tend à s’accroître avec le revenu par tête.

Tableau 2.2.Interdépendance commerciale des pays du G-7,1974-2000(Moyenne sur la période, en pourcentage du PIB)
États-UnisJaponAllemagneFranceItalieRoyaume-UniCanada
Importations de marchandises en provenance d’autres pays du G-7
1974-19803,63,27,27,69,09,218,2
1991-20004.92.48.09,18,110,424.2
Exportations de marchandises à destination d’autres pays du G-7,
1974-19802,93,97,86,58,36,517,3
1991-20003,43,88,98,89,28,427,8
Importations de marchandises
1974-19807,811,319.917,720,324,423,2
1991-200010,26,820,419,317,422,430,7
Exportations de marchandises
1974-19806,711,322,816,217,720,622,1
1991-20007,59,122,919,718,819,530,8
Importations de biens et services1
1974-19809,012,524,220,422,528,124,5
1991-200012,18,526,022,121,727,334,5
Exportations de biens et services1
1974-19808,512,826.319,522,127,624,6
1991-200010,710,226,623,724,426,336,3
Sources: FMI,Direction of Trade Statistics; OCDE.

À partir des données de la comptabilité nationale.

Sources: FMI,Direction of Trade Statistics; OCDE.

À partir des données de la comptabilité nationale.

La légère augmentation de l’interdépendance commerciale des pays du G-7, entre 1974 et l’an 2000 porte à croire que (sauf au Canada) la nature et la vigueur des effets dynamiques qu’une perturbation dans l’un des pays du G-7, peut avoir—par l’intermédiaire du commerce—sur la production et les termes de l’échange des autres pays du groupe ne devraient pas avoir beaucoup changé sur la période. Cela ne veut pas dire que le canal de transmission que constituent les échanges soit sans importance. Au contraire, certains éléments semblent indiquer que la production de ces pays tend à afficher une covariation plus nette lorsque les liens se resserrent sur le plan du commerce de marchandises9. Cependant, si l’on utilise les élasticités-revenu et les élasticités-prix types, à partir d’équations estimées des exportations et importations des pays du G-7, il apparaît que de faibles augmentations des parts des échanges dans le PIB ne modifient pas sensiblement la covariation de leur production10. Il semble très improbable aussi que l’augmentation effective de l’interdépendance commerciale des pays du G-7, ait pu entraîner une augmentation significative des corrélations entre les chocs nationaux spécifiques de nature à renforcer les corrélations de la production entre pays du G-7,11. De façon plus générale, les simulations de grands modèles multilatéraux, tels que le MULTIMOD du FMI, font aussi penser que les liens commerciaux ne peuvent sans doute pas, à eux seuls, engendrer la corrélation des fluctuations de la production qu’attestent les données effectives.

Liens financiers

Les marchés financiers sont un autre canal important de transmission des perturbations à l’échelle internationale, dont les mécanismes reposent sur la diversification transfrontières des avoirs et engagements et sur les arbitrages transfrontières entre les prix. Les innovations liées aux progrès des technologies de l’information et la libéralisation des mouvements de capitaux renforcent rapidement l’intégration des marchés financiers internationaux.

La diversification transfrontières des avoirs et engagements a beaucoup progressé, en l’espace de vingt ans, dans les principales économies avancées. Les avoirs et engagements extérieurs de leurs résidents ont plus que doublé, en pourcentage du PIB, entre 1980 et l’an 2000, enregistrant notamment une accélération spectaculaire dans les années 90 (sauf au Japon), pour approcher souvent 100 % du PIB à la fin du millénaire (graphique 2.3). Si l’on observe une certaine asymétrie entre ces avoirs et engagements selon que le pays considéré est créditeur ou débiteur net, la tendance générale à la diversification dans les deux sens—achat d’actifs extérieurs et émission, dans le même temps, d’engagements envers les non-résidents—explique manifestement l’essentiel des augmentations enregistrées (graphique 2.4). Les progrès de la diversification transfrontières des avoirs et engagements ne sont donc liés qu’en partie aux déséquilibres entre l’épargne et l’investissement, dont la persistance reflète en soi l’intégration plus poussée des marchés d’actifs.

Graphique 2.3.Groupe des Sept: interdépendance des marchés d’actifs

(En pourcentage du PIB)

La diversification transfrontière des avoirs et engagements des pays du G-7, a beaucoup progressé au cours des dernières décennies.

Sources: FMI, Statistiques de la balance des paiements et Statistiques financières internationales.

Graphique 2.4.Groupe des Sept: avoirs extérieurs nets

(En pourcentage du PIB)

L’évolution des avoirs extérieurs nets n’est qu’un des déterminants de la tendance à la diversification des avoirs et engagements.

Sources: FMI, Statistiques de la balance des paiements et Statistiques financières internationales.

L’accroissement des avoirs et engagements extérieurs résulte avant tout d’un essor des actifs en portefeuille et de l’investissement direct étranger (IDE), qui comprennent les uns et les autres une forte composante d’actions, sauf pour le Japon où ce sont les banques qui ont pris une part prépondérante à l’accroissement de l’exposition au risque extérieur à la fin des années 80. Sauf là encore au Japon, l’IDE et les investissements de portefeuille se sont accélérés (graphique 2.5), depuis cinq ans surtout, même si l’envolée des prix des actifs dans la plupart des principaux pays avancés (Japon non compris) durant les années 90 a joué un grand rôle dans l’accroissement des stocks d’avoirs et d’engagements extérieurs.

Graphique 2.5.Groupe des Sept: flux bruts d’investissement direct étranger et d’investissements de portefeuille1

(En pourcentage du PIB)

Les flux d’IDE et d’investissements de portefeuille se sont accélérés au cours des années 90.

Sources: FMI, Statistiques de la balance des paiements et Statistiques financières internationales.

1Somme des postes de crédit et de débit.

Pour évaluer l’ampleur de la diversification transfrontières dans les pays du G-7, il faudrait disposer, sur un plan bilatéral, de statistiques des portefeuilles d’actifs et des flux de capitaux. Or, comme pour les échanges de services, ces chiffres sont en général indisponibles12.

Des données partielles sur les placements bilatéraux reposant sur les portefeuilles d’actifs aux États-Unis montrent cependant que la tendance générale à l’interdépendance plus poussée des marchés financiers susmentionnée se vérifie aussi pour les pays du G-7, (graphique 2.6). Les actifs extérieurs détenus par les résidents américains dans des pays du G-7, et les actifs américains détenus par les résidents d’autres pays du G-7, ont fortement augmenté, en pourcentage du PIB, entre 1994 et l’an 200013. Si l’on opère une distinction par type d’instrument, l’IDE apparaît comme le véhicule privilégié de ces investissements pour les résidents américains comme pour les nonrésidents. Si l’on considère la destination ou l’origine de l’investissement, l’importance relative des pays du G-7, reste globalement inchangée, entre 1994 et l’an 2000, en ce qui concerne les actions. La part des pays du G-7, a un peu diminué, en revanche, dans le cas de l’IDE, ce qui laisserait penser que la mondialisation a incité les entreprises américaines à s’établir sur de nouveaux marchés tandis que les sociétés des autres pays ont cherché à pénétrer davantage le marché américain. S’agissant des portefeuilles obligataires, enfin, la forte augmentation de la part des obligations des pays du G-7, détenue par des résidents américains s’explique avant tout par l’essor de leurs placements au Royaume-Uni. Or, cet essor reflète sans doute l’importance de la place financière britannique, de sorte que l’accroissement observé recouvre sans doute aussi les portefeuilles d’obligations émises par des résidents d’autres pays que le Royaume-Uni14.

Graphique 2.6.Marchés d’actifs des États-Unis et pays du Groupe des Sept (G-7),

(En pourcentage du PIB des États-Unis)

Les pays du G-7, occupent une position significative et relativement stable dans les actifs étrangers détenus par des résidents américains et les actifs américains détenus par des non-résidents.

Source: U.S. Department of Commerce, Survey of Current Business.

1 À l’exclusion des avoirs officiels en obligations étrangères.

2 À leur valeur de marché. Les portefeuilles bilatéraux sont estimés en fonction des parts déterminées par les données historiques sur la base des coûts.

3 À l’exclusion des avoirs officiels en obligations américaines. Les avoirs privés de bons du Trésor américains sont estimés en fonction des portefeuilles privés d’obligations d’entreprises et d’institutions américaines.

Suite à l’intensification du processus de diversification transfrontières, les actifs de portefeuille ont plus que doublé en pourcentage du patrimoine financier des ménages, entre 1981-85 et 1996-99, dans la plupart des principaux pays avancés (tableau 2.3)15. La diversification transfrontières des patrimoines est plus accentuée au Royaume-Uni, où les avoirs extérieurs représentaient environ 25 % du patrimoine financier des ménages, en moyenne, dans la période 1996-99. Cependant, cette importance tient en partie au rôle du pays comme place financière internationale, et on la retrouve de même du côté des engagements extérieurs, considérables eux aussi. L’Allemagne et la France, où la part des avoirs extérieurs dépassait 10 % du patrimoine financier des ménages sur la période 1996-99, suivent au classement de la diversification des patrimoines. Au Japon, au Canada et aux États-Unis, les avoirs extérieurs sont restés inférieurs à 10 % du patrimoine financier des ménages, en moyenne, sur la période 1996-99. Quoi qu’il en soit, en dépit de l’essor remarquable des avoirs extérieurs détenus en pourcentage du PIB, la diversification internationale du patrimoine des ménages—dénomination pertinente pour les décisions de consommation et d’épargne—est restée limitée même à la fin de 199916.

Tableau 2.3.Actifs de portefeuille étrangers et patrimoine des ménages dans certains pays du G-7,(Moyenne sur la période des données en fin d’année)
Etats-UnisJaponAllemagneFranceRoyaume-UniCanada
Actifs de portefeuille étrangers, en pourcentage du patrimoine financier des ménages
1981-851.03,312,62,1
1986-901,87,217,32.9
1991-954,17,79,6¿623,24,4
1996-996.68,915,010,925,66,6
Actifs de portefeuille en titres de participation, en pourcentage du patrimoine financier des ménages
1981-850.30,07,51.7
1986-901.00,09,82.1
1991-952,71,23,82$10,53.4
1996-994.81,77,33,211,85,1
Pour mémoire:Patrimoine financier des ménages, en pourcentage de la valeur nette des ménages
1981-8569,742,537,851,958,6
1986-9071,741,549,652,763.9
1991-9576,950,155,264,167.3
1996-9982,258,258,868,870,2
Sources: FMI,Statistiques de la balance des paiements; données nationales sur les comptes des ménages.
Sources: FMI,Statistiques de la balance des paiements; données nationales sur les comptes des ménages.

Les entreprises ont diversifié non seulement leurs sources de financement, mais aussi leurs activités internationales en créant des filiales à l’étranger et en s’engageant dans une vague de fusions et acquisitions, comme en témoigne l’augmentation des stocks et des flux d’IDE. Les données financières sur les sociétés cotées en bourse indiquent que la part du total de leurs ventes attribuable à leurs filiales à l’étranger a généralement augmenté dans les principaux pays avancés (tableau 2.4). La part des filiales est beaucoup plus importante pour les sociétés européennes et canadiennes que pour leurs homologues américaines ou japonaises, ce qui illustre à la fois la plus grande ouverture de ces économies et la forte interdépendance entre les pays de l’Union européenne, et souligne l’importance de l’ALENA dans le cas du Canada. L’essor rapide des flux d’IDE par rapport aux exportations et aux importations pourrait indiquer que, pour les entreprises multinationales, les fusions ou acquisitions et l’accumulation de capital à l’étranger ont généralement remplacé les échanges, de sorte que les données commerciales seules ne refléteraient pas convenablement l’interdépendance économique internationale à l’échelle des entreprises. Des perturbations nées à l’extérieur d’un pays qui n’ont eu que peu d’impact sur les flux commerciaux peuvent donc toucher son économie par le biais des recettes et bénéfices des filiales créées par ses entreprises à l’étranger.

Tableau 2.4.Diversification internationale des recettes des sociétés cotées en bourse dans les pays du G-7,1(Produit des ventes des filiales à l’étranger, en pourcentage des ventes dans le pays d’origine; moyenne sur la période)
États-UnisJaponAllemagneFranceItalieRoyaume-UniCanada
1990-9442,630,574,8129,680.299.449,2
1995-200046,333,696,9222,990,599.974,6
Sources: Thompson Financial; Worldscope.

Les données correspondent aux moyennes pondérées des ventes des entreprises, à partir d’un échantillon équilibré de celles-ci. Le nombre d’entreprises et leur part dans la production totale varient selon les pays. Seules les entreprises qui enregistrent des ventes internationales sont retenues dans cet échantillon.

Sources: Thompson Financial; Worldscope.

Les données correspondent aux moyennes pondérées des ventes des entreprises, à partir d’un échantillon équilibré de celles-ci. Le nombre d’entreprises et leur part dans la production totale varient selon les pays. Seules les entreprises qui enregistrent des ventes internationales sont retenues dans cet échantillon.

L’innovation financière a multiplié aussi les possibilités d’arbitrages transfrontières entre les prix, ce qui implique que des risques comparables devraient être tarifiés de façon similaire dans tous les pays. Ainsi que le montre le graphique 2.7, les liens entre les marchés d’actions—mesurés par la corrélation entre les rendements de celles-ci—sont en général forts et positifs, comme on pourrait s’y attendre sur des marchés fortement interdépendants17. Les rendements des actions étaient déjà étroitement liés au milieu des années 70, mais ces liens se sont encore resserrés si l’on en juge par le renforcement des corrélations entre le rendement des actions dans chaque pays et leur rendement global dans les pays du G-7, entre 1974 et l’an 2000—que l’on peut observer partout sauf au Japon et aux États-Unis18. Seul le Japon a enregistré une diminution très nette de la corrélation entre le rendement de ses actions et celui d’un portefeuille d’actions des marchés du G-7, laquelle s’explique sans doute par les problèmes de bilan persistants des entreprises et des banques japonaises et par l’affaiblissement consécutif des corrélations avec les écarts de production des autres pays du G-7. Les liens entre taux d’intérêt, bien connus, sont en général plus solides encore que ceux qui existent entre les marchés d’actions. Des calculs similaires montrent, en effet, que les rendements globaux (en dollars) de portefeuilles obligataires diversifiés de chaque pays du G-7, sont fortement corrélés avec ceux d’un portefeuille de l’ensemble des marchés du G-7. Ils font apparaître aussi que leurs coefficients de corrélation dépassent souvent ceux des excès de rendement entre placements en actions et en actifs sans risque19.

Graphique 2.7.Corrélation entre les rendements des actions dans les principaux pays avancés et ceux d’un portefeuille d’actions du Groupe des Sept1

(Intervalles de corrélation mobiles; excès de rendement, en dollars, sur les marchés locaux)

Les corrélations entre les rendements des actions des pays du G-7, ont en général augmenté au cours des deux dernières décennies.

Sources: Primark Datastream; calculs des services du FMI.

1Corrélation entre les excès de rendement sur les marchés locaux et le rendement d’un portefeuille d’actions pondéré par les PPA incluant les autres pays du G-7. Les excédents de rendement calculés correspondent aux rendements nominaux mensuels des indices de rendement global de Morgan Stanley Capital international en dollars moins le taux d’intérêt du dollar à un mois sur le marché de l’eurodollar.

Étant donné que l’interdépendance des marchés d’actifs, et en particulier la diversification internationale des patrimoines, n’a véritablement commencé qu’au début des années 90, on ne dispose pas encore de preuves empiriques suffisantes pour mettre en évidence une modification de la transmission internationale des chocs via les liens financiers. Cela dit, l’interdépendance croissante des marchés financiers au cours des deux dernières décennies a sans doute augmenté la possibilité de covariations plus nettes de la production. La mutation structurelle des marchés financiers étant un processus graduel, son impact de plus en plus sensible sur la corrélation des fluctuations de la production depuis une vingtaine d’années pourrait avoir été occulté en partie par les perturbations qui se sont produites.

La transmission internationale des perturbations sera probablement amplifiée par l’interdépendance croissante des marchés financiers, car bon nombre de ces perturbations influencent non seulement la demande, mais aussi les prix sur les marchés financiers. Ainsi, l’affiliation cyclique étroite du Royaume-Uni avec les États-Unis plutôt que la zone euro—son principal partenaire commercial, pourtant—pourrait refléter la primauté des facteurs financiers par rapport aux liens commerciaux traditionnels, même si le cycle du Royaume-Uni s’est sensiblement réaligné sur celui de la zone euro depuis 1999. La structure du système financier britannique, qui privilégie le financement par l’émission de titres et les taux de crédit ajustables, s’apparente à celle du système américain. Elle a permis aux prix des actifs de jouer un rôle important et direct dans la transmission des cycles économiques, contrairement aux systèmes financiers de la zone euro, qui reposent davantage sur le financement bancaire.

La vitesse à laquelle les perturbations se transmettent à l’étranger devrait augmenter quelque peu elle aussi, car les prix et l’activité sur les marchés financiers sont plus sensibles aux informations et aux événements que les prix des marchés des biens ou les flux commerciaux. Par conséquent, l’idée que les investisseurs se font de la situation d’une économie et de ses perspectives d’évolution, telles que la mesurent les indices de confiance, peut infléchir le sentiment du marché dans d’autres pays. Cela cadre avec l’observation récente d’une covariation plus étroite des indices de confiance des principales économies avancées, et avec les épisodes de propagation de la confiance (voir encadré 2.1). Il apparaît en outre que l’effet de contagion des prix des actifs est particulièrement important en période de forte volatilité des marchés financiers internationaux ou de marché baissier (voir, par exemple, Stulz, 1999 ou Dahlquist, Hôrdahl and Sellin, 2000).

Conclusion et applications opérationnelles

Au cours des quatre derniers trimestres, les sept principales économies avancées ont enregistré, pour la première fois depuis le début des années 80, un ralentissement à peu près synchrone de la croissance. Ce degré de synchronisation a de quoi surprendre quand on se souvient de ce qu’ont été les liens cycliques dans les années 90, caractérisées par des décalages très sensibles entre les récessions. Replacé dans une perspective historique, toutefois, ce ralentissement synchrone est moins étonnant vu la nature des perturbations récentes, qui ont été soit des chocs mondiaux (correction des cours des valeurs technologiques, envolée des prix réels du pétrole brut), soit des chocs nationaux spécifiques corrélés de façon positive (resserrement de la politique monétaire aux États-Unis, dans la zone euro et, dans une moindre mesure, au Japon). Comme le montre cet essai, de telles combinaisons de chocs allaient le plus souvent de pair, dans le passé, avec l’existence de liens très solides. De façon plus générale, un tour d’horizon des liens cycliques entre 1974 et l’an 2000 montre que ces derniers se sont resserrés ou relâchés avec le temps selon la nature, l’ampleur et l’origine des perturbations qui ont touché chaque économie.

L’analyse tend aussi à montrer que les liens cycliques observés sur la période 1974-2000 résultent en grande partie des caractéristiques des perturbations. L’interdépendance économique et financière des différents pays y a aussi contribué, bien que l’intégration internationale soit restée curieusement en retrait par rapport à l’intégration nationale. À terme, la transmission internationale du cycle économique semble appelée à jouer un rôle accru dans les fluctuations de l’activité dans les principaux pays avancés, dont l’interdépendance commerciale et financière peut encore considérablement progresser. En particulier, si la diversification internationale des patrimoines se poursuit à un rythme rapide, les avoirs et engagements extérieurs représenteront bientôt une part importante du patrimoine des ménages. Et, à mesure que les entreprises internationaliseront leurs activités par le biais de l’IDE, les bénéfices et les décisions d’investissement dans une économie donnée seront de plus en plus influencés par les perturbations nées dans d’autres pays.

Le fait que le cycle économique dépende des caractéristiques des perturbations, qui sont imprévisibles, est riche d’enseignements pour les autorités nationales. Il est prudent, par exemple, de suivre l’évolution de la situation et des politiques macroéconomiques à l’étranger, car l’impact de chocs mondiaux—ou fortement corrélés au plan international—sur l’activité économique d’autres pays peut souvent donner des informations utiles sur leurs conséquences possibles pour l’économie nationale. Ce suivi et cette analyse de la situation économique à l’étranger complètent aussi les informations que l’on peut tirer des modèles macroéconomiques multilatéraux, qui tendent à privilégier les liens commerciaux dans la mesure où bon nombre d’aspects de la transmission via les marchés financiers ne peuvent pas encore être intégrés de façon satisfaisante. Résultat, tel qu’il ressort de ces modèles (et de la plupart des autres analyses), l’impact des liens cycliques dans le passé apparaît souvent trop faible pour expliquer d’aussi fortes corrélations des fluctuations de la production d’un pays à l’autre, ce qui laisse planer une forte incertitude sur la nature des forces dont dépend la transmission internationale du cycle économique.

Encadré 2.1.Propagation de la confiance

Les répercussions du ralentissement récent de l’économie américaine sur l’activité mondiale intriguent: dans quelle mesure les indices de confiance des entreprises tendent-ils à se synchroniser davantage entre les pays? Cette transmission internationale de la confiance reproduirait en partie, bien sûr, l’existence de liens cycliques entre les économies. Mais il pourrait s’y ajouter aussi des effets d’«informations en cascade», car il est rationnel, somme toute, que les entreprises s’intéressent à l’évolution des indices de confiance dans les autres pays1. Il se peut aussi que jouent des effets d’«engouement» ou d’«imitation» irrationnelle du sentiment des entrepreneurs2. Il se pourrait donc que ces liens entre indices de confiance deviennent eux aussi un canal de transmission des chocs économiques d’un pays à l’autre.

Pour évaluer ces liens entre les indices et l’ampleur des effets de propagation de la confiance, des mesures comparables de la confiance des entreprises ont été mises sur pied pour les principales économies industrielles. Les éléments disponibles laissent penser que les indices de la confiance des entreprises tendent effectivement à évoluer de concert, mais que le degré et la robustesse de cette synchronisation diffèrent beaucoup selon les pays et avec le temps (voir graphique) .Étant donné le poids de l’économie américaine et de son marché financier, examinons d’abord les liens entre les États-Unis et les autres grandes économies. On observe, sans surprise, que le lien le plus solide rattache la confiance des entreprises américaines à celle des entreprises canadiennes (voir tableau). Les analyses fondées sur la méthode VAR d’autorégression vectorielle font apparaître que la confiance des entreprises aux États-Unis entraîne, avec un décalage d’environ un trimestre, celle des entreprises canadiennes (pour plus de détails, voir Kumar and Kashiwase, à paraître).

Indicateurs de confiance des pays du G-7

Sources: National Association of Purchasing Managers; Banque du Japon; Eurostat; Statistiques Canada.

La corrélation des indices de confiance change de façon significative dans le cas de l’Europe. Au Royaume-Uni, les fluctuations de la confiance des entreprises américaines semblent avoir leur impact le plus fort assez vite, mais ce lien se serait quelque peu distendu au cours de la période récente. Dans la zone euro, les effets de transmission de la confiance des entreprises américaines semblent particulièrement sensibles après une période d’environ deux trimestres. Cette corrélation, qui était traditionnellement d’une ampleur plutôt limitée, s’est nettement accentuée au cours de la période récente. On observe aussi, en sens inverse, une certaine influence des fluctuations de la confiance hors des États-Unis sur la confiance des entreprises américaines. En revanche, la corrélation entre la confiance des entreprises américaines et celle de leurs homologues japonaises est constamment négative sur la dernière décennie. L’existence d’un tel lien, sur le long terme, entre les deux indices de confiance traduit sans doute le choc idiosyncrasique occasionné, au Japon, par l’éclatement de la bulle des prix des actifs et les difficultés économiques durables qui ont suivi.

Liens entre les indicateurs de confiance des pays du G-7(Coefficients de corrélation avec les indicateurs de confiance des entreprises américaines, actuels et décalés)
ActuelsDécalage 1 trimestreDécalage 2 trimestresDécalage 3 trimestres
Canada
1990-20010,570,600,440,29
1999-20010,770,850,800,31
Royaume-Uni
1990-20010,450,580,510,55
1999-20010,310,470,28
Zone euro
1990-20010,110,310,39
1999-20010,110,560,80
Japon
1990-2001−0,38−0,32−0,38−0,43
1999-20010,41−0,250,060,53
Source: calculs des services du FMI.
Source: calculs des services du FMI.

On s’attendrait à ce que les progrès de l’intégration économique régionale aient entraîné un resserrement des liens entre les indices de confiance au sein de l’Europe. La corrélation actuelle entre les trois principales économies de la zone euro, en particulier depuis le lancement de la monnaie unique, est en effet élevée. Mais il apparaît en outre que la confiance des entreprises allemandes entraîne celle des autres pays. De même, la France et le Royaume-Uni semblent avoir une influence non négligeable sur la confiance des entreprises italiennes. Les liens sont moins nets dans le cas du Royaume-Uni, même si l’on note un accroissement de la corrélation avec la France et l’Allemagne.

Les variations de la vigueur et de la dynamique des liens entre les indicateurs de confiance des pays du G-7 cadrent, semble-t-il, avec les conclusions sur les liens cycliques avancées dans l’essai. Cependant, deux autres études ont cherché à faire apparaître dans quelle mesure les liens de confiance peuvent refléter d’autres facteurs, et notamment des informations «en cascade». La première analyse les fluctuations de la confiance des entreprises par rapport à celles de l’activité économique. Elle montre que l’accentuation récente de la synchronisation de la confiance des entreprises américaines et européennes, et dans la zone euro elle-même, est sensiblement plus importante qu’on ne s’y attendrait sur la base des covariations de l’activité économique seulement. La seconde étude examine les corrélations internationales des résidus obtenus par un calcul de régression de la confiance des entreprises sur les mesures de l’activité ou les principaux indicateurs. Elle fait apparaître que, sauf au Japon, ces résidus sont corrélés de façon significative, et que cette corrélation se serait nettement renforcée entre les États-Unis et la zone euro, de même que dans la zone euro. Ces conclusions laissent penser que, si la propagation de la confiance résulte en grande partie des liens cycliques, elle est due aussi pour une part de plus en plus importante à des facteurs qui ne sont pas immédiatement liés à l’activité économique, et qui constituent par conséquent un mécanisme supplémentaire de transmission des perturbations économiques et financières.

1Voir, par exemple, Avery and Zemsky (1998); Bikhchandani, Sushil, Hirshleifer, and Welch (1998).2Pour une analyse de ces différents effets sur les marchés financiers, Voir Shiller (1998); Kumar et Persaud examinent les mécanismes de propagation de la confiance (ouvrage à paraître).

Comment les fluctuations dans les pays du G-7 influent-elles sur les pays en développement?

La phase de ralentissement de l’activité dans les principaux pays industriels, qui s’est amorcée aux États-Unis l’an passé, a un impact de plus en plus sensible sur les économies en développement. Cet essai analyse les principaux mécanismes par lesquels les fluctuations du cycle dans les pays industriels influent sur les pays en développement—domaine relativement peu étudié jusqu’à présent—et examine comment ces effets ont varié selon les régions (Afrique, Asie, Moyen-Orient et hémisphère occidental) et les groupements analytiques (pays exportateurs d’hydrocarbures et de produits de base). Comme dans l’essai précédent, les écarts de production sont obtenus, pour tous les pays, à partir des filtres passe-bande et des données annuelles pour la période 1971-200020. Le cycle des pays du G-7 est utilisé comme approximation du cycle des pays industriels, tandis que celui des pays en développement est calculé à partir d’un échantillon de 66 pays (tableau 2.5)21.

Tableau 2.5.Pays en développement inclus dans les différents groupes régionaux
AfriqueAsieHémisphère occidentalMoyen-Orient
Afrique du SudAfghanistanArgentineArabie Saoudite+
Algérie+BangladeshBrésilBahreïn+
Bostwana*Bhoutan*Chili*Egypte
ComoresCambodge*Colombie*Émirats arabes unis+
DjiboutiChineCosta RicaIran+
Gabon+CoréeEl SalvadorIraq+
Gambie*IndeÉquateurIsraël
Ghana*IndonésieGuatemalaJordanie
KenyaMalaisieHaïtiKoweït+
LesothoMyanmar*JamaïqueLibye+
MarocNépalMexiqueOman+
MauricePakistanPanamaQatar+
Namibie*PapouasiePérou*République arabe
Nigéria+Nouvelle-Guinée*République Dominicainesyrienne
Soudan*PhilippinesTrinité-et-Tobago+Turquie
Swaziland*SingapourUruguay
TunisieSri LankaVenezuela+
Zimbabwe*Thaïlande
Note: Les symboles + et * indiquent que le pays est exportateur de combustibles ou de produits de base, respectivement.
Note: Les symboles + et * indiquent que le pays est exportateur de combustibles ou de produits de base, respectivement.

Principales caractéristiques des fluctuations de la production dans les pays en développement

Les fluctuations de la production dans les pays du G-7 et dans les pays en développement ont été d’une intensité et d’une durée irrégulières. Elles ont aussi considérablement varié d’une région à l’autre (graphique 2.8). Contrairement aux pays du G-7, où l’amplitude de ces fluctuations a diminué avec le temps (ce qu’explique en partie la stabilité remarquable de l’Amérique du Nord dans les années 90), les fluctuations de la production dans les pays en développement se sont quelque peu accentuées dans les années 90 en raison, surtout, de la série de crises qui a secoué les marchés émergents22. Tel a été le cas en Asie—en particulier si l’on excepte la Chine et l’Inde—, où les fluctuations avaient été relativement modérées durant les deux premières décennies. Dans l’hémisphère occidental, les crises mexicaine et brésilienne ont entraîné une forte volatilité de la production, sans aboutir toutefois à une situation comparable à celle créée par la crise de la dette de 1982. Les exportateurs d’hydrocarbures et de produits de base et les régions en développement dont ils font partie, à savoir le Moyen-Orient et l’Afrique subsaharienne, ont connu eux aussi une forte volatilité.

Graphique 2.8.Fluctuations de la production dans le Groupe des Sept (G-7) et les pays en développement

(Écart en pourcentage par rapport à la production tendancielle)

Les fluctuations de la production ont été irrégulières et ont beaucoup varié d’une région à l’autre, de même qu’entre les groupements analytiques.

Sources: FMI, Statistiques financières internationales; calculs des services du FMI.

Comme le montre le graphique 2.8, les fluctuations de la production dans le groupe des pays en développement ont été assez synchrones et corrélées de façon positive à l’évolution de la production dans les pays du G-7 pour la majeure partie de la période 1971—2000 (à l’exception notable de la période allant de la fin des années 80 au milieu des années 90). Ces liens sont assez importants, puisqu’une régression simple indique que 1 point de croissance du PIB réel des pays du G-7 est associé à 0,4 point de croissance dans les pays en développement, et une baisse de 1 point du taux d’intérêt mondial est associée à un gain de 0,3 point de croissance pour les pays en développement. Les corrélations entre les cycles des pays du G-7 et ceux des régions ou groupements de pays en développement sont nettement moins fortes que celles que l’on observe entre pays du G-7, ce qui s’explique par la plus grande diversité des structures de production et des dispositions institutionnelles en vigueur dans les pays en développement, ainsi que par leur plus grande vulnérabilité aux chocs extérieurs et intérieurs. L’ampleur des fluctuations de la production est Également plus forte en général dans les pays en développement, ce qui amplifie l’impact d’un degré de corrélation donné23. Sur l’ensemble de la période, c’est en Afrique, dans l’hémisphère occidental et parmi les exportateurs d’hydrocarbures que les fluctuations de la production ont été liées le plus étroitement à celles des pays avancés (tableau 2.6). Cette corrélation est un peu plus faible pour les pays asiatiques, et très faible pour les exportateurs de produits de base.

Tableau 2.6.Corrélation de la production avec celle des pays du G-7
1971-20001971-801981-901991-2000
Afrique0,330,200,510,67
Asie0,150,030,57−0,04
Moyen-Orient0,260,310,060,04
Hémisphère
occidental0,320,420,160,18
Exportateurs de
combustibles0,320,41−0,060,27
Exportateurs de
produits de base0,070,070,080,21
Pays en
développement0,450,520,620,10
Source: estimations des services du FMI.
Source: estimations des services du FMI.

Cela dit, le degré de corrélation a beaucoup varié au fil du temps en raison des chocs idiosyncrasiques qu’ont pu connaître les pays en développement et les sept principales économies avancées. Les moyennes mobiles de ces corrélations indiquent, en particulier, que la covariation de la production des pays du G-7 et des pays en développement a nettement diminué dans les années 90 (graphique 2.9). Ce relâchement semble découler pour l’essentiel d’une triple évolution: le découplage des cycles des pays du G-7 consécutif à la réunification allemande et aux difficultés persistantes du Japon, la diversification des marchés d’exportation (qui se sont déplacés des pays du G-7 vers d’autres économies avancées ou en développement) et—comme nous l’avons noté plus haut—la série de crises des marchés émergents, notamment en Asie et dans l’hémisphère occidental. Mais lorsque les cycles des pays du G-7 se sont synchronisés davantage, à la fin des années 90, la covariation de la production de ces derniers et des pays en développement s’est à nouveau accentuée (graphique 2.9, partie supérieure).

Graphique 2.9.Covariation de la production des pays en développement et des pays du Groupe des Sept (G-7)

(Intervalles de corrélation mobiles de huit ans)

Les corrélations indiquent que la covariation de la production des pays du G-7 et des pays ou régions en développement, à l’exception de l’Afrique, a fléchi dans les années 90, mais s’est resserrée néanmoins à la fin de la décennie.

Sources: FMI,Statistiques financières internationales; calculs des services du FMI.

Il apparaît donc clairement que la relation entre les cycles des pays du G-7 et des pays en développement est très volatile, et fortement influencée par les chocs idiosyncrasiques que connaît chaque groupe24. Mais il est manifeste aussi qu’il existe entre eux une covariation très prononcée, que nous analyserons plus en détail dans le reste de l’essai.

Comment expliquer la covariation de la production des économies avancées et des économies en développement?

Les travaux universitaires ont privilégié trois facteurs susceptibles d’expliquer la covariation de la production des économies avancées et des économies en développement:

  • Les progrès de l’intégration commerciale et financière à l’échelle mondiale, sachant que l’intensification des flux commerciaux et financiers internationaux facilite la transmission des chocs de demande et de productivité d’un pays à l’autre (Frankel and Rose, 1998). Sur le plan des échanges, c’est particulièrement important pour les pays et régions qui commercent surtout avec les pays du G-7.

  • La taille des économies en développement. Les plus importantes d’entre elles devraient afficher une corrélation avec les économies avancées, une fois pris en compte des facteurs tels que l’ouverture sur l’extérieur (Head, 1995), dans la mesure où leur structure économique, plus diversifiée, les rend moins vulnérables à des chocs nationaux spécifiques25. Cette relation entre la taille des économies et la covariation de leur production avec celle des pays développés paraît mieux établie pour les pays en développement aux revenus les plus élevés, bien que certaines petites économies—celles qui dépendent beaucoup du tourisme, notamment—soient elles aussi étroitement intégrées au cycle des pays du G-7.

  • Le volume et la volatilité des flux de capitaux. Si l’ouverture du compte de capital resserre en général les liens internationaux, l’ampleur et la volatilité des flux de capitaux peuvent favoriser l’alternance de phases d’essor puis d’assèchement du crédit qui affaiblissent la corrélation avec le cycle des pays du G-7 (Gourinchas, Valdés, and Landerretche, 2001).

Pour évaluer l’importance relative de ces facteurs, l’équipe des Perspectives de l’économie mondiale a utilisé un modèle linéaire en coupe instantanée dans lequel la corrélation entre les cycles de 58 économies en développement et des pays du G-7 a été estimée par une régression sur le degré d’ouverture au commerce international, la part des échanges avec les pays du G-7, la part des exportations d’hydrocarbures, la taille de l’économie, l’indice d’ouverture du compte de capital, le volume des flux nets de capitaux privés et une variable muette pour l’hémisphère occidental26. Les mêmes calculs ont été faits à partir de la corrélation avec l’Amérique du Nord seule. Les résultats, présentés au tableau 2.7, confirment l’importance de l’ouverture au commerce international et de l’intensité des échanges avec les pays du G-7. Il apparaît aussi que la taille des économies joue un rôle significatif (même si son impact est relativement faible). Les variables relatives au degré d’ouverture du compte de capital et au volume des flux nets de capitaux privés sont affectées elles aussi du signe attendu, bien qu’elles ne soient pas statistiquement significatives.

Tableau 2.7.Pays en développement: déterminants de la covariation des PIB réels
Corrélation avec
G-7Amérique du Nord
Ouverture au commerce mondial1
Augmentation de 10 points de PIB0,019 +0,018 +
Intensité des échanges avec le G-72
Augmentation de 10 points des exportations0,035 +0,017
Taille du pays3
Augmentation de 10 points de la taille du pays moyen0,003 +0,003 +
Ouverture du compte de capital4
Passage d’un compte fermé à un compte ouvert0,0560,019
Flux nets de capitaux privés5
Augmentation de 10 points de PIB−0,025−0,104 +
Note: Le signe + indique que le coefficient est significatif. Les variables dépendantes sont les coefficients de corrélation entre la composante cyclique du PIB réel du pays considéré et celles du G-7 et de l’Amérique du Nord, respectivement. Les régresseurs sont une constante, une variable muette pour l’hémisphère occidental, les exportations de combustible (en pourcentage des exportations totales) et les régresseurs susmentionnés. Il apparaît que la constante et la variable muette sont significatives sur le plan statistique, ce qui n’est pas le cas des exportations de combustibles.

Ratio exportations plus importations/PIB du pays considéré.

Ratio exportations vers le G-7/exportations totales du pays considéré.

Ratio PIB du pays considéré/PIB mondial (en dollars).

Restrictions aux mouvements de capitaux imposées par le pays considéré.

Flux nets de capitaux privés vers le pays considéré.

Note: Le signe + indique que le coefficient est significatif. Les variables dépendantes sont les coefficients de corrélation entre la composante cyclique du PIB réel du pays considéré et celles du G-7 et de l’Amérique du Nord, respectivement. Les régresseurs sont une constante, une variable muette pour l’hémisphère occidental, les exportations de combustible (en pourcentage des exportations totales) et les régresseurs susmentionnés. Il apparaît que la constante et la variable muette sont significatives sur le plan statistique, ce qui n’est pas le cas des exportations de combustibles.

Ratio exportations plus importations/PIB du pays considéré.

Ratio exportations vers le G-7/exportations totales du pays considéré.

Ratio PIB du pays considéré/PIB mondial (en dollars).

Restrictions aux mouvements de capitaux imposées par le pays considéré.

Flux nets de capitaux privés vers le pays considéré.

Comment les chocs extérieurs se transmettent-ils aux pays en développement?

La discussion qui précède a mis en lumière plusieurs déterminants structurels du degré de covariation de la production des économies avancées et des économies en développement dans le temps. Le reste de cet essai est consacré à l’examen plus détaillé des canaux—échanges commerciaux et liens financiers—par lesquels les chocs se transmettent aux pays en développement. L’importance relative de ces canaux dépend de la nature des chocs extérieurs et des caractéristiques des régions en développement (voir encadré 2.2).

Canal des échanges commerciaux

La transmission d’un choc extérieur aux pays en développement via les échanges commerciaux se fait de deux manières principalement: en influant sur le volume de leurs exportations et en modifiant leurs termes de l’échange. En général, le ralentissement de l’activité dans les économies avancées entraîne un fléchissement de la demande d’exportations en provenance des pays en développement, ainsi qu’en témoigne la corrélation positive généralement forte entre le volume des exportations de chaque pays en développement et le cycle économique dans les pays du G-7 (graphique 2.10, partie supérieure). Le volume de leurs importations, en revanche, n’est pas fortement corrélé aux fluctuations de l’activité dans les pays du G-7.

Graphique 2.10.Évolution des échanges dans les pays en développement et cycle des pays du Groupe des Sept (G-7)

(Histogramme des coefficients de corrélation; l’axe indique le pourcentage de pays)

On observe une association procyclique entre le volume des exportations, les termes de l’échange et la balance commerciale d’un grand nombre des pays de l’échantillon et le cycle du G-7.

Sources: FMI,Statistiques financières internationales; calculs des services du FMI.

1À l’exclusion des pays producteurs de combustibles.

On note cependant une exception de taille: les pays exportateurs de pétrole affichent une corrélation positive forte entre leurs termes de l’échange et le cycle des pays du G-7 (graphique 2.10, partie intermédiaire)27. Cette corrélation positive reflète la situation des prix sur les marchés des produits manufacturés et des produits de base non pétroliers. En effet, beaucoup de pays en développement produisent des biens manufacturés à faible valeur ajoutée pour lesquels la concurrence est rude et dont les prix tendent à fluctuer avec la demande des pays industriels (qui constituent leur principal débouché)28. L’évolution du marché des microprocesseurs lors du ralentissement récent de l’activité offre un bon exemple de ce phénomène (voir appendice I du chapitre I). En outre, si les prix des différents produits de base sont souvent dominés par les facteurs d’offre, les prix des produits de base hors combustibles sont influencés, globalement, par l’évolution du cycle dans les économies avancées. C’est particulièrement vrai pour les métaux, dont les cours sont étroitement liés au cycle de la production industrielle29. Les facteurs d’offre, conjugués à l’impact des fluctuations des prix pétroliers sur l’activité des économies avancées, aident à expliquer l’existence d’une corrélation négative faible entre les prix du pétrole et le cycle des pays du G-7.

Encadré 2.2.Canaux de transmission des liens cycliques aux pays en développement

À mesure que les pays en développement s’intègrent à l’économie mondiale, leurs fluctuations macroéconomiques dépendent de plus en plus d’influences extérieures, telles que l’évolution du cycle dans les économies avancées. Ces influences peuvent être transmises par trois canaux essentiels: les échanges commerciaux, les relations financières et les liens sectoriels directs. Le présent encadré donne un bref aperçu de ces trois canaux—du reste étroitement liés—et examine comment leur importance relative a évolué ces dernières années.

Liens commerciaux

  • Chocs de demande extérieure. Le cycle économique dans les économies avancées a un impact très sensible sur leur demande de produits de base, biens intermédiaires et produits finis en provenance des pays en développement. Ces derniers ont développé rapidement, au cours des dernières décennies, leurs relations commerciales avec les économies industrielles et sont donc de plus en plus influencés par la demande globale dans ces économies. C’est vrai surtout pour de nombreux pays asiatiques d’Asie et d’Amérique latine, qui ont noué des relations commerciales importantes avec les pays industriels. Cependant, les pays d’Afrique subsaharienne, qui dépendent en grande partie d’un éventail restreint d’exportations de produits de base et ont des échanges limités avec les pays industriels, sont influencés de façon beaucoup moins directe par le cycle dans ces pays1.

  • Chocs de productivité globale. De nombreux pays en développement bénéficient de transferts de technologie par le biais, principalement, de leurs importations en provenance des pays industriels. La diffusion des technologies est donc plus large, et ses effets sur les fluctuations macroéconomiques plus sensibles, pour les pays qui entretiennent des relations commerciales importantes avec les pays industriels, même si cet impact dépend aussi de la nature des produits échangés. Les chocs de productivité venus des pays industriels représentent, selon les estimations, de 5 % à 20 % des variations de la production des pays en développement (voir Kouparitsas, 1996).

  • Chocs des termes de l’échange. Certains auteurs estiment que l’évolution des termes de l’échange pourrait expliquer jusqu’à 50 % des fluctuations de la production des économies en développement2. Parmi ces chocs, ceux que provoquent les fluctuations des cours des produits de base sont souvent influencés par les conditions cycliques dans les économies avancées. La volatilité des cours de ces produits a des effets de contagion considérables dans les pays en développement, qui dépendent de leur exportation pour une grande part de leurs recettes en devises—et parfois de leur revenu national. On estime, par exemple, que les chocs des cours des produits de base sont un des principaux déterminants des fluctuations de l’investissement et de la production des pays africains qui les exportent (voir Deaton and Miller, 1995, ainsi que Kose and Riezman, 2001).

Liens financiers

  • Flux de capitaux privés. L’investissement direct étranger et les autres formes de flux de capitaux des pays industriels vers les pays en développement ont fortement augmenté au cours des dernières décennies. Nombre de pays en développement dépendent beaucoup, désormais, des capitaux extérieurs pour financer leurs investissements intérieurs et leur déficit extérieur courant (voir chapitre IV). L’ampleur et la volatilité des flux de capitaux en provenance des pays industriels peuvent donc avoir une influence considérable sur l’investissement et la production des pays en développement. L’impact des entrées de capitaux et du renversement éventuel de ces flux sur l’activité économique des pays en développement a fait l’objet de multiples études (voir Mendoza, 2001). Le phénomène de contagion financière implique aussi que les perturbations macroéconomiques nées dans un ou quelques pays en développement peuvent se transmettre rapidement, via les liens financiers, à d’autres pays en développement. Le renforcement des corrélations entre les fluctuations des marchés boursiers, qu’attestent les chocs récents sur les cours des valeurs technologiques, est un autre aspect de ce phénomène. À mesure que les pays en développement renforceront leurs liens avec les marchés financiers internationaux, ce canal jouera un rôle croissant dans la transmission des fluctuations vers ces pays.

  • Aide extérieure et autres flux financiers. La volatilité des flux d’aide extérieure peut aussi peser sur les fluctuations macroéconomiques dans certains pays en développement. Bulir et Hamann (à paraître) montrent que dans de nombreuses économies d’Afrique subsaharienne, qui en sont généralement très tributaires, les flux d’aide sont à la fois volatils et liés de façon positive à leur propre cycle.

  • Conditions du marché financier mondial. Les fluctuations du taux d’intérêt mondial et de l’attirance des investisseurs pour le risque, conjuguées à l’idée que ces derniers se font des risques liés à l’investissement dans les pays en développement, sont de nature à influer sur le volume des flux de capitaux vers ces pays. L’aptitude des pays en développement à conduire une politique macroéconomique contracyclique peut aussi être limitée par les fluctuations exogènes des taux d’intérêt et des primes de risque qui s’y ajoutent. Les éléments disponibles indiquent que l’impact des fluctuations du taux d’intérêt réel mondial sur la volatilité de la production dans la plupart des pays en développement est plutôt faible. Mais, une autre étude montre que cet effet tend à s’amplifier pour les pays dont la dette extérieure est considérable, et d’autres travaux font apparaître que les fluctuations des taux d’intérêt américains influent fortement sur la croissance de certains pays en développement, et que cet impact est particulièrement sensible, là encore, dans les pays endettés (voir Kose, à paraître, ainsi que Arora and Cerisola (2000).

Interdépendance sectorielle

  • Similarité des structures économiques. La similarité des structures économiques implique que les chocs sectoriels spécifiques—y compris les chocs touchant la productivité ou la composition de la demande d’importations en provenance des pays industriels—tendent à avoir des effets similaires sur les fluctuations macroéconomiques globales d’un pays à l’autre. Plusieurs études montrent que le degré élevé de synchronisation du cycle entre les principales économies est-asiatiques comparées à celle d’Amérique latine serait lié en grande partie à la similarité de leurs secteurs productifs (voir Imbs, 1999ainsi que Loayza, Lopez, and Ubide, 1999).

  • Chocs touchant le secteur technologique. Le secteur technologique est relativement important dans de nombreuses économies de marché émergentes (en Asie de l’Est, par exemple) et les chocs que les économies avancées ont occasionnés dans ce secteur ont eu un impact significatif sur les fluctuations de la production globale dans les pays émergents. L’importance du cycle technologique pour les économies d’Asie de l’Est dans la phase de ralentissement actuelle est examinée au chapitre I.

Les pays en développement sont de plus en plus étroitement liés aux pays industriels par les liens commerciaux et financiers, mais en raison aussi de la similarité croissante de leurs structures industrielles. Cet aspect du processus d’intégration mondiale va sans doute rapprocher davantage les fluctuations cycliques des pays industriels et des pays en développement. Les crises récentes des économies de marché émergentes montrent que, si les liens financiers jouent un rôle croissant dans la transmission internationale du cycle à ces pays, les deux autres canaux—liens commerciaux et interdépendance sectorielle—exercent aussi une influence considérable sur les fluctuations macroéconomiques dans les pays en développement.

1Voir Agénor, McDermott, and Prasad (2000); Hoffmaister, Roldôs, and Wickham (1998); Ahmed and Loungani (à paraître).2Mendoza (1995); à partir d’un échantillon de 23 pays en développement couvrant la période 1961-90.

En définitive, le ralentissement de l’activité économique dans les pays du G-7 s’accompagne, en temps normal, d’un recul des exportations en volume ainsi que d’une détérioration des termes de l’échange de la plupart des pays en développement et, par conséquent, d’un fléchissement de leur balance commerciale et de leur balance courante. Si l’on prend en compte ces deux facteurs simultanément, il existe une corrélation en général positive entre les ratios exportations-importations (en valeur) des pays en développement et le cycle des pays du G-7 (graphique 2.10, partie inférieure).

Canal des liens financiers

Les chocs extérieurs peuvent se transmettre aux pays en développement en modifiant le volume et la composition des flux de capitaux ainsi que le coût des financements disponibles. Bon nombre des pays pauvres de petite taille sont tributaires des financements sous forme de capitaux publics. Une étude récente fait apparaître que, sauf pour quelques pays africains, ces flux sont volatils et corrélés de façon positive aux fluctuations du cycle chez les bailleurs de fonds, et qu’ils apportent une impulsion procyclique additionnelle aux pays qui dépendent des financements officiels30. L’étude montre aussi que les comportements cycliques de l’aide bilatérale et de l’aide multilatérale ne sont guère différents, même si cette dernière est plus instable.

La plupart des autres pays, cependant, se financent principalement auprès des marchés privés et, comme on le verra au chapitre IV, les liens existant à ce niveau se sont développés à un rythme accéléré au fil des ans, ce qui tend à prouver que les flux de capitaux privés gagnent en importance31. Parallèlement—et c’est primordial dans l’optique des liens cycliques—, la composition des flux s’est profondément modifiée elle aussi. Dans les années 70, les «autres» flux nets de capitaux, c’est-à-dire pour l’essentiel les prêts bancaires nets, constituaient la forme de financement dominante. Dans les années 80, les flux de capitaux en général étaient faibles, bien que l’IDE soit resté relativement stable. Dans les années 90, en revanche, l’IDE a connu un essor spectaculaire—associé souvent à de nouveaux projets mais aussi, de plus en plus, à des fusions, acquisitions ou privatisations d’entreprises32. Cette évolution s’est accompagnée d’une progression spectaculaire des investissements de portefeuille qui a suivi le développement des marchés obligataires dans les pays émergents à la fin des années 80 et, peu après, la création de leurs marchés d’actions.

S’agissant du comportement cyclique des flux de capitaux, une distinction importante doit être faite entre les instruments productifs d’intérêts—prêts bancaires et obligations—et les titres de participation, qui regroupent l’IDE des entreprises et la composante «actions» des flux de portefeuille33. Le coût des capitaux sous forme de titres de dette productifs d’intérêts dépend des taux d’intérêt dans les économies avancées et de la marge qui s’y ajoute pour les pays en développement. Depuis les années 80, comme on peut le voir au graphique 2.11, les flux nets de capitaux privés vers les pays en développement sont corrélés de façon négative au taux d’intérêt réel mondial. Une régression linéaire simple entre ces deux variables montre que, depuis le début des années 80, une baisse de 1 % du taux d’intérêt réel mondial s’accompagne d’une augmentation des entrées de capitaux dans les pays en développement équivalant à 0,3 % du PIB. Une étude récente confirme l’existence de cette relation négative dans les années 90 pour quinze grands pays en développement34.

Graphique 2.11.Pays en développement: flux nets de capitaux privés

(En pourcentage du PIB, sauf indication contraire)

Les financements extérieurs nets ont augmenté avec le temps et leur composition s’est modifiée, ces vingt dernières années, au profit de l’investissement direct étranger.

Sources: FMI,Statistiques financières internationales; calculs des services du FMI.

1On utilise une valeur approchée du taux d’intérêt réel mondial correspondant à la différence entre le taux de l’eurodollar à Londres et le taux d’inflation dans le G-7.

On peut penser que ce comportement contracyclique s’explique par le fait que la baisse des taux d’intérêt rend ces financements plus attrayants et réduit les marges pratiquées sur le marché dans la mesure où le coût du service de la dette existante se trouve allégé. Il est difficile cependant d’obtenir de longues séries temporelles, car on ne connaît pas les marges pratiquées pour les prêts bancaires. Une étude récente du FMI fait apparaître que, dans les années 90, les marges sur les marchés obligataires des pays émergents étaient liées de façon positive au taux des fonds fédéraux, au taux des bons du Trésor à 10 ans, à la marge de taux pratiquée pour les titres à haut rendement des entreprises ainsi qu’au comportement et à la volatilité des indices boursiers aux États-Unis, même si des facteurs nationaux spécifiques jouent aussi un rôle important dans la détermination de la marge applicable à chaque pays (FMI, 2001b). Compte tenu de la brièveté de cette période, toutefois, on peut s’interroger sur la robustesse de la relation positive entre les taux des fonds fédéraux et les marges sur les marchés obligataires émergents, car il semble que cette relation se manifeste surtout en cas d’événements extrêmes sur les marchés émergents.

En revanche, les flux sous forme de titres de participation risquent beaucoup moins d’être contracycliques. De fait, les flux d’IDE affichent des variations cycliques relativement limitées (graphique 2.11), même si ceux qui sont associés à des opérations de couverture du risque de change, par exemple, peuvent apparaître ailleurs dans les comptes financiers. Quant à la composante «actions» des investissements de portefeuille, elle a de bonnes chances d’être liée de façon positive au cycle, car les marchés d’actions tendent à être fortement corrélés et la corrélation entre les cours des actions sur les marchés matures et sur les marchés émergents s’est affermie au fil du temps35. Le graphique 2.12 met en évidence l’association étroite entre les rendements sur les différents marchés, en particulier pour les actions du secteur des technologies de l’information (TI). L’évolution cyclique des flux de capitaux dépendra donc de plus en plus, sans doute, de leur composition; et dans les régions qui dépendent davantage des investissements participatifs—l’Asie, par exemple—, il y a plus de chances que les flux de capitaux soient procycliques.

Graphique 2.12.Covariation des rendements des actions entre les pays en développement et les pays du Groupe des Sept (G-7)1

(Corrélation entre les marchés du G-7 et les autres marchés; intervalles mobiles de douze mois)

Les corrélations entre les rendements des valeurs technologiques sur les marchés du G-7 et sur ceux des pays en développement sont élevées et ont encore augmenté au cours des dernières années. Mais les corrélations entre les rendements des valeurs non technologiques ont été faibles et plus instables.

Sources: Primark Datastream; estimations des services du FMI.

1Rendements sur douze mois.

Conséquences pour le cycle actuel

Les développements qui précèdent font apparaître que la covariation de la production dans les pays en développement et dans les économies avancées dépend de l’intégration des échanges, de la ventilation des exportations des pays en développement par partenaires et par produits ainsi que du volume et de la composition des flux nets de capitaux privés. Ces liens sont assez solides: pour la période écoulée depuis 1971, une régression linéaire indique qu’une baisse de 1 % du taux de croissance de la production dans les pays du G-7 s’accompagne d’un ralentissement de 0,4 % de la croissance de la production des pays en développement, alors qu’une baisse de 1 point du taux d’intérêt réel mondial est associée à une accélération de 0,3 % de la croissance de la production des pays en développement. Dans la mesure où la croissance de la production des pays du G-7 diminue plus rapidement que les taux d’intérêt réels internationaux, comme on le voit d’ordinaire en cas de récession dans ces pays, la croissance de la production des pays en développement dans leur ensemble en sera affectée. Comment ces considérations s’intègrent-elles aux perspectives actuelles?

Les pays émergents d’Asie sont sans doute les plus touchés par le ralentissement actuel des pays industriels. Sur le plan des échanges, le volume et les prix des exportations (en particulier dans le secteur des technologies de l’information) sont influencés par le ralentissement de la croissance des pays du G-7, tandis que la dépendance relativement forte des pays de la région par rapport aux investissements participatifs offre un autre canal aux répercussions négatives. Dans d’autres régions du monde, l’impact du cycle des pays du G-7 sur les pays en développement pourrait être plus faible. En Afrique, cet impact se fera sans doute sentir surtout via la détérioration des termes de l’échange et, dans certains pays, la diminution des flux de financements officiels. Dans la région du Moyen-Orient et pour les autres pays exportateurs de combustibles, il dépendra largement de l’évolution des prix pétroliers.

Au Mexique et dans le reste de l’Amérique centrale, l’impact du ralentissement actuel des pays du G-7 sera négatif, car le canal des échanges commerciaux domine très nettement. Dans les autres pays de l’hémisphère occidental, toutefois, les liens commerciaux sont relativement limités, la dette est lourde et le besoin de financements obligataires considérable; il se pourrait donc que les avantages de la baisse des taux d’intérêt compensent l’impact négatif du ralentissement actuel en stimulant l’activité. Concrètement, cependant, ces avantages sont limités par des facteurs tels que le niveau élevé des marges imposées en fonction des difficultés spécifiques de ces pays et le raffermissement du dollar—monnaie dans laquelle sont libellées la plupart des dettes—qui alourdit de plus en plus le fardeau de la dette. Enfin, le ralentissement récent de l’investissement étranger net dans ces pays a compliqué encore la situation financière de la région.

Le système commercial international: de Seattle à Doha

Les tentatives faites en 1999 pour lancer un nouveau cycle de négociations commerciales multilatérales lors de la troisième conférence ministérielle de l’Organisation mondiale du commerce (OMC) à Seattle n’ont pas abouti. Cet échec, qui s’explique par les profondes dissensions entre pays industrialisés et pays en développement, mais aussi entre les pays industrialisés eux-mêmes, a été un grave revers pour le système commercial multilatéral. Cependant, les pourparlers semblent bien repartis au sein de l’OMC et le nouveau cycle de négociations pourrait être lancé lors de la conférence ministérielle de Doha (Qatar) en novembre36. Les négociateurs devront cependant relever des défis considérables: certains pays, par exemple, souhaitent soumettre des questions nouvelles et complexes aux règles multilatérales, et il faut prendre en compte les intérêts de pays aussi nombreux que divers. Mais les gains possibles sont encore plus considérables: ce qui est en jeu, ce sont les perspectives de croissance de l’économie mondiale qu’ouvrirait une nouvelle libéralisation des échanges (domaine où il reste beaucoup à faire en dépit des succès passés) et le renforcement du libre-échange comme dimension de la mondialisation susceptible d’aider à relever encore les niveaux de vie dans tous les pays, riches ou pauvres. Cet essai fait le point sur le système commercial international actuel et présente les questions qui devraient être au cœur des discussions relatives au prochain cycle.

Croissance du commerce mondial

L’expansion extraordinaire de l’économie mondiale depuis la seconde guerre mondiale est due en partie à la libéralisation des échanges37. Le shuit cycles de négociations commerciales multilatérales—dont le dernier en date, le cycle d’Uruguay, s’est clos en 1994—ont été la pierre angulaire de ce processus. C’est dans ce cadre multilatéral que se sont inscrits pour l’essentiel les efforts de libéralisation des économies industrielles, même si des accords régionaux—tels que l’Union européenne (UE) ou l’Accord de libreéchange nord-américain (ALENA)—y ont pris aussi une part importante. Traditionnellement, les pays en développement ont moins tablé sur les cycles de négociations multilatérales, préférant poursuivre une libéralisation unilatérale après avoir renoncé aux politiques qui, dans les années 60 et 70, visaient à substituer des productions nationales aux importations. Au cours de la période récente, beaucoup de ces pays ont entrepris de compléter leur processus de libéralisation unilatérale par des accords régionaux de commerce et la série d’engagements pris dans le cadre du cycle d’Uruguay. En 1999, on comptait plus de 140 accords régionaux de commerce, qui incluaient pour la plupart des pays des économies en développement ou en transition.

C’est grâce à ces efforts, en partie, que le volume des échanges mondiaux a progressé deux fois plus vite que le PIB mondial réel (6 % contre 3 %) au cours des vingt dernières années, et que l’intégration économique s’est approfondie. Les pays en développement ont connu, en tant que groupe, l’expansion la plus rapide des échanges et jouent désormais un rôle accru dans le commerce mondial, y compris en tant que marchés pour leurs produits respectifs. Ces pays représentent aujourd’hui un tiers du commerce mondial, contre un quart environ au début des années 70, et 40 % de leurs exportations vont maintenant à d’autres pays en développement (graphique 2.13). Ils ont contribué aussi à la réorientation du commerce mondial vers les produits manufacturés et les services commerciaux. C’est vrai en particulier pour les économies de marché émergentes, qui ont participé à la diffusion géographique des processus de production et à l’essor rapide des échanges intra-industriels. Cependant, un grand nombre d’économies en développement n’ont pas participé à cette évolution. Les pays les plus pauvres, en Afrique surtout, ont vu leur part du commerce mondial diminuer et beaucoup d’entre eux restent tributaires des exportations de produits de base38. Ces pays, qui appliquent encore en général des régimes commerciaux relativement restrictifs, sont environ au nombre de 75 pays en développement ou en transition et qui remplissent les conditions requises pour bénéficier de prêts concessionnels du FMI et de la Banque mondiale. On y retrouve presque tous les pays les moins avancés et les pays pauvres très endettés.

Graphique 2.13.Commerce mondial et pays en développement

(Pourcentage du commerce mondial)

Les pays en développement jouent désormais un rôle plus important dans le commerce mondial et les échanges entre eux ont fortement augmenté.

Source: base de données du modèle GTAP (Global Trade Analysis Project), version 5.

Politiques commerciales

Bien que la conférence ministérielle de l’OMC à Seattle n’ait pas débouché sur l’ouverture d’un nouveau cycle de négociations commerciales, le commerce mondial a continué de se développer et l’on n’a pas assisté à une remise en cause majeure des engagements pris au terme du cycle d’Uruguay, dont la mise en œuvre progresse dans l’ensemble selon le calendrier prévu. Ces avancées se traduisent par une ouverture de plus en plus grande des marchés à mesure que les obstacles tarifaires sont réduits et que les obstacles non tarifaires—tels que l’autolimitation des exportations ou les régimes de licences restrictifs—sont levés. Le taux de droits moyens (non pondérés) consolidé appliqué aux produits manufacturés par les pays industriels au terme du dernier cycle se situe à un niveau assez bas, puisqu’il est de l’ordre de 4 %, alors que le chiffre est d’environ 20 % pour les pays en développement (même si les tarifs effectivement appliqués sont inférieurs)39.

La libéralisation des échanges s’inscrit de plus en plus dans le cadre d’accords régionaux de commerce. Six ans après la création de l’OMC, 90 nouveaux accords régionaux de commerce ont été enregistrés par l’organisation, contre 124 durant les 46 années d’existence (1948-94) de l’Accord général sur les tarifs douaniers et le commerce (GATT)—et bon nombre de ces 124 accords n’ont pas été conclus avant le début des années 90. Ce processus s’est poursuivi après Seattle. Outre le réseau d’accords passés avec les candidats à l’adhésion et les pays méditerranéens, l’UE a conclu récemment des accords de libre-échange avec le Mexique et l’Afrique du Sud, et a ouvert des négociations avec le MERCOSUR. En Amérique, les États-Unis et 33 autres pays ont arrêté un calendrier de négociations qui doit aboutir, d’ici 2005, à la conclusion d’un accord de libreéchange des Amériques. En Asie, des acteurs importants de la scène commerciale (la Corée, le Japon, Singapour, la RAS de Hong Kong) ont, pour la première fois, pris des initiatives en vue de conclure des accords bilatéraux de libreéchange. En Afrique, les efforts d’intégration régionale se sont intensifiés sur le plan commercial. Des progrès très sensibles ont été enregistrés dans la mise en œuvre d’une union douanière dans l’Union économique et monétaire ouest-africaine, en particulier depuis janvier 2001 et—en dépit de quelques difficultés—dans le cadre de la Communauté économique et monétaire de l’Afrique centrale. Une zone de libre-échange a aussi été créée dans une partie du marché commun de l’Afrique orientale et australe (COMESA).

Canal privilégié de la déréglementation des échanges commerciaux des pays en développement ou en transition, la libéralisation unilatérale s’est poursuivie elle aussi ces deux dernières années. En dépit de la crise de 1997-98, la libéralisation des échanges s’est en fait accélérée en Asie, dans le cadre notamment de programmes appuyés par le FMI (en Corée et en Indonésie, par exemple). En Afrique, en Asie du Sud, dans la région des Caraïbes et, dans une moindre mesure, au Moyen-Orient, de nombreux pays ont continué d’ouvrir unilatéralement leur régime de commerce et d’investissement. En règle générale, les pays d’Europe centrale ont abaissé eux aussi leurs droits de douane dans le cadre de la préparation à l’entrée dans l’UE et à l’adoption du tarif extérieur commun.

Mais les évolutions observées n’ont pas toutes été positives. Ainsi, on a observé une multiplication manifeste des enquêtes antidumping engagées aussi bien par les pays industriels que par les pays en développement (graphique 2.14), et l’on assiste à une montée de l’inquiétude face aux obstacles non transparents opposés aux échanges par le biais de normes techniques ou sanitaires. Les pays industriels ont fait en sorte que les engagements pris dans le cadre du cycle d’Uruguay dans le domaine des textiles et vêtements s’appliquent principalement en fin de période, de sorte que la majorité des contingents ne seront pas démantelés avant 2005. Dans le domaine agricole, la transformation des restrictions quantitatives en droits de douane prévue dans le cadre du cycle d’Uruguay s’est traduite par des équivalents tarifaires extrêmement élevés, et les minima d’accès négociés durant le cycle d’Uruguay n’ont pas encore été atteints. De plus, si les subventions directes à l’exportation ont été abaissées, les mesures de soutien à la production agricole n’ont guère évolué, au total, dans les pays de l’OCDE par rapport à la période de base (1986-88) retenue pour le cycle d’Uruguay (graphique 2.15). Certains estiment en outre que le développement des accords régionaux de commerce pourrait être préjudiciable à l’intégration plus large à l’économie mondiale compte tenu, en particulier, de l’absence de progrès sur le front multilatéral40.

Graphique 2.14.Nombre d’enquêtes antidumping ouvertes

Source: Organisation mondiale du commerce (OMC).

Graphique 2.15.Estimation des mesures de soutien à la production agricole dans un échantillon de pays de l’OCDE, 1986-2000

(Milliards de dollars)

Les mesures de soutien à la production agricole restent importantes dans la plupart des pays de l’OCDE.

Source: OCDE, Politiques agricoles des pays de l’OCDE (Paris, OCDE, 2001 ).

Certaines initiatives régionales ont pris du retard ou enregistré des revers. Ainsi, la libéralisation engagée dans le cadre de la Communauté de coopération Asie-Pacifique (APEC) semble s’essouffler, en particulier depuis que les membres ont atteint le stade des concessions portant sur l’accès au marché. L’Argentine, handicapée par une économie en perte de vitesse et des difficultés financières, a décidé de taxer certains produits importés jusqu’alors en franchise de droits dans le cadre du MERCOSUR. Au sein de l’Association des nations de l’Asie du Sud-Est (ASEAN), l’abaissement des droits de douane sur des produits politiquement «sensibles» (tels que les automobiles) se heurte à des résistances. En Afrique, enfin, la prolifération d’initiatives qui se chevauchent ou manquent de cohérence, en particulier en Afrique orientale et australe, soulève des préoccupations.

Les enjeux du commerce international après le cycle d’Uruguay

Le cycle d’Uruguay a été le cadre d’une des négociations commerciales multilatérales les plus impressionnantes par leur portée et leurs résultats. Consolidant les acquis des cycles précédents, il doit éliminer la quasi-totalité des obstacles non tarifaires d’ici 2005 et abaisser considérablement les droits de douane. À eux seuls, les gains attendus de l’abaissement des barrières douanières sont estimés à environ 200 milliards de dollars par an, dont 50 à 90 milliards bénéficieront aux pays en développement41. Le cycle d’Uruguay a aussi abouti à la création de l’OMC, permis de soumettre aux règles commerciales internationales des domaines qui jusqu’alors y échappaient ou n’y étaient assujettis que de façon très partielle (agriculture, textiles et vêtements, services, mesures concernant l’investissement et liées au commerce, et droits de propriété intellectuelle) et renforcé l’organe de règlement des différends42. D’autre part, les pays en développement ont joué un rôle beaucoup plus actif que lors des négociations précédentes et ont accepté les mêmes obligations que les autres membres de l’OMC, en application du principe d’«engagement unique» du cycle d’Uruguay. Enfin, le cycle d’Uruguay a prévu son futur programme de travail—ce que l’on appelé 1’«ordre du jour incorporé»—, et notamment une reprise relativement rapide (avant janvier 2000) des négociations multilatérales afin d’approfondir la libéralisation de l’agriculture et des services—deux volets essentiels de l’ordre du jour incorporé—et de dresser un bilan de l’application de l’accord sur les droits de propriété intellectuelle, de l’accord sur les mesures concernant les investissements et liées au commerce et de l’organe de règlement des différends.

En dépit de ces avancées, il reste encore beaucoup à faire. Premièrement, même après l’exécution intégrale des accords du cycle d’Uruguay, les mesures de protection resteront concentrées dans des domaines qui intéressent les pays en développement. Ainsi, les règles et disciplines de l’OMC ont été étendues à l’agriculture et aux services, mais la libéralisation n’a guère progressé sur ces deux fronts. Dans le secteur manufacturier, les droits de douane sur les textiles et vêtements demeureront élevés après le démantèlement final des contingents en 2005, et d’autres produits à forte intensité de maind’œuvre feront encore l’objet de pics tarifaires ou de droits progressifs qui brident les efforts consentis par les pays en développement pour accroître leurs exportations et les diversifier en se tournant vers les produits à forte valeur ajoutée. Enfin, les pays en développement euxmêmes imposent de lourds droits d’importation, puisque ceux qu’ils appliquent aux produits industriels sont en moyenne trois fois plus élevés que dans les économies avancées. Ces obstacles imposent des coûts à tous les pays et une libéralisation réciproque des échanges pourrait donc permettre de dégager des gains importants à ce niveau (encadré 2.3).

Deuxièmement, il apparaît nécessaire, face aux réalités changeantes du commerce mondial, de moderniser et d’adapter l’architecture du système des échanges. Les progrès de l’intégration économique liés aux échanges internationaux et aux flux d’investissement et le recul des restrictions aux frontières ont déplacé l’attention vers les «nouveaux sujets» tels que les mesures prises après le passage des frontières pour limiter la concurrence sur le marché. Des voix se sont élevées—dans les pays industriels comme dans les pays en développement—pour demander à l’OMC d’adopter des règles nouvelles ou renforcées en matière de concurrence et d’investissement, passation des marchés publics, mesures antidumping ou autres sauvegardes, normes sanitaires, normes de produit et commerce électronique. Enfin, maintenant que le commerce et la mondialisation sont deux dimensions plus visibles des économies industrielles, la société civile demande la prise en compte de préoccupations «non commerciales» telles que les normes sociales ou environnementales dans le système commercial international (encadré 2.4).

Troisièmement, enfin, la mise en œuvre des accords et les difficultés d’ordre institutionnel préoccupent les pays en développement. Beaucoup d’entre eux estiment qu’ils supportent le coût de la mise en œuvre d’accords complexes—dans des domaines tels que les droits de propriété intellectuelle touchant au commerce ou la valeur en douane—sans bénéficier d’un meilleur accès aux marchés dans les secteurs qui les intéressent. Faute de disposer des capacités institutionnelles et des ressources financières requises, les plus démunis d’entre eux ont du mal à mettre en œuvre ces engagements. Ils observent que les engagements non contraignants pris par les pays industriels concernant l’apport d’une assistance technique importante ne se sont pas encore concrétisés. En outre, la gouvernance et les procédures de négociation de l’OMC—y compris le long et complexe processus d’accession—sont telles que de nombreux pays ont du mal à faire valoir leurs intérêts légitimes.

Chacun de ces problèmes a contribué, à sa manière, à l’impasse de Seattle. Les intérêts divers des membres de l’OMC se sont révélés difficiles à consolider en un programme de négociations unique. L’Union européenne et le Japon étaient favorables à un cycle global embrassant tous les «nouveaux» sujets, mais n’accordant qu’une importance secondaire à la libéralisation du secteur agricole. Les États-Unis et d’autres pays proposaient de centrer les négociations sur l’ordre du jour incorporé et de mettre davantage l’accent sur la libéralisation de l’agriculture et quelques questions précises telles que les normes sociales. Certains pays en développement préféraient pour leur part se concentrer sur la mise en œuvre des accords d’Uruguay, tandis que d’autres estimaient qu’un cycle de négociations global devait inclure les mesures antidumping. Les discussions sont vite tombées dans l’impasse sur un large éventail de sujets liés à l’agriculture, à la mise en œuvre de certains volets des accords d’Uruguay, aux sujets «nouveaux» ou «non commerciaux» (investissement, concurrence, environnement, normes sociales) et aux mesures antidumping. L’insuffisance des travaux préparatoires au lancement du cycle a contribué aussi à cette impasse, de même que le manque de transparence, la participation trop restreinte aux prénégociations et l’absence d’une véritable volonté de prendre des engagements et d’accepter des compromis. Résultat, beaucoup de pays en développement se sont sentis exclus du processus et ont estimé que leurs préoccupations et leurs problèmes institutionnels n’étaient pas pleinement pris en compte.

Encadré 2.3.Gains attendus d’un nouveau cycle de négociations commerciales

Même après huit cycles de négociations commerciales multilatérales et la mise en oeuvre intégrale des engagements souscrits lors du cycle d’Uruguay, économies industrielles et économies en développement resteront encore très protégées1. La poursuite du processus d’abaissement des obstacles au commerce devrait être au cœur du nouveau cycle de négociations. Il est donc naturel de s’interroger sur les gains de bien-être économique (les «gains» dans la suite de l’encadré) que pourraient entraîner la réduction des derniers obstacles aux échanges et la répartition de ces efforts entre les pays.

On peut difficilement chiffrer les gains et pertes entraînés par la libéralisation des échanges. Les résultats que l’on obtient sont déterminés très largement par le modèle choisi, les spécifications retenues, la façon dont sont quantifiés les obstacles au commerce (opération notoirement difficile, en particulier pour les services) ainsi que la portée et la vigueur des efforts de libéralisation. Les estimations disponibles des gains qui découleraient des diverses options offertes à la politique commerciale diffèrent donc beaucoup. De plus, bon nombre d’économistes estiment que les chiffres avancés sous-estiment grandement les véritables gains dans la mesure où ils ne saisissent pas correctement les effets dynamiques importants, tels que l’offre de nouveaux biens (voir Romer, 1994, and Feenstra, 1995). Ces mises en garde étant faites, le présent encadré récapitule quelques-unes des estimations représentatives des gains qu’entraînerait une libéralisation totale des échanges après la mise en oeuvre de l’ensemble des engagements pris dans le cadre du cycle d’Uruguay.

Les gains mentionnés ci-après reposent sur les simulations chiffrées de deux des modèles d’équilibre général plus utilisés, qui présentent des estimations hautes et basses des gains qu’entraînerait une libéralisation du commerce mondial. Le Global Trade Analysis Project (GTAP) est un modèle statique de concurrence pure et parfaite où les gains enregistrés se limitent à une réallocation des ressources existantes—capital et travail—en fonction des avantages comparatifs de chaque pays2. Le modèle Michigan repose en revanche sur un postulat de concurrence imparfaite dans les secteurs des biens manufacturés et des services3, ce qui tend à accroître les gains mesurés dans ces secteurs, car la libéralisation des échanges abaisse aussi les prix en intensifiant la concurrence et en accroissant les rendements d’échelle.

La levée des derniers obstacles au commerce après le cycle d’Uruguay pourrait dégager des gains considérables à l’échelle mondiale (voir tableau). Selon les calculs effectués, en effet, la libéralisation totale des échanges de marchandises en 2005 entraînerait des gains annuels compris entre 146 et 489 milliards de dollars pour les pays avancés (1/2% à3/4% du PIB), et de 108 à 188 milliards de dollars pour les pays en développement(11/4% à 3 % du PIB). En pourcentage du PIB, les gains sont plus importants pour ces derniers que pour les pays industriels, car les obstacles que les pays en développement opposent aux échanges et les distorsions qui en découlent sont, en moyenne, bien plus élevés.

Les résultats de la simulation cadrent aussi avec l’un des principes de base de la théorie du commerce international: les pays gagnent à s’ouvrir aux échanges dans presque tous les cas, et ce sont les pays qui libéralisent, plutôt que leurs partenaires commerciaux, qui en retirent les gains les plus élevés. Les simulations du modèle GTAP montrent par exemple que, si les pays en développement étaient seuls à libéraliser totalement leurs échanges de marchandises en 2005 (après le cycle d’Uruguay), ils enregistreraient des gains de l’ordre de 65 milliards de dollars, contre 108 milliards de dollars si la libéralisation se faisait à l’échelle mondiale, soit environ 60 % des gains4.

Gains au terme du cycle de négociations commerciales d’Uruguay1(En milliards de dollars, aux prix et taux de change de 1995)
Type de produits et services libéralisés
Produits agricolesProduits manufacturésEnsemble des marchandisesServicesProduits et services
Modèle GTAP
Pays industriels12224146
Pays en développement24663108
Monde16887254
Modèle Michigan
Pays industriels74824899981.487
Pays en développement226162188182370
Monde336446771.1811.857
Sources: Anderson et al. (2000); Brown et al. (2001).

Les chiffres ayant été arrondis, les totaux ne correspondent pas forcément à la somme des composantes.

Y compris les nouvelles économies industrielles d’Asie, qui sont classées parmi les pays avancés dans les Perspectives de l’économie mondiale.

Sources: Anderson et al. (2000); Brown et al. (2001).

Les chiffres ayant été arrondis, les totaux ne correspondent pas forcément à la somme des composantes.

Y compris les nouvelles économies industrielles d’Asie, qui sont classées parmi les pays avancés dans les Perspectives de l’économie mondiale.

S’agissant des gains d’une libéralisation des échanges mondiaux secteur par secteur, les deux modèles concluent que la libéralisation du commerce des produits agricoles dégagerait des gains considérables pour les pays en développement, et notamment ceux dont le revenu est faible, qui seraient les principaux bénéficiaires des avancées qui pourraient être faites dans ce domaine (voir FMI, 2001a). Les deux modèles impliquent de même que, pour les pays en développement dans leur ensemble, les gains issus de la libéralisation des échanges mondiaux de produits manufacturés dépasseraient ceux enregistrés dans le domaine agricole, en raison de l’importance croissante des exportations de produits manufacturés dans les pays en développement les plus importants et les plus avancés.

Les résultats obtenus diffèrent cependant en ce qui concerne les pays industriels. Les simulations fondées sur le GTAP indiquent que les gains de la libéralisation du commerce des marchandises résulteraient principalement de la levée des restrictions aux échanges de produits agricoles, car les obstacles au commerce et les subventions restent élevés dans ce secteur. La levée des droits déjà faibles appliqués aux importations de produits manufacturés (sauf dans le cas des textiles et vêtements) entraînerait en revanche des gains limités. Mais selon les simulations du modèle Michigan, elle dégagerait au contraire des gains considérables dans les économies avancées en intensifiant la concurrence et en augmentant les économies d’échelle. Le modèle indique aussi que les gains dégagés par la libéralisation des échanges de produits agricoles seraient nettement plus faibles en raison des pertes de bien-être économique que subiront les exportateurs nets de produits agricoles, puisque la réorientation des ressources vers l’agriculture affaiblira la concurrence, favorisant ainsi la hausse des prix dans les secteurs des produits manufacturés et des services. Cela dit, les simulations sousestiment sans doute les gains d’une libéralisation des échanges de produits agricoles, car le changement de politique simulé ne prend pas en compte l’arrêt des subventions agricoles—et en raison aussi de certaines hypothèses spécifiques du modèle.

Si les obtacles aux échanges de services étaient levés dans le cadre du nouveau cycle de négociations, les gains de la libéralisation augmenteraient très sensiblement à l’échelle mondiale compte tenu du rôle dominant joué par les services dans la plupart des économies et des obstacles élevés qui protègent encore ce secteur. Les simulations du modèle Michigan, qui inclut les services, laissent penser que ces gains seraient environ deux fois plus importants que ceux d’une libéralisation du commerce de marchandises pour les pays industriels, et à peu près équivalents à ceux-ci pour les pays en développement.

Au total, ces simulations indiquent que tous les pays retireraient des gains considérables d’une poursuite de la libéralisation des échanges après le cycle d’Uruguay, même si les gains dynamiques du commerce ne sont pas pris en compte. Ces gains diffèrent d’un pays à l’autre selon le type de produits pris en compte dans l’accord final. Dans ces conditions, l’inclusion d’une large gamme de secteurs dans le nouveau cycle de négociations sera une condition importante de son succès, car elle permettra aux négociateurs de faire les concessions réciproques indispensables pour surmonter la résistance des intérêts en place à tout approfondissement de la libéralisation.

1Le FMI (2001a) dresse un bilan des restrictions commerciales dans l’économie mondiale2Voir Anderson et al. (2000) pour les simulations, et Hertel (1997) pour le modèle.3Voir Brown et al (2001) pour les simulations, et www.fordschool.umich.edu/rsie/model pour le modèle.4Deux études récentes de Zarazaga (1999 et 2000) sur les gains quantitatifs que chaque pays dégagerait d’une libéralisation unilatérale des échanges confirment que ces gains sont en général importants lorsqu’on les compare à ceux de la libéralisation multilatérale ou régionale.

Depuis Seattle, l’OMC s’est efforcée de rétablir la confiance dans le système commercial multilatéral, en particulier auprès des pays en développement. Un mécanisme de suivi de la mise en œuvre des accords d’Uruguay a été créé pour examiner, cas par cas, les demandes d’extension des périodes prévues pour s’acquitter des engagements pris dans ce cadre. Des efforts plus énergiques ont été engagés afin de renforcer l’efficacité et la coordination de l’assistance technique aux pays les plus démunis. Des discussions sont en cours pour améliorer les procédures de négociation de l’OMC de manière à ce que les pays en développement ne soient pas exclus du processus. Davantage de temps a été prévu pour les consultations nécessaires à la préparation de la prochaine réunion ministérielle—ce qui avait fait cruellement défaut avant Seattle. Enfin, certains pays industriels ont pris des mesures concrètes pour accorder l’accès à leur marché en franchise de droits (Union européenne, Nouvelle-Zélande, Norvège) ou élargir les concessions accordées dans le cadre du système généralisé de préférences.

En outre, des progrès sont accomplis dans le cadre de l’ordre du jour incorporé et les discussions sur les services et l’agriculture ont atteint un point où les véritables négociations (c’estàdire les concessions réciproques) peuvent commencer. Il semble toutefois peu probable qu’elles puissent progresser tant que l’on ne sera pas parvenu à un accord, suivi d’un commencement d’exécution, sur un nouveau programme de négociations élargi.

À l’approche de la conférence ministérielle de Doha

Les progrès récents ont amélioré les chances d’ouverture d’un nouveau cycle de négociations commerciales multilatérales, même si des questions difficiles devront encore être résolues avant que l’on puisse réunir toutes les parties autour d’une table. Les tenants d’un cycle de négociations complet (Union européenne et Japon) ont semble-t-il assoupli leur position. Dans une nouvelle version du projet d’ordre du jour, la Commission européenne reconnaît que son programme initial (présenté avant Seattle) était trop ambitieux dans le domaine des «nouveaux sujets», et pas assez en matière d’accès au marché ou de mise en œuvre des accords en vigueur43. Elle propose désormais que les «nouveaux sujets» donnent lieu à des accords plurilatéraux et aborde de façon plus positive la question de l’accès au marché pour les produits agricoles aussi bien que non agricoles44. La Commission européenne est prête également à aborder d’autres questions qui intéressent les pays en développement, telles que les règles antidumping, et à revoir à la baisse ses attentes dans le domaine de l’environnement.

Encadré 2.4.Arguments opposés à l’ouverture d’un nouveau cycle de négociations commerciales

Ceux qui s’opposent à l’ouverture d’un nouveau cycle de négociations commerciales avancent essentiellement deux arguments. Le premier est que la mondialisation—et en particulier la libéralisation des échanges—creuse l’écart entre riches et pauvres, de sorte que ses bienfaits ne sont donc pas équitablement répartis. Le second est que le recul de la protection aux frontières a déplacé les négociations commerciales vers les politiques économiques nationales, réduisant la marge de manœuvre dont les autorités disposent pour répondre aux problèmes sociaux qui se font jour.

La mondialisation a-t-elle creusé le fossé entre riches et pauvres?

Certains ont le sentiment que l’ouverture commerciale et la mondialisation ont creusé l’écart entre riches et pauvres tant au sein de chaque pays qu’entre ces derniers. Dans les pays avancés, la mondialisation est considérée avec inquiétude, car on estime qu’elle réduit les salaires relatifs et les possibilités d’emploi des travailleurs non qualifiés. Or, les nombreux travaux consacrés à cette question concluent en général que la concurrence des importations n’a eu, en soi, qu’un effet relativement limité sur les salaires relatifs des travailleurs non qualifiés des pays industriels. De fait, la rémunération de ces derniers a été affectée bien davantage par les mutations technologiques et les migrations (pour un aperçu de ces travaux, voir Burtless et al., 1998). Ceci dit, quelle qu’en soit l’origine, les effets néfastes de l’évolution du marché du travail sur la main-d’œuvre non qualifiée soulignent la nécessité de continuer à prêter attention aux dispositifs de protection sociale et à l’éducation.

Les chiffres disponibles au plan international plaident fortement en faveur de la thèse selon laquelle l’ouverture aux échanges mondiaux stimule la croissance1. Si de nombreuses économies en développement ont vu l’écart des revenus se creuser par rapport aux pays industriels, un groupe de pays qui ont réussi leur intégration rattrapent les pays riches en conjuguant ouverture commerciale, stabilité macroéconomique, ingérence limitée de l’État et investissement dans les infrastructures et les institutions2. Une étude récente de Dollar and Kraay (2001) sur les pays qui se sont intégrés à l’économie mondiale après 1980 confirme ces conclusions et apporte des éléments d’information sur l’équité au sein de chaque pays. Ils analysent un groupe de pays qui ont accru très sensiblement la part de leurs échanges dans le PIB au cours des vingt dernières années—dont la Chine, la Hongrie, l’Inde, la Malaisie, le Mexique, les Philippines et la Thaïlande—et qui représentent ensemble plus de la moitié de la population du monde en développement. En même temps qu’ils s’ouvraient au commerce mondial, ces pays ont lancé des réformes dans de multiples domaines, tels que la protection des droits de propriété ou l’accès de tous à l’éducation, et ont vu leurs résultats économiques s’améliorer très sensiblement. Ils ont comblé en partie leur retard sur les pays riches, fait reculer la pauvreté et évité tout creusement systématique (à l’échelle du groupe) des inégalités au sein de la population.

Ces études (parmi d’autres) prouvent abondamment que l’ouverture au commerce mondial peut aider ces pays si elle s’inscrit dans une stratégie de développement globale visant à améliorer les résultats économiques et, partant, les niveaux de vie. Contrairement à ce qui s’est passé dans les pays qui ont réussi leur intégration, les résultats médiocres affichés par de nombreux pays qui ont pris du retard sur ce plan s’expliquent par la conjugaison de mauvais choix économiques, d’un lourd endettement, d’institutions fragiles et d’une protection interne et externe, le tout exacerbé dans bien des cas par des désordres civils et des conditions inidu commerce pour accélérer leur croissance et leur développement est l’un des grands défis lancés à la communauté mondiale. La levée des obstacles aux échanges, notamment dans les secteurs clés pour le développement—agriculture, textiles et vêtements, produits manufacturés, services à forte intensité de main-d’œuvre—est une dimension essentielle de toute stratégie visant à les aider. L’ouverture d’un nouveau cycle de négociations commerciales serait l’occasion pour les pays industriels et les pays en développement de progresser ensemble dans ces domaines. Cependant, pour tirer parti de ce meilleur accès au marché, ces pays devront aussi renforcer leur politique économique. Enfin, une augmentation très sensible de l’assistance apportée par leurs partenaires (aide pour le commerce) sera indispensable pour les aider à se doter des capacités institutionnelles nécessaires pour commercer et prendre une part active à l’OMC.

Les règles commerciales empiètent-elles sur la souveraineté nationale?

L’Organisation mondiale du commerce (OMC)—comme, avant elle, l’Accord général sur les tarifs douaniers et le commerce (GATT)—a pour objet de mettre en place un système commercial fondé sur un ensemble de règles que complète un mécanisme de règlement des différends prévoyant des sanctions pour les contrevenants, tout en offrant un mécanisme de négociations en vue d’une libéralisation progressive des échanges. À mesure que les obstacles commerciaux érigés «aux frontières» sont abaissés, d’autres barrières qui touchent de plus en plus aux politiques économiques nationales gagnent en importance. C’est le cas, par exemple, des subventions aux différents secteurs d’activité et des droits de propriété intellectuelle (incorporés dans les dernières négociations) ou, plus récemment, des politiques d’investissement et de concurrence. Si beaucoup estiment cette évolution nécessaire pour que les règles commerciales restent adaptées à leur objet, d’autres la jugent contestable au motif, surtout, qu’elle touche à des questions sociales plus larges et empiète sur des domaines qui relèvent, traditionnellement, de la souveraineté nationale.

C’est ainsi que certains groupes de pression, dans les pays industriels, plaident en faveur d’une meilleure coordination ou d’une convergence des règles au plan international afin d’éviter que les pressions en faveur d’un libre-échange effréné n’aboutissent à une forme de «dumping social». Ils soutiennent que, sans une certaine protection, les entreprises en quête d’un avantage concurrentiel seront tentées par exemple d’abaisser leurs coûts en se délocalisant vers les pays à faible revenu qui n’offrent qu’une protection juridique limitée aux salariés ou appliquent des normes d’environnement plus laxistes. Comme on l’a vu plus haut, cependant, les chiffres disponibles n’étayent pas la thèse selon laquelle l’ouverture au commerce mondial entraînerait de façon générale une dégradation des institutions de chaque pays (voir aussi Bhagwati and Hudec, 1996). On peut se demander, par ailleurs, si les règles commerciales sont le meilleur moyen de renforcer les normes environnementales et sociales, qui ne relèvent pas directement du domaine commercial. Il serait préférable, pour éviter la menace de sanctions commerciales touchant tous les salariés des secteurs concernés, d’opter pour une stratégie mieux ciblée recentrant la coopération autour de moyens et d’institutions spécialisés. Enfin, et c’est le plus important, utiliser le système commercial pour faire appliquer des normes uniformes dans ces domaines peut imposer aux pays en développement des surcoûts qui remettront en question leur compétitivité et leur avantage comparatif, réduisant ainsi les gains de la libéralisation commerciale et créant en quelque sorte une nouvelle forme de protectionnisme.

De fait, nombre d’organisations non gouvernementales (ONG) et de pays en développement estiment au contraire que les règles commerciales en vigueur dans un certain nombre de domaines sont déjà trop contraignantes et devraient être modifiées afin de laisser à chaque pays davantage de souplesse pour agir selon ses moyens et son stade de développement. Ils estiment que les pays riches dominent les négociations commerciales et fixent les règles en fonction de leurs propres intérêts, et mettent en avant les coûts qu’entraîne l’alignement des normes et règles nationales sur les dispositions en vigueur dans les pays industriels. Ces pays en développement et ces ONG soulignent aussi l’impact des droits de propriété intellectuelle sur des questions telles que la production locale de médicaments bon marché destinés à combattre des fléaux comme le SIDA. Si beaucoup des suggestions avancées en faveur d’une plus grande souplesse sont fondées, il faut se garder d’oublier qu’entre le faible et le fort, c’est la règle qui protège—les pays en développement qui ont saisi l’organe de règlement des différends de l’OMC ont eu le plus souvent gain de cause—et que les droits de propriété intellectuelle, par exemple, stimulent l’innovation.

Compte tenu du caractère très sensible du débat sur la politique et les règles commerciales et de l’écheveau complexe des coûts et avantages qu’il recouvre, l’ouverture d’un nouveau cycle de négociations est le moyen le plus légitime de réconcilier ces points de vue. L’engagement de négociations directes entre les gouvernements nationaux représentant les intérêts de leurs ressortissants est la meilleure façon de réviser et d’améliorer encore le système commercial. C’est ainsi, en effet, que l’on trouvera un juste équilibre entre les avantages d’un système régulé—propre à répondre aux besoins d’une économie mondiale en constante intégration—et le souhait légitime des États, qui veulent continuer de poursuivre librement leurs objectifs économiques et sociaux en prenant leurs décisions au plan national.

1Voir, par exemple, Frankel and Romer (1999); Coe, Helpman, and Hoffmaister (1997); Bhagwati and Srinivasan (1999). Rodriguez et Rodrick (2000) contestent les preuves empiriques d’un lien de causalité entre la politique commerciale et la croissance, et mettent en avant le renforcement des institutions.2Voir l’édition de mai 1997 des Perspectives de l’économie mondiale, chapitre IV, qui montre également que, sans réformes complémentaires, l’ouverture de l’économie n’accélère pas la croissance, et Banque mondiale (1996).

Les pays en développement, conduit par un groupe de pays—Inde, Pakistan, Malaisie et Égypte—qui partagent les mêmes vues, ont été réticents à reprendre les négociations tant qu’ils ne verraient pas de véritables progrès dans la mise en œuvre des accords et une amélioration «tangible» de l’accès au marché dans le cadre des engagements souscrits lors du cycle précédent, en particulier dans des secteurs comme l’agriculture ou les textiles et vêtements, pour lesquels ils disposent d’un avantage comparatif. Il y a plus de chances qu’ils appuient un programme orienté vers une libéralisation accrue de ces secteurs et tenant compte des pics tarifaires et des droits progressifs dans tous les secteurs ainsi que des subventions aux produits agricoles. L’une des principales questions qui se posent est de savoir jusqu’où les pays en développement sont prêts à aller, au-delà des questions d’accès aux marchés, notamment en ce qui concerne les «nouveaux sujets» tels que l’investissement, les politiques de concurrence ou l’environnement.

La position des États-Unis vis-à-vis de ces négociations est une autre inconnue. L’administration américaine a multiplié les déclarations favorables au lancement d’un nouveau cycle de négociations, à Doha, et s’est dite prête à envisager d’étendre les débats au-delà des négociations prescrites par 1’«ordre du jour incorporé». On ne sait pas, cependant, jusqu’à quel point les États-Unis souhaitent que ce programme soit élargi. Quant aux perspectives de vote du Congrès déléguant l’autorité de négociation commerciale à l’exécutif, et aux conditions qui s’y attacheraient le cas échéant, elles sont incertaines elles aussi.

Enfin, l’idée que le programme doit répondre aux besoins et aux préoccupations des pays en développement, et encourager leur pleine participation, recueille un consensus de plus en plus large. Il ne s’agit pas d’assurer seulement l’accès au marché, mais aussi l’octroi d’une assistance complémentaire pour aider les pays qui en ont besoin à renforcer leurs capacités. L’Union européenne et les États-Unis ont publié un communiqué commun dans lequel ils s’engagent à lancer un nouveau cycle de négociations qui «répondra aussi aux besoins et priorités des pays en développement, démontrera que le système commercial peut répondre aux préoccupations de la société civile et favorisera un développement durable»45. Les deux parties sont prêtes à intensifier et améliorer l’assistance technique fournie aux pays les plus pauvres pour les aider à mettre en œuvre les accords et à participer aux négociations, et s’efforceront de faciliter l’accession rapide des candidats à l’OMC, en particulier les plus pauvres. Enfin, elles s’engagent à améliorer l’organe de règlement des différends auquel tous les pays membres de l’OMC ont accès.

Conclusions

Un cycle de négociations multilatérales ambitieux et réussi entraînerait des bénéfices considérables pour l’économie mondiale. Ces négociations aideraient à rétablir la confiance des marchés et créeraient de nouvelles possibilités d’exportation, renforceraient le système commercial multilatéral affaibli depuis Seattle et stimuleraient les réformes économiques en encourageant les pays à étendre les efforts de libéralisation régionale à tous les membres de l’OMC. Un nouveau cycle de négociations apporterait donc une contribution substantielle à la croissance durable de l’économie mondiale. La levée des derniers obstacles aux échanges de marchandises pourrait entraîner des gains considérables, puisqu’ils se situeraient entre 250 et 680 milliards de dollars par an, sans compter leurs effets dynamiques. Près d’un tiers de ces gains iraient aux pays en développement, soit plus du double des flux d’aide annuels dont ils bénéficient. Et les gains de la libéralisation des services seraient sans doute plus considérables encore, vu la taille de ce secteur, son importance pour la compétitivité globale de l’économie et la forte protection dont il fait l’objet à l’heure actuelle.

Le nouveau cycle de négociations devra cependant couvrir un champ suffisant pour permettre des arbitrages entre les secteurs ou les questions en discussion. Les objectifs d’accès au marché devront être plus ambitieux et viser un abaissement très sensible, voire l’élimination, des obstacles aux échanges là où la protection est la plus élevée, c’est-à-dire dans l’agriculture, les activités manufacturières à forte intensité de main-d’œuvre et les services. Tous les pays, industriels ou en développement, ont beaucoup à gagner à la libéralisation de ces secteurs. Pour faciliter des échanges libres et non discriminatoires, les règles commerciales multilatérales doivent être précisées et renforcées, en particulier dans les domaines où les intérêts protectionnistes peuvent prévaloir (mesures antidumping et autres sauvegardes, normes sanitaires, de sécurité ou d’environnement) et le mécanisme de règlement des différends doit encore être développé. La participation de tous les membres de l’OMC à la mise en place d’un système commercial régulé est essentielle, et les accords de commerce doivent donc prévoir une certaine souplesse dans la mise en œuvre des engagements pris afin de tenir compte des contraintes de capacités et des besoins de développement des pays les plus pauvres.

L’absence de progrès tangible vers le lancement d’un nouveau cycle de négociations commerciales éroderait la confiance dans le système multilatéral et l’engagement des pays à approfondir la libéralisation46. Faute d’un cadre plus large susceptible de permettre des concessions réciproques, les négociations sur l’agriculture et les services dans le cadre du programme consolidé risquent de s’enliser. Il n’y a pas eu de retour au protectionnisme après les crises financières de la fin des années 90 et l’échec de la conférence ministérielle de Seattle, mais il sera beaucoup plus difficile de résister à cette tentation si l’économie mondiale ralentit durablement et si les perspectives de progrès restent limitées sur le front des échanges multilatéraux. Le soutien au système commercial multilatéral risque aussi de s’éroder si l’on ne poursuit pas les efforts engagés pour développer les règles commerciales et les procédures de règlement des différends et, ce faisant, convaincre les partenaires commerciaux et la société civile que ce système demeure adapté et réceptif à leurs besoins. Dans ce cas, on peut craindre que le recours accru aux accords régionaux de commerce n’ait finalement des répercussions néfastes sur l’économie mondiale. Le GATT et son successeur l’OMC ont été créés précisément pour prévenir la constitution de blocs commerciaux hostiles. Sans un nouveau cycle de négociations, la primauté du multilatéralisme sur le régionalisme pourrait être remise en cause. Cela serait particulièrement préjudiciable aux pays les plus pauvres, qui risquent d’être encore davantage marginalisés.

Références

    AgénorPierre-RichardJohnMcDermott andEswarPrasad2000Macroeconomic Fluctuations in Developing Countries: Some Stylized Facts,The World Bank Economic Review Vol. 14 (May) p. 25185.

    AhmedShaghil andPrakash N. Loungani àparaîtreBusiness Cycles in Asia,IMF Working Paper (Washington: International Monetary Fund).

    AlbuquerqueRui2001‘The Composition of International Capital Flows: Risk Sharing Through Foreign Direct Investment” (unpublished; Rochester New York: University of Rochester).

    AndersonKymJoe FrancoisThomas W.HertelBernard Hoekman andWill Martin2000Potential Gains from Trade Reform in the New Millennium,” paper presented at the Third Annual Conférence on Global Economic AnalysisMonash University, Mt. ElizaAustralia June.

    AroraVivek andMartinCerisola2000How Does U.S. Monetary Policy Influence Economic Conditions in Emerging Markets?IMF Working Paper No. 00/148 (Washington: International Monetary Fund).

    ArtisMichael J. andWendaZhang1999Further Evidence on the International Business Cycle and the ERM: Is There a European Business Cycle?Oxford Economic Papers, Vol. 51 (January) p. 12032.

    AveryChristopher andPeterZemsky1998Multidimensional Uncertainty and Herd Behavior in Financial Markets,American Economic Review Vol. 88 (September) p. 72448.

    Banquemondiale1996Global Economic Prospects and the Developing Countries (Washington: World Bank).

    Banquemondiale2000Trade Blocs (Washington: World Bank).

    BaxterMarianne andRobert G.King1999Measuring Business Cycles: Approximate Band-Pass Filters for Economic Time Séries,Review of Economics and Statistics Vol. 81 (November) p. 57593.

    BaxterMarianne andMichaelKouparitsas2000What Causes Fluctuations in the Terms of Trade?NBER Working Paper No. 7462 (Cambridge, Massachusetts: National Bureau of Economic Research).

    BhagwatiJagdish1978Foreign Trade Régimes and Economic Development: Anatomy and Conséquences of Exchange Control Régimes (CambridgeMassachusetts: Ballinger).

    BhagwatiJagdish andRobertHudec1996Fair Trade and Harmonization: Prerequisites for Free Trade? (CambridgeMassachusetts: MIT Press).

    BhagwatiJagdish andT.N.Srinivasan1999Outward-Orientation and Development: Are Revisionists Right?Discussion Paper No. 806 (New Haven: Yale University, Economic Growth Center).

    BikhchandaniSushilDavidHirshleifer andIvoWelch1998Learning from the Behavior of Others: Conformity, Fads and Informational Cascades,Journal of Economic Perspectives Vol. 12 (summer) p. 15170.

    BrownDrusilla ILAlan V.Deardorff andRobert M. Stern2001CGE Modeling and Analysis of Multilateral and Regional Negotiating Options,Discussion Paper No. 468 (Ann Arbor: University of Michigan, Research Seminar in International Economics).

    BulirAles andJavierHamann à paraîtreHow Volatile and Predictable Are Aid Flows, and What Are the Policy Implications?IMF Working Paper (Washington: International Monetary Fund).

    BurtlessGaryRobert Z.LawrenceRobert E.LitanRobert J.Shapiro1998Globaphobia (Washington: The Brookings Institution).

    CamenUlrich1987Concepts and Measurement of World Business Cycles,” (unpublished; Geneva, Switzerland: The Graduate Institute of International Studies).

    CanovaFabio andHarrisDellas1993Trade Interdependence and the International Business Cycle,Journal of International Economics Vol. 34 (February) p. 2347.

    CanovaFabio andJaneMarrinan1998Sources and Propagation of International Output Cycles: Common Shocks or Transmission?Journal of International Economics Vol. 46 (October) p. 13366.

    ClarkTodd E. andKwanhoShin1998‘The Sources of Fluctuations Within and Across Countries,Research Working Paper No. 98-04 (Kansas City, Missouri: Federal Reserve Bank of Kansas City).

    CoeDavid T.ElhananHelpman andAlexander W.Hoffmaister1997North-South R&D Spillovers,Economic Journal Vol. 107 (January) p. 13449.

    DahlquistMagnusPeterHôrdahl andPeterSellin2000Measuring International Volatility Spillovers,” in International Financial Markets and the Implications for Monetary and Financial Stability BIS Conference Papers Vol. 8 (Basel: Bank for International Settlements).

    DeatonAngus1999Commodity Priées and Growth in Africa,Journal of Economic Perspectives Vol. 13 (summer) p. 2340.

    DeatonAngus andRobertMiller1995International Commodity Priées, Macroeconomic Performance, and Politics in Sub-Saharan Africa,Studies in International Finance No. 79 (Princeton: Princeton University, Department of Economics).

    De SantisGiorgio andBrunoGérard1997International Asset Pricing and Portfolio Diversification with Time-Varying Risk,Journal of Finance Vol. 52 (December) p. 18811912.

    DollarDavid andAartKraay2001Trade, Growth, and Poverty,Policy Research Paper No. 2587 (Washington: World Bank).

    DumasBernardCampbell R.Harvey andPierreRuiz2000Are Common Swings in International Stock Returns Justified by Subséquent Changes in National Outputs?INSEAD Working Paper No. 2000/02 FIN (Fontainebleau, France: INSEAD).

    EdwardsSébastian1998Openness, Productivity and Growth: What Do We Really Know?Economic Journal Vol. 108 (March) p. 38398.

    FeenstraRobert C1995Estimating the Effects of Trade Policy,” in Handbooks in International Economics Vol. 3ed. byGene M.Grossman andKennethRogoff (Amsterdam: Elsevier, North-Holland).

    Fonds monétaire international2000Results of the 1997 Coordinated Portfolio Investment Survey (Washington: International Monetary Fund Committee on Balance of Payments Statistics).

    Fonds monétaire international2001aMarket Access for Developing Countries’ Exports,” (Washington: International Monetary Fund). Disponible sur le site: http://www.imf.org/external/np/madc/eng/042701.htm.

    Fonds monétaire international2001bInternational Capital Markets: Developments, Prospects, and Key Policy Issues,World Economic and Financial Surveys (Washington: International Monetary Fund).

    Fonds monétaire international2001cPerspectives de l’économie mondiale, Mai 2001Politique budgétaire et stabilité macroéconomique Études économiques et financières (WashingtonFonds monétaire international).

    ForniMarioMarcHallinMarcolippi andLucreziaReichlin2000‘The Generalized Dynamic Factor Model: Identification and Estimation,The Review of Economics and Statistics Vol. 82 (November) p. 54054.

    FrankelJeffrey A. andDavidRomer1999Does Trade Cause Growth?American Economic Review Vol. 89 (June) p. 37999.

    FrankelJeffrey A. andAndrew K.Rose1998‘The Endogeneity of the Optimum Currency Area Criteria,Economic Journal Vol. 108 (July) p. 100925.

    FrootKennethPaulO’Connell andMarkSeasholes2001The Portfolio Flows of International Investors,Journal of Financial Economics Vol. 59 (February) p. 15193.

    Gerlach H. M.Stefan1988World Business Cycles under Fixed and Flexible Exchange Rates,Journal of Money Credit and Banking Vol. 20 (November) p. 62132.

    GourinchasPierre-OlivierRodrigoValdés andOscarLanderretche2001Lending Booms: Latin America and the World,NBER Working Paper No. 8249 (CambridgeMassachusetts: National Bureau of Economic Research).

    GregoryAllan W. andAllen C.Head1999Common and Country-Specific Fluctuations in Productivity, Investment, and the Current Account,Journal of Monetary Economics Vol. 44 (December) p. 42351.

    GregoryAllan W. andJacquesRaynauld1997Measuring World Business Cycles,International Economic Review Vol. 38 (August) p. 677701.

    HaberlerGottfried1958Prosperity and Depression A Theoretical Analysis of Cyclical Movements (Cambridge, Massachusetts: Harvard University Press 4th ed.).

    HeadAllen1995Country Size, Aggregate Fluctuations, and International Risk Sharing,Canadian Journal of Economics Vol. 28 (November) p. 10961119.

    HertelThomas W. ed. 1997Global Trade Analysis: Modeling and Applications (Cambridge, U.K. and New York: Cambridge University Press).

    HoffmaisterAlexanderJorgeRoldôs andPeterWickham1998Macroeconomic Fluctuations in Sub-Saharan Africa,IMF Staff Papers International Monetary Fund Vol. 45 (March) p. 13260.

    ImbsJean1999Co-Fluctuations,CEPR Discussion Paper No. 2267 (London: Centre for Economic Policy Research).

    KirmaniNaheedNurCalikaRichardHarmsenMichaelLeidyArvindSubramannin andPeterUimonen1994“International Trade Policies: The Uruguay Round and Beyond Vol. 2 World Economic and Financial Surveys (Washington: International Monetary Fund).

    KontolemisZenon G. andHosseinSamiei2000The U.K. Business Cycle, Monetary Policy and EMU Entry,IMF Working Paper No. 00/210 (Washington: International Monetary Fund).

    KoseAyhan à paraîtreExplaining Business Cycles in Small Open Economics: How Much Do World Prices Matter?Journal of International Economics.

    KoseAyhan andRaymondRiezman2001Trade Shocks and Macroeconomic Fluctuations in Africa,Journal of Development Economics Vol. 65 (June) p. 5588.

    KoseAyhan andKei-MuYi2001International Trade and Business Cycles: Is Vertical Specialization the Missing Link?American Economic Review Vol. 91 (May) p. 37175.

    KoseAyhanChristopherOtrok andCharlesWhiteman2000International Business Cycles: World, Région, and Country-Specific Factors,” (unpublished; Iowa City: University of Iowa, Department of Economics).

    KouparitsasMichael1996North-South Business Cycle,Working Paper 96-9 (Chicago: Fédéral Reserve Bank of Chicago).

    KumarManmohan S. andAvinashPersaudà paraîtreInvestor Risk Appetite and Contagion Effects,IMF Working Paper (Washington: International Monetary Fund).

    KumarManmohan S. andKenKashiwase à paraîtreSpillovers in Business Confidence in Major Industrial Economics,IMF Working Paper (Washington: International Monetary Fund).

    KraayAart andJaumeVentura2001Comparative Advantage and the Cross-Section of Business Cycles,NBER Working Paper No. 8104 (Cambridge, Massachusetts: National Bureau of Economic Research).

    LewisKaren K.1999Trying to Explain Home Bias in Equities and Consumption,Journal of Economic Literature Vol. 37 (June) p. 571608.

    LoayzaNormanHumbertoLopez andAngelUbide1999Sectorial Macroeconomic Interdependencies—Evidence for Latin America, East Asia and Europe,IMF Working Paper No. 99/11 (Washington: International Monetary Fund).

    LonginFrançois andBrunoSolnik1995Is the Corrélation in International Equity Returns Constant: 1960-1990?Journal of International Money and Finance Vol. 14 (February) p. 326.

    LumsdaineRobin L. andEswar S.Prasad1999Identifying the Common Component in International Economic Fluctuations: A New Approach,IMF Working Paper No. 99/154 (Washington: International Monetary Fund).

    McDermott C.John andAlasdairScott2000Concordance in Business Cycles,IMF Working Paper No. 00/37 (Washington: International Monetary Fund).

    MendozaEnrique1995The Terms of Trade, the Real Exchange Rate, and Economic Fluctuations,International Economic Review Vol. 36 (February) p. 101137.

    MendozaEnrique2001Credit, Prices, and Crashes: Business Cycles with a Sudden Stop,NBER Working Paper No. 8338 (Cambridge, Massachusetts: National Bureau of Economic Research).

    MontielPeter andCarmenReinhart2001The Dynamics of Capital Movements to Emerging Economics During the 1990s,” in Short-Term Capital Flows and Economic Crisesed. byStephanyGriffith-JonesManuelMontes andAnwarNasution (New York: Oxford University Press).

    MussaMichael2000Factors Driving Global Economic Integration,” paper presented at a symposium sponsored by The Federal Reserve Bank of Kansas City on “Global Opportunities and Challenges” Jackson Hole Wyoming August 25 2000.

    ObstfeldMaurice andKennethRogoff2000The Six Major Puzzles in International Macroeconomics: Is There a Common Cause?NBER Working Paper No. 7777 (Cambridge, Massachusetts: National Bureau of Economic Research).

    PallageStéphane andMichaelRobe à paraîtreForeign Aid and the Business Cycle,Review of International Economics.

    PoterbaJames M.2000Stock Market Wealth and Consumption,Journal of Economic Perspectives Vol. 14 (spring) p. 99118.

    RazinAssaf andAndrewRose1994Business-Cycle Volatility and Openness: An Exploratory Cross-Sectional Analysis,” in Capital Mobility: The Impact on Consumption Investment and Growthed. byLeonardoLeiderman andAssafRazin (New York: Cambridge University Press).

    RodriguezFrancisco andDaniRodrik2000Trade Policy and Economic Growth: A Skeptic’s Guide to Cross-National Evidence,” in NBER Macroeconomics Annual 2000ed. byBenBernanke andKennethRogoff (Cambridge, Massachusetts: MIT Press).

    RodrikDani1999The New Global Economy and Developing Countries: Making Openness Work, (Washington: Overseas Development Council).

    RomerPaul1994New Goods, Old Theory, and the Welfare Costs of Trade Restrictions,Journal of Development Economics Vol. 43 p. 538

    SachsJeffrey andAndrewWarner1995Economic Reform and the Process of Global Integration,Brookings Papers on Economic Activity: 1 p. 1118.

    ShillerRobert J.1998Human Behavior and the Efficiency of the Financial System,NBER Working No. Paper 6375 (Cambridge, Massachusetts: National Bureau of Economic Research).

    StulzRene1995International Portfolio Choice and Asset Pricing,” in Financeed. byRobert A.JarrowVojislavMaksimovic andWilliam T.Ziemba (Amsterdam: North Holland).

    StulzRene1999International Portfolio Flows and Securities Markets,” in International Capital Flowsed. byMartinFeldstein (Chicago: University of Chicago Press).

    SwobodaAlexander K.1983Exchange Rate Regimes and European-U.S. Policy Interdependence,Staff Papers International Monetary Fund Vol. 30 (March) p. 75112.

    TesarLinda L. andIngrid M.Werner1995Home Bias and High Turnover,Journal of International Money and Finance Vol. 14 (August) p. 46792.

    VamvakidisAthanasios1999Regional Trade Agreements or Broad Liberalization: Which Path Leads to Faster Growth?IMF Staff Papers Vol. 46 (March) p. 4268.

    ZarazagaCarlos E. J. M.1999Measuring the Benefits of Unilateral Trade Liberalization Part 1: Static Models,Economic and Financial Review Third Quarter (Dallas: Federal Reserve Bank of Dallas).

    ZarazagaCarlos E. J. M.2000Measuring the Benefits of Unilateral Trade Liberalization Part 2: Dynamic Models,Economic and Financial Review First Quarter (Dallas: Federal Reserve Bank of Dallas).

Pour assurer la cohérence des données d’un pays à l’autre, les écarts de production (production effective moins production potentielle, en pourcentage de celle-ci) des pays du G-7 ont été calculés à partir de mesures de la production potentielle obtenues en appliquant le filtre passe-bande approximatif proposé par Baxter et King (1999) plutôt que des estimations du produit potentiel utilisées dans les Perspectives de l’économie mondiale. La composante cyclique d’une variable est définie comme la somme de toutes les composantes fluctuant à des fréquences comprises entre 1 an et demi et 8 ans (6-32 trimestres).

Pour plus de détails sur ce modèle (generalized dynamic factor model), voir Forni et al. (2000). Lumsdaine et Prasad (1999) et Clark et Shin (1998) proposent d’autres méthodes d’identification et d’estimation des composantes communes.

Voir le chapitre IV des Perspectives de l’économie mondiale d’octobre 1998 sur les problèmes financiers du Japon au début des années 90 et leur impact sur l’économie réelle.

Des intervalles de corrélation de huit ans ont été choisis, car ils correspondent approximativement à la durée moyenne d’un cycle (voir aussi Baxter and King, 1999). Les preuves de l’existence de corrélations négatives sont robustes sur la durée de cet intervalle.

Artis et Zhang (1999) ou Kontolemis et Samiei (2000) donnent un aperçu récent des réflexions sur le cycle économique au Royaume-Uni.

L’interdépendance commerciale des pays du G-7 pourrait avoir augmenté, globalement, en raison de leurs échanges avec les pays tiers. Cependant, l’ampleur des variations des parts des pays du G-7 dans le commerce mondial de marchandises ne semble pas indiquer de modification sensible de leur interdépendance par rapport aux échanges indirects.

Selon les données des comptes nationaux, et conformément au principe selon lequel les prix des biens échangés augmentent moins que ceux des biens non échangés, la croissance du commerce aurait été en général un peu plus importante en volume qu’en valeur. Cependant, les données en valeur semblent plus pertinentes pour expliquer l’impact que l’évolution de l’interdépendance commerciale pourrait avoir sur les liens cycliques.

Voir, entre autres, Canova and Dellas (1993); Frankel and Rose (1998). La corrélation entre les coefficients de corrélation bilatéraux des écarts de production sur la période 1974—2000 présentés au tableau 2.1 et la part moyenne des importations bilatérales durant cette période est de 0,45. Cependant, la covariation très nette de la production ne reflète sans doute pas l’impact des échanges internationaux seulement, car le resserrement des liens commerciaux est dû en partie à des facteurs—proximité géographique, similarité des politiques suivies—qui influent aussi sur la vigueur des liens cycliques.

L’utilisation des élasticités-revenu types pour les exportations et les importations totales peut conduire à sous-estimer l’impact que l’évolution récente des parts des échanges dans les PIB aurait eu sur la covariation de la production. Ainsi que l’observent Kose et Yi (2001), les échanges internationaux se caractérisent de plus en plus par une spécialisation verticale, chaque pays se cantonnant dans des étapes particulières de la chaîne des plus-values liées à la production d’un bien plutôt que de prendre en main la totalité du processus. Cela devrait conduire, en principe, à des élasticités—revenu des exportations et des importations totales variant au fil du temps, de sorte que la corrélation des fluctuations de la production pourrait augmenter alors même que les parts des échanges globaux dans les PIB ne changent pas.

Canova et Dellas (1993), entre autres, soulignent que la covariation de la production dépend aussi de la corrélation des perturbations. Frankel et Rose (1998) avancent l’idée qu’une intégration accrue du commerce international pourrait renforcer la covariance des chocs de productivité à cause des transferts de technologie associés aux échanges internationaux de biens d’équipement et de certains intrants.

On trouvera toutefois dans FMI (2000) une enquête sur la répartition, fin 1997, des avoirs et engagements de portefeuille ventilés par destination et instruments, pour un échantillon de 29 pays.

Ces chiffres excluent les avoirs officiels extérieurs.

Les statistiques reposent en effet sur la localisation de l’intermédiaire financier qui conduit l’opération.

Il n’existe pas de données officielles sur le patrimoine des ménages en Italie. On ne dispose pas non plus, malheureusement, de données sur les avoirs et engagements de portefeuille classés directement par détenteur. La comparaison n’implique pas que le secteur des ménages explique la totalité ou même la majorité des progrès de la diversification transfrontières des avoirs et engagements. Au contraire, divers éléments (les flux de capitaux vers le Royaume-Uni, par exemple) semblent indiquer que les intermédiaires financiers représentent l’essentiel de cette augmentation. Cependant, comme les ménages détiennent directement ou indirectement une fraction importante des engagements des intermédiaires financiers (via les organismes de placement collectif en valeurs mobilières, par exemple), on peut penser que leurs décisions financières ont été influencées en partie au moins par la diversification transfrontières.

En dépit des progrès notables accomplis dans les années 90, la diversification transfrontières des portefeuilles n’a pas encore atteint le niveau qu’impliqueraient la plu-part des modèles d’allocation optimale des portefeuilles, et ce «nationalisme» qui biaise l’allocation des portefeuilles reste paradoxal dans un monde où les marchés internationaux de capitaux semblent de plus en plus intégrés (voir, par exemple, Tesar and Werner, 1995; Lewis, 1999).

De Santis et Gerard (1997) ou Dumas, Harvey et Ruiz (2000), entre autres, font apparaître que cette situation est dans l’ensemble compatible avec la tarification identique du risque sur les marchés d’actions des pays avancés.

Ces observations cadrent avec celles de Longin et Solnik (1995), qui ont mis en évidence un renforcement des corrélations des rendements sur les sept principaux marchés d’actions entre 1959 et 1991, ainsi qu’avec les conclusions de Stulz (1999), qui observe un léger renforcement des corrélations entre les rendements d’actions dans chaque pays et ceux du portefeuille mondial de l’indice MSCI entre octobre 1979 et mars 1995.

D’après les indices de rendement total de portefeuilles obligataires calculés par Salomon Brothers pour la période 1985-2000.

Voir Baxter and King (1999). Le filtre prend en compte les fluctuations dont les fréquences sont comprises entre deux et huit ans.

Étant donné la longueur de la période, le groupe des «pays en développement» inclut la Corée, Israël et Singapour, qui sont classés aujourd’hui parmi les économies avancées après avoir connu une expansion rapide durant cette période. Les données par région et par groupement analytique ont été calculées en utilisant la méthode décrite dans l’appendice statistique. (On obtient cependant des résultats similaires en pondérant les PIB par les échanges commerciaux au lieu des parités de pouvoir d’achat.)

Agénor, McDermott et Prasad (2000) présentent les principales caractéristiques des fluctuations macroéconomiques de 12 pays en développement à revenu intermédiaire.

C’est encore plus vrai si l’on considere, cas par cas, chaque pays en developpement. Voir Kose, Otrok, and Whiteman (2000).

Pour un examen des causes de la volatilité de la production dans les pays en developpement, Voir Razin and Rose (1994) et Kraay and Ventura (2001). Mendoza (1995) et Kose (ouvrage a paraitre) analysent l’origine des fluctuations du cycle dans les pays en developpement a partir de modeles stochastiques dynamiques.

Les chocs touchant leurs secteurs d’activité intégrés à l’économie mondiale (les technologies de l’information, par exemple) pourraient contribuer aussi à la transmission internationale du cycle économique (Kraay and Ventura, 2001).

Toutes ces variables ont été calculées en moyenne sur la période 1971—2000. D’autres variables régionales muettes avaient aussi été incluses parmi les variables indépendantes, mais ont été abandonnées dans la spécification finale en raison de leur insignifiance statistique. La variable muette représentant l’hémisphère occidental semble significative, car cette région, contrairement aux autres, est devenue plus tributaire des marchés des sept principales économies avancées avec le temps.

Voir également Mendoza (1995) and Kose (à paraître).

Baxter et Kouparitsas (2000) montrent que la volatilité des termes de l’échange d’un pays est liée, entre autres, à la structure de son commerce (composition en marchandises et répartition géographique des échanges).

L’importance des facteurs de demande peut aussi être déduite des fluctuations persistantes des cours des produits de base et du maintien de corrélations positives entre les prix de ces différents produits. Voir Deaton (1999).

Voir Pallage and Robe (à paraître). Cette étude montre aussi que, sur la période 1969-95, l’aide publique au développement (APD) nette a représenté en moyenne 12,5 % du PIB des pays bénéficiaires en Afrique, et 4 % dans les autres régions du monde.

Cependant, la plus grande partie de ces capitaux n’a profité qu’à un petit nombre de pays en développement à revenu intermédiaire.

Albuquerque (2001) montre que les pays en développement qui ont peu accès aux marchés de capitaux recueillent une part de l’IDE supérieure aux autres pays.

Il est malheureusement difficile d’obtenir une ventilation cohérente des portefeuilles entre actions et obligations.

Montiel et Reinhart (2001) montrent que les flux de capitaux répondent aussi à la politique macroéconomique à court terme—à une intervention stérilisée, par exemple, et, dans une moindre mesure, au contrôle des mouvements de capitaux—des pays en développement.

Voir FMI (2001b); Froot, O’Connell, and Seasholes (2001).

Pour un examen de l’évolution du système commercial international et de ses enjeux dans les années 90, voir le chapitre V de l’édition d’octobre 1999 des Perspectives de l’économie mondiale.

Voir «Les succès économiques de l’après-guerre» au chapitre VI de l’édition d’octobre 1994 des Perspectives de l’économie mondiale. Par ailleurs, les liens étroits entre commerce et croissance ont fait l’objet d’études approfondies. Ainsi, Bhagwati (1978) analyse diverses expériences nationales, et Sachs et Warner (1995), Edwards (1998), Frankel et Romer (1999) présentent des études comparatives portant sur plusieurs pays. Rodriguez et Rodrik (2000) remettent en question les données sur la relation entre ouverture au commerce et croissance obtenues par coupe transversale, et Rodrik (1999) conclut que l’ouverture est une dimension des stratégies de développement, et non pas une alternative à celles-ci.

Les performances commerciales de l’Afrique subsaharienne sont examinées au chapitre II de l’édition de mai 2001 des Perspectives de l’économie mondiale.

La libéralisation étant allée au-delà des engagements pris dans le cadre de l’OMC, les tarifs appliqués par les pays en développement sont en moyenne de 13 %. La marge de manœuvre que cela laisse pour porter les tarifs au niveau des tarifs consolidés accroît l’incertitude entourant l’accès au marché.

Des accords régionaux de commerce bien conçus peuvent dégager des bénéfices nets en «créant» du commerce, offrir une étape intermédiaire dans le processus plus large d’intégration à l’économie mondiale et permettre de «verrouiller» les acquis d’une libéralisation réciproque. Mais ils créent aussi une discrimination à l’encontre des pays tiers et peuvent déboucher sur un détournement d’échanges et une perte globale de compétitivité. Ces risques sont atténués lorsque les accords régionaux sont orientés vers l’extérieur et complétés par des initiatives de libéralisation unilatérales et des cycles de négociations commerciales multilatérales périodiques. Voir Vamvakidis (1999) pour une évaluation des avantages respectifs des processus de libéralisation régionale et globale, et Banque mondiale (2000) pour une analyse approfondie des coûts et avantages des accords régionaux de commerce.

Kirmani et al. (1994) proposent un examen détaillé du cycle d’Uruguay.

L’OMC intègre un certain nombre d’accords, dont les trois accords commerciaux multilatéraux—l’Accord général sur les tarifs douaniers et le commerce, l’Accord général sur le commerce des services et l’Accord sur les aspects des droits de propriété intellectuelle qui touchent au commerce—ainsi que des procédures de règlement des différends.

Commission européenne, «State of Play and Strategy for the New Round», janvier 2001, disponible sur le site http://www. europa.eu.int.

Les accords plurilatéraux sont un élément du système du GATT. Ils permettent une plus grande souplesse que 1’«engagement unique» prévu dans le cadre du cycle d’Uruguay puisque la participation peut se limiter à quelques pays.

Déclaration commune faite à Gôteborg, le 14 juin 2001.

Les négociations multilatérales se sont poursuivies presque sans interruption au cours des cinquante premières années d’existence du système commercial multilatéral. Le Tokyo Round s’est achevé en 1979 et le cycle d’Uruguay a été lancé en 1986, après une série de conférences ministérielles qui, de 1982 à 1986, ont mis en place progressivement le cadre des négociations suivantes. Le cycle d’Uruguay s’est clos fin 1993, il y a presque huit ans.

    Other Resources Citing This Publication