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Chapitre I. les Perspectives et les Enjeux Économiques Mondiaux

Author(s):
International Monetary Fund. Research Dept.
Published Date:
November 2001
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Les perspectives de l’économie mondiale pour 2001–02 ont continué de s’assombrir depuis mai dernier et risquent de se dégrader davantage encore en raison des récents attentats terroristes aux États-Unis (voir l’encadré 1.1). Pour presque toutes les régions, les projections de croissance sont révisées à la baisse sous l’effet de divers facteurs: répercussions plus graves que frévu du fléchissement de l’activité mondiale dans un certain nombre d’entre elles, reprise retardée aux États-Unis, ralentissement de la demande intérieure et de la confiance en Europe, risque que la croissance recule au Japon à mesure que ce pays accélérera la réforme structurelle (encore que celle-ci aura d’importants effets positifs à moyen terme), baisse continue des dépenses en technologies de l’information, qui touche notamment l’Asie, et détérioration des conditions de financement pour les marchés émergents, surtout en Amérique latine. La croissance du PIB faiblit dans presque toutes les régions et on constate parallèlement une progression nettement moins rapide des échanges. Cela étant, de nombreux pays, les États-Unis en particulier, ont assoupli leur politique macroéconomique, prenant les dernières mesures à cet égard au milieu de septembre à la suite des attentats terroristes; comme l’impact des chocs qui ont contribué au ralentissement de la croissance mondiale, les prix du pétrole, entre autres, s’atténue progressivement, cet assouplissement devrait aider à renforcer l’activité et la confiance au cours de la période à venir. Cependant, des incertitudes et des risques importants demeurent, car le repli de la croissance rend le monde plus vulnérable aux événements imprévus et le danger d’un affaiblissement plus profond et plus long de l’activité existe toujours. Ces incertitudes ont en outre été accrues par les récents attentats terroristes. Le principal défi que doivent relever les responsables économiques est de contenir le mieux possible ces risques tout en assurant à moyen terme une résolution ordonnée des déséquilibres de l’économie mondiale.

D’après les projections actuelles, la croissance mondiale serait de 2,6 % en 20011 soit un taux inférieur de 0,6 point à celui prévu dans les Perspectives de l’économie mondiale de mai dernier et de plus de 2 points au taux exceptionnel enregistré en l’an 2000 (tableau 1.1 et graphique 1.1). Aux États-Unis, la croissance se chiffrerait à 1,3 %, soit une dimution de 0,2 point par rapport à mai dernier, et l’on s’attend à ce que l’activité commence à se redresser modestement au cours de la période à venir, à mesure que montera en puissance la politique d’assouplissement engagée par les autorités. Dans les autres pays industrialisés toutefois, les perspectives se sont nettement plus dégradées. Dans la zone euro, le taux de croissance a été abaissé de 0,6 point et ramené à 1,8 % en raison d’un vif repli de la croissance de la demande intérieure, surtout en Allemagne, et des répercussions plus fortes que prévu du tassement de l’activité mondiale. Il est très inquiétant de constater que les perspectives deviennent de plus en plus sombres pour le Japon; son PIB devant, selon les projections actuelles, diminuer de 0,5 % en 2001, soit de plus de 1 point par rapport aux projections antérieures, ce pays connaît vraisemblablement à l’heure actuelle sa quatrième récession en dix ans2.

Tableau 1.1.Perspectives de l’économie mondiale: aperçu des projections(Variations annuelles en pourcentage, sauf indication contraire)
Projections actuellesÉcart par rapport aux projections de mai 20011
199920002001200220012002
Production mondiale3,64,72,63,5−0,6−0,4
Économies avancées3,43,81,32,1−0,6−0,6
Principales économies avancées3,03,41,11,8−0,5−0,6
États-Unis4,14,11,32,2−0,2−0,3
Japon0,81,5−0,50,2−1,1−1,3
Allemagne1,83,00,81,8−1,1−0,8
France3,03,42,02,1−0,6−0,5
Italie1,62,91,82,0−0,2−0,5
Royaume-Uni2,33,12,02,4−0,6−0,4
Canada5,14,42,02,2−0,3−0,2
Autres économies avancées4,95,31,93,3−1,1−0,5
Pour mémoire
Union européenne2,73,41,82,2−0,6−0,6
Zone euro2,73,51,82,2−0,6−0,6
Nouvelles économies industrielles d’Asie7,98,21,04,3−2,8−1,2
Pays en développement3,95,84,35,3−0,7−0,3
Afrique2,52,83,84,4−0,4
Asie6,16,85,86,2−0,1−0,1
Chine7,18,07,57,10,5
Inde6,86,04,55,7−1,1−0,4
ASEAN-422,85,02,44,1−1,0−0,6
Moyen-Orient. Malte et Turquie1,06,02,34,8−0,60,2
Hémisphère occidental0,24,21,73,6−2,0−0,8
Brésil0,84,52,23,5−2,3−1,0
Pays en transition3,66,34,04,1−0,1
Europe centrale et orientale2,03,83,54,2−0,4−0,2
Communauté des États indépendants et Mongolie4,67,84,44,00,3−0,1
Russie5,48,34,04,0
Russie exclue2,86,85,44,11,2−0,3
Volume du commerce mondial (biens et services)5,312,42,75,2−4,0−1,3
Importations
Economies avancées7,611,51,74,7−5,0−1,8
Pays en développement2,116,66,48,0−2,40,1
Pays en transition−7,812,910,17,91,51,0
Exportations
Économies avancées5,111,51,74,5−4,5−1,7
Pays en développement4,615,15,06,6−2,1−0,4
Pays en transition0,216,57,16,52,51,4
Prix des produits de base
Pétrole3
En DTS36,562,6−1,4−8,86,33,1
En dollars37,556,9−5,0−8,64,63,2
Produits de base hors combustibles (moyenne fondée sur la pondération des exportations mondiales de produits de base)
En DTS−7,76,41,04,2−1,6−0,2
En dollars−7,02,6−2,64,5−3,1
Prix à la consommation
Économies avancées1,42,32,41,70,3−0,1
Pays en développement6,86,05,95,10,20,3
Pays en transition43,920,016,410,71,10,7
Taux du LIBOR à six mois (en pourcentage)
Dépôts en dollars5,56,64,13,7−0,4−0,6
Dépôts en yen0,20,30,20,1−0,2−0,4
Dépôts en euros3,04,64,33,9−0,1−0,2
Note: a) Ces projections ont été mises au point avant le 11 septembre (et les mesures qui ont été prises par la suite): b) on suppose que les taux de change effectifs restent, en valeur réelle, aux niveaux observés entre le 23 juillet et le 17 août 2001.

Calculé en utilisant la parité de pouvoir d’achat (PPA) révisée, telle que résumée au tableau A de l’appendice statistique.

Indonésie, Malaisie, Philippines et Thaïlande.

Moyenne non pondérée des prix du marché du disponible des bruts U.K. Brent, Dubaï et West Texas Intermediate. Le prix moyen du pétrole en l’an 2000 était de 28,21 dollars le baril; hypothèse pour 2001: 26,80 dollars le baril et pour 2002: 24,50 dollars le baril.

Note: a) Ces projections ont été mises au point avant le 11 septembre (et les mesures qui ont été prises par la suite): b) on suppose que les taux de change effectifs restent, en valeur réelle, aux niveaux observés entre le 23 juillet et le 17 août 2001.

Calculé en utilisant la parité de pouvoir d’achat (PPA) révisée, telle que résumée au tableau A de l’appendice statistique.

Indonésie, Malaisie, Philippines et Thaïlande.

Moyenne non pondérée des prix du marché du disponible des bruts U.K. Brent, Dubaï et West Texas Intermediate. Le prix moyen du pétrole en l’an 2000 était de 28,21 dollars le baril; hypothèse pour 2001: 26,80 dollars le baril et pour 2002: 24,50 dollars le baril.

Graphique 1.1.Indicateurs mondiaux1

(Variations annuelles en pourcentage, sauf indication contraire)

La croissance mondiale ralentira sensiblement en 2001, mais l’inflation restera faible.

1Les zones ombrées correspondent aux projections des services du FMI. Sauf indication contraire, les agrégats sont pondérés sur la base des parités de pouvoir d’achat.

2Taux moyens de croissance des pays (somme pondérée par les parités de pouvoir d’achat). Au fil des ans, la pondération des pays à croissance plus rapide augmente, donnant à la courbe une orientation vers le haut.

3Moyenne pondérée par les PIB des rendements, diminués des taux d’inflation, des obligations d’État à dix ans ou à échéance la plus proche de dix ans des pays suivants: États-Unis, Japon, Allemagne, France, Italie (sauf avant 1972), Royaume-Uni et Canada.

Les perspectives se sont aussi dégradées dans la plupart des pays en développement ou en transition. La croissance a ralenti fortement dans l’hémisphère occidental, car la recrudescence des difficultés financières de l’Argentine, ainsi que les incertitudes politiques et divers autres chocs, dont la crise de l’énergie au Brésil, ont fortement pénalisé l’activité. Les entrées de capitaux dans la plupart des pays, exception faite du Mexique, ont également diminué, ce qui est préoccupant étant donné les importants besoins de financement extérieur de la région. Dans les pays émergents d’Asie, la croissance reste robuste en Chine, mais le recul de l’activité mondiale et le renversement conjoncturel observé dans le secteur des technologies de l’information ont eu sur de nombreux pays un impact très fort qu’ont aggravé les relations commerciales intrarégionales et l’évolution de la situation au Japon. Les perspectives de croissance se sont aussi modérément détériorées au Moyen-Orient à cause de la baisse des prix du pétrole et de la réduction de la production, ainsi que de la crise que connaît actuellement la Turquie. En Afrique, les projections ont également été révisées à la baisse, encore que le taux de croissance devrait dépasser celui de l’an 2000, les conditions atmosphériques s’étant améliorées et les problèmes de sécurité ayant perdu de leur acuité dans plusieurs pays. Dans les économies en transition en revanche, les perspectives demeurent pour l’essentiel inchangées, car une reprise plus forte que prévu dans un certain nombre de pays membres de la Communauté des États indépendants, dont l’Ukraine, compense l’impact du ralentissement de l’activité en Europe.

Les prévisions n’ont pas été ajustées pour tenir compte des attentats du 11 septembre. À l’évidence, les récents événements auront à court terme un impact sur l’activité et aggraveront les risques déjà considérables de dégradation de la situation économique, tant aux États-Unis que dans les autres pays. Les pertes en vies humaines sont élevées et les dégâts matériels considérables, mais les répercussions directes des attentats sur l’activité aux États-Unis seront sans doute modérées (comme dans le cas du tremblement de terre survenu à Kobe au Japon le 11 janvier 1995, qui a causé des dégâts peutêtre plus importants encore); en outre, il semble que l’infrastructure financière mondiale a bien résisté. Cependant, il se peut que les effets indirects soient plus graves, et l’on risque de constater une dégradation prolongée de la confiance des consommateurs, des entreprises et des milieux financiers, une recherche de la qualité sur les marchés financiers qui pourrait entraîner la dégradation d’une stabilité financière ou de financements déjà fragiles, et une volatilité des prix du pétrole. S’il est encore trop tôt pour procéder à une évaluation complète de ces risques, les récentes réductions des taux d’intérêt aux États-Unis, au Canada et en Europe, ainsi que le desserrement monétaire modéré décidé récemment par le Japon, aideront à soutenir la confiance et l’activité.

Encadré 1.1.L’impact des attentats terroristes sur les perspectives économiques mondiales

La dernière série en date de projections quantitatives, présentée dans cette édition des Perspectives de l’économie mondiale, a été établie juste avant les tragiques événements du 11 septembre. Il est essentiel de chercher à savoir comment interpréter ces projections compte tenu de l’agression terroriste et de ses suites. À l’heure où nous écrivons ces lignes, il ne fait aucun doute que les attentats ont des conséquences négatives pour l’activité économique dans de nombreuses régions du monde et qu’ils ont amplifié les risques de détérioration déjà sensibles qui planaient sur les perspectives mondiales à court terme, notamment pour les économies de marché émergentes. Il importe néanmoins de mettre la situation économique actuelle en perspective. S’il est vrai qu’une grande incertitude entoure la suite des événements, il ne faut pas oublier que dans beaucoup de pays, la situation économique fondamentale s’est améliorée à bien des égards ces dernières années et que, d’un point de vue économique, le monde est un peu plus résistant qu’il ne le serait sans ces progrès. Ce cadre plus favorable, conjugué à la réaction énergique des banques centrales dans le monde entier, devrait aider à atténuer le risque d’une détérioration durable de la confiance des consommateurs et des entreprises, qui sera particulièrement préoccupant dans les mois à venir.

Les attentats ont sans aucun doute eu un impact initial considérable sur les marchés financiers, même si l’on sait d’expérience que ces derniers peuvent dans un premier temps «surréagir» à des chocs de ce type. Dans les deux semaines qui ont suivi les attentats, les principaux indices boursiers aux États-Unis, en Europe et au Japon ont baissé de 5 % à 15 %. Les places boursières de nombreux pays émergents ont été encore plus durement touchées, surtout en Amérique latine et en Asie de l’Est. On observe aussi une fuite générale vers la qualité, que traduit une forte hausse des marges applicables aux obligations à rendement élevé et aux obligations émises sur les marchés émergents. Les prix du pétrole, qui ont augmenté immédiatement après les attentats, sont nettement retombés depuis pour s’établir sensiblement au-dessous de leurs niveaux du 10 septembre. Les variations des principales monnaies ont été assez modérées, le dollar ayant légèrement fléchi par rapport à l’euro et au yen.

Les organismes nationaux chargés de la réglementation et du contrôle boursiers, les autorités financières et les participants au marché ont montré que les marchés financiers mondiaux peuvent continuer à fonctionner correctement, même dans des conditions difficiles et totalement imprévues de contrainte extrême. Dans les principales économies, la politique monétaire a réagi énergiquement pour soutenir le système mondial des paiements et pour renforcer la confiance et l’activité. Aux États-Unis, dans la zone euro, au Japon, en Suisse, au Canada et au Royaume-Uni, les autorités monétaires ont directement injecté dans l’économie des volumes considérables de liquidité. La Réserve fédérale a par ailleurs conclu avec la Banque centrale européenne, la Banque d’Angleterre et la Banque du Canada des accords de swap temporaires, afin de faciliter le fonctionnement des marchés financiers et de procurer à ces derniers des liquidités en dollars. En outre, la Réserve fédérale a décidé le 17 septembre de réduire les taux d’intérêt de 50 points de base, après quoi la Banque du Canada, suivie par la Banque centrale européenne et par la Banque nationale suisse, ont rapidement procédé à des réductions du même ordre. Depuis, la Banque d’Angleterre et la Banque du Japon ont aussi réduit les taux, comme l’ont fait les autorités monétaires de plusieurs autres pays, notamment le Danemark, la Suède, la Nouvelle-Zélande, la RAS de Hong Kong et la Corée. Aux États-Unis, des enveloppes budgétaires supplémentaires pour la défense, la reconstruction et les compagnies aériennes apporteront aussi un soutien à l’activité.

Abstraction faite de l’incertitude qui entoure la possibilité de nouveaux troubles, quel est l’impact économique direct des événements du 11 septembre? Les pertes humaines causées par l’agression sont terribles mais les dégâts économiques directs—par rapport à la taille globale de l’économie des États-Unis—restent relativement faibles, même si certaines branches d’activité, en particulier les compagnies aériennes, les compagnies d’assurances et le tourisme, ont été durement touchées. Bien qu’il soit difficile de trouver, dans l’histoire récente, des événements pouvant être mis en parallèle avec les attentats du 11 septembre, le préjudice économique direct de ces derniers est bien plus faible que celui du tremblement de terre qui a eu lieu à Kobe en janvier 1995, lequel n’a finalement eu qu’un effet très limité sur la croissance de la production au Japon (encadré 1.3). Il est probable que les effets indirects des attentats—sur l’opinion et les dépenses des consommateurs, la confiance des entreprises et l’aversion pour le risque—seront sensiblement plus prononcés. Ils sont beaucoup plus difficiles à évaluer et ils dépendront beaucoup de la suite des événements non économiques.

Sur le plan économique, un optimisme prudent est de mise pour plusieurs raisons. Premièrement, d’importantes mesures de relance sont à présent attendues dans la plupart des grandes économies, dépassant par leur ampleur ce qui était prévu avant les attentats. Deuxièmement, la situation économique fondamentale dans le monde est beaucoup plus robuste qu’elle ne l’était il y a quelques années: l’inflation est plus faible, les soldes budgétaires sont plus solides, la politique monétaire est plus crédible et, dans de nombreux pays à marché émergent, les régimes de change sont plus flexibles et l’exposition aux chocs externes est plus faible. Troisièmement, les attentats terroristes ne devraient pas avoir un impact considérable sur la croissance de la productivité aux États-Unis et ailleurs dont dépend, en dernière analyse, la prospérité économique (voir le chapitre III).

À l’heure où nous écrivons ces lignes, la situation est fluide et il est donc trop tôt pour essayer de quantifier les conséquences des attentats pour la croissance aux États-Unis et ailleurs. Il y aura évidemment un effet à court terme sur l’activité, surtout à la fin de cette année, tant aux États-Unis que dans les autres pays. Il reste néanmoins raisonnable d’escompter une reprise à partir du premier semestre de l’année prochaine. En ce qui concerne les projections des Perspectives de l’économie mondiale, l’effet des attentats sur la croissance mondiale prévue pour 2001 sera probablement faible, étant donné que l’évolution des troisième et quatrième trimestres a un impact limité sur le taux de croissance moyen pour l’ensemble de l’année. En 2002, la croissance mondiale risque toutefois d’être inférieure au taux de 3,5 % donné par les présentes projections.

Les risques de dégradation de la situation exposés dans le corps du texte se sont à présent amplifiés, même si les mécanismes de transmission économique sont essentiellement les mêmes. La tâche des autorités est en conséquence devenue plus difficile, tant dans les pays industrialisés que dans les pays en développement. Les moyens à mettre en oeuvre demeurent essentiellement ceux qui sont exposés dans le corps du texte; en particulier:

  • La réaction énergique de la politique monétaire après les attentats a été appropriée et il subsiste une marge de manoeuvre, à divers degrés, si une action complémentaire s’impose. Il reste notamment possible d’assouplir davantage les conditions monétaires au Japon, même après les mesures opportunes qui ont été prises à la suite des attentats du 11 septembre. En ce qui concerne les finances publiques, il conviendrait de laisser libre cours au jeu des stabilisateurs automatiques. Avant de prendre d’autres mesures, il sera sans doute préférable d’attendre un peu pour voir comment les choses évoluent.

  • Étant donné l’incertitude qui entoure l’évolution économique aux États-Unis, les autres pays—notamment les pays européens et le Japon—devront davantage compter sur leurs propres forces pour soutenir la croissance. Il est donc encore plus important, pour eux, de poursuivre la mise en oeuvre des réformes structurelles.

  • La détérioration des perspectives mondiales a manifestement augmenté les difficultés rencontrées par les pays émergents. Étant donné que les marchés sont de plus en plus attentifs aux résultats de l’action gouvernementale, il restera primordial de maintenir le cap des politiques macroéconomiques prudentes et des réformes structurelles.

Le ralentissement de l’économie mondiale depuis le début de l’an 2000 s’explique par un certain nombre de facteurs étroitement liés—réévaluation de la rentabilité des entreprises et ajustement parallèle des cours des actions, renchérissement de l’énergie en l’an 2000, qui s’est révélé plus long que prévu, et durcissement, en particulier aux États-Unis et dans la zone euro, de la politique monétaire à la fin de 1999 et en l’an 2000 pour répondre à une intensification des pressions de la demande. Ce ralentissement s’est accompagné d’une dégradation de la confiance des entreprises et des ménages, qui s’est amorcée aux États-Unis puis étendue à l’Europe (graphique 1.2), ainsi que d’un resserrement des conditions du crédit pour certains marchés émergents névralgiques et d’une aversion plus forte pour les risques. Parmi ces facteurs, les fluctuations excessives des cours des actions des entreprises du secteur des technologies de l’information et la chute parallèle de l’investissement et de la production dans ce secteur ont joué un rôle particulièrement important. Par le passé, les révolutions technologiques se sont en général accompagnées d’une phase d’euphorie financière non durable, le secteur concerné connaissant le plus souvent un surinvestissement massif qui subissait ultérieurement une correction (voir chapitre III). Cependant, dans le cas des technologies de l’information, on assiste à une mondialisation de la production, de sorte que le recul des dépenses dans ce secteur—qui ne semble guère pour l’instant se ralentir—a des répercussions particulièrement sensibles dans tous les pays.

Graphique 1.2.Echantillon de pays de l’Union européenne, États-Unis et Japon: indicateurs de la confiance des consommateurs et des entreprises1

Aux États-Unis, après avoir fortement diminué à partir de la fin de l’an 2000, la confiance des entreprises et des ménages a commencé à se stabiliser. En Europe, la confiance des entreprises a également fléchi et, récemment, celle des ménages s’est dégradée.

Sources: confiance des consommateurs: pour les États-Unis, Conference Board; pour les pays de l’Union européenne, Commission européenne. Confiance des entreprises: pour les États-Unis, Department of Commerce, Purchasing Managers Composite Diffusion Index; pour les pays de l’Union européenne, Commission européenne; pour le Japon, Banque du Japon.

1Les indicateurs ne sont pas comparables d’un pays à l’autre.

2Pourcentage des personnes interrogées qui s’attendent à voir leur situation s’améliorer, diminué du pourcentage de celles qui s’attendent à une détérioration.

En général, les pays ont assoupli rapidement leur politique macroéconomique; néanmoins, compte tenu de leur ampleur, ces chocs ont eu un impact inévitablement important. En outre, étant donné la nature mondiale de ces chocs, ainsi que les relations commerciales et financières étroites entre les pays, cet impact s’est fait sentir plus rapidement et plus fortement que beaucoup ne le prévoyaient (et, dans un certain nombre de cas, il a été aggravé par des facteurs propres au pays). L’activité a donc faibli dans la quasi-totalité des grandes régions et, à l’évidence, la croissance des échanges a nettement ralenti partout dans le monde, et surtout dans de nombreuses économies de marché émergentes d’Asie en raison de leur forte dépendance à l’égard des technologies de l’information (graphique 1.3).

Graphique 1.3.Croissance du PIB, de la production industrielle et des échanges mondiaux

(Pourcentage par rapport au même trimestre de l’année précédente)

Dans presque toutes les régions du monde, la croissance du PIB et de la production industrielle a fléchi parallèlement à un net ralentissement de celle des échanges.

Sources: banques centrales et ministères des finances; Bulletin mensuel de la Banque centrale européenne.

1Canada, États-Unis, Japon, Royaume-Uni et zone euro.

2Argentine, Brésil, Chili, Colombie, Mexique, Pérou et Venezuela.

3Corée, RAS de Hong Kong, Indonésie, Malaisie, Philippines, Singapour, province chinoise de Taiwan et Thaïlande.

4Afrique du Sud, Hongrie, Israël, Pakistan, Pologne, République tchèque, Russie et Turquie.

5Exportations plus importations.

Les marchés financiers sont demeurés instables, en partie parce que les anticipations sur la durée et l’ampleur du ralentissement de l’activité mondiale évoluaient rapidement et que, récemment, à la suite des attentats terroristes, l’aversion pour les risques s’est accrue et la recherche de la qualité généralisée. Sur les marchés matures, les cours des actions se sont temporairement redressés en avril et en mai, mais ont depuis lors sensiblement chuté à mesure que les informations publiées sur la rentabilité des entreprises indiquaient que celleci continuait d’être faible et que les perspectives de croissance se dégradaient, et, après le 11 septembre, les marchés des actions ont fortement baissé dans tous les grands pays industrialisés (graphique 1.4). Le rendement des obligations publiques a, dans l’ensemble, reflété ces évolutions, bien que, depuis peu, celui des obligations à long terme augmente. Les taux à court terme ayant diminué par suite de la réduction des taux officiels dans la plupart des pays industrialisés, les courbes de rendement suivent en général, mais à des degrés divers, une pente fortement ascendante. Sur les marchés des changes, le dollar EU a continué de s’apprécier en termes effectifs nominaux jusqu’en juillet, car, apparemment, la confiance dans la vigueur relative de l’économie américaine se maintenait, alors que le yen et l’euro demeuraient relativement faibles3 En août et en septembre toutefois, à mesure que les perspectives de croissance aux États-Unis devenaient de plus en plus un sujet de préoccupation, le dollar s’est déprécié modérément par rapport à la plupart des grandes monnaies, l’euro revenant à un niveau proche de celui qu’il avait au début de l’année.

Graphique 1.4.Marchés de capitaux

Les marchés des actions et les taux d’intérêt ont diminué considérablement depuis l’an 2000, et notamment après le 11 septembre 2001. Malgré un redressement récent, l’euro et le yen restent relativement faibles par rapport au dollar.

Sources: Bloomberg Financial Markets, LP; Banque centrale européenne; FMI, Département de la trésorerie, Nikkei Telecom; WEFA, Inc.

1Moyenne mensuelle.

2Taux des dépôts à trois mois; les données pour la zone euro antérieures à janvier 1999 se rapportent à l’Allemagne.

3Taux des obligations d’État à dix ans. Jusqu’en décembre 1998, les rendements de la zone euro étaient calculés sur la base des rendements, harmonisés et pondérés par le PIB, d’obligations d’État des divers pays. En conséquence, les pondérations correspondent aux encours nominaux des obligations d’État dans chaque fourchette d’échéances.

Dans les économies de marché émergentes, les évolutions financières ont été influencées par les marchés matures, ainsi que par des facteurs propres à chaque pays. Pendant le premier semestre de 2001, la marge EMBI+ n’a cessé d’être instable, car une aversion plus forte pour les risques et, parfois, une dégradation des fondamentaux ont neutralisé les effets positifs de la baisse des taux d’intérêt aux États-Unis. Alors que cette marge a diminué pour la plupart des économies de marché émergentes jusqu’à la fin de juin, elle a fortement augmenté dans le cas de l’Argentine (ce qui a eu un impact sur le Brésil) et de la Turquie. Les difficultés de l’Argentine et de la Turquie s’étant aggravées en juillet, les marges pour ces pays ont enregistré une progression sensible qui a eu des répercussions sur les autres économies de marché émergentes, notamment en Amérique latine. Dans l’ensemble toutefois, la contagion s’est révélée jusqu’à présent limitée, en partie parce que, du fait de leur aversion plus forte pour les risques, les investisseurs avaient déjà tendance à diversifier leur portefeuille et à ne conserver que les crédits de haute qualité dans le cas des marchés émergents et aussi parce qu’ils ne faisaient guère jouer l’effet de levier sur les marchés financiers. Au moment de la mise sous presse des Perspectives de l’économie mondiale, on a constaté qu’à la suite des attentats terroristes, les marges appliquées aux titres à haut rendement ou imposées aux marchés émergents ont augmenté sensiblement en raison d’une recherche généralisée de la qualité et que, parallèlement, les cours des actions dans ces pays ont nettement baissé. Après avoir été faibles au premier trimestre, les flux de financement bruts se sont assez bien comportés pendant le trimestre suivant, avant de diminuer de nouveau. Pour l’ensemble de 2001, les entrées nettes de capitaux dans les économies de marché émergentes seraient négatives, d’après les projections, pour la première fois depuis le milieu des années 80 (tableau 1.2)4. En outre, étant donné la dégradation sensible des conditions de financement depuis juin, ainsi que l’aversion plus forte pour les risques au niveau mondial, il se peut que ces perspectives soient trop optimistes.

Tableau 1.2.Économies de marché émergentes: flux nets de capitaux1(Milliards de dollars)
1993199419951996199719981999200020012002
Total
Flux nets de capitaux privés2139,1147,5205,5234,4119,169,158,60,5−1,471,0
Investissements directs nets57,681,497,5120,0145,8155,9153,1147,3162,7158,2
Investissements de portefeuille nets87,6112,843,887,848,1−2,031,71,5−0,224,0
Autres flux nets de capitaux privés−6,1−46,864,226,7−74,8−84,9−126,2−148,3−163,9−111,2
Flux nets de capitaux publics50,35,524,10,162,255,49,51,419,6−3,5
Variation des réserves3−64,3−69,8−117,7−109,1−61,9−44,4−87,6−112,7−81,5−83,8
Pour mémoire
Solde des transactions courantes4−117,3−72,7−91,6−95,7−70,0−52,639,1128,169,614,5
Afrique
Flux nets de capitaux privés22,913,412,212,78,89,810,83,510,812,0
Investissements directs nets3,23,32,94,88,46,98,47,611,811,4
Investissements de portefeuille nets0,93,53,12,86,93,78,7−1,73,13,8
Autres flux nets de capitaux privés−1,36,66,25,0−6,5−0,8−6,2−2,4−4,1−3,3
Flux nets de capitaux publics4,43,24,1−2,52,13,61,8−0,3−0,1−7,1
Variation des réserves32,8−5,7−1,9−9,1−10,61,9−3,6−13,3−10,5−9,3
Pour mémoire
Solde des transactions courantes4−11,3−11,8−16,6−6,0−7,8−20,6−15,52,1−3,9−6,4
Pays d’Asie en développement5
Pays en crise6
Flux nets de capitaux privés230,835,054,974,1−5,9−31,9−18,3−19,8−28,9−15,1
Investissements directs nets6,76,510,311,710,211,48,95,16,66,0
Investissements de portefeuille nets25,013,318,627,68,8−9,013,16,9−4,50,3
Autres flux nets de capitaux privés−0,815,226,034,7−25,0−34,3−40,3−31,9−31,0−21,5
Flux nets de capitaux publics3,21,18,6−4,414,117,3−3,31,81,0−2,7
Variation des réserves3−20,0−6,5−18,0−5,339,4−46,9−39,3−23,9−0,2−8,1
Pour mémoire
Solde des transactions courantes4−13,5−23,2−39,1−53,0−25,569,762,946,031,628,6
Autres économies de marché émergentes d’Asie
Flux nets de capitaux privés221,634,136,549,822,3−14,18,94,36,611,6
Investissements directs nets26,438,239,645,649,648,543,041,844,543,8
Investissements de portefeuille nets0,97,52,13,5−0,1−6,30,7−3,3−6,21,9
Autres flux nets de capitaux privés−5,7−11,6−5,20,6−27,2−56,2−34,8−34,2−31,6−34,1
Flux nets de capitaux publics8,22,5−3,7−7,9−7,20,22,1−9,3−2,51,6
Variation des réserves3−16,8−51,6−25,4−41,6−46,8−16,8−38,7−25,8−28,4−27,2
Pour mémoire
Solde des transactions courantes4−7,218,38,014,951,141,537,941,527,216,0
Pour mémoire
RAS de Hong Kong
Flux nets de capitaux privés211,6−8,51,03,81,6−2,6
Moyen-Orient. Malte et Turquie7
Flux nets de capitaux privés226,716,88,111,822,411,9−1,1−26,0−34,0−1,8
Investissements directs nets3,24,96,64,95,66,85,87,35,711,2
Investissements de portefeuille nets6,77,72,00,7−0,9−12,1−4,4−9,7−4,21,8
Autres flux nets de capitaux privés16,94,2−0,56,217,717,2−2,4−23,6−35,5−14,7
Flux nets de capitaux publics5,13,14,36,54,31,91,41,58,8−4,6
Variation des réserves31,2−4,7−11,3−22,0−20,810,6−6,3−25,0−26,5−21,7
Pour mémoire
Solde des transactions courantes4−31,4−6,2−5,25,03,0−24,411,959,558,833,9
Hémisphère occidental
Flux nets de capitaux privés237,442,441,663,868,372,744,636,739,057,8
Investissements directs nets12,223,224,940,556,560,863,462,867,254,5
Investissements de portefeuille nets45,563,73,439,725,417,710,85,16,711,8
Autres flux nets de capitaux privés−20,3−44,413,2−16,4−13,6−5,8−29,6−31,2−34,9−8,5
Flux nets de capitaux publics30,47,817,85,816,015,17,08,111,26,2
Variation des réserves3−20,74,0−23,3−29,0−13,88,77,6−3,16,0−2,9
Pour mémoire
Solde des transactions courantes4−45,9−52,0−37,1−39,8−66,8−90,4−56,3−48,6−57,9−62,4
Pays en transition
Flux nets de capitaux privés219,75,752,122,33,220,713,62,05,16,4
Investissements directs nets6,05,313,112,415,621,623,622,726,931,3
Investissements de portefeuille nets8,717,114,613,48,04,02,84,35,04,3
Autres flux nets de capitaux privés5,0−16,824,5−3,6−20,3−4,9−12,8−25,0−26,7−29,1
Flux nets de capitaux publics−1,1−12,2−7,12,632,917,20,5−0,41,33,1
Variation des réserves3−10,9−5,3−37,8−2,1−9,4−1,9−7,2−21,6−21,9−14,6
Pour mémoire
Solde des transactions courantes4−7,92,3−1,7−16,7−24,0−28,5−1,927,513,94,8

Les flux nets de capitaux se composent des investissements directs nets, des investissements de portefeuille nets et d’autres flux d’investissement nets à court et à long terme, y compris les emprunts publics et privés. Les économies de marché émergentes sont les pays en développement ou en transition, la Corée, Singapour, la province chinoise de Taiwan et Israël.

En raison des lacunes présentées par ces données, les «autres investissements nets» peuvent comprendre certains flux de capitaux publics.

Le signe moins indique une augmentation.

La somme du solde des transactions courantes, des flux nets de capitaux privés, des flux nets de capitaux publics et de la variation des réserves est égale, mais avec le signe contraire, à la somme du solde du compte de capital et des erreurs et omissions.

Y compris Corée, Singapour et province chinoise de Taiwan.

Corée, Indonésie, Malaisie, Philippines et Thaïlande.

Y compris Israël.

Les flux nets de capitaux se composent des investissements directs nets, des investissements de portefeuille nets et d’autres flux d’investissement nets à court et à long terme, y compris les emprunts publics et privés. Les économies de marché émergentes sont les pays en développement ou en transition, la Corée, Singapour, la province chinoise de Taiwan et Israël.

En raison des lacunes présentées par ces données, les «autres investissements nets» peuvent comprendre certains flux de capitaux publics.

Le signe moins indique une augmentation.

La somme du solde des transactions courantes, des flux nets de capitaux privés, des flux nets de capitaux publics et de la variation des réserves est égale, mais avec le signe contraire, à la somme du solde du compte de capital et des erreurs et omissions.

Y compris Corée, Singapour et province chinoise de Taiwan.

Corée, Indonésie, Malaisie, Philippines et Thaïlande.

Y compris Israël.

Au cours des cinq premiers mois de 2001, l’inflation globale a continué de s’accélérer dans la plupart des économies avancées (à l’exception notable du Japon), sous l’effet de la forte hausse antérieure des prix de l’énergie et, plus particulièrement en Europe, d’un renchérissement des denrées alimentaires imputable aux épizooties et à des intempéries. Le taux d’inflation sousjacent a lui aussi augmenté tout en restant modéré dans la plupart des pays. On s’attend à ce que, d’ici à la fin de l’année, les prix du pétrole et des denrées alimentaires diminuent (appendice I), car les tensions sous-jacentes sur les prix devraient rester modérées du fait de la faiblesse de la demande, d’une intensification de la concurrence sur les marchés des produits et d’une amélioration ces dix dernières années de la crédibilité des banques centrales dans leur lutte contre l’inflation (encadré 1.2). En conséquence, l’inflation globale, d’après les projections, ralentirait sensiblement d’ici à 2002 dans presque toutes les économies avancées (tableau 1.3) et, pour la plupart de ces économies, les récentes données sur l’inflation semblent confirmer ces anticipations. L’inflation pourrait devenir plus préoccupante dans certains cas, par exemple si, dans la zone euro, une inflation globale plus forte se répercutait sur les négociations salariales en 2002 ou si, aux États-Unis, l’économie devait se redresser plus rapidement que prévu ou la croissance sous-jacente de la productivité ralentir. Néanmoins, dans l’état actuel des choses, le risque d’un recul de l’activité est, à l’évidence, beaucoup plus grand que celui d’une accélération de l’inflation.

Tableau 1.3.Économies avancées: PIB réel, prix à la consommation et chômage(Variations annuelles en pourcentage; chômage en pourcentage de la population active)
PIB réelPrix à la consommationTaux de chômage
199920002001200219992000200120021999200020012002
Économies avancées3,43,81,32,11,42,32,41,76,45,86,06,2
Principales économies avancées3,03,41,11,81,42,32,31,66,15,75,96,3
États-Unis4,14,11,32,22,23,43,22,24,24,04,75,3
Japon0,81,5−0,50,2−0,3−0,6−0,7−0,74,74,75,05,6
Allemagne1,83,00,81,80,72,12,51,38,27,57,57,9
France3,03,42,02,10,61,81,81,111,29,58,78,5
Italie1,62,91,82,01,72,62,61,611,410,69,59,1
Royaume-Uni12,33,12,02,42,32,12,22,46,05,65,25,3
Canada5,14,42,02,21,72,73,12,37,66,87,47,3
Autres économies avancées4,95,31,93,31,32,43,02,27,36,26,36,1
Espagne4,04,12,72,82,23,43,62,515,914,113,012,6
Pays-Bas3,73,51,42,22,02,34,92,53,22,83,63,9
Belgique2,74,01,72,01,12,72,51,78,87,07,17,3
Suède4,13,61,72,50,51,02,52,25,64,74,14,1
Autriche2,83,31,62,60,52,02,32,03,93,73,73,6
Danemark2,13,21,42,02,53,02,42,35,65,25,25,4
Finlande4,05,72,02,61,33,02,61,910,39,89,910,4
Grèce3,44,34,33,82,22,93,53,112,011,310,910,7
Portugal3,43,41,61,72,22,84,32,54,44,03,94,1
Irlande10,911,56,34,92,55,24,03,25,64,33,74,0
Luxembourg7,38,54,24,31,03,21,51,32,92,62,72,6
Suisse1,53,51,61,70,81,61,41,52,71,91,81,9
Norvège1,12,31,92,22,33,13,52,93,23,43,33,3
Israël2,66,20,75,45,21,11,02,08,98,89,08,6
Islande4,13,61,70,73,45,16,35,71,91,41,42,0
Chypre4,55,14,24,01,84,12,22,53,63,53,63,8
Corée10,98,82,54,50,82,34,43,46,34,14,03,5
Australie24,73,82,33,81,54,54,22,07,06,36,86,7
Taiwan, prov. chinoise de5,46,0−1,04,00,21,30,10,82,93,04,64,8
Hong Kong (RAS)3,010,50,64,0−4,0−3,7−1,40,66,35,05,65,3
Singapour5,99,9−0,24,00,11,41,51,73,53,13,23,1
Nouvelle-Zélande23,83,71,82,91,12,72,72,26,86,05,55,7
Pour mémoire
Union européenne2,73,41,82,21,42,32,61,89,18,17,77,7
Zone euro2,73,51,82,21,22,42,71,79,98,88,48,4

Les prix à la consommation sont fondés sur l’indice des prix de détail, hors intérêts hypothécaires.

Les prix à la consommation excluent les taux d’intérêt; dans le cas de l’Australie, d’autres composantes instables sont exclues.

Les prix à la consommation sont fondés sur l’indice des prix de détail, hors intérêts hypothécaires.

Les prix à la consommation excluent les taux d’intérêt; dans le cas de l’Australie, d’autres composantes instables sont exclues.

Dans l’ensemble, la conjoncture actuelle se caractérise par des incertitudes et des risques exceptionnellement élevés, à la fois dans les pays avancés et dans les économies de marché émergentes. Premièrement, le ralentissement de la croissance se propageant, aucune grande région ne peut aujourd’hui soutenir l’activité mondiale. Ce facteur rend l’économie mondiale plus vulnérable aux chocs et accroît le risque d’autofreinage de la croissance, dont les conséquences pourraient se révéler difficiles à prévoir étant donné les relations de plus en plus fortes et complexes qui se nouent entre les économies (chapitre II). Deuxièmement, le recul de l’activité intensifiera les pressions sur le secteur financier et celui des entreprises dans un certain nombre de pays, notamment au Japon en raison du volume des engagements en actions et obligations des banques. Troisièmement, si les économies de marché émergentes bénéficient de la baisse des taux d’intérêt mondiaux, les conditions de financement demeurent instables, sous l’effet en partie des incertitudes que continuent de générer l’Argentine et la Turquie. Les conséquences d’un grave ralentissement de la croissance dans les pays industrialisés pour le financement des économies de marché émergentes, dans lequel le crédit bancaire a cédé de plus en plus la place au marché des actions et des obligations au cours des années 90, restent à évaluer. Enfin, comme cela a déjà été mentionné, les attentats du 11 septembre aggravent tous ces risques, auxquels il faut ajouter celui d’une évolution plus incertaine et plus instable des prix du pétrole.

Encadré 1.2.Quelle importance attacher à l’accélération de l’inflation globale?

Devant le ralentissement de la croissance mondiale, dans quelle mesure faut-il assouplir les conditions monétaires pour soutenir l’activité? Il convient d’évaluer les possibilités qu’offre une telle politique en fonction des perspectives de l’inflation à court terme et du souci de maintenir à plus long terme la crédibilité de la lutte contre l’inflation. Le problème se complique à l’heure actuelle du fait que l’évolution de l’inflation est obscurcie par les chocs sur les prix qui ont rehaussé le taux de l’inflation «globale» dans de nombreux pays (dont la zone euro et les États-Unis), malgré un ralentissement de la croissance réelle. Abstraction faite de ces chocs, les tensions inflationnistes semblent être restées maîtrisées. Les responsables économiques doivent-ils s’inquiéter de l’accélération de l’inflation globale ou, au contraire, s’intéresser aux indicateurs des prix sous-jacents?

Un examen des déterminants des prix sur les différents marchés incite à se préoccuper de l’inflation sous-jacente plutôt que de l’inflation globale1. Sur certains marchés, plus précisément ceux des produits de base, de fortes variations des prix sont en général dues à des évolutions de l’offre et de la demande qui sont spécifiques à ces marchés et indépendantes des tensions inflationnistes globales. Le marché du travail, en revanche, tend à s’ajuster lentement aux déséquilibres généralisés entre l’offre et la demande globales. En conséquence, les chocs propres aux marchés des produits de base tendent à produire des variations non récurrentes des prix, alors que les déséquilibres sur le marché du travail vont sans doute de pair avec des variations des prix à beaucoup plus long terme.

D’autres raisons incitent, en revanche, à considérer l’inflation globale. Premièrement, les chocs sur le niveau des prix risquent d’entraîner une plus forte expansion des salaires si des anticipations inflationnistes interviennent dans la fixation des salaires. Deuxièmement, des chocs sur les prix qui semblent être isolés peuvent en fait être dus à un excès généralisé de la demande qui se manifeste d’abord sur les marchés où les prix sont flexibles. Des phénomènes de ce type ont été manifestes dans les années 70 lorsque les chocs des prix sur des marchés spécifiques se sont accompagnés d’une accélération de l’inflation sous-jacente qui a persisté jusque dans les années 80.

Inflation globale et inflation sous-jacente: résultats de l’analyse de régression
Paramètre pour l’inflation décalée sur douze mois1
Variable dépendanteInflation globaleInflation sous-jacente
1965M1-1982M12
États-Unis: infl. glob.1,51 (6,7)−0,94 (3,6)
États-Unis: infl. s.-jac.1,22(7,9)−0,54 (3,1)
1983M1-2001M4
États-Unis: infl. glob.0,14(0,5)0,15 (0,6)
États-Unis: infl. s.-jac.0,14(0,6)0,40(1,6)
1997M1-2001M2
Zone euro: infl. glob.0,30(1,0)−1,40 (2,0)
Zone euro: infl. s.-jac.0,26 (0,4)−0,37 (2,3)

Les valeurs absolues des coefficients-t, qui sont indiquées entre parenthèses, ont été corrigées des termes d’erreur mensuels moyens (12). Les termes constants des fonctions de régression ont été supprimés.

Les valeurs absolues des coefficients-t, qui sont indiquées entre parenthèses, ont été corrigées des termes d’erreur mensuels moyens (12). Les termes constants des fonctions de régression ont été supprimés.

Depuis lors, les autorités monétaires jouissent d’une meilleure crédibilité en ce qui concerne la lutte contre l’inflation, car elles ont pris l’habitude d’adopter des mesures préventives vigoureuses face à toute tension imminente. Grâce à cette meilleure crédibilité, les chocs spécifiques sur les prix, comme ceux du pétrole pendant la guerre du Golfe, n’ont pas provoqué une inflation généralisée. En fait, pendant les années 90, les pays industrialisés ont durablement affiché les taux d’inflation les plus bas depuis les années 50. Ces indications donnent à penser que les chocs des prix devraient être, à l’heure actuelle, moins préoccupants que par le passé.

Une analyse empirique de la relation entre l’inflation globale et l’inflation sous-jacente invite elle aussi à conclure que les chocs sur les prix sont désormais moins préoccupants. Pendant la période 1965-82, le principal déterminant de l’inflation aux États-Unis (globale ou sous-jacente) était l’inflation globale antérieure, et l’effet de l’inflation sous-jacente décalée était en fait négatif (voir le tableau). En d’autres termes, les chocs sur les prix qui entraînaient des divergences entre l’inflation globale et l’inflation sous-jacente se traduisaient en général par des hausses de longue durée des deux indicateurs de l’inflation. Les résultats pour la période 1983-2001 sont très différents—les paramètres pour les deux catégories de taux d’inflation décalés sont faibles et statistiquement peu significatifs, à l’exception du cas limite de l’inflation sous-jacente décalée dans sa propre équation. Si les lacunes que présentent les données pour la zone euro empêchent toute comparaison sur les mêmes périodes, il apparaît toutefois que sur une période d’observation relativement courte (1997-2001), l’inflation globale décalée dans la zone euro joue également un rôle beaucoup plus faible que pendant la période 1965-82 aux États-Unis.

Anticipations inflationnistes, d’après les rendements des obligations indexées

(Pourcentages)

Sources: Bloomberg Financial Markets, LP; calculs effectués par les services du FMI.

Quelles leçons peut-on tirer de ces résultats pour la politique monétaire? Le changement manifeste dans le comportement de l’inflation depuis le début des années 80 amène à minimiser les chocs sur les prix globaux. En outre, les indicateurs des anticipations inflationnistes donnent à penser que les récents chocs sur les prix auront des effets temporaires: d’une manière générale, on s’attend à un recul sensible de l’inflation l’an prochain aux États-Unis et dans la zone euro, les prévisions du marché sur l’inflation à plus long terme, exprimées par les rendements des obligations indexées, restent modérées (voir graphique) et d’autres indicateurs classiques de l’inflation, comme les prix de l’or et des produits de base, ne laissent pas présager des tensions. Par ailleurs, le nouveau comportement de l’inflation depuis le début des années 80 traduit une modification du processus d’élaboration de la politique économique, en particulier la détermination des banques centrales à contenir l’inflation en résistant aux impacts secondaires des chocs temporaires sur les prix. Pour que ces politiques continuent d’être crédibles, il faut que les autorités restent disposées à durcir les conditions monétaires à la moindre indication que des chocs sur les prix risquent de relancer l’inflation sous-jacente.

1L’inflation sous-jacente est ici définie comme la variation de l’IPC, dont on déduit les prix des denrées alimentaires et des produits énergétiques afin de ne pas tenir compte des chocs subis temporairement par l’offre sur ces marchés. Les chocs des prix continuent néanmoins d’influer sur cet indicateur. Par exemple, la faiblesse de l’euro a gonflé les prix des importations dans la zone euro et la vigueur du dollar, à l’inverse, les a réduits aux États-Unis.

Il convient également d’évaluer les perspectives dans le contexte des graves déséquilibres qui se sont installés dans l’économie mondiale au cours de la récente phase d’expansion, y compris l’important déficit des transactions courantes des États-Unis qui va de pair avec de fortes positions courantes dans un certain nombre d’autres grands pays (tableau 1.4), l’apparente surévaluation du dollar, vis-à-vis de l’euro notamment, le faible taux d’épargne des ménages aux États-Unis et le niveau qui, avant le 11 septembre, semblait encore très élevé des cours des actions par rapport à leur tendance longue. En particulier, il faut se demander si, à court terme, compte tenu de la tournure que prendront les événements et des politiques qui seront suivies, ces déséquilibres pourront être corrigés sans heurts ou si, en fait, ils s’aggraveront, accroissant le risque que l’ajustement ultérieur nécessaire soit plus important et plus désordonné. De telles craintes sont renforcées par le fléchissement de la croissance dans les pays autres que les États-Unis et par l’actuelle constellation de taux de change qui en est l’une des conséquences. Nonobstant les récents événements, la vigueur continue du dollar vis-à-vis de l’euro risque d’entraver la reprise aux États-Unis et, parallèlement, de réduire les possibilités d’assouplissement de la politique monétaire dans la zone euro, de freiner le rééquilibrage souhaitable entre les facteurs extérieurs et intérieurs de croissance dans les deux zones et de rendre plus difficile une correction ordonnée des déséquilibres mondiaux.

Tableau 1.4.Échantillon d’économies: solde des transactions courantes(En pourcentage du PIB)
1999200020012002
Économies avancées−0,5−1,0−0,9−0,8
Principales économies avancées−1,0−1,6−1,5−1,4
États-Unis−3,5−4,5−4,0−3,8
Japon2,42,52,22,6
Allemagne−0,9−1,0−0,8−0,5
France2,61,82,52,6
Italie0,5−0,5−0,10,1
Royaume-Uni−1,1−1,7−1,7−2,0
Canada0,22,51,90,9
Autres économies avancées2,02,12,12,1
Espagne−2,1−3,2−2,3−2,1
Pays-Bas4,14,44,84,6
Belgique-Luxembourg5,04,84,64,8
Suède3,52,62,22,1
Autriche−3,2−2,9−2,9−2,6
Danemark1,51,72,22,5
Finlande6,07,45,95,3
Grèce−4,1−6,8−6,5−6,4
Portugal−8,8−10,1−9,4−8,7
Irlande0,4−0,7−1,2−2,2
Suisse11,612,910,710,9
Norvège4,014,315,014,4
Israël−3,0−1,3−3,1−2,7
Islande−7,0−10,3−9,6−6,5
Chypre−2,4−5,0−3,6−3,0
Corée6,02,42,62,1
Australie−5,8−4,0−3,0−2,8
Taiwan, prov. chinoise de2,92,92,52,6
Hong Kong (RAS)7,35,46,67,5
Singapour25,923,721,019,8
Nouvelle-Zélande−6,7−5,6−4,0−3,8
Pour mémoire
Union européenne0,3−0,30,1
Zone euro10,4−0,10,30,4

Somme des soldes des pays membres de la zone.

Somme des soldes des pays membres de la zone.

L’une des principales causes de ces déséquilibres a été, semble-t-il, que l’on estimait que le taux sous-jacent de croissance de la productivité aux États-Unis augmentait par rapport à celui des autres pays (voir les dernières éditions des Perspectives de l’économie mondiale). En conséquence, ce pays présentait un environnement relativement attractif pour les investissements, ce qui explique en partie les entrées massives de capitaux, la hausse des cours des actions et l’appréciation du dollar, ainsi que l’augmentation du déficit courant et la chute de l’épargne des ménages. Dans la mesure où ces déséquilibres sont imputables à ces facteurs, leur évolution—et les risques dont ils s’accompagnent—dépendra fortement des anticipations et des résultats effectifs en matière de croissance de la productivité aux États-Unis et dans les autres pays. À l’évidence, cette question fait, et sans aucun doute continuera de faire, l’objet de controverses et comporte de grandes incertitudes. Aux États-Unis, il se peut que la récente augmentation de la productivité effective soit en partie d’une nature conjoncturelle, mais aussi en partie plus durable sous l’effet de la révolution des technologies de l’information (chapitre III). Dans la plupart des autres pays avancés, à l’exception notable de l’Australie, il n’y a guère de signes d’un accroissement sousjacent de la productivité, ce qui donne à penser que l’évolution de la situation dans ces pays sera nettement fonction des progrès accomplis dans les réformes structurelles.

Malgré ces risques et incertitudes, il y a toujours de bonnes chances de voir la croissance mondiale se redresser au cours de la période à venir, mais ce redressement sera plus lent que prévu à cause surtout des attentats terroristes. Le point le plus important à souligner est que, depuis le début de l’année, la plupart des pays avancés assouplissent leur politique macroéconomique et qu’aux États-Unis en particulier, un vaste plan de relance est imminent. En même temps, l’activité sera sans doute stimulée par l’atténuation graduelle des répercussions du renchérissement du pétrole et des denrées alimentaires, qui semble avoir eu un effet particulièrement sensible dans la zone euro, la fin de l’actuel ajustement des stocks aux États-Unis et, à mesure que le surinvestissement sera corrigé, la reprise du secteur des technologies de l’information (à un horizon qui demeure cependant très incertain). Compte tenu de ce contexte, le scénario de référence des services du FMI prévoit que la croissance du PIB aux États-Unis et dans la zone euro commencera à s’accélérer légèrement au cours de la période à venir, encore qu’elle sera freinée par l’impact décalé de pertes antérieures de patrimoine sur la consommation, ainsi que par la correction continue du surinvestissement dans le secteur des technologies de l’information, surtout aux États-Unis, et par les répercussions des attentats terroristes. Une croissance plus vigoureuse dans les pays industrialisés, parallèlement à une reprise du secteur des technologies de l’information, contribuerait à un renforcement de la croissance dans les économies de marché émergentes et à une amélioration graduelle des conditions de financement extérieures. En conséquence, la croissance mondiale passerait à 3,5 % en 2002 d’après les projections qui, cependant, risquent d’être trop optimistes.

D’après le scénario de référence, les déséquilibres ne pourraient être atténués à court terme que dans des proportions limitées, le déséquilibre des transactions courantes aux États-Unis ne diminuant que faiblement en 2001-02. À condition que les perspectives de croissance dans ce pays continuent d’être perçues comme solides, il y a de bonnes chances pour que les entrées de capitaux soient soutenues. Par la suite, si des réformes structurelles sont lancées au Japon et dans la zone euro pour stimuler la croissance et la productivité potentielles, les possibilités d’investissement en dehors des États-Unis deviendront probablement de plus en plus attractives. Alors, les entrées de capitaux aux États-Unis, ainsi que le dollar, baisseraient, l’idéal étant que cette baisse soit progressive et cadre avec une résolution ordonnée des déséquilibres mondiaux5.

Cependant, compte tenu des risques déjà exposés, le danger que les résultats soient moins bons que prévu reste très grand. Par exemple, si la croissance de la productivité aux États-Unis était décevante et si le surinvestissement dont s’est accompagnée la récente phase de prospérité se révélait plus important et plus généralisé qu’on ne le croit à l’heure actuelle, les marchés des actions aux États-Unis pourraient enregistrer un recul sensible qui s’accompagnerait d’un effondrement de l’investissement fixe et de la consommation privée—qui, jusqu’à présent, a assez bien résisté. Le ralentissement de l’activité mondiale pourrait alors être plus profond et durer plus longtemps (voir appendice II), ressemblant alors à celui observé au début des années 80 et 90, surtout si, parallèlement, les faiblesses structurelles persistaient et si, en conséquence, la croissance de la productivité en Europe et au Japon était inférieure aux projections. Il se pourrait aussi que d’importantes turbulences perturbent les marchés financiers, et que, dans certains cas, la valeur du dollar baisse brutalement. L’impact sur les pays en développement serait considérable, se manifestant notamment par une nouvelle dégradation des conditions de financement extérieur, qui pourrait à la fois amplifier les risques propres à chaque pays et être amplifiée par ces risques.

Dans ce contexte, les responsables économiques de la planète doivent relever des défis particulièrement importants. Le ralentissement de la croissance étant de plus en plus synchronisé, et compte tenu des risques d’une aggravation de la situation, la politique macroéconomique doit continuer de soutenir l’activité et la confiance et, parfois, il serait souhaitable qu’elle soit plus dynamique:

  • Aux États-Unis, les récentes réductions d’impôts et l’assouplissement de la politique monétaire, conjugués à l’augmentation des dépenses décidée après les attentats terroristes, devraient soutenir l’activité au second semestre de 2001, bien que la vigueur du dollar neutralise en partie l’impact de ces mesures. Les autorités monétaires ont déjà fortement abaissé les taux, mais il leur reste une marge de manoeuvre, certes restreinte, pour les abaisser encore si les perspectives devaient se dégrader sensiblement.

  • Au Japon, la possibilité de stimuler davantage la politique macroéconomique demeure limitée. Le récent assouplissement des conditions monétaires est accueilli avec satisfaction, et il est toujours possible d’exploiter plus activement la souplesse qu’offre la nouvelle politique monétaire, même s’il devait en résulter une certaine dépréciation du yen. Sur le plan budgétaire, les autorités envisagent à juste titre de faire adopter un budget supplémentaire modeste, car il leur faut éviter de supprimer trop rapidement les stimulants (tableau 1.5).

  • Dans la zone euro, les récentes baisses des taux d’intérêt étaient appropriées. Si les perspectives devaient se dégrader profondément, il serait possible de procéder à un nouvel assouplissement de la politique monétaire, à condition que l’évolution de l’inflation reste favorable. Les allégements d’impôts apportent un soutien modeste à l’activité dans certains pays et il conviendrait de laisser jouer pleinement les stabilisateurs automatiques pour corriger toute faiblesse de l’activité.

Tableau 1.5.Principales économies avancées: soldes budgétaires et dette des administrations publiques1(En pourcentage du PIB)
1985-94199519961997199819992000200120022006
Principales économies avancées
Solde effectif−3,8−4,1−3,4−2,0−1,3−1,0−0,8−0,70,6
Écart de production2−0,5−2,2−2,0−1,4−1,2−0,8−1,4−2,1−0,1
Solde structurel−3,4−3,2−2,6−1,3−0,8−0,7−0,5−0,40,10,7
États-Unis
Solde effectif−4,7−3,3−2,4−1,30,71,91,21,21,3
Écart de production2−1,3−3,2−2,8−1,6−0,50,41,3−0,5−1,4
Solde structurel−4,2−2,3−1,5−0,70,20,61,51,31,61,5
Dette nette51,459,659,257,053,448,943,640,938,025,8
Dette brute65,772,972,870,366,763,457,354,150,735,9
Japon
Solde effectif0,6−3,5−4,2−3,2−4,5−7,0−8,2−7,4−6,5−1,3
Sécurité sociale non comprise−2,5−6,3−6,7−5,8−6,5−8,8−9,5−8,2−7,0−2,3
Écart de production21,1−1,20,40,4−2,5−3,1−3,1−4,8−5,7−0,2
Solde structurel0,3−3,2−4,3−3,4−3,6−6,0−7,3−5,9−4,7−1,3
Sécurité sociale non comprise−2,9−6,0−6,9−5,9−6,0−8,2−9,0−7,4−6,1−2,4
Dette nette13,512,716,017,529,536,043,551,057,259,6
Dette brute70,687,192,596,8110,2120,4130,7142,1150,9150,3
Zone euro
Solde effectif−4,9−5,3−4,4−2,7−2,2−1,30,2−1,0−1,00,3
Écart de production2−0,3−1,3−2,0−1,9−1,3−1,1−0,1−0,8−1,2
Solde structurel−4,3−3,1−1,5−1,3−0,7−0,7−0,7−0,40,2
Dette nette46,165,265,865,664,063,060,759,658,450,4
Dette brute60,876,777,776,975,073,971,469,768,458,6
Allemagne3
Solde effectif4−1,9−3,3−3,4−2,7−2,2−1,61,2−2,2−1,8
Écart de production2−0,20,2−0,9−1,4−1,3−1,4−0,3−1,5−1,7
Solde structurel−1,4−3,3−2,7−1,6−1,2−0,7−1,1−1,4−0,8
Dette nette24,949,451,152,252,052,451,650,950,944,9
Dette brute43,858,359,860,960,761,160,359,659,653,6
France
Solde effectif4−3,3−5,5−4,1−3,5−2,6−1,6−1,4−0,8−1,60,6
Écart de production2−0,3−2,7−3,3−3,1−1,8−1,2−0,3−0,8−1,2
Solde structurel−2,9−3,7−1,9−1,5−1,4−0,9−1,1−1,0−1,00,6
Dette nette28,345,848,149,649,848,948,048,847,441,5
Dette brute36,954,657,159,359,558,557,557,857,851,8
Italie
Solde effectif4−10,5−7,6−7,1−2,7−2,8−1,8−0,3−1,3−0,9−0,3
Écart de production2−0,1−1,1−2,0−2,3−2,4−2,7−1,8−2,0−2,0
Solde structurel−10,4−7,0−6,2−1,7−1,8−0,6−0,7−0,5−0,1−0,2
Dette nette93,2116,6116,0113,7110,1108,4104,4101,999,984,8
Dette brute99,5123,2122,6120,1116,2114,5110,2107,6105,689,8
Royaume-Uni
Solde effectif4−3,2−5,4−4,1−1,50,31,54,00,70,2
Écart de production20,4−1,1−0,9−0,4−0,10,3−0,3−0,6−0,2
Solde structurel−2,5−4,4−3,4−1,00,51,51,60,70,50,2
Dette nette26,637,046,545,042,339,535,131,529,426,1
Dette brute43,552,052,249,947,044,441,338,636,331,6
Canada
Solde effectif−6,9−5,3−2,80,20,51,63,22,82,92,3
Écart de production2−2,0−4,4−5,3−3,6−3,3−1,60,2−0,6−1,3−0,7
Solde structurel−5,6−2,80,12,12,12,53,13,23,62,6
Dette nette66,388,687,884,181,274,966,360,054,736,3
Dette brute98,0120,4120,3117,6115,7112,3102,695,388,564,3
Note: La méthodologie utilisée et les hypothèses propres à chaque pays sont examinées à l’encadré A1

Les données sur la dette sont celles de la fin de l’année (de la fin de mars dans le cas du Royaume-Uni).

En pourcentage de la production potentielle.

Les données antérieures à 1990 se rapportent à l’Allemagne de l’Ouest Dette nette: la première colonne porte sur les années 1988 à 1994. Depuis 1995. l’État fédéral prend en charge l’encours et le service de la dette, qui équivalent à 8 % et ½ %, respectivement, du PIB, de la Treuhandanstalt (et de divers autres organismes).

Prend en compte le produit exceptionnel tiré de la vente des droits d’utilisation des téléphones portables, soit un montant équivalant à 2,5 % du PIB en Allemagne (en l’an 2000), 0,5 % en France (en 2001), 1,2 % en Italie (en l’an 2000) et 2,4 % au Royaume-Uni (en l’an 2000).

Note: La méthodologie utilisée et les hypothèses propres à chaque pays sont examinées à l’encadré A1

Les données sur la dette sont celles de la fin de l’année (de la fin de mars dans le cas du Royaume-Uni).

En pourcentage de la production potentielle.

Les données antérieures à 1990 se rapportent à l’Allemagne de l’Ouest Dette nette: la première colonne porte sur les années 1988 à 1994. Depuis 1995. l’État fédéral prend en charge l’encours et le service de la dette, qui équivalent à 8 % et ½ %, respectivement, du PIB, de la Treuhandanstalt (et de divers autres organismes).

Prend en compte le produit exceptionnel tiré de la vente des droits d’utilisation des téléphones portables, soit un montant équivalant à 2,5 % du PIB en Allemagne (en l’an 2000), 0,5 % en France (en 2001), 1,2 % en Italie (en l’an 2000) et 2,4 % au Royaume-Uni (en l’an 2000).

En même temps, il importera que les politiques s’inscrivent dans la logique d’une résolution ordonnée des déséquilibres mondiaux à moyen terme. S’il est vrai que ces déséquilibres sont les plus graves et les plus préoccupants aux États-Unis, il ne s’ensuit pas qu’il incombe uniquement à ce pays de les corriger. En fait (voir supra), ces déséquilibres tiennent à ce que la croissance a été forte dans ce pays—et à certains excès dont elle s’est accompagnée—, mais aussi à ce qu’elle a été relativement faible dans les autres pays, à cause en partie des retards mis à s’attaquer à des problèmes structurels profondément enracinés. En conséquence, d’un point de vue aussi bien national que mondial, il est essentiel que les responsables économiques—en particulier, mais non exclusivement, ceux de la zone euro et du Japon—appliquent rapidement les réformes qui permettront d’assurer durablement des taux de croissance potentielle plus élevés. La décision du nouveau gouvernement japonais d’annoncer un calendrier pour ses réformes est donc particulièrement encourageante, même si celles-ci devaient à court terme pénaliser quelque peu la croissance de la production.

Dans les économies de marché émergentes, les perspectives demeurent inévitablement très tributaires de l’évolution de la situation dans les grands pays industrialisés, ce qui rend d’autant plus nécessaire l’application par ces derniers des politiques exposées précédemment. Dans l’état actuel des choses, les dirigeants des économies de marché émergentes doivent concilier deux objectifs délicats: compenser, dans la mesure du possible, l’impact du ralentissement de la croissance mondiale et maintenir la confiance extérieure dans un contexte de plus en plus fragile. Si les vulnérabilités ont été le plus souvent réduites après les crises de 1997-98, notamment grâce à l’adoption généralisée de régimes de taux de change flexibles, de graves risques demeurent. Sur le plan macroéconomique, les autorités ont parfois la possibilité d’adopter des mesures anticycliques, mais dans de nombreux pays, leur marge de manoeuvre est limitée, surtout lorsque les besoins de financement extérieur ou les déséquilibres budgétaires sont importants. En outre, le ralentissement de la croissance aggravera sans doute les tensions exercées sur les entreprises et les systèmes financiers, dont la réforme structurelle devra impérativement être accélérée, surtout dans les pays où elle a pris du retard. La communauté internationale doit par ailleurs être prête à appuyer ces efforts et à aider les pays à s’attaquer aux effets de contagion s’ils s’intensifient, y compris par un soutien à des programmes économiques renforcés et par un recours aux lignes de crédit préventives du FMI.

A en juger par l’expérience, l’impact de tout ralentissement de la croissance sur les défavorisés sera sûrement disproportionné, aussi l’effort déployé au niveau mondial pour réduire la pauvreté revêt-il une priorité encore plus élevée. La responsabilité première de la lutte contre la pauvreté incombe naturellement aux gouvernements des pays concernés et, à cet égard, la «nouvelle initiative africaine» annoncée par l’Organisation de l’unité africaine, et soutenue par le G-8 au sommet de Gênes, est une avancée dont il y a lieu de se féliciter. Ces efforts devraient s’accompagner d’une aide plus importante de la part des pays industrialisés, qui pourraient notamment accélérer la libéralisation de leurs échanges, d’allégements de dette opérés dans le cadre de l’initiative renforcée en faveur des PPTE, d’une stratégie de lutte contre la pandémie du SIDA ou d’autres maladies, dont le financement serait intégralement assuré, et de nouvelles initiatives visant à atteindre l’objectif fixé par l’ONU en matière d’aide publique au développement qui, en pourcentage du PIB des pays donateurs, a diminué régulièrement ces dix dernières années (graphique 1.5).

Graphique 1.5.Principaux pays membres du Comité d’aide au développement (CAD): décaissements nets d’aide extérieure1

(En pourcentage du PNB)

Ces dernières années, les flux d’aide (en pourcentage du PNB) ont régulièrement diminué et, à l’exception du Danemark, des Pays-Bas et de la Suède, la plupart des pays sont loin d’atteindre l’objectif fixé par les Nations Unies.

1Calculés à partir des montants totaux communiqués par les donateurs, compte non tenu des remises de dette par des pays non membres du CAD. Les données de l’an 2000 sont provisoires.

À cet égard, si l’aide augmentait de 0,1 point par rapport au taux moyen de 0,24 % du PNB observé à l’heure actuelle, les 10 milliards de dollars qui, selon les Nations Unies, sont nécessaires pour lancer un programme complet de prévention et de traitement du VIH/SIDA seraient amplement dépassés6. En outre, étant donné que, pour l’instant, les pays les moins développés ne reçoivent qu’un cinquième de l’aide extérieure au développement, il devrait être possible d’accroître l’aide aux pays les plus pauvres.

Enfin, le lancement d’une nouvelle série de négociations commerciales, dans la mesure du possible à la prochaine conférence ministérielle de l’OMC à Doha, doperait les perspectives de croissance mondiale et aiderait à renforcer le système de commerce mulitilatéral. Les avantages que peut procurer à tous les pays, développés ou en développement, la poursuite de la libéralisation des échanges sont considérables (voir chapitre II); dans le cas des pays en développement, ils sont estimés à deux fois le niveau actuel de l’aide publique. L’absence de progrès sur ce dossier pourrait nuire à la confiance que doit inspirer le système de commerce multilatéral, et risquerait ainsi de pénaliser plus que les autres les pays les plus pauvres. En outre, dans un environnement marqué par un ralentissement de la croissance mondiale, les pressions protectionnistes, qui sont toujours latentes et dont les premiers signes ont commencé à apparaître, seraient beaucoup plus difficiles à maîtriser.

À quel rythme la croissance peut-elle se redresser aux États-Unis?

Le net ralentissement de l’activité qui s’est amorcé aux États-Unis au milieu de l’an 2000 s’est poursuivi pendant les huit premiers mois de 2001 et les attentats terroristes du 11 septembre ont accru les risques d’une dégradation plus forte de la situation, encore qu’au moment de mettre sous presse la présente édition des Perspectives de l’économie mondiale, il soit trop tôt pour en évaluer les conséquences économiques. Jusqu’au début de septembre, ce ralentissement a tenu essentiellement à une baisse sensible de l’investissement productif, marquée par un recul considérable des achats de matériels et de logiciels et un dégonflement rapide des stocks. Les exportations ont elles aussi beaucoup diminué, mais, les importations ayant également chuté, la contribution négative des échanges nets à la croissance s’est réduite. En revanche, la croissance de la consommation privée, si elle a été moins forte, est demeurée assez robuste et celle du secteur de la construction résidentielle s’est également redressée, grâce, entre autres, à la baisse des taux d’intérêt à long terme depuis le milieu de l’an 2000. Le recul de la croissance se situe pour l’instant dans la moyenne constatée lors des précédentes phases de contraction, les contributions relatives de la consommation, de l’investissement et des autres composantes de la demande à l’activité étant dans l’ensemble analogues (graphique 1.6). En ce qui concerne l’investissement, le rôle joué par les matériels et logiciels de bureau a été nettement plus important que par le passé sous l’effet du renversement conjoncturel observé dans le secteur des technologies de l’information, alors que la contribution du secteur de la construction (résidentielle et non résidentielle) a été quelque peu plus faible7.

Graphique 1.6.États-Unis: ralentissement sensible de l’activité du secteur des entreprises

(Sauf indication contraire, pourcentage de variation par rapport au même trimestre de l’année précédente)

La phase actuelle de ralentissement est marquée par une forte chute de l’investissement productif (matériel et logiciels surtout). L’inflation sous-jacente reste maîtrisée.

Sources: U.S. Department of Labor, Bureau of Labor Statistics; U.S. Department of Commerce, Bureau of Economic Analysis; estimations des services du FMI.

1Les données de 2001 pour l’IPC, l’IPC sous-jacent et l’IDM (dépenses de consommation des ménages) sous-jacent correspondent aux variations en pourcentage entre juillet 2000 et juillet 2001; l’indice du coût de l’emploi correspond aux variations entre le deuxième trimestre de 2000 et le deuxième trimestre de 2001.

2lndice du coût de l’emploi, variations de quatrième trimestre à quatrième trimestre.

3L’inflation sous-jacente ne tient pas compte des variations des prix des denrées alimentaires et de l’énergie.

4Variations en pourcentage de décembre à décembre.

5lndice-chaîne des prix (dépenses de consommation des ménages).

6Différence dans la contribution moyenne en pourcentage à la croissance entre l’année ayant précédé les cinq derniers sommets cycliques et la période comprise entre ces sommets et les creux cycliques.

7Différence dans la contribution en pourcentage à la croissance entre la période 2e trimestre 1999-2e trimestre 2000 et la période 2e trimestre 2000-2e trimestre 2001 (base annuelle).

Les projections de référence, qui ont été établies avant le 11 septembre, font état d’une modeste reprise pour la période à venir, de sorte que la croissance du PIB serait de 1,3 % pour l’année dans son ensemble et passerait à 2,2 % pour 2002. S’il s’accompagnait d’une amélioration de la croissance dans les autres grands pays et d’une dépréciation ordonnée du dollar, ce scénario pourrait permettre de ramener progressivement le déficit des transactions courantes à des niveaux plus tolérables, parallèlement à une augmentation régulière du taux d’épargne des ménages. Toutefois (voir supra), ces perspectives risquent d’être beaucoup trop optimistes à cause en général d’incertitudes étroitement liées sur l’étendue du surinvestissement dans l’économie, l’évolution à moyen terme de la croissance de la productivité et la vigueur du compte de patrimoine, de la confiance et des dépenses de consommation des ménages. Les attentats terroristes auront un impact à court terme sur l’activité et ont à l’évidence aggravé les risques susmentionnés, notamment ceux qui concernent la confiance et les dépenses de consommation (l’encadré 1.3 décrit les parallèles qu’il est possible d’établir entre les conséquences de ces attentats et celles du tremblement de terre de Kobe).

La politique macroéconomique a été nettement assouplie. Depuis le début de l’année, la Réserve fédérale a réduit les taux d’intérêt de 350 points de base, dont 50 points dans le cadre de l’assouplissement global du 17 septembre, qu’elle a accompagné de mesures visant à assurer une liquidité suffisante pour régler les transactions sur les marchés financiers. La politique budgétaire a également été assouplie, dans un premier temps par la mise en oeuvre au milieu de l’année d’un programme de réductions d’impôts, puis par l’approbation après le 11 septembre d’un programme d’urgence de dépenses de 40 milliards de dollars. Ces plans de relance macroéconomique devraient commencer à soutenir l’activité au cours de la période à venir, et permettre à la demande de se redresser modérément avant la fin de l’année (comme le suppose le scénario de référence). Cependant, la confiance s’est encore dégradée sous l’effet des attentats, aggravant le risque que la reprise soit freinée par l’effet décalé sur la consommation de la baisse des cours des actions enregistrée l’an dernier—compensée éventuellement en partie par la hausse des prix de l’immobilier—, ainsi que par la nécessité de corriger le surinvestissement accumulé dans le secteur des hautes technologies.

Encadré 1.3.Analogie historique avec les attentats terroristes aux États-Unis: le tremblement de terre de Kobe

Le tremblement de terre survenu en 1995 à Kobe, au Japon, a été la catastrophe naturelle la plus onéreuse de l’histoire moderne. Ce tremblement de terre, qui a frappé le 17 janvier, a causé plus de 5.000 morts, 35.000 blessés et des dégâts matériels évalués à environ 120 milliards de dollars (soit quelque 2½ % du PIB annuel du Japon). Outre cet impact direct, les perturbations des transports, et notamment la fermeture des importantes installations portuaires de Kobe, ont gravement touché l’économie de la région (qui représente environ 4 % de la production totale du Japon). En ce qui concerne les conséquences boursières, les cours des actions japonaises ont perdu environ 6 % à la suite du tremblement de terre.

L’impact direct du tremblement de terre sur l’activité économique, évalué d’après des indicateurs comme l’indice de la production industrielle, a été relativement faible. Le principal choc subi par la production globale est provenu d’une contraction des dépenses de consommation au premier trimestre de 1995, qui a entraîné une réduction de 0,3 % (taux trimestriel) du PIB réel. L’activité s’est toutefois rétablie au cours des trimestres suivants et le taux de croissance annuel du PIB a atteint 1½ % en 1995, contre un peu plus de ½ % en 1994.

Si l’on compare la catastrophe de Kobe et les attentats terroristes qui viennent de se produire aux États-Unis, le tremblement de terre a eu de plus lourdes conséquences économiques directes, tant en valeur absolue que par rapport à la taille de l’économie du pays. Les effets secondaires sur les autres branches d’activité sont plus difficiles à évaluer. Le tremblement de terre a causé des dégâts très étendus dans la région environnante mais les attentats risquent d’avoir de plus vastes conséquences en perturbant l’activité financière et les transports aériens aux États-Unis. Enfin, les attentats sont des actions délibérées qui comportent des conséquences à long terme pour la sécurité et, de ce fait, il est fort possible que leurs effets sur le comportement des consommateurs ne soient pas comparables avec ceux de la catastrophe de Kobe.

Comme dans la plupart des autres pays industrialisés, l’inflation globale s’est accélérée, à cause principalement du renchérissement de l’énergie, et certains indicateurs de l’inflation sous-jacente ont augmenté (alors que d’autres, le déflateur de la consommation des ménages notamment, n’ont guère varié). En même temps, sous l’effet conjugué d’un recul de la productivité, à mesure que l’activité ralentissait, et d’une remontée des coûts de l’emploi, les coûts unitaires de main-d’oeuvre ont fortement progressé depuis le milieu de l’an 2000. Étant donné que les prix de l’énergie baissent, que les marchés des produits demeurent très compétitifs et que l’activité fléchit, les risques de tensions inflationnistes persistantes semblent assez faibles à l’heure actuelle. Cependant, de telles tensions pourraient devenir un sujet de préoccupation si la croissance sous-jacente de la productivité, qui a contribué puissamment à l’absorption des hausses de salaires ces dernières années, ralentissait fortement, surtout si, parallèlement, le dollar subissait un ajustement brutal à la baisse.

L’inflation sous-jacente étant maîtrisée, il est possible d’assouplir encore la politique monétaire pour soutenir l’économie si elle demeure fragile. Sur le plan budgétaire, on s’attend à ce que les autorités suivent une politique plus expansionniste, grâce aux dépenses supplémentaires de 40 milliards de dollars qui ont été approuvées et aux autres mesures qui pourraient être prises pour financer les opérations de secours et de reconstruction indispensables, ainsi que la lutte contre le terrorisme. Il sera aussi possible de laisser jouer les stabilisateurs automatiques pour amortir l’impact de la dégradation de la situation économique. À l’heure actuelle toutefois, on ne voit pas bien la nécessité de lancer d’autres actions budgétaires discrétionnaires, ni l’efficacité qu’elles pourraient avoir. Par-delà les répercussions immédiates des récents événements, il conviendra à moyen terme de gérer avec souplesse les réductions d’impôts et les dépenses supplémentaires prévues sur plusieurs années afin que des ressources suffisantes soient disponibles pour financer ces mesures et pour assumer les obligations budgétaires liées au vieillissement de la population.

On s’attend à ce qu’au Canada, la croissance revienne à 2 % en 2001, puis passe à 2,2 % en 2002, les perspectives de ce pays étant largement influencées par les relations commerciales et financières étroites qu’il entretient avec les États-Unis. Les dépenses des ménages sont restées relativement robustes, soutenues par des réductions d’impôts au début de l’année et la bonne tenue générale du marché du travail; en revanche, l’investissement productif, surtout en biens d’équipement, a nettement reculé. Ce recul a provoqué une chute des importations qui a plus que compensé une diminution des exportations, de sorte qu’un excédent courant sans précédent a été enregistré. Si le ralentissement de l’activité devait se poursuivre, l’assouplissement de la politique monétaire continuerait d’être la solution à privilégier—les taux d’intérêt ont été abaissés de 175 points de base déjà entre janvier et août 2001, puis de 50 points le 17 septembre. En outre, le Canada continuant d’enregistrer l’excédent budgétaire proportionnellement le plus élevé de tous les pays du Groupe des Sept (G-7), il conviendrait de laisser jouer pleinement les stabilisateurs automatiques pendant l’actuelle phase de ralentissement. Il est nécessaire pour le moyen terme d’insister encore sur la réduction de la dette et sur les mesures à prendre pour faire face à la hausse des coûts des retraites et des soins de santé publics dont s’accompagnera le vieillissement de la population.

Au Japon: des perspectives à court terme sombres, mais de nouvelles occasions de réforme

Au Japon, la situation économique a continué de se dégrader et il est maintenant vraisemblable que ce pays connaît sa quatrième récession en dix ans. Pour l’ensemble de l’année 2000, l’activité a progressé de 1,5 %, taux proche de la moyenne observée pendant les années 90, grâce à une croissance relativement forte de l’investissement et des exportations qui s’expliquait par l’augmentation des bénéfices et le dynamisme du secteur des hautes technologies. Cependant, si le profil de la croissance est difficile à interpréter par suite de problèmes de données8, le rythme sous-jacent de l’activité fléchit, semble-t-il, depuis le milieu de l’an 2000 parce que la demande extérieure et la demande mondiale de produits électroniques se sont affaissées. Si le PIB réel a augmenté marginalement au premier trimestre de 2001, en raison du coup de fouet donné à la consommation privée par l’augmentation des achats d’appareils électroménagers qui a précédé l’adoption le 1er avril 2001 de règlements sur l’environnement, la production a fortement diminué au second trimestre, la chute de l’investissement public et privé neutralisant la hausse de la consommation privée. Ces perspectives moins favorables, conjuguées aux inquiétudes que soulève le rythme de la restructuration des entreprises, se sont traduites par une nette dégradation des marchés des actions, qu’ont aggravée les attentats du 11 septembre, à un moment où le chômage atteint le taux sans précédent de 5 %. Depuis la fin de l’an 2000, le yen enregistre une forte dépréciation qui, cependant, s’inverse en partie depuis juillet.

Les perspectives pour le reste de l’année demeurent très incertaines. L’impact favorable qu’a eu la nouvelle politique monétaire adoptée en mars, qui a ramené à zéro les taux d’intérêt au jour le jour, est encourageant; en outre, il y a lieu de se féliciter du relèvement en août et en septembre du seuil des réserves à détenir à la banque centrale, de même que de la modeste rallonge budgétaire projetée. Cependant, la consommation privée reste extrêmement faible en raison de la baisse des revenus, ainsi que des inquiétudes que suscitent la montée du chômage et la future restructuration des entreprises; par ailleurs, la confiance des entreprises ne cesse de se dégrader, le crédit privé de diminuer et le pays de connaître une déflation modérée. Les projections font état d’un recul du PIB de 0,5 % en 2001 (alors que la précédente édition des Perspectives de l’économie mondiale anticipait une évolution nettement plus favorable avec une progression de 0,6 %), suivi d’un léger rebond qui porterait la croissance à 0,2 % en 2002. Par ailleurs, ces chiffres sont peut-être trop optimistes, car il subsiste des risques importants qui tiennent à la lenteur éventuelle de la reprise mondiale et à l’orientation que suivront les politiques nationales, tant budgétaires que structurelles, examinées ci-après. Ces risques, qui sont particulièrement préoccupants dans un contexte marqué par un fléchissement de la croissance dans les autres grandes zones monétaires, auront un impact négatif sur les autres pays de la région (encadré 1.4, page 26).

Une série de chocs macroéconomiques ont certes aggravé les résultats décevants du Japon au cours de la dernière décennie, mais les difficultés de ce pays peuvent être imputées à son incapacité à s’attaquer aux problèmes posés par une suraccumulation de capital et de créances pendant les années de bulle spéculative et, de façon plus générale, à la lenteur avec laquelle il s’adapte à la mondialisation et aux mutations technologiques. La situation financière du système bancaire demeure délicate: les banques sont très exposées aux risques inhérents à la détention d’actions et de titres d’État, qu’aggravent la forte dégradation des marchés des actions ces dernières semaines et le passage à la fin de septembre à la technique d’évaluation à la valeur du marché; des risques de crédit continuent d’accompagner les prêts de la «zone grise» pour lesquels des provisions limitées ont été jusqu’à présent constituées; et la rentabilité primaire est faible. Au sein du secteur des entreprises, un certain rééquilibrage s’est opéré au profit des activités les plus dynamiques (hautes technologies et matériel électrique, ainsi que, dans une certaine mesure, transports et communications), mais on ne s’est guère attaqué aux niveaux excessifs d’endettement et de capital et les progrès dans la réduction des coûts de main-d’oeuvre ou l’augmentation de la rentabilité ont été peu sensibles (graphique 1.7).

Graphique 1.7.Japon: secteurs des banques et des entreprises

La situation financière du système bancaire demeure extrêmement précaire, à cause surtout des risques de crédit dont s’accompagnent les prêts classés «à risque», tandis que des résultats limités ont été obtenus dans la restructuration des entreprises.

Sources: ministère des finances; ministère de l’industrie et du commerce extérieur; Nikkei Telecom; base de données de Nomura; calculs des services du FMI.

1Prêts faisant l’objet d’une surveillance particulière (catégorie 2), créances douteuses (catégorie 3) et créances irrécouvrables (catégorie 4), abstraction faite des garanties, cautionnements et réserves spécifiques.

2Données corrigées des variations saisonnières.

Malgré ces sombres perspectives, il se peut qu’un nouvel élan soit donné aux réformes, car un gouvernement réformateur jouissant d’un large soutien dans la population vient d’être formé. Dans les secteurs des banques et des entreprises, les autorités ont annoncé en mars un ensemble de mesures qui, en particulier, visent à accélérer l’élimination des prêts non productifs par les grandes banques, à réduire les portefeuilles d’actions des banques et à donner des informations destinées à faciliter la restructuration des entreprises et les remises de dette; elles ont également annoncé en juin un plan d’action en sept points axé essentiellement sur l’assainissement et la réforme des finances publiques, ainsi que plusieurs modifications réglementaires, et, en septembre, un calendrier concret de mise en place d’un certain nombre de mesures structurelles. Si de nombreuses modalités restent à préciser, les autorités doivent résister aux pressions exercées par des groupes d’intérêts spéciaux et tirer pleinement parti de l’occasion qui leur est ainsi offerte de s’attaquer résolument aux problèmes structurels de leur pays. En ce qui concerne le secteur bancaire et celui des entreprises, les priorités sont de prévoir aussi l’annulation des dettes des banques régionales, de renforcer encore l’application des normes de classification et de provisionnement des prêts, notamment ceux de la «zone grise», de procéder en cas de besoin à des injections ciblées de capitaux publics pour éviter des problèmes systémiques et de veiller à ce que les plans de restructuration soient suffisamment rigoureux pour amener les entreprises en crise à se redresser. Ces mesures devraient s’accompagner de réformes visant à favoriser la flexibilité et la productivité, et notamment à intensifier la concurrence et à accroître la mobilité de la main-d’oeuvre.

Comme l’ont souligné les autorités, ce programme aura sans doute à court terme un impact négatif sur la croissance et l’emploi, qui sera cependant atténué si des réformes rapides et profondes stimulent la confiance dans les perspectives à plus long terme; en outre, certaines réformes (par exemple dans le secteur de l’immobilier) pourraient renforcer la croissance. Cela étant, la politique macroéconomique devrait jouer un rôle positif, encore que la marge de manoeuvre des autorités soit à l’évidence limitée, les taux d’intérêt à court terme étant déjà proches de zéro et l’endettement public très élevé. Les mesures d’assouplissement monétaire prises en août et en septembre aideront certes à soutenir l’activité, mais les autorités ont encore la possibilité d’utiliser plus énergiquement la flexibilité offerte par la nouvelle politique monétaire afin de mettre rapidement fin à la déflation, même s’il devait en résulter un affaiblissement modéré du yen. Sur le plan budgétaire, il importera, jusqu’à ce que la reprise soit manifestement engagée, de veiller à ce que les stimulants soient retirés lentement, aussi l’intention des autorités de faire adopter une modeste rallonge budgétaire à l’automne est-elle accueillie avec satisfaction. À cet égard, il serait souhaitable de réduire les dépenses de travaux publics au profit de celles qui facilitent les opérations de restructuration, et notamment renforcent la protection sociale, et les grandes orientations récemment annoncées pour les dépenses sont un grand pas dans cette direction. Parallèlement, les autorités devraient préparer et publier un plan clair et crédible qui leur permettrait à moyen terme de remettre les finances publiques sur des bases solides; ce plan pourrait énoncer un objectif d’endettement à moyen terme, ainsi que des buts et axes généraux pour les recettes, les dépenses et la sécurité sociale, et accroître la transparence budgétaire.

Quelle est l’ampleur du ralentissement de l’activité en Europe occidentale?

Dans la zone euro, le ralentissement de la croissance qui s’est amorcé au second semestre de l’an 2000, et qui a été le plus marqué en Allemagne, s’est poursuivi et n’a cessé de s’étendre en 2001. Si de récentes révisions des données, en Allemagne en particulier, compliquent l’interprétation des faits, il semble que ce ralentissement s’explique par un fléchissement de la croissance de la demande intérieure, qui tient en partie à une érosion des revenus réels consécutive à la hausse des prix du pétrole et au renchérissement des denrées alimentaires, par le retournement des marchés des actions et du secteur des nouvelles technologies (notamment les télécommunications) et, dans certains pays, par un repli de la croissance de l’emploi (graphique 1.8). En ce qui concerne le commerce extérieur, la croissance des exportations s’est tassée par suite de la faiblesse de la demande mondiale—tant aux États-Unis qu’en Asie—et celle des importations a elle aussi diminué fortement. Outre les effets directs de contagion par l’intermédiaire des circuits commerciaux, l’activité pâtira sans doute des relations existant entre les secteurs financiers et des entreprises—et notamment de l’accroissement des opérations des entreprises de la zone euro aux États-Unis et de la rapide augmentation des avoirs des investisseurs européens en actions américaines (chapitre II). Pendant le premier semestre de 2001, l’euro a continué de s’affaiblir à mesure que les perspectives se dégradaient, revenant presque à son niveau le plus bas par rapport au dollar, avant de se raffermir à compter de juillet. Les causes de la faiblesse persistante de l’euro ne sont pas encore bien connues, mais de récentes informations donnent à penser que les différences entre les résultats économiques de la zone euro et ceux des États-Unis, ainsi que les ajustements de portefeuilles qu’a entraînés l’avènement de l’euro, ont joué un rôle important.

Graphique 1.8.Zone euro: fléchissement de la croissance et accélération de l’inflation

(Sauf indication contraire, pourcentage de variation par rapport au même trimestre de l’année précédente)

Pendant la phase actuelle de ralentissement de l’activité, la confiance des entreprises et la demande intérieure se sont fortement dégradées et l’inflation s’est accélérée.

Sources: Eurostat; Banque centrale européenne; Commission européenne; FMI, Statistiques financières internationales; estimations des services du FMI.

1lndice harmonisé des prix à la consommation.

Ces tendances générales sont imputables à certaines divergences entre les résultats économiques des pays de la zone euro (voir encadré 1.5, page 28). En ce qui concerne les trois économies les plus importantes de la zone, l’investissement fixe brut a subi une contraction particulièrement prononcée en Allemagne, où le secteur du bâtiment s’est considérablement affaibli. Plus récemment, des opérations de déstockage ont contribué à une stagnation globale de l’activité dans ce pays, et peut-être aussi en Italie où la constitution de stocks avait été en partie à l’origine d’une croissance assez forte au premier trimestre. Dans un premier temps, l’économie française a semblé résister assez bien au fléchissement de l’activité mondiale, grâce à des réductions d’impôts et à la croissance de l’emploi. La confiance des consommateurs et des entreprises s’étant toutefois fortement dégradée, et le chômage ayant récemment recommencé à augmenter, l’expansion a ralenti et l’on s’attend à ce qu’elle suive le même rythme qu’en Allemagne et en Italie pendant le second semestre de 2001 et en 2002. Les perspectives de croissance demeurent en général meilleures dans les pays situés à la périphérie de la zone, notamment en Grèce et en Irlande; dans ce dernier pays en fait, le tassement de l’activité mondiale a, de façon quelque peu fortuite, aidé à réduire les risques de surchauffe. En Grèce et au Portugal, on s’attend à ce que le déficit des transactions courantes demeure relativement élevé en 2001, puis diminue progressivement en 2002.

Encadré 1.4.Les conséquences du ralentissement de l’économie japonaise pour les pays d’Asie de l’Est

Les perspectives économiques à court terme du Japon se dégradent régulièrement depuis le milieu de l’an 2000, car l’expansion induite par les activités de haute technologie a été victime de l’effondrement de la demande mondiale de matériel électronique. On s’attend désormais à ce que le PIB réel diminue de 0,5 % en 2001, puis enregistre un modeste rebond en 2002 grâce à un redressement de la croissance mondiale. Cela représente un changement de taille par rapport à ce que l’on escomptait il y a un an, lorsque la reprise semblait devoir se poursuivre et que le FMI prévoyait une croissance de 1¾ %. Etant donné la dimension de l’économie japonaise, cette baisse de 2¼ points du taux de croissance attendu a des conséquences importantes pour l’économie mondiale, et en particulier pour les pays d’Asie de l’Est.

Le ralentissement de l’économie japonaise se transmettrait aux autres pays de la région par les voies suivantes:

Commerce extérieur. Même si elles sont relativement moins étroites depuis quelques années, les relations commerciales entre le Japon et le reste de la région demeurent importantes, 12 % environ des exportations des pays d’Asie de l’Est étant vendues au Japon et 20 % des importations de ces pays provenant du Japon (voir le tableau). Un ralentissement de l’économie japonaise est de nature à réduire le volume des échanges avec les partenaires régionaux et donc à assombrir les perspectives de croissance de ces derniers. Dans la région, le premier partenaire commercial du Japon est l’Indonésie (les produits pétroliers constituant environ la moitié de ses exportations vers le Japon), talonnée par la Chine (qui exporte quant à elle surtout des produits bas de gamme vers le Japon). La RAS de Hong Kong et Singapour sont les pays les moins tributaires de l’économie japonaise.

Repli des marchés boursiers. Etant donné les liens relativement étroits qui unissent les places boursières nippones et celles d’un certain nombre de pays d’Asie de l’Est, une nouvelle baisse des cours déjà déprimés au Japon risque de se répercuter sur les marchés de la région, les investisseurs réduisant en bloc leurs détentions de titres participatifs est-asiatiques. Ces liens sont particulièrement étroits avec la RAS de Hong Kong, et ils sont aussi appréciables avec la Corée, Singapour et la Thaïlande. Cependant, si les investisseurs estiment que les perspectives du Japon et celles du reste de l’Asie de l’Est peuvent être dissociées, il est alors envisageable qu’ils réorientent leurs placements vers ces autres pays, où les cours boursiers seraient ainsi stimulés.

Indicateurs des relations commerciales et financières entre le Japon et les pays d’Asie de l’Est(En pourcentage, les données sont celles de l’an 2000, sauf indication contraire)
Part des exportations à destination du JaponExportations à destination du Japon (en % du PIB)Dette extérieure/PIBPart de la dette libellée en yenCorrélation des indices boursiers1Part des prêts bancaires en provenance du JaponPart de l’IDE en provenance du Japon
Indonésie22897210.032513
Thaïlande16966320.213725
Corée114281720.321816
Hong Kong (RAS)670.4032
Malaisie1313483020.122714
Philippines14776270.09187
Singapour7110.302723
Chine164141620.00187
Sources: base de données du CEIC; SFI; Perspectives de l’économie mondiale; calculs des services du FMI.

Corrélation quotidienne avec le Nikkeï 225, abstraction faite de l’impact du S&P 500. d’après les données de la période allant de janvier 1999 à juin 2001.

Part de la dette à long terme en 1998.

Sources: base de données du CEIC; SFI; Perspectives de l’économie mondiale; calculs des services du FMI.

Corrélation quotidienne avec le Nikkeï 225, abstraction faite de l’impact du S&P 500. d’après les données de la période allant de janvier 1999 à juin 2001.

Part de la dette à long terme en 1998.

Problèmes liés au secteur bancaire. Il est probable qu’avec le ralentissement de l’économie, la capacité de prêt des banques sera limitée par les contraintes que subira le capital à mesure qu’augmenteront les provisions pour pertes surprêt. Les banques japonaises demeurant les principaux prêteurs de la région, l’annonce de nouvelles difficultés dans le secteur bancaire pourrait avoir un effet déstabilisateur, la Thaïlande étant à cet égard la plus exposée.

Stagnation ou ralentissement de l’activité des entreprises. De nombreux pays d’Asie de l’Est accusent depuis la crise asiatique une réduction des apports d’investissement direct étranger et de prêts bancaires mais le Japon demeure pour eux une source importante de capitaux. Les difficultés rencontrées par les entreprises nippones pourraient avoir un effet sur les investissements directs du Japon en Asie de l’Est.

Il est possible d’analyser l’impact de l’économie japonaise sur les pays d’Asie de l’Est au moyen de modèles macroéconomiques internationaux, comme l’Oxford Economic Model (OEM) et le modèle G-cube («Asie-Pacifique»). (Callen et McKibbin, à paraître). D’après les simulations effectuées avec l’OEM, qui met en évidence les relations commerciales entre les pays, un recul de 2 points des perspectives de croissance au Japon en 2001 (par rapport au scénario de référence de l’automne dernier) réduirait les taux de croissance des économies d’Asie de l’Est de ⅕ de point pour la Chine, la Corée, la Malaisie et les Philippines et d’environ ⅓ de point pour l’Indonésie, la RAS de Hong Kong, Singapour et la Thaïlande. Les résultats du modèle G-cube, qui attribue aux agents économiques un comportement d’optimisation intertemporelle et suppose des relations explicites entre les marchés financiers, montrent que tout dépend des facteurs à l’origine du ralentissement de la croissance. Les chocs sur la demande, comme un assainissement budgétaire, peuvent avoir un impact à court terme négatif pour la région mais être en fin de compte bénéfiques en abaissant les taux d’intérêt et en stimulant la demande. Si en revanche le ralentissement économique vient d’un choc sur l’offre, comme un recul de la productivité, la dynamique du commerce régional pourrait être durablement affectée.

La faiblesse de la croissance japonaise pourrait aussi avoir des conséquences pour le taux de change du yen, bien que, depuis la crise asiatique, la diminution de l’endettement extérieur et la plus grande souplesse du taux change aient réduit la vulnérabilité aux chocs extérieurs. Il est possible qu’en se dépréciant, le yen exerce des pressions sur les monnaies de la région, surtout celles des pays qui concurrencent le Japon sur les marchés tiers ou qui ont d’importants engagements libellés en yen. Un yen plus faible aurait cependant l’avantage de réduire la composante yen de la dette extérieure des pays d’Asie de l’Est.

D’après les simulations effectuées avec l’OEM, une dépréciation du yen aurait initialement un faible impact négatif, et ultérieurement un impact positif avec le redressement de la croissance et du commerce régional. L’impact pourrait être quelque peu différent si la dépréciation résultait d’une augmentation de la prime de risque sur le yen. Si l’on formule cette hypothèse dans le modèle G-cube, on constate un impact positif net sur la région: l’impact négatif sur les exportations nettes (dû aux pressions concurrentielles) est plus que compensé par la réduction du coût du capital et l’accroissement des apports de capitaux (qui reflètent les sorties de capitaux du Japon après l’augmentation de la prime de risque).

Encadré 1.5.Croissance dans la zone euro: pourquoi la France devance-t-elle l’Allemagne et l’Italie?

Depuis le milieu de l’an 2000, l’expansion de la demande intérieure est plus faible en Allemagne et en Italie qu’en France (voir le graphique)1. Cette évolution fait écho à des divergences systématiques entre les trois plus grandes économies de la zone euro. Depuis la dernière récession qui a frappé l’ensemble de la zone en 1992-93, la croissance de la production a été en moyenne de l’ordre de 2 % en France, 1,7 % en Italie et 1,5 % en Allemagne. Ces écarts faibles, mais qui prennent de l’importance lorsqu’on les additionne, peuvent être attribués essentiellement aux différences de la croissance potentielle—dues notamment au fait que le taux de croissance de la population active a été deux fois plus élevé en France et aussi à une application un peu plus efficace, dans ce pays, de réformes structurelles favorables à l’offre. De surcroît, la croissance potentielle a été décevante en Allemagne pendant la majeure partie des années 90, ce qui donne à penser que ce pays n’est pas encore venu à bout de toutes les répercussions de l’unification.

Croissance dans la zone euro

1Écarts dans les taux de croissance moyens annualisés pendant les trois derniers trimestres (3e trim. de l’an 2000-2e trim. de 2001) par rapport aux trois trimestres précédents (3 e. trim de 1999-2 trim. de l’an 2000).

Une analyse de cette évolution générale permet de distinguer quatre sous-périodes:

  • Du creux du cycle à la troisième phase de l’UEM: entre 1993 et le début de 1997, la France et l’Allemagne—dont les monnaies étaient liées par un taux de change de facto fixe au sein du mécanisme de change européen (MCE)—ont avancé essentiellement au même rythme. En Italie, en revanche, la dépréciation de la lire après sa sortie du MCE en septembre 1992 a stimulé les exportations. Dans les trois pays, la croissance a été freinée par des mesures macroéconomiques qui visaient à encourager la désinflation et la convergence conformément aux critères de Maastricht. Ces mesures ont eu sur le budget un impact négatif d’environ 2 points de PIB en Allemagne et en France et de plus de 3 points en Italie. La croissance de l’emploi a été faible dans les trois pays, surtout en Allemagne où les réformes du marché du travail ont fait défaut, la confiance s’est détériorée et l’évolution de la production a été décevante.

  • Les crises des marchés émergents: après quatre années de reprise intermittente, la croissance est revenue à la fin de 1997. L’économie française, en particulier, a bénéficié d’une forte demande intérieure entraînée par l’essor de l’investissement—dû à une amélioration de la rentabilité et à une augmentation de l’utilisation des capacités—et d’allégements d’impôts favorables à l’emploi qui ont soutenu la consommation. En Allemagne, la croissance n’est pas repartie, car, faute de modération salariale et de réformes du marché du travail, le délestage de la main-d’oeuvre amorcé au début des années 90 s’est prolongé. Les résultats de l’Italie ont également été inférieurs à ceux de la France: les effets décalés du précédent durcissement budgétaire, l’absence de progrès dans la réforme structurelle et les incertitudes initiales au sujet de l’adhésion à l’union monétaire sont autant de facteurs qui ont affaibli la demande. Facilitée par la forte demande aux États-Unis et la chute des cours du pétrole, la reprise a commencé à s’accélérer dans tous les pays au milieu de 1998, mais elle s’est essoufflée en Allemagne et en Italie lorsque les crises des marchés émergents ont frappé l’Europe. Ces crises ont eu des effets particulièrement néfastes en Allemagne et en Italie, dont le secteur manufacturier est relativement plus important et dont l’économie dépend davantage des exportations hors zone euro à destination des marchés émergents et de la production de biens d’investissement ou d’équipement intermédiaires exposés aux aléas de la conjoncture.

  • Le regain d’activité: avec la reprise de l’activité mondiale après les crises asiatique et russe, l’expansion est repartie au milieu de 1999 et elle restée ferme pendant environ une année, soutenue par la baisse des prix de l’énergie et la dépréciation de l’euro. La politique budgétaire est alors devenue plus ou moins neutre dans les trois pays, et les conditions monétaires sont restées accommodantes, une nouvelle baisse de l’euro compensant la politique de resserrement amorcée par la Banque centrale européenne. Cependant, les indicateurs de compétitivité des coûts—notamment le taux de change effectif réel établi d’après les coûts unitaires de maind’oeuvre, les parts des exportations et les indices de rentabilité—donnent à penser que les taux de conversion retenus au moment du lancement de l’euro ont peut-être donné à la France un avantage compétitif sur l’Allemagne et l’Italie.

  • Le choc pétrolier et le ralentissement mondial: au milieu de l’an 2000, la hausse persistante des cours de l’énergie a commencé à compromettre la reprise dans les trois pays. La demande intérieure finale est devenue hésitante au second semestre de l’an 2000, particulièrement en Allemagne et en Italie, car les chocs causés par les prix du pétrole et des denrées alimentaires ont réduit le revenu disponible et progressivement affaibli la confiance des entreprises2. Sous l’effet du ralentissement de l’économie mondiale au second semestre de l’an 2000, les exportations ont faibli tant en Allemagne qu’en France (pays où elles avaient atteint des taux d’expansion relativement élevés), mais elles se sont remarquablement bien maintenues en Italie, où les variations favorables de la compétitivité extérieure ont soutenu les gains de parts de marché. Dans la plupart des cas, les réductions d’impôts adoptées précédemment par le législateur ont opportunément exercé un effet anticyclique. En même temps, la poursuite de la politique de resserrement par la BCE a contribué au ralentissement de l’activité observé dans toute la zone euro pendant le premier semestre de 2001.

À mesure que les effets des chocs extérieurs se dissiperont et que l’intégration économique européenne se renforcera, les écarts des taux de croissance entre l’Allemagne, la France et l’Italie devraient progressivement se réduire. Cependant, les progrès inégaux des réformes structurelles, en particulier sur le marché du travail, continueront de renfermer la possibilité de divergences des résultats économiques, à mesure que de nouveaux chocs extérieurs frapperont la zone euro.

1Il convient d’être prudent dans l’analyse de ces tendances à court terme des taux de croissance. Par exemple, le redressement rapide de la croissance en Allemagne au début de l’an 2000 conduit dans une certaine mesure à exagérer l’ampleur du ralentissement actuel.2En l’an 2000, la détérioration des termes de l’échange a représenté 1,7 % environ du PIB en Allemagne et en Italie, mais 0,9 % seulement en France.

Des informations récentes donnent à penser que l’activité et la confiance continuent de se dégrader dans les grands pays de la zone qui, à la différence des États-Unis, n’ont guère assoupli leur politique économique. Néanmoins, les taux d’intérêt ont été réduits de 100 points de base depuis mai. En outre, bien que la politique budgétaire soit pour ainsi dire neutre dans l’ensemble de la zone, les réductions d’impôts dans certains pays stimulent la consommation. La demande sera sans doute soutenue par l’atténuation graduelle des répercussions du renchérissement du pétrole et des denrées alimentaires, la fin de l’ajustement des stocks, un taux de change toujours très favorable et une légère reprise de l’activité aux États-Unis. Cela étant, la croissance du PIB dans la zone s’établirait, d’après les projections, à 1,8 % en moyenne en 2001, soit un taux qui continue de dépasser celui des deux autres grandes zones monétaires, et à 2,2 % en 2002. Toutefois, le risque que ces projections soient trop optimistes s’est aggravé depuis le 11 septembre, en particulier si la reprise mondiale est plus lente que prévu ou si la confiance des consommateurs continue de se dégrader. À cause des relations étroites qui existent entre les pays de la région, ces risques pourraient se propager au sein de la zone. En outre, les pays font face à des risques qui leur sont propres: la Finlande et l’Irlande, par exemple, sont vulnérables en cas de fort ralentissement de l’activité dans le secteur des hautes technologies.

Les chocs résultant de la hausse des prix du pétrole et des denrées alimentaires ont non seulement freiné la demande intérieure, mais aussi provoqué un relèvement sensible du taux d’inflation globale, qui a culminé à 3,4 % en mai. L’inflation sous-jacente s’est également accélérée, quoique plus modérément, son taux passant à un peu plus de 2 %. Certaines des causes de l’inflation globale, notamment la cherté de l’énergie et des denrées alimentaires, semblent se dissiper à l’heure actuelle et, les pressions de la demande s’atténuant également, tant l’inflation globale que l’inflation sous-jacente devraient se situer en deçà de 2 % en 2002. Se fondant sur cette amélioration des perspectives des prix, la BCE a abaissé ses taux d’intérêt de 25 points de base en août (après une réduction analogue en mai); une nouvelle baisse de 50 points de base a été décidée concurremment avec les autres grandes banques centrales, le 17 septembre. D’autres réductions pourraient être opérées en cas de dégradation sensible de l’activité, à condition que l’évolution de l’inflation continue d’être favorable. La possibilité d’assouplir la politique monétaire dépendra également de la poursuite éventuelle de la modération salariale, surtout lors des grandes séries de négociations qui doivent être lancées en Allemagne au début de 2002, ainsi que des fluctuations du taux de change.

Sur le plan budgétaire, on s’attend à ce que le solde structurel de la zone euro demeure dans l’ensemble constant, les mesures de relance adoptées dans certains pays (l’Allemagne en particulier) étant neutralisées par le resserrement opéré dans d’autres (Autriche, Espagne et Grèce, notamment). D’après les projections toutefois, les soldes budgétaires effectifs diminueront en raison du ralentissement de la croissance et du jeu—présumé libre—des stabilisateurs automatiques. Plusieurs pays, dont l’Allemagne, la France et l’Italie, auront des difficultés à atteindre les objectifs budgétaires qu’ils se sont fixés pour 2001 dans leur programme national de stabilité. D’un point de vue cyclique à court terme, il serait en général peu judicieux en l’état actuel des choses de durcir la politique budgétaire, mais, il est par ailleurs indispensable que le Pacte de stabilité et de croissance reste crédible, étant donné surtout le grave problème que posera le vieillissement de la population au cours des années à venir. L’une des solutions pour sortir de ce dilemme est peut-être de laisser les recettes fluctuer avec le cycle, tout en poursuivant les objectifs de dépenses prévus dans les programmes de stabilité à moyen terme, ce qui suppose que les autorités axent leur politique sur le solde structurel plutôt que sur le solde effectif. Si une telle approche, qui évite d’encourager les mesures de relance procycliques, avait été suivie par le passé, elle aurait incité les autorités à réduire plus rapidement les déficits structurels en 1999 et en l’an 2000, période pendant laquelle les conditions cycliques étaient plus favorables.

La croissance relativement décevante de la zone euro, conjuguée à un taux de chômage qui semble se stabiliser nettement au-dessus de 8 %, fait ressortir la nécessité de doper la production potentielle en donnant un nouvel élan aux réformes structurelles. Bien que d’importants résultats aient déjà été obtenus, beaucoup reste à faire en vue notamment de réorganiser les marchés du travail, surtout les systèmes des prélèvements/prestations, ainsi que de lier plus étroitement les salaires à la productivité, de promouvoir une véritable intégration des marchés des capitaux de la zone euro, parallèlement à un renforcement des mécanismes de gestion des crises financières, de réaménager les régimes de retraites et de soins de santé, d’assurer une concurrence effective et d’achever le marché intérieur. Les récentes évolutions ont été contrastées. Si l’Allemagne a réformé profondément son régime de pensions, d’autres mesures, dont les nouvelles restrictions imposées au marché du travail dans ce pays et en France, ainsi que les retards dans la réforme du marché des produits dans ce dernier pays, tendent à envoyer des signaux contradictoires sur les chances de mener à bien l’ajustement structurel.

La demande intérieure est demeurée étonnamment forte au Royaume-Uni, compensant en partie la faiblesse du secteur manufacturier et le recul des exportations. La vigueur de la demande et de la confiance des ménages s’explique par un taux de chômage exceptionnellement bas et une vive progression des revenus, alors que, par ailleurs, un soutien supplémentaire a été apporté à la dépense dans le cadre budgétaire. L’inflation, qui avait ralenti, est revenue à un niveau proche de l’objectif de 2½ les marchés du travail restent tendus et les prix des biens immobiliers ont augmenté rapidement. Etant donné le fléchissement de la demande globale et la vigueur persistante de la livre, la Banque d’Angleterre a toutefois abaissé les taux d’intérêt de 25 points de base en août et de 25 points encore le 18 septembre après les attentats, portant ainsi la réduction des taux d’intérêt pour l’année à 1¼ point. Les autorités appliquent une politique monétaire habile qui pourra être encore assouplie si la demande intérieure fléchit ou si les perspectives extérieures continuent de se dégrader; néanmoins, un relèvement des taux d’intérêt peut s’imposer si la demande intérieure demeure vigoureuse ou si les conditions du marché du travail se durcissent.

On s’attend à ce que la croissance au Danemark, en Norvège et en Suède tombe à moins de 2 % en 2001, à cause essentiellement d’une dégradation des débouchés à l’exportation. L’inflation s’est en outre accélérée à cause en partie du renchérissement de l’énergie et des denrées alimentaires, ce qui a freiné la progression des revenus réels. Même si les craintes inspirées par l’inflation militaient contre tout nouvel assouplissement de la politique monétaire, le Danemark et la Suède ont, concurremment avec les autres banques centrales, abaissé les taux d’intérêt de 50 points de base le 17 septembre. En Suède, pays qui est particulièrement vulnérable au ralentissement mondial de l’activité dans le secteur des produits électroniques (le segment des télécommunications principalement), les cours des actions ont fortement baissé et la couronne s’est affaiblie. Préoccupée par l’aggravation des risques d’inflation, la Riksbank est intervenue directement sur le marché des changes à plusieurs reprises depuis juin 2001 et a relevé son taux d’intérêt officiel en juillet. Cependant, la contraction de la demande et des actifs intérieurs devrait être limitée en Suède, comme en Finlande, car le capital des entreprises de haute technologie est pour l’essentiel détenu par des étrangers. En Norvège, le niveau élevé des prix du pétrole permet de compenser la situation précaire des secteurs non pétroliers, par l’intermédiaire entre autres d’une reprise de l’investissement pétrolier. En ce qui concerne les autres pays d’Europe, on s’attend à ce qu’en Suisse, le taux de croissance tombe en deçà de 2 % en 2001 et en 2002, à cause surtout d’un fléchissement des exportations et de l’investissement. L’inflation étant toujours maîtrisée, la Banque nationale suisse a pu abaisser les taux d’intérêt—notamment le 17 septembre. De nouvelles réductions s’imposeront si les signes d’un ralentissement sensible de l’activité persistent. Une limitation continue des dépenses publiques sera nécessaire pour soutenir les baisses d’impôts prévues et faire face aux hausses de coûts associées au vieillissement de la population, ainsi qu’à la poursuite des réformes structurelles, y compris dans les industries de réseaux, afin de relever le taux tendanciel de croissance. En Islande, la croissance ralentirait fortement, d’après les projections, en raison principalement d’un fléchissement de la consommation privée, ce qui devrait permettre à ce pays de réduire quelque peu un déficit des transactions courantes toujours élevé. Par ailleurs, les autorités devraient continuer de renforcer la capacité du système financier à absorber les chocs.

Amérique latine: quel sera l’impact de la crise argentine?

En Amérique latine, après la forte reprise de l’an 2000, la croissance du PIB reviendrait, d’après les projections, à 1,7 % en 2001, soit une diminution de 2,5 points, et de 2 points par rapport aux projections établies pour les dernières Perspectives de L’économie mondiale (tableau 1.6). Les projections de croissance ont été révisées à la baisse pour la plupart des pays, par suite de l’impact croissant du ralentissement économique mondial, au Mexique et au Chili notamment, des difficultés économiques de l’Argentine, qui ont eu des répercussions sur un certain nombre de pays voisins, et de facteurs exogènes, y compris les incertitudes politiques et la crise énergétique au Brésil. Pour ces raisons, les flux de capitaux vers les pays de la région ont fléchi pendant le premier semestre de l’année et, à l’exception notable du peso mexicain, la plupart des monnaies régionales ont subi des pressions à la baisse. Du fait de l’aggravation de la crise argentine au début de juillet, qui s’est accompagnée de signes de contagion dans la région, ces pressions se sont nettement intensifiées. Le climat sur les marchés financiers demeure très instable, en particulier depuis les attentats du 11 septembre qui ont sans doute accentué la recherche de la qualité. En conséquence, il se peut que les projections soient beaucoup trop optimistes.

Tableau 1.6.Pays de l’hémisphère occidental et d’Asie (échantillon): PIB réel, prix à la consommation et solde des transactions courantes(Variations annuelles en pourcentage, sauf indication contraire)
PIB réelPrix à la consommation1Solde des transactions courantes2
199920002001200219992000200120021999200020012002
Hémisphère occidental0,24,21,73,68,88,16,24,9−3,2−2,5−3,0−3,0
Mercosur3−0,33,11,43,23,45,04,53,9−4,5−3,8−4,2−3,8
Argentine−3,4−0,5−1,42,6−1,2−0,9−0,60,6−4,2−3,2−2,9−2,8
Brésil0,84,52,23,54,97,06,24,8−4,8−4,2−5,0−4,5
Uruguay−2,8−1,31,02,55,74,85,49,5−2,4−2,9−2,7−2,2
Région des Andes−3,33,52,73,513,012,88,96,80,83,20,3−0,1
Chili−1,15,44,04,73,33,83,43,3−0,1−1,4−2,2−2,3
Colombie−4,12,82,12,810,99,27,86,6−0,2−2,3−2,7
Équateur−7,32,34,04,052,296,240,611,96,95,3−1,3−3,0
Pérou0,93,10,54,03,53,83,12,6−3,8−3,1−2,9−3,4
Venezuela−6,13,23,32,823,616,212,812,93,610,84,94,6
Amérique centrale et Caraïbes3,96,41,44,114,08,96,54,8−3,4−3,5−3,1−3,5
République Dominicaine8,07,83,05,66,57,79,74,7−2,5−5,4−4,1−4,4
Guatemala3,53,32,03,75,36,06,24,0−5,6−4,5−4,9−4,3
Mexique3,76,90,84,016,69,56,34,8−2,9−3,1−2,8−3,3

Comme c’est l’usage pour les Perspectives de l’économie mondiale, les variations des prix à la consommation sont données en moyennes annuelles, et non en glissement de décembre à décembre (comme dans certains pays).

En pourcentage du PIB.

Y compris Argentine, Bolivie, Brésil, Paraguay et Uruguay.

Comme c’est l’usage pour les Perspectives de l’économie mondiale, les variations des prix à la consommation sont données en moyennes annuelles, et non en glissement de décembre à décembre (comme dans certains pays).

En pourcentage du PIB.

Y compris Argentine, Bolivie, Brésil, Paraguay et Uruguay.

Dans de nombreux pays, un besoin de financement extérieur élevé, traditionnellement lié à un important déficit du secteur public et à un endettement public considérable, demeure le principal facteur de vulnérabilité (graphique 1.9). Conjuguées au ralentissement de la croissance, la dépréciation des taux de change et la hausse des taux d’intérêt exercent des pressions supplémentaires sur la position budgétaire des pays de la région, car une fraction non négligeable de leur dette publique—dont la majeure partie est parfois à court terme—est libellée en devises. Étant donné la nécessité de maintenir la confiance extérieure, la plupart des pays n’ont guère de marge de manoeuvre pour laisser jouer les stabilisateurs automatiques et certains devront durcir l’orientation fondamentale de leur politique budgétaire pour éviter des conséquences négatives sur le plan de la dette. En même temps, les taux de change fléchissant, la possibilité d’assouplir la politique monétaire est limitée dans plusieurs pays. Cela, malheureusement, intensifiera les pressions sur l’activité et aggravera un niveau de chômage déjà élevé dans la plupart des pays de la région.

Graphique 1.9.Pays de l’hémisphère occidental (échantillon): déficit global du secteur public et dette publique

(En pourcentage du PIB)

Un assainissement des finances publiques demeure indispensable dans de nombreux pays d’Amérique latine, surtout ceux où la dette intérieure reste élevée et vulnérable aux variations du taux de change.

Source: estimations des services du FMI.

1Environ 4 points du déficit en 1999 s’expliquent par l’impact de la dépréciation du real sur la dette du secteur public.

2Sauf indications à l’effet contraire, les données portent sur les stocks bruts de dette publique, y compris celle des entreprises publiques, mais non les engagements de la banque centrale.

3Prend en compte également les engagements de la banque centrale (monnaie centrale), déduction faite des avoirs liquides en devises.

4L’inclusion de la dette de la banque centrale, déduction faite des avoirs liquides en devises, accroîtrait sensiblement la dette intérieure et la dette liquide liée au taux de change deviendrait négative. Ne comprend pas les obligations émises dans le cadre du nouveau régime de retraite.

La situation en Argentine a continué d’affecter les économies de la région. S’il s’est temporairement amélioré après la crise de novembre 2000, le climat a recommencé à se dégrader profondément en mars 2001 à cause d’un nouvel affaiblissement de la position budgétaire et de troubles politiques, ainsi que d’une recrudescence des inquiétudes suscitées par le besoin de financement extérieur élevé de ce pays, alors que les marges demandées sur les emprunts subissaient une forte majoration, qui a aussi touché les pays voisins. La dégradation de la situation dans la région, en particulier la dépréciation du real brésilien, a également eu un impact négatif sur l’Argentine. En conséquence, les autorités ont continué de renforcer leur programme en prenant des mesures portant sur les recettes et les dépenses afin de ramener la position budgétaire vers les objectifs prévus; elles ont accompagné ces mesures d’une série d’initiatives visant à stimuler la productivité et la compétitivité, d’un swap de créances de 29,5 milliards de dollars qui, bien que verrouillé en fait aux taux du marché alors en vigueur, leur permettra de réduire sensiblement le besoin de financement en 2001-2005 et, à la fin de juin, d’une réforme fiscale prévoyant, dans le domaine du commerce extérieur, des dispositions qui ont abouti à une légère dépréciation effective du peso pour les échanges hors énergie et lié la valeur du peso pour ces échanges à un panier composé du dollar et de l’euro.

Le programme des autorités, qui a bénéficié parallèlement d’une amélioration générale du climat sur les marchés internationaux à compter d’avril, s’est traduit par une baisse des marges jusqu’au milieu de juin. Au début de juillet toutefois, la confiance s’est gravement détériorée, à cause dans un premier temps des craintes suscitées par les réformes engagées à la fin de juin, puis de la difficulté croissante à mobiliser des concours intérieurs. En conséquence, les marges ont été fortement relevées, les dépôts bancaires ont fait l’objet de retraits massifs et le marché des valeurs mobilières s’est effondré. Les autorités se sont alors engagées à accélérer l’ajustement des finances publiques et à en assurer la viabilité à moyen terme en appliquant intégralement la loi sur le déficit zéro approuvée par le Congrès le 29 juillet, en faisant adopter la législation visant à réformer le système de partage des recettes avec les provinces et en renforçant l’administration de l’impôt et les banques publiques. Pour appuyer ces diverses initiatives, le montant de l’accord approuvé par le FMI en faveur de l’Argentine a été majoré; une fraction de ce montant sera mise à la disposition des autorités afin de financer une opération volontaire, menée selon les lois du marché, en vue de renforcer la viabilité du profil de la dette. Cependant, si les dépôts du secteur privé augmentent de nouveau, l’activité économique et la confiance sont toujours au plus bas. La situation demeure très difficile et il est désormais vital d’appliquer promptement et intégralement les mesures qui ont été annoncées.

Après la forte reprise qui a suivi la récession de 1998-99, le Brésil a subi pendant le premier semestre de 2001 une série de chocs: les répercussions de la crise argentine, les incertitudes politiques et l’apparition d’une grave crise de l’énergie qui a obligé à rationner rigoureusement l’électricité. Si l’impact de ces chocs est difficile à évaluer (la durée du rationnement de l’électricité, par exemple, dépendra en partie du volume des précipitations à l’automne), la production a fléchi au deuxième trimestre et il existe un risque que l’activité s’affaiblisse davantage encore au cours de la période à venir. La confiance extérieure s’est également dégradée, ce qui s’est traduit par une majoration des marges et un ralentissement des entrées de capitaux, et le real n’a cessé de se déprécier, exerçant ainsi des tensions à la hausse sur l’inflation. Les autorités ont alors judicieusement relevé les taux d’intérêt et contracté de nouveaux emprunts à l’étranger pour gonfler les réserves et soutenir la monnaie. Suite à une aggravation de la crise argentine au début de juillet, ces tensions se sont nettement intensifiées, les marges augmentant alors de plus de 1.000 points de base et le real tombant à des niveaux exceptionnellement bas par rapport au dollar. Cela étant, les autorités ont continué de durcir leurs politiques budgétaire et monétaire, notamment en faisant passer l’objectif d’excédent primaire de 3 % à 3,35 % pour 2001 et à 3,5 % pour 2002 et en accélérant les réformes structurelles. Ces mesures ont été appuyées par un nouvel accord de confirmation de 15 milliards de dollars avec le FMI; cependant, les autorités ont l’intention, ont-elles indiqué, de n’utiliser ces ressources que si, selon elles, l’évolution de la situation économique et financière extérieure le justifie. En Uruguay, les perspectives se sont également assombries par suite de la tournure prise par les événements en Argentine et au Brésil, ainsi que d’une grave épidémie de fièvre aphteuse. Pour absorber les chocs extérieurs et défendre la compétitivité, les autorités ont élargi la bande de fluctuation du taux de change dont ils ont accéléré le rythme de dépréciation; il y aura lieu également de durcir encore les finances publiques afin de maîtriser les forces qui déterminent la dette publique, ainsi que d’accélérer les réformes structurelles.

Le principal facteur de vulnérabilité auquel est exposé le Mexique est toujours le risque d’une nouvelle dégradation de l’activité aux États-Unis. Pendant les trois premiers trimestres de l’an 2000, alors que la croissance dépassait 7 %, la priorité était d’éviter une surchauffe de l’économie. Cependant, la croissance du PIB et de la demande intérieure a depuis lors nettement ralenti, car les exportations vers les États-Unis, qui représentent 25 % du PIB, ont beaucoup diminué. Le PIB, corrigé des variations saisonnières, s’étant tassé pendant les deux premiers trimestres de 2001, la croissance de la production reviendrait, d’après les projections, en deçà de 1 % pour l’année dans son ensemble, puis se redresserait parallèlement à la reprise de l’activité aux États-Unis. On s’attend maintenant à ce que le déficit des transactions courantes tombe à 2,8 % du PIB en 2001 et à ce que les entrées de capitaux restent vigoureuses, grâce à l’impact que continue d’avoir sur l’investissement direct l’adhésion à l’ALENA, et notamment l’achat d’une grande banque nationale par une banque étrangère. Parallèlement, le peso s’est nettement apprécié et les tensions inflationnistes se sont atténuées, donnant ainsi aux autorités une certaine marge de manoeuvre pour assouplir la politique monétaire. Suite à la recrudescence de la crise en Argentine, une fraction de cette appréciation a été absorbée et les marges ont été relevées modérément. Le ralentissement de la croissance se traduisant par un manque à gagner, les autorités ont pris des mesures compensatoires afin de pouvoir respecter leurs objectifs budgétaires; l’adoption rapide de la réforme fiscale demeure cruciale pour limiter la vulnérabilité à moyen terme du budget.

On s’attend également à ce que la croissance du PIB soit faible dans la région des Andes par suite de la dégradation de l’environnement extérieur et régional; en outre, la crise argentine a eu des répercussions modérées dans certains pays. Au Chili, la croissance a ralenti et les perspectives restent sensibles à tout nouvel affaiblissement de l’économie mondiale (qui, en outre, déprimerait les prix à l’exportation). Le financement extérieur est plutôt moins préoccupant que dans les autres pays de la région, de sorte que les marges demandées continuent d’être relativement faibles. Les autorités ont abaissé les taux d’intérêt et l’utilisation de la nouvelle technique du ciblage du solde budgétaire structurel permettra aux stabilisateurs automatiques de jouer leur rôle. Cependant, la récente dépréciation du peso risque de limiter toute possibilité de desserrement de la politique budgétaire dans l’avenir (encore que, jusqu’à présent, elle ne semble avoir eu aucun effet sur les anticipations inflationnistes). En ce qui concerne les petits pays, on s’attend à ce qu’en Equateur, la croissance s’améliore grâce à la construction du nouvel oléoduc; par ailleurs, l’inflation continue de ralentir à mesure que s’installe la dollarisation. Toutefois, de nouvelles actions doivent être engagées pour s’attaquer aux faiblesses du secteur bancaire, qui demeurent un important facteur de vulnérabilité, et la récente annulation par la cour constitutionnelle de la hausse du taux de la TVA a accru les incertitudes sur le plan budgétaire. Au Venezuela, si elle est également restée très ferme, la croissance a été nettement tributaire d’une forte augmentation des dépenses publiques financée par des recettes pétrolières soutenues. Par suite de la faiblesse de l’investissement privé et de la confiance des entreprises, ainsi que de la persistance de sorties de capitaux massives, l’économie demeure vulnérable à toute baisse des prix du pétrole. En revanche, on s’attend à ce qu’en Colombie, la croissance ralentisse à cause de la baisse des prix du café et du niveau plus faible que prévu de l’investissement; si l’orientation de la politique macroéconomique semble en général prudente, l’évolution de la situation continue de dépendre fortement de la poursuite du processus de paix et des réformes structurelles avant les prochaines élections. Au Pérou, la croissance a ralenti sensiblement, sous l’effet principalement des incertitudes politiques durant la récente période préélectorale. L’une des principales tâches du nouveau gouvernement sera de rétablir la confiance dans un climat extérieur difficile, en appliquant une politique macroéconomique prudente et en accélérant la réforme, notamment les privatisations.

Malgré la baisse des recettes touristiques, la croissance a continué d’être robuste et l’inflation faible en l’an 2000 dans la région des Caraïbes. Ces résultats ont pu être obtenus grâce à une politique macroéconomique en général saine et aux investissements opérés dans les secteurs du gaz naturel et de la pétrochimie (Trinité-et-Tobago), ainsi que du tourisme et des infrastructures (Grenade et Saint-Kitts-et-Nevis). Il se peut que les perspectives s’assombrissent pour 2001 et à moyen terme à cause de l’impact sur le tourisme du ralentissement de la croissance aux États-Unis, de l’érosion de l’accès préférentiel aux marchés de l’UE dont bénéficient la banane et le sucre et du repli de l’activité du secteur des services financiers offshore par suite de l’intensification des contrôles internationaux et du durcissement des règlements. La croissance devrait continuer d’être forte à Trinité-et-Tobago grâce aux secteurs du gaz naturel et des services, et la longue période de stagnation que connaît la Jamaïque pourrait maintenant prendre fin sous l’effet du redressement de l’activité dans les secteurs des mines et des services, dont le tourisme, ainsi que du recul constant des taux d’intérêt. Les autres pays, et plus précisément les membres de l’Union monétaire des Caraïbes orientales, devraient renforcer rapidement leurs finances publiques, notamment en limitant les dépenses de personnel de l’État (condition essentielle à une amélioration de la compétitivité) et en accélérant les privatisations et les autres réformes structurelles afin de neutraliser la dégradation de l’environnement extérieur; il serait également indispensable que ces pays durcissent la réglementation et le contrôle des centres financiers offshore.

Les économies émergentes d’Asie durement éprouvées par les chocs extérieurs

Les perspectives ont continué de se dégrader dans les économies de marché émergentes d’Asie. Depuis le milieu de l’an 2000, la production industrielle et les exportations diminuent nettement à cause du ralentissement de l’économie mondiale, surtout dans le secteur des hautes technologies et, plus récemment, de l’affaiblissement de la croissance en Europe et au Japon (graphique 1.10). S’ajoutant à divers chocs antérieurs, y compris le renchérissement du pétrole, les incertitudes politiques et, parfois, un recul de la confiance imputable au retard pris par les réformes structurelles, les perspectives de croissance se sont encore assombries dans la plupart des nouvelles économies industrielles et des pays de l’ASEAN (tableau 1.7). Ces chocs se sont accompagnés d’une baisse des marchés des actions, de sorties de capitaux et de pressions périodiques sur les taux de change. La contribution du commerce extérieur à l’activité est plus faible en Chine et en Inde, les deux principales économies de la région; cependant, si l’activité en Chine doit normalement être assez soutenue, la croissance en Inde fléchirait, d’après les projections, en 2001 par suite d’une série de chocs intérieurs, ainsi que d’une chute des exportations.

Graphique 1.10.Pays d’Asie et du Pacifique (échantillon): tassement de la croissance des exportations1

(Variations en pourcentage; dollars)

Dans les nouvelles économies industrielles et les pays membres de l’Association des nations de l’Asie du Sud-Est (ASEAN), la demande extérieure, surtout celle de produits de haute technologie, ralentit considérablement.

Source: estimations des services du FMI.

1Exportations de marchandises.

Tableau 1.7.Pays d’Asie (échantillon): PIB réel, prix à la consommation et solde des transactions courantes(Variations annuelles en pourcentage, sauf indication contraire)
PIB réelPrix à la consommation1Solde des transactions courantes2
199920002001200219992000200120021999200020012002
Pays émergents36,47,05,15,92,11,82,73,13,83,02,11,6
Nouvelles économies industrielles7,98,21,04,31,22,12,17,14,95,04,8
Corée10,98,82,54,50,82,34,43,46,02,42,62,1
Hong Kong (RAS)3,010,50,64,0−4,0−3,7−1,40,67,35,46,67,5
Singapour5,99,9−0,24,00,11,41,51,725,923,721,019,8
Taiwan, prov. chinoise de5,46,0−1,04,00,21,30,10,82,92,92,52,6
ASEAN-42,85,02,44,110,23,06,65,09,28,04,83,9
Indonésie0,84,83,04,320,73,810,87,04,15,23,22,0
Malaisie6,18,31,04,82,71,51,52,015,99,46,65,7
Philippines3,44,02,53,56,64,36,55,710,012,56,47,2
Thaïlande4,24,42,04,00,31,52,52,710,27,54,43,2
Asie du Sud46,45,84,55,64,84,03,85,5−1,1−1,1−1,0−1,1
Bangladesh5,46,05,55,06,42,33,15,5−1,4−1,2−1,7−1,8
Inde6,86,04,55,74,74,03,65,5−0,7−0,9−0,8−0,9
Pakistan4,13,93,94,64,14,45,15,1−2,8−2,1−2,0−2,0
Anciennes économies à planification centrale57,07,97,47,1−1,10,41,01,61,61,80,90,1
Chine7,18,07,57,1−1,40,41,01,51,61,91,00,2
Vietnam4,25,54,56,04,1−1,70,64,34,52,11,3−2,7

Comme c’est l’usage pour les Perspectives de l’économie mondiale, les variations des prix à la consommation sont données en moyennes annuelles, et non en glissement de décembre à décembre (comme dans certains pays).

En pourcentage du PIB.

Pays en développement, nouvelles économies industrielles et Mongolie.

Bangladesh, Inde, Maldives, Népal, Pakistan et Sri Lanka.

Cambodge, Chine, Mongolie, Rép. dém. pop. lao et Vietnam.

Comme c’est l’usage pour les Perspectives de l’économie mondiale, les variations des prix à la consommation sont données en moyennes annuelles, et non en glissement de décembre à décembre (comme dans certains pays).

En pourcentage du PIB.

Pays en développement, nouvelles économies industrielles et Mongolie.

Bangladesh, Inde, Maldives, Népal, Pakistan et Sri Lanka.

Cambodge, Chine, Mongolie, Rép. dém. pop. lao et Vietnam.

On s’attend à ce qu’en 2002, la croissance reparte dans la plupart des pays asiatiques grâce à une reprise de l’activité mondiale et de celle du secteur de l’électronique; la bonne tenue que ne cessent d’afficher les engagements en matière d’investissement direct étranger est en outre encourageante. Cependant, de graves risques pèsent sur ces perspectives, étant donné les incertitudes croissantes qui planent depuis le 11 septembre sur l’économie et les marchés financiers mondiaux. À cet égard, il convient de signaler que le ralentissement de l’activité pourrait se prolonger aux États-Unis, que le secteur des hautes technologies tarde à se redresser et que les perspectives se dégradent au Japon (encadré 1.4). Une nouvelle détérioration des conditions financières extérieures pourrait également créer des difficultés pour certaines économies régionales. Les fondamentaux s’étant améliorés depuis la crise asiatique (excédents des transactions courantes élevés, augmentation des réserves, réduction de la dette extérieure à court terme et adoption généralisée de taux de change flexibles), la plupart des pays sont mieux à même de gérer de tels risques. Cependant, un nouveau repli de la croissance intensifierait les pressions sur des secteurs financiers et des entreprises déjà faibles, aggraverait le déficit budgétaire en Inde et entraverait la réforme en Chine. Bien que la marge de manoeuvre dont disposent les autorités varie selon les pays, il faudrait, dans la mesure du possible, que la politique macroéconomique continue de soutenir l’activité et que, surtout dans les pays où elle connaît des retards, la réforme du secteur financier et de celui des entreprises soit accélérée.

Le ralentissement économique a continué d’être le plus marqué dans les quatre nouvelles économies industrielles et en Malaisie; ces cinq économies, qui s’étaient le mieux redressées après la crise de 1997-98, sont très ouvertes et, mis à part la RAS de Hong Kong, très sensibles à l’évolution du secteur des hautes technologies (voir chapitre III, encadré 3.4). La croissance des exportations s’est effondrée dans les cinq économies et, parallèlement, la production industrielle a fortement régressé, notamment en Malaisie, à Singapour et dans la province chinoise de Taiwan. La situation a été aggravée par un tassement de la croissance de la demande intérieure, la confiance des consommateurs et des entreprises ayant reculé en raison, dans certains cas, des faiblesses du secteur bancaire et de celui des entreprises, et de la chute des prix des actifs. Dans la province chinoise de Taiwan, où l’on s’attend à ce que le PIB diminue en 2001, le recul brutal de l’activité a aggravé les inquiétudes quant à la santé du système financier, y compris la faible rentabilité du secteur bancaire et l’augmentation du nombre des prêts non performants; cependant, des réserves de change considérables et un endettement public faible limitent la vulnérabilité extérieure de l’économie. En Corée, si la confiance des entreprises et des ménages s’est assez bien tenue et si le taux de chômage est resté bas, le ralentissement de la production industrielle et des exportations traduit un nouveau fléchissement de l’activité en 2001. Les pays de l’ASEAN (exception faite de la Malaisie) sont un peu moins ouverts et les évolutions mondiales et intérieures ont surtout affaibli une reprise qui, déjà, s’essoufflait. Aux Philippines et en Thaïlande, la croissance a été pénalisée par le recul de l’activité du secteur de l’électronique, les incertitudes politiques et les déficiences du système bancaire, ainsi que par la vulnérabilité des entreprises (en Thaïlande) et un déficit budgétaire important (aux Philippines). En Indonésie, le climat du marché s’est quelque peu amélioré depuis la récente résolution pacifique de la crise politique, comme l’indique, entre autres, le renforcement de la roupie de 25 % environ. Le récent durcissement des politiques budgétaire et monétaire et l’intention qu’affiche maintenant le gouvernement d’accélérer la réforme sont autant de signes encourageants, mais des défis majeurs restent à relever: il convient en particulier de s’attaquer aux problèmes que soulèvent la viabilité et la décentralisation des finances publiques, de maîtriser l’inflation et d’accélérer la restructuration des banques et des entreprises.

Les solutions dont disposent les autorités pour combattre la faiblesse persistante de la production et de la demande intérieure sont très diverses. La plupart des pays ont abaissé les taux d’intérêt, et nombreux sont ceux qui peuvent, si nécessaire, les réduire encore sans compromettre les taux bas d’inflation dont ils bénéficient. En Thaïlande, une hausse des taux d’intérêt au début de juin a jeté le doute sur l’orientation donnée à la politique monétaire, mais la banque centrale a depuis lors clarifié son intention de continuer d’appliquer une politique favorable à l’activité et a exclu de nouvelles hausses des taux à court terme. En Indonésie, les risques d’inflation sont plus graves et la banque centrale a dû relever les taux d’intérêt pour s’y attaquer. Plusieurs pays, dont la Corée, la Malaisie, la province chinoise de Taiwan et la Thaïlande, ont récemment adopté un important programme budgétaire pour soutenir la croissance, alors que dans d’autres, l’Indonésie et les Philippines notamment, le niveau élevé du déficit ou de l’endettement public limite la marge de manoeuvre des autorités.

On s’attend à ce que la Chine continue d’enregistrer une croissance vigoureuse en 2001, en partie parce que la contribution au PIB des exportations, celles de produits de haute technologie plus particulièrement, est beaucoup moins importante que dans la plupart des autres économies émergentes d’Asie. En réalité, malgré une chute des exportations en 2001, qui montre que la Chine n’est pas totalement à l’abri du ralentissement économique mondial, l’activité globale est restée forte pendant le premier semestre, grâce à une consommation privée dynamique et à des investissements publics massifs, qui s’expliquent par le programme budgétaire de septembre 2000. À court terme, le volume élevé des réserves extérieures et de l’investissement direct étranger limite aussi la vulnérabilité de la Chine aux chocs extérieurs—l’investissement direct étranger est de l’ordre de 40 milliards de dollars par an depuis 1996 et on a constaté une forte augmentation des engagements à ce titre l’an dernier. Les principaux problèmes économiques, que les autorités doivent résoudre d’autant plus rapidement que l’accession de la Chine à l’Organisation mondiale du commerce est imminente, sont toujours de renforcer le secteur bancaire qui, malgré les récents transferts de créances aux sociétés de recouvrement des actifs, demeure pénalisé par le volume élevé des prêts non performants et d’avancer dans la restructuration des entreprises, ainsi qu’à moyen terme, d’améliorer la position budgétaire afin de couvrir le coût des réformes du secteur bancaire et de celui des entreprises et d’assurer le paiement des retraites. Il serait en outre souhaitable de s’orienter progressivement, le moment venu, vers une gestion plus flexible du taux de change.

L’Inde est elle aussi relativement à l’abri du ralentissement mondial, car son secteur des technologies de l’information est axé essentiellement sur les services, domaine dans lequel ce pays demeure éminemment compétitif sur le plan des coûts, et son économie est assez fermée. Néanmoins, l’activité a fortement ralenti à cause de la sécheresse, du renchérissement de l’énergie, de l’effet décroissant de l’important programme de relance budgétaire adopté à la fin des années 90 et du tremblement de terre dévastateur qui a frappé le Goudjerate. En conséquence, la croissance tomberait, d’après les projections, à environ 4,5 % en 2001 (5 % pour l’exercice 2001/02), soit très en deçà des taux jugés nécessaires pour réduire sensiblement la pauvreté (voir encadré 1.6). Grâce à une mousson dont les effets s’annoncent favorables, on s’attend à ce que l’économie se redresse graduellement au second semestre de 2001 et en 2002; en outre, selon les projections, la position extérieure demeurerait relativement bonne. Cependant, à cause du récent ralentissement de l’économie, le déficit du secteur public dépasserait sans doute 11 % du PIB pour l’exercice 2001/02. Il est donc indispensable que des mesures soient prises pour assurer la viabilité des finances publiques et jeter les bases d’une croissance forte et durable, y compris en continuant de faire avancer le projet de loi sur la responsabilité budgétaire et en appliquant l’ambitieux programme de réformes structurelles récemment mis au point par les conseillers économiques du Premier ministre.

Au Pakistan et au Bangladesh, les perspectives économiques à court terme divergent en partie à cause d’un contexte agricole différent. Au Pakistan, une grave sécheresse a freiné la croissance et affaibli la balance commerciale, alors que les vulnérabilités financières étaient déjà importantes (réserves faibles, dette publique élevée et déficit de financement considérable, notamment); au Bangladesh en revanche, la production agricole et le commerce extérieur se sont redressés après le recul de l’an 2000 imputable aux inondations. Sous l’effet en partie de cette double évolution, les recettes fiscales ont été inférieures aux anticipations au Pakistan, mais ont augmenté sensiblement au Bangladesh. Les deux pays devraient continuer d’améliorer leur position budgétaire à moyen terme, notamment en renforçant l’administration de l’impôt et la discipline en matière de dépenses. La poursuite de la privatisation des banques et des entreprises publiques, ainsi que de la libéralisation des grands secteurs de l’économie, notamment celui de l’énergie, favoriserait en outre l’investissement, la diversification des activités et une croissance durable.

Encadré 1.6.La relation croissance-pauvreté en Inde

Ces trente dernières années, le taux de pauvreté a reculé sensiblement en Inde. Les indicateurs du développement social, comme l’espérance de vie, le taux d’alphabétisation et le taux de mortalité infantile, se sont également améliorés. Malgré ces progrès, 260 millions de personnes environ (26 % de la population) vivent toujours au-dessous du seuil de pauvreté, ce qui continue de poser un problème majeur aux autorités1.

Entre 1974 et l’an 2000, le pourcentage de la population vivant au-dessous du seuil de pauvreté est passé de 55 % à 26 % (voir le graphique). Ce recul a été assez uniforme dans les campagnes et dans les villes. La pauvreté rurale, qui constitue approximativement les trois quarts de la pauvreté dans le pays, est tombée de 56 % en 1974 à 27 % en l’an 2000, alors que, durant la même période, la pauvreté urbaine est passée de 49 % à 24 %. Les différences entre États se sont aussi réduites mais elles restent importantes—la fraction de la population qui vit au-dessous du seuil de pauvreté est de 6 % dans l’État du Pendjab, mais de 43 % environ dans celui du Bihâr. Si la réduction de la pauvreté a en général été régulière pendant cette période, elle a cependant été plus forte entre 1994 et l’an 2000.

Tendances de la pauvreté

(Pourcentage de la population vivant au-dessous du seuil de pauvreté)

Source: estimations du Official Expert Group.

Les statistiques présentent cependant des problèmes qui compliquent l’analyse des tendances de la pauvreté en Inde. Bien que les données de ce pays soient considérées parmi les meilleures des pays en développement, il existe un certain nombre de difficultés, qui portent en particulier sur la couverture et la fréquence des enquêtes (National Sample Surveys, NSS) à partir desquelles la pauvreté est estimée2. En outre, on s’interroge sur l’exactitude des déflateurs des prix utilisés dans l’estimation des dépenses de consommation réelle, ainsi que sur l’utilisation de techniques d’estimation qui ne reflètent ni les progrès de la monétisation, ni l’évolution des préférences des consommateurs, particulièrement dans l’économie rurale. Plus récemment, les estimations de la pauvreté pour l’an 2000 ont soulevé des doutes. D’après certains analystes, les confusions créées chez les enquêteurs et les sondés par les modifications apportées aux questionnaires d’enquête ont peut-être donné lieu à des erreurs d’évaluation, ainsi qu’à une sous-estimation systématique du taux de pauvreté.

Malgré ces problèmes, les nombreuses études consacrées à la pauvreté en Inde font ressortir plusieurs faits significatifs: premièrement, au niveau microéconomique, les taux de pauvreté semblent être plus élevés pour les femmes, les analphabètes, les paysans sans terre et les membres des castes inférieures (National Council of Applied Economic Research, 1996). Deuxièmement, au niveau macroéconomique, la croissance est déterminante pour la lutte contre la pauvreté. Il ressort d’études empiriques que tant l’augmentation des rendements agricoles que l’expansion de la production non agricole ont sensiblement abaissé le taux de pauvreté. En outre, une faible inflation, les progrès de l’éducation, les dépenses de développement public et les réformes agraires—en particulier celles du régime d’occupation—ont aussi joué un rôle décisif dans la lutte contre la pauvreté. Enfin, les programmes de réduction de la pauvreté (subventions aux denrées alimentaires, travaux ruraux et projets en faveur de l’emploi indépendant) n’ont pas été très efficaces par rapport aux coûts, surtout à cause d’un mauvais ciblage, de détournements et d’abus. Cependant, la rationalisation et le ciblage de ces programmes se sont récemment améliorés (Banque mondiale, 2000).

Ces dernières années, certains analystes ont noté avec inquiétude que la corrélation positive entre la croissance et la réduction de la pauvreté mise en évidence par le passé s’est peut-être affaiblie dans les années 90. Si les réformes engagées au début des années 90 ont fortement stimulé la croissance, leurs effets sur la pauvreté ont été contestés. D’après une analyse récente, dans laquelle les données des enquêtes annuelles complètent les estimations des enquêtes quinquennales, la pauvreté a en effet augmenté pendant les premières années de la réforme (1991-92) mais elle a ensuite diminué, à mesure que les résultats de la réforme se sont répercutés dans l’économie3. D’autres facteurs qui contribuaient précédemment à une réduction de la pauvreté, comme une inflation faible et des dépenses de développement public élevées, semblent quant à eux avoir joué un rôle moins important pendant cette période.

Les données de l’enquête de l’an 2000—qui indiquent une forte baisse du taux de pauvreté après 1997, pendant une période de croissance assez robuste—apportent une nouvelle preuve de ce que la croissance a été favorable aux pauvres en Inde. En outre, le fait que la consommation par habitant—dans les comptes nationaux—a fortement augmenté ces dix dernières années, et même à un rythme plus rapide que ne l’indiquent les résultats des enquêtes NSS, alors que l’inégalité des revenus n’a que faiblement augmenté, semble confirmer cette conclusion.

1Le seuil officiel de pauvreté de l’Inde, établi selon des normes nutritionnelles, est fixé à des dépenses mensuelles de 49 roupies par habitant aux prix de 1973-74 pour les zones rurales et à 57 roupies pour les zones urbaines. Ce seuil est inférieur à celui d’un dollar par jour (à parité de pouvoir d’achat) établi par la Banque mondiale, selon lequel 47 % de la population indienne vivait dans la pauvreté en 1994, contre 35 % d’après les estimations officielles.2Les NSS se divisent en deux catégories d’enquêtes auprès des consommateurs: une enquête annuelle dont la taille de l’échantillon et la couverture sont limitées et une enquête plus générale portant sur un échantillon plus large, réalisée tous les cinq ans environ. Bien que les estimations tirées des enquêtes annuelles soient publiées, elles ne sont pas utilisées pour établir des estimations officielles. Néanmoins, la plupart des analyses des séries chronologiques de la pauvreté complètent les estimations des enquêtes générales par celles des enquêtes annuelles.3Voir Jahangir Aziz, document de travail du FMI à publier, qui examine les résultats obtenus dans la lutte contre la pauvreté au niveau des États pendant la période 1974-97 d’après les estimations tirées des deux séries d’enquêtes.

En Australie et en Nouvelle-Zélande, on s’attend à un ralentissement sensible de la croissance en 2001—qui serait toutefois nettement moins fort que dans d’autres pays de la région—, mais aussi à un recul de l’inflation et à une diminution du déficit des transactions courantes. Dans les deux pays, les exportations se sont bien comportées, grâce entre autres à une nouvelle dépréciation du taux de change réel, encore que la récente croissance des exportations puisse se révéler peu viable si les marchés extérieurs continuent de s’affaiblir. La demande intérieure a été plus irrégulière: l’investissement, dans la construction résidentielle notamment, a été peu élevé, mais connaît, d’après de récentes informations, un net rebond en Australie, alors que, dans les deux pays, la confiance des ménages et les dépenses de consommation résistent relativement bien. L’Australie a abaissé fortement ses taux d’intérêt et a pu ainsi soutenir un redressement manifeste de l’activité qui avait ralenti au second semestre de l’an 2000 du fait en partie de l’absorption de la demande accumulée avant la modification du régime fiscal au milieu de l’an 2000. En Nouvelle-Zélande, les réductions de taux d’intérêt ont été plus modérées, l’utilisation des capacités étant forte et les marchés du travail plus rigides. À condition que l’inflation demeure maîtrisée, les deux pays pourront néanmoins abaisser encore leurs taux, en particulier si la demande extérieure et intérieure fléchit par suite de la dégradation de l’activité mondiale.

Les pays insulaires du Pacifique ont enregistré des résultats économiques très contrastés au fil des ans, car, dans ces pays, les politiques économiques n’ont pas été appliquées avec la même vigueur, les contextes politiques sont différents et certains chocs extérieurs ne se sont pas produits au même moment, ni avec la même gravité. Ainsi, le PIB réel s’est nettement contracté en l’an 2000 aux Fidji et dans les Îies Salomon, où des perturbations politiques et des troubles civils ont fortement ébranlé la confiance, mais s’est redressé vigoureusement aux Samoa, qui ont tiré parti de l’application continue de saines politiques et de la chute du tourisme aux Fidji. Le ralentissement économique mondial freinera sans doute la croissance en 2001, en particulier dans les pays où le secteur du tourisme est relativement important.

Pays émergents d’Europe: un équilibre difficile entre les objectifs à court et à moyen terme

On s’attend à ce qu’après une forte remontée en l’an 2000, la croissance du PIB dans les pays émergents d’Europe tombe à 1,1 % en 2001 (tableau 1.8), à cause principalement d’une baisse sensible de la production en Turquie. Dans la plupart des autres pays de la région, la croissance du PIB fléchira sans doute modérément, à mesure que celle des exportations—qui, stimulée par l’investissement direct étranger et la restructuration des entreprises, s’est bien comportée jusqu’à présent—subira de plus en plus l’impact du tassement de la demande en Europe, notamment en Allemagne (graphique 1.11). Parallèlement, on ne s’attend guère à une réduction des déficits extérieurs courants qui, bien que financés pour l’essentiel par l’investissement direct étranger, demeurent un facteur de vulnérabilité. Jusqu’à présent, les répercussions de la crise turque ont été limitées, encore que, dans certains pays, dont la Pologne et la Hongrie, des tensions se soient exercées sur le taux de change par suite de la dégradation de la situation en Argentine au début de juillet. Dans la plupart des pays, le chômage, qui est lié aux rigidités du marché du travail et à une lourde fiscalité des travailleurs, est aussi un grave problème.

Tableau 1.8.Pays candidats à l’adhésion à I’Union européenne: PIB réel, prix à la consommation et solde des transactions courantes(Variations annuelles en pourcentage, sauf indication contraire)
PIB réelPrix à la consommation1Solde des transactions courantes2
199920002001200219992000200120021999200020012002
Pays candidats à l’adhésion à l’UE−0,14,91,14,725,324,320,514,7−4,1−5,1−2,8−3,6
Turquie−5,07,5−4,35,964,954,951,932,7−0,7−4,93,0−0,4
Turquie exclue2,13,83,44,211,212,98,87,5−5,7−5,3−5,3−5,0
États baltes−1,75,14,55,21,82,22,33,1−9,3−6,3−6,7−6,4
Estonie−0,76,94,55,03,34,05,73,8−4,7−6,4−7,2−6,8
Lettonie1,16,66,06,02,42,62,33,0−9,7−6,8−6,3−5,8
Lituanie−3,93,33,64,70,81,00,62,8−11,2−6,0−6,7−6,6
Europe centrale3,13,93,14,06,98,65,35,0−5,7−5,2−5,1−4,9
Hongrie4,55,24,54,510,09,89,46,4−4,3−3,6−4,8−4,8
Pologne4,14,12,53,77,310,15,75,7−7,5−6,3−5,2−5,0
République slovaque1,92,23,04,410,712,07,26,0−5,7−3,7−7,3−6,4
République tchèque−0,42,93,33,92,14,03,93,8−2,9−4,6−5,0−4,9
Slovénie5,24,94,54,06,28,97,05,0−3,9−3,2−2,7−2,4
Europe du Sud et du Sud-Est−0,72,84,24,630,932,924,118,2−4,0−5,1−5,7−5,2
Bulgarie2,45,84,55,02,610,46,83,2−5,3−5,8−6,0−5,7
Chypre4,55,14,24,01,84,12,22,5−2,4−5,0−3,6−3,0
Malte4,04,74,14,32,12,41,82,0−3,4−14,5−5,9−5,1
Roumanie−2,31,64,14,545,845,733,826,0−4,1−3,9−6,0−5,5

Comme c’est l’usage pour les Perspectives de l’ticonomie mondiale, les variations des prix à la consommation sont données en moyennes annuelles, et non en glissement de décembre à décembre (comme dans certains pays).

En pourcentage du PIB.

Comme c’est l’usage pour les Perspectives de l’ticonomie mondiale, les variations des prix à la consommation sont données en moyennes annuelles, et non en glissement de décembre à décembre (comme dans certains pays).

En pourcentage du PIB.

Graphique 1.11.Pays émergents d’Europe: croissance des exportations1

(Pourcentage de variation par rapport au même trimestre de l’année précédente, sauf indication contraire)

Ces dernières années, les exportations des pays émergents d’Europe ont fortement augmenté grâce en partie à la restructuration des entreprises et à I investissement direct étranger. Cependant, la croissance des exportations a récemment fléchi sous l’effet du ralentissement de l’activité mondiale.

Sources: FMI,Direction of Trade Statistics; site Internet de plusieurs banques centrales.

1Exportations de marchandises exclusivement.

L’évolution des agrégats régionaux a été dominée par la crise qui s’est développée en Turquie; dans ce pays, l’affaiblissement des fondamentaux, les dérapages dans l’application des politiques et l’accroissement des incertitudes politiques ont culminé avec une attaque spéculative majeure sur la livre que les autorités ont laissé flotter à la fin de février. Sous l’effet conjugué des sommets atteints par les taux d’intérêt pendant la crise, du volume considérable des emprunts au jour le jour des banques d’État et de l’appui officiel donné à des banques privées dans le cadre d’interventions, la dette publique a augmenté sensiblement et ses échéances ont été très vite abrégées. Bien qu’ils aient diminué aussitôt après la crise, les taux d’intérêt sont demeurés à de hauts niveaux qui compromettent la viabilité des finances publiques et la reprise. Les taux d’intérêt réels élevés, ainsi que les incertitudes très grandes qui planent sur les taux de change et l’inflation, ont nui à l’économie réelle et intensifié les pressions qui s’exerçaient sur un système bancaire déjà faible. Le principal enjeu pour la nouvelle équipe économique était de rétablir la confiance et de faire baisser les taux d’intérêt rapidement et d’une manière durable. À cet effet, le programme des autorités s’attaque aux faiblesses structurelles majeures (celles du système bancaire surtout), réduit les besoins d’emprunt du secteur public, aide à assurer la viabilité de la dette, tout en axant la politique monétaire sur une baisse de l’inflation, et renforce le dialogue social afin de promouvoir la modération salariale et la protection sociale. Ce programme bénéficie de concours supplémentaires importants en provenance de l’étranger et d’institutions financières internationales comme le FMI.

Les résultats obtenus jusqu’à présent sont contrastés. Comme prévu, la croissance de la production a fortement ralenti, mais, d’après certains signes, il se peut que la confiance des entreprises se stabilise, et l’on s’attend à ce que les exportations et le tourisme se redressent rapidement grâce à la dépréciation de la livre. La restructuration du système bancaire a bien avancé, les résultats budgétaires ont été meilleurs que prévu, l’inflation semble s’être modérée et, après certains dérapages initiaux, les politiques sont nettement mieux appliquées. Même s’ils ont baissé quelque peu, les taux d’intérêt intérieurs se situent toujours sensiblement au-dessus des niveaux prévus dans le programme, en raison des risques élevés qui, selon le marché, continuent d’être présents et de facteurs extérieurs comme les effets de contagion de la crise argentine. La situation économique étant encore très difficile, et étant donné qu’il convient de poursuivre le renforcement de la confiance extérieure, une application sans failles du programme, avec le concours plein et entier de la classe politique, demeure indispensable.

Dans les autres pays de la région, les politiques macroéconomiques et structurelles ont continué d’être axées sur l’objectif d’une adhésion rapide à l’Union européenne, y compris l’adoption de l’acquis communautaire (socle commun de droits et obligations qui lient entre eux les pays membres de l’UE). Comme des incertitudes continuent de planer sur le calendrier de l’élargissement de l’UE et que, selon certains indices, le soutien populaire à cet élargissement pourrait s’éroder à la fois dans les pays candidats et dans ceux de l’UE, il y a lieu de se réjouir tout particulièrement de la décision prise par les chefs d’État et de gouvernement de l’UE en juin au sommet de Gôteborg de s’employer à conclure d’ici à la fin de 2002 les négociations avec les pays les plus avancés dans le processus afin qu’ils puissent rejoindre l’union en 2004. Cependant, les discussions sur les dossiers les plus délicats n’étant toujours pas terminées, beaucoup reste à faire, tant par l’UE que par les pays candidats, pour que cet objectif soit atteint.

En Europe centrale, l’un des principaux enjeux pour les autorités est toujours de doser le mieux possible les mesures budgétaires et les mesures monétaires en tenant compte de la conjoncture et de l’objectif d’une réduction à moyen terme des déficits budgétaire et extérieur. En Pologne, où l’activité a fortement ralenti et où l’inflation diminue, les taux d’intérêt ont été abaissés (la dernière fois en août), parallèlement à un assouplissement pour ainsi dire cycliquement neutre de l’objectif de déficit budgétaire. Il semble possible d’abaisser encore les taux d’intérêt, qui restent très élevés en termes réels. Dans le prochain budget, il convient d’éviter de prendre de nouveaux engagements de dépenses et d’accorder de nouvelles exonérations d’impôts afin d’empêcher l’apparition de déséquilibres et de relancer le processus d’assainissement à moyen terme des finances publiques. En Hongrie en revanche, l’expansion demeure assez robuste et l’inflation est revenue en deçà de 10 %. Le récent élargissement de la bande de fluctuation du taux de change facilite le resserrement nécessaire des conditions monétaires, qui doit toutefois être soutenu par une politique budgétaire plus stricte. En République tchèque, la demande et l’activité sont restées vigoureuses au premier trimestre, mais ont semblé fléchir depuis lors. La banque centrale a relevé son taux d’intérêt directeur pour la première fois depuis mars 1998 alors que la croissance et l’inflation s’accéléraient et que, d’après les projections, le déficit budgétaire sous-jacent (hors recettes de privatisation et dépenses de restructuration des banques) devait augmenter. À moyen terme, tous les pays font face à de graves problèmes budgétaires liés au vieillissement de la population, à la lourde fiscalité des travailleurs et aux dépenses imposées par l’adhésion à l’UE, ce qui souligne la nécessité de rationaliser les autres dépenses courantes, y compris par une restructuration de la fonction publique et une amélioration du ciblage des dépenses sociales (voir Christou and Daseking, à paraître).

Dans les États baltes, l’activité resterait assez robuste selon les projections, avec un léger ralentissement en Estonie imputable en partie à la sensibilité de ce pays au secteur de l’électronique; ce ralentissement serait compensé dans une certaine mesure par la reprise régulière que connaît la Lituanie depuis la récession de 1999. Étant donné le degré d’ouverture de leur économie, ces pays demeurent vulnérables à la faiblesse de la demande extérieure, en particulier celle de l’Europe. Les trois pays ont fortement réduit leur déficit budgétaire pour les deux derniers exercices, ce qui a contribué à un recul du déficit extérieur courant dans toute la région. Si ce dernier déficit demeure néanmoins élevé, à cause en partie du renchérissement du pétrole, les facteurs de vulnérabilité sont atténués grâce à des apports massifs de capitaux sous forme d’investissement direct étranger et à un endettement extérieur en général faible. À moyen terme, le principal défi à relever est de consolider ces résultats tout en finançant les dépenses supplémentaires nécessitées par l’adhésion à l’UE, ainsi que par la réforme des pensions, et, dans le cas de la Lituanie et de la Lettonie, de défendre un arrimage ultérieur de la monnaie à l’euro (prévu pour 2002 en Lituanie).

Dans les pays d’Europe du Sud-Est, l’expansion a été soutenue en Bulgarie par une politique macroéconomique saine, encore que le ralentissement de l’activité en Europe et la crise turque aient commencé à réduire les recettes commerciales et touristiques. Le principal enjeu pour le nouveau gouvernement est de maintenir l’élan de la réforme structurelle qui permettra à la Bulgarie de se doter d’une économie de marché hautement compétitive et performante. En Roumanie, pays où, ces dernières années, les réformes et la stabilité macroéconomique ont évolué en dents de scie, la croissance du PIB a été de plus en plus tirée par la demande intérieure, parallèlement à une augmentation significative du déficit courant. Pour atténuer ces pressions, et soutenir un nouveau ralentissement de l’inflation, il convient de durcir la politique budgétaire, y compris par des mesures visant à améliorer les résultats financiers des entreprises publiques. Il est en outre essentiel de donner un nouvel essor aux réformes, notamment en accélérant les privatisations et en gérant mieux les affaires publiques.

En République fédérale de Yougoslavie, qui se trouve confrontée à une immense opération de reconstruction économique et à un endettement extérieur écrasant, le nouveau gouvernement s’est lancé, avec une rapidité et une détermination impressionnantes, dans un ambitieux programme de stabilisation et de réforme. Les autorités ont axé la politique macroéconomique sur la lutte contre l’inflation, qui a atteint le taux sans précédent de plus de 100 % à la fin de l’an 2000, en limitant rigoureusement l’expansion du crédit, surtout les prêts quasi budgétaires aux entreprises d’État, et en s’appuyant de plus en plus sur des sources non inflationnistes de financement comme l’aide étrangère et les recettes de privatisation. De vastes réformes structurelles sont également prévues, y compris une libéralisation presque complète des systèmes de commerce et de change et une réforme budgétaire, de même que la mise en chantier d’une stratégie d’assainissement du secteur bancaire. Cependant, beaucoup reste à faire et il sera crucial, pour que les réformes se maintiennent sur leur lancée, qu’elles continuent d’être soutenues par une aide généreuse de la communauté internationale accordée notamment sous la forme d’une restructuration de la dette.

Communauté des États indépendants: poursuite de la reprise, mais retards dans la réforme

Après la récession engendrée par la crise russe de 1998, la CEI a connu une reprise vigoureuse et généralisée en 1999-2000. En Russie et dans les pays exportateurs d’énergie, le renchérissement du pétrole et la forte dépréciation des taux de change ont été à l’origine d’une augmentation sensible du taux de croissance du PIB, qui s’est établi à 8,6 % en l’an 2000 (tableau 1.9), et d’importants excédents du budget et des paiements. Malgré le choc causé par la hausse des prix du pétrole sur les termes de l’échange, la croissance du PIB semble s’être nettement redressée dans les pays importateurs d’énergie grâce à la forte demande d’importations de la Russie, à la dépréciation des taux de change et à un certain nombre de facteurs propres à chaque pays.

Tableau 1.9.Communauté des États indépendants: PIB réel, prix à la consommation et solde des transactions courantes(Variations annuelles en pourcentage, sauf indication contraire)
PIB réelPrix à la consommation1Solde des transactions courantes2
199920002001200219992000200120021999200020012002
Communauté des
États indépendants4,67,94,44,070,625,021,613,01,53,52,51,7
Russie5,48,34,04,085,720,822,112,911,718,011,57,9
Russie exclue2,86,95,44,142,134,820,613,1−0,10,20,1
Pays avancés dans la réforme1,46,76,14,716,919,711,59,4−0,73,21,40,3
Arménie3,36,06,56,00,7−0,84,53,0−16,6−14,6−14,1−12,1
Azerbaïdjan7,411,18,58,5−8,51,82,52,5−13,2−2,7−6,1−17,3
Géorgie3,01,83,53,819,14,05,95,2−7,9−6,0−5,6−4,9
Kazakhstan2,89,56,05,08,413,39,47,51,08,05,04,3
Moldova−3,41,95,05,039,331,312,810,0−2,6−8,4−6,9−5,3
République kirghize3,75,05,04,535,918,79,17,8−22,9−15,6−8,5−6,0
Ukraine−0,25,86,24,022,728,214,912,32,64,72,92,6
Pays moins avancés dans la réforme5,77,44,13,0111,971,241,520,9−0,1
Bélarus3,45,92,52,2293,7169,069,023,7−1,6−1,3−1,3−1,8
Ouzbékistan4,34,03,02,029,125,026,122,2−1,01,41,42,1
Tadjikistan3,78,35,05,027,532,939,910,7
Turkménistan16,017,610,06,023,58,015,015,0−16,02,72,02,0
Pour mémoire
Exportateurs nets d’énergie35,58,64,34,275,319,620,712,49,916,710,77,2
Importateurs nets d’énergie41,65,24,73,556,144,925,014,90,1

Comme c’est l’usage pour les Perspectives de l’économie mondiale, les variations des prix à la consommation sont données en moyennes annuelles, et non en glissement de décembre à décembre (comme dans certains pays).

En pourcentage du PIB.

Y compris l’Azerbaïdjan, le Kazakhstan, la Russie et le Turkménistan.

Y compris l’Arménie, le Bélarus, la Géorgie, le Moldova, l’Ouzbékistan, la République kirghize, le Tadjikistan et l’Ukraine.

Comme c’est l’usage pour les Perspectives de l’économie mondiale, les variations des prix à la consommation sont données en moyennes annuelles, et non en glissement de décembre à décembre (comme dans certains pays).

En pourcentage du PIB.

Y compris l’Azerbaïdjan, le Kazakhstan, la Russie et le Turkménistan.

Y compris l’Arménie, le Bélarus, la Géorgie, le Moldova, l’Ouzbékistan, la République kirghize, le Tadjikistan et l’Ukraine.

En 2001, la croissance du PIB régional s’établirait, d’après les projections, à 4,4 %, soit 3,5 points de moins qu’en l’an 2000. Ce repli est essentiellement imputable à une inversion partielle des facteurs qui ont stimulé la croissance précédemment; à cet égard, il convient de citer l’appréciation du taux change réel, en particulier dans les pays où, du fait de la vitalité de la balance des paiements, la masse monétaire s’est accrue rapidement et les tensions inflationnistes se sont aggravées, l’activité plus faible que prévu dans les pays d’Europe occidentale et la baisse des prix de l’énergie. En conséquence, le taux de croissance du PIB en Russie et dans les pays exportateurs d’énergie—qui ont été gravement perturbés par l’ensemble de ces facteurs—diminuerait de moitié pour se chiffrer à 4,3 %, alors que le recul de l’activité serait plus faible dans les pays importateurs d’énergie. Jusqu’à présent, les répercussions des crises turque et argentine ont été assez modestes: les prix élevés de l’énergie et des besoins de financement limités ont contribué à une réduction pour l’année dans son ensemble des marges appliquées aux euro-obligations russes et kazakhes (encore que certaines tensions soient apparues temporairement à la fin de juin lorsque la crise s’aggravait en Argentine et que les prix du pétrole baissaient). Cependant, la situation se dégradera sans doute fortement pendant l’année dans les pays qui, comme la Géorgie, exportent beaucoup vers la Turquie.

Sur le plan macroéconomique, les enjeux varient considérablement. On s’attend à ce qu’en Russie, le solde extérieur courant et la balance globale des paiements restent fortement excédentaires malgré un certain repli des prix du pétrole par rapport aux sommets atteints à la fin de l’an 2000 et d’importantes sorties continues de capitaux. La difficulté pour les autorités est de resserrer suffisamment la liquidité intérieure afin de contenir l’inflation, tout en évitant une appréciation réelle trop rapide du rouble qui pourrait menacer la croissance. Bien que les excédents budgétaires soient plus élevés que prévu, l’inflation dépasse nettement les projections, d’où la nécessité peut-être de durcir la politique monétaire. Des problèmes analogues sont observés au Kazakhstan qui enregistre une croissance rapide tirée par des exportations pétrolières soutenues et qui a mis en place une caisse de stabilisation des prix des hydrocarbures pour faciliter la gestion des entrées de capitaux. En Ukraine, les résultats dans les domaines de la croissance, de l’inflation et du commerce extérieur ont été nettement meilleurs que prévu grâce à l’application d’une saine politique macroéconomique, à l’existence d’une surcapacité considérable et à la compétitivité des salaires et du taux de change; les effets des réformes structurelles lancées précédemment, surtout dans le secteur de l’agriculture, jouent un rôle important en 2001.

Si elle a continué de ralentir dans la région, l’inflation est demeurée à des taux élevés dans quelques pays, en particulier le Bélarus, le Tadjikistan et l’Ouzbékistan. Il conviendra d’éviter de nouveaux dérapages dans l’application de la politique macroéconomique en maintenant une discipline budgétaire rigoureuse et en limitant le recours au crédit dirigé, qui continue de saper la politique monétaire dans un certain nombre de pays. En Arménie, en Géorgie, en Moldavie, en République kirghize et au Tadjikistan, l’augmentation spectaculaire de l’endettement extérieur ces dix dernières années menace gravement la viabilité extérieure et budgétaire (graphique 1.12) et est particulièrement préoccupante étant donné que le revenu par habitant est très faible et la pauvreté élevée. Cette augmentation semble être imputable aux déficits des transactions courantes considérables causés par le vif renchérissement de l’énergie et la perte des transferts en provenance de l’administration centrale de l’ex-URSS au début de la phase de transition. Les conflits intérieurs ou régionaux, l’échec des politiques menées et la mauvaise gestion des affaires publiques, ainsi que de fortes dévaluations des monnaies après la crise russe de 1998, ont également joué un rôle9 qui a été d’autant plus important que les gouvernements, les institutions financières internationales et les autres créanciers avaient surestimé les capacités de ces pays et sous-estimé les problèmes liés à la transition. En outre, les concours dont ont bénéficié ces pays n’ont pas toujours été suffisamment concessionnels et les projets qu’ils ont servi à financer ont souffert d’une mauvaise planification. Alors que les politiques visant à renforcer l’ajustement intérieur et à améliorer la croissance aideront à détendre la situation, un certain nombre de ces pays risquent de se heurter à de graves difficultés si l’environnement extérieur se dégrade ou si les réformes n’ont pas sur la croissance l’impact prévu. Dans ce cas, il sera nécessaire d’obtenir une aide supplémentaire de la communauté internationale afin d’éviter tout ajustement brutal qui pourrait avoir de graves conséquences pour les pauvres.

Graphique 1.12.Communauté des États indépendants (CEI): poursuite de la reprise, mais progrès décevants dans la réforme1

(Variations annuelles en pourcentage, sauf indication contraire)

La croissance du PIB s’est redressée depuis la crise russe et l’inflation ralentit, encore qu’elle reste élevée dans un certain nombre de pays. Cependant, les progrès dans la réforme structurelle sont décevants et le lourd endettement extérieur de plusieurs pays est très préoccupant.

Source: Banque européenne pour la reconstruction et le développement, Transition Report 2000.

1Les zones ombréees correspondent à des projections des services du FMI.

2Bélarus, Ouzbékistan, Tadjikistan et Turkménistan.

3Arménie, Azerbaïdjan, Géorgie, Kazakhstan, Moldova, République kirghize et Ukraine.

4Moyenne simple des indicateurs de la BERD pour huit indicateurs de la réforme structured. Le chiffre1le correspond à la situation avant la réforme dans les économies planifiées et le chiffre 4⅓ à des caractéristiques structurelles comparables à celles des économies avancées.

5Arménie, Georgie, Moldova, Republique kirghize et Tadjikistan.

À plus long terme, une relance des réformes structurelles, afin notamment de renforcer les institutions et la gestion des affaires publiques, de restructurer le secteur financier et celui des entreprises et de transformer le rôle de l’État, demeure indispensable pour que les pays de la CEI puissent parvenir à une croissance durable. D’après les indicateurs des réformes structurelles publiés par la BERD, peu de progrès ont été accomplis entre 1998 et l’an 2000 (graphique 1.12) malgré une situation macroéconomique relativement favorable et, dans certains cas, il y a même eu une régression. Cela étant, le programme décennal de réformes annoncé par le gouvernement russe est un signe encourageant et la récente réforme fiscale constitue une grande avancée, encore que ses conséquences sur les recettes devront être suivies attentivement, surtout si les prix du pétrole continuent de baisser. Dans un grand nombre de domaines, dont la simplification de la réglementation des affaires, la lutte contre le blanchiment d’argent, le code foncier et la réforme des pensions, l’examen des projets de loi en cours devant la Douma progresse. Le gouvernement a en outre approuvé une stratégie de réforme pour deux grands services publics (électricité et chemins de fer). En ce qui concerne les autres pays, le bilan continue d’être contrasté. Si les réformes ont pris un nouvel essor dans certains d’entre eux (Arménie et Azerbaïdjan, par exemple), dans d’autres, dont nombre des pays peu avancés dans la transition, elles restent en panne. Dans plusieurs de ces pays, où des groupes d’intérêts spéciaux qui profitent de l’inachèvement des réformes bloquent toute avancée dans la libéralisation, une initiative politique majeure des autorités sera nécessaire pour que de nouveaux progrès puissent être accomplis.

En Afrique: comment soutenir la croissance et la lutte contre la pauvreté

Tirée par une amélioration sensible de l’activité dans la région du Maghreb, surtout à mesure que le Maroc se relève de la sécheresse, et par une augmentation plus modeste de l’activité en Afrique subsaharienne, la croissance en Afrique se rapprocherait de 4 % cette année d’après les projections (tableau 1.10)10. On s’attend à ce que l’inflation reste maîtrisée dans le Maghreb, ainsi que dans la plupart des pays d’Afrique subsaharienne, encore qu’elle soit toujours un sujet de préoccupation dans certains pays (Angola, République démocratique du Congo, Zimbabwe, Ghana et Nigéria, notamment). Si, pour l’ensemble de la région, le déficit des transactions courantes demeure peu élevé, grâce aux excédents considérables accumulés par les pays producteurs de pétrole et de gaz, de nombreux pays d’Afrique subsaharienne continuent d’accuser d’importants déficits, à cause en partie du faible prix des produits de base autres que les hydrocarbures, du renchérissement du pétrole et du coût toujours élevé du service de la dette extérieure.

Tableau 1.10.Pays d’Afrique (échantillon): PIB réel, prix à la consommation et solde des transactions courantes(Variations annuelles en pourcentage, sauf indication contraire)
PIB réelPrix à la consommation1Solde des transactions courantes2
199920002001200219992000200120021999200020012002
Afrique2,52,83,84,411,513,612,68,0−3,60,5−0,9−1,4
Maghreb2,52,45,05,02,01,33,14,8−0,67,24,92,8
Algérie3,22,43,84,92,60,33,06,816,812,08,0
Maroc−0,70,86,04,50,71,93,43,0−0,5−1,7−2,1−1,9
Tunisie6,25,06,26,12,73,02,92,7−2,1−3,7−3,1−3,1
Sahara occidental32,82,93,84,519,123,520,211,0−7,2−2,4−4,6−5,3
Cameroun4,44,25,35,52,90,82,02,0−4,1−1,7−2,0−1,3
Côte d’lvoire1,6−2,3−1,03,50,72,54,03,6−4,2−5,4−5,5−4,3
Ghana4,43,74,05,012,425,033,019,0−11,5−9,2−6,9−4,9
Kenya1,3−0,21,32,06,17,15,05,0−2,3−2,1−5,6−6,2
Nigéria1,13,83,12,26,66,921,117,1−9,54,9−0,8−4,6
Ouganda7,94,44,96,3−0,26,34,35,0−7,6−8,8−7,6−10,4
Tanzanie4,85,15,96,26,36,25,24,4−3,9−0,7−2,8−3,6
Afrique du Sud1,93,12,83,45,25,46,14,5−0,4−0,30,11,4
Pour mémoire
Pays importateurs
de pétrole2,62,83,94,411,013,511,86,7−2,9−2,7−3,0−2,7
Pays exportateurs
de pétrole2,22,93,74,213,313,815,412,5−5,89,74,82,1

Comme c’est l’usage pour les Perspectives de l’économie mondiale, les variations des prix à la consommation sont données en moyennes annuelles, et non en glissement de décembre à décembre (comme dans certains pays).

En pourcentage du PIB.

Non compris l’Afrique du Sud.

Comme c’est l’usage pour les Perspectives de l’économie mondiale, les variations des prix à la consommation sont données en moyennes annuelles, et non en glissement de décembre à décembre (comme dans certains pays).

En pourcentage du PIB.

Non compris l’Afrique du Sud.

Les exportations représentant plus du tiers du PIB des pays africains, le ralentissement de la croissance mondiale pénalisera le commerce extérieur, en particulier avec l’Union européenne qui absorbe 40 % environ des exportations de la région. Les conditions des marchés des différents produits, qui ne suivent pas toujours le cycle mondial, auront un impact encore plus fort que ce ralentissement sur le solde extérieur et l’activité économique de la plupart des pays africains (graphique 1.13; voir également l’appendice I). Dans les pays producteurs d’énergie, dont l’Algérie et le Nigéria, le niveau élevé des prix du pétrole et du gaz continue de soutenir la croissance de la demande intérieure et d’améliorer les soldes budgétaire et extérieur. Ces gains risquent toutefois d’être de courte durée à cause d’une politique macroéconomique peu rigoureuse (notamment, mais non exclusivement, au Nigéria), en particulier si le marché du pétrole devait s’affaiblir encore.

Graphique 1.13.Pays d’Afrique (échantillon): vulnérabilité aux marchés des produits1

(Variations en pourcentage; les pays sont classés en fonction de leurs principales sources de recettes d’exportation)

Dans de nombreux pays africains, l’évolution des marchés des produits a un impact majeur sur l’activité économique globale.

1Les zones ombrées correspondent aux projections des services du FMI.

2Algérie, Angola, Cameroun, Gabon, Guinée équatoriale. République du Congo et Nigéria.

3Burundi, Comores, Côte d’lvoire, Éthiopie, Guinée-Bissau, Kenya, Maurice, Mauritanie, Ouganda, Rwanda et Sâo Tomé-et-Principe.

4Afrique du Sud, Ghana, Guinée, Mozambique, Namibie, Niger, République Centrafricaine, Sierra Leone et Zambie.

5Bénin, Malawi, Mali, Soudan, Tchad et Zimbabwe. Coton et tabac notamment.

Les cours de la plupart des produits de base non pétroliers demeurent bas. à l’exception notable du bois d’oéuvre et de la viande (voir appendice I). Parmi les denrées alimentaires et les boissons, l’information la plus importante à signaler est la forte baisse des cours du café, de plus de 60 % depuis 1997, qui explique en partie la faible croissance des exportations au Kenya et en Ouganda et le déficit extérieur élevé enregistré par ces pays. On observe également depuis 1997 un recul prononcé des cours des produits agricoles de base, notamment ceux du coton (qui occupe une place primordiale dans les exportations du Bénin, du Mali et du Tchad) et du tabac (produit non négligeable pour le Malawi et le Zimbabwe). Les cours de l’aluminium et du cuivre, qui revêtent une importance particulière pour le Mozambique et la Zambie, respectivement, diminuent depuis le début de 2001 et pourraient continuer de baisser à mesure que la demande mondiale s’affaiblit, encore qu’un récent accroissement du volume des exportations dans ces pays aide à compenser cette diminution. Le repli prolongé du cours de l’or continue de peser sur les recettes d’exportation de l’Afrique du Sud.

Outre les facteurs mondiaux et l’évolution des marchés des produits de base, la situation locale joue toujours un rôle prépondérant dans l’avenir économique de la plupart des pays africains. En particulier, les perspectives concernant l’investissement privé, la diversification économique et la croissance à plus long terme sont en général meilleures dans les pays qui appliquent de saines politiques macroéconomiques et structurelles. De ce fait, on s’attend à ce que la croissance demeure relativement forte, de l’ordre de 5 % au moins, au Botswana, au Cameroun, au Mozambique, en Ouganda et en Tanzanie. Par contre, une politique économique médiocre, qui se conjugue souvent à des incertitudes politiques ou à des conflits, compromet les perspectives de croissance durable et de réduction de la pauvreté (voir l’encadré 1.7). Au Zimbabwe par exemple, on s’attend à ce que, sous l’effet de l’agitation causée par la réforme foncière et d’une politique macroéconomique inadaptée, l’économie se contracte de 8½ % environ en 2001 et à ce que l’inflation dépasse 90 % avant la fin de l’année; en Côte d’Ivoire, les récentes incertitudes politiques ont pénalisé les finances publiques et expliquent en partie le climat médiocre de l’investissement et la chute de la production. La météorologie locale peut aussi influencer fortement les variations d’une année sur l’autre de la production et des prix, étant donné en particulier l’importance que revêt l’agriculture dans de nombreuses économies africaines. Le redressement de l’activité prévu au Kenya, au Maroc et au Mozambique, par exemple, traduit en partie le retour de conditions plus normales qu’en l’an 2000.

Encadré 1.7.Croissance, troubles civils et réduction de la pauvreté en Afrique subsaharienne

Les efforts engagés dans la lutte contre la pauvreté en Afrique subsaharienne ont donné des résultats décevants ces vingt dernières années et l’écart avec le reste du monde s’est nettement creusé. Au cours de la période 1990-98, la part de la population gagnant moins de 1 dollar par jour a certes reculé de 1½ point en Afrique subsaharienne (voir le tableau), mais elle s’est réduite de 4 points en Asie du Sud et de 12½ points en Asie de l’Est (Chen and Ravallion, 2000). Dans les pays à faible revenu ou à revenu intermédiaire, le recul de la pauvreté a suivi de près pendant les années 90 les tendances de la croissance par habitant.

Cette corrélation est confirmée par un certain nombre d’études empiriques récentes. Chen and Ravallion (1997), par exemple, estiment que la part de la population vivant avec moins de 1 dollar par jour diminue de 3 % chaque fois que le revenu par habitant augmente de 1 %, et Dollar and Kraay (2000) établissent que chaque progression de 1 % de la croissance s’accompagne d’une augmentation de 1 % du revenu des pauvres. Cependant, ces études ne portent pas précisément sur l’Afrique, faute de données suffisantes sur le revenu des pauvres. Néanmoins, l’évolution des indicateurs généraux «hors revenu» de la pauvreté (ou indicateurs du développement humain), qui sont plus facilement disponibles pour l’Afrique subsaharienne, suivent eux aussi de près les variations de la croissance.

Indicateurs de la pauvreté et croissance économique
Espérance de vie à la naissance (années)Taux de mortalité infantile (pour 1000)Part de la population disposant de moins de 1 dollar par jourTaux de croissance du PIB réel par habitant (moyenne)
1980199819801998199019981980-901990-99
Pays à faible revenu et à revenu intermédiaire586587591.31.4
Afrique subsaharienne4850115924846−1.0−0.2
Amérique latine et Caraïbes657061311716−1.30.9
Asie de l’Est et Pacifique69553528155.75.9
Asie du Sud54621197544403.93.2
Europe et Asie centrale68694122251.9−3.3
Moyen-Orient et Afrique du Nord5968954522−1.1−0.1
Sources: Banque mondiale, Indicateurs du développement dans le monde, 2000;Chen and Ravallion (2000).
Sources: Banque mondiale, Indicateurs du développement dans le monde, 2000;Chen and Ravallion (2000).

En Afrique subsaharienne, le taux de mortalité infantile a diminué de 20 % entre 1980 et 1998, soit une amélioration relativement faible si l’on considère que d’autres régions du monde ont enregistré des baisses de ce taux comprises entre 30 % et 50 %. De même, l’espérance de vie n’a augmenté que de 4 % en Afrique subsaharienne pendant cette période et demeure nettement plus courte qu’ailleurs. Ces faibles progrès de l’espérance de vie en Afrique subsaharienne s’expliquent en partie par la forte proportion des personnes atteintes du VIH/SIDA dans un certain nombre de pays. Une analyse empirique portant sur plusieurs pays montre que la croissance est un déterminant important de la réduction de la pauvreté «hors revenu» observée en Afrique subsaharienne1. On estime qu’une augmentation de 10 % du PIB par habitant s’accompagne d’une progression de 1 % de l’espérance de vie, d’un recul de 3 % à 4 % du taux de mortalité infantile et d’une hausse de 3½ % à 4 % du taux de scolarisation primaire2. L’analyse montre également que les troubles civils, la répartition des revenus et les prestations de services sociaux sont des facteurs qui influent fortement sur la pauvreté en Afrique. Les programmes d’ajustement structurel n’ont guère d’effet sur l’espérance de vie ou les taux de mortalité infantile, mais le taux de scolarisation primaire est en général plus élevé dans les pays qui exécutent de tels programmes—c’est par leur action sur la croissance économique que les programmes d’ajustement réduisent la pauvreté.

Un examen approfondi des conséquences d’une intensification des troubles civils, présenté dans une étude portant sur six pays africains dont l’économie a considérablement souffert de conflits prolongés pendant les années 80 et 90, conclut que le PIB réel par habitant à la fin des hostilités se situait en moyenne à 55 % seulement de son niveau initial3. En outre, si l’on observe une reprise de la production agricole immédiatement après le conflit, la destruction de la base de capital, tant humain que physique, limite les progrès à moyen terme. En conséquence, cinq ans après la fin d’une guerre, le PIB réel par habitant ne revient qu’à 75 % en moyenne de son niveau d’avant-guerre.

De façon plus générale, une comparaison de l’évolution des revenus ou de la pauvreté dans les pays touchés par des conflits et dans les autres pays d’Afrique subsaharienne au cours de la période 1972-97 permet de constater ce qui suit4:

  • Le taux de mortalité infantile a diminué de 25½ % dans les pays touchés par un conflit, contre 36½ % dans les autres pays. Si on ne tient pas compte des pays touchés par un conflit, le taux de mortalité infantile en Afrique subsaharienne se compare beaucoup plus favorablement (82 pour 1.000 en 1997) avec celui observé en Asie du Sud.

  • L’espérance de vie a augmenté de 9½ % dans les pays touchés par un conflit, contre 17½ % dans les autres. Les progrès de cet indicateur ont toutefois marqué le pas dans les années 90 à cause de l’épidémie de VIH/SIDA.

  • Entre 1972 et 1992, le taux brut de scolarisation primaire est passé de 46 % à 66 % dans les pays touchés par un conflit, alors qu’il est passé de 61 % à 89 % dans les autres pays.

  • Après une amélioration initiale dans les années 70, les résultats économiques des deux groupes de pays ont fortement divergé: le PIB réel par habitant (à parité de pouvoir d’achat) a progressé à un taux annuel moyen de 3 % dans les pays touchés par un conflit au cours de la période 1972-97, contre 5½ % dans les autres pays. Le PIB réel par habitant (en dollars aux taux de change de 1990) a reculé à un taux moyen de 1½ % par an dans les pays touchés par un conflit, contre une augmentation de 1 % par an dans les autres pays.

1On trouvera un examen approfondi de cette question dans Moser and Ichida (2001).2D’après les estimations de la pauvreté dans une équation de forme réduite, pour un panel de 46 pays d’Afrique subsaharienne sur la période 1972-97.3Moser, Staines, and Engstrom (à paraître).4Les pays touchés par un conflit au cours de la période 1972-97 sont: l’Angola, le Burundi, l’Ethiopie, la Guinée-Bissau, le Libéria, le Mozambique, le Nigéria, l’Ouganda, la République démocratique du Congo, le Rwanda, la Sierra Leone, le Soudan et le Tchad. Ces pays représentaient 55 % de la population de l’Afrique subsaharienne en 1990.

Le principal enjeu est toujours d’instaurer le meilleur climat possible pour la croissance et l’investissement, notamment en améliorant la gouvernance et la qualité des services publics, dont ceux d’éducation et d’assistance aux défavorisés, en contribuant à la prévention et la résolution des conflits, en renforçant l’infrastructure et en libéralisant les échanges afin d’inverser le recul de la part des pays africains dans le commerce mondial. Ces progrès seront accomplis, cela va de soi. essentiellement par les pays africains eux-mêmes. À cet égard, les évolutions récentes sont encourageantes, notamment la Nouvelle initiative africaine selon laquelle, pour éliminer les obstacles internes à une croissance durable, les pays africains sont résolus au plus haut niveau à élaborer et à exécuter les stratégies nécessaires, ainsi qu’à en assumer la responsabilité. Les actions de cette nature sont appuyées à l’heure actuelle par l’initiative renforcée en faveur des pays pauvres très endettés (PPTE); à la fin de juin 2001, 23 pays, essentiellement africains, remplissant les conditions requises avaient commencé à recevoir un allégement de dette d’un montant total de l’ordre de 34 milliards de dollars qui leur permettra de réduire pour ainsi dire de moitié leur ratio dette/PIB11. Pendant les premières années, le service de la dette diminuera en moyenne d’environ 1 milliard de dollars par an, soit une somme nettement inférieure à la progression (plus de l½ milliard de dollars) des dépenses sociales, notamment d’éducation et de santé, y compris les programmes de lutte contre le V1H/SIDA. Pour de nombreux pays d’Afrique subsaharienne, la pandémie du VIH/SIDA constitue le principal danger qui menace la croissance à moyen terme. Outre l’initiative en faveur des PPTE, il est encourageant de constater les progrès accomplis dans l’abaissement du coût des thérapies antirétro-virales et dans l’octroi d’une aide par l’intermédiaire du Partenariat international contre le SIDA en Afrique (forme de coalition à laquelle participent des représentants des États africains, des Nations Unies et des secteurs public, privé et communautaire). Cependant, étant donné l’ampleur du problème, un effort gigantesque reste à faire; il s’agit notamment de développer l’infrastructure du secteur de la santé pour faciliter les traitements de pointe, de fournir une aide financière supplémentaire aux pays touchés et d’intensifier les campagnes de sensibilisation au VIH/SIDA et de prévention de ce fléau.

En ce qui concerne les trois grandes économies de la région, la vulnérabilité de l’Afrique du Sud aux chocs extérieurs a été nettement atténuée par suite de l’application de saines politiques macroéconomiques, parallèlement à une compression effective des dépenses publiques, à la limitation du déficit budgétaire à 2½ % environ du PIB et au retour (selon les anticipations) de l’inflation à l’intérieur d’une fourchette comprise entre 3 % et 6 %. Ces politiques ont aidé à consolider les récents gains de compétitivité extérieure et permis à la banque centrale d’abaisser ses taux directeurs de 100 points de base en juin. En outre, grâce à une augmentation des apports de capitaux privés, y compris le produit de la vente de la De Beers, la banque centrale a pu ramener sa position à terme ouverte nette à 5 milliards de dollars au milieu de 2001 (contre 22,5 milliards en 1998). Étant donné les relations commerciales et financières assez étroites qu’entretient l’Afrique du Sud avec les économies avancées, le ralentissement de l’activité mondiale assombrit toutefois les perspectives à court terme. En outre, les incertitudes régionales se sont accrues en raison des difficultés économiques et politiques que connaît actuellement le Zimbabwe. D’importants défis restent à relever. Comme dans nombre d’autres économies africaines, un taux de chômage extrêmement élevé (plus de 35 %) et une très faible progression du revenu par habitant montrent que de vastes réformes structurelles sont nécessaires pour renforcer le climat de l’investissement, stimuler l’emploi et porter la croissance à un taux qui permette de réduire sensiblement la pauvreté. En particulier, il est nécessaire de continuer d’améliorer l’éducation et la formation, d’accroître l’efficacité du marché du travail, de restructurer et de privatiser les entreprises d’État et de libéraliser le commerce extérieur.

Au Nigéria, la manne pétrolière a permis de stimuler considérablement l’activité. Toutefois, de graves déséquilibres macroéconomiques compromettent les gains ainsi réalisés: la forte progression des dépenses publiques, surtout au niveau de l’État et des collectivités locales, s’est accompagnée d’une expansion monétaire rapide, d’une flambée inflationniste et de désordres sur le marché des changes. Le rétablissement de la stabilité macroéconomique, notamment en limitant les dépenses publiques à tous les niveaux et en épargnant une fraction plus importante des recettes pétrolières, demeure éminemment prioritaire. Ces initiatives devront être appuyées par de vastes réformes institutionnelles et structurelles visant à améliorer le climat de l’investissement privé et la diversification économique. Les mesures capitales à prendre sont notamment de donner suite aux projets de privatisation des entreprises publiques, de doter le secteur public de la capacité de se réformer et de poursuivre la campagne de détection et d’éradication de la corruption.

En Algérie aussi, les soldes budgétaire et extérieur se sont nettement améliorés du fait de la forte progression des recettes pétrolières. Cependant, comme une fraction importante de ces recettes (qui devrait atteindre près de 20 % du PIB avant la fin de 2001) est affectée à une caisse de stabilisation, que les autorités monétaires s’astreignent à une discipline rigoureuse et que le taux d’inflation est faible, l’Algérie se trouvera peut-être moins confrontée que le Nigeria à une alternance de phases de surchauffe et de récession. Certaines évolutions sont toutefois préoccupantes, notamment la forte augmentation des traitements publics et des dépenses en capital et la remontée de la croissance monétaire qui risquent d’aggraver les tensions inflationnistes. La poursuite d’une politique macroéconomique prudente, ainsi que l’accélération des réformes structurelles (privatisations et libéralisation des échanges, notamment), devrait aider à stimuler une croissance et un investissement tirés par le secteur privé, en particulier dans les secteurs autres que celui de l’énergie.

Comment gérer l’instabilité des prix du pétrole au Moyen-Orient

De nombreuses pressions extérieures et intérieures s’exercent sur les économies du Moyen-Orient. Les plus notables sont: l’évolution du marché du pétrole, qui est notamment plus incertaine depuis le 11 septembre, l’orientation donnée aux politiques intérieures, la politique budgétaire en particulier, les problèmes de sécurité et le ralentissement de l’économie mondiale (surtout, dans le cas d’Israël, la dégradation du secteur des hautes technologies). Si la région dans son ensemble doit enregistrer une croissance relativement robuste de 4,5 % en 2001 et de 4,4 % en 2002, les perspectives à court et à moyen terme varient très fortement selon les pays (tableau 1.11).

Tableau 1.11.Pays du Moyen-Orient (échantillon): PIB réel, prix à la consommation et solde des transactions courantes(Variations annuelles en pourcentage, sauf indication contraire)
PIB réelPrix à la consommation1Solde des transactions courantes2
199920002001200219992000200120021999200020012002
Moyen-Orient33,05,54,54,412,09,49,68,93,111,68,96,1
Pays exportateurs de pétrole42,65,95,04,515,812,112,311,05,215,912,48,6
Arabie Saoudite−0,84,52,22,7−1,3−0,6−0,60,90,39,08,13,6
Iran, Rép. islamique d’3,15,85,05,020,412,616,013,06,413,07,35,8
Koweït−0,63,60,83,03,01,72,52,517,039,335,330,8
Levant54,14,13,24,22,02,22,33,2−3,5−2,9−3,1−2,3
Egypte6,05,13,34,83,82,82,43,0−1,9−1,2−0,2−0,7
Jordanie3,13,93,54,50,60,71,42,15,00,7−2,7−2,5

Comme c’est l’usage pour les Perspectives de l’économie mondiale, les variations des prix à la consommation sont données en moyennes annuelles, et non en glissement de décembre à décembre (comme dans certains pays).

En pourcentage du PIB.

Arabie Saoudite, Bahreïn, Egypte, Émirats arabes unis, République islamique d’Iran, Iraq, Jordanie, Koweït, Liban, Libye, Oman, Qatar, République arabe syrienne et République du Yemen.

Arabie Saoudite, Bahreïn, Émirats arabes unis, République islamique d’Iran, Iraq, Koweït, Libye, Oman et Qatar.

Égypte, Jordanie, Liban et République arabe syrienne.

Comme c’est l’usage pour les Perspectives de l’économie mondiale, les variations des prix à la consommation sont données en moyennes annuelles, et non en glissement de décembre à décembre (comme dans certains pays).

En pourcentage du PIB.

Arabie Saoudite, Bahreïn, Egypte, Émirats arabes unis, République islamique d’Iran, Iraq, Jordanie, Koweït, Liban, Libye, Oman, Qatar, République arabe syrienne et République du Yemen.

Arabie Saoudite, Bahreïn, Émirats arabes unis, République islamique d’Iran, Iraq, Koweït, Libye, Oman et Qatar.

Égypte, Jordanie, Liban et République arabe syrienne.

On s’attend à ce qu’en 2001, même s’il est probable que la croissance du secteur non pétrolier s’accélérera en partie grâce aux réformes en cours, la croissance totale soit modérée dans la plupart des pays producteurs de pétrole de la région sous l’impact principalement du contingentement de la production imposé par l’Organisation des pays exportateurs de pétrole, ainsi que d’une légère baisse des prix. En Iran, cet impact est amplement compensé par une progression sensible des activités non pétrolières, tirée en partie par le redressement de l’agriculture après la sécheresse de l’an dernier et de la demande intérieure. Étant donné qu’il leur faut soutenir une croissance relativement forte afin de créer des emplois pour une population active en rapide augmentation, les autorités doivent privilégier la stabilisation macroéconomique et accélérer la libéralisation et l’ouverture de l’économie. La plupart des pays producteurs de pétrole freinent les dépenses, car ils cherchent à limiter les phases de surchauffe-récession (telles que celles qu’ils ont connues lors des précédentes périodes de fluctuation des prix du pétrole) et, dans le cas de l’Arabie Saoudite, à réduire un endettement intérieur élevé (graphique 1.14). En outre, les avoirs extérieurs nets officiels ont continué d’augmenter. Tous les pays exportateurs de pétrole reconnaissent la nécessité de diversifier leur économie, et l’application d’une politique macroéconomique rigoureuse, de même que la restructuration et la privatisation d’un secteur des entreprises d’État omniprésent, aiderait à améliorer le climat de l’investissement privé.

Graphique 1.14.Pays du Moyen-Orient producteurs de pétrole (échantillon): application manifeste d’une politique de rigueur budgétaire1

Malgré une augmentation des recettes d’exportation, la plupart des pays exportateurs de pétrole appliquent une politique budgétaire plus rigoureuse pour éviter les phases de surchauffe-récession.

1Les données pour 2001 et 2002 sont des projections des services du FMI Les pays producteurs de pétrole sont: l’Arabie Saoudite. Bahreïn, les Émirats arabes unis, la République islamique d’Iran, le Koweït, la Libye, l’Oman et le Qatar.

2Augmentation (en dollars) pendant les trois années ayant suivi chaque choc pétrolier par rapport aux trois années précédentes.

Dans les pays du Levant (voir tableau 1.11), la croissance serait, selon les projections, légèrement plus faible que pour l’ensemble du Moyen-Orient, à cause en partie des mauvaises conditions de sécurité. Les facteurs de vulnérabilité économique sont aigus au Liban, où le déficit et l’endettement publics ont atteint des niveaux très élevés, aussi les autorités doivent-elles mettre en œuvre rapidement une stratégie globale pour s’attaquer à ces problèmes. En Egypte, la croissance du PIB réel reviendrait, d’après les projections, à 3,3 % en 2001, grâce pour l’essentiel au récent ralentissement de l’expansion du crédit par rapport aux niveaux peu viables atteints précédemment. Au début d’août, la bande de fluctuation de la livre est passée de +/-1½% à +/–3 % (soit une dévaluation de 6½%). La dépréciation de 25 % de la monnaie par rapport au dollar depuis le milieu de l’an 2000 aidera à stimuler le secteur des biens échangés, mais il faudra continuer de faire preuve de souplesse pour éviter que des tensions ne s’exercent sur la balance des paiements à mesure que la croissance se redressera. Les perspectives de reprise pour l’année à venir sont en partie fonction du rythme auquel la confiance des investisseurs se renforcera et de l’évolution de la situation dans la région. Pour l’ensemble du Levant, la mise en place de réformes visant à poursuivre la libéralisation des échanges et l’instauration d’un climat favorable aux entreprises amélioreraient les perspectives de croissance à plus long terme.

En Israël, l’activité a fortement diminué au dernier trimestre de l’an 2000, à cause d’une chute de l’investissement et des exportations, et l’on s’attend à ce que la croissance du PIB tombe de 6,2 % en l’an 2000 à 0,7 % cette année. Ce ralentissement est imputable pour l’essentiel à la crise mondiale du secteur des hautes technologies et à la dégradation de la sécurité dans la région, qui a provoqué une baisse du nombre des touristes étrangers, détérioré le climat de l’investissement et, en raison de la pénurie de maind’oeuvre, affaibli le secteur agricole et celui du bâtiment. Toutefois, sur le front macroéconomique, Israël dispose d’une certaine marge de manoeuvre, car les autorités ont mis en œuvre une politique en général saine ces dix dernières années et sont parvenues à réduire sensiblement l’inflation et l’endettement public. En outre, l’application au cours de la même période d’une bonne politique dans le secteur bancaire a aidé celui-ci à résister aux chocs. En ce qui concerne l’inflation, le ralentissement déjà constaté, ainsi que celui qui est anticipé, donnera la possibilité de desserrer plus énergiquement la politique monétaire sans compromettre les objectifs fixés. Dans le domaine budgétaire, les autorités devraient laisser jouer les stabilisateurs automatiques, mais en s’interdisant toute nouvelle mesure discrétionnaire d’assouplissement, car les dépenses et la dette publiques demeurent plus élevées (par rapport au PIB) que dans la plupart des autres économies avancées.

Appendice I. Marchés des produits de base et des semi-conducteurs

Avec le ralentissement actuel de la croissance mondiale, la demande de semi-conducteurs et d’un certain nombre de produits de base est en régression, entraînant une baisse des prix déjà affaiblis: par exemple, les cours des métaux sont généralement en baisse depuis le début de l’année, et les prix du pétrole et des produits pétroliers ont aussi fléchi au milieu de 2001. Si la plus faible demande mondiale est de nature à contenir les pressions sur les cours des produits de base en général, l’évolution des prix d’un grand nombre de produits particuliers—notamment la plupart des produits alimentaires et les boissons—est plus souvent déterminée par les aléas de l’offre, y compris les changements affectant le profil de la production (conduisant, par exemple, à un repli marqué des prix du café) et les maladies du bétail (qui font monter les prix de la viande). L’incertitude qui entoure les perspectives de l’économie mondiale, notamment celles des marchés du pétrole et d’autres produits de base, a été amplifiée par les attentats terroristes du 11 septembre et les suites qu’ils pourraient avoir.

Pétrole

En 1998, dans le sillage de la crise financière asiatique, du ralentissement de la demande d’énergie et d’importantes augmentations de la production (dépassant l’objectif) par les pays de l’OPEP, les prix du pétrole sont tombés à environ 11 dollars le baril, leur niveau le plus bas, même en valeur nominale, depuis le milieu des années 80. Cette baisse forte et rapide a relancé les efforts de l’OPEP visant à contrôler l’approvisionnement des marchés. Les premiers efforts n’ont pas été particulièrement efficaces, car les pays membres ont eu du mal à rétablir les mesures de contrôle qu’ils avaient en grande partie abandonnées pendant la précédente décennie. Cependant, plus les prix tombaient, plus les efforts visant à parvenir à un accord viable se sont intensifiés. Pendant le premier semestre de 1999, l’augmentation de la demande de pétrole, liée à la vigueur de l’économie mondiale ainsi qu’à la nécessité de reconstituer les stocks, et l’adhésion plus rigoureuse des membres de l’OPEP aux objectifs de production ont contribué à un rebond considérable des prix: ils atteignaient 25 dollars le baril en décembre 1999, et avec la progression de la demande tandis que les producteurs respectaient largement leurs engagements, ils ont été supérieurs à 28 dollars en moyenne en 2000 (graphique 1.15).

Graphique 1.15.Objectif de l’OPEP et production de pétrole effective

(Millions de barils par jour, sauf indication contraire)

Source: Bloomberg Financial Markets, LP.

1Les cercles correspondent à des relèvements de l’objectif de production fixé par l’OPEP et les carrés à des réductions de cet objectif.

De janvier à août 2001, les prix se sont maintenus dans la fourchette fixée comme objectif par l’OPEP, allant de 22 à 28 dollars le baril, quoiqu’ils aient fortement fluctué. Ils étaient proches du plafond au début de 2001 et à nouveau fin mai. Le ralentissement de plus en plus marqué de l’activité économique mondiale conjugué à l’augmentation des stocks de pétrole et de produits pétroliers a conduit à un affaiblissement considérable des prix en juin et juillet (graphique 1.16). Aux États-Unis en particulier, les prix de l’essence pour livraison immédiate et à court terme ont fortement baissé pendant cette période tandis que les stocks sont remontés à leurs niveaux les plus élevés depuis la mi-1999—soutenus par l’accroissement des importations d’essence et des stocks de brut (6 % de plus qu’à la mi-2000) et la forte utilisation de la capacité des raffineries. Après les attentats terroristes du 11 septembre, les prix spot du brut ont augmenté dans un premier temps, mais ils sont ensuite revenus aux niveaux où ils se situaient la semaine précédente—tempérés par les assurances données par les membres de l’OPEP selon lesquelles ils augmenteraient la production si le besoin s’en faisait sentir et par la baisse de la demande de brut et de produits pétroliers, notamment de carburant pour avion, associée aux restrictions des transports aériens.

Graphique 1.16.Stocks et prix sur le marché

Source: Agence internationale de l’énergie. Rapport sur les marchés pétroliers.

1Le prix du pétrole brut est le prix retenu par le FMI comme indicateur, qui est une moyenne des cours du West Texas Intermediate, U.K. Brent et Dubaï.

2Produits utilisés en grande partie comme combustible de chauffage, y compris carburant diesel, autres gazoles et GPL.

Du côté de l’offre, l’OPEP, cherchant à maintenir les prix du pétrole dans la fourchette retenue comme objectif, a comprimé sa production—d’environ 1 million et demi de barils par jour le 1er février et encore de 1 million de barils par jour le 1er avril—et elle a annoncé fin juillet une réduction supplémentaire de 1 million de barils qui devait prendre effet en septembre. La production hors OPEP, notamment en Russie, a augmenté modérément en 2001, et l’Iraq a repris ses exportations après une brève suspension des expéditions en signe de protestation contre les sanctions économiques imposées par l’ONU12.

L’évolution future des prix du pétrole dépendra aussi de la croissance économique dans le monde, en particulier dans les grands pays industrialisés, et du maintien de la cohésion au sein de l’OPEP, les cours à terme indiquant que les participants au marché tablent en général sur le maintien de la fourchette fixée comme objectif par l’OPEP. À la suite de l’attaque terroriste du 11 septembre, les prix sur le marché des contrats à terme ont légèrement augmenté pour le court terme et diminué pour le long terme. À la mi-septembre, les prix du brut se situaient à environ 27 dollars pour fin 2001, mais s’inscrivaient en retrait à environ 22 dollars pour fin 2002. Outre les incertitudes économiques et politiques qui entourent le marché de pétrole, il faut aussi souligner la vulnérabilité des marchés des produits pétroliers aux perturbations de la production et de la distribution. Par exemple, avec une utilisation de la capacité des raffineries qui avoisine actuellement 93 % et le peu d’investissements qui ont été effectués récemment pour renforcer cette capacité, les marchés des produits n’ont guère de marge de manoeuvre en cas de pannes ou autres perturbations de l’offre.

Produits agricoles

La production de la plupart des denrées agricoles n’a pas suivi le ralentissement de la demande en 1997–98, et avec la succession de récoltes abondantes il a été difficile d’absorber les stocks accumulés pendant ces deux années. En conséquence, les cours sont restés bien inférieurs aux niveaux auxquels ils s’étaient situés entre le milieu et la fin des années 90 (graphique 1.17). Tandis que le ralentissement actuel de la demande mondiale pourrait accentuer la faiblesse des cours, celle-ci, pour la plupart de ces produits, tend à venir davantage de l’offre que de la demande. En particulier, les baisses de cours ces dernières années ont conduit à certains changements stratégiques dans les cultures annuelles mais n’ont généralement pas entraîné de diminution de la production globale. La situation a été la plus grave pour l’arboriculture et autres cultures pluriannuelles—notamment le café (voir plus loin), mais aussi le cacao, le sucre, l’huile de palme, l’huile de coco, le coton et le caoutchouc naturel. Les prix du bois d’oeuvre et de la viande font notablement exception à la faiblesse générale des marchés des produits agricoles. Ceux du bois d’œuvre ont été soutenus par la forte demande dans le secteur du bâtiment, en particulier aux États-Unis, et par des facteurs institutionnels tels que quotas et mesures de restriction des échanges. Les prix de la viande se sont ressentis des maladies qui ont frappé les cheptels d’Europe et d’Amérique du Sud, et des mesures qui ont été prises pour les maîtriser.

Graphique 1.17.Indices des produits de base

(Moyenne pour 1995 = 100)

Sources: Yellow Sheets, Urnerbarry Publications; The National Business Review; Bloomberg Financial Markets, LP; Tropical Timbers Journal; U.S. Forest Service, USDA; Bourse des métaux de Londres; calculs des services de la Banque mondiale et du FMI.

Le cas le plus extrême de faiblesse des cours agricoles est celui du café. Durant les sept premiers mois de 2001, les cours du robusta et de l’arabica s’établissaient, respectivement, à 30 % et 50 % de leur moyenne, ajustée pour tenir compte de l’inflation, des trente années précédentes. Ces trois dernières années, le cours du café a régulièrement baissé: la progression de la demande a été insuffisante pour absorber celle de l’offre, venant en particulier du Brésil et du Vietnam, et les stocks ont grossi. Dans le passé, les gelées au Brésil contribuaient à atténuer ce type de problème. Cette «solution» est cependant devenue moins probable avec le déplacement de la zone productrice de café au Brésil qui est maintenant davantage centrée dans des régions moins exposées au gel. Le Brésil est devenu le plus gros producteur de robusta—cultivé dans les zones hors gel—et conserve son rang traditionnel de premier producteur d’arabica. Le Vietnam s’est résolument établi sur le marché au cours des deux dernières décennies, et il est maintenant le deuxième producteur mondial de robusta. Du côté de la demande, la consommation a augmenté lentement. Les tentatives visant à promouvoir la consommation de café sur les marchés où son niveau par habitant est faible n’ont guère eu de succès, et celles de l’Association des pays producteurs de café en vue de mettre en place un système de rétention des exportations sont restées sans lendemain.

Métaux

Les stocks et cours des métaux ont réagi très rapidement ces dernières années aux signaux d’affaiblissement ou de renforcement de l’activité mondiale. Les importants stocks de métaux accumulés à la suite des crises économiques et financières de 1997-98 s’étaient résorbés en l’an 2000, mais ils recommencent à s’accumuler en 2001 avec le fléchissement de l’activité industrielle. Par exemple, les cours de l’aluminium ont cédé 15 % et ceux du cuivre 18 % entre janvier et fin août 2001 (graphique 1.17). On s’attend à un redressement des cours de ces métaux et de la plupart des autres en 2002 à mesure que la reprise prendra corps. Toutefois, les risques à court terme indiquent une évolution sans doute moins favorable, et même avec une certaine remontée en 2002, il semble probable que les cours resteront nettement inférieurs à leur niveau du milieu des années 90. Le cours de l’or s’est inscrit en forte hausse dès après l’attaque du 11 septembre avant de redescendre—bien qu’à un niveau supérieur à celui du premier semestre 2001.

Semi-conducteurs

Les microcircuits intégrés sont un article de plus en plus important dans le commerce international et, bien que ne faisant pas partie des produits primaires, ils en présentent maintes caractéristiques. L’industrie de l’électronique a été durement touchée par le ralentissement mondial. Les prix des semi-conducteurs ont chuté, les ventes à tous les grands marchés ayant considérablement diminué depuis la mi-2000 après l’augmentation rapide de l’année précédente (graphique 1.18). Tandis que les commandes de nouveaux équipements ont été réduites ou annulées, l’offre a été lente à s’ajuster—en partie à cause des difficultés qu’il y a à faire tourner les usines à un niveau inférieur à la capacité optimale—et les stocks sont devenus excessifs.

Graphique 1.18.Ventes et prix des semi-conducteurs

(Pourcentage de variation annuelle en glissement sur la base de moyennes trimestrielles sauf indication contraire)

Sources: CEIC Data Company Limited; Primark Datastream.

1Corée, RAS de Hong Kong, Indonésie, Malaisie, Philippines, Singapour, province chinoise de Taiwan et Thaïlande.

Comme on l’a vu plus haut, les membres de l’ASEAN et les nouvelles économies industrielles d’Asie (NEI), Indonésie et RAS de Hong Kong mises à part, ont subi de plein fouet les récentes fluctuations de l’industrie électronique. Les exportations de produits électroniques allant d’environ un tiers des exportations totales, pour la Thaïlande, à environ deux tiers, pour la Malaisie et les Philippines, la demande mondiale de produits électroniques a contribué à la forte reprise de la croissance dans les économies émergentes d’Asie après les crises de 1997-98, et l’effondrement de la demande depuis mi-2000 s’est traduit par un repli marqué de l’activité dans la région. En fait, la production industrielle dans les NEI et les économies de l’ASEAN a été beaucoup plus volatile que dans les grandes économies industrielles ces dix dernières années, reflétant à la fois les fluctuations des ventes de semi-conducteurs et la concentration croissante de la production asiatique dans l’électronique (tableau 1.12).

Tableau 1.12.Mesures de la volatilité
Écart-type des taux de croissance mensuels
Production industrielle1
Pays du Groupe des Sept0,5
Nouvelles économies industrielles d’Asie27,0
ASEAN-433,7
Indice des prix des produits de base hors pétrole41,7
Ventes mondiales de semi-conducteurs414,7

Calculée sur la base de séries hors moyenne arithmétique, 1993M2-2001M3.

Corée, Hong Kong (RAS), Singapour et province chinoise de Taiwan.

Indonésie, Malaisie, Philippines et Thaïlande.

Calculée sur la base de séries hors moyenne arithmétique, 1991M1-2001M4.

Calculée sur la base de séries hors moyenne arithmétique, 1993M2-2001M3.

Corée, Hong Kong (RAS), Singapour et province chinoise de Taiwan.

Indonésie, Malaisie, Philippines et Thaïlande.

Calculée sur la base de séries hors moyenne arithmétique, 1991M1-2001M4.

Certaines de ces questions ont été explorées dans de précédentes éditions des Perspectives de l’économie mondiale. Le chapitre II de l’édition d’octobre 2000 se référait à des simulations illustrant les conséquences du fait de ne pas avoir pris conscience que cinq ans plus tôt la croissance de la productivité totale des facteurs s’était accélérée ou ralentie. Ces simulations, associant une variation de la croissance future de la productivité à une réévaluation de la position cyclique actuelle, montrent comment la perception erronée des tendances passées et futures de la croissance peut être à la source de perturbations cycliques considérables. Le graphique 1.19 représente le sentier de la production réelle et de l’inflation dans une situation où l’on suppose, à tort ou à raison, que le taux d’augmentation de la productivité a progressé de ½ % (si c’est à tort, l’hypothèse est que l’on se rend compte de l’erreur cinq ans plus tard). Cette simulation vise à faire ressortir les conséquences pratiques de la difficulté d’identifier les tendances de la productivité à long terme, notamment dans le contexte des cycles, de révisions des données et d’autres variables. Comme on peut le constater, il est difficile de distinguer les deux sentiers pendant les cinq premières années, mais dans le scénario où la perception se révèle erronée, on observe une baisse considérable de la productivité à partir du moment où l’erreur est identifiée, étant donné que les excès associés à l’exubérance antérieure doivent être corrigés. Les autres scénarios présentés ciaprès prolongent ce type d’analyse en considérant la façon dont différentes hypothèses quant à la croissance de la production potentielle passée et future pourraient influer sur l’économie mondiale dans les années à venir.

Graphique 1.19.Scénario illustratif: incertitude de la productivité

(Déviation en pourcentage par rapport au scénario de référence)

Source: Perspectives de l’économie mondiale, octobre 2000, page 61.

Appendice II. Autres scénarios: comment la croissance de la productivité à moyen terme pourrait-elle influer sur les perspectives à court terme?

Tandis que de saines politiques macroéconomiques ont stabilisé les anticipations en matière d’inflation, la manière dont le secteur privé envisage la croissance future est un facteur de plus en plus important dans le cycle économique. Le taux de croissance sous-jacent de la productivité est donc une préoccupation majeure pour l’économie mondiale. Aux États-Unis, l’incertitude est centrée sur la part de l’accélération de la croissance de la productivité associée à la révolution des technologies de l’information (étudiée en détail au chapitre III), et sur la question connexe de savoir si l’expansion de la fin des années 90 a engendré un surinvestissement considérable. Ailleurs, les incertitudes quant au taux de croissance de la production potentielle sont associées à la vitesse du rattrapage technologique et, surtout dans la zone euro et au Japon, à l’impact des futures réformes structurelles.

Avant de décrire ces scénarios, il est toutefois utile de caractériser les hypothèses intégrées dans les prévisions actuelles qui sont examinées dans le corps de ce chapitre. Le tableau 1.13 indique le taux moyen de croissance de la production potentielle retenu comme hypothèse pour les trois grandes zones monétaires et pour les autres économies avancées. Aux États-Unis, on suppose que la croissance de la production potentielle restera stable à 3¼ % au cours des cinq prochaines années, c’est-à-dire dans la partie inférieure de la fourchette généralement acceptée de 3 % à 4 %13. Au Japon, où la croissance de la production potentielle s’est ralentie à la fin des années 90, on suppose qu’elle remontera de sa valeur actuelle de 1¼ % à 1¾ % d’ici à 2006 avec la mise en œuvre des réformes structurelles. Dans la zone euro, les progrès des réformes structurelles et l’essor des technologies de l’information (TI) sont aussi supposés alimenter une plus forte croissance de la production potentielle, qui gagne environ ¼ % entre 1996-2001 et 2002-06. On suppose un niveau et une augmentation analogues pour le Royaume-Uni, pays le plus important du groupe des autres pays avancés, bien que pour l’ensemble des autres pays industrialisés, la croissance de la production potentielle se maintienne à environ 2 ¾ %.

Tableau 1.13.Scénario de référence: taux de croissance de la production potentielle
1996-20012002-06Hausse
États-Unis3,23,2
Zone euro2,42,60,2
Japon1,61,6
Autres pays industrialisés2,82,8

Quels pourraient être les effets de modifications de ces taux de croissance de la production potentielle sur les perspectives économiques dans les années qui viennent? Nous explorons dans cet appendice deux possibilités qui, d’après l’hypothèse retenue, se matérialiseraient au début de 2002:

  • La croissance de la productivité future de l’ensemble des facteurs aux États-Unis dépasse de ½ % celle du scénario de référence. La production potentielle passe ainsi de la partie inférieure à la partie supérieure de la fourchette actuelle des estimations, en particulier dès lors que l’accumulation de capital supplémentaire est incluse dans l’équation. On suppose qu’à mesure que les preuves de croissance plus forte aux États-Unis s’accumulent durant les cinq années suivantes et sont incorporées dans les anticipations, le dollar et les marchés des actions des États-Unis se renforcent graduellement.

  • La production potentielle déçoit dans les pays industrialisés. Dans le scénario de «plus faible productivité des pays industrialisés», on suppose que la productivité sous-jacente de l’ensemble des facteurs aux États-Unis a augmenté de ¼ % de moins que dans le scénario de référence depuis 1996. En conséquence, outre un ralentissement de la productivité future, il y a un surinvestissement actuel considérable du fait de la correction en baisse de la production potentielle sous-jacente, et le niveau souhaité du stock de capital est donc plus faible. En même temps, on suppose que la croissance de la productivité à partir de 2002 est inférieure de ½ % à celle du scénario de référence dans le reste des économies avancées face aux résultats décevants des réformes structurelles et du développement des TI. En conséquence, la productivité totale des facteurs en 2006 est en retrait de 2½ % par rapport à celle du scénario de référence dans toutes les économies avancées. Deux hypothèses distinctes sont établies en ce qui concerne les anticipations des marchés financiers. Dans le scénario de l’«identification immédiate», les marchés identifient d’emblée les nouvelles réalités—y compris la nécessité de corriger l’investissement aux États-Unis—entraînant une chute brutale du dollar EU par rapport à l’euro et aux monnaies de la plupart des autres pays avancés avec le revirement des flux de capitaux (les marchés des actions des États-Unis accusent aussi une chute brutale). Ce n’est toutefois pas le cas vis-à-vis du yen, à défaut d’options en matière de politique monétaire dans le contexte des difficultés persistantes de l’économie japonaise. Dans le scénario «d’ajustement graduel», l’identification du nouvel environnement est plus tardive, conduisant à un ajustement plus lent des taux de change et des marchés des actions.

Tous les scénarios reposent sur l’hypothèse de politiques monétaires prospectives suivant la règle de Taylor, qui réagissent aux variations de l’inflation tendancielle future et de l’écart de production actuel, tandis que les autorités budgétaires laissent fonctionner les stabilisateurs automatiques mais ne prennent pas de mesures discrétionnaires.

Les résultats de la plus forte croissance de la production potentielle sont présentés dans le tableau 1.14 et le graphique 1.20. L’accumulation des signes de forte croissance de la productivité et du maintien de rendements réels élevés produit une impulsion régulière à la hausse sur le dollar et le marché des actions des États-Unis. Les anticipations optimistes quant aux bénéfices et aux salaires font augmenter l’investissement et, dans une mesure relativement moindre, la consommation, entraînant une progression de la demande intérieure et de la production plus forte que celle du potentiel, ce que le resserrement de la politique monétaire face à l’apparition de pressions inflationnistes ne neutralise qu’en partie. Le bond consécutif des importations des États-Unis soutient l’activité dans le reste du monde, bien que l’investissement ailleurs diminue à moyen terme sous l’effet de la réorientation des capitaux vers les États-Unis. Ceux-ci jouant le rôle de locomotive de l’économie mondiale, les déséquilibres existants s’amplifient. Le déficit des transactions courantes des ÉtatsUnis s’alourdit de 90 milliards de dollars et l’épargne privée nette diminue de plus de ½ point de PIB. En résumé, ce scénario est un prolongement de l’expansion tirée par les États-Unis qui a marqué la fin des années 90, avec son cortège de déséquilibres et d’incertitudes financières.

Tableau 1.14.Autre scénario: augmentation plus rapide de la productivité aux États-Unis(Écart en pourcentage par rapport au scénario de référence, sauf indication contraire)
20022003200420052006
PIB réel mondial0.30,50,70,91,3
États-Unis
PIB réel0,81.11,82,43,2
Production potentielle0,61.21,82,53,3
Demande intérieure réelle0,91,32,02,83,8
Investissement réel2,32,64,05,57,9
Taux de change effectif réel0,40,40,71,01,4
Transactions courantes (milliards de dollars)−11.5−22,5−37,8−59,1−89,7
Épargne nette du secteur privé (points de PIB)−0.2−0,1−0,2−0,4−0,6
Inflation IPC (points)0,10,10,10,2
Taux d’intérêt à court terme (points)0.30,20,30,40,6
Zone euro
PIB réel0,20.20.20,30,5
Production potentielle−0,1
Demande intérieure réelle0,1—0,1−0,1−0,2
Investissement réel0,2−0,2−0,6−1,1−1,8
Taux de change effectif réel−0.2−0.3−0.5−0,8−1,3
Taux de change réel du dollar−0.5−0,5−1.0−1.5−2,4
Transactions courantes (milliards de dollars)4,67,913,621,230,7
Épargne nette du secteur privé (points de PIB)0,10,20.30,3
Inflation IPC (points)0,10.20,30,4
Taux d’intérêt à court terme (points)0,20,40,60,90,9
Japon
PIB réel0.20,20,20,30,4
Production potentielle−0,1
Demande intérieure réelle0.10,1−0,1
Investissement réel0,3−0,0−0.4−0,7−1,3
Taux de change effectif réel−0,4−0,5−0,9−1.4−1.9
Taux de change réel du dollar−0,5−0,7−1.3−2,0−2,7
Transactions courantes (milliards de dollars)2,25,88,913.720,3
Épargne nette du secteur privé (points de PIB)0,10.20,20,3
Inflation IPC (points)0,10,10.20,3
Taux d’intérêt à court terme (points)0,10,30.40,71,1
Autres économies industrialisées
PIB réel0.20,20,30,40,5
Demande intérieure réelle0.10,1−0.1−0,2
Transactions courantes (milliards de dollars)4,88,514,823,336,4
Pays industrialisés
PIB réel0,40,60,81,11,5
Demande intérieure réelle0.40,50,81.01,4
Transactions courantes (milliards de dollars)0,2−0,2−0,6−0,9−2,3
Pays en développement
PIB réel0,10,20,30,40,6
Demande intérieure réelle0,20,30,40,70,9
Transactions courantes (milliards de dollars)−0,20,20,60.92,3

Graphique 1.20.Impact de différences d’augmentation de la productivité

(Écart en pourcentage par rapport au PIB réel de référence)

Source: simulations MULTIMOD, FMI.

Une telle situation est-elle soutenable à long terme? Durant la période 1880–1913, plusieurs des territoires nouvellement colonisés par des Européens, notamment l’Australie et le Canada (mais non les États-Unis) enregistrèrent des déficits considérables, d’un ordre de grandeur assez semblable à celui que connaissent aujourd’hui les États-Unis, ainsi que de faibles taux d’épargne. Mais ces pays exploitaient une ressource (de nouvelles terres), qui n’existait pas dans les pays européens qui fournissaient les capitaux, avec le complément d’apports considérables de main-d’œuvre. En revanche, les États-Unis exploitent actuellement une technologie dont les composantes font l’objet d’échanges sur une grande échelle (voir le chapitre III). Même si, comme on le suppose dans ce scénario, les États-Unis pouvaient encore accroître leur avantage en termes de productivité par rapport aux autres principaux pays industrialisés, il est probable que cette situation ne durerait pas très longtemps, même si des réformes structurelles étaient opérées. À mesure que l’écart entre le potentiel des États-Unis et celui du reste du monde se creuserait, les possibilités de rattrapage par l’adoption des techniques d’organisation employées aux États-Unis augmenteraient aussi. La situation caractérisée par un rendement réel attendu plus élevé pour les États-Unis avec l’afflux de capitaux et le taux de change fort qui y sont associés finirait par se retourner, de façon graduelle dans l’idéal.

Le deuxième ensemble de scénarios considère les conséquences d’un ralentissement de la croissance de la productivité dans le monde conjugué à la prise de conscience que des hypothèses trop optimistes quant aux récents taux de croissance de la production potentielle ont conduit à un surinvestissement et à une surconsommation considérables aux États-Unis.

Quand on se rend compte que la production potentielle actuelle des États-Unis est de 1½ % inférieure à l’hypothèse initiale, l’investissement est réduit de manière à rétablir le coefficient de capital souhaité. Plus généralement, la croissance plus faible de la productivité aux États-Unis et ailleurs fait aussi diminuer la richesse et, partant, l’investissement et la consommation. Dans la version la plus spectaculaire de ce scénario, illustré au tableau 1.15, les marchés financiers réévaluent d’emblée la situation correctement, ce qui conduit à une réduction significative des déséquilibres internationaux existants à un coût considérable à court terme sur le plan de la production et de la demande mondiales. Dans ce cas, le marché des actions des États-Unis chute de 20 % quand on prend conscience des conséquences du surinvestissement, et le dollar perd à peu près autant par rapport à l’euro et environ 15 % par rapport aux monnaies des autres pays industrialisés, sauf le yen, quand on prend conscience des conséquences pour les llux de capitaux, ce qui entraîne une augmentation des exportations réelles et une diminution des importations réelles. À la suite de la dépréciation réelle du dollar, la demande intérieure des États-Unis tombe à un niveau de 4½ % inférieur à celui du scénario de référence en 2003 et reste à peu près stable ensuite. Cette évolution correspond au gommage des excès de l’expansion précédente fondés sur des hypothèses excessivement optimistes quant à la production potentielle, ce qui conduit à une réduction rapide de l’investissement (laquelle entraîne une nouvelle baisse du taux de croissance du potentiel de production) et, dans une moinde mesure, de la consommation privée. Les conditions monétaires sont sensiblement assouplies, bien que la réduction des taux d’intérêt à court terme soit limitée par l’impulsion inflationniste résultant de la dépréciation du dollar. Le PIB réel accuse aussi une diminution, quoique moins forte, de 2½ % en 2003. Avec la contraction de la demande réelle, plus d’une fois et demie plus forte que celle de la production réelle, le solde des transactions courantes s’améliore régulièrement, d’environ 160 milliards de dollars en 2006, quand l’emprunt du secteur privé a reculé de ¾ de point de PIB. Ces effets seraient encore plus importants dans l’hypothèse où la croissance de la productivité future serait plus robuste dans le reste du monde. Selon un autre scénario présenté dans l’édition d’octobre 2000 des Perspectives de l’économie mondiale, si la croissance future dans la zone euro et au Japon dépasse de ½ % celle du scénario de référence, le solde des transactions courantes des États-Unis augmenterait d’environ 50 milliards de dollars au bout de cinq ans.

Tableau 1.15.Autre scénario: identification immédiate du ralentissement de la croissance(Écart en pourcentage par rapport au scénario de référence, sauf indication contraire)
20022003200420052006
Croissance réelle mondiale−1,2−1,6−1,8−2,1−2,3
États-Unis
PIB réel−2,2−2,7−2,8−2,8−2,6
Production potentielle−1,6−2,1−2,6−3,1−3,5
Demande intérieure réelle−3,3−4,2−4,5−4,6−4,6
Investissement réel−2,7−7,0−7,7−8,2−8,4
Taux de change effectif réel−7,1−7,3−7,4−7,9−8,7
Transactions courantes (milliards de dollars)40,186,4119,3144,2160,5
Crédits privés (points de PIB)0,40,70,80,80,8
Inflation IPC (points)0,50,1−0,1−0,10,1
Taux d’intérêt à court terme (points)−0,4−0,7−0,5−0,10,1
Zone euro
PIB réel−1,0−1,4−1,8−2,4−3,0
Production potentielle−0,5−0,9−1,4−1,8−2,3
Demande intérieure réelle0,70,70,60,3
Investissement réel1,22,62,62,72,8
Taux de change effectif réel10,410,19,99,89,6
Taux de change effectif réel du dollar17,817,717,517,617,9
Transactions courantes (milliards de dollars)−9,5−35,3−55,2−72,6−88,2
Crédits privés (points de PIB)−0,2−0,9−1,2−1,4−1,2
Inflation IPC (points)−1,6−0,8−0,5−0,4−0,3
Taux d’intérêt à court terme (points)−1,6−1,9−2,2−2,3−2,3
Japon
PIB réel−1,0−1,5−1,8−1,9−2,0
Production potentielle−0,5−1,0−1,6−2,1−2,7
Demande intérieure réelle−1,4−2,0−2,4−2,6−2,8
Investissement réel−0,9−2,3−2,7−3,0−3,1
Taux de change effectif réel−6,2−6,2−6,4−6,6−6,8
Taux de change effectif réel du dollar0,20,2−0,1−0,2−0,2
Transactions courantes (milliards de dollars)−2,3−2,3−1,51,810,1
Crédits privés (points de PIB)—0,1−0,2−0,3−0,7−0,2
Inflation IPC (points)0,40,0−0,1−0,1−0,1
Taux d’intérêt à court terme (points)−0,2−0,2−0,20,1
Autres économies industrialisées
PIB réel−0,6−0,9−1,3−1,8−2,4
Demande intérieure réelle−0,20,30,2−0,2
Transactions courantes (milliards de dollars)−21,8−49,3−62,2−73,5−84,4
Pays industrialisés
PIB réel−1,4−1,8−2,1−2,4−2,5
Demande intérieure réelle−1,3−1,7−1,9−2,2−2,3
Transactions courantes (milliards de dollars)6,4−0,50,3−0,1−2,0
Pays en développement
PIB réel−0,5−0,7−1,0−1,2−1,3
Demande intérieure réelle−0,5−1,0−1,3−1,5−1,8
Transactions courantes (milliards de dollars)−6,40,5−0,30,12,0
Tableau 1.16.Autre scénario: identification graduelle du ralentissement de la croissance(Écart en pourcentage par rapport au scénario de référence, sauf indication contraire)
20022003200420052006
États-Unis
PIB réel−1.3−1.8−2,1−2,4−2,6
Production potentielle−1.5−1.9−2,3−2.8−3,2
Demande intérieure réelle−1,6−2.4−3,0−3,6−4,2
Investissement réel−1,4−3,8−4,8−5.8−6,9
Taux de change effectif réel−1,9−3,6−5,1−6.7−8,6
Transactions courantes (milliards de dollars)13,028.845,566,187,8
Épargne nette du secteur privé0.10.20,30,40.6
Inflation IPC (points)0,20,30,40,50,7
Taux d'intérêt à court terme (points)0,00,10,20,50,9
Zone euro
PIB réel−0,6−1,1−1,7−2,4−3,3
Production potentielle−0,5−1,0−1.4−1,8−2,3
Demande intérieure réelle−0,2−0.3−0,5−0,6−0,7
Investissement réel0,61,62,33,03,8
Taux de change effectif réel2,13,76,08,110,9
Taux de change effectif réel du dollar3,56.810,213.818.4
Transactions courantes (milliards de dollars)−4,1−9.1−15,7−27,0−39,5
Épargne nette du secteur privé−0,2−0,3−0,5−0,6
Inflation IPC (points)−0,3−0,5−0,6−0,8−1,0
Taux d'intérêt à court terme (points)−0,3−0,6−1,0−1,6−1.9
Japon
PIB réel−0,4–0,7−1,1−1,6−2.0
Production potentielle−0,5−1,0−1,5−2,02,5
Demande intérieure réelle−0,4−0,8−1,3−1.9−2,6
Investissement réel0,30.5−0,1−0,7−1,5
Taux de change effectif réel−1,4−2.7−3,9−5,1−6,6
Taux de change effectif réel du dollar
Transactions courantes (milliards de dollars)−3,5−5,2−4,8−2,24,2
Épargne nette du secteur privé−0,1−0,3−0,3−0,3−0,2
Inflation IPC (points)0,10,10,10.10,2
Taux d’intérêt à court terme (points)−0,1_0,10,2
Autres économies industrialisées
PIB réel−0,6−1,1−1.6−2.1−2,6
Demande intérieure réelle−0,3−0,5−0,8−1,1−1,3
Transactions courantes (milliards de dollars)−7,2−15,2−23,1−32,8−45,3
Pays industrialisés
PIB réel−0,8−1,3−1.7−2,2−2.6
Demande intérieure réelle−0,81,2−1,6−2,0−2.4
Transactions courantes (milliards de dollars)−1.7−0,71.53,25.5
Pays en développement
PIB réel−0,3−0,5−0,7−1.0−1,2
Demande intérieure réelle−0,4−0,6−0.9−1.2−1,6
Transactions courantes (milliards de dollars)1.70,7−1,5−3.2−5,5

Dans le reste du monde, malgré le ralentissement significatif de la croissance de la productivité future, la demande intérieure réelle augmente au-delà de sa valeur de référence dans la zone euro et reste proche du scénario de référence dans le groupe des autres pays industrialisés. En réaction à l’appréciation des monnaies et au repli consécutif de l’inflation, les autorités de ces régions abaissent les taux d’intérêt à court terme, assouplissant quelque peu les conditions monétaires. Cela stimule l’investissement et la consommation, qui sont également soutenus par la diminution des flux de capitaux vers les États-Unis. Cependant, l’effet sur les exportations nettes réelles de l’appréciation des monnaies et de la faible demande aux États-Unis est tel que la production reste légèrement inférieure au sentier (plus bas) de la production potentielle. Au Japon, en revanche, le manque de marge d’assouplissement des conditions monétaires fait que la demande intérieure ne peut pas compenser la diminution de la demande extérieure. La demande intérieure diminue de 2 % par rapport au scénario de référence et le PIB réel de 1½% en deux ans, dans le contexte d’une rapide diminution des importations réelles, après quoi le repli se poursuit plus lentement. Dans les pays en développement, la demande intérieure diminue un peu plus que le PIB réel, étant donné que la plus faible demande des économies avancées fait baisser la production à un niveau inférieur à la valeur de référence—résultat qui pourrait être amplifié par des turbulences financières considérables sur les marchés émergents. La diminution du déficit des transactions courantes des États-Unis a pour contrepartie une détérioration des soldes correspondants dans la zone euro et dans le groupe des autres pays industrialisés.

Dans le cas où les marchés financiers tardent davantage à identifier le déclin de la productivité, la réaction de la demande intérieure, du PIB réel et des transactions courantes est d’autant plus progressive (tableau 1.16). Dans le cas où le dollar baisse, les résultats concernant le PIB réel à plus long terme sont semblables en 2006 à ceux du cas de l’«identification immédiate», bien que les divergences de la demande intérieure réelle et du solde des transactions courantes soient moins spectaculaires. En conséquence, le solde des transactions courantes des États-Unis s’améliore de 90 milliards de dollars en 2006, environ deux tiers de la valeur correspondante dans le cas de «l’identification immédiate», bien que certains effets au niveau des prix relatifs ne se soient peutêtre pas encore produits. Enfin, si l’on applique ce scénario en maintenant le dollar EU grosso modo à sa valeur de référence, les variations des exportations nettes sont plus modérées et les sentiers du PIB réel et de la demande intérieure aux États-Unis et ailleurs restent plus étroitement corrélés. En 2006, le PIB réel et la demande intérieure réelle sont sensiblement plus faibles aux États-Unis qu’ailleurs bien que la baisse de la productivité totale des facteurs soit identique dans tous les pays, ce qui tient dans une large mesure au niveau plus faible de l’investissement aux États-Unis pendant les cinq années intermédiaires. En conséquence, même dans ce cas, le solde des transactions courantes affiche une amélioration d’environ 75 milliards de dollars à l’échéance 2006.

Références

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    MoserGary et Toshihiro Ichida2001«Croissance économique et réduction de la pauvreté en Afrique subsaharienne»,document de travail n° 01/112 (WashingtonFonds monétaire international).

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    RavallionMartin andShaohuaChen1997What Can New Survey Data Tell Us About Recent Changes in Distribution and Poverty?World Bank Economic Review Vol. 11 No. 2 p. 35782.

Dans les Perspectives de l’économie mondiale, la croissance mondiale est calculée en utilisant des pondérations basées sur les parités de pouvoir d’achat. On trouvera au tableau 1 de l’appendice statistique des taux de croissance qui sont calculés avec des pondérations basées sur les taux de change du marché et qui sont moins élevés à cause principalement des pondérations relativement plus faibles données à la Chine et aux autres pays en développement à croissance rapide.

Une récession correspond à deux trimestres de croissance négative du PIB réel.

Voir «Qu’est-ce qui explique la faiblesse de l’euro et la vigueur du dollar?», chapitre II des Perspectives de l’économie mondiale de mai 2001.

II convient de souligner toutefois que ces projections s’expliquent en partie par les importants excédents courants des pays producteurs de pétrole et les sorties nettes de capitaux privés correspondantes.

Les projections du scénario de référence, de même que celles d’un certain nombre d’analystes, prenant par hypothèse des taux de change réels constants, la réduction des déséquilibres dans ce scénario est faible. Pour un examen approfondi de ce point, voir l’appendice II.

Voir l’allocution prononcée par M. Horst Kohler, Directeur général du FMI, à Genève le 16 juillet 2001, devant le Conseil économique et social des Nations Unies et intitulée «A Global Partnership for African Economic Development». Le texte de cette allocution peut être consulté à l’adresse: http://www.imf.org/external/np/speeches/2001/071601.htm.

En outre, des révisions apportées récemment aux comptes nationaux pour la période 1998-2000 ont eu pour effet d’abaisser sensiblement (de 5 % à 4,1 %) le taux de croissance du PIB pour l’an 2000, à cause du niveau moins élevé des stocks et de l’investissement en logiciels et de faire passer le taux d’épargne des ménages de –0,1 % à 1 % par suite d’une réduction des bénéfices des entreprises et d’une augmentation des revenus des ménages.

Pour un examen des problèmes de mesure que soulèvent les comptes nationaux du Japon, voir l’encadré 1.2 de l’édition d’octobre 2000 des Perspectives de l’économie mondiale.

Ce point est approfondi dans l’étude intitulée «Armenia, Georgia, Kyrgyz Republic, Moldova, and Tajikistan: External Debt and Fiscal Sustainability», qu’ont préparée le Département Europe II du FMI et le Bureau régional Europe et Asie centrale de la Banque mondiale et qui peut être consultée à l’adresse: http://www.imf.org/ external/np/eu2/2001/edebt/eng/index.htm.

Cependant, les prévisions du FMI sur la croissance en Afrique ont été par le passe trop optimistes du fait de la survenance de chocs, des conflits notamment, ainsi que de défaillances dans l’application des politiques.

Voir l’encadré 1.4, intitule «L’initiative PPTE renforcee et l’Afrique», des Perspectives de l’économie mondiale de mai 2001.

L’accord avec l’ONU consistant pour l’Iraq à exporter du pétrole en échange de nourriture et de médicaments arrive à expiration le 30 novembre 2001, ce qui ajoute à l’incertitude concernant l’offre à court terme.

ces données incorporent de récentes révisions des comptes du PIB pour 1998-2000, qui ont sensiblement réduit la croissance de la production et de la productivité en l’an 2000.

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