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Chapitre IV. Les conditions du rattrapage dans les pays les plus pauvres

Author(s):
International Monetary Fund. Research Dept.
Published Date:
May 2000
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L’augmentation du revenu réel et la lutte contre la pauvreté n’ont pas progressé à un rythme satisfaisant dans beaucoup de pays en développement et l’écart entre les pays les plus riches et les pays les plus pauvres a continué de se creuser. En Afrique, le revenu réel par habitant est plus faible aujourd’hui qu’il y a trente ans. Dans les pays en développement du Moyen-Orient et de l’hémisphère occidental, le revenu réel a augmenté, mais moins vite que dans les pays industrialisés (graphique 4.1). Seuls les pays en développement d’Asie de l’Est (y compris la Chine), les nouvelles économies industrielles et quelques petits pays situés dans d’autres régions du monde ont réalisé une augmentation soutenue et rapide de leur revenu relatif — la «convergence». Le revenu moyen par habitant reste bien plus faible dans les régions les plus peuplées que dans les pays industrialisés et les nouvelles économies industrielles (voir le graphique 4.1, dans lequel l’épaisseur des barres est proportionnelle à la population). Globalement, les très pauvres (les personnes dont le revenu est inférieur à 1 dollar par jour) sont à peu près aussi nombreux qu’il y a dix ans, et seulement des progrès limités ont été accomplis vers une réduction de la part de la population mondiale vivant au-dessous du seuil de pauvreté. Cette situation se traduit à la fois par des souffrances incalculables et par un immense gaspillage de ressources humaines.

Graphique 4.1.Économies avancées ou en développement: revenu par habitant1

(En milliers de dollars aux prix de 1996)

Deux groupes de pays seulement voient leur revenu par habitant converger rapidement vers celui des pays industrialisés: l’Asie de l’Est, le plus peuplé — il comprend la Chine —, et les nouvelles économies industrielles. L’épaisseur des barres est proportionnelle à la population de chaque région.

1Converti en dollars, sur la base des taux de change ajustés en fonction des parités de pouvoir d’achat (PPA).

Constatant ces divergences des niveaux et des taux de croissance du revenu, et en particulier les degrés de pauvreté inacceptables qui persistent dans nombre de pays, le Comité intérimaire et le Comité du développement du FMI et de la Banque mondiale ont réaffirmé en septembre 1999 l’importance qu’ils attachent à la réduction de la pauvreté et à une meilleure articulation de cette action avec l’allégement de la dette. Ultérieurement, le Conseil d’administration du FMI a redéfini les objectifs des prêts concessionnels de l’institution pour mettre plus explicitement l’accent sur la lutte contre la pauvreté (encadré 4.1).

Encadré 4.1.Document de stratégie pour la réduction de la pauvreté

En septembre 1999, le FMI et la Banque mondiale ont adopté une nouvelle démarche visant à accorder une importance accrue à la lutte contre la pauvreté dans les programmes appuyés par une aide concessionnelle et à renforcer le lien entre l’allégement de la dette et la réduction de la pauvreté. Dans le cadre de cette approche, chaque pays admissible devra préparer un document de stratégie pour la réduction de la pauvreté (DSRP).

Dans ce document, le pays définira sa stratégie de lutte contre la pauvreté à moyen et à long terme. Pour faire en sorte que le pays ait la maîtrise de sa stratégie, ce sont les autorités nationales qui rédigeront le DSRP, à l’issue de vastes consultations avec les parties prenantes, notamment les représentants de la société civile et les partenaires du développement, et avec l’aide des services de la Banque mondiale et du FMI. Pour faciliter le suivi à court terme des programmes, la finalité à long terme de réduction de la pauvreté sera exprimée par des objectifs annuels assignés aux indicateurs intermédiaires (taux de scolarisation dans l’enseignement primaire, taux d’immunisation, etc.). Le DSRP, qui est appelé à devenir un instrument essentiel des relations des autorités nationales avec les donateurs et la société civile, sera le document de référence pour les opérations d’allégement de la dette dans le cadre de l’Initiative en faveur des PPTE et de l’ensemble des prêts concessionnels de la Banque mondiale et du FMI. Compte tenu des nouvelles politiques et de la place centrale accordée à la lutte contre la pauvreté, le FMI a remplacé sa facilité de prêt concessionnel — anciennement la facilité d’ajustement structurel renforcée (FASR) — par la facilité pour la réduction de la pauvreté et la croissance (FRPC).

On prévoit que les pays établiront le DSRP selon un cycle triennal et présenteront des rapports d’étape annuels dans l’intervalle. Le DSRP établira un diagnostic de la pauvreté dans le pays, et identifiera les catégories défavorisées et leurs principales caractéristiques. Ce document quantifiera aussi les ressources nécessaires aux divers programmes de lutte contre la pauvreté et les intégrera dans un cadre budgétaire et macroéconomique viable, faisant intervenir des moyens de financement non inflationnistes. Les travaux de préparation d’un DSRP ont été engagés dans un certain nombre de pays (Bolivie, Mozambique et Ouganda).

Il faudra sans doute du temps pour éprouver la stratégie et l’on s’attend à avancer par étapes vers la version intégrale du document. C’est pourquoi certains gouvernements élaboreront un DSRP intérimaire, affirmant leur volonté de faire reculer la pauvreté et définissant les principaux éléments de leur stratégie, le calendrier d’achèvement du document et le processus consultatif par lequel il sera formulé. Une fois achevé, le DSRP pourrait donner lieu à une révision du programme macroéconomique triennal appuyé par les prêts du FMI et de la Banque mondiale.

La nouvelle approche, actuellement dans les premières étapes de son application, renforce la priorité traditionnellement donnée à la bonne tenue des politiques macroéconomiques et structurelles en insistant pour que les pays prennent en main leur stratégie de réduction de la pauvreté. En mettant ainsi de plus en plus l’accent sur la maîtrise de leur stratégie par les pays intéressés, notamment grâce à la participation de la société civile, il s’agit de réduire le risque de dérapage dans la mise en oeuvre des politiques, les pays s’attachant davantage à mettre au point et à mener à bien par eux-mêmes leurs projets économiques. L’augmentation du montant de l’allégement de la dette dans le cadre de l’Initiative en faveur des pays pauvres très endettés (PPTE) vise à libérer des ressources pour la réduction de la pauvreté, à améliorer les incitations à la réforme et à lever un obstacle de nature à dissuader les investisseurs, tant locaux qu’étrangers. Bien entendu, la réussite d’une stratégie de développement suppose que des progrès soient réalisés sur de nombreux fronts, comme le souligne le cadre de développement intégré de la Banque mondiale1.

Dans les précédentes éditions des Perspectives de l’économie mondiale, une large place a été accordée aux cas des pays qui ont remporté des succès sur la voie de la convergence. Dans le présent chapitre, en revanche, on examinera les principaux obstacles à la croissance dans les pays en développement qui ne sont pas parvenus à prospérer et où le taux de pauvreté reste élevé. Devant le grand nombre de pays se trouvant dans cette situation, on peut penser soit que la stratégie de croissance classique n’est pas appliquée avec suffisamment d’énergie, soit que des obstacles fondamentaux au développement n’ont pas été pris en compte. Néanmoins, il ressort de la grande majorité des travaux consacrés au développement qu’il n’existe pas d’ensemble unique de conditions préalables qui sont toujours réunies pendant la phase de démarrage économique, ni d’ensemble bien défini d’obstacles qui ont empêché les pays pauvres de réaliser une croissance durable. Il n’y a pas de recette unique pour amorcer la croissance et les résultats décevants de nombreux pays en développement s’expliquent plus probablement par une interaction de facteurs économiques et politiques qui varient d’un pays à l’autre. Néanmoins, l’exemple des pays qui ont surmonté ces difficultés montre clairement que la stabilité macroéconomique, des dispositions institutionnelles solides et l’ouverture au commerce extérieur sont des facteurs propices, ou au moins connexes, à une croissance forte et durable2. Il ressort à l’inverse de l’expérience des pays les plus pauvres que la médiocrité des services d’éducation et de santé, l’inefficacité de la gestion des affaires publiques, la déficience de l’état de droit et la guerre sont fréquemment des obstacles à la prospérité.

Le présent chapitre expose les difficultés des pays pauvres à faible croissance, et notamment de ceux qui sont très endettés, à propos desquels on s’accorde de plus en plus pour penser qu’une dette insoutenable est devenue un obstacle fondamental à la croissance future et à la réduction de la pauvreté. Le niveau de la dette extérieure, malgré des années de rééchelonnements souvent accordés à des conditions concessionnelles, est devenu insoutenable dans bien des cas. Sans les efforts que déploie la communauté internationale pour alléger sensiblement ce fardeau, on ne pourrait guère espérer une amélioration notable des conditions de vie, car le surendettement sape les incitations économiques à la réforme et à l’expansion. Pour être efficace, l’allégement doit toutefois s’accompagner de réformes de la politique économique nationale permettant de s’attaquer aux causes fondamentales du gonflement initial de la dette.

L’examen ci-après consacre moins de place aux problèmes de pauvreté qui se posent dans les pays à revenu intermédiaire et dans les pays à faible revenu qui affichent une croissance rapide. Il importe toutefois de rappeler que dans des pays comme la Chine et l’Inde, qui ont enregistré une forte croissance et une baisse du taux de pauvreté, le nombre des pauvres reste élevé. Dans certains pays à revenu intermédiaire, comme par exemple en Amérique latine, non seulement il existe des îlots de pauvreté absolue, mais la pauvreté relative est aussi considérable3. La lutte contre la pauvreté reste un objectif important dans l’ensemble de ces pays et la plupart des considérations de politique économique exposées dans le présent chapitre les concernent également.

Croissance du revenu et réduction de la pauvreté: l’histoire récente

Les conditions de vie se sont beaucoup améliorées en l’espace d’un siècle, grâce à des transformations techniques et économiques sans précédent. La production mondiale a presque triplé dans la première moitié du XXe siècle et elle a été multipliée par neuf dans la seconde moitié, soit une expansion bien plus rapide que la croissance démographique. L’espérance de vie, l’éducation et d’autres indicateurs du niveau de vie se sont aussi améliorés, en particulier dans les pays pauvres4. Dans le présent chapitre, on considère l’évolution survenue entre 1970 et 1998, soit la plus longue période pour laquelle on dispose de données relativement complètes pour la plupart des pays en développement. (On trouvera dans le chapitre V une analyse rétrospective plus complète.)

L’essor de la richesse mondiale n’a cependant pas profité à tous les pays ni à toutes les régions et la répartition mondiale des revenus — estimée d’après le revenu national par habitant dans les différents pays — reste très asymétrique. Les taux de croissance de longue période témoignent de cet échec de la convergence: ces trente dernières années, 75 % des pays en développement ont enregistré une croissance du revenu par habitant plus lente que celle des pays industrialisés (graphique 4.2, partie supérieure)5. Le revenu par habitant a diminué dans 32 pays de l’échantillon et seulement sept pays en développement ont affiché une croissance assez rapide pour leur permettre de réduire sensiblement l’écart de revenu par rapport aux pays industrialisés considérés globalement — et donc de converger rapidement vers ce groupe de pays6.

Graphique 4.2.Pays en développement: répartition suivant la croissance du revenu par habitant, 1970–981

Dans plus de 75% des pays en développement, le revenu par habitant a augmenté moins vite que celui des économies industrialisées. Ces pays, classés ci-dessous dans les catégories «croissance négative» ou «faible croissance», ne représentent toutefois qu’environ 30% de la population des pays en développement.

1La hausse annuelle du revenu par habitant des pays à faible croissance se situe entre 0% et 2%, celle des pays à convergence lente, entre 2% et 3¾% et celle des pays à convergence rapide, au-dessus de 3¾%.

La situation est plus encourageante si on évalue les progrès accomplis à la fois d’après la croissance du revenu par habitant et compte tenu de la population des pays (graphique 4.2, partie inférieure). Moins de 10% de la population du monde en développement vivent dans des pays où la croissance du revenu par habitant a été négative, contre 70% dans des pays où elle a été plus rapide que dans les économies industrialisées. Ce résultat est surtout imputable à la forte croissance économique de la Chine, tout particulièrement, et aussi à celle de l’Inde. Ces deux pays, qui représentent ensemble environ 50% de la population du monde en développement, ont affiché des taux de croissance du revenu par habitant de 7% et 2¾%, respectivement, au cours de la période 1970–98 (encadré 4.2)7.

La situation apparaît aussi sous un jour plus favorable si on considère l’évolution de la croissance sur une période plus courte. Entre 1993 et 1998, 14 pays en développement ont rapidement «convergé» — soit deux fois plus qu’entre 1970 et 1998 — malgré les problèmes qu’ont rencontrés nombre de pays par suite des crises financières en Asie, en Russie et en Amérique latine. Par ailleurs, le revenu par habitant n’a diminué que dans 23 pays, contre 32 au cours de la plus longue période de référence8. Ces meilleurs résultats s’expliquent notamment par des politiques intérieures plus vigoureuses et, dans certains de ces pays, par des conditions externes plus favorables (grâce, par exemple, à des programmes de prêts concessionnels ou à un régime de commerce extérieur plus ouvert). Ils tiennent aussi dans certains cas à des facteurs conjoncturels comme de meilleures récoltes ou des redressements économiques après des guerres ou des récessions. Le plus grand nombre des pays qui convergent rapidement (notamment grâce à la reprise de la croissance en Afrique au cours de cette période) et le plus petit nombre de ceux dans lesquels le revenu par habitant diminue sont des signes encourageants, mais les progrès de la lutte contre la pauvreté restent fragiles et insuffisants.

Le pourcentage de la population des pays en développement vivant au-dessous du seuil de 1 dollar par jour est tombé de 30% à 24% ces dix dernières années (surtout à cause du recul de la pauvreté en Asie de l’Est et, dans une moindre mesure, en Asie du Sud), mais ce taux reste inacceptable (graphique 4.3, page 136)9. Le nombre de personnes vivant au-dessous du seuil de 1 dollar par jour est resté à peu près constant à 1,2–1,3 milliard, parce que la croissance démographique (1,9% par an dans les pays en développement) a en gros annulé la baisse du taux de pauvreté. De surcroît, la lutte contre la pauvreté n’a pas progressé au même rythme dans toutes les régions. Le taux de pauvreté n’a pas été réduit en Afrique et dans l’hémisphère occidental et il a en fait augmenté dans les pays en transition.

Graphique 4.3.Pays en développement: nombre de personnes vivant avec moins de 1 dollar par jour

(En pourcentage de la population totale)

Les taux de pauvreté ont légèrement baissé dans le monde au cours de la dernière décennie. Les progrès ont cependant été inégaux: le taux de pauvreté n’a considérablement baissé qu’en Asie de l’Est et, dans une moindre mesure, en Asie du Sud. L’épaisseur des barres est proportionnelle à la population de chaque région.

Source: Martin Ravallion et Shaohua Chen, «Global Poverty Measures 1987–98 and Projections for the Future», à paraître

1Estimation.

2Asie de l’Est: les pays en développement d’Asie qui ne sont pas énumérés à la note 3.

3Asie du Sud: Bangladesh, Bhoutan, Inde, Maldives, Népal, Pakistan et Sri Lanka.

Encadré 4.2.L’Inde: relancer le processus de réforme

En Inde, où l’expansion économique a été l’une des plus fortes du monde au cours des deux décennies écoulées, l’évolution des taux de croissance, d’alphabétisation, de mortalité et de pauvreté s’inscrit dans une tendance générale à l’amélioration (voir la partie supérieure du graphique). Ces dernières années, une politique monétaire judicieuse a aidé le pays à surmonter la crise en Asie, tout en maintenant une faible inflation et une position extérieure satisfaisante. Le taux de pauvreté demeure toutefois élevé — plus d’un tiers de la population vit encore au-dessous du seuil officiel de pauvreté1. Ces progrès inégaux soulèvent des questions à propos des conséquences pour la croissance indienne des réformes économiques et structurelles appliquées depuis le milieu des années 80 et des mesures supplémentaires qu’il serait possible de prendre en vue de faire reculer davantage la pauvreté.

Dans les trente années (1947–77) qui ont suivi l’indépendance, la croissance économique indienne a été entravée par un degré élevé de planification et de réglementation, et le PIB par habitant n’a augmenté que de 1½ par an (voir le premier tableau). Des contrôles s’appliquaient à tous les secteurs de l’activité industrielle, et les restrictions du crédit privé, le rôle des entreprises publiques et les programmes de subventions ont pris de l’importance tout au long de la période considérée. Le potentiel d’expansion économique a aussi été limité par un strict contrôle des investissements directs étrangers, par le régime des licences d’importation et, à partir des années 70, par des droits de douane élevés.

L’assouplissement, en 1985, des mesures de contrôle frappant les importations et l’activité industrielle, conjugué à de meilleurs résultats dans l’agriculture, ont stimulé une accélération de la croissance du PIB réel par habitant, qui s’est établie en moyenne à 3¾% dans les années 80. Mais cette expansion s’explique aussi par d’autres facteurs — des mesures de relance budgétaire, ainsi qu’un vif essor de la consommation et de l’investissement financé par l’endettement — dont l’impact est devenu insoutenable vers la fin de la décennie.

Une crise de la balance des paiements a eu lieu en 1991, sous l’effet conjugué de la détérioration du solde budgétaire, de la hausse de la dette extérieure (surtout à court terme), de la montée des prix mondiaux du pétrole et de la forte contraction des envois de fonds des Indiens travaillant au Moyen-Orient. Alors que l’exode de capitaux s’accélérait et que les réserves officielles s’épuisaient rapidement, le gouvernement indien a conclu un accord de confirmation avec le FMI et lancé un programme de réformes budgétaires et structurelles.

Les autorités sont parvenues, par des mesures correctrices, à rétablir la stabilité macroéconomique. Le déficit de l’administration centrale a été abaissé de 8% du PIB avant la crise à 4¾% en 1996/972 au moyen de réformes fiscales, de réductions des subventions et d’une compression des dépenses qui a notamment porté sur la défense (voir la partie inférieure du graphique). L’abaissement du déficit a réduit le besoin de recourir aux concours financiers de la banque centrale et la hausse des prix de gros, qui avait culminé à près de 14% avant la crise, a été proche de 6% en 1996/97.

D’importantes réformes structurelles ont aussi été engagées. Les modalités d’attribution de licences industrielles et d’approbation des investissements ont été assouplies et le nombre des industries réservées au secteur public a été réduit. Les réformes du secteur extérieur ont pris divers aspects — baisse des droits de douane dont le taux moyen pondéré est passé de 87% en 1990/91 à 25% en 1996/97, assouplissement du régime des licences d’importation, desserrement du contrôle des investissements de portefeuille et des investissements directs étrangers et flexibilité accrue du taux de change. Les mesures visant le secteur financier ont compris la libéralisation des taux d’intérêt, le renforcement des normes et du contrôle prudentiels, une plus grande ouverture du secteur bancaire à la concurrence et l’amélioration du fonctionnement des marchés de capitaux.

Inde: indicateurs économiques1

Sources: Central Statistical Organization; Government of India Planning Commission; Union Budget documents; Reserve Bank of India; Public Enterprises Survey; Government Finance Statistics; estimations et projections des services du FMI

1Les données se rapportent à l’exercice budgétaire, qui commence en avril.

2L’ensemble du secteur public comprend l’administration centrale et les gouvernements des États, les entreprises relevant de l’administration centrale et les comptes du Oil Coordinating Committee.

Grâce à ce train de mesures, l’économie indienne s’est rapidement remise de la crise de 1991. Le taux d’investissement privé a sensiblement augmenté et la croissance du PIB réel par habitant a dépassé 6% en 1995/96. Une amélioration sensible de la productivité a aussi été obtenue — comme en témoignent une plus forte croissance de la productivité totale des facteurs tant au niveau de l’économie qu’à celui des entreprises3 et une baisse du coefficient marginal de capital, en particulier dans le secteur des services (voir le premier tableau).

Plus récemment, la croissance par habitant a toutefois ralenti, se rapprochant en moyenne de 4% entre 1997/98 et 1999/00, contre 4¾% entre 1992/93 et 1996/974. Dans une certaine mesure, cette décélération traduit la fin du rattrapage conjoncturel qui a suivi la crise de la balance des paiements de 1991, ainsi que les effets défavorables de la crise régionale de 1997 et des chocs de l’offre de produits agricoles. Il semble en outre qu’un dérapage de l’ajustement budgétaire, des pénuries d’infrastructures et des retards dans l’exécution des réformes structurelles ont influé sur les résultats économiques. L’augmentation des subventions et des salaires dans la fonction publique ainsi que l’alourdissement du service de la dette ont creusé le déficit budgétaire et provoqué une hausse des taux d’intérêt réels. Sous l’effet de cette hausse et des efforts qu’ont déployés les banques pour assainir leurs bilans, l’expansion du crédit a ralenti. En outre, la contrainte des pénuries d’infrastructures a continué de s’exercer, car l’assainissement budgétaire avait trop largement fait appel à des réductions de l’investissement public. Par conséquent, la contribution de l’investissement privé à l’expansion économique a diminué de moitié pendant la décennie et la croissance estimée de la productivité a ralenti, en particulier dans le secteur industriel (voir le premier tableau).

De surcroît, le taux de pauvreté demeure très élevé et sa réduction, remarquable du milieu des années 70 à la fin des années 80, a sans doute ralenti5. Ce résultat traduit en partie la performance assez médiocre du secteur agricole pendant les années 90, puisque 70% environ de la population active tire encore sa subsistance de la terre6. Outre les chocs défavorables de l’offre, l’absence de réformes explique la faiblesse du taux d’investissement et de la productivité dans l’agriculture. En outre, les possibilités de reconversion de la main-d’oeuvre peu qualifiée issue du secteur agricole ont probablement été limitées parce que l’expansion n’a pas été forte ni soutenue dans l’industrie et que le secteur des services, qui a davantage contribué à la croissance du PIB, emploie des travailleurs plus qualifiés.

Dépenses et composantes sectorielles de la croissance1(Moyenne annuelle en pourcentage, sauf indication contraire)
1951–791980–901992–961997–992
Croissance du PIB réel par habitant31,53,84,74,1
Croissance du PIB réel33,75,96,75,8
Contribution à la croissance, par dépenses:
Consommation privée2,43,83,92,5
Consommation publique0,40,80,51,4
Investissement fixe brut0,81,51,91,2
Investissement privé0,81,80,9
Investissement public0,60,10,3
Exportations nettes40,10,10,6
Contribution à la croissance, par secteur:
Public1,11,72,85,2
Privé2,24,23,80,7
Contribution à la croissance, par secteur:
Agriculture1,11,61,40,5
Industrie1,01,72,01,5
Services1,42,53,23,8
Coefficient marginal de capital, par secteur5:
Ensemble des secteurs4,24,14,8
Agriculture2,01,52,6
Industrie5,76,810,7
Services4,02,92,1
Sources: Central Statistical Organisation (CSO), statistiques des comptes nationaux

Moyennes sur les exercices budgétaires, qui commencent en avril.

Les chiffres du PIB et de la production sectorielle pour 1999 sont ceux de CSO Advance Estimates; la croissance démographique annuelle est supposée constante à 1,7%; la contribution moyenne des catégories de dépenses et des productions privée et publique est calculée sur 1997–98.

Aux prix du marché; jusqu’à 1993, l’année de base est 1980; après, l’année de base est 1993.

Y compris l’écart statistique.

Le coefficient marginal de capital correspond au rapport du taux d’investissement au taux de croissance du PIB; une baisse de ce coefficient sur la période indique par conséquent un accroissement de la productivité du capital.

Sources: Central Statistical Organisation (CSO), statistiques des comptes nationaux

Moyennes sur les exercices budgétaires, qui commencent en avril.

Les chiffres du PIB et de la production sectorielle pour 1999 sont ceux de CSO Advance Estimates; la croissance démographique annuelle est supposée constante à 1,7%; la contribution moyenne des catégories de dépenses et des productions privée et publique est calculée sur 1997–98.

Aux prix du marché; jusqu’à 1993, l’année de base est 1980; après, l’année de base est 1993.

Y compris l’écart statistique.

Le coefficient marginal de capital correspond au rapport du taux d’investissement au taux de croissance du PIB; une baisse de ce coefficient sur la période indique par conséquent un accroissement de la productivité du capital.

Performance relative de la croissance indienne: variables explicatives
Valeur moyenne (pourcentage)Écart estimé de la contribution au taux de croissance1 (points)
IndeAsie de l’Est
Variables explicatives du taux de croissance pour la période 1970–95
Investissement/PIB21,929,6‒1,2
IED net/PIB0,12,5‒0,8
Commerce extérieur/PIB4,5113,5‒1,1
Consommation publique/PIB10,310,40,0
Taux de scolarisation enseignement secondaire35,250,5‒0,3
Taux d’inflation — IPC8,88,40,0
Effet de convergence et autres variables0,2
Croissance du PIB réel par habitant (moyenne 1970–95)2,45,7‒3,3
Source: P. Kongsamut et A. Vamvakidis, «Economic Growth», chapitre 2 de Philippines: Toward Sustainable and Rapid Growth, Étude spéciale n° 187 (Washington, Fonds monétaire international, 2000)

Coefficient estimé multiplié par l’écart entre la valeur pour l’Inde et celle pour l’Asie de l’Est de la variable indépendante, L’écart des taux de croissance du PIB réel par habitant est établi d’après les valeurs effectives.

Source: P. Kongsamut et A. Vamvakidis, «Economic Growth», chapitre 2 de Philippines: Toward Sustainable and Rapid Growth, Étude spéciale n° 187 (Washington, Fonds monétaire international, 2000)

Coefficient estimé multiplié par l’écart entre la valeur pour l’Inde et celle pour l’Asie de l’Est de la variable indépendante, L’écart des taux de croissance du PIB réel par habitant est établi d’après les valeurs effectives.

Quelles mesures convient-il d’appliquer pour maintenir des taux de croissance élevés dans tous les secteurs et pour faire reculer davantage la pauvreté7? Comme on peut le lire dans le présent chapitre — et comme l’indiquent, en ce qui concerne l’Inde, les chiffres du second tableau — l’accélération de la croissance exigerait un assainissement durable des finances publiques permettant d’accroître l’épargne nationale et l’investissement privé, la poursuite de la libéralisation du commerce extérieur et des flux d’investissements, et des réformes supplémentaires opérées sur le marché du travail ainsi que dans les secteurs agricole, industriel et financier, en vue de renforcer l’efficience et la compétitivité des exportations. Ces réformes devraient notamment éliminer les distorsions des prix intérieurs, améliorer les procédures de faillite et assouplir tant les dispositions limitant la taille des exploitations agricoles et des entreprises que la réglementation qui restreint sérieusement les licenciements (et fait par conséquent obstacle à la création d’emplois). En outre, l’investissement dans le capital humain et physique doit devenir une priorité budgétaire.

La nécessité de poursuivre les réformes est largement reconnue dans le pays. L’expérience du début des années 90 a montré les avantages à attendre de la réforme et, lors des élections d’octobre 1999, les principaux partis politiques affichaient des positions peu différentes sur un grand nombre de ces questions essentielles. Il conviendrait, pour plusieurs raisons, de donner rapidement suite à ce consensus. Premièrement, la situation économique relativement favorable et la majorité sensible dont dispose la coalition au pouvoir faciliteraient l’établissement d’un programme ambitieux. Deuxièmement, étant donné que le déficit consolidé du secteur public augmente de nouveau et que l’encours de sa dette représente près de 80% du PIB, la viabilité budgétaire suscite de grandes inquiétudes8. Troisièmement, l’Inde s’est engagée à libéraliser le commerce extérieur dans le cadre de l’Organisation mondiale du commerce, notamment à lever l’ensemble des restrictions quantitatives d’ici à 2001. Dans l’intervalle, pour que l’Inde profite pleinement d’un régime commercial plus libéral, les entraves structurelles affectant les producteurs intérieurs devront être supprimées.

Le nouveau gouvernement a pris plusieurs initiatives qui sont de bon augure et témoignent d’un regain de détermination à mener à bien les réformes structurelles, notamment la libéralisation du secteur des assurances, l’autorisation automatique des investissements directs étrangers et un accord décisif sur la rationalisation des taxes sur les ventes dans les États. En revanche, le budget adopté en février 2000 ne cible qu’une faible réduction du déficit budgétaire pour le prochain exercice et un programme de réforme précis n’est toujours pas établi. Des problèmes graves et délicats restent donc à résoudre.

1D’après le Rapport sur le développement dans le monde, 1999–2000 de la Banque mondiale, l’acuité du problème est encore plus grande: en 1994, près de la moitié des Indiens disposaient de moins de 1 dollar (ajusté en fonction de la parité des pouvoirs d’achat) par personne et par jour et les sept huitièmes, de moins de 2 dollars.2L’exercice couvre la période début avril–fin mars.3Voir Banque mondiale, India: Policies to Reduce Poverty and Accelerate Sustainable Development, Rapport n° 19471-IN (2000); et P. Krishna et D. Mitra, «Trade Liberalization, Market Discipline and Productivity Growth: New Evidence from India», Journal of Development Economics, volume 56 (1998), pages 447–62.4Les projections de la croissance pour 1999/00 reposent sur les estimations préliminaires de la Central Statistical Organization.5Malheureusement, les statistiques officielles les plus récentes sur la pauvreté remontent à 1993/94 et elles ne saisissent pas intégralement l’impact de la forte croissance enregistrée après la crise. Il ressort cependant d’estimations non officielles que le taux de pauvreté n’a probablement pas baissé de façon appréciable ces dix dernières années.6Voir S. Tendulkar, «Indian Economic Policy Reforms and Poverty: An Assessment», dans India’s Economic Reforms and Development: Essays for Manmohan Singh, publié sous la direction de I.J. Ahluwalia et de I.M.D. Little (Dehli, Oxford University Press, 1998).7La plupart des analystes estiment que la pauvreté ne peut être sensiblement réduite sans une augmentation annuelle du PIB réel se situant durablement à 7% au minimum (soit 5% environ pour le revenu par habitant). Les pouvoirs publics ont prévu qu’au cours du neuvième plan quinquennal (1997–2002), qui vise une croissance moyenne réelle de 7%, le taux de pauvreté officiel baissera de 11 points.8Voir P. Reynolds, «Fiscal Adjustment and Growth Prospects in India», dans India: Selected Issues, Staff Country Reports (Washington, Fonds monétaire international, à paraître).

Il convient de noter que la pauvreté est un phénomène à dimensions multiples, qui englobe non seulement le dénuement matériel, mais aussi, par exemple, l’insécurité ou l’accès insuffisant à des services élémentaires comme la santé, l’éducation et l’assainissement. Les indicateurs de santé, comme par exemple l’espérance de vie, ont convergé plus rapidement que le revenu moyen, notamment grâce à la diffusion des techniques médicales. Cet aspect de la mondialisation a clairement aidé les pays les plus pauvres. Les indicateurs monétaires de la pauvreté examinés dans le présent chapitre ne saisissent pas la santé et les autres dimensions du phénomène. Une autre évaluation du progrès économique, qui englobe le revenu, la santé et l’éducation dans un indice composite, est présentée dans l’encadré 5.1.

Enfin, il importe de reconnaître les effets favorables qu’ont produits les réformes de la politique économique et d’autres réalisations dans les pays qui ont enregistré une croissance rapide, aussi bien tout au long de la période de trente ans examinée ici que plus récemment. Toutefois, il importe également de mesurer les risques de dérapage du processus de réforme, ou de revers d’autre nature, dans ces pays qui ont obtenu d’excellents résultats, tout particulièrement les plus grands d’entre eux. En outre, les crises financières de 1997–98 ont démontré qu’une grave récession dans un petit nombre de pays peut annuler une partie des progrès accomplis contre la pauvreté et avoir des répercussions sensibles, à cet égard, dans les pays partenaires. Qui plus est, d’après certains auteurs, le cycle économique exerce un effet asymétrique sur la pauvreté en courte période — la pauvreté augmente davantage dans une phase de contraction qu’elle ne diminue au cours d’une expansion de taille équivalente10.

Les causes de la divergence: complications analytiques

En général, les travaux empiriques consacrés à la croissance et au développement s’appuient, pour expliquer les différences observées de la croissance et de la prospérité entre les pays, sur la notion de «convergence conditionnelle», suivant laquelle le taux de croissance de chaque pays dépend d’un certain nombre de conditions fondamentales, notamment la dotation en ressources, les préférences, la stabilité macroéconomique et intérieure, les structures institutionnelles et sociales, le degré d’ouverture de l’économie et l’état de développement du marché financier. Ces études visent principalement à identifier des conditions — dont certaines sont liées à la politique économique — qui catalysent la croissance en stimulant l’investissement en capital physique et humain, en augmentant l’efficience de la production (notamment par une meilleure affectation des ressources) et en favorisant le progrès technique.

Malheureusement, ces études empiriques, d’une manière générale, n’apportent que des indications limitées et elles n’identifient pas un ensemble unique de variables qui exercent un effet prononcé, favorable ou défavorable, sur la croissance11. Pour beaucoup de variables testées, la corrélation avec la croissance ne résiste pas à de faibles variations des autres variables prises en compte (c’est-à-dire l’ensemble des autres variables déterminantes qui peuvent aider à expliquer les différences du taux de croissance)12. En général, les variables qui sont jugées être solidement et positivement corrélées avec la croissance sont la part de l’investissement dans le PIB, le taux de scolarisation, les indicateurs de santé, l’ouverture au commerce extérieur (qui peut être considérée comme une mesure indirecte du degré d’ouverture de l’économie) et la part des produits non primaires dans les exportations totales. Les facteurs qui sont solidement corrélés avec une croissance faible ou négative comprennent des structures institutionnelles faibles, l’instabilité politique (dont le manque de libertés civiques est un indicateur possible), un état de droit déficient, les guerres et les distorsions du marché.

Un certain nombre d’économistes se sont interrogés sur la pertinence de ces résultats d’analyses transversales et sur l’interprétation qu’il convient de leur donner:

  • Premièrement, si une variable est corrélée avec la croissance, cela ne signifie pas qu’elle en est la cause et, par conséquent, cette corrélation risque de ne donner que des indications limitées aux autorités13. Par exemple, si une hausse du taux d’investissement est corrélée avec une accélération de la croissance (et souvent jugée nécessaire à cette dernière), c’est peut-être parce qu’une plus forte croissance provoque un accroissement de l’investissement (causalité inversée) ou qu’un autre facteur (non pris en compte) induit à la fois une plus forte croissance et davantage d’investissement. Il importe de déterminer le sens de cette relation pour émettre un avis sur la politique à suivre. Un simple accroissement de l’investissement (si son efficience n’est pas prise en considération) risque de ne pas suffire à promouvoir la croissance.
  • Deuxièmement, ces résultats n’expliquent pas intégralement l’évolution de la croissance dans un grand nombre de pays (notamment beaucoup de pays pauvres où la croissance du revenu réel par habitant a été durablement négative) ou régions du monde et, en fait, il se peut qu’ils ne soient bien adaptés qu’à l’évolution dans les pays industrialisés et dans un petit ensemble de pays en développement. Par exemple, des études empiriques ont établi que des variables auxiliaires régionales sont nécessaires pour expliquer l’évolution de la croissance dans des pays situés en Afrique subsaharienne, en Amérique latine et en Asie de l’Est14.
  • Troisièmement, la plupart des analyses transversales partent de l’hypothèse que les relations entre la croissance et les variables explicatives sont linéaires et, de ce fait, d’importantes interactions entre les différentes variables considérées leur échappent.
  • Il y a de très fortes raisons de penser que certaines relations ne sont pas linéaires et que les interactions entre la croissance et les autres variables sont appréciables — c’est-à-dire que les bonnes mesures tendent à se renforcer mutuellement et que la complémentarité des éléments de la politique économique est importante15.
  • Quatrièmement, les études transversales supposent généralement que le processus de la croissance est le même dans les pays riches et les pays pauvres. Il a toutefois été démontré que la croissance comporte au moins deux dimensions, à savoir le progrès technique et le rattrapage16. Les éléments qui sont les plus à même de promouvoir le progrès technique (et qui sont les plus adaptés aux économies avancées) ne constituent pas nécessairement la solution optimale pour les pays en développement à faible revenu où le démarrage et le rattrapage importent au premier chef.

Obstacles à la croissance

On peut regrouper les variables liées à la croissance autour de six aspects qui, d’une manière générale, influent sur le capital et sur la main-d’oeuvre, ainsi que sur l’efficacité avec laquelle les services de ces facteurs sont utilisés dans la production. On examinera ci-après chacun de ces aspects, en rapprochant des éléments théoriques et empiriques tirés des travaux publiés et une analyse des données visant à découvrir les obstacles à la croissance dans les pays les plus pauvres.

En vue d’éviter certains écueils des études transversales, en particulier l’hypothèse selon laquelle les pays sont homogènes aux différentes étapes du processus de croissance, l’analyse présentée ci-après considère les pays regroupés selon le niveau de revenu et l’allure de la croissance. Les pays sont ventilés par niveau de revenu conformément à la classification de la Banque mondiale, qui distingue les pays à faible revenu, les pays à revenu intermédiaire et les pays à revenu élevé. Les pays en développement, qui appartiennent aux deux premières catégories, se divisent en huit groupes (quatre pour chaque catégorie) en fonction du taux de croissance par habitant qu’ils ont enregistré pendant la période 1970–98 (tableau 4.1)17. Ces groupes sont constitués des pays où le revenu par habitant diminue en valeur absolue, de ceux qui, affichant une faible croissance du revenu par habitant (inférieure à 2%), régressent par rapport aux pays industrialisés, de ceux qui convergent lentement vers ces derniers (avec une croissance comprise entre 2% et 3¾%) et, enfin, de ceux qui les rattrapent rapidement.

Tableau 4.1.Pays à faible revenu et à revenu intermédiaire: croissance moyenne du revenu par habitant, 1970–98
Pays à faible revenuPays à revenu intermédiaire
Croissance négative du revenu par habitant (taux de croissance inférieur à 0%)
Angola‒1,9Mali‒0,5Afrique du Sud‒0,1Libye‒1,3
Burkina Faso‒0,5Nicaragua‒2,4Algérie‒0,2Namibie‒0,6
Burundi‒0,3Niger‒0,9Djibouti‒4,3Trinité-et-Tobago‒0,3
Comores‒0,2Rép. Centrafricaine‒0,3Liban‒2,8Venezuela‒0,3
Congo, Rép. dém. du‒4,3Rwanda‒1,3
Côte d’Ivoire0,0Sâo Tomé-et-Príncipe‒0,4
Éthiopie‒0,1Sénégal‒0,4
Ghana‒0,6Sierra Leone‒2,5
Guinée-Bissau‒0,1Îles Salomon‒0,4
Haïti‒0,7Somalie‒0,9
Libéria‒2,0Togo‒1,1
Madagascar‒2,0Zambie‒2,2
Faible croissance du revenu par habitant (taux de croissance compris entre 0% et 2%)
Bangladesh1,1Mauritanie1,3Argentine0,7Jamaïque0,1
Bénin0,1Mozambique0,9Bahreïn0,5Jordanie0,4
Cameroun0,2Myanmar1,9Bolivie0,5Maroc1,9
Congo, Rép. du1,2Népal0,9Cap-Vert0,5Mexique1,6
Gambie1,5Nigéria0,1Colombie2,0Panama1,5
Guinée1,2Ouganda0,1Costa Rica1,5Papouasie-Nouvelle-
Honduras0,5Soudan1,1El Salvador0,7Guinée0,5
Kenya1,0Tanzanie0,1Équateur2,0Pérou0,1
Lesotho0,8Tchad0,1Fidji1,5Philippines1,0
Malawi0,7Zimbabwe0,3Guatemala0,9Suriname1,5
Guyana0,6Swaziland1,4
Iran, Rép. islam. d’0,3Uruguay1,9
Convergence lente du revenu par habitant (taux de croissance compris entre 2% et 3¾%)
Bhoutan3,3Pakistan2,2Brésil2,3Rép. arabe syrienne2,5
Cambodge2,7Vietnam3,4Chili2,5Rép. Dominicaine2,5
Inde2,7Yémen, Rép. du2,1Égypte2,6Tunisie3,0
Lao, Rép. dém. pop.2,8Paraguay2,1Turquie2,7
Sri Lanka3,2
Convergence rapide du revenu par habitant (taux de croissance supérieur à 3¾%)
Chine6,9Indonésie3,9Botswana7,3Maurice4,6
Corée6,0Thaïlande4,5
Malaisie4,3

Cette classification, qui est établie uniquement à des fins analytiques, servira à identifier les caractéristiques moyennes des pays à faible revenu et à les comparer avec celles des économies à revenu plus élevé ou à plus forte croissance. Évidemment, la composition des groupes de pays ne serait pas tout à fait la même si les taux de croissance moyens avaient été calculés sur une autre période de référence. Le choix de la période relativement longue de 1970 à 1998 vise à réduire l’impact éventuel d’effets cycliques mais il comporte aussi le risque de classer incorrectement dans un groupe inférieur des pays qui ont affiché récemment une hausse de leur taux de croissance18. Il faut aussi reconnaître que dans le classement par niveau de revenu courant, la catégorie des pays à faible revenu comprend logiquement davantage d’éléments ayant enregistré dans le passé une faible croissance que celle des pays à revenu intermédiaire. En d’autres termes, les deux dimensions de la classification ne sont pas indépendantes.

Le rôle de l’investissement, de l’épargne, des ressources humaines et de la productivité

Il est bien établi que l’accumulation du capital physique et humain, l’amélioration de l’efficience et le progrès technique entraînent une augmentation du revenu par habitant. Les études concluent généralement que 60% à 70% de la croissance du revenu par habitant dans les pays en développement tiennent à des accroissements du capital physique et que 10% à 20% sont dus à des améliorations de l’éducation et des ressources humaines, le reste étant imputable à une meilleure productivité (totale des facteurs)19.

Il n’est donc pas surprenant que les pays à faible revenu et à revenu intermédiaire où le revenu par habitant baisse ou augmente lentement aient enregistré en moyenne ces dernières années des taux d’investissement et d’épargne plus faibles que les pays à plus forte croissance, et cela confirme l’importance de l’accumulation du capital dans le processus de croissance (graphique 4.4). Il est toutefois difficile d’en déduire le sens de la causalité, parce que les taux d’investissement et d’épargne étaient en moyenne à peu près les mêmes dans les différents groupes au début des années 70, sauf peut-être dans celui des économies à forte croissance. Même dans ce dernier groupe de pays, les taux d’investissement n’ont augmenté qu’après le démarrage de la croissance20. Autrement dit, il est loin d’être évident que des taux d’investissement et d’épargne initiaux élevés sont des conditions préalables à la croissance. Il se peut en fait que la hausse des taux d’investissement et d’épargne soit le résultat d’une plus forte croissance ou encore que d’autres facteurs déterminent à la fois la croissance et l’investissement.

Graphique 4.4.Pays en développement: investissement et épargne1

(En pourcentage du PIB)

Les taux d’investissement et d’épargne ont été plus élevés en moyenne dans les pays où la croissance du revenu par habitant a été plus forte, mais il est difficile d’établir un lien de cause à effet.

1Moyennes non pondérées Les groupes de pays sont définis au tableau 4.1.

De faibles niveaux de scolarisation ou d’investissement en ressources humaines peuvent freiner la croissance et aussi retarder le démarrage. Dans les années 70, le taux de scolarisation dans l’enseignement secondaire était sensiblement plus bas, en moyenne, dans les pays à faible revenu qui n’affichaient pas une forte croissance que dans les pays à revenu intermédiaire (tableau 4.2)21. De surcroît, dans les pays à faible revenu et revenu intermédiaire à forte croissance, le taux de scolarisation a davantage augmenté, entre 1975 et 1995, que dans les autres pays en développement. S’il est possible que la croissance induise un développement de l’éducation, parce que la demande augmente avec le revenu, il convient toutefois de noter que parmi les pays à faible revenu, ceux qui ont enregistré les taux de scolarisation les plus élevés dans les années 70 (comparables aux taux observés dans les pays à revenu intermédiaire) sont précisément ceux où la croissance a ensuite été la plus forte.

Tableau 4.2.Pays en développement et économies avancées: indicateurs de l’éducation et de la santé1
Taux de scolarisation dans l’enseignement secondaire2Espérance de vie à la naissance3
Groupe de pays19751995Augmentation19701997Augmentation
Pays à faible revenu
Croissance négative1119843507
Faible croissance11211044538
Convergence lente174124465913
Convergence rapide346734556713
Pays à revenu intermédiaire
Croissance négative376023556611
Faible croissance406020596910
Convergence lente356126597011
Convergence rapide36683259668
Pour mémoire
Pays industrialisés801153572776
Autres pays non pétroliers à revenu élevé456863070777
Pays pétroliers à revenu intermédiaire ou élevé5296738536714
Source: Banque mondiale, Indicateurs du développement dans le monde

Moyennes non pondérées par groupe de pays. Les groupes de pays sont définis dans le tableau 4.1.

Taux bruts, en pourcentage.

Années.

Chypre, Israël, RAS de Hong Kong, Singapour et province chinoise de Taiwan.

Arabie Saoudite, Émirats arabes unis, Gabon, Guinée équatoriale, Koweït, Oman et Qatar.

Source: Banque mondiale, Indicateurs du développement dans le monde

Moyennes non pondérées par groupe de pays. Les groupes de pays sont définis dans le tableau 4.1.

Taux bruts, en pourcentage.

Années.

Chypre, Israël, RAS de Hong Kong, Singapour et province chinoise de Taiwan.

Arabie Saoudite, Émirats arabes unis, Gabon, Guinée équatoriale, Koweït, Oman et Qatar.

L’éducation de base, y compris la formation, peut contribuer directement au potentiel de croissance d’un pays en augmentant le niveau de qualification de la main-d’oeuvre. En outre, étant donné que le capital physique et les ressources humaines sont souvent complémentaires, l’éducation peut aussi renforcer indirectement la croissance en induisant un accroissement de l’investissement22. Il ne suffit sans doute pas de développer la scolarisation et la formation pour stimuler la croissance, surtout lorsque les qualifications acquises n’ont pas de débouchés dans l’économie, mais les progrès de l’éducation n’en restent pas moins un élément important d’une stratégie de croissance durable et de réduction de la pauvreté dans les pays en développement. Il est donc logique que les pays transfèrent des ressources vers l’éducation de base et que la communauté des donateurs préconise d’accorder une haute priorité à cet élément.

L’insuffisance des soins de santé est un autre obstacle à la productivité de la main-d’oeuvre (et de la société). Comme c’est le cas du taux de scolarisation, l’espérance de vie à la naissance dans les années 70 était sensiblement plus faible en moyenne dans les pays à faible revenu qui n’affichaient pas une forte croissance que dans les pays à revenu intermédiaire (voir tableau 4.2), et les autres indicateurs de santé présentent des caractéristiques comparables. Même si les indicateurs de santé se sont améliorés au fil des ans dans la plupart des pays en développement, ils restent assez médiocres dans nombre de pays à faible revenu — par exemple, l’espérance de vie est toujours inférieure en moyenne à 55 ans dans les pays à faible revenu dont la croissance est lente ou négative — ce qui représente une perte immense de ressources humaines potentielles. De surcroît, les progrès de l’espérance de vie ont ralenti dans certains pays, surtout à cause des effets dévastateurs de l’épidémie de SIDA. Cette épidémie (et l’incidence d’autres maladies infectieuses) aura des répercussions à long terme sur les résultats économiques de certains pays pauvres, surtout en Afrique subsaharienne23.

Les investissements inefficaces sont aussi un obstacle à la croissance dans de nombreux pays bien que, une fois encore, le sens de la causalité soit difficile à déterminer. Comme on pouvait s’y attendre, le coefficient marginal d’efficacité du capital (c’est-à-dire le rapport marginal de la production au capital, soit l’inverse du coefficient marginal de capitalisation), qui est une approximation très grossière de la productivité de l’investissement, a été plus faible en moyenne dans les pays en développement où la croissance du revenu par habitant a été négative que dans les autres (graphique 4.5). Les estimations de la croissance de la productivité totale des facteurs, qui sont établies seulement pour un sousensemble des pays considérés, confirment que dans beaucoup de pays à croissance négative, l’utilisation des ressources n’a pas été aussi efficiente que dans les autres pays en développement24. Bien qu’il s’agisse d’une tâche délicate, passant nécessairement par la mise en oeuvre d’un ensemble de réformes adaptées aux conditions propres à chaque pays, un accroissement de la productivité et de l’efficience allocative permettra à ces pays de mieux utiliser leurs ressources limitées. Dans la mesure où ces réformes et les autres mesures de réaffectation des ressources peuvent être menées à bien à relativement bref délai, la croissance pourrait s’amorcer sans que l’épargne et l’investissement augmentent immédiatement.

Graphique 4.5.Pays en développement: croissance du PIB par habitant et coefficient marginal d’efficacité du capital1

Au cours des trois dernières décennies, la productivité, exprimée par le coefficient marginal d’efficacité du capital, a été nettement plus faible en moyenne dans les pays en développement à croissance du revenu par habitant négative que dans les autres pays en développement.

1Moyennes non pondérées. Les groupes de pays sont définis au tableau 4.1.

2Inverse de la moyenne mobile sur cinq ans du coefficient marginal d’efficacité du capital.

Il s’agit alors de mettre au point, dans les pays pauvres, le dosage des mesures et des conditions propres à lever les obstacles à l’accumulation du capital et à l’affectation efficiente de l’épargne et de l’investissement (notamment en capital humain) et à permettre à la croissance d’accélérer. Une fois cette accélération engagée, tout porte à croire qu’un cercle vertueux est possible, car la croissance peut en fait renforcer l’épargne, l’investissement et la productivité. Les principaux obstacles à l’épargne, à l’investissement et à l’efficience sont examinés dans les sections qui suivent. On estime généralement que ces obstacles comprennent l’instabilité macroéconomique, des institutions défavorables, des politiques autocentrées et protectionnistes, l’inégalité des revenus et, surtout ces dernières années, une dette extérieure insoutenable.

Instabilité macroéconomique

L’incertitude due à l’instabilité macroéconomique — sous la forme d’une forte inflation, de taux de change instables et surévalués ou de déficits budgétaires excessifs — peut sensiblement fausser les décisions économiques et, partant, limiter l’accumulation du capital, gêner l’affectation efficiente des ressources et ralentir la croissance. Des études empiriques ont établi, par exemple, qu’une forte inflation, qui souvent est par la même occasion instable et s’accompagne de variations des prix relatifs, exerce un effet défavorable sur la croissance25. Étant donné que l’effet ne semble pas être linéaire, les avis divergent un peu à propos du seuil au-dessus duquel l’inflation devient un handicap. D’après des indications récentes, il apparaît néanmoins qu’un taux d’inflation supérieur à 10% a des conséquences défavorables pour la croissance.

Un régime de change mal adapté, qui se conjugue généralement avec un taux d’inflation élevé et instable, aboutit souvent à un taux de change surévalué. Cela peut empêcher une répartition adéquate des ressources entre la production de biens échangeables et celle de biens non échangeables, et risque aussi d’exercer un effet dissuasif sur l’investissement étranger, tout en encourageant la fuite des capitaux. Un lourd déficit budgétaire, s’il persiste, fait aussi obstacle à la croissance par le jeu de plusieurs mécanismes. Comme on l’a exposé dans de précédentes éditions des Perspectives de l’économie mondiale, le déficit budgétaire tend à exercer un effet d’éviction sur l’investissement privé (ou à aggraver l’inflation s’il est monétisé) et à gêner le développement des marchés financiers26. En outre, il peut être le signe d’une intervention excessive de l’État dans l’économie, bien que cet aspect soit difficile à quantifier lorsque l’analyse porte sur de vastes groupes de pays. La perspective des besoins de financement créés par de lourds déficits fait par ailleurs naître des incertitudes à propos de l’évolution future des impôts et de l’inflation, et exerce un effet dissuasif sur les projets d’investissement.

Les études empiriques ont établi que le déficit budgétaire et la surévaluation du taux de change exercent souvent un effet défavorable sur la croissance. Dans les pays à faible revenu et à revenu intermédiaire, excepté ceux qui convergent rapidement, on n’observe guère ou pas du tout de relation entre la croissance ou le revenu et l’inflation moyenne, sa variance, le déficit budgétaire moyen ou le déficit moyen des transactions courantes (tableau 4.3). Néanmoins, dans les pays à faible revenu et à revenu intermédiaire dont la croissance a été forte, l’inflation a généralement été bien plus faible et moins variable, et les déficits budgétaire et extérieur courant moins importants, que dans les autres pays en développement (bien que cela puisse être en partie dû à leur plus forte croissance). Il se peut donc qu’au-delà d’un certain seuil, une forte inflation et de lourds déficits des finances publiques et des transactions courantes soient des obstacles à la croissance. En outre, un lourd déficit budgétaire et une inflation forte et variable peuvent se solder par un désalignement du taux de change. Il convient de noter que la prime du marché parallèle, c’est-à-dire l’écart entre le taux de change officiel et celui du marché, qui constitue un indicateur de la surévaluation du taux de change, a été plus élevée en moyenne dans les pays en développement qui ont enregistré une croissance plus lente — en particulier dans les pays à faible revenu. La forte corrélation entre cette prime et la croissance met en évidence les problèmes créés par un régime de change mal adapté, qui se manifestent notamment par des coûts excessivement élevés des biens d’équipement et, en conséquence, par un faible niveau de l’investissement.

Tableau 4.3.Pays en développement et économies avancées: stabilité macroéconomique1(En pourcentage, 1970–98, sauf indication contraire)
Groupe de paysInflation moyenneInflation écart-typeDéficit budgétaire2Déficit extérieur courant2Prime du marché des changes parallèle3
Pays à faible revenu
Croissance négative26,426,36,26,5386,4
Faible croissance16,112,44,28,6214,9
Convergence lente20,519,06,93,1112,2
Convergence rapide9,47,70,70,723,6
Pays à revenu intermédiaire
Croissance négative15,110,64,63,149,1
Faible croissance25,421,64,94,559,3
Convergence lente32,323,64,73,545,0
Convergence rapide8,45,32,31,77,2
Pour mémoire
Pays industrialisés6,53,93,21,00,8
Autres pays non pétroliers à revenu élevé413,011,71,80,44,1
Pays pétroliers à revenu intermédiaire ou élevé57,17,91,7‒2,30,5

Moyennes non pondérées par groupe de pays. Les groupes de pays sont définis dans le tableau 4.1.

En pourcentage du PIB.

Banque mondiale, Indicateurs du développement dans le monde. Différence en pourcentage entre le taux de change officiel et le taux du marché.

Chypre, Israël, RAS de Hong Kong, Singapour et province chinoise de Taiwan.

Arabie Saoudite, Émirats arabes unis, Gabon, Guinée équatoriale, Koweït, Oman et Qatar.

Moyennes non pondérées par groupe de pays. Les groupes de pays sont définis dans le tableau 4.1.

En pourcentage du PIB.

Banque mondiale, Indicateurs du développement dans le monde. Différence en pourcentage entre le taux de change officiel et le taux du marché.

Chypre, Israël, RAS de Hong Kong, Singapour et province chinoise de Taiwan.

Arabie Saoudite, Émirats arabes unis, Gabon, Guinée équatoriale, Koweït, Oman et Qatar.

Les institutions et le rôle de l’État

L’incertitude économique augmente lorsque les guerres, les coups d’État militaires, l’instabilité politique et la corruption prévalent ou que les structures institutionnelles élémentaires, comme les droits de propriété, l’état de droit ou celles qui soutiennent des institutions financières robustes, sont mal adaptées27. Dans la plupart des pays qui sont accablés par ces problèmes, les entreprises et les particuliers sont aux prises avec des contraintes qui s’exercent sur l’épargne, l’investissement, l’affectation des ressources et les possibilités de tirer les fruits d’activités économiques licites. Bien que toute règle ait ses exceptions, ces économies sont appelées à régresser28.

Il n’est guère surprenant que les conflits armés et les guerres civiles — ainsi que les troubles qui vont de pair avec l’instabilité politique — augmentent fortement l’incertitude et réduisent le rendement escompté des investissements. L’instabilité politique exerce aussi un effet dissuasif sur les projets d’investissement à long terme, qui sont exposés au risque de revirements de l’action gouvernementale. Des études ont établi que l’instabilité politique, sociale et gouvernementale augmente le risque de l’investissement dans les pays africains à faible croissance et qu’elle constitue donc un facteur dissuasif considérable pour les investisseurs étrangers29. Dans l’ensemble des pays en développement, ces éléments sont aussi corrélés avec les résultats de la croissance, en particulier dans les pays à faible revenu (tableau 4.4)30.

Tableau 4.4.Pays en développement et économies avancées: stabilité politique et institutions1(Moyennes 1984–98)
Groupe de paysStabilité politique et sociale2Stabilité du gouvernement3Loi et ordre public4Sécurité des contrats5
Pays à faible revenu
Croissance négative5,04,23,94,1
Faible croissance5,34,94,65,0
Convergence lente6,05,04,65,7
Convergence rapide7,05,95,66,8
Pays à revenu intermédiaire
Croissance négative5,75,55,46,0
Faible croissance5,85,04,56,0
Convergence lente5,55,45,36,3
Convergence rapide7,86,07,07,8
Pour mémoire
Pays industrialisés8,96,69,49,2
Autres pays non pétroliers à revenu élevé68,06,57,68,6
Pays pétroliers à revenu intermédiaire ou élevé77,05,86,16,4
Source: International Country Risk Guide (publié par le Political Risk Services Group)

Moyennes non pondérées par groupe de pays. Les données sont normalisées sur une échelle de 0 à 10: plus l’indice est élevé, plus la situation est favorable. Les groupes de pays sont définis dans le tableau 4.1.

Stabilité politique, mesurée par l’inverse du degré de la violence politique et de ses répercussions effectives ou potentielles sur la gestion des affaires publiques («Internal Conflict» dans le document source).

Aptitude du gouvernement à mener à bien les programmes annoncés, et à rester au pouvoir («Government Stability» dans le document source).

Solidité et impartialité du système judiciaire et application générale de la loi («Law and Order» dans le document source).

Inverse du risque de dénonciation des contrats («Contract Viability» dans le document source. Données jusqu’à la fin de 1997).

Chypre, Israël, RAS de Hong Kong, Singapour et province chinoise de Taiwan.

Arabie Saoudite, Émirats arabes unis, Gabon, Guinée équatoriale, Koweït, Oman et Qatar.

Source: International Country Risk Guide (publié par le Political Risk Services Group)

Moyennes non pondérées par groupe de pays. Les données sont normalisées sur une échelle de 0 à 10: plus l’indice est élevé, plus la situation est favorable. Les groupes de pays sont définis dans le tableau 4.1.

Stabilité politique, mesurée par l’inverse du degré de la violence politique et de ses répercussions effectives ou potentielles sur la gestion des affaires publiques («Internal Conflict» dans le document source).

Aptitude du gouvernement à mener à bien les programmes annoncés, et à rester au pouvoir («Government Stability» dans le document source).

Solidité et impartialité du système judiciaire et application générale de la loi («Law and Order» dans le document source).

Inverse du risque de dénonciation des contrats («Contract Viability» dans le document source. Données jusqu’à la fin de 1997).

Chypre, Israël, RAS de Hong Kong, Singapour et province chinoise de Taiwan.

Arabie Saoudite, Émirats arabes unis, Gabon, Guinée équatoriale, Koweït, Oman et Qatar.

La corruption entrave aussi la croissance en faussant les incitations, parce que des fonctionnaires et des agents privés favorisés reçoivent plus que leur part du bien public ou donnent moins que leur part pour en financer le coût. Les études empiriques ont établi que la corruption réduit l’investissement privé, fausse la structure des dépenses publiques au profit de domaines d’activité plus propices à la concussion (les dépenses sont ainsi orientées, par exemple, vers des investissements publics en capital physique excessifs et peu rentables, au détriment de l’éducation) et tend à réduire les recettes publiques, parce qu’elle favorise la fraude fiscale, les exonérations d’impôts non justifiées ou des déficiences de l’administration fiscale, ce qui limite par conséquent les moyens dont disposent les pouvoirs publics pour assurer des services indispensables31. Il apparaît aussi que la corruption amplifie les inégalités de revenu et la pauvreté, parce qu’elle réduit la progressivité du système fiscal, le niveau et l’efficacité des dépenses sociales, ainsi que la formation des ressources humaines, et qu’elle perpétue les inégalités dans la répartition du capital et l’accès à l’éducation32.

L’incertitude économique et sociale est aussi sensiblement amplifiée lorsqu’un système judiciaire fort et impartial fait défaut, c’est-à-dire lorsque les lois sont mal appliquées et que les autorités ne sont pas en mesure de les faire respecter. En particulier, des droits de propriété mal définis, qui exposent par exemple à des dénonciations de contrats ou à des expropriations sans dédommagement suffisant, augmentent sensiblement les risques encourus par les entrepreneurs. Les indicateurs de ces risques apparaissent fortement corrélés avec la croissance, tant dans les pays à faible revenu que dans les pays à revenu intermédiaire (voir les indices présentés dans les deux dernières colonnes du tableau 4.4).

Outre le maintien de la paix et la mise en place des structures institutionnelles appropriées, comme un système judiciaire solide, les pouvoirs publics doivent procurer des biens collectifs, notamment des services de base tels que l’éducation ou la santé et, lorsque les ressources le permettent, des dispositifs de protection sociale. Les progrès de l’éducation, de la planification familiale et des soins de santé — en particulier à l’intention des femmes — peuvent non seulement améliorer le niveau de vie, mais aussi augmenter la productivité de la population active et ralentir la croissance démographique. Ils peuvent par conséquent favoriser un accroissement du revenu par habitant, surtout lorsqu’une population en forte expansion fait peser une lourde charge sur les pouvoirs publics et les ménages. L’État peut aussi avoir besoin de faire des investissements publics directs pour mettre en place des infrastructures lorsque celles-ci font défaut ou sont insuffisantes. D’une manière générale, le rôle de l’État dans l’économie doit cependant être limité, surtout dans les domaines de l’activité où le secteur privé peut efficacement subvenir aux besoins de biens et de services et où les marchés ne sont pas faussés. Une intervention excessive tend à favoriser la corruption, risque de grever le budget de l’État et est de nature à fausser les indications données par les prix et à réduire l’efficacité de l’affectation des ressources33.

La libéralisation, assortie d’une réglementation et d’un contrôle appropriés, importe probablement au premier chef dans le secteur financier. Ce dernier joue un rôle capital dans l’intermédiation de l’épargne et l’affectation efficiente des investissements. Le système financier contribue aussi de façon décisive à atténuer les effets des chocs s’exerçant à la fois sur la consommation et sur l’investissement. En moyenne, les pays à faible revenu présentent un faible degré de complexité financière, comme l’indique de façon indirecte le rapport de la masse monétaire au sens large au PIB, et l’intermédiation financière n’a guère progressé dans les pays à faible croissance, comme l’indique indirectement la variation de ce même rapport, bien que dans ce cas, le sens de la causalité soit difficile à déterminer (tableau 4.5). Les études empiriques transversales confirment aussi qu’une faible croissance est liée à une immaturité du secteur financier34. Il faut par conséquent que les autorités fassent prévaloir un secteur financier concurrentiel et efficace, doté d’un système de réglementation et de contrôle très complet35.

Tableau 4.5.Pays en développement et économies avancées: maturité financière et expansion des circuits financiers1(En pourcentage du PIB)
Masse monétaire au sens large
19701998Augmentation
Pays à faible revenu
Croissance négative20,522,41,9
Faible croissance29,523,5‒6,0
Convergence lente22,935,912,9
Convergence rapide17,994,676,7
Pays à revenu intermédiaire
Croissance négative31,860,829,1
Faible croissance29,948,618,7
Convergence lente23,946,822,9
Convergence rapide30,475,845,4
Pour mémoire
Pays industrialisés58,274,616,4
Autres pays non pétroliers à revenu élevé251,0125,274,2
Pays pétroliers à revenu intermédiaire ou élevé311,949,137,3

Moyennes non pondérées par groupe de pays. Les groupes de pays sont définis dans le tableau 4.1.

Chypre, Israël, RAS de Hong Kong, Singapour et province chinoise de Taiwan.

Arabie Saoudite, Émirats arabes unis, Gabon, Guinée équatoriale, Koweït, Oman et Qatar.

Moyennes non pondérées par groupe de pays. Les groupes de pays sont définis dans le tableau 4.1.

Chypre, Israël, RAS de Hong Kong, Singapour et province chinoise de Taiwan.

Arabie Saoudite, Émirats arabes unis, Gabon, Guinée équatoriale, Koweït, Oman et Qatar.

Politiques introverties

Les pays en développement qui ont suivi des politiques économiques introverties et protectionnistes, comme cela a souvent été le cas en Afrique et en Amérique latine pendant les années 70 et 80, ont accusé de faibles taux de croissance, alors que les politiques d’ouverture, comme celles qui ont été menées en Asie de l’Est, ont été payantes. Une économie fermée freine la croissance de diverses manières. Avant tout, les pays qui n’ont pas adopté une orientation commerciale ouverte ne peuvent pas exploiter leurs avantages comparatifs dans la production. Cette situation est sans doute défavorable aux pauvres, parce que les industries de substitution aux importations présentent en général une forte intensité capitalistique et que, sans débouchés, la production s’éloigne des activités à forte intensité de main-d’oeuvre, qui sont une source d’emploi pour les pauvres. Une politique introvertie empêche aussi de profiter, par des économies d’échelle, d’un élargissement des marchés et des possibilités de spécialisation plus poussée qu’offre le commerce extérieur. De surcroît, dans un pays qui maintient des obstacles commerciaux, les prix intérieurs ont moins de chances d’être conformes aux prix mondiaux et donc l’affectation des ressources sera moins efficiente. Le bouclier protectionniste peut abriter la production intérieure à court terme, mais au prix d’une réduction des incitations et des possibilités d’innover et d’améliorer la productivité.

De nombreuses études empiriques ont établi qu’une intensification du commerce extérieur a un impact positif prononcé sur la croissance et le revenu (même lorsqu’elles ont tenté de neutraliser l’effet de causalité inverse)36. Dans l’échantillon considéré, les pays dont le revenu et la croissance sont les plus faibles sont en moyenne moins ouverts au commerce extérieur que les pays à revenu intermédiaire et à plus forte croissance et, d’une manière générale, une plus forte croissance va de pair avec une plus grande ouverture (tableau 4.6)37. En outre, les pays à faible revenu ou à revenu intermédiaire dont la croissance a été plus rapide ont bénéficié d’une forte expansion chez leurs partenaires commerciaux (tableau 4.7). Cela peut tenir au fait que des groupes de pays ou des régions, comme l’Asie de l’Est, ont progressé ensemble et développé le commerce intrarégional. Une autre explication est de dire que les pays à forte croissance ont mieux été en mesure de tirer parti des possibilités offertes par l’intensification des échanges et la mondialisation et qu’ils ont pu élargir leur part de marché grâce à des politiques et à des conditions plus propices à l’expansion des exportations. Les données empiriques appuient cette dernière explication (voir tableau 4.7).

Tableau 4.6.Pays en développement et économies avancées: mondialisation et ouverture au commerce extérieur1(En pourcentage du PIB ajusté en fonction de la PPA)
ExportationsOuverture (importations et exportations)
Groupe de pays1970–741994–98Augmentation1970–741994–98Augmentation
Pays à faible revenu
Croissance négative10,67,4‒3,222,918,0‒5,0
Faible croissance10,58,4‒2,123,920,6‒3,4
Convergence lente4,88,13,316,419,53,0
Convergence rapide4,36,82,58,213,45,2
Pays à revenu intermédiaire
Croissance négative16,415,2‒1,231,433,21,8
Faible croissance17,818,10,336,438,52,1
Convergence lente8,410,92,518,423,45,1
Convergence rapide18,228,19,938,555,516,9
Pour mémoire
Pays industrialisés20,536,916,444,274,530,3
Autres pays non pétroliers à revenu élevé250,781,030,3106,5160,754,2
Pays pétroliers à revenu intermédiaire ou élevé332,440,58,148,276,928,7

Moyennes non pondérées par groupe de pays. Les groupes de pays sont définis dans le tableau 4.1. Pour tenir compte des écarts relatifs des prix, on a converti les PIB en dollars sur la base des taux de change ajustés en fonction de la parité des pouvoirs d’achat. Lorsque les PIB sont exprimés sur la base des taux de change bilatéraux, les différences entre les groupes de pays sont comparables, mais moins prononcées.

Chypre, Israël, RAS de Hong Kong, Singapour et province chinoise de Taiwan.

Arabie Saoudite, Émirats arabes unis, Gabon, Guinée équatoriale, Koweït, Oman et Qatar

Moyennes non pondérées par groupe de pays. Les groupes de pays sont définis dans le tableau 4.1. Pour tenir compte des écarts relatifs des prix, on a converti les PIB en dollars sur la base des taux de change ajustés en fonction de la parité des pouvoirs d’achat. Lorsque les PIB sont exprimés sur la base des taux de change bilatéraux, les différences entre les groupes de pays sont comparables, mais moins prononcées.

Chypre, Israël, RAS de Hong Kong, Singapour et province chinoise de Taiwan.

Arabie Saoudite, Émirats arabes unis, Gabon, Guinée équatoriale, Koweït, Oman et Qatar

Tableau 4.7.Pays en développement et économies avancées: mondialisation, volumes et prix du commerce international1(Variations annuelles en pourcentage, 1970–98, sauf indication contraire)
VolumesPrix
Groupe de paysCroissance de la production dans les pays partenairesExpansion réelle des exportationsÉlargissement des parts de marché2Termes de l’échange (biens)Prix réels des produits de base hors combustibles
Pays à faible revenu
Croissance négative3,32,2‒2,8‒1,0‒1,7
Faible croissance3,44,3‒0,8‒1,0‒1,6
Convergence lente4,46,2‒0,40,4‒2,2
Convergence rapide4,511,14,21,9‒1,7
Pays à revenu intermédiaire
Croissance négative3,20,7‒4,10,9‒1,6
Faible croissance3,53,0‒2,20,1‒1,9
Convergence lente3,26,92,2‒0,2‒2,0
Convergence rapide4,110,34,10,4‒1,7
Pour mémoire
Pays industrialisés3,25,60,9‒0,6‒1,4
Autres pays non pétroliers à revenu élevé34,29,43,1‒0,8‒5,0
Pays pétroliers à revenu intermédiaire ou élevé44,53,1‒3,72,8‒0,6

Moyennes non pondérées par groupe de pays, Les groupes de pays sont définis dans le tableau 4.1.

Différence entre l’expansion des exportations en valeur réelle et la croissance des importations dans les pays partenaires, représentée indirectement sur la base d’une élasticité des importations par rapport au revenu égale à 1,5, ce qui correspond aux chiffres mondiaux de la croissance des revenus et des volumes du commerce international entre 1970 et 1998.

Chypre, Israël, RAS de Hong Kong, Singapour et province chinoise de Taiwan.

Arabie Saoudite, Émirats arabes unis, Gabon, Guinée équatoriale, Koweït, Oman et Qatar.

Moyennes non pondérées par groupe de pays, Les groupes de pays sont définis dans le tableau 4.1.

Différence entre l’expansion des exportations en valeur réelle et la croissance des importations dans les pays partenaires, représentée indirectement sur la base d’une élasticité des importations par rapport au revenu égale à 1,5, ce qui correspond aux chiffres mondiaux de la croissance des revenus et des volumes du commerce international entre 1970 et 1998.

Chypre, Israël, RAS de Hong Kong, Singapour et province chinoise de Taiwan.

Arabie Saoudite, Émirats arabes unis, Gabon, Guinée équatoriale, Koweït, Oman et Qatar.

Les mesures d’ouverture de l’économie au commerce extérieur sont déjà bien avancées dans nombre de pays en développement38. La libéralisation unilatérale a commencé dans les années 80 et au début des années 90 lorsque de nombreux pays ont délaissé des politiques autocentrées. Ces dernières années, la plupart des progrès ont été réalisés en Amérique latine (dans le contexte des réformes structurelles engagées à la suite de la crise de la dette) et en Europe orientale et centrale, puis en Asie du Sud-Est, région qui était déjà relativement ouverte aux échanges. Les réformes du commerce extérieur ont commencé un peu tardivement en Afrique, souvent dans le cadre de programmes d’ajustement structurel appuyés par le FMI.

Peu de pays industrialisés ont unilatéralement ouvert aux pays en développement un accès sans restriction ou limite majeure à leurs marchés. Depuis l’Uruguay Round, l’élargissement de l’accès aux marchés s’est pour l’essentiel limité à des accords commerciaux régionaux et bilatéraux, comme ceux qui ont été négociés entre l’Union européenne et divers groupes de pays en développement, notamment des pays voisins et d’anciennes colonies. Ces accords relativement récents, dont il y a lieu de se féliciter, tendent cependant à profiter à certains pays en développement, et pas nécessairement aux plus pauvres. L’actuel système des préférences commerciales exclut un certain nombre de «produits sensibles», précisément dans les secteurs — surtout l’agriculture, les textiles et les chaussures — qui offriraient à nombre de pays pauvres les meilleures possibilités d’expansion et de diversification de leurs exportations. Qui plus est, la complexité, l’instabilité et l’opacité de ces accords ont freiné la réaction souhaitée de l’investissement et du commerce. Il faudrait que les pays industrialisés adoptent une stratégie de libéralisation plus ambitieuse et plus cohérente pour stimuler le développement et promouvoir l’intégration des pays pauvres dans le système commercial mondial. Pour bien faire, cette stratégie devrait conjuguer un accès aux marchés sans droits de douane ni contingents pour les produits en provenance des pays en développement et une réduction des subventions agricoles dans les économies avancées.

Bien que le commerce extérieur puisse offrir des possibilités, il risque aussi de créer des difficultés pour les pays en développement, car il expose ces derniers à des chocs externes. Les chocs des termes de l’échange ont sans doute été un obstacle particulièrement important dans les pays à faible revenu qui ont enregistré une croissance négative ou faible, où ce rapport se détériore de 1% par an en moyenne depuis les années 70 (voir tableau 4.7). En revanche, dans la plupart des autres pays en développement, les termes de l’échange n’ont pas varié ou se sont même améliorés. La détérioration des termes de l’échange dans certains pays à faible revenu tient essentiellement au fait que les produits primaires représentent une part relativement importante des exportations de ces pays et que les prix des produits de base non combustibles ont baissé en valeur réelle39. L’impact des baisses futures des prix des produits de base diminuera sans doute automatiquement à mesure que ces économies se développeront et deviendront moins tributaires de la production de produits primaires. On peut toutefois s’attendre à ce que cela prenne du temps.

L’ouverture aux mouvements de capitaux comporte des risques pour les pays en développement, mais elle leur permet aussi de couvrir leurs besoins de financement lorsque l’investissement nécessaire excède l’épargne intérieure. De plus, les apports de capitaux privés, en particulier sous forme d’investissements directs étrangers, ouvrent aussi l’accès à de nouvelles techniques et méthodes de production grâce à l’importation de biens d’équipement et de personnel d’encadrement (ou de ressources humaines).

Ces trente dernières années, de nombreux pays en développement (et en particulier les pays à revenu intermédiaire et à forte croissance) ont bénéficié d’apports de capitaux privés et d’investissements directs étrangers en quantité appréciable. Or, l’ouverture aux mouvements de capitaux expose aussi les pays aux chocs financiers provenant de l’extérieur et elle rend encore plus nécessaire la solidité des conditions macroéconomiques et financières fondamentales, tant intérieures qu’extérieures (notamment la constitution de réserves de change suffisantes)40. Par conséquent, beaucoup de pays à faible revenu et à revenu intermédiaire ont peut-être intérêt, avant de libéraliser intégralement leur compte de capital, à attendre de mieux pouvoir gérer les risques externes. Il faudrait notamment qu’ils soient en mesure de mener une politique monétaire et une politique de change en accord avec un cadre libéralisé. Les mesures de libéralisation, lorsque celle-ci a lieu, doivent être appliquées de façon ordonnée.

Il importe de chasser l’idée suivant laquelle il est trop tard pour que les pays pauvres profitent de la mondialisation. Certains auteurs ont avancé que les perspectives offertes par la mondialisation sont à présent limitées, parce qu’une stratégie d’ouverture fondée sur l’exportation de biens à forte intensité de main-d’oeuvre (tirant parti de coûts de main-d’oeuvre relativement bon marché) est devenue beaucoup plus difficile à appliquer, car de grands pays comme la Chine dominent déjà les marchés à l’exportation de ces produits. Cela revient à dire, essentiellement, qu’il est trop tard pour les retardataires. Or, le même argument a été avancé en Asie de l’Est lorsque d’abord le Japon, puis Hong Kong (RAS), la Corée, Singapour et la province chinoise de Taiwan ont exporté des produits à forte intensité de main-d’oeuvre. Cela n’a pas empêché la Chine, l’Indonésie, la Malaisie et la Thaïlande de faire de même lorsque les pays d’Asie de l’Est susmentionnés sont passés à des exportations à moindre intensité de main-d’oeuvre une fois que les salaires relatifs ont augmenté. De plus, avec l’accroissement des revenus dans la région, une forte expansion du commerce intrarégional a créé de nouveaux débouchés pour les exportations.

Pauvreté et inégalité des revenus

Comme on pouvait le prévoir, il apparaît que les indicateurs monétaires de la réduction de la pauvreté sont corrélés avec la croissance du revenu (tableau 4.8). Une étude récente confirme cette relation et établit qu’une augmentation de 10% du revenu par habitant est corrélée avec une augmentation de 10% du revenu dans le quintile le plus pauvre41. D’autres études, qui mettent directement en corrélation les variations du revenu global et le taux de pauvreté, concluent généralement qu’une augmentation moyenne de 1% du revenu ou de la consommation par habitant va de pair avec une réduction de la pauvreté pouvant atteindre 3½% et établissent aussi que le taux de pauvreté baisse presque toujours lorsque le niveau de vie moyen augmente, et qu’il monte dans le cas contraire42.

Tableau 4.8.Pays en développement: pauvreté et réduction de la pauvreté1(Pourcentage de la population)
Au-dessous de 1 dollar par jourAu-dessous de 2 dollars par jour
Groupe de pays198719982Réduction198719982Réduction
Pays à faible revenu
Croissance négative40,741,6‒0,977,777,30,4
Faible croissance44,443,60,888,686,91,7
Convergence lente47,742,35,485,270,914,3
Convergence rapide28,216,411,869,250,918,3
Pays à revenu intermédiaire
Croissance négative7,08,6‒1,632,134,4‒2,3
Faible croissance12,913,8‒0,936,836,30,5
Convergence lente12,09,03,034,422,312,1
Convergence rapide10,72,78,037,020,316,7
Source: Martin Ravallion et Shaohua Chen, «Global Poverty Measures»

Sur la base de données d’enquête. Il importe de noter que les estimations de la croissance du revenu qui sous-tendent les données d’enquête sur la pauvreté différent des chiffres tirés des comptes nationaux, utilisés pour définir les groupes de pays.

Estimations.

Source: Martin Ravallion et Shaohua Chen, «Global Poverty Measures»

Sur la base de données d’enquête. Il importe de noter que les estimations de la croissance du revenu qui sous-tendent les données d’enquête sur la pauvreté différent des chiffres tirés des comptes nationaux, utilisés pour définir les groupes de pays.

Estimations.

Bien que la réduction de la pauvreté et la croissance économique soient corrélées, la relation de causalité entre la pauvreté ou l’inégalité des revenus et la croissance n’est pas bien établie. Dans une économie de subsistance, il est peu probable que l’épargne et l’investissement (y compris en capital humain) suffisent à stimuler la croissance, parce que le revenu sert à subvenir aux besoins essentiels. Un taux de pauvreté élevé peut donc être un obstacle à la croissance. La constatation que le revenu est plus équitablement réparti dans les pays à forte croissance d’Asie de l’Est que dans certains pays à faible croissance de l’hémisphère occidental a aussi amené à se demander si l’inégalité des revenus freine la croissance. Néanmoins, tant la relation théorique entre la croissance et l’inégalité des revenus que les données empiriques à l’appui de cette hypothèse sont ambiguës43. Si le taux d’épargne des particuliers augmente avec le revenu, alors une répartition moins égale des revenus peut en fait donner un taux d’épargne global plus élevé. Toutefois, une forte inégalité des revenus signifie aussi que les groupes à faible revenu ne sont peut-être pas en mesure d’acquérir les qualifications nécessaires pour saisir les possibilités offertes par l’économie, ce qui se traduit par une perte potentielle de ressources humaines.

Quels que soient les liens économiques directs entre l’inégalité des revenus et la croissance, il y a beaucoup d’autres raisons de penser que de larges écarts de revenu et des taux de pauvreté élevés, s’ils persistent, peuvent être un obstacle de taille à un renforcement de la croissance, même dans nombre de pays à revenu intermédiaire. Non seulement la pauvreté généralisée et les larges différences de revenu et de richesse entraînent un gaspillage de ressources humaines, mais elles peuvent aussi être une source de troubles sociaux et d’instabilité politique. Cela risque par conséquent d’empêcher la mise en place et le maintien de structures institutionnelles et de politiques appropriées, et finir par créer un climat d’instabilité économique qui influera défavorablement sur les décisions d’épargne et d’investissement des agents privés et éloignera les investisseurs étrangers.

Dans certains cas, des politiques qui facilitent la croissance ne favorisent pas nécessairement une réduction immédiate de la pauvreté. Des études ont mis en évidence des indications suivant lesquelles des politiques comme la stabilisation budgétaire et la libéralisation des échanges, qui sont l’une et l’autre indispensables à une croissance durable, risquent d’accroître à court terme le taux de pauvreté44. Cela peut appeler des réformes complémentaires visant à renforcer les dispositifs de protection sociale. La réduction de taux d’inflation élevés, en revanche, est presque toujours favorable aux pauvres. En tout cas, l’éventuel effet défavorable à court terme qu’exercent les mesures d’ajustement nécessaires est en général faible en regard des avantages à long terme que présente pour les pauvres le renforcement de la croissance résultant de ces mesures.

Le rôle de la dette

Comme on l’a exposé plus haut, l’accès au financement extérieur est vital pour nombre de pays en développement, parce que l’épargne intérieure ne suffit généralement pas à couvrir les besoins d’investissement. Dans les pays à faible revenu, l’épargne intérieure est limitée par des facteurs comme la pauvreté et le développement insuffisant des marchés financiers. Ces pays n’ont généralement pas accès aux financements privés et doivent compter sur les prêts officiels (et sur l’aide). De nombreux pays à revenu intermédiaire ont en revanche accès aux marchés privés, de sorte que les apports de capitaux étrangers, sous forme à la fois de prêts et de prises de participation, peuvent combler le déficit de financement et stimuler la croissance. Les prises de participation sont une composante importante du financement du point de vue des bénéficiaires, non seulement parce que le risque est partagé par les actionnaires étrangers, mais aussi parce qu’elles prennent souvent la forme d’investissements directs qui apportent généralement avec eux de nouvelles techniques et du capital physique et humain, notamment des compétences en matière de gestion. Cependant, étant donné que les marchés de capitaux internationaux sont imparfaits et qu’il est coûteux, pour les investisseurs, de se tenir informés de l’évolution des projets d’investissement, les pays ont souvent davantage recours à l’emprunt qu’au financement par participation. Rien n’indique qu’un endettement extérieur modéré soit défavorable à la croissance. Néanmoins, si l’endettement augmente au point de rendre le service de la dette très coûteux, les perspectives de croissance sont fortement compromises.

L’endettement extérieur peut devenir un obstacle à la croissance pour un pays en développement si ce dernier n’affecte pas les ressources empruntées à des investissements productifs qui lui permettraient d’assurer le service de sa dette dans les délais prévus. Le besoin périodique de rééchelonnements complets ou l’accumulation durable d’arriérés extérieurs est le signe d’une trop lourde dette, comme on l’a constaté dans de nombreux pays à faible revenu. Un endettement extérieur excessif risque de ne pas inciter les pouvoirs publics à entreprendre les réformes qui s’imposent ni les entreprises à investir, parce qu’une large part du produit de ces activités devrait très probablement être transférée aux créanciers étrangers en remboursement de la dette exigible45. De surcroît, une lourde dette crée un aléa moral: un gouvernement peut retarder les réformes nécessaires à la réduction de la charge de la dette s’il s’attend à un allégement.

* * *

À l’évidence, il peut y avoir de nombreuses raisons à l’échec du rattrapage dans les pays les plus pauvres. Ces raisons sont souvent imbriquées et créent ensemble un cercle vicieux. S’il est probablement difficile d’identifier formellement les facteurs les plus décisifs, de nombreuses lacunes semblent contribuer, ou au moins être connexes, à la persistance d’une croissance insuffisante. Cela nécessite, pour progresser plus avant, des efforts vastes et soutenus. Ces efforts, avant tout, devront être déployés par les pays intéressés eux-mêmes: un succès réel suppose nécessairement la plus ferme détermination de la part des dirigeants et des représentants élus, appuyée par la société dans son ensemble. Toutefois, les pays les plus pauvres ne peuvent réussir sans le soutien de la communauté internationale. Les économies avancées, en particulier, devront intensifier leur aide aux pays qui ont par eux-mêmes redoublé d’efforts pour combattre la pauvreté. Il faut aussi que la communauté internationale libéralise intégralement le commerce des produits pour lesquels les pays les plus pauvres ont un avantage comparatif, et que l’on s’attaque au problème de la charge de la dette.

La charge et l’allégement de la dette

En l’espace de trente ans, la dette extérieure totale des pays en développement a fortement augmenté pour passer de 90 milliards de dollars en 1970 (soit 15% du PIB) à presque 2 billions de dollars en 1998 (37% du PIB) (tableau 38 de l’appendice). La charge de la dette varie d’un pays à l’autre et, bien que la structure de l’endettement se soit considérablement améliorée dans certains pays depuis la crise de la dette des années 80, la situation reste sombre dans beaucoup de pays à faible revenu. Au seuil du nouveau millénaire, environ 40 pays en développement parmi les plus pauvres, les «pays pauvres très endettés» (PPTE), sont encore aux prises avec une charge de la dette insoutenable, même après l’aide financière massive et répétée que leur ont accordée les donateurs officiels. Presque tous (38 pays) sont des pays à faible revenu et environ la moitié d’entre eux (21 pays) ont enregistré ces trente dernières années une croissance négative du revenu par habitant.

L’évolution de la situation mondiale dans les années 70 et au début des années 80 a beaucoup contribué au gonflement de la dette tant dans les PPTE que dans certains pays à revenu intermédiaire46. Les chocs des prix pétroliers et la hausse des taux d’intérêt dans les pays industrialisés ont pesé sur la balance des paiements de nombreux pays en développement. Ces facteurs ont été aggravés par la stagnation ou la contraction des recettes d’exportation, essentiellement imputable à la récession mondiale qui a suivi et à la baisse des prix des produits de base, ainsi que par l’appréciation du dollar, qui a gonflé la valeur exprimée en monnaies nationales de l’encours et du service de la dette libellée en dollars et déprimé les prix des produits de base exprimés en dollars.

Les facteurs intérieurs ont aussi beaucoup contribué au gonflement de la dette. (On peut à cet égard comparer, dans le graphique 4.6, les résultats obtenus par les pays très endettés et par les pays qui sont parvenus à s’ajuster avec ceux des pays peu endettés. Ces groupes de pays sont définis dans les notes 1 à 3 du graphique.) Les pays qui accusaient un faible taux d’épargne et un large déficit des transactions courantes n’ont pas pu surmonter l’effet des chocs externes et ils ont continué à emprunter massivement, étant de plus en plus tributaires du financement extérieur. Étant donné les faibles niveaux des exportations et des recettes budgétaires en proportion du PIB, tant le secteur privé que le secteur public pouvaient difficilement affecter les ressources nécessaires au service des dettes ancienne et nouvelle et, de ce fait, l’endettement extérieur a vite atteint des montants insoutenables. L’érosion des ressources intérieures, conjuguée à des niveaux d’investissements privé et public déjà faibles, a davantage limité le potentiel de croissance et d’exportation et, dans certains cas, a créé un cercle vicieux d’endettement insoutenable et de faible croissance.

Graphique 4.6.Pays en développement: indicateurs économiques

(En pourcentage du PIB, sauf indication contraire)

Tous les indicateurs macroéconomiques et structurels donnent des valeurs plus faibles dans les pays très endettés que dans les pays peu endettés. Les pays qui ont réussi leur ajustement ont réduit le déficit budgétaire et augmenté l’épargne et les exportations.

Sources: Fonds monétaire international, Perspectives de l’économie mondiale; Banque mondiale, Indicateurs du développement dans le monde

1Pays pauvres très endettés et pays dont le ratio dette/exportations était supérieur à 200% en 1996–97.

2Pays dont le ratio dette/exportations n’a jamais dépassé 200% entre 1971 et 1997 (sur la base de moyennes triennales).

3Pays dont le ratio dette/exportations a dépassé temporairement 200% entre 1971 et 1997.

4Moyennes des importations et des exportations de biens et de services, en pourcentage du PIB.

5M2 en pourcentage du PIB.

Les investisseurs internationaux privés, de plus en plus alarmés par la situation financière des pays débiteurs, sont devenus moins disposés à accorder de nouveaux prêts ou à reconduire les crédits, ce qui a de nouveau aggravé les difficultés de ces pays. En vue d’atténuer ces difficultés, les créanciers officiels ont initialement accordé, à des conditions non concessionnelles, des rééchelonnements des paiements au titre du service de la dette par l’intermédiaire du Club de Paris, en supposant que la crise de la dette était un problème de liquidité temporaire. Ces rééchelonnements à des conditions non concessionnelles, bien qu’ils aient temporairement allégé les difficultés de trésorerie des pays bénéficiaires, ont contribué au gonflement de l’encours de leur dette47.

Dans les années 80, il est devenu manifeste que la crise de la dette ne se limitait pas à des problèmes temporaires de liquidité et que des mesures s’imposaient au-delà d’un rééchelonnement des flux de paiements. La réaction de la communauté financière internationale a pris la forme d’une série d’initiatives visant à réduire la valeur des obligations et des remboursements futurs. Dans le cadre de programmes d’ajustement appuyés par les institutions multilatérales, les pays à revenu intermédiaire excessivement endettés ont conclu avec leurs créanciers des accords de réduction de la dette aux conditions du marché dans le cadre du plan Brady. Les pays pauvres, quant à eux, ont obtenu des créanciers officiels des rééchelonnements à des conditions concessionnelles, ainsi que de nouveaux prêts à des conditions de plus en plus libérales. Les pays bénéficiaires ont souvent engagé des réformes macroéconomiques et structurelles, parfois en application des conditions de l’aide, complétant ces dispositifs.

Ces efforts concertés, déployés tant par la communauté internationale que par les pays bénéficiaires, ont efficacement aidé de nombreux pays en développement à ajuster leurs soldes, à ramener le ratio de l’encours de la dette à des niveaux viables et à retrouver une croissance de la production soutenue. Les «pays ayant réussi leur ajustement» du graphique 4.6 appartenaient pour la plupart au groupe des pays à revenu intermédiaire et avaient accès aux marchés financiers internationaux. Dans l’ensemble, ils ont considérablement réduit le déficit du secteur public, ce qui a aidé à accroître l’épargne globale et à réduire le déficit commercial. En même temps, ils ont lancé des programmes de stabilisation macroéconomique, de privatisation et de libéralisation des marchés, qui ont chacun contribué à la reprise d’une croissance soutenue, bien que le processus d’ajustement ait souvent été plus long que prévu. En conséquence, et grâce à la reprise mondiale, les exportations ont commencé à augmenter et les ratios d’endettement à diminuer.

Néanmoins, pour de nombreux pays à faible revenu qui n’avaient pas accès aux financements extérieurs privés, il est devenu manifeste au milieu des années 90 que les mécanismes d’allégement classique, l’aide officielle et les politiques d’ajustement ne suffiraient pas à résorber un endettement excessif. Leurs performances économiques étaient restées à la traîne et leurs ratios d’endettement étaient demeurés élevés, malgré une série d’initiatives du Club de Paris (des rééchelonnements accordés à des conditions concessionnelles, dites: «de Toronto», «de Londres» et «de Naples») et une action complémentaire menée par un certain nombre de créanciers bilatéraux non membres du Club de Paris et de banques commerciales, qui visaient l’une et l’autre à accorder un allégement immédiat applicable aux paiements exigibles et à ralentir l’expansion de l’encours de la dette. Les coûts de ces premières initiatives d’allégement de la dette des pays à faible revenu ont été estimés à au moins 30 milliards de dollars, et ils sont peutêtre beaucoup plus lourds48.

Nombre de ces pays pauvres ne sont pas bien parvenus à améliorer les indicateurs de la charge de la dette et à relancer la croissance de la production parce qu’ils n’étaient pas en mesure de mettre en place un cadre macroéconomique stable, comme en témoignaient des déficits budgétaires lourds et persistants et une inflation de plus en plus forte (voir les résultats du groupe des pays très endettés dans le graphique 4.6). L’épargne globale a donc continué de se contracter et des possibilités d’investissement rentable n’ont pas été exploitées. De lourds paiements au titre du service de la dette ont continué de creuser le déficit extérieur courant déjà considérable ou ont obligé les pays à accuser des arriérés. Au milieu des années 90, l’encours de la dette de ces pays restait élevé, représentant environ 600% des exportations en moyenne (contre environ 150% dans le cas des pays qui sont parvenus à s’ajuster), malgré des apports considérables d’aide officielle.

De mauvais choix dans la mise en oeuvre des politiques d’ajustement ne constituent pas la seule raison pour laquelle certains pays ne sont pas parvenus à réduire leur endettement extérieur. Les conditions et les politiques suivies avant la crise de la dette ont sans doute joué un rôle important. Les pays qui sont parvenus à s’ajuster présentaient, dans la phase initiale du gonflement de la dette, des déficits budgétaires en moyenne supérieurs à ceux des pays très endettés, ce qui porte à croire qu’une faible épargne publique a davantage contribué à l’accumulation rapide de la dette dans le premier groupe de pays, alors qu’une faible épargne privée a été un facteur plus déterminant dans le second. Dans la mesure où l’action gouvernementale peut plus facilement contrôler l’épargne publique (en réduisant le déficit budgétaire) que l’épargne privée, l’ajustement a sans doute été plus facile dans les pays qui, au départ, présentaient un plus large déficit du secteur public. Par ailleurs, la faiblesse de l’épargne privée dans les pays retardataires peut tenir en partie au fait que le revenu par habitant est en moyenne bien plus bas dans ce groupe.

L’Initiative PPTE renforcée: la voie vers la viabilité?

En septembre 1996, le FMI et la Banque mondiale ont conjointement lancé l’Initiative en faveur des pays pauvres très endettés, ou Initiative PPTE. L’Initiative était fondée sur une aide financière concertée de la part de la communauté internationale (qui s’ajoutait aux mécanismes classiques de rééchelonnement de la dette) et s’adressait aux pays ayant démontré leur capacité de mener à bonne fin des mesures d’ajustement macroéconomique et structurel et répondant à d’autres critères d’admissibilité. En 1999, sept pays avaient été admis à bénéficier d’une aide dans le cadre de l’Initiative49.

L’Initiative PPTE vise essentiellement à ramener la dette extérieure des pays admissibles à des niveaux soutenables. En théorie, l’endettement est jugé soutenable si l’on peut s’attendre à ce que le pays débiteur s’acquitte de ses obligations actuelles et futures au titre du service de la dette sans recourir à un allégement ou à une aide comparable. Dans la pratique, il est beaucoup plus difficile de déterminer un maximum ou une cible pour le niveau de la dette qui devrait être soutenable étant donné l’incertitude qui entoure les projections des recettes futures qui seraient affectées au service de la dette. Pour une économie nationale, les exportations constituent généralement l’indicateur approprié des recettes, parce qu’elles apportent les devises étrangères nécessaires pour assurer le service de la dette extérieure, mais, pour certains pays, les recettes publiques peuvent être la variable à considérer (par exemple, si la dette a surtout été contractée par le secteur public et si les recettes fiscales représentent une faible part de la production). L’estimation des recettes d’exportation (ou de la production et des recettes fiscales) futures est toujours délicate, parce que des phénomènes imprévus, comme des chocs, peuvent se produire. Elle est particulièrement incertaine dans le cas des pays très endettés, parce que le poids de la dette peut lui-même influer sur la production par le jeu des effets dissuasifs qu’il exerce sur les autorités et les investisseurs.

Le niveau viable de la dette s’exprime généralement en fonction de sa valeur actuelle nette, qui est estimée comme le flux des paiements futurs prévus au titre du service de la dette, actualisés au taux d’intérêt courant du marché. La valeur actuelle nette peut différer du montant contractuel (ou de la valeur nominale) si les prêts sont assortis de taux d’intérêt concessionnels inférieurs à ceux du marché ou si la dette a été rééchelonnée à des taux concessionnels. Ainsi, la différence entre le montant contractuel (tableau 4.9, première colonne) et la valeur actuelle nette estimée (seconde colonne) donne une indication sommaire de la composante concessionnelle du prêt ou de l’allégement de la dette obtenu grâce aux techniques classiques de rééchelonnement50. Pour l’ensemble des PPTE, cette différence se chiffre à environ 100 milliards de dollars. Elle ne reflète pas les opérations d’annulation, qui réduisent tant la valeur nominale que la valeur actuelle nette de la dette.

Tableau 4.9.Pays pauvres très endettés (PPTE): principaux indicateurs de la dette1(Milliards de dollars, dans l’année précédant le point de décision, sauf indication contraire)
Dette en valeur actuelle nette
DettenominaleRatio moyen dette/exportations (%)Ratio moyen dette/recettes publiques (%)Objectif de viabilité (150% des exportations)Objectif de viabilité (250% des recettes publiques)Montant estimé de l’aide au point de décision2Montant estimé de l’aide fin 19993
NiveauNiveau
Groupe 1441,122,52423237,77,7
Pays admissibles sur le critère des exportations21,811,12882975,95,25,2
Pays admissibles sur le critère des recettes publiques19,411,31503758,92,42,4
Groupe 2566,131,634952114,713,9
Pays admissibles sur le critère des exportations53,422,436550912,410,09,4
Pays admissibles sur le critère des recettes publiques12,79,32835664,54,84,5
Autres PPTE681,835,92754268,06,6
Pays admissibles sur le critère des exportations34,612,74156156,76,04,8
Pays admissibles sur le critère des recettes publiques6,04,22054212,22,01,8
Pays dont la dette est jugée viable41,319,099145
Total189,190,029744030,428,2

On trouvera des précisions sur l’Initiative PPTE et les ratios de la dette en valeur actuelle nette dans http://www.imf.org/external/np/hipc/modify/hipc.htm. On trouvera des précisions sur les groupes de pays et sur le chiffrage des coûts dans http://www.imf.org/external/np/hipc/-cost/4/index.htm.

Différence entre le niveau de la dette en VAN et les objectifs en VAN.

Les chiffres peuvent différer de ceux de la colonne précédente en raison de l’année de base utilisée pour le calcul de la VAN

Les pays faisant l’objet d’une réévaluation au titre de l’Initiative renforcée sont les suivants: Bénin, Bolivie, Burkina Faso, Côte d’Ivoire, Guyana, Mali, Mozambique, Ouganda et Sénégal. On suppose que le point de décision pour chaque pays est 1999.

Les pays qui devraient remplir les conditions requises pour bénéficier d’une aide d’ici à la fin de l’an 2000 dans le cadre de l’Initiative renforcée sont les suivants: Cameroun, Éthiopie, Guinée, Guinée-Bissau, Honduras, RDP lao, Malawi, Mauritanie, Nicaragua, Niger, Rwanda, Sierra Leone, Tanzanie, Tchad et Zambie. On suppose que le point de décision pour chaque pays est l’an 2000.

Angola, Burundi, Kenya, Madagascar, Myanmar, République Centrafricaine, République du Congo, Saô Tomé-et-Príncipe, Togo, Vietnam et Yémen. On suppose que le point de décision pour chaque pays va de 1999 à 2003.

On trouvera des précisions sur l’Initiative PPTE et les ratios de la dette en valeur actuelle nette dans http://www.imf.org/external/np/hipc/modify/hipc.htm. On trouvera des précisions sur les groupes de pays et sur le chiffrage des coûts dans http://www.imf.org/external/np/hipc/-cost/4/index.htm.

Différence entre le niveau de la dette en VAN et les objectifs en VAN.

Les chiffres peuvent différer de ceux de la colonne précédente en raison de l’année de base utilisée pour le calcul de la VAN

Les pays faisant l’objet d’une réévaluation au titre de l’Initiative renforcée sont les suivants: Bénin, Bolivie, Burkina Faso, Côte d’Ivoire, Guyana, Mali, Mozambique, Ouganda et Sénégal. On suppose que le point de décision pour chaque pays est 1999.

Les pays qui devraient remplir les conditions requises pour bénéficier d’une aide d’ici à la fin de l’an 2000 dans le cadre de l’Initiative renforcée sont les suivants: Cameroun, Éthiopie, Guinée, Guinée-Bissau, Honduras, RDP lao, Malawi, Mauritanie, Nicaragua, Niger, Rwanda, Sierra Leone, Tanzanie, Tchad et Zambie. On suppose que le point de décision pour chaque pays est l’an 2000.

Angola, Burundi, Kenya, Madagascar, Myanmar, République Centrafricaine, République du Congo, Saô Tomé-et-Príncipe, Togo, Vietnam et Yémen. On suppose que le point de décision pour chaque pays va de 1999 à 2003.

Dans le cadre de l’Initiative PPTE, des objectifs sont établis pour la valeur actuelle nette de la dette exprimée en pourcentage des exportations ou, dans certains cas, des recettes publiques. Ces objectifs sont déterminés en fonction de l’expérience passée des pays qui sont parvenus à éviter les problèmes du service de la dette51. Sur ces critères, un allégement a déjà été consenti ou engagé en faveur de sept pays admissibles, tandis que la charge de la dette de deux autres pays a été jugée soutenable après l’application de mécanismes d’allégement classiques. Pour l’ensemble de ces neuf pays, le montant de la dette en valeur actuelle nette a été ramené à 22½ milliards de dollars, soit 240% des exportations en 1998 (voir tableau 4.9, groupe 1), pour une dette nominale totale d’environ 41 milliards de dollars. La différence correspond à l’effet des prêts concessionnels et des restructurations accordés dans le passé.

En septembre 1999, après une revue de la phase d’application initiale, il a été décidé de renforcer l’Initiative PPTE en vue d’augmenter, d’accélérer et d’appliquer à davantage de pays l’allégement de la dette et de faire reculer plus vite la pauvreté (encadré 4.3). L’Initiative renforcée prévoit un abaissement des ratios de viabilité, des critères d’admissibilité plus souples, une concentration des allégements en début de période et un rattachement spécifique de l’allégement de la dette à la réduction de la pauvreté. L’allégement de la dette accordé dans le cadre de l’Initiative PPTE renforcée serait subordonné à l’adoption et à l’application par le pays bénéficiaire d’une stratégie de réduction de la pauvreté (voir encadré 4.1).

En particulier, l’abaissement des ratios de viabilité de la dette constitue un moyen direct d’accroître l’aide aux pays admissibles et d’élargir la liste de ces pays. Ainsi, les opérations d’allégement viseront à présent à ramener la valeur actuelle nette de la dette à 150% des exportations, ou à 250% des recettes publiques pour les pays admissibles au calcul du ratio sur cette base, si l’allégement qui en résulte est supérieur à celui que leur procurerait la première formule. Un plus vaste allégement de la dette aura probablement plusieurs avantages. Premièrement, il y a lieu d’espérer qu’une réduction supplémentaire de la dette libérera des ressources pour faire reculer la pauvreté et poursuivre les autres importants objectifs définis dans le Document de stratégie pour la réduction de la pauvreté. Deuxièmement, les objectifs plus ambitieux de l’Initiative renforcée permettent aux bénéficiaires d’envisager une plus grande marge de protection pour assurer la viabilité de la dette et augmenter les chances de se soustraire durablement au besoin de la rééchelonner. Cela renforcera les incitations à la réforme économique et à l’investissement privé, réduira l’aléa moral et, par conséquent, améliorera la perspective d’un essor futur.

Encadré 4.3.Dépenses sociales, réduction de la pauvreté et allégement de la dette dans les pays très endettés

Les pays pauvres très endettés (PPTE) se caractérisent notamment par le bas niveau du revenu, un ratio dette/exportations élevé, la lourdeur du service de la dette et la faiblesse des valeurs données par les indicateurs sociaux. Rapportées au PIB ou au total des dépenses de l’État (voir tableau)1, les dépenses publiques d’éducation et de santé sont en moyenne plus faibles dans les PPTE que dans d’autres pays admissibles à une aide concessionnelle au titre de la facilité pour la réduction de la pauvreté et la croissance (FRPC). D’une manière générale, on constate qu’entre 1985 et 1998 l’augmentation des dépenses d’éducation et de santé et les progrès dans ces deux domaines exprimés par les principaux indicateurs sociaux ont été moindres dans les PPTE que dans les autres pays admissibles à la FRPC (voir le premier graphique). La pauvreté a de multiples aspects — il s’agit non seulement du dénuement matériel, mais aussi, par exemple, du manque d’accès aux services de base. Pour que les dépenses ciblées influent fortement sur la pauvreté, il est nécessaire que les avantages tirés de l’amélioration des services sociaux de base s’accompagnent pour les pauvres de meilleures possibilités d’accroître leur revenu, comme celles qu’entraîne généralement une vigoureuse croissance économique.

Dépenses sociales et endettement: pays pauvres très endettés (PPTE) et autres pays admissibles à la FRPC

(Dans les unités indiquées; dernière année connue)1

Dépenses d’éducation2Dépenses de santé2Service de la dette3
En% du PIBEn% du total des dépenses de l’ÉtatEn% du PIBEn% du total des dépenses de l’ÉtatEn% du PIBEn% du total des dépenses de l’ÉtatEncours de la dette en% du PIBNombre de pays4
PPTE53,313,21,66,35,119,8117,130
dont: pays parties à des programmes3,413,51,76,55,120,4130,528
Pays admissibles à la FRPC autres que les PPTE64,615,32,58,02,911,256,620
dont: pays parties à des programmes3,915,41,87,33,011,658,613
Sources: Banque mondiale; autorités nationales; estimations des services du FMI

Dans la plupart des pays, la dernière année sur laquelle on dispose de données est 1997 pour le service de la dette et 1998 pour les dépenses de santé et d’éducation.

En général, les données sur les dépenses des administrations locales et les contributions en nature des donateurs ne sont pas disponibles, ce qui entraîne une sous-estimation du total des dépenses publiques.

Les estimations du service de la dette acquitté, qui figurent dans Financement du développement dans le monde (Banque mondiale), sont parfois inférieures au service de la dette exigible. Cependant, les ratios doivent être interprétés avec prudence en raison d’une répartition erronée du service de la dette entre la base de la gestion ou de l’exercice.

Le nombre de pays des échantillons peut varier d’une catégorie à l’autre.

Nigéria non compris.

Non compris les économies en transition (Albanie, Arménie, Azerbaïdjan, Bosnie-Herzégovine, Géorgie, ex-République yougoslave de Macédoine, Moldova, Mongolie, République kirghize et Tadjikistan), mais Nigéria non compris.

Sources: Banque mondiale; autorités nationales; estimations des services du FMI

Dans la plupart des pays, la dernière année sur laquelle on dispose de données est 1997 pour le service de la dette et 1998 pour les dépenses de santé et d’éducation.

En général, les données sur les dépenses des administrations locales et les contributions en nature des donateurs ne sont pas disponibles, ce qui entraîne une sous-estimation du total des dépenses publiques.

Les estimations du service de la dette acquitté, qui figurent dans Financement du développement dans le monde (Banque mondiale), sont parfois inférieures au service de la dette exigible. Cependant, les ratios doivent être interprétés avec prudence en raison d’une répartition erronée du service de la dette entre la base de la gestion ou de l’exercice.

Le nombre de pays des échantillons peut varier d’une catégorie à l’autre.

Nigéria non compris.

Non compris les économies en transition (Albanie, Arménie, Azerbaïdjan, Bosnie-Herzégovine, Géorgie, ex-République yougoslave de Macédoine, Moldova, Mongolie, République kirghize et Tadjikistan), mais Nigéria non compris.

Allégement de la dette et réduction de la pauvreté

Grâce à l’allégement de leur dette, les PPTE pourraient affecter des ressources supplémentaires aux programmes de lutte contre la pauvreté. Dans les PPTE sur lesquels on dispose d’informations, le service de la dette acquitté et l’encours de la dette exprimés en pourcentage du PIB sont plus élevés que dans d’autres pays pauvres admissibles à des prêts concessionnels au titre de la FRPC. Bien que les chiffres varient considérablement d’un pays à l’autre, les PPTE affectent en moyenne un peu plus de ressources budgétaires au service de la dette, aussi bien par rapport au PIB que de la dépense totale de l’État (elles représentent environ 20% de celle-ci et 5% de celui-là) qu’ils n’en consacrent à l’éducation et à la santé combinées. L’allégement total de la dette au titre de l’Initiative PPTE est estimé à 28,2 milliards de dollars (en valeur actuelle de la fin de 1999), y compris les remises de dette et le service de la dette concessionnelle2. Cependant, si l’on compare le service de la dette acquitté aux dépenses publiques d’éducation et de santé, on ne considère qu’une partie de la relation entre les flux de ressources publiques internationales et les dépenses des programmes de réduction de la pauvreté, car ces dernières ne se limitent pas aux programmes en faveur de l’éducation et de la santé. Ainsi, les dépenses publiques consacrées au réseau routier rural, à l’assainissement et à l’accès à l’eau salubre peuvent contribuer autant, sinon davantage, à la réduction de la pauvreté. Les apports bruts de financement extérieur (nouveaux prêts et dons, par exemple) ne sont pas nécessairement indépendants des paiements du service de la dette et ils sont généralement plus élevés que les dépenses sociales ou ces paiements dans les PPTE. Pour que les pays bénéficient au maximum de l’allégement de la dette, on devra s’efforcer d’améliorer l’efficience des dépenses publiques actuelles ou à venir qu’il rendra possibles. Á cette fin, des mesures devront être prises sur trois plans au moins.

Dépenses sociales et indicateurs sociaux, 1985–981

(Pourcentage annuel de variation)

Sources: estimations des services du FMI; autorités nationales; Banque mondiale, Indicateurs du développement dans le monde

1Variation annuelle moyenne entre la première année suivant 1985 et l’année la plus récente sur laquelle on dispose de données.

2Non compris les économies en transition: Albanie, Arménie, Azerbaïdjan, Bosnie-Herzégovine, Géorgie, ex-République yougoslave de Macédoine, Moldova, Mongolie, République kirghize et Tadjikistan.

Dans les PPTE, la répartition des ressources budgétaires entre les dépenses sociales (par exemple, entre les niveaux d’éducation primaire et tertiaire) favorise généralement les services qui sont moins demandés par les pauvres, comme l’éducation tertiaire et les soins curatifs par opposition aux soins préventifs. Ainsi, des chiffres portant sur certains PPTE montrent qu’en moyenne 14% du total des dépenses publiques d’éducation et 13% de celui des dépenses de santé bénéficient au quintile le plus pauvre de la population, alors que 30% des dépenses des deux catégories vont au quintile le plus riche (voir le second graphique)3. En outre, les dépenses publiques d’éducation primaire et secondaire ont avantagé de manière disproportionnée les populations urbaines, plus prospères, au détriment des pauvres des zones rurales4. De même, la corruption, le mauvais ciblage des dépenses sociales et le fait qu’une grande partie des traitements et des salaires va aux secteurs sociaux ont affaibli la relation entre les dépenses publiques et les progrès exprimés par les indicateurs sociaux5.

Bénéficiaires des dépenses publiques d’éducation et de santé dans les pays pauvres très endettés, début des années 901

(En pourcentage du total des dépenses)

Source: Oavoodi et Sachjapinan. «How Useful are Benefit Incidence Studies?»

1Le nombre de pays est indiqué entre parenthèses; la dernière année est celle sur laquelle on dispose de données.

2Les urbains représentent en moyenne le tiers de la population des pays composant ces échantillons santé et éducation.

L’aptitude à définir et à exécuter le budget de manière transparente est cruciale pour les programmes de lutte contre la pauvreté. Dans cette optique, on a très souvent recommandé que les fonds destinés aux pauvres soient utilisés pour garantir que l’allégement de la dette bénéficiera à ces derniers. Ces fonds pourraient être soumis à un contrôle et à une tutelle analogues à ceux qui s’appliquent à d’autres dépenses publiques, notamment en ce qui concerne la transparence et l’obligation de rendre des comptes aussi bien au législatif qu’à l’exécutif. Afin d’éviter les déperditions de ressources financières, les doubles emplois et l’exécution de projets moins prioritaires, les programmes de lutte contre la pauvreté devraient être inscrits au budget.

Le suivi effectif de l’allégement de la dette destiné à réduire la pauvreté ne peut se faire sans données pertinentes et récentes6. A cette fin, il sera indispendable que des organisations internationales et des donateurs apportent une assistance technique concertée et que les PPTE eux-mêmes redoublent d’efforts7. À l’heure actuelle, les données relatives aux dépenses publiques ne sont pas complètes dans de nombreux pays et elles excluent généralement les dépenses des administrations locales et les contributions en nature des donateurs. En outre, elles ne sont disponibles qu’avec un délai qui peut aller dans certains pays jusqu’à deux ou trois ans. De plus, il n’existe dans pratiquement aucun PPTE admissible des séries annuelles homogènes décrivant la répartition des dépenses publiques dans les secteurs de l’éducation et de la santé (par exemple, entre les niveaux d’éducation primaire et tertiaire, les soins préventifs et curatifs et entre les salaires et les autres postes). Les indicateurs sociaux ne sont calculés que de manière épisodique et ne sont disponibles le plus souvent que tous les cinq ans. De même, les données relatives à de nombreux indicateurs importants sont tirées de modèles plutôt que de l’observation des faits. Enfin, on manque souvent de chiffres récents sur les indicateurs de pauvreté, et notamment sur sa nature et sa localisation.

1À l’heure actuelle, les pays admissibles à l’Initiative PPTE sont au nombre de 40, dont huit (Bolivie, Burkina-Faso, Côte d’Ivoire, Guyana, Mali, Mauritanie, Mozambique et Ouganda) ont atteint le stade de la prise de décision — c’est-à-dire le moment où l’on détermine si le pays remplit les conditions nécessaires pour bénéficier d’une aide au titre de l’Initiative — et quatre (Bolivie, Guyana, Mozambique et Ouganda) sont arrivés à la fin du processus — le stade où des mesures supplémentaires sont prises pour aider le pays à réduire son endettement à un niveau soutenable. En outre, la Bolivie et l’Ouganda ont atteint la deuxième étape de la prise de décision. Le Bénin et le Sénégal sont parvenus au stade de la prise de décision, mais il a été établi aux fins de l’Initiative que le fardeau de leur dette deviendrait soutenable après un allégement traditionnel, et par conséquent les deux pays n’ont pas reçu d’aide. En dehors des PPTE, 40 pays sont admissibles à la FRPC.2On trouvera plus d’informations sur le site www.imf.org/external/np/vc/1999/122899.htm.3Hamid Davoodi et Sawitree Sachjapinan, «How Useful Are Benefit Incidence Studies?», document de travail (Washington, Fonds monétaire international, à paraître).4Si l’on utilise un échantillon plus réduit de PPTE sur lesquels on dispose d’informations, les dépenses publiques de santé favorisent les populations rurales et non les populations urbaines plus prospères.5Vito Tanzi, «Corruption Around the World: Causes, Consequences, Scope, and Cures», FMI, Staff Papers, volume 45 (décembre 1998), pages 559–94.6Sanjeev Gupta et al., Social Issues in IMF-Supported Programs, Etude spéciale n° 191 (Washington, Fonds monétaire international, 2000).7Le Fonds monétaire international, l’Organisation de coopération et de développement économiques, les Nations Unies et la Banque mondiale collaborent actuellement dans le cadre du Consortium Partenariat de statistiques pour le développement au vingt et unième siècle (PARIS21) afin d’aider les pays qui préparent des programmes de réduction de la pauvreté à accroître leurs moyens statistiques.

Tous les pays du groupe 1 pourront faire l’objet d’une réévaluation en vue d’une aide supplémentaire, compte tenu des nouveaux ratios de viabilité. Cinq pays devraient dans ces conditions être admissibles sur le critère des exportations et trois sur celui des recettes publiques. Ces pays devraient obtenir un allégement totalisant environ 8 milliards de dollars (en valeur actuelle nette de 1999). Les pays qui devraient être admissibles d’ici à la fin de l’an 2000 (le groupe 2 du tableau 4.9) ont une dette moyenne plus élevée, en valeur actuelle nette, que les pays ayant bénéficié de l’Initiative PPTE initiale (groupe 1). Pour les pays du groupe 2, les accords conclus précédemment à des conditions concessionnelles et l’utilisation intégrale des mécanismes classiques d’allégement de la dette ramèneraient la charge totale de la dette d’une valeur nominale de 66 milliards de dollars à environ 32 milliards de dollars (en valeur actuelle nette de 1999) et ce, avant le recours à l’Initiative PPTE. Conformément aux projets actuels, et en supposant que tous les pays du groupe obtiennent les allégements prévus, la valeur actuelle nette de la dette serait réduite de moitié, pour passer à environ 17 milliards de dollars52. En ce qui concerne les autres PPTE, les estimations des allégements de la dette présentées au tableau 4.9 sont très provisoires.

Pour être admis à bénéficier d’une aide dans le cadre de l’Initiative, les pays doivent appliquer un programme de réforme macroéconomique et structurelle et présenter à cet égard de bons résultats parce que, comme le montre l’expérience acquise, des progrès dans ces domaines sont une condition nécessaire à la réussite de la réduction de la dette53. Une amélioration des résultats à partir de 1995 est manifeste dans les pays qui ont obtenu une aide au titre de l’Initiative PPTE initiale (groupe 1 du tableau 4.10). Bien qu’il soit difficile de déterminer le sens de la causalité, la réduction du déficit budgétaire et du taux d’inflation dans ces pays témoigne d’une amélioration des politiques et de leur mise en oeuvre. Ces éléments ont contribué à un renforcement du solde des ressources et de la capacité d’assurer le service de la dette (un accroissement de l’épargne intérieure et une réduction du déficit commercial, dus à une augmentation des exportations et des recettes budgétaires), à un accroissement de l’investissement privé et public et à un renforcement des apports de capitaux privés. Les pays du groupe 2 qui devraient être admis à bénéficier d’une aide au titre de l’Initiative dans le courant de l’an 2000 ont aussi enregistré des améliorations de ces variables économiques, mais leur situation reste aujourd’hui sensiblement moins favorable que ne l’était celle des pays du groupe 1 en 1995–97. Ces progrès insuffisants signifient que de nombreux pays qui escomptent un allégement de leur dette dans le cadre de l’Initiative devront exécuter avec détermination des réformes de leur politique économique pour pouvoir en bénéficier.

Tableau 4.10.Pays pauvres très endettés (PPTE): indicateurs économiques(En pourcentage du PIB, sauf indication contraire)
Groupe 11Groupe 22Pays en développement, PPTE exclus
1990–941995–971998–991990–941995–971998–991990–941995–971998–99
PIB réel par habitant30,43,42,5‒2,11,6‒1,11,61,70,2
Épargne7,413,214,89,08,59,219,721,820,4
Investissement total18,621,122,716,415,517,824,226,324,9
Investissement privé10,212,114,08,57,28,016,716,8
Déficit budgétaire4‒5,3‒2,1‒2,3‒6,8‒3,2‒4,0‒4,1‒3,1‒3,7
Solde des transactions courantes‒9,3‒8,5‒8,8‒9,6‒8,7‒10,2‒4,6‒3,5‒4,0
Exportations de biens et de services28,431,431,020,223,223,839,841,040,9
Recettes budgétaires421,622,121,917,218,818,428,527,727,1
Inflation IPC315,19,13,731,015,711,819,710,27,5
Ouverture533,536,035,926,129,330,642,743,043,0
Masse monétaire au sens large26,628,228,819,118,818,949,149,4
Flux de capitaux privés nets1,63,73,7‒2,81,11,34,13,23,0
Aide publique612,52,15,314,812,011,73,63,4
Sources: Banque mondiale, Indicateurs du développement dans le monde; estimations des services du FMI

Pays auxquels une aide a été accordée (Ouganda, Bolivie, Guyana, Mozambique), pour lesquels une aide a été engagée (Burkina Faso, Côte d’Ivoire, Mali), ou pour lesquels une aide n’a pas été jugée nécessaire (Bénin, Sénégal).

Pays qui devraient être admis à bénéficier d’une aide au titre de l’Initiative renforcée d’ici à la fin de l’an 2000: Cameroun, Éthiopie, Guinée, Guinée-Bissau, Honduras, RDP lao, Malawi, Mauritanie, Nicaragua, Niger, Rwanda, Sierra Leone, Tanzanie, Tchad et Zambie.

Variation en pourcentage.

Dons inclus.

Exportations plus importations.

Prêts officiels et transferts.

Sources: Banque mondiale, Indicateurs du développement dans le monde; estimations des services du FMI

Pays auxquels une aide a été accordée (Ouganda, Bolivie, Guyana, Mozambique), pour lesquels une aide a été engagée (Burkina Faso, Côte d’Ivoire, Mali), ou pour lesquels une aide n’a pas été jugée nécessaire (Bénin, Sénégal).

Pays qui devraient être admis à bénéficier d’une aide au titre de l’Initiative renforcée d’ici à la fin de l’an 2000: Cameroun, Éthiopie, Guinée, Guinée-Bissau, Honduras, RDP lao, Malawi, Mauritanie, Nicaragua, Niger, Rwanda, Sierra Leone, Tanzanie, Tchad et Zambie.

Variation en pourcentage.

Dons inclus.

Exportations plus importations.

Prêts officiels et transferts.

La nouvelle stratégie de réduction de la pauvreté

La réduction de la pauvreté a été et devra rester encore longtemps l’une des principales priorités des autorités nationales, de la communauté des donateurs et des institutions internationales. Les stratégies de développement suivies jusqu’à présent ont été payantes dans certains pays, mais dans d’autres, beaucoup trop nombreux, la pauvreté reste omniprésente et une approche plus énergique s’impose.

Il y a quand même des raisons d’être optimiste. Premièrement, les économies industrialisées ont démontré que de longues périodes de croissance soutenue sont possibles et que le niveau de vie peut augmenter de façon spectaculaire en l’espace de quelques dizaines d’années. Deuxièmement, les nouvelles économies industrielles, bien qu’elles soient peu nombreuses, ont montré qu’un rattrapage rapide est possible, avec des taux de croissance encore plus élevés que ceux des pays industrialisés au plus fort de leur expansion, surtout lorsque les fondements bien connus de la croissance durable — stabilité macroéconomique, solidité des institutions et libre-échange — sont en place. Troisièmement, quelques pays à faible revenu — en particulier la Chine et, dans une moindre mesure, l’Inde, qui sont des pays très peuplés — ont aussi affiché des taux de croissance élevés et soutenus pendant de longues périodes. La réunion de ces exemples montre que des pays présentant des caractéristiques diverses peuvent réaliser des accroissements sensibles du revenu par habitant. Enfin, l’application plus récente de politiques d’ajustement et de mesures de réforme axées sur la croissance porte manifestement ses fruits dans certains pays en développement à faible revenu et revenu intermédiaire qui ont enregistré dans les années 90 un recul de l’inflation et une plus forte expansion économique. Bien évidemment, il reste à faire en sorte que ces améliorations soient durables.

Si les conditions fondamentales de la croissance économique sont assez évidentes, il n’y a cependant pas de formule unique qui soit uniformément applicable à tous les pays. La solution dépendra des institutions, des habitudes et des conditions économiques propres à chaque pays. L’expérience acquise permet d’identifier un petit nombre de conditions fondamentales dont l’absence partielle ou totale peut être un handicap pour le démarrage et pour une croissance durable. On peut citer parmi ces conditions une structure d’incitations, des règles de droit et un niveau de gouvernance qui permettent aux agents d’épargner, d’investir et, à terme, de profiter de ces activités. Une meilleure qualité des services de santé publique et d’éducation est aussi importante pour une croissance durable, car non seulement elle contribue directement au bien-être de la population, mais elle permet aussi une accumulation efficace de ressources humaines productives. Chaque pays devra décider des modalités qui seraient les mieux adaptées, dans le cadre de sa stratégie de développement, pour réunir ces conditions fondamentales.

Le cadre renforcé de la stratégie de développement met l’accent sur trois éléments. Premièrement, chaque pays définira une stratégie de réduction de la pauvreté qui lui permettra d’élaborer ses projets de développement et de lutte contre la pauvreté dans un cadre pluriannuel. Les autorités nationales établiront elles-mêmes la stratégie, avec la participation de la société civile, en vue d’accroître, dans le pays, le degré de sensibilisation au thème de la lutte contre la pauvreté et de renforcer en même temps la détermination commune à mener à bien les réformes convenues. Une meilleure maîtrise de la stratégie par les autorités nationales et la société civile devrait se traduire par une exécution plus énergique des mesures. Les partenaires du développement, la Banque mondiale et le FMI apporteront une assistance sous des formes très diverses. La stratégie de réduction de la pauvreté, lorsqu’elle sera approuvée dans ses grandes lignes par le Conseil d’administration du FMI et le Conseil des administrateurs de la Banque mondiale, sera le cadre de référence pour les opérations de prêt concessionnel des deux institutions. Il faut souhaiter que les autres partenaires du développement rattacheront eux aussi leur assistance technique et financière à la stratégie de réduction de la pauvreté.

Deuxièmement, la lutte contre la pauvreté est à présent au centre des programmes appuyés par les prêts concessionnels du FMI. Cela fait écho non seulement à la constatation que le recul de la pauvreté est lui-même un objectif primordial, mais aussi à la conviction qu’en s’attaquant à la pauvreté de façon radicale, les pays peuvent s’engager dans un cercle vertueux, où l’épargne et l’investissement intérieurs apportent la croissance et de nouveaux progrès contre la pauvreté. Conformément à cette évolution des objectifs et des pratiques, la facilité de prêts concessionnels du FMI — anciennement «facilité d’ajustement structurel renforcée» (FASR) — sera désormais la «facilité pour la réduction de la pauvreté et la croissance» (FRPC).

Le troisième élément de la stratégie est de procurer un allégement de la dette plus étendu aux pays pauvres dont le niveau d’endettement est insoutenable. Sans une réduction de la dette par les moyens traditionnels et dans le cadre de l’Initiative PPTE, les problèmes d’incitation que crée un endettement insoutenable ne seront pas surmontés, ce qui repoussera sans doute la perspective de réformes de la politique économique et d’un essor de l’investissement privé. Tout retard de cet ordre se solderait, pour les pays débiteurs, par un manque à produire. Le bilan des trente dernières années, pendant lesquelles la croissance du revenu par habitant a stagné dans nombre de ces pays, donne la mesure de cette perte potentielle. Pour les pays donateurs, une réduction insuffisante de la dette, à ce stade, laisserait présager de nouveaux problèmes d’endettement avec de nouveaux rééchelonnements à la clé, qui risqueraient de coûter encore plus cher aux contribuables.

* * *

L’allégement plus prononcé de la dette qui est prévu dans le cadre de l’Initiative PPTE renforcée constitue à l’évidence un pas dans la bonne direction et apporte une marge de protection supplémentaire assurant que la charge de la dette sera ramenée à des niveaux soutenables. Personne ne peut se permettre de manquer l’occasion offerte par l’Initiative renforcée. Néanmoins, l’Initiative PPTE n’est pas la panacée, face à l’ensemble des problèmes de pauvreté et des difficultés économiques des pays considérés, et ses objectifs ne pourront être atteints que si les parties intéressées, aux niveaux national et international, continuent d’y travailler sans relâche. Il faut que la communauté internationale augmente les niveaux de l’aide extérieure et fasse en sorte que celle-ci favorise les réformes et le recul de la pauvreté. Il convient aussi de déployer des efforts majeurs pour réformer les politiques commerciales qui défavorisent les pays les plus pauvres. Ces derniers, quant à eux, devront persévérer dans l’exécution des réformes macroéconomiques et structurelles, en s’attachant particulièrement à créer un cadre propice aux décisions d’épargne et d’investissement privés, ce qui passe notamment par une meilleure gestion des affaires publiques, une réforme du secteur public et une libéralisation des marchés. Le maintien de ce cap est une condition sine qua non de la réussite de la stratégie.

1Voir Le développement au seuil du XXIe siècleRapport sur le développement dans le monde, 1999–2000) (Washington, Banque mondiale, 1999), page 22.
2Voir, par exemple, les Perspectives de l’économie mondiale de mai 1997. La complémentarité des politiques est examinée dans Robert F. Wescott et Jahangir Aziz, «Policy Complementarities and the Washington Consensus», document de travail n° 97/118 (Washington, Fonds monétaire international, 1997) et Craig Burnside et David Dollar, «Aid, Policies, and Growth», Policy Research Working Paper n° 1777 (Washington, Banque mondiale, 1997).
3La pauvreté absolue désigne le nombre de personnes vivant dans des conditions de pauvreté, définies d’après des critères monétaires comparables au niveau international, alors que la pauvreté relative concerne les écarts de revenu dans un même pays.
4D. Gale Johnson, «Population, Food, and Knowledge», American Economic Review, volume 90 (mars 2000), pages 1–14.
5Dans le présent chapitre, les pays en développement sont définis comme les pays à faible revenu (dont le PNB par habitant, calculé suivant la méthode de l’Atlas de la Banque mondiale, était inférieur ou égal à 760 dollars en 1998) ou à revenu intermédiaire (PNB par habitant compris entre 761 et 9.860 dollars), d’après la classification retenue par la Banque mondiale dans Le dév’eloppement au seuil du XXIe siècleRapport sur le développement dans le monde, 1999–2000. Les pays fortement tributaires d’exportations de pétrole (Arabie Saoudite, Guinée équatoriale, Gabon et Oman), les pays ayant moins de 400.000 habitants et les pays en transition sont exclus de l’analyse. La Corée, qui est un pays avancé d’après la classification des Perspectives de l’économie mondiale et un pays à revenu intermédiaire d’après celle de la Banque mondiale, est incluse comme un pays en développement dans l’analyse ci-après.
6Les pays à forte croissance ou «à convergence rapide» sont définis pour les besoins de la présente analyse comme ceux qui affichent une croissance annuelle du revenu par habitant supérieure à 3¾%. Ce seuil a été choisi parce qu’il simplifie le traitement des données et qu’il est comparable à celui qui est retenu dans Lant Pritchett, «Divergence, Big Time», Journal of Economic Perspectives, volume 11 (été 1997), pages 3–17. D’après cette étude, la croissance a dépassé 4,2% dans 11 pays (en développement et avancés) au cours de la période 1960–90. Le plus grand nombre de pays à forte croissance identifiés dans cette étude tient surtout à l’inclusion des économies avancées.
7Il importe toutefois de noter que les taux de croissance infranationaux ont été très variables en Chine et en Inde.
8Il est intéressant de noter que sur les 14 pays qui ont rapidement convergé entre 1993 et 1998, un seul (la Chine) a aussi affiché une forte croissance au cours de la période 1970–98, tandis que deux autres ont enregistré une croissance négative, cinq une faible croissance et six ont convergé lentement.
9La structure des taux de pauvreté est comparable lorsqu’on établit le seuil à 2 dollars par jour.
10Voir «External Shocks, Financial Crises, and Poverty in Developing Countries», Global Economic Prospects 2000 (Washington, Banque mondiale, 2000).
11On trouvera dans Robert J. Barro et Xavier Sala-i-Martin, Economic Growth (New York, McGraw-Hill, 1995) un compte rendu des travaux théoriques et empiriques réalisés dans ce domaine.
12Ross Levine et David Renelt, «A Sensitivity Analysis of Cross-Country Growth Regressions», American Economic Review, volume 82 (septembre 1992), pages 942–63. Partant d’une analyse en termes de bornes extrêmes («extreme-bounds analysis»), les auteurs concluent qu’une seule variable, à savoir la part de l’investissement dans le PIB, résiste à des changements de spécification du modèle (le rapport du commerce extérieur au PIB résiste toutefois également si l’investissement est exclu de l’ensemble des variables explicatives). Xavier Sala-i-Martin, «I Just Ran Two Million Regressions», American Economic Review, Papers and Proceedings, volume 86 (mai 1997), pages 178–83 et Xavier Sala-i-Martin, «I Just Ran Four Million Regressions», NBER, document de travail n° 6252 (Cambridge, Massachusetts, National Bureau of Economic Research, 1997), estime cependant que l’analyse en termes de bornes extrêmes constitue un test trop rigoureux et établit qu’une douzaine de variables environ (y compris les variables représentant des aspects régionaux et religieux) sont robustes en examinant les distributions globales des estimations de coefficients obtenues à partir d’un grand nombre de régressions.
13Certaines de ces études transversales utilisent des variables instrumentales pour neutraliser les effets endogènes. On peut toutefois trouver des raisons plausibles pour lesquelles ces instruments ne sont pas réellement exogènes, étant donné que la croissance s’explique de bien des manières. Les tests de causalité au sens de Granger, qui supposent seulement une faible exogénéité, donnent eux aussi, en général, des résultats peu concluants.
14Voir Sala-i-Martin, «I Just Ran Four Million Regressions», qui établit que les variables auxiliaires régionales pour l’Afrique subsaharienne et l’Amérique latine sont négativement corrélées avec la croissance. L’auteur note par ailleurs que la fraction de la population qui est de confession bouddhiste ou confucianiste, qui correspond dans l’étude à une variable auxiliaire pour les pays d’Asie de l’Est, est positivement corrélée avec la croissance. Il convient toutefois de noter que les études transversales considérant seulement les pays africains aboutissent à des résultats comparables à ceux des études plus globales. Voir, par exemple, Dhaneshwar Gupta et Michael T. Hadjimichael, «Growth in sub-Saharan Africa», FMI, Staff Papers, volume 43 (septembre 1996), pages 605–34, et Dani Rodrik, «Trade Policy and Economic Performance in sub-Saharan Africa», NBER, document de travail n° 6562 (Cambridge, Massachusetts, National Bureau of Economic Research, 1998). On trouvera une analyse consacrée à l’Afrique subsaharienne dans le chapitre VI de l’édition d’octobre 1999 des Perspectives de l’économie mondiale, intitulée: «Croissance de l’Afrique subsaharienne: résultats, obstacles et conditions d’une amélioration».
15Le chapitre IV de l’édition de mai 1997 des Perspectives de l’économie mondiale, intitulé: «La mondialisation et ses possibilités pour les pays en développement», indique que la stabilité macroéconomique, l’ouverture au commerce extérieur et l’intervention limitée de l’État dans l’activité économique sont autant de conditions nécessaires qui, lorsqu’elles sont toutes remplies, augmentent considérablement les chances de réaliser une forte croissance. Burnside et Dollar, «Aid, Policies, and Growth», concluent que l’aide exerce un effet positif sur la croissance seulement dans les pays qui suivent des politiques budgétaire, monétaire et commerciale bien fondées.
16Voir Danny T. Quah, «Twin Peaks: Growth and Convergence in Models of Distribution Dynamics», The Economic Journal, volume 106 (juillet 1996), pages 1045–55. Steven N. Durlauf et Danny T. Quah, «The New Empirics of Economic Growth», NBER, document de travail n° 6422 (Cambridge, Massachusetts, National Bureau of Economic Research, 1998), examinent des études récentes fondées sur des techniques économétriques d’analyse de données de panel et de la dynamique de distribution, qui assouplissent une partie des hypothèses concernant l’homogénéité des pays et le processus de croissance.
17Comme on l’a mentionné plus haut, les pays lourdement tributaires d’exportations de pétrole (Arabie Saoudite, Guinée équatoriale, Gabon et Oman), les pays dont la population est inférieure à 400.000 habitants et les pays en transition sont exclus de l’analyse. Par ailleurs, la Corée, qui est un pays avancé selon la classification des Perspectives de l’économie mondiale, est incluse comme un pays en développement dans la présente analyse parce qu’elle est un pays à revenu intermédiaire dans la classification de la Banque mondiale.
18Par exemple, si on prenait 1985–98 comme période de référence, alors 35 pays (soit approximativement un tiers du total) changeraient de groupe. Cependant, le nombre de pays dans chaque groupe resterait en gros le même et les caractéristiques moyennes (et par conséquent les conclusions) ne seraient pas très différentes. Il convient toutefois de noter que le nombre de pays à forte croissance augmenterait de trois unités par rapport à la classification établie sur la période 1970–98. Le groupe des pays à faible revenu et à forte croissance comprendrait la Chine, et aussi l’Inde, le Mozambique et le Vietnam (mais il exclurait l’Indonésie). Le groupe des pays à revenu intermédiaire à forte croissance inclurait le Chili, et aussi le Botswana, la Corée, la Malaisie, Maurice et la Thaïlande.
19Voir par exemple Barry P. Bosworth et Susan M. Collins, «Economic Growth in East Asia: Accumulation Versus Assimilation», Brookings Papers on Economic Activity: 2, Brookings Institution (1996), pages 135–203.
20La relation de causalité entre la croissance et I’investissement ou I’épargne est examinée dans Christopher D. Carroll et David N. Weil, «Saving and Growth: A Reinterpretation», NBER, document de travail n° 4470 (Cambridge, Massachusetts, National Bureau of Economic Research, 1993), et Patricia Reynolds, «Does Growth Cause Saving and Investment?» (document non publié; Washington, Fonds monétaire international, janvier 2000). Les auteurs concluent qu’ils ne peuvent écarter la possibilité que la causalité aille de la croissance vers l’investissement ou vers l’épargne, ou qu’une autre variable (non prise en compte) détermine à la fois la croissance et l’investissement ou l’épargne — en d’autres termes, que les taux d’investissement et d’épargne soient endogènes.
21Les taux d’alphabétisation et de scolarisation dans l’enseignement primaire évoluent de façon comparable.
22Voir Per Krussell, Lee E. Ohanian, Jose-Victor Rios-Rull et Giovanni L. Violante, «Capital-Skill Complementarity and Inequality», Federal Reserve Bank of Minneapolis Staff Report 239 (Minneapolis, Minnesota, Banque fédérale de réserve de Minneapolis, 1997).
23On estime que 33½ millions de personnes dans le monde étaient infectées par le SIDA ou par le VIH à la fin de 1999, dont environ 32 millions dans les pays en développement — et plus de 23 millions en Afrique subsaharienne. Cela représente environ 1% de la population active (adultes âgés de 15 à 49 ans) dans l’ensemble des pays en développement, mais 8% en Afrique subsaharienne. Voir UNAIDS et Organisation mondiale de la santé, «Le point sur l’épidémie de SIDA» (Genève, 1999).
24Voir Bosworth et Collins, «Economic Growth in East Asia».
25Voir, par exemple, Michael Sarel, «Nonlinear Effects of Inflation on Economic Growth», document de travail n° 95/56 (Washington, Fonds monétaire international, 1995), et Atish Ghosh et Steven Phillips, «Warning: Inflation May Be Harmful to Your Growth», FMI, Staff Papers, volume 45 (décembre 1998), pages 672–710.
26Voir, par exemple, le chapitre IV de l’édition de mai 1996 des Perspectives de l’économie mondiale, intitulé: «Questions de politique budgétaire dans les pays en développement».
27Les conséquences néfastes de la guerre pour l’économie sont notoires. Thucydide les observe déjà dans l’Histoire de la guerre du Péloponnèse.
28Les études empiriques confirment généralement que ces circonstances entravent la croissance économique. Voir, par exemple, Robert J. Barro, «Determinants of Economic Growth: A Cross-Country Empirical Study», NBER, document de travail n° 5698 (Cambridge, Massachusetts, National Bureau of Economic Research, 1996).
29Voir Paul Collier et Catherine Pattillo, Investment and Risk in Africa (Londres, MacMillan Press, 1999), chapitre 1.
30Les indices représentant les guerres civiles donnent des résultats comparables.
31Voir Paolo Mauro, «Corruption and Growth», Quarterly Journal of Economies, volume 110 (août 1995), pages 681–712; Paolo Mauro, «The Effects of Corruption on Growth, Investment, and Government Expenditure: A Cross-Country Analysis», dans Corruption and the Global Economy, publié sous la direction de Kimberly Ann Elliott (Washington, Institute for International Economics, 1997); Vito Tanzi et Hamid Davoodi, «Corruption, Public Investment, and Growth», document de travail n° 97/139 (Washington, Fonds monétaire international, 1997).
32Sanjeev Gupta, Hamid Davoodi et Rosa Alonso-Terme, «Does Corruption Affect Income Inequality and Poverty?», document de travail n° 98/76 (Washington, Fonds monétaire international, 1998).
33Voir Tanzi et Davoodi, «Corruption, Public Investment, and Growth».
34Voir Ross Levine, «Financial Development and Economic Growth: Views and Agenda», Journal of Economic Literature, volume 35 (juin 1997), pages 688–726.
35Voir Manuel Guitián, «Banking Soundness: The Other Dimension of Monetary Policy», dans Banking Soundness and Monetary Policy, publié sous la direction de Charles Enoch et John H. Green (Washington, Fonds monétaire international, 1997), pages 41–62.
36Voir, par exemple, Levine et Renelt, «A Sensitivity Analysis of Cross-Country Growth Regressions», et Ann Harrison, «Openness and Growth: A Time-Series, Cross-Country Analysis of Developing Countries», Journal of Development Economics, volume 48 (mars 1996), pages 419–47. En utilisant des variables instrumentales (pour neutraliser les effets endogènes), Jeffrey A. Frankel et David Romer, «Does Trade Cause Growth?», American Economic Review, volume 89 (juin 1999), pages 379–99, établissent que le commerce extérieur a un effet quantitativement important et robuste sur le revenu.
37Il est difficile d’établir un indicateur correct de l’ouverture au commerce extérieur — qui devrait en principe mesurer l’exposition des marchés à la concurrence étrangère. Les représentations indirectes de cette variable comprennent les droits de douane, les obstacles non tarifaires, le taux de protection effectif, la libéralisation du commerce extérieur, les prix relatifs, les coefficients de pénétration des importations et d’intensité des exportations et les écarts entre les flux ou volumes d’échanges effectifs et prévus. Voir Harrison, «Openness and Growth».
38Voir le chapitre V de l’édition d’octobre 1999 des Perspectives de l’économie mondiale, intitulé «Système commercial international: évolution récente et dossiers d’actualité».
39Jeffrey Sachs et Andrew Warner, «Natural Resource Abundance and Economic Growth», NBER, document de travail n° 5398 (Cambridge, Massachusetts, National Bureau of Economic Research, 1995), établissent une corrélation négative entre la croissance et un rapport élevé des exportations de ressources naturelles au PIB.
40On trouvera un examen plus approfondi de cette question dans le chapitre IV de l’édition de mai 1998 des Perspectives de l’économie mondiale, intitulé «Crises monétaires et bancaires: caractéristiques et indicateurs de la vulnérabilité», et le chapitre III de l’édition de mai 1999 des Perspectives de l’économie mondiale, intitulé «Contagion internationale des crises financières».
41Michael Roemer et Mary Kay Gugerty, «Does Economic Growth Reduce Poverty?», HIID Technical Paper (Cambridge, Massachusetts, Harvard Institute for International Development, mars 1997).
42Martin Ravallion et Shoahua Chen, «What Can New Survey Data Tell Us about Recent Changes in Income Distribution and Poverty?», The World Bank Economic Review, volume 11 (1997), pages 357–82.
43Des études ont établi une corrélation négative statistiquement significative entre l’inégalité des revenus et la croissance, et d’autres une relation positive. Dans l’ensemble, la relation n’est pas robuste pour un vaste échantillon de pays. Voir, par exemple, Robert J. Barro, «Inequality, Growth, and Investment», NBER, document de travail n° 7038 (Cambridge, Massachusetts, National Bureau of Economic Research, 1999). Cette fragilité des résultats tient sans doute au fait que les données disponibles sont limitées et à des différences d’un pays à l’autre dans la mesure de l’inégalité des revenus.
44Voir, par exemple, Michael Bruno, Martin Ravallion et Lyn Squire, «Equity and Growth in Developing Countries: Old and New Perspectives on the Policy Issues», dans Income Distribution and High-Quality Growth, publié sous la direction de Vito Tanzi et Ke-Young Chu (Cambridge, Massachusetts, MIT Press, 1998).
45Voir Michael P. Dooley, «A Note on Debt Réduction and Economic Effïciency», document de travail n° 90/36 (Washington, Fonds monétaire international, 1990). Voir aussi Ibrahim A. Elbadawi, Benno J. Ndulu et Njuguna Ndung’u, «Debt Overhang and Economic Growth in sub-Saharan Africa», dans External Finance for Low-Income Countries, publié sous la direction de Zubair Iqbal et Ravi Kanbur (Washington, Institut du FMI, 1997).
46On trouvera un exposé plus détaillé de cette évolution dans, par exemple, les éditions d’avril 1986 (chapitre VI) et d’avril 1989 (chapitre IV) des Perspectives de l’économie mondiale. Pour des exemples précis, voir Ray Brooks et al., «External Debt Histories of Ten Low-Income Developing Countries: Lessons from Their Experiences», document de travail n° 98/72 (Washington, Fonds monétaire international, 1998).
47Voir Christina Daseking et Robert Powell, «From Toronto Terms to the HIPC Initiative: A Brief History of Debt Relief for the Low-Income Countries», document de travail n° 99/142 (Washington, Fonds monétaire international, 1999). On pourra aussi consulter le site web du FMI consacré aux PTTE: www.imf.org/external/np/HIPC.
48On trouvera un examen des opérations d’allégement de la dette des pays à faible revenu et des estimations de leurs coûts dans Daseking et Powell, «From Toronto Terms to the HIPC Initiative».
49Voir David Andrews et al., «Debt Relief for Low-Income Countries: The Enhanced HIPC Initiative», série des brochures du FMI, n° 51 (Washington, Fonds monétaire international, 1999). On trouvera une évaluation des effets de l’Initiative sous sa forme initiale dans Stijn Claessen et al., «HIPC Debt: A Review of (the Issues», Journal of African Economies, volume 2 (1997). Voir également le site: www.imf.org/external/np/HIPC.
50Les fluctuations des taux d’intérêt du marché compliquent le calcul et introduisent un élément d’incertitude dans la valeur actuelle nette estimée de la dette. S’ils connaissaient le véritable niveau de l’endettement viable, les créanciers pourraient, sans subir de perte économique, alléger la dette pour la ramener jusqu’à ce niveau, au-dessus duquel les créances ne pourraient être remboursées et n’auraient donc aucune valeur. Par conséquent, bien que l’allégement de la dette comporte pour le créancier un coût budgétaire égal à l’intégralité de sa valeur, il ne comporte un coût économique que s’il abaisse la dette au-dessous du niveau viable.
51Les objectifs définis dans le cadre initial étaient les suivants: valeur actuelle nette de l’encours de la dette rapportée aux exportations égale à 200–250%; valeur actuelle nette du service de la dette rapportée aux exportations égale à 20–25%; valeur actuelle nette de l’encours de la dette rapportée aux recettes budgétaires égale à 280%. Les objectifs de viabilité spécifiques pour chaque pays devaient être établis en fonction d’une évaluation des «facteurs de vulnérabilité» propres à ce pays (par exemple, la concentration et la variabilité des exportations, le rapport de la dette au PIB, le déficit des ressources, le niveau des réserves internationales et la charge de la dette du secteur privé). La valeur empirique des divers ratios d’endettement dans l’évaluation de la viabilité de la dette est examinée dans Daniel Cohen, «Growth and External Debt: A New Perspective on the African and Latin American Tragédies», CEPR Discussion Paper n° 1753 (Londres, Center for Economic Policy Research, 1997).
52Voir David Andrews et al., «Debt Relief for Low-Income Countries: The Enhanced HIPC Initiative» et www.imf.org/external/np/HIPC/cost4/index.htm.
53William Easterly, «How Did Highly Indebted Poor Countries Become Highly Indebted? Reviewing Two Decades of Debt Relief» (document non publié; Washington, Banque mondiale, 1997). L’auteur montre que si les pays n’appliquent pas des mesures de réforme macroéconomique et structurelle, ils réagiront généralement à l’allégement de la dette en empruntant davantage ou en réduisant les avoirs intérieurs, ce qui laissera pratiquement inchangée la viabilité de leurs engagements extérieurs. Voir aussi Burnside et Dollar, «Aid, Policies, and Growth».

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