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Les Perspectives Et Les Enjeux économiques Mondiaux

Author(s):
International Monetary Fund. Research Dept.
Published Date:
May 2003
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Lorsque la dernière édition des Perspectives a été publiée en septembre 2002, on s’attendait à ce que la reprise mondiale se poursuive à un rythme modéré, mais les risques de dégradation de la situation semblaient prédominants. En fait, l’activité aux deuxième et troisième trimestres de 2002 s’est révélée plus forte que prévu, sauf en Europe occidentale; en conséquence, la croissance du PIB mondial pour l’ensemble de l’année est maintenant estimée à 3%, soit une progression de 0,2 point par rapport aux projections antérieures (graphique 1.1 et tableau 1.1). Par la suite toutefois, la reprise, en particulier dans les pays industrialisés, a ralenti dans un climat marqué par un alourdissement des incertitudes pendant la période qui a précédé la guerre en Iraq et par les rétombées de l’éclatement de la bulle des marchés des actions. La production industrielle a stagné dans les principaux pays avancés, parallèlement à un ralentissement de la croissance du commerce mondial; les marchés de l’emploi manquent toujours de dynamisme et les indicateurs précurseurs, à quelques exceptions près, se sont en général affaiblis (graphique 1.2). Enfin, bien qu’il ait commencé à se redresser, l’investissement fixe mondial ne semble pas encore assez vigoureux pour soutenir la reprise en cas de fléchissement de la consommation, qui est jusqu’à présent, avec le retournement du cycle des stocks, l’un des principaux moteurs de la demande.

Graphique 1.1.Indicateurs mondiaux1

(Variations annuelles en pourcentage, sauf indication contraire)

La reprise devrait rester modérée en 2003 et la croissance mondiale retrouver sa tendance longue en 2004.

1Les zones ombrées correspondent aux projections des services du FMI. Sauf indication contraire, les agrégats sont pondérés sur la base de la parité de pouvoir d’achat.

2Taux moyens de croissance des pays (somme pondérée en fonction de la parité de pouvoir d’achat). Au fil des ans, la pondération des pays à croissance plus rapide augmente, donnant à la courbe une orientation vers le haut.

3Moyenne pondérée par les PIB des rendements, diminués des taux d’inflation, des obligations d’État à dix ans ou à échéance la plus proche de dix ans des pays suivants: États-Unis, Japon, Allemagne, France, Italie (sauf avant 1972). Royaume-Uni et Canada.

4Moyenne non pondérée des prix du marché du disponible des bruts U.K. Brent, Dubaï et West Texas Intermediate.

Graphique 1.2.Indicateurs courants et précurseurs

(Variations trimestrielles en pourcentage, en taux annuels, sauf indication contraire)

La reprise de la production industrielle mondiale et des échanges mondiaux a ralenti, et la plupart des indicateurs précurseurs se sont dégradés.

Sources: confiance des entreprises: pour les États-Unis, National Association of Purchasing Managers; pour la zone euro, Commission européenne; pour le Japon, Banque du Japon. Confiance des consommateurs: pour les États-Unis. Conference Board; pour la zone euro. Commission européenne; pour le Japon, Banque du Premier ministre (Agence de planification économique). Pour les autres. Haver Analytics.

1Australie, Canada, Danemark, États-Unis, Japon, Norvège, Nouvelle-Zélande, Royaume-Uni, Suéde, Suisse et zone euro.

2Afrique du Sud, Argentine, Brésil, Chili, Chine, Colombie, Corée, RAS de Hong Kong, Hongrie, Inde, Indonésie, Israël, Malaisie, Mexique, Pakistan, Pérou, Philippines, Pologne, République tchèque, Russie, Singapour, province chinoise de Taiwan, Thaïlande, Turquie et Venezuela.

3Pour les quatre trimestres de 2002, les données pour la Chine, l’Inde et la Russie ont été calculées par interpolation.

Après s’être raffermis au dernier trimestre de 2002, les marchés financiers matures se sont repliés au début de 2003, les cours des actions étant maintenant inférieurs de quelque 40 à 60% aux chiffres records enregistrés au début de 2000 (graphique 1.3)1. Ce recul semble pour l’essentiel dû à une aggravation des risques et des incertitudes soulevés par la situation géopolitique et la lenteur de la reprise; cependant, cette aggravation a été en partie compensée par une certaine amélioration de la propension au risque. En même temps, les marchés obligataires sont restés déprimés, car ils continuaient d’anticiper une croissance molle, encore que, grâce peut-être à une certaine atténuation des problèmes de gouvernement d’entreprise, les marges imposées aux entreprises ont diminué, en particulier pour les effets à rendement élevé. Sur les marchés des changes, le dollar a recommencé à se déprécier en décembre, pour des raisons géopolitiques et à cause de la dépendance toujours forte des États-Unis à l’égard des capitaux étrangers. Au milieu de mars, le dollar, pondéré par le commerce extérieur, s’était déprécié de 14% par rapport à son pic du début de 2002, et l’euro et le yen appréciés de 13% et de 4%, respectivement. Depuis lors toutefois, à mesure que l’on anticipait beaucoup plus un déclenchement imminent, et une issue rapide, de la guerre, ces tendances se sont inversées: les cours mondiaux des actions se sont redressés, les rendements des obligations ont augmenté et le dollar s’est apprécié par rapport aux grandes monnaies. Au moment où nous mettons sous presse, les marchés restent instables, et il est possible qu’ils enregistrent de fortes fluctuations dans un sens ou dans l’autre en fonction de l’évolution de la situation géopolitique.

Graphique 1.3.Évolution des marchés financiers matures

Si la propension au risque s’est redressée, les cours des actions sont restés faibles et le dollar a recommencé à se déprécier.

Sources: Bloomberg Financial Markets, LP; State Street Bank; Banque des règlements internationaux; estimations des services du FMI.

1Différence entre le taux des obligations d’État à dix ans et le taux d’intérêt à trois mois.

2Indicateurs de la propension au risque FMI/State Street Bank.

Tableau 1.1.Perspectives de l’économie mondiale: aperçu des projections(Variations annuelles en pourcentage, sauf indication contraire)
Projections actuellesÉcart par rapport

aux projections

de septembre 20021
200120022003200420022003
Production mondiale2,33,03,24,10,2-0,5
Économies avancées0,91,81,92,90,1-0,6
États-Unis0,32,42,23,60,2-0,4
Zone euro1,40,81,12,3-0,1-1,2
Allemagne0,60,20,51,9-0,3-1,5
France1,81,21,22,4-1,1
Italie1,80,41,12,3-0,3-1,2
Japon0,40,30,81,00,8-0,3
Royaume-Uni2,01,62,02,5-0,1-0,4
Canada1,53,42,83,2-0,6
Autres économies avancées1,62,72,53,20,1-0,8
Nouvelles économies industrielles d’Asie0,84,64,14,5-0,1-0,8
Pays en développement3,94,65,05,80,3-0,3
Afrique3,63,43,95,20,3-0,3
Asie5,76,56,36,50,4
Chine7,38,07,57,50,50,3
Inde4,24,95,15,9-0,1-0,6
ASEAN-422,64,33,94,30,7-0,3
Moyen-Orient et Turquie31,44,55,14,90,90,4
Hémisphère occidental0,6-0,11,54,20,2-1,5
Brésil1,41,52,83,5-0,2
Pays en transition5,14,14,04,10,2-0,5
Europe centrale et orientale3,02,93,44,30,2-0,4
Communauté des États indépendants et Mongolie6,34,84,44,00,2-0,5
Russie5,04,34,03,5-0,1-0,9
Russie exclue9,15,85,34,90,60,4
Pour mémoire
Croissance mondiale calculée sur la base des taux de change du marché1,21,92,23,20,2-0,6
Volume du commerce mondial (biens et services)0,12,94,36,10,8-1,8
Importations
Économies avancées-1,12,14,75,90,4-1,5
Pays en développement2,25,44,78,01,6-2,4
Pays en transition11,86,36,13,1-0,7-2,0
Exportations
Économies avancées-1,02,03,85,80,8-1,6
Pays en développement3,35,13,77,61,9-2,8
Pays en transition5,66,35,92,71,1-0,3
Prix des produits de base (en dollars)
Pétrole4-13,92,824,2-19,42,325,0
Produits de base hors combustibles (moyenne (fondée sur la pondération des exportations mondiales de produits de base)-5,43,89,42,3-0,43,7
Prix à la consommation
Économies avancées2,21,51,91,70,10,2
Pays en développement5,85,45,85,1
Pays en transition16,311,19,47,4-0,30,6
Taux du LIBOR à six mois (en pourcentage)
Dépôts en dollars3,71,91,73,5-0,2-1,5
Dépôts en euros4,23,32,42,5-0,1-1,4
Dépôts en yen0,20,10,10,3
Note: On suppose que les taux de change effectifs restent, en valeur réelle, aux niveaux observés entre le 7 février et le 7 mars 2003.

Calculé en utilisant la parité de pouvoir d’achat (PPA) révisée, telle que résumée au tableau A de l’appendice statistique.

Indonésie, Malaisie, Philippines et Thaïlande.

Y compris Malte.

Moyenne non pondérée des cours du marché du disponible des bruts U.K. Brent, Dubaï et West Texas Intermediate. Le prix moyen du pétrole en 2002 était de 25,00 dollars le baril; hypothèse pour 2003: 31,00 dollars le baril et pour 2004: 25,00 dollars le baril.

Note: On suppose que les taux de change effectifs restent, en valeur réelle, aux niveaux observés entre le 7 février et le 7 mars 2003.

Calculé en utilisant la parité de pouvoir d’achat (PPA) révisée, telle que résumée au tableau A de l’appendice statistique.

Indonésie, Malaisie, Philippines et Thaïlande.

Y compris Malte.

Moyenne non pondérée des cours du marché du disponible des bruts U.K. Brent, Dubaï et West Texas Intermediate. Le prix moyen du pétrole en 2002 était de 25,00 dollars le baril; hypothèse pour 2003: 31,00 dollars le baril et pour 2004: 25,00 dollars le baril.

En ce qui concerne les marchés émergents, les conditions de financement se sont améliorées grâce à une augmentation de la confiance envers le Brésil et, jusqu’à une date récente, la Turquie après les élections qui se sont tenues dans ces deux pays, à une aide financière effective ou escomptée de la communauté internationale, dont le Fonds monétaire international (FMI), et à une certaine amélioration de la propension au risque. Bien que, par comparaison avec le passé, ils demeurent modérés, les flux nets de capitaux se sont redressés en 2002 dans toutes les grandes régions, exception faite de l’Hémisphère occidental où l’investissement direct étranger s’est effondré (tableau 1.2). Les marges imposées aux pays à marché émergent ont nettement diminué depuis octobre (graphique 1.4), encore qu’un net clivage soit apparu au sein de ce groupe d’économies, et, pour certains grands marchés, Russie, Europe orientale et Mexique notamment, elles ont fortement reculé, atteignant parfois un niveau historiquement bas. En revanche, elles demeurent relativement élevées lorsque les risques continuent d’être perçus comme importants (dans certains pays d’Amérique latine et en Turquie, notamment). Un clivage analogue est observé pour les marchés primaires; en Amérique latine, malgré une remontée sensible des émissions depuis novembre, les emprunteurs de second rang n’ont pu accéder qu’en petit nombre au marché et se sont trouvés pour la plupart dans l’incapacité de préfinancer vraiment leurs besoins d’emprunt pour 2003. Les marchés des actions émergents ont le plus souvent suivi la même évolution que les marchés matures; sur les marchés des devises, exception faite de ceux des pays d’Europe orientale et de l’Afrique du Sud, les taux de change pondérés par le commerce extérieur sont en général demeurés constants, ou ont reculé (surtout dans certains pays d’Amérique latine et d’Asie, y compris la Chine et la RAS de Hong Kong, dont la monnaie est étroitement liée au dollar).

Graphique 1.4.Conditions de financement pour les marchés émergents

Les conditions de financement pour les marchés émergents se sont améliorées ces derniers mois, encore que les marges restent élevées dans le cas de certains pays et les émissions primaires modestes.

Sources: Bloomberg Financial Markets, LP; J.P. Morgan Chase; estimations des services du FMI.

1Corrélation moyenne glissante sur 30 jours entre 20 marchés obligataires émergents.

Tableau 1.2.Économies avancées: PIB réel, prix à la consommation et chômage(Variations annuelles en pourcentage; chômage en pourcentage de la population active)
PIB réelPrix à la consommationTaux de chômage
200120022003200420012002200320042001200220032004
Économies avancées0,91,81,92,92,21,51,91,75,96,46,66,5
États-Unis0,32,42,23,62,81,62,32,34,85,86,25,9
Zone euro11,40,81,12,32,62,32,01,58,08,38,88,7
Allemagne0,60,20,51,92,41,31,00,77,88,28,88,8
France1,81,21,22,41,81,92,01,68,68,89,19,1
Italie1,80,41,12,32,72,62,41,69,59,09,39,1
Espagne2,72,02,23,12,83,63,22,810,511,411,410,9
Pays-Bas1,20,30,61,85,13,92,42,22,02,33,44,3
Belgique0,80,71,12,22,41,61,21,26,77,37,77,8
Autriche0,70,91,52,42,31,81,51,43,64,14,54,1
Finlande0,71,62,12,82,72,22,01,79,19,39,59,1
Grèce4,14,03,63,63,73,93,83,010,49,99,89,7
Portugal1,60,5-0,31,84,43,73,22,14,15,16,87,0
Irlande5,75,93,34,54,04,74,43,23,94,45,35,3
Luxembourg1,00,51,54,02,72,12,01,72,62,83,23,3
Japon0,40,30,81,0-0,7-0,9-0,7-0,65,05,45,55,4
Royaume-Uni22,01,62,02,52,12,22,82,75,15,25,45,3
Canada1,53,42,83,22,52,03,12,17,27,67,66,9
Corée3,06,15,05,34,12,83,53,23,83,03,03,0
Australie2,73,83,03,74,43,02,72,56,76,36,05,7
Taiwan, prov. chinoise de-2,23,53,23,7-0,20,30,84,65,24,94,8
Suède1,11,91,62,12,72,02,71,94,04,04,24,2
Suisse1,10,10,61,71,00,70,70,21,92,84,34,0
Hong Kong (RAS)0,62,33,03,3-1,6-3,0-1,6-1,05,17,37,06,6
Danemark1,41,61,42,12,22,42,52,24,95,05,25,1
Norvège1,41,61,52,03,01,33,12,53,63,94,24,0
Israël-0,9-1,00,52,21,15,72,81,09,410,310,710,1
Singapour-2,42,23,03,51,0-0,40,91,73,34,44,54,0
Nouvelle-Zélande32,44,22,73,02,72,71,92,05,35,25,45,3
Chypre4,12,02,24,32,02,84,32,03,03,23,43,3
Islande2,9-0,51,62,96,64,82,22,51,42,53,02,5
Pour mémoire
Principales économies avancées0,71,61,72,82,11,31,71,65,96,56,86,6
Union européenne1,61,01,32,42,52,32,21,87,47,78,08,0
Nouvelles économies industrielles d’Asie0,84,64,14,51,91,01,81,94,14,14,03,9

Indice harmonisé des prix à la consommation d’Eurostat.

Les prix à la consommation sont fondés sur l’indice des prix de détail, hors intérêts hypothécaires.

Les prix à la consommation excluent les taux d’intérêt.

Indice harmonisé des prix à la consommation d’Eurostat.

Les prix à la consommation sont fondés sur l’indice des prix de détail, hors intérêts hypothécaires.

Les prix à la consommation excluent les taux d’intérêt.

En outre, les incertitudes géopolitiques ont eu un effet important sur les marchés des produits de base. Après avoir été très instables pendant la majeure partie de 2002, les prix du pétrole ont fortement augmenté à la fin de 2002 et au début de 2003, car on anticipait de plus en plus une guerre en Iraq et la crise politique au Venezuela perturbait les approvisionnements (voir appendice 1.1 «Marchés des produits de base»). Malgré la décision prise par l’OPEP au début de janvier de relever son objectif de production de 1,5 million de barils par jour, les prix du pétrole ont continué de grimper, culminant au milieu de mars à 34 dollars le baril. Depuis, comme dans le cas des marchés financiers, ils ont enregistré une forte diminution imputable aux anticipations d’une guerre imminente et brève; cependant, le marché demeure exceptionnellement instable. Les cours des produits de base autres que les combustibles ont également beaucoup progressé en 2002, particulièrement ceux des denrées alimentaires, des boissons et des matières premières agricoles, encore qu’ils demeurent à des niveaux historiquement bas. Bien qu’elle s’explique en partie par la reprise mondiale, cette hausse est due pour l’essentiel aux mauvaises conditions atmosphériques qui ont sévi dans certaines régions d’Amérique du Nord, d’Australie, du Brésil et d’Afrique; en conséquence, si ces conditions s’améliorent, elle devrait rester limitée d’ici à la fin de 20032.

À l’heure actuelle, quatre facteurs semblent particulièrement pertinents pour évaluer les perspectives mondiales:

  • Les incertitudes, notamment géopolitiques, et la façon dont elles seront levées. Pendant la période qui a précédé la guerre en Iraq, les incertitudes géopolitiques se sont alourdies, ce qui s’est traduit, entre autres, par une tendance orientée à la hausse – jusqu’à une date très récente – des prix du pétrole et des cours de l’or. On peut d’ores et déjà souligner que cette révision à la hausse des prix du pétrole depuis les dernières Perspectives, avec toutes les incertitudes dont elle s’accompagne, explique en grande partie celle à la baisse de la croissance mondiale en 2003. À l’évidence, beaucoup dépend maintenant de plusieurs questions auxquelles il est impossible de répondre à ce stade: la guerre sera-t-elle brève, sera-t-elle limitée à l’Iraq et quelle sera l’étendue des dommages causés aux équipements de ce pays, les infrastructures notamment? (voir appendice 1.2, «Comment la guerre en Iraq affectera-t-elle l’économie mondiale?»). Toutefois, à la différence de ce qui s’est passé avant la guerre du Golfe de 1991, les marchés semblent, surtout depuis le milieu de mars, anticiper pour la crise une issue rapide et relativement peu coûteuse. En conséquence, les chances que la situation s’améliore par suite d’un dénouement dans de bonnes conditions de cette crise existent certes, mais sont peut-être moins nombreuses que les risques qu’elle s’aggrave si les choses se passent plus mal que prévu.

  • Les «vents contraires» déclenchés par l’éclatement de la bulle des marchés des actions et leur éventuelle persistance. Dans la plupart des pays, l’impact direct de la chute des cours des actions sur la croissance de la demande sera sans doute le plus ressenti à la fin de 2002 ou pendant le premier semestre de 2003. Par la suite, à condition que cette chute cesse, les obstacles à la croissance du PIB, tout en demeurant importants, devraient donc commencer à être abaissés. Cette évolution correspond dans l’ensemble à celle qu’on a pu observer par le passé, en ce sens que la croissance du PIB amorcerait un redressement complet deux à trois ans après l’éclatement de la bulle des cours des actions (voir chapitre II). Cependant, des incertitudes considérables, au sujet notamment de l’évolution des bilans des banques et des compagnies d’assurances, subsistent au Japon et dans certains pays d’Europe. En ce qui concerne les entreprises, les surcapacités, les pertes au titre des régimes de retraite à prestations déterminées et un endettement encore élevé obscurcissent, à des degrés divers, les perspectives d’investissement dans les trois grandes zones monétaires (chapitre II).

  • Les différences sensibles entre les programmes macroéconomiques de relance dans les grandes zones monétaires. Les États-Unis, le Canada et le Royaume-Uni ont beaucoup plus assoupli leurs politiques monétaire et budgétaire pour réagir au ralentissement mondial que les pays de la zone euro et le Japon (graphique 1.5), en partie parce que la marge de manœuvre de ce dernier groupe de pays était plus faible. On s’attend à ce que ce schéma, renforcé par les récentes variations des taux de change, se poursuive en 2003, ce qui rendra en général la croissance mondiale encore plus dépendante de celle des États-Unis.

  • Les fluctuations des principales monnaies. Le dollar s’est sensiblement déprécié l’an dernier (voir supra); cette dépréciation a en général été bien accueillie, compte tenu des déséquilibres toujours graves observés dans l’économie mondiale (voir infra). Cependant, les incertitudes géopolitiques semblent également avoir joué un grand rôle; en conséquence, les marchés des changes resteront sans doute instables dans l’avenir immédiat, de fortes variations étant possibles dans un sens ou dans l’autre en fonction des événements. Ces fluctuations ont des effets sensibles sur l’activité et l’inflation, notamment dans les pays, comme le Japon, dont les autorités ne disposent que d’une marge de manœuvre assez limitée pour prendre des mesures compensatoires3.

Graphique 1.5.Assouplissement budgétaire et monétaire dans les principaux pays avancés

(Pourcentages)

Les États-Unis et le Royaume-Uni ont beaucoup plus assoupli leurs politiques monétaire et budgétaire que la zone euro et le Japon.

Source: estimations des services du FMI.

1L’amélioration, en 2000-02, du solde budgétaire structurel du Japon reflète l’octroi d’une aide exceptionnelle aux banques de 1,2% du PIB pendant l’année de référence (2000) – alors qu’aucune aide n’a été versée en 2002. Abstraction faite de cette aide (mais sécurité sociale comprise), ce solde s’est en fait dégradé d’environ 1% du PIB.

Les services du FMI ont établi leurs projections de référence à partir de l’hypothèse que le conflit en Iraq engendre des incertitudes qui sont dans l’ensemble levées à court terme et n’a guère de répercussions en dehors de la région et qu’en conséquence, son impact sur l’économie mondiale est limité. On s’attend alors à ce que la reprise mondiale se poursuive en 2003, mais à un rythme relativement faible, la croissance du PIB dans les grandes zones monétaires demeurant en deçà de son potentiel jusqu’à la fin de l’année (graphique 1.6). Pour l’année dans son ensemble, la croissance mondiale atteint, selon les projections, 3,2%, soit 0,2 point de plus qu’en 2002, grâce à une diminution des incertitudes géopolitiques, à une réduction progressive des entraves à la croissance mentionnées précédemment, aux stimulants encore à venir et à un retournement du cycle des stocks. La politique monétaire doit normalement rester accommodante, un nouvel assouplissement étant possible dans la zone euro et les hausses de taux d’intérêt aux États-Unis et dans les autres économies étant différées au moins jusqu’à la fin de 2003; au Japon, la politique de taux d’intérêt zéro est maintenue.

Graphique 1.6.Perspectives mondiales

(Variation en pourcentage sur quatre trimestres)

La croissance du PIB sera plus faible que prévu dans la plupart des régions, et les États-Unis et la zone euro ne se rapprocheront de leur potentiel qu’à la fin de 2003.

Sources: Haver Analytics; estimations des services du FMI.

1Australie, Canada, Danemark, États-Unis, Japon, Norvège, Nouvelle-Zélande, Royaume-Uni, Suède, Suisse et zone euro.

2Corée, RAS de Hong Kong, Singapour et province chinoise de Taiwan.

3Indonésie, Malaisie, Philippines et Thaïlande.

4Afrique du Sud, Hongrie, Israël, Pakistan, Pologne, République tchèque, Russie et Turquie.

5Argentine, Brésil, Chili, Colombie, Mexique, Pérou et Venezuela.

  • Pour ce qui est des pays industrialisés, on s’attend à ce que les États-Unis continuent de tirer la reprise – encore que, selon les projections, la croissance du PIB fléchira légèrement par rapport à 2002—, les faiblesses actuelles étant en partie compensées par une reprise de la confiance et de l’investissement et par de nouveaux stimulants budgétaires (tableau 1.3). Dans la zone euro, où la demande intérieure est toujours très faible, où les autorités durcissent la politique budgétaire et où l’euro s’apprécie, les projections de croissance ont été fortement révisées à la baisse. En Allemagne, où la croissance du PIB devrait être nettement inférieure à 1% pour la troisième année consécutive et où les difficultés du secteur financier deviennent de plus en plus manifestes, la situation est particulièrement préoccupante. La croissance du PIB devrait également rester très faible au Japon, pays qui est toujours aux prises avec la déflation et où l’on s’attend à ce que l’expansion de la demande intérieure continue de fléchir.

  • En ce qui concerne les marchés émergents, les perspectives de croissance du PIB pour 2003 ont été légèrement révisées à la baisse, à cause en partie de la dégradation des perspectives des pays industrialisés. Dans les pays émergents d’Asie, la croissance a dépassé les anticipations en 2002, notamment en Chine, et l’on s’attend à ce qu’elle demeure solide en 2003. Cependant, le récent ralentissement du secteur mondial des technologies de l’information, s’il se poursuit, aura un impact négatif sur les nouvelles économies industrielles et les quatre pays de l’ASEAN (Indonésie, Malaisie. Philippines et Thaïlande), et l’épidémie de pneumopathie atypique qui vient de se déclencher fait peser des risques sur l’activité dans plusieurs pays. La demande intérieure s’est en général renforcée, bien que, dans la plupart des pays, elle ne soit pas assez robuste pour soutenir une reprise autoalimentée, et la balance des paiements régionale vis-à-vis du reste du monde continue d’être très excédentaire (tableau 1.3). En Amérique latine, après la profonde récession de 2001-02, l’activité a commencé à se redresser. Cependant, un certain nombre de pays, dont l’Argentine, le Brésil et l’Uruguay, demeurent très vulnérables et, au Venezuela, la crise politique a eu de graves répercussions sur la croissance. Au Moyen-Orient, de nombreux pays ont tiré parti de la hausse des prix du pétrole, mais les problèmes régionaux de sécurité continuent d’avoir un impact sensible sur l’activité, notamment dans les pays qui entretiennent des relations économiques étroites avec l’Iraq, ainsi qu’en Israël, en Cisjordanie et dans la bande de Gaza. La croissance du PIB a dépassé les anticipations en Turquie, mais le nouveau gouvernement est aux prises avec de graves difficultés, compte tenu surtout de récents dérapages dans l’exécution de la politique économique et de l’impact de la guerre en Iraq. Elle est également demeurée solide dans les pays en transition, encore qu’en Russie, les perspectives d’investissement se sont dégradées à cause de retards dans l’application des réformes. Dans les pays d’Europe centrale et orientale, la croissance du PIB continue d’être soutenue, alors que la date de leur accession à l’UE s’approche, par des investissement directs étrangers élevés qui compensent la faiblesse de la demande de la zone euro.

  • Parmi les pays les plus pauvres, la croissance du PIB en Afrique a continué de résister assez bien au ralentissement mondial, grâce à une amélioration de la stabilité et des politiques macroéconomiques, aux progrès accomplis dans le règlement des conflits régionaux, à une hausse des cours des produits de base et à un allégement de la dette dans le cadre de l’initiative en faveur des pays pauvres très endettés (PPTE). Si, la reprise mondiale se poursuivant, la croissance du PIB doit normalement augmenter en 2003, divers chocs assombrissent les perspectives. Des intempéries, auxquelles s’ajoutent des problèmes de gouvernance et la pandémie du VIH/SIDA, ont provoqué, en Afrique australe, dans la corne de l’Afrique et au Sahel occidental, une grave famine qui touche maintenant 38 millions de personnes. Les troubles qui continuent d’agiter le Zimbabwe et la crise politique en Côte d’Ivoire ont aussi de profondes répercussions sur ces pays et leurs voisins.

Tableau 1.3.Économies de marché émergentes: flux nets de capitaux1(Milliards de dollars)
1995199619971998199920002001200220032004
Total2
Flux nets de capitaux privés3208,4228,375,753,496,051,138,885,990,5113,2
Investissements directs nets95,0109,5136,0148,8156,8149,0170,5139,2147,6146,7
Investissements de portefeuille nets48,894,648,51,741,412,1-38,5-36,6-3,510,3
Autres flux nets de capitaux privés64,624,2-108,8-97,1-102,2-110,1-93,2-16,7-53,6-43,7
Flux nets de capitaux publics28,3-2,856,383,014,0-3,838,825,8-1,9-18,0
Variation des réserves4-117,5-109,9-62,0-53,5-86,8-113,3-118,5-209,0-199,0-141,1
Pour mémoire
Solde des transactions courantes5-93,5-90,4-71,8-51,334,0125,784,1114,3135,765,6
Afrique
Flux nets de capitaux privés311,310,09,010,413,74,86,05,510,08,3
Investissements directs nets1,93,57,86,39,47,822,48,911,110,8
Investissements de portefeuille nets2,52,87,03,78,2-2,2-9,1-1,2-1,40,6
Autres flux nets de capitaux privés6,93,7-5,90,4-3,9-0,8-7,3-2,30,3-3,1
Flux nets de capitaux publics5,7-2,23,24,22,03,01,62,21,32,1
Variation des réserves4-2,5-7,9-11,12,8-3,5-13,2-11,9-1,4-12,0-11,2
Asie, pays en développement d’6
Flux nets de capitaux privés398,4123,212,0-44,96,3-18,315,569,518,413,8
Investissements directs nets52,653,756,459,360,353,046,555,357,456,7
Investissements de portefeuille nets22,732,87,1-17,914,44,3-13,5-18,1-3,0-7,0
Autres flux nets de capitaux privés23,136,6-51,5-86,3-68,4-75,5-17,632,3-35,9-35,9
Flux nets de capitaux publics4,3-12,717,126,14,23,2-6,0-10,2-5,8-1,8
Variation des réserves4-43,1-46,6-15,0-67,9-78,9-49,0-84,6-166,9-87,6-79,5
Pour mémoire
Hong Kong (RAS)
Flux nets de capitaux privés3-3,5-7,111,7-8,51,120,7-6,6-8,9-17,7-20,4
Moyen-Orient et Turquie7
Flux nets de capitaux privés38,29,516,910,2-3,9-18,8-38,3-25,3-6,01,9
Investissements directs nets6,44,75,26,25,37,710,57,312,712,2
Investissements de portefeuille nets2,01,8-0,9-13,2-3,2-13,4-22,0-14,2-8,3-2,4
Autres flux nets de capitaux privés-0,33,012,617,1-6,0-13,1-26,9-18,4-10,4-7,9
Flux nets de capitaux publics4,45,95,93,63,7-2,56,312,53,76,1
Variation des réserves4-11,6-22,2-19,49,7-6,4-27,3-4,9-8,0-51,5-28,5
Hémisphère occidental
Flux nets de capitaux privés339,165,358,763,350,250,534,72,127,659,4
Investissements directs nets21,035,251,156,158,157,165,938,536,042,7
Investissements de portefeuille nets7,044,128,323,719,621,22,8-6,56,415,9
Autres flux nets de capitaux privés11,0-14,0-20,8-16,5-27,5-27,8-33,9-29,8-14,90,9
Flux nets de capitaux publics20,03,914,615,50,7-4,323,718,47,0-21,2
Variation des réserves4-22,9-29,0-13,28,48,7-3,60,8-1,3-17,7-10,9
Pays en transition
Flux nets de capitaux privés351,420,2-20,914,529,832,920,934,140,429,9
Investissements directs nets13,012,315,520,823,823,425,229,230,324,4
Investissements de portefeuille nets14,613,16,95,42,42,43,23,42,73,2
Autres flux nets de capitaux privés23,8-5,1-43,3-11,83,67,1-7,41,57,42,2
Flux nets de capitaux publics-6,02,215,533,73,5-3,113,22,9-8,2-3,1
Variation des réserves4-37,4-4,2-3,3-6,5-6,7-20,1-18,0-31,4-30,2-11,0
Pour mémoire
Pays exportateurs de pétrole
Flux nets de capitaux privés321,9-7,9-35,0-8,4-14,5-28,7-43,1-40,9-13,4-12,6
Pays non exportateurs de pétrole
Flux nets de capitaux privés3186,5236,2110,661,8110,579,881,9126,8103,8125,8

Les flux nets de capitaux se composent des investissements directs nets, des investissements de portefeuille nets et d’autres flux d’investissement nets à court et à long terme, y compris les emprunts publics et privés. Les économies de marché émergentes sont les pays en développement ou en transition, la Corée, Singapour, la province chinoise de Taiwan et Israël.

Non compris la RAS de Hong Kong.

En raison des lacunes présentées par ces données, les «autres flux nets de capitaux privés» peuvent comprendre certains flux de capitaux publics.

Le signe moins indique une augmentation.

La somme du solde des transactions courantes, des flux nets de capitaux privés, des flux nets de capitaux publics et de la variation des réserves est égale, mais avec le signe contraire, à la somme du solde du compte de capital et d’opérations financières et des erreurs et omissions. Pour les soldes des transactions courantes par région, voir le tableau 27 de l’appendice statistique.

Y compris Corée, Singapour et province chinoise de Taiwan.

Y compris Israël et Malte.

Les flux nets de capitaux se composent des investissements directs nets, des investissements de portefeuille nets et d’autres flux d’investissement nets à court et à long terme, y compris les emprunts publics et privés. Les économies de marché émergentes sont les pays en développement ou en transition, la Corée, Singapour, la province chinoise de Taiwan et Israël.

Non compris la RAS de Hong Kong.

En raison des lacunes présentées par ces données, les «autres flux nets de capitaux privés» peuvent comprendre certains flux de capitaux publics.

Le signe moins indique une augmentation.

La somme du solde des transactions courantes, des flux nets de capitaux privés, des flux nets de capitaux publics et de la variation des réserves est égale, mais avec le signe contraire, à la somme du solde du compte de capital et d’opérations financières et des erreurs et omissions. Pour les soldes des transactions courantes par région, voir le tableau 27 de l’appendice statistique.

Y compris Corée, Singapour et province chinoise de Taiwan.

Y compris Israël et Malte.

L’inflation mondiale demeure très faible, et l’on s’attend à ce que les prix à la consommation augmentent de moins de 2% en 2003 dans les pays avancés et d’un peu moins de 6% dans les pays en développement. Étant donné qu’une déflation modérée se poursuit au Japon et que l’on prévoit qu’à court terme, l’écart de production continuera de se creuser aux États-Unis et dans les pays de la zone euro, un certain nombre d’observateurs craignent qu’une déflation caractérisée ne devienne un problème plus répandu. Si une baisse des prix pendant de courtes périodes ne peut être écartée dans certains pays (en Allemagne en fait, l’inflation était proche de zéro pendant le second semestre de 2002 et il est fort possible que ce pays connaisse une brève chute des prix), les risques d’une spirale déflationniste prolongée paraissent pour l’heure faibles (voir encadré 1.1 «Existe-t-il un risque de déflation mondiale?»). Les anticipations inflationnistes demeurent bien ancrées et, dans la plupart des pays, il semble peu vraisemblable que les surcapacités et l’écart de production atteignent des niveaux susceptibles de modifier spectaculairement ces anticipations. Cependant, le coût potentiel de la déflation étant élevé, ces craintes renforcent les arguments en faveur de l’application, dans la situation actuelle, d’une politique monétaire accommodante et soulignent qu’il importe que les banques centrales indiquent clairement qu’elles interviendront, le cas échéant, à titre préventif et de manière énergique pour empêcher toute déflation.

Encadré 1.1.Existe-t-il un risque de déflation mondiale?

Depuis peu, le risque que la déflation (c’est-àdire le recul constant d’un indice global des prix comme l’IPC) se propage à l’échelle mondiale devient un sujet de préoccupation beaucoup plus répandu. On constate que la déflation continue d’être un grave problème au Japon, qu’elle a commencé à s’installer en Chine et dans plusieurs autres pays asiatiques à marché émergent et que la crainte d’un éclatement de la bulle boursière a généré d’importantes surcapacités qui continueront de peser sur les prix, étant donné surtout la faiblesse de la reprise mondiale et les incertitudes géopolitiques. Dans un tel contexte, on redoute également que la poussée déflationniste puisse toucher tous les pays par l’intermédiaire de leurs relations commerciales ou financières ou des liens qui existent entre leurs entreprises. Le risque d’une déflation généralisée avait déjà été observé il y a cinq ans lors de la crise asiatique (Roach, 2002). Aujourd’hui toutefois, la situation économique mondiale est particulièrement incertaine et les vulnérabilités très nombreuses.

Le ralentissement sensible de l’inflation ces dernières années est l’un des principaux facteurs qui expliquent la crainte d’une déflation. Dans les pays industrialisés, la hausse des prix est tombée en moyenne en deçà de 2%, taux qui n’avait pas été observé depuis les années 50 (voir graphique). Dans les économies de marché émergentes, l’inflation est actuellement à son plus bas niveau depuis la fin des années 60. Si un taux faible d’inflation est très utile pour allouer de façon efficiente les ressources et réduire les incertitudes, un taux très faible (moins de 2%, par exemple) peut, en présence de chocs affectant la demande, accroître les risques de déflation (voir les Perspectives d’avril 2002).

Pays industrialisés: taux moyen d’inflation

(Indice des prix à la consommation; pourcentages)

La déflation peut résulter de chocs liés à l’offre où à la demande. Dans le premier cas, il se peut que la baisse des prix soit tirée par la croissance de la productivité ou les innovations technologiques et s’accompagne d’une croissance plus forte de la production. Dans le second en revanche, les chocs, comme l’éclatement d’une bulle des prix des actifs, s’accompagnent en général d’un ralentissement plus ou moins prononcé de l’activité. Cependant, la déflation est rarement un problème mineur. Même si des facteurs favorables agissent sur l’offre (à moins qu’ils ne touchent également tous les secteurs, ce qui est peu probable), un recul généralisé des prix peut avoir des conséquences néfastes lorsque les salaires sont orientés de façon rigide à la baisse, car les secteurs dont la productivité ne s’améliore pas risquent, du fait de la rigidité des salaires et de la chute des prix, de faire face à une hausse des coûts réels de main-d’œuvre et à une perte de compétitivité. Enfin, quelle que soit l’origine du choc, la déflation, surtout si elle n’est pas anticipée, aboutit à transférer des revenus des débiteurs aux créanciers, en d’autres termes des groupes ayant une forte propension à dépenser à ceux dont cette propension est faible, et ainsi à comprimer la demande. Par ailleurs, les taux d’intérêt ne pouvant tomber en deçà de zéro, la politique monétaire est moins efficace, ce qui est particulièrement préoccupant lorsque la production se replie, et l’intermédiation du crédit peut être gravement faussée à mesure que diminue la valeur des garanties.

Incidence de la déflation et d’une inflation faible1(Pourcentages)
1980-841985-901991-961997-20021997-992000-02
Déflation
Ensemble des pays0,93,21,211,49,713,1
Pays industrialisés0,03,72,57,46,58,3
Pays émergents1,62,80,314,111,916,3
Déflation et inflation inférieures à 1%
Ensemble des pays1,89,85,023,524,822,3
Pays industrialisés0,111,810,223,731,016,3
Pays émergents3,28,31,423,420,726,3

Nombre de mois/pays où l’inflation a été inférieure à 1% ou négative (en glissement annuel et en pourcentage du total). Les données portent sur 35 des pays industrialisés et économies de marché émergentes les plus importants.

Nombre de mois/pays où l’inflation a été inférieure à 1% ou négative (en glissement annuel et en pourcentage du total). Les données portent sur 35 des pays industrialisés et économies de marché émergentes les plus importants.

Ce qui est le plus à craindre, c’est que le recul temporaire des prix amorce une spirale déflationniste qui s’autoalimentera à mesure que s’installeront les anticipations de chute des prix, que seront différées les décisions de consommation et d’investissement et que régressera la propension au risque. Dans le passé, une telle évolution entraînait un alourdissement de la dette réelle, des faillites généralisées, des tensions sur les banques et un effondrement de la demande, alimentant ainsi un mouvement de baisse de l’activité, de l’emploi, des bénéfices et des prix qui se renforçait de lui-même (Krugman, 2002).

Pour l’instant, une déflation tenace n’a été observée qu’au Japon, où elle s’est accompagnée d’une faiblesse persistante de l’activité; la RAS de Hong Kong, la Chine, Singapour et la province chinoise de Taiwan ont également connu des périodes de chute des prix. Néanmoins, plus de 13% des pays industrialisés et des grandes économies de marché émergentes ont enregistré un épisode de recul de l’IPC ces trois dernières années (contre 1% pendant la première moitié des années 90), la progression ayant été particulièrement sensible dans le cas des économies de marché émergentes (voir tableau). Étant donné que l’IPC accuse une distorsion à la hausse de ½ à 1% (car il ne tient pas compte des possibilités de substitution, ni des produits nouveaux ou meilleurs), un taux d’inflation de 1% peut en pratique être proche de la stabilité des prix, voire de la déflation. De ce fait, une déflation modérée touche peut-être déjà une proportion plus importante de pays industrialisés et d’économies de marché émergentes.

Un certain nombre de facteurs pourraient aggraver les tensions déflationnistes. La reprise mondiale continuera sans doute d’être lente, sous l’effet des problèmes géopolitiques, ainsi que d’une baisse continue des cours des actions. Ce dernier facteur, en raison notamment de ses répercussions sur les bilans des entreprises et les institutions financières, risque de freiner l’activité plus qu’on ne le prévoit actuellement. Les prix de l’immobilier, qui ont augmenté considérablement dans de nombreux pays, atténuant ainsi l’impact de la baisse des cours des actions sur la consommation, pourraient subir une correction qui fragiliserait encore plus la demande des ménages. On a en outre constaté un recul sensible du crédit au secteur privé dans de nombreux pays, à cause de la faiblesse de la demande, mais aussi, parfois, des difficultés du secteur bancaire. Des tensions continuent de s’exercer sur les bénéfices des entreprises et, bien que les marchés de l’emploi se soient mieux comportés que lors des précédentes phases de tassement de l’activité, la croissance des revenus du travail a commencé à ralentir. D’après les projections des Perspectives, les écarts de production, déjà importants dans beaucoup de pays, devraient tomber à court terme à des niveaux qui intensifieront sans doute fortement les pressions à la baisse sur les prix. Alors que la propension au risque semble s’être stabilisée, les marchés financiers restent volatils dans un contexte marqué par une aggravation des risques et les incertitudes.

Ces considérations donnent à penser qu’il se pourrait fort bien que la situation se dégrade dans les pays souffrant de déflation ou que le nombre de ces pays augmente. En outre, les pays dont la marge de manœuvre sur le double front monétaire et budgétaire est limitée pourraient être plus vulnérables à la déflation. Cela dit, le risque d’une déflation généralisée, voire d’une spirale déflationniste dans les grandes économies, semble faible: les institutions et les marchés financiers ont, dans l’ensemble, montré jusqu’à présent leur capacité d’adaptation, la dette des enterprises et des ménages apparaît maîtrisable et la plupart des pays peuvent ajuster davantage leur politique économique1. Le risque d’une déflation importée semble également éloigné, étant donné la part peu importante des pays touchés par la déflation dans le commerce international. En Chine, sous l’effet d’une productivité élevée et d’un arrimage de facto du taux de change, les prix ont fortement baissé dans certains secteurs. Mais, même dans ce cas, la participation de ce pays au commerce international est trop faible pour pouvoir générer une déflation généralisée chez ses partenaires commerciaux.

Néanmoins, une propagation éventuelle de la déflation représente une menace préoccupante. Grâce aux instruments dont ils disposent, les pays peuvent l’endiguer en agissant rapidement et à titre préventif (Rogoff, 2002). Les pays très vulnérables à la déflation devraient pouvoir faire jouer pleinement les stabilisateurs budgétaires automatiques et, si les risques devenaient suffisamment graves, des mesures budgétaires discrétionnaires bien ciblées pourraient aider à stabiliser la demande. Sur le plan de la politique monétaire, il importe que les objectifs d’inflation soient assez élevés pour réduire au minimum le danger déflationniste (étant donné la distorsion à la hausse de l’IPC et le coût de la déflation); en outre, tout résultat en deçà du taux cible aujourd’hui devrait être aussi préoccupant pour les autorités que tout dépassement dans le passé (Bernanke, 2002). Par ailleurs, comme le montre l’expérience du Japon, il peut être difficile d’anticiper la déflation; au milieu des années 90, juste au moment où elle s’est amorcée, tant les enquêtes auprès des ménages et des entreprises que les marchés financiers s’attendaient à ce que l’inflation reste modérée (Ahearne and others, 2002). En conséquence, les pays doivent réagir rapidement en cas d’aggravation des risques, et l’application d’une politique monétaire plus accommodante que ne l’exige rigoureusement la conjoncture peut parfois être justifiée.

Note: Manmohan Kumar est le principal auteur de cet encadré.1Pour une analyse approfondie, voir Kumar and others (2003).

Si, d’après le scénario de référence, la reprise doit se poursuivre, quoique à un rythme modéré, de grandes incertitudes pésent sur les perspectives, car une guerre, dont on ne peut connaître les conséquences à ce stade, se déroule actuellement en Iraq. En conséquence, il est probable que les indicateurs précurseurs, comme ceux de confiance ou des prix des actifs, resteront très instables et seront difficiles à interpréter aussi longtemps que ces incertitudes ne diminueront pas. Certains facteurs pourraient avoir un impact favorable: une levée assez rapide de ces incertitudes pourrait stimuler l’activité mondiale à compter du second semestre de 2003 plus fortement qu’on ne le prévoit actuellement, à la fois grâce à un redressement plus vigoureux de la confiance et à une baisse des prix du pétrole (comme le montre la récente chute de ces prix qui, au moment où nous mettons sous presse, sont sensiblement inférieurs aux hypothèses prises pour 2003 dans la présente édition des Perspectives). Étant donné que les entreprises, tant aux États-Unis qu’en Europe, disposent d’une trésorerie assez abondante (voir le Global Financial Stability Report de mars 2003), il est possible que l’investissement puisse reprendre assez rapidement, encore que, dans l’ensemble, leurs bilans continuent d’être fragiles. En outre, une croissance de la productivité toujours élevée aux États-Unis demeure un facteur important de soutien de l’activité (voir encadré 1.2 «La nouvelle économie est-elle morte?»).

En définitive toutefois, les risques de dégradation de la situation, analogues à ceux qui ont été identifiés dans la dernière édition des Perspectives, continuent à l’évidence de prédominer, et augmenteront d’autant plus que la guerre sera longue. Outre ceux qui sont propres aux grands pays industrialisés (dont le Japon et, dans une moindre mesure, l’Allemagne), ces risques sont notamment les suivants:

  • Une guerre longue qui ravagerait l’Iraq pourrait avoir de graves répercussions sur l’activité mondiale, en provoquant une hausse des prix du pétrole, une chute de la confiance des ménages et des entreprises, une baisse des cours des actions et une augmentation des primes de risques (appendice 1.2). S’il est vrai que des incertitudes considérables pèsent sur les estimations chiffrées, une telle évolution de la situation ralentirait à l’évidence, et pourrait même étouffer, la reprise déjà fragile dans les pays industrialisés. Elle aurait aussi un grave impact sur les pays à marché émergent, en particulier les importateurs de pétrole très endettés, à mesure que les marges qui leur sont imposées se creuseraient, et les pays les plus pauvres, qui seraient doublement pénalisés par le renchérissement des importations de pétrole et la baisse des prix à l’exportation des produits de base autres que les combustibles. En outre, même si la guerre se terminait rapidement, de graves incertitudes, tant au Moyen-Orient qu’en dehors de cette région, pourraient persister pendant quelque temps. Pour s’y attaquer, il importera que la communauté internationale s’emploie rapidement à rétablir la confiance et à aplanir les divergences qui sont apparues avant la guerre et, en particulier, veille à ce que celles-ci ne débordent pas sur la sphère économique. À cet effet, il sera très important, semble-t-il, d’adopter des politiques macroéconomiques de soutien à l’activité et d’aborder très vite, dans un esprit de coopération et conformément aux orientations examinées infra, les grands problèmes auxquels la communauté mondiale continuera de faire face au lendemain de la guerre.

  • La reprise dépend toujours fortement des perspectives d’évolution de la situation aux États-Unis. Étant donné la faiblesse du Japon et de la zone euro, cette dépendance est probablement inévitable, voire nécessaire, à court terme, mais au prix d’une intensification des vulnérabilités à moyen terme, notamment une aggravation des déséquilibres mondiaux (le déficit courant élevé aux États-Unis et l’important excédent du Japon, des pays émergents d’Asie et, dans une moindre mesure, de la zone euro) (tableau 1.4). Ces déséquilibres pourront peut-être être corrigés sans à-coups (en fait, un début de correction a pu être constaté avec la dépréciation du dollar l’an dernier, encore que celui-ci semble toujours nettement surévalué). Cependant, ils demeurent un grave sujet de préoccupation, d’autant plus qu’à la différence de la fin des années 90, les États-Unis accusent maintenant un déficit budgétaire élevé. Premièrement, à en juger par l’expérience, une réduction du déficit courant des États-Unis irait sans doute de pair avec une diminution de la croissance dans ce pays; peu de signes indiquant àl’heure actuelle que cette diminution serait compensée par une activité plus forte dans la zone euro et au Japon, une telle évolution pourrait avoir d’importantes conséquences sur le plan mondial. Deuxièmement, un ajustement désordonné, qui entraînerait une nouvelle dépréciation sensible du dollar et une nette appréciation de la monnaie d’autres pays, demeure un risque, surtout si cette appréciation se limitait plus ou moins à quelques pays4.

  • La possibilité d’un nouveau recul des marchés financiers matures ne peut être écartée. Bien que les ratios prévisionnels des cours aux bénéfices soient maintenant proches de leurs moyennes historiques et que les anticipations concernant les bénéfices ne soient plus aussi optimistes, il est toujours possible qu’après une longue période de surévaluation, les marchés accusent une baisse excessive, ce qui influerait directement sur la demande et intensifierait les pressions sur les institutions et les sociétés financières. Outre ces risques, les pertes au titre des régimes de pension à prestations déterminées pourraient être plus élevées que prévu et de nouveaux scandales comptables survenir. Au Royaume-Uni, en Australie, dans certains petits pays européens et, dans une moindre mesure, aux États-Unis, les prix des logements ont été étonnamment fermes, alors que les cours des actions baissaient (chapitre II). Donc, la possibilité d’un ralentissement, voire d’un ajustement brutal, de ces prix est également un sujet de préoccupation. À mesure que les perspectives de croissance s’améliorent, il y a également un risque que s’effondrent les cours des obligations à long terme, qui, les taux d’intérêt étant très bas, sont actuellement trés élevés (pour un examen approfondi de ce point, voir le Global Financial Stability Report).

  • De graves vulnérabilités demeurent dans un certain nombre de pays à marché émergent, notamment en Amérique latine et en Turquie. Bien que les conditions de financement se soient améliorées dernièrement, il est possible que la récente augmentation de la propension au risque ne soit pas durable. Une nouvelle réduction des marges, mesure nécessaire pour assurer la viabilité de la dette d’un certain nombre de pays, sera peut-être obtenue grâce essentiellement à un renforcement des fondamentaux économiques, plutôt qu’à une amélioration de l’environnement extérieur. Enfin, si la contagion demeure faible pour l’instant (graphique 1.4), il est toujours possible que, comme par le passé, une aggravation des difficultés dans un pays ait d’importantes répercussions dans ceux qui se trouvent dans une situation analogue.

Tableau 1.4.Échantillon d’économies: solde des transactions courantes(En pourcentage du PIB)
2001200220032004
Économies avancées-0,8-0,8-1,0-0,9
États-Unis-3,9-4,8-5,3-5,1
Zone euro10,31,11,11,1
Allemagne0,22,52,62,6
France1,82,12,11,9
Italie-0,60,3
Espagne-2,6-2,1-1,8-1,8
Pays-Bas2,83,02,82,2
Belgique4,03,83,03,4
Autriche-2,2-0,6-0,8-1,1
Finlande6,56,76,16,2
Grèce-6,2-6,5-7,1-6,8
Portugal-9,4-7,9-7,0-6,9
Irlande-0,3-0,3-0,9-1,1
Luxembourg9,310,410,09,8
Japon2,12,82,73,0
Royaume-Uni-1,7-1,9-2,0-2,3
Canada2,81,51,62,0
Corée2,01,30,30,5
Australie-2,4-3,9-4,2-3,9
Taiwan, prov. chinoise de6,49,18,68,8
Suède3,94,23,43,5
Suisse8,911,110,610,8
Hong Kong (RAS)7,511,410,910,6
Danemark2,62,53,94,2
Norvège15,413,814,511,5
Israël-2,0-2,1-2,3-2,2
Singapour19,021,522,220,5
Nouvelle-Zélande-2,8-3,4-4,6-4,5
Chypre-4,3-5,4-5,0-4,0
Islande-4,30,8-0,4-0,5
Pour mémoire
Principales économies avancées-1,4-1,6-1,7-1,6
Union européenne2-0,20,30,40,3
Zone euro2-0,20,90,90,9
Nouvelles économies
industrielles d’Asie5,87,06,26,1

Somme des soldes des pays membres de la zone.

Après correction pour tenir compte des discordances dans les données sur les transactions intérieures à la zone.

Somme des soldes des pays membres de la zone.

Après correction pour tenir compte des discordances dans les données sur les transactions intérieures à la zone.

Ces risques sont d’autant plus préoccupants que la reprise est fragile, et il est possible que l’économie mondiale soit actuellement moins apte à s’adapter aux chocs. Sur le plan macroéconomique, le desserrement considérable de la politique monétaire ces deux dernières années a absorbé une grande partie, mais non la totalité, de la marge de manœuvre dont pouvaient disposer les autorités; en outre, la marge d’assouplissement de la politique budgétaire est devenue plus limitée. Enfin, si les marchés financiers mondiaux ont été étonnamment résistants, il leur a fallu payer le prix des chocs de ces deux dernières années. Le cas du Japon est particulièrement préoccupant, mais aussi celui de certains pays d’Europe, où la marge de sécurité financière du système bancaire s’est nettement rétrécie. En outre, la situation financière des assureurs s’est considérablement affaiblie, ce qui a eu pour effet de réduire leur rôle sur le marché des dérivés de crédit et, en conséquence, la capacité des banques de se défausser des risques de crédit et éventuellement leur propension à accorder des crédits. Ces deux facteurs pourraient limiter les moyens dont dispose le système financier pour absorber de nouveaux chocs et soutenir la reprise au cours de la période à venir.

Encadré 1.2.La nouvelle économie est-elle morte?

«Repose en paix, nouvelle économie. Ce fut vraiment une belle aventure» (Dudley, 2002). Si la crise boursière et le ralentissement de l’activité aux États-Unis ont anéanti nombre des espoirs que nourrissaient les partisans de la nouvelle économie, la hausse de la productivité du travail observée à partir de la seconde moitié des années 90 s’est révélée robuste. Son ampleur exacte dépend des dates choisies pour son calcul et de la méthode utilisée pour ajuster les données du cycle économique, mais presque tout le monde est d’accord aujourd’hui pour dire qu’aux États-Unis, la hausse tendancielle de la productivité du travail est passée de 1½% approximativement entre 1975 et 1995 à environ 2¼% depuis 1995 (voir graphique), cette progression étant toutefois légèrement inférieure aux estimations (1%) qui avaient cours il y a quelques années. Le présent encadré, dans lequel nous examinons les travaux récents sur les liens entre les technologies de l’information et l’augmentation de la productivité du travail, met à jour le chapitre des Perspectives d’octobre 2001 consacré à la révolution des technologies de l’information.

Si, pour la plupart des analystes, la hausse de la productivité du travail est due essentiellement aux technologies de l’information, on continue de s’interroger sur la contribution exacte des composantes de cette hausse: la productivité globale des facteurs (PGF) et l’intensification du capital, c’est-à-dire l’augmentation du capital par travailleur. Nul ne conteste que, grâce au progrès technique, la PGF dans la production d’équipements informatiques a augmenté. Ces dernières années, les prix des ordinateurs ont continué de baisser rapidement, la capacité des puces doublant tous les 18 à 24 mois environ, phénomène connu sous le nom de loi de Moore. Si, à l’évidence, l’investissement réel en informatique s’en est trouvé stimulé, la contribution de l’intensification du capital technologique à la progression de la productivité du travail suscite quelques controverses. D’après les calculs d’Oliner et Sichel (2002), l’intensification du capital technologique, parallèlement à l’augmentation de la PGF dans la production des technologies de l’information, explique la totalité de la hausse de la productivité du travail.

États-Unis: croissance de la productivité du travail1

(Pourcentages)

Sources: U.S. Banque of Labor Statistics; estimations des services du FMI.

1Variation de la production horaire du secteur privé non agricole sur quatre trimestres. Tendance établie en utilisant un filtre de Hodrick-Prescott et un paramètre de lissage de 6400.

Cependant, Gordon (2003) laisse entendre que ces calculs surévaluent la contribution de l’intensification du capital technologique, car l’investissement en technologies de l’information semble avoir été nécessaire, mais non suffisant, pour que puissent être réalisés des gains de productivité du travail. Plus précisément, des informations obtenues auprès d’entreprises du secteur du détail (dont le rôle dans l’accélération de la productivité globale est considérable) montrent qu’aux États-Unis, la hausse de la productivité du travail dans les années 90 est attribuable aux nouveaux établissements, et non à ceux qui existaient déjà en 1990, quel que soit le nombre d’ordinateurs qu’ils ont achetés (Sieling, Friedman, and Dumas, 2001, et Foster, Haltiwanger, and Krizan, 2002). En d’autres termes, une augmentation de l’investissement en technologies de l’information n’a été rentable que lorsque, parallèlement, les entreprises se sont profondément réorganisées.

Si l’intensification du capital technologique a moins contribué à la hausse observée de la productivité du travail, il se peut alors qu’une accélération de la PGF dans les secteurs autres que celui de la production des technologies de l’information ait joué un rôle dans cette hausse. En fait, Jorgenson, Ho et Stiroh (2002) constatent qu’après avoir été négative, la croissance de la PGF dans les secteurs utilisateurs de produits informatiques est devenue positive. Dans celui du détail par exemple, la progression de la productivité du travail tient peut-être, en partie du moins, à ce que, parallèlement aux investissements en technologies de l’information, les grandes entreprises se sont réorganisées. Cela n’est pas contradictoire avec le fait qu’en Europe, la productivité ne s’est pas accélérée autant qu’aux États-Unis dans les branches d’activité utilisatrices de produits informatiques (commerce de gros ou de détail, secteur boursier, etc.) (van Ark, Inklaar, and McGuckin, 2002), car les entreprises ont eu plus de difficulté à se réorganiser à cause d’obstacles structurels, comme les plans d’occupation des sols, les règlements sur les heures d’ouverture et de fermeture des magasins et une législation du travail lourde et contraignante1. En outre, l’accélération de la PGF dans les branches utilisatrices de produits informatiques montre bien qu’il existe une relation positive entre la hausse de la PGF et l’évolution des indicateurs d’intensité des technologies de l’information, comme le ratio dépenses en produits informatiques/PIB (Haacker and Morsink, 2002).

À l’avenir, l’impact de la révolution technologique sur la hausse structurelle de la productivité du travail dépendra essentiellement de trois facteurs: le rythme de l’innovation dans le secteur des technologies de l’information, la réaction de l’investissement à de nouvelles baisses des prix des produits informatiques et l’aptitude des entreprises à réorganiser leur production pour tirer parti des technologies de l’information. Premièrement, on s’accorde à reconnaître que l’innovation continuera d’être rapide, mais peut-être pas autant qu’à la fin des années 90 (Jorgenson, 2001), dans le secteur de la production des technologies de l’information et que, la part de ce secteur dans la production totale étant de plus en plus importante, elle continuera sans doute de stimuler la productivité du travail.

Deuxièmement, on se demande à l’heure actuelle dans quelle mesure l’offre de produits informatiques à des prix de plus en plus bas saura créer une demande finale. Les optimistes, comme DeLong (2002), soutiennent que, comme par le passé, les baisses de prix engendreront de nouvelles utilisations, car les technologies de l’information peuvent apporter une contribution utile à des processus extrêmement variés de production. En conséquence, la part de l’investissement en technologies de l’information dans le PIB nominal des États-Unis, qui est passée de 1 à 5½% approximativement entre 1960 et 2000, continuera d’augmenter. Selon les sceptiques toutefois, les dépenses en produits informatiques observées à la fin des années 90 résultaient d’un ensemble unique de facteurs et le ratio investissement nominal en technologies de l’information/PIB régressera sans doute au cours de la prochaine décennie. Plus précisément, Gordon (2003) souligne l’impact défavorable sur l’investissement en technologies de l’information des surcapacités en équipements de télécommunications, du potentiel limité du commerce électronique, du ralentissement de l’innovation dans les logiciels par rapport à celle dans le matériel et des obstacles à l’adoption de la large bande par les ménages.

Troisièmement, la PGF augmentera sans doute dans les secteurs autres que celui des technologies de l’information, car ils ont réorganisé leur production de façon à tirer de ces technologies des avantages analogues à ceux constatés supra pour le secteur du détail. David (1990) fait observer que l’économie américaine a mis presque un demi-siècle à acquérir une expérience dans les moteurs électriques qui lui permet d’en utiliser pleinement le potentiel. De même, Crafts (1985) montre que, lors de la première révolution industrielle, la machine à vapeur et les mécaniques textiles ont commencé à contribuer à la croissance en Angleterre au milieu du XIXe siècle, alors qu’elles avaient fait augmenter très fortement la productivité au début de ce siècle. Il est probable qu’il faudra du temps pour reconfigurer l’économie de manière à tirer parti des technologies de l’information.

En résumé, les technologies de l’information ont été à l’origine, aux États-Unis, d’une hausse de la productivité du travail qui s’est maintenue pendant la phase de ralentissement de l’activité. La croissance de la PGF dans la production des technologies de l’information, ainsi que l’intensification du capital technologique, a déjà stimulé la productivité du travail; il n’est pas étonnant que le bilan macroéconomique de la contribution des technologies de l’information à l’accélération de la PGF «d’ensemble» soit contrasté, étant donné que l’impact de cette accélération n’est ressenti que progressivement. Dans l’avenir prévisible, l’innovation continuera sans doute d’être rapide dans le secteur de la production des technologies de l’information. Comme le prix des ordinateurs ne cessera de diminuer, on continuera sans doute de trouver de nouvelles utilisations pour ces technologies, ce qui stimulera l’investissement et soutiendra la croissance de la productivité, mais dans une moindre mesure qu’au cours de la seconde moitié des années 90. À cet égard, comme nous l’avons déjà vu, beaucoup continuera de dépendre du rythme auquel les gains de productivité s’étendront aux autres secteurs de l’économie, processus qui ne fait peut-être que commencer.

Note: James Morsink est le principal auteur de cet encadré.1On a de plus en plus de preuves que les obstacles structurels concourent au ralentissement de la productivité du travail. Voir, par exemple, Gust and Marquez (2002); Scarpetta and Tressel (2002); Vijselaar (2002); Nicoletti and Scarpetta (2003).

Dans ce contexte, les pays industrialisés et ceux à marché émergent continuent d’être aux prises avec des incertitudes et des risques importants. Les tensions inflationnistes étant en général très modérées, la politique monétaire devrait rester accommodante dans les grands pays industrialisés, qui pourraient ainsi se protéger dans une certaine mesure contre les incertitudes géopolitiques et les autres risques. Cependant, les autorités devront, à l’évidence, faire preuve de flexibilité et s’adapter rapidement à toute évolution de la situation. Si les incertitudes dont s’accompagne la guerre en Iraq sont rapidement résolues, il se peut qu’aucun stimulant supplémentaire ne soit nécessaire. Toutefois, à supposer que le conflit se prolonge et s’étende, de nouvelles mesures de relance pourraient être indispensables, notamment si, ce qui pourrait fort bien arriver, ce choc se répercutait surtout sur la demande. (La situation serait plus complexe si un renchérissement du pétrole exerçait de fortes pressions sur les prix, certaines banques centrales risquant alors de se trouver devant un cruel dilemme.)

Les priorités des autorités dans les principales régions devraient, semble-t-il, être les suivantes:

  • Dans les pays industrialisés, la politique macroéconomique devrait continuer d’être accommodante. Aux États-Unis, la politique monétaire suivie depuis la réduction de 50 points de base des taux d’intérêt en novembre 2002 semble pour l’instant judicieuse, encore qu’il faudrait envisager de les baisser de nouveau si la récente dégradation des indicateurs économiques persistait. Bien que les projets fiscaux de l’administration se justifient, dans une certaine mesure, sur le plan de l’efficience, il y a un risque qu’ils se révèlent procycliques et, s’ils sont adoptés intégralement, la position budgétaire à moyen terme se détériorera sensiblement. Dans la zone euro, les taux d’intérêt ont également été abaissés, la dernière décision à cet effet ayant été prise en mars; l’inflation devant ralentir selon les projections, des réductions supplémentaires pourraient être envisagées; elles s’imposeraient si les perspectives restaient sombres ou si l’euro continuait de s’apprécier fortement. Compte tenu d’une situation budgétaire difficile à moyen terme, un certain durcissement structurel de la politique budgétaire dans les grands pays de la zone semble pertinent, malgré son impact à court terme sur la demande (tableau 1.5). Cependant, même si les déficits devaient dépasser 3% du PIB en 2003, les autorités devraient laisser jouer pleinement les stabilisateurs automatiques autour d’une trajectoire viable d’assainissement des finances publiques visant à atteindre la norme de quasi-équilibre prévue par le Pacte de stabilité et de croissance. Au Japon, malgré les mesures prises récemment, il faudrait que la politique monétaire combatte beaucoup plus énergiquement la déflation. Il conviendrait d’amorcer un assainissement budgétaire à moyen terme pour commencer à maîtriser une dette publique élevée qui ne cesse d’augmenter, à moins que soit amorcée une restructuration plus ambitieuse – qui pourrait freiner l’activité à court terme – des entreprises et du secteur financier.

  • Dans les économies de marché émergentes, la situation continue d’être très différente d’un pays à l’autre. Dans celles qui éprouvent des difficultés de financement extérieur, la politique macroéconomique doit continuer d’être axée sur le rétablissement de la confiance extérieure; dans les autres, en particulier dans de nombreux pays d’Asie, les autorités disposent d’une marge de manœuvre plus grande pour réagir aux chocs. Comme on l’a déjà souligné, il se pourrait qu’un long conflit en Iraq pénalise gravement un certain nombre de pays à marché émergent et que, dans certains cas, une aide additionnelle de la communauté financière internationale soit nécessaire.

  • Il est impérieux, au niveau mondial, de limiter la dépendance de l’économie à l’égard des États-Unis et d’encourager une réduction ordonnée des déséquilibres à moyen terme. Comme le soutiennent depuis longtemps les Perspectives, il est nécessaire d’engager à cet effet des initiatives diversifiées et multilatérales, y compris en prenant des mesures énergiques pour s’attaquer aux graves difficultés des entreprises et du secteur financier au Japon, accélérer les réformes des marchés du travail et des produits en Europe, rétablir une position budgétaire à moyen terme saine aux États-Unis et, dans les pays émergents d’Asie, faire désormais reposer la croissance sur des bases internes plutôt qu’externes, au moyen notamment de nouvelles réformes du secteur financier et des entreprises (en Chine, une politique de change plus flexible est en outre souhaitable). Le coût d’un ajustement ultérieur pour les pays ou les régions sera d’autant plus faible, et les perspectives d’une résolution ordonnée des déséquilibres plus fortes, que ces initiatives seront vastes. En fait, malgré certaines mesures opportunes, mais encore assez partielles, les progrès observés au Japon ces six derniers mois ont été limités (tandis que, si elles sont mises en œuvre, les récentes propositions des autorités allemandes semblent constituer un pas important dans la bonne direction); de plus, aux États-Unis, si les projets budgétaires de l’Administration sont adoptés, d’importants déficits continueront d’être enregistrés pendant la majeure partie de la prochaine décennie. Au-delà de ces aspects multilatéraux, l’absence de résultats dans ces domaines a pour effet à moyen terme d’accroître fortement les vulnérabilités et de réduire les perspectives de croissance des pays. Par exemple, si les pays de la zone euro ramenaient les rigidités des marchés des produits et du travail au niveau qu’elles ont aux États-Unis, le PIB pourrait s’accroître de 10 points à moyen terme (voir chapitre IV).

  • Dans tous les pays, l’assainissement des finances publiques demeure l’un des principaux objectifs à moyen terme. En ce qui concerne les pays industrialisés, la dette publique est déjà très élevée au Japon et dans certaines économies de la zone euro, et le vieillissement de la population exerce des pressions de plus en plus fortes sur le budget de presque tous les pays. Si, étant donné la conjoncture, la possibilité de durcir la politique budgétaire est inévitablement limitée à court terme, de nombreux pays devraient néanmoins, pour assurer la viabilité à moyen terme de leurs finances publiques, lancer de nouvelles actions consistant notamment à réformer les régimes de retraite, de santé et de prestations sociales et, parfois, à freiner des activités parallèles d’une ampleur considérable. Pour ce qui est des marchés émergents, le volume et la structure de la dette publique sont des facteurs importants de vulnérabilité macroéconomique en Amérique latine, et certains pays émergents d’Asie, dont l’Inde et la Chine, accumulent une dette publique, y compris des engagements extrabudgétaires, de plus en plus préoccupante. Les grandes priorités sont donc de réformer la fonction publique, d’élargir les bases d’imposition et d’améliorer l’administration de l’impôt, de s’attaquer aux problèmes de gouvernance et de réduire les passifs conditionnels (y compris en renforçant le système bancaire et les régimes de retraite).

  • Dans les pays les plus pauvres, la principale tâche des autorités sera toujours de mettre en place les politiques qui leur permettront de lutter contre la pauvreté et de se rapprocher des autres objectifs de développement pour le Millénaire. Ces pays auront besoin, entre autres, d’un taux de croissance du PIB en augmentation constante, car, notamment en Afrique subsaharienne, ce taux demeure nettement insuffisant pour qu’ils puissent obtenir de tels résultats. Il faudra, certes, prendre des mesures dans de nombreux domaines, mais l’une des plus urgentes est de renforcer les institutions, thème qui occupe une place importante dans la présente édition des Perspectives. La qualité des institutions nationales joue un rôle déterminant pour expliquer les différences dans les niveaux de revenus, les taux de croissance et les fluctuations de ces taux entre les pays (voir chapitre III). Son amélioration pourrait influer sensiblement sur les résultats économiques: par exemple, toutes choses égales par ailleurs, les estimations faites au chapitre III donnent à penser que les pays d’Afrique subsaharienne pourraient bénéficier d’un PIB réel par habitant qui dépasserait de 80% son niveau actuel si leurs institutions étaient comparables à celles des économies en développement d’Asie.

Tableau 1.5.Principales économies avancées: solde budgétaire et dette des administrations publiques1(En pourcentage du PIB)
1987-96199719981999200020012002200320042008
Principales économies avancées
Solde effectif-3,8-2,1-1,6-1,2-0,3-2,0-3,7-4,3-3,7-1,3
Écart de production2-0,3-0,4-0,4-0,10,7-1,0-1,8-2,5-2,3
Solde structurel-3,6-1,8-1,4-1,1-1,0-1,7-3,0-3,2-2,7-1,3
États-Unis
Solde effectif-4,2-1,3-0,10,51,2-0,7-3,6-4,6-3,8-1,7
Écart de production2-1,2-0,50,31,11,6-1,2-1,8-2,6-2,1
Solde structurel-3,8-1,1-0,20,10,6-0,4-2,9-3,6-3,1-1,7
Dette nette54,657,053,449,043,943,245,348,149,347,1
Dette brute68,670,366,663,557,757,759,261,562,057,3
Zone euro
Solde effectif-2,6-2,3-1,30,1-1,5-2,2-2,4-2,00,0
Écart de production2-1,4-0,8-0,40,7-0,1-1,4-2,5-2,4-0,1
Solde structurel4-1,6-1,6-0,9-1,3-1,6-1,6-1,1-0,8
Dette nette62,961,460,858,757,958,258,157,055,0
Dette brute75,473,772,670,269,269,469,969,361,8
Allemagne3
Solde effectif-2,4-2,7-2,2-1,51,1-2,8-3,6-3,6-2,7-0,4
Écart de production20,4-0,6-0,5-0,30,7-0,4-1,7-2,7-2,5
Solde structurel4-2,1-1,9-1,6-1,1-1,7-2,5-2,5-1,8-1,0-0,4
Dette nette31,253,453,354,952,852,253,856,356,953,5
Dette brute46,461,060,961,260,259,561,263,764,260,9
France
Solde effectif-3,6-3,0-2,7-1,6-1,3-1,4-3,1-3,5-3,00,5
Écart de production2-0,8-3,1-1,8-1,10,6-1,2-2,4-2,3
Solde structurel4-3,0-1,0-1,6-1,0-1,6-1,5-2,5-2,1-1,50,5
Dette nette32,649,649,848,847,548,249,450,951,844,8
Dette brute41,659,359,558,557,256,859,160,661,554,4
Italie
Solde effectif-10,0-2,7-2,8-1,6-0,6-2,6-2,3-2,4-2,3-0,8
Écart de production20,2-1,2-1,3-1,7-0,8-0,9-2,5-3,3-3,0
Solde structurel4-9,9-1,9-2,2-0,9-1,5-2,4-2,0-1,2-1,0-0,8
Dette nette101,5113,3110,1108,4104,5103,7101,099,897,488,0
Dette brute107,3120,2116,4114,6110,4109,5106,7105,4102,992,9
Japon
Solde effectif-0,7-3,8-5,5-7,1-7,4-7,2-7,7-7,4-6,5-1,9
Sécurité sociale non comprise-3,4-5,8-7,1-8,6-8,5-7,4-7,6-7,2-6,4-2,4
Écart de production20,91,1-1,5-2,5-1,1-1,8-2,6-2,9-3,0-0,1
Solde structurel-1,0-4,2-5,0-6,1-7,0-6,5-6,7-6,4-5,4-2,0
Sécurité sociale non comprise-3,6-6,1-6,8-8,0-8,2-7,0-7,0-6,6-5,8-2,4
Dette nette13,427,838,045,457,565,474,081,888,191,4
Dette brute73,897,2108,4121,5135,7144,8154,4162,4168,6164,1
Royaume-Uni
Solde effectif-3,6-2,20,21,14,00,9-1,2-2,6-2,8-2,3
Écart de production2-0,20,20,5-0,30,1-0,2-0,9-1,5-1,5
Solde structurel4-3,5-2,11,11,70,9-0,9-1,8-1,8-2,3
Dette nette28,845,542,540,334,433,133,333,134,636,2
Dette brute43,050,647,444,941,838,838,539,040,642,1
Canada
Solde effectif-6,10,20,11,73,11,81,41,41,41,4
Écart de production20,2-0,9-0,80,51,2-0,8-0,7-0,7-0,2
Solde structurel-6,10,80,51,62,52,21,91,91,61,5
Dette nette73,185,681,875,665,461,257,152,748,735,1
Dette brute105,1118,8115,3112,6102,1100,995,088,782,963,5
Note: La méthodologie utilisée et les hypothèses propres à chaque pays sont examinées à l’encadré A1 de l’appendice statistique.

Les données sur la dette sont celles de la fin de l’année (de la fin de mars dans le cas du Royaume-Uni). Les données sur la dette ne sont pas toujours comparables entre les pays. Au Canada, par exemple, elles incluent les obligations non capitalisées au titre du régime de retraite des agents de l’État, qui se chiffraient à près de 18% du PIB en 2001.

En pourcentage du PIB potentiel.

Les données antérieures à 1990 se rapportent à l’Allemagne de l’Ouest. Dette nette: la première colonne porte sur les années 1988 à 1994. Depuis 1995, l’État fédéral prend en charge l’encours et le service de la dette, qui équivalent à 8% et ½-1%, respectivement, du PIB, de la Treuhandanstalt (et de divers autres organismes).

Ne prend pas en compte le produit exceptionnel tiré de la vente des droits d’utilisation des téléphones portables, soit un montant équivalant à 2,5% du PIB en Allemagne (en l’an 2000), 0,1% en France (en 2001 et en 2002), 1,2% en Italie (en l’an 2000) et 2,4% au Royaume-Uni (en l’an 2000), ni le produit exceptionnel d’importantes opérations sur actifs.

Note: La méthodologie utilisée et les hypothèses propres à chaque pays sont examinées à l’encadré A1 de l’appendice statistique.

Les données sur la dette sont celles de la fin de l’année (de la fin de mars dans le cas du Royaume-Uni). Les données sur la dette ne sont pas toujours comparables entre les pays. Au Canada, par exemple, elles incluent les obligations non capitalisées au titre du régime de retraite des agents de l’État, qui se chiffraient à près de 18% du PIB en 2001.

En pourcentage du PIB potentiel.

Les données antérieures à 1990 se rapportent à l’Allemagne de l’Ouest. Dette nette: la première colonne porte sur les années 1988 à 1994. Depuis 1995, l’État fédéral prend en charge l’encours et le service de la dette, qui équivalent à 8% et ½-1%, respectivement, du PIB, de la Treuhandanstalt (et de divers autres organismes).

Ne prend pas en compte le produit exceptionnel tiré de la vente des droits d’utilisation des téléphones portables, soit un montant équivalant à 2,5% du PIB en Allemagne (en l’an 2000), 0,1% en France (en 2001 et en 2002), 1,2% en Italie (en l’an 2000) et 2,4% au Royaume-Uni (en l’an 2000), ni le produit exceptionnel d’importantes opérations sur actifs.

Si l’importance des institutions est manifeste, il n’y a pas de solution simple ou unique pour les améliorer. Chaque pays doit adapter dans une certaine mesure celles qui ont fait leurs preuves ailleurs et innover en fonction de sa situation, de son histoire et de sa culture propres, aussi est-il capital qu’il ait le sentiment d’être maître du processus de renforcement de ses institutions. Cela dit, les incitations externes ont souvent joué un rôle considérable. Par exemple, l’accession des pays d’Europe centrale et orientale à l’Union européenne (UE), de même que les conditions imposées à la Chine ou à d’autres pays pour adhérer à l’OMC, semble avoir amené récemment les autorités de ces pays à améliorer la qualité de leurs institutions. Parfois, et notamment dans le cas du Nouveau partenariat pour le développement de l’Afrique (NOPADA) qui insiste nettement sur le renforcement des institutions, on s’attend à ce que les engagements collectifs et les pressions morales jouent un rôle de premier plan.

Les efforts déployés par les pays les plus pauvres pour améliorer la gestion de leur économie et leurs institutions doivent s’accompagner d’une aide supplémentaire des pays industrialisés. Malgré de récentes augmentations qu’il y a lieu de saluer, l’assistance fournie par la plupart des pays est encore inférieure à l’objectif de 0,7% du PNB prévu par les Nations Unies; dans l’immédiat, il convient d’apporter à l’Afrique une aide additionnelle pour faire face à la famine. Il est plus important encore de s’employer dans les meilleurs délais à élargir l’accès des pays les plus pauvres aux marchés, notamment agricoles, des pays industrialisés. En 2001, le soutien accordé par les pays de l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) à leur secteur agricole a dépassé 300 milliards de dollars, soit six fois le montant de l’aide publique au développement et près du tiers du revenu des agriculteurs de ces pays5. Comme l’a souligné récemment le Directeur général du FMI, il faut s’attaquer dès maintenant à cette anomalie si l’on veut lutter sérieusement contre la pauvreté dans les pays en développement6. À cet égard, il est particulièrement fâcheux que les négociations commerciales multilatérales de Doha prennent apparemment du retard et toutes les parties en cause doivent redoubler d’efforts pour aplanir les principaux obstacles à de nouvelles avancées, surtout dans les domaines de l’agriculture et de la santé publique. En fait, les progrès accomplis sur ces dossiers avant ou lors de la prochaine réunion ministérielle de l’OMC à Cancun pourraient contribuer fortement à rétablir la confiance à l’échelon mondial.

Amérique du Nord: combien de temps la période de «basses eaux» va-t-elle durer aux États-Unis?

Pendant le second semestre de 2002, la croissance aux États-Unis n’a pu soutenir le rythme qu’elle avait retrouvé à la fin de 2001 après la récession, devenant notamment très faible au quatrième trimestre de l’année (graphique 1.7). Au cours du premier semestre de 2002, l’activité avait tiré parti de l’évolution du cycle des stocks, mais aussi de la vague de refinancements d’hypothèques, des incitations à l’achat d’automobiles et des baisses d’impôts, autant de facteurs qui avaient soutenu les dépenses de consommation. Cependant, le marché de l’emploi manquant de dynamisme – le taux de chômage a atteint 6% à la fin de l’année – et les cours des actions étant instables, la confiance des ménages s’est effondrée et la consommation a ralenti au quatrième trimestre, alors que l’investissement était freiné par la morosité de la demande, l’ampleur des surcapacités et des marges sur le crédit encore élevées (elles ont atteint un pic en octobre). La contribution des exportations nettes a été fortement négative à cause de la faiblesse de la reprise à l’étranger et d’un dollar toujours vigoureux.

Graphique 1.7.États-Unis: évolution du cycle1

(Pourcentage de variation sur quatre trimestres)

Au cours de l’actuelle reprise, le redressement de l’activité économique, ainsi que de l’investissement et des bénéfices des entreprises, est plus lent, et celui de la productivité, qui s’était bien comportée pendant la phase de ralentissement, plus rapide que la normale.

Sources: Haver Analytics; estimations des services du FMI.

1Les zones ombrées indiquent les projections des services du FMI.

2Moyenne simple des précédents cycles.

3Bénéfices des entreprises non financières avant impôts, ajustés pour tenir compte de la valeur des stocks et de la consommation de capital.

4Secteur des entreprises non agricoles – production horaire de toutes les personnes.

Bien que les fondamentaux qui tirent les perspectives à moyen terme – la productivité notamment – demeurent solides, on a le sentiment, au début de 2003, que la croissance ne repartira que lentement, à cause en particulier de l’impact des incertitudes géopolitiques sur l’investissement. Il semble peu probable qu’à l’avenir, les dépenses des ménages soutiendront l’activité autant que ces dernières années. L’endettement des ménages continue de progresser plus vite que le revenu disponible, tandis que leur patrimoine net s’est considérablement réduit, les plus-values immobilières n’ayant compensé qu’en partie les moins-values boursières, et le potentiel de stimulation des dépenses par le refinancement des hypothèques est probablement épuisé, alors que les rabais sur les achats d’automobiles appartiennent maintenant au passé. Enfin, la confiance des ménages demeure faible et le marché de l’emploi peu dynamique, des pressions continuant de s’exercer sur les entreprises pour qu’elles réduisent leurs coûts afin de soutenir, dans un contexte marqué par la médiocrité des ventes, la remontée des bénéfices intégrée dans la valorisation actuelle de leur capital-actions. Les informations sur les dépenses en capital sont contrastées: si, dans l’indice de l’Institute for Supply Management (ISM), les nouvelles commandes ont augmenté fortement au début de 2003, les risques et les incertitudes géopolitiques, la confiance toujours faible des investisseurs, l’endettement massif des entreprises et la pénurie de capital-risque donnent à penser que, dans un premier temps, la reprise manquera de ressort. Cela dit, la relance prévue – alors que le taux-objectif des fonds fédéraux a été ramené à 1¼% en novembre dernier et que le solde structurel du budget unifié s’est profondément inversé, compte tenu, s’ils sont appliqués, des projets de réduction d’impôts de l’administration annoncés en janvier – aidera sans doute à consolider la reprise, la croissance se redressant après le milieu de l’année, tout en se maintenant à 2,2% pour l’ensemble de 2003.

Une issue rapide – toujours possible – des incertitudes géopolitiques pourrait améliorer les perspectives; cependant, les risques de dégradation de la situation continuent de prédominer. À l’évidence, le risque le plus important réside dans une guerre longue en Iraq qui aggraverait temporairement la position budgétaire des États-Unis et, en déclenchant un renchérissement du pétrole, un recul de la confiance et une baisse des cours des actions, pourrait provoquer une récession à double creux, même si les autorités continuaient d’assouplir suffisamment la politique monétaire. En outre, la question de savoir si les excès engendrés par la bulle spéculative ont ou non complètement disparu est à l’origine d’un autre risque grave. Bien que les informations sur la surabondance de capitaux ayant suivi les investissements exceptionnels de la fin des années 90 soient divergentes, les indicateurs d’utilisation des capacités semblent bel et bien indiquer qu’il existe un important volant de ressources inutilisées dans toute l’économie, y compris dans les secteurs des technologies de l’information, du transport aérien, de l’automobile et de l’énergie. En intégrant toujours un important redressement des bénéfices, les cours des actions pourraient également être une source de risque, étant donné les incertitudes qui pèsent sur le rythme du redressement des ventes et la possibilité limitée d’accumuler des bénéfices par une réduction des coûts. Une chute éventuelle des prix de l’immobilier, après les fortes hausses constatées dans certaines agglomérations urbaines, est un sujet supplémentaire de préoccupation, étant donné le rôle stabilisateur joué par le patrimoine immobilier ces dernières années. Un troisième risque enfin concerne la lenteur de l’ajustement du déficit courant (financé à l’heure actuelle essentiellement par l’emprunt), qui pourrait provoquer un effondrement du dollar susceptible de déclencher des pressions à la hausse sur les taux d’intérêt et de perturber la reprise aux États-Unis et à l’étranger.

Ces risques sont toutefois atténués par l’amélioration impressionnante de la productivité de l’économie. Cependant, les données récentes invitent à ne pas pécher par optimisme: en fait, l’emploi ne s’est pas autant dégradé que pendant les précédentes phases de ralentissement, mais la production a augmenté sans créer vraiment d’emplois au cours de la reprise et la productivité est demeurée très forte. Néanmoins, les bienfaits que pourrait procurer à moyen terme la révolution des technologies de l’information sont toujours incertains à ce stade – de récentes études semblent indiquer que les gains de productivité multifacteurs de ce secteur sont sensibles, mais les informations demeurent ambiguës en ce qui concerne les autres secteurs, exception faite d’un accroissement du coefficient d’intensité du capital (encadré 1.2). Une forte progression de la productivité reste essentielle pour soutenir les revenus à moyen terme et réduire ainsi les risques pesant sur la rentabilité, les cours des actions, l’investissement et la croissance.

La réaction des autorités monétaires à la faiblesse de l’économie semble appropriée. Grâce à la décision prise en novembre par la Réserve fédérale de réduire le taux des fonds fédéraux de 50 points de base, la reprise devrait être plus robuste au second semestre de 2003. La politique monétaire devra suivre l’évolution des risques, mais les autorités pourront encore abaisser les taux si les perspectives économiques se dégradent. Sur le plan de la politique budgétaire, les projets de l’Administration pour les exercices 2003 et 2004, dont le coût devrait être de 1½% du PIB, suscitent des craintes, étant donné les gages déjà donnés à la reprise par les baisses de taux d’intérêt et l’incertitude que représente toujours le coût de la guerre, ne serait-ce qu’à cause de la détérioration observée jusqu’à présent de la position budgétaire (en quarante ans, la position structurelle ne s’est jamais autant dégradée lors d’une phase de ralentissement) et de ses répercussions sur le déficit à moyen terme (qui continuera de subir les pressions exercées par l’escalade des coûts de la sécurité sociale et de Medicare et les projections encore optimistes de dépenses discrétionnaires). À ce stade, les autorités devraient au contraire se fixer clairement comme objectif d’équilibrer le budget (hors sécurité sociale) sur le cycle, grâce, entre autres, à une vaste réforme des recettes (prévoyant, par exemple, une réduction des dépenses fiscales au titre des ménages et des entreprises) et à une réforme de la sécurité sociale et de Medicare afin de donner à ces programmes une base financière solide à moyen terme. L’application rigoureuse des règles visant à renforcer la gestion des entreprises, y compris les dispositions de la loi Sarbanes/Oxley et les nouvelles règles de cotation en bourse, reste essentielle pour rétablir la confiance des investisseurs.

Au Canada, la croissance qui, selon les projections, devrait être de 2,8% cette année dépassera sans doute une fois encore celle des autres grands pays industrialisés. Cela dit, les perspectives demeurent incertaines par suite de la lenteur du redressement de l’activité aux États-Unis depuis le milieu de 2002 et, si les risques qui pèsent sur la reprise dans ce pays se concrétisent, elles devraient à l’évidence en subir les répercussions. Aux États-Unis, la faiblesse de la croissance s’est essentiellement traduite par une diminution des dépenses dans les domaines de l’automobile et des autres biens durables, qui a contribué à un ralentissement sensible de la production industrielle pendant le second semestre de 2002; par ailleurs, la confiance des ménages et des entreprises a également été touchée. Bien que la production atteigne presque son potentiel, les taux d’intérêt n’ont pas été modifiés entre le milieu de l’été de 2002 et le début de 2003, alors qu’ils avaient subi une hausse cumulée de 75 points de base précédemment en 2002; cette politique était justifiée, car les anticipations inflationnistes demeuraient bien ancrées et des risques considérables menaçaient la croissance. En mars, l’inflation de base s’étant écartée de la fourchette de 1 à 3% fixée comme objectif, la Banque du Canada a relevé le taux au jour le jour de 25 points de base; néanmoins, il pourrait être nécessaire de retirer encore des stimulants monétaires au cours des mois à venir, en particulier si les incertitudes géopolitiques sont rapidement levées. La reprise a également été soutenue par une saine gestion des finances publiques (les autorités ont à la fois fait jouer les stabilisateurs automatiques et pris certaines mesures discrétionnaires), alors que le remboursement de la dette publique était poursuivi, mais les pressions exercées par le vieillissement de la population et le niveau toujours élevé du ratio dette/PIB font ressortir la nécessité de continuer, sans faillir, de réduire la dette et de maîtriser par des réformes la hausse des coûts des soins de santé.

Europe occidentale: faiblesse de la croissance (en Allemagne notamment) et reprise hésitante

Dans la zone euro, la croissance a continué d’être décevante au second semestre de 2002, surtout en Allemagne, et les perspectives demeurent sombres. Si l’augmentation des exportations a aidé à amorcer une reprise au début de l’année, elle n’a pas réussi à redresser solidement la demande intérieure par la suite. La consommation, stimulée par la hausse des salaires réels et l’impact de stabilisateurs automatiques généreux sur les rémunérations nettes, a progressé modestement, alors que les investissements ont continué de diminuer, sous l’effet d’une demande morose, de perspectives médiocres en matière de bénéfices et des rigidités du marché du travail qui encouragent le maintien d’effectifs en surnombre. D’après les indicateurs, une faible reprise s’amorcerait au début de 2003, dans un contexte marqué par une confiance des ménages déprimée, une production industrielle stagnante et un chômage en légère augmentation. Selon les projections, la croissance pour l’ensemble de l’année devrait être nettement en deçà de son potentiel et s’établir à 1,1%, soit un recul de 1¼% environ par rapport à l’édition de septembre 2002 des Perspectives.

Malgré la faiblesse de la confiance, la consommation devrait de nouveau soutenir l’activité cette année, car les revenus réels disponibles augmenteront à mesure que s’estomperont les répercussions de précédents chocs sur les prix. Les autres facteurs favorables doivent être cherchés notamment du côté du cycle des stocks – des enquêtes laissent entendre que le déstockage est peut-être terminé – et des exportations – une légère progression de la demande globale compensera la vigueur de l’euro. Les perspectives de l’investissement, qui se contracte sans discontinuer depuis le milieu de 2000, sont plus incertaines, d’autant qu’il est probable que les écarts de production se creuseront et que les capacités inutilisées augmenteront cette année, que la confiance des entreprises sera faible et que celles-ci seront surendettées.

En outre, des risques accompagnent ces perspectives décevantes. Dans l’immédiat, la possibilité que la guerre soit longue en Iraq est une source d’incertitudes, surtout à cause de l’impact qu’aurait un tel conflit sur les prix du pétrole et sur la confiance. Une autre incertitude majeure concerne le comportement des entreprises et un éventuel ajustement plus lent des bilans à la baisse des cours des actions (qui est plus forte en Europe qu’aux États-Unis). Cela pourrait avoir des conséquences non seulement pour l’investissement, mais aussi pour l’emploi et la consommation. Il se pourrait aussi que les difficultés financières (y compris les pertes subies par les portefeuilles d’actions des compagnies d’assurance-vie et des fonds de pension) aient des répercussions plus fortes. L’interaction entre la fragilité des banques et celle des entreprises – surtout en Allemagne où les bénéfices des banques sont peu élevés, de plus en plus d’entreprises font faillite, les prix de l’immobilier ne cessent de diminuer et la baisse des cours des actions a entamé les réserves occultes en capital – pourrait renforcer l’aversion des banques pour le risque et nuire au crédit (encadré 1.3).

Dans ce contexte général, la stagnation observée en Allemagne demeure particulièrement préoccupante, d’autant plus qu’aucun retournement ne semble en vue, que la production industrielle, la confiance des entreprises et les ventes de détail continuent de diminuer et que le chômage est à son plus haut niveau depuis trois ans. En outre, la politique macroéconomique soutiendra moins l’activité que dans les autres pays de la zone euro (graphique 1.8), car la politique budgétaire restrictive qu’il est prévu d’appliquer, au moyen notamment d’une augmentation des impôts et des cotisations de sécurité sociale, a déjà un impact négatif sur le sentiment des ménages. En ce qui concerne la France, les perspectives ont également été révisées à la baisse, en raison, entre autres, de la fragilité de la confiance des ménages et du manque de dynamisme du marché de l’emploi. En Italie, la lenteur de la reprise au second semestre de 2002 et la morosité de la confiance des ménages et des entreprises font redouter un redressement de l’activité plus faible que prévu. Pour les autres pays, on s’attend à ce que la croissance soit assez forte cette année en Espagne, en Grèce et en Irlande – sous l’effet, entre autres, de conditions monétaires relativement favorables, alors que, parallèlement, l’inflation dépasse dans ces pays la moyenne de la zone —, mais l’activité sera sans doute plus faible en Belgique et aux Pays-Bas, alors que la production devrait se contracter au Portugal, car, dans ce pays, la situation budgétaire continuera d’être difficile – le déficit a dépassé en 2001 le plafond prévu par le Pacte de stabilité et de croissance – et les difficultés financières s’aggraveront par suite du niveau élevé d’endettement des entreprises et des ménages.

Graphique 1.8.Zone euro: divergences dans les positions cycliques, les soldes budgétaires structurels et les taux d’intérêt réels

En 2003, malgré un écart de production relativement important (et qui se creuse), l’Allemagne et l’Italie devraient mener une politique budgétaire assez restrictive et l’Allemagne, enregistrer des taux d’intérêt réels relativement élevés.

Encadré 1.3.L’impact de la fragilité du système bancaire sur la stagnation en Allemagne

En Allemagne, les difficultés se sont multipliées ces dernières années pour les banques à cause de leur faible rentabilité et de la dégradation de la qualité du crédit, sans compter l’impact du ralentissement économique mondial. En même temps, les bilans des entreprises se sont fragilisés, car, comme aux États-Unis et dans les autres pays de la zone euro, elles ont davantage emprunté pendant la récente phase de forte expansion et ainsi accru sensiblement leur endettement1. Comme on a pu le constater dans d’autres pays (le Japon notamment dans les années 90), les difficultés conjuguées des banques et des entreprises peuvent avoir de profondes répercussions sur la croissance, de sorte qu’on peut se demander dans quelle mesure ces problèmes, qui, pour l’instant, sont moins graves en Allemagne qu’au Japon, ont contribué aux résultats économiques récemment décevants de l’Allemagne et risquent de freiner la reprise.

La fragilité du système bancaire allemand s’explique par une rentabilité structurellement faible et le ralentissement de l’activité. Cette faible rentabilité tient à un certain nombre de facteurs, dont la dépendance excessive à l’égard de marges de taux d’intérêt réduites, des ratios de coûts obstinément élevés et une intermédiation financière publique traditionnellement importante. Pour l’améliorer, les banques ont tenté d’effectuer davantage d’opérations rémunérées sous forme de commissions (courtage d’actions par exemple), de comprimer leurs effectifs et de fermer des réseaux d’agences coûteux. Bien qu’elles semblent avoir rencontré un certain succès en 2002, ces mesures n’ont été jusqu’à présent que partiellement efficaces: les opérations générant des commissions se sont effondrées avec le tassement de l’activité et il est difficile de réduire les sureffectifs à cause de la rigidité des marchés du travail. En outre, les problèmes des banques privées ont été aggravés par une mauvaise planification stratégique et la concurrence de certaines banques publiques subventionnées (en raison du faible coût des financements obtenus à l’aide de garanties publiques). Par ailleurs, les différentes catégories d’agréments (par exemple, Landesbanken par les Länder, banques d’épargne par les municipalités) ont entravé les fusions, de sorte que l’économie allemande est l’une des plus surbancarisées en Europe (même si, ces dernières années, un certain nombre de petits établissements ont fusionné).

Le fléchissement conjoncturel a gravement pénalisé la situation financière des banques et la croissance du crédit. Si les prêts improductifs ne semblent pas avoir augmenté (bien que des informations soient régulièrement communiquées aux contrôleurs, les données sur les prêts improductifs de l’ensemble du système bancaire ne sont pas diffusées en temps voulu), la forte progression du nombre des faillites2, qui a atteint un niveau presque sans précédent, donne à penser que la qualité des créances s’est sans doute dégradée. En même temps, les difficultés des entreprises se sont reflétées dans leurs bilans (voir supra et le chapitre II). En conséquence, les banques ont davantage hésité à consentir des prêts aux marges antérieures et les enquêtes auprès des entreprises semblent indiquer qu’il était plus difficile d’obtenir du crédit3.

L’éclatement de la bulle boursière a en outre eu de profondes répercussions sur les banques allemandes qui, étant universelles, sont autorisées à détenir des actions dans d’autres entreprises. Jusqu’à une date récente, ces établissements pouvaient constituer, à partir de leurs plusvalues en capital, des réserves qui leur permettaient d’amortir, les mauvaises années, une baisse de leurs bénéfices. Bien qu’on ait peu d’informations sur la valeur actuelle de ces réserves, les analystes de marché estiment qu’elles ont peut-être pour l’essentiel disparu. (Les ventes d’actions déclenchées par la réforme fiscale de 2000, en vertu de laquelle les plus-values en capital réalisées n’étaient plus imposées, ont également réduit les réserves.) Cela dit, les réserves non réalisées ne peuvent être comptabilisées que dans les fonds propres complémentaires, et dans certaines limites seulement, si le ratio des fonds propres de base dépasse 4,4%, de sorte que l’impact des cours des actions sur la capitalisation a moins d’importance qu’au Japon. La baisse des prix de l’immobilier, après la forte hausse qui a suivi la réunification, n’a eu que des répercussions partielles sur les banques en raison de l’application de ratios crédits/valeur des biens qui étaient prudents. En outre, il semble que l’immobilier a surtout été surévalué dans la partie orientale de l’Allemagne, plus précisément à Berlin, aussi les effets de cette surévaluation se sont-ils jusqu’à présent cantonnés à quelques banques de cette région.

Le récent manque de dynamisme du crédit tient-il au recul de la demande d’emprunts dont s’accompagnent les phases de ralentissement de l’activité ou aux problèmes structurels du système bancaire? Il ressort de récentes analyses économétriques que les facteurs qui agissent sur cette demande de crédit (dont les anticipations de taux de croissance et de taux d’intérêt) ne peuvent à eux seuls expliquer l’intensité et la durée du fléchissement du crédit et qu’il faut tenir compte des raisons qui incitent les banques à prêter – mesurées indirectement par la santé financière de celles-ci, y compris le niveau de leurs fonds propres et leurs provisions pour créances irrécouvrables (voir graphique)4. Ces résultats, conjugués à ceux d’autres enquêtes, montrent bel et bien que les facteurs de l’offre ont joué un certain rôle dans la limitation de la croissance du crédit5.

Croissance du crédit1

(Variations trimestrielles en pourcentage)

1Crédit aux particuliers et aux entreprises intérieures.

La situation dégradée des banques allemandes risque-t-elle d’avoir des conséquences dans les autres pays d’Europe et du monde? Les lignes de crédit avec les banques étrangères, bien qu’elles concernent surtout les grandes banques privées et les Landesbanken (banques publiques)6, pourraient être l’un des principaux vecteurs de contagion. Si des problèmes de liquidité devaient survenir, la «Liquiditâts Konsortialbank», qui appartient à un consortium dont fait partie la banque centrale, pourrait accorder des liquidités à court terme aux petites et moyennes banques; toutefois, dans le cas des grandes banques, les mécanismes précis qui pourraient les aider à résoudre une crise de liquidité sont mal connus. La contagion pourrait aussi résulter d’une réduction des prêts des banques allemandes aux établissements non bancaires étrangers, qui représentent quelque 15% des crédits accordés aux établissements non bancaires. Les statistiques de la Banque des règlements internationaux (BRI) montrent qu’à la fin de septembre 2002, les engagements des banques allemandes avaient déjà reculé de 3% (55 milliards de dollars) dans les pays développés et de 6% (12 milliards de dollars) dans les pays en développement par rapport à leur pic de la fin de septembre 2001.

Dans l’ensemble, la fragilité du système bancaire joue sans doute un rôle dans le ralentissement du crédit, même si le repli conjoncturel en est à l’évidence la principale cause. Pour la plupart des analystes, ce problème n’est pas systémique à l’heure actuelle7, mais il pourrait s’aggraver à terme, surtout si la reprise tarde et si l’on ne remédie pas à la dégradation des bilans et de la rentabilité des entreprises. Il n’existe pas de solution rapide; cependant, les autorités devraient aider les banques à accroître leur rentabilité en encourageant les fusions au sein du secteur et en facilitant une réduction des effectifs, ainsi que l’élimination des garanties publiques de façon à mettre tous les intermédiaires bancaires sur un pied d’égalité. Pour résoudre ces difficultés dans les meilleurs délais et, en fin de compte, au moindre coût, il est également capital de renforcer la transparence et de diffuser en temps voulu les informations sur la santé financière des banques. La participation de l’Allemagne au Programme d’évaluation du secteur financier (PESF) mis en place par le FMI devrait permettre de recueillir davantage de renseignements sur la situation de ce secteur et de mieux voir si les mécanismes de contrôle sont adaptés.

Note: Laura Kodres est le principal auteur de cet encadré.1Voir chapitre II et Jaeger (2003).2La croissance médiocre n’explique peut-être pas entièrement cette progression. Le code allemand de la faillite a été modifié récemment afin de permettre aux entreprises d’utiliser plus facilement cette procédure et d’en sortir si elles trouvent un repreneur.3Voir Creditreform (2002).4Voir FMI (2002) et Deutsche Bundesbank (2002).5Il se peut que cette limitation pénalise surtout les petites et moyennes entreprises qui, traditionnellement, ne cherchent pas à emprunter auprès de sources comme les banques étrangères. D’aucuns estiment que l’adoption rapide des techniques de gestion des risques de crédit prévues à l’Accord de Bâle II, qui ont pu révéler des risques précédemment non délectés, a aussi concouru à réduirè l’offre de crédits.6Ces banques comptent pour un tiers des prêts intérieurs et les Landesbanken bénéficient de garanties publiques explicites jusqu’en 2005.7Moody’s Bank Risk Monitor, novembre 2002.

Le côté favorable des perspectives est que l’inflation devrait ralentir sensiblement en 2003-04 (à condition que les prix du pétrole diminuent comme le suppose le scénario de référence); à cet égard, des signes encourageants – soutenus par la récente vigueur de l’euro – sont apparus à la fin de l’an dernier. En Allemagne, si les récentes négociations salariales doivent empêcher l’inflation de tomber trop bas, les risques de déflation sont sans doute plus graves que dans les autres pays industrialisés, le Japon mis à part (encadré 1.1). Dans ce contexte, et du fait que les perspectives de stabilité des prix s’amélioraient dans toute la zone euro, la décision de la Banque centrale européenne (BCE) d’assouplir la politique monétaire à la fin de 2002 et au début de 2003 était judicieuse. Il conviendrait de mettre à l’étude de nouvelles baisses et les autorités devront intervenir si la reprise demeure faible ou si l’euro continue de s’apprécier. L’actuelle révision par la BCE de sa politique monétaire vient à point nommé et pourrait aider à mieux comprendre comment elle interprète son objectif de stabilité des prix et applique en pratique sa stratégie «à deux piliers».

Des pressions ont continué de s’exercer sur les budgets au cours du dernier exercice, le déficit passant pour l’ensemble de la zone à 2¼% du PIB (alors que le programme de stabilité prévoyait 1%), et l’Allemagne a été le second pays, après le Portugal, à dépasser le plafond de 3% fixé dans le Pacte de stabilité et de croissance. En 2003, le déficit de la zone devrait continuer de se creuser légèrement, pour s’établir à 2½% du PIB, l’Allemagne et la France accusant par contre un déficit de l’ordre de 3½% du PIB. L’Allemagne entreprendra sans doute un important ajustement structurel pour essayer de ramener son déficit en deçà du plafond autorisé en 2004, mais, en France, la réduction prévue du déficit structurel dépend de façon cruciale de l’application des mesures de contraction des dépenses prises récemment. En Italie, les nombreuses mesures temporaires figurant dans la loi de finances de 2003 (ainsi que le recours généralisé à l’amnistie, qui présente un danger pour le civisme fiscal) continuent d’être au centre des préoccupations. Le dilemme à court terme est toujours de ne pas aggraver inutilement les difficultés économiques par une austérité excessive (notamment, comme en Allemagne, en adoptant des mesures exceptionnelles de recettes plutôt qu’une réforme budgétaire durable) sans compromettre la crédibilité du Pacte lui-même. Cela exige de continuer d’éliminer les déficits structurels afin d’atteindre le quasi-équilibre des finances publiques à moyen terme, mais en laissant pleinement jouer les stabilisateurs automatiques autour de cette trajectoire. À plus long terme, la plupart des économies de la zone devront continuer de renforcer leur position budgétaire, en excédant peut-être nettement les normes du Pacte, afin de pouvoir réduire la pression fiscale et de faire face aux dépenses de retraites et de santé dont s’accompagnera le vieillissement de la population.

Si les mesures adoptées ces dernières années pour rationaliser les prestations de chômage et atténuer les différences sur les marchés du travail dues à la fiscalité ont aidé à créer des emplois (peu qualifiés ou à temps partiel surtout) et à assouplir ces marchés, le chômage demeure élevé et les taux de participation, plus particulièrement pour les personnes âgées de plus de 55 ans, restent nettement inférieurs à ceux des autres pays avancés. De nouvelles initiatives visant à réduire des prestations de chômage toujours généreuses et à assouplir des règlements du travail rigides pourraient avoir un impact considérable sur le chômage et la croissance potentielle à moyen terme (voir chapitre IV). A cet égard, il y a lieu de saluer les récentes propositions avancées par les autorités allemandes en vue d’améliorer les incitations au travail et de commencer à assouplir la surprotection dont bénéficie l’emploi. Les pays de la zone euro devraient s’employer à améliorer la flexibilité des marchés du travail et, parallèlement, accélérer l’intégration des secteurs financiers (y compris en adoptant les textes dans les domaines bancaire et des assurances selon la procédure Lamfalussy) et prendre des mesures pour libéraliser le marché interne des services, notamment en harmonisant les normes et les règlements qui limitent les opérations de détail transfrontalières.

Au Royaume-Uni, la vigueur de la demande intérieure a aidé à soutenir une croissance robuste. Les dépenses de consommation, qui ont été trés élevées l’an dernier, la bulle potentielle des prix des logements ayant contribué à un accroissement considérable des patrimoines immobiliers, ralentiront peut-être quelque peu cette année, étant donné que l’endettement des ménages a atteint des niveaux sans précédent et que les patrimoines boursiers ont régressé, mais, comme la demande publique devrait continuer d’être forte et les exportations nettes se redresser légèrement, la croissance du PIB devrait se chiffrer à 2%. Si la politique de relance budgétaire menée depuis 2000 – qu’ont tirée les revendications généralisées d’une amélioration des services publics dans un cadre juridique solide – a aidé à soutenir la croissance, il convient d’être vigilant pour préserver l’efficience des dépenses. En février, les perspectives d’évolution de la demande intérieure et extérieure fléchissant, la Banque d’Angleterre a baissé son taux directeur de 25 points de base (afin de le ramener à 3,75%) pour la première fois depuis novembre 2001. Si les risques de dégradation de la situation augmentent et si les prix de l’immobilier continuent de baisser, il y aura peut-être lieu de desserrer davantage la politique monétaire.

On s’attend à ce qu’au Danemark, en Norvège et en Suède, la croissance s’établisse cette année (comme en 2002) à 1½% environ. L’augmentation substantielle du revenu disponible dans le contexte d’un marché du travail tendu soutiendra la consommation, encore que la faiblesse de la confiance des entreprises pourrait freiner le redressement de l’activité du secteur manufacturier et de l’investissement productif cette année. Étant donné que l’inflation de base doit tomber en deçà de ses objectifs d’ici un à deux ans, en partie parce que la reprise mondiale est plus lente que prévu, l’assouplissement monétaire opéré par la Suède et la Norvège à la fin de 2002 et au début de 2003 était approprié. En Suisse, l’activité a marqué le pas et, selon les indicateurs avancés, la reprise s’amorcera plus tard et sera plus faible que dans la zone euro, à cause en partie d’une nouvelle appréciation du franc. La Banque nationale suisse a judicieusement réagi en abaissant son taux d’intérêt cible à 25 points de base à la fin de l’an dernier. Un nouvel assouplissement, peut-être par une intervention sur le marché des changes, pourrait être justifié s’il apparaissait que, contrairement à ce qui est actuellement prévu, l’économie a peu de chances de rebondir au second semestre de 2003.

Japon: la faiblesse de l’économie souligne l’urgence de mettre fin à la déflation

Au Japon, une déflation fortement ancrée et des perspectives économiques maussades font ressortir la nécessité impérieuse de prendre des mesures énergiques pour rétablir l’inflation. Les prix des biens et des services ont reculé pour la quatrième année consécutive, ce qui n’est jamais arrivé dans aucun pays industriel ces cinquante dernières années. Une déflation persistante est dangereuse, car elle limite la souplesse de la politique monétaire, accroît l’endettement réel et incite à différer les dépenses (ce qui en retour l’alimente), d’où un risque de spirale déflationniste. Les anticipations sont l’une des principales causes de cette persistance et, à l’évidence, les anticipations déflationnistes s’intensifient (graphique 1.9). Ces quatre dernières années, les variations annuelles de l’IPC ont été inférieures aux prévisions, de sorte que les anticipations initiales diminuent par paliers successifs. Les anticipations déflationnistes sont de plus en plus généralisées et, lors des enquêtes, une proportion de plus en plus forte des sondés s’attendent à ce que les prix baissent plutôt que d’augmenter. Enfin, une récente enquête semble indiquer que la plupart des sondés estiment que la déflation durera encore au moins deux ans.

Graphique 1.9.Japon: aggravation des anticipations déflationnistes

(Pourcentages)

Ces dernières années, les variations annuelles de l’IPC ont été inférieures aux prévisions de l’année précédente. Une proportion croissante des sondés s’attendent à ce que les prix diminuent, et, à l’heure actuelle, on estime en général que la déflation durera encore au moins deux ans.

Sources: Consensus Forecasts; Ministère de l’économie, du commerce et de l’industrie.

1Les prévisions renvoient au Consensus Forecast de janvier de l’année précédente et les résultats à celui de l’année courante.

2Différence entre la proportion des sondés qui s’attendent à ce que les prix diminuent et celle des sondés qui s’attendent â ce qu’ils augmentent.

3Enquête du Ministère de l’économie, du commerce et de l’industrie, août 2002.

La reprise qui s’est amorcée au second trimestre de 2002 semble marquer le pas. D’après les comptes nationaux révisés, le PIB a nettement dépassé les estimations faites pour le premier semestre de l’année dernière lors de l’édition de septembre 2002 des Perspectives, de sorte que les estimations de croissance pour l’ensemble de l’année ont dû elles aussi être révisées à la hausse. Cependant, la reprise s’est graduellement essoufflée pendant le quatrième trimestre de 2002, car la demande intérieure a nettement ralenti sous l’effet d’une chute sensible de la consommation privée et d’un déstockage. En outre, les indicateurs économiques mensuels donnaient une image de l’activité au quatrième trimestre plus sombre que les comptes nationaux. Les surcapacités demeuraient importantes, et le taux de chômage atteignait un niveau sans précédent, l’utilisation des capacités dans le secteur manufacturier diminuait et le taux d’inoccupation des bureaux à Tokyo augmentait.

Une nette accélération de l’activité à court terme est peu probable. On s’attend à ce que la consommation privée reste faible, en raison des difficultés du marché de l’emploi. L’enquête Tankan de mars 2003 prévoit une certaine dégradation de la conjoncture pendant le second trimestre de 2003, et les anticipations des entreprises en ce qui concerne les ventes, les bénéfices et l’investissement fixe pour l’année qui prendra fin en mars 2004 sont contrastées. Sur les marchés financiers, les cours des actions sont tombés à leur niveau pour ainsi dire le plus bas en vingt ans, en raison de la fragilité des marchés mondiaux des actions, ainsi que d’inquiétudes quant à l’avenir des banques et des sociétés très endettées et d’interrogations sur la viabilité de la reprise. Le rendement des obligations d’État à dix ans est tombé en deçà de 80 points de base (chiffre sans précédent). Par suite de la faiblesse des récents indicateurs et du recul des cours des actions, les prévisions de croissance pour 2003 ont été ramenées à 0,8%.

Les risques d’une dégradation des perspectives prédominent nettement. Dans l’immédiat, les risques géopolitiques sont un grave sujet de préoccupation. Une guerre longue en Iraq pourrait avoir de profondes répercussions sur la croissance en provoquant un renchérissement du pétrole, une baisse des cours des actions et un recul de la confiance des ménages et des investisseurs, compte tenu en particulier de la situation économique fragile du Japon et de la faiblesse des institutions financières. De façon plus générale, le risque le plus important reste une aggravation des difficultés bancaires, que pourraient accélérer une nouvelle baisse des cours des actions ou des initiatives boiteuses visant à renforcer les banques (par exemple, l’obligation de comptabiliser les créances douteuses sans prévoir les mesures nécessaires pour reconstituer le capital des banques). Parallèlement, on risque d’observer une compression du crédit, car certaines banques pourraient réduire leurs prêts afin d’améliorer leur ratio de fonds propres.

Pour améliorer les perspectives de croissance à moyen terme, des mesures énergiques doivent être prises de toute urgence en vue de mettre fin à la déflation. Malgré la lutte que mène la Banque du Japon contre la déflation au moyen d’une politique d’assouplissement quantitatif (elle a notamment relevé à la fin de 2002 ses objectifs de réserves bancaires et d’achats directs d’obligations publiques), les prix continuent de diminuer, en partie parce que l’inflation résulte autant des anticipations sur la politique monétaire que des conditions monétaires en vigueur. Pour inverser des anticipations déflationnistes profondément enracinées, la Banque du Japon pourrait agir et communiquer de façon plus énergique. Il serait utile qu’elle indique clairement au public qu’elle fera tout ce qu’il faut pour que les prix recommencent à augmenter dans les meilleurs délais et qu’elle fixera à moyen terme un taux d’inflation suffisant pour réduire au minimum le risque de voir de nouveau sa marge de manœuvre limitée par les taux d’intérêt zéro. Au plan régional, toute forte dépréciation du yen serait sans doute gérable, étant donné que les pays concernés suivent de plus en plus une politique de change flexible et acquièrent une position de réserves et d’endettement extérieur plus solide.

Le retour de l’inflation améliorera les perspectives à moyen terme, mais cette amélioration serait nettement plus importante si la politique énergique d’assouplissement quantitatif s’accompagnait d’une vaste restructuration du secteur bancaire et des entreprises. À l’heure actuelle, les banques hésitent davantage à prêter en raison du volume des créances irrécouvrables et de la faiblesse des fonds propres. Le nouveau plan de renforcement des banques annoncé par les autorités en octobre 2002 contient un certain nombre de mesures opportunes et a incité certaines d’entre elles à renforcer leurs fonds propres en mobilisant plus de fonds privés. Cependant, davantage doit être fait pour résoudre les difficultés du secteur bancaire. Plus précisément, il est nécessaire d’accélérer la constitution de provisions suffisantes pour les créances douteuses, de mieux calculer les fonds propres réglementaires, de modifier la loi afin de faciliter l’injection de capitaux publics dans les banques fragiles, d’accroître la rentabilité des banques et d’étendre le plan aux petites banques ou aux banques régionales.

Afin d’accélérer la restructuration des entreprises, il est indispensable d’avancer plus rapidement dans celle des banques, car, lorsque les créances irrécouvrables sur des sociétés sont insuffisamment provisionnées, les banques hésitent davantage à les restructurer ou à les liquider. Pour faciliter la restructuration des entreprises, les créances irrécouvrables des banques doivent être suffisamment provisionnées et des délais doivent être convenus pour arrêter des plans de restructuration réalistes avec les entreprises viables ou pour liquider les autres. Il sera en outre important de limiter la participation de l’État à ce processus, et notamment de doter le nouvel organisme de revitalisation industrielle d’un mandat qui consistera non pas à choisir les entreprises à restructurer à l’aide de fonds publics, mais uniquement à acheter aux banques les créances irrécouvrables et à les revendre au secteur privé. D’autres mesures devront également être prises, afin, entre autres, de faciliter la mobilité de la main-d’œuvre et la libéralisation des secteurs du détail, de l’immobilier et des services de santé. Comme certaines de ces réformes risquent d’avoir un impact négatif sur l’emploi à court terme, il est important qu’un dispositif social adéquat soit en place.

D’après les projections, le déficit structurel des administrations publiques devrait diminuer légèrement en 2003. Exception faite du cas où des politiques structurelles plus ambitieuses seraient appliquées, un assainissement progressif des finances publiques s’impose, étant donné le niveau élevé du déficit du budget de l’État et de la dette publique. Les autorités pourraient à cet égard établir une stratégie à moyen terme crédible d’assainissement des finances publiques et adopter sur le plan budgétaire d’importantes réformes comme celles de la sécurité sociale ou des sociétés routières publiques ou des mesures comme la non-affectation des recettes fiscales routières. Des actions doivent également être engagées pour renforcer l’assiette de l’impôt (abaissement du seuil d’imposition des revenus, mise en place d’un numéro d’identification pour les contribuables et limitation des déductions, par exemple).

Amérique latine: réduction des marges, mais persistance de graves vulnérabilités

En Amérique latine, le ralentissement de l’activité observé en 2001-02 a été le plus grave en deux décennies et les perspectives sont toujours incertaines. Au second semestre de 2002, la production industrielle s’est redressée et, selon des chiffres préliminaires, le PIB réel a progressé légèrement (graphique 1.10). Ce retournement est essentiellement attribuable aux exportations nettes, la forte dépréciation des taux de change réels au début de l’année ayant stimulé les exportations et freiné les importations. Les indicateurs des marchés financiers se sont quelque peu améliorés après octobre, sous l’effet de l’augmentation générale de la propension au risque, ainsi que de la diminution des incertitudes politiques au Brésil. Si les cours des actions se sont raffermis, les marges sur les obligations souveraines sont toujours élevées et les conditions de financement demeurent difficiles pour les emprunteurs de second rang.

Graphique 1.10.Pays de l’Hémisphère occidental (échantillon): activité économique et indicateurs financiers1

(Pourcentage de variation en glissement annuel, sauf indication contraire)

Au second semestre de 2002, l’activité s’est stabilisée; on a constaté un retournement des exportations nettes et un redémarrage de la consommation et de l’investissement. Si elles ont diminué, les marges sur les obligations restent élevées, et les cours des actions semblent avoir atteint leur point le plus bas.

Sources: Bloomberg Financial Markets, LP; Haver Analytics.

1Argentine, Brésil, Chili, Colombie, Mexique, Pérou et Venezuela.

2Indice MSCI.

3EMBI+.

En 2002, les résultats économiques ont varié considérablement selon les pays (tableau 1.6). Le recul de la production dans certains d’entre eux est imputable à la crise économique argentine et à ses répercussions sur l’Uruguay et le Paraguay, ainsi qu’à la crise politique au Venezuela. En outre, le Brésil a été touché par un fléchissement de la confiance des marchés, mais, après l’élection présidentielle d’octobre, des signaux indiquant clairement que les autorités allaient préserver la stabilité macroéconomique ont commencé à rassurer les investisseurs. Les conditions de financement extérieur se sont moins dégradées au Mexique et au Chili, grâce aux excellents antécédents de ces deux pays et à leur intégration relativement forte à l’économie mondiale.

Tableau 1.6.Pays de l’Hémisphère occidental (échantillon): PIB réel, prix à la consommation et solde des transactions courantes(Variations annuelles en pourcentage, sauf indication contraire)
PIB réelPrix à la consommation1Solde des transactions courantes2
200120022003200420012002200320042001200220032004
Hémisphère occidental0,6-0,11,54,26,48,711,06,9-2,8-1,0-1,1-1,6
Argentine-4,4-11,03,04,5-1,125,922,313,0-1,78,37,86,7
Brésil1,41,52,83,56,88,414,05,5-4,6-1,7-1,5-2,3
Chili2,82,03,14,83,62,53,32,9-1,8-0,9-1,5-1,1
Colombie1,41,62,03,37,86,35,64,3-1,9-2,0-0,8-1,6
équateur5,13,03,55,237,712,67,45,5-2,4-6,6-5,9-3,9
Mexique-0,30,92,33,76,45,04,33,3-2,9-2,2-2,2-3,1
Pérou0,65,24,04,52,00,22,52,5-2,0-2,0-1,9-2,0
Uruguay-3,1-10,8-2,04,54,414,027,921,2-2,91,22,31,6
Venezuela2,8-8,9-17,013,412,522,437,540,93,18,14,95,6
Amérique centrale31,91,92,43,17,35,45,54,9-5,9-5,2-5,8-5,7
Caraïbes41,92,82,33,17,55,410,04,6-4,1-4,3-4,0-3,7
Autres pays d’Amérique latine51,9-0,31,23,34,04,99,56,9-3,2-3,8-3,9-3,8

Comme c’est l’usage pour les Perspectives de l’économie mondiale, les variations des prix à la consommation sont données en moyennes annuelles, et non en glissement de décembre à décembre (comme dans certains pays).

En pourcentage du PIB.

Belize, Costa Rica, El Salvador, Guatemala, Honduras, Nicaragua et Panama.

Antigua-et-Barbuda, Antilles néerlandaises, Bahamas, Barbade, Dominique, Grenade, Guyana, Haïti, Jamaïque, République Dominicaine, Saint-Kitts-et-Nevis, Sainte-Lucie, Saint-Vincent-et-les Grenadines, Suriname et Trinité-et-Tobago.

Bolivie et Paraguay.

Comme c’est l’usage pour les Perspectives de l’économie mondiale, les variations des prix à la consommation sont données en moyennes annuelles, et non en glissement de décembre à décembre (comme dans certains pays).

En pourcentage du PIB.

Belize, Costa Rica, El Salvador, Guatemala, Honduras, Nicaragua et Panama.

Antigua-et-Barbuda, Antilles néerlandaises, Bahamas, Barbade, Dominique, Grenade, Guyana, Haïti, Jamaïque, République Dominicaine, Saint-Kitts-et-Nevis, Sainte-Lucie, Saint-Vincent-et-les Grenadines, Suriname et Trinité-et-Tobago.

Bolivie et Paraguay.

Dans la plupart des pays, le recours à la politique macroéconomique pour atténuer l’impact des chocs extérieurs était limité. Le niveau élevé de la dette et des besoins de financement du secteur public a obligé les autorités à riposter à la chute des recettes fiscales (due à la faiblesse de l’activité) et à la progression du service de la dette (imputable à une augmentation des paiements d’intérêts) en durcissant la politique budgétaire de façon à maîtriser les besoins d’emprunt et à renforcer la confiance des investisseurs. De même, la sensibilité des systèmes financiers aux tensions exercées sur les bilans par la dépréciation des monnaies – par suite de la forte dollarisation de la dette publique et des dépôts dans les banques privées – a amené de nombreux pays à réagir à la faiblesse de leur monnaie en la soutenant sur les marchés des changes et en resserrant la politique monétaire. En revanche, certains pays dont la position budgétaire était solide et l’inflation faible ont pu abaisser les taux d’intérêt et accroître les dépenses publiques.

Les perspectives économiques continuent d’être fragiles et de dépendre de l’évolution de la situation aux États-Unis, encore qu’à court terme, elles soient en général meilleures dans les pays dont les fondamentaux sont robustes. À court terme, les risques géopolitiques demeurent très préoccupants: une longue guerre en Iraq pénaliserait la plupart des pays, car elle provoquerait sans doute une dégradation des conditions de financement extérieur, un ralentissement de la croissance mondiale et un renchérissement de l’énergie pour les importateurs de pétrole. De façon plus générale, les prévisions supposent que les incertitudes politiques de la région disparaissent et que l’accès aux marchés internationaux des capitaux est élargi. Étant donné le niveau encore élevé de l’investissement étranger en Amérique latine, la survenance d’un événement défavorable, comme un défaut de paiement désordonné, pourrait aboutir à la vente de nombreux actifs dans presque tous les pays, exception faite sans doute des emprunteurs de premier rang comme le Mexique et le Chili. Pour améliorer les perspectives de croissance à moyen terme et limiter les risques de crise, les principales priorités de nombreux pays de la région sont toujours de réduire la dette publique, de suivre une politique monétaire visant à parvenir à un faible taux d’inflation, parallèlement à un taux de change flexible, d’intensifier l’intermédiation financière intérieure, d’atténuer l’impact négatif qu’a sur les bilans une forte dollarisation informelle, de poursuivre la libéralisation du commerce extérieur et d’avancer dans la réforme du marché du travail, ainsi que d’améliorer la protection sociale et de lutter contre la corruption (afin de mobiliser le public en faveur des mesures prises et d’assurer ainsi la viabilité des réformes).

En Argentine, certains signes donnent à penser que le pire est peut-être passé. Depuis le milieu de 2002, le PIB réel se redresse légèrement, la production industrielle et le secteur du bâtiment enregistrent une croissance vigoureuse, la confiance des consommateurs se renforce et le chômage a reculé, sous l’effet en partie de l’augmentation du nombre des bénéficiaires des programmes de soutien à l’emploi. Au cours de 2002, le taux de change a diminué d’environ 70%, mais les prix à la consommation n’ont progressé que de 40% (du fait de la dépression et grâce à une maîtrise rigoureuse des dépenses publiques), ce qui implique une forte dépréciation réelle. Ces derniers mois, la monnaie s’est appréciée, le taux d’inflation mensuel a sensiblement reculé, les taux d’intérêt ont baissé et les dépôts dans les banques privées ont régulièrement augmenté. Cependant, le PIB réel est encore inférieur de près de 20% à son niveau de 1998, le chômage se chiffre à 18%, le taux de pauvreté demeure très élevé et les signes d’une stabilisation des prix tiennent en partie au maintien du contrôle des tarifs des services publics. Les perspectives comportent d’importantes faiblesses, notamment les risques inflationnistes posés par le déblocage prévu en 2003 des dépôts bancaires gelés, ainsi que par les décisions judiciaires (amparos) qui seront prises pour accélérer ce déblocage, et les pressions qui s’exerceront sur les dépenses publiques d’ici aux élections d’avril. Les principales priorités sont de consolider l’ancrage monétaire, d’établir une politique budgétaire plus crédible et d’engager de nouvelles actions en vue de renforcer nettement le système bancaire.

Au Brésil, l’engagement du nouveau gouvernement de maintenir la stabilité macroéconomique, que le Président Lula da Silva juge indispensable pour appliquer son programme social, a aidé à atténuer les incertitudes sur les marchés financiers. Depuis l’automne dernier, la marge imposée sur les obligations souveraines a été nettement réduite, les cours des actions ont augmenté et la monnaie s’est légèrement appréciée. D’après les projections, le PIB réel s’accélérera quelque peu cette année, alors que le taux d’inflation sur douze mois diminuera. Cependant, les conditions de financement extérieur demeurent difficiles, les besoins de refinancement de la dette publique étant élevés et l’évolution de la dette sensible à celle du taux de change et des taux d’intérêt. Ces points faibles des perspectives font ressortir l’importance d’appliquer intégralement le programme économique du gouvernement, y compris une politique budgétaire suffisamment rigoureuse qui permette d’abaisser le ratio dette/PIB à moyen terme, une réforme de la fiscalité et des retraites et une politique monétaire visant à ramener l’inflation à un niveau faible (dans le cadre du dispositif de ciblage en place), sans compter de nouveaux progrès sur le front des réformes structurelles.

Au Venezuela, la crise politique a perturbé la production de pétrole et multiplié les incertitudes dans le secteur non pétrolier. Selon les estimations, le PIB réel s’est effondré au second semestre de 2002 et l’inflation est passée de 20% (d’une année sur l’autre) en juin à 31% en décembre. Même si un terme vient d’être mis à la grève qui paralysait la compagnie pétrolière nationale, le PIB réel devrait, selon les projections, se contracter de 17% et l’inflation (en fin d’année) atteindre environ 40% en 2003. Une reprise économique ne pourra être durable que si la crise politique est résolue d’une manière qui améliore la confiance des ménages et des investisseurs. Le rétablissement de la stabilité macroéconomique, qui est un problème urgent pour les autorités, nécessitera de s’attaquer aux besoins d’emprunt élevés de l’État et d’éliminer les contrôles des changes et des prix récemment imposés.

Un certain nombre d’autres pays de la région des Andes ont renforcé leurs fondamentaux économiques dans le cadre de vastes programmes d’ajustement, encore que de graves vulnérabilités intérieures et extérieures demeurent. En Colombie, le gouvernement a appliqué une importante réforme budgétaire qui, notamment, élargit l’assiette de la taxe sur la valeur ajoutée et réaménage les retraites (encore que de nouvelles mesures – actuellement à l’étude – soient nécessaires pour s’attaquer aux engagements découlant du régime de répartition), et a commencé à assouplir le marché du travail. Au Pérou, la première phase de la réforme fiscale a été adoptée, les travaux préparatoires sur une décentralisation budgétaire viable ont été réalisés et l’objectif d’inflation a été durci; cependant, il convient de continuer d’accélérer les réformes structurelles et d’assurer un suivi attentif et énergique du système bancaire. En Équateur, le nouveau gouvernement s’est rapidement attaqué à une position budgétaire difficile, notamment en ajustant les prix de l’énergie et en gelant les salaires dans le secteur public; il sera primordial de respecter scrupuleusement le plafond des dépenses prévu dans la nouvelle législation sur la responsabilité et la transparence budgétaires, tout en continuant de liquider les banques fermées et en poursuivant le programme de réformes de la fonction publique et des douanes. En Bolivie par contre, l’instabilité politique et un déficit budgétaire qui ne cesse de se creuser ont miné la confiance dans le système bancaire, de sorte que les bilans des banques et des entreprises se sont encore affaiblis. Pour parvenir à une stabilité macroéconomique durable, il convient d’adopter rapidement des mesures visant à réduire les déficits et des programmes de restructuration des entreprises et des banques.

Le Mexique et le Chili ont obtenu des résultats économiques assez bons grâce à l’application de politiques en général saines et à leur forte intégration à l’économie mondiale. Au Mexique, la loi de finances de 2003 continue de s’inscrire assez bien dans la logique d’une réduction de la dette publique à moyen terme, bien que les préoccupations suscitées par une activité toujours faible aient freiné l’assainissement des finances publiques. La politique monétaire – adéquatement orientée vers une baisse de l’inflation – a été durcie à plusieurs reprises ces derniers mois pour neutraliser les tensions inflationnistes causées par une forte hausse des salaires nominaux et la dépréciation de la monnaie. Les autorités continuent de renforcer le contrôle réglementaire du système bancaire. Pour stimuler la croissance à moyen terme, il convient de poursuivre les réformes structurelles, y compris celles de la taxe sur la valeur ajoutée et du secteur de l’électricité, ainsi que la libéralisation du code du travail. Au Chili, la dette publique est peu élevée, la politique monétaire repose sur le ciblage de l’inflation et le flottement du taux de change, les réserves internationales officielles sont importantes et le système bancaire est solide. La loi de finances de 2003 laisse la possibilité de recourir aux stabilisateurs automatiques et comporte des programmes d’aide à l’emploi, tout en maintenant judicieusement le solde structurel inchangé. Le taux d’intérêt directeur a été abaissé au cours de l’année 2002, ce qui a aidé la demande intérieure à amorcer un redressement, alors que le taux d’inflation demeurait dans la moitié inférieure de la bande fixée comme objectif. Les faibles marges observées jusqu’à présent sur les nouveaux effets non indexés émis par la banque centrale sont un bon indice de la crédibilité à moyen terme de l’objectif d’inflation.

Région Asie–Pacifique: la croissance dépend-t-elle moins de la conjoncture mondiale?

Les résultats économiques de la région Asie-Pacifique (Japon exclus) ont été impressionnants, le PIB réel augmentant de plus de 6% en 2002 et l’activité se redressant très nettement par rapport à 2001 dans les petites économies assez ouvertes de l’Asie de l’Est (tableau 1.7). Cette forte croissance – à un moment où la reprise est assez faible dans les pays industrialisés – amène à se demander si les économies asiatiques dépendent moins de la demande des autres régions depuis que la Chine s’est ouverte suite à son accession à l’OMC et que s’est développé le commerce interrégional. Il est important, pour les perspectives de ces économies, de se demander si la croissance en Asie s’autoalimente davantage et, en particulier, si la faiblesse du secteur mondial de l’électronique, manifeste depuis le milieu de 2002, persiste, étant donné que l’expansion rapide des exportations observée pendant le premier semestre de 2002 ralentit.

Tableau 1.7.Pays d’Asie (échantillon): PIB réel, prix à la consommation et solde des transactions courantes(Variations annuelles en pourcentage, sauf indication contraire)
PIB réelPrix à la consommation1Solde des transactions courantes2
200120022003200420012002200320042001200220032004
Pays émergents35,06,36,06,32,61,82,33,12,83,52,72,3
Nouvelles économies industrielles0,84,64,14,51,91,01,81,95,87,06,26,1
Corée3,06,15,05,34,12,83,53,22,01,30,30,5
Hong Kong (RAS)0,62,33,03,3-1,6-3,0-1,6-1,07,511,410,910,6
Singapour-2,42,23,03,51,0-0,40,91,719,021,522,220,5
Taiwan, prov. chinoise de-2,23,53,23,7-0,20,30,86,49,18,68,8
ASEAN-42,64,33,94,36,65,95,34,95,05,33,12,7
Indonésie3,43,73,54,011,511,99,08,44,94,22,22,2
Malaisie0,44,25,05,81,41,82,52,58,37,77,55,6
Philippines43,24,64,04,06,13,14,04,00,43,80,30,5
Thaïlande1,95,24,24,31,70,61,70,95,46,02,82,6
Asie du Sud54,14,75,15,83,84,14,25,3-0,21,10,60,1
Bangladesh5,34,45,25,51,62,45,24,5-2,20,5-2,0
Inde4,24,95,15,93,84,34,15,50,90,50,2
Pakistan3,64,65,05,13,13,13,94,00,44,03,00,8
Anciennes économies à planification centrale67,27,97,57,50,7-0,60,31,61,51,81,31,0
Chine7,38,07,57,50,7-0,80,21,51,51,91,41,1
Vietnam5,05,86,27,0-0,44,03,83,32,2-1,4-2,1-1,5

Comme c’est l’usage pour les Perspectives de l’économie mondiale, les variations des prix à la consommation sont données en moyennes annuelles, et non en glissement de décembre à décembre (comme dans certains pays).

En pourcentage du PIB.

Pays en développement, nouvelles économies industrielles et Mongolie.

En ce qui concerne le solde des transactions courantes, les prévisions préliminaires des services du FMI sont susceptibles d’être révisées en attendant la communication par les autorités philippines des statistiques corrigées sur les importations pour 2002.

Bangladesh, Inde, Maldives, Népal, Pakistan et Sri Lanka.

Cambodge, Chine, Mongolie, Rép. dém. pop. lao et Vietnam.

Comme c’est l’usage pour les Perspectives de l’économie mondiale, les variations des prix à la consommation sont données en moyennes annuelles, et non en glissement de décembre à décembre (comme dans certains pays).

En pourcentage du PIB.

Pays en développement, nouvelles économies industrielles et Mongolie.

En ce qui concerne le solde des transactions courantes, les prévisions préliminaires des services du FMI sont susceptibles d’être révisées en attendant la communication par les autorités philippines des statistiques corrigées sur les importations pour 2002.

Bangladesh, Inde, Maldives, Népal, Pakistan et Sri Lanka.

Cambodge, Chine, Mongolie, Rép. dém. pop. lao et Vietnam.

Cependant, plusieurs facteurs donnent à penser que l’activité régionale continue d’être tirée essentiellement par la conjoncture mondiale, encore que les réformes poursuivies en Chine et dans d’autres pays de la région ont contribué à la récente vigueur de la croissance. Premièrement, les exportations – dont le ratio au PIB est élevé – restent étroitement liées à l’activité dans les pays industrialisés. Deuxièmement, le développement du commerce régional est attribuable pour l’essentiel à la forte augmentation des importations en Chine, pays où les exportations des autres économies de la région ont le plus progressé (graphique 1.11). Si elle s’explique en partie par la demande intérieure, cette croissance des importations tient pour l’essentiel à l’expansion rapide des exportations de la Chine, qui sont influencées par le cycle mondial. Troisièmement, bien que des politiques macroéconomiques accommodantes et les réformes du secteur financier aient aidé à stimuler la dépense, la demande intérieure (l’investissement surtout) est très dépendante des recettes d’exportation, notamment dans les pays fortement exposés à la concurrence internationale.

Graphique 1.11.Asie: demande extérieure et croissance

(Pourcentage de variation en glissement annuel)

La demande extérieure a été l’un des principaux moteurs de la reprise en Asie. La Chine a été un important débouché pour les exportations des autres économies de la région, grâce essentiellement à la fermeté de ses propres résultats à l’exportation, qui continuent de dépendre du cycle économique mondial.

Sources: CEIC Data Company Limited; FMI, Direction of Trade Statistics; OCDE; statistiques douanières de la Chine.

1Comprend les importations effectuées á des fins de transformation ou par des entreprises á capitaux étrangers.

En conséquence, bien que l’on s’attende à ce que le renforcement anticipé de l’économie mondiale permette de soutenir une croissance du PIB réel de l’ordre de 6% dans la région en 2003 et en 2004, les incertitudes mondiales actuelles risquent d’avoir un impact négatif sur ces prévisions. Un conflit prolongé en Iraq aurait des répercussions en Asie, car les prix du pétrole augmenteraient (la plupart des pays d’Asie sont importateurs de pétrole), la croissance fléchirait chez les partenaires commerciaux et les cours des actions baisseraient. Certains pays seraient également touchés par une diminution des transferts de revenus de l’étranger et des recettes touristiques, ainsi que par une réduction de leur accès aux marchés internationaux des capitaux. En outre, si la demande de produits électroniques demeurait faible, les exportations seraient fortement pénalisées, ce qui nuirait à la production industrielle, à la consommation et à l’investissement. Une forte croissance en Chine ne permettrait d’amortir le choc sur les autres pays de la région que dans des proportions limitées, malgré le rôle croissant de ce pays comme partenaire commercial. Les tensions avec la Corée du Nord et l’épidémie de pneumopathie atypique qui vient de se déclencher font peser des risques supplémentaires sur les perspectives.

Dans ce contexte de forte croissance, les marchés des actions se sont assez bien comportés en 2002, au premier trimestre en particulier, et les bourses indiennes, indonésiennes, pakistanaises et thaïlandaises n’ont pas suivi la tendance générale et ont enregistré des gains durant l’année. Les marges imposées sur les obligations souveraines dans la région ont été réduites pendant le premier semestre de 2002, mais ont en général augmenté par la suite. Si la plupart des monnaies à taux de change flexible se sont appréciées par rapport au dollar, elles se sont dépréciées en termes effectifs nominaux à cause de l’appréciation du yen vis-à-vis du dollar, ce qui a encore renforcé la compétitivité des exportations régionales.

Étant donné que l’inflation est dans l’ensemble maîtrisée – en fait, les prix diminuent dans plusieurs pays – et que les risques d’une aggravation des perspectives prédominent, une politique macroéconomique prudente est le plus souvent indiquée, encore qu’il soit nécessaire d’intensifier les réformes structurelles:

  • La poursuite de politiques monétaires accommodantes est en général appropriée et il est possible de les assouplir encore si la croissance s’essouffle. La plupart des pays peuvent également laisser jouer les stabilisateurs budgétaires automatiques si la reprise fléchit. Les pays bénéficiant d’une position budgétaire solide, comme la Corée, peuvent, si nécessaire, procéder à un ajustement discrétionnaire, mais la marge de manœuvre de ceux dont le déficit et la dette sont élevés est plus limitée, car ils ont besoin de concilier la gestion de la demande à court terme avec la nécessité d’amorcer un assainissement des finances publiques. En Inde, en Indonésie et aux Philippines toutefois, un tel assainissement est essentiel pour réduire un endettement considérable.

  • Les réformes structurelles n’ont pas toutes progressé au même rythme, mais la reprise a été plus robuste dans les pays où elles ont le plus avancé. Les principales questions à régler sont les suivantes: résoudre les problèmes de prêts improductifs (Chine, Indonésie, Philippines, Thaïlande), renforcer la législation de la faillite en vue de faciliter la renégociation des prêts et la restructuration des entreprises (Inde, Corée, Philippines, Thaïlande) et reprivatiser les banques afin que les pratiques d’intermédiation suivent les règles du marché (Indonésie, Corée).

En ce qui concerne les nouvelles économies industrielles, la croissance a été la plus forte en Corée, encore que de récents règlements freinant le crédit aux ménages ont contribué à un ralentissement de la consommation privée. Dans la province chinoise de Taiwan, l’activité s’est nettement redressée, mais à Singapour, la reprise a été faible et inégale. Dans la RAS de Hong Kong, la demande intérieure est restée fragile, car la consommation a été entravée par des tensions déflationnistes, une augmentation du chômage et une baisse des prix des actifs. Pour ce qui est des quatre pays de l’ASEAN, la consommation privée a stimulé la croissance en Thaïlande et, dans une moindre mesure, en Malaisie, qui a en outre procédé à une importante relance budgétaire. Aux Philippines, la croissance a dépassé les anticipations en 2002, mais la situation budgétaire et des conditions de financement extérieur incertaines font peser des risques sur les perspectives et des pressions à la baisse se sont exercées sur le peso. En Indonésie, si l’activité a été régulière, les projections ont été révisées à la baisse après l’attaque terroriste de Bali.

En Chine, le PIB réel a augmenté de 8% en 2002. La forte croissance des exportations a été facilitée par l’accession de ce pays à l’OMC, une participation plus active du secteur privé aux activités exportatrices et le transfert sur le sol national d’installations de production étrangères (ce dernier facteur ayant en outre stimulé les dépenses d’investissement). Les importations ont sensiblement augmenté, ce qui a donné un coup de fouet aux autres économies de la région, l’investissement direct étranger s’est accéléré et les réserves ont progressé de 76 milliards de dollars en 2002 – la Chine est le pays qui a le plus contribué à l’accumulation de 170 milliards de dollars de réserves dans les pays émergents d’Asie pendant l’année. La nécessité de faciliter l’ajustement, dans un contexte marqué par les réformes structurelles, donne à penser qu’un passage progressif à un régime de change plus flexible est justifié, compte tenu en particulier de la forte position extérieure de ce pays. En outre, les tensions déflationnistes modestes observées depuis la fin de 2001 se sont récemment atténuées. La politique budgétaire a soutenu l’activité, mais, étant donné que les passifs conditionnels liés à la réforme des banques et des pensions sont considérables et que, par ailleurs, les perspectives de croissance restent vigoureuses, il est nécessaire d’amorcer un assainissement des finances publiques. La réforme des banques et des entreprises d’État continue de revêtir la priorité la plus élevée dans le programme de réformes structurelles.

En Inde, la croissance s’est renforcée en 2002 malgré une grave sécheresse qui a réduit sensiblement la production agricole. L’inflation a augmenté ces derniers mois tout en demeurant faible. La position extérieure a continué de s’améliorer, de sorte que les conditions sont favorables pour accroître la flexibilité du taux de change et accélérer la libéralisation du commerce extérieur. Le déficit budgétaire élevé des administrations publiques, qui a atteint 10% du PIB ces dernières années, n’est toujours pas maîtrisé, aussi est-il impérieux de définir une stratégie crédible d’assainissement des finances publiques. Des mesures, dont il y a lieu de se féliciter, ont été prises pour continuer d’ouvrir l’économie à l’investissement direct étranger et pour fixer davantage les prix des produits pétroliers en fonction du marché; cependant, il conviendrait que les autres réformes économiques capitales progressent plus rapidement – y compris l’adoption dans les meilleurs délais du projet de loi sur la responsabilité budgétaire. Il est également nécessaire de lancer de nouvelles actions pour renforcer le secteur financier, en s’appuyant sur les résultats déjà obtenus, notamment l’adoption de l’ordonnance sur la titrisation et la restructuration d’un important fonds fiduciaire. Au Pakistan, la situation a continué de s’améliorer: la croissance du PIB réel s’est accélérée, l’inflation est restée faible et la balance des paiements s’est renforcée. Des initiatives doivent néanmoins être engagées pour abaisser le déficit budgétaire et réduire les vulnérabilités. Au Bangladesh, un vaste programme stratégique de réformes, prévoyant, entre autres, une augmentation des recettes publiques et une consolidation des banques d’État, est indispensable pour s’attaquer aux vulnérabilités et soutenir la récente amélioration de la croissance et la position extérieure.

En Australie et en Nouvelle-Zélande, la croissance a été robuste, mais l’on s’attend à ce que son rythme fléchisse. La demande intérieure, tirée par l’immobilier, a été vigoureuse grâce, entre autres, à des taux d’intérêt faibles et, en Nouvelle-Zélande, à une immigration massive. En raison des incertitudes qui pèsent sur les perspectives mondiales, la Reserve Bank of Australia et la Reserve Bank of New Zealand n’ont pas modifié la politique monétaire depuis le milieu de 2002. Dans l’intervalle, la Nouvelle-Zélande a chargé sa banque centrale de maintenir le taux d’inflation moyen entre 1 et 3% à moyen terme. Dans les deux pays, la position budgétaire demeure solide. On s’attend à ce que les réformes sociales récemment appliquées en Australie incitent davantage les chômeurs à retrouver un emploi, tandis qu’en Nouvelle-Zélande, les autorités continuent d’encourager l’innovation et la formation professionnelle.

Pays candidats à l’UE: les enjeux budgétaires résultant de l’accession

L’accord historique conclu à l’issue du sommet de Copenhague en décembre dernier, qui ouvre la voie à l’entrée dans l’Union européenne (UE) de dix nouveaux membres en mai 2004, fait ressortir à la fois les progrès accomplis durant la dernière décennie par ces pays en vue de passer à une économie de marché performante, ainsi que les enjeux à venir à mesure qu’ils s’attaqueront aux conditions à remplir pour adopter l’euro. Bien que la nature des ajustements requis varie d’un pays à l’autre, il sera sans doute indispensable que les autorités continuent d’appliquer une politique de rigueur budgétaire, à cause non seulement des dépenses entraînées par l’application des normes environnementales de l’UE et l’absorption des fonds de développement (qui nécessite un cofinancement budgétaire intérieur), mais aussi d’un ensemble de facteurs propres à chaque pays, y compris des déficits des transactions courantes élevés, la surévaluation des taux de change, les pressions démographiques et la faiblesse de la confiance du marché (graphique 1.12). L’entrée dans le mécanisme de change europén II (MCE II) stimulera aussi sans doute l’ajustement budgétaire, car, dans les pays les moins avancés dans le processus, il est probable que les flux de capitaux et l’instabilité du taux change se poursuivront, ce qui les empêchera d’adopter rapidement l’euro.

Graphique 1.12.Pays devant accéder à l’UE (échantillon): les enjeux budgétaires à venir1

(En pourcentage du PIB)

Les récents accords d’accession à l’UE fournissent une raison supplémentaire d’ajuster les finances publiques, objectif que justifient également, dans certains pays, un déficit des transactions courantes appréciable et une dette publique élevée.

1Les données de 2002 et de 2003 sont des projections établies par les services du FMI.

2Il convient d’interpréter ces données avec prudence, car certaines activités quasi budgétaires ne sont pas prises en compte dans ce solde et les pays visés n’ont pas encore adopté le Système européen de comptabilité nationale (SEC-95).

3Moyenne pondérée de l’Estonie, la Lettonie et la Lituanie.

4Dette brute.

Heureusement, l’ajustement budgétaire au cours de la période à venir se fera vraisemblablement dans un contexte macroéconomique largement favorable dans les pays devant accéder à l’UE (qui ont montré leur capacité d’adaptation pendant la phase de recul mondial), malgré un redressement de l’activité plus faible que prévu dans l’Union (tableau 1.8). En réalité, ces pays, exception faite de la Pologne, ont en général enregistré un taux de croissance de 2 à 6% en 2002, une demande intérieure robuste ayant aidé à neutraliser un ralentissement des exportations. Pour 2003, on s’attend à une croissance supérieure dans ces pays, car l’absorption privée reste très élevée et l’on observe un certain redressement modeste de la demande extérieure.

Tableau 1.8.Pays candidats à l’adhésion à l’Union européenne: PIB réel, prix à la consommation et solde des transactions courantes(Variations annuelles en pourcentage, sauf indication contraire)
PIB réelPrix à la consommation1Solde des transactions courantes2
200120022003200420012002200320042001200220032004
Pays candidats à l’adhésion à l’Union européenne3,93,94,521,115,810,27,5-2,8-3,3-3,6-3,4
Turquie-7,56,75,15,054,445,024,714,52,3-1,0-1,8-1,1
Turquie exclue3,02,83,44,39,85,74,74,7-4,6-4,2-4,4-4,3
Pays baltes6,35,85,35,72,71,72,72,7-6,5-7,5-6,5-5,9
Estonie5,05,04,95,25,84,33,62,9-6,1-10,1-5,0-5,1
Lettonie7,96,15,56,02,51,93,03,0-9,6-8,7-8,5-7,1
Lituanie5,95,95,35,71,30,32,12,5-4,8-5,4-5,8-5,4
Europe centrale2,22,12,83,96,22,82,63,5-4,2-4,0-4,2-4,2
Hongrie3,83,33,63,99,25,35,34,8-3,4-4,1-4,8-4,6
Pologne1,01,32,64,15,51,91,12,4-3,9-3,5-3,7-4,0
République slovaque3,34,44,04,27,33,38,87,5-8,6-8,2-6,6-6,3
République tchèque3,12,01,93,34,71,81,13,0-5,7-5,3-5,8-5,3
Slovénie3,02,93,23,88,47,55,75,00,21,81,91,7
Europe du Sud et du Sud-Est4,84,24,75,025,116,912,39,5-5,7-4,2-4,7-4,4
Bulgarie4,04,05,05,57,55,83,04,1-6,2-3,4-5,5-4,6
Chypre4,12,02,24,32,02,84,32,0-4,3-5,4-5,0-4,0
Malte-0,82,72,83,32,92,22,02,0-4,7-6,1-6,5-6,5
Roumanie5,74,94,95,034,522,516,211,6-6,0-3,4-4,5-4,5

Comme c’est l’usage pour les Perspectives de l’économie mondiale, les variations des prix à la consommation sont données en moyennes annuelles, et non en glissement de décembre à décembre (comme dans certains pays).

En pourcentage du PIB.

Comme c’est l’usage pour les Perspectives de l’économie mondiale, les variations des prix à la consommation sont données en moyennes annuelles, et non en glissement de décembre à décembre (comme dans certains pays).

En pourcentage du PIB.

Un certain nombre de risques communs à plusieurs pays de la région pèsent cette année sur les perspectives de croissance. Dans l’immédiat, il se pourrait que la guerre en Iraq soit longue, ce qui renchérirait le pétrole et réduirait les exportations vers l’UE des économies d’Europe centrale et de la Bulgarie (étant donné les relations commerciales puissantes qui existent entre ces différents pays). Il se pourrait aussi que la Roumanie et les États baltes soient moins touchés grâce à la production locale de pétrole ou aux recettes de transbordement, mais un conflit prolongé en Iraq risque de causer un grave préjudice à la Turquie en provoquant une réduction des recettes tirées du tourisme et des exportations, une hausse des taux d’intérêt, une intensification des tensions inflationnistes et une dégradation de la position extérieure et des perspectives de refinancement de la dette publique. En second lieu, l’amélioration des perspectives dépendant nettement de la reprise en Europe occidentale, un redressement faible de l’activité dans les pays de l’UE aurait des répercussions sur les pays de la région en freinant les exportations, l’investissement direct étranger et les dépenses en capital – l’impact d’une croissance décevante en Europe occidentale sur les exportations des pays candidats à l’accession était déjà manifeste au second semestre de l’an dernier. Troisièmement, un risque grave pèse sur la politique budgétaire elle-même, car l’absence de résultats dans la lutte contre les déficits excessifs pourrait nuire à la confiance du marché et à l’activité dans les pays qui accusent un déficit élevé ou dont les régimes publics de retraite subissent d’intenses pressions démographiques.

La Pologne continue d’avoir la position cyclique la plus faible de la région. L’économie donne certes des signes de redressement après deux années de croissance médiocre, mais la situation risque de se dégrader à cause d’un chômage important, de perspectives d’investissement incertaines et de la dépendance à l’égard d’une reprise en Allemagne. Bien que la politique monétaire ait été assouplie l’an dernier et au début de 2003, les taux d’intérêt demeurent élevés compte tenu de la position cyclique de l’économie et le déficit budgétaire continue de menacer la confiance du marché. Ces deux facteurs font ressortir la nécessité de mieux doser les mesures de politique économique. La dette des administrations publiques devant atteindre 50% du PIB cette année (contre 40% en 2000), il n’est pas prudent que la loi de finances de 2003 ne prévoie pas d’ajustement structurel. L’austérité budgétaire, y compris le programme complet de réforme des finances publiques récemment présenté, est indispensable pour que les autorités puissent poursuivre l’assouplissement monétaire qu’autorise l’absence de tensions inflationnistes dans l’économie. Il est nécessaire d’accélérer les privatisations afin d’encourager la restructuration des entreprises et de moins recourir aux marchés des capitaux.

La position cyclique de la Hongrie est nettement plus forte que celle de la Pologne, mais ce pays doit également rééquilibrer sa politique économique afin de stimuler la croissance et de promouvoir la stabilité macroéconomique. En fait, si l’on s’attend à ce que l’expansion continue d’être très soutenue cette année, le principal défi pour les autorités est de limiter un déficit budgétaire qui ne cesse de se creuser (9 ½% du PIB en 2002) et le déséquilibre extérieur en résultant, qui est essentiellement financé par l’emprunt. Si elles parviennent à le relever, grâce en partie à un blocage des salaires du secteur public, elles pourraient atténuer certains risques connexes, comme une hausse assez rapide des salaires à l’échelle de l’économie et une dégradation de la compétitivité. Dans ce contexte, l’ajustement considérable des finances publiques que les autorités se sont donné comme objectif pour le présent exercice est judicieux et doit être complété par des réformes structurelles visant à mieux doser les dépenses courantes et les dépenses d’équipement. L’austérité budgétaire et la modération salariale permettraient en outre de soulager les autorités monétaires qui sont aux prises avec des objectifs de change et d’inflation conflictuels, comme le montrent les multiples baisses des taux d’intérêt décidées récemment pour réagir aux pressions à la hausse sur le forint, même si, d’après les projections, l’inflation devrait rester au-dessus de l’objectif fixé pour la fin de 2003.

En République tchèque, où l’on s’attend à ce que la croissance soit soutenue (à 2% environ) cette année, le récent déclassement de la dette souveraine a en outre attiré l’attention sur l’ampleur du déficit budgétaire. L’importance donnée au déficit s’explique par la perspective à moyen terme d’un ajustement relativement lent du solde budgétaire aux normes de Maastricht, des tensions démographiques assez fortes et la nécessité de donner davantage de flexibilité à la politique monétaire pour réagir aux chocs (y compris par un nouveau renforcement de la couronne), maintenant que les taux d’intérêt intérieurs ont été ramenés en deçà du taux de la BCE. En Slovaquie, où la reprise s’installe, le durcissement sensible de la politique budgétaire dans la loi de finances de 2003 est une réponse adaptée au gonflement des apports de capitaux. Un effort budgétaire encore plus important pourrait néanmoins s’imposer si ces apports se maintenaient, en particulier après l’assouplissement monétaire substantiel (150 points de base) décidé en novembre dernier.

La Bulgarie et la Roumanie, où l’activité est demeurée robuste en 2002, devraient figurer parmi les pays de l’Europe du Sud-Est dont la croissance a été la plus forte cette année-là. Néanmoins, le déficit des transactions courantes élevé prévu en Bulgarie et la forte inflation que connaît la Roumanie soulignent la nécessité d’appliquer une politique d’austérité budgétaire et de procéder à des réformes structurelles pour améliorer l’efficience et la rentabilité des entreprises d’État. Dans ce contexte, l’objectif d’un ratio déficit/PIB de 0,7% en Bulgarie en 2003 devrait jouer un rôle essentiel dans la réduction du déficit extérieur et être soutenu par des mesures structurelles visant à améliorer l’administration de l’impôt et la gestion des dépenses. En Roumanie, le relèvement considérable du salaire minimum en janvier et les pertes constantes des entreprises d’État risquent de perturber le processus de désinflation et montrent qu’il faut réaliser l’ajustement budgétaire prévu dans la loi de finances de 2003 et continuer de durcir les contraintes budgétaires concernant les entreprises d’État.

La croissance a continué d’être solide dans les États baltes l’an dernier malgré le ralentissement de l’activité dans les pays de l’UE, car la demande intérieure, soutenue par un chômage peu élevé, une progression rapide des salaires réels et une reprise des projets d’investissement liés à l’accession à l’UE et à l’OTAN, a pu compenser les répercussions du fléchissement des exportations nettes. D’excellents antécédents en matière d’application de la politique économique ont également contribué au reclassement de la dette souveraine l’an dernier. Cependant, un déficit des transactions courantes élevé constitue en permanence un risque pour les perspectives et montre qu’il faut poursuivre l’assainissement budgétaire à moyen terme, dans un contexte marqué par une hausse des dépenses imputable à l’accession à l’UE et, parfois, à des élections. Ces pressions exigent un examen attentif des priorités de dépenses et des engagements de réduction d’impôts de l’État afin de maintenir l’assainissement budgétaire sur sa lancée en 2003-04 et d’assurer la crédibilité de l’objectif d’équilibre budgétaire à moyen terme, deux facteurs essentiels pour gérer les risques que fait courir à la confiance des marchés un déficit extérieur très élevé.

Après des résultats meilleurs que prévu l’an dernier, la situation économique et financière de la Turquie s’est dégradée au début de 2003 (les marges ont alors été fortement majorées), de sorte que la réaction favorable des marchés au gouvernement qui a pris ses fonctions après les élections de novembre dernier s’est inversée. Cette évolution semble tenir essentiellement à des dérapages budgétaires et financiers, qui font ressortir les vulnérabilités liées au refinancement de la dette publique du pays, ainsi qu’à la situation géopolitique. Pour soutenir la confiance, le gouvernement doit de toute urgence établir sa crédibilité budgétaire, notamment en prenant les mesures nécessaires pour tenir son engagement de réaliser un excédent primaire de 6½% du PNB, parallèlement à une application rigoureuse des mesures de soutien. La récente loi d’amnistie fiscale a fait manquer une chance unique de renforcer le civisme fiscal. Ce n’est qu’en lançant rapidement des actions énergiques, surtout dans le domaine budgétaire, que les doutes sur la viabilité de la dette seront dissipés. Un cadre budgétaire solide est également indispensable pour étayer la politique de désinflation durant l’année et la transition au ciblage de l’inflation. Des avancées régulières dans les réformes structurelles demeurent cruciales, notamment dans les domaines des banques, des entreprises d’État et des privatisations.

Communauté des États indépendants (CEI): la fermeté des résultats pétroliers masque les faiblesses des autres secteurs

Les résultats économiques récents des pays de la CEI ont été assez bons, mais le ralentissement de la croissance des investissements, en Russie notamment, amène à s’interroger sur les perspectives à moyen terme. Dans la région, la croissance du PIB réel s’est bien comportée en 2002, grâce à la vigueur des prix de l’énergie (tableau 1.9 et graphique 1.13). Les exportateurs nets d’hydrocarbures représentent plus de 75% du PIB de la CEI et, en 2002, leurs exportations de pétrole se sont accrues, tant en valeur qu’en volume, par suite de la hausse des prix et d’une augmentation des parts de marché. Dans les pays exportateurs de pétrole, le solde des transactions courantes s’est en général dégradé malgré la fermeté des prix, en raison d’un envol de la consommation privée alimenté par de fortes hausses des salaires réels en Russie et de l’investissement direct étranger lié au secteur des hydrocarbures en Azerbaïdjan. Dans les pays qui importent du pétrole, l’augmentation de la demande d’exportations consécutive à la vigueur de l’économie des pays producteurs d’énergie a permis d’atténuer les répercussions de la hausse des prix sur la croissance et le solde des transactions courantes. En Ukraine, la croissance a fléchi par rapport à son rythme exceptionnellement rapide de 2001, àcause, en partie, du ralentissement de l’activité dans le secteur de la transformation des métaux, qui tenait lui-même aux restrictions imposées par les autres pays à l’accès à leur marché.

Graphique 1.13.Russie: les bons résultats pétroliers masquent les faiblesses des autres secteurs

La croissance du PIB a occulté le recul de la contribution de l’investissement, et la vigueur des recettes pétrolières la dégradation du solde budgétaire non pétrolier; l’expansion rapide de la monnaie risque d’alimenter les tensions inflationnistes.

Sources: Haver Analytics; estimations des services du FMI.

1Opérations du budget fédéral (engagements).

Tableau 1.9.Communauté des États indépendants: PIB réel, prix à la consommation et solde des transactions courantes(Variations annuelles en pourcentage, saut indication contraire)
PIB réelPrix à la consommation1Solde des transactions courantes2
200120022003200420012002200320042001200220032004
Communauté des États indépendants6,44,34,43,920,414,512,39,17,76,97,64,4
Russie5,04,34,03,520,716,013,49,710,58,810,16,3
Russie exclue9,25,85,34,919,911,610,17,6-0,31,0-0,8-2,3
Pays avancés dans la réforme9,96,56,05,59,42,75,14,70,21,8-0,3-2,4
Arménie9,612,97,06,03,11,12,21,8-8,9-5,1-6,9-6,1
Azerbaïdjan9,910,69,28,81,52,82,72,5-0,9-12,6-29,7-34,6
Géorgie4,55,44,84,54,75,65,05,0-5,0-6,7-13,7-13,3
Kazakhstan13,59,58,58,08,35,96,45,0-3,2-1,81,9-0,7
Moldova6,17,25,05,09,85,34,66,0-6,0-7,2-8,2-8,2
République kirghize5,3-0,55,25,07,02,13,94,0-1,2-2,3-3,8-4,3
Ukraine9,24,64,54,012,00,85,05,03,77,64,72,8
Pays moins avancés dans la réforme34,64,13,83,754,739,224,415,1-1,9-1,2-2,8-2,9
Belarus4,74,7å4,03,561,142,628,618,9-2,3-1,9-2,2-2,9
Ouzbékistan3,82,83,14,048,938,821,111,6-1,00,3-3,8-2,6
Tadjikistan10,27,56,04,038,612,29,55,3-7,1-4,2-4,0-3,9
Pour mémoire
Exportateurs nets d’énergie46,14,84,43,919,214,812,59,39,27,68,85,2
Importateurs nets d’énergie57,14,64,44,025,013,711,48,40,73,10,6-0,4
CE1-765,95,55,25,222,516,910,66,9-2,6-5,0-12,7-13,6

Comme c’est l’usage pour les Perspectives de l’économie mondiale, les variations des prix à la consommation sont données en moyennes annuelles, et non en glissement de décembre à décembre (comme dans certains pays).

En pourcentage du PIB.

On ne dispose pas de données à jour sur le Turkménistan.

Azerbaïdjan, Kazakhstan, Russie et Turkménistan.

Arménie, Belarus, Géorgie, Moldova, Ouzbékistan, République kirghize, Tadjikistan et Ukraine.

Arménie, Azerbaïdjan, Géorgie, Moldova, Ouzbékistan, République kirghize et Tadjikistan.

Comme c’est l’usage pour les Perspectives de l’économie mondiale, les variations des prix à la consommation sont données en moyennes annuelles, et non en glissement de décembre à décembre (comme dans certains pays).

En pourcentage du PIB.

On ne dispose pas de données à jour sur le Turkménistan.

Azerbaïdjan, Kazakhstan, Russie et Turkménistan.

Arménie, Belarus, Géorgie, Moldova, Ouzbékistan, République kirghize, Tadjikistan et Ukraine.

Arménie, Azerbaïdjan, Géorgie, Moldova, Ouzbékistan, République kirghize et Tadjikistan.

D’après les projections, la croissance devrait se replier légèrement en 2003 dans la région, à mesure que le coup de fouet donné par la hausse des prix du pétrole sera plus que compensé par un ralentissement de l’inflation dans le secteur non pétrolier. En Russie, la pause dans les réformes structurelles freine l’investissement fixe7; selon les projections, la productivité totale des facteurs devrait augmenter de 1½ à 2% environ par an au cours des années à venir, soit 1½ à 2% de moins que dans les pays d’Europe orientale les plus avancés dans la réforme. Un conflit prolongé en Iraq est le risque le plus grave pour les perspectives, car il aurait des conséquences inégales pour les pays qui exportent du pétrole, mais pénaliseraient clairement ceux qui en importent. Les pays exportateurs tireraient parti d’une hausse des prix, mais souffriraient du ralentissement de l’activité mondiale. Les pays très endettés (Géorgie, Moldova, République kirghize et Tadjikistan), qui tous importent de l’énergie et exportent des produits de base autres que des combustibles, seraient touchés par des variations défavorables des termes de l’échange et une aggravation des conditions financières mondiales. Inversement, un effondrement des prix du pétrole après la guerre aurait des répercussions sur les exportateurs d’énergie.

La hausse des prix du pétrole aide à améliorer le solde budgétaire de certains pays exportateurs d’énergie, encore qu’en Russie, le solde non pétrolier se soit dégradé. L’aggravation du déficit non pétrolier en Russie en 2002 s’explique par des hausses de salaires, l’augmentation des dépenses de sécurité et les pertes de recettes liées à la réforme fiscale en cours. La politique de relance budgétaire exerçant des pressions à la hausse sur l’inflation et le taux de change réel et ne permettant guère de procéder à de nouvelles dépenses au titre des infrastructures ou des réformes structurelles, il serait vain à ce stade de poursuivre les baisses d’impôts sans réduire en contrepartie les dépenses. Plus fondamentalement, il serait utile de prévoir un mécanisme institutionnel (comme les caisses de stabilisation mises en place en Azerbaïdjan et au Kazakhstan) qui empêcherait la politique budgétaire d’être trop sensible aux variations des prix du pétrole. Si le solde budgétaire de la plupart des pays importateurs de pétrole ne doit guère varier en 2003, le niveau élevé de la dette publique continue de menacer la viabilité de la situation budgétaire de la plupart des sept pays à faible revenu de la CEI (Arménie, Azerbaïdjan, Géorgie, Moldova, Ouzbékistan, République kirghize et Tadjikistan).

Dans la plupart des pays de la CEI, l’inflation a encore ralenti en 2002, grâce parfois au recul des prix des denrées alimentaires qu’ont entraîné de bonnes récoltes. Dans de nombreux pays toutefois, la masse monétaire au sens large a continué de s’accroître rapidement, du fait en partie des efforts déployés pour contenir l’appréciation du taux de change. Il y a un risque que, dans l’avenir, la remonétisation (augmentation de la demande de monnaie) ne suive pas cette croissance rapide de la masse monétaire au sens large et fasse naître ainsi des tensions inflationnistes. Dans certains pays, dont la Russie, un taux de change plus flexible et, à terme, une politique monétaire axée sur le ciblage de l’inflation et soutenue par des outils plus efficaces aideraient à freiner durablement l’inflation.

Dans la plupart des pays, la forte expansion monétaire s’explique par les taux élevés de croissance du crédit bancaire, ce qui amène à s’interroger sur la solidité de leur système bancaire. Si elle est rapide, la croissance du crédit menace la qualité des actifs, étant donné la capacité limitée des banques d’évaluer adéquatement le risque de crédit et les carences, dans beaucoup de pays, du contrôle bancaire. Un risque parallèle découle de la forte dollarisation du crédit dans de nombreux pays, qui pourrait provoquer une détérioration rapide de la qualité du crédit si les taux de change se dépréciaient. En outre, les taux d’intérêt réels en monnaie locale demeurent élevés dans plusieurs pays, à cause de la faible protection dont bénéficient les créanciers. Dans ces conditions, il est primordial de renforcer le contrôle des banques et les mécanismes de défense des droits des créanciers, ainsi que de lutter contre les interventions injustifiées de l’État dans les opérations bancaires. Il est particulièrement important d’appliquer strictement et uniformément les normes prudentielles, surtout en cas de débiteur unique prédominant.

En outre, une accélération des réformes structurelles dans les secteurs autres que le secteur financier aiderait à renforcer les perspectives de croissance à moyen terme. En 2002, les réformes structurelles ont en général ralenti dans les grands pays (Russie, Ukraine et Kazakhstan) à cause de l’opposition de groupes d’intérêts, et dans les pays exportateurs d’énergie, les contraintes financières ayant été assouplies par suite de la hausse des prix du pétrole. Dans les autres pays, les progrès ont été inégaux, les réformes avançant manifestement en République kirghize, en Arménie et au Tadjikistan. La difficulté d’appliquer avec succès, même lorsque le contexte macroéconomique est relativement favorable, des mesures dont les bienfaits ne sont ni manifestes ni immédiats souligne l’intérêt d’avoir un point d’ancrage externe pour les réformes structurelles (voir chapitre III).

Afrique: une croissance toujours très dépendante de la stabilité et des réformes

En 2000-01, l’Afrique avait su en général s’adapter au ralentissement de l’activité mondiale (graphique 1.14), grâce à une amélioration de la sécurité et de la stabilité macroéconomique, ainsi qu’aux allégements de dette accordés dans le cadre de l’initiative en faveur des pays pauvres trés endettés (PPTE). Cependant, malgré la reprise mondiale et la hausse des cours des produits de base autres que les combustibles, la croissance du PIB dans la région a ralenti en 2002, en raison d’une baisse de la production de pétrole du Nigéria, ainsi que d’une recrudescence des chocs. En particulier, des conditions atmosphériques médiocres ont fait chuter la production agricole au second semestre de 2002 dans de nombreux pays de la corne de l’Afrique, d’Afrique australe et du Sahel occidental. Cette chute de la production agricole et des pénuries alimentaires aggravées par les problèmes de gouvernance et la pandémie du VIH/SIDA ont été à l’origine d’une famine catastrophique qui touche quelque 38 millions de personnes. En outre, les troubles que continue de connaître le Zimbabwe et une rébellion en Côte d’Ivoire ont eu un impact défavorable sur la croissance de ces pays et de leurs voisins (en particulier les pays enclavés comme le Mali, le Burkina Faso et le Niger qui ne peuvent plus utiliser le port d’Abidjan).

Graphique 1.14.Afrique: une croissance très influencée par des facteurs propres à chaque pays

La corrélation de la croissance des économies africaines avec celle des pays du G-7 faiblit nettement depuis 2000, sous l’effet en partie de facteurs favorables propres à ces économies (amélioration de la sécurité, notamment). En Afrique, beaucoup plus que pour l’ensemble des pays en développement, les taux de croissance du PIB continuent de varier considérablement d’une économie à l’autre.

1Pays d’Afrique subsaharienne non compris.

D’après les projections, la croissance du PIB en Afrique remontera à 4% en 2003 (soit un peu moins de 2% pour le PIB par habitant), grâce à l’amélioration continue de la politique économique, à la reprise mondiale et à la hausse des cours des produits de base autres que les combustibles (tableau 1.10). Cependant, ce résultat dépendra essentiellement du retour rapide à de meilleures conditions atmosphériques et d’un renforcement sensible de la sécurité en Afrique de l’Ouest8. En outre (voir appendice 1.2), un conflit en Iraq qui serait long ou dont les conséquences seraient plus graves qu’on ne le prévoit actuellement aurait des répercussions profondes sur le continent. Les exportateurs de pétrole en tireraient, certes, parti, mais les termes de l’échange de nombre des pays les plus pauvres subiraient un choc considérable par suite d’une baisse des cours des produits de base hors combustibles et d’un renchérissement du pétrole, ainsi que, parfois, d’un recul du tourisme.

Tableau 1.10.Pays d’Afrique (échantillon): PIB réel, prix à la consommation et solde des transactions courantes(Variations annuelles en pourcentage, sauf indication contraire)
PIB réelPrix à la consommation1Solde des transactions courantes2
200120022003200420012002200320042001200220032004
Afrique3,63,43,95,213,09,310,17,6-0,1-1,8-0,5-0,9
Maghreb4,13,34,54,32,62,23,33,17,24,45,84,1
Algérie2,13,13,54,34,21,44,24,012,98,612,78,7
Maroc6,54,55,53,40,62,82,02,04,82,91,52,0
Tunisie5,21,95,06,01,93,13,32,9-4,3-3,7-4,5-3,3
Région subsaharienne33,83,54,26,421,612,213,910,3-3,9-5,8-3,9-4,1
Corne de l’Afrique6,15,03,26,21,82,35,95,4-7,4-7,5-6,9-7,6
Éthiopie7,75,0-2,06,4-7,1-7,24,53,0-4,2-6,4-7,8-6,6
Soudan5,35,05,86,24,96,05,05,0-10,3-9,6-8,3-10,6
Région des grands lacs2,34,14,55,354,67,05,94,0-3,9-4,5-5,7-6,9
Congo, Rép. dém. du-2,13,05,06,0356,725,713,36,1-4,7-3,3-4,1-8,1
Kenya1,21,21,83,15,82,04,82,4-3,5-4,3-6,2-7,2
Ouganda5,56,65,76,24,5-2,01,03,5-6,8-6,8-7,5-8,0
Tanzanie5,65,96,06,05,24,74,23,8-1,5-2,6-3,7-4,2
Afrique australe2,92,73,06,835,238,846,431,8-4,8-5,3-5,1-2,9
Angola3,217,14,710,6152,6108,975,619,3-2,06,68,31,9
Zimbabwe-8,8-12,8-11,05,176,7140,0450,0350,0-9,7-12,3-13,9-9,5
Afrique de l’Ouest et Afrique centrale4,03,15,06,712,07,78,16,3-2,7-6,0-2,1-2,7
Ghana4,24,54,75,032,914,511,86,5-6,6-2,2-5,6-4,6
Nigeria2,80,56,74,218,912,915,312,62,7-8,01,8-0,8
Zone franc CFA4,94,53,98,94,23,63,32,8-6,7-4,8-4,1-3,4
Cameroun5,34,34,75,02,84,53,42,7-1,7-3,7-6,3-7,0
Côte d’Ivoire0,10,5-2,03,04,43,54,03,5-2,00,11,7-0,1
Afrique du Sud2,83,02,83,25,710,08,55,7-0,10,1-0,8-0,5
Pour mémoire
Pays importateurs de pétrole3,83,33,75,211,98,59,37,3-2,4-3,2-3,6-2,8
Pays exportateurs de pétrole3,03,64,84,916,812,313,08,46,22,08,14,6

Comme c’est l’usage pour les Perspectives de l’économie mondiale, les variations des prix â la consommation sont données en moyennes annuelles, et non en glissement de décembre à décembre (comme dans certains pays).

En pourcentage du PIB.

Non compris l’Afrique du Sud.

Comme c’est l’usage pour les Perspectives de l’économie mondiale, les variations des prix â la consommation sont données en moyennes annuelles, et non en glissement de décembre à décembre (comme dans certains pays).

En pourcentage du PIB.

Non compris l’Afrique du Sud.

En Afrique, les politiques macroéconomiques ont été considérablement améliorées ces dernières années. Si le taux d’inflation reste très inquiétant dans quelques pays, notamment le Zimbabwe et l’Angola et, dans une moindre mesure, la Somalie et le Nigéria, il est maintenant inférieur à 10% dans la plupart des économies, grâce à une réduction significative du déficit budgétaire depuis le milieu des années 90. Cependant, la gestion macroéconomique des abondantes ressources naturelles de l’Afrique, qui ont moins contribué qu’elles ne l’auraient dû au développement économique et social du continent, reste un sujet de préoccupation. Cela est particulièrement manifeste dans les pays exportateurs d’énergie, dont la politique budgétaire a souvent été menée en fonction de l’évolution àcourt terme des prix du pétrole, d’où une alternance de phases d’expansion et de récession. Une approche plus rigoureuse (par exemple, économiser des recettes pétrolières lorsque les prix du pétrole sont plus élevés que la moyenne) pourrait aider à réduire cette instabilité macroéconomique; en outre, les ressources pétrolières n’étant pas renouvelables, il convient de prêter davantage attention au concept d’équité générationnelle (comme on envisage de le faire au Tchad). Les problèmes de gouvernance sont également préoccupants, ce qui souligne la nécessité de renforcer l’appareil juridique et ses moyens d’application, ainsi que la transparence, entre autres par des audits indépendants et publiés des comptes du secteur pétrolier d’État et des sociétés pétrolières nationales ou étrangères. Ces considérations s’appliquent aussi, à des degrés divers, à la gestion des autres ressources naturelles.

Le principal défi à relever en Afrique demeure la mise en place des conditions nécessaires pour atteindre les objectifs de développement pour le Millénaire, notamment une réduction durable de la pauvreté. Si les tendances actuelles se maintiennent, de nombreux pays d’Afrique subsaharienne ne sont pas près de réaliser ces objectifs à moins que la croissance de leur PIB ne s’accélère fortement pour passer à des taux proches de ceux qu’ont enregistrés les économies en développement d’Asie ces deux dernières décennies. Ces taux très élevés ne pourront être atteints que si le climat de l’investissement privé, qui demeure en général peu favorable, s’améliore considérablement. En Afrique, le taux de rendement du capital est, selon les estimations, inférieur d’un tiers à celui observé dans les autres régions; depuis les années 80, le stock de capital privé par travailleur a diminué de 20% et se chiffre à l’heure actuelle au tiers environ du niveau constaté en Asie du Sud (Collier and Gunning, 1999). Enfin, hormis dans quelques pays comme Maurice, le Mozambique et l’Ouganda qui ont sensiblement amélioré le climat de l’investissement, l’investissement direct étranger dans les secteurs autres que celui des ressources naturelles demeure très faible.

Pour renforcer le climat de l’investissement, il convient, comme le fait le Nouveau partenariat pour le développement de l’Afrique (NOPADA), d’insister sur la nécessité de prendre de nombreuses mesures en vue, notamment, de rétablir la paix et la stabilité politique, d’améliorer les infrastructures, la santé et l’éducation, la gouvernance, et la prestation des services publics, de libéraliser les marchés, y compris le commerce extérieur, et de s’attaquer à la pandémie du VIH/SIDA (voir encadré 3.3). Nombre de ces mesures ont pour dénominateur commun une consolidation des institutions, thème auquel le NOPADA accorde une attention particulière: si elle se dotait d’institutions respectant les normes appliquées par les économies en développement d’Asie, l’Afrique pourrait, toutes choses égales par ailleurs, accroître son PIB de 80% (voir chapitre III). Des progrès continuent d’être accomplis (voir la dernière édition des Perspectives), mais beaucoup reste à faire, tant dans les pays qu’au niveau de la région, car il faut désormais donner un tour concret au NOPADA (la prochaine mesure importante étant la mise en place d’un suivi efficace par les pairs). Les efforts déployés par les pays africains devraient par ailleurs s’accompagner d’une assistance supplémentaire de la communauté internationale, y compris une aide plus élevée, des allégements de dette et, ce qui est plus important, un meilleur accès aux marchés. Si le protectionnisme agricole des pays industrialisés était éliminé, le PIB de l’Afrique subsaharienne pourrait augmenter rapidement de 0,6% et d’un taux beaucoup plus élevé à long terme.

L’Afrique du Sud, l’une des premières économies de la région, continue de bénéficier d’une croissance modérément forte. Les vulnérabilités extérieures ont été réduites: le solde courant a été légèrement excédentaire en 2002, la position à terme nette de la banque centrale est presque éliminée et les marges sur la dette souveraine sont au plus bas. Le rand, qui s’étail fortement déprécié jusqu’à la fin de 2001, s’est apprécié de 30% environ par rapport au dollar, du fait de la hausse des cours des métaux et du niveau relativement élevé des taux d’intérêt intérieurs. Cependant, l’inflation dépassant nettement l’objectif prévu, il conviendra, pour la faire retomber à l’intérieur d’une fourchette comprise entre 3 et 6% en 2004, de continuer d’appliquer une politique monétaire prudente. Toutefois, étant donné que le déficit budgétaire de l’exercice 2002/03 sera sans doute inférieur aux prévisions, la loi de finances de 2003/04 permet àjuste titre d’assouplir légèrement la politique budgétaire à moyen terme, ce qui aidera les autorités à s’attaquer aux besoins sociaux pressants de l’Afrique du Sud. À moyen terme, l’objectif prioritaire sera de réduire le niveau très élevé du chômage et de la pauvreté, y compris en encourageant l’investissement direct étranger et en poursuivant la réforme du marché du travail.

Au Nigéria, les déséquilibres macroéconomiques se sont nettement aggravés ces deux dernières années, atteignant des niveaux intolérables. Malgré la hausse des prix du pétrole, le déficit budgétaire a fortement augmenté, alors que progressaient parallèlement la dette à court terme et les arriérés extérieurs envers les créanciers officiels; récemment, des troubles ethniques dans la région pétrolifère du delta ont perturbé la production de pétrole. Les réserves internationales se sont effondrées par suite de l’application d’une politique budgétaire expansionniste et, pendant le premier semestre de 2002, d’une politique de change non flexible. Nonobstant les efforts déployés pour freiner les dépenses en capital et une gestion du taux de change légèrement plus flexible depuis le second semestre de 2002, la situation reste extrêmement difficile et le Nigeria est très vulnérable à une chute des prix du pétrole. Par ailleurs, l’actuelle politique monétaire accommodante risque de raviver les tensions inflationnistes. Alors que la loi de finances de 2003 approuvée par l’assemblée nationale devrait permettre de dégager un excédent budgétaire dans la mesure où le pétrole serait vendu aux prix de référence prévus dans les Perspectives, un déficit élevé est possible si la récente baisse se poursuit; les autorités doivent également en priorité resserrer la politique monétaire et donner davantage de flexibilité au taux de change afin de réduire les pressions sur les réserves extérieures. Après les élections d’avril, le nouveau gouvernement devra rompre de façon définitive avec les politiques du passé qui engendraient une alternance de phases d’expansion et de récession – conformément aux orientations exposées ci-dessus – et s’employer résolument à ramener les dépenses, au titre surtout de la fonction publique, à un niveau viable à moyen terme.

En Algérie, les troubles civils et la violence politique continuent de freiner l’activité et, comme dans beaucoup de pays du Maghreb et du Levant, le niveau élevé du chômage demeure un grave sujet de préoccupation. La situation macroéconomique reste solide: l’inflation est faible, le solde extérieur courant est excédentaire et la dette extérieure nette diminue régulièrement. La croissance du PIB, qui, selon les projections, devrait se redresser modérément en 2003, grâce, entre autres, à une reprise de la production d’hydrocarbures et de céréales, reste très en deçà du niveau nécessaire pour réduire fortement le chômage au cours des années à venir. L’investissement étant déjà très élevé, l’un des principaux enjeux est d’en améliorer l’efficacité en encourageant plus énergiquement le développement du secteur privé, surtout par une réduction de la taille des administrations, une simplification des lourdes procédures administratives, ainsi que de l’accès aux terres, et une réforme bancaire.

Moyen-Orient: gérer la transition démographique

Contrairement à la plupart des autres régions, la croissance du PIB au Moyen-Orient est restée faible en 2002 (tableau 1.11), en raison de la chute de la production de pétrole consécutive à la réduction de l’offre décidée par l’OPEP, des répercussions sur le tourisme des attentats du 11 septembre et d’un climat politique et sécuritaire toujours difficile. Cependant, la situation varie considérablement selon les pays, la croissance étant en général forte dans ceux où la réforme a le plus progressé ces dernières années. À l’exception notable du Liban, les déséquilibres macroéconomiques sont en général modérés, encore que les pressions budgétaires demeurent un facteur de vulnérabilité dans un certain nombre de pays. À long terme, le principal enjeu pour les pays de la région est toujours de parvenir au taux de croissance durable qui permettra de réduire le chômage et d’absorber une population active en forte augmentation.

Tableau 1.11.Pays du Moyen-Orient (échantillon): PIB réel, prix à la consommation et solde des transactions courantes(Variations annuelles en pourcentage, sauf indication contraire)
PIB réelPrix à la consommation1Solde des transactions courantes2
200120022003200420012002200320042001200220032004
Moyen-Orient34,03,95,14,88,19,29,79,17,34,99,04,2
Pays exportateurs de pétrole44,14,45,85,310,111,512,111,310,06,411,65,6
Arabie Saoudite1,22,14,03,1-0,8-0,41,11,07,86,413,76,3
Iran, Rép. islamique d’5,76,06,55,911,415,517,015,04,82,32,7-1,1
Koweït-1,1-0,92,02,11,72,02,02,026,121,417,612,4
Levant54,02,33,13,51,82,32,82,7-1,6-0,9-1,6-1,8
Égypte3,52,03,03,52,42,53,02,7-0,3-0,4
Jordanie4,24,95,05,51,81,82,51,8-0,14,30,20,9
Pour mémoire
Israël-0,9-1,00,52,21,15,72,81,0-2,0-2,1-2,3-2,2

Comme c’est l’usage pour les Perspectives de l’économie mondiale, les variations des prix à la consommation sont données en moyennes annuelles, et non en glissement de décembre à décembre (comme dans certains pays).

En pourcentage du PIB.

Arabie Saoudite, Bahreïn, Égypte, Émirats arabes unis, République islamique d’Iran, Iraq, Jordanie, Koweït, Liban, Libye, Oman, Qatar, République arabe syrienne et République du Yémen.

Arabie Saoudite, Bahreïn, Émirats arabes unis, République islamique d’Iran, Iraq, Koweït, Libye, Oman et Qatar.

Égypte, Jordanie, Liban et République arabe syrienne.

Comme c’est l’usage pour les Perspectives de l’économie mondiale, les variations des prix à la consommation sont données en moyennes annuelles, et non en glissement de décembre à décembre (comme dans certains pays).

En pourcentage du PIB.

Arabie Saoudite, Bahreïn, Égypte, Émirats arabes unis, République islamique d’Iran, Iraq, Jordanie, Koweït, Liban, Libye, Oman, Qatar, République arabe syrienne et République du Yémen.

Arabie Saoudite, Bahreïn, Émirats arabes unis, République islamique d’Iran, Iraq, Koweït, Libye, Oman et Qatar.

Égypte, Jordanie, Liban et République arabe syrienne.

Pour 2003, les projections font état d’un redressement de la croissance du PIB dans toute la région, grâce à une hausse des prix et de la production de pétrole, à la poursuite de la reprise mondiale et à l’affaiblissement des chocs antérieurs. Cependant, d’importants risques pèsent sur ces perspectives, ne serait-ce qu’à cause de la guerre eu Iraq (appendice 1.2). La hausse des prix et de la production de pétrole avantage, certes, temporairement les pays producteurs, mais les pays importateurs sont pénalisés et déjà, dans certains pays de la région, le tourisme diminue et le commerce extérieur et l’investissement subissent des perturbations. Cependant, le préjudice sera plus important pour les pays qui entretiennent des relations économiques étroites avec l’Iraq, la Jordanie et la Syrie notamment, et, en particulier si la guerre est longue, les pressions s’intensifieront sur les pays déjà aux prises avec des difficultés économiques, plus précisément ceux qui sont vulnérables à un renchérissement du pétrole et à une baisse des recettes touristiques. Il se peut qu’après le conflit, les prix du pétrole diminuent fortement – dans le prolongement de leur récente évolution (appendice 1.1), ce qui aurait de graves conséquences pour les pays exportateurs d’hydrocarbures de la région.

Parmi les grands pays producteurs de pétrole, l’Iran a enregistré d’excellents résultats ces deux dernières années, la confiance extérieure dans les perspectives et la gestion de l’économie augmentant, comme en témoigne le succès avec lequel ont été lancées deux émissions d’euroobligations pendant le second semestre de 2002. Comme l’inflation s’accélère, il sera toutefois nécessaire d’engager de nouvelles actions en vue de freiner la croissance de la liquidité, le plus important étant de procéder à une correction du déficit budgétaire non pétrolier plus ambitieuse que celle prévue dans la loi de finances adoptée pour 2003/04. Il conviendrait aussi de suivre attentivement la progression, toujours rapide, des agrégats du crédit, ainsi que ses conséquences sur la solidité du système bancaire. En Arabie Saoudite, la position budgétaire s’est affaiblie en 2001 et en 2002 à cause de la baisse des prix du pétrole et d’un dépassement des dépenses budgétaires. La récente hausse des prix du pétrole stimulera, certes, temporairement les recettes en 2003, mais, étant donné que la dette intérieure publique se chiffrait à près de 90% du PIB à la fin de 2002, les autorités devraient redoubler d’efforts pour, comme elles se le proposent, parvenir à l’équilibre budgétaire, voire dégager un léger excédent, d’ici à 2005 en élargissant les bases d’imposition non pétrolières et en freinant les dépenses. L’une des principales tâches de l’Arabie Saoudite et des autres pays membres du Gulf Cooperation Council (GCC) sera d’établir les institutions qui permettront d’adopter les politiques macroéconomiques nécessaires pour passer, comme prévu, à une union économique et monétaire en 2010.

En Égypte, après avoir ralenti après les attentats du 11 septembre, la croissance du PIB a peut-être commencé à se redresser à la fin de 2002, grâce notamment à un rebond du tourisme. Cependant, la reprise n’est pas encore profondément installée et la guerre en Iraq entraînera sans doute un nouveau repli du tourisme. Davantage de flexibilité a été donnée au taux de change, de sorte que la monnaie s’est fortement dépréciée depuis le milieu de 2000. Toutefois, un marché parallèle est de nouveau apparu par suite d’une pénurie continue de devises sur le marché officiel. L’adoption d’un régime de flottement libre à la fin de janvier 2003 est donc une mesure judicieuse qui pourra réduire la vulnérabilité de l’Égypte aux chocs extérieurs, mais il faut que, parallèlement, les banques passent à des taux de change d’équilibre du marché. Pour l’avenir, un taux de change plus flexible devra s’accompagner d’un renforcement de la politique monétaire (à cet égard, la mise en place récemment de nouveaux instruments monétaires et d’un marché au jour le jour représente une avancée importante). Sur le plan budgétaire, il y a lieu de se féliciter du modeste assainissement prévu pour l’exercice 2002/03, et un nouveau durcissement sera sans doute nécessaire à moyen terme, compte tenu des difficultés qui se font jour et de l’augmentation de l’endettement net du secteur public (qui représente actuellement environ 60% du PIB). En ce qui concerne les autres pays du Levant, la situation macroéconomique a évolué assez favorablement en Jordanie, du fait du dynamisme des exportations, encore que ce pays soit vulnérable aux événements géopolitiques (voir supra). Au Liban, malgré une nette amélioration ces deux derniers exercices, le déficit budgétaire (qui s’établit à 15% du PIB) demeure très élevé, et la dette intérieure brute se chiffre à 175% du PIB. Bien que la dynamique de la dette publique reste extrêmement problématique, on s’attend à ce que le ratio d’endettement diminue sensiblement à moyen terme si les autorités peuvent continuer d’assainir les finances publiques, comme l’envisage la loi de finances de 2003, et appliquer parallèlement leur stratégie visant à opérer des privatisations massives, à rechercher des financements extérieurs concessionnels (des engagements de 4,3 milliards de dollars ont été pris lors de la récente conférence des donateurs) et à négocier une réduction des charges d’intérêts sur la dette publique envers les banques intérieures.

Pour la plupart des pays du Moyen-Orient et d’Afrique du Nord, la transition démographique qui se prépare est le principal défi à relever, car le taux de croissance démographique élevé de ces deux dernières décennies a fait fortement augmenter la population active (graphique 1.15). Celle-ci ne peut être absorbée, et les taux de chômage exceptionnels de la région réduits, que si l’emploi progresse sensiblement (à des taux nettement supérieurs à ceux observés par le passé dans le cas de nombreux pays). Dans ce contexte, la productivité de la main-d’œuvre doit impérativement s’élever, en partie grâce à une hausse de l’investissement, mais aussi, et ce point est très important, à des réformes visant à stimuler le secteur privé et à accroître le rendement du travail et du capital. Les priorités varient selon les pays, mais, partout, il convient fondamentalement de réformer l’État, ses institutions et les marchés du travail, de libéraliser le commerce extérieur, l’investissement et les prix et d’assainir et de privatiser les entreprises publiques. Alors que des avancées sont observées dans ces domaines (en Iran et en Jordanie surtout et, à des degrés divers, dans les autres pays), les réformes sont souvent incomplètes et, dans plusieurs pays, certaines réformes capitales n’ont pas encore été amorcées. Étant donné la nature relativement fermée de nombreuses économies de la région, les bienfaits à tirer d’une intégration régionale et internationale plus poussée semblent particulièrement importants (voir la dernière édition des Perspectives).

Graphique 1.15.Moyen-Orient et Afrique du Nord: gérer la transition démographique

Au cours des prochaines années, l’une des tâches primordiales des pays de la région sera d’améliorer la croissance du PIB et l’emploi, afin d’absorber une population active en forte croissance et de réduire un chômage élevé.

Sources: Banque mondiale, Indicateurs de développement dans le monde. 2002; estimations des services du FMI.

1Voir Dhonte, Bhattacharya, and Yousef (2001).

Israël a connu la plus grave récession de son histoire, sous l’effet conjugué de l’éclatement de la bulle des technologies de l’information et de la dégradation de la sécurité dans la région. La situation a été aggravée par une perte temporaire de confiance dans la politique macroéconomique au milieu de 2002, qu’a accompagnée une forte baisse du sheqel, de sorte que la marge de manœuvre des autorités a été considérablement réduite. Si la croissance du PIB a commencé à se redresser, la demande intérieure et extérieure demeure très faible et l’économie reste vulnérable aux risques géopolitiques. Étant donné le niveau élevé du déficit budgétaire et les inquiétudes que soulève la dynamique de la dette publique, un assainissement budgétaire est indispensable. Si la loi de finances de 2003 s’engage dans cette voie, ce dont il y a lieu de se réjouir, le nouveau gouvernement doit la compléter de toute urgence par d’autres mesures (que justifie la baisse plus forte que prévu des recettes fiscales). Les risques inflationnistes s’atténuant, il devrait sans doute être possible de desserrer la politique monétaire, surtout si le sheqel devait se renforcer. La situation en Cisjordanie et dans la bande de Gaza reste très difficile, l’aggravation des problèmes de sécurité s’étant traduite par un effondrement de l’activité et la destruction généralisée des infrastructures, aussi sera-t-il nécessaire que la communauté internationale apporte aux autorités une aide considérable à la reconstruction et au développement.

Appendice 1.1. Marchés des produits de base9

Les prix des produits de base primaires ont continué de se redresser pendant le second semestre de 2002, du fait essentiellement d’une série de chocs ayant affecté l’offre. Pour l’année dans son ensemble, l’indice global de ces prix, libellé en dollars, a enregistré une augmentation de plus de 3%, qui a inversé le recul observé en 2001. Cependant, la hausse s’est nettement accélérée pendant l’année, au second semestre en particulier; en décembre 2002, les prix des produits de base primaires pétroliers et non pétroliers avaient progressé de 50 et de 17%, respectivement, par rapport à décembre 2001.

Pétrole brut

Après avoir diminué (pour s’établir en deçà de 20 dollars le baril à la fin de 2001) à mesure que l’activité mondiale ralentissait et que les perspectives de croissance se dégradaient, les prix du pétrole ont augmenté régulièrement en 2002, atteignant 34 dollars environ le baril au début de mars 2003 (graphique 1.16)10. Les cours à terme ont eux aussi sensiblement progressé: sur la même période, les contrats à douze mois ont enregistré une hausse de l’ordre de 8 dollars le baril. Au milieu de mars toutefois, lorsque l’opération militaire en Iraq a été lancée, les cours au comptant et à terme ont fortement diminué.

La hausse des prix du pétrole, jusqu’à la fin de 2002 du moins, semble tenir essentiellement au comportement des marchés qui redoutaient d’éventuelles perturbations dans les approvisionnements, et non à une véritable pénurie. Les facteurs géopolitiques de l’an dernier, en particulier l’aggravation des tensions entre les États-Unis et l’Iraq au sujet des inspections des Nations Unies, faisaient craindre le risque d’une intervention militaire au Moyen-Orient, où se trouvent près des deux tiers des réserves mondiales prouvées de pétrole brut. En conséquence, les prix ont grimpé au cours de l’année malgré une augmentation significative de la production mondiale qui, d’après les données de l’Agence internationale de l’énergie (AIE), atteignait en novembre 2002 environ 78,6 millions de barils par jour (mbj), soit une progression de plus de 3% par rapport au premier trimestre et de 2½% par rapport au dernier trimestre de 2001. La production de pétrole a augmenté régulièrement, même après que celle de l’Organisation des pays exportateurs de pétrole (OPEP), dont l’objectif avait été réduit au début de 2002, fut tombée à son plus bas niveau en janvier. En novembre 2002, la production de l’OPEP-10 (pays membres de l’OPEP moins l’Iraq) dépassait de 10% (l’équivalent de 2,4 mbj) l’objectif prévu et d’environ 7 et 4%, respectivement, celle du premier trimestre de 2002 et celle du quatrième trimestre de 2001.

Au début de décembre toutefois, le Venezuela a pour ainsi dire suspendu sa production à cause d’une grève générale, de sorte que l’offre s’est fortement contractée sur les marchés mondiaux. Les prix ont en outre été dopés par la décision de l’OPEP au milieu de décembre de demander à ses membres de ramener leur production effective à un nouvel objectif qui, tout en étant plus élevé que le précédent, revenait à réduire de près de 5% (l’équivalent de près de 1,5 mbj) la production de novembre de l’OPEP-10. En fait, comme la production du Venezuela s’effondrait à mesure que la grève se poursuivait, d’autres pays membres de l’OPEP ont accru leurs exportations afin de combler l’insuffisance de l’offre11 et, au milieu de janvier, un nouveau relèvement de 1,5 mbj de l’objectif de production de l’OPEP-10 a été annoncé. Bien que la production de pétrole vénézuélien se redresse progressivement (il semblerait qu’à la fin de mars, elle était revenue aux trois quarts de son niveau d’avant la grève), l’aggravation des tensions entre les États-Unis et l’Iraq au sujet des inspections a continué de faire grimper les prix jusqu’au début de mars. Si les prix ont fortement baissé lorsque la guerre a commencé, ils sont devenus de plus en plus instables à mesure que les marchés réagissaient à l’évolution des opérations militaires en Iraq et des troubles civils au Nigeria (qui ont apparemment été à l’origine d’un recul de 0,8 mbj de la production de brut nigérian à la fin de mars).

Graphique 1.16.Pétrole: prix et production

Sources: Bloomberg Financial Markets, LP; OPEP; Agence internationale de l’énergie.

1Les cercles indiquent des relèvements, et les carrés des réductions, des objectifs de production de l’OPEP.

2Iraq non compris.

L’évolution actuelle et prévisible de la demande de pétrole explique peut-être aussi en partie la hausse des prix du brut l’an dernier. Après avoir été en moyenne de 1,5% par an dans les années 90, la croissance de la consommation mondiale était tombée à moins de 0,5% en 2001. Étant donné que l’activité mondiale avait amorcé au début de 2002 un redressement qui avait des chances de se poursuivre, les perspectives de la demande de pétrole se sont renforcées. Bien qu’au second semestre de 2002, la reprise mondiale ait été moins forte que prévu et que, pour l’année, la consommation de pétrole ait, selon les estimations de l’AIE, progressé sensiblement au même rythme qu’en 2001, les perspectives à court terme de l’économie mondiale semblent meilleures aujourd’hui qu’à la fin de 2001. Ces derniers mois, un hiver plus rigoureux que prévu dans l’hémisphère nord et, au Japon, la place de plus en plus grande donnée au pétrole au détriment de l’énergie nucléaire ont stimulé la consommation (surtout celle de fioul domestique). En fait, l’AIE et l’Energy Information Administration des États-Unis prévoient que la consommation de pétrole se redressera pour dépasser 1% en 2003. En conséquence, il est probable que, même en l’absence des événements géopolitiques de l’an dernier au Moyen-Orient et des perturbations dans les approvisionnements en provenance du Venezuela et du Nigéria, les prix du brut auraient légèrement progressé entre le début de 2002 et le début de 2003.

Les variations à court terme des prix du pétrole semblent étroitement liées aux événements géopolitiques, notamment au Moyen-Orient, et à leur impact sur les approvisionnements en brut. Elles dépendront de la durée de la guerre en Iraq, de l’étendue des dommages causés aux installations de production et aux oléoducs et des réactions des autres pays producteurs. L’évolution de la situation au Nigeria et au Venezuela pourrait aussi avoir des conséquences importantes sur les prix mondiaux à court terme.

Les enseignements du choc pétrolier de 1990-91, qui a provoqué une hausse brève mais sensible des prix, peuvent être utiles pour évaluer l’impact à court terme de la guerre en Iraq sur les prix du pétrole. L’invasion du Koweït par l’Iraq en août 1990, puis l’embargo sur le pétrole iraquien et l’effondrement de la production koweïtienne, ont abouti à retirer du marché mondial quelque 4 mbj de brut. Conjugué à une intensification des pressions militaires et aux risques qui en découlaient pour les champs pétrolifêres des pays voisins, ce choc sur l’offre a porté les cours au comptant à une moyenne de plus de 35 dollars le baril entre la mi-septembre et la mi-octobre (contre 18 dollars en juillet). Après la mi-octobre, les prix ont fléchi à mesure que les pays de l’OPEP, l’Arabie Saoudite en particulier, comblaient l’insuffisance de l’offre. En janvier 1991, après le début de l’intervention militaire alliée contre l’Iraq, les prix ont continué de baisser, tout en restant très instables jusqu’au milieu de mars. À cette époque, on constatait la présence de deux facteurs antagoniques. Premièrement, la production mondiale, moins celle de l’Iraq et du Koweït, était proche de la capacité et l’on ne savait pas quand, ni à quelles conditions, les exportations iraquiennes pourraient reprendre. Deuxièmement, l’activité mondiale avait nettement ralenti et les perspectives de redressement étaient incertaines, de sorte que l’évolution future de la demande de pétrole était sombre.

D’après une récente analyse de l’AIE, l’intervention militaire en Iraq pourrait réduire l’offre mondiale d’environ 3 mbj, soit un chiffre légèrement inférieur à celui constaté en 1990-9112. Il va de soi que la contraction de l’offre résultant de la guerre pourrait être en partie comblée si les pays de l’OPEP autres que l’Iraq et le Venezuela, qui, selon les estimations de PAIE, disposent en capacités de réserve de 1,7 mbj13, augmentaient leur production et si celle du Venezuela continuait de se redresser. En outre, les grands pays producteurs non membres de l’OPEP pourraient, dans une certaine mesure, accroître leurs exportations, du moins temporairement. Les pays membres de l’AIE pourraient en outre puiser dans leurs réserves stratégiques afin de combler une insuffisance temporaire de l’offre14. En fait, lorsque la guerre a commencé, les marchés estimaient apparemment que son impact sur les approvisionnements serait limité, comme semblait l’indiquer la forte baisse, dans un premier temps, des prix. Cependant, si le conflit entraîne une suspension prolongée de la production iraquienne, ou si la production nigériane diminue ou que la crise s’aggrave au Venezuela, l’offre mondiale pourrait se contracter sensiblement, compte tenu surtout du niveau exceptionnellement bas à l’heure actuelle des stocks mondiaux15.

Si le conflit se termine sans répercussions importantes pour les pays voisins et si les dommages causés aux installations de production sont limités, on peut s’attendre à ce que la capacité de production de l’Iraq soit rétablie assez rapidement à son niveau d’avant-guerre (2,8 mbj environ). La production du Venezuela et du Nigéria se redresserait elle aussi progressivement une fois résolues les tensions politiques actuelles, dans la mesure où les installations de production auraient été peu endommagées. Dans ces conditions, le prix du pétrole brut pourrait se stabiliser à un niveau nettement inférieur à 30 dollars le baril. En fait, d’autres pays ayant accru sensiblement leur production ces derniers mois, il se pourrait fort bien que l’offre mondiale devienne excédentaire et que les prix baissent encore lorsque les stocks auront été reconstitués. Cependant, le risque que le conflit se prolonge ou que les installations de production soient fortement endommagées n’est pas négligeable. Dans ce cas, les prix, dont le récent recul serait peut-être de courte durée, pourraient rebondir et rester élevés pendant longtemps.

Produits primaires non pétroliers

Au second semestre de 2002, le marché des produits agricoles a été influencé principalement par les conditions atmosphériques et d’autres facteurs ayant affecté l’offre. En particulier, des conditions atmosphériques qui se rapprochaient d’une forme atténuée d’EL Niño dans l’Océan Pacifique ont endommagé les récoltes en déclenchant une longue sécheresse dans certaines régions et, par la suite, des pluies persistantes dans d’autres. En conséquence, malgré un redressement plus faible que prévu de la demande, une contraction de l’offre a amené à puiser dans les stocks et a fait monter les cours des produits primaires. L’impact de la demande, qui devrait se redresser en 2003 à mesure que se renforcera l’activité mondiale, sur les cours mondiaux des produits de base agricoles sera sans doute atténué par une augmentation de la production attribuable à des conditions atmosphériques plus normales et à l’adoption en 2002 par les États-Unis du «Farm Bill» qui a relevé les prix de soutien et allongé la liste des récoltes pouvant bénéficier d’aides. Néanmoins, même si les prix restent pour ainsi dire à leur niveau de la fin de 2002, ils seront, en moyenne, nettement plus élevés en 2003 que l’an dernier. Si. toutefois, les risques qui pèsent sur la reprise mondiale se concrétisent, l’évolution des cours des produits de base non pétroliers sera à l’évidence moins favorable, surtout pour les produits comme les métaux industriels qui sont davantage sensibles aux fluctuations conjoncturelles.

Une grave sécheresse aux États-Unis, au Canada et en Australie a été à l’origine d’une envolée des cours des céréales pendant l’été (graphique 1.17). Les cours du blé ont grimpé de plus de 50% entre mai et octobre, avant de ralentir légèrement à la fin de l’année, lorsque la production – en augmentation – de l’Argentine, du Brésil, de l’Union européenne et de plusieurs pays de la CEI a été commercialisée. Les cours des huiles végétales et des tourteaux ont continué d’augmenter sensiblement pendant le second semestre de l’année. A la fin de 2002, ceux de l’huile de palme avaient atteint leur niveau le plus élevé depuis 1998, par suite d’un ralentissement de la production en Malaisie et d’un redressement de la demande en Inde et au Pakistan. Les cours de l’huile de soja, qui est un substitut de l’huile de palme, se sont eux aussi envolés à la fin de l’année, car on anticipait une récolte moins bonne aux États-Unis et de mauvaises conditions atmosphériques au Brésil et en Argentine, les principaux pays producteurs de fèves de soja. Les cours des boissons ont également augmenté, surtout au dernier trimestre de 2002. Ceux des fèves de cacao ont bondi, les événements politiques en Côte d’Ivoire, le premier producteur mondial, ayant perturbé la production et les exportations. Les cours du café, ceux du Robusta en particulier, se sont redressés au quatrième trimestre en raison des dommages causés par les intempéries à la récolte brésilienne, ainsi que d’une forte révision à la baisse des estimations de la récolte vietnamienne imputable à une sécheresse et à l’impact de certaines cultures de substitution.

Graphique 1.17.Marchés des produits de base hors combustibles

Sources: Semiconductor Equipment and Materials International; Semiconductor Industry Association; estimations des services du FMI.

En ce qui concerne les biens intermédiaires industriels, les cours des matières premières agricoles ont aussi sensiblement augmenté, surtout pendant le second semestre de l’année, en raison de facteurs ayant affecté l’offre. Ceux de la laine ont monté en flèche pendant le quatrième trimestre, une grave sécheresse ayant amené l’Australie, le premier producteur mondial, à réduire fortement ses troupeaux. Les cours du colon ont grimpé à la fin de l’année, car des inondations ont endommagé la récolte aux États-Unis et la demande en Chine s’est renforcée. Ceux du bois d’œuvre ont été stimulés par la forte demande du secteur du bâtiment aux États-Unis et en Chine et par les tensions commerciales qui continuent d’exister entre les États-Unis et le Canada.

L’an dernier, les cours des métaux industriels ont dans l’ensemble varié en fonction des perspectives d’évolution de l’économie mondiale. Au début de 2002, ils se sont redressés, à mesure que ces perspectives s’amélioraient. Lorsque la reprise mondiale a fléchi aux deuxième et troisième trimestres, ils se sont stabilisés, puis ont ralenti. A la fin de 2002 toutefois, ils sont repassés aux niveaux observés au printemps. Néanmoins, les stocks de métaux, à l’exception de ceux de nickel, restent relativement élevés, ce qui, à court terme, freinera sans doute la hausse des cours. Les tensions géopolitiques, la lenteur de la reprise mondiale et la fragilité continue des marchés financiers se sont traduites par une progression de la demande de métaux précieux. Les cours de l’or ont augmenté de plus de 25% l’an dernier et atteignaient, au début de 2003, leur niveau le plus élevé en six ans, avant de fléchir quelque peu en février et en mars.

Marchés des semi-conducteurs

La reprise des cours des semi-conducteurs constatée au début de 2002 a ralenti fortement pendant le second semestre de l’année à mesure que faiblissait l’activité économique mondiale. La croissance mondiale des ventes de semi-conducteurs, qui s’était vivement redressée au premier trimestre de 2002, a diminué pendant le reste de l’année. Le ratio commandes/facturations16 de matériels de fabrication de semi-conducteurs en Amérique du Nord, qui est considéré en général comme un indicateur clé de l’activité dans le secteur des semi-conducteurs, a nettement reculé au troisième trimestre, mais, par suite d’une diminution des expéditions, s’est redressé pour revenir à l’unité à la lin de 2002. Les perspectives à court terme du secteur risquent d’être pénalisées par une sous-utilisation persistante des capacités, qui, selon les analystes du marché, demeure assez forte, tant dans le secteur des nouvelles technologies que dans celui des semiconducteurs en général.

Aux États-Unis, les expéditions et les nouvelles commandes d’ordinateurs et de produits électroniques ont aussi sensiblement ralenti l’an dernier. En fait, les commandes et les expéditions se sont contractées pendant le second semestre de l’année. Le fléchissement de la demande extérieure s’est traduit par une dégradation des résultats des exportations, surtout de produits électroniques, dans de nombreuses économies émergentes d’Asie, où le secteur des technologies de l’information occupe une place assez importante dans l’activité industrielle. Il convient, toutefois, de souligner l’exception notable que constitue la Chine, pays où les résultats des exportations de produits électroniques se sont détériorés au deuxième trimestre de 2002 (comme dans d’autres économies asiatiques), mais se sont régulièrement améliorés au second semestre de l’année, grâce sans doute à une augmentation des opérations de sous-traitance conclues entre des entreprises nord-américaines ou asiatiques et des entreprises chinoises.

Appendice 1.2. Comment la guerre en Iraq affectera-t-elle l’économie mondiale?17

Si la guerre en Iraq a de toute évidence des conséquences humaines et sociales de la plus haute importance, ses répercussions économiques ne seront peut-être pas non plus négligeables, encore que, étant donné les incertitudes actuelles quant à, entre autres. la duràe et la l’intensité du conflit, il est impossible de les prévoir avec précision18. Cet appendice analyse comment la guerre pourrait se répercuter sur l’activité économique, évalue, en termes qualitatifs, les effets possibles de la guerre sur l’économie mondiale et sur les grandes régions de la planète et, enfin, examine les mesures macroéconomiques que les autorités des divers pays pourraient prendre.

Comment la guerre pourrait-elle se répercuter sur l’activité?

La guerre en Iraq se répercutera sur l’économie mondiale de différentes manières.

  • Les prix du pétrole, L’Iraq figurant parmi les principaux producteurs et exportateurs de pétrole, la désorganisation de ses exportations entraînera une hausse des prix, dont l’ampleur dépendra toutefois des décisions que les pays de l’OPEP prendront en matière de production (voir appendice 1.1). Les prix du pétrole ont un impact sur l’activité mondiale par l’intermédiaire des variations des termes de l’échange (les pays bénéficiaires d’une hausse dépensent moins que ceux qui sont touchés par cette hausse), de l’offre globale (le pétrole est un bien intermédiaire important) et de l’inflation (en fonction de l’évolution des salaires, des prix et de la politique monétaire). On estime qu’une hausse durable de 5 dollars le baril réduit la croissance mondiale d’environ 0,3% sur un an (tableau 1.12).

  • La confiance. La guerre en Iraq pourrait accélérer la baisse de confiance des ménages et des entreprises, et avoir ainsi des conséquences négatives pour la consommation et l’investissement. Cel impact, qui serait sans doute aggravé si des attentats terroristes étaient commis dans les autres régions du monde, pourrait être significatif, bien qu’il soil très difficile à évaluer. Par exemple, un choc persistant de l’ampleur de celui qui a suivi les attentats du II septembre 2001 réduirait la croissance de 1% environ aux États-Unis et d’un taux un peu moins élevé dans les autres pays (tableau 1.13).

  • Les marchés financiers. Toute aggravation des incertitudes géopolitiques se traduitait sans doute par des primes de risque plus élevées sur les marchés financiers et une diminution de la valorisation des actions. Une baisse constante de 10% des cours des actions aurait, par ses effets de patrimoine sur la consommation et l’investissement, un impact significatif sur l’activité, en particulier dans les pays où il est courant de détenir des actions (tableau 1.14). Dans les pays où les banques disposent d’un important portefeuille d’actions, une baisse des cours de celles-ci affaiblirait leur capital et accroîtrait le risque d’une crise du crédit, surtout lorsque leur système bancaire est déjà en proie à des difficultés. Les flux de capitaux à destination des marchés émergents diminueraient aussi sans doute, ce qui créerait des difficultés pour les pays dont les besoins de financement extérieur sont élevés.

  • Le secteur des voyages et du tourisme et les transferts de salaires. Les incertitudes géopolitiques dissuadent d’entreprendre des voyages, surtout internationaux. Ce facteur nuit particulièrement aux pays qui dépendent des recettes touristiques et a un impact négatif sur certaines branches d’activité, les compagnies aériennes notamment. Plusieurs pays souffriront peut-être aussi d’une diminution des transferts de salaires par les travailleurs expatriés au Moyen-Orient.

Tableau 1.12.Impact après un an d’une hausse permanente des prix du pétrole de 5 dollars le baril(En pourcentage du PIB)
PIB réelBalance

commerciale
PIB mondial-0,30,0
Pays industrialisés-0,3-0,2
États-Unis-0,4-0,1
Zone euro-0,4-0,1
Japon-0,2-0,2
Autres-0,20,2
Pays en développement Dont:-0,20,2
Amérique latine-0,10,0
Asie-0,4-0,5
Pays émergents d’Europe et d’Afrique0,10,2
Source: estimations des services du FMI (Fonds monétaire international, 2000).
Source: estimations des services du FMI (Fonds monétaire international, 2000).
Tableau 1.13.Pays industrialisés (échantillon): effets de la confiance des entreprises sur l’activité(En pourcentage du PIB, sauf indication contraire)
Impact sur le PIB réel d’une diminution égale à un écart type de la variation mensuelle de la confianceChute de la confiance entre août et octobre 2001 (Nombre d’écarts types)Impact cumulé sur l’activité en cas de recul persistant de la confiance
États-Unis-0,234,2-1,0
Allemagne-0,203,7-0,7
France-0,151,9-0,3
Italie-0,223,0-0,7
Royaume-Uni-0,230,5-0,1
Source: World Economic Outlook, décembre 2001, tableau 2.2.
Source: World Economic Outlook, décembre 2001, tableau 2.2.
Tableau 1.14.Pays industrialisés (échantillon): impact des marchés boursiers sur l’activité
Impact d’une diminution de 10%

de la capitalisation boursière1

(pourcentages)
Ventes au détailInvestissement
États-Unis-1,3-1,5
Japon-2,4-2,4
Allemagne
France-0,5
Royaume-Uni-1,5-3,0
Canada-1,5-2,9
Pays-Bas-0,7-0,8
Amérique du Nord et Royaume-Uni2-1,4-2,5
Europe continentale2-0,4
Source: Edison and Sløk (2001, 2002).

Impact après une diminution pendant deux ans de la capitalisation boursière (secteurs des télécommunications, des médias et des technologies de l’information non compris). Les estimations ne sont indiquées que lorsqu’elles sont significatives sur le plan statistique.

Moyenne simple.

Source: Edison and Sløk (2001, 2002).

Impact après une diminution pendant deux ans de la capitalisation boursière (secteurs des télécommunications, des médias et des technologies de l’information non compris). Les estimations ne sont indiquées que lorsqu’elles sont significatives sur le plan statistique.

Moyenne simple.

Impact mondial et régional

À l’évidence, il est très difficile de chiffrer l’effet sur l’économie mondiale de la guerre en Iraq, encore que son coût sera d’autant plus élevé qu’elle sera longue et difficile. La crise iraquienne a déjà perturbé l’économie mondiale ces derniers mois par son impact sur les prix du pétrole, les marchés financiers et la confiance. Étant donné que le scénario de référence des Perspectives tient déjà compte de ces facteurs, si les incertitudes découlant du conflit en Iraq étaient rapidement levées et si leurs répercussions en dehors de la région étaient faibles, les autres conséquences pour l’économie mondiale seraient négligeables et n’excéderaient sensiblement pas les marges d’erreur dont s’accompagnent habituellement les projections de référence des Perspectives. En fait, il est possible que, si les incertitudes actuelles étaient éliminées assez vite, la croissance mondiale soit, notamment d’ici à la fin de l’année, davantage stimulée que ne le prévoient les projections de référence. Or, depuis la période qui a immédiatement précédé le déclenchement des hostilités, les prix du pétrole se replient en général et les cours des actions augmentent, encore que les marchés demeurent très instables.

Une guerre longue aurait de très graves répercussions sur la croissance mondiale. Si la production de pétrole iraquien ne devait pas être rétablie avant longtemps et si les autres pays de l‐OPEP ne compensaient pas ce manque à produire, les prix risqueraient de dépasser nettement pendant un certain nombre de mois ceux pris comme référence avant la guerre. Le recul de la confiance des ménages et des entreprises durerait sans doute plus longtemps, surtout si la guerre s’accompagnait d’attentats terroristes dans d’autres régions du monde, et il se pourrait que les incertitudes géopolitiques – plus nombreuses – provoquent une baisse des cours mondiaux des actions, que les primes de risque soient sensiblement majorées pour les emprunteurs de second rang (dont de nombreux emprunteurs souverains émergents) et que ceux-ci aient beaucoup plus de mal à accéder aux marchés des capitaux. S’il est très difficile de chiffrer l’impact de ces chocs sur la croissance, il est néanmoins possible qu’en cas de conflit prolongé, la croissance du PIB mondial réel par habitant tombe à près de zéro, contre 2% dans le scénario de référence; en outre, on ne saurait exclure une récession mondiale (au sens que le FMI donne à cette expression, c’est-à-dire une croissance négative du PIB réel par habitant).

Dans le cas des pays industrialisés, on retrouverait les quatre types de répercussions. Le renchérissement du pétrole toucherait ce groupe de pays (qui sont pour la plupart importateurs d’énergie), et surtout les États-Unis et les pays de la zone euro. En outre, la confiance des ménages et des entreprises reculerait, et les cours des actions baisseraient dans tous les pays, en particulier ceux où les portefeuilles d’actions occupent une place assez importante dans le patrimoine des ménages. Dans un certain nombre de pays, il se pourrait que de fortes pressions s’exercent sur le système financier, à cause, entre autres, de la baisse des cours des actions, d’une augmentation des prêts improductifs et du volume des crédits accordés aux marchés émergents, et qu’ils soient ainsi incités à réduire leurs prêts. Dans plusieurs pays, la demande pourrait par contre être stimulée par les dépenses militaires, mais au risque de rendre les objectifs budgétaires à moyen terme plus difficiles à atteindre.

En ce qui concerne les pays en développement, les répercussions d’une guerre longue seraient plus graves dans ceux qui dépendent davantage des importations de pétrole, qui comptent sur les flux de financement extérieur ou qui sont plus sensibles à la conjoncture mondiale ou plus proches des zones de combat.

  • Au Moyen-Orient, l’impact économique du conflit variera sans doute beaucoup selon les pays. Ceux qui exportent du pétrole tirent déjà parti de la hausse des prix, mais les incertitudes engendrées par la guerre nuisent aux dépenses d’investissement et au tourisme et les amènent à réorienter leurs ressources vers les activités militaires. Les pays proches de l’Iraq, ou qui entretiennent des relations économiques étroites avec ce pays, perdront des dons et des parts de marché et devront éventuellement accueillir des réfugiés. La guerre pourrait avoir de graves conséquences pour les pays dont la situation économique est déjà difficile.

  • En Amérique latine, la hausse des prix du pétrole devrait avantager les pays exportateurs, mais porter préjudice aux autres. Les pays qui dépendent de leurs exportations non pétrolières à destination des États-Unis et des autres pays industrialisés seraient touchés par tout fléchissement de la demande dans les pays avancés, alors que l’intérêt moindre porté par les investisseurs aux créances sur les marchés émergents aurait un effet négatif sur les pays don’t les besoins de financement extérieur sont élevés. Le tourisme pourrait également se contracter en cas de diminution des voyages en provenance des pays industrialisés. Dans l’ensemble, un conflit prolongé aurait des répercussions sur la plupart des pays de la région et, dans certains cas, la fragilité du secteur financier pourrait amplifier les chocs extérieurs.

  • En Asie, la plupart des marchés émergents importent du pétrole, et leur degré élevé d’ouverture commerciale les est possible de la modifier très rapidement pour suivre Certains pays pourraient également être touchés par une baisse des cours des actions, une diminution des recettes touristiques et des salaires transférés par les travailleurs expatriés dans les pays du Moyen-Orient, ainsi que par une réduction de leur accès aux marchés internationaux de capitaux. En conséquence, une guerre longue pourrait avoir des effets très défavorables sur la croissance en Asie, encore qu’il soit peu probable qu’elle crée de graves difficultés extérieures pour la plupart des pays, étant donné que, dans la région, les réserves sont en général fortes et la dette extérieure faible.

  • De nombreux pays pauvres importateurs de pétrole, en Afrique subsaharienne et dans la CEI notamment, seraient pénalisés à la fois par le renchérissement du pétrole et la baisse des cours des produits de base hors combustibles, ainsi que, parfois, un recul du tourisme. Dans ces pays, non seulement la croissance diminuerait, mais aussi la position extérieure courante se dégraderait sensiblement. Cependant, ces pays seraient moins touchés par les autres catégories de retombées, en ce sens qu’ils ne sont guère sensibles à la conjoncture mondiale et n’ont pas accès aux marchés internationaux de capitaux.

Réaction des autorités

La réaction des pays aux conséquences économiques de la guerre en Iraq dépendra à la fois de la gravité et de l’ampleur relative des chocs subis par l’offre et la demande. Si les incertitudes entourant la situation en Iraq sont rapidement levées, ces chocs seront sans doute faibles et les politiques à mettre en place vraisemblablement analogues à celles prévues dans le scénario de référence. Au cas où le conflit se prolongerait, d’autres actions devraient, selon toute probabilité, être engagées. Les tensions inflationnistes, qu’aggraverait le renchérissement du pétrole (les répercussions des prix du pétrole sur l’inflation varient toutefois d’un pays à l’autre), seraient, semble-t-il, totalement neutralisées par l’effet déflationniste d’un recul de la confiance et d’une plus grande aversion pour les risques sur les marchés financiers. En réalité, si la guerre perturbait gravement l’activité mondiale, les pays où l’inflation est déjà faible pourraient peut-être entrer dans une phase de déflation.

  • La première ligne de défense devrait être constituée par la politique monétaire, car il est possible de la modifier trés rapidement pour suivre l’évolution des perspectives macroéconomiques. Les économies avancées devraient baisser leurs taux d’intérêt et, au Japon, les raisons pour que soit appliquée une politique plus agressive d’assouplissement quantitatif, appuyée par un engagement public de mettre fin à la déflation, seraient encore plus fortes19. En cas de menace déflationniste dans les autres pays, une politique monétaire énergique serait indispensable.

  • Le rôle de la politique budgétaire dépendrait de la gravité du ralentissement économique et de la situation budgétaire des différents pays. Si la guerre perturbait gravement l’activité, il conviendrait de laisser jouer les stabilisateurs automatiques dans la plupart des pays et il serait peut-être nécessaire de redéfinir le rythme auquel les finances publiques peuvent être assainies dans la zone euro et au Japon. Si le ralentissement de l’activité était suffisamment profond, il faudrait peut-être envisager de prendre des mesures discrétionnaires de relance.

  • Les politiques du secteur financier devraient essentiellement viser à maintenir la stabilité du système. Les banques centrales devraient être prêtes à fournir les liquidités nécessaires pour assurer un bon fonctionnement des marchés financiers. Si la stabilité du système financier n’était pas menacée, il conviendrait de s’attaquer à la crise de telle ou telle institution en utilisant les mécanismes du marché afin de la résoudre, ou d’y trouver une issue ordonnée. En cas de risques systémiques, il serait nécessaire de lancer des actions énergiques pour renforcer le système bancaire, y compris, le cas échéant, d’injecter, sous réserve d’une conditionnalité rigoureuse, des fonds publics pour accroître le capital des banques. De nouvelles mesures visant à rétablir la confiance des investisseurs dans la comptabilité et le gouvernement d’entreprise seraient aussi utiles.

  • Bien qu’il soit difficile d’appliquer des réformes structurelles lorsque la croissance ralentit, les résultats qui pourraient néanmoins être obtenus stimuleraient la confiance. La priorité devrait être donnée à la réforme des retraites et des soins de santé (afin de calmer les préoccupations que suscitent les effets à moyen terme de déficits budgétaires élevés), ainsi qu’à la libéralisation du commerce multilatéral dans le cadre du cycle de négociations de Doha.

  • Si la situation économique mondiale se dégradait nettement, la communauté internationale pourrait être invitée à fournir une aide supplémentaire aux pays à faible revenu et un appui financier à court terme à ceux qui seront confrontés à des difficultés temporaires de financement.

Pour un examen approfondi de l’évolution récente des marchés financiers, voir le Global Financial Stability Report d’avril 2003.

La hausse des cours des produits de base hors combustibles escomptée en 2003 (9% en moyenne) se situe essentiellement dans le prolongement de celle observée en 2002.

Par exemple, toutes choses égales par ailleurs, il est probable qu’à cause des variations des taux de change de l’an dernier, les prix augmenteront de ½ à 1% aux États-Unis, et diminueront d’un pourcentage analogue dans la zone euro, au cours des deux années à venir.

Pour un examen approfondi de ces questions, voir «Faut-il» s’inquiétér des déséquilibres?». Perspectives de l’économie mondiale, septembre 2002.

Voir «Impact des politiques agricoles des pays industriels sur les pays en développement», Perspectives de l’économie mondiale, septembre 2002.

Voir «Strengthening the Framework for the Global Economy», allocution prononcée à Berlin, le 15 novembre 2002, par Horst Kōhler lors de la cérémonie de remise du prix d’économie sociale de marché de la fondation Konrad Adenauer.

En 2002, le ralentissement de l’investissement fixe était également dû en partie â la suppression de la déduction des dépenses d’investissement accordée au titre de l’impôt sur les sociêtés.

Les prévisions des Perspectives sur la croissance en Afrique pèchent constamment par excès d’optimisme du fait en partie de la survenance de chocs imprévus; entre 1991 et 2000, la croissance du PIB annoncée dans l’édition de printemps pour l’année en cours a été en moyenne trop élevée de 1,2 point.

Aasim Husain, Bright Okogu et Ximena Cheetham sont les principaux auteurs de cet appendice pour lequel Ivan Guerra et Paul Nicholson ont effectué des travaux de recherche.

Sauf indication contraire, les prix mentionnés renvoient à l’indice des prix pétroliers APSP (moyenne simple des cours au comptant des bruts West Texas Intermediate, U.K. Brent et Dubaï).

Un décembre, la production de pétrole brut du Venezuela avait diminué de 2 mbj (2,5 mbj si l’on tient compte des produits pétroliers). En février, toutefois, la production de l’OPEP-10 dépassait de 0,6 mbj celle de novembre, la diminution continue de la production de brut vénézuélien (1,1 mbj de brut et 0,6 mbj de produits pétroliers pendant la dernière semaine de février) étant plus que compensée par l’augmentation de la production des autres membres de l’OPEP-10.

En Iraq, la production de brut était en moyenne de 2,5 mbj au début de 2003; les exportations de ce pays sont estimées à environ 2 mbj. Selon l’AIE (Oil Market Report de mars 2003), la production koweïtienne pourrait subir le contrecoup d’une intervention militaire en Iraq à hauteur de 0,7 mbj environ.

D’après certaines estimations (faites parfois par les pays membres de l’OPEP eux-mêmes), les capacités de réserve de l’OPEP sont nettement plus élevées.

En janvier 1991 par exemple, l’AIE a déclenché son plan d’urgence pour faire face à d’éventuelles perturbations dans les approvisionnements. Ce plan prévoyait que les pays membres utiliseraient leurs réserves stratégiques (y compris la Strategic Petroleum Reserve des États-Unis) à hauteur de 2,1 mbj.

L’effondrement de la production vénézuélienne en décembre et en janvier et l’augmentation de la consommation aux États-Unis et au Japon ont exercé des pressions à la baisse sur les stocks. Aux États-Unis, pays où les importations en provenance du Venezuela représentent 15% de la consommation intérieure, les stocks industriels au début de 2003 étaient à leur plus bas niveau en près de trois décennies. Les niveaux des stocks industriels des pays de l’OCDE (hors États-Unis) ont eux aussi diminué fortement ces derniers mois, mais, en février 2003, ils étaient comparables aux niveaux saisonniers faibles observés au milieu des années 90.

Facturations ou expéditions. Un résultat inférieur à l’unité indique une contraction à court terme des facturations. En raison principalement d’une diminution des facturations, le ratio est tombé à 0,8 entre septembre et novembre 2002 avant de dépasser 0,9 en décembre-janvier.

Tim Callen et James Morsink sont les principaux auteurs de cet appendice.

Un certain nombre de scénarios sur la guerre en Iraq sont analysés dans les documents préparés pour la conférence sur le thème «After the Attack on Iraq: Economic Consequences» que le Center for Strategic and International Studies a organisée à Washington le 12 novembre 2002. Nordhaus (2002) examine l’impact possible d’une guerre sur l’économie des États-Unis.

Cette détente monétaire pourrait être limitée s’il apparaissait que le renchérissement du pétrole puisse avoir des répercussions secondaires non négligeables sur l’inflation.

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