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Chapitre 3. L’essor de L’asie: Schémas de Développement et de Croissance Économiques

Author(s):
International Monetary Fund. Research Dept.
Published Date:
October 2006
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Les résultats économiques remarquables de l’Asie suscitent depuis longtemps l’intérêt des responsables politiques et des experts. Pendant plusieurs décennies, toute la région a connu une croissance vigoureuse, voire spectaculaire dans le cas des nouvelles économies industrielles (NEI)1 et, plus récemment, de la Chine. De 1981 à 2001, le nombre de personnes vivant dans l’extrême pauvreté a considérablement diminué en Asie de l’Est (de plus de 400 millions en Chine seulement). En même temps, certains pays s’étant développés plus vite que d’autres, le revenu par habitant varie amplement, puisqu’il va de 2.000 dollars au Bangladesh à plus de 33.000 dollars à Singapour. Dans l’ensemble des pays d’Asie en développement, les revenus moyens restent nettement inférieurs à ceux des autres régions.

Le présent chapitre examine la croissance des différents pays asiatiques, en portant une attention particulière aux questions suivantes:

  • Dans quelle mesure les pays de l’ASEAN-42, la Chine, l’Inde et les nouveaux pays émergents tels que le Vietnam suivent-ils à leur tour la voie du développement empruntée jadis par le Japon, puis par les NEI? Y a-t-il des différences systématiques entre l’Asie de l’Est et le reste de l’Asie? Entre l’Asie et le reste du monde3?

  • Comment s’expliquent les différences de taux de croissance, à la fois à l’intérieur de la région et par rapport aux autres régions? Dans quelle mesure les politiques menées ont-elles contribué aux très bons résultats de l’Asie?

  • Comment l’Asie peut-elle maintenir ses taux de croissance exceptionnels? Quelles mesures permettraient d’entretenir ce dynamisme? Les réformes lancées au lendemain des crises financières en Asie ont-elles déjà eu des effets sensibles sur la croissance et la productivité? Globalement, les auteurs concluent que la croissance économique remarquable de l’Asie s’explique à la fois par l’augmentation de la productivité totale des facteurs (PTF) et par l’accumulation rapide de capital physique et humain. Ces résultats ont eux-mêmes été rendus possibles par un cadre institutionnel et des politiques plus favorables que dans d’autres pays en développement, à savoir, en particulier, une plus grande ouverture commerciale, la stabilité macroéconomique, le développement du secteur financier et, dans bien des cas, de bons niveaux d’instruction. À l’avenir, une nouvelle amélioration des politiques et du cadre institutionnel aiderait à soutenir la croissance élevée de la productivité sectorielle et faciliterait la poursuite du redéploiement des ressources de l’agriculture vers l’industrie et les services, ce qui contribuerait au maintien d’un rythme de croissance rapide, à la convergence des niveaux de revenu vers ceux des pays avancés et à l’élimination de la pauvreté dans toute la région.

La réussite économique de l’Asie

En Asie, le revenu réel par habitant a été multiplié par sept entre 1950 et 2005 (graphique 3.1) et l’écart par rapport aux États-Unis s’est ainsi considérablement réduit. La réussite de l’Asie contraste nettement avec l’expérience de l’Amérique latine et d’autres pays en développement qui ne sont pas parvenus à rattraper les pays avancés.

Graphique 3.1.Production par habitant

En Asie, le revenu réel par habitant a été multiplié par sept entre 1950 et 2005. L’écart de revenu par rapport aux États-Unis s’est ainsi fortement réduit.

Sources: Maddison (2003); calculs des services du FMI.

1 On considère ici que le décollage de la croissance économique s’est produit en 1955 pour le Japon, en 1967 pour les NEI, en 1973 pour les pays d’ASEAN-4 (Indonésie, Malaisie, Philippines et Thaïlande), en 1979 pour la Chine, en 1982 pour l’Inde et en 1990 pour les autres pays d’Asie.

Il existe en Asie des différences marquées et bien connues entre les pays en ce qui concerne le moment auquel ils ont commencé à ≪décoller≫ économiquement pour parvenir à une croissance soutenue et, plus généralement, à ≪s’intégrer≫ à l’économie mondiale4. Les pays qui ont mis plus de temps à démarrer, parmi lesquels la Chine, semblent être partis de niveaux de revenus plus bas que le Japon ou les NEI. En même temps, leur rythme de croissance ne semble pas s’écarter sensiblement de celui que connaissaient le Japon et les NEI à des stades comparables de leur processus d’intégration.

Un schéma similaire se dessine lorsque l’on examine les indicateurs plus généraux du développement. La part de l’Asie dans le commerce mondial a plus que doublé entre 1970 et 2005, alors que celle de l’Amérique latine a diminué (graphique 3.2). À l’échelle de l’Asie, toutes les régions ont vu leur part du commerce mondial s’accroître, mais la Chine se distingue par l’expansion rapide de ses échanges commerciaux depuis une dizaine d’années, bien qu’elle soit partie d’un très bas niveau. Ces cinquante dernières années, l’Asie a aussi connu une amélioration particulièrement rapide des niveaux d’instruction.

Graphique 3.2.Indicateurs

La part de l’Asie dans le commerce mondial a plus que doublé entre 1970 et 2005. En outre, l’Asie bénéficie d’une amélioration très rapide des niveaux d’instruction.

Sources: Banque mondiale, Indicateurs du développement dans le monde (2006); CEIC; Nations Unies, World Population Prospects: The 2002 Revision (2003); Barro and Lee (2000); calculs des services du FMI.

1(Exportations totales + importations totales)/(exportations mondiales + importations mondiales).

2 On considère ici que le décollage de la croissance économique s’est produit en 1955 pour le Japon, en 1967 pour les NEI, en 1973 pour l’ASEAN-4 (Indonésie, Malaisie, Philippines et Thaïlande), en 1979 pour la Chine, en 1982 pour l’Inde et en 1990 pour les autres pays d’Asie. Pour le Japon, période 5 = 100, en raison des données disponibles.

3 Pour la Chine, la barre représente la valeur de 1975, en raison des données disponibles.

4100 – (population d’âge actif (15–64 ans)/population totale).

5Mesuré par la masse monétaire au sens large (M2).

Il est certain que la baisse des taux de dépendance (qui mesurent le rapport entre la population inactive et la population totale) a favorisé la croissance économique en Asie, mais ce facteur n’y a pas eu beaucoup plus d’influence que dans les autres régions en développement (graphique 3.2). Cependant, à cet égard, les contrastes entre pays sont très prononcés en Asie: dans les NEI et en Chine, le vieillissement de la population va probablement faire monter de nouveau les taux de dépendance dans les cinq années à venir, alors qu’en Inde le début de la transition démographique est relativement récent.

L’existence d’un cadre solide de politiques économiques a joué un rôle fondamental dans les divers cas de réussite en Asie5. Depuis plusieurs décennies, les pays d’Asie qui se sont développés le plus vite ont été caractérisés par un environnement macroéconomique généralement stable. L’inflation est restée contenue à l’intérieur de fourchettes relativement étroites, sauf au lendemain des chocs pétroliers et de la crise asiatique de 1997. À cet égard, si certaines économies asiatiques particulièrement performantes ont affiché des déficits budgétaires substantiels, leurs taux élevés d’épargne et de croissance leur ont permis d’éviter un financement inflationniste de la dette. De façon plus générale, l’Asie a bénéficié de la consolidation du cadre institutionnel, du développement du secteur financier et, dans bien des cas, de politiques axées sur l’ouverture commerciale.

Pourtant, bien que des progrès considérables aient été accomplis, les niveaux de revenu et de développement de nombreux pays en développement d’Asie sont encore loin de ceux des pays avancés. De fait, près de 700 millions d’Asiatiques, c’est-à-dire 20 % de la population totale, dont une grande partie dans les campagnes, vivent encore dans des conditions d’extrême pauvreté (Chen and Ravallion, 2004). Pour essayer de déterminer si l’on peut s’attendre à ce que la croissance économique de l’Asie se poursuive à long terme, et dans quelle mesure, nous procédons à une analyse systématique des résultats obtenus jusqu’à présent, en examinant d’abord les divers facteurs de croissance puis le rôle joué par les politiques économiques.

Transpiration ou inspiration?

On peut analyser le dynamisme économique de l’Asie de plusieurs points de vue: évolution démographique, déplacement de la main-d’œuvre et du capital des secteurs à faible productivité vers les secteurs à haute productivité, accumulation des facteurs de production à l’intérieur des différents secteurs et progrès technologique. Si la croissance économique résulte de la hausse de la productivité totale des facteurs ainsi que, par exemple, de l’accumulation de capital, elle a plus de chances de durer. Pour examiner cette question, nous avons calculé la contribution respective des divers facteurs de croissance, en nous fondant sur différentes analyses explicatives de la croissance, d’abord au niveau global puis au niveau sectoriel. Nous avons ensuite cherché à établir un lien entre les résultats et les variables de politique économique afin de comprendre ce qui est à l’origine des tendances observées.

Dans un premier temps, la croissance de la production par habitant est décomposée entre les variations observées 1) de la productivité de la main-d’œuvre (production par travailleur), 2) des taux d’activité6 et 3) de la structure par âge de la population7. Il apparaît que, de 1970 à 2005, les écarts de croissance, tant entre régions qu’à l’intérieur de l’Asie, tiennent surtout à la productivité de la main-d’œuvre (graphique 3.3). Cela dit, en Asie et en Amérique latine, l’évolution démographique a grandement stimulé la croissance économique. Dans quelques pays, dont la Corée, l’Indonésie et la province chinoise de Taiwan, l’augmentation de la population a contribué à raison de plus d’un point par an à la croissance de l’économie.

Graphique 3.3.Éléments constitutifs de la croissance

(Points de pourcentage, par année)

Entre 1970 et 2005, les écarts de croissance—aussi bien entre régions qu’à l’intérieur de l’Asie—ont été liés essentiellement à la productivité de la main-d’œuvre. En particulier, l’accumulation de capital physique a apporté de 1,75 à 3 points de croissance supplémentaires dans les pays d’Asie à développement rapide, c’est-à-dire bien plus que dans les autres régions. L’amélioration des niveaux d’instruction a aussi joué un rôle important. La productivité totale des facteurs (PTF) a contribué à raison de 0,75 à 2 points à la croissance au Japon, dans les nouvelles économies industrielles, en Thaïlande et en Inde.

Source: calculs des services du FMI.

1 On considère ici que le décollage de la croissance économique s’est produit en 1955 pour le Japon, en 1967 pour les NEI, en 1973 pour les pays de l’ASEAN-4 (Indonésie, Malaisie, Philippines et Thaïlande), en 1979 pour la Chine, en 1982 pour l’Inde et en 1990 pour les autres pays d’Asie. Les décennies désignent des périodes de dix ans dont la première commence l’année de décollage correspondante.

2 Les pays ayant connu une crise (groupe ≪crise≫) sont la Corée, l’Indonésie, la Malaisie, les Philippines et la Thaïlande.

Ensuite, la croissance de la productivité de la main-d’œuvre peut être décomposée en: 1) l’accroissement du ratio capital/travail (autrement dit l’augmentation du capital physique par travailleur); 2) l’amélioration qualitative de la main-d’œuvre; et 3) la hausse de la productivité totale des facteurs (PTF)8. On constate que, de 1970 à 2005, aussi bien l’accumulation de capital physique que la croissance de la PTF ont été plus rapides en Asie que dans les autres pays en développement; en revanche, le rattrapage de l’Asie par rapport aux pays avancés est dû essentiellement à l’accumulation de capital. Plus précisément, l’accumulation de capital physique a apporté de 1,75 à 3 points de croissance supplémentaire aux pays d’Asie en plein essor, c’est-à-dire bien plus que dans les autres régions (graphique 3.3). L’amélioration des niveaux d’instruction a aussi joué un rôle important en contribuant en moyenne à raison de ½ point à la croissance économique de l’Asie. En Inde, au Japon, dans les NEI et en Thaïlande9, l’apport de la PTF à la croissance a été de 0,75 à 2 points; au Japon, la croissance de la PTF a accusé une baisse constante après le décollage initial de la croissance économique. L’encadré 3.1 analyse plus en détail les facteurs qui déterminent la croissance de la productivité au Japon ainsi que son évolution possible. Dans les pays de l’ASEAN-4, la faible croissance moyenne de la PTF masque une forte hétérogénéité entre pays, les résultats ayant été relativement médiocres aux Philippines (voir aussi FMI, 2005a et 2006a). En Chine, et cela est particulièrement frappant, tant l’accumulation de capital que la croissance de la PTF ont été nettement plus élevées que dans les autres pays d’Asie en développement rapide, que la comparaison soit faite sur la même période ou à des stades similaires du processus d’intégration10.

Les études récentes sur la croissance accordent une grande place aux effets de l’investissement dans les technologies de l’information et des communications (TIC) (voir, par exemple, Jorgenson and Vu, 2005). L’important est de savoir si la baisse accélérée des prix des TIC qui a caractérisé les années 90 a entraîné une hausse de l’investissement en matériel et logiciel de TIC et si cela a eu un effet sensible sur la productivité. Ces questions sont analysées à l’aide d’un jeu de données internationales restreint couvrant la période 1989–200511. Les résultats donnent à penser que l’investissement dans les TIC à l’échelle de toute l’économie a effectivement influencé la croissance, à raison d’environ ½ point dans les NEI et en Chine (graphique 3.4). Cependant, l’Asie ne se distingue guère dans ce domaine; l’accumulation de capital autre que les TIC y a eu un impact beaucoup plus sensible12.

Graphique 3.4.Investissement dans les technologies de l’information et des communications (TIC) et croissance de la productivité de la main-d’œuvre, 1989–2005

(Points de pourcentage, par année)

À l’échelle de l’économie, l’investissement dans les TIC influe sur la croissance en Asie, à raison d’environ ½ point dans les nouvelles économies industrielles et en Chine. Cependant, l’accumulation d’autres formes de capital a un effet beaucoup plus sensible.

Source: calculs des services du FMI.

1ASEAN-4: Indonésie, Malaisie, Philippines et Thaïlande.

En ce qui concerne les effets de la crise asiatique, les taux de croissance économique ont en général retrouvé leur niveau d’avant la crise13, contrairement aux taux d’investissement des pays les plus durement touchés (FMI, 2005b), ce qui semblerait indiquer que la hausse de la PTF joue désormais un plus grand rôle. Cela dit, les observations empiriques mentionnées dans le présent chapitre montrent qu’il est encore trop tôt pour déceler une évolution statistiquement significative de la croissance tendancielle de la PTF après la crise14.

Effets sectoriels: mouvements intersectoriels ou simple regain de croissance au sein des différents secteurs?

Dans la présente section, on s’efforcera de déterminer dans quelle mesure la forte croissance de la productivité observée en Asie tient aux effets de mouvements intersectoriels et de composition sectorielle, par opposition à de simples progrès de la productivité au sein des différents secteurs? Par effet de mouvements intersectoriels, on entend l’augmentation de la productivité moyenne de la main-d’œuvre résultant du mouvement progressif de la main-d’œuvre et du capital des secteurs à basse productivité vers les secteurs à haute productivité, sous l’effet de politiques et d’incitations économiques. Par effet de composition sectorielle, on entend le regain de croissance de la productivité globale dû à la présence d’une plus forte proportion de secteurs où la croissance de la productivité est intrinsèquement élevée. Il est important de noter que les mouvements intersectoriels n’ont rien d’automatique: leur rythme et leur ampleur dépendent de la prédisposition et de l’aptitude de la main-d’œuvre et du capital à se déplacer vers des utilisations à plus forte productivité, lesquelles sont toutes fortement influencées par les politiques en place.

Cette analyse est effectuée à deux niveaux de désagrégation. Une première distinction est faite entre agriculture, industrie et services, selon les données du rapport sur les Indicateurs du développement dans le monde (Banque mondiale, 2006). Le deuxième degré de désagrégation concerne les effets à l’œuvre au sein du secteur manufacturier (principale composante de l’industrie) et établit une distinction entre les sous-secteurs à forte intensité de main-d’œuvre qualifiée et les sous-secteurs à forte intensité de main-d’œuvre non qualifiée (la principale source de données étant dans ce cas la base de données industrielles de l’ONUDI). Comme l’on ne dispose guère de données sur les stocks de capital par secteurs, nous nous intéresserons uniquement à la productivité de la main-d’œuvre, et non à la PTF.

Encadré 3.1.Croissance de la production potentielle et de la productivité au Japon

Après quarante ans de croissance soutenue, l’économie japonaise s’est enlisée au cours des années 90 après l’effondrement de la bulle du prix des actifs. Face à la renaissance économique qu’a connue le Japon ces quatre dernières années, on peut se demander si la reprise de la croissance de la production potentielle est bien engagée, maintenant que les ajustements structurels consécutifs aux déséquilibres des années dites ≪de bulle≫ ont consolidé les fondamentaux. En même temps, le vieillissement démographique joue contre une forte progression de la production potentielle. Le taux de natalité japonais étant nettement inférieur au taux de remplacement démographique, la population d’âge actif diminue depuis 2000, et le ratio de dépendance des personnes âgées (la proportion de personnes de plus de 65 ans dans la population d’âge actif) compte désormais parmi les plus élevés des pays industrialisés. Compte tenu de l’amenuisement de la main-d’œuvre, la hausse de la productivité sera déterminante pour la croissance du revenu par habitant1.

Quelle est la croissance de la production potentielle au Japon?

La croissance de la production potentielle japonaise a fait l’objet d’innombrables études. Selon la méthode utilisée, les résultats diffèrent sensiblement pour ce qui est de la croissance estimée et de la contribution des principaux acteurs à cette croissance2. Les estimations des organismes officiels placent la croissance de la production potentielle entre 1,5 % et 2 %. Une étude récente des services du FMI (FMI, 2006b) s’efforce d’appréhender sous un autre angle les déterminants de la croissance potentielle du Japon, en tenant compte des effets des réformes structurelles passées, de la financiérisation et des progrès techniques incorporés. Elle aboutit aux grandes conclusions suivantes:

Contributions à la croissance potentielle de la production annuelle

(Pourcentages)

Source: calculs des services du FMI.

  • La croissance de la production potentielle a régulièrement augmenté depuis 2001 pour atteindre plus de 1,5 % en 2005, contre moins de 1 % à la fin des années 90 (premier graphique), mais demeure nettement inférieure aux niveaux enregistrés dans les années 80, qui avoisinaient 4 % par an.

  • Cette reprise est essentiellement imputable au raffermissement de la croissance de la productivité totale des facteurs—dû à une meilleure utilisation des ressources et à l’intensification de la concurrence. La progression de la PTF a atteint 1,25 % par an en 2005, contre moins de 0,25 % en 1998.

  • La contribution du stock de capital, en revanche, a reculé depuis l’effondrement de l’investissement au début des années 90: l’augmentation du stock de capital ne concourt maintenant qu’à raison d’un peu plus de 0,5 point à la croissance de la production potentielle, contre plus de 2 points au début des années 90. Ce recul tient en partie aux ajustements auxquels ont procédé les entreprises, qui ont retardé leurs investissements et se sont défaites de leurs vieux équipements.

  • Enfin, le facteur travail continue de contribuer négativement à la croissance de la production potentielle, ce qui tient à la diminution de la population d’âge actif, à la stabilisation du taux d’activité et à la hausse tendancielle du chômage structurel. L’apport négatif de l’emploi a cependant été partiellement compensé par une contribution positive du nombre d’heures ouvrées sous l’effet de la reprise récente de l’emploi à temps complet.

Quelle a été l’ampleur du rétablissement de croissance de la PTF?

La reprise récente de la PTF témoigne de l’embellie que connaissent la plupart des secteurs de l’économie japonaise, le secteur manufacturier notamment (deuxième graphique).

  • Dans ce dernier, la PTF a augmenté en moyenne de 3,75 % par an entre 2000 et 2004, alors qu’elle a été quasiment nulle entre 1995 et 1999. Les progrès ont été particulièrement notables dans les secteurs liés aux technologies de l’information (TI) tels que les ≪machines, matériel et accessoires électriques≫, les ≪instruments de précision≫ et les ≪machines≫. Cette évolution est conforme aux observations de Jorgenson et Motohashi (2005), qui concluent que l’apport du secteur des TI à la croissance de la productivité globale a augmenté depuis le milieu des années 90.

  • Le secteur immobilier ainsi que celui des finances et de l’assurance ont aussi sensiblement contribué au renforcement de la croissance de la productivité. La PTF a ainsi progressé dans le premier pour atteindre en moyenne 0,5 % par an entre 2000 et 2004, contre −3,75 % entre 1995 et 1999. La hausse de la PTF globale a toutefois été quelque peu freinée par l’évolution des secteurs de gros et de détail du bâtiment et de celui des ≪autres services≫, qui représentent maintenant un peu plus d’un tiers de la production totale et environ 50 % de l’emploi (de manière générale, ces secteurs ont souffert de la surréglementation ou du sous-emploi des capacités).

Contribution de la croissance de la PTF à la croissance du PIB réel par secteurs

(Points de pourcentage)

Source: calculs des services du FMI.

Quelles sont les conséquences probables des réformes engagées ces dernières années?

Il ressort des données empiriques que l’amélioration récente de la PTF tient au moins en partie à l’intensification de la concurrence sur les marchés de produits (négociables notamment), à une plus grande ouverture et à la plus forte intensité de recherche et de développement (R&D) (voir tableau). D’après les estimations économétriques, une diminution d’un point de la marge brute stimule d’à peu près autant la croissance de la PTF; une hausse de 10 points de la pénétration des importations l’accroît d’environ un quart de point; et l’augmentation d’un point de l’intensité de R&D la relève globalement d’autant.

Facteurs déterminant la production potentielle et le taux de chômage naturel (TCN)
Variable dépendante
Variables explicativesPTFTCN
Productivité totale des facteurs (PTF) à (t − 1)1,00 (…)
Variation d’intensité de R&D1,08 (2,0)*
Concurrence1−1,12 (–4,8)*
Pénétration des importations20,02 (2,8)*
TCN à (t – 1)1,00 (…)
Variation du ratio de remplacement0,03 (2,5)*
Proportion de main-d’œuvre âgée0,10 (3,0)*
Source: estimations des services du FMI.Note: Les coefficients indiqués sont ceux d’un système simultané d’équations estimées pour la période 1964: T1– 2005: T4; les chiffres entre parenthèses sont des coefficients t; * indique une signifiance statistique au niveau de 5 %.

Marge brute, mesurée par le bénéfice d’exploitation divisé par les ventes, déduction faite du coût des produits vendus.

Ratio entre les importations et la demande intérieure.

Source: estimations des services du FMI.Note: Les coefficients indiqués sont ceux d’un système simultané d’équations estimées pour la période 1964: T1– 2005: T4; les chiffres entre parenthèses sont des coefficients t; * indique une signifiance statistique au niveau de 5 %.

Marge brute, mesurée par le bénéfice d’exploitation divisé par les ventes, déduction faite du coût des produits vendus.

Ratio entre les importations et la demande intérieure.

Ces résultats indiquent qu’à terme l’élimination des dernières distorsions sur les marchés de produits—par exemple allégement des réglementations intérieures (surtout dans le secteur du détail), renforcement du cadre antitrust et poursuite de la libéralisation des échanges (dans le secteur agricole en particulier)—et les investissements de R&D pourraient doper sensiblement la FTP et, partant, la croissance de la production potentielle, de même que de nouvelles initiatives visant à libéraliser le marché de l’emploi pour réduire le chômage structurel. Celui-ci semble en partie associé à la générosité du régime d’assurance chômage (mesurée par le montant des prestations chômage par rapport aux traitements et salaires) et au vieillissement de la main-d’œuvre, qui aggrave l’inadéquation des qualifications, accentue les rigidités engendrées par les systèmes de rémunération à l’ancienneté et par la moindre mobilité des travailleurs, et réduit le taux de participation.

Une réforme des marchés de produits et du marché de l’emploi, associée à une hausse modérée du taux d’activité des femmes sur cinq ans, permettraient de relever la croissance potentielle de ½ point par an sur la même période3, dont ¼ de point au titre de la progression plus forte de la PTF, et le reste, de la hausse du facteur travail.

Note: Les principaux auteurs de cet encadré sont Papa N’Diaye et Dan Citrin.1 Un récent rapport commandé par l’État, ≪Le Japon au XXIe siècle≫, souligne qu’il importe de relever la productivité et de mettre la mondialisation à profit pour éviter une dégradation du niveau de vie.2 Voir, par exemple, Hayashi and Prescott (2002); Fukao et al. (2003).3 Le taux d’activité des femmes devrait augmenter de 2,75 points pour atteindre 64 %. La moyenne pour les États-Unis et le Royaume-Uni est de 69 %.

Agriculture, industrie et services

L’Asie a pour particularité que la valeur ajoutée y est relativement élevée dans l’industrie et faible dans les services (graphique 3.5 et appendice 3.1)15. Cela reste vrai que la comparaison soit effectuée par rapport aux États-Unis, à l’Amérique latine ou aux niveaux estimés d’après les paramètres économiques fondamentaux16. Cependant, il existe des disparités marquées au sein de la région. Au Japon et dans les NEI, qui sont des pays avancés, l’effet de composition sectorielle est le même que dans les économies d’autres régions qui se trouvent dans une situation comparable. En revanche, la Chine et, dans une moindre mesure, les pays de l’ASEAN-4 sont caractérisés par une proportion exceptionnellement élevée de valeur ajoutée dans l’industrie et exceptionnellement basse dans les services, que la comparaison soit faite par rapport à d’autres pays ou aux niveaux estimés; dans le cas de l’Inde, c’est l’inverse qui est vrai.

Graphique 3.5.Répartition sectorielle de la valeur ajoutée et de l’emploi en Asie

(Pourcentages, données annuelles les plus récentes)

La contribution de l’industrie à la valeur ajoutée est plus élevée que les estimations dans les pays de l’ASEAN-4 et en Chine, en raison de la forte productivité de ce secteur. Par ailleurs, la part de la population active employée dans l’agriculture est très élevée dans tous les pays en développement d’Asie, dans des proportions bien plus fortes que les estimations basées sur les fondamentaux, ce qui indiquerait une faible productivité dans ce secteur. L’Inde se distingue par une productivité relativement forte dans les services.

Sources: Banque mondiale, Indicateurs du développement dans le monde (2006); calculs des services du FMI.

1D’après une régression intégrant le revenu initial par habitant, la taille du pays et la population. L’estimation est la différence entre la part effective et la valeur de la variable indicatrice pour la région/le pays.

En outre, dans les pays en développement d’Asie en général, en Chine et en Inde en particulier, la proportion de la population employée dans l’agriculture est beaucoup plus élevée (et, par conséquent, plus faible dans les services) que ne le laisseraient penser les estimations fondées sur les paramètres économiques fondamentaux de ces pays. Si l’on combine les informations sur la valeur ajoutée et sur l’emploi, on entrevoit une productivité agricole relativement faible dans tous les pays en développement d’Asie. En revanche, la productivité est relativement élevée dans l’industrie en Chine et dans les pays de l’ASEAN-4 ainsi que dans les services en Inde.

Bien que l’agriculture occupe encore une large place, son importance relative a énormément diminué en Asie ces trois dernières décennies (graphique 3.6)17. Cette évolution, plus prononcée que dans les autres régions, a été particulièrement sensible en Chine, dans les pays de l’ASEAN-4, en Corée et dans la province chinoise de Taiwan. Ainsi, la part de l’agriculture dans les économies coréenne et taiwanaise est passée d’un tiers pendant les années 60 à moins d’un dixième dans les années 80. Dans tous les pays en développement d’Asie, le déplacement de la main-d’œuvre vers le secteur des services a été au moins aussi important que vers le secteur industriel. En outre, alors que dans la plupart des pays d’Asie la part du secteur industriel dans l’emploi total est en constante progression, au Japon et dans les NEI on assiste depuis un certain temps déjà à un mouvement de main-d’œuvre de l’industrie vers les services.

Graphique 3.6.Évolution de l’emploi et de la productivité de la main-d’œuvre dans le secteur agricole

(Pourcentages de l’emploi total, sauf indication contraire)

L’emploi du secteur agricole dans l’emploi total a en général diminué dans toutes les régions, mais la baisse a été plus rapide en Asie, région qui est partie d’un niveau plus élevé. Même si l’écart se réduit un peu, la productivité des secteurs non agricoles demeure nettement supérieure à celle de l’agriculture, surtout en Asie.

Sources: Banque mondiale, Indicateurs du développement dans le monde (2006); calculs des services du FMI.

1 On considère ici que le décollage de la croissance économique s’est produit en 1955 pour le Japon, en 1967 pour les NEI, en 1973 pour les pays de l’ASEAN-4 (Indonésie, Malaisie, Philippines et Thaïlande), en 1979 pour la Chine, en 1982 pour l’Inde et en 1990 pour les autres pays d’Asie.

Ces mouvements intersectoriels ont des effets plus ou moins marqués sur la productivité globale en fonction du niveau de productivité des différents secteurs concernés. À l’échelle mondiale, la productivité de la main-d’œuvre dans les secteurs non agricoles est environ trois fois plus élevée que dans l’agriculture; en Asie, l’écart est encore plus grand, ce qui confirme que la productivité agricole est inférieure aux niveaux estimés (graphique 3.6)18. De ce fait, le déplacement de la main-d’œuvre de l’agriculture vers le secteur industriel et celui des services a eu un effet positif très marqué sur les niveaux de productivité en Asie (cf. infra). Les écarts de productivité entre secteurs étaient encore élevés en fin de période; ils se sont même accentués en Chine et en Inde, sous l’effet de la forte croissance de la productivité dans le secteur industriel et dans celui des services respectivement. On peut donc s’attendre à ce que les mouvements futurs de ressources entre secteurs se traduisent par de nouveaux progrès dans ce domaine.

Pour ce qui est de la composition sectorielle, son effet sur la productivité globale dépend du taux de croissance de la productivité propre à chaque secteur (graphique 3.7). Il s’avère que, selon un schéma général observé dans toutes les régions du monde entre 1980 et 2004, la croissance de la productivité a été plus forte dans les secteurs industriel et agricole que dans celui des services. Dans le cas de l’Asie, trois autres faits sont à relever:

Graphique 3.7.Croissance de la productivité par secteur

(Variations annuelles en pourcentage, sauf indication contraire)

Dans toutes les régions, la productivité a progressé plus vite dans l’industrie et l’agriculture que dans les services. La croissance de la productivité observée en Asie dans l’industrie et (jusqu’à une date récente) dans les services dépasse de loin celle des autres régions du monde, ce qui indiquerait que la productivité sectorielle des pays asiatiques se rapproche des niveaux américains.

Sources: Banque mondiale, Indicateurs du développement dans le monde (2006); calculs des services du FMI.

1 On ne dispose pas de données pour toutes les années postérieures au décollage. On considère ici que le décollage de la croissance économique s’est produit en 1955 pour le Japon, en 1967 pour les NEI, en 1973 pour les pays de l’ASEAN-4 (Indonésie, Malaisie, Philippines et Thaïlande), en 1979 pour la Chine, en 1982 pour l’Inde et en 1990 pour les autres pays d’Asie.

2 Les pays ayant connu une crise sont la Corée, l’Indonésie, la Malaisie, les Philippines et la Thaïlande.

3L’échantillon comprend les pays suivants: Chine, Corée, Inde, Japon, Pakistan, Philippines, Singapour (sauf pour l’agriculture, qui est marginale dans ce pays) et Thaïlande. Les niveaux de productivité sont ajustés en fonction de facteurs PPP pour toute l’économie; la productivité peut s’en trouver surestimée dans l’industrie et sous-estimée dans les services.

Premièrement, c’est dans l’industrie que la productivité a progressé le plus vite, sauf en Inde, où la plus forte hausse a été enregistrée dans le secteur des services. On a avancé plusieurs explications aux performances de l’Inde: les progrès réalisés dans le domaine des technologies de communication, qui ont permis au pays d’exploiter son avantage comparatif dans le secteur des services (en particulier l’existence d’un abondant personnel anglophone qualifié; la réussite de la déréglementation des services tels que les communications19; la privatisation et l’ouverture aux investissements directs étrangers (IDE; et les réformes du secteur financier (Gupta, 2005; Kochhar et al., 2006).

Deuxièmement, dans le secteur industriel et (jusqu’à une date récente) celui des services, la productivité progresse bien plus vite en Asie que dans les autres régions du monde, ce qui confirme l’accélération de la croissance de la productivité globale observée en Asie et témoigne d’un rattrapage de la productivité sectorielle par rapport aux niveaux américains. En outre, à l’intérieur de la région asiatique, lorsque, dans un pays, la croissance de la productivité est élevée dans un secteur, elle l’est aussi dans les autres secteurs. Cela semblerait indiquer qu’elle est influencée de façon importante par des facteurs qui agissent à l’échelle de tout le pays et influent de la même manière sur les résultats de tous les secteurs de l’économie.

Troisièmement, après le décollage initial de la croissance économique, la productivité s’est mise à progresser moins vite, surtout dans le secteur des services—encore que ce processus n’ait pas encore commencé en Chine ni en Inde (graphique 3.8). De fait, si les pays asiatiques se rapprochent en moyenne des niveaux de productivité industrielle des pays avancés, il semblerait que, dans le secteur des services, ce processus marque le pas avant que la convergence complète ait été réalisée et, dans l’agriculture, on n’a guère observé de rattrapage depuis la fin de la Révolution verte. Pour compenser cette évolution, il importe, comme cela est expliqué plus loin, de s’attaquer résolument à tout ce qui fait obstacle à la croissance de la productivité.

Graphique 3.8.Croissance de la productivité par secteur après le décollage économique1

(Variations annuelles en pourcentage)

Après le décollage initial, la productivité a commencé à progresser moins rapidement, surtout dans les services, interrompant le processus de rattrapage avant que celui-ci ne soit achevé.

Sources: Banque mondiale, Indicateurs du développement dans le monde (2006); calculs des services du FMI.

1 On ne dispose pas de données pour toutes les années postérieures au décollage. On considère ici que le décollage de la croissance économique s’est produit en 1955 pour le Japon, en 1967 pour les NEI, en 1973 pour les pays de l’ASEAN-4 (Indonésie, Malaisie, Philippines et Thaïlande), en 1979 pour la Chine et en 1982 pour l’Inde.

2 La province chinoise de Taiwan et la RAS de Hong Kong ne sont pas prises en compte, car les données y afférentes ne commencent qu’à la décennie 2. Les grandes tendances restent valables si l’on introduit ces deux pays dans le groupe. Singapour est aussi exclue du panel sur l’agriculture, en raison de la place marginale de ce secteur dans le pays.

L’écart entre un pays donné et, par exemple, les États-Unis en ce qui concerne la croissance moyenne de la productivité de la main-d’œuvre peut être décomposé en trois éléments: les mouvements intersectoriels, la composition sectorielle et la croissance de la productivité par secteur (voir appendice 3.1). Il apparaît ainsi que les mouvements intersectoriels ont en général aidé l’Asie à se rapprocher des niveaux de productivité des États-Unis, à la fois parce que la main-d’œuvre à quitté plus vite le secteur agricole en Asie et que les écarts initiaux de productivité entre secteurs y étaient plus prononcés (graphique 3.9)20. Plus précisément, les mouvements intersectoriels ont stimulé la croissance de la productivité21 en Asie par rapport aux États-Unis à raison de ½ point par an, sur un écart total constaté de 2 points. L’analyse de régression confirme que le déplacement de main-d’œuvre de l’agriculture vers les autres secteurs peut avoir un effet très sensible sur la croissance de la productivité, comme le laissent penser les estimations concernant les pays en développement22. À l’exception du Japon, toutes les sous-régions d’Asie, en particulier la Chine, ont largement bénéficié des mouvements intersectoriels ces trente dernières années. En Amérique latine, en revanche, ils ont été trop faibles pour contribuer au rapprochement avec les États-Unis.

Graphique 3.9.Croissance de la productivité moyenne de la main-d’œuvre: composition de l’écart entre l’Asie et les États-Unis

(Points de pourcentage, par année)

Les niveaux de productivité asiatiques se rapprochent progressivement des niveaux américains. Cela tient essentiellement à la croissance de la productivité dans l’industrie et les services, mais aussi, pour une large part, aux effets des mouvements intersectoriels et aux effets de composition sectorielle.

Sources: Banque mondiale, Indicateurs du développement dans le monde (2006); calculs des services du FMI.

1 On considère ici que le décollage de la croissance économique s’est produit en 1955 pour le Japon, en 1967 pour les NEI, en 1973 pour les pays de l’ASEAN-4 (Indonésie, Malaisie, Philippines et Thaïlande), en 1979 pour la Chine, en 1982 pour l’Inde et en 1990 pour les autres pays d’Asie.

En ce qui concerne l’effet de composition sectorielle, il est positif, mais relativement modeste, tant en Asie qu’en Amérique latine, les services (où la progression de la productivité a été relativement lente) occupant dans ces pays une place moindre qu’aux États-Unis. À l’échelle de l’Asie, l’effet de composition sectorielle a été particulièrement prononcé en Chine et dans les pays de l’ASEAN-4, ce qui s’explique par la part très importante de l’industrie dans leur valeur ajoutée.

Globalement, les effets de mouvements intersectoriels et de composition comptent pour environ 40 % dans le rattrapage de productivité de l’Asie par rapport aux États-Unis. La plus grande partie de ce rattrapage tient ainsi à la forte croissance de la productivité dans l’industrie et les services. Inversement, la stagnation relative de l’Amérique latine et son décalage par rapport aux États-Unis sont dus essentiellement à la croissance moindre de la productivité dans ces deux secteurs. On en revient à la question clé suivante: quels sont les facteurs fondamentaux, y compris les variables de politique économique, qui expliquent ces différences?

Dans le secteur manufacturier

Une analyse similaire a été effectuée pour déterminer dans quelle mesure les effets de mouvements intersectoriels et de composition ont influé sur la productivité au sein du secteur manufacturier. À cette fin, ledit secteur a été divisé entre les activités à forte intensité de main-d’œuvre qualifiée et les activités utilisant surtout une main-d’œuvre non qualifiée. L’Asie, et en particulier les NEI, la Chine et l’Inde, se distingue par le fait qu’une proportion relativement élevée de l’emploi et de la valeur ajoutée manufacturière est concentrée sur les activités à forte intensité de main-d’œuvre qualifiée23. Cela reste vrai si l’on compare les chiffres de l’Asie à ceux de l’Amérique latine et (dans la plupart des cas) aux niveaux estimés d’après les données fondamentales telles que le revenu par habitant, la taille du pays et la population (graphique 3.10)24. Depuis le milieu des années 6025, le transfert de main-d’œuvre entre les secteurs ne demandant pas de qualification et les secteurs requérant une main-d’œuvre qualifiée s’est fait en Asie à peu près au même rythme qu’aux États-Unis et dans les autres pays avancés, et beaucoup plus vite qu’en Amérique latine (même si l’ordre de grandeur est bien moindre que dans le cas de la main-d’œuvre quittant le secteur agricole). Les chiffres confirment que la productivité est plus élevée et progresse plus vite dans les secteurs à forte intensité de main-d’œuvre qualifiée que dans les autres26.

Graphique 3.10.Activités manufacturières à forte intensité de main-d’œuvre qualifiée: contribution à l’emploi et à la valeur ajoutée

(Pourcentages, données annuelles les plus récentes)

En Asie, la part de l’emploi et de la valeur ajoutée fournie par les activités manufacturières à forte intensité de main-d’œuvre qualifiée est élevée même par rapport à l’Amérique latine et, parfois, aux estimations basées sur les fondamentaux de l’économie.

Sources: Banque mondiale, Indicateurs du développement dans le monde (2006); calculs des services du FMI.

1D’après une régression intégrant le revenu initial par habitant, la taille du pays et la population.

2 Nouvelles économies industrielles.

3ASEAN-4: Indonésie, Malaisie, Philippines et Thaïlande.

La productivité de l’ensemble du secteur manufacturier a augmenté plus vite en Asie qu’aux États-Unis. Cependant, l’écart a été plus faible que dans le cas de la productivité globale; dans les pays de l’ASEAN-4 et en Inde, la productivité du secteur manufacturier a même progressé moins vite qu’aux États-Unis (graphique 3.11). Pour la plupart, le rattrapage de l’Asie est attribuable à la croissance plus rapide de la productivité dans les secteurs à forte intensité de main-d’œuvre qualifiée. La contribution des mouvements intersectoriels a en général été modeste27. Cela tient au fait que l’ordre de grandeur des mouvements de main-d’œuvre entre sous-secteurs manufacturiers et les écarts de productivité entre ces sous-secteurs étaient plus faibles qu’entre l’agriculture et le secteur non agricole. La contribution de la composition sectorielle a en fait été négative et très significative pour l’Asie, s’établissant à près de ½ point de pourcentage par an. Ce résultat trouve son origine surtout en Indonésie et dans les ≪autres pays d’Asie≫ où la proportion de secteurs à forte intensité de main-d’œuvre qualifiée et à croissance rapide de la productivité est nettement plus faible qu’aux États-Unis. Contrairement à l’Asie, l’Amérique latine a vu baisser peu à peu la productivité manufacturière par rapport aux États-Unis, en raison surtout de la croissance plus lente de la productivité dans les secteurs à forte intensité de main-d’œuvre non qualifiée, qui, de surcroît, forment une part relativement large du secteur manufacturier.

Graphique 3.11.Croissance de la productivité moyenne dans le secteur manufacturier: composition de l’écart entre l’Asie et les États-Unis

(Points en pourcentage, par année)

Pour ce qui est de la productivité du secteur manufacturier, le rattrapage de l’Asie s’est fait pour l’essentiel grâce à la croissance de la productivité dans les activités à forte intensité de main-d’œuvre qualifiée. L’effet de composition sectorielle a été négatif, du fait que les activités à forte intensité de main-d’œuvre qualifiée ont moins contribué à la valeur ajoutée qu’aux États-Unis.

Sources: Banque mondiale, Indicateurs du développement dans le monde (2006); ONUDI, base de données industrielles; calculs des services du FMI.

1 On considère ici que le décollage de la croissance économique s’est produit en 1955 pour le Japon, en 1967 pour les NEI, en 1973 pour les pays de l’ASEAN-4 (Indonésie, Malaisie, Philippines et Thaïlande), en 1979 pour la Chine, en 1982 pour l’Inde et en 1990 pour les autres pays d’Asie.

2 Les données relatives à la Chine commencent en 1990.

3≪Autres pays d’Asie≫ désignent uniquement le Bangladesh, le Pakistan et Sri Lanka.

L’influence des politiques économiques sur la croissance de la productivité

Jusqu’à présent, l’analyse indique que les très bonnes performances de l’Asie en matière de productivité reflètent en grande partie les écarts de croissance de la productivité entre les différents secteurs. L’on sait en outre que les pays qui ont obtenu de bons résultats dans un secteur ont en général aussi enregistré de bons résultats dans les autres secteurs, ce qu’on ne peut attribuer simplement aux effets de rattrapage. Tout cela semble confirmer que des facteurs propres à chaque pays, tels que l’existence d’institutions solides et de politiques macroéconomiques favorables, ont joué un rôle important. C’est la question que nous allons étudier maintenant plus en détail. Les mouvements de ressources entre secteurs ont aussi grandement contribué à la croissance de l’Asie; nous examinons donc aussi dans cette section comment le cadre de politique économique a facilité ces mouvements de ressources.

Ces dernières années, les nombreux travaux empiriques sur les écarts entre pays en ce qui concerne la croissance de la production (voir, par exemple, Perspectives de l’économie mondiale, avril 2003, chapitre III, et Bosworth and Collins, 2003) ont mis l’accent sur le rôle central joué par la qualité des institutions et le capital humain. Les études empiriques consacrées aux facteurs qui déterminent la croissance de la PTF et fondées sur de larges échantillons de pays sont beaucoup moins nombreuses28 et, en général, elles insistent sur l’importance de l’ouverture commerciale29.

Les données utilisées dans le présent chapitre corroborent ces conclusions. Au cours de la période 1965–2005, les écarts entre pays en ce qui concerne la croissance de la productivité, approchée par la croissance de la productivité de la main-d’œuvre ou de la PTF, étaient étroitement liés à des variables qui rendent compte de certains aspects fondamentaux de la politique économique (voir graphique 3.12). En particulier, les pays où la productivité progressait rapidement étaient aussi ceux, en général, qui avaient des institutions relativement solides, un système financier plus développé, un climat des affaires globalement favorable (au vu du coût moins élevé d’établissement d’une entreprise), des infrastructures de meilleure qualité, une politique commerciale moins restrictive, des niveaux d’instruction plus poussés et une proportion initialement plus faible de la population active employée dans l’agriculture30.

Graphique 3.12.Facteurs déterminant la croissance de la productivité, 1965–2005

(Multiples des écarts-types de l’échantillon)

Là où la croissance de la productivité est la plus forte, les institutions sont relativement solides, le climat des affaires plus favorable, les infrastructures de meilleure qualité, la politique commerciale moins restrictive, les niveaux d’instruction plus hauts, et l’emploi agricole initial plus faible.

Sources: Barro and Lee (2000); Wacziarg and Welch (2003); Kaufmann, Kraay, and Mastruzzi (2005); Banque mondiale, base de données Doing Business; Calderón and Servén (2004); Beck, Demirgüç-Kunt, and Levine (2000); calculs des services du FMI.

1 Part de la période considérée pendant laquelle un pays est jugé ouvert selon l’indicateur de Wacziarg et Welch.

2 Mesure de l’efficacité de l’État de Kaufmann et Kraay, pour 1996.

3Crédit privé accordé par les banques créatrices de monnaie et les autres institutions financières, en pourcentage du PIB pour 2004. Pas de données pour la Chine ni le Taiwan.

4 Valeur négative du coût d’établissement d’une entreprise; tiré de la base de données Doing Business de la Banque mondiale.

5 Nombre moyen initial d’années d’études en 1960 (pour la Chine, 1975).

6 Nombre de lignes téléphoniques principales pour 1.000 travailleurs (en logarithmes) pour 1960

7 Nouvelles économies industrielles.

8Indonésie, Malaisie, Philippines et Thaïlande.

Le graphique 3.12 montre que l’Asie obtient de meilleurs résultats que l’Amérique latine et les autres pays en développement pour la plupart de ces indicateurs, surtout en ce qui concerne la qualité des institutions, l’ouverture commerciale et le développement du secteur financier, ce qui donne à penser que ces facteurs ont compté pour beaucoup dans la forte croissance de la productivité. Cela dit, en Asie, la qualité des institutions, le climat des affaires, les infrastructures et les politiques économiques ne sont pas encore à la hauteur de ceux des pays avancés. En outre, les agrégats régionaux masquent des disparités intrarégionales marquées. Ainsi, les infrastructures sont de bien meilleure qualité au Japon et dans les NEI que dans le reste de l’Asie. À cet égard, il est bon de noter que la qualité des institutions d’un pays n’est pas immuable et qu’elle peut être améliorée par des réformes, même dans un délai relativement court31.

Une analyse économétrique plus formelle des facteurs qui déterminent la croissance de la productivité globale confirme ces corrélations générales (appendice 3.1). Il est intéressant de noter que les variables afférentes à l’ouverture et au niveau d’instruction initial deviennent moins significatives si les institutions sont prises en compte, ce qui confirme les résultats de travaux antérieurs. Comme cela était indiqué dans le chapitre III de l’édition de septembre 2005 des Perspectives de l’économie mondiale, il se peut que l’ouverture et la qualité de l’éducation influent en partie sur la croissance précisément par leurs effets sur la qualité des institutions. Pour ce qui est de la croissance de la productivité au sein des différents secteurs, on constate que les mêmes facteurs sont à l’œuvre dans l’industrie qu’au niveau global, mais dans les services le coût d’établissement d’une entreprise apparaît particulièrement important, ce qui indiquerait que les coûts fixes freinent davantage l’établissement d’entreprises dans ce secteur où elles sont en général de petite taille.

Certains de ces mêmes facteurs jouent aussi un rôle important en facilitant les mouvements de main-d’œuvre entre l’agriculture et les autres secteurs, ce qui constitue une autre source de croissance de la productivité globale. Parmi les plus visibles, l’effet de la libéralisation commerciale sur l’ampleur des mouvements de main-d’œuvre vers les secteurs non agricoles est statistiquement et économiquement significatif, surtout dans les pays asiatiques, et cet effet reste tout à fait robuste si l’on introduit d’autres facteurs (graphique 3.13 et appendice 3.1). Ainsi, l’ouverture commerciale a joué un rôle important en encourageant la main-d’œuvre à quitter l’agriculture au Japon, dans les NEI et dans les pays de l’ASEAN-4, tandis qu’en Chine et en Inde ce processus a été nettement ralenti par l’ouverture commerciale relativement faible de ces pays. Il semblerait donc que, dans une large mesure, l’ouverture commerciale stimule la productivité en influant sur la redistribution de la main-d’œuvre entre secteurs.

Graphique 3.13.Facteurs déterminant les mouvements de main-d’œuvre au détriment de l’agriculture1

(Écart par rapport à la moyenne asiatique; moyenne annuelle; points de pourcentage)

Dans une large mesure, l’ampleur des mouvements de main-d’œuvre qui ont lieu au détriment de l’agriculture est déterminée par la proportion de la population active initialement employée dans ce secteur et par l’ouverture commerciale du pays. Le développement du secteur financier et l’accumulation de capital influent aussi sur la transformation structurelle.

Source: calculs des services du FMI.

1 L’influence des différents facteurs est calculée sur la base d’une analyse de régression (voir tableau 3.2 de l’appendice). Pour les sous-groupes asiatiques, le mouvement de la main-d’œuvre est examiné sur la période postérieure au décollage de la croissance économique. On considère ici que le décollage de la croissance économique s’est produit en 1955 pour le Japon, en 1967 pour les NEI, en 1973 pour les pays de l’ASEAN-4 (Indonésie, Malaisie, Philippines et Thaïlande), en 1979 pour la Chine, en 1982 pour l’Inde et en 1990 pour les autres pays d’Asie. Pour les autres pays avancés et en développement, le mouvement de la main-d’œuvre est examiné sur l’ensemble de la période considérée, à savoir 1970–2004.

2Crédit privé accordé par les banques créatrices de monnaie et les autres institutions financières, en pourcentage du PIB de l’année de départ (chiffres non disponibles pour la Chine).

3 Fraction de la période considérée pendant laquelle un pays est jugé ouvert selon l’indicateur de Wacziarg et Welch.

4 Dans le cadre de la Chine, les facteurs résiduels comprennent l’effet éventuel du développement du secteur financier.

Le développement du système financier a aussi encouragé le mouvement de la main-d’œuvre vers l’industrie et les services, notamment en allégeant les contraintes de liquidités pour les entrepreneurs établis et potentiels (voir Rajan and Zingales, 1998). Ce facteur a joué en faveur de la transformation structurelle au Japon et dans les NEI ainsi que, mais dans une moindre mesure, dans les autres pays. L’investissement dans le capital humain et physique a aussi favorisé (quoique de façon plus limitée) le départ de la main-d’œuvre agricole (voir Poirson, 2000 et 2001). L’accumulation de capital physique va de pair avec une augmentation de la productivité relative de la main-d’œuvre dans l’industrie; de même, l’amélioration des niveaux d’instruction de la main-d’œuvre a facilité son intégration dans l’économie moderne. Enfin, comme on pouvait s’y attendre, plus la proportion de l’emploi agricole était élevée au départ, plus les mouvements de main-d’œuvre ont pris de l’ampleur.

En Asie, on l’a vu, la productivité a progressé à un rythme relativement faible dans le secteur des services. Ces dernières années, elle a même stagné par rapport aux États-Unis. Il ressort de travaux empiriques que la déréglementation et une plus grande exposition à la concurrence étrangère pourraient aider puissamment ces secteurs à réaliser leur potentiel de croissance (voir Nicoletti and Scarpetta, 2003; Conway et al., à paraître; l’encadré 3.1 pour le Japon; et la section ci-dessus consacrée à l’Inde). Dans cette optique, il faudrait en priorité promouvoir une plus grande concurrence dans les services liés aux infrastructures, tels que les télécommunications, exposer davantage à la concurrence étrangère le commerce de détail et le secteur financier (McKinsey Global Institute, 2001 et 2006), et supprimer les restrictions à l’entrée dans le secteur des services sociaux, notamment la santé et l’éducation. Il serait aussi utile de donner plus de transparence et de cohérence à la réglementation et de simplifier les procédures administratives. Ainsi, en Inde, où la réglementation de certains secteurs est décentralisée, l’harmonisation des réglementations au niveau des États faciliterait grandement la participation du secteur privé.

D’énormes efforts ont été consentis dernièrement pour améliorer la gouvernance d’entreprise en Asie. Comme cela est souligné dans l’encadré 3.2, il est légitime de penser que tout progrès dans ce domaine profite sensiblement à la croissance et à la productivité, en particulier pour les activités industrielles qui sont le plus tributaires de financements extérieurs (voir Khatri, Leruth, and Piesse, 2002). Pourtant, si les réformes entreprises ces dernières années ont permis de nets progrès à cet égard, la région est encore très loin des normes en vigueur dans les pays avancés.

Les données internationales ne fournissent, il est vrai, que des indications brutes quant aux facteurs qui sous-tendent les performances des différents pays32. Ainsi, même si l’analyse internationale ci-dessus n’explique pas de façon satisfaisante la croissance remarquable de la productivité en Chine, les travaux plus détaillés centrés davantage sur le pays confirment l’existence d’un lien solide avec les réformes postérieures à 1979. Parmi ces réformes, on peut citer, notamment, la nette affirmation des droits de propriété, dont les effets se sont fait sentir surtout dans l’agriculture, l’ouverture des marchés, la suppression des obstacles aux mouvements des capitaux et de la main-d’œuvre, et l’établissement de zones économiques spéciales (voir Tseng and Rodlauer, 2003, en particulier le chapitre II, et l’édition d’avril 2005 des Perspectives de l’économie mondiale). En revanche, dans les pays de l’ASEAN-4, et surtout aux Philippines, la lenteur de la croissance de la PTF tient peut-être, entre autres facteurs, à la faible qualité des institutions et aux carences des infrastructures (FMI, 2005a et 2006a). Quand au Japon, comme l’explique l’encadré 3.1, la réduction des distorsions encore présentes sur les marchés de produits (par exemple la simplification de la réglementation excessive du commerce de détail et la poursuite de la libéralisation du commerce agricole) ainsi que les initiatives visant à assouplir le marché de l’emploi et à stimuler l’investissement de R&D pourraient accélérer sensiblement la croissance de la PTF.

Encadré 3.2.Évolution et influence de la qualité de la gouvernance d’entreprise en Asie

Au lendemain de la crise financière qui a secoué l’Asie de l’Est en 1997–98, bon nombre de pays asiatiques ont appliqué de nouvelles lois et réglementations visant à améliorer la gouvernance d’entreprise1. Il est néanmoins difficile de mesurer l’évolution qualitative de cette dernière à l’aune de modifications de jure, et ce pour deux raisons. D’une part, compte tenu des délais d’application et/ou d’exécution, la promulgation de nouvelles règles n’est pas nécessairement suivie tout de suite d’améliorations concrètes. D’autre part, il arrive que les entreprises prennent des mesures pour améliorer leur gouvernance avant la promulgation de ces règles ou indépendamment de celles-ci lorsque, de cette manière, elles peuvent obtenir des financements plus facilement et à moindre coût, et, partant, améliorer leurs perspectives de croissance2. Il s’agit donc de savoir si la qualité de la gouvernance d’entreprise en Asie s’est effectivement améliorée. On peut aussi se demander si la croissance est favorisée lorsque la gouvernance s’améliore.

Une étude de De Nicolò, Laeven et Ueda (2006) examine ces questions au moyen d’une série temporelle d’un indice composite de la qualité de la gouvernance d’entreprise (QGE) dans les pays asiatiques et d’autres grands pays émergents et avancés pour la période comprise entre 1994 et 2003. L’indice QGE est la moyenne simple de trois indicateurs: normes comptables, lissage des résultats et synchronisme des cours boursiers. Ces indicateurs sont bâtis à partir de données comptables et commerciales portant sur des échantillons d’entreprises non financières cotées sur les marchés boursiers nationaux, et sont normalisés de manière à varier entre 0 et 1. Plus la valeur est élevée, meilleure est la gouvernance d’entreprise.

L’indicateur concernant les normes comptables est une mesure simple de la quantité d’informations comptables divulguées par les dix premières entreprises (en montant des actifs) de chaque pays. Il mesure spécifiquement les variables dégagées de 40 postes comptables essentiels, sélectionnés en fonction des données disponibles parmi celles que cite le Center for International Financial Analysis and Research (CIFAR, 1993). L’indicateur relatif au lissage des résultats est une mesure de ≪l’opacité des résultats≫ proposée par Leuz, Nanda et Wysocki (2003) et Bhattacharya, Daouk et Welker (2003). Il détermine dans quelle mesure les dirigeants peuvent dissimuler les véritables résultats des entreprises. Plus particulièrement, il établit pour chaque année la corrélation de rang entre la trésorerie (avant tout ajustement comptable) et les bénéfices (après ajustement) sur un ensemble d’entreprises. L’indicateur de synchronisme des cours boursiers est une mesure proposée par Morck, Yeung et Yu (2000), qui constatent que les variations de ces cours sont davantage corrélées dans les pays où le gouvernement d’entreprise est de mauvaise qualité et où les systèmes financiers sont moins développés. On peut voir dans les deux dernières mesures des indicateurs qui cernent des éléments distincts, quoique complémentaires, de la transparence des entreprises3.

Comme l’illustre le premier graphique, l’indice QGE global s’est redressé dans la plupart des pays asiatiques depuis la crise de 1997–98, même si les transformations sont modestes, voire négligeables, dans certains pays4. Le second graphique montre qu’il en va de même de l’évolution de chaque composante de l’indice: quelques pays affichent des améliorations notables sur tous les points, tandis que d’autres enregistrent des progrès négligeables (voire une dégradation) dans certains domaines. Globalement, les progrès les plus remarquables semblent concerner les indicateurs de lissage des résultats et de synchronisme des cours boursiers plutôt que celui des normes comptables.

Indice de qualité de la gouvernance d’entreprise

Source: calculs des services du FMI.

Indicateurs de la qualité de la gouvernance d’entreprise

Source: calculs des services du FMI.

Une question cruciale est celle de savoir si les progrès accomplis en matière de gouvernance d’entreprise ont des effets ≪concrets≫. Ils peuvent influencer l’activité économique et la croissance industrielle globales de différentes manières. L’amélioration de la gouvernance d’entreprise peut, par exemple, agir sur la croissance en diminuant le coût des financements pour les entreprises et en augmentant l’offre de crédit, et en encourageant ainsi l’investissement. Les secteurs qui sont plus tributaires de financements extérieurs devraient dans ce cas être les principaux bénéficiaires. Il se peut aussi que les entreprises bien dirigées soient davantage à même de faire mieux concorder les intérêts des dirigeants et ceux des parties prenantes, en offrant aux cadres de meilleures incitations à accroître la productivité de l’entreprise.

Activité économique globale, croissance industrielle et qualité de la gouvernance d’entreprise

(Variable dépendante)

Variation de la croissance du PIB pour l’année tVariation de la croissance de la PTF pour l’année tCroissance des ventes industrielles
(1)(2)(3)
Variation de l’indice de la gouvernance d’entreprise pour l’année t– 10,209**

(0,079)
0,154**

(0,061)


Part des ventes industrielles−0,786**

(0,311)
Variation de l’indice QGE0,770
* Dépendance financière(1,175)
Nombre de pays404036
Nombre d’observations311311610
Nombre d’industries36
R2 (global)0,04310,02430,55
R2 (à l’intérieur)0,00480,0001
R2 (entre)0,04210,0235
Source: De Nicolò, Laeven, and Ueda (2006).Notes: Les régressions (1) et (2) sont des régressions sur données de panel à effets fixes par pays sur la période 1996–2004. La régression (3) est une régression internationale à effets fixes par industrie et par pays, du type introduit par Rajan et Zingales (1998), les données étant des moyennes calculées sur 1994–2003. Les erreurs types (hétéroscédasticité corrigée selon la méthode de White) sont indiquées entre parenthèses. *, ** et *** indiquent respectivement une signifiance statistique aux niveaux de 10 %, 5 % et 1 %.
Source: De Nicolò, Laeven, and Ueda (2006).Notes: Les régressions (1) et (2) sont des régressions sur données de panel à effets fixes par pays sur la période 1996–2004. La régression (3) est une régression internationale à effets fixes par industrie et par pays, du type introduit par Rajan et Zingales (1998), les données étant des moyennes calculées sur 1994–2003. Les erreurs types (hétéroscédasticité corrigée selon la méthode de White) sont indiquées entre parenthèses. *, ** et *** indiquent respectivement une signifiance statistique aux niveaux de 10 %, 5 % et 1 %.

De Nicolò, Laeven et Ueda (2006) évaluent la portée de ces effets indirectement, au moyen de régressions sur données de panel internationales couvrant à la fois les pays avancés et les pays émergents, qui associent l’indice QGE à la croissance de la production, de la productivité totale des facteurs (PTF) et de l’industrie. Comme l’indique le tableau, leurs résultats montrent que l’amélioration de la gouvernance d’entreprise a incontestablement un effet favorable prononcé sur la croissance du PIB et de la PTF, ainsi que sur la croissance relative des secteurs tributaires de financements extérieurs, ce qui tendrait à confirmer que les entreprises bien dirigées sont davantage en mesure d’attirer ces financements. Ainsi, une augmentation d’un écart-type de l’indice QGE stimule la croissance ultérieure du PIB de 0,9 point (soit la moitié de l’écart-type de l’échantillon pour la croissance du PIB). Les effets sur la croissance de la PTF sont d’une ampleur comparable. Qui plus est, l’augmentation des ventes dans les différents secteurs est positivement corrélée à l’interaction entre l’indice QGE et une mesure de la dépendance du secteur à l’égard des financements extérieurs5, ce qui montre que les secteurs ≪dépendants sur le plan financier≫ bénéficient davantage, relativement, des améliorations en matière de gouvernance d’entreprise6.

En somme, l’amélioration de la gouvernance d’entreprise semble apporter des avantages tangibles en termes de croissance et de productivité, surtout dans les secteurs les plus tributaires de financements extérieurs. Il apparaît donc que la mise en œuvre d’une réforme de la gouvernance d’entreprise favorise sensiblement la croissance économique. Les pays asiatiques qui ont effectivement progressé en matière de gouvernance d’entreprise semblent en avoir récolté les fruits. Cependant, l’Asie a encore beaucoup de chemin à parcourir dans ce domaine.

Note: Les principaux auteurs de cet encadré sont Gianni De Nicolò, Luc Laeven et Kenichi Ueda.1 Voir OCDE (2003). Pour une recension des travaux sur la gouvernance d’entreprise, voir Becht, Bolton, and Roell (2003); Berglöf and Claessens (2006).2 La qualité de la gouvernance d’entreprise peut être en partie considérée comme un choix ≪endogène≫ de l’entreprise, comme l’ont signalé Himmelberg, Hubbard et Palia (1999), ainsi que Coles, Lemmon et Meschke (à paraître).3 La corrélation entre les trois mesures est faible; elle s’établit entre 0,15 et 0,35.4 Du fait que l’indice QGE mesure la qualité de la gouvernance d’entreprise à l’échelon national, il ne tient pas uniquement compte des améliorations au sein des entreprises existantes, mais aussi des améliorations résultant de la cessation d’activité d’entreprises mal dirigées, en période de graves difficultés financières, comme la crise asiatique.5 Définie comme étant la part des investissements qui n’est pas financée par les flux de trésorerie d’exploitation (voir Rajan and Zingales, 1998).6 Le coefficient pertinent n’est pas mesuré avec précision; autrement dit, il n’est pas statistiquement significatif. Cela dit, une régression similaire où chaque composante de l’indice QGE est intégrée séparément montre une incidence significative au plan économique et statistique de l’indicateur de synchronisme des cours boursiers sur la croissance des secteurs les plus tributaires de financements extérieurs (voir De Nicolò, Laeven, and Ueda, 2006).

Les pays de développement récent (tels que ceux de l’ASEAN-4, la Chine et l’Inde) continueront à bénéficier des effets de rattrapage pour l’avenir envisageable. Cependant, notre analyse mène à penser que, pour que leurs niveaux de revenu et de productivité continuent à se rapprocher de ceux des pays avancés, ils devront veiller à ce que le climat des affaires reste favorable, voire s’améliore, en poursuivant les réformes structurelles. Il faudra, en particulier, améliorer la gouvernance d’entreprise, continuer à rehausser les niveaux d’instruction et poursuivre la libéralisation du commerce, de manière à soutenir la croissance de la productivité au sein des différents secteurs et à créer des incitations pour faciliter le déplacement de la main-d’œuvre vers les secteurs à forte productivité.

Conclusion

Depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale, l’Asie a connu une croissance économique remarquable. Dans la plupart des secteurs, le revenu par habitant et la productivité de la main-d’œuvre se sont rapprochés rapidement des niveaux observés dans les pays avancés. Une analyse de ces résultats notables permet de tirer plusieurs leçons clés, tant pour les pays asiatiques cherchant à se rapprocher encore des niveaux de revenu des pays avancés que pour les autres pays en développement désireux de suivre leur exemple.

Premièrement, dans la plupart des pays d’Asie, la croissance a bénéficié de la forte progression de la PTF ainsi que de l’accumulation rapide de capital physique et humain. Cette évolution s’est appuyée à son tour sur des institutions et un cadre de politique économique (notamment en ce qui concerne le développement du secteur financier, le climat des affaires et, dans bien des cas, l’ouverture commerciale) plus solides que dans les autres pays en développement. De ce point de vue, les pays de développement récent d’Asie, mais aussi des autres régions du monde, peuvent tirer des enseignements importants de l’expérience des économies asiatiques qui connaissent une croissance rapide. En particulier, le présent chapitre met en évidence l’importance de relever les niveaux d’instruction de manière à répondre aux besoins des secteurs reposant sur l’innovation et la main-d’œuvre qualifiée et à se déplacer vers les activités à plus forte valeur ajoutée, et de continuer à améliorer la gouvernance des entreprises et du secteur financier. Dans le même ordre d’idée, le développement du secteur financier joue aussi un rôle essentiel dans le processus de croissance. À l’intérieur de l’Asie, les systèmes financiers, qui sont encore fortement centrés sur les banques, devront être élargis et approfondis, par exemple au moyen d’initiatives visant à développer le marché des obligations de sociétés. Cela aura pour avantage, entre autres, de faciliter le financement de la modernisation indispensable des infrastructures.

Deuxièmement, la réussite durable de l’Asie sur le plan macroéconomique a été rendue possible largement par des politiques qui encourageaient le déplacement des ressources des secteurs à faible productivité vers les activités à forte productivité. Cette observation est valable tant pour le mouvement global de la main-d’œuvre de l’agriculture vers l’industrie et les services que pour le déplacement constant de la main-d’œuvre au sein du secteur manufacturier au profit de la production à forte valeur ajoutée. Dans les années à venir, le mouvement continu de la main-d’œuvre quittant un secteur agricole encore étendu sera, surtout dans les pays à faible revenu, un moyen puissant de stimuler la croissance économique et de réduire la pauvreté. Pour que cette transition vitale s’accomplisse sans heurt, les pays devront continuer à s’ouvrir aux échanges commerciaux, garantir un accès généralisé à l’éducation et aux soins de santé, et encourager l’esprit d’entreprise. De façon plus générale, pour rester concurrentielle, multiplier les emplois dans l’industrie et les services et faire reculer sensiblement la pauvreté, l’Asie devra de plus en plus maintenir un degré significatif de flexibilité structurelle, notamment sur le marché de l’emploi, tout en instaurant une protection sociale effective.

Troisièmement, en Asie (comme dans nombre de pays avancés), un écart persiste entre l’industrie et les services pour ce qui est du taux de croissance de la productivité; cet écart s’explique en partie par la protection dont bénéficient beaucoup d’activités de services. En outre, au fil du temps, la croissance de la productivité a nettement ralenti en Asie dans le secteur des services, allant dans bien des cas jusqu’à stopper le rapprochement avec les pays avancés; on peut y voir un signe que des occasions ont été manquées. Plus les économies deviendront riches et se concentreront sur les services, plus il importera d’encourager la concurrence et la croissance de la productivité dans ce secteur, notamment par la suppression des obstacles à l’établissement des entreprises, la simplification de la réglementation et la valorisation du capital humain.

Appendice 3.1. Méthodes et résultats complémentaires

Florence Jaumotte et Hélène Poirson sont les principaux auteurs de cet appendice.

Cet appendice explique les méthodes utilisées pour parvenir aux résultats commentés dans le corps du texte et présente des résultats complémentaires concernant les effets des institutions et des politiques économiques sur la croissance de la productivité.

Structure sectorielle: chiffres effectifs et estimations

Cette section présente les méthodes utilisées pour évaluer la structure des économies asiatiques et, en particulier, pour déterminer si l’importance relative de l’agriculture, de l’industrie et des services est conforme à ce qui ressortirait de calculs fondés sur les paramètres fondamentaux de l’économie, tels que le PIB par habitant et la taille de l’économie. En suivant la méthode de Koch et al. (2006), une régression de la contribution effective de chaque secteur à la valeur ajoutée (ou bien à l’emploi) est effectuée sur un ensemble de données fondamentales et une variable indicatrice pour l’Asie ou les sous-régions asiatiques. Les paramètres fondamentaux sont les logarithmes de la production par habitant (en dollars EU à PPP), la taille géographique et la population. Les régressions internationales sont estimées selon la méthode des moindres carrés ordinaires33 avec les dernières données connues sur la part de chaque secteur pour un large échantillon de pays avancés et en développement. On obtient ensuite une estimation de la part de chaque secteur dans la valeur ajoutée en calculant la différence entre la part effective et la valeur de la variable indicatrice pour cette région. Le tableau 3.1 montre, pour chaque région, à la fois à l’échelle mondiale et à l’intérieur de l’Asie, les contributions effectives de l’agriculture, de l’industrie et des services à la valeur ajoutée et à l’emploi pour la dernière année pour laquelle on dispose de données, ainsi que la différence entre les valeurs effectives et les estimations. Une analyse similaire est effectuée pour les parts respectives des activités manufacturières à forte intensité de main-d’œuvre qualifiée et les autres, comme cela est expliqué dans le corps du texte.

Tableau 3.1.Contribution sectorielle à la valeur ajoutée et à l’emploi1

(Données annuelles les plus récentes; points de pourcentage)

Valeur effectiveValeur effective moins estimation
Région/paysAgricultureIndustrieServicesAgricultureIndustrieServices
Contribution à la valeur ajoutée
Asie15335215**–6***
Pays avancés hors Asie32869
Amérique latine et Caraïbes113059
Autres pays en développement182953
Japon1326702−2
Nouvelles économies industrielles (NEI)1296902−2
ASEAN-42134344111***–12***
Chine125731023***–23***
Inde2127522−42
Autres pays d’Asie27274612−3
Contribution à l’emploi
Asie3420459**−3–6*
Pays avancés hors Asie52570
Amérique latine et Caraïbes152263
Autres pays en développement282447
Japon52966−321
NEI42571−4−37
ASEAN-4233204612**−4–8*
Chine47233123***−2–21***
Inde57192522***−3–19***
Autres pays d’Asie54163014**−2–12***
Source: Banque mondiale, Indicateurs du développement dans le monde.

Moyenne nationale non pondérée. *** indique une signifiance statistique au niveau de 1 %; **, au niveau de 5 %; *, au niveau de 10 %. La valeur estimée est fondée sur une régression de la part effective sur les paramètres fondamentaux de l’économie et une variable indicatrice pour la région. Il s’agit de la différence entre la valeur effective et la valeur de la variable indicatrice. La somme des parts estimées n’est pas forcément égale à l’unité, car les équations pour chaque secteur sont estimées indépendamment.

Indonésie, Malaisie, Philippines et Thaïlande.

Source: Banque mondiale, Indicateurs du développement dans le monde.

Moyenne nationale non pondérée. *** indique une signifiance statistique au niveau de 1 %; **, au niveau de 5 %; *, au niveau de 10 %. La valeur estimée est fondée sur une régression de la part effective sur les paramètres fondamentaux de l’économie et une variable indicatrice pour la région. Il s’agit de la différence entre la valeur effective et la valeur de la variable indicatrice. La somme des parts estimées n’est pas forcément égale à l’unité, car les équations pour chaque secteur sont estimées indépendamment.

Indonésie, Malaisie, Philippines et Thaïlande.

Décomposition par secteurs: méthodologie

La présente section décrit la méthode utilisée pour déterminer dans quelle mesure les effets sectoriels et la croissance de la productivité par secteur ont contribué respectivement à la croissance de la productivité globale de la main-d’œuvre. L’analyse est centrée sur deux types d’effets sectoriels:

  • L’effet de réallocation intersectorielle. Lorsque, dans un pays, la main-d’œuvre se déplace des secteurs à faible productivité vers les secteurs à haute productivité, cela contribue à accroître la productivité globale de la main-d’œuvre (et, par conséquent, stimule temporairement la croissance de la productivité de la main-d’œuvre).

  • L’effet de composition sectorielle. Lorsque, dans un pays, les secteurs où la productivité augmente rapidement produisent une part élevée de la valeur ajoutée, cela renforce aussi la croissance de la productivité globale de la main-d’œuvre.

Pour un pays et une année donnés, on peut d’abord décomposer la croissance de la productivité globale de la main-d’œuvre de la façon suivante, y désignant la productivité de la main-d’œuvre, s les contributions à l’emploi, sY les contributions à la valeur ajoutée, j les secteurs et d leur variation:

Le premier terme à droite est l’effet de réallocation intersectorielle, la modification de la contribution d’un secteur à l’emploi étant pondérée par la productivité de ce secteur (rapportée à la productivité globale initiale), et le second terme est la contribution de la croissance de la productivité par secteur, mesurée par la croissance de la productivité du secteur pondérée par la contribution initiale de ce secteur à la valeur ajoutée. On retrouve des méthodes de décomposition similaires dans d’autres travaux, dont Denison (1962 et 1967) et, plus récemment, Bloom, Canning, and Malaney (1999), et Dekle and Vandenbroucke (2006).

Pour isoler l’effet de composition sectorielle, le chapitre ajoute une dimension internationale, en s’intéressant à l’écart entre le pays considéré et un pays de référence, par exemple les États-Unis, pour ce qui est de la croissance de la productivité globale de la main-d’œuvre. Dans ce cas, on peut pousser plus loin la décomposition du second terme, à savoir la contribution de la croissance de la productivité par secteur, de manière à obtenir, d’une part, l’effet de composition sectorielle et, d’autre part, une nouvelle mesure internationale de la contribution par secteur de la croissance de la productivité:

Maintenant, le premier terme exprime simplement l’écart entre le pays considéré et les États-Unis pour ce qui est de l’effet de réallocation sectorielle, aussi appelé ≪effet de mouvements intersectoriels≫ dans le corps du texte. Le second terme est l’effet de composition sectorielle, mesuré par l’écart entre le pays considéré et les États-Unis pour ce qui est de la contribution du secteur à la valeur ajoutée, pondérée par la croissance moyenne de la productivité du secteur dans les deux pays. Enfin, le dernier terme mesure la contribution de la croissance de la productivité par secteur, qui est l’écart entre la croissance de la productivité du secteur dans le pays considéré et aux États-Unis, pondéré par la contribution moyenne du secteur à la valeur ajoutée dans les deux pays.

Cette décomposition est effectuée pour chaque année de la période considérée34; ensuite, une moyenne géométrique des contributions est calculée pour toute la période. Les contributions annuelles moyennes sont redimensionnées de manière à ce que leur total soit égal à la croissance globale de la productivité moyenne de la main-d’œuvre. Il convient de noter que l’utilisation de la productivité moyenne de la main-d’œuvre (plutôt que la productivité marginale) pour évaluer l’effet de la réallocation de l’emploi entre secteurs (premier terme) repose sur l’hypothèse simplificatrice que le ratio productivité marginale/productivité moyenne de la main-d’œuvre est le même pour tous les secteurs. Face au problème posé par l’absence de données sur la productivité marginale de la main-d’œuvre, certaines études ont recours à d’autres méthodes (fondées sur des régressions) pour estimer l’effet de réallocation intersectorielle (par exemple, Poirson, 2000 et 2001). Bien que les échantillons et l’origine des données utilisés soient différents, l’ordre de grandeur de l’effet de réallocation intersectorielle mis en évidence dans ces études est à peu près comparable aux résultats présentés dans ce chapitre.

Analyse économétrique des facteurs déterminant la croissance de la productivité

L’analyse utilise un modèle de croissance type pour saisir dans quelle mesure les institutions et les politiques économiques influent sur les écarts entre pays en ce qui concerne la croissance de la productivité de la main-d’œuvre et de la productivité totale des facteurs. Elle examine aussi les facteurs qui déterminent la croissance de la productivité à l’intérieur des différents secteurs (industrie et services) et les mouvements de main-d’œuvre de l’agriculture vers les autres secteurs, car ce sont là les principales sources de croissance de la productivité de la main-d’œuvre. Tout au long de l’analyse, les institutions sont mesurées par l’indice Kaufmann–Kraay–Mastruzzi de l’efficacité de l’État. Le coût de création d’une entreprise, exprimé en pourcentage du revenu par habitant, est tiré de la base de données Doing Business de la Banque mondiale. L’ouverture commerciale est mesurée par la part des années au cours desquelles le pays a été considéré comme ouvert selon l’indice Welch–Wacziarg, et correspond à l’orientation de la politique économique. Le développement du secteur financier est approché par le ratio crédit au secteur privé/PIB, et le niveau d’instruction, par la mesure Barro–Lee de la durée moyenne des études. L’écart de productivité initial (par rapport aux États-Unis) est inclus de manière à saisir les effets de convergence éventuels (voir Barro, 1997). La part initiale de l’emploi dans l’agriculture est aussi introduite afin de neutraliser les effets de composition sectorielle. D’autres paramètres fondamentaux (tels que la qualité des politiques macroéconomiques et l’investissement direct étranger) ne sont pas apparus significatifs après prise en compte des principaux facteurs déterminants; ils n’ont donc pas été retenus dans les régressions. La spécification concernant les mouvements de main-d’œuvre intersectoriels est similaire pour l’essentiel, mais elle inclut les taux d’accumulation de capital physique et humain, comme dans les études antérieures (voir Poirson, 2000 et 2001)35. Le jeu de données couvre la période 1965–2005 et le modèle est estimé par la méthode des moindres carrés pondérés (avec des erreurs standards robustes), la variance de chaque pays étant réputée inversement proportionnelle au nombre d’années pour lesquelles on dispose de données. Le degré de développement du secteur financier et le niveau d’instruction de départ sont utilisés pour limiter autant que possible les problèmes d’endogénéité, tandis que pour les institutions et le coût de création d’une entreprise, les valeurs ne sont disponibles que pour la fin de la période considérée.

Les résultats indiquent dans l’ensemble que les niveaux initiaux de revenu, d’ouverture, d’instruction, de développement du secteur financier et de qualité des institutions ont une influence sensible et significative sur la croissance de la productivité, ce qui est confirmé par les travaux empiriques sur la PTF et les écarts de croissance par habitant entre pays (tableau 3.2 et graphique 3.14). La partie supérieure du tableau montre les résultats pour un modèle de base qui omet les institutions et le coût de création d’une entreprise. Ils indiquent que la croissance vigoureuse de la productivité doit beaucoup aux éléments suivants:

Tableau 3.2.Facteurs déterminant la croissance de la productivité1
VariableCroissance de la productivité globale de la main-d’œuvreCroissance de la PTFCroissance de la productivité de la main-d’œuvre dans l’industrieCroissance de la productivité de la main-d’œuvre dans les servicesMouvements de main-d’œuvre au détriment de l’agriculture2
Variables de politique économique et conditions initiales
Écart initial de productivité (ln)–1,9***–0,8***–1,9***–1,2***
Part initiale de l’emploi dans l’agriculture (%)–1,0***–0,4**0,28***
Durée initiale des études (années)0,20,11,1***0,7***
Ouverture commerciale0,8***0,9***0,7**0,5*0,12***
Développement initial du secteur financier (ln)0,5***0,20,5*0,30,06**
Augmentation de la durée moyenne des études (années)0,04
Hausse du ratio capital/travail0,04*
R20,670,620,550,360,79
Observations/pays7767585855
Avec prise en compte de la qualité institutionnelle et du coût d’établissement d’une entreprise
Écart initial de productivité (ln)–1,8***–0,7***–2,0***–1,5***
Part initiale de l’emploi dans l’agriculture (%)–0,8***−0,20,30***
Durée initiale des études (années)−0,1−0,20,4−0,1
Ouverture commerciale0,5**0,6**0,50,20,15***
Développement initial du secteur financier (ln)0,20,00,0−0,10,07**
Coût de création d’une entreprise (en % du PIB par habitant)–0,4*−0,2–0,7*–0,7***−0,04
Qualité institutionnelle0,6*0,6*1,0**1,1***−0,04
Augmentation de la durée moyenne des études (années)0,05
Hausse du ratio capital/travail0,03
R20,730,660,680,650,80
Observations/pays7465575753
Source: estimations des services du FMI.

Les coefficients dénotent l’effet sur la variable dépendante (en points de pourcentage) d’une augmentation d’un écart-type des facteurs qui la déterminent. Les estimations sont fondées sur des régressions des moindres carrés pondérés (avec des erreurs robustes) utilisant comme variable dépendante la valeur annuelle moyenne sur la période 1965–2005 de la variable de la colonne correspondante. *** indique des coefficients significatifs au niveau de 1 %; **, au niveau de 5 %; *, au niveau de 10 %.

Les mouvements de main-d’œuvre au détriment de l’agriculture sont mesurés par la valeur négative de la variation de la part de l’emploi dans l’agriculture. La spécification inclut à la fois la part initiale de l’emploi et son carré, et le coefficient indiqué est la somme des coefficients appliqués à la variable et à son carré.

Source: estimations des services du FMI.

Les coefficients dénotent l’effet sur la variable dépendante (en points de pourcentage) d’une augmentation d’un écart-type des facteurs qui la déterminent. Les estimations sont fondées sur des régressions des moindres carrés pondérés (avec des erreurs robustes) utilisant comme variable dépendante la valeur annuelle moyenne sur la période 1965–2005 de la variable de la colonne correspondante. *** indique des coefficients significatifs au niveau de 1 %; **, au niveau de 5 %; *, au niveau de 10 %.

Les mouvements de main-d’œuvre au détriment de l’agriculture sont mesurés par la valeur négative de la variation de la part de l’emploi dans l’agriculture. La spécification inclut à la fois la part initiale de l’emploi et son carré, et le coefficient indiqué est la somme des coefficients appliqués à la variable et à son carré.

Graphique 3.14.Corrélations partielles entre les mouvements de main-d’œuvre au détriment de l’agriculture et les facteurs qui les déterminent1

(Mouvements intersectoriels inexpliqués sur l’axe y)2

Source: calculs des services du FMI.

1 Sur la base des spécifications de la cinquième colonne du tableau 3.2 (partie supérieure). Les mouvements de main-d’œuvre au détriment de l’agriculture sont mesurés par la valeur négative de la variation de la part de l’emploi dans l’agriculture.

2 Par mouvements intersectoriels inexpliqués, on entend la partie de la variation de la part de l’emploi dans l’agriculture qui n’est pas expliquée par d’autres variables indépendantes.

  • Effet de convergence (approché par le faible niveau initial de la productivité par rapport aux États-Unis). L’effet de rattrapage est indiqué par un coefficient négatif significatif de l’écart de productivité initial dans toutes les régressions. Le coefficient négatif de l’emploi agricole dans l’équation de la croissance de la productivité de la main-d’œuvre indique que, dans les pays où l’emploi agricole était relativement élevé au départ, la productivité globale a en général progressé moins vite. On ne s’étonnera pas que la part initiale de l’emploi agricole influe aussi de façon déterminante sur l’ampleur des mouvements de main-d’œuvre.

  • Ouverture commerciale et développement du secteur financier. Ces deux variables ont une influence très sensible sur la croissance de la productivité globale. Elles agissent essentiellement en encourageant le départ de la main-d’œuvre agricole et en rehaussant la croissance de la productivité industrielle. Les effets de ces variables ne sont pas estimés avec précision dans l’équation de la croissance de la productivité dans les services: dans le cas de l’ouverture commerciale, cela tient peut-être au fait que l’indicateur utilisé dans les régressions n’est pas une valeur approchée satisfaisante du degré d’ouverture dans le secteur des services.

  • Éducation. Le niveau d’instruction initial est la variable la plus significative, du point de vue tant économique que statistique, dans les régressions estimées pour la croissance de la productivité à l’intérieur des différents secteurs. En ce qui concerne les mouvements de main-d’œuvre au détriment de l’agriculture, le fait que l’accumulation de capital humain et physique n’a qu’un effet faible et à peine significatif vient peut-être de ce que ces variables sont elles-mêmes endogènes à d’autres facteurs déterminant les mouvements de main-d’œuvre et que leur effet propre est à peine sensible.

Dans la partie inférieure du tableau 3.2, le modèle est complété par des mesures de la qualité des institutions et du climat des affaires. Les résultats mettent en évidence l’importance de ces variables. La qualité des institutions a un effet économiquement et statistiquement significatif sur la croissance de la productivité tant au niveau global qu’au niveau sectoriel36. Cependant, si l’on neutralise la qualité des institutions, l’ouverture commerciale et le niveau d’instruction initial deviennent moins significatifs (ce qui concorde avec les résultats de travaux antérieurs, et sous réserve, encore une fois, de l’endogénéité possible de la variable institutionnelle).

Le coût de création d’une entreprise exerce un effet négatif sur la croissance de la productivité, surtout dans le secteur des services. Si l’on prend en compte cette variable, le développement du secteur financier perd de sa signifiance dans les régressions estimées pour la croissance de la productivité. Dans l’équation de réallocation de la main-d’œuvre, on ne constate aucun effet significatif des frais d’établissement. Cependant, une spécification plus générale prenant en compte une variable d’interaction entre le coût de création d’une entreprise et le développement du secteur financier indique que ce dernier a son importance dans la mesure où il réduit les effets négatifs des frais d’établissement.

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Corée, Hong Kong (RAS), Singapour et province chinoise de Taiwan.

Groupe composé des quatre membres ci-après de l’Association des nations de l’Asie du Sud-Est: Indonésie, Malaisie, Philippines et Thaïlande.

Ce chapitre est consacré aux pays et sous-régions asiatiques suivants: Japon, NEI, pays de l’ASEAN-4, Chine, Inde et autres pays d’Asie (Bangladesh, Cambodge, Myanmar, Pakistan, RDP lao, Sri Lanka et Vietnam). Par ≪Asie≫, on entend tous les pays précités, par ≪pays en développement d’Asie≫, tous les pays précités sauf le Japon et les NEI, par ≪Asie de l’Est≫, tous les pays précités sauf le Japon, l’Inde, le Pakistan et Sri Lanka. L’Asie dans son ensemble est comparée aux régions suivantes: pays avancés hors Asie, Amérique latine et Caraïbes, et autres pays en développement. Sauf indication contraire, toutes les moyennes régionales et sousrégionales sont des moyennes non pondérées.

Nous considérons ici que le décollage initial de la croissance économique s’est produit en 1955 pour le Japon, en 1967 pour les NEI, en 1973 pour les pays de l’ASEAN-4, en 1979 pour la Chine, en 1982 pour l’Inde et en 1990 pour les autres pays d’Asie. Les quatre premières dates sont celles qui sont retenues dans le chapitre II de l’édition d’avril 2004 des Perspectives de l’économie mondiale; la date retenue pour l’Inde est celle de Hausmann, Pritchett, and Rodrik (2005). Dans le cas des autres pays d’Asie, le choix de l’année est un peu arbitraire, mais il est vrai que l’on ne dispose d’aucunes données antérieures à 1990 pour la plupart de ces pays.

Voir Banque mondiale (1993) pour un examen plus approfondi des politiques économiques menées, notamment la politique industrielle.

Rapport entre la population active et la population d’âge actif. Dans tout le présent chapitre, sont considérées ≪d’âge actif≫ les personnes de 15 à 64 ans révolus.

Plus précisément, rapport entre la population d’âge actif et la population totale, ou encore 1 moins le ratio de dépendance total.

Voir Jorgenson, Ho, and Stiroh (2005), et Jorgenson (à paraître) pour un examen et un résumé de la méthode d’analyse explicative de la croissance. Comme dans la plupart des autres travaux publiés, la part du capital dans le revenu est par hypothèse égale à 0,35. Les principaux résultats ne changent pas si l’on en utilise la valeur estimée. Les estimations du capital physique sont fondées sur Nehru and Dhareshwar (1993) actualisées suivant la méthode de Fajnzylber and Lederman (1999) à l’aide des données des Perspectives de l’économie mondiale sur la formation brute de capital fixe. Les estimations du capital humain sont fondées sur Barro and Lee (2000).

Dans l’ensemble, nos résultats pour les NEI sont similaires (sur des périodes comparables) à ceux de Young (1995), à cette différence près que la croissance de la PTF pour Singapour jusqu’à 1990 est estimée à plus d’un point de pourcentage au lieu de 0,2 point. Sarel (1996) étudie la sensibilité des estimations à différentes hypothèses.

Les estimations de la croissance de la PTF en Chine sont peut-être influencées par des déflateurs inexacts du prix des investissements. Voir aussi Young (2003) pour un examen des statistiques chinoises.

Il s’agit d’une version actualisée du jeu de données utilisé dans Jorgenson and Vu, 2005.

La révolution des TIC peut aussi influencer de façon plus directe la productivité globale par le jeu de la croissance de la PTF dans les secteurs qui produisent les TIC. Ces secteurs représentent au moins 10 % du total de la valeur ajoutée dans plusieurs pays asiatiques dont la Corée, la Malaisie, les Philippines, Singapour et la province chinoise de Taiwan. Cependant, il n’a pas été possible d’estimer la croissance de la PTF dans ces secteurs.

Voir, par exemple, Cerra and Saxena (2003). Les études portant sur un échantillon plus vaste de crises monétaires et financières constatent en général que ces crises n’ont pas d’effets à long terme sur la croissance économique (Barro, 2001; Park and Lee, 2001).

Il n’est pas inutile de souligner que les données disponibles sont entachées par de graves problèmes de mesure, surtout en ce qui concerne le stock de capital. Ainsi, il est encore difficile de déterminer dans quelle mesure les comptes nationaux reflètent l’annulation effective de capital après les crises financières du milieu des années 90; c’est là un problème qui pourrait revêtir une importance particulière pour les pays de l’ASEAN-4.

Les services comprennent le commerce de gros et de détail, les hôtels et restaurants, les transports, les télécommunications, les services financiers et d’assurances, les autres services aux entreprises ainsi que les activités de services collectifs, sociaux et personnels.

Notamment le revenu par habitant ainsi que la taille et la population du pays. Voir détails à l’appendice 3.1.

La part de l’agriculture dans l’emploi a diminué en moyenne de 0,6 point par an.

Même si la mesure de la productivité, en particulier dans le secteur des services, est à entourer de nombreuses réserves, ces écarts intersectoriels sont assez prononcés pour témoigner de réelles différences de productivité.

Dans les activités relativement moins protégées que sont la production de logiciels et les télécommunications, la productivité atteint à peu près 40 à 50 % des niveaux observés aux États-Unis. En revanche, dans les secteurs plus protégés, tels que le commerce de détail et les activités bancaires de détail, les proportions tombent respectivement à 6 et 12 % des niveaux américains. Voir McKinsey Global Institute (2001 et 2006).

Aux États-Unis, le déplacement de la main-d’œuvre s’est effectué essentiellement de l’industrie vers les services.

Pour un large panel, une réduction de 1 point de la variation annuelle moyenne de l’emploi dans l’agriculture s’accompagne d’une augmentation de 1,5 point de la croissance annuelle moyenne de la productivité de la main-d’œuvre (après neutralisation de la productivité initiale et du niveau d’emploi initial dans l’agriculture).

Voir, par exemple, Poirson (2000 et 2001) ainsi que Bloom, Canning, and Malaney (1999). Dekle et Vanden-broucke (2006) constatent aussi que le déplacement de la main-d’œuvre du secteur public vers le secteur privé non agricole a joué un rôle important dans la croissance de la Chine ces dernières années.

Plus précisément, les 28 sous-secteurs manufacturiers de la base de données de l’ONUDI ont été répartis entre activités à forte intensité de main-d’œuvre qualifiée et activités à forte intensité de main-d’œuvre non qualifiée. Chaque groupe comprend 14 sous-secteurs. Le degré de qualification de la main-d’œuvre est défini en fonction de la part du revenu attribuable à la main-d’œuvre qualifiée, calculée à l’aide du tableau entrées–sorties pour l’Afrique du Sud (Kochhar et al., 2006).

Hausmann, Hwang et Rodrik (2005) et Rodrik (2006) constatent aussi que la Chine et l’Inde exportent un volume anormalement élevé de produits qui sont habituellement fabriqués dans les pays à haut revenu. On notera aussi que, lorsque la variable de la population est omise, la différence entre la proportion effective et la proportion estimée de l’emploi dans les activités à forte intensité de main-d’œuvre qualifiée passe à 10 points de pourcentage.

Pour la Chine, on ne dispose de données fiables que depuis 1990.

L’écart moyen pour toute la période atteint 35 % et 0,6 point de pourcentage par an, respectivement.

Cela reste vrai même si l’analyse est effectuée sur l’ensemble des données relatives aux 28 sous-secteurs, plutôt que seulement sur les deux grands groupes d’activités (à forte et à faible intensité de main-d’œuvre qualifiée).

De nombreuses études ont toutefois été réalisées sur les facteurs qui déterminent les écarts de productivité entre pays industriels ainsi que des études nationales sur l’origine des écarts de productivité entre différents secteurs industriels.

Par exemple, Edwards (1998) utilise des indicateurs de l’ouverture commerciale pour démontrer que, dans les pays plus ouverts aux échanges commerciaux, la PTF progresse plus vite; Coe, Helpman et Hoffmaister (1997) montrent que les pays en développement qui commercent avec les pays industriels à forte intensité de R&D affichent une croissance plus rapide de la productivité; enfin, Miller et Upadhyay (2000) constatent que le capital humain n’accroît la PTF dans les pays à faible revenu que si ces pays parviennent à un certain degré d’ouverture commerciale.

Dans tout ce chapitre, la qualité des institutions est mesurée par l’indice Kaufmann–Kraay–Mastruzzi de l’efficacité de l’État. Le climat des affaires est approché par le coût d’établissement d’une entreprise (en pourcentage du revenu par habitant) tiré de la banque de données Doing Business de la Banque mondiale. Les niveaux d’instruction sont mesurés par le niveau d’études moyen, d’après Barro and Lee (2000). L’ouverture commerciale est mesurée par l’indice Welch–Wacziarg (un pays est considéré fermé si au moins un des critères suivants est rempli: existence d’un office de commercialisation des exportations, économie considérée socialiste, moyenne des droits de douane pour la période supérieure à 40 %, proportion de marchandises soumises à des barrières non tarifaires supérieure à 40 %, prime sur le marché noir en monnaie locale supérieure à 20 %).

Par exemple, la fonction publique coréenne a été radicalement transformée pendant les années 60, par l’introduction, entre autres mesures, d’un système de recrutement et de promotion fondé sur le mérite, pour devenir une bureaucratie respectée dans les années 70 (Banque mondiale, 1993; encadré 4.4). Voir chapitre III, ≪Développement institutionnel≫, de l’édition de septembre 2005 des Perspectives de l’économie mondiale, qui traite plus en détail la question du changement institutionnel.

Entre autres problèmes, les données de panel internationales portant sur la qualité des institutions ne sont guère disponibles sur une grande échelle; aussi est-il difficile d’établir un lien entre la croissance de la productivité et la variation (par opposition au niveau) de la qualité institutionnelle.

Si l’on utilise un modèle linéaire généralisé en imposant une valeur comprise entre 0 et 100 pour la part, on obtient des résultats similaires.

Ainsi, chaque année devient implicitement la base de référence pour la structure sectorielle. Cela permet de déterminer plus précisément les contributions respectives des effets sectoriels et de la productivité que si l’on avait utilisé uniquement le début et la fin de la période considérée.

Elle inclut aussi le carré de la part initiale de l’emploi dans l’agriculture (de manière à prendre en compte la non-linéarité éventuelle), mais elle exclut l’écart de productivité globale de départ (par rapport aux États-Unis) ainsi que le niveau d’instruction initial (qui n’était pas significatif).

On n’a constaté aucun effet significatif de la qualité des institutions sur les mouvements de main-d’œuvre entre secteurs et le coefficient n’a pas le bon signe.

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